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    Bonjour à toutes et à tous ! Bienvenue sur le site Jérém&Nico

     

    0208 Très chaud sous la couette, et petits mots sur l’oreiller.

     

    Il doit être minuit lorsque nous nous retrouvons en position « tête-bêche », en train de nous offrir du plaisir l’un l’autre ; un plaisir qui se prolonge jusqu’à ce que Jérém se dégage de ce cercle de bonheur, pour s’allonger sur le lit, les bras pliés, les mains croisées entre sa tête et l’oreiller, les aisselles finement poilues bien en vue, une étincelle bien coquine dans le regard.

    « T’as envie de quoi ? » je lui demande.

    « Refais-moi ce truc que tu m'as fait une fois… ».

    « Quel truc ? ».

    « Ce truc… tu sais… ».

    « Je t’ai fait tellement de trucs… ».

    « Ce truc-là était vraiment dingue… ».

    « Vas-y, raconte… » je le cherche, alors que j’ai ma petite idée de ce « truc » dont il est question.

    « Cette nuit-là… tu m’as sucé, tu m’as branlé, je ne sais combien de temps… tu me donnais envie de jouir, mais tu ne me laissais jamais venir… ».

    « Ah, oui, je vois… et alors, t’avais kiffé ? ».

    « Ah, putain, que oui… je crois que jamais je n’ai joui aussi fort de ma vie… tu ne peux même pas imaginer à quel point j’ai kiffé… ».

    « Alors, tu vas kiffer deux fois plus… ».

    Allongé sur le dos, la queue raide et insolente, une étincelle lubrique dans le regard qui mettrait le feu au soleil lui-même, Jérém attend que je vienne lui offrir une nouvelle fois ce plaisir dont il se souvient, et qui l’a marqué. Qu’est-ce que c’est bon de l’entendre dire à quel point il avait kiffé ce « truc », peut-être le premier truc que je lui avais proposé, et avec lequel je l’avais surpris, après de nombreuses « révisions » où il avait mené le « jeu » de bout en bout ! Et quel bonheur de l’entendre en redemander !

    Un bonheur qui se mélange très vite à un petit sentiment d’« inquiétude » : dans mon élan d’enthousiasme, je me suis peut-être un peu avancé ; j’espère pouvoir être à la hauteur de son souvenir, de ses attentes. Je me mets la pression tout seul : pourvu que cette pression ne coupe pas mes moyens.

    De toute façon, je n’ai pas le choix : chose promise, chose due ; et aussi, queue tendue, envie soutenue. Bref, je ne peux attendre plus longtemps pour aller m’occuper de mon bomâle brun.

    Je saisis son manche raide du bout des doigts, je l’enserre lentement, je le loge dans le creux de ma main. Ce simple, premier contact m’apporte un intense bonheur tactile, composé de multiples sensations : puissance, douceur, chaleur, virilité. Sa queue remplit parfaitement ma main refermée, comme si l’une était faite sur mesure pour l’autre, et vice-versa ; comme si nos anatomies étaient prévues l’une pour l’autre.

    Ma prise est assez relâchée, ma main coulisse lentement, elle excite autant qu’elle frustre : je caresse son manche, je cajole ses couilles, je titille son gland. Le bogoss frémit, il semble beaucoup apprécier.

    Sans cesser de le branler, je me penche sur lui, je l’embrasse, sur la bouche d’abord ; puis, mes lèvres descendent le long de sa mâchoire, de son cou, de ses pecs, de ses abdos ; elles glissent le long du petit chemin de poils bruns qui amènent à son pubis. Je frissonne, il frissonne.

    Je cesse alors de le branler, j’approche mon visage de ses bourses, que je renifle longuement, méthodiquement, dans chaque moindre recoin ; je renifle sa queue tout aussi longuement, laissant le bout de mon nez traîner, effleurer, exciter : je remonte jusqu’à effleurer le frein, contact qui fait sursauter le bogoss, de surprise et de plaisir.

    Voilà un long et délicieux voyage agrémenté d’une multitude de petites, délicieuse odeurs de mâle qui a déjà pas mal donné de sa puissance sexuelle, mais toujours débordant de testostérone : un mâle dont le torse ondule désormais sous l’effet d’une respiration excitée.

    Encouragé par ses réactions, j’attaque illico un deuxième tour, en me servant de mes lèvres ce coup-ci. J’accomplis le même voyage, tout en provoquant des frissons encore plus intenses : sa respiration haletante cède peu à peu la place à de petits gémissements, et à des mots d’encouragements :

    « Putain, Nico… tu me rends dingue… ».

    Je dois me faire violence pour ne pas céder à la tentation assommante de gober son gland gonflé à bloc et de provoquer au plus vite sa jouissance : la condition pour le faire jouir comme un malade, c’est de le frustrer ; le pendant, c’est de me frustrer avec lui.

    « Suce-moi… » je l’entends chuchoter, sur un ton assez ferme. Ça ne rigole plus.

    « Pas encore… » je le cherche.

    « J’ai trop envie… ».

    « Moi aussi… ».

    « Tu vas craquer, de toute façon… » il me nargue.

    « C’est toi qui vas craquer… ».

    « Jamais de la vie… » fait-il, la voix déformée par l’excitation.

    « Si au prochain tour je mets la langue, tu vas craquer… ».

    « Tu vas te jeter dessus avant… ».

    « Chiche… ».

    Troisième round, c’est au tour de ma langue de faire monter la pression chez le bobrun : elle s’emploie à lécher ses couilles, à chatouiller ses bourses ; elle remonte sa queue lentement, tantôt en lâchant des petits coups rapides, tantôt en traînant ; elle remonte jusqu’au frein, arrachant des frissons violents à ce petit Dieu à l’anatomie parfaite.

    La queue brûlante, le gland gonflé à bloc, le bogoss se plie pourtant à l’interminable attente d’un plaisir sans cesse annoncé et sans cesse repoussé. Je sais qu’il me fait confiance ; cependant, je sens que son impatience grandit de seconde en seconde. Ses inspirations et ses expirations sont longues, profondes, bruyantes ; le bogoss monte en pression, il est chaud, bouillant.

    A l’époque de nos premières révisions, à ce stade des opérations, il m’aurait déjà fourré la queue dans la bouche et il serait en train de la défoncer avec des coups de reins sauvages.

    Mais là, il se retient ; certes, il a un petit pari à gagner, mais il n’y a pas que ça. En fait, depuis nos retrouvailles, Jérém me fait l’amour tout en douceur, comme s’il avait peur de me manquer de respect en jouant au mâle domi qui était son rôle dans notre relation d’avant notre clash. J’adore le Jérém attentionné, adorable ; mais je n’ai pas envie pour autant de laisser ce dernier effacer le jeune mâle bien sûr de lui, à la virilité insolente, le mec un brin arrogant, un tantinet macho ; et infiniment, indiciblement craquant. Alors, ce Jérém « petit con », je vais aller le chercher là où il est, caché derrière la « peur » de ne pas être bien perçu.

    Je continue de titiller son frein avec des petits coups de langue : Jérém vibre de toute part, il souffle comme un petit taureau.

    Puis, à un moment, sans prévenir, ses abdos se contractent, son torse se relève ; et sa main vient se poser lourdement sur mon cou. C’est à ce moment-là que je sens que je vais gagner mon « pari » : le mouvement est lent, mais ferme, à la fois doux et sans appel ; Jérém m’oblige à gober son gland, puis, sa queue tout entière. Le bogoss a envie de se faire sucer, un point, c’est tout.

    « Ah, c’est bon… » je l’entends chuchoter, la voix éraillée par l’excitation, alors que son manche finit d’envahir mon palais.

    Sa queue porte un délicieux petit goût de sperme qui me rappelle à quel point il est « le mâle », et à quel point ce mâle est puissant, et fécond. Combien de fois a-t-il joui depuis ce matin ? Combien de fois m’a-t-il rempli de son jus ? Je ne m’en souviens même plus. Je nage dans un bonheur sensuel indescriptible.

    Oui, finalement, c’est Jérém qui craque : et c’est tellement bon de sentir sa queue entre mes lèvres, dans ma bouche, avant même de commencer à le sucer. J’adore me sentir envahi par son manche, par son envie de mec ; j’adore humer les odeurs qui se dégagent de sa peau, de ses poils pubiens ; j’adore me retrouver nez à nez avec son mur d’abdos, avec ce petit chemin de poils qui part de son nombril et qui semble me rappeler, si besoin était, la marche à suivre.

    « Allez… vas-y… suce… » fait-il, tout en imprimant à ma tête le mouvement qu’il attend d’elle.

    Il n’aura pas fallu chercher longtemps pour que le petit mâle en rut sorte de sa réserve. Et c’est un pur bonheur.

    Alors je le suce longuement, lentement, tantôt en m’attardant avec ma langue autour du gland, en le chatouillant par des touches légères, tantôt en le laissant glisser soudainement au fond de ma gorge et en le gardant bien au chaud, pendant de longs moments.

    J’amène son excitation à des sommets délirants, lui faisant sans cesse entrevoir la ligne d’arrivée de son orgasme, mais sans jamais le laisser l’approcher ; je tiens sa jouissance en suspension entre mes mains, dans ma bouche, pendant très longtemps, je le rends dingue, à la fois de plaisir et de frustration ; tout en essayant d’ignorer, avec de plus en plus de mal par ailleurs, cette brûlante, sauvage, insoutenable envie, qui est la mienne, de le laisser déverser dans ma bouche les longs traits chauds que je connais si bien, son jus de p’tit mec.

    Le bogoss est moite de transpiration, vibrant de plaisir : jusqu’à quand vais-je pouvoir le tenir dans cet état d’attente et de frustration ? La réponse vient du principal intéressé. Ainsi, sans prévenir, le bogoss se dégage se moi ; il descend du lit, il me lance :

    « Viens me pomper… ».

    Jérém est debout à côté du lit, adossé au mur ; son corps musclé et sa queue tendue n’attendent que moi, pour jouir. Un instant plus tard, je suis à genoux devant lui, en train de le pomper, ivre de la vision sublime de ce mâle qui me domine de toute sa taille, de toute sa puissance, de toute sa virilité, qui me regarde en train de lui offrir le plaisir qu’il exige ; ivre de sa bonne gueule de mec et de son regard brun qui crient au sexe, de son menton et de sa mâchoire recouverts de barbe brune ; ivre de ce torse tout en muscle et en jeunesse, ondulant au rythme de sa respiration excitée ; ivre de ce corps légèrement penché en avant, de sa chaînette de mec cherchant l’aplomb entre deux petites oscillations, de son grain de beauté toujours aussi adorable et sexy ; ivre de ses épaules et de son cou massif, de ses biceps rebondis, de ses tatouages sexy, de ses tétons à croquer, de cette profonde ligne médiane creusée dans le muscle saillant de ses pecs et de ses abdos de fou ; ivre de cette pilosité brune qui me fait craquer ; ivre de ce chemin de petits poils juste devant mon nez, ainsi que de ces redoutables plis de l’aine, les trois s’associant pour rabattre mon regard là où il a envie d’être ; bref, je suis ivre de cette mâlitude débordante, effrontée même lorsqu’elle ne l’est pas sciemment, insolente du simple fait d’exister.

    Vision du bas vers le haut ; du bas de ma position, à genoux, de mon admiration, mon adoration, ma soumission – soumission volontaire, jouissive – à la sexualité et au plaisir de mon mâle ; vers le haut de sa position debout, de son regard lubrique, de sa puissance physique, sexuelle, de son envie de jouir ; et, je le sais désormais, de me faire jouir avec lui.

    Qu’est ce que c’est beau et impressionnant, le corps masculin, lorsqu’on le regarde ainsi, du bas vers le haut ; et qu’est-ce qu’elle est excitante, étourdissante, la sexualité d’un mec debout, lorsqu’on y goûte pendant qu’on est à genoux.

    Je le suce lentement, repoussant encore et toujours sa jouissance. Puis, à un moment, le bogoss pousse une profonde expiration, sa main se lève, elle frôle ma nuque, mon cou, elle se retient ; je sens qu’il a envie de m’attraper la tête et me faite avaler sa queue d’une seule traite, mais il se retient toujours ; de justesse, mais il se retient. Il est à deux doigts de craquer, je le sens. Ce n’est qu’une question de secondes. Son excitation est à un tel niveau qu’il suffirait d’une petite étincelle pour le faire démarrer au quart de tour.

    La petite étincelle va être mon geste inouï, l’affront de quitter sa queue pour aller titiller son frein du bout de ma langue ; un instant plus tard, ses deux mains saisissent ma tête, et sa queue s’enfonce entre mes lèvres avec l’urgence d’une excitation extrême. Le bogoss n’attend pas une seconde de plus pour commencer à me pilonner la bouche sans répit, comme au bon vieux temps. Mon beau Jérém se lâche enfin : chassez le naturel, il revient au galop.

    Au rythme de ses coups de reins, mon nez s’enfonce dans ses poils pubiens, mon front cogne contre son mur d’abdos, ses petites odeurs de mâle remontent par mes narines et me mettent en orbite. Sa queue me défonce la bouche, mais pas au point de me faire mal, juste au point de me faire terriblement « mâle » : et ça, c’est délicieux.

    « Suce, vas-y, je sais que tu kiffes ça… tu kiffes ma queue… » fait-il, tout en m’enfonçant son manche bien profondément dans ma bouche.

    Je retrouve le Jérém domi. Je suis débordé par sa puissance virile, mais heureux.

    « Qu’est-ce que j’aime te sucer… » j’arrive à lui lancer, en sortant brièvement de mon apnée.

    « Ah, putain, c’est bon… tu suces comme un dieu… vas-y, montre-moi ce que tu sais faire… fais-moi monter le jus… » fait-il, tout en posant lourdement ses mains sur ma nuque et m’enfonçant à nouveau la queue jusqu’au bout de mon palais.

    Je brûle d’envie d’exaucer son vœux, d’exécuter son ordre ; mais en même temps, je ne veux pas que ça s’arrête aussi vite : je me dégage de la prise de ses mains et je quitte une nouvelle fois sa queue ; j’attrape ses hanches, je l’invite à pivoter sur lui-même, à se mettre face au mur. Après une première petite résistance, le bogoss se laisse faire ; je saisis ses fesses bien fermes et j’entreprends de lui faire une fellation de rondelle en bonne et due forme.

    Je le sens encore monter en température et en pression, je le sens monter vers une zone rouge très dangereuse. Ce qui explique la raison pour laquelle, malgré son kiff pour ce genre de plaisir, quelques instant plus tard à peine, le bogoss se retourne brusquement, il me fourre une nouvelle fois queue dans la bouche et recommence à envoyer de bons coups de reins. Ses gestes ont quelque chose de virulent, la virulence de son envie de jouir, au plus vite. Une virulence que je retrouve également dans les mots qu’il ne tarde pas à lâcher, la voix cassée par une excitation à son plus haut niveau :

    « Je vais jouir… et tu vas tout avaler… ».

    Je ressens alors un frisson qui manque de peu de me faire jouir sur le champ : car je reconnais instantanément les mêmes mots qu’il avait employés lors de notre première révision.

    J’ai sacrement envie de lui offrir ce qu’il demande ; mais en même temps, je lui ai promis un orgasme comme aucun autre ; ainsi, alors que le bobrun s’imagine jouir au plus vite dans ma bouche, je me déboite, et je recommence à titiller son gland sur le point de gicler.

    Un instant plus tard, tout s’emballe ; ses mains m’attrapent par les aisselles, m’obligent à me relever : le geste est rapide, brusque, animal ; la réaction en chaîne est amorcée, je ne peux plus l’arrêter, je perds le contrôle ; et c’est avec le plus grand bonheur que je me laisse faire. Je me retrouve à plat ventre, sur le lit ; Jérém crache sur ma rondelle, et il s’enfonce en moi d’une seule traite. Sa queue me pénètre, m’envahit, me transperce.

    « Oh, putain, qu’est-ce qu’il est bon ton cul ! » je l’entends grommeler, fou d’excitation.

    « Et ta queue, putain… qu’est-ce qu’elle est bonne ta queue ! ».

    Le bogoss n’a besoin que de quelques coups de reins pour atteindre enfin cet orgasme tant attendu, pour gicler une fois de plus en moi. Et pour me faire gicler à mon tour, sans même me toucher. Ma jouissance me percute avec la violence d’un coup de tonnerre, je perds pied, et j’ai l’impression que mon cœur a des ratés ; sa jouissance à lui, explose dans un cri retentissant, impressionnant, un cri à la fois de plaisir et de délivrance. Heureusement que nous sommes isolés et qu’il n'y a pas de voisin pour entendre le brame d’un jeune mâle en train de kiffer sa race.

    « T’as joui ? » il me demande dans la foulée.

    « Je viens de jouir, en même temps que toi… tu te rends compte de l’effet que tu me fais ? ».

    Mon beau Jérém s’abandonne sur moi de tout son poids ; il me serre fort contre lui, il pose de bisous sur mes épaules et mon cou ; il me fait sentir bien même en cet instant, après l’amour, où le désir sexuel déchaîné disparaît brutalement et laisse la place à un besoin de tendresse tout aussi violent.

    « Qu’est-ce que c’était bon… » je l’entends chuchoter à mon oreille.

    « Pareil pour moi… c’était trop trop bon… ».

    Ah, putain, qu’est-ce que ça fait du bien de me faire dominer par ce petit Dieu vivant, évoquant pour moi le mâle dans toute sa virilité, force et autorité ; qu’est-ce que c’est bon de le voir se lâcher à fond pendant le sexe ; et qu’est-ce que c’est bon après le sexe, tout aussi bon, si ce n’est plus encore, de retrouver les câlins, la tendresse ; et de me blottir, et me sentir protégé, dans ses bras puissants.

    Qu’est-ce que j’aime ce nouveau Jérém, cet être mi ange et mi mâle, toujours capable, pour peu qu’on le cherche, de jouer son petit macho pendant le sexe ; mais capable aussi, après l’amour, de laisser ressortir cet adorable petit mec qui a besoin de douceur tout autant que j’en ai besoin.

    « Qu’est-ce que j’aime quand tu es comme ça… » j’ai envie de lui dire, j’ai envie qu’il sache.

    « Comme ça, comment ? ».

    « Quand tu es chaud bouillant pendant le sexe… ».

    « Tu kiffes ça, hein ? ».

    « Grave ! Et aussi que tu t’inquiètes de mon plaisir à moi… ».

    « J’aime bien te voir jouir… ».

    « Je suis trop bien, là… ».

    « Moi aussi, je suis trop bien avec toi… »

    Dans la tanière, dans les bras de mon mâle brun, j'ai l'impression que rien ne peut m'arriver et que ce bonheur va durer à tout jamais. Et très vite, je m'endors.

     

    Lorsque je me réveille, il fait nuit ; dans la cheminée, le feu brûle toujours, la flamme est belle et vigoureuse ; pendant que je dormais, Jérém a dû se lever et remettre du bois, et peut-être fumer une cigarette. Qu’est-ce que c’est bon de me sentir en sécurité, de me sentir pris en charge, de ne devoir m’occuper de rien, à part d’être heureux avec le gars que j’aime.

    Mon bel étalon est endormi sur le dos, le haut de ses pecs et ses épaules dépassent de la couette, les bras pliés, les mains posées sur l’oreiller, de part et d’autre de sa tête, les aisselles délicatement poilues bien exposées à ma vue et à mon désir.

    Après de nombreux orgasmes en quelques heures, il se dégage de son corps, et notamment de ses aisselles, une odeur prégnante qui n’est pas que le souvenir de sa transpiration, mais comme une odeur de sexe, une odeur de mâle. L’odeur des corps change après l’amour ; l’entente sensuelle est aussi une question d’odeurs : et qu’est-ce qu’elle est bonne, cette entente, avec mon Jérém !

    Je suis irrépressiblement attiré par son aisselle la plus proche de moi ; je ne peux résister à la tentation de plonger mon nez dedans, de m’enivrer de ces délicieuses odeurs de jeune mâle.

    « Il faut que je me douche » fait Jérém, la voix pâteuse.

    « Tu sens tellement bon… ».

    « Je pue… ».

    « Tu sens l’amour… et le plaisir… ».

    Un instant plus tard, nos torses se frôlent, nos sexes aussi ; j’agace ses tétons, sa main saisit nos deux queues en une seule prise et commence à les branler ; la sensation de frottement de nos gland l’un contre l’autre est magique.

    Une nouvelle fois, nous faisons l’amour ; une nouvelle fois, il me remplit de sa semence ; et une nouvelle fois, il me prend dans ses bras musclés, devant le feu de la cheminée.

    « Qu’est-ce que j’aime, te faire l’amour… » il lâche tout bas.

    « Si tu savais comment j’aime, moi, quand tu me fais l’amour… ».

    « Vraiment, je n’ai jamais autant pris mon pied qu’avec toi… ».

    « J’adore t’entendre dire ça… ».

    « C’est qu’avec toi… avec toi… je suis en phase avec mes envies… ».

    « Tu me rends dingue, Jérém… ».

    « Toi aussi, Nico… ».

    Le bobrun me serre un peu plus fort dans ses bras, il couvre mon cou de bisous ; je me blottis un peu plus dans ses bras, je serre sa main, je la presse contre mon cœur : elle est douce et chaude ; je plaque ma main dessus, comme pour la retenir.

    « Je me suis toujours demandé ce que tu ressens quand je te fais l’amour… » je l’entends lâcher, après un petit moment de silence et de tendresse.

    « Et moi je me suis toujours demandé ce que tu ressens quand tu me fais l’amour… ».

    « C’est moi qui ai demandé en premier… » il me taquine.

    « C’est vrai, tu veux savoir ? ».

    « Oui… carrément… ».

    « Rien que le fait de te sentir venir en moi, et de t’avoir en moi me procure beaucoup de plaisir… après, quand tu commences à me faire l’amour, j’adore sentir tes coups de reins… sentir ta queue aller et venir en moi me rend dingue… j’adore sentir que tu te fais plaisir avec mon corps… ça aussi, c’est vraiment le pied… j’aime sentir que, pendant le sexe, tu es le mec…

    Et toi… tu ressens quoi quand tu me prends ? ».

    « Ce que j’aime le plus, c’est sentir que t’as très envie de moi… ».

    « Ça se voit à ce point ? ».

    « Oh, oui… c’est comme si ton corps tout entier irradiait cette envie… j’aime sentir que tu es impatient que je te prenne… j’aime te voir frissonner quand je pose mon gland sur ton entrée, t’entendre souffler quand je force, sentir tes muscles s’ouvrir, et voir ton corps se relâcher quand je viens en toi… ».

    « Et quand tu es dedans ? ».

    « J’aime sentir ma queue enserrée par ton trou… j’aime ressentir le contraste entre mon envie de te remplir et ton envie d’être rempli… j’aime la sensation de me sentir le « mec » dans l’acte… et voir le plaisir que ma queue te procure… ».

    « Et moi, j’aime te montrer que mon corps n’oppose aucune résistance, qu’il t’est complètement offert… j’aime te montrer le plaisir que je prends grâce à ta queue, à ta virilité… j’aime satisfaire tes envies de mec, m’offrir à toi sans conditions… j’aime me montrer soumis à ta puissance virile… j’adore sentir ton envie de me remplir, ça me fait immédiatement sentir à toi, complètement à toi… j’aime quand tu es en moi, bien excité, bien chaud, bien lancé vers ton orgasme : dans ces moments-là, tout mon désir sexuel et mon plaisir circulent entre mes fesses, mon trou, mes tétons…

    En fait, le plaisir de passif, c’est un plaisir autant physique que mental… quand tu me prends, je jouis autant dans le ventre que dans ma tête… et j’oublie carrément que j’ai une queue moi aussi… il y a eu des fois, comme tout à l’heure, où tu m’as tellement bien secoué que j’ai joui sans même me toucher… et même des fois où j’ai pris un plaisir fou, sans même avoir besoin de jouir… »

    « Mais tu aimes quand même jouir… comme un mec… je veux dire… ».

    « Oui, parfois, oui… quand tu me branles, ou quand tu me suces… mais quand tu me prends, mon plaisir est ailleurs… quand tu es en moi, je suis dans un autre monde… je suis tellement bien, je voudrais que ça ne s’arrête jamais… c’est paradoxal… quand tu es en moi, je suis à la fois impatient de te sentir jouir, et inquiet que ça arrive, que tes coups de reins s’arrêtent, que tu sortes de moi… déjà, quand tu te retires de moi juste pour changer de position, c’est insupportable… mais alors, quand tu jouis en moi, l’idée que tu sortes de moi est carrément insoutenable… je voudrais que tu ne sortes jamais de moi… ».

    « Je kiffe savoir que nos corps et nos plaisirs sont si complémentaires… ».

    « Moi aussi… si tu savais… »

    « J’aime t’entendre gémir de plaisir, te voir te cambrer sous mes coups de reins… j’aime sentir tes bras, tes mains qui s'enroulent autour de mes cuisses, de mes biceps, qui serrent mes pecs comme pour m'empêcher de ressortir… j'aime voir tes yeux qui s'ouvrent, inquiets quand je sors de toi… et lorsque je reviens, te voir sourire de plaisir, laisser échapper un gémissement…

    Et ça te fait quoi comme sensation quand je gicle en toi ? ».

    « Quand tu jouis, et que je reçois ton jus en moi, c’est pour moi le plus intense de tous les plaisirs… j’ai l’impression d’être fécondé par mon mâle… ».

    « Et moi, j’aime sentir qu’un peu de moi vient en toi… ».

    Puis, après une petite pause, le bogoss me questionne :

    « Pourquoi t’as autant envie de me faire jouir ? ».

    « Parce que t’es un putain de bogoss, parce que t'as un corps de malade, parce que t’as une queue d’enfer… et aussi, parce que t’es tellement viril dans tes attitudes, pendant que tu prends ton pied… et ça me fait un effet de dingue… tu as l’art et la manière de me faire sentir à toi rien qu’avec un regard… alors quand tu me touches… ou quand je te touche… je ne réponds plus de mes actions… j’ai vraiment besoin de me sentir possédé et rempli par toi… t’es vraiment un Dieu au pieu… ».

    « Si j’étais moins bon au pieu, tu ne me kifferais peut-être pas autant… » il se marre.

    « Tu sais… ton corps et ta queue me rendent dingue… mais avant ça, ce qui me rend dingue chez toi, c’est ce que tu es… un gars adorable… j’ai toujours pensé que derrière le petit frimeur macho de façade se cachait ce gars… ce gars c’est toi, le « toi » le plus vrai… ce gars, c’est le gars le plus spécial qui soit, à mes yeux… ».

    Nous nous faisons des bisous ; puis, Jérém se lève une nouvelle fois pour rajouter du bois dans la cheminée ; et il en profite pour s’allumer une cigarette et pour la fumer à côté du feu.

    « Est-ce que j’ai été le premier mec avec qui t’as couché ? » je ne peux me retenir plus longtemps de lui poser la question qui me brûle les lèvres. Le moment me paraît propice, Jérém me semble prêt aux échanges les plus intimes.

    Les volutes de fumée s’enchaînent avec une lenteur insupportable, et la réponse de Jérém tarde à venir : ce qui est déjà en soi une réponse à ma question, celle que je redoutais.

    « Tu veux vraiment parler de ça ? » il finit par lâcher, en se tournant de trois quart par rapport à moi, et en me caressant avec son regard brun.

    « J’ai envie de savoir, Jérém… je ne veux plus qu’il ait de non-dits… je ne veux plus de mauvaises surprises… j’ai besoin de te connaître… tu es trop important pour moi… ».

    « D’accord… » fait-il, la voix basse, le débit de parole lent, le regard dans le vide.

    « Tu n’as pas été le premier… » il continue « mais tu es le premier avec qui j’ai été aussi loin… ».

    « C'est-à-dire ? ».

    « Tu es le premier que j’ai sodo… et celui qui a été plus qu’un coup d’un soir… ».

    « Ce sont qui les autres gars ? ».

    « Le premier, c’était en camping à Gruissan, l’été dernier… ».

    Son regard est toujours perdu dans le vide, son profil est magnifique.

    « Et tu l’as rencontré comment, ce mec ? »

    « Il était au camping à la mer… il a commencé à me mater dès notre arrivée, il n’arrêtait pas… un soir il m’a demandé une clope… on est parti fumer ensemble, rien que tous les deux… et à la fin de la clope, il m’a proposé d’aller chez lui pour fumer un joint… on a fumé sur son lit… et quand j’ai été bien fait, il m’a sucé… il m’a fait jouir et il a avalé… j’ai toujours kiffé ça à mort… sur le coup, je n’ai pas réfléchi… j’ai joui et puis basta…

    Le lendemain, j’avais un peu la gueule de bois… mais je me suis dit que c’était les vacances, que j’avais déconné avec un inconnu que je ne reverrais jamais… je me suis dit que je ne risquais pas grand-chose… car c’était lui qui avait pris tous les risques… et je ne risquais pas que ça se sache non plus… et, surtout, je me suis dit que ce serait une fois et plus jamais… ».

    Jérém tire une nouvelle taffe sur sa cigarette, il inspire longuement, il expire tout aussi lentement.

    « Mais après, je n’ai pas arrêté d’y penser… j’avais trop kiffé… en arrivant sur Toulouse, j’avais envie de recommencer, de retrouver les mêmes sensations… alors, j’ai pensé à mon cousin Guillaume… j’ai toujours su qu’il me kiffait… je lui ai proposé de venir dormir à l’appart… je n’ai pas eu à insister longtemps pour qu’il me fasse la même chose que le mec du camping… ».

    Jérém marque une pause, il tire une nouvelle taffe sur la cigarette, et il continue :

    « L’hiver dernier, il y a eu un match contre Pau… dans l’équipe du 64 il avait un gars, Patxi… il est resté faire la fête sur Toulouse, et il a dormi chez moi… lui aussi il a voulu me sucer… il m’a demandé de le prendre, mais je n’étais pas prêt… ».

    La cigarette se termine enfin ; Jérém revient au lit, il me prend dans ses bras.

    « Après c’est toi… mais avec toi, c’était différent… ».

    « Différent comment ? ».

    « Différent parce que… très vite, j’ai ressenti autre chose que des envies sexuelles… avec toi, j’ai voulu jouer le serial baiseur, le petit macho à deux balles… comme avec les nanas… comme avec ces autres mecs… mais toi, toi tu m’as fait un truc que je m’attendais pas… ».

    « Qu’est-ce que je t’ai fait ? ».

    « Tu m’as chevillé au corps… ».

    « Si tu savais comment tu m’as chevillé au corps, toi… ».

    Je ne peux me retenir de lui faire plein de bisous.

    « Et après moi… ? » j’ai envie de savoir.

    « Les autres, tu les connais, tu étais là… ».

    « Ton cousin… ».

    « Oui, Guillaume… d’ailleurs, je n’ai pas revu après cette nuit-là… ».

    « Pourquoi tu m’as fait venir chez toi, ce soir-là ? ».

    « Je ne sais pas vraiment… ça faisait des mois que je ne couchais plus avec lui… et ce soir-là, je l’ai croisé en boîte… ce soir-là, j’avais bu… et j’avais envie de toi… ».

    « Et c’est pour ça que t’as ramené ton cousin pour le baiser… ».

    « Oui, j’étais bien paumé… mais quand il a été chez moi, j’ai eu encore plus envie de toi… j’avais envie que tu sois là… et aussi, j’avais le fantasme de coucher avec deux mecs qui se battraient pour me sucer et pour se faire baiser… ».

    « T’as pas été déçu… ».

    « Non, bien sûr que non… mais je regrette de t’avoir imposé ça… tu méritais davantage de respect… ».

    « Ça m’a fait bien chier de te voir coucher avec Guillaume… ».

    « Je sais, c’était nul… ».

    « Tout comme ça m’a fait chier de te voir coucher avec le type du On Off… ».

    « Une autre belle bêtise… » il se morfond.

    « Pourquoi t’as voulu aller au On Off cette nuit-là ? ».

    « Parce que ça m’avait saoulé de te voir partir avec ce mec de l’autoécole… ».

    « T’étais jaloux… ».

    « Il faut croire… ».

    « Et alors, t’as voulu te venger… ».

    « Je voulais te montrer que je pouvais emballer d’autres mecs… ».

    « Ça, je le savais déjà… ».

    « Tu m’avais énervé, je voulais te faire mal… ».

    « Et il s’est passé quoi avec les deux mecs dans la backroom ? ».

    « Rien… ».

    « Rien ? ».

    « Rien de chez rien… eux, ils voulaient, mais je n’ai pas pu… c’était trop glauque… en fait, j’avais envie de te rentrer avec toi… mais tu m’avais trop énervé… ».

    « Pourquoi tu as proposé à Romain de venir baiser avec nous ? ».

    « Ce type m’a cherché depuis le début… c’était la première fois que je ressentais un regard comme le sien… ».

    « Un regard comment ? ».

    « Le regard d’un mec qui voulait… me baiser… alors, j’ai eu envie de lui montrer qu’il se trompait, qu’il ne me baiserait pas… ».

    « C’est pour ça que tu lui as proposé de venir avec nous ? ».

    « Oui, c’est l’une des raisons… ».

    « Il y en a d’autres ? ».

    « Une fois de plus, je voulais te montrer que tu ne comptais pas pour moi… ».

    « T’as bonne mine, toi… une heure plus tôt tu m’avais fait un sketch parce que j’avais failli partir avec Martin… et une heure plus tard tu voulais me montrer que tu pouvais baiser d’autres gars… ».

    « J’ai été archinul, je sais… la vérité, c’est que tu comptais pour moi, et même beaucoup… sinon je n’aurais pas été jaloux de te voir partir avec ce type… tu vois… je n’ai jamais été jaloux des gars qui ont emballé les nanas que je me suis tapées avant eux… oui, tu comptais… et ça, ça me faisait peur… ».

    « Moi je crois que le gars avait davantage envie de coucher avec toi qu’avec moi… ».

    « Il a eu sa dose, le vilain… ».

    « Je crois qu’il avait envie de te prendre… ».

    « Je ne me fais pas prendre… ».

    « T’en as jamais eu envie ? ».

    « Non… ».

    « Même avec un beau gars comme lui ? ».

    « Pas une seconde… ».

    « Et même le fait de savoir qu’il en avait vraiment envie, ça ne t’a rien fait ? ».

    « Non… non… non… ».

    J’ai m’impression que derrière tous ces « non », subsiste une réticence, derrière laquelle il cache une partie de son intimité qu’il n’est pas prêt à partager avec moi ; ce que je ressens en revanche, comme je l’ai ressenti pendant cette fameuse nuit, c’est que ce Romain a vraiment troublé mon Jérém.

    Est-ce que cette nuit-là, mon Jérém avait simplement eu envie de mater un mâle qui l’avait défié sur le terrain de sa virilité ? Ou bien, si je n’avais pas été là, il se serait laisser aller à explorer d’autres horizons de plaisirs avec ce magnifique mâle brun ? Est-ce qu’il se serait « plié » à ses envies, au lieu de les détourner pour préserver son ego de mâle dominant ? Jusqu'à quel point il aurait pu aller ?

    « Ce mec m’avait vraiment mis en pétard… » il continue « et, en plus, il t’a fait des trucs que je ne t’ai jamais fait… ».

    « Mais quels trucs ? ».

    « Il t’a branlé… et t’avais vraiment l’air d’aimer… ».

    « C’était bon… mais c’était de toi dont j’avais envie… pourquoi, quand il a demandé si je pouvais le sucer, tu as dit que je ne suçais pas ? ».

    « Parce que je n’avais pas envie que tu suces un autre gars… et surtout pas lui… c’était moi qu’il avait chauffé, et on devait régler ça entre nous… ».

    « Et pourtant, tu l’as laissé me baiser… ».

    « Si j’avais dit non, j’aurais montré que j’étais jaloux… et ça, je ne voulais pas… je me suis laissé piéger à mon propre jeu… mais je n’aurais jamais laissé qu’il te prenne sans capote… ».

    « Mais t’as été jaloux de me voir coucher avec lui… ».

    « C’est vrai… ça a été très dur, en effet… pendant qu’il te baisait, il me narguait ce con… j’ai failli lui péter la gueule … ».

    « Mais t’as préféré dire que t’en avais rien à foutre que je couche avec lui, plutôt que d'avouer que ça te faisait chier… ».

    « Je me mettrais des tartes… ».

    « Quand il est parti tu as voulu que je reste… et tu étais si différent… ».

    « Ce mec m’avait mis hors de moi… j’avais besoin que tu restes, j’avais peur de te perdre… ».

    « Et il y a eu personne d’autre ? » je lance, prenant sur moi pour aller vers le sujet qui me hante. J’ai besoin de savoir ce qui s’est passé avec Thibault ; j’ai besoin que ça sorte, même si je dois encore avoir mal ; j’ai besoin que ça sorte parce que j’ai besoin de tourner la page, de lever toute ombre sur notre relation ; et pour ça, j’ai besoin de comprendre.

    « Si… » fait-il, tout en marquant une pause, avant de continuer : « le dimanche soir juste avant le bac, j’ai fait un plan avec un gars… ».

    « Sans blagues… et tu l’as levé où ? ».

    « A la Ciguë… ».

    Ah, ça alors, je ne m’attendais pas vraiment à ça, et surtout pas à ça : voilà ce qu’on appelle se prendre un coup de massue sur la tronche.

    « Ah, bon, tu fréquentes le milieu gay, maintenant ? » je le questionne, agacé.

    « C’est la seule fois que j’y suis allé… ce soir-là, j’étais vraiment pas dans mon assiette… c’était le dimanche après la première nuit qu’on avait passée ensemble, tu te souviens ? C’était la fois où je t’avais débarrassé de ce gars qui voulait te cogner dans les chiottes de l’Esmé… ».

    « Je m’en souviens très bien… et pourquoi tu n’étais pas dans ton assiette ? ».

    « Parce que je n’arrivais pas à arrêter de penser à toi, au fait que j’avais été odieux au réveil… en fait, je n’arrivais pas à arrêter de penser à toi, tout court… j’avais besoin de me changer les idées… et aussi, j’avais besoin de savoir si un autre mec me ferait autant d’effet que toi… ».

    « Et alors ? ».

    « Avec ce type, c’était nul… j’ai failli débander… j’ai dû penser à quelqu’un d’autre pour y arriver… ».

    « Une nana ? ».

    « Toi, banane ! ».

    La liste des mecs de Jérém s’allonge, et une poussée de jalousie me guette, à fortiori vis-à-vis de ce plan survenu à un moment où nos révisions avaient deja commencé. Et pourtant, ça fait un bien fou de l’entendre dire que pendant ce plan, il a pensé à moi.

    « Le jour où nous sommes clashés chez moi, tu m’as balancé que je n’étais pas le seul gars avec qui tu t’envoyais en l’air… ».

    « Je bluffais… je couchais avec aucun autre gars… avec des nanas, oui, mais avec aucun gars… je sais, ça n’excuse rien… si je t’ai balancé ça, c’est parce que je voulais te faire mal, assez mal pour que tu t’éloignes de moi… je n’avais pas le courage de te quitter directement, alors je voulais t’obliger à le faire à ma place… ».

    Le feu crépite doucement dans la cheminée, il accompagne la marche lente d’une nuit qui me paraît propice aux confidences.

    « Et Thibault ? » je décide d’y aller franco.

    Ma question est suivie par un silence qui semble durer une éternité, un instant où le temps semble comme suspendu, presque figé ; un moment pendant lequel j’ai le temps de me demander si cette question ne va pas être la fausse note qui va tout gâcher dans ce moment parfait.

    « Tu… sais ? » finit par lâcher Jérém.

    « Thibault m’a raconté quand tu étais inconscient à l’hôpital… ».

    « Je n’en suis pas fier, tu sais… ».

    Je cherche quelque chose à dire pour briser le silence qui s’installe seconde après seconde, en vain.

    « Tu dois me haïr… » il continue.

    « Je ne sais pas trop quoi penser… je voudrais juste comprendre… je voudrais juste savoir… pourquoi… c’était la première fois que vous… ».

    « Oui… enfin… non… ».

    « Oui ou non ? » je le presse de répondre.

    « Il s’était passé un petit truc quand on était ados… on était en camping, sous la même tente… un soir, on avait bu des bières… on a juste joué au touche pipi… ».

    « Et vous avez remis ça, après ? ».

    « Non… ».

    « Jusqu’à cette fameuse nuit ? ».

    « En fait, il a failli se passer un truc juste avant la finale du tournoi cet été… et le soir même de la finale aussi… il ne s’est rien passé d’important, juste des caresses, un peu d’excitation… mais ça a failli aller plus loin… un coup, c’est moi qui a freiné, un coup, c’est lui… ».

    « Et pourquoi ça a dérapé entre Thibault et toi, cette fameuse nuit ? ».

    Jérém prend une longue inspiration, avant de se lancer :

    « Cette nuit-là, je n’étais vraiment pas bien… j’avais bu, j’avais fumé, et tu me manquais horriblement… ».

    « Je te manquais ? ».

    « Oui, beaucoup… et l’idée de t’avoir fait souffrir me rendait fou… te quitter a été la chose la plus difficile et la plus stupide que j’ai fait de ma vie… ».

    « Et pourquoi tu l’as fait, alors ? ».

    « A ce moment-là, te quitter me paraissait la seule solution… je voulais nous éviter de souffrir davantage, autant toi que moi, quand je serais à Paris, et que nous ne pourrions plus nous voir… mais ça a été aussi douloureux pour toi que pour moi… ».

    « Tu crois ? ».

    « Le jour où nous nous sommes tapés sur la gueule, j’ai eu très mal en partant… t’étais en sang, et en larmes… et tout était de ma faute… j’avais une boule de feu dans le ventre… j’ai failli faire demi-tour et venir te serrer dans mes bras, j’avais envie de te demander pardon… mais je me suis dit que c’était le prix à payer pour te rendre ta liberté… et puis, ta mère était rentrée, je n’aurais pas osé, de toute façon… ».

    « J’avais le cœur en mille morceaux… ».

    « Je sais… moi aussi… alors, quelques jours plus tard, cette fameuse nuit, Thibault a senti que je n’allais pas bien… il est venu me prendre dans ses bras, dans le clic clac du salon où je dormais… je ne crois pas qu’il avait prévu de coucher avec moi… et moi non plus avec lui… je crois que cette nuit-là on avait besoin l’un de l’autre… ».

    « Et ça vous a fait du bien ? ».

    « Sur le moment, oui… après, Thib m’a pris dans ses bras, et j’étais bien… je me suis même endormi… je me suis réveillé dans la nuit, avec une seule envie, celle de me barrer… je me suis levé pendant que Thib dormait, j’ai pris mes dernières affaires et j’ai foutu le camps au beau milieu de la nuit, comme un voleur, sans la moindre explication… je n’ai pas été foutu d’assumer ce qu’on venait de faire, alors que j’étais autant d’accord que lui pour le faire…

    Après ça, tout a changé entre nous… du jour au lendemain, on s’évitait… surtout moi, je l’évitais… j’avais peur de ses sentiments, comme des tiens… je ne savais pas comment gérer ça… je ne savais pas comment le retrouver, après ça…

    Après, il y a eu l’accident… Thib est venu à l’hôpital quand je me suis réveillé… quand il est venu, mon père et Maxime étaient là aussi… Thib a pris sur lui, il a fait comme si de rien n’était… il a déconné avec Maxime, il a discuté avec mon père, il a eu des mots pour me remonter le moral… et pourtant, je sentais un malaise entre lui et moi…

    Quand j’ai quitté l’hôpital, je l’ai appelé… je voulais lui proposer de nous voir… je voulais m’excuser d’être parti comme un con cette fameuse nuit… je voulais lui dire à quel point son amitié comptait pour moi, à quel point je le portais haut dans mon estime et dans mon cœur… et que son amitié était pour moi plus importante que tout le reste… mais je n’ai pas réussi… à chaque fois qu’il y avait un blanc, et que j’étais sur le point de faire un pas vers lui, il repartait dans une autre direction… comme s’il voulait garder une distance… ».

    « Il fait la même chose avec moi… ».

    « Tu as eu de ses nouvelles, toi ? ».

    « Je l’ai appelé, moi aussi, cette semaine… mais il a coupé court… je pense qu’il m’en veut… je me suis mal comporté avec lui… ».

    « Pourquoi ça ? ».

    « Parce que j’ai été horrible avec lui à l’hôpital… quand il m’a raconté ce qui s’était passé entre vous, j’étais tellement blessé que je suis parti, je l’ai laissé tomber, sans essayer de comprendre… et pourtant, j’ai bien senti à quel point il se sentait mal… vis-à-vis de votre amitié, et aussi vis-à-vis de moi… de plus, il se sentait responsable pour ce qui t’était arrivé… ».

    « Il se sentait responsable de mon accident ? ».

    « Oui… il savait que depuis quelques temps tu n’allais pas bien… et il avait pressenti qu’à un moment ou à un autre tu risquais de partir en vrille… alors, il s’en voulait de ne pas avoir su veiller davantage sur toi… il s’en voulait pour ce qu’il s’était passé avec toi… parce qu’après ça, tu étais parti de chez lui et il n’avait pas pu être là pour toi… ».

    « Le pauvre Thib… il a morflé encore plus que je l’avais imaginé… et il doit toujours morfler… » fait Jérém, dépité ; et il continue : « vraiment, il ne faut pas en vouloir à Thib… c’est un gars en or, c’est la gentillesse en personne… je savais qu’il avait des sentiments pour moi, j’aurais dû faire davantage attention à lui… il avait toutes les raisons de craquer… c’est moi qui aurait dû être plus fort… je n’aurais pas dû coucher avec lui… ».

    Jérém se lève pour aller rajouter du bois dans la cheminée. Puis, il s’allume une clope ; il tire une longue taffe et il expire lentement la fumée. Son regard se pose dans le vide, comme perdu ; il a l’air tellement ailleurs qu’il en oublie même sa cigarette, coincée entre ses deux doigts, et qui brûle pour rien.

    « Je crois qu’entre Thib et moi ça ne sera plus jamais comme avant… » il rajoute au bout d’un long silence.

    Je ne peux m’empêcher de me lever à mon tour pour aller le prendre dans mes bras et lui faire des bisous.

    « Moi je crois que ça va finir par s’arranger… une amitié comme la vôtre ne disparaît pas comme ça… laisse-lui un peu de temps… ».

    « Heureusement que je t’ai toi… » il me chuchote, adorable.

    « Je me souviens d’un soir, au KL, où tu es parti avec Thibault et deux nanas… » j’enchaîne.

    « Une autre belle connerie signée Jérémie Tommasi… ».

    « Je me souviens qu’au moment tu m’as bien regardé pendant que tu embrassais l’une des filles… ».

    « Quand j’ai vu que tu étais là et que tu me matais, j’ai voulu savoir dans quel état te mettrait de me voir partir pour une partie de jambes en l’air… ».

    « J’en étais malade… ».

    « Je sais, je suis désolé… ».

    « Alors, comment s’est passé ? ».

    « On a passé le temps à baiser les nanas… et à nous mater l’un l’autre… cette nuit-là, j’ai bien capté que Thib ressentait plus que de l’amitié pour moi… ».

    « Tu crois qu’il avait déjà envie de coucher avec toi ? ».

    « Je crois, oui… ».

    « Et toi ? T’avais déjà envie de coucher avec lui ? ».

    « C’est la question que je me suis posée pendant toute cette fameuse nuit… est-ce que j’avais vraiment envie de coucher avec mon meilleur pote ? Il y avait une attirance, certes… mais peut-être pas au point de franchir le pas… de toute façon, je ne pouvais pas imaginer mettre en danger notre amitié à cause d’une coucherie… ».

    « Mais vous aviez déjà couché ensemble, au camping… ».

    « Mais c’était différent… nous n’étions que des gosses… à ce moment-là, on pouvait mettre ça sur le compte de notre bêtise… mais remettre ça après le plan avec les nanas, alors que nous étions « adultes », ça aurait eu une toute autre résonance… ».

    « C’est vrai… » j’admets.

    « Après que les nanas ont été parties, Thibault est resté dormir chez moi… cette nuit-là, il ne s’est rien passé de plus… à part que, dans son sommeil, Thib est venu me prendre dans ses bras… il ne sait pas que je m’en suis rendu compte… je n’ai pas voulu qu’il sache… je crois que ça l’aurait vraiment mis mal à l’aise… ».

    « Et après cette nuit ? ».

    « Après cette nuit, j’ai commencé à « réviser » avec toi… et je n’ai plus pensé à cette attirance pour Thib… ».

    « Mais ce n’était pas son cas à lui… » je considère.

    « Non… ».

    « Mais alors, pourquoi tu lui as proposé de coucher avec nous ? ».

    « Bonne question… ce soir-là, j’avais bu, et j’avais pas mal fumé aussi… mais ça n’explique pas tout, loin de là… déjà, c’était l’occasion de lui « avouer » ce qui se passait entre nous… ça faisait un petit moment que ça me trottait dans la tête… je me doutais bien qu’il savait… mais je ne savais pas comment m’y prendre… j’avais peur de sa réaction… ».

    « T’avais peur qu’il te rejette ? ».

    « Un peu oui… mais j’avais surtout peur de lui faire de la peine… cette nuit-là, je voulais lui montrer à lui aussi qu’entre toi et moi ce n’était qu’une histoire de cul… je me suis dit qu’en couchant avec nous, il comprendrait tout ça… que je n’avais pas de sentiments pour toi, parce que je n’étais pas pd… je me disais que ça lui ferait moins mal…

    Je voulais aussi te montrer, à toi aussi, qu’entre nous deux ce n’était que de la baise… je me suis dit que si je me montrais odieux avec toi, que si je te montrais que ça ne me faisait rien de te voir coucher avec mon pote, tu arrêterais de me demander autre chose… et je voulais me montrer à moi aussi qu’entre nous il n’y avait rien d’important… je voulais savoir si vraiment ça ne me faisait rien de te voir coucher avec mon pote… ».

    « Tu lui as pas proposé de rester aussi parce que t’avais envie de retrouver les sensations du plan à quatre ? ».

    « Si, bien sûr… c’était l’occasion de remettre ça… en plus, je me suis dit qu’en couchant entre mecs, on serait plus à l’aise qu’on l’avait été avec les deux nanas… 

    Ce que je n’avais pas prévu, c’est l’attitude que Thib allait avoir vis-à-vis de toi… ».

    « Quelle attitude ? ».

    « Celle que j’aurais voulu être capable d’avoir moi-même avec toi… celle d’un mec qui assumait, un mec qui te respectait… alors, j’ai été jaloux… jaloux de voir que tu avais aimé coucher avec Thib… car Thib t’avait apporté quelque chose que moi je n’étais pas capable de te donner… j’avais voulu qu’il te baise… il te faisait l’amour… comme je ne te l’avais jamais fait… comme je ne l’avais jamais fait à personne… ».

    « C’est parce que t’étais jaloux que t’es devenu de plus en plus brutal… ».

    « Oui, je crois… j’ai été trop loin… ».

    « Même Thibault a essayé de te calmer… ».

    « Ce gars est vraiment adorable… il m’a appris tellement de choses… et ce soir-là, il m’a même appris ce que c’est de faire l’amour… du coup, j’avais vraiment peur que tu prennes plus de plaisir avec lui qu’avec moi… ».

    « Je ne pourrais jamais prendre davantage de plaisir qu’avec toi… avec Thibault j’ai ressenti des trucs que j’aurais voulu ressentir avec toi… mais je n’ai pas pris davantage de plaisir avec Thibault qu’avec toi… je n’ai jamais pris davantage de plaisir qu’avec toi, avec personne… ».

    « Même pas avec ce type qui est parti en Suisse ? ».

    « Non, même pas avec Stéphane… ce mec m’a avant tout appris à m’accepter, à me respecter, à exiger d’être respecté… à m’assumer aussi… je ne dis pas que je n’ai pas pris de plaisir avec lui… mais avec toi, c’est autre chose… avec toi, c’est juste explosif… c’est comme si mon corps était fait pour le tien, et le tien pour le mien… alors, non, je n’ai jamais pris davantage de plaisir qu’avec toi… et non seulement parce que tu es un champion de la couette… mais parce que toi, t’es le gars que j’aime… ».

    « T’es mignon… ».

     « Et t’as reparlé de cette nuit avec Thibault ? La nuit que nous avons partagée tous les trois, je veux dire… ».

    « Jamais… je n’avais vraiment pas envie d’en parler avec lui… c’était déjà bien assez compliqué dans ma tête… je me demandais comment Thib avait vécu cette nuit… je me demandais aussi comment toi tu avais vécu cette nuit… je me demandais ce que Thib pensait de ma façon de me comporter avec toi… je me demandais même si Thib n’allait pas tomber amoureux de toi, et toi de lui… au final, peut-être qu’on aurait dû en parler… ça aurait peut-être évité ce qui s’est passé par la suite… ».

    « Avec les si… ».

    « Bref, c’était le bordel… ce plan a été une grosse erreur… il n’a amené que des problèmes… ».

    Quand j’y pense, je me dis que sur le moment, les conséquences immédiates de ce plan avaient été difficiles à assumer pour tout le monde, pour les gars de 18-19 ans que nous étions à l’époque.

    Pourtant, à distance de tant d’années, je suis désormais persuadé que cette nuit du plan à trois n’avait pas été l’erreur monumentale que semblait le considérer Jérém : car, à bien regarder, elle avait quand même permis de révéler au grand jour un certain nombre de non-dits qui avaient besoin de se confronter à la réalité ; et ceci, afin que tous les trois puissions aller de l’avant.

    Chez Jérém, cette nuit avait réveillé une nouvelle fois sa jalousie, et sous une forme inédite et particulièrement insidieuse : elle l’avait confronté à la douceur de Thibault, cette douceur dont j’avais besoin ; elle lui avait fait entrevoir la possibilité de me perdre, lui permettant de réaliser à quel point il tenait à moi.

    Quant à moi, cette nuit m’avait fait comprendre à quel point j’avais besoin d’une tendresse « à la Thibault », mais venant de mon Jérém ; une tendresse que je n’ai jamais arrêté de rechercher, une quête qui a provoqué pas mal de déconvenues, avant de me permettre de toucher le cœur de mon Jérém.

    Oui, cette nuit a probablement constitué la première maille d’un enchaînement d’évènements plutôt logique : d’abord, dans une certaine mesure, cette nuit avait provoqué l’évolution de ma relation avec Jérém pendant la semaine magique (comme si l’attitude de Thibault à mon égard pendant cette fameuse nuit avait porté ses fruits, et crée un cheminement dans la tête de mon bobrun) ; semaine magique qui avait d’une certaine manière conduit à notre clash violent, ce dernier préparant le terrain pour la coucherie entre Jérém et Thibault ; clash et coucherie qui, dans une certaine mesure, ont certainement joué un rôle dans l’accident de Jérém ; accident qui, enfin, a joué un rôle important dans le fait que Jérém soit revenu vers moi.

    Rien n’arrive par hasard, et tout a contribué, d’une façon ou d’une autre, à nous réunir, Jérém et moi, dans cette pette maison perdue dans la montagne, devant ce bon feu de bois, à nous mettre l’un dans les bras de l’autre. Voilà ce que je réaliserai plus tard.

    Ce que je réalisais déjà à ce moment-là, en revanche, c’est que le grand perdant de notre plan à trois, avait été Thibault. Chez le bomécano aussi, cette nuit avait dû réveiller une forme de jalousie, pourtant étouffée par son abnégation presque héroïque ; cette nuit, Thibault avait été témoin du fait que, malgré le comportement de Jérém à mon égard, ce dernier tenait vraiment à moi ; et que ce que je vivais avec Jérém, lui il ne l’aurait jamais.

    Et cette nouvelle coucherie avec son pote Jéjé avant l’accident, n’a rien dû arranger. L’accident, non plus. Et mon attitude à son égard, non plus. Thibault a raison de m’en vouloir. Dès que je rentrerai sur Toulouse, et avant de partir pour Bordeaux, je vais aller le voir. C’est urgent.

    Je réalise soudainement que la respiration de mon Jérém est devenue lente et profonde : je crois que mon bobrun vient de s’endormir.

    « Bonne nuit, mon amour… » je lui chuchote, persuadé qu’il ne m’entend déjà plus.

    « Il faut vraiment qu’on essaie de dormir un peu… demain on a une balade à faire… » il lâche, alors que le ralentissement de son débit de parole annonce que le sommeil est en train d’avoir raison de lui.

    « Oui… c’est vrai… ».

    « Je suis vraiment content que tu sois là… MonNico… ».

    Je sais à présent ce que ça veut dire « MonNico » : il n’y a pas besoin d’explications, ce n’est que du pur bonheur.

    « Toi aussi tu as bouleversé ma vie… » je l’entends lancer, la voix pâteuse.

    « De quoi ? » je fais, surpris.

    « Pendant que j’étais dans le coma, tu m’as dit que j’avais bouleverse ta vie… ».

    « Tu te souviens de ça ? ».

    « Je me souviens de tout… ».

     

     

    J’espère que ce nouvel épisode vous a plu. Voici quelques news de Jérém&Nico.

     

    1/ Tips et visionnage de clip musicaux

     

    Je tiens à remercier les tipeurs et autres mécènes qui, ponctuellement ou mensuellement, m’aident depuis bientôt 3 ans à mener cette belle aventure ; je tiens à remercier également les lecteurs qui ont pris une minute de leur temps pour regarder des vidéos musicales sur tipeee.com/jerem-nico-s1 : chaque visionnage me permet de gagner 3 centimes d’euro, sans que cela ne vous coûte rien, si ce n’est un peu de temps ; en un mois, environ 400 vues ont été cumulées, pour un total collecté de 12 euros.

    C’est un bon début.

    D’autres vidéos sont disponibles, n’hésitez pas à les ouvrir et à laisser tourner jusqu’à une minute, lorsque le visionnage est validé et les centimes crédités ; n’hésitez pas à revenir regarder ces vidéos.

     

    2/ Livre Jérém&Nico vol 1.

     

    Le travail de révision a été plus exigeant que prévu, d’autant plus que je développe la saison 2 en parallèle avec le livre.

    Le livre de 500 pages est terminé, il est actuellement en phase de relecture chez mon correcteur et commentateur en chef, j’ai parlé de FanB, que je remercie de tout cœur.

    La date de sortie du livre physique est repoussée au 15 juin 2019, dernier délai.

    Vous pouvez dès maintenant précommander votre copie livre ou numérique sur www.tipeee.com/jerem-nico-s1.

     

    Merci à vous tous.

    Fabien

     

     

    NOUVEAU ! Regardez une minute de vidéo pour m'aider sans dépenser un centime!

    Bonjour à tous, voici le nouvel épisode de Jérém&Nico. J’ai des retours très positifs de cette nouvelle phase de l’histoire, n’hésitez pas à me faire part de vos impressions.

    Comme toujours, si vous aimez mon travail écriture, vous pouvez m’aider en faisant un tip unique ou mensuel, à partir de 1 euro, sur tipeee.com/jerem-nico-s1.

    Depuis quelques semaines, il est également possible de me faire parvenir des tips sans débourser un centime, simplement en visionnant des vidéos musicaux. En vous rendant sur ma page tipeee.com/jerem-nico-s1. (il faut s’inscrire gratuitement), vous pouvez visionner des vidéos musicaux au choix ; au bout d’une minute de visionnage, le sponsor va m’envoyer quelques centimes d’euros ; vous pouvez renouveler le visionnage 1 fois par heure, pendant 24 fois : quand on pense qu’il y a 20.000 visionnages par mois sur jerem-nico.com, il y a de quoi faire de sacrés tips : et sans débourser un centime, en donnant tout simplement une minute de votre temps.

    Cliquez sur l'image suivante et suivez la direction de la flèche !

    Je compte sur vous. Merci d’avance. Fabien

     

    Bonjour à toutes et à tous ! Bienvenue sur le site Jérém&Nico

     

     

     


    2 commentaires
  • NOUVEAU ! Regardez une minute de vidéo pour m'aider sans dépenser un centime! (voir détails à la fin de l'épisode).

     

    Jérém&Nico S02Ep07 Après l'amour et les câlins.

    [Toute ressemblance avec des personnes existantes ou des événements ayant existé serait purement fortuite].

               

    Puis, après l’amour, après les câlins, comme pendant une ivresse, l’ivresse des sens et de l’esprit, la parole se libère.

    « Heureusement que t’as eu les couilles de proposer les révisions… » me balance Jérém de but en blanc.

    « Pourquoi t’as dit oui quand je t’ai proposé de réviser ? ».

    J’ai déjà posé cette question, et les réponses que j’en avais obtenues avaient été au mieux décevantes, au pire blessantes.

    « Parce que je voulais avoir une chance d’avoir le bac… » : telle avait été sa réponse décevante après la nuit fantastique qui avait suivi le plan à trois avec le bobarbu Romain, levé au On Off.

    « Parce que je voulais baiser ton cul… » : telle avait été sa réponse, blessante et humiliante, la dernière fois où il était venu chez moi, un mois plus tôt, le jour de notre clash, peu avant que nous en venions aux mains.

    Mais ces réponses venaient de la bouche d’un Jérém qui n’assumait pas notre bonheur. Alors, je suis impatient d’entendre la véritable réponse à cette question qui me taraude depuis le début de nos révisions, d’entendre la réponse du véritable Jérém, celui qui n’a plus peur de ce qu’il ressent, qui ne se cache plus de lui-même, et de moi.

    « Parce que… » il se lance, sans arriver au bout de son intention.

    « Vas-y Jérém, dis-moi… »

    « Parce que… parce que tu me faisais de l’effet… ».

    « De l’effet ? ».

    « J’avais envie de coucher avec toi… ».

    « Tu prévoyais déjà de coucher avec moi quand t’as dit oui ? ».

    « Je ne savais pas si on allait coucher… » puis, après une petite pause, il continue : « j’avais envie de voir comment tu réagirais si je te chauffais un peu… ».

    « Mais tu savais déjà que je te kiffais… ».

    « Oui, bien sûr… mais nous ne nous étions encore jamais retrouvés que tous les deux, sans personne autour… et chez moi, en plus… ».

    « Et tu pensais que chez toi, ce serait l’endroit idéal pour me faire craquer… ».

    « Au rugby on le sait bien, quand on joue « à la maison », on a l’avantage… ».

    « Petit coquin, va… ».

    « Pas plus que toi… ».

    « Depuis quand je te faisais de l’effet ? » j’ai envie de savoir.

    « Je crois que je t’ai remarqué le premier jour du lycée… ».

    « Et qu’est-ce qui t’a plus chez moi ? ».

    « C’est ton regard qui m’a frappé… ».

    « Mon regard ? »

    « Dans ton regard, j’ai vu que tu me kiffais à mort… j’ai de suite compris que t’avais envie de moi… ».

    « C’est drôle que tu dises ça… parce que le premier jour, je n’envisageais même pas de coucher avec toi… ».

    « C’est ça… à d’autres… ».

    « Je te promets… j’étais tellement déboussolé que j’avais du mal à comprendre ce qui se passait… c’était la première fois que je ressentais un truc pareil… j’avais chaud, j’avais froid, j’avais la tête qui tournait, j’avais le souffle coupé, j’avais le cœur qui tapait si fort que ça résonnait dans mon crâne et dans mon ventre… j’étais déboussolé, perdu… je ressentais tellement de sensations, tant de sensations que je ne connaissais pas… c’était le bordel dans ma tête… et puis, jamais ça ne me serait venu à l’esprit qu’un gars comme toi aurait envie d’un mec… comme moi… alors, non, ce jour-là, je ne crois pas que j’avais envisagé de coucher avec toi… de toute façon, je ne sais même pas si à ce moment-là j’avais déjà envisagé de coucher avec un gars, tout court… ».

    « Tu ne savais pas que t’étais attiré par les mecs ? ».

    « Si, bien sûr que je le savais… mais je ne l’avais pas encore assumé… c’était le bazar dans ma tête… je n’avais jamais encore vraiment réfléchi à ma sexualité… mais à l’instant où je t’ai vu, et encore plus quand j’ai croisé ton regard, j’ai eu avant tout envie de tout savoir de toi… jamais je n’avais ressenti un truc aussi soudain et violent pour un gars… et j’ai tout de suite été jaloux des gars avec qui tu discutais dans la cour du lycée… ».

    « Jaloux ? ».

    « Parce qu’ils avaient la chance de te connaître, de passer du temps avec toi, de t’entendre parler, rigoler, de te serrer la main, de te faire la bise… ».

    « Tu voulais être mon pote… ».

    « Oui, je crois que c’est ça… je voulais être ton pote… bien sûr, je te trouvais beau comme jamais je n’avais trouvé beau un mec… je te trouvais canon, mille fois plus beau que moi…  j’adorais ton corps, ton visage, ton brushing, ton t-shirt noir qui t’allait comme un gant… j’adorais ton assurance, ton attitude de petit branleur, ta façon d’être avec tes potes, ton sourire de fou… mais je crois bien que moi aussi, ce qui m’a touché en premier, c’est ton regard… enfin… juste après ton t-shirt noir et ton brushing de bogoss… ».

    « Qu’est-ce qu’il avait mon regard ? ».

    « Je crois que dans ton regard j’ai vu ce truc que tu essayais de cacher… ».

    « Quel truc ? ».

    « Le véritable Jérém… celui qui se cachait derrière ses airs de bobrun ténébreux et inaccessible… ».

    « C'est-à-dire ? ».

    « Un gars qui avait juste besoin d’être aimé… tu sais, Jérém… en ce premier jour de lycée, tu m’as touché à un point que tu ne peux même pas imaginer… à partir de ce moment, je n’ai plus arrêté de penser à toi… et de te chercher partout, tout le temps… ».

    « Tu ne me quittais jamais du regard… ».

    « Tu t’en es rendu compte ? ».

    « Et comment j’aurais pu passer à côté ? » il se marre « dès que je me tournais, je croisais ton regard… et même quand je regardais ailleurs, je le sentais sur moi, tout le temps… il me suivait comme mon ombre… ».

    « C’était plus fort que moi… ».

    « Au début, ça m’agaçait un peu… mais très vite, ça a commencé à m’intriguer… et ça me faisait du bien… ».

    « Et pourtant, tu savais si bien m’ignorer… parfois, j’ai même eu peur que tu viennes me casser la gueule… ».

    « Je faisais semblant de t’ignorer… parce que je ne voulais pas me faire repérer par les autres… ni par toi… parce que je voulais croire que je pouvais t’ignorer… jusqu’au jour… ».

    « Jusqu’au jour… ? ».

    « Jusqu’au jour où je me suis branlé… en pensant à toi… ».

    « Tu t’es branlé… » je fais, incrédule.

    « C’est arrivé pas mal de fois… ».

    « Quand ça ? ».

    « Dès la seconde… ».

    « Pourtant tu couchais avec toutes les nanas qui te passaient à portée de queue… et t’avais encore envie de te branler ? ».

    « Si j’ai couché avec autant de nanas, c’est aussi pour me convaincre que j’étais… normal… ».

    « Tu te sentais attiré par d’autres mecs ? ».

    « Disons que certains gars me faisaient un effet que je n’arrivais pas vraiment à expliquer… notamment dans les vestiaires du rugby, sous les douches… ».

    « Tu étais attiré par des mecs beaucoup plus beaux que moi, alors… ».

    « Plus beaux, je ne sais pas… ».

    « Bien sûr que si… ».

    « Toi tu me faisais plus d’effet que n’importe quel gars… ».

    « Ah, putain… je ne raconte même pas l’effet que tu me faisais, toi… et le nombre de fois que je me suis branlé en pensant à toi… ».

    Nous nous prenons l’un dans les bras de l’autre, nous nous embrassons, nos corps nus se caressent, nos cheveux se mélangent, nous nous habillons l’un de l’autre.

    Puis, après un long moment de silence et de câlins, les mots viennent tout seuls, elles sortent de ma bouche avec le naturel de l’évidence, avec la simplicité de la vérité.

    « C’était tellement bon de te regarder en cours… ce que je ressentais pour toi était tellement fort… j’étais bouleversé… je ressentais de l’amour, du désir, de l’envie… tout ce qui rend heureux, quoi… c’est grâce à ce que je ressentais pour toi que j’ai enfin compris que je ne serais jamais hétéro… en fait, c’est grâce à toi que j’ai compris qui j’étais… plus je tombais raide dingue de toi, plus je trouvais naturel de m’accepter comme j’étais… plus j’étais amoureux de toi, plus je me sentais bien avec moi-même, plus je sentais qu’il ne pouvait y avoir aucun mal à aimer un gars… surtout, un gars comme toi… dès la seconde, j’ai réalisé que si un simple regard donne des frissons, si le cœur bat la chamade, il n’y a aucun mal à aimer… car l’amour n’a pas de sexe… ».

    « Moi, c’est en première que j’ai commencé à me demander comment je pourrais t’approcher… ».

    « Il aurait suffi d’un mot, pourtant… ».

    « Je sais… mais j’avais peur que tu ne tiennes pas ta langue… et ça, je n’aurais pas supporté… ».

    « Et quand tu te branlais… tu pensais à quoi ? T’avais envie de quoi ? ».

    « J’avais envie de coucher avec toi, mais de pouvoir arrêter si ça me faisait sentir trop pd… je me disais que comme tu me kiffais un max, j’aurais pu tirer mon coup et me tirer quand j’en aurais envie… c’est minable, je sais… surtout que, pendant trois ans, j’ai senti que tu avais envie de moi, mais aussi que tu étais amoureux… ».

    « Oui… j’étais fou de toi, bien avant qu’on couche ensemble… ».

    « Je sais… et ça me faisait un bien fou de savoir que je pouvais inspirer un tel sentiment… ».

    « Il devait y avoir aussi pas mal nanas folles de toi… ».

    « Oui, c’est arrivé… mais ça me faisait fuir sur le champ… alors que chez toi, ça m’a touché… peut-être parce qu’on se cherchait et qu’on y arrivait pas… et aussi parce que, même si je ne t’ai jamais vraiment donné d’espoirs, ton regard n’est jamais parti ailleurs… ».

    « Tu crois qu’en classe ils se sont rendu compte que tu me plaisais ? ».

    « Bien sûr que oui… mais c’est toi qu’ils traitaient de pd, parce que moi je me tapais des nanas, et aussi parce que je faisais semblant de t’ignorer… en plus, en seconde, je me foutais de ta gueule avec les autres… ».

    « Mais quel petit con, quand-même… ».

    « Il fallait bien que je détourne l’attention… c’est pour ça aussi que j’ai couché avec autant de nanas… je voulais que personne ne se pose la moindre question sur moi… je ne voulais plus être moqué… je ne voulais surtout pas revivre ce que j’avais vécu dans mon adolescence… plus tard, vers la fin de la première, quand les camarades ont commencé à me faire une réputation de « serial baiseur », il m’est arrivé de dire à certains gars d’arrêter de te casser les couilles… mais toujours discrètement, entre quatre yeux… ».

    « Et en même temps, tu avais déjà commencé à te demander comment coucher avec moi… ».

    « Oui… mais je ne savais pas comment t’aborder… je ne savais pas comment faire le premier pas, j’aurais voulu que ce soit toi qui le fasses… ».

    « Tu ne savais pas comment faire le premier pas… t’aurais voulu que ce soit moi qui le fasses… c’est marrant qui tu dises ça… tu avais l’air tellement sur de toi, et de ton charme… moi aussi j’aurais voulu que tu fasses le premier pas à ma place, parce que j’étais timide et coincé, parce que j’avais peur et que je n’avais pas le physique, la carrure, l’assurance, l’aura d’un mec comme toi… c’était une torture… ».

    « J’ai essayé de t’envoyer des signes, de t’allumer… comme le soir de l’anniversaire de Thomas… ou comme la fois où nous nous sommes retrouvés seuls, au bout des vignes, au retour du voyage en Italie… ce jour-là, j’ai vraiment cru que t’allais craquer et me balancer que t’avais envie de moi… ».

    « Mais tu aurais réagi comment si je t’avais dit que j’avais envie de toi ? ».

    « Je pense qu’on aurait couché ensemble… ».

    « Je n’en suis pas sûr… ».

    « T’as raison, je ne sais pas comment j’aurais réagi… » il admet, avec un petit sourire à faire fondre le soleil lui-même.

    « On aurait vraiment pu se rater pour de bon… » je considère.

    « Pendant les vacances scolaires de février dernier, j’ai commencé à me dire qu’on n’y arriverait pas… ».

    « Moi pareil… c’est pour ça que je t’ai proposé de réviser… ».

    « T’avais vraiment très envie… » il se moque.

    « Mais je voulais vraiment t’aider à réviser, je t’assure… quand je t’ai vu prendre encore une mauvaise note en math, j’ai vraiment eu peur pour ton bac… déjà que ça n’allait pas fort dans d’autres matières… ».

    « Pourquoi, tu surveillais mes notes ? ».

    « Autant que les miennes… je savais où tu avais la moyenne, et où tu ramais sévère… et je savais que les maths c’était pire que tout… ».

    « Alors ce n’était pas que pour coucher avec moi que t’as proposé de réviser ? ».

    « Bien sûr que j’avais envie de coucher avec toi… mais j’avais aussi envie de t’aider, vraiment … je ne voulais pas que tu rates le bac… ».

    « C’est gentil… même si franchement… moi je m’en foutais de réviser… parce que je me foutais du bac… je pensais que je m’en tirerais d'une manière ou d'une autre… par contre, j’avais trop envie de toi… ».

    « Ah, ben… t’as bien caché ton enthousiasme, alors… je me souviens très bien de ta réponse… c’était un truc du style : « si tu veux »… comme si tu t’en foutais complet… ».

    « Je ne voulais pas te montrer à quel point ça me faisait plaisir… ».

    « J’avais tellement peur que tu me jettes… j’en tremblais… je crois même que je bégayais… ».

    « Oui, tu bégayais… et c’était tellement mignon… ».

    « Je m’étais dit : ou ça passe ou ça casse… de toute façon, je n’avais plus rien à perdre… mais au fond, je ne croyais pas que je coucherais avec toi… j’ai même failli ne pas venir à la première révision… ».

    « Et pourquoi ? ».

    « Si tu savais comment j’étais nerveux… l’idée de me retrouver seul avec toi me terrifiait… ».

    « Moi aussi j’étais nerveux pendant que je t’attendais… ».

    « Je ne le crois pas… ».

    « Si, je te promets… ».

    « Là aussi, t’as bien caché ton jeu… ».

    « T’étais tellement nerveux que du coup j’ai senti que je pouvais y aller franco… et j’ai repris la main… ».

    « T’as surtout pris la mienne pour la mettre sur ta queue… ».

    « J’ai cru que t’allais faire un malaise… ».

    « J’ai bien failli… ».

    « T’as dû me prendre pour un barje… ».

    « J’ai été un peu surpris, mais j’ai vraiment kiffé… ».

    « En tout cas, merci de m’avoir aidé à réviser… ».

    « Mais je n’ai pas fait grand-chose… on a passé plus de temps à s’envoyer en l’air qu’à travailler… ».

    « Tu sais, même si je ne te l’ai pas vraiment montré, j’ai quand même écouté un peu de ce que tu racontais… j’avais même un technique pour retenir… ».

    « Quelle technique ? »

    « Associer tes explication avec les souvenirs de nos sauteries… ».

    « Petit coquin, va ! » je me moque, trouvant l’idée à la fois marrante et bandante.

    « Tu as été un super prof… ».

    « Tu ne m’as pas vraiment simplifié la tâche… ».

    « Pourquoi, ça ? ».

    « Parce que tu faisais tout ce que tu pouvais pour me foutre le cerveau en vrac… tes t-shirts moulants, tes pecs, tes abdos, ta peau mate, ton sourire, ton déo, ta queue tendue… t’avais bien compris comment me rendre dingue… ».

    « J’avais autant envie de toi que toi de moi… ».

    « Pourtant tu as continué à coucher avec des nanas… ».

    « Il fallait que je sauve les apparences… et il m’est arrivé de coucher avec une nana et de penser à toi… et ça me faisait venir très vite… parce qu’en vrai, je ne pensais qu’à coucher avec toi… j’avais tout le temps envie de gicler entre tes fesses… ».

    « Et tu ne t’es pas privé… ».

    « C’est tellement bon… jamais je n’avais pris autant mon pied… c’était encore meilleur que ce que j’avais imaginé… » fait-il, tout en posant des bisous dans le creux de mon épaule.

    « Et pourtant tu étais si dur avec moi… ».

    « Plus je sentais que je devenais accroc à nos « révisions », plus ça me faisait peur… quand j’étais excité, la peur disparaissait… mais dès que j’avais joui, la peur de devenir « pd » me rattrapait… c’est con, mais plus je prenais mon pied avec toi, plus j’avais besoin de me convaincre que je pourrais m’en passer… alors, toi non plus tu ne m’as pas rendu la tâche facile… ».

    « Pourquoi, ça ? ».

    « Parce que tu t’accrochais… tu voulais davantage que du sexe… ça, c’est le truc qui m’a toujours fait prendre mes jambes à mon cou avec les nanas… et ça a failli le faire avec toi aussi… mais je n’ai pas réussi… ».

    « Et pourquoi tu n’as pas réussi ? ».

    « Avant de commencer les révisions, je ne te connaissais pas du tout… en trois ans, on n’avait presque jamais parlé… mais pendant les révisions, j’ai découvert que tu étais vraiment un gars adorable… ».

    « Casse-couilles, mais adorable… » il ajoute, moqueur.

    « T’étais pas casse-couilles, toi… » je fais semblant de m’offusquer.

    Pour toute réponse, mon doux Jérém me fait plein de bisous dans le cou.

    « Tu me manquais tout le temps, tu me manquais tellement… » je me lâche « tu me manquais même quand j’étais chez toi… parce que j’avais envie de te prendre dans mes bras et de ne plus jamais partir de ta piaule… j’étais tellement bien quand j’étais avec toi… ».

    « Moi aussi j’étais bien quand tu étais là… et pourtant… tout ça me faisait très peur… du coup, j’ai voulu te mépriser pour ne pas m’attacher à toi, et j’ai voulu te faire chier pour t’empêcher de t’attacher à moi… j’avais peur qu’un jour tu me laisses tomber… ».

    « T’es fou, toi… comment j’aurais pu te laisser tomber, alors que j’étais fou de toi ? ».

    « Tu sais, c’était pareil avec les nanas… je les quittais pour ne pas me faire quitter… je me suis comporté comme un vrai connard… avec elles, avec toi… d’ailleurs, je ne comprends même pas comment t’as pu t’attacher à moi, alors que j’étais horrible avec toi… j’en étais même arrivé à penser que tu aimais ma brutalité… ».

    « Je ne t’ai jamais aimé pas pour ta brutalité, mais malgré ta brutalité… si j’ai tout accepté de toi, et peut-être trop, c’est parce que j’avais la trouille de me rebiffer… j’avais tellement peur que tu me jettes pour de bon, qu’il n’y ait plus de révisions… et puis tu étais si sûr de toi, sûr de ce que tu voulais et de ce que tu ne voulais pas… j’étais tellement naïf, tellement inexpérimenté… comment faire le poids face à un mec comme toi, un mec qui m’impressionnait de ouf ? Je manquais trop de confiance en moi pour te tenir tête… alors, j’ai pris sur moi, j’ai attendu que tu te rendes compte à quel point c’était génial entre nous… ».

    « J’ai toujours aimé quand tu me tenais tête… »

    « Ce n’est pas arrivé souvent… ».

    « Mais c’est arrivé quand même… ça me faisait chier mais j'aimais bien… t’aurais dû me secouer davantage… » il se marre.

    « Je ne voulais pas te perdre… et d’une certaine façon, j’ai eu raison… si je t’avais trop pris la tête, tu aurais foutu le camp pour de bon, et je n’aurais jamais connu le bonheur qu’on vit ensemble depuis hier… ».

    « Tu as été génial, Nico, dès notre première révision… ».

    « Tu sais, à notre première révision, j’étais puceau… ».

    « Je me doutais que tu l’étais, et je kiffais l’idée d’être ton premier… ».

    « Moi aussi je kiffais l’idée que tu sois mon premier… ».

    « Pour ta première fois tu aurais mérité mieux que ce que je t’ai proposé … ».

    « C’était bon… ».

    « J’ai été horrible avec toi… j’ai fait ce que j’avais envie et je t’ai jeté… ».

    « Ça a été comment ta première fois ? » je le relance, intrigué.

    Jérém ne répond pas tout de suite, et je l’entends déglutir bruyamment.

    « Oublie ma question… » je tente de rattraper le coup, en pensant soudainement à l’épisode que  Thibault m’avait appris quelques semaines plus tôt, à cette branlette sous la tente pendant leur adolescence. Je ne veux pas prendre le risque de gâcher ce moment en le forçant à parler d’un sujet sensible. Aussi, je n’ai pas envie de raviver une jalousie que j’aurais du mal à maîtriser. On aura le temps de parler de Thibault, plus tard. Peut-être.

    « Si, je peux te répondre… ça n’a pas été vraiment génial… j’avais quinze ans, elle avait quelques années de plus que moi… je l’ai rencontré au KL… et on est allés chez elle… ».

    « Et ça s’est pas bien passé ? ».

    « Déjà me foutre à poil devant elle a été dur… ».

    « Alors, ça… quand je pense à comment tu t’es foutu à poil devant moi la première fois… ».

    « J’avais pris un peu d’assurance depuis… et puis, avec toi je me sentais à l’aise… mais ce soir-là, c’était pas vraiment ça… je faisais le beau mais je me sentais toujours complexé par mon physique, à cause des moqueries que j’avais pris dans la gueule au collège… en plus, j’avais pas mal bu, et j’avais peur de ne pas y arriver… j’étais tellement gauche… ».

    « J’ai du mal à t’imaginer gauche dans un pieu… ».

    « Et pourtant… je stressais à mort… et plus je stressais, plus j’avais du mal à bander… ».

    « T’avais envie d’elle ? ».

    « Je ne sais même pas… je crois surtout que j’avais envie de ne plus être puceau… quand elle a enfin réussi à me faire bander, le temps qu’elle me passe la capote, ma bite était à nouveau à moitié retombée… j’ai quand même réussi à la prendre… j’ai commencé à la baiser, mais j’avais l’impression qu’elle ne ressentait rien… je me disais qu’elle avait du coucher avec des mecs mieux montés que moi… ».

    « Mais tu es bien monté… ».

    « J’avais dans la tête les images de mecs dans les pornos, avec des bites pas possibles qui bandent de ouf, pendant des heures… j’étais aussi complexé par rapport à mon pote Thomas, le mec le mieux monté dans les vestiaires… pendant que j’essayais de baiser cette nana, je me disais qu’elle avait du coucher avec des mecs avec plus d’expérience, qui l’avaient faite jouir… ».

    « On ne peut pas démarrer et avoir de l’expérience… ».

    « C’est vrai… mais j’ai carrément fini par débander… je suis sorti, et je n’ai jamais pu y revenir… ça a été terriblement humiliant… surtout que je l’avais chauffée en boîte et que je lui avais laissé entendre qu’il y aurait des étincelles sous les draps… tu parles… ça a été la cata… ».

    « Quand je pense à l’étalon que t’es devenu depuis… ».

    « Elle m’a dit : « C’est pas grave… »… mais ça a été horrible de me retrouver à poil devant elle, la capote collée à ma nouille molle… j’avais peur qu’elle se moque de moi… ».

    « J’aurais tellement aimé être le premier à te donner du plaisir… jamais je ne t’aurais laissé partir sans t’avoir fait jouir… ça aurait pris le temps que ça aurait pris, mais tu aurais eu ton premier orgasme de mec, c’est moi qui te le dis ! ».

    « T’es mignon, Nico… ».

    « Toi aussi, Jérém… ».

    « Ça m’avait trop sapé le moral… pourtant, j’ai raconté à tous mes potes que c’était génial… après ça, j’ai commencé à imposer mes règles avec les nanas… on baise et tchao… et je me suis bien rattrapé depuis… si j’ai enchaîné les nanas, c’était aussi pour oublier cet échec… mais je crois que c’est avec toi que j’ai vraiment oublié… ».

    Soudainement, je me rends compte que quelque chose est en train de se passer sous les draps : la queue de mon bobrun se dresse peu à peu. Je porte ma main dessus et je commence à la caresser. Nos regards se croisent.

    « J’ai envie de toi… » il me chuchote à l’oreille.

    « Tu as envie de quoi ? ».

    « J’ai envie de te faire l’amour… » il me chuchote tout près de l’oreille, en laissant son souffle chaud et chargé de testostérone glisser sur mon oreille et exciter tout mon être.

    « J’en ai envie aussi… ».

    « J’ai envie de gicler dans ton magnifique petit cul… ».

    J’adore l’image, et j’adore sa façon de formuler. Ce mec me rend dingue.

    « Mais fais-toi plaisir… j’en ai trop envie aussi… ».

    Depuis deux jours, depuis nos retrouvailles, l’amour avec Jérém est intense et doux à la fois : le sentir prendre son pied en moi, avec moi, c’est la sensation la plus incroyable que je n’aie jamais ressentie ; le voir, le sentir jouir en moi, c’est l’apothéose ; et jouir en même temps que lui, parce que sa main m’a branlé avec un timing parfait, c’est indescriptible.

    Après l’amour, nous nous endormons l’un dans les bras de l’autre, repus, heureux.

     

    Lorsque nous nous émergeons, Jérém se dégage doucement de notre étreinte, me fait un bisou, il se lève et remet du bois dans la cheminée. Il passe son t-shirt blanc et il allume une cigarette qu’il fume au coin du feu. Je ne me lasse pas de le regarder, de tenter de capter chaque infime parcelle de sa beauté, de sa virilité, de sa douceur, de son existence. Chaque instant passé à côté de lui est un cadeau du ciel.

    « On mange quoi ce soir ? » fait le bogoss de but en blanc.

    « T’as déjà faim ? ».

    « Oui… ».

    « Mais il n’est que quatre heures… ».

    « Il faut qu’on aille faire des courses… ».

    « Il faut qu’on aille faire des courses… » : voilà une phrase, encore une, que je n’aurais jamais cru entendre un jour de la bouche de mon Jérém ; une phrase en apparence anodine, mais qui contient pour moi tant de significations, d’images, d’espoirs et de bonheur. Car, même si j’imagine bien que nous n’irons pas faire les courses main dans la main, c’est bon de penser que Jérém est prêt à se montrer en public avec moi. Et l’idée de la balade à cheval du lendemain avec ses potes de la montagne se charge d’autant de significations, et elle me rend encore plus heureux.

    Vraiment, ce mec ne cesse de me surprendre, de m’impressionner ; j’aimerais tellement trouver le moyen de l’impressionner à mon tour. Certes, j’en oublie à quel point le fait d’aller le rejoindre à Campan a pu toucher mon bobrun : mais je voudrais lui montrer quelque chose auquel il ne s’attend vraiment pas.

    Pendant que je m’habille, une idée s’affiche soudainement dans mon esprit, une idée pour « en mettre plein la vue » à mon bobrun. L’idée consiste en un plat que je connais bien et que j’ai fait assez souvent avec maman : voilà, c’est ça qu’on va manger ce soir. Je suis certain qu’il va aimer.

    « T’as des pommes de terre ? ».

    « Pour quoi faire ? ».

    « Un truc à manger… ».

    « Quel truc ? ».

    « T’inquiète… tu as des pommes de terre, oui ou non ? ».

    « Oui… oui… oui ! T’excites pas ! ».

    « De la farine ? ».

    « Aussi… ».

    « Des œufs ? ».

    « Non, des œufs, je n’en ai pas… ».

    « Il faudra aussi du beurre, du fromage râpé et de la sauce tomate… ».

    « Tu veux faire quoi ? ».

    « Des gnocchis… ».

    « Ah bonne idée… tu sais faire ça ? ».

    « Oui, je crois… ».

    Jérém fait la moue, en forçant le trait, comme un gosse, et il est à craquer.

    « Tu me fais confiance ? ».

    « Est-ce que j’ai le choix ? ».

    « Non… ».

    Notre complicité me remplit de bonheur. Oui, les choses les plus banales de la vie deviennent de suite magnifiques dès lors qu'elles sont partagées par deux personnes qui s'aiment.

    Nous descendons au village dans la 205 rouge de Jérém. Quel bonheur de retrouver sa voiture, de retrouver Jérém au volant, de voir son sourire, de sentir son regard doux et amoureux se poser sur moi. Et quel bonheur d’aller faire les courses avec mon Jérém, alors que mon corps vibre toujours de l’écho de ses coups de reins, que je suis rempli de son jus, et ivre de son amour.

    La superette est située à côté de la mairie, dans un petit espace pas plus grand que la petite maison de Jérém. Nous rentrons et mon bobrun fait la bise à la vendeuse, une dame blonde d’une cinquantaine d’années au grand sourire, et qui m’inspire de suite un élan de sympathie.

    « Salut bogoss » elle s’adresse à mon Jérém, tout en le serrant dans ses bras « tu vas bien ? ».

    « Bien bien et toi ? Lui c’est Nico, un pote du lycée… ».

    « Bonjour Nico… ».

    « Au fait… t’as vu que je t’ai laissé du pain ce matin ? ».

    Ah, c’est donc elle qui s’est pointée ce matin à la maison en pierre, pendant que nous faisions l’amour.

    « Oui, j’ai vu… ».

    « T’étais pas à la maison… ».

    « Si… je dormais encore… ».

    « Ah, ces jeunes… ».

    Jérém continue les présentations.

    « Martine est aussi cavalière… au fait, demain tu viens faire la balade avec nous ? ».

    La nana a une voix étonnante, qui tape dans les aigus et dans les graves, sans grand-chose entre les deux. « Si Jean-Pierre veut bien me remplacer… ».

    « Tu te casses et il sera bien obligé de tenir la boutique… ».

    « Tu sais, il est capable de la laisser fermée… ou de la laisser ouverte sans personne à la caisse… » elle le marre, avec un rire sonore, musical et contagieux.

    « Allez, tu vas bien pouvoir te libérer… il va y avoir presque tous les cavaliers de l’ABCR… en plus, je compte sur toi et Charlène pour briefer Nico… ».

    « Il monte aussi ? ».

    « Oui, je lui donne Téquila… ».

    « T’as déjà fait du cheval ? » elle me demande.

    « Non, jamais… ».

    « Et toi t’es sûr que tu veux le faire randonner avec une vingtaine de cavaliers pour sa première balade ? » elle interpelle Jérém.

    « On fera attention… on restera derrière… avec Téquila, il ne risque rien… ».

    « C’est vrai que cette jument est plus proche du cheval à bascule que d’un pur-sang… ».

    « T’exagères… ».

    « A peine… ».

    Une cliente arrive en caisse pour payer. Je reconnais cette dame. C’est la même grosse dame qui a traversé la halle la veille, en faisant de gros yeux, pendant que nous nous embrassions. La dame aussi nous a reconnus : je surprends son regard sur moi, avant qu’il ne glisse ailleurs, dès que le mien se pose sur elle.

    « Allez, on va faire quelques courses… » fait Jérém « rendez-vous demain matin à 9h00 chez Charlène… sans faute ! ».

    « Oui, je pense que j’y serais… » elle conclut avec son sourire contagieux.

    Jérém avance dans la rangée d’étalages. Lorsque nous sommes à bonne distance, il me demande :

    « C’est pas la dame qui nous a vus hier sous la halle ? ».

    Jérém a l’air un brin inquiet.

    « Oui, je crois… tu crois qu’elle va kafter avec ta copine ? ».

    « Je n’en sais rien… » fait-il, tout en regardant la grosse dame en caisse « j’espère qu’elle va s’occuper de ses oignons… ».

    Non, Jérém n’est pas encore prêt à assumer notre bonheur au grand jour. Même si je suis un brin déçu, je me dis que ce que l’on est en train de vivre est déjà énorme, et que les choses se feront avec le temps. Et puis, est-ce que je suis moi-même prêt à assumer mon bonheur avec lui au grand jour ?

    Et puis, même si nous avons été un brin imprudents hier sous la halle, c’est à nous de décider quand, comment, et avec qui nous nous afficherons. Le vol de coming out est parmi les vols les plus insupportables.

    Mais déjà la grosse dame quitte la superette, accompagnée par les gestes, les mots et les rires bienveillants de Martine.

    La superette ne comporte que deux allées, il ne nous faut pas plus de deux minutes pour trouver ce dont nous avons besoin ; dans l’angle mort entre les deux allées, Jérém me passe la main dans les cheveux, et je fonds.

    Lorsque nous revenons en caisse, Martine est en train de discuter de façon animée et bruyante avec une dame autre femme un peu enrobée, avec les cheveux mi longs, en bouclettes, d’une couleur indéfinie entre un blond qui n’est plus et un gris qui n’est pas encore. La dame porte un pantalon de cheval, des boots et un pull ample, qui un jour lointain a certainement dû être neuf. La dame a un rire encore plus sonore que celui de Martine, et les deux semblent très copines, très complices.

    La nouvelle venue est de dos par rapport à nous, et son gabarit nous cache de la vue de Martine ; ce qui fait que nous pouvons approcher de la caisse sans être aperçus jusqu’à la dernière minute. Et là, à ma grande surprise, je vois mon Jérém aller chatouiller le cou de la dame inconnue. Cette dernière se retourne, surprise, mais amusée : et lorsqu’elle réalise qu’il s’agit de Jérém, elle lâche un :

    « Petit con ! » bien claquant, avant de le prendre dans ses bras et de lui claquer deux bises bien sonores.

    Lorsqu’il arrive à se dégager de son étreinte, Jérém fait les présentations.

    « Voilà Charlène… Charlène c’est ma copine, ma sœur, ma mère, et parfois même ma grand-mère… ».

    « Petit con, va ! » fait elle, tout en rigolant.

    « Nous avons parlé de notre reine Charlène et elle est venue à nous… » se moque Martine.

    « Lui c’est Nico, un camarade du lycée… ».

    « Salut, Nico… » elle me salue, en me claquant deux bises bien sonores.

    « Je lui ai proposé de venir à la balade demain… je vais lui filer Téquila, et je lui ai dit que tu veillerais sur lui… ».

    « T’es gentil, mais j’ai déjà du mal à veiller sur moi-même… » elle se marre.

    « Elle est en état de randonner, Téquila ? Elle n’est pas trop grasse ? ».

    « Ben, elle n’est pas maigre… t’as qu’à passer la voir tout à l’heure… ».

    « Ok, on vient maintenant… dépêche-toi de faire les courses au lieu de piailler avec Martine… ».

    « Eh, on piaille tant qu’on veut ! » fait cette dernière, du tac au tac.

    « Qui c’est qui a fait le tracé de la rando ? » demande Jérém.

    « C’est Loïc… » fait Charlène.

    « Au fait, il va venir faire la rando avec Sylvain ? » demande Martine à Charlène.

    « Je crois, oui… ».

    « Et Florian est au courant ? ».

    « Je pense… ».

    « Il ne doit pas vraiment vivre bien tout ça… ».

    « Je ne crois pas, non… ».

    « T’as de ses nouvelles ? ».

    « Pas vraiment… il faudrait que je l’appelle… ».

    « Quand je pense comment ils étaient bien ensemble, ces deux-là… ».

    « Tu sais, c’est comme dans toutes les couples… si on ne prend pas garde, la flamme s’éteint d’une part ou d’autre… et aussi, vivre ensemble et travailler ensemble, c’est pas évident… c’est exactement comme pour les couples homme femme… ».

    « Je ne peux pas m’empêcher de penser que si Sylvain n’avait pas été dans le tableau, Loïc et Florian auraient trouvé le moyen de surmonter leur crise et ils seraient peut-être encore ensemble… ».

    « Je le pense aussi… le problème des « si », c’est qu’on ne pourra jamais savoir… » conclut Charlène.

    « Allez, on va y aller… » décrète Jérém, l’air soudainement impatient de partir.

    Avant de payer, il achète également des chewing-gum ; il m’en propose un, et il en gobe un deuxième, qu’il commence à mâcher d’une façon très sexy, avec des mouvements de mâchoire lents et bien virils.

    La route qui mène à la pension de Charlène est bordée par des clôtures en ruban blanc délimitant des paddocks en pente, enfermant chacun un à deux chevaux aux robes de couleurs différentes. Jérém est tout excité à l’idée de retrouver son « Unico ».

    « Tu connais les gars dont elles parlaient ? » je ne peux m’empêcher de lui demander.

    « Pas plus que ça… ils sont arrivés dans la région il y a trois ans, je crois, et les dernières années je ne suis pas venu souvent randonner avec l’asso… et comme eux non plus ils ne randonnent pas toujours, on a du se croiser une ou deux fois max… ».

    « J’ai bien compris ? Loïc et Florian étaient ensemble et Loïc vient de quitter Florian pour se maquer avec ce Sylvain ? ».

    « Il paraît… Charlène m’en a parlé l’autre jour quand je suis arrivé… ».

    Jérém semble mal à l’aise vis-à-vis de cette histoire, il semble gêné. Je voudrais savoir ce qu’il ressent, ce qu’il pense d’un couple de mecs qui ose vivre ensemble, travailler ensemble, s’afficher au grand jour. Je voudrais savoir s’il est prêt – ou s’il sera prêt un jour – à assumer notre relation en dehors de l’intimité. Mais je n’ose pas.

    Dix minutes plus tard, nous arrivons à un corps de ferme sommairement entretenu au niveau du bâti, mais entouré d’un joli jardin fleuri. Nous contournons la maison et nous nous garons devant une clôture en bois ; Jérém trace vers les prés et faisant fi de la boue, de plus en plus impatient de faire de nouvelles présentations.

    « Voilà le plus beau cheval du monde, mon « Unico »… comme son nom l’indique, il n’y en a pas un autre comme lui… ».

    L’étalon Unico est en effet une très belle bête : il est brun, très brun ; il fait une bonne taille, il est musclé, il a le regard intense, il a fière allure, il dégage de la puissance, de la jeunesse, du sang chaud : bref, il est parfaitement raccord avec son cavalier.

    « Ce cheval est comme toi… il est unique… » je considère.

    « C’est toi qui es unique, Nico… d’ailleurs… il s’appelle presque comme toi… Nico… Unico… Nico… U-Nico… ».

    « Comme ça tu penseras à moi à chaque fois que tu le monteras… ».

    « J’ai pensé à toi à chaque fois que je l’ai monté depuis que je suis ici… » fait Jérém tout bas, alors que Charlène approche.

    Merci Unico d’avoir contribué au fait que Jérém pense à moi.

    « T’as vu Téquila ? » fait-elle.

    « Non, on va la voir maintenant… ».

    Nous nous déplaçons le long de la clôture, jusqu’à un enclos enfermant un cheval à la robe brune.

    « Voilà, Nico, je te présente Téquila… c’est elle qui va te porter demain… ».

    Téquila est une jument… en forme de barrique. C’est un animal qui a des formes généreuses. Elle est plutôt trapue, elle a un ventre assez impressionnant, mais elle respire le calme, sa présence est rassurante. Difficile d’imaginer que l’étalon puissant quelques paddocks plus loin est son rejeton. Téquila approche du fil électrifié et vient me caresser l’épaule avec son gros museau. Elle a l’air toute gentille et je la caresse à mon tour.

    « Ça y est, elle t’a adopté… » fait Jérém.

    Je lui souris, assez fier de moi.

    « Alors, qu’est-ce que t’en penses ? » l’interroge Charlène.

    « Je pense que papi a choisi le bon étalon pour la faire pouliner… ».

    « Ah oui, c’était pas gagné… mais elle t’a fait un superbe poulain… ».

    « C’est un étalon désormais… ».

    « C’est vrai… alors, tu penses qu’elle va pouvoir randonner ? ».

    « Oui, elle est bien enrobée, mais ça va aller… les pieds sont en état… ».

    Charlène nous propose un thé. Dans la grande cuisine au papier peint suranné et au plafond noirci, il y a de tout, partout : les toiles d’araignées sont tellement développées qu’on dirait des guirlandes ; sur la grande table, il y a toute sorte de bouquins, des harnachements de cheval, du courrier en vrac, une gamelle avec des croquettes pour chats. Bref, l’intérieur de la maison est à l’image de l’extérieur, il semble témoigner de la nature profonde de sa propriétaire, une nature qui privilégie le vivant plutôt que le ménage.

    Charlène sort une lourde théière en fonte dans laquelle elle fait longuement infuser des feuilles de thé. C’est la première fois que je fais l’expérience d’un « vrai thé », boisson que, sur conseil de Charlène elle-même, j’édulcore non pas avec du sucre mais avec une petite cuillère de miel : et il faut bien admettre que ça n’a pas du tout le même goût que le thé en sachet. C’est même très bon !

    Jérém et Charlène discutent de la randonnée du lendemain, de leurs potes cavaliers, de chevaux ; leurs discussions me plongent dans un monde inconnu structuré autour de l’équidé. Le simple fait de découvrir Jérém dans ce nouveau décor, me fait vibrer. Je suis impatient d’être à demain pour découvrir de plus près cette communauté à part, réunie autour d’une passion commune.

    Charlène est une dame joviale, mais au regard vif et pénétrant ; au fil des échanges avec Jérém, je me fais d’elle l’idée d’une nana à l’esprit très jeune, très rigolote, et d’une profonde gentillesse. Je me rends compte également de son rapport privilégié et de sa complicité avec mon bobrun, ainsi que de son extrême bienveillance vis-à-vis de ce gars qu’elle a vu grandir.

    Je me dis que l’amour que Charlène témoigne à mon Jérém est une très bonne chose, tout comme l’est le fait que cette nana, tout autant que sa copine Martine, n’a aucun problème avec l’homosexualité ; je me dis que, entouré par cet environnement bienveillant, mon bobrun pourrait enfin commencer à assumer qui il est. Car, j’en suis certain, ni Charlène di Martine ne le rejetteraient pas si elle « savaient ». Le tout c’est que Jérém comprenne cela. Et apparemment, ce n’est pas encore tout à fait le cas.

    « On va te laisser, Charlène… on va chercher du fromage chez Benjamin… ».

    « Tu lui passeras le bonjour de ma part… ».

    Me revoilà dans la voiture de Jéré, nous voilà repartis sur une petite route de montagne.

    « Fais un bisou… » me lance le bobrun, en tournant son visage vers moi, lors d’une rare ligne droite.

    Je lui claque un bisou sur les lèvres et il me sourit. Il est indiciblement beau et adorable.

    « Elle est sympa Charlène… » je lance.

    « Je te l’avais dit… je l’adore… ».

    « Elle aussi elle t’aime beaucoup… ».

    « Elle est géniale… ».

    Nous arrivons dans une autre ferme, bien mieux entretenue que celle de Charlène. Un grand panneau coloré indique : Vente de fromage à la ferme.

    Un gars vient nous accueillir. Le mec doit avoir une trentaine d’année, et il est plutôt gaillard : je mettrais ma main à couper que sous ses fringues – un pull à capuche enveloppant un torse massif, un pantalon de travail moulant un fessier rebondi – se cache un joli physique de rugbyman. Le mec arbore une barbe bien fournie, brune avec des reflets rouquins.

    Tout chez ce mec respire la solidité, la puissance, la virilité. Dans son regard, cette flamme que seuls possèdent certains gars de la montagne, une flamme qui est un mélange de caractère, de volonté, d’authenticité, d’attachement à la terre, de pudeur et de fierté. Et de solitude. C’est le charme du terroir, le charme AOC.

    Jérém fait les présentations. La poignée du gars me surprend, elle est franche, puissante, sa main est une paluche aussi impressionnante que celle de Thibault ; son regard aussi me surprend, il accroche le mien, s’enfonce dedans, comme s’il arrivait à lire en moi. C’est assez troublant. Et en plus le gars a un bon accent du coin, ce qui rajoute du craquant au charme.

    « Toujours au taf ? » se moque Jérém.

    « M’en parle pas… depuis que je livre en grande surface, je n’arrête plus… ».

    « Ça se passe bien ? ».

    « Travailler avec la grande distri, c’est un calvaire… ».

    « Pourquoi, ça ? ».

    « Parce qu’ils ont des voyous au service achat qui passent leur temps à étudier comment grapiller le moindre centime, comment retarder les paiements… ».

    « Et tu ne peux gueuler un bon coup ? ».

    « Gueuler, c’est se faire déréférencer, disparaître des rayons du jour au lendemain… ».

    « Pas simple tout ça… ».

    « Bon, même si le rapport de force est déséquilibré, j’arrive quand-même à écouler une bonne partie des yaourts et des fromages avec mon étiquette à moi… c’est un marché de niche sur des produits de qualité, ce qui me met en partie à l’abri de leurs promos à la con… ».

    « Toujours le prix le plus bas… ».

    « Le prix le plus bas ne veut rien dire… en général, derrière un prix bas, il y a un producteur ou une filière entière qui souffre… il faudrait un prix juste, et un prix juste est celui qui garantit un partage équitable de la valeur ajoutée du produit du producteur au détaillant… quand il y a des promos, la plupart du temps c’est le producteur qui assume le coût de la promo et la grande surface qui se fait mousser… bon assez parlé du taf… vous restez pour l’apéro ? ».

    « Non, c’est sympa mais on va te laisser bosser… en revanche, s’il te reste du fromage… Nico a trouvé qu’il est à tomber… ».

    « Venez avec moi… ».

    Le bomâle barbu nous fait visiter la cave d’affinage. Dès qu’il ouvre la porte, je suis percuté de plein fouet par un intense bouquet d’odeurs de moisissures nobles, d’arômes ronds, onctueux : un bouquet entêtant de fromage en train de reposer et de bien vieillir.

    De centaines de petites meules à la croûte grise-marron sont disposées, rangées au cordeau, sur des lattes en bois fixées sur des étalages : cette pièce respire la rigueur, l’amour pour le travail bien fait, le produit de qualité, une qualité qui découle avant tout de la passion pour le métier.

    « C’est vraiment bien ce que vous avez fait, cette cave est magnifique… ».

    « Merci… la transformation de la cave m’a donné beaucoup de travail, mais j’en suis content… ».

    « Tu peux, mon pote… » fait Jérém, et tapotant affectueusement l’épaule du gars.

    « Je suis sûr qu’un jour tu feras la même chose avec la cave viticole de ton père… ».

    « Non, je ne crois pas… nous ne nous parlons même plus… ».

    « Amuse-toi à Paris, autant que tu peux… mais je pense qu’un jour t’auras envie de rentrer chez toi… ».

    « Ça m’étonnerait vraiment… je pense qu’il y a plus de chances que ce soit Maxime qui reprenne… ».

    « Celui-ci il a deux mois… » enchaîne le bobarbu, tout en saisissant une tomme « c’est mon produit phare, il a un goût de noisette très prononcé, ça se mange sans faim… » ; puis, en nous indiquant l’étagère juste à côté, il continue : « sinon, celui-ci il est un peu plus vieux, il a 4-6 mois… il a un goût plus prononcé, qui tient davantage en bouche… il faut impérativement l’accompagner d’un verre de Saint Mont… ».

    « Je crois que Nico préfère le plus affiné… même s’il l’accompagne avec du Jurançon… ».

    « Essaie avec le Saint Mont, tu verras… » fait Benjamin en se saisissant d’un fromage et en s’acheminant vers la sortie.

    La petite meule atterrit sur un billot en bois et le gars en coupe deux bons quartiers. Il nous en file deux fines tranches pour dégustation. Dès que la pâte bien ferme et onctueuse rentre en contact avec mes papilles, elle déclenche illico une sorte d’orgasme gustatif. Ah putain, qu’est-ce que c’est bon !

    « Vous êtes sûrs que vous n’avez pas le temps pour l’apéro ? ».

    « Il faut que j’aille à Bagnères pour écouter si j’ai des messages… j’attends un coup de fil de Paris… ».

    « Ah, oui, c’est vrai que t’es devenu une vedette… » se moque gentiment Benjamin.

    « Pas encore… mais ça ne saurait tarder… ».

    « J’ai toujours su que tu serais pro un jour… ».

    « J’ai eu de la chance… ».

    « La chance ça n’a rien à voir… tu es un bon, Jé… c’est tout… ».

    « Allez, dis-moi combien je te dois… ».

    « Rien du tout… ».

    « Ne déconne pas… ».

    « Tu me trouveras des tickets pour tes matchs… ».

    « Promis… ».

    « Et ton pote Thibault va bien ? Il doit être super content d’avoir été recruté par le Stade… ».

    « Il est content, oui… ».

    « Et il en pense quoi de la nouvelle direction ? ».

    « Tu sais, depuis nos recrutements, on a eu du pain sur la planche… entre mes déplacements à Paris et ses entraînements, on ne s’est pas trop vus dernièrement… et après, il y a eu mon accident… ».

    « Ah, quel con, je te jure… tu te fais recruter par un club pro de la capitale et tu te bats la veille de ton départ… ».

    « J’avais un peu trop bu et je suis tombé sur un connard… ».

    « Fais gaffe à toi, Jé… ».

     

    « Benjamin est vraiment un bon gars… » me lance Jérém dans la voiture.

    « D’une certaine façon, il me fait penser à Thibault… » je ne peux m’empêcher de commenter.

    « C’est pas faux… ».

    Je me demande toujours comment on va pouvoir aborder le sujet Thibault et même si c’est une bonne chose de l’aborder. Je sais que j’ai besoin de le faire, mais j’ai peur de le faire.

    Nous arrivons à Bagnères, Jérém se gare au centre-ville et sort de la voiture pour fumer et écouter ses messages. Je le vois discuter et rigoler au téléphone : il est beau, beau, beau. Et il est à moi. Je n’arrive toujours pas à la croire. Il revient quelques minutes plus tard, le visage illuminé d’un sourire attendri et attendrissant.

    « T’as le bonjour de mon frérot… ».

    « Ah, merci… tu lui passeras le bonjour de ma part… »

    « Il était content quand je lui ai dit que t’étais là… ».

    « C’est vrai ? ».

    « Oui, c’est vrai… il m’a même dit de te dire de me tenir à l’œil pour m’empêcher de faire des conneries… ».

    « Ton frérot est vraiment adorable… ».

    « Il est incroyable… ».

    « Alors, t’avais des nouvelles de Paris ? ».

    « Non, rien pour l’instant… ».

    De retour à la maison après les courses, nous épluchons les pommes de terre et nous les mettons à cuire dans une casserole remplie d’eau, sur la gazinière à bois que Jérém vient d’allumer.

    Puis, nous nous allongeons sur le lit, devant le feu que Jérém vient de raviver, et nous nous embrassons fougueusement, longuement, inlassablement.

    Je suis insatiable du contact avec sa bouche, avec son corps, avec ses mains qui me caressent doucement, avec sa peau et ses cheveux que mes mains caressent fébrilement ; et mon bobrun semble tout aussi insatiable que moi.

    Tout en continuant à lui rouler des pelles à la pelle, je dégrafe le zip de son pull à capuche gris, je fais basculer les deux pans derrière ses épaules, je fais glisser les manches le long de ses bras ; son t-shirt blanc se dévoile, avec ces manchettes tendues qui calibrent ses biceps, avec ce tissu immaculé qui jauge le relief de ses pecs.

    Son sourire est à la fois doux et canaille lorsque je glisse mes mains entre le coton doux du t-shirt et sa peau tiède, pour aller exciter ses tétons : il devient coquin et un rien lubrique au fur et à mesure que l’excitation fait pétiller ses sens.

    Puis, c’est à son tour d’enlever mon pull, de passer sa main sur mon t-shirt, de narguer mes tétons à travers le coton. Je frissonne.

    « J’ai le droit ? » il me lance, taquin.

    « Je ne sais pas… ».

     « Et ça, j’ai le droit ? » fait le bogoss, tout en glissant sa main sous mon t-shirt, et en remontant lentement, sensuellement, ses doigts le long de mon torse.

    « Je ne sais vraiment pas… ».

    « J’ai toujours pas le droit ? » il me cherche, alors que ses doigts pincent doucement l’un de mes tétons.

    « Peut-être que oui… ».

    « Et, là… j’ai le droit ? » fait-il, le regard de plus en plus lubrique, tout en remontant mon t-shirt, en léchant et mordillant mes tétons à tour de rôle.

    « C’est pas un droit, c’est une obligation ! ».

    Un instant plus tard, Jérém dégrafe ma ceinture, il ouvre ma braguette.

    « Et là, je peux y aller ? » fait-il, coquin, tout en glissant sa main entre les pans ouverts de mon pantalon et en caressant ma queue par-dessus le boxer tendu par l’érection.

    « Oh, que oui… ».

    Je suis aux anges, les anges du bonheur sensuel et sexuel.

    Puis, sa main glisse dans mon boxer, elle saisit ma queue ; mon Jérém me branle, tout en m’embrassant, et en agaçant mes tétons avec le bout de ses doigts.

    Lorsque ses lèvres quittent les miennes, elles atterrissent directement sur ma queue, qu’il commence à pomper avec un bon entrain. Je regarde son torse musclé s’affairer dans des mouvements de va-et-vient, et je n’arrive toujours pas à croire que ce gars qui est en train de me sucer et le même gars qu’il n’y a pas si longtemps de ça n’assumait même pas son rôle de mâle actif et dominant dans notre relation ; alors, à fortiori, jamais je n’aurais cru il se lancerait un jour dans ce genre de plaisir.

    Quand on est passif, le plus grand bonheur sexuel auquel on aspire, est celui de faire, voir, entendre, sentir jouir un mec actif ; mais dès lors qu’on est amené à changer de rôle, comme quand on se fait sucer, les envies peuvent changer rapidement de signe. Ce qui est bon dans le fait d’être homo, c’est cette richesse de désirs, d’envies, de plaisirs.

    Pendant que Jérém me suce, je me surprends à envisager quelque chose de complètement fou, à me demander si un jour il aura envie d’essayer de me laisser lui faire l’amour…

    Mais ce n’est qu’un flash, un éclair qui s’éteint dès que ses lèvres quittent ma queue ; car, dès l’instant où je vois mon beau mâle debout à côté du lit, lorsque je le vois ôter son jeans, son boxer, et son t-shirt blanc (qu’il aurait pu garder, tellement je trouve cette tenue bandante) ; lorsque je le vois dégainer sa queue bien tendue, et sa main commencer à la branler lentement ; lorsque je contemple son torse musclé onduler sous l’effet d’une respiration excitée ; lorsque je croise son regard enflammé d’envies de mâle, voilà, je capitule : en une fraction de seconde, mes envies changent à nouveau de signe, et je redeviens le gars qui a envie de me soumettre à la virilité puissante d’un mâle appelé Jérémie.

    La simple attitude de mon bomâle suffit pour me faire comprendre ce dont il a envie : un instant plus tard, je suis sur le ventre, les jambes écartées ; je m’offre à lui, frémissant d’envie d’être possédé : prends-moi, Jérém, fais-moi l’amour, fais-toi plaisir, remplis-moi, féconde-moi !

    Ses mains saisissent fermement mes fesses, les écartent : mais alors que je m’attends à me sentir transpercé par son manche tendu, c’est sa langue audacieuse, entreprenante et sans pudeur qui s’attaque au bonheur de ma rondelle. Ce soir, Jérém a décidé de me rendre dingue. Jérém me bouffe le cul et je sens ma queue se raidir à un point inimaginable, je sens mon corps embrasé par une flamme d’excitation ravageuse.

    « C’est trop bon… Jérém… tu vas me rendre fou… ».

    Le bogoss plonge son visage un peu plus loin encore entre mes fesses. Je gémis, je pleure presque de plaisir.

    Lorsque sa langue se retire, sa queue glisse lentement en moi, et je suis le plus heureux des gars. Pendant un long moment, Jérém me fait jouir avec ses coups de reins, il me fait bien profiter de sa puissance de mâle, il me fait sentir à lui comme toujours (et un peu plus encore). Puis, il me remplit une nouvelle fois de sa semence.

    Qu’est-ce que j’aime, après avoir fait l’amour avec mon Jérém, lécher délicatement et longuement ses couilles, comme pour rendre hommage à sa virilité ; astiquer doucement sa queue, comme pour le remercier du plaisir qu’il m’a offert ; recueillir la moindre trace de son sperme autour de son gland, pour m’enivrer un peu plus de sa puissance sexuelle ; puis, me blottir contre lui, et lui chuchoter à quel point il est bon au lit, à quel point il m’a fait jouir, pour conforter son ego de mec.

    Et ce que j’aime par-dessus tout, c’est de prolonger un peu plus son plaisir, sentir sa respiration s’apaiser peu à peu, le voir kiffer mes caresses et mes mots, jusqu’à lui faire oublier la cigarette obligatoire après l’amour.

    Le temps de récupérer de son orgasme, le bogoss revient me sucer, avec l’intention manifeste de me faire jouir à mon tour. Je suis tellement chauffé par le plaisir qu’il vient de m’offrir que je me sens comme une allumette que le moindre frottement pourrait embraser.

    Il ne faut pas longtemps en effet pour que je perde pied.

    « Je vais jouir… » je le préviens.

    Mais le bogoss continue dans sa lancée. Un instant plus tard, je jouis. Jérém me laisse jouir dans sa bouche et il recrache sur ma queue. Et c’est terriblement bon.

    Jérém me passe du sopalin et remet une bûche dans la cheminée.

    « Alors, on les fait ces gnocchis ? ».

    « Avec plaisir… ».

    Nous nous installons sur la table en bois massif à côté du garde-manger et, sur ma suggestion, nous nous attelons à la tâche avec méthode. Jérém écrase les pommes de terre, je les mélange avec la farine, le beurre et les œufs. Pendant que je pétris la pâte, je surprends le regard de Jérém sur moi, comme une caresse, comme rempli de tendresse : c’est un regard que je ne lui ai encore jamais vu, un regard que personne n’a jamais encore posé sur moi : car c’est un regard surpris, saisi, admiratif. Qu’est-ce que c’est bon de se sentir ce genre de regard sur soi, et qui plus est venant du gars qu’on aime ! Ça fait un bien fou !

    Je lui demande un bisou, qu’il m’offre avec un plaisir non dissimulé. Si mes doigts n’étaient pas collants de pâte à l’œuf, je le prendrais dans mes bras et je le couvrirais de bisous.

    Mon pâton est enfin prêt et je commence à le découper ; j’en fais de petits morceaux que je passe à mon Jérém, pour qu’il les roule et qu’il en fasse de petites « saucisses », prêtes pour l’étape suivante. Etape dont je me charge, et qui consiste à redécouper les « saucisses » pour en faire des gnocchis.

    Pour éviter que la pâte ne colle, la table en bois est saupoudrée de farine ; je saupoudre également les gnocchis après découpe : bref, il y a de la farine partout.

    Je regarde mon Jérém en t-shirt blanc en train de rouler les « saucisses » à gnocchis ; on dirait un boulanger en train de préparer son pain ou un pizzaiolo en train d’étaler sa pâte ; il a de la farine sur les mains, sur le visage, même sur les cheveux : il est sexy à mourir.

    « Qu’est-ce qu’il y a ? » il me demande, lorsqu’il capte mon regard collé sur lui.

    « T’as de la farine jusqu’au bout des cheveux… » je me marre.

    « Et ça te fait rire… ».

    « Un peu j’avoue… mais t’es tellement beau… ».

    « Toi aussi tu vas être beau… ».

    Et, ce disant, il me balance une pincée de farine dans le cou.

    « T’es qu’un petit con… ».

    « C’est pour ça que tu me kiffes… ».

    « C’est pas faux… alors, toi aussi tu vas me kiffer… ».

    Et ce disant, je lui balance un gnocchi à la figure.

    Et là, le bogoss lâche instantanément ce qu’il était en train de faire, il saisit mes avant-bras avec ses mains pleines de farine, il m’attire contre lui et me roule une pelle magistrale ; ses avant-bras à lui atterrissent sur mes épaules, ses mains dans mon dos : après une petite réticence, je me laisse complètement aller. Et voilà que mes mains à moi, tout aussi enfarinées que les siennes, cherchent le contact avec la solidité de son dos.

    Une fois de plus, je me rends compte à quel point c’est apaisant d’oublier les conditionnements, oublier de faire gaffe de ne pas se salir. Tant pis pour ma peau, ça se douchera ; tant pis pour mon t-shirt bleu, ça se lavera !

    Les gnocchis, c’est un travail d’équipe, c’est ludique ; nous faisons les cons, nous rigolons comme des gosses. Il ne reste qu’à les plonger dans de l’eau bouillante, attendre qu’ils remontent à la surface, les récupérer, en disposer une première couche dans un plat à four, mettre de la sauce tomate et du râpé, refaire une deuxième et une troisième couche ; là encore, je surprends le regard de Jérém sur moi, avec cette étincelle enthousiaste, bienveillante et admirative. Ce regard est tellement loin du regard méprisant qu’il me réservait lors de nos premières révisions, tout comme ce Jérém est tellement différent de celui qui n’avait aucun état d’âme pour me dire de me tirer après m’avoir baisé.

    Nous laissons gratiner pendant quelques minutes dans le four de la gazinière, tout en prenant un apéritif-câlins.

    « Ils sont super bons… » fait Jérém, après en avoir avalé deux bonnes fourchettes.

    « Ça me fait plaisir que tu aimes… ».

    « Tu es vraiment surprenant… j’aime les gens surprenants… ».

    Voir mon Jérém impressionné par mes gnocchis, tout comme je l’ai été de sa pizza, ça n’a pas de prix.

    « Merci… »

    « T’es vraiment un putain de mec, toi… ».

    Partager un repas en tête à tête avec mon Jérém, dans la pénombre crépitante et accueillante de cette maison au milieu de nulle part, c’est un exercice qui me rend fou de joie.

    Nous terminons notre dîner en nous remémorant certains moments du lycée, certains camarades, certains profs. Qu’est-ce que j’aime discuter avec mon Jérém.

    Notre discussion se prolonge au lit, pendant plusieurs heures ; elle se prolonge jusqu’à ce que la proximité de nos corps éveille à nouveau nos sens, jusqu’à ce que le désir nous rattrape.

    Il doit être minuit lorsque nous nous retrouvons en position « tête-bêche », en train de nous offrir du plaisir réciproquement ; un plaisir qui se prolonge jusqu’à ce que Jérém se dégage de ce cercle de plaisir, pour s’allonger sur le lit, les bras pliés, les mains croisées entre sa tête et l’oreiller, les aisselles finement poilues bien en vue, sa pomme d'Adam se baladant nerveusement, trahissant son excitation, une étincelle bien coquine dans les yeux.

    « T’as envie de quoi ? » je lui demande.

    « Refais-moi ce truc que tu m'as fait une fois… ».

    « Quel truc ? ».

    « Ce truc que tu m’as fait un soir… tu te souviens ? ».

    « Je t’ai fait tellement de trucs… ».

    « Ce truc-là était vraiment dingue… tu m’as sucé, tu m’as branlé… tu me donnais envie de jouir, mais tu ne me laissais jamais venir… ».

    « Ah, oui, je vois… et alors, t’avais kiffé ? ».

    « Ah, putain, que oui… je crois que jamais je n’ai joui aussi fort de ma vie… ».

     
     

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    Bonjour à tous, voici le nouvel épisode de Jérém&Nico. J’ai des retours très positifs de cette nouvelle phase de l’histoire, n’hésitez pas à me faire part de vos impressions.

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    Samedi 8 septembre 2001

     

     

    Lorsque je me réveille, je suis seul dans le lit. Les premières sensations qui se pressent à mes sens avant même que j’ouvre les yeux, ce sont la chaleur douce, ainsi que l’odeur apaisante des draps ; le crépitement de la flamme dans la cheminée, l’odeur du bois qui brûle : un bouquet sensoriel rassurant, car il me confirme que les souvenirs de la veille qui remontent peu à peu en moi – l’amour, les câlins et la tendresse avec Jérém, ce nouveau, adorable Jérém – ne sont pas qu’un rêve, mais bien la réalité ; bref, un ensemble d’émotions provoquant en moi une sensation d’intense bonheur.

    J’ouvre enfin les yeux et la première image qui se présente à moi est celle de mon bobrun habillé seulement d’un boxer, son torse nu sculptural avec ses adorables et très sexy poils bruns laissés à leur destin, les cheveux en bataille totale, la cigarette pas allumée entre les lèvres, en train de remettre du bois dans la cheminée : une image qui est à mes yeux le plus magnifique des tableaux.

    J’ai envie de lui signaler que je suis réveillé, de lui dire bonjour, de lui donner l’occasion de venir me faire des bisous, des caresses, de me prendre dans ses bras musclés ; mais j’ai tout autant envie de profiter de la chance de pouvoir le regarder évoluer à son insu, de capter les gestes de mon Jérém au réveil.

    Alors, j’attends un peu pour les bisous. Je profite de la chaleur et de la protection des draps pour regarder mon Jérém s’étirer, geste qui a pour effet de rendre encore plus impressionnante sa musculature de dingue ; je le regarde arranger les morceaux de bois dans le foyer, provoquer les flammes ; je le regarde préparer le café dans une cafetière italienne, avant de la mettre à chauffer sur la plaque en fonte de la cheminée. Que des images de bonheur simple et émouvant.

    Une lumière intense rentre par l'une des petites fenêtres, je crois que la pluie a cessé et qu’il y a du soleil : les caprices de la météo de la montagne.

    Jérém passe un t-shirt blanc, il ouvre un peu la fenêtre et il allume enfin sa cigarette : sa façon de se tenir à proximité de la fenêtre, l’épaule appuyée au mur, le regard tourné vers l’extérieur, n’est pas sans me rappeler certains moments dans l’appart de la rue de la Colombette, certaines cigarettes après le sexe ; ses gestes, sa façon de fumer, la position nonchalante de son corps sont les mêmes ; et pourtant, ce n’est plus du tout le même Jérém.

    Je regarde mon bomâle brun et je repense à sa façon de me faire l’amour, à la fois douce et très chaude, à ses regards amoureux, à ses mots de la veille :« Je suis content que tu sois là… » ; je repense à ses baisers insatiables, et en particulier à ce premier baiser inattendu et bouleversant sous la halle de Campan. Si j’avais imaginé que Jérém serait un jour capable d’un tel geste !

    Mon Jérém, toujours aussi « mâle » dans sa façon de me faire vibrer sexuellement, tout en étant attentif à mon propre plaisir ; Jérém qui m’a fait l'amour et la baise en même temps.

    Après l'amour, les baisers, les câlins, une nuit ensemble, un nouveau jour se profile en compagnie de ce nouveau Jérém : et la perspective de passer les prochaines heures, les prochains jours avec lui, me remplit de bonheur. A cet instant précis, mon envie de lui atteint des sommets : une envie tout aussi bien de tendresse que de sensualité.

    Mais avant tout, j’ai besoin d’entendre sa voix, de sentir son regard se poser sur moi, de capter son beau sourire.

    « Bonjour ! » je lui lance alors qu’il vient tout juste d’écraser son mégot.

    Le bogoss se retourne instantanément, et son regard brun me percute de plein fouet : voilà de quoi être aveuglé au réveil.

    « Bonjour, toi ! T'as bien dormi ? » il me lance.

    « Comme un bébé ! Et toi ? ».

    « Moi aussi j'ai très bien dormi... » fait-il, tout en ajoutant de l’insoutenable à l’aveuglant, son sourire ravageur à son regard brun.

    Et là, sans plus attendre, Jérém bondit sur le lit, il se glisse sur moi, son corps enveloppe le mien ; et il pose un long bisous sur mes lèvres. Sa bouche sent la cigarette, mais qu’importe : son baiser me met KO.

    « C’est fou comment on dort bien dans tes bras… » j’ajoute, alors qu’il me fait des bisous dans le cou.

    « Dans les tiens aussi… ».

    Nous nous embrassons avec la fougue et la joie de deux chiots en train de se faire des léchouilles.

    « Je suis vraiment content que tu sois venu… ».

    Décidemment, je ne me lasse pas d’entendre cette phrase.

    « Moi aussi je suis content d’être venu… » je lui lance à mon tour, en le regardant droit dans les yeux, à distance dangereusement rapprochée de ce regard qui envoie ce mélange de charme et de douceur tout simplement insoutenable.

    La cafetière commence à gargouiller et à diffuser l’arôme corsé du café. Le bogoss se lève comme il est venu, d’un bond, avec la souplesse d’un félin.

    Je me décide enfin à quitter les draps ; je passe un t-shirt et un boxer, j’attrape mon portable : il n’y a pas la moindre trace de signal, mais il indique 9h48. Ah, quand-même… nous avons vraiment dormi longtemps.

    Je fais un détour par la salle de bain ; et là, à la lumière du jour, je découvre ce petit espace, mieux que ce que j’avais eu l’occasion de le faire la veille : dans un coin, un petit bac douche avec son rideau vert et gris ; juste à côté, un petit évier, surmonté par un petit miroir, sur lequel sont entassées ses affaires – brosse à dents, dentifrice, rasoir, déo.

    La petite pièce est toujours aussi froide que la veille, mais cela ne m’empêche pas de m’y attarder quelques instants pour m’enivrer des petites, délicieuses odeurs contenues dans les t-shirts et boxers entassés dans un coin. C’est plus fort que moi : l’odeur corporelle de mon Jérém me rend dingue.

    Je retire toujours du plaisir dans le fait de me plonger dans le bonheur olfactif de ses sous-vêtements portés ; mais si par le passé ceci était pour moi une façon de trouver consolation à la frustration de tout ce que Jérém ne voulait pas m’offrir, voilà qu’aujourd’hui cette frustration n’est plus, car Jérém m’offre désormais tout ce que je peux désirer, et plus encore ; alors, entre renifler ses vêtements et sentir directement l’odeur de sa peau et le goût de ses lèvres, il n’y a pas photo. Je brûle d’impatience de le retrouver. Je me débarbouille le visage, et je reviens vite dans la pièce principale.

    Jérém a servi le café, la petite pièce est saturée de ce parfum enivrant qui réveille les sens en douceur mais en profondeur. Je le regarde couper des tranches dans le pain de la veille, puis ouvrir un pot de confiture déjà entamé.

    « Laisse la porte ouverte, s’il te plaît… » me lance le bobrun « ça va un peu chauffer la salle de bain… ».

    Je m’exécute, je m’approche de lui, je passe mes bras sous ses aisselles, je le serre contre moi, et je lui pose des bisous dans le cou. Le bobrun reçoit mes papouilles avec bonheur.

    Lorsque je m’installe à table, il termine de tartiner une tranche de pain ; et alors qu’il l’approche de sa bouche, nos regards se croisent ; et là, au dernier instant, le bobrun se ravise, il me sourit et il me tend ladite tranche.

    « Goûte ça… ».

    « Vas-y, mange, je vais m’en faire une… ».

    « Goûte ça ! » il insiste.

    Je sais que je n’aurai pas le dernier mot ; de plus, son geste me touche au plus haut point : alors, j’accepte avec plaisir.

    Le pain est toujours bon, la confiture est d’abricots et elle est délicieuse, le café est chaud, corsé tout autant en bouche que dans le nez, exactement comme je l’aime. Je mords à pleines dents dans la tartine, ça donne faim d’être heureux.

    « Alors ? » il m’interroge.

    « Elle est très très bonne cette confiture… ».

    « Ça, c’est encore Charlène… ».

    « Elle est vraiment gentille cette nana… ».

    « Elle est plus que ça… tu verras quand tu la connaîtras… elle a le cœur sur la main… ».

    Jérém se lève avec sa tasse à la main, il s’approche de la fenêtre.

    « C’est cool, il y a du soleil ! » il lance, tout guilleret « et s’il n’y a plus de pluie aujourd’hui et que le soleil tient bon, demain on va pouvoir faire du cheval… » il conclut en me claquant un bisous dans le cou.

    « T’es vraiment sûr que c’est une bonne idée que je monte avec vous ? Moi débutant, avec des cavaliers confirmés ? Je vais vous ralentir, je vais être ridicule… ».

    « Arrête un peu, Nico… bien sûr que tu vas monter, et on va tout faire pour que ça se passe bien… ».

    « Si tu penses que c’est possible, je veux bien essayer, alors… »

    « T’as peur ? ».

    « Peur, je ne sais pas… disons que je suis un peu inquiet… ».

    « T’en fais pas… avec Tequila, tu ne risques rien du tout… à part de t’ennuyer ! » il se marre, adorable

    « J’espère bien… ».

    Nous prenons le petit déj face à la cheminée, je savoure ce moment, je savoure la délicieuse sensation que rien ne presse, que nous avons toute la journée pour nous, et rien que pour nous. La journée et d’autres encore, sans pour autant savoir combien. Alors, j’ai envie de profiter de chaque instant.

    Je reprends du pain, de la confiture, du café. Qu’est-ce que c’est bon de se réveiller en douceur, en compagnie du gars qu’on aime !

    « Ça fait du bien ! » il me lance, en terminant sa troisième tartine. Jérém a l’air en pleine forme et ça, ça fait plaisir à voir.

    « C’est vrai… ».

    « Bon, moi je vais prendre une douche… » il me balance.

    « On la prend ensemble ? ».

    « Le bac est petit… ».

    « On va se serrer… ».

    « Coquin, va ! ».

    « Comme toi ! ».

    La petite salle de bain est un brin plus chaude qu’avant le petit déj. Jérém ouvre l’eau et le petit chauffe-eau à gaz se met bruyamment en route.

    « J’espère qu’il ne va pas exploser… » je lance à la cantonade.

    « J’espère surtout qu’on ne va pas tomber en panne de gaz… » fait-il, tout en se débarrassant de son t-shirt et de son boxer ; Jérém est à poil, beau comme un Dieu.

    « Ah… » je lâche, moins troublé par la perspective de me doucher à l’eau froide que par la vision soudaine de sa nudité. Ce mec est tellement bien foutu que chaque fois que je le vois à poil, j’ai l’impression que c’est la première fois.

    Je me déshabille à mon tour, sans pouvoir décoller les yeux de mon beau mâle brun posté devant le bac douche, le bras tendu sous le jet d’eau, en attendant que l’eau chaude se manifeste. Mais les secondes s’enchaînent, et rien ne se passe. Le bogoss commence à grelotter.

    Je m’approche de lui, je glisse mes bras entre ses biceps et son torse, je pose mes mains à plat sur ses pecs d’acier, et je le serre fort contre moi. Le contact avec sa peau me donne mille frissons.

    « Parfois il lui faut un peu de temps pour chauffer… » il m’annonce.

    « J’essaie de te chauffer, en attendant… ».

    « T’es mignon… ».

    Et alors que je lui fais plein de bisous dans le cou, Jérém tourne d’abord le visage et m’embrasse sur la bouche ; puis, il se tourne carrément vers moi et me serre à son tour contre lui, pecs contre pecs, bassin contre bassin, ses bras dans mon dos, ses mains caressent fébrilement mes épaules. Nous nous câlinons en silence, en plein bonheur.

    « Je crois que l’eau va être bonne… » il m’annonce.

    Jérém rentre dans le bac et ouvre complètement le rideau pour faire de la place.

    « Viens… » il m’invite à le rejoindre.

    « On va en mettre partout… ».

    « On s’en fout… ».

    J’adore l’idée : on est à la campagne, et on ne se prend pas la tête pour des détails insignifiants. Le jet dru plaque ses cheveux bruns, ruissèle sur son corps, trempe les poils de son torse : ce mec me rend fou.

    Je le rejoins sous l’eau. Effectivement, elle est chaude, bien chaude. Elle est bonne. Mais ce qui est encore meilleur, c’est de sentir les bras de Jérém m’envelopper, ses mains se glisser dans mon dos, caresser mes épaules, mon cou, ma nuque, mes cheveux ; c’est sentir ses lèvres se poser sur les miennes, sa langue chercher ma langue ; ce qui est bon, c’est de se faire des câlins sous l’eau, comme seuls au monde.

    Je l’embrasse, les frissons s’enchaînent. Nos lèvres se séparent, nos regards s’aimantent. Dans son regard, une étincelle friponne que je reconnais, c’est le genre d’étincelle qui me signale que le bogoss est en mode chien foufou et qu’il est en veine de bêtises ; je ne m’y trompe pas : un instant plus tard, il me balance de l’eau au visage ; j’en fais de même, je savoure à fond cette complicité inattendue, cette insouciance avec mon bobrun. Effectivement, nous mettons de l’eau partout sur les tomettes de la salle de bain : mais nous nous amusons comme des gosses. Un petit jeu qui prend fin lorsque ses bras m’immobilisent dans une accolade puissante et tendre à la fois, lorsque des bisous se mêlent à l’eau et tombent en cascade sur mon cou.

     « Allez, on va se savonner tant qu’il y a de l’eau chaude… » fait-il à un moment, en relâchant son étreinte et en coupant l’eau.

    Le bogoss attrape le flacon du shampooing, il en fait tomber une bonne giclée dense dans sa main, et il l’applique sur ses cheveux bruns ; il en fait de même avec le gel douche, qu’il étale sur son corps.

    C’est terriblement excitant que de regarder un beau garçon en train de se shampooiner les cheveux, de se savonner le corps – le visage, le cou, les épaules, les pecs, les biceps, les abdos, le sexe, les fesses, les bras, les jambes, les pieds. Ce n’est pas la première fois que j’assiste au spectacle époustouflant de Jérém sous la douche, mais c’est la première fois que je peux librement le regarder, le toucher, le caresser, l’embrasser. C’est tellement bon de se perdre dans la contemplation de cette beauté incroyable, dans cette image d’un érotisme indescriptible, que j’en oublie de me savonner moi-même.

    Jérém est désormais recouvert de mousse de la tête aux pieds. Sa peau mate luisante d’eau, ses poils noyés dans la mousse me font un effet de fou. Mon Jérém est simplement beau tomber ; et cet air intrigué avec lequel il me toise, le rend craquant d’une façon indicible.

    « Tu te savonnes pas ? ».

    « Je ne sais pas faire deux choses à la fois… j’étais en train de te regarder faire… ».

    Jérém me sourit, je suis certain qu’il a bien compris le message. Puis, le plus naturellement du monde, il reprend du shampooing et il l’applique à mes cheveux, qu’il masse longuement ; il reprend du gel douche également, qu’il fait glisser et mousser sur tout mon corps. Je me laisse faire, je savoure le bonheur de sentir ses mains slalomer partout sur ma peau mouillée.

    « Voilà… » il me lance, alors que je me sens couvert de mousse, de caresses et d’amour.

    Je souris, je suis bien, je suis heureux. Je ne peux m’empêcher de bondir vers lui et de poser un bisou mousseux sur ses lèvres.

    Jérém rouvre l’eau et ça fait du bien ; le jet rince et réchauffe ma peau encore vibrante des caresses mouillées et glissantes de mon bobrun.

    Jérém se rince longuement, ses cheveux retombent sur son front, ses poils se noient dans le flot d’eau ruisselante sur son torse : il est beau à pleurer.

    Je commence à me rincer à mon tour ; du moins jusqu’à ce que le bogoss me fasse pivoter, et qu’il entreprenne de me masser le cou, les épaules, le dos ; peu à peu, son torse se colle à mon dos, son bassin à mes fesses ; sa queue ni molle ni dure se glisse entre mes fesses, c’est extrêmement excitant ; d’infinis bisous se posent entre mes omoplates, et remontent le long de mon cou, et continuent jusqu’à la base de ma nuque : et c’est délirant.

    « T’es prêt ? » il me demande.

    « Prêt à quoi ? ».

    « Je vais couper l’eau… ».

    « Vas-y… ».

    Lorsque l’eau cesse de tomber, je sens une sensation de froid se propager sur ma peau à vitesse grand V. Je grelotte. Heureusement, Jérém m’enveloppe toujours de son corps chaud, de ses bras puissants.

    « Serre-moi très fort… ».

    « Tu sais qu’il va falloir se sécher à un moment ou à un autre… ».

    « Je sais… ».

    Lorsque Jérém se décolle de moi, j’ai l’impression de me trouver dans une glacière.

    Mais déjà mon bobrun est sorti du bac à douche, et, avant même de commencer à se sécher lui-même, il me passe une grande serviette.

    Un instant plus tarde, il en attrape une autre, bien moins grande, avec laquelle il entreprend de se sécher à son tour. Je me sèche tout en le regardant faire, insatiable de partager ces petits moments du quotidien – et pourtant si extraordinaires – avec mon bobrun. A un moment, nos regards se croisent : il me sourit, je lui souris.

    Jérém vient de finir de se sécher, il ressemble sa serviette dans une main et la pose nonchalamment à cheval de son épaule : décidemment, chaque attitude, chaque geste de ce mec transpire la sexytude virile la plus craquante. Son regard brun harponne le mien ; je le vois avancer vers moi, lever son bras, sa main vient ébouriffer mes cheveux : ses doigts glissent d’abord tendrement, doucement, puis ils agitent ma tignasse dans tous les sens. Et là, il me regarde droit dans les yeux et il me chuchote :

    « Vraiment, tu peux pas savoir comment tu m'as manqué… ».

    Voilà une autre phrase que je ne me lasserai jamais de lui entendre prononcer.

    « Toi aussi tu m’as manqué, si tu savais… ».

    A cet instant précis, je me dis que c’est exactement ça l’amour que j’avais imaginé avec mon bobrun, l’amour dont j’avais envie, auquel j’aspirais avec toutes mes forces ; et, plus en général, l’image que je me faisais de l’amour entre garçons : des moments de sexe très chaud, certes, mais également des moments d’infinie tendresse, n’en déplaise aux homophobes. Quand l’entente des corps et des esprits sont au rendez-vous, le mélange est explosif.

    Je regarde le bogoss s’arranger les cheveux devant le petit miroir, appliquer du gel, l’étaler avec des gestes rapides et assurés ; je le regarde approcher son visage de la surface réfléchissante, traquer quelque chose sur son visage, faire exploser deux minuscules points noirs (la bogossitude se cultive aussi) ; je le regarde vaporiser généreusement ses aisselles et son torse de déo ; le parfum entêtant sature très vite le petit espace et me fait tourner la tête ; je le regarde sans perdre une seule miette de ses gestes, comme enchanté, avide d’assister aux gestes quotidiens de mon bobrun.

    Inévitablement, nos regards finissent par se croiser ; le bogoss me sourit, il bondit vers moi et il vaporise son déo contre mon torse. Tout comme j’adore l’idée de porter sur moi l’odeur de sa peau et de sa jouissance après l’amour, j’adore l’idée de porter son déo après la douche.

    Un instant plus tard, Jérém sort de la petite salle de bain, il avance dans le séjour, il approche du feu, très à l’aise avec sa nudité.

    « On fait quoi aujourd’hui ? » je lui demande.

    « On fait l’amour toute la journée… ».

    « Ah, ça c’est une bonne idée… ».

    « Coquin, va ! ».

    « C’est toi qui es coquin ! » je me marre.

    « Viens, on va faire un câlin… » il me lance, en regagnant le lit.

    Nous retournons au lit et nous recommençons à nous faire du bien. Pendant que nous faisons l’amour, un bruit de moteur approche de la petite maison ; Jérém stoppe net ses coups de reins, il lève la tête, il tend l’oreille, sans pour autant se déboîter de moi.

    « C’est la boulangère… » il me chuchote, tout en s’allongeant sur moi de tout son poids, et en tirant les draps sur nous ; puis, il me claque un bisou léger sur les lèvres et il me rassure « t’inquiète, elle va laisser le pain et elle va repartir… ».

    Je crève d’envie qu’il recommence à me faire l’amour, je crève d’envie de le voir, de le sentir venir en moi ; et pourtant je jouis de la simple présence de sa queue en moi.

    Un instant plus tard, ça tape à la porte.

    « T’es sûr que c’est elle ? ».

    « Certain… ».

    « Et si elle rentre ? ».

    « Elle ne va pas rentrer… ».

    En effet, j’entends trifouiller au niveau de la porte ; c’est là que je réalise soudainement la fonction du sac accroché à l’extérieur, sac que j’avais distraitement remarqué la veille en arrivant, sans penser à poser la question, accaparé comme je l’étais par le bonheur qui me secouait de fond en comble.

    Son corps sur le mien, sa peau brûlante contre la mienne, ses bras puissants autour de mon torse, sa queue toujours en moi ; j’adore me sentir dominé par les muscles, la masse, la puissance de mon fougueux jeune mâle. J’adore me sentir rempli par sa virilité.

    Dans le petit espace, dans cette proximité ultime sous les draps, j’entends le bruit de sa respiration, les battements de son corps ; je les entends et je le sens, car ces petits bruits de vie se transmettent de corps à corps, se propagent en moi, comme si nous ne faisions qu’un seul ; et l’odeur tiède et rassurante de sa peau, ainsi que le parfum entêtant de son déo, de notre déo, me fait tourner la tête et me met dans un état presque second. J’écarte un peu plus mes cuisses, je porte mes mains sur ses fesses musclées et je les attire vers mon entrejambe, pour qu’il s’enfonce bien à fond en moi. Le bogoss seconde et amplifie mon intention, et son gland avance de quelques millimètres supplémentaires entre mes fesses, ses abdos frottent contre mon gland, en provoquant des frissons géants. Je frémis de plaisir, je me sens au bord de l’orgasme, j’ai l’impression qu’il suffirait de quelques coups de reins pour me faire jouir. J’essaie de me contrôler, je prends une longue inspiration : j’attends avec impatience le moment où nous serons à nouveau « seuls », où nous pourrons reprendre à faire l’amour. J’ai tellement envie qu’il recommence à me faire l’amour, et qu’il me remplisse de son jus.

    Un instant plus tard, j’entends le claquement d’une porte de voiture, le bruit du moteur qui s’éloigne.

    « Qu’est-ce que j’aime te sentir en moi… » je lâche, fou de lui, et posant plein de bisous dans son cou.

    « Et ça c’est rien par rapport à ce que tu vas kiffer quand je vais te gicler dedans… ».

    « Vas-y, fais-toi plaisir, j’en ai tellement envie… ».

    Et Jérém recommence à me faire l’amour. Il recommence à me pilonner sous les draps, le torse collé à mon torse ; ses abdos frottent contre mon gland, ses lèvres cherchent les miennes, ou bien parcourent avidement ma peau, ses bras m’enserrent de façon très musclée.

    Très vite, enivré par la proximité épidermique, olfactive, sensuelle, absolue de ce petit espace confiné, je jouis. Je jouis et il jouit, presque au même instant.

    Nos corps et nos esprits viennent de s’embraser de plaisir ; ses biceps relâchent leur étreinte, son visage s’abandonne dans le creux de mon épaule. Mon bonheur est tellement immense que je n’arrive même pas à réaliser qu’il soit possible.

    Soudainement, je repense à l’une chanson que maman écoutait en 45 tours quand j’étais petit, une chanson qui parce exactement de ce genre de bonheur, le bonheur de l’amour avec la personne qu’on aime, l’amour seul, loin de tout :

     

             

     

    E' inutile suonare qui/C'est inutile de sonner ici

    Non vi aprira' nessuno/Personne ne vous ouvrira

     

    (Au revoir la boulangère !).

     

    Il mondo l'abbiam chiuso fuori/Le monde nous l’avons enfermé dehors

    Con il suo casino/Avec son bordel

     

    (Rien ne me semble important ce matin, ni même simplement exister, en dehors de nous, de notre amour, de notre bonheur. Le monde, le quotidien et son lot de tracas et d’inquiétudes, me semble si loin ; tout comme la souffrance que j’ai endurée – la peur de le perdre, son refus de m’aimer, la peur qu’il ne s’en sorte pas après son accident – me semble si peu de chose, face à ce bonheur insoutenable).

     

    Una bugia coi tuoi/Un mensonge avec les parents

     

    (Même si ça n’en est pas vraiment une, puisque maman est au courant ; ça l’est un peu vis-à-vis de papa, car il ne sait pas quel genre de « pote » j’ai été rejoindre à la montagne ; mais à cet instant précis, je me sens prêt à terminer mon coming out familial dès mon retour à Toulouse).

     

    Il frigo pieno e poi/Le frigo plein et aussi 

     

    (Jérém avait tout prévu, c’est tellement bon de le voir si prévenant, si débrouillard, et de n’avoir à se soucier de rien).

     

    Un calcio alla tivu'/Un coup de pied à la télé

     

    (Oh, comment, elle ne nous manque pas, la télé !).

     

    Solo io, solo tu/Rien que moi, rien que toi

     

    (Ça fait un bien fou de se retrouver que tous les deux, loin de tout…).

     

    E' inutile chiamare qui/C'est inutile d'appeler

    Non rispondera' nessuno/Personne ne répondra

    Il telefono e' volato fuori/Le téléphone a volé

    Giu' dal quarto piano/Par la fenêtre du quatrième étage

     

    (De toute façon, il n’y a pas de réseau… et si même il y en avait… je ne crois vraiment pas qu’on aurait envie de répondre…).

     

    Era importante sai/C’était important tu sais

    Pensare un poco a noi/De penser un peu à nous

     

    (Ah, comment c’est vrai ! Penser à nous, et rien qu’à nous…).

     

    Non stiamo insieme mai/nous ne sommes jamais ensemble

     

    (Ça faisait si longtemps…).

     

    Ora si' ora sì/maintenant nous le sommes

     

    (Et quel bonheur !).

     

    Soli, la pelle come un vestito/Seuls, la peau pour seul vêtement

     

    Nous n’avons besoin de rien de plus, nos corps s’habillent l’un l’autre, ils se parlent dans ce langage universel qu’est celui de l’amour et de la tendresse. Car, après l’amour, nous nous faisons des câlins, après l’amour, je me retrouve bien au chaud dans ses bras. Je suis le plus heureux des gars. Je ne voudrais jamais partir de ses bras. Hélas, toutes les bonnes choses ont une fin.

    « J’ai la dalle ! » lâche Jérém de but en blanc, sur un ton qui rappelle l’urgence absolue des exigences d’un gosse. L’amour rend heureux, et ouvre l’appétit.

    « T’as toujours faim, toi… ».

    « Mais t’as vu comment tu m’épuises ? » il rigole.

    « Toi aussi tu m’épuises… et c’est tellement bon… ».

    « Grave ! ».

    Pendant que nous nous faisons des bisous, j’entends son estomac gargouiller. La belle bête a vraiment la dalle.

    « Bouge pas… » il me lance, en quittant les draps, le lit, notre étreinte.

    Le bobrun se lève, il remet du bois dans la cheminée. Il ouvre la porte d’entrée, il jette un œil par précaution, il sort à poil et il revient avec deux baguettes fraîches laissées par la boulangère.

    Il traverse la pièce toujours aussi insouciant quant à sa nudité, il se dirige vers la boîte magique qu’est le garde-manger et il en ressort un petit jambon sec, qu’il entreprend de trancher avec un grand couteau. Son corps se tend, ses biceps se gonflent sous l’effort, sa chaînette ondule au gré des va-et-vient de son bras : comme tous les va-et-vient de son corps, c’est un spectacle magnifique.

    Jérém ouvre la baguette sur toute sa longueur, puis la coupe en trois morceaux, et il dépose le tout sur une assiette et amorce le mouvement pour approcher du lit.

    « Ah, mince… » il se ravise, en faisant demi-tour pour attraper la bouteille de Jurançon.

    « Il te reste du fromage de hier soir ? » je le sollicite. Il y a des goûts qui marquent dès la première rencontre avec nos papilles ; des lors, nous n’avons plus qu’une chose en tête, c’est de les retrouver.

    Jérém revient une fois de plus vers le garde-manger et, quelques instants plus tard, il apporte tout ça au lit.

     

    Soli, mangiando un panino in due/Seuls, nous mangeons un sandwich à deux

    Io e te/Toi et moi

     

    (Jérém glisse les tranches de jambon entre deux morceaux de baguette et me tend ce sandwich maison. Le pain frais est un bonheur de tous les sens, sa couleur dorée enchante la vue, sa douce fermeté me rappelle celle du torse de mon bobrun, il croustille à l’oreille, il enivre les narines, il comble le palais ; quant au jambon, il est juste fabuleux. Et qu’est-ce qu’il est bon, ce sandwich, d’autant meilleur qu’il est préparé par Jérém et mangé dans les bras de Jérém. Ce qui est fait avec amour est toujours bien fait).

     

    Soli, le briciole nel letto/Seuls, les miettes dans le lit

     

    (Jérém a l’air de s’en foutre éperdument, alors, je m’aligne sur sa façon de voir les choses ; et très vite, je découvre que le fait de lâcher prise, d’arrêter de s’inquiéter pour des choses insignifiantes, ça fait un bien fou, car ça a quelque chose de profondément apaisant).

     

    Soli, ma stretti un po' di più/Seuls, mais nous nous enserrons très fort

    Solo io, solo tu/Rien que toi, rien que moi

     

    (Et qu’est-ce que c’est bon de manger côte à côte, devant le feu, nos corps se frôlant sans cesse).

     

    « Tu l’as trouvé où ce jambon ? ».

    « C’est un pote d’ici qui le fabrique… ».

    « T’as plein de potes, ici… » je considère, alors que mes papilles sont désormais ravies par le goût à la fois fort et doux du fromage de montagne.

    « Tu veux du Jurançon ? ».

    « Pas vraiment… » je fais, tout en posant ma main sur sa queue.

    « Tu vas me tuer… ».

    « Tu me fais tellement envie… » je fais, tout en enserrant sa queue au creux de ma main et en le branlant doucement.

    « Toi tu sais comment demander les choses… » fait le bobrun, taquin, l’air pourtant ravi de recevoir mes caresses.

    « Avec douceur, ça marche bien… ».

    « Fais-toi plaisir… ».

    Une phrase que je lui ai dite plein de fois, lorsqu’il m’annonçait – ou lorsque je ressentais – qu’il allait jouir en moi.

    Et lorsque, quelques minutes plus tard, ses giclées puissantes et chaudes remplissent ma bouche, je me fais la remarque que oui, définitivement, il y a des goûts qui marquent dès la première rencontre avec nos papilles et que nous ne nous lassons pas de retrouver ; tout comme il y a des goûts qui se marient très bien entre eux. J’ai toujours entendu dire que le fromage s’accompagne d’une tranche de pain frais et d’un verre de rouge : je valide la tranche de pain frais ; quant à la boisson, je crois bien qu’il y a mieux que le vin rouge. Un goût à la fois fort et doux, s’accompagne bien d’un autre goût de même teneur.

     

    Il mondo dietro ai vetri/Le monde derrière les vitres

    Sembra un film senza sonoro/Ressemble à un film muet

     

    (Oui, le monde me semble si loin, même le départ prochain de Jérém pour Paris, mon départ à Bordeaux, ma rentrée sur Toulouse, autant d’échéances qui me semblent appartenir à une autre existence, à la vie de quelqu’un d’autre. Dans cette maison au bout du monde, je me sens bien, je me sens protégé).

     

    E il tuo pudore amando/Et ta pudeur pendant l’amour

    Rende il corpo tuo piu' vero/Rend ta présence plus vraie

     

    (Pendant l’amour, Jérém est doux et viril à la fois, il fait attention à moi, il prend son pied mais il veut me faire plaisir : quand l’amour est là, on peut être viril, même très viril, sans forcément être macho).

     

    Soli lasciando la luce accesa/Seuls, nous laissons la lumière allumée

     

    (Depuis nos retrouvailles, nous faisons l’amour en pleine lumière, en pleine confiance, en nous regardant dans les yeux ; et alors que pendant nos « révisions » il avait toujours fui mon regard, Jérém cherche désormais ce contact, comme s’il cherchait à savoir si je suis heureux).

     

    Soli ma guarda nel cuore chi c'è: io e te/Seuls, et dans nos cœurs il n’y a que toi et moi

     

    (Nos cœurs nous rassemblent, nous rapprochent…).

     

    Soli col tempo che si è fermato/Seuls, avec le temps qui s’est arrêté

     

    (Je perds la notion du temps… je voudrais tellement que les aiguilles des montres cessent de tourner et se figent à tout jamais sur cet instant de bonheur parfait).

     

    Soli però finalmente noi/Seuls, et enfin rien que nous deux

    Solo noi, solo noi./Rien que nous deux, rien que nous deux

     

    Enfin, nous voilà que tous les deux, loin de tout, libres de vivre notre amour à l’abri des regards qui jugent, qui méprisent. L’éloignement de notre quotidien libère nos envies, nos regards, nos gestes, nos caresses, nos baisers, non sentiments. Le simple contact de sa peau chaude embrase mon corps.

    « J’ai encore envie de toi, Jérém… ».

    « T’en as jamais assez, toi… » il se marre.

    « T’as vu ce que tu me fais ? T’as vu comment tu me fais l’amour ? ».

    « Je te fais l’amour comment ? » il m’interroge, le coquin.

    « Tu me fais l’amour comme un Dieu, tu me retournes comme une chaussette, tu me fais jouir comme un fou… ».

    Il me sourit, l’air fier de lui. J’adore quand la fierté s’affiche sur son visage. D’autant plus qu’aujourd’hui son petit sourire n’est plus seulement l’expression d’une fierté de petit macho fier de sa queue (même s’il y en reste quand-même un peu, et je kiffe ça), mais aussi et surtout le regard attendri d’un amant amoureux ravi de savoir que son partenaire est bien avec lui.

    « Qu’est-ce que tu es bon au lit, Jérém… ».

    « Tu me fais un effet de fou, Nico… ».

    Et une heure à peine après le fromage, je succombe à l’envie soudaine de le sucer à nouveau.

    « Fais pas ça Nico… ».

    Je n’écoute pas ses mots, mais mon envie : je continue à le sucer.

    « Tu vas me tuer… ».

    Non, j’ai juste envie de le faire jouir. Le fait est que j’ai inlassablement envie de l'avoir dans la bouche, de le sentir prendre son pied ; de l’avoir en moi, de le sentir, de le voir en train de faire l’amour. Jérém aussi semble avoir envie de moi comme jamais : alors, pourquoi me priver de goûter encore et encore au plaisir exquis, au bonheur immense, au privilège sans pareil de m’occuper de sa queue frémissante, frétillante et bien tendue ?

    Non, il n’y a aucune raison de me priver, de le priver de cela. Alors je continue d’astiquer sa queue dans le but de nous faire du bien à tous les deux.

    « On va jamais sortir du lit… » il considère, en se laissant rapidement ravir par le bonheur des sens.

    « On a un mois à rattraper… » je finis par lui répondre, tout en le branlant « alors, tant que tu ne déclares pas forfait, je n’arrêterai pas de te faire jouir… ».

    « Je crois que c’est toi qui vas me demander d'arrêter… » il me nargue.

    « Non, c’est toi qui vas me demander d'arrêter… » je le cherche à mon tour.

    « On verra ça… » il conclut, alors que je viens de le reprendre dans ma bouche. Le bogoss frissonne de bonheur, et ça me remplit de bonheur.

    Jérém a raison, du matin jusqu’au milieu de l’après-midi de cette journée de samedi, nous n’allons pas quitter le lit. Parfois mon bobrun se lève pour aller remettre du bois dans la cheminée, ou pour fumer une cigarette : le patch l’aide à réduire la consommation, mais il reste quelques cigarettes incontournables, notamment celles après l’amour. Inutile de préciser que ce samedi, je le pousse à la consommation.

    Mais pour l’essentiel, nous passons le plus clair de notre temps à enchaîner les plaisirs. La proximité de nos corps nus attise sans cesse nos sens, tous nos sens : la vue (son torse nu, ses muscles, sa bonne petite gueule, ses attitudes de mec) ; l’odorat (le bouquet olfactif délicieux qui se dégage de sa peau) ; le toucher (la fermeté de ses muscles, la chaleur de sa peau, la douceur rassurante de ses poils) ; le goût (le bonheur qu’est le contact avec ses lèvres) ; l’ouïe (sa voix est apaisante, mais aussi excitante, à la fois caresse et vibration de mâle, comme de la testostérone verbalisée ; légèrement grave, puissante et douce en même temps, sa voix renvoie à sa virilité, tous en laissant enfin déceler la sensibilité du garçon de 19 ans sous l’enveloppe corporelle du jeune mâle puissant : ainsi, sa voix fait vibrer une multitude de cordes sensibles en moi).

    Il m’effleure, je l’effleure, nous sommes à la fois allumette et papier abrasif pour soi et pour l’autre ; nous nous effleurons, je m’embrase, il s’embrase, nous nous embrasons l’un l’autre.

    Nous nous offrons du plaisir l’un l’autre, nous nous donnons l’un à l’autre en pleine confiance, nous faisons l’amour d’une façon complètement libérée ; plus nous nous faisons du bien, plus cela devient normal et naturel, l’évidence même ; plus nous sommes bien ensemble, plus nous nous assumons. On ne peut qu’assumer ce qui nous apporte un bonheur si parfait.

    Notre complicité sexuelle aussi n’a jamais été à ce point parfaite, plus encore que pendant toutes les nuits magiques – celle après le retour de l’Esmé, celle où il m’avait sorti du pétrin avec ce type qui voulait me cogner ; ou celle après le plan avec Romain, le bobarbu levé au On Off – et même plus encore que pendant toute la semaine magique précédant notre clash.

    Oui, nous passons la journée à faire l’amour. Et après l’amour, nous nous faisons des câlins.

    « Qu’est-ce que c’est bon… » fait Jérém, fou de mes caresses et de mes bisous.

    « Quand je pense que tu n’en voulais pas… ».

    « Qu’est-ce que j’ai pu être con ! ».

    « Ce qui compte, c’est maintenant… ».

    Puis, après l’amour, après les câlins, comme pendant une ivresse, l’ivresse des sens et de l’esprit, la parole se libère.

    « Heureusement que t’as eu les couilles de proposer les révisions… » me balance Jérém de but en blanc.

    « Pourquoi tu as dit oui aux révisions ? ».

    J’ai déjà posé cette question, et les réponses que j’en avais obtenues avaient été au mieux décevantes, au pire blessantes.

    « Parce que je voulais avoir une chance d’avoir le bac… » : telle avait été sa réponse décevante après la nuit fantastique qui avait suivi le plan à trois avec le bobarbu Romain levé au On Off.

    « Parce que je voulais baiser ton cul… » : telle avait été sa réponse blessante et humiliante la dernière fois où il est venu chez moi, un mois plus tôt, le jour de notre clash, peu avant que nous en venions aux mains.

    Mais ces réponses venaient de la bouche d’un Jérém qui n’assumait pas notre bonheur. Alors, je suis impatient d’entendre la véritable réponse à cette question qui me taraude depuis le début de nos révisions, d’entendre la réponse du véritable Jérém, celui qui n’a plus peur de ce qu’il ressent, qui ne se cache plus de lui-même, et de moi.

    « Parce que… » il se lance, sans arriver au bout de son intention.

    « Vas-y Jérém, dis-moi… »

    « Parce que…

     

    La suite, dans quelques jours…


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  • Aujourd’hui, dans cette petite maison en pierre nichée dans les montagnes, mon Jérém m’a fait l’amour comme jamais, nos plaisirs se sont mélangés, enlacés, et ils ne sont devenus qu’un seul, un but commun que nous poursuivions « main dans la main ». J’ai pris du plaisir à lui faire plaisir, mais lui aussi il a pris du plaisir à me faire plaisir.

    Jérém se glisse sous les draps, j’en fais de même ; il approche pour me prendre dans ses bras, je me retourne sur le flanc, de façon à ce que son corps puisse envelopper le mien ; nos corps se calent l’un contre l’autre, à la perfection. Jérém passe ses bras autour de mon torse, il me serre très fort contre lui, il enfonce son visage dans le creux de mon épaule, il pose d’innombrables bisous tout doux et tout fous dans mon cou, dans le bas de ma nuque, sur mes épaules.

    Dehors, il fait froid, il pleut toujours, le vent ronfle sur le toit ; mais dans la petite maison en pierre, le feu crépite bruyamment dans la grande cheminée ; et sous ce draps doux qui sentent bon la lessive, son corps irradie une douce chaleur, et il dégage une délicieuse odeur de jeune mâle, un énivrant mélange d’odeur de gel douche, de déo, de sexe, mais pas que : car, ce soir, son corps sent également l’amour.

    Son goût persistant dans ma bouche, mon ventre et mon entrejambe retentissant de l’écho des coups de reins puissants de mon mâle, je me sens envahi par une intense sensation de bien-être. Son jus en moi me fait du bien, je suis groggy de sa testostérone, de sa virilité.

    Dans ces draps, je ressens un doux apaisement du corps et de l’esprit : c’est un bien-être absolu, fait de chaleur, de douceur, de complicité, de sensation que rien ne peut m’arriver dans les bras musclés du garçon que j’aime.

    Oui, la maison est petite, le lit n'est pas grand, mais mon bonheur, notre bonheur, est tellement immense que ça en donne le tournis.

    Jérém me serre un peu plus fort contre lui, me fait un dernier bisou dans le cou ; et alors qu’une petite larme de bonheur glisse sur ma joue, je m’assoupis comme un bébé.

     

     

    Lorsque je rouvre les yeux, Jérém est debout, en train de s’habiller ; en fait, ce sont ses mouvements qui m’ont réveillé ; le contact chaud et rassurant de ses bras est venu à manquer, mon sommeil s’est évaporé. Je le regarde passer son boxer rouge et blanc, moulant ses cuisses, l’élastique tendu entre les plis de l’aine, juste en dessous de ses abdos, la bosse bien saillante, renfermant son bel engin ; magnifique vision, que celle de mon bobrun, torse nu, juste habillé d’un boxer.

    Puis, Jérém se penche sur cette boite magique qu’est le grand sac de sport posé à côté du lit qui contient ses fringues ; il en extrait un t-shirt blanc propre, qu’il glisse sur son torse : vision divine, que celle de mon bobrun, boxer moulant et t-shirt tout aussi moulant sur sa plastique de fou.

    « Ça va ? » je lui demande.

    « J’ai faim… » il lance, en faisant claquer les syllabes, sur un ton qui a quelque chose d’enfantin, un petit regard fripon au fond des yeux.

    « Tu veux aller faire des courses ? ».

    « Naaan… t’as vu le temps ? Moi je ne sors plus… ».

    « On mange quoi, alors ? ».

    « Une pizza, ça te va ? ».

    « Oui… il faut la commander ? ».

    « C’est ça… et comment ils vont nous la livrer ? Par pigeon voyageur ? ».

    « Je ne sais pas… ».

    « Ce soir tu vas manger une pizza maison… » il me lance, l’air fier de lui, tout en ouvrant une porte du garde-manger et en sortant un plat couvert d’un chiffon ; un chiffon sous lequel se cache un pâton bien gonflé.

    « Tu sais faire une pizza ? ».

    « Oui, monsieur… je te rappelle que j’ai des origines napolitaines… ».

    « C’est vrai… » j’admets. Mais je suis sur le cul quand-même. Décidemment, ce mec ne cessera jamais de m’étonner.

    « J’ai fait la pâte tout à l’heure, il ne reste qu’à l’étaler et mettre la garniture… fromage râpé, champignons, jambon, oignons… ok pour toi ? ».

    « Oh que oui….

    « Alors, c’est parti ! » fait-il, tout guilleret.

    Je le regarde jouer les pizzaiolos dans cette tenue sexy à mourir, t-shirt blanc et boxer, je le regarde étaler la pâte avec une bouteille vide en guise de rouleau à pâtisserie, avec des gestes rapides et assurés ; je le regarde monter la garniture, un produit après l’autre, avec des gestes amples, généreux. C’est beau de regarder l’homme qu’on aime en train de cuisiner.

    « Je peux t’aider ? ».

    « Ça devrait aller… merci… ».

    A mon tour, je passe un boxer et un t-shirt ; et je ne peux m’empêcher d’aller le rejoindre, de me coller contre son dos, de l’enlacer, de le serrer très fort contre moi, et plonger mon nez dans ses cheveux bruns enfin sèches. La douceur et l’odeur de propre de son t-shirt me percute, m’étourdit, m’assomme. 

    Mes lèvres se posent plein de bisous à la lisière de ses beaux cheveux bruns, je passe la main sous son t-shirt blanc et je lui caresse les tétons.  

    Jérém frissonne, rigole, gigote.

    « Je ne vais jamais pouvoir terminer ma pizza si tu me fais ça… » fait-il, sur un ton entré excité et amusé.

    « J’ai trop envie de te faire des bisous… depuis que j’ai l’autorisation… ».

    « Petit con… ».

    « Tu m’excites trop, Jérém… ».

    « C’est pas l’heure des galipettes, je fais à manger… quand j’ai faim, j’ai faim ! » fait-il, en se dégageant de mon étreinte, pour revenir claquer un bisou, un seul, rapide et furtif, presque volé, sur mes lèvres.

    Le bogoss revient à son ouvrage, il en peaufine les détails en ajoutant un filet d’huile d’olive. Je le regarde travailler, de dos, je regarde la perfection avec laquelle le coton blanc moule ses épaules, ses biceps, les mouvements de ses muscles, je regarde la chaînette qui dépasse de la finition du col autour de son cou puissant : c’est beau à en pleurer.

    « T’es tellement sexy en t-shirt blanc ! ».

    « Ah oui, tu kiffes ça, je sais… ».

    « T’as un corps de dingue, et le blanc, moulant, te va, un truc de fou… ça me rend dingue… quand tu te fous en t-shirt blanc, je me sens comme un taureau devant une muleta… ça me chauffe à bloc, ça me donne trop envie de toi… ».

    « T’as tout le temps envie de moi… » il se marre.

    « Ça c’est pas faux… mais là, encore plus… ».

    « Je mettrai tout le temps un t-shirt blanc, alors… ».

    « A ton risque et péril… tu vas devoir assurer, après… ».

    « Tu sais bien que j’assure… ».

    « C’est clair… t’es un sacré mec… ».

    Jérém vient de terminer de garnir la pizza, et je la trouve magnifique. D’autant plus qu’elle est faite avec amour. Le bogoss l’attrape, et la pose sur le prolongement de la plaque en fonte sur laquelle est posé le foyer de la cheminée.

    « Et voilà, il n’y a plus qu’à attendre… par contre, il va falloir la surveiller, il n’y a pas d’horloge sur ce genre de four… » il se marre, adorable.

    Lorsque je regarde mon Jérém, ce nouveau adorable Jérém, posé dans ce nouveau décor, dans ce nouveau rôle qui va au délà de mes rêves les plus fous ; lorsque j’entends sa voix, ses mots, cette façon de me laisser rentrer dans sa vie, d’installer une complicité aussi soudaine qu’inattendue, j’ai encore du mal à croire que tout ça ce soit réel.

    D’ailleurs, je crois que si je racontais tout ça à ma cousine – ou à n’importe qui, pour peu qu’il soit au courant des galères que j’ai traversées avec mon bobrun – pourrait croire qu’il s’agisse d’un rêve ; un rêve où, une fois de plus, je prendrais mes désirs pour des réalités. Pourtant, ce n’est pas le cas. Non, ce n’est pas un rêve, non, non, non, non, ça n’en est pas un !

    Oui, j’ai encore du mal à croire que tout cela soit bien réel : et pourtant, il l’est.

    « Tu sais que t’es un mec génial ? » je lui lance, touché par ce Jérém adroit et dégourdi qui se dévoile instant après instant devant mes yeux.

    « Bah, je sais faire une pizza… il faut pas bac plus 10 pour ça… » il se marre.

    « Peut-être… mais je ne sais pas faire moi… ».

    « Je t’apprendrai… la seule difficulté, c’est de réussir la pâte… après, c’est un jeu d’enfants… ».

    « Vraiment, tu m’impressionnes… ».

    « Tu parles… ».

    « Je te promets… ».

    « Et pourquoi, donc ? ».

    « Ici tu es tellement différent qu’à Toulouse… tellement simple, tellement débrouillard, tellement adorable… ».

    Jérém sourit, visiblement touché.

    « T’aimes le Jurançon ? » il me lance de but en blanc.

    « C’est mon vin préféré… ».

    « Je m’en doutais… ».

    « Et comment tu t’en doutais ? ».

    « Je t’ai vu en boire, le soir du repas de classe… ».

    « T’as remarqué ça, toi… ».

    « Bah oui… » fait-il, le plus naturellement du monde.

    « T’es incroyable… » je lâche, alors que je me sens submergé par une émotion immense.

    Le bogoss ouvre la porte d’entrée, sort sous le petit appentis et revient avec une bouteille doré. Pendant un instant, le vent et le froid s’insinuent dans la petite pièce, rappelant à quel point un toit et une source de chaleur sont les bases du bonheur.

    Jérém ouvre la bouteille à l’aide d’un tirebouchon en T et de la force de ses muscles – son biceps gonfle sous l’effort, et maltraite un peu plus la manchette en coton blanc, vision d’une sensualité renversante : le bouchon finit par sauter, en produisant le claquement typique. Un instant plus tard, il remplit deux verre et m’en tend un ; puis, il approche son verre du mien ; lorsque nous trinquons, nous nous regardons droit dans les yeux, et Jérém en profite pour me lancer un clin d’œil qui me fait fondre.

    Le bogoss pose son verre sur les briques de l’âtre, se penche sous le lit et il en extrait une vieille couverture qu’il étale devant la cheminée. Puis, il s’assoit devant le feu, pile face à la pizza en train de cuire. Je le regarde et je me sens amoureux comme jamais.

    « Viens… » il me lance tout bas.

    Je m’assois à mon tour, mes jambes autour des siennes, mon torse contre son dos, mon visage dans le creux de son épaule.

    « Je suis bien là… » je l’entends dire.

    « Moi aussi je suis bien… ».

    La cheminée réchauffe, la pizza est en train de cuire ; je suis avec le garçon, l’homme que j’aime : notre entente, notre complicité sont à peine croyables, notre amour est si beau ; mon bonheur est parfait.

    « Je n’y croyais plus… qu’on se retrouverait un jour, je veux dire… » je lâche, en retenant mes larmes de justesse.

    « J’ai fait tellement de conneries… je m’en veux… t’es un gars super, Nico… t’es toujours là, malgré tout ce que je t’ai fait… ».

    « Si tu savais à quel point tu comptes pour moi… ».

    « Toi aussi tu comptes beaucoup pour moi, Nico… ».

    Une fois de plus, je regarde la jolie pizza qui est en train de cuire devant le feu et je me sens aux anges.

    Mes lèvres brûlent d’envie de prononcer les trois petits mots magiques, celles qui contiennent « un monde entier », celles que je lui ai dit la dernière fois qu’il est venu chez moi, juste avant qu’il me quitte. Oui, je brûle d’envie de lui dire « je t’aime » ; mais je me retiens, me disant que c’est peut-être trop tôt, que je ne veux pas prendre le moindre risque de « gâcher » cet instant parfait. Plus tard, Nico, plus tard.

    « Tu me fais du bien, Nico… » enchaîne Jérém.

    « J’ai bien fait de te proposer de réviser… » je le taquine.

    « Oh, que oui, Nico… je crois que si tu ne l’avais pas fait, je t’en aurais voulu… ».

    « T’aurais pu le faire aussi, tu sais ? ».

    « Tu sais bien que j’étais bien trop con pour le faire… alors, merci Nico… ».

    J’aime sa façon d’utiliser le prénom, mon prénom, de le placer dans chaque phrase ou presque. C’est important, le prénom, car c’est par lui que s’établit la relation. C'est par le prénom que la personne anonyme devient une connaissance. C’est par le prénom qu’on entre ou pas dans le cercle de quelqu'un. Enoncer le prénom de quelqu’un, c’est aussi le mettre en valeur, lui montrer de la considération. Le prénom rapproche. C’est encore par lui que passent toutes les nuances de la tendresse et de l’amour. Prononcer le prénom de l’autre avec douceur ou sensualité, c’est déjà lui faire un câlin, c’est déjà « embrasser » quelque chose de lui. C’est déjà lui envoyer un baiser.

    Sa façon d’utiliser mon prénom, souvent, au détour d'une phrase, fait ressortir toute sa musicalité et sa couleur. When you call my name, is like a little prayer : oui, mon prénom sonne si bien, comme un accord de Chopin, lorsque c’est Jérém qui le prononce ; et d’autant plus de la façon où il le prononce ce nouveau Jérém.

    « Toi aussi, tu me fais du bien, Jérém… ».

    Une fois de plus, je plonge mon visage dans le creux de son cou et je m’enivre de la douceur, de la chaleur, de l’odeur frais de sa peau. Mais une autre fragrance vient chatouiller mes narines : c’est une odeur de four de boulanger : la cuisson de la pizza avance, et ça commence à sentir sacrement bon.

    Jérém se penche sur le « dossier » et s’empresse de m’annoncer :

    « La pizza est prête ! ».

    Puis, il se lève, il part vers le garde-manger, il revient avec une grande assiette et un couteau ; avec des gestes assurés, il décolle la pizza de la plaque et la fait glisser dans l’assiette qu’il pose sur le rebord en briques de la cheminée. Elle est belle, bien cuite, fumante. Je n’aurais jamais cru que le parfum d’une pizza pouvait me donner envie de pleurer. Le fait est que cette pizza est un peu le symbole de nos retrouvailles, l’image de ce nouveau Jérém qui me fait fondre.

    Mon bobrun s’assoit en face de moi et commence à découper le disque multicolore.

    Je ne me lasse pas de regarder mon Jérém dans ce nouveau rôle de mec futé qui a l’air de savoir tout faire. Il me fascine, il me rend fou.

    « Ah, mince… les assiettes… » je l’entends « pester », tout en rigolant et en se préparant à se lever à nouveau.

    « Reste là, y a pas besoin d’assiettes… » je le rassure.

    « C’est vrai, on est à la campagne ici… » fait-il, en souriant et en me balançant un nouveau clin d’œil au charme ravageur.

    « On est au Paradis… ».

    « Je ne sais pas si au Paradis il pleut autant… » il se marre.

    « Je ne sais pas non plus… mais je suis sûr qu’au Paradis il doit y avoir une cheminée, une pizza et un gars comme toi… ».

    Pour toute réponse, Jérém me tend une part de pizza.

    « Attention, c’est chaud… j’espère qu’elle est bonne… ».

    « Elle l’est forcément… ».

    « Goute d’abord, tu me diras après… ».

    La pizza, c’était une idée charmante quand elle n’était encore qu’un pâton ; elle était belle pendant la préparation, elle sentait bon pendant la cuisson ; et elle est délicieuse, vraiment délicieuse, à la dégustation. Elle a aussi le goût des choses faites avec amour. Un grand chef a dit : « le chemin du cœur passe aussi par le ventre ». Et cela est bien vrai.

    « Alors ? » fait mon Jérém, tout en mâchant un bout de pizza, l’air impatient de savoir.

    « Elle est très bonne ta pizza… ».

    « Ah, ça fait plaisir… ».

    « C’est la meilleure pizza que je n’ai jamais mangé de ma vie… ».

    « T’exagères… ».

    « Non, c’est vrai… ».

    « C’est vrai qu’en dehors de l’Italie, la seule bonne façon pour manger une bonne pizza, c’est de se la faire… mais je te promets que mon cousin Carmelo à Naples, en fait de bien meilleures que moi… ».

    « Elle est délicieuse… » je lui lance, submergé par l’émotion.

    Chose qui ne passe pas inaperçue à mon Jérém.

    « Ça va, Nico ? ».

    « Oui, oui… » je fais, en essuyant mes joues.

    « Qu’est-ce qu’il se passe ? ».

    « C’est que tout ça c’est tellement beau que je n’arrive pas à y croire, c’est trop, ça me donne presque le tournis… ».

    Jérém se déplace à côté de moi, il glisse son bras autour de mon cou et me fait un bisou dans le cou. 

    « Je suis tellement content que tu sois là… » il chuchote, tout en se serrant contre moi, et en passant sa main chaude derrière ma nuque.

    Le bogoss me ressert du Jurançon et me passe une autre part de pizza. Nous mangeons en silence ; en fait, nous n’avons pas besoin des mots ; nous nous sommes tout dit, et ce que nous nous ne sommes pas dit, nous le savons quand même : car nos émotions sont là, elles flottent autour de nous, intenses, vibrantes, palpables.

    Dans la petite maison, il n’y a pas de télé, pas de radio, pas de téléphone, même pas d’électricité. Est-ce que nous en avons besoin ? Je ne crois pas.

    Le crépitement du feu dans la cheminée, le bruit de la pluie sur les ardoises, nos regards qui se cherchent, se caressent, nos sourires qui font tant de bien, les bruits légers d’un repas simple mais délicieux : voilà, dans la pénombre mouvante au gré des mouvements de la flamme, la douce musique de notre amour, de notre bonheur. Le seul fond sonore dont nous avons besoin. Quand l’amour est là, il se suffit à lui-même.

    Jérém vient de terminer sa part et se relève pour aller chercher quelque chose dans le garde-manger. Il en revient avec un gros morceau de fromage et un pain massif.

    « Tu vas goûter ce fromage et tu m’en diras des nouvelles… » il me lance, tout en me tendant un morceau généreux.

    Dès la première mise en bouche, je découvre une saveur délicieuse.

    « Mais il est super bon ! ».

    « C’est du vache-brebis, il est un peu affiné » il m’explique, tout en découpant le pain avec un gros couteau « c’est un pote d’ici qui le fabrique… c’est le meilleur fromage du monde ! ».

    Le pain aussi a une saveur délicieuse : sa croute croustille, sa mie est dense, c’est du vrai pain de campagne. Et de montagne.

    Du fromage vache-brebis, avec ce vrai pain consistant et une gorgée de Jurançon, le tout dégusté en compagnie du gars que j’aime, il y a de quoi se damner !

    Le bogoss s’allume une cigarette et la fume devant le feu.

    « Pas d’électricité, pas de télé… » fait le bogoss, le regard fixe vers le feu « pas de voisins, pas de bruit… pas de réseau, pas de téléphone… il n’y a pas beaucoup de confort ici, mais je me sens bien comme nulle part ailleurs au monde… ».

    Je comprends parfaitement ses mots : c’est vrai qu’on se sent bien dans cette petite maison, dans ce refuge spartiate mais douillet. Pourtant, je me dis que la contrepartie à la tranquillité, ça doit être la solitude.

    « Mais depuis que tu es là, tu ne t’es pas senti seul ? ».

    « Seul ? Non… enfin… si tu veux… de toute façon, j’avais besoin d’être seul… j’avais besoin de faire le point… et puis, j’ai quelques potes ici… depuis que je suis là, j’ai souvent été invité manger… ».

    « Alors, ici c’est la maison de tes grands-parents ? ».

    « Oui, du côté de ma mère… ils habitent Tarbes mais ils viennent ici l’été… du coup, jusqu’à mes quinze ans, je suis venu ici tous les étés… j’étais tellement bien ici, avec papi et mamie, tellement mieux qu’à Toulouse, chez mon père… mes grands-parents ont été très importants pour moi, surtout après le divorce de mes parents… ici, chez eux, c’était mon refuge… le cheval c’était mon refuge… je venais aussi pendant les vacances scolaires, mais comme mes grands-parents étaient à Tarbes, je créchais chez Charlène, une amie à eux qui tient un centre équestre pas loin d’ici… Charlène est comme une tante très rigolote… en fait, c’est presque une mère pour moi… dès que je pouvais, je venais ici, je faisais du cheval, je respirais… j’avais presque oublié à quel point c’est bon… ».

    « Tu fais du cheval ? » je fais, surpris.

    « Je t’ai pas dit ? ».

    « Non, je ne sais rien de toi, Jérém… ».

    « J’en fais depuis tout jeune… c’est mon grand père qui m’a mis sur un shetland quand j’avais 5 ans, et j’ai kiffé ; quand j’ai commencé à toucher des pieds par terre sur mon shetland, il m’a acheté une jument, Tequila, qu’on a fait pouliner… maintenant, je monte le fils de Tequila, Unico, un mâle entier… ».

    « Mais ils sont où tous ces chevaux ? ».

    « Il sont en demi-pension chez Charlène… ».

    « C’est quoi un cheval en demi-pension ? » je me marre « est-ce que c’est un cheval qui ne broute qu’au petit dej et au diner et qui va bouffer chez le voisin à midi ? ».

    « T’es con… » fait Jérém, mort de rire.

    « Mais j’y connais rien, moi… ».

    « Ah, oui, c’est vrai… en fait, les chevaux sont chez elle toute l’année, elle s’en occupe comme si c’était les siens… en contrepartie, elle peut s’en servir au besoin, les monter elle-même ou les faire monter par ses clients… elle fait pas mal de balades l’été, alors elle a besoin de chevaux… du coup, elle entretient mes chouchous sans me faire payer la pension… mais quand je suis là, je peux monter mon Unico quand je veux… ces derniers jours, j’ai bien profité de mon loulou… ».

    Alors, ça… si je m’y étais attendu ! Jérém qui fait de l’équitation : c’est tellement inattendu, tellement original, exotique ; imaginer Jérém à cheval, sans même l’avoir vu, ça sonne déjà méga sexy. Cavalier, c’est un nouveau monde de Jérém qui s’ouvre à moi : et cela m’émeut déjà.

    Question : pourquoi faut-il que les bogoss, en plus d’être beaux et sexy, aient aussi tout le temps un talent pour un ou plusieurs sport ? Rugbyman, footballeur, nageur, ou alors ils fréquentent les salles de sport, y’a toujours un truc qui les rend « spéciaux », « intéressants », qui rajoute du craquant au sexy, si ce n’est pas plusieurs trucs à la fois. Ce qui m’amène à la question existentielle suivante : est-ce que la bogossitude précède le talent, ou bien c’est le talent qui façonne petit à petit leur bogossitude ? Ça devrait être un sujet de dissertation philosophique. Un sujet pour le bac. Vous avez quatre heures…

    « Tu fais quoi à cheval ? Des courses ? Des obstacles ? Du dressage ? » je lui demande, laissant parler mon ignorance, tout en reprenant à mon compte le fameux précepte : « Toujours faire parler un bogoss de ce qu’il fait, et surtout de ce qui le rend fier et heureux ».

    « Naaaan… rien de tout ça… de la balade, juste de la balade de quelques heures… au plus de la rando de quelques jours… le cheval c’est une façon de me retrouver au calme, de me remettre les idées en place au milieu de la nature et de mes potes… ».

    « Ton Unico, ça fait longtemps que tu le montes ? ».

    « Je l’ai débourré il y a deux ans… ».

    « Tu l’as quoi ? ».

    « Débourré… c’est quand on apprend au cheval à être en contact avec l’homme… on lui apprend les trois allures, à réagir à la voix, à accepter la selle, le filet, un cavalier… ».

    « Tu sais faire ça ? ».

    « Oui, c’est papi qui m’a appris… il a toujours eu des chevaux, et je l’ai regardé faire… ».

    Qu’est-ce qu’il est touchant mon Jérém quand il parle de son papi : il y a dans son regard une expression à la fois d’admiration, d’affection, de douceur, comme celle d’un gosse impressionné par un adulte particulièrement cher. Et ce regard, me fait fondre. Je ne peux résister à la tentation de le serrer contre moi, et de lui faire des bisous.

    « Je n’aurai jamais imaginé que tu faisais du cheval… ».

    « Ben, oui… et j’adore ça… d’ailleurs, ce dimanche, j’aimerais bien en faire… ».

    « Ah bon ? Et moi je vais faire quoi pendant ce temps ? » je rigole.

    « Tu vas venir faire du cheval avec moi ! » fait-il, comme une évidence.

    « Mais je n’ai jamais fait du cheval, moi… ».

    « Je vais t’apprendre ! ».

    « Mais je n’ai pas de cheval… ».

    « Je vais t’en prêter un… ».

    « Mais je ne vais jamais tenir dessus ! Je vais tomber au premier virage ! » je me marre, tout en trouvant excessivement touchante sa proposition.

    « Mais non, mais non… tu vas monter Tequila, la mère de mon entier… elle est calme, posée, elle est parfaite pour un débutant… avec elle, tu ne risques rien… ».

    « T’es sûr ? ».

    « Certain… ».

    « J’adore l’idée de faire du cheval avec toi… ».

    « Moi pareil… il faut juste qu’il arrête de pleuvoir… il faudrait juste que demain il fasse beau, pour que ça sèche un peu… ».

    « Toi et moi à cheval… » je considère, tout guilleret.

    « Ah, mais nous ne serons pas que tous les deux… ».

    « Ah bon ? »

    « Il y aura Charlène, car c’est elle qui organise, la balade démarre de son centre équestre… et il y aura aussi quelques autres cavaliers de l’asso… ».

    « Quelle asso ? ».

    « L’ABCR… »

    « C’est quoi ça ? ».

    « L’association Bigourdane Cavaliers Randonneurs… ».

    « Ah… » je fais, surpris.

    « Tu verras, ce sont des gens super sympa… et très patients avec les débutants… ».

    Ce disant, Jérém se lève, remet une bûche dans le feu, et me tend la main ; je la saisis, il m’aide à me relever, en m’entraîne vers le lit.

    « On sera mieux allongés… » il me lance, une petite étincelle coquine au fond de son regard brun.

    Sur le lit, nos corps s’attirent l’un l’autre comme des aimants, nos mains et nos lèvres son insatiables de câlins. Une fois de plus, l’odeur de propre de son t-shirt blanc, mélangé à celui de sa peau me percute, m’étourdit, m’assomme, me rend ivre.

    Je me retrouve allongé sur lui, nos bassins se pressent l’un contre l’autre, je sens son érection monter au travers le coton fin de son boxer. Je remonte son t-shirt blanc, j’agace ses tétons avec ma langue et le bout de mes doigts.

    « Tu vas encore faire monter la bête… » il se marre, coquin et charmeur.

    « La bête… » je me marre, en trouvant ce petit surnom bien rigolo.

    « Ouaisss… la bête… ».

    « Laisse-la monter… ».

    « Tu vas devoir assurer, après… » il me taquine.

    « Tu sais bien que j’assure… ».

    « Suce… » il me lance, sur un ton de parfait petit con.

    « Avec plaisir… ».

    Non, ce n’est pas grave qu’il n’y ait pas d’électricité, ni de télé ; je dirais même que c’est un luxe : quand la télé est absente, c’est l’amour et la sensualité qui prennent la place. Toute la place.

    Un instant plus tard, je suis penché sur le bassin de mon beau mâle brun ; après plusieurs jouissances, une odeur un peu forte mais délicieuse, s’échappe du coton fin et me rend fou. Je glisse mes doigts dans le boxer et j’en extrais sa queue à nouveau raide, magnifique, conquérante.

    Un instant plus tard, le boxer a volé, mais le t-shirt n’a pas quitté son torse de malade ; j’ai tellement envie de le pomper jusqu’à le faire jouir !

    La cheminée flambe et chauffe, et je suis en train de sucer le garçon, l’homme que j’aime, dans cette tenue sexy à mort, ce t-shirt blanc qui est comme une deuxième peau, avec une manchette qui tombe pile au-dessus de son brassard tatoué, alors que l’autre s’amuse à jouer à cache-cache avec son nouveau tatouage, avec cette chaînette de jeune mâle posée sur le coton ; et moi, je ne cesse de me répéter que c’est pas possible d’être sexy à ce point ; et aussi que j’en ai de la chance, putain, de pouvoir connaître l’amour et le plaisir avec cette bombasse de mâle !

    Pendant que je m’emploie à lui procurer un maximum de plaisir, ses mains caressent mes épaules, mon cou, le bas de la nuque, ses doigts d’évertuent à agacer mes tétons, me poussant violemment vers le précipice de la folie.

    Mon Jérém frissonne, souffle très fort, fou de plaisir ; sa queue bien raide me remplit la bouche et me remplit de bonheur ; je sens que je ne vais pas tarder à lui offrir un nouvel orgasme ; je devine que, dans pas longtemps, son jus de mâle va tapisser mon palais de ce goût enivrant qui me rend dingue.

    Je ne me trompe pas.

    « Je viens… » je l’entends lâcher, comme à bout de souffle.

    Je kiffe à mort l’entendre m’annoncer l’arrivée de son plaisir ultime, j’adore l’entendre me l’annoncer sur ce ton, la voix cassée, débordée par le plaisir.

    Les giclées qui percutent mon palais sont nombreuses, puissantes : et qu’est-ce qu’elle est bonne sa semence de jeune mâle !

    « Tu veux ma peau… » fait-il, essoufflé.

    « Non, juste te faire plaisir… ».

    Je lui fais des bisous. Sa respiration est toujours très profonde, très rapide, elle ne semble pas vouloir se calmer. Le bogoss est en nage, il se débarrasse de son t-shirt blanc.

    « Ça va ? » je lui demande.

    « Oh, oui… c’est juste que quand j’enchaîne comme ça, à chaque fois c’est plus violent… ».

    « Je veux te rendre fou de plaisir… ».

    « T’as envie de jouir, toi ? » il me demande, le regard rivé sur mon boxer déformé par l’érection.

    « Plus tard, Jérém, y a le temps… ».

    Si tu savais, mon Jérém, à quel point je suis bien là ; j’ai adoré te sucer, sentir que tu prends ton pied, te faire jouir, recevoir tes giclées, les avaler : tu n’imagines même pas à quel point mon bonheur suprême réside dans le fait de te faire jouir, toi, à quel point ta jouissance est ma jouissance. T’as joui, ça me suffit, je n’ai besoin de rien de plus. Mon plaisir à moi commence et s’arrête avec celui de mon bomâle.

    « T’es tellement sexy… alors, tu vas devoir assurer… ».

    « Tu vois bien que j’assure… » il se marre, le coquin.

    Puis, il se lève, s’approche de la cheminée, il s’assoit sur la vieille couette en position de trois quarts par rapport à moi, et s’allume une cigarette.

    « Je croyais que tu voulais arrêter… » je le taquine.

    « Je ralentis… mais il y a des cigarettes qui restent… obligées… après le café, après les repas, après le sexe… ».

    « Dans ce cas, tu risques de fumer beaucoup ce week-end… ».

    « J’ai été chercher une cartouche en Espagne, ça devrait aller… » il se marre.

    Je le regarde en train de fumer en silence, assis devant la cheminée, les genoux repliés, le dos légèrement arrondi, ses pecs rebondis, son nouveau tatouage, courant depuis son biceps, glissant sur son épaule, remontant jusqu’à son cou, bien en vue ; et je regarde, à la fois fasciné, subjugué et ravagé de désir, ses abdos qui restent saillants malgré la position vraiment pas apte à les mettre en valeur : et là, il ne me reste qu’à constater, une fois de plus, à quel point la perfection de sa plastique est éblouissante.

    Sur son visage, cet air un peu sonné, un air de mâle repu après l’amour, qui me rend fou. Le bogoss capte mon regard insistant et me sourit.

    « Qu’est-ce qu’il y a ? » fait-il, adorable.

    « Qu’est-ce que t’es beau… » je lâche, comme une nécessité, une évidence « parfois je n’arrive pas à croire qu’un mec comme toi ait envie de moi… ».

    « Mais tu rigoles ? Toi aussi t’es beau ! ».

    « Tu m’a jamais dit ça… ».

    « Si je te l’ai dit… ».

    « Non, jamais… ».

    Le bogoss continue à fumer en silence.

    « Depuis quand ? » je reviens à la charge.

    « Depuis quand, quoi ? ».

    « Depuis quand tu me trouves beau ? ».

    « Je ne sais pas… » il balance, comme agacé.

    « Allez, dis-moi… je vais pas le répéter… » je tente de l’amadouer.

    « Tu me pompes l’air… » fait-il, tout autant amusé qu’agacé.

    « Je préfère te pomper tout court… »

    « Ah, ça je sais… » fait-il, avec un petit sourire coquin en pièce jointe, en expirant la dernière bouffée de fumée et en jetant son mégot dans le feu.

    Puis, il revient au lit ; sa respiration s’est calmée, il repasse son t-shirt blanc, il s’allonge sur le dos, les coudes pliés, les mains croisées entre la nuque et l’oreiller, l’air songeur. Il est beau comme un Dieu.

    Je me glisse sur lui, je le serre fort contre moi, je lui fais plein de bisous dans le creux du cou ; ses bras se déplient, m’enlacent, sa bouche cherche la mienne.

    Je relève la tête, je le regarde droit dans les yeux : nos visages sont à vingt centimètres l’un de l’autre.

    « Tu vas pas m’avoir comme ça… je veux savoir depuis quand tu me trouves beau… ».

    « T’es rélou… » il rigole.

    « Et toi, depuis quand tu savais que je te kiffais ? » je tente une autre approche.

    « Depuis le premier jour du lycée, je dirais… » il me balance du tac-au-tac.

    Oui, quand la télé est absente, c’est l’amour qui prend la place ; et quand l’amour est là, souvent après l’amour physique, sur l’oreiller, la conversation vient toute seule, inspirée par l’envie et le plaisir de découvrir l’autre. Ou de se laisser découvrir par l’autre.

    « Ah bon… je me suis fait gauler si vite ? ».

    Pour toute réponse, le bogoss m’assène un petit sourire malicieux, sexy à mourir. Avant d’enchaîner :

    « Je me souviens de quand tu t’es pointé au lycée avec ton t-shirt jaune fluo… ».

    « Tu te souviens de mon t-shirt jaune ? ».

    « Oui, il était ridicule… ».

    « C’est clair qu’il était ridicule… c’est la faute de ma mère… moi je ne voulais pas d’un truc pareil pour mon premier jour de lycée, mais elle m’a obligé à le porter… ».

    « C'est de ton regard que je me souviens surtout… ».

    « Mon regard ? ».

    « Tu me matais grave… ».

    « Quand je t’ai vu dans la cour du lycée avec tes potes, j’ai cru que j’allais me liquéfier sur place… je n’avais jamais vu un mec aussi beau de ma vie… ».

    « Là, j’ai su que tu me kiffais grave… ».

    « Et ça t’a fait quoi ? ».

    « Sur le coup, ça m’a un peu énervé… mais ça m’a aussi flatté… c’était bizarre… ».

    « Oui, je devais avoir l’air très con… ».

    « Non…pas du tout… t’avais l’air tout timide, t’avais peur de te faire gauler… ».

    « Dès l’instant où je t’ai vu, j’ai eu envie de tout savoir de toi, de te connaître, d’être avec toi, de te serrer dans mes bras… ».

    « T’avais déjà envie de coucher avec moi ? ».

    « Je ne sais pas… je crois que ce jour-là, j’étais tellement sous le choc que je ne savais même pas ce qu’il m’arrivait… quand je t’ai vu, j’ai ressenti comme une décharge électrique, un truc que je n’avais jamais ressenti avant… j’étais tout sens dessus dessous, et, franchement, je crois qu’à cet instant précis, il n’y avait encore rien de sexuel dans mes envies… je crois que j’étais amoureux ».

    « Pourtant, tu t’es pas privé de me mater… ».

    « C’est pendant les premier jours de lycée que j’ai commencé à réaliser que j’avais vraiment envie de toi… avant de te rencontrer, je me rendais déjà compte que je regardais les mecs et pas les nanas, mais ça restait vague, je n’arrivais pas encore à réaliser, à comprendre, à mettre des mots sur ce que je ressentais… mais quand je t’ai vu, ça été une évidence, une révélation… quand je t’ai vu, j’ai compris que je n’aimerai jamais les nanas, car il n’y avait que les mecs qui me touchaient… et toi, par-dessus tous… j’étais heureux de découvrir qui j’étais, mais ça me faisait peur aussi… mais c’était plus fort que moi, et te regarder me faisait du bien… je me disais que si je ressentais tellement de bonheur à regarder un mec comme toi, être gay ça ne pouvait pas être mal… ».

    « Je me souviens de comment tu me matais au premier cours de sport, pendant que je me changeais dans les vestiaires… ».

    « T’avais remarqué ça ? ».

    « Bien sûr que j’avais remarqué… tu me matais de ouf… je t’ai gaulé, et tu étais si gêné… t’as vite baissé le regard… c’était mignon… ».

    « J’avais tellement peur que tu te mettes en pétard… et encore plus que tu me traites de pd devant tout le monde… ».

    « Je ne l’ai jamais fait… ».

    « C’est vrai, mais les autres oui… ».

    « Tu sais, il m’est arrivé de demander à certains potes d’arrêter de te faire chier… ».

    « C’est vrai ? ».

    « Oui, ça me mettait en rogne de voir des crétins s’acharner sur toi… ».

    « C’est gentil ça… mais je ne m’en suis jamais rendu compte… ».

    « Je le faisais discrètement… et à un moment j’ai même dû arrêter… je commençais à entendre des camarades dire que je prenais ton parti, ils commençaient à se moquer de moi aussi… je regrette de ne pas avoir su leur tenir davantage tête… ».

    « Je me souviens d’une fois où tu m’avais sorti d’une rogne avec un con qui me taxait des cigarettes… ».

    « Le voyage en Espagne… ».

    « Tu t’en souviens aussi ? ».

    « Bien sûr… ».

    « T’as été super… ».

    « Je ne supportais pas ce connard… il était trop rélou avec toi… ».

    « C’est clair… »

    « Mais rien ne t’obligeait à venir m’aider… ».

    « J’avais envie de le faire, et j’avais aussi envie de t’impressionner au passage… ».

    « C’était réussi… quand t’es réparti dans le couloir, j’avais tellement envie de toi… ».

    Il me sourit, je lui fais des bisous.

    « J’ai un autre très bon souvenir de ce voyage… » je relance, friand de cette « découverte de l’envers du décor » à laquelle j’ai enfin accès. Tant de questions se bousculent dans ma tête. Le train de souvenirs est lancé, ce serait dommage de ne pas profiter du voyage.

    « Je parie que je sais duquel il s’agit… ».

    « Vas-y, raconte… » je le mets au défi.

    « Le soir du retour… ».

    « Bingo… alors, dis-moi… pourquoi t’es venu t’installer à côté de moi, alors que tu m’as ignoré pendant tout le voyage ? ».

    « Je ne sais pas, j’en avais envie… pendant tout le voyage, j’ai eu l’impression que tu m’évitais… alors, j’ai voulu savoir si tu étais vraiment fâché… alors, t’étais fâché ? ».

    « Non… enfin… si, quand-même un peu… ».

    « Et pourquoi ? ».

    « Je t’en voulais d’avoir roulé des pelles à ma meilleure copine pendant tout le séjour… ».

    « Ah, c’était ça… ».

    « Oui, c’était ça… parce que je voulais être à sa place… je lui en voulais à elle aussi… c’est con, parce qu’elle ne pouvait pas savoir que j’étais fou de toi… mais pendant le voyage de retour, je t’avais déjà pardonné… e, fait, je t’avais pardonné à l’instant même où tu m’avais sauvé la mise avec l’autre connard… et surtout quand j’avais vu que t’avais arrêté de la peloter… ».

    Il sourit, coquin.

    « J’ai adoré me réveiller et te retrouver allongé sur mes genoux… mais j’avais tellement peur que tu te réveilles et que tu te mettes en rogne… » je continue.

    « J’étais bien sur tes genoux… en plus, t’avais posé ta main sur mon torse… tu ne t’en es peut-être pas rendu compte, mais je bandais… ».

    « J’étais tellement gêné… ».

    « J’ai vu… »

    « Quand j’ai croisé ton regard, j’ai eu la trouille… mais t’as refermé les yeux… ».

    « J’avais envie de te balancer un sourire pour te montrer que je kiffais, mais je n’ai pas osé, j’ai préféré faire comme si j’étais à moitié endormi… ».

    « Moi je me suis branlé en rentrant à la maison… ».

    « Moi aussi… ».

    « Quel dommage ! » je m’insurge.

    « Pourquoi t’as été si froid en cours avec moi, après cette nuit ? ».

    « Parce que je n’assumais pas ce qui c’était passé… »

    « Il ne s’était rien passé… ».

    « Je sais, mais même ce « rien », c’était trop pour moi, après coup… je savais désormais à quel point tu me kiffais… et je savais aussi que j’avais kiffé ce « petit rien »… j’avais bandé parce qu’un gars m’avait touché… j’avais honte, j’étais en colère contre moi… alors, je passais mes nerfs sur toi… je m’en voulais, et c’était plus simple de t’en vouloir à toi… alors, je jouais au con pour te tenir à distance… je voulais oublier ce que j’avais ressenti, et je ne voulais plus que ça arrive… quel con j’ai été… ».

    « J’avais tellement envie de toi après ce moment… et ça a été la douche froide, après, en cours… ».

    Son regard désolé est adorable et touchant, nous nous échangeons des bisous.

    « Une autre fois où j’ai failli te sauter dessus, c’est lors du voyage en Italie… le jour du retour, quand on s’est arrêté déjeuner dans le Vaucluse… ».

    « Il faisait une chaleur ce jour-là… ».

    « Je me souviens de cette balade dans les vignes avec Nadia et Malik… je me souviens surtout quand ils sont partis se peloter et que je suis resté seul avec toi… je me souviens de toi, en train de fumer, appuyé à cet arbre, torse nu… et je me souviens de quand t’as ouvert les premiers boutons de ton jeans… je me souviens de l’élastique du boxer bien en vue, des poils en dessous de ton nombril humides de transpiration… je n’aime pas vraiment la chaleur, mais putain ! qu’est-ce que j’étais heureux qu’il fasse si chaud ce jour-là ! ».

    « Oui, il faisait chaud… mais le coup d’ouvrir le jeans, c’était surtout pour te tester, pour voir à quel point tu me kiffais… et je n’ai pas été déçu… pendant un moment, j’ai cru que t’allais vraiment te jeter sur ma braguette… » fait-il souriant et coquin.

    « Et tu m’aurais laissé faire ? ».

    « Si on avait été que tous les deux, peut-être bien que oui… ».

    « T’avais envie aussi, alors… ».

    « C’est ton regard qui m’a donné envie… d’ailleurs, j’ai commencé à bander… c’est pour ça que j’avais voulu qu’on revienne vite au bus… ».

    Nos souvenirs flottent sur quelques instants de silence, nous échangeons de nouveaux câlins.

    « Je me souviens d’une autre fois où ton simple regard a failli me faire bander… » il relance. Ah, putain, qu’est-ce que j’aime cette conversation !

    « Quand, ça ? ».

    « Une fois, après le cours de sport… je t’ai gaulé pendant que tu me matais sous la douche… ».

    « Ah putain… si je me souviens de ce jour-là… c’était la première fois que je te voyais à poil… j’étais trop gêné, j’avais toujours évité de prendre la douche en même temps que toi… et tu étais tellement beau, encore plus beau que ce que j’avais pu imaginer… je découvrais tes fesses d’enfer… j’avais tellement envie de voir comment tu étais monté… ».

    « Tu voulais savoir si j’étais bien monté ? ».

    « Je voulais juste savoir à quoi elle ressemblait… je voulais juste voir comment t’étais foutu… ».

    « J’ai kiffé de te montrer ma queue… et de voir à quel point t’en avais envie… je savais que les nanas aimaient ma queue… mais toi… toi tu me regardais comme si j’étais un Dieu… ».

    « J’ai cru que t’allais me taper sur la gueule, ou que t’allais te moquer de moi, pauvre pd qui n’avait aucune chance de coucher avec toi… ».

    « En fait, je voulais juste t’allumer… mais t’as détalé comme un lapin… ».

    « J’avais honte… je suis parti me changer, je voulais être parti avant que tu reviennes des douches… mais je n’ai pas été assez rapide… et quand t’es revenu, tu m’as balancé un regard de tueur… un regard, style… je sais que tu me kiffes, mais tu ne m’auras jamais… ».

    « Je voulais juste t’allumer… ».

    « T’avais vraiment envie ? ».

    « Je crois bien, oui… ».

    Un nouveau silence s’installe, pendant lequel je ne me lasse pas de caresser son torse musclé, avec cette douce, virile pilosité naturelle.

    « Tu laisses pousser maintenant ? ».

    « Tu aimes ? ».

    « J’adore… ça me rend fou ! ».

    « J’en avais marre de raser… ».

    « Ne coupe plus jamais, t’es si beau comme ça… ».

    Je plonge mon nez dans ses poils et je couvre son torse de bisous.

    « J’ai aussi arrêté de couper parce que tu m’avais dit que tu kiffais… ».

    « Je t’adore, Jérém… ».

    « Tu te souviens de la soirée d’anniversaire chez Thomas ? » il me lance, de but en blanc.

    « Oh, que oui… pourquoi ? ».

    « Non, pour rien… laisse tomber… ».

    « Allez, dis-moi… ».

    « Laisse tomber, je te dis… ».

    « T’étais vraiment jaloux que je matte Thomas ? ».

    « Non… » fait-il, en rigolant sous la moustache.

    « Menteur… ».

    « Peut-être… ».

    « Pourquoi tu me parles de cette soirée ? ».

    « Parce que… parce queeee… parce que je crois… je crois que ce soir-là j’avais vraiment envie de coucher avec toi… ».

    « Et pourquoi tu ne me l’as pas dit ? ».

    « J’ai essayé… ».

    « Ah bon ? ».

    « Je t’ai posé une question ce soir-là, tu te souviens ? ».

    « Si j’avais été une nana, si j’aurais préféré sucer Thomas ou toi… ».

    « Exactement… ».

    « J’ai cru que tu voulais te payer ma tête… »

    « Non, je voulais vraiment savoir… ».

    « Et moi je croyais que tu voulais te moquer de moi, me faire marcher… ».

    « Pas du tout… si t’avais répondu à la question… ».

    Puis, il marque une pause, comme s’il n’osait pas arriver au bout de son propos.

    « Dis-moi… » je le presse.

    « Si t’avais dit que tu préférais me sucer… j’allais te proposer de nous retrouver chez moi… ».

    « T’avais bu… ».

    « J’avais bu assez pour ne pas trop réfléchir mais je savais très bien ce que je faisais… ».

    « Et on aurait commencé les révisions des mois plus tôt… » je raisonne à haute voix, tout en réalisant le nombre d’occasions manquées de nous retrouver, tout le temps que nous avons perdu.

    « Oui, je crois… ».

    « Quel gâchis… quand je pense que c’est exactement le fantasme que je me suis payé en rentrant, lorsque je me suis branlé dans mon lit… ».

    « Quel fantasme ? ».

    « Pendant que je me branlais, je me suis imaginé te dire que je voulais te sucer toi, et que tu m’aurais proposé de te suivre chez toi… ».

    Il sourit.

    « C’est dommage quand-même… » je considère.

    « On s’est bien rattrapés depuis… ».

    « C’est clair… ».

    « Heureusement que t’as fait le premier pas, sinon on en serait encore à nous tourner autour… » il me lance.

    « On se serait même perdus de vue déjà, après le bac… »

    « C’es bien possible… »

    « C’est l’approche du bac qui m’a poussé à faire ce premier pas… je trouvais horrible l’idée que la fin du lycée arrive, et qu’on parte chacun de notre côté, sans avoir tenté de t’approcher… après t’avoir kiffé comme un malade pendant trois ans… ».

    « Moi aussi je trouvais ça dommage… mais je n’aurais pas eu le cran de te proposer de venir chez moi, comme ça, à jeun, même pour réviser les maths… et Dieu sait que j’en avais besoin… ».

    « Si tu savais le nombre de branlettes que je me suis tapé en pensant à toi… ».

    « Moi aussi je me suis branlé en pensant à toi… ».

    « C’est vrai ? T’en avais pas assez de toutes les meufs que tu te tapais ? ».

    « Non… » il fait, sur un ton sans ambiguïté ; puis, après une petite pause, il continue : « tu sais, ton petit cul je l’ai maté souvent, bien plus souvent que tu ne l’imagines… ».

    Ses mots m’excitent. Je bande. Je sens que lui aussi il bande, je sens la « bête » se raidir le temps d’un éclair.

    « Et tu lui ferais quoi, à mon petit cul, si tu l’avais là, à disposition, tout de suite ? ».

    « Pourquoi, il est à ma disposition, là, tout de suite ? » il me cherche, l’air fripon.

    « Il se pourrait bien… ».

    « Tu veux vraiment savoir ? » fait-il, une étincelle très coquine dans le regard.

    « Je crois bien, oui… ».

    « Alors tu vas savoir… ».

    Et ce disant, le bogoss me fait basculer ; je me retrouve allongé sur le ventre, son corps allongé sur le mien, son manche raide calé entre mes fesses.

    « Tu la veux, hein ? ».

    « Oh, que oui, je la veux… je te veux… ».

    Ses mains empoignent mes fesses, les écartent, mettent mon petit trou en tension, le préparent à se faire envahir ; je sens tout le poids et la chaleur de son corps sur mes jambes, mes cuisses, mes fesses, mon dos ; son gland met mon trou en joue, sa queue glisse en moi, lentement ; le mouvement est précis, nos corps s’emboîtent comme deux pièces de puzzle contiguës, comme s’ils avaient été conçus exprès l’un pour l’autre.

    Jérém me pilonne doucement, tout en caressant mon cou avec ses lèvres, tout en glissant ses mains entre le matelas et mon torse pour aller chatouiller mes tétons ; je prends appui sur mes coudes, je relève le haut de mon torse pour lui faciliter la tâche.

    Mais déjà le bogoss pose ses mains à plat sur le matelas de part et d’autre de mes épaules, ses pieds crochètent mes chevilles ; son corps est en suspension au-dessus du mien, ses coups de reins se font de plus en plus puissants et rapides ; j’adore le sentir prendre son pied en moi, j’adore me sentir à lui.

    « Ah, putain, qu’est-ce que c’est bon… » je l’entends chuchoter, la voix étouffée par l’excitation.

    « Tu fais ça comme un Dieu… ».

    Ses coups de reins ralentissent, il se déboîte de moi ; le petit con s’amuse à agacer mon trou avec son gland, il me fait languir : c’est à la fois un délice et une torture insupportable. Je frémis, je tremble d’excitation. Une excitation qui grimpe encore d’un cran lorsque je sens ses lèvres effleurer mon oreille, son souffle chaud chatouiller ma nuque, et sa voix excité me chuchoter :

    « Qu’est-ce qu’il y a, elle te manque déjà ? ».

    « Oh, putain, oui… ».

    « Elle est bonne ma queue ? ».

    « Elle est plus que bonne, elle me fait tellement de bien… ».

    « Elle te fait bien jouir, hein ? ».

    « C’est juste un truc de fou… ».

    « T’as envie que je te défonce, hein ? ».

    J’adore quand mon Jérém me fait l’amour, quand il est tout doux ; mais je kiffe tout autant quand son côté mâle dominant refait surface.

    « J’ai envie que tu me secoues comme tu sais si bien le faire… ».

    « Je vais te le secouer, t’inquiètes… ».

    Et, ce disant, il s’enfonce bien profondément en moi, d’une seule traite. Ce qui me fait sursauter et gémir de bonheur.

    « Qu’est-ce qu’il et bon ton cul… ».

    « Tu l’aimes mon cul, hein ? » je le cherche à mon tour.

    « Quand je le regarde, j’ai qu’une envie… ».

    « Quelle envie ? ».

    « De lui jouir dedans… ».

    « Alors prends-le et remplis-le… ».

    Et là, alors que je m’attends à que mon Jérém recommence à me pilonner direct avec un bouquet final de bons coups de reins, avant de me remplir de son jus brûlant, je sens sa queue me délaisser à nouveau, s’extirper de moi d’un geste rapide ; je sens son corps se dérober.

    Instinctivement, je me retourne : qu’est-ce qu’il est sexy dans son t-shirt blanc, il me rend dingue !

    Je croise son regard, je comprends son envie ; j’écarte mes jambes, il se glisse entre ; ses mains saisissent un oreiller, je soulève mon bassin ; il saisit mes fesses, j’ouvre un peu plus mes cuisses ; son gland vise juste, mon trou s’ouvre à lui, sans opposer la moindre résistance.

    Oui, quand l’amour est là, les intentions des corps se comprennent sans mots, les gestes s’enchaînent avec une coordination parfaite, comme une chorégraphie millimétrée ; dans le sexe et la tendresse, c'est le désir (et l’amour) qui fait l'adresse.

    Le feu crépite dans la cheminée et le bogoss revient en moi ; il recommence à me faire l’amour, toujours habillé de son t-shirt blanc ; j’allonge les bras pour aller agacer ses tétons par-dessus le coton fin ; je suis fou de plaisir.

    « Qu’est-ce que t’es sexy… ».

    « Tu me kiffes, hein ? ».

    Mon Jérém aussi est fou de plaisir.

    « Grave, j’ai tellement envie de toi… ».

    « Tu la sens bien, là ? » fait-il, tout en cessant ses coups de reins et forçant avec son bassin pour s’enfoncer très loin en moi, pour me remplir, pour me posséder entièrement. Je suis assommé d’excitation et de plaisir.

    « Ah, oui, je la sens très bien… et c’est tellement bon… ».

    Il recommence à me pilonner, je recommence à agacer ses tétons par-dessus le coton blanc. Mais très vite le bogoss a l’air d’avoir chaud : il l’attrape le t-shirt par le bas, le relève jusqu’à le coincer au-dessus de ses pecs ; je suis toujours impressionné par cette rencontre magique, l’alchimie entre un t-shirt moulant et un torse sculpté : et puis, j’ai beau savoir pertinemment ce qui se cache sous le coton fin, à chaque fois c’est un choc.

    Mes doigts se délectent désormais du contact direct avec ses pecs d’acier et des tétons saillants garnis de petits poils, un contact fait à la fois de fermeté, de puissance et de douceur.

    Le bogoss continue de me pilonner, l’air d’avoir toujours aussi chaud : quelques instants plus tard, il remonte encore le t-shirt, il coince la partie avant derrière le cou, laissant juste ses épaules et ses biceps enveloppés par le coton blanc : geste qui me met carrément dans un état second. Je suis assommé par tant de sexytude.

    « J’ai trop envie que tu me gicles dedans… » je ne peux m’empêcher de lâcher.

    « Mais je vais bien te fourrer, oui… t’inquiètes… ».

    « T’es vraiment un bon mâle, t’es bien monté, tu bandes tout le temps, tu fais l’amour comme un Dieu, tu me rends fou… ».

    « Toi aussi tu me rends fou… ».

    « Mon bel étalon toulousain… ».

    « J’ai chaud… » fait le bogoss, tout en se libérant définitivement de son t-shirt blanc avec un geste très rapide, avant de le balancer nonchalamment quelque part dans la pièce ; geste qui dévoile au passage toute l’envergure de son torse de malade, ses tatouages sexy, sa chaînette de jeune mâle posée entre des pecs.

    Puis, sans se déboîter, il s’allonge sur moi et me fait des bisous, à la fois fougueux et doux ; il recommence à envoyer des petits coups de reins, ses abdos chatouillent mon gland, sa langue agace mes tétons ; mon Jérém frissonne, il a l’air transporté comme jamais : mon Jérém est fou de plaisir, fou de moi !

    Je suis tout aussi fébrile, je lui rends ses bisous, mes lèvres gourmandes embrassent tout ce qui leur arrivé à portée, joues, lèvres, oreilles, cou, épaules.

    « C’est trop bon… » je l’entends susurrer, alors qu’il s’abandonne sur moi de tout son poids et que son visage se laisse glisser dans le creux de mon épaule.

    « Pour moi aussi c’est trop bon… ».

    Certes, le plaisir sexuel est à cet instant à son paroxysme ; mais ce qui est trop bon par-dessus tout c’est de me retrouver à la fois emboîté avec mon Jérém et dans les bras de ce nouveau Jérém ; d’être en train de mélanger mon plaisir avec ce Jérém qui a tout aussi bien envie de prendre son pied, de le prendre avec moi, de m’offrir du plaisir, me faire l’amour, de me baiser, et de m’offrir une immense tendresse.

    Soudainement, le bogoss arrête ses va-et-vient ; son corps est secoué par des frissons qui ressemblent presque à des spasmes, il halète bruyamment.

    « Ça va pas ? » je m’inquiète.

    « Si… si… ».

    « Tu respires très fort… ».

    « Je ne vais pas tarder à venir… ».

    « Vas-y, mon amour… ».

    Un instant plus tard, Jérém se dresse devant moi, le torse bien en arrière, les pecs bien bombés ; il attrape mes chevilles, il les pose sur ses épaules ; et il recommence à me pilonner : vraiment, c’est beau un mâle qui s’envole vers son plaisir ultime.

    Mais le mâle ne pense pas qu’à son propre plaisir : et alors que ses va-et-vient l’approchent à grands pas de l’orgasme, sa main me branle de plus en plus vite. C’est tellement bon que je ne tarde pas à me sentir perdre pied.

    « Je viens… » je lui lance alors que j’ai déjà perdu le contrôle de mon corps.

    « Moi aussi… » je l’entends siffler, le souffle coupé par l’orgasme.

    Oui, quand l’amour est là, la jouissance de l’un entraîne souvent celle de l’autre.

    Mes giclées s’enchaînent, décorant mon torse de longues traînées brillantes.

    « Oh, Nico… » je l’entends soupirer, alors que ses coups de reins s’espacent ; son torse part encore un peu plus en arrière, ses pecs deviennent encore plus saillants, son visage se lève vers le ciel, sa bouche s’ouvre à la recherche d’air, sa pomme d’Adam s’agite nerveusement dans son cou faisant vibrer son grain de beauté et sa chainette sexy. Et alors que l’onde de choc de l’orgasme fait vibrer tout son être masculin, mon bel étalon brame son orgasme comme jamais je ne l’ai entendu faire auparavant.

    Jérém vient de jouir en moi, il respire très fort, il est en nage ; il dégage lentement mes mollets de ses épaules, il a l’air vraiment épuisé. Pourtant, il me balance un sourire, un sourire de malade, de malade ! Qu’est-ce qu’il est beau et touchant ce sourire, juste après l’orgasme !

    Puis, il amorce le mouvement pour s’allonger sur moi.

    « Fais gaffe, j’en ai partout… » je tente de le prévenir.

    « Je m’en fous… » fait-il, tout en collant son torse contre le mien, en enfonçant son visage dans le creux de mon épaule et en posant quelques bisous légers sur ma peau. J’adore, après l’amour, le voir assommé par l’orgasme ; j’adore me blottir entre les pattes chaudes, sentir le contact avec la toison douillette de mon mâle.

    « C’est tellement bon avec toi… » je l’entends lâcher, alors que son souffle chaud caresse mon cou.

    « Je suis un bon coup, hein ? » je le cherche.

    « Grave… un super bon coup… ».

    « Et toi, alors… ».

    Comme à chaque fois que Jérém vient de gicler en moi, je suis ivre de lui, et j’ai envie de flatter son ego de mâle.

    « T’es vraiment fait pour ça… ».

    « Je suis fait pour quoi ? » fait-il, en relevant sa tête et en plantant ses yeux dans les miens. Je lui fais un bisou, avant de lui répondre :

    « T’es un vrai mâle, t’es fait pour jouir et donner du plaisir avec ta queue… ».

    « T’as vu comment tu me chauffes ? ».

    « Et toi, donc ? T’es tellement bon au pieu... et tellement mec dans ta façon de prendre ton pied, de me toucher… putain, comment tu me fais vibrer… ».

    « Comment ça ? ».

    « Peut-être que tu ne t’en rends même pas compte, mais quand tu fais l’amour, t’as des gestes et des attitudes qui me rendent dingue… ton regard, tes mouvements, les positions de ton corps, ta respiration, ta transpiration, tout ce que tes muscles expriment, la façon dont tes mains me touchent, me guident, me parlent de tes envies… ta façon de foncer vers le plaisir… et aussi ta façon de me chauffer avec tes mots… j’adore quand t’es tellement excité que ton côté dominant ressort… je kiffe à mort… et j’aime jouir avec toi… ».

    « Moi aussi j’aime jouir avec toi… ».

    « Et en plus tu enchaînes, t’as toujours la trique… ».

    « Tu sais, il n’y a qu’avec toi… ».

    « De quoi ? » je fais, intrigué.

    « Il n’y a qu’avec toi que j’enchaîne quatre, cinq fois dans une nuit… ».

    « Avec personne d’autre ? ».

    « Non, personne, jamais… ».

    « C’est vraiment fou comment on se fait du bien… » je considère.

    « Oh, que oui… ».

    « J’aime jouir avec toi mais j’aime aussi être dans tes bras, après, comme maintenant… ».

    « Moi aussi… » il lâche, après un instant de silence, en me regardant droit dans les yeux.

    Dans sa voix, dans son regard, je le sens si heureux.

    Son sourire doux et adorable, c’est le sourire d’un petit gars que se laisse enfin aller, le sourire d’un mec qui a un besoin immense de recevoir et de donner de l’amour.

    « J’en ai faites des conneries, mais si j’ai fait une bonne chose, c’est de t’appeler… ».

    « Merci Maxime… » je rigole.

    « Je crois que je t’aurais appelé même si le frérot ne m’avait pas botté le cul… je ne pouvais pas partir à Paris de cette façon, après m’être comporté comme un salop… ».

    A cet instant précis, jai envie de le caresser, de le serrer contre moi, de lui faire mille câlins, mille bisous. J’ai envie de ne plus jamais partir de cette maison, de ce lit, de cette étreinte avec mon adorable Jérém.

    Sa chaînette effleure la peau entre mes pecs ; alors, je trouve marrant d’attraper quelques mailles pour l’attirer vers moi et lui faire un bisou.

    « Ça vient d’où cette chainette ? » j’ai envie de lui demander.

    « C’est un cadeau… ».

    « Un cadeau de qui ? ».

    « De ma mamie… elle me l’a offert à la rentrée de seconde… enfin, ma « première » seconde… j’y tiens beaucoup… ».

    Qu’est-ce qu’il me touche, mon bel étalon, lorsqu’il redevient poulain en parlant de ses grands-parents.

    « J’ai chaud… » il s’exclame, tout en relevant son torse et en se déboitant de moi.

    Il attrape du sopalin, il m’en passe un bout ; je le regarde en train d’essuyer son torse, opération qui prend un certain temps, le relief de ses abdos ne facilitant pas les opérations de nettoyage…

    Un instant plus tard, il s’allonge à côté de moi, sur le dos, il pose une main par-dessus son nombril, il ferme les yeux, il prend une inspiration profonde, puis il émet une expiration tout aussi longue.

    « Ça va ? » je lui demande une nouvelle fois.

    « Si si, ça va très bien… c’est juste que… je ressens une chaleur de ouf dans le ventre, comme s’il y avait du feu dedans… je crois que je n’ai jamais autant pris mon pied… ».

    « Moi non plus je n’ai jamais autant pris mon pied… ».

    Et, ce disant, je change de position, je m’allonge de façon à pouvoir poser ma tête sur ses abdos ; je me laisser bercer par la chaleur de sa peau, par sa respiration – qui se calme enfin –, je m’enivre de cette petite odeur si particulière que dégage son corps après l’amour : une odeur à la fois forte et douce, une odeur de transpiration, de sexe, une odeur de petit mâle, comme si son corps tout entier sentait l’amour.

    La cheminée irradie sa chaleur rassurante, et la main puissante et chaude de Jérém vient se pose sur mes abdos, sur ce ventre que sa queue et sa semence viennent de chauffer à blanc.

    Je tourne la tête pour le regarder : le feu de la cheminée illumine son beau visage. Jérém dort déjà.

    Je le regarde longuement, inlassablement, jamais repu de sa beauté presque surnaturelle ; tout, chez mon Jérém, respire une sensualité de chaque instant, une sexualité débordante ; tout chez lui crie au sexe. Pourtant, à cet instant précis, une infinie tendresse se dégage de lui.

    Je me lève, je passe à la salle de bain ; lorsque je reviens au lit, mon Jérém s’est glissé sous les draps ; il est toujours allongé sur le dos, l’air endormi comme un bébé. Je me glisse à mon tour sous les draps et je m’allonge contre lui ; et là, comme s’il avait ressenti ma présence et mon vœux le plus cher, il se tourne sur un flanc, dans la position idéale pour que je puisse le prendre dans mes bras : même dans le sommeil, les gestes et les intentions se combinent avec une perfection bouleversante.

    Mes jambes épousent ses jambes, mes cuisses les siennes, mon torse son dos puissant, mon visage, le creux de son épaule, mon bras enserrent sa taille.

    La chaleur de son corps contre le mien, son parfum léger qui enivre mes narines, sa respiration paisible, sa présence rassurante : je crois qu’il faudrait pouvoir capter tout mon ressenti à cet instant précis pour illustrer pleinement le mot « Bonheur ».

    « Bonne nuit, mon amour… » je ne peux m’empêcher de lui chuchoter à l’oreille, tout en posant quelques bisous dans son cou.

    Pour toute réponse, je n’obtiendrai qu’un petit grognement, que je trouve pourtant tout mignon. Mais alors que je crois que mon bonheur est parfait, quelque chose vient me rappeler que tout degré d’émotion, même celui qu’on croirait d’une intensité ultime, est en réalité tout à fait relatif : ainsi, lorsqu’un instant plus tard, sa main saisit la mienne et la pose sur ses pecs, mon bonheur atteint des sommets dont je ne soupçonnais même pas l’existence.

    Oui, dans cette maison isolée au bout du monde, il s’est produit un petit miracle : entre ces quatre murs en pierre, j’ai trouvé le Jérém de mes rêves. Et il est pourtant bien réel. Je suis tellement heureux, que j’ai à nouveau envie de croire en l’amour, en Jérém et moi, en nous.

    Je sais que le temps nous est compté, que dans quelques jours (je ne sais même pas quand, nous n’en avons même pas parlé), mon Jérém partira à Paris, et moi à Bordeaux ; mais depuis ce baiser sous la halle de Campan, voilà que ces montagnes, cette petite maison, cette cheminée qui dégage une chaleur douce et rassurante, sont le seul horizon dont j’ai besoin.

    Car dans ces montagnes, dans cette maison, dans ce lit, dans cette accolade avec mon Jérém après l’amour, je me sens terriblement bien ; je me sens en sécurité, comme on se sent en sécurité quand on se sent aimés.

    Alors, je me refuse de penser à demain : j’ai envie de lâcher prise, de vivre l’instant, chaque instant de ces quelques jours et nuits qu’il nous sera donné de passer ensemble ; j’ai envie de me laisser porter, de me laisser conduire vers l’inconnu, de perdre pied, si délicieusement, de découvrir autant que je le peux, ce nouveau, incroyable, adorable Jérém.

    Le pluie a cessé de tomber, mais le vent souffle toujours ; dehors, il doit faire froid ; mais à l’abri dans cette petite maison, il fait chaud, il fait bon, il fait bonheur. Et cette masure sans électricité devient un château. Je voudrais que ce moment dure à tout jamais.

    Bercé par le bruit léger de sa respiration, enivré par la chaleur, la douceur, l’odeur délicieuse de sa peau, je m’endors,.

     

    Lorsque j’émerge de mon sommeil, je ne sais pas bien quelle heure il est, ni depuis quand je dors ; je ne suis réveillé qu’à moitié, je suis à moitié dans les vapes ; ainsi, il me faut un certain laps de temps pour me souvenir que je me suis endormi en tenant mon Jérém dans mes bras ; et pour réaliser que je me trouve désormais enlacé par ses bras puissants, enveloppé par son torse chaud, ma nuque chatouillée par son souffle brûlant, mes fesses et ma rondelle assiégées par sa queue à nouveau raide comme l’acier.

    Dehors, le vent n’a pas cessé, la charpente grince toujours ; le feu dans la cheminée a un peu perdu de son intensité ; mais ce qui n’a pas perdu de son intensité, c’est l’érection de mon bel étalon.

    Vraiment, ce mec est incroyable…

    Oui, visiblement, mon Jérém a à nouveau envie ; et cela suffit pour réveiller illico la mienne. Ainsi, sans réfléchir, cédant à mon désir brûlant, j’entreprends à onduler légèrement mon bassin : la sensation du frottement de son gland autour de ma rondelle fait grimper mon envie de recommencer à faire l’amour ; et, apparemment, la sienne aussi. Le bogoss ne tarde pas à me chuchoter à l’oreille, la voix vibrante d’excitation :

    « J’ai encore envie de toi… ».

    « Oh, moi aussi j’ai encore envie de toi… » je lance, dans un état presque second.

    « Tu me rends dingue… » je l’entends susurrer.

    Si j’avais cru, lors de la première révision, entendre un jour ces mots de la bouche de mon Jérém ! Si mon excitation n’était pas si forte, je crois que je ne pourrais pas retenir mes larmes.

    « Alors, fais-moi l’amour comme tout à l’heure… ».

    « Oh, Nico… ».

    Un instant plus tard, le bogoss se laisse glisser en moi et recommence à me faire l’amour, dans cette position, sur le flanc ; ses va-et-vient sont lents et réguliers, à chaque fois il s’enfonce en moi jusqu’à la garde ; ses doigts ne quittent jamais mes tétons, ils jouent avec, me rendent fou. Sentir mon Jérém coulisser en moi est un bonheur sans égal ; me faire tringler de cette façon impromptue, entre sommeil et veille, c’est juste un truc de fou.

    Et lorsque je l’entends grommeler bruyamment son plaisir, je suis le gars le plus heureux de la Terre.

    Le bogoss se blottit contre moi, la respiration haletante. Je sens sa main se poser sur ma queue.

    « T’as envie de jouir ? » il me demande.

    « Non, non, tu m’as déjà fait jouir comme un malade… demain… demain… ».

    « T’es génial, Nico… ».

    « Toi aussi, Jérém, toi aussi… ».

    Blotti dans ses bras, enveloppé par la chaleur de son corps, par l’odeur de sa peau, rempli de sa virilité, bordé par sa tendresse et sa bienveillance, je m’endors à nouveau.

     

     


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  • Après un coup de fil inattendu et un voyage sous une pluie battante, je viens de retrouver mon Jérém sous la halle en pierre du petit village de Campan.
     

    « Ça veut dire quoi MonNico ? » je lui balance de but en blanc, sans réfléchir.

    « De quoi ? ».

    « La fois où je t’ai appelé, quelques jours avant ton accident, j’ai entendu cette nana te demander : « C’est qui MonNico ? » ; alors, je te demande ce que ça veut dire MonNico… si toutefois ça veut dire quelque chose… ».

    Jérém ne répond pas, il continue de fumer sa cigarette. C’en est trop pour moi.

    « Va te faire voir, Jérém, je me tire ! » je lui balance, tout en me retournant pour repartir, en essayant de retenir mes larmes.

    Je n’ai pas fait un pas que je sens sa main attraper mon avant-bras, m’obligeant à me retourner.

    « Attends, Nico… ».

    « Lâche-moi ! » je lui lance sèchement, tout en me dégageant de sa prise et en repartant vers la voiture.

    Et là, Jérém m’attrape une nouvelle fois par l’avant-bras, la puissance de sa prise traduisant sa détermination ; une nouvelle fois, il m’oblige à m’arrêter, à me retourner ; et cette fois-ci, son mouvement m’attire vers lui.

    Je me retrouve les épaules collées contre le mur en pierre, enveloppé par son parfum qui me met en orbite, ses yeux noirs pleins de feu plantés dans les miens, nos nez à vingt centimètres l’un de l’autre.

    Sa pomme d’Adam s’agite nerveusement ; dans son regard, une étincelle que je lui connais bien, une flamme incandescente qui ressemble et tout et pour tout à celle qui brûlait dans son regard pendant la semaine magique ; la même, mais avec plus d’intensité, car mélangée à une sorte d’angoisse, de peur.

    Le temps est comme suspendu, figé ; comme si plus rien n’existait au monde, à part nos regards qui se cherchent, s’aimantent.

    Un grand homme disparu a dit : il y a des jours, des mois, des années interminables où il ne se passe presque rien ; et puis il y a des minutes et des secondes qui contiennent tout un monde.

    Et ce monde, ce nouveau monde, je l’ai vu, à cet instant précis, dans son regard.

    Sa main glisse doucement derrière ma nuque, sa paume est si chaude, si délicate, elle fait plier légèrement mon cou ; le sien se plie aussi, et nos visages se rapprochent : jusqu’à ce que ses lèvres tremblantes se posent sur les miennes. Puis, très vite, son baiser se fait plus appuyé, et sa langue s’insinue entre mes lèvres.

    Jérém m’embrasse et dans ma tête c’est le blackout ; je l’embrasse à mon tour, heureux, en larmes.

    Dans un coin de la halle de Campan, pendant que la pluie tombe dehors, voilà enfin le premier vrai baiser de Jérém, à la fois fougueux et presque désespéré.

    Jérém m’embrasse longuement, le goût de ses lèvres est délicieux. Un instant plus tard, son nez, son souffle et ses lèvres effleurent la peau de mon cou : je vais devenir dingue.

    « Ça te convient comme réponse ? ».

    « Quelle réponse ? » je fais, perdu, désorienté.

    « Tu voulais savoir ce que ça veut dire MonNico… »

    « Ah, oui… c’est un bon début… ».

    « Tu m’as manqué… » il me chuchote.

    « Toi aussi tu m’as manqué… »

    Je pleure.

    « Ne pleure pas Nico… ».

    Je le sens lui aussi au bord des larmes.

    « Je suis content que tu sois là… » il me glisse à l’oreille, alors que la chaleur de son corps, la puissance de son étreinte, ses bisous dans le cou, son parfum m’étourdissent.

    « Tu veux toujours repartir à Toulouse ? » il me nargue, adorable.

    « Je crois que je vais attendre un peu… ».

    Je ne peux résister à la tentation de chercher à nouveau le contact avec ses lèvres enfin accessibles, à l’envie brûlante de l’embrasser à nouveau, et de le serrer très fort contre moi. Nos baisers, nos caresses ont une intensité enflammée, fiévreuse : j’ai eu peur de le perdre à tout jamais et j’apprécie donc à sa juste valeur – immense valeur – le cadeau inouï de le retrouver. Et le plus beau dans tout ça, c’est que j’ai l’impression que c’est la même chose pour mon Jérém : que lui aussi a eu peur de me perdre, qu’il a eu peur que je ne vienne pas le rejoindre, malgré son invitation sincère ; et qu’il est on ne peut plus heureux de me retrouver.

    Je ferme les yeux et dans ce déluge de baisers, je ressens la sensation de respirer enfin à pleins poumons, après avoir été en apnée pendant des semaines, depuis notre rupture ; avec, en même temps, la sensation que la chape de plomb qui, depuis le début de nos révisions, empêchait Jérém de se dévoiler et à nos sentiments réciproques de se rencontrer, s’est évaporée.

    J’ai l’impression de me retrouver enfin face au (ou plutôt enlacé au) véritable Jérém ; j’ai envie de croire que ses bras puissants vont m’enserrer et me protéger à tout jamais ; j’ai envie de tout lui pardonner, j’ai envie de lui demander de tout me pardonner ; j’ai envie de me jeter âme et corps dans ce bonheur enfin possible, envie de profiter de cet instant magique. J’ai juste envie d’être heureux. Avec lui.

    J’ai envie de pleurer et je pleure. Nos respirations profondes se mélangent, la chaleur de son corps réchauffe mon corps, mon cœur.

    Quelle longue route, sinueuse et accidentée, combien de questionnements, de peurs, de souffrances, d’erreur, de larmes, avant de connaître ce bonheur. La route a été rude, mais la destination en vaut largement la peine.

    Lorsque nos corps se séparent, nos regards se croisent, nos émotions respectives se découvrent, se comprennent. Mon bobrun aussi a les yeux humides. C’est beau et touchant un garçon qui se retient de justesse de pleurer de bonheur.

    « Tu es garé où ? ».

    « Sur… sur le… parking… de l’autre côté de la rue… » je tente de lui répondre, en essayant péniblement de ne pas sangloter, face à ce bonheur insoutenable.

    Ses caresses, ses baisers – et, surtout, son tout premier, vrai baiser – m’ont mis ko : je suis comme lessivé, je me sens comme si un rouleau compresseur m’était passé dessus.

    Jérém me tend une main, et je la saisis, comme une évidence ; nous traversons la halle, les doigts enlacés.

    Nous n’avons pas parcouru la moitié de sa longueur, et déjà je ressens le besoin irrépressible de tourner la tête pour regarder mon bobrun, comme pour me convaincre que je ne suis pas en train de rêver ; la sienne se tourne au même instant, je rencontre son regard, son sourire ému ; je lui souris à mon tour, et le bobrun m’attire une nouvelle fois contre lui. Qu’est-ce que j’aime le goût de ses lèvres et de sa langue, qu’est-ce que j’aime sa fougue, sa passion, son ardeur ! Qu’est-ce que j’aime ce nouveau Jérém !

    Nos lèvres sont toujours collées à la superglue lorsque, du coin de l’œil, je capte une présence sous la halle : une femme avec un gros sac est en train de profiter de l’abri pour traverser la petite place. Elle nous voit, elle nous toise, elle écarquille grand les yeux, l’air visiblement offusqué par ce qu’elle voit.

    « Jérém, on est pas seuls… » je le préviens.

    Quelques bisous plus tard, Jérém tourne la tête et capte la femme au gros sac et aux gros yeux qui n’arrête pas de nous mater ; et, loin de se sentir mal à l’aise, mon bobrun la fixe à son tour de façon directe et insistante.

    « Qu’est-ce qu’il y a, t’as jamais embrassé personne ? » il la ramène, railleur.

    La femme presse le pas, l’air décontenancé.

    « On va y aller, Jérém… on peut nous voir ici… ».

    « Je m’en bat les couilles… », fait-il, en posant un dernier bisou sur mes lèvres.

    Nous arrivons sur le seuil de la halle ; un pas de plus, et ce sont des trompes d’eau qui nous attendent. Jérém rabat la capuche de son pull, prêt à se jeter dans le déluge : je me prépare à lui enjamber le pas, lorsque son bras m’interdit d’avancer.

    Et là, je le vois rabattre à nouveau la capuche sur ses épaules, ouvrir le zip de son pull, avant de l’enlever carrément, dévoilant au passage le fameux maillot que je lui avais offert et qui lui va comme un gant – un gant sexy, redessinant à la perfection sa plastique de fou.

    Je ne me suis pas trompé, ni de maillot, ni de taille ; ce bout de coton bien coupé, posé sur ses épaules, est un truc de fou : le V de son torse et ses biceps rebondis sont mis en valeur d’une façon qui donne le tournis ; le col épouse son cou puissant à la peau mate, les trois petits boutons ouverts dévoilent la naissance de ses pecs à la pilosité naissante, pecs que le tissu souligne d’une façon scandaleuse, jusqu’à laisser pointer les tétons ; chaînette, grain de beauté, brassard tatoué, le deuxième tatouage qui rentre par le biceps, ressort du col du maillot et remonte le long de son cou : chacun des ingrédients magiques de sa sexytude sont sublimés par ce maillot enchanté.

    Enchanté parce que, une fois encore, un simple bout de coton donne l’impression d’avoir été coupé sur mesure sur sa plastique de fou ; enchanté, aussi, par ce que ce maillot représente – sa passion pour le rugby, son admiration pour un immense joueur – chose qui ajoute un aura, un supplément de sexytude à mon adorable Jérém.

    Un instant plus tard, le pull gris atterrit sur mes épaules.

    « Garde le, Jérém… » je ne peux m’empêcher de m’exclamer, en comprenant ses intentions.

    Je suis profondément touché par son geste adorable ; j’ai de plus en plus envie de pleurer.

    « Non… ».

    « Tu vas te tremper… ».

    « M’en fiche… ».

    Je sais que je n’aurai pas gain de cause. Mon bonheur augmente encore d’un cran, à des sommets que je ne croyais même pas possibles. Non, je n’ai jamais été autant heureux de ma vie.

    Je passe le pull par-dessus mon blouson, et Jérém rabat la capuche sur ma tête : je suis immédiatement envahi par son odeur et par sa chaleur. Et je suis bien, tellement bien.

    Nos regards se croisent, nous sourires, nos bonheurs se mélangent : j’ai envie de le bouffer. Un clin d’œil de bobrun, et c’est le top départ : nous quittons la halle, nous fonçons sous la pluie en rigolant comme des gosses ; j’ai envie de lui faire un million de bisous, de le prendre dans mes bras et de le serrer très fort contre moi, j’ai envie de faire l’amour avec lui, brûlante envie, la même envie que je vois dans ses yeux, aussi incandescente que la mienne.

    « Voilà ma voiture… » je le préviens lorsque nous arrivons à proximité de ma caisse.

    « Tu m’amènes à la mienne ? ».

    « Bien sûr… ».

    Bien sûr que je vais l’y amener : juste, il faudrait d’abord que j’arrive à ouvrir ma caisse. Mes mains tremblent, j’essaie d’ouvrir la porte, je n’y arrive pas ; les clefs me tombent des mains, elles atterrissent dans un nid de poule rempli d’eau. Je les ramasse, elles sont glissantes, je tremble de plus en plus.

    Pendant que je galère, je capte mon bobrun en train de se mouiller à vue d’œil, les cheveux bruns ruisselants d’eau, l’air pourtant amusée ; il est beau à en pleurer.

    Je ne sais pas comment, mais j’arrive enfin à ouvrir la porte conducteur.

    « Il était temps… » il se marre.

    « Ne te moque pas… ».

    Je rentre dans la voiture, j’ouvre la porte passager, le bogoss rentre comme une furie.

    « Si j’avais su, je n’aurais pas pris ma douche… ».

    « Petit con… » je lui balance, juste avant que nos lèvres s’attirent à nouveau. Nous nous embrassons longuement, pendant que les vitres dans le petit habitacle se couvrent de buée.

    Je me fais violence pour quitter ses lèvres et démarrer la voiture. Je mets le désembuage à fond, j’ouvre la fenêtre de mon côté. Je tente de reculer pour sortir de la place de parking : je suis un conducteur peu expérimenté, l’opération s’avère laborieuse.

    Je sens son regard sur moi, un brin taquin.

    « Ne te moque pas… » j’insiste.

    « Je ne me moque pas… ».

    « Je le sais que je suis nul… ».

    « Tu viens d’avoir ton permis… ».

    C’est la première fois que quelqu’un monte en voiture avec moi, et le hasard a voulu que ce soit mon Jérém ; Jérém, qui a été parfois mon « chauffeur », Jérém par qui je me suis laissé conduire, complètement confiant, impressionné par son aisance – et parfois sa désinvolture – au volant, charmé par ce petit supplément de virilité que cette position peut conférer à un garçon.

    Le fait de le voir désormais à la place de conducteur me fait un drôle d’effet ; et le voir me faire confiance avec un tel naturel me touche immensément. Pourtant, mon manque de confiance me joue des tours : sa présence m’impressionne, et me fait perdre mes moyens.

    « Respire un bon coup, ça va aller… » il m’encourage, tout en passant sa main sur le parebrise et en baissant la vitre de son côté pour augmenter la visibilité.

    « Vas-y, recule, il n’y a personne, tu n’accroches rien… » fait-il, en passant la tête dehors, malgré la pluie battante, tout en posant une main sur ma cuisse.

    Je suis son conseil, je respire un bon coup ; aidé pas ses encouragements, j’arrive enfin à sortir de la place de parking.

    « Dis-donc, t’as une voiture de bourge… » il se moque.

    « N’importe quoi, elle ne voulait même pas démarrer tout à l’heure… ».

    « C’est pour ça que t’es grave à la bourre… » il rigole.

    « J’ai essayé de t’appeler, mais je n’arrivais pas à te joindre… ».

    « Le portable ne passe pas ici… ».

    « Mais hier tu m’as appelé… ».

    « Hier je suis descendu à Bagnères pour t’appeler… ».

    « Ah… ».

    « Deux minutes de plus et j’allais partir… tu te serais retrouvé seul comme un con… ».

    « Je ne serais pas reparti avant d’avoir retourné le village pour te retrouver… ».

    Jérém rigole, mais je le sens touché par mes mots.

    « Au stop, c’est à gauche… ».

    « Ok… ».

    « Vas-y doucement, c’est pas loin… la voilà… elle est garée là, cinquante mètres plus loin, sur la droite… ».

    En voyant la 205 rouge, la voiture dans laquelle je suis plusieurs fois rentré de retour de boîte de nuit avec mon Jérém, direction les révisions nocturnes dans l’appart de la rue de la Colombette, je ressens un immense frisson dans le ventre.

    « C’est bon, arrête-toi ici… tu vas me suivre… ».

    « C’est loin ? ».

    « Cinq petites minutes… au fait, si tu veux appeler chez toi, il faut le faire ici » fait-il en m’indiquant une cabine juste à côté « il n’y en a pas d’autres, et chez moi, le portable, c’est même pas la peine… ».

    Submergé par le bonheur, je n’y pensais même plus : je trouve touchant qu’il y ait pensé à ma place.

    « Ah oui… je vais appeler… ».

    Je sors de la voiture et je cours à la cabine pour appeler maman.

    Je lui explique que je suis bien arrivé, que le temps est pourri, que j’ai bien retrouvé Jérém. Elle me demande si tout se passe bien.

    « Oui, maman, tout se passe très bien… ».

    Si tu savais, maman, à quel point tout se passe bien, et d’une façon que je n’aurais même pas pu imaginer.

    « Alors, elle est rassurée, ma-ma-n ? » fait-il, moqueur, lorsque je reviens à la voiture.

    « Oui… ».

    Le bogoss me sourit et me fait un bisou derrière l’oreille. Je frissonne, comme parcouru par une décharge électrique.

    « Allez, on y va… ».

    Jérém s’apprête à sortir de ma voiture, et l’idée de le quitter, ne serait-ce que le temps d’un court trajet, m’est insupportable ; j’ai envie de monter dans la 205 avec lui, j’ai envie de me laisser conduire, n’importe où.

    Je ne peux m’empêcher de tâter son biceps pour me convaincre que tout cela est bien réel : lorsque mes doigts effleurent sa peau, j’ai l’impression que ce simple contact génère des étincelles. La peau est douce et soyeuse, et le muscle ferme et rebondi. Qu’est-ce qu’il est épais et ferme son biceps, un vrai biceps de beau mâle. Mon Jérém, ce magnifique animal.

    « Allez, à toute… » fait-il, avant de claquer un dernier bisou sur mes lèvres et de quitter la voiture en vitesse.

    Je le regarde se précipiter dans la 205 rouge, démarrer et prendre la route. Je suis tellement impatient de découvrir où elle va m’amener.

    Le ciel est gris, lourd, le nuages très basses, opprimantes, le brouillard semble glisser le long des pentes, se nicher entre les reliefs ; il n’est pas tard mais la lumière est très faible ; le jour commence à mourir, le brouillard et le nuages se confondent ; nous avançons dans un décor de sinistre grisaille dont on ne voit pas le but.

    Dans ce paysage terne et monotone, la 205 rouge de Jérém apparaît comme une note de couleur, unique et pourtant si intense : à cet instant précis, enveloppé dans la chaleur parfumée de son pull, la 205 rouge est mon Etoile Polaire.

    Nous quittons le village de Campan et nous empruntons une route sur la droite qui monte et part dans la montagne. La route est étroite et sinueuse ; au fil des virages, nous traversons des endroits boisés, nous longeons des parois rocheuses. Le paysage se fait de plus en plus sauvages, le bois et la pierre sont partout autour de nous : la montagne nous entoure, avec son allure épurée, solennelle, immuable ; elle force le respect, et elle nous rappelle sans cesse que nous ne sommes que ses invités d’un instant.

    Oui, tout, dans ce paysage sans couleur, semble parler de froid, d’humidité, d’hiver, de solitude, de tristesse : pourtant, lorsque je regarde la 205 rouge devant moi, voilà que ce décor devient pour moi la source d’une joie indescriptible. C’est incroyable comment un jour de pluie peut retrouver le soleil, et de si belles couleurs, grâce à un simple mot, à un simple baiser, à une simple présence. Quand la lumière est dans le cœur, toutes les choses semblent belles.

    Les virages sont de plus en plus étroits ; Jérém avance de plus en plus lentement, et je l’entends même klaxonner pour annoncer sa présence avant de les emprunter. Puis, la 205 rouge ralentit encore, elle finit tourne une nouvelle fois à droite ; elle emprunte une sorte de rampe conduisant dans une cour en pente, au bout de laquelle se trouve une petite maison en pierre avec le toit en ardoise.

    Posée dans un décor de nuages, de pluie et de brouillard, la petite maison semble installée au milieu de nulle part ; au gré des vents, le rideau de grisaille se déchire par moments et par endroits, dévoilant les flancs de montagne sombres et boisés. Avec sa cheminée plutôt massive qui laisse échapper une fumée claire, on dirait une masure sortie tout droit d’un conte pour enfants.

    Jérém sort de sa voiture, et court se mettre à l’abri sous le petit auvent en façade de la petite maison ; je le vois faire de grands signes pour me faire avancer et me garer au plus près.

    Lorsque j’ouvre la porte de la voiture, la pluie tombe violemment, le vent est fort et froid, encore plus qu’au village. La nature semble hostile, mais très vite, je suis charmé par un bouquet d’odeurs de sous-bois et de nature sauvage, auquel se mélange l’odeur du bois qui brûle ; ça sent à la fois le froid de l’hiver et la chaleur d’une pièce chauffée par une grande cheminée : bref, ça sent la montagne.

    Je rejoins Jérém sous le petit auvent, alors qu’il est en train de passer et repasser sa main dans ses beaux cheveux bruns pour les rabattre en arrière et les essorer. Putain, qu’est-ce qu’il est sexy ! Avec ses cheveux mouillés et en bataille, son regard adouci, il me fait craquer comme jamais.

    J’ai envie de l’embrasser à nouveau, et lui aussi en a envie : nous nous précipitons pour chercher les lèvres de l’autre au même instant, comme une évidence : quand l’amour est là, les gestes viennent avec un naturel, une coordination, une harmonie, une complicité étourdissantes.

    Derrière la porte vitrée, les ombres du feu s'agitent dans la pièce sombre. Instinctivement, je sais qu’il suffit de passer cette porte, pour être au chaud, à l’abri, pour aller à la rencontre d’un bonheur magique. Et à ce bonheur, c’est Jérém qui va m’y amener.

    « Viens, on rentre, il fait meilleur dedans… » fait le bobrun, tout en saisissant ma main, en ouvrant le battant porte et en m’entraînant à l’intérieur.

    A l’instant où je rentre dans la petite maison, je suis immédiatement saisi, enveloppé, comme foudroyé par la chaleur des flammes, une chaleur intense, douce et rassurante ; et aussi par cette délicieuse odeur de bois, de feu, de rustique, de bonheur simple.

    Un pièce à peine plus grande que le studio de la rue de la Colombette s’ouvre devant moi, dans la pénombre dansant au gré des mouvements des flammes : elle est dominée par la présence d’une grande cheminée ouverte ; à l’opposé de la cheminée, dans un coin, un petit lit ; un peu plus loin, une table et des chaises en bois brut, une vieille crédence ; et au milieu de ce petit espace sommairement équipé, le gars que j’aime comme un fou.

    « Je n’ai pas d’électricité… » semble vouloir s’excuser le bogoss « mais il y a du bois, on ne va pas se les geler… ».

    « C’est pas gra… » je tente de lui répondre.

    Une tentative destinée à rester inaboutie ; car, avant que je n’aie pu terminer ma phrase, Jérém me plaque contre le mur et m’embrasse à nouveau, comme affamé, insatiable, comme si ce contact lui faisait le même bien, lui offrait le même bonheur, le même frisson qu’il m’offre à moi. Ce qui doit vraiment être le cas.

    Lorsque nos lèvres se décollent, nos regards se croisent ; et dans le sien, je vois le regard d’un petit gars plein de tendresse et de bonheur. Mais déjà Jérém me serre très fort contre lui, ses lèvres me font des bisous tout doux dans le cou, en remontant vers mon oreille.

    Le bobrun qui m’a dit un jour pas si lointain : « je fais pas de bisous, je baise », est en train de me couvrir de bisous. J’en suis ému, bouleversé.

    Dehors, la tempête ne donne pas signe de vouloir se calmer, le froid et l’humidité sont partout, la nuit va bientôt tomber ; alors qu’à l’intérieur, le feu crépite dans la cheminée, et sa chaleur irradie sur mon visage, mes mains, dans mon cœur.

    « Enlève le pull, tu es trempé… » fait-il, tout en me faisant pivoter pour m’en débarrasser par lui-même.

    Puis, avec un geste assuré et très mec, il attrape son maillot par le bas, il le retourne le long de son torse ; comme un lever de rideau dévoilant une œuvre d’art tant attendue, le lever de maillot dévoile son magnifique torse musclé, ses abdos, ses pecs, ses tatouages en entier ; et après le choc de retrouver cette plastique divine qui m’a été inaccessible depuis un mois, cela me permet d’apprécier toute la beauté de ses adorables poils bruns en train de repousser.

    « Qu’est-ce que c’est beau… ».

    « Quoi, donc ? ».

    « T’as laissé repousser… ».

    Le petit coquin se contente de sourire.

    Je ne peux m’empêcher de caresser sa peau et ses petits poils, et ce simple contact me donne des frissons géants ; je ne peux pas non plus m’empêcher de poser des bisous entre ses pecs, de laisser traîner mon nez à la poursuite de l’odeur de sa peau mate, tout laissant mes mains affamées se balader un peu partout sur sa plastique de fou.

    C’est pendant ces errances que les bouts de mes doigts découvrent la surprise que me réserve sa demi-nudité.

    Intrigué, je fais à mon tour pivoter mon bobrun ; non, je ne m’y suis pas trompé : un truc qui ressemble à un petit pansement est collé derrière son épaule.

    « C’est quoi, ça ? ».

    « C’est un patch… ».

    « Un patch ? ».

    « Oui… j’essaie d’arrêter les conneries… ».

    « Ah bon… ».

    Là, je suis vraiment sur le cul. Naaaaan, mais ce n’est pas possible, je me suis trompé d’adresse, je me suis trompé de gars !

    « Tu veux arrêter la cigarette ? » je fais, encore incrédule, presque sonné.

    « Le médecin qui m’a fait passer la visite pour le Racing m’a dit que sans cigarette je jouerais mieux et plus longtemps… ».

    « Il t’a pas dit que ce serait mieux pour ta santé, surtout ? ».

    Pour toute réponse, Jérém me plaque une nouvelle fois contre le mur, sa langue s’insinue entre mes lèvres, déchainée, insatiable. Puis, ses mains ouvrent le zip de mon blouson, se glissent sous mon t-shirt ; ses doigts trouvent mes tétons, les caressent, les excitent. Je sens sa bosse raide contre la mienne, je sens l’envie de le sucer monter en flèche.

    Mais avant tout, j’ai envie de sentir ma peau contre la sienne, mon torse contre le sien. J’enlève mon blouson, que je laisse tomber par terre juste à côté ; la chaleur de la cheminée irradie sur mes bras, mon cou. Jérém a ôté son short et ses baskets et il est désormais torse nu et boxer.

    J’enlève le t-shirt et la chaleur de la cheminée irradie désormais sur tout mon torse, m’offrant une sensation d’immense bonheur ; un bonheur qui devient exponentiel lorsque Jérém vient coller son torse contre le mien, m’offrant une autre chaleur, une chaleur de mec, chaleur qui fait tellement, mais tellement, tellement de bien, au corps et au cœur, chaleur qui rend heureux.

    J’ai envie de lui, une envie si violente que ça me vrille les tripes ; et pourtant, j’ai tout autant envie que ces câlins, ces bisous, cette fougue, cette passion, ce bonheur ne s’arrêtent jamais. Comment choisir entre les deux ?

    C’est Jérém qui va apporter la réponse à mon dilemme : nos langues se mélangent toujours et déjà ses mains défont ma ceinture, ma braguette, descendent mon pantalon et mon boxer ; ses gestes transpirent le désir, l’impatience, l’urgence. Puis, alors que l’une de ses mains empoigne ma queue et entreprend de la branler doucement, l’autre agace mes tétons à tour de rôle ; mon excitation devient insoutenable, je n’ai plus qu’une envie, celle de lui offrir du plaisir, de n’importe quelle façon il le souhaite.

    Je ne sais pas encore de quoi il a envie, la, tout de suite ; mais ce que je sais, c’est que j’ai envie de lui offrir. S’il veut que je le suce, ce sera avec un immense bonheur ; et s’il veut me prendre direct, tant pis pour mon envie de l’avoir dans la bouche, ça attendra, j’ai aussi grave envie de l’avoir en moi.

    Ce que j’ignore, c’est le fait que je me trompe lourdement quant à ses intentions : peu après, le bogoss cesse soudainement de me branler et d’agacer mes tétons.

    Comme dans une image au ralenti, je croise son regard une dernière fois, avant que ses lèvres atterrissent dans le creux de mon cou et qu’elles commencent à déposer des bisous en descendant le long de la ligne médiane de mon torse ; peu à peu, ses épaules se dérobent lentement devant mes yeux, jusqu’à m’offrir une vue inédite, « aérienne », de ses beaux cheveux bruns en bataille.

    Ses lèvres contournent désormais mon nombril, et ne cessent de descendre, encore et encore ; sa main a saisi ma queue une nouvelle fois, elle la branle doucement ; ses lèvres ont atteint mon pubis.

    C’est là que l’impensable se produit : un frisson inattendu, bouleversant, affolant, troublant, me secoue de fond en comble, tout aussi bien dans le corps que dans l’esprit ; lorsque je suis surpris, percuté, assommé par un bonheur sexuel que je n’ai pas éprouvé souvent encore dans ma vie, celui provoqué par deux lèvres qui enserrent ma queue et d’une langue qui s’enroule autour de mon gland.

    Je sens ses mains saisir fermement mes cuisses ; je baisse mes yeux et je regarde ma queue disparaître partiellement dans sa bouche et réapparaitre au gré des va-et-vient de ses beaux cheveux bruns.

    L’étalon Jérémie Tommasi, qui ne prend son pied que par sa queue, est en train de me sucer, moi, le petit pd qui jusqu’à là n’avait que le droit de lui offrir ma bouche et mon cul pour son plaisir de mâle alpha.

    Une nouvelle fois, j’ai besoin de tâter ses épaules et ses biceps pour me convaincre que je ne suis pas en train de rêver : c’est bien ça, Jérém est en train de me sucer, moi debout contre le mur à côté de la porte d’entrée, lui à genoux devant moi, comme je l’ai tant de fois été devant lui.

    La chaleur de la cheminée réchauffe mon torse, mes bras, mon visage, sa bouche réchauffe ma queue, mon ventre. Je respire profondément, je sens l’air circuler dans me bronches, je sens le plaisir m’envahir, se diffuser dans chaque cellule de mon corps, envahir mon cerveau et mon esprit.

    J’ai eu beau me dire par le passé que mon plaisir « de mec » était secondaire face au plaisir d’offrir du plaisir à mon bel étalon : il n’empêche que je prends un plaisir fou à me faire sucer par le même étalon.

    Ce changement de position, de rôle, de plaisir, de point de vue, me bouleverse. Ce n’est pas la première fois que je me fais sucer : Stéphane m’a offert ce bonheur en premier, et Martin m’a fait une piqure de rappel le soir ou l’on a couché ensemble : mais là, là ça n’a rien à voir ; car – putain ! – là, c’est mon Jérém qui est en train de me sucer, mon Jérém, mon Jérém, mon Jérém !!! Et le bonheur est autant dans le plaisir purement sexuel que dans le fait que ce soit le gars que j’aime à le faire, tout en semblant prendre du plaisir à ce geste que je pensais impossible.

    Certes, pendant la semaine magique, j’avais eu l’impression que déjà il avait voulu s’y lancer, avant de faire marche arrière, surpris et indisposé par mon regard : j’en étais même venu à penser que ce petit « incident » avait été le début de la fin de cette semaine magique ; mais là, j’ai vraiment l’impression que nos seulement il a vraiment envie de me faire plaisir, mais qu’il se laisse aller à ses envies, qu’il les assume, qu’il assume qui il est, enfin.

    Ses va-et-vient, d’abord lentes, et d’une ampleur limitée, se font de plus en plus rapides, de plus en plus affirmés ; ma queue disparaît désormais complètement dans sa bouche et mon plaisir monte à grand pas ; un plaisir qui franchit un palier dangereux lorsque ses doigts viennent chercher mes tétons et les titillent de façon appuyée.

    Submergé par le bonheur sexuel, j’ai envie de lui faire plaisir à mon tour, d’encourager son geste, de lui montrer à quel point ça me fait du bien. Mes doigts s’enfoncent dans ses cheveux bruns et humides, ils caressent son visage, son cou, arpentent ses épaules, ses pecs, jouent avec ses tétons ; je courbe le dos pour poser des bisous, en plus des caresses, sur ses beaux cheveux bruns.

    Jérém me suce avec entrain, et c’est sacrement bon ; tellement bon que, pendant un court instant, je me surprends à me demander si ce talent est complètement inné ou bien s’il est le fruit d’une certaine pratique. Au fond, je sais qu’il a couché avec Thibault et il aurait bien pu découvrir ça avec son meilleur pote ; et puis, il y a les autres mecs, les inconnus qu’il a fait « couiner », comme il me l’a balancé lors de la dernière fois qu’il est venu chez moi, avant que je lui mette mon poing dans la gueule.

    Est-ce que, entre une pipe et une baise avec l’un ou l’autre des bomecs qu’il a pu se taper, il aurait eu envie de goûter à cela, de découvrir la sensation de tenir le plaisir d’un gars dans la bouche ?

    L’idée qu’il ait pu coucher avec un autre garçon, qu’il ait pu faire ça avec un autre garçon, m’est particulièrement insupportable, bien plus insupportable que l’idée de l’imaginer avec une fille.

    Mais le plaisir que mon bobrun est en train de m’offrir est si bouleversant que j’oublie très vite mes états d’âme ; j’enferme ma jalousie dans une pièce de mon cerveau pour profiter du bonheur présent, tout en me disant que j’aurai le temps plus tard pour me poser des questions et pour poser des questions.

    Mais pour l’instant, je décide – car, de toute façon, je ne peux faire autrement – de m’abandonner pleinement au bonheur des sens. Et mon abandon est si total que je sens très vite monter les signes annonciateurs de l’orgasme.

    « Attend, Jérém… » je tente de le prévenir.

    « Tu aimes ? » fait-il en se dégageant de ma queue. Je capte son regard, le bobrun a l’air bien émoustillé.

    « Grave… et… toi ? » je balance, fou d’excitation.

    Décidemment, le fait de voir mon Jérém à genoux devant moi, en train de me branler, est quelque chose qui me fait halluciner.

    Pour toute réponse, le bobrun recommence à me sucer de plus belle.

    « Attend, Jérém… si tu continues, je vais jouir… ».

    Mais le bobrun ne semble pas faire cas de mes mots, il continue à me pomper comme s’il voulait que ça arrive. Mon corps a envie de jouir, mais me tête s’y oppose ; j’ai envie de le sucer à mon tour, j’ai trop envie de le sucer. Mais en même temps, j’ai tellement envie de jouir : sacré nouveau dilemme…

    Finalement, l’envie de l’avoir en bouche se révèle plus violente que celle de jouir dans la sienne ; aussi, même si mon Jérém semble tout à fait devenu un autre Jérém, au fond de moi j’ai toujours peur qu’il n’assume pas à postériori ce que, dans l’excitation d’un instant, il semble pourtant prêt à s’autoriser. Mais avant tout, le fait est que j’ai rudement envie de l’avoir dans ma bouche…

    Je glisse mes mains sous ses aisselles et j’amorce le mouvement pour le faire relever. Le bogoss oppose d’abord une petite résistance, mais finit par céder face à ma détermination. Il se relève, il me regarde droit dans les yeux ; je l’embrasse, avide de profiter de ce bonheur, alors que j’ai toujours du mal à croire que cela soit enfin possible.

    Un instant plus tard, je l’attrape par la main, je l’entraine en direction du lit ; d’un simple geste de la main, je l’invite à s’y allonger : le bogoss se laisse tomber lourdement sur le matelas, le regard fripon, canaille. Il est beau à en perdre la raison.

    Un mois, un mois entier que je n’ai pas eu mon Jérém dans la bouche ; et ce Jérém, à fortiori ce nouveau Jérém qui me montre à quel point je compte pour lui, j’ai besoin de le pomper pour le faire jouir : c’est un besoin impérieux, presque vital.

    Je monte sur le lit à mon tour, je m’allonge sur lui, le contact avec son corps – torse contre torse, bassin contre bassin, sexe contre sexe – me fait un bien fou : je sens sa queue frémir au contact avec la mienne à travers le tissu fin de son boxer, je tente de glisser le long de son torse pour aller honorer sa virilité ;  mais ses mains m’en empêchent ; elles attrapent mes hanches, me font basculer sur le flanc : et je me retrouve ainsi allongé sur le matelas à la place de Jérém.

    Le bogoss est désormais allongé sur moi, nos visages sont à tout juste dix centimètres l’un de l’autre, je sens son souffle sur mes joues, sur mes yeux ; Jérém ne parle pas, je ne parle pas non plus ; il me regarde et je le regarde, son désir est palpable, le mien est brûlant. Sa beauté masculine et son parfum me font vaciller. J’ai envie de l’embrasser. Je plie mon cou, j’avance mon visage pour approcher mes lèvres des siens, mais le bogoss me plaque contre le matelas, il relève sa tête, il sourit, il se dérobe. Petit con, va ! Sexy, adorable, amoureux, joueur, petit con !

    Ma respiration est de plus en plus rapide, mon excitation de plus en plus insoutenable, mon désir ravageur : j’ai envie de lui, et plus rien d’autre ne compte.

    Jérém baisse lentement la tête, jusqu’à ce que sa chaînette effleure la peau de mon cou ; je ne peux résister à la tentation d’attraper quelques mailles et de m’en servir pour l’attirer vers moi, pour rapprocher nos visages. Le bobrun se laisse faire et lorsque nos lèvres se rencontrent, il m'embrasse comme fou, comme ivre, ivre de moi ; tout comme je le suis, ivre de lui.

    Ses bras m’enlacent et m’enserrent très fort contre lui ; je l’enlace et l’enserre très fort à mon tour, enivré par son parfum, fou de lui. Plus rien n’a d’importance à présent, ni la frustration de quatre mois de révision où souvent je me suis senti rien de plus que son vide-couilles, ni la violence de ses mots et de ses actes des dernières fois qu’on s’est vus avant l’accident, ni ma souffrance depuis un mois, ni ma peur panique de le perdre pour de bon lorsqu’il était dans le coma. Définitivement, je n’ai jamais été si heureux de ma vie.

    Voir un petit macho comme Jérém, jusque-là si retranché derrière ses tabous, ses interdits, ses conditionnements, le voir laisser enfin tomber ses barrières, se débarrasser de sa carapace ; le voir faire non pas un pas, mais des dizaines de pas vers moi, et tous en même temps ; le voir faire ces pas après m’avoir laissé désespérer que cela puisse arriver un jour : à mes yeux, cela ressemble à un miracle, à un bonheur qui n’a pas d’égal.

    Lorsque Jérém relâche son étreinte, j’arrive à le faire basculer sur le flanc à mon tour, et à me retrouver à nouveau allongé sur lui. Je suce ses tétons, je lèche chaque millimètre carré de la peau de son torse, je descends vers ses abdos, je trace en direction de sa queue ; son bassin est toujours habillé de ce magnifique boxer rouge et blanc, boxer outrageusement déformé par une érection imposante ; je glisse mon nez sur le coton tendu et je retrouve cette odeur délicieuse et familière, son odeur de jeune mâle.

    Jérém est désormais installé dans cette position que je trouve sexy par-dessus toutes, la position accoudée, le buste légèrement relevé ; le bogoss est en train de mater mes mouvements, l’air visiblement impatient de me mater en train de le sucer.

    Un instant plus tard, mes lèvres, ma langue se relaient pour agacer son gland par-dessus le coton fin du boxer. Un mois, que je ne l’ai pas dans la bouche ; alors, c’est presque une nouvelle, première fois. Ainsi, j’ai à la fois envie de découvrir au plus vite sa queue magnifique et de prolonger cet instant le plus longtemps possible.

    Le bobrun frissonne d’excitation. C’est à la fois avec impatience et avec une douceur extrême que je libère la bête tapie sous le coton doux.

    Putain, qu’est-ce qu’elle est belle ! Ces retrouvailles sont d’autant plus intenses que, pendant un mois, et jusqu’à encore 24 heures plus tôt, j’avais désespéré qu’elles arriveraient un jour.

    Alors, je commence à le pomper avec un bonheur indescriptible. Sous les assauts de ma langue et de mes lèvres, je sens mon Jérém vibrer de plaisir.

    J’ai envie de lui faire plaisir comme jamais, j’ai envie de marquer le coup pour fêter nos retrouvailles, et pour fêter ce nouveau, merveilleux Jérém : j’avale sa queue bien au fond de ma gorge, car je sais à quel point il aime ça. Je l’entends respirer de plus en plus profondément ; je veux le faire jouir, j’ai envie de sentir se giclées puissantes et chaudes dans ma bouche.

    Pourquoi ce mec m’inspire cette furieuse et violente envie de le pomper jusqu’à le faire jouir dans ma bouche ? Peut-être parce que c’est une bombasse de chez bombasse, un petit con sexy à mourir ; ou bien parce que je l’aime, et que le fait de le faire jouir, est désormais moins une façon de jouir moi-même qu’une façon de penser à son bonheur à lui.

    Très vite, je sens que je ne vais pas tarder à avoir son jus de mâle dans ma bouche. Mais le bogoss a d’autres projets en tête : ses mains saisissent mes épaules, m’invitent à changer de position ; je me laisse faire, impatient de découvrir ce dont il a envie.

    Oui, quand l’amour est là, les gestes s’enchainent avec un naturel, une coordination, une harmonie, une complicité étourdissantes.

    C’est ainsi que je me retrouve tête bêche avec mon bobrun. A nouveau il me prend dans sa bouche et il entreprend de me sucer ; alors, c’est tout naturellement que je recommence à la pomper à mon tour.

    La pluie tombe dehors, le feu crépite dans la cheminée, et je suis en train de faire un 69 avec mon Jérém, notre premier 69 : à cet instant précis, il n’y a plus d’actif ou de passif, de soumis ou du dominant ; il n’y a que deux mecs qui ont envie de faire plaisir à l’autre, de se faire du bien, parce que le plaisir de l’autre décuple leurs plaisirs respectifs.

    Là encore, c’est tellement bon que, très vite, je sens approcher le point de non-retour de ma jouissance.

    « Attends Jérém… ».

    « Tu aimes ? ».

    Qu’est-ce que j’aime cette façon de me demander si j’aime, comme pour se rassurer.

    « Oh, que oui… ».

    Et le bogoss recommence à me pomper.

    Mais qui est donc ce beau garçon déguisé en Jérémie ? C’est qui cet inconnu qui s’est glissé dans sa peau et qui est en train de me faire un truc de dingue, un truc que le Jérém que je connaissais auparavant serait bien incapable de me faire ?

    « Je vais pas pouvoir me retenir longtemps… ».

    « Moi non plus… ».

    « T’as pas fait le con depuis un mois ? » je ne peux m’empêcher de lui demander, tout en continuant à le branler.

    « J’ai toujours mis une capote… et… t… » fait-il, tout en continuant à me branler.

    « Moi aussi, j’ai toujours mis une capote… » je le devance.

    Je me sens rassuré, et j’ai envie de le rassurer à mon tour. J’ai envie d’aller au bout et j’ai envie qu’il aille au bout aussi, puisqu’il en a envie.

    Je recommence à le pomper, et le bogoss en fait de même. Très vite, alors que je me sens perdre pied, j’ai l’impression d’être sur le point de partir vers des sommets de jouissance dont jusque-là je n’avais même pas soupçonné l’existence.

    « Ah… ça vient… » je le préviens une dernière fois, moins pour le retenir que pour le prévenir, alors que ma jouissance échappe désormais à mon contrôle.

    Lorsque mon orgasme explose, c’est tellement intense que ça en est presque douloureux ; et mon bonheur sensuel va s’envoler encore, pour atteindre des summums vertigineux, lorsque je ressens des giclées bien lourdes, chaudes, denses, nombreuses percuter ma langue, lorsque son jus remplit copieusement ma bouche, lorsque je ressens son goût de jeune mâle se répandre dans mon palais.

    C’est une sensation qui me rend raide dingue, ce bonheur indescriptible de sentir qu’un peu de lui vient en moi, la sensation d’être envahi, fécondé par sa virilité, le bonheur de pouvoir goûter au nectar de sa jouissance, ce nectar exquis que j’avale par toutes petites gorgés, le savourant comme la plus précieuse des boissons. Qu’est-ce qu’il est bon ce jus de petit mâle, surtout après en avoir été privé pendant un mois !

    Je n’arrive toujours pas à réaliser que Jérém vient de jouir dans ma bouche en même temps que je viens de gicler dans la sienne. Mais alors que je continue de lécher son gland pour capter la moindre trace de son goût de mec, Jérém se penche per dessus le bord du lit, il attrape un t-shirt qui traîne, le porte à la bouche et s’empresse de recracher mon jus.

    Lorsque je me résous enfin à lâcher sa queue, Jérém s’allonge sur le lit, les bras pliés, les mains croisées entre sa nuque et l’oreiller, position dévoilant ses aisselles légèrement poilues ; des aisselles dégageant désormais, après l’orgasme, un bonne, intense odeur de mâle.

    Je m’enivre des bonnes odeurs que dégage sa peau et je me blottis contre lui, je lui fais des bisous dans le cou, sur l’oreille. Sa main se pose sur mon torse et elle le caresse tout doucement ; par moments, nos lèvres se rencontrent, des bisous s’échangent.

    Nous restons ainsi en silence pendant un petit moment, en train de récupérer de nos émotions.

    « T’as aimé ? » fait Jérém à un moment.

    « Oh oui, grave… et toi ? ».

    « C’est fort… » il lâche spontanément.

    « Le tien aussi, tu sais… » je fais, en rigolant.

    Dans la cheminée, le feu a perdu d’intensité. Sans ajouter un mot, Jérém se lève et, dans son plus simple appareil, il part rajouter une bûche dans l’âtre. Puis, il s’accroupit devant le feu, il allume une cigarette, qu’il entreprend de fumer en silence.

    Je ne peux résister à la tentation de le rejoindre, de m’accroupir à mon tour et de le serrer très fort dans mes bras.

    « Ça faisait un moment que j’en avais envie… » il finit par lâcher entre deux taffes « pendant cette semaine où l’on se voyait chez toi, une fois j’ai failli… ».

    « Je sais… »

    « Quand j’ai croisé ton regard, je n’ai pas pu… ».

    « Putain, j’aurais dû regarder ailleurs… » je tente de rigoler.

    Mais le bogoss continue tout droit sur sa lancée :

    « J’avais envie de savoir ce que ça fait… tu sembles prendre tellement de plaisir… ».

    « Ah, oui, je prends un plaisir de fou… ».

    « J’avais aussi envie de te faire plaisir… ».

    Je suis touché, je le serre un peu plus fort dans mes bras.

    « Et du coup, t’as aimé ? ».

    « Je… je crois… oui… je crois que oui… » et, il ajoute : « c’est la première fois, tu sais… ».

    Le feu commence à mordre dans la bûche que Jérém vient de rajouter, les flammes reprennent de la vigueur. Je ressens la respiration de Jérém par ma peau, elle est ample et régulière.

    Il balance son mégot de cigarette dans le feu, il se retourne, il me prend dans ses bras, il pose de tendres bisous dans mon cou, avant d’envoyer ses lèvres à la recherche de miennes. Nous nous échangeons des de bisous doux et pleins de promesses.

    « Je vais chercher du bois… » fait le bogoss, en se levant après m’avoir fait un dernier bisou.

    Pendant que je le regarde s’habiller – passer le maillot des Falcons, le boxer, le short, le pull gris à capuche, les chaussures – sa dernière phrase retentit dans ma tête : « je vais chercher du bois » ; je le regarde sortir dans la nuit tombante, sous la pluie, et j’ai l’impression de vivre un instant dans la vie d’un couple qui serait le mien, le nôtre, avec un mec qui s’occupe de moi, de mon confort, un mec dont je pourrais m’occuper à mon tour.

    Jérém revient avec les bras chargés de bûches fendues qu’il dépose dans un coin de la cheminée pour le faire sécher ; puis, dans la foulée, il ôte ses chaussures, se déshabille à nouveau, sa plastique de fou se dévoile ainsi comme un nouveau et assommant coup de gifle. Il me rejoint au lit, me prend dans ses bras, et me fait plein de bisous dans le cou. Sa barbe me chatouille un peu, mais c’est tellement bon.

    « Tu as dit quoi chez toi, pour venir ici ? » il me lance, de but en blanc.

    « Que je venais te voir… ».

    « Ils… savent… ? ».

    « Oui, ma mère sait tout… le soir où elle t’a vu, je lui ai tout dit… ».

    « Je n’ai pas dû faire une très bonne impression l’autre jour… ».

    « Elle se souvenait de toi… ».

    « Ah, oui, du mec à moitié à poil qui a mis du sang partout sur son carrelage… ».

    « C’est clair que c’est pas vraiment de cette façon que j’avais imaginé mon coming out… mais peu importe, c’est fait, et c’est une bonne chose… en plus, ça s’est très bien passé… ».

    « T’as de la chance… ».

    « Oui, j’ai une mère géniale… ».

    « Moi, la mienne, je ne sais même pas où elle est… ».

    Ses mots, et encore plus l’écho de la note de tristesse avec laquelle il vient de les prononcer, résonnent en moi et me rendent triste pour lui.

    « Ça fait longtemps que tu ne l’as pas vue ? ».

    « Oui, très longtemps… ni vue, ni même des nouvelles… je pense qu’elle a oublié qu’elle a deux fils… ».

    « Et ton père ? ».

    « Je crois qu’il me cracherait dessus s’il savait… ».

    « T’es vraiment sûr ? ».

    « Oh, oui, sûr et certain… déjà que rien de ce que je fais trouve grâce à ses yeux… ».

    « Mais quand-même… tu es un champion au rugby, tu as eu ton bac, tu as commencé à bosser… ».

    « Il s’en tape… on s’est tellement pris la tête à cause de sa pouffe… on n’a plus rien à se dire… ».

    « Il doit quand même être fier de toi maintenant que tu pars à Paris en pro… ».

    « Je ne sais pas… ».

    « Moi je crois que oui… ».

    « Pourquoi tu dis ça ? ».

    « Le jour de l’accident, je suis venu à l’hôpital… ».

    « Tu es venu le dimanche ? ».

    « Oui, Thibault m’a appelé… ».

    « Ah, ok… ».

    « Et ton père parlait de ta future carrière à Paris… il disait que tu avais tout pour être heureux… ».

    « Il n’en sait rien de ce qui me rend heureux… je n’ai pas eu le moindre coup de fil ou le moindre sms avant l’accident… et même à l’hôpital, il ne m’en a pas parlé… par contre, il ne s’est pas privé de me balancer dans la tronche des réflexions sur le fait que je me suis fait taper sur la gueule… ».

    « Ah, quand-même… ».

    « Mon père est quelqu’un de très rude… ».

    « Et ton frère ? ».

    « Maxime est un petit gars génial… ».

    « Il faut que je te dise un truc, Jérém… ».

    « De quoi ? ».

    « A propos de Maxime… ».

    « C'est-à-dire ? ».

    « Je suis revenu à l’hôpital dans la semaine… j’étais tellement mal de te voir sur ce lit, branché de partout, j’avais la peur au ventre que tu ne te réveilles pas… je me suis assis à côté de toi, j’ai attrapé ta main et j’ai commencé à te parler… ».

    « Je crois que je me suis rendu compte que tu étais là… ».

    « Tu as entendu ce que je t’ai dit ? ».

    « Je ne sais pas… je n’ai pas de souvenirs précis, juste des sensations… mais je sais que tu es venu, je le savais dès mon réveil… ».

    « Ce jour-là, ton frère est arrivé lui aussi dans la chambre… mais avant que je me rende compte qu’il était là, je crois bien qu’il a eu le temps de voir que je tenais ta main… et même d’entendre ce que je te disais… il a vu que j’étais vraiment pas bien, et il été super gentil… après, il m’a posé des questions… je crois qu’il sait… pour nous… ».

    « Oui, il sait… » fait Jérém, l’air sûr de lui.

    « Il sait ? ».

    « Après t’avoir quitté, j’ai tout foiré… j’allais mal, je déconnais méchamment… un soir, Maxime est venu me voir à la brasserie, à la fermeture… nous avons passé la nuit à discuter… ».

    « Tu lui as dit quoi ? ».

    « Je lui ai dit que j’étais perdu, que je ne savais plus où j’en étais… il a insisté pour savoir ce qui se passait… je lui ai dit que depuis quelques mois il se passait un truc avec un camarade de classe, mais que je n’arrivais pas à l’assumer… alors, quand il t’a vu à l’hôpital, il a dû faire le lien, et il a compris que ce camarade, c’était toi… ».

    « Il t’en a parlé, après ? ».

    « Oui, quand je suis sorti de l’hôpital… il m’a dit « texto » que si je t’appelais pas, j’étais vraiment très con… ».

    « Ah, oui, il est vraiment génial ton frérot… ».

    « Je te le fais pas dire… parfois, j’ai l’impression que c’est lui l’ainé… il a une vision tellement positive de la vie… il est tellement cool… ».

    « Pas tout le temps, quand-même… ».

    « Pourquoi tu dis ça ? ».

    « Si tu l’avais vu comment il était inquiet pour toi, le dimanche à Purpan… ».

    « Mon petit frérot… il a dû avoir la trouille… ».

    « On avait tous très peur, mais Maxime était au bout de sa vie… ».

    « Il est vraiment adorable… ce qui me fait chier dans le fait de partir à Paris, c’est que je le verrai beaucoup moins… ».

    « Ce qui me fait chier, dans le fait que tu pars à Paris, c’est que je te verrai beaucoup moins… ».

    « Je sais, moi c’est pareil… ».

    Je suis touché, je ne peux résister à la tentation de lui faire à nouveau des bisous.

    « Je suis désolé pour tout le mal que je t’ai fait… ».

    « Si c’était le prix pour se retrouver ici, de cette façon, ça en valait le coup… ».

    « Je me suis vraiment, vraiment comporté comme un con… ».

    « Peut-être un peu, oui… » je tente de rigoler.

    « Je suis désolé de t’avoir cogné… » il continue sur sa lancée, me faisant plein de bisous sur le visage.

    « Je t’ai cogné en premier… ».

    « Mais moi, je l’ai bien mérité… ».

    « Je suis désolé quand-même… ».

    « Tu peux » fait-il, en changeant radicalement de ton, en devenant soudainement taquin « et tu m’as pas raté… tu m’as décroché un putain de droit, je ne te raconte même pas… ».

    « J’ai été nul… ».

    « Ah, non, justement… je me suis battu quelque fois, j’ai donnée des coups et j’en ai reçus… mais putain, le tien c’était pas un droit de pd… enfin… si… mais c’était vraiment puissant ! Je ne pensais pas que tu avais tant de force… et surtout, je ne croyais pas que tu aurais le cran… ».

    « J’aurais dû me maitriser… ».

    « Non, au contraire… je crois que j’avais envie de te pousser au bout, de voir ce que tu avais dans le ventre… et je n’ai pas été déçu… ».

    « T’es vraiment qu’un petit con… ».

    Pour toute réponse, il me balance l’un de ses sourires incendiaires au charme incandescent ; un instant plus tard, il se glisse sous les draps, il me fait plein de bisous sur le torse.

    Lorsqu’il en ressort, il est tout ébouriffé, souriant, heureux ; il est beau, il est adorable, il a l’air d’un chiot qui a envie de jouer, de câlins, de tendresse, d’un petit gars avec un immense besoin de douceur.

    Mais, très vite, je me rends compte que le petit gars bande, tout comme je bande : nos désirs, nos corps et nos regards font des étincelles, lorsqu'il se frôlent, tout simplement. Alors, faire plaisir à mon bomâle brun devient un besoin presque vital.

    Un instant plus tard, Jérém est allongé sur le dos ; et pendant que je le suce à nouveau, ses mains saisissent et caressent tour à tour mes bras, mes épaules, mes cheveux ; ses doigts chatouillent mes tétons, et il m’excite à mort. Plus je lui fais plaisir, plus il me fait plaisir ; plus il me fait plaisir, plus j’ai envie de lui faire encore davantage plaisir. Je me fais violence pour quitter sa queue, mais je retrouve un nouveau bonheur en allant lécher ses couilles ; une petite digression que le bogoss semble toujours autant apprécier, si je m’en tiens à la façon dont il me demande de continuer, d’insister, tout en se branlant.

    Jérém est fou de plaisir, et cela me donne envie d’utiliser la dernière carte, le Joker ultime pour le rendre fou ; j’écarte ses fesses et j’envoie ma langue donner l’assaut sa rondelle. Jérém frissonne de plaisir, il kiffe à mort ; il se branle de plus en plus vite et je suis fou à l’idée qu’il ne va pas tarder à jouir, et que sa jouissance va être délirante.

    Mais là encore, le bogoss a d’autres projets : un instant plus tard, nos corps se remélangent, nos envies se recombinent, nos gestes s’enchaînent comme dans une sorte de ballet d’amour.

    Notre complicité sensuelle est totale : les gestes, la joie des corps et des esprits, le plaisir, le bonheur, tout est si naturel, en harmonie parfaite, lorsque l’amour est là.

    Me voilà allongé sur le ventre, vibrant sous l’effet de ses mains qui empoignent et écartent mes fesses, me voilà frémissant sous les assauts pleins de fougue que sa langue donne à ma rondelle.

    Et lorsque cette même langue remonte le long de ma colonne vertebrale, et que ses baisers dessinent un lent chemin de plaisir depuis mes reins jusqu’à mon cou, puis à mes oreilles, voilà que ma peau devient la source de mille frissons qui font vibrer mon corps et mon esprit à l’unisson.

    Jérém est désormais complètement allongé sur moi : son corps chaud et musclé m’enveloppe, sa queue raide se cale entre mes fesses, son gland envahit ma raie, comble mon trou excité ; ses lèvres, sa langue chatouillent mon oreille, je ressens son souffle brûlant sur ma peau, chargé de testostérone et d’envies de mâle.

    Ses doigts se sont glissés sous mon torse pour aller exciter mes tétons. Le bogoss connaît toutes les touches de plaisir de mon corps, et il s’en sert pour jouer une mélodie du plaisir envoutante.

    Je suis dans un état d’excitation dément, j’ai l’impression que je pourrais jouir d’un moment à l’autre. Mais je ne le veux pas : ce que je veux, c’est qu’il vienne en moi ; ce que je veux, c’est de le voir, le sentir, l’entendre prendre son pied en moi ; ce que je veux, c’est le savoir jouir en moi.

    J’ai envie, j’ai besoin qu’il me remplisse de son jus de mâle ; c’est une envie qui n’a jamais été aussi intense qu’à cet instant précis ; car, si j’ai longtemps eu envie que le « petit con Jérém » me remplisse de sa semence, aujourd’hui, j’ai 100, 1000 fois plus envie encore de m’offrir à ce nouveau Jérém, si adorable, si touchant.

    « T’en veux encore ? ».

    Je ne sais pas exactement de quoi il parle, lorsqu’il le demande si j’en veux encore, mais je suis prêt à lui signer un chèque en blanc, tant tout ce qu’il vient de me faire, alors qu’il n’est même pas encore venu en moi, est délirant :

    « Oui… oh, oui… ».

    Un instant plus tard, je sens ses pecs glisser lentement et délicatement le long de mon dos, ses lèvres et sa langue redescendre le long de ma colonne vertébrale, ses mains puissantes empoigner et écarter à nouveau mes fesses. Sa langue retourne titiller mon petit trou, elle alterne des assauts pleins de fougue et d’autres plus en douceur, il me fait languir, il me rend fou.

    Jusqu’à ce que, brûlant à la fois de plaisir et de désir encore inassouvi, j’entende chacune de mes fibres, chacune de mes pensées crier :

    « J’ai envie de toi, Jérém, prends-moi ! ».

    Un cri qui est au bout de mes lèvres, mais que le bogoss ne me laisse pas le loisir de lancer : soudainement, il délaisse ma rondelle, il s’allonge à nouveau sur moi de tout son poids, et il cale à nouveau sa queue raide entre mes fesses.

    « J’ai envie de toi » je l’entends chuchoter dans un état second, la voix saturée d’excitation et de désir.

    C’est la première fois que je l’entends me dire ces mots. J’ai envie de pleurer de bonheur, bonheur des sens, du corps, de l’esprit, de l’amour.

    « Moi aussi j’ai envie de toi ! » je ne peux plus m’empêcher de lui lancer, ivre de lui.

    Lorsque je sens à nouveau ses mains saisir et écarter mes fesses, je suis fou ; lorsque je ses ses lèvres enduire ses doigts de salive, puis ces derniers venir en déposer à l’entrée de mon trou, je ne reponds plus de moi-même ; lorsque je sens son gland viser ma rondelle, se presser doucement mais inéxorablement dessus, je suis déja dans une autre dimension ; lorsque je le sens glisser lentement en moi, me  pénétrer tout en douceur, tout en me faisant des bisous dans le cou et en caressant mes tétons, je perds ma raison.

    Et lorsque je sens le bogoss s’arrêter bien au fond de moi, enfoncé jusqu’à la garde, lorsque je le sens frémir de plaisir, avant de commencer à me faire l’amour, je me sens rempli, comblé, possédé. Et aimé.

    « Ce petit cul… » je l’entends chuchoter, la voix frémissante d’excitation et de bonheur palpable.

    « Cette queue d’enfer… tu me fais un effet de fou… ».

    « Toi aussi tu me fais un effet de dingue… ».

    Et, ce disant, le bogoss commence à coulisser en moi, tout en douceur. Peu à peu, ses va-et-vient gagnent en puissance, sans pour autant perdre en douceur ; tour à tour, il saisit hanches, puis mes épaules, son torse enveloppe mon dos, ses doigts agacent mes tétons.

    Jérém respire fort, il ahane de plaisir ; je couine mon plaisir, sans ménagement. Nous n’avons pas de voisins, nous pouvons nous lâcher.

    « Tu prends ton pied ? ».

    « Oh, oui, Jérém, je prends mon pied, j’adore ce que tu me fais, tu me rends dingue… ».

    « Toi aussi tu me rends dingue… » il chuchote, la voix déformée par le plaisir montant.

    Et là, il arrête net ses va-et-vient, il se déboite doucement de moi ; ses mains saisissent mes hanches, elles amorcent le mouvement pour me retourner ; je me laisse faire, je seconde son intention, impatient de le suivre n’importe où ses envies veuillent bien m’amener.

    Jérém s’allonge sur moi, il me regarde dans les yeux, le regard tendre, adorable ; et il me balance, la voix calme, douce :

    « J’ai envie de te regarder pendant que je te fais l’amour… ».

    J’ai envie de pleurer tellement ce qu’il vient de dire est beau.

    « Moi aussi j’ai envie de te regarder pendant que tu me fais l’amour, j’en ai eu envie le premier jour où je t’ai vu… ».

    Jérém me fait un bisou, puis il relève son buste ; son torse – pecs saillants, abdos sculptés, carrure, musculature – se dresse devant moi dans toute sa puissance, et me donne le tournis.

    A chaque fois que j’ai eu la chance de coucher avec cette méga bombasse, je me suis toujours demandé comment je pouvais avoir une telle chance ; et cette sensation je la retrouve aujourd’hui, plus forte que jamais, après un mois où je n’ai pas pu l’avoir en moi, après que j’aie cru que plus jamais je ne l’aurai en moi.

    Jérém glisse un oreiller sous mes fesses ; puis, il saisit mes cuisses, il m’attire contre son manche tendu, et il revient doucement mais inexorablement en moi. Lorsqu’il reprend ses va-et-vient, mon plaisir devient délirant.

    Le plaisir de le sentir coulisser entre mes fesses se combine avec le plaisir de l’odorat – l’odeur de sa peau et de son déo, l’odeur de sa virilité.

    Mais il a aussi avec le plaisir de la vue : mon regard tente d’absorber chaque détail de cette bogossitude renversante qui est la sienne – cheveux bruns en bataille et encore humides, peau mate, traits beaux et virils, brassard tatoué, motif tribal le long de l’épaule remontant le long de son cou jusqu’à son oreille, chaînette de mâle ondulant au gré de ses coups de rein, petit grain de beauté dans la creux de son cou puissant ; je le regarde, les yeux aimantés sur les abdos animés par ses coups de reins puissants, la tête et les épaules légèrement en arriéré ; la position, les mouvements, combinés à la lumière mouvante de la flamme, font ressortir d’une façon encore plus spectaculaire le relief de ses pecs, l’envergure de ses épaules, le dessin de sa carrure, la puissance de sa musculature.

    Oui, pendant qu’il me fait l’amour, sa plastique, tout comme sa virilité, sont plus impressionnant que jamais ; je suis en train de faire l’amour avec un mâle à la fois doux et viril, c’est un mélange explosif, un mélange qui va me rendre dingue. Un mélange qui me rappelle Stéphane. Et Thibault. Pourtant, c’est mon Jérém à moi…

    Combien de chemin parcouru depuis la première « révision » en mode macho qui veut juste se vider les couilles, qui ne pense qu’à son plaisir – une attitude de petit macho certes hyper excitante – mais qui n’est pas grand-chose au final en comparaison avec celle du nouveau Jérém qui ne veut plus juste prendre son pied en moi, mais prendre son pied avec moi.

    Le bogoss ahane de plus en plus fort, son regard semble se perdre de plus en plus loin dans cette dimension à part qu’est la montée du plaisir masculin. Je sens, je sais qu’il ne va pas tarder à jouir, en moi.

    Pourtant, à un moment, contre toute attente Jérém arrête net ses va-et-vient et, sans se dégager de moi, il s'allonge sur mon torse, la respiration profonde, bruyante, le corps frissonnant, presque tremblant.

    « T’as joui ? ».

    « Non… je me retiens… ».

    « Tu veux pas jouir ? ».

    « J’ai le droit ? ».

    « Mais bien sûr, vas-y… j’en ai tellement envie… »

    « Moi aussi j’ai très envie… ».

    « Vas-y alors… ».

    « Je veux juste te faire plaisir… encore un peu… ».

    « Si tu savais à quel point tu m’as déjà fait plaisir… tu m’as jamais fait l’amour comme ça… jamais… lâche-toi, Jérém, fais-toi plaisir… ».

    « C’est tellement bon… » il susurre.

    « Ah, oui, grave ! ».

    Puis, le bogoss soulève son torse, il me regarde dans les yeux, il passe sa main dans mes cheveux ; il revient me faire un dernier bisou, juste avant de se relever, d’offrir une nouvelle fois à mon regard ébahi la vision spectaculaire de son torse de malade, la vision d’un jeune mâle s’envolant tout seul, vers les sommets de son plaisir de mec. Jérém recommence à envoyer ses coups de reins, tout en me branlant en même temps. Je vibre de plaisir et de bonheur, je vibre avec mon Jérém. Je voudrais que cet instant ne s’arrête jamais.

    Mais mon corps n’est pas aussi fort que mon esprit.

    « Je vais jouir… » je le préviens en sentant arriver le point de non-retour.

    « Moi aussi… » fait-il, la voix et sa belle petite gueule déformées par la montée de l’orgasme.

    Un instant plus tard, je jouis, une première giclée atterrit dans le creux de mon cou ; et pendant que mes jets s’enchaînent, atterrissent partout sur mon torse, et même à côté, je vois ses abdos se contracter, je vois tout son corps secoué par la vague de plaisir. Se coups de reins ralentissent, et à chaque fois il s’enfonce en moi jusqu’à la garde ; sa bouche entrouverte émet une succession de râles puissant de mâle, chacun d’entre eux étant la notification d’une giclée brûlante qu’il est en train d’envoyer en moi.

    Nous venons de faire l’amour et de jouir ensemble ; ainsi, nos jouissances s’éteignent au même moment. Jérém s’abandonne sur moi, tremblant, la respiration agitée. Quant à moi, j’ai l’impression que je n’ai jamais joui aussi fort.

    Depuis que j’ai commencé à réviser avec Jérém, j’ai toujours considéré que la jouissance de ma queue était un détail insignifiant de nos rencontres sexuelles ; un détail tellement insignifiant qu’on pouvait très bien ne pas le prendre en compte ; le peu de fois que j’ai joui avec ma queue en me faisant baiser par Jérém, j’ai toujours considéré que ma vraie jouissance avait été avant, dans le fait de l’avoir en moi, de le voir et de le sentir jouir en moi. Son plaisir à lui devenait mon plaisir à moi ; il jouissait comme un mec, je me donnais à lui pour qu’il puisse exprimer toute la puissance de sa virilité, car j’avais envie de voir s’exprimer le mâle, le lion qui était en lui. Je voulais qu’il se rende compte à quel point il me faisait jouir avec sa queue, juste en visant son propre plaisir de mec ; je voulais le savoir fier de me faire jouir ainsi, fier de sa queue.

    Mais aujourd’hui, dans cette petite maison en pierre nichée dans les montagnes, tout cela a changé : mon Jérém m’a fait l’amour comme jamais, nos plaisirs se sont mélangés, enlacés, et ils ne sont devenus qu’un seul, un but commun que nous poursuivions « main dans la main ». J’ai pris du plaisir à lui faire plaisir, mais lui aussi il a pris du plaisir à me faire plaisir.

    Jérém se retire de moi, se penche sur le bord du lit, il attrape un t-shirt, le même que tout à l’heure, et m’essuie le torse ; puis, il me fait un bisou, il balance le t-shirt et se glisse sous les draps ; j’en fais de même ; le bobrun s’approche pour me prendre dans ses bras, je me retourne sur le flanc, de façon à ce que son corps puisse envelopper le mien ; nos corps se calent l’un contre l’autre, à la perfection. Jérém passe ses bras autour de mon torse, me serre très fort contre lui, il enfonce son visage dans le creux de mon épaule, il pose d’innombrables bisous tout doux et tout fous dans mon cou, dans le bas de ma nuque, sur mes épaules.

    Dehors, il fait froid, il pleut toujours, le vent ronfle sur le toit ; mais dans la petite maison en pierre, le feu crépite bruyamment dans la grande cheminée ; et sous ce draps doux qui sentent bon la lessive, son corps irradie une douce chaleur, et il dégage une délicieuse odeur de jeune mâle, un énivrant mélange d’odeur de gel douche, de déo, de sexe, mais pas que : car, ce soir, son corps sent également l’amour.

    Son goût persistant dans ma bouche, mon ventre et mon entrejambe retentissant de l’écho des coups de reins puissants de mon mâle, je me sens envahi par une intense sensation de bien-être. Son jus en moi me fait du bien, je suis groggy de sa testostérone, de sa virilité.

    Dans ces draps, je ressens un doux apaisement du corps et de l’esprit : c’est un bien-être absolu, fait de chaleur, de douceur, de complicité, de sensation que rien ne peut m’arriver dans les bras musclés du garçon que j’aime.

    Oui, la maison est petite, le lit n'est pas grand, mais mon bonheur, notre bonheur, est tellement immense que ça en donne le tournis.

    Jérém me serre un peu plus fort contre lui, me fait un dernier bisou dans le cou ; et alors qu’une petite larme de bonheur glisse sur ma joue, je m’assoupis comme un bébé. 

     

     

     

    Joyeuses fêtes à vous tous !


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