• 0238 Un train qui file vers l’inconnu.

     

    Merci de m'aider avec Tipeee en bref ou Paypal, en cliquant sur ce bouton Bouton Faire un don Merci !
     

     

    Dans le métro, Jérém essaie de me faire la conversation, certainement pour tenter de faire taire son sentiment de culpabilité et son malaise. Il me questionne sur mon emploi du temps dans la semaine à venir, sur mes cours, il me demande des nouvelles de mes propriétaires. Il essaie de se montrer aimable. Mais toute l’amabilité du monde ne pourra remplacer notre complicité, ce bonheur que la découverte de ses coucheries vient de me retirer.

    « Je voudrais être le mec qu’il te faut » il me lance sur le quai de la gare, devant la porte du train, l’air vraiment désolé.

    « Mais tu l’es. Enfin, tu pourrais l’être… » je lui lance, triste comme les pierres, en montant dans le wagon.

    « Tu es quelqu’un de spécial pour moi, Nico, ne l’oublie jamais ».

    Je voudrais trouver des mots pour lui dire aurevoir. Mais déjà les coups de sifflet des agents SNCF annoncent le départ prochain du train.

    « On s’appelle » je l’entends me lancer, alors que les portes sont déjà en train de coulisser.

    Là non plus, je n’ai pas le courage de lui répondre. Je suis sonné, comme dans un état second, je ne sais même plus où j’habite.

    Le train démarre et la dernière image que j’ai de Paris est un gars beau comme un Dieu, mais avec un air triste à mourir, une image qui me donne envie de pleurer. Le train m’arrache très vite à cette image. Mais je pourrais jurer que ce gars était lui aussi en train de pleurer.

     

    Pendant que le train quitte Paris je repasse le film des deux dernières heures. Jérém qui me fait l’amour. Jérém qui me demande de lui faire l’amour. Jérém qui a encore envie. Jérém qui vient en moi à nouveau. Le plaisir, beau, intense. L’esprit qui s’apaise enfin, après un début de week-end plein de doutes. Notre complicité retrouvée. Notre tendresse retrouvée. Notre bonheur enfin retrouvé.

    Et puis cette sonnette, stridente, désagréable comme un clou sur lequel on vient de marcher. L’arrivée de cette nana. La découverte que c’était elle l’auteur des mystérieux coups de fil auxquels Jérém n’avait pas voulu répondre et qui m’avaient tant questionné. La découverte que Jérém a couché avec elle. La mise au point avec Jérém. Ses explications, comme quoi il couche avec des nanas pour que ses coéquipiers ne se posent pas de questions au sujet de sa sexualité. Sa déclaration comme quoi je suis quelqu’un de spécial à ses yeux. Et à côté de ça, sa vision de notre relation à venir, un couple libre où entre deux retrouvailles plutôt espacées, nous aurions des aventures protégées et sans implications sentimentales.

    Pendant que le train m’éloigne de Paris, j’essaie de comprendre le point de vue de Jérém. J’ai l’impression qu’en essayant de m’expliquer à quel point il était désolé de me faire vivre ça et de ne pas avoir mieux à me proposer, il semblait vraiment sincère. Ses mots paraissaient sincères, sa tristesse aussi, tout comme son malaise. Un malaise qui n’était pas le pendant du fait d’avoir été « découvert » mais plutôt du fait de me faire souffrir.

    J’essaie de prendre sur moi, de me faire à l’idée d’un couple libre qui se retrouverait de temps à autre sans que cette liberté n’entache ce « truc » très spécial qu’il y a entre nous, et dont Jérém a enfin verbalisé l’existence.

    J’essaie, encore et encore, j’essaie jusqu’à m’en donner le tournis. Mais ça finit toujours par bugger quelque part. Sur le fait d’imaginer mon Jérém au lit avec une nana. Ou bien sur le fait que cet « arrangement » espacera encore nos rencontres. Je ne peux supporter l’idée de ne voir Jérém que deux ou trois fois par an. Mais aussi, je bugge sur la peur qu’en acceptant le principe du couple libre, ceci ouvre la porte à tous les dangers. Si notre couple est libre, qu’est-ce qui l’empêcherait un jour de passer des nanas aux mecs ? S’il n’est jamais tombé amoureux d’une nana, peut-être qu’il tombera amoureux d’un mec. C’est bien connu, loin des yeux, loin du cœur. A force de ne pas se voir, des choses vont forcément changer entre nous. Et un jour il va finir par m’oublier. Et peut-être que moi aussi je vais l’oublier. Ça aussi ça me fait peur. Je ne veux pas l’oublier.

    En fait, je bugge avant tout sur ma peur de perdre Jérém.

    Ma raison, seule, serait peut-être à mesure de comprendre sa vision des choses et de la saluer en tant que solution « la moins pire » à court terme. Mais à 19 ans, le cœur l’emporte sur la raison. C’est toute la beauté de cet âge. Mais aussi son défaut.

    Soudain, une phrase me revient. Quelques mots de Jérém qui, dans le feu de la mise au point, je n’ai pas su relever, mais qui m’ont quand même blessé : « Le rugby c’est ma vie ». La tentation est forte d’y voir un sous-entendu : « Le rugby c’est ma vie, et pas toi, Nico ». Ou, à la rigueur « toi aussi, mais pas autant que le rugby ».

    J’essaie de me dire que Jérém n’a jamais prononcé les mots « et pas toi, Nico », que je me prends la tête pour rien, que je fais fausse route. J’essaie de me focaliser sur le fait qu’il m’a dit et répété que je suis quelqu’un de spécial à ses yeux. J’ai vu Jérém pleureur sur le quai de la gare. Ce n’est pas vraiment l’attitude d’un garçon qui n’en a rien à faire de moi.

    Et pourtant, je n’arrive pas à chasser de ma tête le doute que, même si cela lui pèse, le rugby puisse peser plus lourd que notre relation dans ses choix personnels.

    Je rentre à Bordeaux, la mort dans le cœur et l’âme, en ignorant quand je vais revoir Jérém, si tant est que je vais le revoir un jour.

    Ce qui est très dur aussi, c’est de penser que je n’ai aucun recours sur les règles établies par Jérém. J’ai beau me dire que ces règles lui sont à son tour imposées par son entourage, par la bêtise d’une société qui se sent légitime à autoriser ou pas l’amour suivant le sexe des acteurs de cet amour, je n’arrive pas à accepter que je n’ai aucune prise là-dessus. C’est à prendre ou à laisser. Si je laisse, je vais perdre Jérém. Si je prends, j’ignore où cela peut nous conduire.

    Je suis tellement accaparé par ma souffrance que je finis par perdre la notion du temps et de la distance. Ainsi, lorsque le train ralentit à l’approche d’une nouvelle gare, je suis étonné de lire « déjà » le panneau « Poitiers ». Etonné et un brin remué. Soudain, je repense à Benjamin, le gars avec le chiot labrador. Si j’avais su ce que Jérém préparait, je n’aurais peut-être pas jeté son papier.

    Je jette un regard mécanique par la vitre, tout en me disant que c’est inutile de regretter, que la chance ne passe jamais deux fois, et que de toute façon, après le vent que je lui ai mis, le gars ne voudrait plus jamais de moi. Et là, je n’en crois pas à mes yeux. Je vois Benjamin avancer sur le quai.

    Je le fixe assez longtemps pour arriver à croiser son regard. Et son beau sourire. Ah, apparemment il n’est pas vexé. La place à côté de la mienne est libre. Le train est assez bondé, mais je refuse plusieurs personnes en prétextant que j’attends quelqu’un.

    J’attends pendant de longues secondes. Et voilà Benjamin, il vient de rentrer dans ma rame, à la suite d’une colonne de personnes qui cherchent toutes à s’installer. Avec ses yeux clairs entourés par des lunettes fines qui lui donnent un regard un peu intello, il est toujours aussi furieusement sexy. Et le nouveau sourire qu’il me lance d’un bout à l’autre de la rame est beau à en pleurer.

    « Cette place est libre ? » me demande le monsieur qui précède Benjamin.

    « J’attends quelqu’un, désolé ».

    Le monsieur avance et Benjamin arrive à ma hauteur.

    « Salut ».

    « Salut ».

    « Alors, il paraît que tu attends quelqu’un ? » il me taquine.

    « Assieds-toi, tu gênes les autres passagers » je le cherche à mon tour.

    « C’est drôle de se retrouver dans le train » il me lance, tout en s’asseyant à côté de moi.

    « C’est vrai ».

    C’est la première fois que je le vois de si près et je le trouve vraiment craquant. Sa peau un peu mate a l’air terriblement douce. Ses petites oreilles sont des aimants à bisous. Une légère fragrance de parfum masculin contribue à vriller mes neurones.

    « Et si tu commençais par me dire ton prénom ? » il me lance.

    « Ah oui, je m’appelle Nico ».

    « Joli prénom, Nico. Comment tu vas, Nico ? ».

    « Ça va et toi ? ».

    « Ne dis pas que ça va, je vois bien que ça ne va pas ».

    « Non, ça ne va pas très fort ».

    « Tu viens d’où ? ».

    « De Paris ».

    « T’y étais pour le week-end ? ».

    « Oui ».

    « Mais tu n’as pas passé un très bon week-end… ».

    « Non, pas vraiment ».

    « Je parie que c’est à cause d’un mec… ».

    « Oui… ».

    « Ton mec ? ».

    « Oui… enfin… je ne sais plus si c’est toujours mon mec. Je n’ai pas vraiment envie d’en parler, là ».

    « Ok, ok, je ne te saoule pas avec ça ».

    « Et toi tu viens d’où ? » je le questionne.

    « Mes parents sont à Montmorillon, à côté de Poitiers. Je monte les voir toutes les deux ou trois semaines ».

    « Mais tu habites Bordeaux… ».

    « Oui ».

    « Et tu y fais quoi ? ».

    « Je suis aide-soignant. Et toi ? ».

    « Je suis étudiant à la fac de sciences naturelles, je suis en première année ».

    « Alors tu as… genre… 19-20 ans » il me lance.

    « Dix-neuf. Et toi ? ».

    « Moi je suis un vieux, j’ai 26 ans ! ».

    « T’es pas mal pour un vieux ! » je le cherche.

    « Ah bon ?! » il feint de s’étonner « je croyais que je ne te plaisais pas ».

    « Pourquoi tu dis ça ? ».

    « Je te rappelle que tu ne m’as pas rappelé l’autre fois ».

    « J’ai perdu ton papier » je mens.

    « Alors c’est une chance qu’on se recroise à nouveau ».

    « Oui. Il est où le chiot ? » je change de sujet.

    « Chez une copine. C’était le cadeau d’anniversaire de mon mec ».

    « Tu as un copain ? ».

    « J’avais. Il est parti il y a trois semaines, et pour de bon ce coup-ci. Depuis, je me retrouve avec la garde exclusive du bébé ».

    « Vous vous êtes séparés ? ».

    « Oui, mais c’était dans l’air depuis un moment, alors pas de larmes, pas de drames, c’est la vie, c’est mieux comme ça ».

    Nous passons le reste du voyage à discuter. Le gars a l’air vraiment sympa, il est drôle, intelligent, cultivé. Depuis que Benjamin s’est assis à côté de moi, le temps semble passer plus vite. Et j’ai cessé de ressasser ma souffrance et mes peurs. Bien sûr, elles n’ont pas disparu. Mais elles sont comme anesthésiées, confinées dans un coin de ma conscience.

    Je redoute désormais l’arrivée à Bordeaux et le moment où nous allons certainement nous séparer. Je redoute la solitude de mon petit appartement, son silence, la présence encombrante de celui qui est tellement absent. J’ai peur de ne pas arriver à fermer l’œil de la nuit.

    Et si nous passions la soirée ensemble ? Est-ce qu’il en a toujours envie ? Est-ce qu’il se contenterait de passer la soirée avec moi sans qu’il ne se passe rien de sexuel ? Car, même si Benjamin me fait bien envie, je ne me sens pas le courage de coucher avec lui ce soir, alors que quelques heures plus tôt je faisais l’amour avec Jérém. Non, ça ne peut pas arriver si vite.

    Le train finit par arriver en gare de Bordeaux. Nous attendons tous les deux que le couloir soit un peu plus dégagé avant de bouger. Benjamin se lève en premier, je le suis dans le couloir du train. Il est vraiment beau. Et sympa. Et sa présence dégage un curieux mélange d’élégance naturelle, de sensualité et d’insolence qui le rend vraiment craquant. Non, je ne veux pas qu’il disparaisse à nouveau de ma vie.

    « Ca a été très sympa de discuter avec toi, Nico » il me lance lorsque nous sommes sur le quai.

    « Moi aussi j’ai bien aimé ».

    Nos regards se plongent l’un dans l’autre, un silence s’installe, chargé d’attentes.

    « Tu es tellement touchant, Nico. Si je pouvais, je te prendrais dans mes bras ».

    « C’est gentil » je ne trouve pas mieux à répondre.

    « Je t’inviterais bien à la maison, mais j’ai promis à un pote de passer le voir ».

    « Je comprends. De toute façon, je suis crevé, j’ai besoin de dormir, sinon ça va être la cata demain à la fac ».

    « Mais on peut rester en contact si tu veux » il me propose.

    « Avec plaisir ».

    Avant de nous quitter, nous nous échangeons nos numéros de portable. Et son clin d’œil charmeur en me quittant me met du baume au cœur.

     

    Comme prévu, de retour à mon appart je retrouve illico ma tristesse. Le petit espace est un paysage désolant dont la solitude me paraît le seul horizon. Je n’ai pas envie de lire, ni de regarder la télé. Ni même d’écouter de la musique. Le boîtier jaune du best of de Madonna sorti il y a quelques jours, et posé sur la petite chaîne hi-fi, me fait pourtant de l’œil. Mais pas tant que ça.

    Bien que ce cd aligne un sacré nombre des tubes, l’absence du moindre morceau inédit en fait une compil décevante pour le fan que je suis. Heureusement je vais bientôt pouvoir visionner le dvd du Drowned World tour, le concert que j’étais allé voir à Londres avec ma cousine Elodie pendant l’été. Il faut que j’arrive à économiser assez pour acheter un lecteur. Revoir ce concert me rappellera des souvenirs. L’été, mon état d’esprit et mes attentes du moment. Ma relation avec Jérém à ce moment-là. Mes espoirs, mes illusions. Un âge d’innocence, un Paradis perdu.

    Mais ce soir, je n’ai envie de rien. Même pas d’écouter « Like a prayer », mon album préféré. Ce soir, rien ne semble pouvoir apaiser mon esprit meurtri. Même pas l’écho de la nouvelle et inattendue rencontre avec Benjamin, et les promesses qu’elle semble contenir. L’idée d’être en train de perdre mon Jérém m’obsède, me démolit de l’intérieur. Finalement, je me sens tellement dégoûté que je finis par me dire que je n’ai même pas envie de revoir Benjamin. Je n’ai envie de rien. Même pas de dormir, alors que je tombe de fatigue.

     

    Le lendemain, en cours, Monica, Raphaël, Cécile et Fabien m’interrogent chacun à tour de rôle pour savoir si je vais bien. Je dois avoir une tête de déterré. Je prétexte une nuit blanche, ce qui a été précisément le cas, mais sans donner plus de détails. Les cours défilent sans que j’arrive à me concentrer, à prendre des notes, à prendre le moindre plaisir à apprendre. Je somnole. Monica me secoue plusieurs fois pour m’empêcher de m’assoupir.

    Epuisé, je finis par rentrer en début d’après-midi, avant le dernier cours.

    A mon arrivée dans la petite cour au sol rouge, Albert et Denis m’attendent de pied ferme pour me demander des nouvelles.

    « Oh là là, tu as une sale tête » me lance ce dernier.

    « J’ai pas beaucoup dormi la nuit dernière ».

    « Le petit jeune de l’appart d’à côté a encore mis la musique à fond ? ».

    « Non, pas vraiment ».

    C’est autour d’un verre que les deux vieux hommes m’invitent à boire chez eux, que je finis par déballer ce que je n’ai pas voulu partager avec mes potes de fac. Parfois la différence d’âge est un atout pour se sentir à l’aise.

    « Moi ce que je vois, d’après ce que tu me racontes » considère Albert « c’est que Jérémie a été honnête avec toi. Il n’a pas essayé de te mentir, il ne t’a pas envoyé sur les roses. Il t’a bien expliqué pourquoi il a fait ça. Et, point important, il t’a appris qu’il se protège. Ces coucheries, ce n’est rien. Tous les sportifs gays font ça. Ils couchent avec des nanas pour donner le change. S’ils ne le font pas, ils attirent les ragots et les soupçons. Parce que si ça se sait, où même si la rumeur devient persistante, leur vie va devenir impossible et ils peuvent dire adieu à leur carrière sportive. T’imagine ton Jérémie se faire traiter de pd dans un vestiaire ou, pire, par un adversaire, pendant un match ? Ça le foutrait en l’air. Le monde est injuste, le monde est con, mais c’est comme ça.

    Ce mec t’a aussi dit qu’il t’a dans la peau, et c’est surtout ça qu’il faut retenir. Et c’est ça qui compte, c’est le seul truc qui compte vraiment. Parce qu’à mon avis, cette situation lui pèse, et pas qu’un peu, et ça lui coûte de te l’imposer. Car il doit avoir tout autant peur de te perdre que toi de le perdre ».

    « Je ne veux pas coucher avec d’autres mecs » je réfléchis tristement et à haute voix.

    « Et tu ne dois pas te forcer. Il faut du temps pour digérer tout ça. Je sais que c’est dur à accepter, mais je pense que ce qu’il te propose est la seule solution viable à court et moyen terme. Je pense que tu le comprends, même si tu es trop amoureux pour l’admettre. Mais je pense que tu es aussi assez amoureux pour comprendre et pour accepter ça. L’enjeu, c’est garder ce garçon. Quant aux aventures, les « extras » comme on les appelait avec Denis, le jour où ça t’arrivera, il ne faudra pas leur accorder plus d’importance que ça. Tant que ça reste une coucherie et que tu te protèges, tant que Jérémie reste le seul garçon dans ton cœur, tant que ça ne le fait pas souffrir, ça n’a pas d’importance. Prendre du bon temps t’aidera à relativiser ».

    Albert a raison, je peux faire l’effort de comprendre le point de vue de Jérém. Mais je n’arrive pas l’admettre. Et franchement, je ne vois pas quand et comment je pourrais y parvenir.

     

    Je passe une semaine horrible. Cent fois par jour et cent fois par nuit je repense aux mots de Jérém, j’essaie d’en voir les aspects positifs, de relativiser, de prendre sur moi. Mais avec toute la bonne volonté, je n’y arrive pas, c’est trop dur.

    Ma nature juvénile, impatiente, amoureuse, passionnée, jalouse ne l’accepte pas. J’ai beau retourner la chose dans tous les sens, les pièces ne s’emboîtent pas, les couleurs ne s’alignent pas. J’ai l’impression que l’effort demandé à mon cerveau est trop important, que l’intérieur de mon crâne est en surchauffe et qu’il est sur le point de cramer.

    Je dors peu, je fais beaucoup de cauchemars. Au fond de moi, j’attends un coup de fil de Jérém. J’attends un geste de sa part. J’attends qu’il me dise qu’il a compris à quel point ce qu’il m’impose me fait souffrir, qu’il fasse un pas vers moi. J’attends qu’il me dise que j’ai mal compris, qu’il va arrêter de coucher avec des nanas, que désormais tout sera plus simple entre nous, que nous allons pouvoir nous voir plus régulièrement. J’attends des mots capables de me rassurer, et de me tirer de la profonde tristesse qui me ravage depuis dimanche après-midi.

    Mais encore plus au fond de moi, j’ai peur que ce coup de fin ne vienne pas. Ce qui ne m’empêche pas de continuer à l’attendre, vraiment au fond de moi.

    Il m’arrive parfois de me dire que je pourrais aussi l’appeler. Mais pour lui dire quoi ? Que j’accepte son mode de fonctionnement parce que je n’ai pas le choix ? Je n’en ai pas le courage.

    Si personne n’appelle l’autre, c’est que tout est fini entre nous. Peut-être que Jérém a pris sa décision. Prendre ses distances, se faire oublier, arrêter cette histoire impossible qui fait du mal à tous les deux. L’idée de ne plus jamais le revoir m’est insupportable.

    Les jours se suivent dans une morosité et une tristesse sans fin. La fatigue s’accumule, il m’arrive de m’endormir en cours. Je n’ai même pas l’énergie de répondre aux messages de Benjamin.

    Je sais que lui répondre m’amènera inévitablement à coucher avec lui. Je ne veux pas coucher avec lui. Dans ma tête, le fait de coucher avec un autre gars, ce serait un peu comme fermer la porte sur ma relation avec Jérém. J’ai l’impression que dès que j’aurai franchi ce pas, j’aurai atteint une sorte de point de non-retour et que rien ne sera plus comme avant.

    Plus la semaine avance, plus mes potes s’inquiètent pour moi. Ils me demandent ce qui se passe, si j’ai des problèmes. Mais je n’ai pas envie de leur parler de ce qui se passe dans ma vie. En parler, c’est le rendre plus réel.

    Il m’arrive de sécher les cours et de passer de longues et tristes heures à me balader seul le long de la Garonne et à m’obstiner à essayer de trouver un moyen de résoudre ce casse-tête sentimental.

    J’essaie de m’accrocher à l’idée que je suis le seul mec avec qui il couche, le seul avec qui il prend vraiment du plaisir, j’essaie de toujours garder ses mots à l’esprit « tu es quelqu’un de spécial pour moi », l’idée qu’il ne veut pas me perdre parce qu’il est bien avec moi.

    J’essaie de me dire qu’il se protège pour ne pas me ramener de MST, et que de ce fait aucune pouffe ne connaîtra le bonheur d’avoir le jus de mon mec dans sa chatte ou son cul. Même si, peut-être, dans la bouche, quand même…

    J’ai beau me dire que le fait qu’il refuse que j’aille le voir plus souvent fait partie d’une stratégie de la prudence à laquelle il ne peut pas déroger, parce qu’il a peur.

    Mais j’ai beau chercher toutes les raisons du monde de comprendre ses besoins, ses soucis, ses contraintes, ses peurs, je n’arrive pas à m’y faire. J’ai l’impression d’avoir à faire à un Rubik’s Cube non pas à 6 faces et 9 carrés par face, mais en beaucoup plus compliqué. J’essaie, je ressaie, j’essaie encore et encore. Et j’échoue à chaque fois.

    Parfois, épuisé par tant de déchirement, une question terrible se présente à mon esprit : à quoi ressemblerait ma vie sans Jérém ?

    Mais à cette question, je n’ai pas de réponse. Elle me paraît tellement inenvisageable que je finis par la balayer par un revers de main. Une vie sans Jérém m’est tout bonnement inconcevable. Alors, je dois tout faire pour sauver notre relation. Je ne sais pas encore comment, mais je dois trouver, et vite.

     

    Jour après jour, la ville se grime en Noël. Les travailleurs de la ville s’affairent à enguirlander les rues et les places. La fête se prépare et ce stupide compte à rebours ne fait qu’ajouter à ma morosité. Je ne sais pas ce que je vais faire à Noël. Ce que je sais, c’est qu’à tous les coups je ne le passerai pas avec Jérém.

    Jeudi arrive, avec l’annonce implicite d’un nouveau week-end. Un week-end sans Jérém. Un week-end seul à ressasser ma souffrance. Belle perspective.

    Ou alors, je vais bouger. Ça fait un moment que je ne suis pas rentré à Toulouse. A chacun de mes coups de fil, maman me tanne pour que j’aille faire un petit coucou. Elle m’appelle jeudi vers 18 heures et ne manque pas de relancer le sujet. Certes, l’idée de retrouver le regard désapprobateur de papa ne m’enchante pas vraiment. Et ce qui ne m’enchante pas non plus, c’est de retrouver ma ville toujours meurtrie après l’explosion d’AZF.

    Mais je finis par me laisser convaincre, pour lui faire plaisir, mais aussi pour ne pas passer mon week-end tout seul.

    Je suis resté une bonne demi-heure au téléphone avec maman. Je viens de raccrocher, de poser mon téléphone, d’ouvrir le frigo pour me préparer quelque chose pour le dîner, lorsque la sonnerie retentit à nouveau dans le petit espace de mon appart. Je m’approche et mon cœur fait un bond vertigineux.

    Le petit écran affiche « MonJérém ».

    Soudain, je suis saisi par une immense poussée d’optimisme. S’il m’appelle, c’est que je lui manque. Il a compris à quel point il m’a fait du mal, il a compris que ce qu’il me propose est trop dur pour moi, il va revenir sur ses propos, c’est sûr. Je vais retrouver un Jérém plus proche, attentionné. Il va s’excuser, me dire qu’il ne me refera plus jamais souffrir.

    Oui, c’est le cœur et la tête pleins d’espoirs que je décroche.

    « Salut » je lui lance sur un ton dégagé, pour essayer de lui faire croire d’entrée que je vais bien, que son coup de fil me fait plaisir mais que je ne courais pas après ça.

    « Salut, tu vas bien ? ».

    Sa voix de jeune mâle fait vibrer tant de cordes sensibles en moi.

    « Oui, ça va et toi ? ».

    Et là, contrairement à mes attentes, nous passons de longues minutes à échanger de banalités sans importance. Encore de l’amabilité, de la bienveillance. Mais aucun mot sur « nous ». Je suis déçu et je finis par me montrer froid et distant.

    « T’es sûr que ça va, Nico ? » il finit par me demander.

    « Tu me manques » je lui lâche, sans transition.

    Un moment de silence suit mes mots.

    « Je ne te manque pas ? » je lui lance alors.

    « Si, bien sûr que tu me manques ».

    « On ne dirait pas ».

    « Ne crois pas ça ».

    « Qu’est-ce qu’on fait alors ? » je le questionne frontalement « tu as prévu qu’on se revoit quand ? ».

    « Je te l’ai dit, à Noël je vais descendre quelques jours ».

    « Ah, oui, j’oubliais Noël » je fais, sur un ton sarcastique « Et après ce sera les grandes vacances ? Deux fois par an, c’est ça ? » je m’emporte.

    « Nico… ».

    « Et entre deux tu vas voir ailleurs et je vais voir ailleurs. J’ai bien compris les consignes ? » j’enchaîne, sur un ton de plus en plus agressif.

    « Je te l’ai déjà dit, je suis désolé de t’imposer ça. Mais je ne peux pas faire autrement pour l’instant ».

    « On peut toujours faire autrement ».

    « Si je fais autrement, je peux dire adieu au rugby ».

    « Et le rugby c’est toute ta vie » je commente, en modifiant légèrement mais tendancieusement son propos, avec une intention provocatrice.

    « Et moi, je suis quoi ? ». Voilà les questionnement qui se cachent derrière ma petite provoc’. J’ai besoin d’être rassuré, j’ai besoin qu’il arrive à dissiper ces doutes que je n’arrive pas à chasser de ma tête.

    « Non, non, il y a bien autre chose dans ma vie, Nico. Mais je ne veux pas renoncer au rugby non plus ».

    « Tu sais quoi ? On fait comme tu veux. De toute façon je n’ai pas mon mot à dire. Je n’ai jamais eu mon mot à dire, depuis le début. On a toujours fait ce que tu voulais quand tu le voulais et je ne vois pas pourquoi ça changerait ».

    « Ne le prends pas comme ça, Nico ».

    Je sens que mes mots lui font de la peine. Et pourtant, il garde son calme. Cela me touche et me met en pétard tout à la fois.

    « Et tu veux que je le prenne comment, au juste ? ».

    « Je ne sais pas » il admet tristement.

    Je ne sais plus quoi dire, je n’arrive pas à trouver un seul mot qui pourrait changer quoi que ce soit. Le casse-tête est insoluble.

    « Je vais devoir te laisser » je l’entends me lancer après un long silence.

    « Oui, vas-y, va retrouver tes potes et jouer les hétéros ».

    « Bon week-end, Nico ».

    « Oui, c’est ça, bon week-end ».

     

    Je passe une nouvelle nuit horrible. Le lendemain, je somnole en cours. A tous les cours, sans exception. En fin d’après-midi, je quitte mon appart pour me rendre à la gare St Charles. Pas loin de l’arrêt de bus, une bande de potes est en train de discuter. Parmi eux, un mec très brun, la peau mate, portant un t-shirt noir avec un panache certain. Un t-shirt qui, sans vraiment mouler sa plastique, souligne bien le V de son torse, la chute de ses épaules. Mais aussi le gabarit de ses biceps qui, sans être excessif, est plutôt sympa à regarder.

    C’est vraiment un beau mec, avec une belle gueule virile et sexy. Mais c’est son attitude de bad boy qui le rend sexy en diable. C’est une sorte d’étincelle dans son regard assez dur, fier, un brin arrogant, un tantinet insolent, quelque peu prétentieux, un regard qui affiche par ailleurs un je-ne-sais-quoi d’agressif, de susceptible, de « pas commode ». C’est le genre de gars qui donne l’impression qu’il ne faut pas le chercher longtemps pour le trouver, et pour trouver des problèmes.

    Mais sa sexytude se décline également dans sa façon de se tenir, le bassin positionné vers l’avant, les épaules légèrement voûtées et rassemblées, la cigarette qui se consume entre ses lèvres, avec une intervention minimale de ses mains, qui sont rangées dans ses poches la plupart du temps. Bref, le gars dégage une sexytude incandescente qui tient en grande partie à son attitude de parfait branleur viril et macho et à sa totale nonchalance.

    Pendant quelques minutes, et malgré le fait que je retrouve dans ce gars quelque chose de mon Jérém, même si poussé à l’extrême, l’observation de ce beau spécimen m’arrache de ma souffrance.

     

    Dans le train, je repense au coup de fil de Jérém de la veille. Je me demande pourquoi il a senti le besoin de m’appeler. Est-ce que c’était juste pour prendre des nouvelles ou c’était avant tout pour apaiser sa conscience ?

    Une phrase ne cesse de m’interpeller. Il s’agit de sa réaction lorsque je lui ai balancé que le rugby était toute sa vie : « Il y a bien autre chose dans ma vie », il m’avait lancé. Au fond de moi, je sais que je fais partie de cet « autre chose ». Du moins, je l’espère.

     

    En sortant de la gare Matabiau, je retrouve très vite les stigmates de ma ville défigurée par la catastrophe, ce qui ajoute encore du chagrin à ma détresse.

    Dès mon arrivée à la maison, maman se rend compte que je ne suis pas bien. Et elle me fait parler. Je n’en ai pas vraiment envie, mais je finis par craquer. Son écoute est attentive, ses conseils bienveillants et pleins d’amour.

    Mais rien ne m’aide à aller mieux. Et surtout pas la distance, l’indifférence, les silences pesants et la désapprobation muette que papa continue d’afficher à mon égard. Quant aux souvenirs qui jaillissent sans cesse des rues de Toulouse, ou du canapé du séjour, ou de cette chambre où j’ai fait l’amour avec Jérém, ce sont autant de couteaux retournés dans la plaie béante de mon cœur, une plaie ouverte une semaine plus tôt à Paris.

    Ni le beau Julien, toujours aussi souriant, drôle et sexy, ni Elodie n’auront pas plus de succès pour me remonter le moral. Le fait est qu’en me refusant de me confier à eux, je ne leur en laisse pas vraiment l’occasion. J’appelle également Thibault pour prendre des nouvelles. Je ne lui propose pas de le voir parce que je n’ai pas le moral, et je prétexte un manque de temps lorsqu’il me propose de passer à son appart pour un café. Je suis content d’apprendre que sa blessure au genou évolue bien, que sa rééducation est sur la bonne voie et que les médecins prévoient qu’il puisse rejouer en début d’année. Et aussi que la grossesse de sa copine se passe à merveille. Ça me fait toujours bizarre de penser qu’un garçon comme Thibault, qui a à peine un an de plus que moi, puisse devenir papa dans quelques mois. J’espère vraiment que cette nouvelle vie va le rendre heureux.

    Le dimanche soir, je repars à Bordeaux dans le même état où j’en étais venu la veille : avec le moral plus bas que mes chaussettes, avec une sorte de dégoût qui ne me quitte plus.

    Je me demande comment s’est passé le match de Jérém ce dimanche. Je lui envoie un sms pour le lui demander. Je suis tellement épuisé que je me couche dès mon arrivé à l’appart, à 20 heures, sans attendre sa réponse. Je dors presque 12 heures non-stop.

     

    Lundi 26 novembre 2001

     

    Le sommeil a du bon, parce que le lendemain matin, je me réveille un brin mieux. En guise de réveil, la radio passe une chanson que j’adore, et qui me met la pêche à chaque écoute.

     

    https://www.youtube.com/watch?v=4NJH75q0Syk

     

    https://www.lacoccinelle.net/242942-britney-spears-baby-one-more-time.html

     

    Une chanson qui parle de chagrin, mais aussi d’espoir, une mélodie et une rythmique qui donnent envie de se remettre debout, de bouger les pieds, les jambes, de remuer tout le corps, de danser, de vivre à fond, maintenant. Une chanson qui dégage une énergie folle, une énergie qui monte, monte, monte, grimpe peu à peu sur un mur de son envoûtant. Et on monte avec elle, on grimpe si haut qu’on finit par ressentir comme une sorte de vertige, à la fois esthétique et émotionnel.

    J’écoute la chanson jusqu’à la dernière note, et je me lève bien déterminé à faire en sorte que cette semaine soit meilleure que la précédente.

    Je regarde mon portable et je trouve un message de Jérém.

    « Salut, ça s’est bien passé ».

    « Félicitations, je suis content pour toi »

    Cet sms, et cette bonne nouvelle me mettent du baume au cœur. Je suis vraiment content pour lui. et pour moi aussi. Car j’ai espoir que si ça marche bien pour lui au rugby, il va être mieux dans sa tête et qu’il va être plus ouvert à la discussion.

    Ce matin il fait beau et tout me paraît enfin plus clair. Je me dis qu’il me suffit de faire un effort, bien qu’important, pour ne pas perdre Jérém. Je me dis que cet effort est à ma portée. Je réalise ce matin que j’ai été injuste l’autre soir avec lui. Car il a quand même fait l’effort de prendre de mes nouvelles, de garder le contact, alors que moi je me suis montré agressif et intransigeant.

    Dans le bus qui m’amène à la fac, je repense à l’idée du couple libre exprimée successivement par Julien et par Albert quelques mois plus tôt. Et s’ils avaient raison ? Et si c’était Jérém qui avait raison ? Et si vraiment notre relation avait plus de chance de survivre en enlevant des contraintes que les distances physiques et sociales rendent inadaptées ?

    Au fond de moi, je suis persuadé que ses propos ne sont pas ceux d’un coureur qui veut coucher à tout va, tout en gardant « un régulier ». Il n’y a pas de tromperie, et je n’ai pas de mal à croire à sa sincérité. Je l’ai senti à son attitude, au ton de sa voix. Et à son attitude.

    Malgré mes assauts verbaux, que ce soit dimanche dernier ou jeudi au téléphone, Jérém ne s'est pas braqué, ce qui est un exploit en connaissant sa nature sanguine.

    Encore il n’y a pas longtemps que ça, il m’aurait envoyé chier, point à la ligne. Mais là, par deux fois, il a gardé son calme, il a pris le temps d’essayer de m’expliquer sa façon de voir les choses. Je sens que quand il dit qu’il a lui aussi peur de me perdre, que je lui manque, ce ne sont pas des mots en l’air. Je ressens sa jalousie, son inquiétude, sa tristesse. C’est tout cela qui me fait dire que sa démarche est sincère. J’ai l’impression qu’à sa manière il fait tout ce qu'il peut pour sauver notre histoire.

    Je me sens écartelé entre le réalisme irréfutable de ses arguments, la souffrance que je ressens à l’idée de l’imaginer en train de coucher ailleurs, la peur de le perdre, l’idée de coucher avec d’autres gars, de tomber amoureux d’un autre gars, l’idée de me perdre.

    Ce matin, je me dis qu’une grande partie du chemin est derrière moi. Il reste le dernier bout devant moi, celui qui conduit à admettre qu’il a raison, que la solution qui me propose est la moins pire pour l’instant. Et de lui dire et lui montrer mon cheminement.

    Cette dernière ligne droite est le plus dure à parcourir. Et pourtant il le faut. Par amour, il le faut. Et ça passe par un coup de fil que je me dois de lui passer. Oui, c’est à moi de le rappeler, et il est temps de le faire.

    Mais ce n’est pas pour autant que c’est chose aisée. Chaque matin, je me dis que je le ferai le soir même. Mais le soir venu, je n’y arrive pas, et je remets ça au lendemain. Chaque jour, je cherche à me convaincre que je peux assumer le genre de relation que Jérém me propose. Mais le soir venu, au moment de composer le numéro, quelque chose cloche en moi. Je l’imagine en train de coucher avec une nana. Je m’imagine composer le numéro de Benjamin, coucher avec lui. Je n’arrive pas à me faire à cette idée. Je n’arrive pas à l’appeler. Ni Jérém, ni Benjamin.

    D’ailleurs, depuis le week-end dernier, ce dernier a arrêté de me relancer. Je n’ai jamais donné suite à ses demandes de rendez-vous, et mes réponses à ses messages ont été sèches et évasives. Je pense que ce coup-ci, j’ai grillé toutes mes chances de revoir le gars au chiot labrador.

    Mercredi, après la fin des cours, je finis par parler à Monica des raisons de ma tristesse et de mon mal-être des derniers jours. Je lui raconte mon voyage surprise à Paris, la distance de Jérém, les raisons de cette distance. Le fait qu’il m’ait dit que je suis quelqu’un de spécial à ses yeux. Mais aussi la découverte de ses coucheries « par obligation », et la discussion que nous avons eue, jusqu’à sa proposition de couple libre.

    « Ah c’est culoté de sa part de te proposer un truc pareil… » elle s’exclame.

    « Je sais… ».

    « Je ne pense pas que je pourrais accepter ce genre d’arrangement » elle enchaîne.

    « Mais je n’ai pas le choix ! ».

    « Remarque, avec la pression qu’il doit avoir, lui non plus il n’a peut-être pas le choix. C’est vrai qu’en tant qu’hétéro je peux seulement essayer d’imaginer les difficultés à faire face ou à fuir le regard des autres. Une fois j’ai lu une citation d’un écrivain qui disait un truc du genre qu’« avant d’apprendre à aimer, les homosexuels apprennent à mentir. Ça doit être dur de se construire de cette façon ».

     

    La semaine avance, et je finis par arriver à la conclusion que non, nous n’avons pas le choix. Ni moi, ni Jérém. Soudain, je me souviens des mots de Jérém sous la Halle de Campan. « Je n’ai pas le choix, Nico… Paris c’est loin, et là-bas ça va être impossible de vivre ça… ». Ça a été naïf de ma part de penser que, malgré la nouvelle attitude de Jérém vis-à-vis de moi, malgré notre amour, nous aurions pu passer par-dessus les difficultés.

    Et je repense aussi à d’autres mots de Jérém, la dernière fois que j’ai été le voir à Paris, des mots qui ne sont autre chose que l’aveu d’impuissance de Jérém à changer le présent. « C’est le moins pire que je peux te proposer pour l’instant ».

    Oui, il faut que j’arrive à accepter cette relation si je ne veux pas le perdre pour de bon. Mais pour y parvenir, j’ai besoin de le voir plus souvent. J’ai besoin de pouvoir négocier au moins ça. J’ai besoin de sentir qu’il tient compte de mes besoins et pas seulement de ses exigences. J’ai besoin de jauger régulièrement que cette situation ne nous éloigne pas. J’ai besoin d’une petite « victoire ».

    Le jeudi soir arrive, nouvelle porte d’entrée d’un nouveau week-end. Ça fait déjà presque deux semaines que je n’ai pas vu Jérém. Ça fait une semaine qu’il m’a appelé et que je me suis montré agressif. Pendant toute la journée, je me sens prêt à l’appeler, je sens que ce soir ce sera enfin le bon.

    Mais ce jeudi soir, mes adorables voisins m’invitent à dîner. Alors, le coup de fil, ce sera pour demain soir. Sans faute. De toute façon, l’idée de lui proposer de nous voir ce week-end, qui m’a quand-même effleuré l’esprit, ce n’est pas une bonne idée. C’est trop précipité, avant de lui proposer de se voir une fois avant Noël, je dois préparer le terrain. Je table plutôt sur le week-end prochain.

     

    Vendredi soir, le cœur dans la gorge, le souffle coupé, je l’appelle. Ça sonne dans le vide et je tombe sur son répondeur. Je lui laisse un message sans aspérités, je lui demande juste comment il va depuis la dernière fois. J’essaie de me montrer apaisé, serein. Et pourtant, au bout de deux phrases je me sens essoufflé. L’apaisement et la sérénité ne sont visiblement pas au rendez-vous. Pourvu que ça ne s’entende pas trop dans le message…

    Je passe la soirée de vendredi et la journée de samedi dans l’attente d’un coup de fil ou d’un message qui ne viennent pas. Je suis triste, mais mon malheur est tempéré par la conscience d’avoir fait le plus dur du chemin pour me rapprocher de Jérém. Je me dis que ce n’est que question de temps pour que nous nous expliquions et pour que nous arrivions à nous comprendre, à nous entendre, à nous retrouver. Du coup, je dors un peu mieux.

     

    Dimanche en fin de matinée je pars faire quelques courses et j’oublie mon téléphone à l’appart. Je ne sors qu’une demi-heure, mais lorsque je rentre, j’ai un appel en absence. « MonJérém », à 11h38. Mais pas de message. Il n’est pas encore midi, j’essaie de le rappeler aussitôt, mais je tombe sur le répondeur. J’appelle une deuxième fois, mais je n’arrive pas à l’avoir. Je pense qu’il a dû partir au match. Mince, alors ! Qu’est-ce que ça me fait chier de l’avoir raté !!! Et pourtant, le simple fait qu’il ait pensé à me rappeler, ça me fait un bien fou.

    Je finis par lui envoyer un message en lui souhaitant bonne chance pour le match et en lui disant de me rappeler quand il rentrerait pour me dire comment ça s’est passé. Je suis impatient et fébrile.

    Je passe le dimanche à attendre son de coup de fil. Mais à 23 heures, toujours rien. Je me dis qu’il doit être en train de fêter une nouvelle victoire avec ses potes. Je m’endors peu après minuit, sans avoir de ses nouvelles.

     

    Lundi 3 décembre 2001.

     

    Le lendemain matin, je me réveille de bonne heure. Je regarde mon portable et j’y trouve enfin un message de Jérém, arrivé après deux heures du mat :

    « On a gagné ».

    Le message est plutôt sec, mais il me fait quand-même vraiment plaisir.

    « Bonjour p’tit loup, très content pour votre victoire » je lui réponds.

    Et là, encouragé par la bonne nouvelle, je me sens le courage de lui demander quelque chose.

    « J’aimerais t’appeler ce soir ».

    « Ok » il me répond.

    « Vers quelle heure ? ».

    « 8 h ».

    « A ce soir ».

    Et beh, voilà une bonne façon de commencer la semaine. Avec une bonne nouvelle. Ce soir, je vais appeler Jérém. J’ai besoin de lui parler, j’ai besoin de lui dire ce que je ressens, j’ai besoin de lui dire ce que je n’ai pas pu lui dire lors de son coup de fil il y a dix jours. J’ai besoin de lui demander de faire quelques efforts, comme il me demande, lui, d’en faire. Je me sens optimiste, j’ai espoir de pouvoir le raisonner un peu.

    Je passe la journée à m’imaginer ce coup de fil, nos échanges, mes excuses d’avoir été agressif lors de son précèdent coup de fil. Je nous imagine retrouver notre complicité, je m’imagine trouver les mots pour lui faire comprendre que ce qu’il me demande est trop dur, notamment si on ne se voit pas assez. J’ai espoir d’arriver à lui faire comprendre que nous voir un peu plus ça nous fera du bien à tous les deux.

    L’attente de ce coup de fil et les attentes qu’il fait naître en moi font que je dois avoir une meilleure mine.

    « Tu as l’air d’aller mieux » me lance Monica à mi-matinée.

    « Je pense » je lui réponds.

    Je suis impatient que la fin des cours arrive, mais j’arrive à suivre, à m’intéresser.

    Oui, ce matin, je sens que je vais mieux. Je vais mieux parce que j’ai pris une résolution. On va toujours mieux après avoir pris une résolution, notamment quand elle est difficile à prendre.

    La fin des cours arrive, et l’après-midi glisse à toute vitesse vers le soir.

    19 heures, je frémis.

    19h30, mon cœur bat la chamade, ma respiration s’emballe.

    19h55, je suis dans tous mes états. Ce matin j’étais plein d’espoirs vis-à-vis de ce coup de fil. Mais plus l’heure approche, plus ce coup de fil me fait peur. J’ai peur que ça ne serve à rien, que Jérém campe sur ses positions, qu’il se cabre, qu’on se dispute. 

    20 heures, je n’ai plus envie de l’appeler.

    20h05, je dois le faire, mais je vais attendre encore quelques minutes.

    20h12, j’essaie de respirer, de me calmer.

    20h17, je l’appelle enfin. La première sonnerie me bouscule. La deuxième m’assomme. Peut-être que je vais tomber sur le répondeur.

    Mais juste après la deuxième sonnerie, Jérém décroche.

    « Salut » il me lance, sur un ton neutre.

    « Salut » je lui relance à mon tour, complètement en apnée « Tu vas bien ? ».

    « Ça va et toi ? ».

    « Pas mal non plus ».

    « Alors, il paraît que vous n’arrêtez pas de gagner en ce moment » j’enchaîne.

    « Ça se passe pas trop mal, oui » il me répond, sur un ton poli mais distant.

    « Je savais que tu y arriverais ! ».

    « Attend, attend, rien n’est gagné. Et toi, la fac ? ».

    « Bien aussi, je commence à réviser pour les premiers partiels ».

    « Tant mieux, tant mieux ».

    Je déteste cette expression, cette formule de politesse creuse à souhait qu’on utilise souvent pour répondre à quelque chose qui ne nous intéresse pas vraiment. Encore de l’amabilité à la place de la complicité. Ça me tue. Et le silence qui s’installe rapidement entre nous me fait peur. Est-ce que Jérém est déçu du fait que j’aie attendu si longtemps pour l’appeler ? Je n’aurais pas du attendre si longtemps !

    « Je voulais te dire… » je décide d’aller droit au but « je suis désolé d’avoir été un peu agressif la dernière fois au téléphone. Ça m’a touché que tu m’appelles ».

    Pendant quelques instants, je marque une pause. J’attends une réaction de sa part, mais elle ne vient pas.

    « Je voulais aussi te dire … » j’enchaîne alors « je comprends ce que tu vis à Paris, et le fait que tu dois faire comme les autres gars… et j’apprécie que tu aies été honnête avec moi. J’apprécie aussi le fait que tu te protèges ».

    Je marque une nouvelle pause. Mais toujours en absence de réaction de sa part, je me lance dans un long monologue fébrile.

    « Et ça m’a touché aussi que tu me dises que je suis quelqu’un de spécial pour toi. Ça m’a touché parce que toi aussi tu es spécial pour moi, vraiment spécial. Et c’est parce qu’on est spéciaux l’un pour l’autre que je veux bien accepter ce que tu m’as proposé la dernière fois. Je ne peux pas t’interdire de coucher avec des nanas, et je ne veux pas t’obliger à me mentir.

    Jérém, t’aime depuis le jour où je t’ai vu et rien ne peut changer ça. Je souffre de ne pas te voir et de comprendre que je ne te suis d’aucune aide vis-à-vis des problèmes que tu rencontres dans ta vie actuelle. Je ne veux te forcer à rien. Je ne veux surtout pas te créer d’autres problèmes.

    Mais je ne peux pas supporter de te voir si peu, ça me rend dingue. Je pense que quand nous sommes ensemble ça nous fait du bien à tous les deux. Je m’en fous de monter à Paris et de rester à l’appart, ou même de prendre une chambre d’hôtel pour avoir la paix, s’il le faut. On pourrait se voir le week-end prochain et… ».

    « Le week-end prochain ce n’est pas possible » il se manifeste enfin, en me coupant net.

    Je prends son nouveau refus comme un coup de massue sur la tête.

    « Et pourquoi ? ».

    « Parce que le club organise une journée au stade avec les supporters ».

    « D’accord, le week-end d’après alors… ».

    « Je ne jouerai pas sur Paris… ».

    « Et alors ? La dernière fois non plus tu ne jouais pas sur Paris. J’en ai profité pour visiter le samedi et on a passé le dimanche ensemble ».

    « Laisse tomber, Nico ».

    Visiblement, Jérém essaie de me décourager, comme avant ma venue surprise sur Paris. Je sens que tout m’échappe, que je n’ai aucune prise, je le sens de plus en plus distant, et irréversiblement distant.

    « Et pourquoi tu veux que je laisse tomber ? ».

    « Tu vois bien que c’est très compliqué… ».

    « Mais non, ce n’est pas compliqué, il suffit qu’on s’organise ».

    « Nico, ne me prends pas la tête ! ».

    « C’est ça que je suis, alors, pour toi, une prise de tête ? ».

    « Je n’ai pas dit ça ».

    « Alors, je suis quoi, au juste, pour toi ? ».

    « J’ai besoin de temps, Nico » il finit par lâcher.

    « Et je vais devoir t’attendre combien de temps, au juste ? ».

    « Je n’en sais rien ».

    « Mais putain, je ne te demande pas la Lune ! Je te demande juste de nous voir au moins une fois par mois ! Essaie de te mettre à ma place ! C’est déjà assez dur pour moi de te savoir au lit avec une nana ! » je monte en pression, face à son inflexibilité.

    « Arrête Nico ! ».

    « Alors, si j’ai bien compris, je n’ai plus qu’à aller voir d’autres gars ! » je lance un pavé dans la mare.

    « C’est ça, vas-y ! » il me lance, las de mes assauts.

    Je suis tellement désemparé face à la tournure que vient de prendre ce coup de fil, une tournure à la fois si lointaine de celle que j’avais espérée et si proche de celle que j’avais redoutée, que je perds tout contrôle de moi.

    « T’inquiète, c’est fait ! » je mens, en montant la voix et le ton comme pour donner à mes mots la violence d’un coup de sabre.

    Le silence qui suit me donne la mesure d’à quel point mon stupide bluff a atteint son but. Je le regrette déjà. Parce qu’au fond de moi je sais pour sûr que cette sortie n’aidera en rien notre relation.

    Après cela, les secondes s’embourbent dans un silence épais et toxique.

    « Tu ne dis plus rien ? » je finis par lâcher, plus pour m’assurer qu’il est toujours là que pour savourer mon coup de théâtre pathétique.

    « Je crois que je vais te laisser ».

    « Oui, c’est ça, c’est bien ça ! » je fais sur un ton sarcastique.

    « Et alors on fait quoi maintenant ? » j’enchaîne.

    Au bout d’un moment de silence interminable, j’entends Jérém lâcher sur un calme mais ferme :

    « Peut-être qu’on devrait faire une pause ».

    Et là, le monde s’effondre autour de moi. Je suis pris de vertige, j’ai envie de pleurer, de hurler, de mourir. Je réalise que j’ai été trop loin, et que j’ai atteint un point de non-retour.

    « Pourquoi une pause ? » je réagis, en panique totale.

    « Je viens de te dire que j’accepte ta proposition d’être un couple libre » j’enchaîne, mort de peur.

    « Je voulais juste qu’on se voit un peu plus souvent. Mais tant pis, on se verra quand on pourra » je renonce à toutes mes conditions, en flairant le désastre, dans la tentative désespérée de rattraper le coup.

    « Tu dis ça mais tu ne le penses pas ».

    « Si je le pense ».

    « Non, bien sûr que non. Je vois bien dans quel état ça te met. Je n’aurais pas dû te proposer ça, ça ne peut pas marcher ».

    « Mais si… ».

    « Non, ça va te miner, et moi aussi. Je suis désolé Nico, mais je crois que c’est la meilleure solution pour tous les deux ».

    « Comment tu sais si c’est une bonne solution pour moi ? ».

    « Je ne le sais pas… ».

    Les larmes coulent sur mes joues, les mots me font défaut.

    « Ne fais pas de bêtises, Nico » je l’entends me glisser, la voix tremblante, les mots étouffés par une émotion qu’il essaie de maîtriser sans vraiment y parvenir.

    « Toi non plus ne fais pas de bêtises » je trouve la force de lui répondre, en pleurs.

    Je n’arrive pas à croire qu’on en arrive là.

    « Comment on en est arrivés là, après Campan ? » je lui glisse en pleurs.

    « Je croyais pouvoir y arriver, Nico. Mais je n’y arrive pas ».

    « Bonne soirée » je l’entends me glisser, la voix cassée par l’émotion.

    « Bonne soirée ».

    Jérém vient de raccrocher et mes filets de larmes deviennent des torrents des larmes. J’ai tellement mal que j’ai envie de crier à m’en casser les cordes vocales et les poumons. Je crie, oui, mais en silence. Ce ne sont pas mes poumons ou mes cordes vocales qui prennent, mais mes nerfs, mon esprit. Je me recoquille dans un coin, dans le noir, tremblant de froid et de peur.

    Je me suis demandé à quoi ressemblerait la vie sans Jérém. Elle ressemble à un précipice où je suis en train de tomber. Elle ressemble à un univers de solitude absolue. Elle ressemble à un monde où toute trace de bonheur a été supprimée. J’ai l’impression qu’on vient de m’arracher le cœur. La vie sans Jérém c’est ça, et elle commence maintenant. Elle ressemble à un baiser de Détraqueur.

    Pendant de longues minutes, j’ai juste envie de disparaître, de m’évaporer, ce cesser de souffrir. Je voudrais ne jamais être venu au monde. Je n’ai envie de voir personne et pourtant ce soir, je ne veux et pas rester seul. Je ne peux pas. J’ai besoin de voir quelqu’un, j’ai besoin de compagnie, j’ai besoin de parler.

    Je sors de chez moi, bien décidé à traverser la petite cour au sol rouge et à demander asile chez mes adorables voisins. Hélas, il est presque 21 heures, et les stores blancs sont déjà baissés. Albert et Denis sont déjà au lit. Je rentre chez moi, j’appelle Raph pour sortir prendre un verre. Je tombe sur son répondeur. Je viens de me souvenir qu’il m’a dit que ce soir il avait un rendez-vous galant.

    J’essaie d’appeler Monica. Lorsqu’elle décroche, je retrouve un petit regain d’espoir.

    « Salut, c’est Nico ».

    « Salut, ça va ? ».

    « Oui… je … je voulais te proposer d’aller prendre un verre ce soir ».

    « Ce soir ? Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, je suis crevée et demain j’ai plein de trucs à faire ».

    « D’accord, d’accord » je fais sur un ton triste.

    « Tu es sûr que ça va, Nico ? ».

    « Sûr, sûr, ne t’inquiète pas. On se voit lundi en cours ».

    Je suis tenté d’appeler Cécile, mais je renonce. Après ce qui s’est passé entre nous (rien, justement, et le fait qu’elle m’en ait quand même un peu voulu) je me sens mal à l’aise à l’idée de lui raconter mes peines pour la seule raison que je n’ai personne d’autre sous la main pour le faire. Non, ce soir je ne verrai personne.

    Mais j’ai quand-même besoin de parler avec quelqu’un qui saurait me remonter le moral. J’essaie d’appeler ma cousine Elodie. Pas de chance, je tombe sur répondeur. J’essaie d’appeler mon pote Julien. Répondeur aussi. Parfois j’ai l’impression que la France est un pays de répondeurs.

    Je suis sur le point d’appeler Thibault. Mais j’y renonce à la toute dernière seconde. Avec lui non plus je ne me sentirais pas à l’aise de parler de mes peines avec Jérém.

    Je passe la soirée à zapper et à pleurer. Ses mots « Peut-être qu’on devrait faire une pause » résonnent dans ma tête comme une explosion sans cesse répétée. Ces mots ont ouvert en moi un vide si profond, un vide dans lequel je suis tombé à l’instant même où ils ont été prononcés et dans lequel je n’arrête pas de précipiter.

    Quand a-t-il décidé de prendre une pause ? Après son coup de fil d’il y a dix jours, lorsque j’ai été si distant et si agressif ? Lorsque je me suis montré si impréparé à accepter sa main tendue ? Est-ce que mon attitude, mes réflexions, mes piques lui ont fait prendre la mesure d’à quel point c’était difficile pour moi d’accepter cet état de choses ? Est-ce que si j’avais été plus fort, si je m’étais montré plus fort, ça aurait changé quelque chose ?

    Est-ce que l’idée d’une pause était déjà dans sa tête au début du coup de fil de ce soir ? Est-ce qu’elle est venue en réaction à mon insistance ? « Je vois bien dans quel état ça te met » : ces mots résonnent en moi comme la preuve que je n’ai pas été à la hauteur.

    Aussi, pourquoi a-t-il fallu que j’invente le fait d’avoir couché avec un autre gars, alors que ce n’est pas vrai ? Est-ce que c’est ça qui l’a décidé à me quitter ou, du moins, qui lui rendu les choses plus faciles ?

     

    Evidemment, je ne dors pas de la nuit. Je rasasse ce coup de fil en boucle. J’essaie de croire à cette idée de « pause », mais je n’y arrive pas. Dans ma tête, ce soir Jérém m’a quitté. Et pour de bon cette fois-ci.

     

    J’allume la radio en fond sonore pour tromper ma solitude. Il est encore tôt et Macha n’est pas prête de m’apaiser avec sa voix grave et bienveillante. Je suis tellement claqué que je ne pense pas pouvoir attendre jusqu’à si tard. Je laisse la radio en fond sonore sur une station qui ne passe que des tubes indémodables. Le dernier morceau dont je me souviens avant que mon corps et mon esprit ne cèdent à l’épuisement qui les ronge, est tout simplement un chef d’œuvre absolu.

    Nous étions en novembre encore il y a peu, il pleut dehors, tout comme il pleut en moi. Alors, cette chanson tombe à point nommé. Ses harmonies et ses mélodies géniales qui s’étirent sur de longues minutes semblent trouver le moyen de m’apaiser. La beauté possède le pouvoir de soigner la souffrance.

     

    https://www.youtube.com/watch?v=6dc56W_bnyU 

     

     

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Alex
    Samedi 19 Septembre à 18:41
    Chialade... pardon j’ai pas d’autres mots pour le moment
    2
    Chris-j
    Dimanche 20 Septembre à 13:16
    Sans surprises ni miracle de dernière minute.
    C’est triste pour Nico.
    3
    Yann
    Dimanche 20 Septembre à 14:08

    Qu'un couple se sépare parce que l'amour s'en va c'est triste mais il n'y a pas d'autre solution.

    Même si Jerem et Nico ne sont pas encore séparés, ce qui rend l'histoire plus triste encore c'est que l'amour est toujours présent et que ce qui les éloigne c'est  pour Jerem la peur d'être confronté à une atmosphère hostile, au sentiment de rejet s'il est identifié comme homo par ses partenaires.

    Sortir du placard c'est prendre le risque d'être discriminé. Ce dilemme a été comparé lors d'études sur le sujet dans le sport collectif à celui du dilemme du prisonnier.

    Révéler son homosexualité c'est risquer de subir des comportements homophobes, la taire, c'est se hasarder à n'être jamais reconnu comme tel et vivre dans la clandestinité au plan social, psychologique et culturel. Des études montrent que la grande majorité des homosexuels interrogés n'affichent pas leur préférence sexuelle et n'en parlent pas, soit parce qu'ils ont peur, soit parce qu'ils considèrent que cela relève de la vie privée, alors que les hétérosexuels ne font aucun mystère de leurs relations amoureuses, de leur mariage, de leurs sorties avec les amis et échappent aux questions relatives à la sexualité.

    L'autre problème c'est que pour les clubs sportifs, l'homosexualité n'est pas un sujet du fait que les joueurs ne sortent pas du placard et donc les mentalités mettent du temps à changer.

    4
    Celio
    Lundi 21 Septembre à 13:06
    Merci pour ce nouvel épisode. On s’attendait à ça
    5
    Yann
    Lundi 21 Septembre à 17:33

    S'il y a encore quelque chose à sauver, c'est en gardant le lien qui leur reste de se parler à distance par texo ou téléphone qu'ils y parviendront. Il ya aussi le sexe par téléphone ils connaissent. Pour cela il faut que Nico prenne sur lui de ne pas faire une scène chaque fois  que Jerem lui parlera et que Jerem passe sous silence ses aventures pour faire illusion à ses potes.  C'est par ce lien que le manque qu'ils ressentent l'un pour l'autre peut sauver ce qu'il reste à sauver. Je suis un romantique, je sais que l'histoire fini mal, c'est écrit dans le premier épisode mais je ne peux me résoudre à croire que ce sera comme cela ; j'ai cette intuition depuis un certain temps mais je peux me tromper …. 

    6
    gebl
    Lundi 21 Septembre à 22:52

    On  redoutait , c'est fait, c'est beau, c'est triste . Comment va se construire Nico, comment va -t-il intégré cette tranche de vie dans celles qui vont suivre

    7
    Yann
    Mardi 22 Septembre à 18:25

    Très beau texte de circonstance extrait du livre "l'amour sans le faire" de Serge Joncour que je veux vous faire partager.

    Ne pas pouvoir s’aimer, c’est peut-être encore plus fort que de s’aimer vraiment, peut-être vaut-il mieux s’en tenir à ça, à cette très haute idée qu’on se fait de l’autre sans tout en connaître, en rester à cette passion non encore franchie, à cet amour non réalisé mais ressenti jusqu’au plus intime, s’aimer en ne faisant que se le dire, s’en plaindre ou s’en désoler, s’aimer à cette distance où les bras ne se rejoignent pas … une distance qui permet tout de même de chuchoter, mais pas de cri, pas de souffle, pas d’éternité, on s’aime et on s’en tient là, l’amour sans y toucher, l’amour chacun le garde pour soi, comme on garde à soi sa douleur, une douleur ça ne se partage pas, une douleur ça ne se transmet pas par le corps, on n’enveloppe pas l’autre de sa douleur comme on le submerge de son ardeur. C’est profondément à soi une douleur. L’amour comme une douleur, une douleur qui ne doit pas faire mal…. On ne tient plus à l’autre, mais on tient par l’autre, et là, c’est beaucoup plus délicat, ça demande une énergie folle de se déprendre, ou de la haine pure, à moins de miser sur l’événement d’une nouvelle rencontre, celle qui redonne la folie de recommencer à zéro.

      • Mardi 22 Septembre à 18:47
        C'est très beau et ça donne matière à réflexion
    8
    Mardi 22 Septembre à 19:39

    30 minutes de temps de lecture pour un épisode qui demande surement beaucoup

    de temps d’élaboration et d’écriture. Mon commentaire est trop long, j’aurais aimé 

    synthétiser plus, mais je ne sais pas faire. 

     

    Depuis que je sais que certains commentaires sont « à coté », je me pose la question

    de la compréhension. Et si je n’avais pas compris l’essentiel? Pour la première fois,

    j’ai l’impression que jusque là, j'ai lu une autre histoire que celle qui nous est racontée.

    L’amour de Jérém et Nico est mis à mal en raison de l’homophobie qui règne 

    dans le sport et la société. Après avoir tenter de surmonter sa peur d'être 

    démasqué, Jérém renonce à Nico. C’est le prix à payer pour poursuivre une 

    carrière dans le rugby.

     

    Pourtant il me semble qu’en France, les joueurs de rugby ne sont pas des célébrités

    reconnues et harcelées dans la rue et c’est encore plus vrai pour les espoirs.

    Pour rester discret, si Jérém l’avait vraiment voulu, il aurait trouvé des astuces. Mais

    non, il pousse même la discrétion jusqu'à ne pas communiquer par téléphone.

    Je ne pense donc pas que le rugby puisse être la seule raison justifiant le revirement

    de Jérém. D’ailleurs son attitude fuyante ne date pas de son installation à Paris. 

     

    Dans cet épisode, on retrouve la phrase de Jérém sous la Halle de Campan :

    « Je n’ai pas le choix, Nico… Paris c’est loin, et là-bas ça va être impossible de vivre ça… »

    lorsqu’il prononce ces mots, il n’est pas encore en état de jauger l’exacte pression

    qu’il subira dans son futur club, ni envisager la présence déstabilisante d’un Léo.

    Il y a eu aussi, le moment où il rassemble ses anciens coéquipiers pour remonter

    le moral de Thibaut. Nico est de la partie, alors que les autres joueurs le connaissent

    à peine et qu'ils ne savent pas ce qu'il fait là ... Il était alors assez sur de lui pour ne

    pas s'angoisser pour sa réputation.

    Une, ou d’autres raisons sont peut-être à trouver dans les chapitres consacrés à

    Jérém, à sa psychologie et à l’évocation de son enfance. A aucun moment, je 

    n’imagine Fabien nous parler du père et de la mère de Jérém sans avoir un dessein 

    précis. Je comprends, en revanche, que c’est un matériel délicat à exploiter dans 

    une fiction. 

    A Toulouse, Jérém paniquait déjà (secrètement) à l'idée de la séparation et la distance

    d’avec Nico (merci Thibaut). Est-ce qu'il appréhende à ce point la séparation et que

    cela explique son incapacité d'alors, et d'aujourd'hui à gérer la situation.

    Si c’est ça, d’où cela vient-il ?

     

    « On ne sait jamais quelles surprises nous réserve le passé ». Françoise Sagan

     

    Face à Jérém il y a Nico… Alors, si le motif de la « pause » n’est pas entièrement

    lié au rugby, ou aux fantômes du passé, il reste Nico.... Jérém, peut-il soudain le

    trouver encombrant, voir décevant...

     

    Pour être clair, et sans vouloir froisser personne, je reconnais que je le trouve de plus

    en plus chiant! Je l’ai toujours vu un peu comme ça, et cela fait partie de son charme. 

    Un peu chiant, c'est mignon, mais depuis quelques épisodes, comme l’écrit Célio; 

    « il a disjoncté ».

    Il aime être écouté, conseillé, apaisé, distrait, il attend de ses relations amicales 

    qu’elles servent de rustine à son vague à l'âme. Il se montre vulnérable et on a envie 

    de le protéger. Thibaut, Elodie, Julien et même Benjamin le trouvent touchant. Sa 

    naïveté se retrouve dans sa croyance qu’il lui suffit d’offrir de l’amour pour le faire 

    naitre et durer. L’amour est un concept vague, difficile à appréhender. 

    Est-ce que cela consiste à faire de Jérém le détenteur de la clé de son bonheur et par

    conséquence, de son malheur ? Lourde responsabilité pour le gardien. 

     

    Quand on donne de l’amour, encore faut-il savoir si l’autre en demande et pour 

    ça, il faut le connaitre, être à son écoute. Nico a laissé passer une chance de bien

    connaitre Jérém, mais à Campan, il préférait le faire parler de Nico !!!!

    Imaginez un mec qui vous demanderait avec insistance: 

    « Qu’est ce que tu aimes chez moi? »

    Il n’a cherché, ni à connaitre son histoire et encore moins à comprendre son étrange

    personnalité. Aider Son Mec à mettre des mots sur des émotions toujours verrouillées,

    c’est un beau rôle quand on aime quelqu’un. 

     

    Mais il préfère le sexe. Même quand Jérém lui fait partager sa passion des chevaux,

    il regrette de ne pas être resté à faire l’amour. Je finis par croire que ce mode 

    relationnel lui suffit. C’est celui qui le rassure et par lequel il mesure l’amour que son

    copain lui porte. Cette réalité qui affleurait à son esprit, après sa rencontre avec 

    Stéphane, lui apparaissait comme problématique. Chassez le naturel, il revient au galop.

    Quand il pense à sa relation avec Jérém, il pense encore « couple ». Ca laisse songeur.

     

    Voilà les réflexions qui me sont venues en lisant une première fois ce 38ème épisode

    Pour recentrer plus précisément, mon passage préféré est le dernier appel que Nico

    passe à Jérém. 

    Nico, qui a préparé cette « confrontation » avec des armes qu’il juge efficaces, assiste 

    sans trouver la parade à la débâcle. Toutes ses lignes de défenses cèdent et quand il

    a renoncé à toutes ses demandes, il comprend qu’il a tout perdu. Etre le témoin

    impuissant d’un tel désastre ne prête pas à sourire. 

     

    « Tu es spécial, tu seras toujours mon Ourson ». 

    C’était joli à entendre mais maintenant, cela prend un autre relief. Il semble vouloir 

    dire que Nico est une rencontre déterminante et qu’il ne l’oubliera jamais, mais qu’il 

    lui donne rendez-vous plus tard, peut être même dans une autre vie. 

    Une pause imposée, avec de la détermination, ressemble à une rupture. Comme si, 

    il ne servait à rien de faire de la réanimation sur une relation qui ne se manifeste plus 

    que par la frustration et des reproches qui vont en s’amplifiant. 

     

    Dans l’épisode précédent, Jérémie déclare :

    « Tu peux penser ce que tu veux, que je suis lâche, que je n’ai pas de couilles, que je suis un connard. »

    Jérémie aime être admiré, et il a cessé d’être admirable à ses propres yeux.

    Nico a laissé dire... sans infirmer. Plus tard au téléphone, Nico en rajoute en

    s’attaquant au rugby, ou en caricaturant Jérém comme un hétéro de facade.

    Jérém ne réagit pas. Pense-t-il recevoir le juste retour pour ce qu’il fait endurer

     à Nico, maintenant ou avant, au lycée.  Si Nico voulait le pousser dans les bras 

    d’Ulysse, il ne s’y prendrait pas autrement.

     

    Alors, même si d’instinct, Nico connait le vrai Jérém, il ne sait peut être pas

    que certaines personnes ne souhaitent pas qu'on les aime pour ce qu'elles sont. 

    Elles veulent absolument être aimées pour l'image qu'elles renvoient

    d'elles mêmes.

     

    Cette pause est appelée à durer, sauf à être inconséquent, Jérém ne va pas 

    changer d’avis en un épisode. Le fait de les séparer géographiquement

    condamnait leur relation à être épisodique et susceptible de se déliter à 

    brève échéance. A part une situation de souffrance, je ne vois pas bien

    ce qui pourrait ramener Jérém vers Nico. 

    D’ici là, Nico va peut être sortir de son cocon et surmonter cette épreuve,

    comme il l’a déjà fait une fois.

    A force d’agir comme un Empereur Romain qui d’un geste, décide de l’avenir

    de Son Nico, Jérem montre une facette de lui qui est assez glaçante. 

     

     

     

      • Mardi 22 Septembre à 20:03
        Eh beh beaucoup de choses dans ce commentaire. Jamais je n'aurais pensé que mes personnages seraient un jour autant analysés. Ça me flatte lol. Encore deux épisodes et l'histoire prendra tout son sens. Je l'espère lol
      • Mardi 22 Septembre à 20:23

        Un auteur qui consacre 5, 6 ans, de sa vie, a un projet ne mériterait pas un peu d'attention?

        Au prétexte que c'est en amateur ou qu'il écrit pour le fun... Qu'est ce que cela change. 

        Mais je comprends que ce soit étonnant, surtout si c'est "à coté" MDR

        Même déçu par une fin, je n'ai encore jamais tué personne, donc, tu peux dormir tranquille LOL

    9
    Mardi 22 Septembre à 21:19
    Quand je dis que certains comm sont à côté de mes intentions ça n'a rien de péjoratif. Ça veut juste dire que parfois certaines analyses affrontent des aspects auxquels je n'avais pas pensé ou prêtent des intentions à mes personnages auxquelles je n'avais pas pensé. Mais c'est enrichissant de lire ces commentaires car ce sont pour moi un peu comme un miroir qui m'oblige à regarder mon travail sous un autre angle. C'est enrichissant et parfois inspirant
      • Mardi 22 Septembre à 21:38

        Je taquine! mais je taquine LOL C’est certain que, si l’écriture se fait portée par l’instant, 

        une idée qui apparait géniale, forte, dictée par l’émotion qu’elle procure, peut ensuite être gênante.

        On oublie facilement une ligne perdue dans d'innombrables chapitres.

        Et un lecteur se pointe et dit « mais là, il y a un dyslexique, et là encore autre chose » intello

        Ca arrive à tous ceux qui ont un succès et qui doivent envisager la suite. Les scénaristes de Star Wars se prennent
         

        la tête avec des idées géniales qui s'avèrent de vraies vacheries 10 ans plus tard. 

        Parfois ils font genre, ça se verra pas, et PAF, les fans sont là, qui veillent comme des Gardiens du Temple. 

         

        C’est la rançon des Stars, c’est plutôt cool. Sauf si tu as affaire à un psychopathe. clown

         

        J'espère que ce n'est pas trop emmerdant, c'est pas le but.  

    10
    Mardi 22 Septembre à 22:10
    Toujours plaisant de lire chacun d'entre vous
    11
    Yann
    Mercredi 23 Septembre à 18:16

    Il y a plusieurs façons d'appréhender cette histoire : par ce que Fabien veut bien nous révéler et par la psychologie des personnages.

    Comme tout lecteur je réfléchi à l'intrigue. Dès les premières phrases du premier épisode le tableau est posé : Nico a vécu une histoire avec Jerem au début des années 2000 et il décide en 2019 "après tant d'années que leurs vies ne marchent plus ensemble" de la raconter. L'intrigue de l'histoire c'est la question que tout le monde se pose : pourquoi ne sont-ils plus ensemble et que s'est-il passé.

    D'un coté j'ai envie de trouver et de l'autre je serais déçu si je trouvais avant la fin car je perdrais en partie le plaisir du suspense que Fabien entretien. Je ne suis pas de ceux qui lisent d'abord la fin d'un bouquin. Juste une chose Fabien, en disant qu'on est à coté de la plaque tu fermes des portes et donc pour les lecteurs tu restreints le champ des possibles à ton intrigue. Même si ce champ est, j'imagine, assez vaste ne dit rien, laisse nous "mijoter" et supputer avec nos commentaires lol. Et puis peut être que de nous voir complètement "à l'ouest" de ce que tu as imaginé cela te fait sourire et mesurer combien ton histoire est bien ficelée.

    Le titre de l'histoire c'est Jerem & Nico racontée par Nico. Si Jerem quitte Nico celui-ci n'a donc plus rien à raconter et l'histoire est finie. Je pense donc que cette période de turbulence ils vont la traverser comme celle qui a précédé Campan avec probablement des bleus à l'âme. J'ignore combien d'épisodes il reste avant la fin de l'histoire. C'est d'ailleurs une particularité car, avec un bouquin, on voit le nombre de pages qui reste à lire alors que là on ne sait pas à combien on est de la fin.

    Un roman c'est comme un tableau ça doit rentrer dans un cadre et l'auteur ne peut ou ne veut pas, selon l'idée qu'il suit, tout y mettre. En ce qui concerne les parents de Jerem Fabien en parle dans l'épisode 14-1. Jerem et Thibault ont grandi ensemble. A 10 ans la mère de Jerem l'a abandonné lui, son frère et son père qui a ramené une femme pour qui Jerem et son frère "n'étaient que des boulets". Il a beaucoup manqué d'affection durant son enfance mais surtout "L'abandon et l'hostilité des femmes ont ainsi marqué son enfance". Le père de Nico n'a joué jusque là qu'un tout petit second rôle. Sur la psychologie des personnages on peut dire beaucoup de choses et se tromper car on en sait plus en effet sur Nico que sur Jerem puisque c'est Nico qui raconte. Il y a les quelques passages récents sur les réflexions de Jerem qui nous en apprennent plus. C'est pour cela que je proposais à Fabien un passage sur comment Jerem a vécu la première fois où il a demandé a Nico de le prendre. Car la question sur sa sexualité reste posée. Est-il hétéro, homo ou bi ? Si l'on fait abstraction de ce qui c'est passé avec Thibault ou son cousin Guillaume il n'a vraiment connu que Nico au plan sexuel. Mais là je laisse le clavier à Fabien qui est seul à décider.

    Pour moi l'histoire vue du coté de Jerem elle est en trois grandes parties.

    -       Celle de la rue de la Colombette où Jerem découvre une expérience nouvelle : le sexe entre garçons avec Nico. Puis au fur et à mesure que leur relation s'affirme le trouble s'installe en lui sur sa sexualité quand il découvre que, ce qui au début n'était que du sexe, est devenu autre chose et il y a cette phrase souvent répétée : "je ne suis pas PD" qui reste comme une énigme. Viens ensuite le clash avec Nico. A ce stade mon attachement se porte sur celui qui souffre donc Nico. Je reste sur ma position même si on peut trouver, ça et là, quelques détails qui contredisent mon point de vue. Nico est introverti et possessif, Jerem est extraverti mais sous son coté mec viril il cache une fragilité peut être peut être vis-à-vis du manque d'amour maternel et du rejet de sa belle mère pendant son enfance

    -          La seconde partie c'est Campan. Jerem à pris conscience de ce que Nico représente pour lui ; c'est quand même lui qui rappelle Nico pour qu'il vienne le rejoindre. Il semble enfin s'accepter au point de faire son coming out avec ses amis. C'est aussi lui qui demande à Nico de le prendre pour découvrir cet autre coté de la sexualité entre garçons. C'est la période sexe et sentiments et Jerem remonte doucement mais surement dans mon attachement car Nico n'est plus un simple "objet" pour son plaisir.

    -          La troisième période c'est : l'éloignement Paris Bordeaux. Jerem a changé, il passe devant Nico dans mon attachement ; je suis toujours du coté de celui qui souffre et il affronte une situation difficile. Il reste calme et il est honnête avec Nico (peut être à sa façon mais je le crois sincère). D'un autre coté il pourrait baisser dans mon attachement s'il ne fait rien pour rencontrer Nico car comme je le pense depuis le début, il a des possibilités comme par exemple dire qu'il va voir sa copine pour retrouver Nico. Autre possibilité, comme je le disais aussi et je le pense toujours, Jerem peut faire son coming out, simplement il lui faudrait un déclencheur. J'avais fait une suggestion assez légère avec Ulysse qui a fait rire mais on peut trouver plus élaboré comme exemple : Léo au cours d'un match tient des propos homophobes sur un joueur gay. Il se fait exclure et se trouve lâché par les autres de l'équipe, ce qui met Jerem en confiance. Ce ne sont que des exemples et je ne compte pas écrire à la place de Fabien. L'homophobie est certes présente dans le sport collectif c'est indéniable mais c'est un peu comme pour les trains : on parle que de ceux qui arrivent en retard et jamais de ceux qui arrivent à l'heure. Levis Davis a fait son coming out et je pense qu'il doit y avoir des joueurs qui, sans le crier sur les toits, ont révélé à leur co-équipiers qu'ils sont gay sans que ça leur porte préjudice. C'est vrai que l'histoire se passe en 2000 mais la littérature comme le cinéma ont souvent pris le devant sur les choses pour les faire la société et les mentalités. 

    QuaQuant à Nico il est trop possessif et trop "hystérique" à un moment où il faudrait du sang froid pour regarder les choses en face.

    Qua

      • Yann
        Mercredi 23 Septembre à 18:25

        Je corrige ma phrase bancale qui ne veut rien dire :

        C'est vrai que l'histoire se passe en 2000 mais la littérature comme le cinéma ont souvent pris le devant sur les choses pour faire évoluer la société et les mentalités.

      • Jeudi 24 Septembre à 06:34
        Yann je n'ai jamais dit que qui que ce soit est à côté de la plaque lol et ça me fait du bien de lire tous vos commentaires et vos points de vue même si parfois opposés. Quand je dis que certains comm sont à côté de mes intentions ça n'a rien de péjoratif. Ça veut juste dire que parfois certaines

        analyses affrontent des aspects auxquels je n'avais pas pensé ou prêtent des intentions à mes personnages auxquelles je n'avais

        pas pensé. Mais c'est enrichissant de lire ces commentaires car ce sont pour moi un peu comme un miroir qui m'oblige à regarder

        mon travail sous un autre angle. C'est enrichissant et parfois inspirant
      • Jeudi 24 Septembre à 07:52

        "Hystérie" c'est bien vu. Il n'est plus très loin du délire amoureux

      • Yann
        Jeudi 24 Septembre à 10:59

        Fabien rassure toi-même si tu avais dis ça je ne l'aurais pas mal pris, donc pas de souci. Si, dans mon com j'ai repris (mal) ta phrase, ce n'est pas pour t'en faire reproche, mais juste pour te dire de ne pas nous mettre sur la voie pour la fin de l'histoire en fermant les pistes sur lesquelles on s'égare.

      • Jeudi 24 Septembre à 11:26
        Ah non je ne vais pas spoiler mon histoire non! Lol
      • Jeudi 24 Septembre à 11:28
        Chris : pauvre Nico hystérique nimpho et en plein délire loooool
      • Yann
        Jeudi 24 Septembre à 12:44

        Nico Hystérique j'y suis allé un peu fort mais bon même si le p'tit mec est malheureux, ce qui se comprend, il ne faut pas non plus que chaque fois que Jerem va l'appeler il lui fasse une scène sinon ça va pas le faire.

      • Jeudi 24 Septembre à 13:40

        Hystérique, c'est pas de moi. Nympho non plus, c’est pas le mot qui me viendrait. Mais je vois l’idée, je vais y réfléchir LOL

    12
    Mercredi 23 Septembre à 19:42

    Quand je dis que certains comm sont à côté de mes intentions ça n'a rien de péjoratif. Ça veut juste dire que parfois certaines

    analyses affrontent des aspects auxquels je n'avais pas pensé ou prêtent des intentions à mes personnages auxquelles je n'avais

    pas pensé. Mais c'est enrichissant de lire ces commentaires car ce sont pour moi un peu comme un miroir qui m'oblige à regarder

    mon travail sous un autre angle. C'est enrichissant et parfois inspirant

     

    Je n’avais pas compris la formule, sous cet angle positif. 

     

    Comme quoi, tout est question d’angle de vue, même pour les commentaires. J’ai tendance

    à rechercher si les actions des personnages correspondent à ce qu’ils disent faire. C’est comme

    dans la vie, il y a parfois un gouffre entre ce que l’on est et ce qu’on croit être de bonne foi. 

    Je me montre sans doute trop dur avec Nico, qui a une vision de l’amour très normative et

    lui-même n’est pas forcément raccord avec ce qu’il attend de Jérém.

    Il n’a que 19 ans, il calque un idéal de vie sur un mec qui n’est pas fait pour ça. Il va dans le mur. 

    Mais il a le potentiel d’intelligence et de sensibilité pour être un super mec.  Si il admet qu’il est

    déçu par la lâcheté de Jérém, qu’il cesse de le regarder comme un Dieu, il le verra mieux.

    L’aimera t-il toujours? Je pense que oui. 

     

    Jérémie est conscient et ce qu’il fait, je ne doute pas qu’il prend sur lui, mais sur la forme, c’est

    brutal. Quand Jérém est revenu vers Nico, celui-ci remontait la pente courageusement et seul.

    Jérém devait savoir qu’il jouait avec le feu, mais ses sentiments ont été les plus forts. Il était très

    amoureux, mais est ce qu’-il l’est encore? Parfois, j’en doute. Il s'est montré trop hostile, indiffé-

    rent, c’est un jeu dangereux. 

     

    Je pense, peut être naïvement que Jérém s’auto-manipule pour avoir la vie dont il rêve. Quand

    on manipule, on est faux avec les autres. C’est pour ça qu’il n’est pas « un bon gars ».

    Même avec Thibaut il a été salaud. C’est « moi d’abord », sauf peut être sur un terrain de rugby. 

    Nico, en toute innocence, aime la panoplie du faux Jérém mais il s’adresse au vrai, que personne

    ne connaît, peut être même pas l’intéressé. 

    Jérém ne sait sans doute pas ce qui le pousse à agir, par contre, il sait qu’il a de l’ascendant sur

    Nico, qui n’est pas assez adulte pour encaisser. 

     

    Qu’il aille donc se faire sauter par Ulysse ou par n’importe qui, mais au fond, j’espère que la vie

    se chargera de lui faire comprendre à son tour, ce que c’est que d’être traité sans égards. 


     

     

     

    13
    Celio
    Mercredi 23 Septembre à 22:09
    @chrisj
    Zuzu sort de ce corps

    Très bonne analyse au bistouri
    Le Nico n’aime que lui et la bite
    Je pense que Jerem devrait laisser Nico
    et toi
    14
    Jeudi 24 Septembre à 07:55

    Par rapport à l’histoire ou si on était dans le réel? 


     


    Dans la fiction, je ne veux pas du tout que Jérém laisse Nico. J’aimerais qu’ils soient


    ensemble parce que cela donne lieu aux plus belles pages. Les mieux écrites, les plus


    solaires, poétiques, drôles. Ils sont très beaux ensemble. La force de l’un vient en aide


    à l’autre. Ainsi, ils peuvent restés comme ils sont sans avoir à s’endurcir. C’est un lien


    qui uni deux garçons vulnérables qui n’ont pas peur l’une de l’autre. 


    Le texte donne des éléments biographiques du coté de Jérém pour qu’on puisse se 


    faire une idée du pourquoi. Pourquoi Ourson, pourquoi cette mélancolie tranquille 


    quand il regarde Nico … 


    C’est mon sentiment et ce n’est pas une affirmation.


     


    Par contre, si le deal, c’est que pour 5 jours du modèle Campan, il faut se taper 360 jours


    du modele Jérém cyclothymique, alors non. Je trouve que Nico est mal entouré par des


    gens, comme Albert, qui lui conseillent de subir « l’enjeu c’est garder ce garçon ». 


    Ils sont malades! C’est pas comme ça qu’on aide quelqu’un qui va mal. J’attends aussi le


    moment ou Nico dira à Jérém, 


    « je t’aimais, j’avais confiance en toi et tu m’as fait mal, j’ai cru que j’allais en mourir, 


    alors vas te faire foutre connard! »


     


    Dans le réel, l’épisode Campan à montré Jérém sous un jour tellement craquant, qu’on ne


    peut pas ne pas vouloir d’un type comme ça. Un mec aussi beau et qui cache une personnalité


    solitaire, riche et avec un regard tendre et bienveillant sans être niais. C’est top, en tout cas pour


    moi.


     A coté de ça, Nico a été très décevant. Il ne regardait Jérém que pour y trouver un miroir 


    flatteur de sa propre image. Il surréagissait à tout, il regardait ses muscles, ses slips. Je me disais


    que Jérém n’aimerait pas ce que Nico a dans la tête. C’est flatteur un petit moment mais après,


    on se dit que le mec n’est pas fiable. Dans la vie, il y a un moment pour tout. Si on est excité à


    la moindre occasion, c’est qu’on est confus.


    Donc dans le réel, je crois qu’ils n’ont rien à faire ensemble, sauf baiser et Bordeaux-Paris,


    c'est un peu eloigné pour que ce soit un rituel sympa.


     


    J’avais dit que j’allais écrire moins, donc j’arrête là LOL
    15
    jean
    Jeudi 24 Septembre à 18:09

    C’est l’impasse et le dénouement qui se profile risque de ne pas faire les affaires de Nico. Comment rebondir pour une troisième saison, le pari d’une suite est risqué.

    PS : Nymphomane c’est trop. Disons qu’il ne réfléchit pas qu’avec la tête  On peut se demander si Jérémy ne sert pas de garde fou, et qu’il pourrait basculer. Il n’ose pas.

    16
    Jean
    Jeudi 24 Septembre à 19:17

    Hysterie c’est fort pour décrire la colère de quelqu’un qui n’obtient pas ce qu’il veut. Soit il croit Jeremy et ses promesses et il fait un caprice comme un enfant en rage. Si il n’y croit pas, il cherche à passer en force pour imposer une relation en fermant les yeux sur ce qu’il refuse d’accepter. C’est un comportement agressif.

    mais l’autre n’est pas clair non plus. 

      • Yann
        Jeudi 24 Septembre à 19:57

        Oui je reconnais y être allé un peu fort en disant de Nico qu'il est hystérique. Disons plutôt frénétique qui se laisse emporter et dominer par ses émotions.

    17
    Jeudi 24 Septembre à 21:08

    J’ai peur que Fabien pense que je n’aime pas son Nico alors que c’est tout l’inverse. J’ai un regard

    distancié sur des choses qui font écho. Si tout le monde peut tomber amoureux, tout le monde ne le 

    vit pas comme lui le vit, loin, loin de là. Alors j’ai téléchargé ce passage ou Françoise Hardy

    s’exprimeCa me parait plutôt à propos. J'espère que Youtube ne va pas supprimer la video trop vite

     

    https://youtu.be/wBzOta6L730

     

     

      • Jeudi 24 Septembre à 21:15

        Ah ça me rassure. Tu le châties bien, alors c'est que tu dois bien l'aimer loooooooooooooooool

    18
    Jeudi 24 Septembre à 21:16

    bien sur, tu en doutais, je ne lis pas par masochisme LOL , 


    je suis plutôt inquiet que Jérém fasse trop de mal à Nico , donc à l'inverse de Albert, je ne me verrais


    pas l'encourager à persister. Mais c'est peine perdue, dans son état, on ne voit pas clair. En raison de


    l'écriture pas épisodes, il faut remonter à 2018, donc on oublie ép 55:


     "Un pas, un seul pas Nico : tu enjambes la barrière, et tu fermes les yeux ; un pas encore, un tout


    dernier, et toute cette souffrance qui te déchire de l’intérieur et qui t’étouffe va cesser tout de suite


    et à tout jamais".


    Au cas ou la vidéo est suspendue :  


    Un amour fou? c’est aimer d’une manière trop inconditionnelle, trop absolue, 


    peut être trop basée sur l’attraction physique. (ricanements) 


    C’est être entièrement suspendu à l’autre, entièrement dépendre des humeurs, 


    des désirs, des non désirs de l’autre, entièrement dépendre de sa présence, de


    son absence, c’est comme si l’autre était la vie et que sans lui, on meurt sur place


    Je ne sais même pas si c’est de l’amour, c’est un besoin, on vit en fonction de son


    besoin, on ambitionne de tout faire, de tout lui donner mais en fait c’est pour 


    calmer son besoin à soi… Françoise Hardy 1997 


     


     

    19
    Jean
    Vendredi 25 Septembre à 16:35

    Ce que dit Hardy est très intéressant, on dirait que ça colle assez bien avec la personnalité de Nico. On peut déceler dans ses confidences une forme d’hysterie, ou similaire. Elle ne lâchera pas d’un os l’amant qu’elle s.est choisi, qu’il soit d’accord ou pas, ce n’est pas le problème, du moins ce n’est pas le sien...

    c’est l’amour oppressant et forcément ça me ferait fuir.

    s’agissant de Jerem et Nico, ils sont jeunes et beaux, alors ça peu faire rêver à un idéal romantique.

    Si Jeremy ne relançait pas Nico, tout s'arrêterait. lui aussi est ambigu, c’est ce qui les rapproche. Tout les deux sont dans le même bateau, La situation est plus facile pour Jeremy qui sait que Nico s’accroche. Il peut plus facilement jouer l’indifférent. Mais si Nico se résigne et lache l’affaire, que ferait-il

    Nico ne serait-il pas capricorne?

      • Yann
        Samedi 26 Septembre à 12:03

        Ils sont très jeunes même pas 20 ans je crois et c'est leur premier amour. Un premier amour ça ne se contrôle pas, ça ne se calcule pas, on le subit. Peut on quand on est vraiment amoureux fuir car parfois l'amour rend aveugle ?

    20
    Vendredi 25 Septembre à 21:40

    Ils sont tous les deux balance. Anniversaires fin septembre et début octobre

     

    21
    Samedi 26 Septembre à 13:12

    Les réflections de Hardy ressemblent à celles de Nico au moment ou il réalise qu’il va perdre Jérém.

     

    Celui qui a peur de ne jamais être aimé est attiré par celui qui a peur d’aimer. Et celui qui a peur est attiré par celui qui 

    représente le danger, mais quand la peur est trop forte et la tension insupportable, Jérém se met en boule comme un

    hérisson. 

    C’est pour ça que je ne pense pas que ce soit la pression sociale qui inhibe Jérém. L’intégration au sein du club de rugby 

    est un problème car il a les pieds sur Terre et, c'est la voie qu'il a choisie. Il y a des sacrifices à faire. Est ce que c’est 

    suffisant pour déterminer son attitude vis à vis du petit Nico? Ou est ce qu’il se sert du rugby pour se défendre de Nico. 

     

    L’histoire que j’ai lu jusqu’à présent est celle là... 

     

    Dès les premiers épisodes, Jérém ne nourrit aucune anxiété quant à  sa sexualité, il pourrait baiser mecs ou filles sans se 

    remettre en question. Il se sert du sexe pour se prouver qu’il est dominateur. On ne peut même pas dire qu’il est clivé, car

    tout ce qui est de l’ordre des sentiments n’existe pas. C’est un tabou, ce qui suffit à montrer que c’est là qu’il est vulnérable. 

    Dès le 7ème épisode, on comprend que les mecs ne le laissent pas indifférent, mais il s’agit de fantasmes sexuels qui ne le 

    remettent pas en question. Il se pense protégé par ses conquêtes féminines qui prouvent aux autres qu’il est hétéro. Il veut 

    qu’on lui foute la paix mais il n’est pas angoissé à l’idée de se taper des mecs. Il ne faut pas oublier que C’est lui qui initie 

    Nico à la sexualité.

    Je me suis rappelé de nombreuses scènes ou il n’est pas gêné qu’on le voit avec Nico. Nico se pointe dans son appart, quand

    il est avec une fille, ils partent ensemble, en voiture devant tout le monde, une meuf les traite de PD, il s’en fout. 

    Très vite, on comprend que ce qui se passe avec Nico, n’est plus dans ses habitudes. 

    Jérém ne commence à flipper, que quand il découvre qu’il ressent quelque chose pour Nico, et ce quelque chose, lui fait peur. 

    Dès ce moment, il fait tout pour étouffer cette chose qu’il ne sait pas nommer et dont pourtant, il n’arrive plus à se passer.

    On pourrait mettre sur table des éléments pour savoir si il a peur «devenir pd», ou si il a peur d’aimer Nico. Les 2 vont ensemble

    et aujourd’hui on appelle ça découvrir son « identité sexuelle ». 

    Mais, même de plus en plus lié à Nico, il ne pas rase pas les murs. Il lui fait une scène en pleine rue, à Campan, il se montre avec

    lui. Et quand il se laisse enculer et il ne s’en porte pas plus mal. Ce n’est que 5 mois après le « début de leurs révisions ». Ce n’est 

    rien à l’échelle d’une vie. Tous ces éléments bout à bout ne dressent pas le portrait d’un timoré qui a peur. Il a quand même été

    jusqu’à faire un « coming out » devant des gens qui le connaissent. C’est plus engageant que devant des inconnus.

    C’est vis à vis de son père qu’il ne s’assume pas. Il faut tout lire pour repérer les rares mentions de ce père. Le rejet que Jérém 

    anticipe est sans appel. Il a peur des sentiments et il a peur de décevoir son père. 

    il y a une mise en place les éléments qui valident l’histoire sur un plan psychologique, y compris le contexte familial des deux garçons.

    Ensuite le récit s’est enrichi de flash back qui tissent d’avantage le lien entre Jérém et Nico A la fin de la partie Campan, on réalise que 

    Jérém a capté Nico au premier regard.  

     

    Quant à Nico, au début, il est fasciné de découvrir sa sexualité grace à Jérém. Il n’est pas farouche, il apprend vite. 

    Il accepte avec délectation le rôle soumis que Jérém lui impose et il adore. C’est même ce qu’on pourrait appeler affectueusement un 

    « petit cochon ». Il n’a peur de rien, il propose. Il ne sait pas encore qu’il aime Jérém, il faut attendre le 6 ou 7è épisode. C’est à partir

    de là qu’il commence à « harceler » Jérém pour obtenir plus que du sexe. Il est le reflet inversé de Jérém. 

    Ce qui est aussi craquant dans sa personnalité, c’est qu’il n’est pas séducteur. Même quand il va voir Jérém à Campan, il ne pense pas

    à l’eau de toilette, c’est Julien qui s’en charge. Nico séduit en convaincant.

     

    Les relations passionnelles sont des mirages mais rien ne prouve qu’elles finissent mal. Une fois le brouillard dissipé, 

    il peut y avoir  de la haine, du désintérêt, mais aussi de l’amitié, de l’amour. 

      

    J'avais dit que je n'écrirai plus sur ce chapitre... C'est que j'ai besoin d'écrire pour savoir ce que je pense, ça m'aide.  

     

      • Jean
        Dimanche 27 Septembre à 14:21

        J’ai remarqué la même chose que toi sur Nico, qui ne sait pas séduire par artifices.
        Ou peut on lire quelque chose sur le père de Jeremy?

    22
    Celiio
    Samedi 26 Septembre à 17:07
    Il reste combien d’épisodes pour la saison 2
    23
    Samedi 26 Septembre à 19:20
    2 ou 3
    24
    Alex
    Samedi 26 Septembre à 20:31
    25
    Alex
    Samedi 26 Septembre à 20:32
    Stp ?
    26
    Samedi 26 Septembre à 20:38

    Si ça fait du bien à Nico, je suis pur 3 yes

    Si c'est pour le torturer encore un peu plus, snifff    

    27
    Celio
    Samedi 26 Septembre à 21:19
    Je croyais que tu le trouvais chiant
    J’aime bien quand Jerem lui en met plein la gueule
    28
    Jean
    Dimanche 27 Septembre à 14:29

    Je suis loin d’avoir lu l’ensemble, et j’ai souvent lu des réflexions de Nico qui analyse et se satisfait de la vitalité de la sexualité des garçons de 19 ans. Cela me semble étonnant parce qu’il a 19ans et il n’a donc pas de point de comparaison. Une telle analyse ne requiert-elle pas un peu plus de maturité et plus et de retour d’expérience?

    PS: tu écris un épisode en deux semaines?  Ça fait un rythme soutenu. Est ce qu’il arrive d’avoir des regrets sur certain choix

      • Lundi 28 Septembre à 22:17

        J'essaie d'écrire un épisode en deux semaines, mais je n'y arrive pas tout le temps, je n'ai le temps d'écrire que le soir

    29
    Lundi 28 Septembre à 22:05

    @Celio,

    Mon frère est chiant mais je n'aurais pas envie pour autant qu'une nana lui mette la tete sous l'eau LOL Je ne suis pas comme ça.

    Il faut n'avoir jamais eu a vivre ce que traverse Nico pour croire que Jérém ne lui en "met pas bien assez dans gueule" comme ça.

    Je suis premier degré, alors quand Nico est mal, forcément il entraine le lecteur que je suis, dans sa dégringolade. 

    Si Jérém ne l'aime plus, que peut-il y faire? Si Jérém se sert du rugby comme d'un paravent pour cacher ses peurs ou ses problèmes, il n'y peut rien non plus. 

    Il n'y a que dans les chansons qu'on croit que l'amour vient à bout de tout. C'est pas vrai du tout. 

    A part accepter de laisser J vivre sa vie et cacher sa peine, il ne peut compter que sur l'auteur pour le sortir de là. Au fond, c'est lui qui n'est pas gentil avec Nico 

     

    @Jean, 

     Je me suis fait la même reflexion pour l'age et j'ai déduis que Nico parle aujourd'hui en regardant son passé. 

     - Pour le père de Jérémie, en Saison 1, c'est surtout à travers les confidences de Thibaut. On sait qu'il a de l'argent, qu'il est remarié, qu'il s'entend mal avec Jérém, mais qu'il paye pour lui la chambre. 

    En saison 2, épisodes  1, 3, et 28 et 29. 

    Pour sa mère, en Saison 2 :  épisodes  3, et 27. 

     

    30
    Alex
    Lundi 28 Septembre à 22:12
    Je fais un parallèle avec Brian et Justin de QAF, une période de rupture et Justin (qui s’en prend plein la tête) qui va chercher son bonheur ailleurs par lassitude de l’attitude distante de son amour passionnel .... avant les grandes retrouvailles?
      • Lundi 28 Septembre à 22:34

        Si je me souviens bien, Brian s’assumait très bien mais il rejetait toutes formes de sentiments. Il était détestable.
        Manque de chance, Jerem sais être plus qu’adorable, c’est un vrai bonbon.

        Justin, le petit blond, était moins innocent que Nico. Mais les personnages ont évolué tout au long des saisons. 
    31
    Mardi 29 Septembre à 08:39

    @Jean : Sur Jérém et sa mère et Nico, il y a l'épisode 21 que j'’ai relu hier, il est très bien écrit, caché entre des passages très sexe. C’était très original de mélanger le sexe pour ce qu’il a d’excitant mais aussi d’inexplicable.  

    http://www.jerem-nico.com/21-dans-les-draps-de-jeremie-a169076866

     je ne sais pas si je lui en veux plus d’avoir osé ces caresses qui ont fait remonter en moi ces vieux souvenirs de tendresse de mon enfance ou alors si je lui en veux d’avoir arrêté trop tôt… Pour s’être senti longtemps impuissant et avoir subi l’abandon, Jérém ne supporte pas de ne pas tout contrôler (…) c’est sa revanche vis-à-vis de son impuissance d’enfant face à l’abandon. C’est cette colère qui lui fait aimer la domination envers ses conquêtes… c’est de cette colère qui naît son désir de dominer, d’humilier… et c’est encore cette colère qui le rend si dur vis-à-vis de Nico…

    Quand tu as des dispositions pour aimer un mec comme ça, tu n'as que le choix de mettre toute ton énergie à le réparer… C’est du long cours. Dans un roman, on peut sublimer et faire comme si c’était possible, dans le réel, j'ai quelques doutes

    32
    florentdenon
    Mardi 29 Septembre à 09:39
    Au risque de se répéter, tu nous
    livres encore un très beau récit, tout en nuances et en sensibilité. Nico n'est pas un garçon naïf mais un idéaliste en quête d'absolu. Et tu n'es jamais aussi bon que quand tu décris les souffrances de cette relation un peu unilatérale, un peu déséquilibrée à cause de la beauté de Jerem et de sa difficulté à assumer ses sentiments et ses ďésirs. S'il te plait, la suite ! Et venge nous Nico !
    33
    Yann
    Mardi 29 Septembre à 11:13

    Je pense qu'il faut faire attention à ne pas se noyer dans une analyse de détails qui nous égare du fond de l'histoire. Toutes les analyses sont bonnes et intéressantes mais, de moins point de vue il faut rester sur les fondamentaux de l'histoire. Fabien le dit lui-même nous allons parfois au-delà de ses intentions. Si l'on prend par exemple le cas du père de Jerem. Le peu qu'on sait de lui c'est par une source indirecte. Depuis le début il est hors champ de l'histoire. Il subvient aux besoins matériels de son fils mais ne s'intéresse pas plus que ça à lui. Je pense que c'est la volonté de Fabien de ne pas lui faire jouer de rôle particulier si ce n'est qu'il a posé pour Jerem un contexte familial qui l'a probablement marqué.  Donc faire intervenir le père de Jerem est une option à laquelle je ne crois pas. Pour quoi faire ? Dire à son fils bravo mon garçon je te soutiens. Aux yeux de Jerem il a moins de crédit que d'autres personnes proches. Autre solution, faire rentrer le père dans l'histoire pour qu'il rejette son fils parce qu'il couche avec un garçon. Ca peut être intéressant comme sujet mais ça déplace le centre de l'histoire.

    Maintenant sur l'histoire. De mon point de vue il faut un peu relativiser les choses. Nico est en effet déçu et se pose des questions sur ce que va devenir leur relation. Leur première brouille avant Campan s'était soldée à coup de poings et puis Jerem a réfléchi sur lui-même. Ca ne date que de quelques mois. S'il avait juste envie de tirer un coup avec un garçon il n'avait pas beaucoup à chercher. Mais non il a appelé Nico donc il a évolué et là je pense que ça va être pareil. Déjà ils ne se sont pas cognés. D'autre part on est encore loin de la fin de l'histoire pour que ce soit le début du dénouement. Jerem avance sur lui-même que quand il est dos au mur.

     

    34
    Jean
    Mardi 29 Septembre à 17:50
    Fabien,
    Si tu fais un épisode toutes les deux semaines, c’est plus qu’un hobby, c’est presqu’un deuxième travail.
    J’ai essayé d’écrire et je n’ai jamais réussi à soutenir le rythme et la concentration.

    C’Est un plus de connaitre l’histoire des protagonistes afin d’éviter de tomber dans des images d’Épinal éloignées de la réalité.

    Merci Chris-j pour les liens. Il m’aurait été difficile de trouver cet épisode inattendu qui éclaire Jeremy et lui donne des circonstances atténuantes. Un développement psy qui permet de découvrir le Jeremy caché, coincé entre une mère qui l’a abandonné et un père qui ne veux pas que son fils soit une tapette. Mauvais départ qui ne doit pas faciliter les relations intimes.
    Quelqu’un l’approche, imitant sans le vouloir les gestes de sa mère il devient agressif, méchant. C’est logique et c’est banal psychologiquement. On ne prend pas cette place là. Mais L’ESPOIR DUNE ÉVOLUTION EST POSSIBLE, comme le prouve NIco vers qui il a déjà effectué un pas de géant. Il n’est pas complètement perdu puisqu’il sait prendre en charge son frère.

    Jeremy dispose d’armes pour dominer
    ses relations : Une plastique de « Dieu du Stade », et une facilité de séduction, c’est THE tombeur. La tentation est de tout instant, de toutes les fins de match, de tous les after et de toutes les toilettes hommes.
    NIco doit surmonter nombre d’obstacles : mère absente donc envahissante, père frustre et brutal, milieu homophobe du rugby, distance géographique, rivales et rivaux. Je trouve que la barque est lourdement chargée pour l’étudiant. Néanmoins, ce dernier ne veut pas lâcher le morceau.

    De son côté, sans faire dans l’abattage, Nico n’attire que des beaux mecs, intelligents et raffinés. S’annonce donc, même pour Jeremy une concurrence discrète mais qualitative.

    La situation est sérieuse mais pas encore désespérée.
    35
    Mardi 29 Septembre à 21:24

    Du père de Jérém, on sait tout ce qu’on a besoin de savoir. 

    Quarantaine, brun comme son fils. Ils ne se parlent pas, son père le méprise facilement puisqu’il lui reproche de s’être fait

    casser la gueule quand il sort du coma. Jérém le décrit comme rude, ignorant tout de ce qu’il aimerait faire de sa vie. Son père

    pense que Jérém en tant que joueur de rugby qui baise les filles à volonté a tout pour être heureux. Si il savait que Jérém était

    gay « il lui cracherait dessus » et « il ne le reverrait jamais ». Jérém n’est pas prêt a affronter ça,  le Coming Out festif, c’est raté.  

    Pour sa mère, c’est plus mystérieux. 

    Il semblait avoir une relation naturelle avec elle, vu ses souvenirs. Quand elle disparait, le sentiment d'abandon est tellement

    violent qu’il ne s’en remet pas. Thibaut prend le relais affectif, il était maternant avec Jérém et il était aussi un modèle

    masculin et bienveillant, contrairement à son père et peut être comme pourrait l’être Ulysse. L’idéal masculin pour Jérém? 

    C’est quand même Nico qui l’a transformé, mais il suffit qu’un geste lui rappelle sa mère pour qu’il s’effondre en larme ou

    qu’il soit pris d’une rage destructrice. Quand il était dans le coma, elle est absente. Par contre, elle va voir Maxime à l’hôpital,

    son frère ne semble pas nourrir de ressentiment.

    Pourquoi est-elle partie, a t-elle été forcée par le père, pourquoi ne vient-elle voir que Maxime.  

    Finalement, à part cet épisode 21 très particulier, en empruntant la loupe de Mister Magoo pour trouver des indices, on obtient pas mal de renseignements.

     

     

    36
    Yann
    Mercredi 30 Septembre à 07:47

    Je partage ton point de vue. Jerem a été marqué par son environnement familial ça ne fait aucun doute. Ses parents peuvent-ils jouer un autre rôle que celui-ci dans la suite de l'histoire ? Je ne le crois pas mais...

    37
    Mercredi 30 Septembre à 14:09

    Parmi tous les épisodes, j’ai plus de facilité à retrouver des repères biographiques que des scènes de cul. J’en déduis que ça compte pour moi, et je pense aussi que les histoires d’amour ont plus à voir avec la psychologie qu’avec le sexe. Mais comme lecteur, j’ai peu de gout à anticiper la suite. Viendra ce qui viendra. 


    Il y a environ deux ans, j’ai lu un texte formidable sur Cyrillo. Un étudiant vient donner des leçons à un lycéen complètement illétré, mais avec un corps d’acier et 8 abdos dessinés. C’était la mise en situation des deux premiers cours et il n’y avait pas encore de sexe. Il n’y a jamais eu de suite, le type a laissé tombé. Son histoire surnageait au milieu de dizaines, centaines, d’histoires de mecs qui se faisaient baiser dans des caves par des rebeus, en se faisant cracher dans la gueule.


    J’étais frustré mais je retrouve cette même tension avec Jérém & Nico, et ça fait mon affaire. 

      • Yann
        Mercredi 30 Septembre à 17:12

        C'est certain que le sexe sans amour c'est la baise où chacun prend son plaisir pour satisfaire un besoin primaire. Une histoire d'amour c'est en effet psychologique et le sexe vient la sublimer parce que chacun se donne à l'autre et pense d'abord au plaisir de l'autre avant le sien. C'est aussi se projeter avec l'autre pour se fondre en seul corps avec l'autre.

      • Mercredi 30 Septembre à 20:48

        Oui et c’est un problème dans les relations, comment maintenir un degré d’excitation sexuelle élevé en même temps que l’on ressent des sentiments plus abstraits. Tout le monde a du y être confronté, j'imagine?

        Dans le texte, plus Jérém aime Nico, moins il ose. Nico aimerait que, parfois, Jérém continu de le traiter comme un objet pendant qu’ils font l’amour. Nico passe des fantasmes aux sentiments sans problème, il peut se faire traiter de « sale pute qui aime la bite » et faire câlins juste après. Jérém a du mal avec ça, ce qui montre que pour lui, la sexualité est moins simple. 

      • Yann
        Jeudi 1er Octobre à 14:29

        En effet Jerem a d'abord refusé toute tendresse de la part de Nico parce que cela lui rappelait sa mère et le vide qu'elle a laissé. Peut être cherche-t-il à corriger cette fragilité dans sa construction personnelle ou bien à la dépasser (on ne peut jamais totalement effacer les cicatrices de son enfance) en apprenant avec Nico les sentiments. Ce qui explique en effet que les choses ne sont pas aussi simples pour lui que pour Nico. Maintenant pour maintenir un degré d'érotisme élevé en amour, rien n'empêche de mélanger tendresse et âpreté (sans pour autant tourner BDSM lol) dans la mesure où c'est pour répondre aux désirs de l'autre et franchir ensemble des sommets encore jamais atteints. L'amour c'est la fusion des corps et des esprits qui tendent vers une même direction : ne faire qu'un et peu importe la façon d'y parvenir. Dans l'extrême jouissance Eros et Thanatos (dieux de l'amour et de la mort) se côtoient. N'appelait-on pas l'orgasme la petite mort.

        Pour une vision philosophique sur l'amour  je recommande un grand classique : le banquet de Platon.

    38
    Jeudi 1er Octobre à 19:06

    Quelle discussion passionnante!

    Après avoir pris connaissance du passé de Jérém, et à travers ce que Thibaut et Jérém livraient comme confidences,

    je n’avais aucun doute que son attitude était dictée par la souffrance causée par un sentiment d’abandon, ou un abandon. 

    Il en a toutes les caractéristiques; forte culpabilité car il se croit responsable, besoin de reconnaissance pour se sentir exister,

    fantasmes de toute puissance, rejet de toutes formes de relations intimes, garçon ou filles. 

    Quand il rencontre Nico, il veut le dominer, l’utiliser, le contrôler. C’est quand il ne le (se) contrôle plus, qu’il le rejette toujours

    plus violemment. Je ne crois pas du tout que ce soit « l’homosexualité » qu’il rejette le plus, mais bien son attachement sentimental

    de plus en plus envahissant. Tant que personne ne sait, il peut baiser avec des mecs. D’ailleurs il baise un blond, mais il ne pense

    qu’a Nico, c’est donc Nico qui compte le plus.

    Son attachement lui fait peur. Cette peur qu’il a cru vaincre un moment, n’est pas morte. Il l’exprime à sa façon, en disant qu’il ne

    se sent jamais à la hauteur des attentes de Nico. Les attentes de Nico, c’est un engagement déclaré. Ca le fait flipper, et il préfère

    saborder sa relation, persuadé qu’il ne mérite pas d’être aimé et que tôt ou tard il sera à nouveau abandonné par Nico. C’est évidemment insupportable. 

    En revanche, il rechercherait volontiers une relation avec Ulysse, comme si c’était un père de substitution bienveillant. C’est une

    relation ou il serait dominé mais qui le ferait avancer.

    Bien entendu, il n’en est pas conscient et il rationalise ça par la nécessité de protéger son avenir professionnel par la discrétion. 

    En plus, la distance, lui permet de ne pas avoir Nico sous le nez, Nico qui a le pouvoir de réveiller son envie d’aller vers lui, de

    le prendre dans ses bras et de le protéger. 

     

    C’est ce que je pensais mais, j’ai peut être eu tort. Si c’est le rugby, alors, outre le fait que ce serait décevant de la part de Jérém,

    il n’y aurait plus qu’à espérer une blessure pour lui foutre sa carrière en l’air et le ramener vers Nico. 

     

      • Yann
        Jeudi 1er Octobre à 20:28

        Mais pour l'instant rien ne dit qu'Ulysse est gay.

      • Vendredi 2 Octobre à 07:59
        Ca n’empêche pas l’attirance du côté de Jerem. Nico ne cesse de dire que "personne ne résiste à son Jérém" alors c’est chaud LOL 
    39
    Jean
    Jeudi 1er Octobre à 19:40

    Si l’attitude de Jeremy vis à vis de Nico (ne pas donner de nouvelles, ne pas souhaiter le voir, son agressivité) n’est déterminée que par le Rugby et donc sa peur d'être démasqué et rejeté par le club, alors c’est un type que Nico doit fuir.

    Il est tout à fait possible de rester en contact en contact téléphonique avec ce dernier et s’arranger pour le voir ou même le croiser en toute discrétion. Nous sommes à Paris tout de même et pas à Téhéran !

    j’ose moi aussi espérer que son comportement lui échappe en partie et qu’il faut chercher dans son passé les causes. Ou même des excuses

    40
    Jeudi 1er Octobre à 22:08

    Bonjour à tous et merci pour vos commentaires.

    Juste une petite incursion pour vous informer que le prochain épisode "0239 Comme des lendemains de cuite" sortira le 5 octobre prochain.

    Bonne fin de semaine à tous

    Fabien

    41
    Vendredi 2 Octobre à 12:59

    Et bien, avec un tel titre, la fin de Saison prend des allures de gueule de bois pour les lecteurs. 


    Hier soir j’ai oublié de faire le rapprochement entre ce que j’écrivais « il préfère saborder sa relation, persuadé qu’il ne


    mérite pas d’être aimé et que tôt ou tard il sera à nouveau abandonné par Nico », et la scène dont l’écriture m’a le plus


    marqué de toute la saison. Celle ou j’ai ressenti le plus de fébrilité, d’attirance et d’angoisse. J’ai l’impression que Jérém


    disait la même chose. 


    « Je ne te mérite pas ».


    « N’importe quoi. Pourquoi tu dis ça ? ».


    « Je t’ai fait trop de mal ».


    « C’est derrière nous tout ça ».


    « Je ne veux plus te faire du mal ».


    « Ça n’arrivera pas ».


    « Dans quelques jours, on va être loin ».


    « Je viendrai te voir à Paris ».


    « Ça ne suffira pas. Ne m’oublie pas, Nico ».


     

    42
    Yann
    Vendredi 2 Octobre à 14:35

    Je me pose cette question, Jerem et Nico s'aiment-ils du même amour ? Je ne le pense pas. D'un coté Jérem est attaché à Nico pas uniquement par le sexe, il le dit et il l'a vérifié après être allé voir ailleurs ou quand ils se sont éloignés après leur dispute. De l'autre Nico n'en revient toujours pas qu'un mec aussi bogoss que Jerem s'intéresse à lui. Même si rien ne les oppose, qu'est-ce qui les rapproche à part le sexe ? Je sais qu'on ne choisit pas de qui on tombe amoureux et ça s'explique encore moins.

     

    Comme Jean je ne pense pas que l'attitude de Jerem soit uniquement dictée par le rugby, car il est possible de garder une relation sans devoir se cacher. Jerem peut aller voir Nico plutôt que l'inverse. Je pense que son comportement lui échappe devant la fatalité de l'amour. Il est jeune et tout ceci est arrivé en si peu de temps : une année scolaire et un été ! Quel projet ont-ils en commun aucun si ce n'est poursuivre leurs études et pour Jerem se faire une place dans le rugby. Simple supposition, si l'on fait abstraction de ce que craint Jerem de ses co-équipiers, que peuvent-ils faire ? Nico finir ses études à Paris prendre un logement et vivre en couple avec Jerem et, à a peine vingt ans, après avoir été amants devenir un couple ensembles dans la routine des amoureux ? Tomber dans le pouvoir dissolvant de la routine. Alors que se perdre pour se retrouver à nouveau, se désespérer quand ils sont séparés et s'adorer quand ils sont ensemble, recommencer à chaque fois un amour neuf qui ne s'use jamais serait bien plus enivrant pour leur âge. 

     

      • Samedi 3 Octobre à 11:47
        Ce sont les questions qui se posent.
        Ils sont très jeunes et ils ont des préoccupations d’adultes.
        Il va falloir beaucoup de talent d’imagination pour les projeter dans un futur, plus ou moins lointain.
    43
    Yann
    Dimanche 4 Octobre à 11:02

    Ce que je voulais aussi dire dans mon com c'est que, pour un auteur, l'exercice d'écrire un roman sur l'amour tourmenté est beaucoup plus intéressant que celui d'en écrire un sur l'amour "idyllique". En littérature comme au cinéma ou au théâtre, le thème de l'amour impossible, contrarié, la quête d'un bonheur jamais définitivement acquis… est récurent. Pour un auteur, obstacles et contrariétés offrent à explorer un éventail plus large de sentiments qui sont également plus forts. C'est aussi pour le lecteur matière à émotions plus riches et à réflexion. C'est dans ce cheminement que tu nous entraine Fabien avec tes personnages. Tout d'abord l'amour contrarié : Jerem refuse tout geste d'affection ou de tendresse. Puis  Campan où dans son petit cercle d'amis et après s'être libéré de ce frein c'est un peu comme une courte lune de miel. A présent avec la rentrée retour aux réalités, ils affrontent de nouveaux obstacles ou les mêmes qui ressurgissent. Leur relation bat de l'aile mais une chose importante, l'amour qu'ils ont l'un pour l'autre n'a pas laissé place à la haine qui est aussi un thème récurent dans les romans d'amour.

    La suite serait comme un lendemain de cuite. En général après une cuite on n'est pas très bien mais on a repris ses esprits et on sort progressivement de la brume. Faut-il y voir un début de prise de conscience de la réalité et de rationalité ? Bien vu Fabien de nous donner à l'avance le titre du prochain épisode cela attise notre curiosité et voila que déjà je me prends à imaginer ce qui va leur arriver. Il n'y a pas trop à attendre jusqu'à demain mais pourvu qu'en me connectant je n'ai pas ceci : désolé le site demandé est momentanément  inaccessible en raison d'un trop grand nombre de connexions lhappy

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :