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    En arrivant au centre équestre après la journée de balade avec Charlène, nous trouvons un petit comité d’accueil inattendu. JP et Carine, ainsi que Ginette, accompagnée par un bonhomme qui ne peut être que son mari, sont en train de desseller leurs montures.

    « Eh, les amis » fait JP « et si on se faisait une bonne bouffe ce soir, tous ensemble ? ».

    « Mais quelle riche idée » fait Charlène « restez manger à la maison ».

    « Comme ça on peut profiter un peu plus du champion avant qu’il se casse à Paris » lance JP « et de Nico, avant qu’il se casse à Bordeaux ».

    « Et si on invitait Florian aussi ? » propose Charlène.

    « Ca c’est une très bonne idée » délibère le sage JP.

     

    Au final, c’est à la ferme aux volets bleus, chez Florian, que nous nous retrouvons ce soir-là pour dîner. Nous sommes onze convives au total : JP et Carine, Ginette et son mari Edmond, Charlène, Jérém et moi, plus Martine, Daniel et Lola qui nous ont rejoints en cours d’apéro. Enfin, treize convives, car les labradors Gaston et Illan sont assis de part et d’autre du maître de maison, lui-même installé en tête de table.

    Comme d’habitude, chacun a apporté quelque chose, des entrées, des desserts, de la boisson, en plus de leur immanquable bonne humeur. Florian, quant à lui, s’est occupé du plat principal, directement issu de sa production, et qui est en train de cuire au four.

    « Trinquons à ces bonnes retrouvailles » lance JP « ça me fait plaisir de te revoir Florian, et de te retrouver en grande forme. Tu nous as manqué ».

    « Vous aussi vous m’avez manqué ».

    « On s’est dit qu’on aurait plus de tes nouvelles » fait Carine.

    « C’est toi qui t’es dit ça » réagit JP « moi j’étais sûr que la vie nous réunirait un jour. Les vrais amis finissent toujours par se retrouver ».

    « J’avais besoin de prendre du recul ».

    « On l’avait bien compris. C’est pour ça qu’on t’a laissé tranquille » fait Martine.

    « Merci ».

    « Même si ça a été dur de te voir disparaître du jour au lendemain ».

    « Mais on te retrouve avec un immense plaisir, et c’est le plus important » conclut JP, en portant une main chaleureuse sur l’épaule de Florian

    « Et si j’allais voir où en est le gigot » fait ce dernier, visiblement ému.

    « Ca sent vachement bon » fait Charlène. Puis, elle continue, sur un ton taquin « c’est pour ça aussi que tu nous as manqué ».

    « Tu ne penses qu’à bouffer » fait Daniel « tu es un ventre sur pattes ».

    Florian ouvre le four, escorté par ses labradors, la queue moulinant vigoureusement en l’air, la truffe à l’affut.

    « Je crois qu’il est prêt ».

    Un instant plus tard, le gigot fumant entouré de ses pommes de terre atterrit au milieu de la table. Qu’est-ce que c’est bon de se retrouver entre bons amis, entouré de bonne humeur et de bienveillance, autour d’un bon repas. Ça fait chaud au cœur.

    Et, cerise sur la gâteau, qu’est-ce que c’est magique d’y être avec le mec que j’aime. Ce mec beau comme un dieu, et sexy à mourir dans sa tenue « de soirée », cheveux bruns en bataille, pull capuche gris ouvert sur un sur t-shirt blanc col en V soulignant l’incroyable relief de ses pecs, un simple jeans, des baskets. La tenue la plus simplement « mec » qui soit.

    Martine dégaine un appareil photo et fait péter de nombreux flash, sur le gigot, sur les convives.

    « Martine est notre photographe officielle, la mémoire de l’asso » m’explique JP « et depuis qu’elle a découvert la photo numérique, on ne la raisonne plus ».

    « Tu vas nous faire un article sur cette soirée ? » il continue en s’adressant à Martine.

    « Oh, non, je ne crois pas qu’on va pouvoir mettre ça dans le journal de l’ABCR » fait cette dernière en éclatant de rire, tout en lançant un regard de connivence à Charlène.

    « Pourquoi, ça ? » demande Florian.

    « Pour ne pas froisser les esprits sensibles ».

    « A savoir ? ».

    « Non, rien ».

    « Allez, raconte ! ».

    « C’est à cause de Sylvain ».

    « De quoi, Sylvain ? ».

    « Il ne peut pas entendre parler de toi ».

    « Ah bon ? Et pourquoi, ça ? Il a eu ce qu’il voulait, il n’a pas de raisons de m’en vouloir ».

    « Oui, mais je crois qu’il est mal à l’aise par rapport à comment les choses se sont passées ».

    « Il s’en veut d’avoir brisé mon couple ? ».

    « Il est mal à l’aise avec l’idée que tout ce qui s’est passé ait pu te faire souffrir. Et aussi, tu as été la grande histoire de Loïc. Tu es un ex très encombrant ».

    « Ah, fallait y penser avant ! Et puis, ça me plaît l’idée qu’il soit mal à l’aise. Alors, c’est moi qui vais écrire et signer l’article, avec photos à l’appui ! ».

    « Pitié, déjà qu’il fait la grimace quand on parle de tes anciens articles ».

    « Ah bon, pourquoi, il y en a qui s’en souviennent ? ».

    « Et comment ! Tes articles étaient drôles et bien écrits, ils nous manquent aussi ».

    « Je vais en refaire un alors ».

    « Tu vas pas faire ça ».

    « No, je rigole, je m’en fous. De toute façon, j’ai d’autres projets d’écriture en ce moment ».

    « Tu écris un roman ? » questionne Carine.

    « Je vous en parlerai plus tard. Allez, on va le bouffer ce gigot ? ».

    « C’est au chef cuisinier de le découper » fait JP.

    Florian s’exécute, et une poignée de minutes plus tard nous dégustons le mets délicieux.

    Un bon repas, de bons amis, des bons vivants, à la fois déconneurs et bienveillants, voilà la convivialité dans son état le plus pur. Un moment de bonheur simple et intense qui réchauffe le cœur.

    Ce que j’adore chez ces gens, c’est que, quel que soit leur âge, ils ont tous gardé quelque chose de très jeune dans leur façon de faire, comme une part d’enfance qui les fait aller vers l’autre et rend le contact facile et la rigolade omniprésente.

    C’est ça la vie, aller vers les autres, partager un moment comme celui-ci. Et voir mon Jérém s’amuser, ça me rend tellement heureux.

    « Si vous m’avez autant manqué » relance Florian à un moment « c’est à cause de moments comme celui-ci. Et aussi parce que, depuis la première fois où j’ai mis les pieds à l’asso je me suis senti bien en votre compagnie. Car vous m’avez accepté comme je suis. Et pour la première fois, je me suis senti bien avec moi-même et avec les autres. Avec vous, j’ai pu assumer qui je suis. C’est rare de trouver une ambiance comme celle de l’asso ».

    « Tout le monde devrait être ouvert et tolérant » fait Ginette.

    « Ce n’est pas une question de tolérance ».

    « Comment ça ? » elle s’étonne.

    « A moi, le mot "tolérance" ne me convient pas ».

    « Ah bon ? ».

    « Je pense que "tolérance" ce n’est ni le bon mot ni le bon état d’esprit » il continue.

    « Pourquoi ça ? ».

    « La tolérance, ce n’est pas suffisant. On tolère quelque chose que l’on a du mal à accepter ou quelque chose qui nous porte un préjudice mineur. Est-ce que l’homosexualité porte préjudice à ceux qui n’en sont pas concernés ? Je ne vois pas en quoi. Alors, pourquoi on devrait avoir du mal à l’accepter ? ».

    « Ca c’est bien vrai » confirme JP.

    « Les gays, qu’ils soient hommes ou femmes » continue Florian « ne doivent en aucun cas se contenter d’une quelconque « tolérance » à leur égard. Ils doivent exiger et obtenir une acceptation pleine et entière, sans réticences ».

    « L’acceptation d’une différente qu'ils n'ont pas choisie » abonde Charlène.

    « Le mot « tolérer » me fait réagir car il sous-entend une semi-acceptation. De plus, « tolérer » suppose un jugement selon lequel « ON » déciderait ce qui est ou pas tolérable. Mais qui peut se permettre de porter un tel jugement sur la vie privée des autres ? Qui est cet « ON », et pour qui se prend-il ? L’humanité est ainsi faite, il y a toujours eu des homos, il y en a et il y en aura toujours ».

    « Les familles s’inquiètent du bonheur de leurs enfants » fait Ginette « c’était le cas de ma mère au sujet de mon frère ».

    « Je peux comprendre que des parents ou des proches puissent s’en inquiéter. Mais si l’homosexualité était parfaitement acceptée, le bonheur serait à portée de tous. Personne ne se cacherait, de peur d’être insulté, tabassé, exclus socialement. Et il n’y aurait pas trois fois plus de suicides d’ados chez les gays ».

    « Parfois, ils se demandent ce qu’ils ont fait de travers pour que leur enfant soit gay » continue Ginette.

    « Il faudrait qu’ils comprennent très vite qu’ils n’ont rien fait de travers, car être gay ce n’est pas quelque chose « de travers ». Plus tôt ils comprennent cette vérité, mieux ça va aller pour tout le monde ».

    « Souvent, ils s’inquiètent aussi du « qu’on dira-t-on »… » fait Carine.

    « Ce qui est très con, parce que le regard des autres devrait être le dernier paramètre à prendre en compte, ça ne devrait même pas être un paramètre d’ailleurs ».

    « Les parents s’inquiètent aussi de ne pas avoir de petits enfants » lance Martine.

    « Oui, certainement. Mais ça, je trouve que c’est un brin égoïste comme inquiétude ».

    « Moi je pense que quand on est parents, ce qui doit primer, c’est le bonheur de l’enfant, et non pas le bonheur qu’il nous apportera ou pas » fait Charlène.

    « Florian a raison » fait JP « les homos ont droit au respect en tant que personnes comme tout un chacun. L’orientation sexuelle ne doit pas occulter le fait qu’un gay est un être humain avant tout ».

    « En fait, ce qui est dommageable, c’est de faire passer la sexualité des homos avant leur statut d’individu » confirme Florian.

    « C’est vrai, on ne dit pas d’un mec hétéro qu’il est hétéro » enchaîne Charlène « mais on dit d’un homo qu’il est homo ».

    « C’est stigmatisant » fait Florian « je pense à tous ces jeunes qui se découvrent homo et ne le supportent pas au point d’envisager l’irréparable. Ou de ceux qui ne s’acceptent pas, parce qu’ils ont peur des regards, des jugements, de la violence, de l’exclusion sociale. Tout cela ne devrait plus exister à notre époque ».

    « De toute façon, qu’est-ce que ça peut faire qu’un homme couche avec un homme, ou une femme avec une femme, tant que tout le monde est consentant ? C’est un non-sujet, on s’en fout ! » fait JP.

    « Les homophobes semblent s’imaginer que les gays passent leur vie à baiser » fait Florian « ils sont obsédés par ce qu’on fait au lit, ça les intrigue de savoir qui fait le mec, qui fait la femme et comment.

    Ils ont l’air de ne pas arriver à concevoir que les homos, comme les hétéros, ne passent pas le plus clair de leur temps vie à baiser, loin de là. Ils ne pensent pas qu’on a des vies à mener comment tout un chacun, avec un travail, des objectifs, une famille, des amis, des factures, des emprunts, des impôts à payer, des courses à faire, des chiens, des chats, des tracas de toute sorte ».

    « Ils ne s’imaginent pas qu’« être gay », ça ne prend au final que quelques heures par mois » il continue « le reste du temps, on est tous dans le même bateau. Ou a besoin d’aimer et d’être aimés comme tout un chacun. Ce que l’on cherche, c’est le bonheur. Comme tout un chacun.

    Alors, ce qui se passe dans la chambre à coucher ou dans l’intimité ne peut pas être plus représentatif de la personne que ce qu’elle fait dans sa vie de tous les jours et dans ses interactions sociales ».

    Cette discussion me plaît, me fait chaud au cœur. Et ce qui me plaît encore plus, c’est de voir que Jérém aussi la suit avec intérêt. Et j’ai l’impression que cela le touche tout particulièrement.

    « Quand on est gay, c'est plus facile de commencer à s’assumer dans un environnement accueillant et ouvert d'esprit. Ça a été le cas pour moi avec vous dans l'asso »

    « C’est vrai qu’au début, vous aviez du mal avec Loïc » conclut Charlène, tout en lançant un regard en biais en direction de Jérém et moi « mais avec nos grandes gueules on vous a vite mis à l’aise ! ».

    « C’était génial, je ne vous remercierai jamais assez d’être comme vous êtes. Ne changez jamais ».

    « Tu sais, à notre âge, on est vieux cons et on le reste » fait JP.

    « J’espère devenir moi aussi un vieux con de cette trempe en vieillissant, c’est tout le mal que je me souhaite ».

    Puis, très vite, la conversation part dans d’autres directions, les vannes recommencent à fuser et l’ambiance est à nouveau à la déconne bon enfant.

    Lorsque Florian propose une nouvelle tournée de gigot, les candidats sont nombreux. Un peu plus tard, le fameux flan de Carine termine le repas, accompagné par le champagne amené par Daniel et Lola.

    C’est entre le champagne et le café que la discussion se porte une nouvelle fois sur Jérém et sur son avenir parisien. Les bulles montent à la tête, les langues se désinhibent.

    Daniel est en mode grande déconne, tout comme Martine et Carine. Les piques sur les copines à venir de Jérém s’enchaînent sans relâche. « A Paris tu vas faire des ravages ! ».

    Jérém a un peu bu lui aussi. Il a le regard pétillant et un peu paumé, les paupières un peu lourdes. Il essaie de donner le change à Martine et Daniel qui n’arrêtent pas de le charrier. Il joue les machos, il laisse entendre qu’il est toujours le mec qui ne pense qu’au sexe sans lendemain. Et pourtant, il y a quelque chose de malaisé dans ses répliques, comme s’il se forçait, comme si ça sonnait faux. Mais il arrive quand même à faire illusion.

    Ces piques insistantes, ces échanges finissent par me mettre mal à l’aise, car ils ravivent toutes mes craintes. En quelques minutes à peine, le bonheur de cette belle soirée s’évapore et je suis submergé par la tristesse vis-à-vis de cet avenir qui me fait peur. Je me sens étouffer, j’ai envie de partir.

    « Ça va pas Nico ? » me demande Ginette à un moment, en voyant ma tête se déconfire à vitesse grand V.

    « Si, si, ça va » je mens.

    « C’est le fait que ton pote s’en va à Paris qui te met dans cet état ? » demande Carine.

    Je n’ai pas le courage de lui répondre. J’ai l’impression que si je prononce ne serait-ce qu’un seul mot, je vais fondre en larmes pour de bon.

    « Je vais prendre l’air » je fais en me levant.

    Mais je ne peux pas m’éloigner de ma chaise. Quelque chose m’en empêche. Jérém vient de saisir mon avant-bras, il me retient.

    « Reste, Nico. Ce sont des amis, ils ont le droit de savoir ».

    « Savoir quoi ? » fait Daniel, intrigué.

    Tout le monde nous regarde. Charlène fait de grands yeux. Je sens le cœur taper dans ma poitrine aussi fort que des coups de massue.

    « La vérité » claque Jérém.

    Et ce disant, le bobrun m’attire contre lui et me claque un baiser sur les lèvres. Ca ne dure qu’une infime fraction de seconde. Et pourtant, le temps est comme suspendu, le silence est total autour de nous. Le seul bruit que je perçois, assourdissant, est le battement de mon cœur qui résonne dans ma cage thoracique et jusqu’à mes oreilles en feu.

    Je ne savais pas si j’étais prêt pour ça, un coming out public, mais maintenant que c’est fait, je me sens bien. Mon Jérém ne cessera jamais de me surprendre et de me faire vibrer.

    Le bobrun me fixe avec son regard doux et un peu alcoolisé. Pourvu qu’il ne regrette pas ce geste à jeun.

    « Alors, ça » je crie dans mon for intérieur.

    « Alors, ça » s’exclame Charlène à voix haute.

    « Moi je le savais, putain je le savais, j’ai du nez pour ça ! » s’exulte Martine, en laissant libre cours à son côté éternelle adolescente « quand je vous ai vus ensemble, j’ai de suite compris qu’il y avait un truc ».

    « Comment ça ? » fait Carine, interloquée.

    « Il y a des regards et des petits gestes qui ne trompent pas ».

    « Je crois que j’ai raté un épisode » fait Daniel.

    « Je t’expliquerai quand tu auras grandi » se moque Lola.

    « Moi je n’ai rien vu venir, mais je suis heureux pour vous deux » fait JP.

    « Il y en a une qui savait… » insinue Martine, tout en cherchant Charlène du regard.

    « Depuis pas longtemps » se défend cette dernière en rigolant « sous la moustache ».

    Je me rassois. Je suis touché, ému, bouleversé par le geste de mon Jérém. Je me retiens de justesse de le couvrir de bisous. Sous la table, sa main cherche la mienne. J’en ai les larmes aux yeux.

    « Ça fait longtemps que… » tente de questionner Carine.

    « Mais tu vas pas leur faire passer un interrogatoire » la coupe net JP « allez, trinquons ! A Jérémie et ses futurs exploits dans le rugby, à Nico et à ses brillantes études. Et à leur bonheur ! ».

    « Gay ou hétéro, l'amour n'en est pas moins beau » fait Martine.

    Nous trinquons dans toutes les combinaisons de verres possibles et cette conversation s’arrête là. Le chapitre est clos, il n’est pas question d’en faire des tonnes. J’adore cette façon d’appréhender les choses de la vie.

    C’est Charlène qui se charge de lancer un nouveau sujet de conversation.

    « Alors, ce voyage aux States ? » fait-elle, en s’adressant à JP et Carine.

    « Ça va se faire, ça va se faire » fait JP.

    « Je suis dégoutée » fait Carine « on avait prévu d’y aller ce mois-ci, mais nous nous y sommes pris trop tard ».

    « Vous êtes de jeunes retraités, vous êtes débordés » se moque Martine.

    « C’est ça ».

    « On ira l’année prochaine » fait JP « je m’y engage formellement ».

    « J’ai tellement envie d’aller à New York ! » explique Carine « je rêve de grimper sur l’Empire State Building. Et aussi de voir les Twin Towers de près. Je ne sais pas si on peut monter tout en haut, mais j’aimerais au moins rentrer dans le hall. Ce sont quand-même les plus hautes tours de la planète ».

    « On dirait que tu es obsédée par les symboles phalliques ! » se marre Charlène.

    « Ça doit être ça ».

    Et là, Martine lâche ces mots, elle a cette sortie, elle lance cette image dont tous les convives présents autour de cette table ce soir-là se souviendront encore bien des années plus tard :

    « Tu peux bien attendre l’année prochaine, tes tours ne vont pas s’envoler ! ».

    Mais déjà Daniel vient de dégainer sa guitare et il commence à gratter les accords bien connus d’une chanson de Joe Dassin, au texte raccord avec le sujet de la conversation 

     

    Mais l'Amérique, l'Amérique, je veux l'avoir et je l'aurai

    L'Amérique, l'Amérique, si c'est un rêve, je le saurai

     

     

    Les chansons s’enchaînent, Daniel chante juste et fait le pitre, nous autres nous chantons très fort et souvent très faux. C’est à la fois très joyeux et très chaleureux.

    La soirée avance dans la bonne ambiance et ce partage entre potes qui fait du bien.

    Il est une heure passée lorsque Daniel annonce le dernier rappel.

    Et là, il entonne une chanson qui ne me semble pas choisie au hasard.

     

    La différence

    Celle qui dérange

    Une préférence, un état d'âme

    Une circonstance

     

     

    Un corps à corps

    En désaccord

    Avec les gens trop bienpensant

    Les mœurs d'abord

    (…)

    Sans jamais parler

    Sans jamais crier

    Ils s'aiment en silence

    Sans jamais mentir, ni se retourner

    Ils se font confiance

    Si vous saviez comme ils se foutent

    De nos injures

    Ils préfèrent l'amour, surtout le vrai

    À nos murmures

    (…)

    De Verlaine à Rimbaud

    Quand on y pense

    On tolère l'exceptionnelle différence

    (…)

    La différence

    Quand on y pense

    Mais quelle différence ?

     

    C’est sa façon de nous dire au revoir. En faisant le pitre mais en y mettant du cœur. Et c’est vraiment adorable.

    Nous aidons Florian à débarrasser la table, à faire la vaisselle, chacun met la main à la pâte pour ranger, nettoyer. Le tout sous le regard attentif des deux labradors qui guettent tout reste susceptible de glisser des assiettes et de tomber dans leur gueule insatiable. Même le ménage est fait dans une ambiance bon enfant où tout est prétexte pour prolonger un peu plus le bonne humeur de la soirée.

    Le ménage presque achevé, Jérém sort fumer une cigarette.

    JP en profite pour m’approcher et me glisser quelques mots.

    « Jérémie est un bon gars, mais comme tous les bons gars, il a besoin de quelqu’un qui le soutienne mais qui sache aussi lui tenir tête. Je crois que tu es la bonne personne, Nico ».

    « Je l’espère… ».

    « Moi j’en suis sûr ! Quand il sera à Paris il va avoir besoin de toi, il aura besoin que tu l’aides à garder les pieds sur terre, il aura besoin que tu lui rappelles ce qui est vraiment important. Ça ne va pas être simple, mais ne le laisse pas tomber ».

    « Je ne le laisserai jamais tomber ».

    « Je suis vraiment heureux pour vous deux » fait-il, en me prenant dans ses bras et en me serrant bien fort contre lui.

    « Merci ».

    Dehors, il pleut. La plupart des invités viennent de partir. Florian, Jérém et moi, ainsi que Charlène et Martine, nous nous retrouvons sous l’appentis pour les derniers au revoir.

    « C’est courageux ce que tu as fait » lâche Florian à l’attention de Jérém.

    « C’est venu comme ça ».

    « Être gay, ce n’est pas simple » continue Florian « malheureusement, tout le monde n’est pas aussi ouvert d’esprit que les gens qui étaient là ce soir. Il y a encore du mépris et du rejet pour les gars comme nous. Le regard que la société pose sur les gays n’est pas flatteur du tout. On nous met une étiquette, et on nous ghettoïse. Comme si l’homosexualité était ce qui nous caractérise avant tout. Mais ce n'est pas cela qui doit nous définir en premier. On n’est pas homos avant d’être des hommes, on est des hommes bien avant d’être des homos ».

    « On doit obtenir le respect en étant nous-mêmes chaque jour, en assumant qui nous sommes, sans pour autant qu’elle devienne notre principale caractéristique. On doit obtenir le respect en montrant que nous sommes des gars bien. Car c’est ça le principal, d’être quelqu'un de bien ».

    « Vous avez une chance folle de vous être rencontrés » il conclut.

    « Je sais » fait Jérém en portant son bras autour de mon cou et en caressant ma nuque.

    « Être amoureux c’est beau, et c’est précieux » abonde Charlène.

    « Il faut essayer d’être heureux, essayer très fort, essayer au plus vite » fait Florian « et quand on est heureux à deux, c’est dix fois mieux que de l’être tout seul ».

    « Ca c’est bien vrai » confirme Martine.

    « Profitez bien de l’ivresse des premiers jours, et faites-la durer le plus longtemps possible » conclut Florian.

    Lorsque nous quittons la ferme aux volets bleus, la pluie tombe de plus en plus drue. Je suis ému par cette soirée, touché par ces gens, par leurs mots, par leur façon d’être. J’ai l’impression que ce petit monde, c’est le Paradis. On vient tout juste de se quitter, et ces gens me manquent déjà. Est-ce que je les reverrai ?

    Soudain, la tristesse m’envahit. Plus tard, j’écrirai ces quelques lignes, en repensant à cette soirée.

     

    La pluie qui tombe

    Appelle l'automne

    La fin de l'année,

    Une autre qui passe

     

    Septembre s’avance,

    Soudain la rentrée,

    L'année se prépare

    A sa dernière saison

     

    Septembre s’envole

    Mais fait une pause

    Autour d'un weekend

    De chevaux et d'amis

     

    Ce soir encore, Jérém a un peu bu. Ce soir encore, Jérém me laisse conduire sa voiture. Ce soir encore, Jérém m’a surpris, m’a fait vibrer.

    « Ça va, ourson ? » il me demande, tout en posant une main sur ma cuisse, geste qui me procure toujours le même frisson.

    Sa façon de m’appeler « ourson » aussi me donne un immense frisson.

    « Très bien » je lui réponds, tout en me penchant vers lui pour échanger un bisou rapide. Son haleine est un mélange d’alcool et de cigarette, c’est très sensuel.

    « Et toi, ça va ? » je lui demande à mon tour.

    « Très bien » fait-il, tout en portant une main sur ma nuque, geste qui provoque en moi un frisson tout aussi géant.

    « T’avais l’air déçu tout à l’heure quand Charlène a parlé de sa retraite et de l’avenir de sa pension » je me lance.

    « Ce centre c’est tout mon enfance. J’ai tellement de souvenirs ici. Et je m’y sens bien. A une époque j’avais même pensé le reprendre ».

    « Elle a encore un peu de temps pour trouver un repreneur ».

    « Sans Charlène, ce ne sera plus la même chose ».

    « Je comprends » je tente de le réconforter en caressant son cou puissant.

    « Ce qui me fait chier, c’est que j’aurai encore moins de temps pour profiter de mes chevaux ».

    « Tu auras des vacances ».

    « Oui » fait-il, dubitatif.

    « Tu m’as espanté ce soir » je lui lance, après un instant de silence pendant lequel nos mains se sont cherchées, nos doigts entrelacés, nos esprits mélangés.

    « Pourquoi ça ? ».

    « Ce que tu as fait devant tout le monde… ».

    « T’as pas aimé ? ».

    « Si… bien sur que si… mais je ne croyais pas que tu… ».

    « J’en avais envie… j’avais envie de savoir ce que ça fait d’assumer… ».

    « Et alors, ça fait quoi ? ».

    « C’est pas si compliqué au fond. Et ça soulage ».

    « C’est vrai que ces gens sont géniaux ».

    « Ce qu’à dit ce gars, ça m’a touché ».

    « Florian ? ».

    « Oui, c’est un bon gars ».

    Ce soir, j’ai très envie de mon bobrun. J’ai très envie de faire l’amour avec lui. Mais, plus encore que de faire l’amour, j’ai envie de le serrer contre moi, de le couvrir de bisous et de câlins et de ne plus jamais le quitter.

     

    Lorsque nous arrivons à la petite maison, il pleut à seau. Nous sortons de la voiture en vitesse et nous nous engouffrons dans le petit refuge en bois. Hélas, le feu est éteint. Dans le petit séjour, il fait frais, il fait presque froid. Sans le feu, ce n’est pas du tout la même ambiance.

    Mais Jérém semble avoir l’intention de me faire oublier ce petit détail. La porte d’entrée claquée derrière nous, il me plaque contre le mur, il me prend dans ses bras, il m’embrasse fougueusement. Sur la bouche, sur le visage, dans le cou. Le bobrun est déchaîné, son envie de câlins semble insatiable. Des câlins et de bisous que je lui rends avec la même ardente intensité, tout en me demandant où cette escalade de mamours va nous amener.

    Quelques instants plus tôt j’avais surtout envie de câliner mon Jérém. Mais désormais, ces câlins ont entrainé l’excitation des sens. J’ai très envie de lui. Mon Jérém est tout aussi ivre que le soir précédent, et je sais à quel point l’ivresse peut le désinhiber sexuellement.

    « Ne bouge pas » il me lance à un moment, en arrêtant net ses bisous, et s’éloignant de moi.

    Le bobrun remet du bois dans la cheminée et en deux temps trois mouvements, il fait repartir un joli feu. Très vite, la flamme répand dans la pièce sa chaleur, sa lumière mouvante, son crépitement, le bonheur de se sentir protégé et aimé dans ce petit refuge où rien ne peut m’arriver.

    Jérém revient auprès de moi, il dézippe le pull à capuche, dévoilant ce t-shirt blanc qui restitue si bien le relief de ses pecs. Je me débarrasse de mon blouson à mon tour. Et alors qu’il m’embrasse à nouveau, je ne peux résister à la tentation de glisser mes mains sous son t-shirt, de laisser les bouts de mes doigts trébucher sur le terrain « accidenté » de ses abdos, de chercher le contact avec ses poils doux, avec ses tétons saillants, de m’enivrer de ce bonheur tactile fait de fermeté et de douce chaleur.

    Le bobrun en fait de même, il glisse ses mains sous mon t-shirt, ses doigts pincent mes tétons et me rendent dingue. Je vais de caresse en ivresse, je soulève son t-shirt blanc. J’ai besoin de voir ses poils bruns, de plonger mon nez dedans, j’ai besoin de lécher et de mordiller ses tétons.

    Mais quelques instants plus tard, le bogoss se met à l’aise, me met à l’aise. Il fait voler le t-shirt blanc. J’ai beau connaître sa plastique par cœur, à chaque fois qu’elle se dévoile à mes yeux, c’est toujours la même claque inouïe.

    Naaaaaan, mais, vraiment, ce mec va finir par me mettre ko. Putain, qu’est-ce que c’est beau que cette tenue, torse nu sur jeans, jeans duquel dépasse l’élastique blanc du boxer. Et qu’est-ce qu’elle est belle cette aisance à exhiber ce corps parfait ! Mon Jérém, bogoss drapé de sa jeunesse et de sa virilité.

    Ses mains défont sa ceinture, puis le premier bouton du jeans. Entraînés par les deux bouts de cuir ballants, les deux pans du denim s’écartent un peu, et un petit aperçu du boxer se dévoile.

    Le bogoss dégaine son arme de destruction massive, son sourire lubrique à hurler. Puis d’un regard rapide dirigé vers son boxer, il m’indique sans détour la nature de ses envies.

    C’est une image de bonheur. L’image du mec qui s’apprête à sortir sa queue pour se faire sucer. Mais il ne le fait pas tout de suite, et il ne le fait pas lui-même. Il me montre le chemin, il me donne envie de le faire moi-même.

    Et ça marche. Dans la seconde, je suis saisi par une violente envie d’œuvrer à ses genoux pour voir une nouvelle fois sa jolie petite gueule se transformer sous l'orgasme.

    Je lui souris à mon tour. Un instant plus tard, je suis à genoux devant sa virilité incandescente. Je défais les derniers boutons de sa braguette, je caresse le coton doux du boxer, dont la toile est tendue sous l’effet du désir violent de sa queue. Je pose mon nez et mes lèvres sur le tissu fin, je m’enivre des petites odeurs de mâle qui se dégagent. Jérém renverse la tête en arrière, soupire de plaisir. Il attrape alors lentement mais fermement ma tête à moi, pour la plaquer contre sa bosse.

    Je saisis l’élastique de part et d’autre de son bassin, je le fais glisser lentement vers le bas. Son manche tendu et chaud se dévoile. Je l’avale d’une seule traite et je commence à le pomper comme un fou.

    Pendant que je le suce, le bogoss caresse mes tétons, mes cheveux, mes épaules. Cette façon de me renvoyer du plaisir me donne des frissons de malade. Mon excitation grimpe en flèche, mon envie de lui faire plaisir est décuplée, et mes va-et-vient redoublent d’entrain.

    « Doucement, sinon je vais jouir très vite » il me chuchote, la voix éraillée par le plaisir qui commence à le submerger.

    Débordé par mon excitation, je n’arrive pas à m’arrêter. D’autant plus que son invitation à calmer mes ardeurs ne fait au contraire que les faire flamber un peu plus encore. De ses mots, je n’ai retenu que « je vais jouir ». Et c’est précisément ce dont j’ai envie, besoin, furieusement besoin, à cet instant précis. Je ressens un besoin impérieux de le sentir jouir dans ma bouche, d’accueillir ses giclées puissantes, de goûter à son jus bien chaud.

    Mais le bogoss ne l’entend pas de la même façon. Il recule son bassin, il prive mes lèvres du contact avec sa queue raide. Il me met instantanément en état de manque.

    Ses mains m’attrapent doucement par les épaules, m’invitent à me remettre debout. Je me retrouve à mon tour dos collé au mur. Alors que le beau rugbyman aux 28 abdos, aux pecs saillants et velus, aux épaules sculptées, aux biceps puissants, aux beaux cheveux bruns en bataille, est à genoux devant moi. Frissons indescriptibles pendant qu’il défait ma ceinture, puis ma braguette, lorsque ses gestes impatients font glisser mon boxer le long de mes cuisses. Puis, lorsque ses lèvres et sa langue rentrent en contact avec mon gland. Puis, encore, lorsque son buste et sa tête commencent à imprimer un mouvement de va-et-vient, lorsque ma queue disparaît et réapparaît entre ses lèvres.

    Sucer Jérém me fait sentir très passif. Mais me faire sucer par Jérém me fait sentir très actif. Qu’est-ce que c’est bon que de se faire sucer ! Il y a le plaisir du corps, intense, insensé. Et il y a le plaisir de l’égo masculin, dont je découvre peu à peu tous les recoins, qui fait kiffer à fond le bonheur de voir l’autre désirer et rendre hommage à sa propre virilité.

    C’est tellement excitant, et Jérém y met tellement d’énergie, que, très vite, je sens mon orgasme monter.

    « Je vais pas tarder à jouir… » je lui lance, à la fois avertissement pour qu’il se retire à temps et demande non assumée de me laisser venir dans sa bouche. Quand on se fait sucer, on ressent très vite l’envie de jouir dans la bouche de celui qui suce.

    Mais le bogoss ne semble pas avoir entendu mes mots. Ou, du moins, ne pas y prêter attention. Il continue de me pomper avec le même entrain. Non, j’ai même l’impression qu’il redouble d’entrain. Il empoigne mes fesses, et les mouvements de ses mains amplifient les va-et-vient de sa bouche.

    Il n’y a plus de doute, nos envies se rejoignent, il a envie de me laisser jouir dans sa bouche. Et là, une nouvelle envie s’ajoute à la première et se presse dans ma conscience déformée par l’orgasme imminent. J’ai envie qu’il avale mon jus.

    Je seconde ses mouvements avec mon bassin, je me laisse aller au bonheur de cette jouissance de plus en plus proche.

    Et lorsque l’orgasme monte de mon entrejambe et irradie le plaisir dans tout mon corps, je perds pied.

    « Vas-y, avale ! » j’ai envie de lui lancer. Trois mots qui tournent en boucle dans ma tête, qui m’obsèdent. Et qui manquent de peu de glisser sur mes lèvres.

    « Vas-y… » je me laisse échapper, m’arrêtant juste à temps.

    Happé par mon orgasme, je laisse mes mains se poser sur sa nuque, mes doigts se crisper dans ses cheveux. Mes giclées sont nombreuses, chacune d’entre elles me secoue de fond en comble, fait évaporer un peu plus ma conscience. Lorsque cela s’arrête, je suis assommé, je suis KO.

    Lorsque Jérém se relève, je m’attends à ce qu’il aille direct recracher mon sperme. Il n’en est rien. Le bogoss me regarde droit dans les yeux, me sourit. Et il avale. Lentement, il avale mon jus. C’est la première fois que ça m’arrive. Et c’est sacrément excitant. Et ça touche une corde sensible de mon égo masculin que je ne savais même pas posséder.

    Jérém m’embrasse et je retrouve le goût de mon sperme.

    « T’as aimé ? » il me questionne.

    « Oui… et toi ? ».

    « Oui… ».

    Un instant plus tard, je suis à nouveau à genoux devant lui. Je le pompe. Et la venue de son orgasme est accompagnée par des râles bien sonores.

    A Toulouse, il se faisait violence pour étouffer ses râles de plaisir « Il y des voisins » il m’avait repris à plusieurs reprises. Mais ici, à la montagne, il n’y a pas de voisins, on peut se lâcher. Le bogoss exprime son plaisir sans réticence.

    Sa jouissance se manifeste par de grands traits chaud et lourds qui répandent son délicieux goût de jeune mâle dans ma bouche. Et j’avale sa semence jusqu’à la dernière moindre goutte.

    Nous nous échangeons de nouveaux bisous. Je retrouve son goût mélangé à mon goût à moi. Ça doit en être de même pour lui. Mais ça n’a pas l’air de le déranger. Ce soir, nous avons mélangé nos jus. Mon corps et mon esprit tanguent dans une ivresse qui me donne le tournis.

    Jérém fume une cigarette accroupi devant la cheminée. Je m’approche de lui et je le prends dans mes bras. Je lui fais des bisous dans le cou. Le bogoss jette sa cigarette fumée qu’à moitié dans le foyer. Il se retourne et il m’embrasse à son tour.

    Au lit, nous nous prenons dans les bras l’un de l’autre. Nos corps nus se cherchent, s’enlacent, se collent, se frottent, s’excitent. La pilosité de mon bomâle me donne des frissons. Sa barbe de plusieurs jours est en train de dépasser le stade « ça pique » et de glisser vers le stade « elle est douce ». Elle frotte contre ma peau et fait des étincelles. Quant aux poils sur son torse, je ne me lasse pas de plonger mon nez dedans, de m’enivrer de leur douceur, de leur chaleur parfumée.

    Dans les bras, dans les draps de mon Jérém, je suis bien. L’excitation, l’ivresse cèdent peu à peu le pas à une indescriptible sensation de bien être qui envahit tous mes sens et mon esprit. Il n’y a pas de sensation plus intense, plus émouvante, plus douce que celle de désirer et de sentir désiré en retour. A part celle d’aimer et se sentir aimé en retour.

    « J’ai envie de toi » j’entends mon bobrun chuchoter à mon oreille. Formule envoûtante pour mes oreilles. Sa voix, vibration virile, son souffle chaud, le contact de ses lèvres qui effleurent mon oreille, sa queue raide pressée contre la mienne : son envie devient instantanément la mienne.

    Ses mains me font lentement m’allonger sur le ventre. Le bogoss se glisse sur moi. Sa queue raide se cale entre mes fesses. Sa langue parcourt mes oreilles, ma nuque, mon cou. Elle descend lentement, très lentement le long de mon dos, me procurant des rafales de frissons. Elle s’attarde à hauteur de mes reins. Elle s’y attarde longuement. Je vibre, je me languis de la suite.

    Puis, sans prévenir, ses mains empoignent fermement mes fesses, les écartent. Et sa langue atterrit direct sur ma rondelle. D’abord en douceur. Puis, très vite, elle se met à balayer mon trou avec un entrain très vigoureux. Je vibre, je frissonne, je bande comme un âne. C’est divinement bon. Mon excitation atteint des sommets vertigineux. J’ai terriblement envie de lui, de le sentir en moi.

    Mais en même temps, j’ai envie qu’il continue de me faire du bien avec sa langue, de me faire languir, de repousser le bonheur de l’avoir en moi. Je laisse le bogoss décider du timing de notre plaisir. Je me laisse aller à l’imprévu, à l’inconnu, à la surprise. Chaque instant est un nouveau frisson.

    Après avoir longuement excité ma rondelle, le bogoss revient s’allonger sur moi.

    « T’as kiffé, hein ? ».

    « Oh oui… et toi aussi, t’as kiffé ? ».

    « Ouais… » fait le bogoss sur un ton plutôt excité. De la musique pour mes oreilles.

    Et déjà son gland se presse sur ma rondelle chauffée à bloc par sa langue. Son bassin exerce une pression, mais une petite pression. Car mes chairs n’ont pas besoin de plus pour ouvrir un passage, pour accueillir avec enchantement le membre qui va leur procurer le bonheur suprême.

    Le bomâle glisse tout lentement en moi. Je sens son gland avancer de plus en plus loin, sa bite m’envahir instant après instant, millimètre après millimètre.

    Je suis à lui comme jamais. Je suis à lui, le beau mâle au corps d’Apollon, à la plastique de dieu grec, à la virilité débordante qui inspire des envies furieuses. Mais je suis aussi à lui, le gars de plus en plus adorable avec moi, le gars amoureux, le gars qui aime me faire du bien, le gars qui a le cran de m’embrasser devant une dizaine de personnes. Je suis à lui non seulement parce que je le kiffe d’une façon complètement déraisonnable, mais aussi et surtout parce que je suis bien avec lui. Et parce qu’il me touche profondément. Parce que je l’aime comme un fou.

    Allongé sur moi de tout son poids, le bogoss commence de petits va-et-vient, comme des caresses envoyées bien au fond de moi. Ses couilles caressent mon entrejambe, son souffle chaud caresse ma peau, ses ahanements flattent mes oreilles. Je me sens vraiment désiré par mon mâle, je me sens bien possédé par mon mâle. Peu à peu, ses coups de reins prennent de l’ampleur. Pendant que sa bouche pose des bisous sur mon cou, sur ma nuque, sur mes épaules. Et que ses doigts cherchent mes tétons et les agacent sans répit. Je me sens vraiment aimé par mon mâle.

    Puis, tout s’arrête d’un coup. Le bogoss sort de moi, me retourne, il s’allonge sur moi, m’embrasse.

    Lorsqu’il relève son buste, je suis une fois encore percuté par la beauté inouïe de ce torse viril qui se dresse fièrement devant moi, tous pecs, abdos et poils dehors, avec ses tatouages sexy, sa chaînette de mec, ce petit adorable grain de beauté dans le creux du cou, et ce petit chemin de poils qui relie son nombril à la queue. Ce torse qui me domine, qui m’impressionne, car il me montre le bomâle dans toute sa splendeur virile.

    Chaque détail de ce jeune garçon respire une sensualité irrésistible une sexualité débordante. Tout chez lui crie au sexe.

    « Qu’est-ce que t’es beau, Jérém ! » je ne peux m’empêcher de lui lancer.

    « Toi aussi, t’es vraiment un beau petit mec » fait-il, en me regardant droit dans les yeux.

    Je suis flatté, et touché par ses mots. Me sentir beau dans son regard et dans ses mots, ça n’a pas de prix.

    Et alors que je m’attends à qu’il revienne en moi dans cette nouvelle position, le bogoss approche son bassin du mien. Avec sa main, il enserre nos queues et les colle l’une contre l’autre. Puis, il commence à les branler lentement, ensemble. Le bogoss s’allonge à nouveau sur moi. Et pendant que sa main continue ses va-et-vient, pendant que nos glands frottent l’un contre l’autre, sa main libre et sa bouche atterrissent chacune sur l’un de mes tétons. Ce ne sont plus des frissons que je ressens, mais carrément des décharges électriques.

    Une simple branlette à deux queues dans sa main et c'est un bonheur inouï. Un bonheur qui prend fin quelques instants plus tard, lorsque le bogoss se relève une nouvelle fois, et me pénètre à nouveau, par devant. Une nouvelle fois il m’envahit, une nouvelle fois ses attitudes sont à la fois très viriles et très douces. Jérém recommence à me faire l’amour.

    « Ah, ce petit cul ! » il s'exclame à un moment, happé par le plaisir, en levant le visage vers le ciel.

    « Mon petit cul a envie de toi… ».

    « Je sais ».

    « Qu’est-ce que j’aime faire l’amour avec toi » je continue.

    « Moi aussi, moi aussi… ».

    Le bogoss se penche sur moi et me fait un dernier bisou tout doux. C’est le dernier bisou avant de se relever une dernière fois et de s'aventurer tout seul vers le sommet la jouissance masculine. Ses mains saisissent mes hanches, ses coups de reins se font de plus en plus rapides. Quelques instants plus tard, l’orgasme s’affiche sur son visage, éclate sur sa bonne petite gueule de mec. Et c’est beau, indiciblement beau. Le bogoss jouit en moi. Et c’est bon, indiciblement bon.

    Secoué par le passage du plaisir, le bogoss s’étale sur moi de tout son poids. Mais très vite, il se retire et s’allonge à côté de moi. Je suis ivre de lui, ivre d’amour. Je suis chaud, chaud et vibrant du plaisir qu’il vient de m’offrir. Mon entrecuisse est brûlant, excitée par les frottements de sa queue, par le contact de sa semence.

    Je regarde son torse onduler au gré d’une respiration soutenue. Je regarde sa queue toujours tendue, luisante de son sperme. Mon excitation est à son comble, j’ai envie de bien astiquer sa queue. J’en ai envie pour le remercier de ce plaisir qu’il vient de m’offrir, de ce cadeau viril qu’il vient de déposer en moi. J’en ai envie pour capturer la moindre trace de sa précieuse semence.

    Mais le bogoss ne m’en laisse pas l’occasion. Il commence à me branler, tout en me léchant le téton le plus proche de lui. Presque instantanément, j’oublie mon envie de m’occuper de sa queue, et je ne pense qu’à jouir. Et je jouis très vite. Et très fort. De nombreuses traînées chaudes atterrissent sur mon torse, pendant que le bobrun m’embrasse fougueusement.

    Après l’amour, je me retrouve dans ses bras. Je plonge mon visage entre ses pecs et ses poils et je m'enivre de cette odeur caractéristique que son corps dégage de façon de plus en plus importante après chaque orgasme. C’est une petite odeur plutôt prégnante qui se mélange à celle de sa transpiration et de son déo, une senteur de jeune mâle qui semble venir de ses aisselles. Et qui me shoote jusqu’à me mettre presque dans un état second.

    Dans les bras l’un de l’autre, nous échangeons des bisous insatiables et des caresse innombrables.

    Il me serre dans ses bras, je le serre dans les miens. J’adore cette proximité, cette intimité, ce bonheur olfactif et tactile qui possède quelque chose de familier et de rassurant qui me fait me sentir si bien, vraiment à ma place, en accord avec les besoins de mon être profond. C’est une sensation de bien-être absolu, un bonheur qui relève d’un besoin de contact et de partage avec l’intimité d’un corps et d’un esprit qui ressemblent au mien.

    « Je suis bien avec toi, ourson » il me chuchote.

    « Moi aussi je suis bien avec toi… petit loup ».

    « Petit loup ? Ça vient de sortir ? » il se moque.

    « Oui, je viens d’y penser à l’instant et je trouve que ça te va bien ».

    « Je ne suis pas un petit loup ».

    « Tu es un loup adulte, un beau mâle… mais tu es touchant. Alors, tu es aussi mon petit loup ».

    « Ouaiss… ».

    « On pourrait aller se balader, demain » lance Jérém après un instant de silence et de papouilles.

    « A cheval ? ».

    « Je pensais à autre chose ».

    « C'est-à-dire ? ».

    « Tu connais Gavarnie ? ».

    « De nom, en photo, mais je n’y suis jamais allé ».

    « C’est pas trop loin, on pourrait y faire un saut ».

    « Mais avec plaisir ! Tu connais, toi ? ».

    « J’y suis allé quand j’étais enfant, et j’ai été frustré que mon père ne veuille pas aller au pied de la grande cascade ».

    « On peut faire ça, alors ».

    « Et tu connais le Pont d’Espagne ? ».

    « Non plus ».

    « On pourrait aller à Gavarnie le matin et au Pont d’Espagne l’après-midi. S’il arrête de pleuvoir… ».

    « Avec toi, j’irais jusqu’au bout du monde ».

    Dans cette petite maison dans la montagne, dans cet endroit hors du temps et de l'espace, dans ce lit, dans ces draps, dans ses bras, je crois rêver, tellement je suis heureux. Pour moi, le Paradis, c’est ici et maintenant.

    Après le cheval, après la fête, après l’amour, le corps demande le repos. Le bruit de la pluie qui tombe sur les ardoises et qui se mélange au crépitement du feu est une délicieuse berceuse. Jérém me souhaite la bonne nuit, me fait un dernier bisou et se tourne sur le côté. Je le prends dans mes bras et je plonge mon visage dans ses cheveux bruns.

    A cet instant, tout est harmonie dans ma vie.

     

    Lorsque je me réveille, il fait toujours noir. Je ne sais pas quelle heure il est, mais le matin semble encore bien lointain. Je me réveille de la même façon que la nuit dernière, cahoté par des petits mouvements, par de petits frottements contre ma queue. La conscience de mon excitation remonte rapidement en moi. Je bande. Je passe en un temps record de l’envie de me rendormir et l’envie de faire l’amour.

    Je crois que Jérém a vraiment envie de ça. Je seconde ses mouvements, et le bogoss amplifie les siens. Mon cœur bat à tout rompre. Le bout de mon gland s’enfonce de plus en plus entre ses fesses, bute contre sa rondelle. J’entends sa respiration rapide, ses ahanements, je ressens ses frissons. Le bogoss se branle en même temps.

    Je pose quelques bisous dans son cou.

    « J’ai envie de toi » je l’entends chuchoter dans la pénombre, de façon tout juste perceptible.

    Je ne suis pas certain d’avoir bien entendu. Ou bien je n’arrive pas à le croire. J’en ai terriblement envie aussi, mais je veux être certain d’avoir bien compris, je veux être certain qu’il sait ce qu’il fait et qu’il ne le regrettera pas juste après.

    « T’es vraiment sûr ? ».

    « Oauais… ouais… ».

    Le bogoss recommence à envoyer de petites oscillations du bassin. Malgré son feu vert, je suis comme tétanisé, je n’arrive pas à seconder ses mouvements. Est-ce que je vais savoir faire ? Est-ce que je vais savoir lui offrir du plaisir de cette façon ? Et, aussi, encore et toujours, est-ce qu’il va l’assumer demain ? Comment cela va changer ma perception de mon mâle Jérém ?

    « Et toi, t’as envie ? » il finit par me demander, en se retournant soudainement.

    « Si, si, très envie… ».

    « Vas-y, alors, mais vas-y doucement » fait-il, avant de m’embrasser et de se remettre sur le flanc. Je l’entends cracher dans sa main qui se glisse ensuite dans son entrejambe. Jérém se colle contre moi. J’avance mon bassin, je laisse glisser ma queue entre ses fesses. Je trouve sa rondelle du premier coup. J’ai l’impression de recevoir une décharge électrique sur mon gland.

    Ses mains écartent ses fesses, tandis que son bassin exerce une pression de plus en plus intense. Je me raidis, je tente de seconder son mouvement. A un moment, ses muscles semblent céder, mon gland commence à se faire happer par son intimité. Mais, très vite, ça bloque.

    Je l’entends frissonner, mais de douleur. Un instant plus tard, il avance son bassin, il quitte le contact avec mon gland.

    Je ne veux pas qu’on reste sur un nouvel échec. Alors, je prends l’initiative de faire pivoter le bobrun, de le faire mettre à plat ventre. Le bogoss se laisse faire. Si j’avais imaginé cela, lorsque je le matais en cours avant nos révisions, ou bien pendant nos révisions dans l’appart de la rue de la Colombette !

    J’ai envie de lui offrir le même bonheur qu’il m’a offert tout à l’heure. J’ai envie de lui faire l’amour. J’ai envie de prendre le temps de lui faire l’amour. Rien ne presse. J’ai surtout envie de lui faire plaisir. Comme toujours. J’ai un peu le stress quand-même, mais le fait de prendre cette initiative et de voir qu’il me laisse faire me donne un peu de confiance.

    J’essaie de rejouer le bonheur que Jérém m’a offert tout à l’heure, mais avec des rôles inversés. Je prends exemple sur le lover Jérém pour faire plaisir à mon petit loup Jérém.

    Je m’allonge sur lui, ma queue calée entre ses fesses. Je cale mon visage dans le creux de son épaule, je saisis ses biceps. J’adore ça, sentir la virilité qui se dégage au simple contact de ses bras muscles dont mes mains s’arrivent pas à faire le tour. Je lui fais des bisous, je m’énivre de l’odeur tiède de sa peau. Ma langue titille ses oreilles, elle descend le long de sa mâchoire barbue, elle glisse lentement sur sa nuque, sur son cou. Elle parcourt le creux de ses omoplates, descend tout doucement le long de sa colonne, jusqu'au creux de ses reins. Elle avance centimètre après centimètre, arrachant au bobrun de nombreux frissons.

    Je descends encore, ma langue arrive au délicat début de sa raie, lui offrant un frisson plus intense. Je sais qu’il adore ça, je sais qu’il va kiffer et que ça va le détendre. J’empoigne ses fesses, je les écarte et je laisse ma langue glisser doucement dans ce sillon de bonheur. Le bogoss tremble de plaisir.

    Très vite, le bobrun se cambre pour offrir totalement sa rondelle à la caresse insatiable de ma langue qui s’enhardit de plus en plus. Lui arrachant d’abord des soupirs, puis des gémissements de plaisir. Il kiffe à mort.

    Puis, soudain, ses mains agrippent mes hanches, m’invitent à avancer mon bassin, à le coller contre le sien. Je me laisse faire, et je me retrouve une nouvelle fois avec la queue calée entre ses fesses.

    Je prends appui sur le matelas de part et d’autre de ses biceps musclés et tatoués. Mon cœur bat toujours à dix-mille. Je bande comme un fou.

    Je prends une dernière précaution, je badigeonne ma queue avec ma salive, comme je l’ai vu tant de fois le faire par mon bobun avant de venir en moi. J’empoigne ses fesses, je les écarte, je cherche son trou avec mon gland. Je le cherche longuement, je le cherche maladroitement. Lorsque je le trouve enfin, j’exerce une pression modérée mais constante.

    Pendant quelques secondes, il ne se passe rien. Puis, mon gland vainc peu à peu la résistance de ses muscles et je me sens glisser lentement en lui. A l’intérieur, c’est serré, doux, chaud, humide. Mon excitation grimpe encore d’un cran, un cran dont j’ignorais même l’existence jusque là.

    A cet instant précis, j’ai l’impression que mon cœur va cesser de battre. Car il va exploser, j’en suis certain, ce n’est pas possible autrement. Mon gland est comme parcouru de mille petites décharges électriques qui rebondissent dans mon anus, mes tétons, mes aisselles, ma colonne, ma nuque, ma tête, mon esprit. J’ai souvent connu la sensation de m’embraser de plaisir, en faisant l’amour avec mon bobrun. Mais là, c’est ma première fois que je ressens ce plaisir, et c’est délirant.

    Hélas, ce moment d’extase ne dure pas longtemps. Lorsque le bogoss accuse un nouveau violent frisson de douleur, je panique, et je me retire. Certes, à contrecœur, mais aussitôt.

    Jérém souffle bruyamment. Mais quelques instants plus tard, il revient à la charge, il empoigne mes hanches et m’attire à nouveau contre lui, comme tout à l’heure. Et moi, je seconde ses envies. A nouveau, je ressens le vertige de me sentir glisser lentement en lui. Comme la première fois, mais un peu plus loin encore.

    Je guette ses respirations avec appréhension, cherchant à déceler le plaisir ou la douleur. Je suis bien placé pour savoir que pendant la pénétration, surtout la première fois, l’un et l’autre sont présents. Ou, du moins, latents. Et que ça ne tient vraiment pas à grand-chose pour que l’un ou l’autre se manifeste et prenne le dessus.

    J’apprécie avec bonheur cette lente progression, qui semble être la bonne. Je découvre une infinité de sensations toutes plus excitantes les unes que les autres. Ma queue va bientôt être engloutie en entier par l’intimité de mon bobrun.

    Mais un nouveau frisson de la part de ce dernier m’oblige à « revenir une nouvelle fois sur mes pas ». C’est dur de faire demi-tour, si près du but. Mais je n’hésite pas un seul instant à le faire, je ne veux pas qu’il ait mal. Nous avons le temps. La nuit est encore longue.

    Jérém respire profondément, bruyamment.

    « Ça va ? » je lui demande tout bas.

    « Ouais… » fait le bogoss « reviens-y ».

    Alors, j’y reviens. Une nouvelle fois, je sens mon gland gagner la résistance de ses muscles. Ce coup-ci, tout semble se passer plus aisément. J’avance plus vite, je glisse avec impatience. Mais les embûches ne sont pas terminées.

    « Doucement, je n’ai jamais fait ça » je l’entends chuchoter brusquement, tout en posant ses mains sur mes hanches pour calmer mes ardeurs.

    « Désolé » je m’excuse, tout en m’arrêtant net.

    Et alors que je recommence à me retirer, le bogoss me retient.

    « Ca va aller » il ajoute.

    Ma queue à moitié enfoncée en lui n’a qu’une envie, celle de faire des va-et-vient et de gicler. Mais je me retiens, je ne veux surtout pas qu’il ait mal. Une fois encore, son plaisir à lui passe devant le mien. C’est normal.

    Je m’allonge sur lui et je pose d’innombrables bisous tout doux dans son cou et sur ses épaules.

    Je ne recommence à avancer que lorsque ses mains m’invitent à le faire. Et là, je suis agréablement surpris de ne presque plus ressentir de résistance. Ma queue glisse facilement, comme happée par son intimité chaude et humide. Un frisson géant parcourt ma queue et mon corps tout entier.

    Le bogoss frissonne lui aussi. Mais cette fois-ci, c’est un frisson d’excitation. Je suis au comble du bonheur. Et je glisse en lui jusqu’à la garde.

    Être en lui, bien au fond de son intimité jusque là si inaccessible, c’est une sensation de fou. Jamais encore il y a peu, je n’aurais cru que ceci serait possible un jour. Lorsque quelque chose qu’on considérait depuis longtemps impossible devient enfin possible, c’est pas mal déroutant. Et ça donne des sensations incomparables. J’ai l’impression d’avoir accès à quelque chose de sacré, d’infiniment précieux, j’ai l’impression d’être l’« élu ».

    « Je n’ai jamais fait ça ». Ses mots me font un bien fou. Car ils touchent à la fois mes sentiments (Jérém se sent en confiance avec moi, il sait que je l’aime et il m’aime aussi, et c’est à moi qu’il offre ce cadeau, sa « première fois ») et mon égo masculin (si, si, définitivement j’en ai un, je viens de le découvrir ces temps-ci !) qui apprécie à sa juste valeur une « première fois » qui lui est offerte.

    Ma queue frémit. Elle n’en peut plus d’attendre.

    La faible réverbération du feu mourant dans la cheminée plonge nos corps emboîtés dans une pénombre terriblement excitante. La vue n’est plus le sens qui apporte le plus de sensations. Tout ou presque est désormais dans le toucher.

    « Vas-y doucement » je l’entends me donner le feu vert.

    Je prends appui sur ses épaules massives et je commence à faire onduler mon bassin. Je n’arrive pas encore à bien réaliser ce qui est en train de se passer. C’est la première fois de ma vie que je prends un mec, la première fois que j’envoie des coups de reins, et c'est entre les fesses de mon Jérém !

    Mon bobrun est crispé, je sens qu’il a peur d’avoir mal. Et j’ai aussi l’impression que sa tête n’est pas encore vraiment à l’aise avec cette envie que son corps réclame.

    Au fond de moi, je stresse. J’ai peur de m’y prendre mal, j’ai peur de lui faire mal. J’ai peur de débander, j’ai peur de ne pas être à la hauteur du bonheur sensuel et sexuel qu’il m’a tant de fois offert.

    « Ça va ? » j’ai besoin de lui demander pour me rassurer.

    « C’est bon » je l’entends me répondre.

    Ses mots me rassurent, me calment, me détendent. J’augmente la cadence de mes va-et-vient, et j’ai enfin l’idée (pourquoi je ne l’ai pas eue plus tôt ?) d’envoyer mes doigts agacer ses tétons.

    Et là, même réaction que la mienne dans la même situation, la stimulation des tétons pendant l’amour décuple son plaisir et provoque chez lui comme chez moi un frisson incontrôlable. Je l’entends pousser presque instantanément un immense soupir de bonheur.

    Peu à peu, je sens sa rondelle, ses muscles et tout son corps se détendre. Mais par-dessus tout, c’est son esprit qui se détend. Qui accepte ce dont son corps a besoin. Le physique et le mental alignés, la douleur se mue peu à peu en plaisir, un plaisir de plus en plus intense.

    Lorsque le bobrun se décrispe, son corps commence à exprimer le plaisir qui l’envahit. De façon de plus en plus explicite. D’abord avec sa respiration, ses ahanements, puis avec des soupirs, des gémissements. Et des mots empreints d’une forte excitation.

    « C’est bon, Nico ! ».

    « Moi aussi j’adore… ».

    « N’aies pas peur, vas-y, plus fort ».

    « Tu prends ton pied là ? » j’ose même lui demander.

    « Oui, à fond ».

    Je prends de l’assurance. Une nouvelle fois, je saisis ses biceps, symbole si puissant de sa virilité à mes yeux, je laisse libre cours à mes coups de reins, je prends de plus en plus de plaisir au fur et à mesure que je lui fais l’amour.

    Au fil des va-et-vient, au fil des frissons de plaisir, je découvre toutes les sensations que ressent l’actif lorsqu’il fait l’amour. Je me sens le mâle qui attise le plaisir avec sa queue. Son propre plaisir, et celui de l’autre.

    Voilà ce que doit ressentir Jérém lorsqu’il est en moi, lorsqu’il me fait l’amour. C’est tellement bon de voir, de sentir l’autre frissonner sous ses assauts ! Et voir le corps musclé de mon beau rugbyman vibrer au rythme de mes va-et-vient, c’est délirant.

    Je suis content de lui donner ce plaisir, autant de plaisir. Faire l’amour, ça donne vite de l’assurance. Et aussi l’envie d’aller jusqu’au bout.

    Je ressens de plus en plus violemment monter dans mes reins ce besoin irrépressible, pressant, viscéral, l’instinct animal et primitif du mâle qui pénètre et ne pense plus qu'à jouir dans son partenaire. Même un mec passif, lorsqu’il « devient » actif, peut ressentir cette pulsion profonde qui le dépasse.

    Mais je ne veux pas que ça s’arrête si tôt, je veux que ça dure plus que ça. Et aussi, je ne sais pas si mon bobrun est prêt à aller vraiment jusqu’au bout. Se laisser pénétrer, se laisser limer, ce sont déjà des grands pas. Et mon bobrun vient de les franchir. Mais laisser l’autre gicler en soi, ça en est un autre, et bien plus grand encore.

    Alors, c’est un prix d’un effort de plus en plus considérable que :

     

    Je vais et je viens/Entre ses reins/Mais je me retiens

     


     

     

    Jérém prend bien son pied, et il l’exprime de plus en plus fort, sans réticence.

    « Vas-y, Nico, c’est bon ! Vas-y, vas-y à fond ! ».

    « Tu la sens bien, là ? ».

    « Oh oui, je la sens bien ! ».

    « Et tu kiffes ? ».

    « Je kiffe trop ! ».

    Sentir Jérém prendre autant son pied, le sentir l’exprimer de cette façon de plus en plus désinhibée, par les frissonnements de son corps, par des gémissements de plus en plus bruyants, par ses mots d’où la pudeur s’évapore à grande vitesse, m’excite au plus haut point. Ainsi, je sens mon plaisir monter, je sens que je ne vais pas tarder à jouir.

     

    Je vais et je viens/Entre ses reins/Je vais et je viens/Et je me retiens (pour combien de temps encore, je ne sais pas…).

     

    Si, je me retiens. Et pour ce faire, je suis obligé de stopper net mes va-et-vient. Juste à temps. Je m’arrête bien au fond de mon bobrun, me faisant violence pour éloigner l’orgasme qui, pour peu, allait m’échapper.

    « Pourquoi t’arrêtes ? » je l’entends me demander sur un ton dans lequel se mêlent impatience et excitation.

    « Si je continue, je vais jouir… ».

    Un instant de silence suit mes mots. Ma queue enfoncée dans son intimité, mon excitation me torture. Mon cœur cogne à tout rompre, ses battements assourdissants semblent vouloir faire exploser mes tempes.

     

    Et je me retiens…

     

    « Ne t’arrête pas » je l’entends chuchoter tout bas.

    « T’es vraiment sûr ? ».

    « Vas-y, Nico, j’en ai envie ».

     

    Non! Maintenant, viens!

     

    Je ne peux croire à ses mots. Je suis touché qu’il veuille m’offrir autant de ses premières fois. A cet instant précis, je me sens vraiment l’« élu ».

    Je m’allonge une dernière fois sur lui, je pose quelques bisous tout doux sur son cou.

    « Je t’aime » je lui chuchote.

    Je prends une nouvelle fois appui en enserrant ses biceps musclés, je me relève et je recommence à envoyer de bons va-et-vient. Et là, très vite, je perds le contrôle, je me laisse glisser dans la pente vertigineuse de l’orgasme.

    « Oh, Jérém » je laisse échapper, bouleversé par cette jouissance délirante que je découvre instant après instant. Je ressens une boule de chaleur dans mon bas ventre et qui se propage dans tout mon corps. J’ai l’impression que plus rien n’existe à part ma jouissance, que je ne suis plus qu’un corps secoué par une vibration qui dépasse l’entendement.

    Je me laisse submerger par mon plaisir, je sens mon esprit s’évaporer vers une dimension de jouissance d’une intensité inouïe. L’orgasme masculin, si éphémère et si puissant à la fois.

    Je comprends désormais le plaisir de Jérém, je comprends son attitude, son arrogance de petit macho lorsqu’il giclait en moi. Je comprends le bonheur d’être le mâle. Je comprends le bonheur de jouir dans l’autre, de répandre ma propre semence. Je comprends ce que ça fait de savoir que « quelque chose de moi est désormais en lui ».

    Faire l’amour et jouir dans l’autre, ça donne de la confiance en soi. J’ai été très passif, mais je suis quand-même un mec. Je peux jouir comme un mec. Je peux faire jouir comme un mec. Et je peux ressentir l’égo masculin comme un mec.

    L’orgasme passé, je me sens secoué comme si on m’avait roulé dessus avec un rouleau compresseur. Je me laisse aller, je m’allonge sur mon bobrun pour récupérer. Je pose quelques bisous sur sa peau. Je cherche de l’air, je cherche du répit.

    Mais quelques instants plus tard déjà, j’ai l’intuition que mon bobrun a envie de quelque chose que je ne pourrais pas lui refuser, notamment dans de telles circonstances, malgré mon état d’épuisement et la baisse drastique de libido après cet orgasme géant.

    Alors, je me laisse glisser à côté de lui, je m’allonge sur le matelas, sur le ventre, et je m’offre à lui. Le bogoss ne se fait pas prier. Il vient sur moi, il vient en moi, il commence à me limer doucement. Son excitation est telle qu’il jouit très vite à son tour.

    Le bogoss s’affale sur mon dos, me fait quelques bisous dans le cou. Puis, il se déboîte de moi et part près du feu. Je le rejoins comme tout à l’heure, et je le prends dans mes bras. Sa main se pose sur ma main, l’enserre. Nous restons ainsi, enlacés, en silence, pendant qu’il fume lentement sa cigarette.

    Bien sûr, ce qui vient de se passer me fait poser mille et une questions. Des questions auxquelles Jérém seul pourrait apporter la réponse. Mais est-ce bien le bon moment pour les poser ? Est-ce qu’il a seulement les réponses ? Et, plus généralement, est-ce qu’il est utile de mettre tout le temps des mots sur tout ? Il est des actes et des sensations qui se passent des mots.

    Nous restons en silence, mais notre connexion n’a jamais été aussi parfaite.

     

    Lorsque nous regagnons le lit, nous nous échangeons la bonne nuit et un bon nombre de bisous. Tout va bien, Jérém a l’air d’assumer ce qui vient de se passer. Je me retrouve une nouvelle fois enserré dans ses bras. Et, une fois de plus, je suis le gars le plus heureux de l’univers.

    Très vite, j’entends le bruit désormais familier de sa respiration de sommeil. Quant à moi, une fois de plus, je rate mon rendez-vous avec Morphée.

    Ce que vient de se passer me hante, pulvérise définitivement ma naïveté, fille de mon inexpérience, qui me faisaient imaginer jusqu’il y a peu encore, que le monde, et la sexualité plus en particulier, se présente de façon parfaitement binaire.

    Lorsque j’étais puceau, je m’imaginais que chez les gars qui aiment les gars, les rôles de chacun étaient figés à tout jamais. Que les mecs actifs n’étaient qu’actifs, et que les passifs n’étaient que passifs.

    Or, s’il est possible que ces extrêmes existent (des gays actifs qui trouvent inconcevable se faire envahir par un autre mec, et des mecs complètement passifs qui ne prennent aucun plaisir avec leur sexe), dans l’immense majorité des cas, la réalité est bien plus nuancée que cela.

    Parfois, on peut ressentit la curiosité et l’envie d’expérimenter ce que ressent l’autre, de découvrir et de faire découvrir l’« envers du décor ».

    Souvent, l’envie d’expérimenter « l’autre rôle » dans l’amour est déclenchée lorsqu’on sent la même envie, de signe opposé, chez celui qu’on aime. Lorsqu’on se sent vraiment en confiance, lorsqu’on est amoureux, l’envie de faire plaisir à l’autre peut pousser à franchir des barrières autrefois infranchissables. Et à découvrir, par la même occasion, que « l’autre rôle » peut être aussi génial que celui qui était le sien jusque-là.

    Aucun mec ne ressemble à aucun autre. Entre « uniquement actif » et « uniquement passif », il existe une infinité de nuances d’envies et de pulsions, qui sont en plus changeantes au gré du temps et des rencontres.

    Un mec actif a parfois envie de connaître la virilité de l’autre. Un mec passif a parfois envie d’exprimer sa propre virilité.

    Dans le sexe et le plaisir, il est souvent question de rencontres, d’opportunités.

    Se cantonner dans un rôle, et cantonner son partenaire dans un autre, c’est rassurant. Cela finit par donner une « identité sexuelle ». C’est ce qui m’est arrivé avec Jérém depuis notre première révision. C’est ce qu’a dû chercher mon Jérém avec moi. A se rassurer. Il était mon mâle, j’étais son passif.

    Mon seul plaisir, était son plaisir à lui. Sa virilité, ses besoins sexuels de mec actif only étaient à mes yeux quelque chose de sacré, de logique, de naturel, d’immuable. Un repère qui définissait ma propre sexualité et mon plaisir. Et les siens aussi.

    Je me disais qu’un gars qui a couché avec tant de nanas auparavant ne peut être qu’un mec avec une sexualité bien définie. Et si de grâce il acceptait de coucher avec un mec, il ne serait que « LE mec ».

    Et pourtant, c’est peut-être justement parce qu’il a été si souvent « LE mec », avec tant de nanas, avec quelques mecs avant moi, puis avec moi, qu’il a désormais envie de découvrir l’« envers du décor ». C’est peut-être pour cela qu’il a voulu coucher avec moi. Pour se mettre en confiance avant d’assumer ses envies les plus refoulées.

    Peut-être que ce qui s’est passé ce soir, il en avait envie depuis longtemps. C’est peut-être contre cette envie qu’il luttait dans sa tête lorsqu’il me traitait de trou à bite, lorsqu’il me dominait avec sa virilité, lorsqu’il aimait me soumettre au début de nos révisions.

    Mais la confiance a fini par arriver. Et sa sexualité a pu s’épanouir. Et cette nuit, elle a eu envie d’explorer l’une de ses limites les plus reculées.

    Oui, le fait que Jérém me cantonne dans un rôle de passif, avait fini par définir mon « identité sexuelle ». Je ne cherchais mon plaisir que dans cette direction. Puis, dernièrement, lorsque Jérém a commencé à me traiter « comme un mec », lorsqu’il a commencé à me sucer, j’ai été un peu surpris. Car cela remettait en cause cette « identité », me faisait perdre pas mal de repères.

    Mais très vite, j’ai trouvé de nouveaux repères. J’ai découvert de nouveaux plaisirs. Je sais désormais ce que Jérém ressent lorsqu’il est « le mâle ». Et la prochaine fois qu’il me fera l’amour, cette conscience ne fera que décupler encore mon plaisir d’offrir du plaisir au mâle.

    Aimer un garçon, c’est un désir de communion des corps, des esprits. Aimer les garçons c’est avoir la chance de connaître et apprivoiser toutes les facettes du plaisir, au gré des rencontres, des envies.

    Cette nuit, nous avons échangé des baisers, des caresses, des câlins, du plaisir, de l’amour. Cette nuit, nous avons échangé nos semences.

    Cette nuit, je n'ai besoin de rien de plus. Mon bonheur est parfait. Demain, ce sera une nouvelle journée avec mon Jérém. Nous irons nous balader à la montagne, rien que tous les deux. Je voudrais qu’il y ait tant et tant d’autres journées comme celles que je suis en train de vivre.

    Dans son sommeil, mon bobrun relâche son étreinte et se tourne sur le flanc. Je me retourne aussi, je me cale contre son corps chaud et je le serre contre moi.

    Oui, à cet instant, tout est harmonie dans ma vie. Car tout est si parfait, quand le monde entier se glisse dans vos bras.


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  • 0216 L’amour ne vit plus ici.


    Pendant la balade à cheval, en milieu d’après-midi, il fait très chaud. Et nous n’avons plus d’eau, ni Jérém, ni moi. Ni même Charlène.
    « Et il nous reste au moins deux heures avant d’arriver chez moi » fait cette dernière.
    « On aurait dû prendre davantage d’eau » regrette Jérém.
    « C’était pas prévu qu’il fasse si chaud » fait Charlène, avant d’enchaîner « et en plus j’ai l’impression qu’Unico boîte ».
    « C’est pas qu’une impression. Ca fait un petit moment que je le sens sensible des pieds ».
    Et, ce disant, mon bobrun descend illico de son étalon, il lui attrape le pied et regarde à l’intérieur du sabot.
    « Y a un clou du ferrage qui est en train de se barrer. Il faudrait le déferrer ».
    « Tiens, j’ai une idée. On arrive à la ferme de Florian. On va se faire payer un coup à boire et se faire prêter des outils pour le déferrer… ».
    « Florian, l’ex de Loïc ? » je demande.
    « C’est ça. C’était un cavalier lui aussi, avant la rupture avec Loïc, il y a un an… non, deux ans déjà, le temps file si vite. En plus, ça me fera plaisir de lui faire un petit coucou, ça fait un moment que je ne l’ai pas vu. ».
    Dans mon for intérieur, je suis curieux de rencontrer ce Florian. Dès que j’en ai entendu parler par Charlène et Martine, j’ai eu de l’empathie pour ce gars qui a vécu une séparation difficile. Je ne le connais pas, et pourtant j’ai envie de voir comment un homo s’assume à l’âge adulte, j’ai envie de voir comment on se reconstruit après une rupture. J’ai aussi envie de savoir à quoi il ressemble. Et quel genre de mec il peut bien être.
    Sur notre droite, un grand pré en pente clôturé enferme un troupeau de brebis à la laine bien blanche. Le petits herbivores sont en train de pacager paisiblement en plein soleil.
    Et alors que nous approchons de la maison aux volets bleus, deux labradors, l’un sable, l’autre noir, déboulent à notre rencontre. Le noir aboie de façon insistante, son jappement est sonore et retentissant.
    « On va se faire bouffer » je commente.
    « Mais non, ils sont sages comme des images » fait Charlène « Gaston, Illan, c’est moi… ».
    Pour toute réponse, le labrador noir aboie un peu plus fort encore, le corps massif tout tendu, le poil brillant hérissé autour de l’encolure, comme s’il se préparait à attaquer.
    « Et pourtant, il y eut une période où l’on se voyait très souvent » elle continue, sur un ton empreint d’une sorte de nostalgie « ce qui est chiant, quand un couple d’amis se sépare, c’est de devoir en quelque sorte choisir lequel on va continuer à fréquenter. Allez, les toutous, du calme ! ».
    Les mots de notre « guide » semblent apaiser les deux labradors. En effet, après quelques derniers aboiements insistants, les deux gros toutous se contentent de nous escorter jusque dans la cour de la ferme.
    Un mec d’une trentaine d’années vient de se pointer sur le seuil de la maison, alors qu’une musique vive s’échappe de la porte ouverte. Le type nous regarde, en utilisant sa main comme d’un parasol pour se protéger du soleil. Le mec est grand, un peu enrobé, châtain, les cheveux frisés. Il est habillé d’un vieux t-shirt rouge délavé et d’un short coupé dans un jeans qui a fait son temps.
    « Charlène ! » je l’entends s’exclamer, la voix joyeuse, et avec un grand sourire lorsqu’il réalise qu’il s’agît de son ancienne copine « du cheval ».
    Cette dernière descend de sa monture, passe les rênes à Jérém, et s’empresse d’aller lui claquer la bise.
    Jérém et moi regagnons le sol à notre tour et Charlène fait les présentations.
    « Florian, voici Jérémie et Nicolas… ».
    « Mais on s’est déjà vu, non, Jérémie ? » fait Florian.
    « Oui, je crois ».
    « Jérémie n’est pas venu souvent nous voir ces dernières années, mais c’est un cavalier, et un bon cavalier. Nicolas, c’est un ami à lui, qui est venu s’essayer à l’équitation ».
    « Je me disais bien que ta tête ne m’était pas inconnue » fait Florian « j’ai du mal à me souvenir des nanas, mais je n’oublie jamais un beau mec ».
    Jérém sourit, il a l’air flatté. Qu’est-ce qu’il aime quand on lui dit qu’il est beau !
    Pfffff ! Florian aussi est sous le charme de mon bobrun. Loïc, Sylvain, Florian. Tout gay est attiré par mon bobrun. Mais en même temps, comment ça pourrait en être autrement ? Pour qu’un homo ne soit pas sensible au charme de mon Jérém, il faudrait juste qu’il ne soit pas homo ! Et encore, même en étant hétéro, et en côtoyant un mec comme lui, je ne sais pas comment à un moment ou à un autre on pourrait ne pas se dire « ce gars est beau à tomber, il me fait de l’effet », « s’il y a un mec avec qui je pourrais tenter un truc, c’est bien lui ».
    Et quand je pense qu’en plus de plaire aux gays, Jérém est également du genre charmeur, qui aime être admiré, désiré tous azimuts : je me dis que j’ai vraiment vraiment vraiment du souci à me faire pour Paris. Et à plus forte raison maintenant qu’il commence à assumer son attirance pour les mecs, maintenant qu’il a découvert et bien apprécié le plaisir entre mecs.
     « Et de moi, tu te souviens, espèce de goujat ? » fait Charlène.
    « T’es qui, toi ? » se marre Florian.
    « Celle qui va te mettre une bonne fessée ! ».
    « Ça me fait plaisir de te voir ».
    « Moi aussi. Tu nous manques à l’asso de cavaliers ».
    « Vous aussi vous me manquez… enfin, certains plus que d’autres ! ».
    Charlène éclate dans un rire sonore.
    « Je veux bien te croire ».
    « Je vois que t’as toujours la pêche, et que tu montes toujours, ça me fait plaisir ».
    « Je monterai jusqu’à que je tiendrai debout. Toi, en revanche, t’as arrêté le cheval ».
    « Oui ! Et je ne m’en porte pas plus mal ! ».
    « Ce n’était pas vraiment ton truc ».
    « Non, j’ai toujours eu peur à cheval. Je crois que pour ne pas avoir peur, il faut commencer quand on est très jeunes et inconscients. Moi j’ai commencé à monter à trente ans. Et dès la première fois, je n’ai jamais cessé de me demander quand je tomberais. Et je suis tombé plus que mon dû ».
    « Si ce n’est pas une passion, il vaut mieux ne pas se forcer ».
    « Je montais surtout pour lui faire plaisir, pour partager quelque chose à deux. Mais ça n’a pas suffi ».
    « Tu as fait tellement d’efforts pour sauver ton couple. Hélas, parfois les choses nous échappent des mains et il n’y a rien à faire ».
    « C’est ça, merde au passé ! Alors quel bon vent t’amène ? ».
    « On a fait la grande boucle dans la forêt et on est à court d’eau. En plus, le cheval de Jérémie est en train de déferrer. Alors on se demandait si tu pouvais nous donner de l’eau et nous filer une pince pour sortir les clous qui restent et enlever le fer ».
    « Mais avec plaisir. Viens voir à l’atelier, si tu trouves ton bonheur » fait Florian à l’intention de mon bobrun.
    Jérém le suit à l’atelier. Les deux gars se postent devant un panneau mural garni d’ustensiles de toute sorte, clefs, pinces, marteaux. Mon bobrun de dos, sa plastique moulée dans le coton gris marqué par une trace de transpiration le long de la colonne vertébrale, il est juste sexy à se damner. Au gré des mouvements, les épaules, puis les avant-bras se frôlent. Pendant une fraction de seconde j’ai l’impression que Florian cherche délibérément le contact physique avec mon bobrun.
    « Prends ce que t’as besoin » fait ce dernier, tout en regardant avec insistance mon Jérém en train de choisir et de décrocher les outils, en matant ses pecs et ses biceps moulés dans le coton gris humide.
    Putain, qu’est-ce qu’il porte bien ce t-shirt moulant !
    « Je crois que j’ai tout ce qu’il me faut, merci ».
    Jérém revient vers son cheval, suivi par Florian qui ne se prive pas de mater sa face B. Un beau dos et un beau cul pareil, on ne peut pas les laisser passer sans essayer de s’en graver l’image dans la rétine.
    Jérém reprend le pied d’Unico et tente d’extraire les clous, non sans effort. Après une première réticence, Unico se laisse faire bravement.
    « Tu as besoin d’un coup de main ? » je lui demande.
    « Non, ça va aller. Mais ça va prendre un certain temps ».
    « T’es sur que t’as besoin de rien ? » insiste Charlène.
    « Merci, c’est une affaire entre lui et moi » il plaisante.
    « On te laisse faire, alors. Nous on va boire un coup » fait Florian.
    « Oui, merci ».
    « Venez donc à l’intérieur, j’ai même de la pastèque au frais ».
    « Ce n’est vraiment pas de refus ».
    Au fur et à mesure que nous approchons de la maison, la musique m’enveloppe un peu plus à chaque pas, les décibels me happent, me font vibrer. Et lorsque nous passons la porte d’entrée, je suis instantanément plongé dans un univers sonore saisissant.
    Dans un angle du séjour trône une grande chaîne hi-fi, surmontée d’une platine vinyle massive. Un disque 33 tours tourne d’une allure paisible et régulière, alors que deux grandes enceintes à chaque coin de la pièce envoient « du pâté », délivrant le son qui arrive à mes oreilles, dans ma chair, dans mes tripes.
    Florian s’empresse de baisser le volume sans pour autant arrêter le disque.
    « Ici je n’ai pas de voisins » il nous explique « alors, depuis que je suis seul, je ne me gêne pas pour mettre la musique à fond ».
    « C’est ça qui est bon quand on est seuls, c’est qu’on fait ce qu’on veut » commente Charlène.
    Je suis aimanté par le mouvement hypnotique de la galette sur la platine, si loin de la frénésie de rotation d’un cd, je suis happé par cette pointe qui parcourt patiemment son sillon pour en extraire le son. Regarder un disque tourner c’est apaisant, c’est presque comme regarder une clepsydre, on a l’impression de regarder le temps en train d’avancer.
    A cet instant précis, je découvre le disque. Enfin, je le redécouvre. Maman avait un tourne disque, mais il était loin d’avoir la gueule et le son de l’équipement de Florian. Quant à moi, depuis que j’écoute de la musique, je n’ai jamais acheté de disque. J’ai commencé avec des cassettes. Et je suis rapidement passé au cd. Avant de me laisser conquérir, quelques années plus tard, par le mp3.
    En approchant un disque « en action », après des années où je n’ai pas vu tourner un seul disque, je me rends compte d’à quel point cette galette en vinyle est un bel objet. Sa robe noir brillant capte la lumière et en met plein la vue. Le son qu’il envoie est chaud et vibrant. Et le crépitement de ses sillons rappelle d’une certaine façon le crépitement du feu dans une cheminée. C’est à la fois charmant, rassurant, reposant, chaleureux et doux.
    A côté de la chaîne hi-fi est installé un meuble rempli de disques, exposés sur la tranche. Et devant ces importantes archives musicales, une pochette est debout, appuyée contre l’alignement de ses consœurs, exposée à la vue. C’est certainement la pochette du disque qui est en train de jouer.
    L’image, assez sombre, représente un beau garçon en demi-buste, de profil, la barbe d’une semaine, une grande boucle en forme de croix à l’aplomb de son oreille. Le gars est habillé d’un blouson en cuir qu’il soulève avec ses mains et dans lequel il semble vouloir cacher son visage. Entre les deux pans, on devine une portion de torse velu. Pas de titre d’album, ni de nom du chanteur bogoss.
    « Dis-donc, t’as une sacrée collection de disques » lance Charlène à Florian, alors que la chanson se termine et un petit crépitement de fond fait la liaison avec le titre suivant.
    « Et encore ils ne sont pas tous là. La musique c’est mon plaisir. Je crois que je pourrais vivre sans sexe, mais jamais sans musique ».
    « A ce point… ».
    A nouveau je me laisse happer par le disque et sa rotation perpétuelle. Et soudain le titre suivant démarre.
    Des notes de piano, un air doux et un peu mélancolique. Une ambiance jazzy. Puis vient la voix. C’est une voix feutrée et pourtant bien virile, une voix de jeune mâle, comme une caresse à la fois très douce et terriblement sensuelle, une vibration qui touche des cordes sensibles, qui me touche au cœur. Et en quelques secondes à peine, elle m’émeut jusqu’aux larmes.





    Cette voix, cette vibration masculine fait dresser mes poils, jusqu’au cuir chevelu, elle me file une boule au ventre, et l’envie de pleurer. Je crois que je n’ai jamais entendu quelque chose de si beau.
    Car il y a dans cette musique et dans cette voix une sensualité qui donne envie de faire des câlins, de faire l’amour avec l’homme qu’on aime.
    Comme promis, Florian nous offre des boissons et de la pastèque. Mais moi j’ai complètement oublié ma soif et ma fatigue, tout ce dont j’ai besoin à cet instant c’est de silence autour de moi pour être seul avec cette voix qui me fait vibrer et avec mon Jérém avec qui j’ai envie de faire l’amour.
    La porte d’entrée est restée ouverte. Les deux labradors nous ont suivis à l’intérieur et se sont installés d’un côté et de l’autre de la chaise occupée par Florian. Ils se sont postés en position assise, la truffe à l’affut du moindre petit geste de leur maître en train de découper la pastèque.
    Une tranche atterrit dans les mains de Charlène, une autre dans les miennes. Florian découpe la sienne en petit morceaux et il en balance un à chaque labrador, à tour de rôle. Ces derniers gobent voracement l’aubaine sans même lui laisser toucher le sol.
    « Ils sont doués, dis-donc » fait Charlène.
    « On s’entraîne tous les jours ».
    Je regarde le labranoir et sa truffe de gros toutou adorable et soudain je repense à Gabin. A Stéphane. Ça fait un moment que je n’ai pas de leurs nouvelles. Qu’est-ce qu’ils deviennent ? Est-ce que tout se passe bien pour eux ? Est-ce que Stéphane a trouvé un mec à Bâle ? Quelle belle rencontre, celle avec le garçon au labrador.
    Pendant que Charlène et Loïc discutent tout en mangeant leurs tranches de pastèque, je me laisse amener de plus en plus loin par cette voix et par les couplets qu’elle me chuchote à l’oreille.
    La chanson parle d’un amour unique et irremplaçable. Au détour d’un sillon, la beauté mélancolique des couplets est soulignée par l’envolée de la musique, par la montée en puissance de la voix :

    But remember this/Mais souviens-toi de ceci
    Every other kiss/Chaque autre baiser
    That you ever give/Qu’il t’arrivera de donner
    Long as we both live/Tant que nous vivrons tous les deux
    When you need the hand of another man/Lorsque tu auras besoin de la main d'un autre homme
    One you really can surrender with/Un homme auquel tu puisses véritablement t'abandonner
    I will wait for you/Je t'attendrai
    Like I always do/Comme je le fais toujours
    There's something there/Il y a quelque chose là-dedans
    That can't compare with any other/Que je ne peux comparer à rien d'autre

    Puis, la chanson s’installe à nouveau dans la douceur, dans un duo piano-voix qui me donne des frissons.

    You are far/Tu es loin
    When I could have been your star/Alors que j'aurais pu être ton étoile
    You listened to people/Tu écoutais des gens
    Who scared you to death, and from my heart/Qui te glaçaient le sang, et du fond de mon cœur

    Strange that I was wrong enough/Il est étrange que je me suis trompé à ce point
    To think you'd love me too/Pour croire que tu m'aimais aussi
    I guess you were kissing a fool/J’imagine que tu as embrassé un idiot
    You must have been kissing a fool/Tu devais embrasser un idiot

    Des crépitements plus marqués d’échappent des enceintes, puis le silence se fait, un silence par-dessus lequel se fait entendre un léger bruit de mécanique bien réglée, le mouvement du bras du tourne disque qui se lève et se remet seul sur son support, alors que la galette cesse de tourner.
    La chanson vient tout juste de se terminer et elle résonne toujours en moi. Non, je crois vraiment que je n’ai rien entendu de si beau auparavant. Je crois que même sans comprendre les mots, la douceur et la mélancolie de cette voix savent parler directement au cœur et transmettre une émotion incroyable.
    J’en ai le souffle coupé. J’ai des frissons, un nœud au fond de la gorge, j’ai la chair de poule, les poils dressés sur les bras. Je ressens une sensation d’électricité qui part d’entre mes reins, remonte le long de ma colonne vertébrale, fait vibrer mes omoplates, crispe mon cou et se perd dans le bas de ma nuque. Je suis retourné comme une chaussette, comme si j’avais pris une claque en pleine figure. Je sens les larmes mouiller mes yeux.
    Un disque a un début, un développement, et une fin. Suivis par le silence. Un silence aussi long que la flemme de celui qui écoute de se lever et aller remettre la galette à tourner, la faire démarrer depuis le début, ou choisir un morceau précis, ou pour la retourner. J’ai très envie d’écouter à nouveau ce petit chef d’œuvre que je viens de découvrir. Et pourtant, je savoure le silence qui suit le chef d’œuvre et qui le fait apprécier par le manque. Ne dit-on pas que le silence après du Mozart, c’est toujours du Mozart ?
    « Ça va Nico ? » me demande Charlène.
    « Oui, ça va » je lui réponds, en essayant sans succès de cacher l’émotion qui s’invite dans ma voix.
    « T’as l’air tout ému ».
    « C’était très très beau ».
    « Elle se nomme Kissing a fool » fait Florian « et c’est vrai qu’elle est magnifique. Je crois que la première fois que j’ai entendu cette chanson, j’ai été aussi touché que toi. C’était il y a environ quinze ans. Ça fait plaisir de voir que la magie opère toujours, même aujourd’hui, et même sur les nouvelles générations ».
    « J’avoue que c’est une très belle chanson » confirme Charlène « au fait, c’est qui le chanteur ? ».
    « C’est George Michael » fait Florian, en se levant et en approchant du tourne disque.
    Ah, oui, George Michael. Je me disais bien que cette voix ne m’était pas inconnue, car elle est reconnaissable entre mille. Je ne connaissais pas cette chanson, en revanche, ni la couverture de l’album.
    Un instant plus tard, j’entends le bruit de diamant qui ripe bruyamment sur le vinyle, suivi par quelques crépitements, avant qu’à nouveau des notes de piano empreintes de tristesse et de beauté, les mêmes que quelques minutes plus tôt, viennent me faire vibrer d’émotion.
    Florian a remis le même titre.
    « Merci » j’ai envie de lui lancer.



     

     

    Et la voix revient, apportant avec elle le même frisson que la première fois.
    Le son d'un vinyle sur une bonne chaîne hi-fi, on n’a encore jamais rien fait de mieux en termes d'expérience d'écoute musicale. Même le cd n’arrive pas à rivaliser avec la richesse et l’authenticité du son d’un bon vieux vinyle. Et certainement pas avec son charme daté mais jamais démodé. Porté par la puissance et la fidélité des grandes enceintes, à nouveau cette voix, cette caresse me prend aux tripes, elle m’enveloppe d’une sorte de douceur virile qui m’émeut.
    « Ah, George Michael, je me disais bien que je connaissais cette voix » se souvient Charlène « ma fille en était folle quand elle était ado, elle écoutait ses cassettes en boucle ».
    « On était nombreux à en être fou à cette époque, il était juste canonissime, il était sexy à mourir ».
    « Mais ce n’est pas un gars pour toi ! » s’exclame Charlène, dans l’un de ces excès de naïveté dont elle fait preuve de temps à autre, et qui la rendent si touchante.
    « Détrompe-toi, son truc ce sont plutôt les gars ».
    « Tu déconnes ».
    « Pas du tout. Il y a trois ans, il s’est fait arrêter pour « attentat à la pudeur » dans des chiottes à Los Angeles. C’est ce qui l’a forcé à faire son coming out. Il l’a fait par le biais d’une chanson nommée « Outside », dans lequel il vante les plaisirs du sexe en plein air ».
    « Alors, ça, un gars avec une voix pareille, tu m’en bouches un coin ».
    « Il y a des gays qui des voix sexy, tu sais. Et lui, il a une voix trèèèèès sexy. Ecoute, écoute, écoute ! Ferme les yeux et écoute. Tu te laisses transporter, et t’as l’impression que c’est à toi et à toi seul qu’il chuchote à l’oreille ».
    Je fais l’expérience suggérée par Florian, je ferme les yeux et je me concentre sur la voix. Et j’ai effectivement l'impression que le beau George est penché sur mon oreille et qu'il me prend dans ses bras chauds et rassurants. Comme Jérém après la pause déjeuner tout à l’heure.
    J’ai tellement envie d’être dans les bras de mon mec. J’ai envie de l’embrasser, de danser avec lui sur cette musique, sur cette voix, danser serrés l’un contre l’autre, et ne plus jamais se quitter. Cette musique, cette voix donnent envie de dire des mots doux à la personne qu’on aime.
    « Cette voix me fait un effet de fou » lâche Florian.
    « Moi aussi » j’ajoute à mon tour.
    « C’est parce que vous vous ressemblez tous les deux ».
    Florian me sourit. Je crois qu’il a bien capté le sens à peine voilé des mots de Charlène.
    « Quand on pense qu’il n’avait que vingt ans quand il a chanté ça » il explique.
    Vingt ans. Que vingt ans ! Un petit mec de vingt ans capable de graver une telle émotion dans le sillon, ça a tout mon respect.
    « C’est pas lui qui a fait une chanson qui s’appelle Faith ? » se souvient Charlène.
    « Oui, oui, c’est bien lui. A l’époque, le clip passait en boucle sur MTV, lui et son jeans mettant en valeur son beau cul, lui et son blouson en cuir sur débardeur blanc, lui et ses chaussures pointues, ses grandes lunettes de soleil, sa grande boucle d’oreille en forme de croix, sa guitare, ses déhanchements sexy. Lui, beau comme un Dieu !
    Et il a fait un autre clip très sexy, I want your sex. A un moment, on le voyait torse nu au lit avec une nana. Il était sexy à un point inconcevable. Je pense qu’avec ces deux clips, il a inspiré un nombre difficilement quantifiable de plaisirs solitaires autour de la planète ».
    « Ooooohhhh !!!! » feint de s’offusquer Charlène.
    « Pendant l’été ’87 » continue Florian « j’avais 17 ans et j’étais en vacances à Port Leucate avec ma cousine. Nous étions en train de refaire le monde et de mater les beaux mecs sur la plage, tranquillement allongés sur nos serviettes. Un gars s’était pointé et avait allongé sa serviette pas très loin de nous. Le mec était seul et il était beau comme un dieu. Il devait avoir quelques années de plus que moi, peut-être 20-22 ans, et je me souviens que sa démarche et son attitude dégageaient une assurance qui m’impressionnait. Il était brun, il avait une belle gueule, la peau mate. Il avait un short rouge et des grandes lunettes de soleil. Et il était torse poil ».
    « Dis donc, tu as de la mémoire » s’étonne Charlène.
    « Une mémoire très sélective. Je n’oublie jamais un bogoss. Et lui, il était vraiment bogoss. Il était bien gaulé, il avait un torse en V, des pecs saillants et des beaux abdos. Et sur toute la hauteur de ces abdos, il y avait une inscription, sur deux lignes, tracée en lettres capitales bien épaisses. Ce n’était pas un tatouage, ça avait l’air d’avoir été dessiné, au Stabilo noir ou au stylo. Cette inscription disait :

    I  WANT
    YOUR SEX

    « La dégaine de ce gars, beau et sexy comme pas possible, portant sans pudeur cette inscription évoquant sa sexualité, l’air fier de son corps et de sa virilité, était pour moi, ado, comme un appel sauvage au sexe. Je crois que j’ai bandé sur le champ, que j’ai eu envie de lui comme d’aucun gars auparavant. C’était vraiment violent. Tout en lui semblait évoquer une sexualité bouillonnante, c’était comme un truc invisible qui se dégageait de sa simple présence et qui m’étouffait.
    Évidemment, il ne m’a pas décroché un seul regard.
    Je me suis demandé qui avait pu faire cette inscription sur ses abdos. Car elle avait dû certainement prendre pas mal de temps, et elle était trop nette, il n’avait pas pu se la faire tout seul. Est-ce que c’était l’œuvre d’une nana particulièrement enthousiaste de ses prestations sexuelles ? Et si c’était le cas, quel bonheur sensuel et sexuel avait bien pu pousser cette nana à écrire cela après l'amour, à vouloir à ce point flatter l’ego du beau mec ? Quelles caresses, quels plaisirs avait connu ce gars autour de cette inscription ?
    Je crois que c’est la première fois où j’ai violemment fantasmé sur la sexualité d’un mec, un mec complètement inaccessible et dont la simple vision me vrillait les tripes.
    Avec qui il baisait, qui était celle qui avait la chance de le faire jouir, de le voir jouir ? Avait-il une copine attitrée ou des copines d’un soir pour égayer les nuits d’été et de vacances ? A quand remontait la dernière fois où il avait joui ? Comment se comportait-il au pieu, comment prenait-il son plaisir de mec, à quoi ressemblait sa belle petite gueule pendant l'orgasme ?
    Bref, c’était la première fois que la sexualité et le plaisir d’un beau gars m’était envoyée à la figure d’une façon si directe, presque violente, et par conséquent la première fois où je me suis posé les questions que depuis me hantent à chaque fois que je croise un beau mec.
    Avant ce jour j’étais un gars très timide, introverti, un gars qui se cherchait, qui ne voulait pas voir l’évidence, mon attirance pour les gars. Je crois que cet épisode a marqué mon éveil à la beauté masculine et à la sensualité. Ce que j’ai ressenti ce jour-là était trop violent pour que je puisse l’ignorer. La sensualité de ce gars m’a mis face à moi-même. Alors, d’une certaine façon, c’est un peu grâce à George Michael que j’ai commencé à accepter mon orientation sexuelle ».
    « Ça doit être violent, en étant adolescent, de réaliser qu’on n’est pas comme la plupart des copains, qu’on est attiré par des gars qui souvent ne sont attirés que par les nanas » considère Charlène.
    « Je ne te le fais pas dire » fait Florian, songeur.
    « Je ne te le fais pas dire » je lâche, comme un cri du cœur.
    Nos voix se superposent, ce qui provoque l’hilarité de Charlène.
    Définitivement, j’aime bien ce Florian. Je me reconnais en lui, dans ses ressentis, dans ses fantasmes, ses désirs, ses peurs, dans sa façon de découvrir ses penchants, ses attirances, dans ses frissons face aux bombasses mâles. Et aussi dans cet épisode de l’éblouissement face à la bogossitude extrême, comme ça a été le cas le premier jour du lycée en voyant Jérém, qui a été comme une révélation, et qui a provoqué le déclic, le début de prise de conscience de l’irrépressibilité de cette attirance et de sa légitimité. Lui aussi, comme moi, a dû se dire : « si regarder un gars me donne autant de frissons, ça ne peut pas être une mauvaise chose. En tout cas, ça ne l’est pas pour moi. Pourquoi j’essaierais de m’opposer à cette attirance ? Je n’ai pas à le faire, je ne veux pas le faire. Car elle me fait être en phase avec moi-même, car elle me rend heureux ».
    Je me reconnais également en Florian dans le fait d’avoir une cousine qui a certainement dû être sa confidente comme Elodie l’est pour moi, d’avoir été à la plage avec elle, à quelques dizaines de bornes à peine de notre plage à nous, celle de Gruissan.
    « Kissing a fool » se termine pour la deuxième fois et j’en redemande. Pendant quelques secondes, le crépitement du vinyle se charge de combler le vide laissé par la musique, avant que le bras du tourne disque ne revienne en position de repos.
    Florian me jette un regard, me sourit. Et sans attendre, il se lève, et remet la même chanson pour la troisième fois.

     



    « Comment tu vas, sinon ? » lui demande Charlène lorsqu’il revient s’asseoir près de nous.
    « Pas trop mal ».
    « Tu y penses toujours ? ».
    « Comment ça pourrait en être autrement, après douze ans de vie ensemble ? ».
    « Tu ne lui parles toujours pas ? ».
    Florian marque une pause. Il me jette un regard, et il semble réaliser qu’il n’est pas seul à seul avec Charlène, qui à l’évidence doit être sa confidente. Mais un instant plus tard, après avoir pris une bonne inspiration, ses réticences semblent s’évaporer. Comme s’il me faisait confiance, comme si le fait que « qu’on se ressemble » le mettait à l’aise.
    « Non, je ne lui parle pas ».
    « Tu lui en veux toujours ? ».
    « Je lui en ai voulu de m’avoir quitté, mais je crois que ce n’est même plus le cas. Aujourd’hui, j’ai juste envie de garder de la distance. Et, surtout, pas envie d’entendre parler de sa super nouvelle vie avec l’autre machin ».
    « Tu sais, c’est pas non plus la joie tous les jours… ».
    « Ah bah, j’espère bien ! Ils ont voulu se « marier », alors, bon divorce ! ».
    « T’es mauvais ! ».
    « Je pense que je lui reparlerai quand il se sera fait larguer par son pouffiau ».
    « Son quoi ? ».
    « Pouffiasse, nom féminin, pouffiau, déclinaison au masculin ».
    « J’ai pigé ! » elle se marre.
    « En vrai, ce qui me guérirait, ce serait qu’il assume sa part de responsabilité dans la fin de notre histoire, alors qu’il a toujours soutenu dur comme fer que tout était de ma faute ».
    « Tu sais, quand l’amour n’est plus là, tout est prétexte et mauvaise foi ».
    « Mais tout ça, ça n’a plus grande importance. Tout ce que je veux, c’est ne rien savoir. Je voudrais même oublier qu’ils existent. Celui qui quitte devrait avoir la décence de partir loin et de ne plus donner des nouvelles jusqu’à ce qu’on lui en redemande, éventuellement, un jour ».
    « T’exagères ».
    « Je n’y peux rien, leur bonheur me hérisse le poil ».
    « Tu ne devrais pas garder cette rancœur en toi ».
    « Notre séparation a duré trop longtemps, ça m’a usé ».
    « Je te l’avais dit qu’il fallait lâcher prise ».
    « Je sais, mais je n’étais pas prêt ».
    Pendant ce temps, le disque continue de tourner et d’envoyer les couplets de cette magnifique chanson.

    People/Les gens
    You can never change the way they feel/Tu ne peux jamais changer leurs sentiments
    Better let them do just what they will/Il vaut mieux de les laisser faire ce qu'ils veulent
    For they will/Parce qu'ils le feront,
    If you let them/Si tu les laisses
    Steal your heart from you/Te voler ton cœur

    « Tu sais, tu n’es pas le seul à avoir connu une séparation difficile » continue Charlène « regarde à l’ABCR, depuis 10 ans, les trois quarts des couples ont explosé. Nadine, Martine, Satine, Emelyne. Quand l’amour finit, il n’y a pas de fautif. C’est comme ça, c’est la vie ».
    « Parfois, j’ai l’impression que cette séparation a brisé quelque chose en moi. Ma capacité à faire confiance, à tomber amoureux à nouveau. Et j’ai l’impression que ce « quelque chose » personne ne me la rendra, jamais ».

    You are far/Tu es loin
    I'm never gonna be your star/Je ne serai jamais ton étoile
    I'll pick up the pieces/Je ramasserai les morceaux
    And mend my heart/Et réparerai mon cœur
    Maybe I'll be strong enough/Peut-être serai-je assez fort
    I don't know where to start/Je ne sais pas par où commencer

    « Je ne crois pas que notre capacité à être amoureux s'émousse avec le temps ou les déceptions » considère Charlène « je pense juste que les premières fois on se laisse transporter par ce sentiment qui est nouveau pour nous et qu'on ne cherche pas à maîtriser, car c’est tellement agréable.
    Après une rupture, on est plus prudents, on réfléchit deux fois avant de se donner tête et corps perdus dans une relation. On se protège. Parfois trop.
    Je sais que c’est difficile, parce que ce n'est pas toi qui as fait ce choix de rupture, mais tu dois arriver à tourner la page ».
    « Accepter de tourner la page, c’est accepter le fait que toute l’énergie que j’ai mis dans mon couple dès le départ, jusqu’aux efforts déraisonnables pour le sauver quand il était déjà foutu, ça n’a servi à rien. A part à me faire quitter pour quelqu’un d’autre ».
    « Après une rupture, on peut avoir le cœur comme « asséché », mais pas de façon irréversible » continue Charlène « le tout est de savoir réapprendre à recevoir de l’autre et à faire confiance pour le réhydrater. Et puis l'amour ne nous arrive pas toujours tout ficelé, il est parfois en kit et demande de la patience, ne serait-ce que pour décrypter la notice de montage ».
    « Cette maison, cette ferme pleines de souvenirs ne m’aident pas à aller de l’avant ».
    « Ça je le comprends ».
    « Et à chaque fois que je passe devant la boutique de chaussures de machin à Bagnères, j’ai envie de balancer un pavé dans la vitrine et un autre dans sa tronche ».
    « C’est pas à lui qu’il faut en vouloir, c’est Loïc qui l’a laissé rentrer dans sa vie ».
    « Je sais, je sais. Au fond, je crois que je ne veux pas de mal à Sylvain ni même à Loïc ».
    « Je crois qu’il aimerait retrouver une relation apaisée avec toi ».
    « Une relation apaisée ? J’y arriverai peut-être un jour, mais pour l’instant, je ne peux pas. Je ne supporte pas de sentir son regard « amical » à la place du regard amoureux que je lui ai connu pendant douze ans. Je ne peux pas supporter ses derniers messages, finissant par « Bises » alors qu’il y avait eu tant de « Bisous » enflammés par le passé.
    Après avoir vu de l’amour et de l’admiration dans son regard, c’est très dur de ne retrouver que de la distance. C’est horrible de réaliser un jour que celui à qui on manquait « avant » se sent désormais en cage lorsqu’il est à côté de soi, car c’est désormais quelqu’un d’autre qui lui manque et qui fait battre son cœur amoureux ».
    « Je comprends parfaitement. Mais tu sais, je crois que malgré tout, tu as toujours une place spéciale dans son cœur, et que tu l’auras à tout jamais ».

    But remember this/Mais souviens-toi de ceci
    Every other kiss/Chaque autre baiser
    That you ever give/Que tu pourras donner
    Long as we both live/Tant que nous vivrons tous les deux
    When you need the hand of another man/Lorsque tu auras besoin de la main d'un autre homme
    One you really can surrender with/Un homme auquel tu puisses véritablement t'abandonner
    I will wait for you/Je t'attendrai
    Like I always do/Comme je le fais toujours
    There's something there/Il y a quelque chose là-dedans
    That can't compare with any other/Que je ne peux comparer à rien d'autre

    « Moi aussi je pense souvent à lui. J’espère qu’il va bien, même loin de moi. Je me demande comment il va, quels sont aujourd’hui ses rêves, ses bonheurs, ses peurs, ses angoisses. Je me demande si ça lui arrive de penser à moi, de se demander comment je vais. Je me demande s’il se souvient de nos moments heureux, s’il a de la nostalgie. Je me demande si ça lui arrive de se dire que les choses auraient pu se passer autrement, que tous les deux on aurait pu faire en sorte qu’elles se passent autrement ».
    « Quand je t’écoute, j’ai l’impression qu’une partie de toi s’échine à vouloir prouver que ce qui a échoué aurait dû réussir ».
    « C’est peut-être de la fierté mal placée ».
    « On peut appeler ça comme ça, mais moi je dirais que c’est surtout un besoin de déculpabilisation. Je conçois que la fin de cette histoire soit encore pour toi un dossier obsédant. Parce qu'il y a des choses que tu n'as pas acceptées, lorsqu'elles t'apparaissaient trop injustes.
    Mais il faut à un moment savoir lâcher prise, renoncer à tout comprendre, à tout analyser, sans quoi on continue son chemin comme quelqu'un qui conduirait un véhicule sans en desserrer le frein à main.
    On ne peut pas effacer le passé, et heureusement, car on doit apprendre de tout, y compris de ses propres échecs et de ce qui nous a fait souffrir. Mais il ne faut jamais lui laisser te voler ton avenir.
    Il ne faut pas laisser la peur et la rancœur nous empêcher de saisir le bonheur quand il vient sonner à notre porte. Car il ne passe pas tous les jours ».

    Strange that I was wrong enough/Il est étrange que je me sois trompé à ce point
    To think you'd love me too/Pour croire que tu m'aimais aussi
    I guess you were kissing a fool/J’imagine que tu as embrassé un idiot
    You must have been kissing a fool/Tu devais embrasser un idiot

    Le disque tourne une nouvelle fois dans le vide. Florian se lève à nouveau et s’approche de la platine. Pendant un instant, je me demande s’il va remettre une nouvelle fois cette magnifique chanson, la dernière du disque. Mais il semble avoir d’autres intentions. Il saisit la galette avec soin, et il la glisse dans sa sous pochette en papier, puis dans la pochette cartonnée. Il glisse le tout à un endroit choisi dans l’alignement de vinyles.
    Définitivement, le disque impose des temps, des attitudes, des gestes. Avant d’extraire la musique emprisonnée dans ses sillons, il demande tout un rituel qui fait la solennité de l’écoute à venir. Avant d’entendre la moindre note, le moindre crépitement, il faut sortir le disque de la pochette cartonnée, puis de la pochette de protection en papier ou nylon. Avant d’écouter la musique, on écoute le bruit du papier qui frotte contre le carton, puis celui du vinyle qui glisse contre le papier. D’une certaine façon, le disque commence à jouer alors qu’il n’est même pas encore sur la platine.
    Aussi, le disque est fragile, si on veut le garder en bon état, il faut en prendre soin. Il faut l’attraper sur les bords, pour ne pas salir ou endommager les sillons. Il faut le poser délicatement sur la platine, tout en profitant pour apprécier le visuel du macaron comportant le nom de l’artiste et le liste des titres de la face visible. Il faut saisir le crochet du bras, décaler ce dernier pour que le disque commence à tourner, poser délicatement le diamant sur le vinyle, viser le sillon avec précisions pour ne rien endommager, pour choisir le morceau qu’on désire écouter. Le disque impose des règles et les règles imposent le respect.
    Et le disque que Florian vient de choisir, je ne le connais que très bien. Ce disque est un monument de la pop des années ’80. Lorsque je vois la couverture, je me sens chez moi.
    Regard captivant, maquillage relevé, robe de poupée, suggestive, ceinture avec mention « Boy Toy ». Définitivement, Florian et moi nous nous ressemblons à plus d’un titre.
    Le disque est sur la platine, il commence à tourner, le diamant se pose dans un sillon dans un bruit de craie qui ripe sur une ardoise, avant de capter le crépitement entre deux chansons.

     



    Un instant plus tard, l’intro reconnaissable entre mille parvient à mes oreilles avec la qualité inégalée du son venant d’un disque joué par un bon équipement hi-fi.
    Et sa voix arrive enfin. Une voix fragile et puissante à la fois.

    You abandoned me/Tu m'as abandonné
    Love don't live here anymore/L'amour ne vit plus ici
    Just a vacancy/Juste un vide
    Love don't live here anymore/L'amour ne vit plus ici

    J’ai de plus en plus d’estime pour ce Florian. Car un gars qui écoute du Madonna ne peut être qu’un bon gars.

    Love don't live here anymore/L'amour ne vit plus ici
    Just emptiness and memories/Juste le vide et les souvenirs
    Of what we had before/De ce que nous avions avant
    You went away/Tu es parti
    Found another place to stay, another home/Trouver un autre endroit où rester, une autre maison

    « Moi aussi j’adore Madonna » je ne peux m’empêcher de lâcher.
    « Elle est pour moi cette voix qui, même dans les jours les plus sombres, sait allumer une lueur d’espoir ».
    « C’est très juste » je commente.
    « Sa voix me fait du bien ».
    « C’est exactement ça ».
    « Je l’ai découverte avec Holiday et je ne l’ai jamais lâchée. Et elle n’a jamais lâché. Elle a toujours été là, quand j’ai été heureux, quand j’ai été triste ».
    « Moi je l’ai découverte à l’époque de « Secret »… ».
    « Tu es un petit jeune… » il se moque gentiment.
    « Mais elle m’a bien accompagné aussi ».
    « Même dans 20 ans, même si elle se mettait à chanter l’annuaire téléphonique en chinois, en roumain ou en portugais, je l’écouterai toujours »
    « Je suis allé la voir cet été à Londres ».
    « À Londres ? Alors, ça… j’y étais aussi ! ».
    « On a failli se croiser alors ».
    « Allez, je vais vous laisser faire l’apologie de Madonna, moi je vais voir où il en est avec cette ferrure » fait Charlène.
    Elle vient tout juste de franchir le seuil de la maison, lorsque Florian change brusquement de sujet et me lance à brûle pourpoint :
    « Veinard, va ! ».
    « De quoi ? ».
    « Comment ça, de quoi ? » je tombe des nues, pris au dépourvu.
    « Qu’est-ce qu’il est beau ton mec ! ».
    « Ah… » je réalise enfin.
    « Toi aussi t’es mignon, mais lui c’est une pure bombasse ! Ce mec dégage un truc très très sensuel. Il a un regard charmeur. Et il est gaulé comme un dieu ! ».
    « Il fait du rugby ».
    « Oh, là, là ! Moi je trouve que plus ça va, plus la beauté masculine s’envole vers des sommets hallucinants. Je trouve que les bogoss sont de plus en plus beaux et de mieux en mieux foutus. Certes, ils savent se mettre en valeur, niveau brushing et niveau vestimentaire, beaucoup plus qu’il y a dix-quinze ans. On dirait qu’ils sont de plus en plus conscients du fait qu’ils sont sexy, et qu’ils aiment en mettre plein la vue de façon complètement décomplexée.
    Mais je trouve vraiment que le bogoss est une espèce en constante évolution, dont la vision me paraît sans cesse plus brûlante, plus incandescente, insoutenable. Et cette évolution est parfaitement à mon goût. Même si le fait que les bogoss soient plus nombreux ne les rend pas plus accessibles pour autant. Enfin, je parle pour moi, parce que toi t’as décroché le gros lot ».
    « Ca n’a pas toujours été une partie de plaisir ».
    « J’imagine. Mais vous avez quel âge, tous les deux ? ».
    « Moi dix-huit, bientôt dix-neuf. Jérém a un an de plus que moi, il va avoir vingt ans ».
    « Tu déconnes ! ».
    « Non ».
    « Vingt ans, putain ! Même pas vingt ans et il fait tellement mec ! Je lui aurais facilement donné cinq ans de plus ».
    « Il est vraiment canon, c’est vrai ».
    « Tu l’aimes, hein ? ».
    « Je suis fou de lui ».
    « Alors, il faut te battre pour le garder ».
    « Ça va être simple, il va très bientôt partir à Paris pour jouer au rugby en pro ».
    « Oh là… ».
    « Comme vous le dites… ».
    « Tu vas me tutoyer, et vite fait ! » il me taquine.
    « Ok, c’est noté ! ».
    « Si je peux te donner un conseil… ».
    « Vous… tu peux ».
    « Accroche-toi, mais ne te laisse pas marcher sur les pieds. Ne cesse jamais de lui montrer que tu l’aimes, mais n’accepte pas tout par amour. Et n’oublie jamais que l’amour de l’autre n’est jamais acquis et que pour que la flamme dure, il faut l’alimenter un peu chaque jour.
    Et si un jour vous emménagez ensemble, rappelle-toi qu’une vie de couple est faite de bonheurs, mais aussi de concessions, parfois de déceptions, et d’une bonne dose d’indulgence.
    Même si tu es fou de lui et que tu as envie de tout partager avec lui, garde toujours un petit coin rien que pour toi, un petit jardin secret. Garde des amis, garde tes passions, car si un jour l’amour devient souffrance, tu auras toujours quelque chose auquel t’accrocher pour ne pas sombrer, en attendant de retrouver la force de rebondir et aller à nouveau de l’avant ».

    You abandoned me/Tu m'as abandonné
    Love don't live here anymore/L'amour ne vit plus ici
    Just a vacancy/Juste un vide
    Love don't live here anymore/L'amour ne vit plus ici

    Le titre se termine, le bras du tourne disque se lève et se remet une nouvelle fois à sa place, avec ce bruit caractéristique si apaisant.
    Les mots de Florian me touchent beaucoup. J’ai envie de passer des heures à discuter avec lui, en tête à tête, ça fait du bien de croiser une sensibilité aussi proche de la mienne.
    Mais déjà Charlène revient. Et elle est accompagnée de mon bobrun, en nage. Florian lui propose une bière et Jérém la boit directement à la canette. Le t-shirt gris trempé de transpi, la pomme d’Adam s’agitant nerveusement au gré de la déglutition sous sa peau mate, moite, portant une barbe de plusieurs jours : on dirait une pub pour une célèbre marque de soda. Je ne peux décrocher les yeux de lui, et Florian non plus.
    « Alors, cet étalon ? » finit par demander ce dernier.
    « Le clou l’a blessé, il va avoir besoin de repos et de soins ».
    « Je vais m’en occuper » assure Charlène.
    « En attendant, je vais terminer la balade à pied » fait Jérém.
    « On va y aller alors ».
    « Merci » fait mon bobrun à l’intention de Florian.
    « De rien, de rien » fait ce dernier, an mettant une petite tape amicale sur l’épaule de mon bobrun.
    « Oui, merci » lance Charlène à son tour « ça m’a fait plaisir de te revoir ».
    « A moi aussi. Je suis désolé de ne pas avoir donné de nouvelles pendant tout ce temps, mais j’avais besoin de prendre du recul. J’avais besoin d’éviter tout ce qui me renvoyait à ma vie passée ».
    « J’ai bien compris, et tous les autre cavaliers l’ont compris aussi. Il y avait des jours où j’avais envie de prendre de tes nouvelles, mais je me suis forcée à respecter ton besoin de prendre de la distance. Il faudra qu’on se fasse une bouffe l’un de ces quatre, je t’inviterai avec JP, Carine, Ginette, Martine… ».
    « Avec plaisir » fait Florian, visiblement touché « j’ai hâte de les revoir. Je sais que nous sommes le genre d’amis qui se retrouvent un jour comme s’ils s’étaient quittés la veille, même s’ils se sont quittés des années plus tôt ».
    « C’est bien vrai, ça. En tout cas, je te trouve bien mieux qu’il y a deux ans. Et ça me fait plaisir de voir que tu vas mieux ».
    « J’y travaille ».
    « Le temps sera ton allié, crois-moi ».

    Charlène et moi remontons à cheval, tandis que Jérém prend le sien en longe. Et pendant que nous nous éloignons de la maison aux volets bleus, et alors que Gaston et Illan nous escortent le long des clôtures, une musique et une voix familières nous rattrapent :

    You abandoned me/Tu m'as abandonné
    Love don't live here anymore/L'amour ne vit plus ici

     



    A cet instant précis, je me fais la réflexion que l’amour a beau être parti, tant de choses lui survivent, et parfois longtemps : la colère, l’amertume, le sentiment d’injustice, d’humiliation, les regrets, les remords, la nostalgie, la mélancolie.
    En m’éloignant de la ferme, je n’arrive pas à cesser de penser au récit ce Florian, à son parcours. La petite complicité qui s’est créé entre nous deux alors que Charlène était sortie voir mon bobrun me fait chaud au cœur. Oui, tous les deux on se ressemble. Pourvu que nos destins sentimentaux ne se ressemblent pas trop.
    « Alors, comment avez-vous trouvé Florian ? ».
    « Je l’ai trouvé très gentil ».
    « Il a été sympa » fait Jérém.
    « J’espère qu’il va retrouver un gars qui saura le rendre heureux » fait Charlène, avant de continuer « et vous deux, faites attention l’un à l’autre, ne vous perdez pas, ne gâchez pas cette chance inouïe que vous avec eu de vous rencontrer ».
    Ni Jérém ni moi ne trouvons les mots pour lui répondre. Mais nos regards se croisent pendant un instant fugace, et notre entente est merveilleuse.
    Nous marchons en silence pendant un long moment. Au bout d’une heure, Charlène propose à Jérém de le remplacer à terre pour accompagner Unico.
    « Mais ça va pas, avec ton genou en vrac ? ».
    Je lui propose à mon tour, mais le bobrun décline également ma proposition.
    Je le regarde, les cheveux bruns en bataille, la barbe de plusieurs jours, le pull à capuche et le pantalon d’équitation marqués par des traces de boue, de végétation, d’animal. Et je me dis que, loin du Jérém petit con soigné de la ville, le Jérém nature à la campagne me fait, si possible, encore plus d’effet.
    Une autre bonne heure plus tard, alors que nous approchons du centre équestre, Charlène me lance :
    « Moi je dis que t’as bien tenu le coup, Nico. La balade était longue, et avec quelques difficultés. Vraiment, je te félicite ».
    Les mots de cette pro du cheval me font chaud au cœur. Mais ils sont loin de me toucher autant que ceux que mon bobrun va m’envoyer dans la foulée.
    « Pour un gars qui n’a jamais monté, tu as une très bonne position à cheval, tu te tiens bien droit, un peu en arrière, tu as les talons vers le bas et les rênes assez souples. Je prends du plaisir à monter avec toi ».
    « C’est pas ce que tu disais hier » je le cherche.
    « J’ai changé d’avis… car tu progresses à vue d’œil ».
    « Moi aussi j’adore faire du cheval avec toi ».
    « J’aime bien parce que tu en veux, et tu ne te laisses jamais décourager ».
    Une nouvelle fois je me sens bien dans son regard, je me sens apprécié. Je commence à m’habituer à ce regard bienveillant, et je me dis qu’il va terriblement me manquer quand nous serons loin l’un de l’autre.
    Aussi, j’ai l’impression que ses mots recèlent un petit sous-entendu très agréable à mes oreilles. J’ai l’impression que dans ses intentions, ce n’est pas que du cheval dont « j’en veux », mais aussi de notre relation, malgré toutes les difficultés passées, et celles à venir.
    « Et moi je n’existe pas » se moque Charlène.
    « Si, on t’adore » lâche Jérém.
    « Tu m’as donné de bons conseils ce matin » je lui lance.
    « Vous êtes si mignons tous les deux ».
    En arrivant au centre équestre, nous trouvons un petit comité d’accueil inattendu. JP et Carine, ainsi que Ginette, accompagnée par un petit bonhomme qui doit être son mari, sont en train de desseller leurs montures.
    « Vous êtes parti en balade, vous aussi ? » fait Charlène.
    « Tu n’étais pas là, alors on s’est fait un petit tour, seuls comme des grands » fait Ginette.
    « Vous avec largement atteint l’âge pour vous dispenser de permission de sortie ».
    « Dit la pucelle » fait JP.
    « Nous on a fait la grande boucle par la forêt » fait Charlène après une bonne tranche de rigolade.
    « T’as fait toute la boucle ? » s’étonne Carine à mon intention.
    « Oui… ».
    « C’est qu’il prend goût au cheval, le Nico ! » fait JP.
    « Il se débrouille comme un chef » lâche Jérém.
    Entouré par la bienveillance de ces gens que je considère désormais comme des véritables amis, touché par l’attitude adorable de mon bobrun, mon bonheur est total.
    « Eh, les amis » fait JP « et si on se faisait une bonne bouffe ce soir, tous ensemble ? ».
    « Mais quelle riche idée » fait Charlène « restez manger à la maison ».
    « Comme ça on peut profiter un peu plus du champion avant qu’il se casse à Paris » assure JP « et de Nico, avant qu’il se casse à Bordeaux ».
    « Et si on invitait Florian aussi ? » propose Charlène.
    « Ca c’est une très bonne idée » délibère le sage JP.

    Prochain épisode vers le 15 octobre.

     

    0216 L’amour ne vit plus ici.



    Pour ceux qui voudraient acheter le livre Jérém&Nico ou contribuer au financement de l’écriture de cette histoire sans avoir à rentrer ses propres données sur tipeee, il est désormais possible d’envoyer des contributions via PAYPAL, directement à l’adresse mail : fabien75fabien@yahoo.fr.
    L’envoi est sécurisé et SANS frais. Merci d’envoyer un petit mail à la même adresse pour m’indiquer vos coordonnées pour l’envoi du livre papier ou du livre epub. Et pour que je puisse vous dire merci.

    0216 L’amour ne vit plus ici.



    Livre papier : 25 euros via PAYPAL au lieu de 30 euros jusqu’au 5 octobre 2019.
    Livre format epub : 10 euros via PAYPAL au lieu de 15 euros jusqu’au 5 octobre 2019.
    Contributions à partir de 1 euro via PAYPAL.

    Merci d’avance !
     

    Fabien


    BONUS


    Bonus 1 : George Michael.


    Faith


    https://www.youtube.com/watch?v=6Cs3Pvmmv0E


    I want your sex


    https://www.youtube.com/watch?v=r3AP26ywQsQ


    Praying for time


    https://www.youtube.com/watch?v=12mZ6qVmlBI


    Jesus to a child

    (Chanson écrite en mémoire d’Anselmo, celui qui a été l’amour de sa vie, décédé du SIDA).


    https://www.youtube.com/watch?v=zNBj4EV_hAo


    Bonus 2 : le disque.


    Le disque est un objet fascinant. Il est élégant, distingué, sa robe noire n’est jamais démodée. Ses sillons brillants captent la lumière et la visualisent sous la forme d’un faisceau de lumière radiale frémissant au gré de sa rotation.
    Un disque a un poids, une envergure, une présence, une fragilité. Un disque, ça a de la gueule. Un disque impose le respect.
    Autour du disque, il y a une poésie, le récit d’une époque, une façon d’être. Le disque raconte une histoire, celle du temps qui passe. Le disque commence, avance et a une fin, comme toutes les bonnes choses, comme la vie elle-même.
    Le disque a un son qui lui est propre, chaud, rassurant.
    C’est peut-être grâce à son charme particulier que malgré les évolutions techniques, et même à l’époque du tout numérique, le disque n’a jamais été complètement abandonné et qu’il compte toujours des aficionados.
    Le numérique, notamment par le biais du streaming, a amené l’abondance, la diffusion la plus large et la plus accessible qui soit. Il a amené la démocratisation des contenus, il a porté la facilité d’écoute à son paroxysme. Mais il a ôté une partie de la magie de l’écoute de la musique.
    Quand celle-ci était plus rare, plus difficile à obtenir, car liée à un objet physique, elle était davantage respectée. L’abondance et la facilité d’accès amènent à une sorte de dévalorisation. Tout ce qui est facile à obtenir a moins de valeur que ce qui doit être gagné.
    L’« effort » de se déplacer pour aller acheter le disque dans un magasin, n’était que le début d’un rituel qu’il fallait à chaque fois accomplir avant d’écouter une chanson qu’on aimait au point de nous pousser à dépenser de l’argent et du temps pour pouvoir l’avoir chez nous.
    A l’époque du disque, la musique était plus rare, moins disponible, elle s’écoutait dans la séquence prévue par l’auteur. Pour faire une playlist, on devait s’improviser DJ. Et, d’une certaine manière, elle avait davantage de valeur.
    Depuis l’évènement du tout numérique, la musique n’a plus de support, et elle ne demande plus aucun effort pour venir à nos oreilles. Quelques clics suffisent pour avoir cinquante millions de titres dans ses oreilles, n’importe où, n’importe quand.
    Le manque de support et d’effort nécessaire pour écouter de la musique à l’ère du numérique rend l’écoute éphémère.
    Le disque, c’est autre chose. Un disque existe, il a une taille, une envergure qui nous rappelle sa présence. On ne range pas un disque n’importe où, mais souvent dans un séjour ou dans une chambre, sur une étagère, sous notre regard. Sa présence nous invite à l’écouter. Alors qu’un fichier caché dans un serveur lointain se fait oublier beaucoup plus facilement.
    Un disque pouvait être un cadeau rappelant notre amitié ou notre amour pendant de longues années. Parfois il survivait à l’une et à l’autre. Va donc offrir un fichier en streaming pour rappeler l’amour et l’amitié…
    Un disque c’est grand, il faut le manipuler. Et on s’imprègne de sa présence. Avec le disque, on « touche » la musique, car elle a un support qui la transforme en objet, qui la rend plus réelle, plus précieuse.
    Lorsqu’on touche un disque après des années, on peut se souvenir du jour où il est rentré en notre possession, par l’achat, ou en tant que cadeau. On peut se souvenir de qui on était au moment où il est rentré dans notre vie, un disque peut nous ramener des années et des années en arrière.
    Un disque est un vrai support pour le souvenir, un objet de collection qui nous replonge dans l’instant où il est arrivé dans notre vie.
    Un vinyle qui tourne, ça a quelque chose de chaleureux, d’apaisant, de solennel, de précieux. Un charme qui est aussi dans ses imperfections, dans sa fragilité.
    Car un disque peut s’abimer. Il craint la poussière, l’humidité, les rayures. Un disque demande à être extrait de sa pochette avec soin, et à nouveau rangé après l’écoute avec le même soin, si on veut le préserver.
    Un disque peut carrément casser lors d’une mauvaise chute. Au fil du temps, ses crépitements peuvent se faire sentir de plus en plus marqués sur la musique. Un disque peut sauter un sillon, se mettre en boucle. Et parfois il peut se ressaisir tout seul et se remettre à avancer. Et se remettre une nouvelle fois en boucle, sans fin. Autant de petits défauts amenés par le temps, comme autant de cicatrices, comme des rides, les signes de l’âge. Un disque c’est « vivant ». Un vinyle, ça possède un « âme ».
    Aussi, le disque avait une pochette, une grande pochette avec de belles photos, une pochette qu’on pouvait toucher, dont on pouvait sentir l’odeur, sur laquelle on pouvait écrire, un prénom, une date, un mot d’amitié ou d’amour, un souvenir.
    Une pochette qu’il fallait manipuler avec prudence, dont il fallait prendre soin pour ne pas l’abîmer, envers laquelle il y avait de l’affectif, un sorte d’attachement. Malgré les efforts, la pochette de disque finissait par se tacher, elle s’abîmait à force de frotter contre d’autres pochettes. Au fil des années, le papier prenait l’odeur du temps. La pochette vieillissait aussi, car elle était « vivante » aussi.
    A l’époque du numérique quel support physique pour le souvenir ?
    Le streaming est éphémère, le disque est matière.
    Mais à quoi bon toute cette matière ?
    J’ai tant de disques, de cd, de cassettes et de livres chez moi : qu’en sera-t-il de toute cette collection qui compte tant pour moi, le jour où je ne serai plus ?


    4 commentaires
  • Le songe (étrange) d’une nuit d’été


    Jérémie a 18 ans. Brun, de beaux cheveux épais très courts autour de la tête et pas mal plus longs au-dessus… un torse en V magnifique, un cou puissant, des épaules carrées sculptées par le rugby. Vraiment un physique de dingue pour son jeune âge.
    En ce début du mois d’août, Jérémie vient d’avoir son permis. Et sa voiture. Une vieille 205 rouge de quatrième main… mais qu’importe… c’est sa toute première voiture, celle pour laquelle il a bossé depuis un an, pendant toutes ses vacances…
    Le permis, la voiture, l’été… il faut fêter tout ça avec les potes du rugby… alors, c’est décidé… partir une semaine au bord de la mer… avec son meilleur pote, Thibault… et deux autres coéquipiers, Julien et Thierry…
    Pourtant, l’idée du bobrun ne fait pas que des heureux… Julie, sa copine, n’est pas du tout enchantée d’apprendre la nouvelle…
    C’est bien la première fois que Jérémie a « une copine »… car jusque-là, le bogoss a toujours été plutôt du genre à avoir « des copines »… d’un soir, pas plus… une par soir, deux s’il le faut…
    Beau comme il est, le capitaine de l’équipe de rugby est très sollicité…
    Puis, un soir, au KL, Julie l’a approché… elle a accroché son regard… et elle a décroché une nuit de feu dans l’appart rue de la Colombette…
    Mais, à la différence de tant de filles qui n’ont fait que défiler dans les draps du bogoss, Julie lui a carrément mis le grapin dessus… et sans que Jérémie y trouve d’inconvénients…
    Comment elle a réussi cet exploit ?
    Il faut dire que Julie a pour elle des arguments imparables… sa plastique élancée, ses jambes interminables… sa poitrine « ni trop, ni pas assez »… sa féminité mise en valeur avec classe… son minois pétillant, son naturel souriant…
    Pourtant, lorsque le bogoss lui a annoncé son intention de partir en vacances avec ses potes, elle n’a pas du tout eu envie de rigoler… dans sa tête, une équation simple : (un canon comme Jérémie) + (vacances au bord de la mer avec ses potes) = trop de tentations…
    Julie a beau se montrer contrariée… rien au monde ne ferait changer les plans du bobrun…
    Il est deux heures de l’après-midi lorsque les quatre potes arrivent au camping de Gruissan… le soleil cogne fort… le temps de planter les tentes, d’avaler un sandwich, de passer un short de bain… la joyeuse bande quitte le camping direction la plage pendant que les enceintes de la réception diffusent le tube viral de l’été…

    « Moi je m'appelle Lolita/Lo ou bien Lola/Du pareil au même/Moi je m'appelle Lolita… ».

    C’est beau cette meute de jeunes mâles marchant dans la rue l’un à côté de l’autre… comme une vague, une déferlante de bogossitude, ils avancent en rigolant, en parlant fort, en dégageant cette sensualité des corps, cette insouciance des esprits, cette présence qui laisse de si belles couleurs sur son passage…
    Bonheur ultime lorsque les pieds touchent enfin le sable chaud et qu’une impression de bien-être se propage dans tout le corps… en ce premier instant où tout en soi semble crier : liberté, bonheur…
    La plage, le sable, la mer, le soleil, les serviettes, les parasols, l’odeur de la crème solaire, le parfum des vacances…
    Très vite, les corps musclés plongent lourdement dans l’eau, éclaboussent, font des vagues à tout va…
    Quelques instants plus tard, les torses nus dépassent de l’eau, la peau ruisselante, les brushings défaits… et sur les visages, des sourires de gosses…
    On pourrait passer des heures à les regarder faire les cons entre eux, touchés et émus par ces corps débordants d’énergie, par leur côté « jeunes chiens fous fous »…
    On ressent comme une gifle puissante en les voyant si jeunes, si sexy, si désirables, et si hors de portée… pourtant, il y a quelque chose de nécessaire dans le bonheur profond d’être spectateur de ces instants d’éternité…
    Il y a dans cela quelque chose proche de la contemplation de l’œuvre d’art… et le désir sensuel finirait presque par passer en deuxième plan, derrière l'émotion profonde que ces garçons savent inspirer tout en étant simplement... eux-mêmes...
    Oui, les regarder est à la fois une épreuve, quelque chose de presque insoutenable… mais, au-delà de la brûlure intérieure ce spectacle peut occasionner, il y a comme une sorte d’apaisement à assister au triomphe de cette jeunesse, comme si on pouvait s’y perdre, s’y noyer dedans, et s’y trouver divinement bien…
    Le lendemain soir, la petite bande est de sortie… et les t-shirts moulants aussi…
    Jérémie rentre en boîte avec son sourire ravageur aux lèvres, fer de lance d’un regard conquérant qui semble annoncer « personne ne peut me résister »… il avance, plutôt fier de ce tatouage sur le biceps gauche qu’il vient de se faire faire l’après-midi même… c’est un brassard aux motifs tribaux, et il tombe juste en dessous de la manchette de son t-shirt blanc, à la lisière de ce coton bien enserré autour de son biceps et de son torse de fou…
    Les filles le dévorent du regard… comme si elles voulaient le bouffer tout cru…
    Il y a celles qui attaquent frontalement, qui viennent se mélanger à la meute, qui viennent lui parler….
    Et puis il y a des regards plus subtils, qui jouent un match de séduction tout en finesse…
    Il y en a un en particulier, un regard qu’il trouve particulièrement culotté… d’autant plus que ce regard vient d’une nana qui n’est pas à priori son style de nana…
    Non, les filles pas très grandes, qui s’habillent et se maquillent avec des couleurs trop sombres, ce n’est pas du tout le genre de Jérémie…
    Pourtant, Mélanie sait bien mener son jeu… elle fait du charme au bobrun tout au long de la soirée, par petites touches… tour à tour en cherchant son regard, en l’ignorant… en se montrant intéressée, puis distante…
    Un jeu de séduction qui se solde par une bonne galipette dans l’un des fameux chalets de Gruissan…
    Au petit matin, Jérémie marche sur la plage en fumant cette cigarette si nécessaire, après…
    La brise marine ramène le son étouffé d’une radio…

    « Ces soirées-là hum hum/On drague, on branche toi-même tu sais/Pourquoi ouais/Pour qu'on finisse ensemble toi et/Moi c'est pour ça… ».

    Si elle savait, Julie…
    En rentrant au camping juste avant le lever du jour, le bobrun est surpris par un autre regard… il y a pas mal de filles au camping qui s’intéressent à lui… mais ce regard-là, il ne le lâche pas d’une semelle… tout aussi culotté que celui de Mélanie… et à cet instant précis, ce regard s’accompagne d’un :
    « Bonjour ! » agrémenté par un beau et large sourire.
    « Bonjour… » répond mécaniquement le bobrun, tout en continuant son chemin vers la tente où son pote Thibault est rentré dormir seul.
    « Ça va ? » lui demande ce dernier, pendant que le bobrun se glisse dans son sac de couchage.
    « Ouais… ça va… » répond Jérémie, avant de donner des consignes « ne m’attendez pas pour la plage… je vous retrouve là-bas, ok ? ».
    « Ok Jéjé… bonne n… ».
    « Thib… ».
    « Quoi ? ».
    « Ce qui se passe à Gruissan, reste à Gruissan, ok ? » balance alors Jérémie sur un ton monocorde.
    « Entendu, mec… » fait Thibault sur ce ton rassurant qui est sa marque de fabrique.
    En glissant vers le sommeil, Jérémie repense à ce regard, à ce sourire qu’il vient de croiser en arrivant au camping… pourtant, ce n’est pas du tout le genre de regard auquel il est sensible… encore moins que celui de Mélanie…
    Il est deux heures de l’après-midi lorsque le bobrun émerge de son sommeil décalé… et lorsqu’il sort de la tente, torse nu, la serviette sur l’épaule, direction les douches, il sent à nouveau ce même regard se poser sur lui…
    « Bien dormi ? ».
    « Ouais… » ce sera la seule réponde d’un bobrun en mode « il ne faut pas m’emmerder dès l’aube de 14 heures »…
    Le soleil, la mer, les vacances, les potes … quatre mecs avec un ballon sur la plage, ça finit par attirer d’autres mecs… le volley, le foot, le rugby… chaque jour, il y a davantage de monde que la veille…
    Tout ce raffut de bogosses sportifs sur la plage finit par attirer des nanas… dès lors, la petite bande de rugbymen toulousains n’aura pas de mal à conclure… même Thibault, le plus pudique et réservé des quatre, finira par craquer un soir sur une petite jolie brune…
    Jérémie, quant à lui, après un premier but marqué au chalet de Mélanie, il avait transformé des essais à chaque soir…
    Si elle savait, Julie…
    Les jours filent et le dernier soir arrive. Jérémie s’est éclipsé avec Stéphanie, cette jolie rousse avec un petit tatouage entre les omoplates...
    Thibault a désormais l’habitude de s’endormir seul dans la tente… pourtant, ce soir il n’arrive pas à dormir… il est deux heures passées lorsqu’il décide d’aller faire un tour…
    Il marche déjà depuis quelques minutes lorsque, au détour d’une haie abritant un mobil-home, il reconnaît un peu plus loin, dans la pénombre, la silhouette familière de son pote, torse nu, le débardeur à la main, la cigarette entre les lèvres, s’apprêtant à quitter les lieux, tout en fouillant fébrilement dans les poches de son short, certainement à la recherche de son briquet…
    Thibault se dit que son pote est vraiment incroyable… une fille chaque soir, et le dernier soir, cette jolie rousse qui fait de l’effet à tout le monde…
    Il attend patiemment que Jérémie s’éloigne de quelques pas pour aller le rejoindre et se moquer gentiment de ses exploits…
    Mais une deuxième silhouette apparaît aussitôt sur le seuil du mobil-home, dans le noir.
    « Pssssssst ! ».
    Jérémie s’arrête net, se retourne… le bobrun se trouve désormais dans une zone un peu plus éclairée… la deuxième silhouette avance jusqu’à le rejoindre…
    Et là, Thibault a du mal à réaliser ce qui se présente à ses yeux… car ce dos, ce tatouage… il ne les reconnaît pas, pas du tout…
    Enfin… si…
    Il regarde Jérémie récupérer son briquet de la main qui lui tend, allume sa cigarette, trace sur sa route…
    Thibault a besoin de marcher un peu… il a besoin de prendre l’air… il a besoin de remettre de l’ordre dans sa tête…
    Lorsqu’il rentre enfin à la tente, Jérémie est déjà dans son sac de couchage.
    Mais il ne dort pas pour autant.
    « Tu étais où ? ».
    « J’ai fait un tour à la plage… » fait Thibault « c’était bien ta soirée ? ».
    « Pas mal… il faut dormir maintenant… ».
    Si elle savait, Julie…

    En ce soir du 21 août, la 205 rouge roule à vive allure sur l’autoroute des Deux Mers… au bout d’une longue montée, la citadelle de Carcassonne apparaît sur la droite, majestueuse…
    Tout en conduisant, Jérémie porte une cigarette entre les lèvres, l’allume…
    Le regard de Thibault se fixe sur ce briquet qu’il lui a offert pour ses 18 ans, ce briquet que son pote a failli oublier dans ce mobil-home…
    « Tu regardes quoi ? » fait Jérémie, surpris par le regard figé de son pote.
    « Rien… » lui sourit Thibault, tout en posant la main sur son épaule « rien du tout… ».
    Thibault repense à la phrase que son pote lui a lancé de retour de sa première coucherie… « Ce qui se passe à Gruissan… »…
    Mais Thibault sait désormais que ce ne sera pas le cas… car ce qu’il a vu la nuit d’avant est bien en train de remonter à Toulouse, gravé dans sa tête…
    Lorsque la deuxième silhouette était sortie du mobil-home, alors qu’il s’attendait à voir une petite rose posée entre deux épaules finement dessinées d’une jolie rousse, c’était plutôt un ange avec de grandes ailes qui s’était présenté à ses yeux…
    Thibault s’était souvent demandé si son pote Jérémie faisait cas de ce regard vif, insolent, charmant, qui ne l’avait pas quitté tout au long du séjour… au camping, sur la plage, pendant les matchs… désormais, il a sa réponse…
    La 205 rouge roule à vive allure sur l’autoroute à hauteur du parc d’éoliennes de Villefranche de Lauragais… une toute nouvelle chanson vient de résonner sur les ondes radio…

    Hey Mister D.J/Put a record on/Mets un disque
    I wanna dance with my baby/Je veux danser avec mon bébé

    Jérémie allume une nouvelle cigarette… il repense à cette bêtise dans le mobil-home… à cette escapade qu’il regrette déjà… qu’il a regrettée dès l’orgasme venu…
     « Je vais te faire jouir comme personne ne t’a jamais fait jouir… »… voilà les mots par lesquelles il s’était laissé tenter…
    Certes, il faut admettre que ce n’étaient pas des mots en l’air… dans ce mobil-home, il avait pris son pied comme rarement dans sa vie… mais il n’aurait pas dû pour autant marcher dans ce jeu…
    Pourtant, en arrivant au péage de Toulouse, Jérémie n’arrive toujours pas à effacer de sa mémoire l’image de ce petit gabarit très bien proportionné, de ce grand tatouage en forme d’ange dessiné à cheval d’une épaule musclée, couvrant une large portion d’un solide dos en V…
    Il a beau se dire que tout cela est sans importance, que ce n’est qu’une connerie de vacances… il ne peut pour autant oublier le fait que ces regards, ces sourires qui ne l’ont pas lâché d’une semelle pendant toute la semaine, lui ont procuré une excitation si puissante, si inattendue… et que ce corps lui a procuré un plaisir explosif…
    Non le p’tit footeux n’avait pas menti... jamais il n’avait autant pris son pied que dans ce mobil-home… mais quand-même…
    Si elle savait, Julie…
    Jérémie a beau se dire que cela restera une expérience sans suite, une erreur à oublier…
    Ses fantômes le rattraperont quelques mois plus tard… le jour où, sur un coup de tête, il donnera l’occasion à Nico, ce camarade qui n’arrête pas de le mater depuis le premier jour du lycée, de rentrer dans sa vie et de la bouleverser de fond en comble.

    And when the music starts/Et lorsque la musique commencera
    I never wanna stop/Je ne voudrais plus jamais m'arrêter
    It's gonna drive me crazy/Cela va me rendre fou

    Music… makes the people come together/La musique… rapproche les gens…


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  • 51.6 Le garçon qui ne dort pas


    Je commence à m’assoupir… c’est là que Thibault revient… je ne l’entends pas rentrer dans le petit séjour mais je sens son corps musclé et chaud se glisser derrière moi...
    Cool… il reste finalement…
    Encore plus cool… son torse se colle à mon dos… ses bras m’enlacent, me serrent contre lui…
    A cet instant, Jérém vient à son tour se serrer contre moi… son bras enlace mon épaule…
    Thibault me fait un bisou dans le cou et il s’endort…
    Je suis bien au chaud entre les deux potes… je m’endors à mon tour entre les deux mâles qui m’ont tant fait jouir… je m’endors enserré dans cette débauche de muscles de rugbyman… je m’endors bercé par de bonnes petites odeurs de transpiration, de testostérone, de sexe, de plaisir de bogoss, et de bogoss apaisés…

    Pourtant, mon sommeil sera de courte durée… je me réveille à nouveau, pas longtemps après… quelque chose a changé autour de moi… mon torse est toujours bien au chaud… alors que mon dos est parcouru par la brise fraîche de la nuit silencieuse…
    Très vite, je me rends compte que Thibault n’est à nouveau plus là… je ne l’ai pas entendu se lever… mais sa présence me manque… c’est ce manque qui m’a réveillé… ça fait bizarre, je me sens comme nu…
    Mince alors… il est parti finalement ?
    Je lève la tête de l’oreiller, je pivote frénétiquement le cou en balayant l’espace du petit séjour… je le cherche, et je finis par le retrouver… une fois de plus, le bomécano est parti sur la terrasse… j’entrevois sa plastique dans la pénombre, je reconnais l’odeur du tarpé qu’il s’est rallumé…
    Mais qu’est-ce qui se passe ? Est-ce qu’il a du mal à trouver le sommeil ? Qu’est-ce qui le tracasse, pour avoir besoin d’une nouvelle fumette ?
    Je me demande ce qu’il ressent dans sa tête à propos de tout ce qui vient de se passer… comment il est en train de ruminer tout ça, comment il va le vivre demain…
    Je pense que cette nuit doit représenter quelque chose à ses yeux… une nuit qui risque de marquer durablement le bomécano…
    Comment va être ma relation avec lui ? Quand et comment on va se retrouver ? Quel regard on va porter l’un sur l’autre ?
    E aussi… comment va être sa relation avec Jérém ? Comment ils vont se retrouver, se regarder ?
    Comment ils vont vivre le fait d’avoir partagé le même mec ? Comment ils vont vivre le fait d’avoir partagé des moments d’intense sensualité entre eux ?
    Est-ce que à cet instant précis, en fumant son pétard, le bomécano se pose ces mêmes questions ? C’est ça qui l’empêche de trouver et de garder son sommeil ?
    Tant de questions commencent à fuser dans ma tête… heureusement, la fatigue l’emporte et je finis par m’assoupir…
    Je viens tout juste de pioncer que je suis à nouveau réveillé par la présence du beau Thibault… une fois de plus, je ne l’ai pas senti arriver… je le sens s’allonger sur le lit et se caler à nouveau contre moi… son bras fait le tour de mon épaule, son torse velu me chauffe et me caresse le dos…
    Me voilà à nouveau plongé dans cet univers, dans son univers de bonheur sensuel… je ne suis ni endormi ni vraiment alerte… je suis comme dans un rêve éveillé, je suis à moitié étourdi, je n’ai même pas la force de rouvrir les yeux… je sens sa présence olfactive, sa chaleur m’envelopper, m’envahir… c’est peut-être ainsi que doit se sentir un bébé bien au chaud dans son berceau douillet…
    « Ça va ? » je ressens le besoin de lui glisser tout bas.
    « Très bien… et toi ? » je l’entends me répondre, un chuchotement doux et caressant.
    « Ça va, moi aussi… » je relance, tout en attrapant sa main et en la posant à hauteur de mon sternum… c’est bon le contact avec ses grosses paluches…
    Le bomécano se serre un peu plus contre moi… son visage dans mon cou, ses pecs, ses abdos contre mon dos…
    Le matin approche, un oiseau solitaire chante quelque part au loin, probablement posé sur les frondaisons autour de St Aubin, il dit au revoir à la nuit qui s’achève et il semble appeler le nouveau jour qui va se lever… une légère brise entre dans la chambre et caresse ma peau, m’arrachant peu à peu de ma torpeur et mettant mes sens en éveil…
    J’ouvre les yeux… la chambre est plongée dans une sorte de pénombre faiblement éclaircie par la réverbération de l’illumination publique qui monte de la rue à travers de la porte fenêtre toujours ouverte…
    Je sens son souffle dans le cou… je sens le bomécano prendre sa respiration à plusieurs reprises, s’arrêter net, comme s’il voulait parler… j’ai l’impression qu’il voudrait dire quelque chose mais qu’il se retient à chaque fois…
    J’ai envie de le mettre à l’aise, de lui dire qu’il peut parler librement… mais je ne sais pas comment m’y prendre… j’ai envie de me retourner, pour le câliner, pour le mettre à l’aise, pour lui donner l’occasion de me parler plus facilement… mais mes mouvements sont entravés… Jérém est toujours calé contre mon torse et il dort comme un bébé… si je me retourne, je risque de le réveiller…
    Je me surprends à avoir envie de le laisser dormir et de profiter en tête à tête de ce moment de tendresse avec cet adorable Thibault…
    Puis, à un moment, poussé par je ne sais quelle motivation inconsciente, le bobrun se retourne de l’autre côté… il me tourne le dos, mais il cale son corps musclé contre mon torse… ce qui fait que je suis toujours aussi imbriqué en lui… toujours impossible de me retourner vers le petit Thibault…
    Heureusement, le bomécano sait s’exprimer même lorsque les mots sont entravés… son regard vaut dix-mille mots… et même lorsque le contact avec son regard est impossible, comme en ce moment, dans cette position, le mec sait parler avec ses mains, ses bras, sa bouche, sa présence…
    De toute façon, il n’y a guère besoin de mots pour exprimer certaines choses… comme les envies d’un garçon dont l’érection se manifeste de façon aussi claire que la sienne…
    Oui, sa queue à nouveau raide vient de se caler entre mes fesses…
    Putain de mec… voilà un autre petit taureau bien endurant… oui, fascinant et foisonnant la sexualité d’un garçon de 19 ans…
    Voilà donc ce qu’il essayait d’exprimer sans y arriver… il a encore envie mais qu'il n'ose pas... il n’ose pas me demander et peut être il n’ose pas par rapport à son pote endormi juste à côté…
    Aussitôt, le sexy pompier a un petit mouvement brusque… je sens son bassin s’éloigner du mien… sa main vient se glisser entre mes fesses et sa queue… je perds le contact avec son manche chaud…
    Ah, non… il ne peut pas me faire ça… pas maintenant… pas dans l’état dans lequel il m’a mis…
    Je tente de protester en remuant mon bassin, je m’insurge en pressant mes fesses contre le revers de sa main… et pour que le message soit encore plus clair, j’attrape son poignet et je l’attire loin… après une petite résistance, sa main finit par céder, par se laisser faire…
    Sa queue ainsi libérée, revient instantanément se caler dans ma raie... je la sens frémir entre mes fesses… elle remue tout doucement, sous l’effet de contractions musculaires involontaires, signe d’excitation… les abdos du bomécano calés contre mes fesses semblent parcourus eux aussi par des frémissements électriques… je sens son souffle de plus en plus excité… je l’entends frissonner de plaisir… le contact avec sa peau m’amène les battements de son cœur…
    Je suis dans un étant second… je n’en peux plus… je bande comme un âne… ce mec va me rendre dingue… j’ai très envie de lui… encore…
    Est-ce dangereux ce qu’on est en train de faire ? Sont-elles dangereuses ces pentes convergentes que l’on est en train d’emprunter… cette tendresse, cette sensualité que nous sommes en train de se laisser s’installer entre nous au fil du plaisir… cette faiblesse qui nous conduit à nous laisser guider par nos sens, nos pulsions, nos envies ? Que se passe-t-il dans la tête du bomécano vis-à-vis de moi ? Que se passe-t-il dans ma tête vis-à-vis du bomécano ? Ce bonheur qui nous rapproche cette nuit, ne va pas nous éloigner demain ? Ce que je vis cette nuit avec ce mec est juste magique… je ressens avec lui des trucs que je n’ai jamais ressentis avant… même pas avec mon bobrun… tout simplement parce qu’il ne n’en a jamais laissé l’occasion… mais demain… que sera-t-il de nous, demain ?
    Quelque chose me dit que, en laissant aller les choses si loin avec Thibault, je suis en train de jouer avec le feu… pourtant, cette nuit, j’ai furieusement envie de lui, de sa douceur, furieusement besoin…
    Le bomécano aussi est peut-être en train de jouer avec le feu… certes, il n’a pas arrêté de fumer des joints… pourtant, même s’il a l’air un peu « fait », son attitude semble exprimer des envies, des besoins, des manques authentiques, profonds, bien réels… je n’ai pas l’impression que pour lui cette nuit ce ne soit qu’une expérience menée par les effets des joints qu’il a enchaînés… ça en est une, certes… mais j’ai l’impression qu’il y a trop d’implication émotive de sa part, trop de désir, trop de sensibilité pour que ce ne soit que ça…
    Que recherche-t-il vraiment le bomécano ? Quels sentiments profonds recèlent ses câlins ? Ceux qu’il n’a cessé de m’apporter… ceux qu’il a réservé à son Jéjé… peut-être que lui aussi a besoin de ça cette nuit… il a besoin de câlins…
    Puis, le bomécano fait un truc dément… ses bisous remontent tout doucement le long de mon cou… un frisson géant se propage sur ma peau, explose dans mon cerveau…
    Et j’en oublie demain, une fois de plus… il n’y a plus que le présent, et le bonheur sensuel avec ce garçon… cette nuit est une erreur, certes, une erreur qui ne se reproduira pas… alors, autant en profiter un max…
    Il faut à tout prix que j’arrive à me retourner vers lui…
    Je recule un peu plus mon bassin, le bomécano recule avec moi… profitant de cette petite marge de manœuvre retrouvée, je me contorsionne jusqu’à pouvoir me retourner lentement vers lui…
    Nos deux visages se font face… nos torses se frôlent… et là, je retrouve le comité d’accueil silencieux et touchant de ses bras musclés prêts à m’accueillir… heureux de me retrouver…
    Je ne peux m’empêcher de l’embrasser dans la pénombre… il m’embrasse à son tour… oui, ça va peut-être trop loin entre nous deux… mais il serait inhumain de ne pas succomber au bonheur de retrouver l’étreinte de ses bras, le contact avec ses lèvres, avec sa barbe douce…
    Il glisse la main dans mon entrejambe et il me branle… je glisse ma main dans son entrejambe et je le branle… nos mains se frôlent au fil des va-et-vient réciproques… c’est beau cette communication entre garçons, cette correspondance par le désir, par le plaisir…
    Sensualité et tendresse, virilité et douceur… bonne queue et bons câlins… voilà le mix explosif à la Thibault…
    Puis, quelque chose se produit… un petit accident vient interrompre ce moment de bonheur…
    Le lit n’est pas très large… Jérém prend de la place… Jérém fait comme… chez lui… et le pauvre Thibault doit être vraiment sur le bord du matelas… ce qui explique pourquoi, à un moment, son corps musclé, qui devait être jusque-là en équilibre précaire au-dessus du vide, finit par glisser sur le matelas écrasé… le bord du lit se dérobe sous le poids de son corps, et le bomécano se dérobe à mes caresses… il glisse lentement et il atterrit sur le carrelage… il atterrit sur ses pattes, avec grâce, sans un bruit, avec la souplesse d’un beau félin…
    Je lève la tête et je capte son regard… il me sourit… c’est un petit sourire à la fois amusé et parcouru par une étincelle coquine chargée de promesses…
    Le bogoss se rattrape de façon élégante, sa musculature tendue donnerait des envies à un chêne séculaire… et moi, j’ai envie de le bouffer tout cru…
    Un instant plus tard, il est debout… si c’est pas beau ce corps de bomécano nu, la queue tendue, me dominant de toute sa taille… j’ai envie de l’avoir en moi… je ne vais jamais oser le lui dire avec des mots… je vais essayer de lui dire avec mon corps…
    Alors avant qu’il puisse mettre un genou sur le matelas, je me décale un peu vers le bord du lit et je le prends en bouche… je le pompe, je caresse ses couilles, je lui fais plaisir, je me fais plaisir… je sens son excitation monter, je sens sa respiration témoigner de son plaisir…
    Je le suce pendant un bon petit moment… je commence à trouver l’idée de pouvoir gouter à nouveau à son petit jus de mec tout aussi séduisante, si ce n’est plus, que celle de l’avoir en moi… lorsque le bomécano s’accroupit sur le carrelage, contre le lit… sa mains chaude se pose à plat dans le creux de mes reins… elle remonte lentement le long de mon dos, elle caresse, câline, rassure, excite… et lorsqu’elle arrive à mon cou et qu’elle insiste sur la région à la base de ma nuque… je sens tout mon corps parcouru par une décharge de bonheur sensuel indescriptible… c’est vraiment comme une décharge électrique qui irradie depuis ce point de contact  et qui se propage dans ma tête, dans mes tétons, dans ma queue… entre mes fesses…
    Excité, apprivoisé, conquis par ses caresses, j’ai envie de tout lui donner, plus que jamais envie de lui faire plaisir…
    Ma main s’anime, elle se pose sur ses pecs saillants… elle caresse fébrilement… elle descend vers ses abdos, elle les dépasse, elle rencontre son manche raide… elle le saisit, le branle… ses lèvres se posent sur mon biceps, ses bisous sont chauds et sensuels…
    Nous restons ainsi, à nous faire du bien réciproquement, pendant un petit moment…
    Puis, sa main se porte sur ma queue… commence à me branler… très vite, j’ai l’impression que son regard est happé par mon entrejambe… ses va-et-vient ralentissent peu à peu, comme si son esprit était ailleurs… son buste semble approcher du bord du lit… son visage semble approcher de mon bassin… son nez est désormais si proche de sa main que je sens son souffle chaud caresser mes couilles…
    Je l’entends inspirer très profondément… j’ai l’impression de reconnaître ce genre de respiration… je l’ai parfois entendue chez mon bobrun… c’est le genre de respiration qui parle d’une envie déchirante, d’une pulsion entravée par une barrière mentale insurmontable…
    Je ne sais pas ce qui est en train de se produire, ce qui va se produire, ce qui pourrait se produire… tout ce que je sais c’est que j’en ai à la fois très envie et très peur…
    Envie, certes… car, même si je ne connais pas de plaisir plus exquis que celui d’offrir du plaisir à un bomec, il est vrai aussi que, lorsque ma queue est ainsi stimulée, je retrouve quand même des envies typiques de garçon…
    Alors, à cet instant précis, ma queue tendue et surexcitée frémit en espérant recevoir un bonheur inattendu…
    Oui, j’ai parfois envie de me faire sucer… pourtant, est est-ce que j’ai envie de recevoir ça de lui ? Le Thib de mon Jérém ? Puis, dans ma tête, le bonheur de coucher avec un hétéro… c’est le fait qu’il reste hétéro dans ses envies sexuelles…
    Pourtant, si vraiment il a envie de goûter à cela, est-ce que j’ai le droit, l’en priver ? Mais est-ce que cela ne risquerait pas de casser dans ma tête cette image d’hétéro très viril que je me fais de lui ? Et de faire surgir par la même occasion tout un tas d’autres inquiétudes…
    Alors, je me surprends à être très inquiet de voir une nouvelle facette de la sexualité du bomécano se profiler… je suis très troublé de faire le constat que cette nuit, la boîte recelant les envies jusque-là refoulées du charmant Thibault a été ouverte… et que, apparemment, tout son contenu ne s’est pas encore dévoilé… et que probablement il ne le sera pas cette nuit… quand le sera-t-il ? Avec qui ?
    Et là, mon imagination se met à galoper… j’entends le bruit de la respiration de mon bobrun dans le dos… je repense à la montre de Thibault sur la table de chevet juste à côté… je cours vite en besogne, certes… mais je me dis que, s’il le faut… c’est déjà fait…
    La main du bomécano s’est arrêtée… ses doigts relâchent peu à peu la prise sur ma queue… je sens sa déglutition bruyante, indice là aussi d’un trouble, d’une excitation, d’une envie retenue…
    Est-ce que le beau Thibault aurait envie de ça ? Est-ce qu’il a vraiment envie de m’offrir ce plaisir si intime ?
    Je ne saurais jamais ce qui se serait passé à cet instant précis si je n’avais pas choisi de prendre les devants… je ne sais pas si je suis en train de faire le bon choix… c’est stupide, mais je panique… ma main quitte brusquement sa queue pour aller saisir fermement son biceps rebondi… ce simple contact avec cette partie de son anatomie me rend toujours aussi dingue…
    « Viens… » je lui lance, tout en amorçant un mouvement avec le bras pour l’inviter à se relever… le bomécano me regarde… il semble hésiter… je le vois, je l’entends déglutir sa salive… même dans la pénombre, j’ai l’impression de lire sur son visage cette envie de mec qu’il n’ose pas exprimer…
    « Viens… » j’insiste, tout en me mettant à plat ventre.
    Et là, le bogoss suit le mouvement, il retrouve sa position debout… mon regard s’arrête à hauteur de ses cuisses musclées et de sa queue… pourtant, je sens son regard insistant sur moi, je sens que son hésitation se transforme en une sorte de frustration contenue, mais perceptible…
    Je suis désolé, mon gentil Thibault… je ne sais pas pourquoi, mais je ne suis pas prêt à vivre ça avec toi…
    Les secondes s’égrènent, le bomécano n’a toujours pas bougé… je commence à regretter mon choix dicté par la panique… je commence à craindre de l’avoir vraiment déçu… je redoute qu’il parte sur le champ…

    La suite de cet épisode ? Pour l'instant, uniquement en version audio, sur chuchote-moi.fr. Bonne écoute !

    Puis, le bogoss fait le tour du lit… je sens le matelas se dérober sous mes mollets… se genoux frôlent mes jambes… son corps s’allonge sur le mien… ses cuisses épousent les miennes… le bomécano grimpe sur moi tout en douceur… son torse glisse sur mon dos comme une caresse géante…
    Son visage vient se plonger dans le creux de mon cou... sa bouche recommence à semer de petits bisous sur ma peau… ses bras puissants glissent sous mes aisselles, m’enserrent, me collent contre son corps chaud…
    Cool… je retrouve le doux Thibault… je suis soulagé de voir qu’il n’y a pas de malaise…
    Un instant après, son gland parcourt ma raie à la recherche de mon ti trou…
    Lorsqu’il trouve la cible, sa queue glisse en moi toute seule, s’enfonce dans ce passage bien ouvert par les assauts répétés de deux jeunes mâles…
    Le bogoss recommence à me pilonner… la lenteur de ses va-et-vient me tient en suspension entre plaisir et désir… je brule d’envie de lui crier de me défoncer… alors que je prends un plaisir géant à me faire limer ainsi, tout en douceur… il y a du plaisir à retirer dans les deux façons de faire…
    Son souffle dans mon cou est chaud, haletant… il semble exprimer l’ardeur de ses envies de mec… puis, sa bouche s’aventure jusqu’à mon oreille… ses lèvres embrassent… sa langue se lâche, elle découvre, léchouille… mon bonheur monte encore d’un cran lorsqu’il se lance à mordiller mon oreille…
    Oui, ce mec a décidé de me rendre dingue… et j’en ai la certitude quelques instant plus tard, lorsque ses mains se portent à l’intérieur de mes cuisses, frôlant mes bourses au passage… leur prise m’attire à lui de façon ferme, puissante, virile, comme si je lui appartenais… il y a quelque chose de Jérém dans ce geste… c’est une attitude de mec qui est en train de prendre son pied et qui, d’instinct, a envie de montrer qu’il est le mâle… c’est un bonheur intense de le voir, lui si mal à l’aise deux heures plus tôt, montrer cette nouvelle facette, cet instinct très « mec »…
    Et cette attitude, juxtaposée au côté doux et prévenant de Thibault, me donne le tournis…
    C’est que le bogoss a pris de l’assurance... et un mec qui prend de l’assurance, est un mec qui dévoile ce qu’il aime au pieu… qui se lâche… et ça, ça n’a pas de prix…
    Puis, à un moment, je sens son torse se relever… son bassin recule, notre connexion senxuelle cesse… ses grosses paluches me saisissent avec fermeté et douceur… je me laisse faire, je seconde ses mouvements, trop impatient de savoir ce dont il a envie… ce qu’il kiffe…
    Très vite, ses mains attrapent mes chevilles m’invitent à me retourner… je me laisse faire, je seconde le mouvement et, un instant plus tard, je me retrouve allongé sur le dos… son torse musclé se glisse à nouveau sur le mien…
    J’adore sa fougue, son enthousiasme, ce plaisir qui l’anime, ce bonheur des sens si expressif, si communicatif… j’adore ses baisers de plus en plus fébriles, ses mains de plus en plus déchaînées, qui caressent, touchent, saisissent, excitent, qui osent, encore et encore… qu'est-ce qu'il est tactile ce garçon…
    Le bomécano recule le bassin… il lève le buste, il se met debout sur ses genoux… il attrape mes jambes, les soulève, m’attire à lui, mon bassin avec… une fois de plus, il me manipule avec une facilité déconcertante… quelle puissance dans ces mains, dans ces biceps, dans ce torse, dans ces cuisses…
    Mes chevilles se retrouvent à hauteur de ses épaules… ses mains maintiennent mes mollets en apesanteur… mes fesses se soulèvent par la même occasion…
    Dans l’effort, ses biceps se gonflent, ses pecs poilus se bombent, toute sa musculature semble en tension… son torse s’éclate, il montre toute son envergure… et il en est tout simplement impressionnant… magnifique plastique sculpturale, image insoutenable de jeune mâle en passe de prendre son pied…
    Son bassin avance et sa queue trouve très facilement le chemin de son bonheur… de mon bonheur… ses va-et-vient reprennent, doux et puissants… incroyablement plaisants…
    Sous l’effort, son torse dégage une impression de chaude moiteur… c’est une odeur très « mec » qui se dégage de sa peau, une odeur de transpiration, de sexe, d’orgasme consommé et d’orgasme à venir… je ne sais pas comment définir ça… mais autour de lui, ça sent le mâle en amour tout simplement…
    Tous mes sens sont comblés… je suis très réceptif à tout ce que ce mec dégage… à sa puissance masculine, à sa puissance sexuelle… mes mains s’enhardissent… elles cherchent une fois de plus le contact avec son torse velu… elles se posent sur ses pecs, épousent ce relief chaud et doux… mes doigts agacent ses beaux tétons saillants…
    Le bomécano semble bien apprécier ce contact… il prend son pied, mais il a envie de tenter autre chose, d’aller encore plus loin dans cette découverte sensuelle…
    Un instant plus tard, ses bras se déplient, mon bassin amorce une lente descente… atterrissage tout en douceur, mouvement qui amène mes fesses à se poser sur ses cuisses musclées… sans quitter notre parfaite connexion de plaisir, le jeune pompier a également reculé son bassin, se retrouvant désormais dans une position assise sur ses mollets et sur ses chevilles… l’angle de pénétration change, l’allure de ses coups de reins aussi… c’est un nouveau délice sensuel qu’il m’apporte…
    Ses mains attrapent mes cuisses, puis se déplacent sur mes hanches… le bomécano se livre à une séquence de coup de reins plus rapide, plus intense, plus puissante… et je jouis carrément dans mon entrejambe…
    Et lorsque ce petit coup de folie prend fin, je sens ses doigts se resserrer autour de ma queue et commencer à la branler vigoureusement…
    Qu’est-ce que c’est bon de me faire branler pendant qu’il me pilonne… j’adore le sentir prendre son plaisir en moi sentir sa main sur mon sexe, sentir qu’il semble même prendre du plaisir à me branler…
    C’est si bon de découvrir tant des sensations nouvelles… mon cœur tape à mille…
    Je prends tellement mon pied que je perds pied… je pose mes mains sur ses biceps, je les caresse fébrilement, je serre, je tâte, je les enserre très fort… ils sont épais, rebondis, ils remplissent ma main… je ne me lasse pas de ce contact avec cette partie de sa musculature, symbole à mes yeux de toute la puissance masculine d’un garçon…
    Mes mains sont avides, ivres, insatiables… elles expriment tout le désir que ce garçon m’inspire…
    J’ai envie de le sentir contre moi… j’attrape ses biceps et j’amorce un mouvement d’approche… le bomécano se penche un peu vers moi… pas assez à mon goût… il prend appui sur ses mains, d’une part et d’autre de mes bras… il penche sa tête pour me faire des bisous, tout en continuant à me pilonner…
    Je profite de cette nouvelle proximité pour envoyer mes mains se faire plaisir sur cet autre magnifique expression de sa puissance masculine, cette partie de son corps que mes mains ont eu envie de caresser depuis toujours… j’ai parlé de cet ensemble délicieusement harmonieux composé par son cou puissant et sa chute d’épaules…
    Bonheur pour la vue, délice pour le tact… c’est une texture ferme, un contact chaud, moite de transpiration… là encore mes mains tâtent fébrilement, insatiables de ce contact exquis…
    Je brûle d’envie de sentir le contact de son torse sur le mien… alors, je porte mes mains autour de son dos musclé et je l’attire carrément contre moi…
    Le bomécano se laisse faire, son torse velu revient se poser sur mon torse presque imberbe… sa peau se colle à la mienne… et tant pis si, au passage, sa main quitte ma queue… mon plaisir est total…
    La sensation de son poids sur moi est délicieuse… je me sens à la fois si fragile et si bien protégé sous cette imposante masse de muscles…
    Son visage s’enfonce dans le creux de mon cou, ses lèvres se laissent aller à de longs chapelets de bisous légers…
    Mes mains impatientes, excitées, comme délirantes, parcourent son corps en long, en large et en travers… elles caressent, palpent, massent… dos, épaules, cou, nuque, tête… tout y passe et y repasse…
    Le bogoss semble vraiment bien apprécier mes caresses… mais il en est certaines auxquelles il semble particulièrement sensible… ainsi, lorsque mes doigts s’enfoncent dans ses cheveux à la base de sa nuque, le bogoss arrête carrément ses va-et-vient… la queue calée bien au fond de moi, il pose sa joue à plat à hauteur de mon sternum… il respire très fort, il frissonne… son abandon est total…
    Bomécano… touché, coulé… j’ai trouvé le talon d’Achille de ce bel Apollon… le même que le mien… et que celui de son pote…
    Et ce n’est pas qu’une impression…
    « Qu’est-ce que s’est bon ça… » je l’entends chuchoter dans mon oreille, la voix cassée par une respiration profonde, haletante, traduisant son bonheur parfait.
    « A qui le dis-tu… c’est trop bon… » je ressens le besoin de lui répondre, ivre de lui.
    Juste à côté de nous, Jérém dort toujours à poings fermés, sur ses deux oreilles… enfin… surtout sur une… c’est bizarre les expressions…
    Bref, la présence du bel endormi au lit dormant rend ce moment d’autant plus excitant… les relents du gel douche de Thibault se mélangent a la fraîcheur de la peau de Jérém douchée depuis pas longtemps… la respiration haletante de l’un se combine avec la respiration apaisée de l’autre… c’est dingue comme situation… j’aime mon Jérém plus que tout au monde, mais je couche avec son meilleur pote parce que… Jérém lui-même l’a voulu… parce que ce pote sait m’offrir une tendresse qui me fait sentir bien pendant et après nos galipettes…
    La peur qu’il se réveille, la peur de sa réaction vis-à-vis de ce qui est en train de se passer… elle se mélange à l’envie qu’il se réveille, à l’envie qu’il voit à quel point je voudrais que lui, mon Jérém, me fasse l’amour de cette façon…
    Le bomécano vient de reprendre à coulisser en moi… ses mains prennent appui sur le matelas, son torse se relève légèrement, son cou avec, mais il arrête très vite son mouvement… son souffle caresse mon visage… sa barbe effleure mon menton… ses lèvres se posent sur ma joue… mais elles trouvent très vite le chemin de ma bouche… oui, bonheur parfait de ce mélange explosif entre son attitude extrêmement virile mais rassurante, et ce un côté nounours adorable qui ferait craquer une montagne de granit…
    Entre deux sessions de bisous, je croise son regard… et là, j’ai vraiment l’impression que tous les sens bomécano sont aux aguets… au fil des va-et-vient de son bassin, il guette mes réactions, mes halètements de plaisir, mes frissonnements, mes sensibilités… et au fur et à mesure qu’il découvre mon corps, il oriente la cadence, l’intensité, l’ampleur de ses coups de reins… le bomécano s’intéresse vraiment à mon plaisir… et il s’emploie à le faire durer, à le renouveler sans cesse…
    A chacun de ses va-et-vient, chaque fibre de mon corps vibre d’un plaisir de plus en plus insoutenable… ce mec est un véritable magicien… un magicien qui va bientôt faire des étincelles avec sa baguette magique… très vite, je sens que s’il continue comme ça, il va me faire jouir rien qu’en me limant…
    Doucement, Thibault… je ne veux pas jouir avant… je veux te voir jouir d’abord…
    Dans le timing aussi, le bomécano est au point… le jeune pompier sent l’orgasme venir, et il a besoin d’air pour prendre son pied à fond… son torse se relève, moite de transpiration… ses épaules s’ouvrent, ses pecs se bombent, ses abdos et ses pecs paraissent ainsi encore plus saillants… ses mains attrapent à nouveau mes mollets, ses avant-bras et ses biceps les tiennent en suspension pendant que les coups de reins s’accélèrent…
    Ses va-et-vient se rapprochent encore, pendant que son regard se perd dans le vide… le mec rentre dans cette courte mais intense phase de la jouissance masculine pendant laquelle rien ni personne n’existe plus autour de lui… le mec est juste ailleurs, seul avec son plaisir…
    « Putain que c’est bon… » je l’entends chuchoter tout bas à un moment, la voix étranglée par un plaisir débordant…
    « Oh, oui… » je lui réponds, cherchant fébrilement son regard « c’est trop bon, mec ! ».
    « Ah, putain… Nico… » il laisse échapper, le regard fou de plaisir.
    Le bogoss jouit…
    J’entends un râle de plaisir exploser dans le silence, une déflagration de jouissance que le bomécano s’efforce de contenir dans sa gorge… j’ai l’impression de sentir trembler sa cage thoracique sous l’effet de la profonde vibration qui la secoue…
    Thibault se retient… par discrétion vis-à-vis du voisinage, en particulier à cette heure trop tardive et/ou trop matinale… et vis-à-vis de son pote qui dort juste à côté…
    Je donnerais cher pour être à un endroit tranquille et avoir l’occasion d’entendre son plaisir s’exprimer librement… je sens que son râle de plaisir, sans brides, serait puissant et extrêmement viril…
    Et pendant que le plaisir secoue chaque fibre de son corps, pendant qu’une décharge électrique circule dans chaque muscle de sa plastique de fou, j’ai l’impression qu’une émotion débordante monte à ses yeux… l’impression que tant de plaisir a fini par le déboussoler… oui, j’ai l’impression que le bomécano essaie de maitriser son émoi…
    C’est une sensation très marquante et insaisissable à la fois… à l’image de son râle de plaisir dont la puissance contenue laisse imaginer une jouissance débordante… c’est comme si une barrière avait cédé en lui avec grand fracas, laissant éclater une émotion tout aussi difficile à contenir…
    Oui, le bomécano jouit, très fort… ses râles étouffés s’enchaînant sur la partition vierge du silence nocturne… j’ai envie de le prendre dans mes bras, de lui faire mille câlins, tellement je le trouve touchant et adorable… je fais glisser mes mains sur se ses épaules… je le caresse ainsi, comme je peux, pour lui faire sentir me présence… j’ai envie de lui offrir plein de tendresse…
    Lorsque son plaisir s’éteint, ses avant-bras se déplient, ses mains accompagnent mes chevilles jusqu’à les poser doucement sur le lit…
    Très vite, son buste se plie… le bomécano s'étale sur moi de tout son poids… mes mains en profitent pour parcourir son anatomie, encore et encore… mes caresses sont lentes, légères, elles sont juste l’expression de l’infinie tendresse que ce mec m’inspire…
    Thibault se blottit un peu plus fort contre moi, il m’enveloppe de son torse musclé et chaud… je suis profondément ému par ce garçon…
    Pourtant, l’émotion ne suffit pas à apaiser mon excitation… mon corps est tellement chauffé par le plaisir qu’il vient de recevoir, que je bande comme un âne…
    J’ai envie de jouir… juste me branler, tant qu’il est encore en moi… je sens qu’il n’en faudrait pas beaucoup pour que je me lâche… le corps du bomécano abandonné sur le mien rend tout autant impossible la branlette que ce qu’il entretient mon excitation…
    Après avoir repris un peu ses esprit, Thibault relève le torse… pendant une fraction de seconde je me dis que je pourrais profiter cette occasion pour me soulager…
    Je n’en aurai pas l’occasion… le bomécano saisit promptement ma queue et entreprend de la branler, tout en reprenant à envoyer des petits coups de reins dans mon entrecuisse…
    Très vite, je sens l’orgasme monter dans mon bas ventre, je sens ma jouissance se presser à la base de ma queue…
    La paume chaude de sa grosse paluche se pose à plat sur ma peau, transversalement à mes pecs… son pouce et son index arrivent chacun de son coté à caresser mes deux tétons…
    Et là, je ne peux plus me retenir… plusieurs jets de bonne puissance s’échappent de moi et atterrissent sur mon torse…
    C’est une jouissance intense… pourtant, ce n’est qu’une jouissance accessoire… ma véritable jouissance je l’ai eue tout au long des assauts et des caresses de ce beau mâle…
    Thibault se dégage de moi doucement… il recule sur le matelas, il descend du lit… au passage, il caresse furtivement mes mollets, petite complicité qui me fait chaud au cœur…
    Le bomécano revient s’allonger à côté de moi… je me tourne vers lui, sur le flanc, pour lui laisser un peu de place… il se cale contre moi, la respiration toujours haletante…
    Son front est en nage, son souffle brûlant… son visage, son regard affichent cette ivresse des sens, l’expression typique d’un garçon qui vient de jouir… le portrait d’un garçon épuisé mais repu… un garçon qui s’est bien donné mais qui a encore de la ressource pour faire des câlins et pour afficher un regard serein et apaisant … des petits gestes qui me chauffent le cœur, des gestes qui me laissent comprendre que non seulement il a vraiment aimé… mais qu’il assume le plaisir qu’il vient de prendre…
    Ses bras m’enlacent très fort… son front trempé de sueur se pose entre mes omoplates et la base de mon cou…
    Je réalise que moi aussi je suis en nage… mon corps retentit encore des multiples jouissances qui viennent de le secouer… je suis heureux, mais épuisé… j’ai envie de me perdre dans l’étreinte de ses bras… j’ai besoin de dormir…
    Je commence à glisser vers le sommeil…
    Mais je suis rapidement rappelé à la veille… très vite, sa main se pose sur mon épaule, me fait basculer sur le ventre…
    Jérém vient de se réveiller…


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  • 0215 Balade avec Charlène et mon mec.

     

    L’épisode « 0214 Nuit torride et douce à la fois » a été mis en ligne le même jour que plusieurs dizaines d’autres épisodes de la saison 1 qui ne figuraient pas jusqu’à là sur jerem-nico.com.

    En effet, la section « Les épisodes » vient de connaître une importante mise à jour. Elle affiche désormais tous les épisodes de Jérém&Nico depuis 2014, avec une nouvelle organisation plus claire et lisible (trois parties pour la saison 1, la saison 2 en suivant).

    Il est possible que la notification de l’épisode 0214 ait été noyée parmi celles des autres épisodes mis en ligne le même jour et que, de ce fait, certains abonnés à la newsletter n’aient pas vu que le nouvel épisode était sorti.

    Pour ceux qui ne l’auraient pas lu, l’épisode 0214 est disponible en cliquant sur le lien suivant :

     

    Jérém&Nico S02E14 Nuit torride et douce à la fois.

     

    Merci de votre compréhension et bonne lecture.

    Fabien

     

    0215 Balade avec Charlène et mon mec.

     

    Ce récit et ses dialogues sont de la pure fiction. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ou avec des faits réels, est à considérer comme purement fortuite.

     

    Après la bonne pipe du matin, mon Jérém bondit du lit, l’air gai comme un pinson. On dirait que l’idée de la balade avec Charlène lui fait très plaisir. J’aime penser que le fait qu’elle ait compris et accepté ce qu’il y a entre nous deux le fasse se sentir bien.

    Le bogoss disparaît dans la petite salle de bain, sans vraiment fermer la porte derrière lui. Je l’entends siffloter, alors que son jet dru du matin tombe lourdement dans les wc, suivi du bruit de la chasse d’eau.

    « T’as l’air tout guilleret toi » je lui lance, alors que je l’entends tirer le rideau et ouvrir l’eau de la douche.

    Et là, je le vois revenir d’un pas rapide, et s’approcher du lit. Le bogoss se glisse sur moi, m’embrasse et me chuchote :

    « J’aime bien me réveiller à coté de toi… ourson ».

    « Ourson ? ».

    « Ca ne te plaît pas ? ».

    « Si, si… mais tu ne m’as jamais appelé de cette façon ».

    « Ca m’est venu comme ça ».

    « Pourquoi ourson ? Je ne suis pas poilu ».

    « Mais tu es tout doux, tout mignon, comme un ourson, et moi j’ai envie de te prendre dans mes bras » il me répond, tout en me serrant très fort entre ses biceps puissants et en me faisant des bisous.

    « Je suis un ourson alors » j’accepte volontiers ce petit surnom.

    « Un ourson tantôt tendre, tantôt chaud comme la braise » il me lance, en quittant le lit, avec un sourire doux et adorable.

    « Moi aussi j’aime me réveiller à coté de toi » je finis par me rappeler de lui répondre, alors qu’il est à nouveau debout.

    « Et j’ai aussi aimé cette pipe… » il me balance, en se dirigeant une nouvelle fois vers la salle de bain.

    « Coquin ! » je lui lance assez fort pour qu’il l’entende par-dessus le bruit de l’eau de la douche.

    « C’est qui qui a commencé ? » il me relance, en apparaissant juste à moitié, le visage et les pecs, sur le côté de la porte, l’air canaille à tomber « moi je n’étais même pas réveillé… ».

    Il n’a pas tort, et je me contente de lui sourire. Quant à Jérém, il pousse sa canaillerie jusqu’à me balancer un sourire incendiaire et un clin d’œil explosif, avant de disparaître sous la douche.

    Je suis très touché par ses mots : « j’aime me réveiller à coté de toi », c’est mignon et adorable. Mais il y a autre chose qui me touche encore davantage, qui me fait vibrer, qui me fait rêver. Un simple mot, inattendu et pourtant tellement chargé de significations.

    « Ourson ».

    Ourson. Je trouve ça adorable. Ourson. C’est mignon comme tout. Je suis son ourson. Ça me plaît. Mon Jérém ne cessera jamais de me surprendre et de me faire kiffer. Et de me rendre heureux. Au-delà de mes espoirs les plus fous.

    Jérém vient de passer sous la douche et le bruit de l’eau change illico de tonalité. Avant de retomber dans le bac, elle atterrit désormais sur ses cheveux bruns, sur ses épaules, elle ruisselle sur sa peau, sur ses muscles, elle glisse sur sa queue. J’hésite à aller le rejoindre, mais en même temps je suis tiraillé par une autre envie, celle de voir débouler sa bogossitude « après douche », de le voir sortir de la salle de bain tout beau, tout propre, les cheveux encore humides, la peau fraîche, le déo entêtant, le t-shirt moulant, le boxer bien rempli.

    Aussi, je trouve très excitant d’imaginer mon bobrun sous la douche, juste en écoutant les bruits, les sons, comme une symphonie de la bogossitude, capables de m’apporter des images très évocatrices. Ça commence par le petit claquement du bouchon du flacon du gel douche qui s’ouvre, ça continue avec le sifflement du liquide dense qui gicle du petit orifice sous l’effet d’une pression plutôt virile, ça s’envole au rythme des frottements de ses doigts qui savonnent ses beaux cheveux bruns, des claquements de ses paumes qui astiquent sa peau mate, ses pecs, ses abdos, ses aisselles, sa queue.

    Autant de bruits, associés aux sensations olfactives, comme le parfum du gel douche qui se répand dans toute la maison à la vitesse de la lumière et qui vient violemment titiller mes narines, que mon cerveau traduit en images, des images très excitantes.

    Tellement excitantes que je ne peux m’empêcher de commencer à me caresser moi aussi. D’autant plus que cette petite pipe m’a bien mis la trique et que je n’ai toujours pas joui. Ma queue ne se fait pas prier pour afficher le garde à vous. Je me branle en écoutant mon Jérém se doucher et en repensant au gabarit de sa queue qui remplit ma bouche, à ses giclées puissantes, à son goût de mec qui persiste sur ma langue. Mon excitation monte rapidement. Et lorsque je repense à la délirante sensation de mon gland collé à sa rondelle, sur le point de glisser dedans, l’orgasme me prend par surprise. Des bonnes giclées bien lourdes aspergent mon torse, jusqu’à mon cou.

    C’était terriblement bon. L’orgasme passé, je me sens envahi par une profonde sensation de bien-être, comme si chaque cellule de mon corps et chaque neurone de mon cerveau étaient heureux. J’ai l’impression de planer. Je me sens presque stone. Je prends une profonde inspiration et je m’empresse de m’essuyer. Je dois lutter contre l’envie de me glisser sous les draps et me rendormir une nouvelle fois.

    Je regarde par la fenêtre, il fait beau. Ça s’annonce bien pour la balade. Je me demande comment vont se passer ces « retrouvailles » avec Charlène, après cette soirée géniale, après cette mise au point avec Jérém, tout aussi géniale. Je me demande si le sujet de la relation entre Jérém et moi va revenir sur le tapis. J’imagine que si ça doit venir, ça ne pourra venir que de la part de Charlène. Je vois mal Jérém en parler de son propre chef, et je ne vois pas comment je pourrai parler de ça sans prendre le risque de gêner mon bobrun.

    J’espère vraiment que Charlène va vouloir en savoir un peu plus sur notre relation. J’ai hâte de voir comment Jérém va réagir, et ce qu’il sera en mesure d’assumer. J’espère vraiment qu’il va accepter la complicité et la main tendue de Charlène, et que cela va l’aider à avancer durablement.

    Le bruit de l’eau de la douche vient de s’arrêter. J’entends le rideau de douche s’ouvrir. J’entends le beau mâle ruisselant d’eau faire un pas en dehors du bac, saisir la serviette. J’entends la serviette frotter ses cheveux, sa peau mate. J’entends le sifflement prolongé de son déo parfumant généreusement ses pecs, ses abdos, ses aisselles. Une seconde plus tard, le parfum du déo envahit à son tour mes narines, assomme ma raison. J’entends des glissements légers de coton sur la peau, le bogoss est en train de s’habiller. J’entends le chuintement du gel pour cheveux sortant de son flacon, le bobrun soigne son brushing. Rien que des bruits, et l’odeur de son déo, et j’ai envie de lui. Je bande à nouveau. Instinctivement, j’attrape un bout de drap pour dissimuler ma trique.

    Quelques instants plus tard, mon bobrun déboule dans le séjour, les cheveux humides d’eau et de gel plaqués en arrière, un t-shirt gris épousant de façon vertigineuse ses pecs et ses biceps, un boxer rouge du meilleur effet, dont la poche est bien remplie, bien suggestive.

    Le bogoss avance avec sa démarche de jeune mâle satisfait de son corps, baladant à la fois nonchalamment et avec panache sa jeune virilité. Sacré mec, mon Jérém.

    En le regardant, je me surprends à repenser à ce qui s’est passé, à ce qui a failli se passer, cette nuit. Je me demande si je ne l’ai pas tout simplement rêvé. J’ai du mal à imaginer qu’un mâle comme Jérém, un mec aussi viril, puisse avoir envie de ça. J’ai toujours imaginé mon bobrun comme étant actif, et uniquement actif.

    Certes, depuis que je suis venu le rejoindre, il m’a sucé à de nombreuses reprises. C’est bon, terriblement bon. Et il a l’air d’y prendre goût. Mais la sodomie, je ne sais pas. Mon bomâle qui a envie de se faire prendre ? Lui, si macho encore il n’y a pas si longtemps, assumant le rôle de passif ? J’ai du mal à le croire. Et pourtant, ça avait l’air si réel. Une partie de moi a envie d’en avoir le cœur net. Mais pour cela, il faudrait en parler avec le direct intéressé. Conversation potentiellement dangereuse.

    En tout cas, moi j’ai vraiment kiffé. C’est fou comme, même en étant passif, j’arrive à ressentir des envies d’actif quand le mec en face de moi sait toucher les cordes sensibles pour réveiller mon côté « petit mec ». Après m’avoir fait sentir longtemps à lui, après m’avoir rendu passif et soumis à sa virilité, Jérém sait aussi me donner envie de jouir comme un mec actif.

    J’avais ressenti cette envie avec Stéphane, qui m’avait fait ma première pipe, et dans une moindre mesure avec Martin. Mais avec Jérém, c’est tellement plus puissant. Ce mec me fait vibrer comme personne d’autre. Lorsqu’il me suce, il sait réveiller en moi des envies de mec actif et même « dominant ». Non pas dans le sens de jouer au petit macho, de vouloir soumettre l’autre. C’est plutôt dans le sens d’avoir envie d’exprimer mon côté masculin, et de sentir que cela peut faire de l’effet. Je sais qu’en tant que passif je peux donner du plaisir. J’ai envie de sentir que je peux en donner aussi en tant qu’actif. Et cet aperçu de sodomie active, m’a donné envie de découvrir comment c’est « de faire le mec ». J’ai envie de goûter à ça. Est-ce qu’il sera prêt un jour à assumer cette envie ?

    Oui, une partie de moi a envie d’en parler, de savoir ce qu’il a ressenti, s’il a eu mal, s’il a envie de recommencer. Mais une autre partie me dit que ce n’est pas une bonne idée, qu’il est des choses sur lesquelles il vaut mieux ne pas mettre des mots. Au fond de moi, je sais ce qui s’est passé. Et lui aussi sait ce qui s’est passé. Si l’envie est là, elle se manifestera à nouveau. Il suffit d’attendre. Je décide d’écouter sagement cette dernière partie de moi.

    Le bogoss en t-shirt et boxer vient de s’arrêter au pied du lit et il me regarde fixement.

    « Qu’est-ce qu’il y a ? ».

    « Toi t’es un vrai coquin » il me balance, en hochant instamment la tête, un petit sourire plein de malice au coins des lèvres.

    « Pourquoi tu dis ça ? ».

    Jérém monte sur le lit, s’approche de moi, il lève le drap et découvre ma queue raide.

    « Moi je pense que tu t’es branlé pendant que j’étais sous la douche ».

    « Non… » je lui mens, juste pour le plaisir de me faire prendre en flagrant délit de coquinerie.

    « Si… ».

    « Comment tu sais ? ».

    « Tes joues sont toujours bien rouges après que t’as joui ».

    « T’as remarqué ça, toi… ».

    Son regard bien lubrique semble vouloir transpercer le mien et pénétrer mon esprit.

    « Et aussi, t’as oublié d’essuyer ça » il ajoute, tout en se penchant sur moi et en passant sa langue dans le creux de mon cou, pour essuyer ce qui devait être une dernière trace brillante de ma jouissance. Décidemment, mon bobrun a bien changé. Ou bien, tout simplement, il ne fait qu’écouter ses envies.

    En attendant, le corps puissant et fraîchement douché et au déo captivant de mon bobrun contre le mien me donne de sacrées envies. Je regrette déjà de m’être branlé. Si ma libido n’était pas au plus bas, en phase de réamorçage, je lui sauterais bien dessus.

    Le bogoss m’embrasse et sur ses lèvres et sur sa langue je retrouve un goût qui n’est pas le sien, mais le mien.

    « Allez à la douche ! » il me lance. Je le regarde quitter le lit et se balader dans la maison, promenant sa bogossitude avec une nonchalance, avec un naturel déconcertants, très mec, très viril, dégageant une sensualité torride, comme une aura, un fluide qui ensorcèle. 

    Le bogoss ajoute du bois dans la cheminée et s’attelle à la préparation de la cafetière. Je ne peux détacher les yeux de lui, tout en me disant à quel point ce petit con est sexy avec son beau t-shirt gris et son boxer rouge, lorsque mon téléphone émet le couinement caractéristique de l’arrivée d’un message. 

    « T’as du réseau, toi ? » me demande Jérém.

    « A peine » je lui réponds, en découvrant une misérable barre de réseau sur mon écran. J’ouvre les messages et j’y trouve un sms de mon pote Julien :

    « Alors, tu t’es marié ? Enceinte ? ».

    C’est bien une réflexion d’hétéro, ça ! Croyant comme beaucoup d’hétéros que les gays aiment parler d’eux au féminin, et pensant que c’est drôle. J’imagine sa façon de le dire, avec coquinerie et bienveillance à la fois. Et en fait, ça me fait sourire.

    « Alors, c’est qui ? ».

    « Juste un pote qui me demande des nouvelles ».

    « Le mec avec qui tu étais le soir… ».

    « Non, son collègue, le mec qui m’a fait les cours de conduite ».

    « Le blond… ».

    « Tu te souviens de lui… » je m’étonne.

    « Vite fait ».

    Soudain, je me rappelle d’un cours de conduite avec Julien cours pendant lequel on était passé devant la brasserie où Jérém travaillait à l’époque. Je me souviens qu’on s’était arrêté au feu rouge pas loin de la terrasse, et je me souviens du regard noir que mon bobrun m’avait lancé en me voyant en voiture avec le beau moniteur. Un regard tellement noir qu’il avait attiré l’attention de ce dernier, qui avait bien saisi sa jalousie.

    « Il est pd lui aussi ? ».

    « Non, il est très hétéro ».

    « Comment tu sais ? ».

    « On a discuté un peu, et on est devenus potes ».

    « Il t’a dragué ? ».

    « Non, mais il a compris pour moi… ».

    « Tu l’as maté ? ».

    « On ne peut pas ne pas mater un mec comme lui ».

    « Ah bon… ».

    « Il est presque aussi canon que toi. Je dis bien… presque… ».

    « Tu le kiffes ? ».

    « Il est beau et il est sexy, je ne vais pas te mentir. Mais t’as pas à t’inquiéter. Déjà, il n’aime que les nanas. Et puis, surtout, je suis trop bien avec toi, je n’ai vraiment pas envie d’aller voir ailleurs ».

    « Tu dis ça maintenant… ».

    « Ca sera la même chose quand tu seras à Paris ».

    Ça me fait bizarre de me retrouver à rassurer Jérém sur mes éventuelles tentations lorsqu’il sera loin de moi, alors que je n’arrête pas de m’inquiéter au sujet des tentations certaines auxquelles il sera exposé dans le milieu dans lequel il va évoluer, lorsqu’il sera un sportif connu, en plus qu’être un bogoss sexy en diable.

    Quand il aura goûté à ce monde-là, est-ce qu’il se souviendra longtemps de moi, de ce week-end à la montagne ? Pendant un temps, la magie pourra peut-être perdurer, mais jusqu’à quand ?

    J’imagine qu’il aura toujours besoin de briller, de vouloir être au centre des attentions comme il l’a toujours été. Et sans doute encore plus qu’avant, car il va désormais devoir se faire à nouveau une place, dans un monde inconnu, et plus difficile à conquérir.

    J’ai peur qu’il cède bien trop rapidement aux pièges auxquels faisait allusion Daniel, qu’il ne se contente pas de vouloir montrer qu’il est le meilleur sur le terrain de rugby, mais qu’il veuille aussi montrer qu’il est le meilleur au lit avec les nanas, ne serait-ce que pour dissimuler ses véritables penchants. J’ai peur que, malgré ses sentiments sincères aujourd’hui, Jérém ne cessera pas d’avoir envie de plaire, de séduire, d’affirmer sa virilité conquérante, y compris face à d’autres mecs qu’il ne manquera pas de rencontrer sur son chemin, des mecs comme le Romain du On Off par exemple.

    Soudain, je repense une nouvelle fois à ce qui a failli se passer cette nuit. Est-ce que Jérém a vraiment envie de ça ? Quand sera-t-il à mesure de l’assumer ? Quand aura-t-il envie de ressayer ? Un peu plus tôt dans la journée je me suis dit que si l’envie est là, elle se manifesterait à nouveau et qu’il suffirait d’attendre. Le fait est que je n’ai pas ce temps d’attendre. Nous ne sommes pas vraiment un couple, nous ne vivons pas ensemble. Dans quelques jours, Jérém sera à Paris, et moi à Bordeaux. Nous nous verrons au mieux une fois par semaine, le week-end, certainement moins. A Paris, il pourra avoir autant de mecs qu’il voudra, des mecs autrement plus expérimentés que moi, et qui sauront s’y prendre pour satisfaire cette envie, cette curiosité. Est-ce qu’il saura m’attendre, ou est-ce que sa curiosité et son impatience vont le pousser à aller chercher ailleurs ce que je n’ai pas su lui apporter ?

    Jérém est-il vraiment « impatient » d'essayer ça ? Bien sûr, j’ai du mal à l’imaginer céder plus ou moins facilement son statut de mâle actif à un autre mec inconnu. Car ce serait, de son point de vue, je pense, une façon de « se rabaisser », et je ne sais pas si ça c’est quelque chose qu’il pourrait accepter. Mais si je ne lui donne pas ça, si je m’y prends mal, est-ce qu’il aura envie de ressayer avec moi, d’autant plus que es occasions vont se faire rares ? Est-ce qu’il aura envie d’attendre ? Tôt ou tard, le désir est toujours plus fort du plus fort des tabous. Il suffit pour cela de le laisser inassouvi assez longtemps. Est que les tentations parisiennes n’auront pas un jour raison de ses tabous ?

    Et j’ai bien peur que, face à ces tentations, ses promesses de ne plus me faire souffrir seront bien fragiles. D’ailleurs, il a bien dit « Je ne sais pas comment je vais gérer quand je serai à Paris… ».

    Oui, quand je pense à sa future vie parisienne, je suis mort d’angoisse. Mais en attendant, la jalousie et l’inquiétude que je décèle dans ses questionnements à peine voilés vis-à-vis de l’avenir de notre relation, me touchent profondément. J’ai envie de le rassurer. Je me lève, je m’approche de lui et je le serre dans mes bras.

    « Tu seras toujours mon Jérém à moi, personne ne pourra prendre cette place, personne ».

    Je lui fais des bisous dans le cou, sur la joue. Le bogoss se laisse faire. Je sens qu’il en a envie, qu’il en a besoin. Il tourne la tête, ses lèvres cherchent les miennes. C’est tellement bon ça, ces moments de complicité, cette envie de câlins, être l’un contre l’autre, les corps et les esprits si proches.

    Je pars enfin à la douche. Je ne traîne pas dans la salle de bain, je reviens le plus vite possible auprès de mon bobrun. Je sais que le temps m’est compté, alors j’ai envie de profiter de chaque instant que nous pouvons passer ensemble. D’autant plus que, dès que le contact visuel est coupé, mon Jérém me manque. Je deviens accroc à sa présence.

    Lorsque je reviens de la douche, le café vient tout juste de couler, son arôme sature l’air du petit séjour. Jérém nous en sert deux grandes tasses. J’adore ces petits déjeuners avec mon Jérém. Car ces petits déjeuners marquent à chaque fois le début d’une nouvelle journée de bonheur ensemble. Une nouvelle journée arrachée au temps.

    « Allez, on est partis ! » fait le bogoss après avoir avalé sa tasse d’une seule traite, se levant de la chaise presque d’un bond.

    Décidemment, Jérém a l’air bien en forme. Je le regarde passer son pantalon d’équitation, le pull à capuche gris, le même qu’il portait lorsqu’il était venu m’attendre à la halle. Je le regarde chausser ses boots, glisser son paquet de cigarettes dans la petite poche du pantalon. En une minute chrono, mon bobrun est prêt à partir. Décidemment, dans sa tenue de cavalier, il est terriblement sexy. Et pour rajouter un côté insoutenable à sa sexytude incandescente, voilà qu’à la faveur d’un étirement matinal, le bas de son t-shirt gris se lève un peu, une fine ligne rouge de l’élastique de son boxer apparaît au-dessus du bord du pantalon, ainsi que quelques poils en dessous de son nombril. C’est craquant.

    « Alors, tu t’habilles pas ? » il me lance.

    « Si… si… » je lui réponds, en m’activant enfin.

    « Je t’attends dehors » fait le bogoss en sortant dans le jardin pour se griller une clope.

    Je finis de m’habiller en vitesse. Je rejoins mon bobrun et je lui propose de prendre ma voiture, ce qu’il accepte de bon gré. Ça me fait plaisir qu’il monte dans ma voiture. J’ai envie que le siège, les tissus, les plastiques s’imprègnent de son déo et de sa présence.

    Avant d’aller chez Charlène, nous faisons un petit détour par la superette de Martine pour acheter notre casse-croûte de midi.

    « Alors, les garçons, ça va bien depuis hier soir ? ».

    « Ça va, ça va » fait Jérém.

    « Oui, très bien » je lui réponds « la fondue était très bonne, je crois que je n’en ai jamais mangé d’aussi bonne »

    « Merci, c’est gentil, mais je suis savoyarde, la fondue c’est dans mes gènes… et dans mes hanches » elle rigole.

    « Allez, on est attendus, on va prendre deux bricoles et on y va » fait Jérém en baillant.

    « Mais vous avez de petits yeux, les garçons, la nuit a été courte on dirait… ».

    Son regard est perçant, plein de malice. Quelque chose dans ce regard me fait dire qu’elle aussi a compris pour Jérém et moi. de plus, sa façon de nous appeler « les garçons » sonne étrangement allusive à mes oreilles.

    « Non, ça va » fait Jérém en partant dans les petits rayons.

    Je le rejoins et j’en profite pour prendre un appareil photo jetable. J’ai envie de faire des photos, d’immortaliser ce moment, ces montagnes, ce bonheur. Et par-dessus tout, j’ai envie d’avoir quelques photos de mon Jérém. Je n’en ai toujours pas, à part les trois que m’a données Thibault. Je sens que j’en aurai besoin quand il sera à Paris. En parlant de Thibault, il faut absolument que j’aille le voir dès que je serai de retour sur Toulouse.

     « Vous faites quoi aujourd’hui ? » nous questionne Martine pendant qu’elle fait l’addition de nos courses.

    « On repart en balade » fait Jérém.

    « Alors, bonne balade ! ».

    « D’abord on va aider Charlène à soigner les chevaux, après on prend le petit déjeuner et on part avec elle ».

    « Ah, c’est pas une balade en amoureux du coup ».

    « Mais ta gueule ».

    « Il est ronchon, ton pote, ce matin, non ? » elle fait, en s’adressant à moi « il s’entraîne pour quand il sera à Paris… ».

    Sa réflexion me fait rire. Mais pas Jérém.

    « Tenez, je vais vous donner quelques chouquettes pour le petit déj. Vous m’en direz des nouvelles ».

     

    « Elle est marrante cette Martine. Et très gentille » je lance dès que nous sommes en voiture.

    « Elle est chiante, surtout ».

    « Pourquoi tu dis ça ? ».

    « Elle est toujours en train de fouiner… ».

    Je tends une chouquette à mon bobrun qui la dévore d’une seule bouchée, l’air contrarié. J’en goûte une à mon tour. C’est vraiment super bon ça.

    « Tu crois qu’elle a compris pour nous ? ».

    « Je n’en sais rien, mais je la connais, si elle a un doute, elle va faire des pieds et des mains pour savoir… et elle va cuisiner Charlène jusqu’à ce qu’elle parle… ».

    « Je pense que Martine est une nana aussi cool que Charlène ».

    « Peut-être, mais je ne tiens pas que tout le monde soit au courant. Ce qui se passe entre nous ne les regarde pas ».

    « Mais regarde comment ils ont accepté Loïc et Sylvain ».

    « Je m’en fous, je ne suis pas comme eux ».

    « C’est à dire ? ».

    « C'est-à-dire qu’eux ils aiment s’afficher, pas moi ».

    Ce que Jérém vient de dire, je le partage dans un certain sens : c’est vrai, au fond, ce qu’il y a entre nous ne regarde personne à part nous. Je ne suis pas forcément prêt à m’afficher non plus devant tout le monde. Mais d’un autre côté, ça me fait chier de devoir me cacher des personnes qui, j’en suis certain, pourraient comprendre et nous soutenir.

    « Passe une autre chouquette » fait mon bobrun en mode gourmand.

     

    « Coucou les bogoss » nous accueille Charlène, l’air de fort bonne humeur.

    Après les bises, nous l’aidons comme prévu à soigner les chevaux au pré et dans les box. Très vite, Jérém a chaud, et il se débarrasse de son pull à capuche. Je le regarde en train de bosser, de prendre de grandes fourchées de foin, de paille ou de fumier. Je l’observe sous l’effort, les pecs enveloppés dans ce t-shirt gris bien ajusté, les biceps en action, à un rien de craquer les manchettes. J’assiste à la formation d’une double trace de transpiration entre les pecs et entre les omoplates. Et c’est beau à en donner le tournis.

    « Ah, putain, j’avais oublié à quel point c’est bon d’avoir un mec à la maison » commente Charlène en contemplant le travail accompli « avec un mec, ça va trois fois plus vite. En plus, ce matin je suis gâtée, j’en ai deux pour le prix d’un ».

    « N’y prends pas trop goût » fait mon bobrun.

    « Ca m’est de plus en plus pénible de m’occuper des chevaux, avec mon genou en vrac ».

    « Tu devrais embaucher quelqu’un ».

    « J’attends patiemment ma retraite dans deux ans… ».

    « Et tu comptes faire quoi, après, du centre ? ».

    « Si ma fille veut le reprendre, je l’aiderai à s’installer. Mais je doute qu’elle en ait envie. Sinon, je vais essayer de le donner en gérance. Et si je ne trouve personne, je vais tout arrêter… ».

    « Et moi je vais faire quoi de mes canassons ? » fait Jérém, l’air inquiet.

    « T’inquiète, il y aura toujours un pré pour tes chevaux ».

    « Merci… ».

    Cette réponse aurait dû rassurer mon bobrun. Et pourtant, il semble toujours soucieux.

    « Allez, on va prendre le petit déj, vous l’avez bien mérité ».

    Pendant que Jérém s’allume une clope et se fait réprimander une nouvelle fois par Charlène, je vais chercher les chouquettes dans la voiture. En revenant, j’ai du mal à lui arracher un bisou, car il semble avant tout se soucier de ne pas être vu par Charlène. Le fond de l’air est frais, je rentre en premier, sans attendre qu’il termine sa clope.

    « Ah, Nico, vas-y, assieds-toi » m’accueille Charlène.

    Dans la grande cuisine, deux chiens sont en train de dévorer chacun leur gamelle de croquettes. Sur une vieille gazinière à bois qui a l’air de ne pas avoir servi depuis des lustres, un chat isabelle et obèse mange calmement son repas du matin.

    Sur une moitié de la grande table, les tas de papiers et de toute sorte d’objets semblent avoir encore avoir doublé de volume par rapport à la dernière fois. Aux fenêtres, les toiles d’araignées semblent en passe de se transformer en rideaux. Le sol est toujours autant couvert de poils de chien et de poussière.

    Et pourtant, cette cuisine a quelque chose de profondément accueillant. L’odeur du café et du pain grillé sature l’air de la pièce. Un petit insert dégage une chaleur douce. Sur la deuxième moitié de la table, trois bols, trois couverts et trois verres nous attendent. Il y a du jus de fruit dans une carafe, de la confiture maison dans un pot, du beurre sur une petite assiette, du pain grillé dans une corbeille. Elle ne s’est pas foutue de nous, pour nous remercier de notre aide, Charlène nous a préparé un vrai bon petit déj. Qui donne envie. D’autant plus qu’il commence à faire faim. L’exercice matinal ouvre l’appétit. La présence bienveillante de la maîtresse de maison réchauffe le cœur.

    « Ça va, Nico ? ».

    « Oui, très bien, j’ai faim… ».

    « Vas-y, prends ce qui te fait envie ».

    « Merci… ».

    « Alors, ça a été après la soirée, il s’est calmé ? » fait elle en s’installant à table à son tour et en commençant à beurrer une tranche de pain.

    Je suis surpris mais enchanté de cette question ouvrant une complicité inattendue.

    « Oui, après que tu lui as parlé, tout s’est arrangé ».

    « Vous en avez reparlé ? ».

    « Oui… ».

    « Et alors ? ».

    « Je crois qu’il est content que tu sois au coura… ».

    « Chut, il arrive » me coupe Charlène.

    Ce n’est pas de la cachotterie. Mais il ne faut surtout ne pas donner l’impression à Jérém de parler dans son dos, ça le braquerait à coup sûr.

    « Il fait quand même frais dehors » fait Jérém.

    « Aaahhh, tu pues la clope » fait Charlène.

    « Je pue le fumier aussi ».

    « Mais l’odeur de la clope c’est pire. Vraiment, tu devrais arrêter de fumer ».

    « Et toi tu devrais arrêter le beurre » répond le petit con du tac au tac, alors que Charlène s’apprête à avaler une pauvre tranche de pain chargée d’une couche de beurre proche du centimètre.

    « C’est pas faux » fait-elle en éclatant dans ce rire sonore qui est un peu sa « marque de fabrique ».

    « Bien sûr que c’est vrai ! Je pense à ton cheval, c’est lui qui va porter sur le dos toutes ces plaquettes de beurre. Surtout, tu ne montes jamais mes chevaux ».

    « Mais t’es vraiment qu’un petit con ! ».

    « Vielle peau ».

    « Moi aussi je t’aime ».

    « C’est ça… ».

    « Toi aussi tu m’aimes… ».

    « Je vais y réfléchir… ».

    « Je t’en foutrais ! ».

    « Il est aussi insolent avec toi ? » elle me demande sans transition. Nouvelle petite forme de complicité qui m’enchante.

    « Il est pire… ».

    « T’as du mérite, alors… » fait-elle en nous servant du café.

    Jérém et Charlène n’arrêtent pas de se taquiner, et le petit déj se passe dans une bonne humeur géniale. Nous déjeunons longuement, en prenant notre temps. C’est une merveilleuse façon de bien commencer la journée. Si on n’avait pas une balade à faire, je voudrais que ce moment se prolonge à l’infini.

    « Quelqu’un en veut ? » demande Charlène en saisissant une grande théière en fonte posée au coin de la table.

    « Garde ta bouillasse » fait Jérém.

    « Petit merdeux ! ».

    « Moi je veux bien goûter ».

    « C’est du thé que j’ai ramené cet été de Mongolie ».

    Elle me tend une tasse et la remplit de la boisson dorée. J’allonge la main pour prendre un sucre.

    « Malheur ! On ne sucre pas un thé pareil ! C’est pas du Lipton ! Tu vas couvrir tous les arômes ! ».

    « Ah… ».

    « Goûte d’abord, après tu aviseras ».

    Je porte la tasse à mes lèvres, je goûte. Elle a raison, ce thé a un caractère, un vrai, il a un arôme, et même plusieurs arômes, ils pétillent sur la langue, dans le palais, remontent dans les narines et provoquent un feu d’artifice sensoriel dans la tête. C’est une expérience gustative qui n’a rien à voir avec celle des sachets.

    « Alors, comment tu trouves ? »

    « C’est vraiment super bon ».

    A mi-tasse, je reprends une chouquette. Les deux saveurs s’épousent à merveille.

    « Tu as été en vacances en Mongolie ? » je lui demande.

    « J’y ai passé un mois, en balade, à cheval. C’est la troisième fois que j’y vais. J’y retourne tous les 2-3 ans. J’adore cette région ».

    « Mais tu pars comment, toute seule, à l’aventure ? ».

    Charlène nous raconte sa dernière randonnée en Mongolie, avec trois de ses clients, épaulée par une famille nomade. Elle nous parle des petits chevaux de là-bas, « pas plus grands que des pottocks du Pays Basque ». Elle nous parle du mode de vie des tribus nomades, dont la seule richesse est le bétail, vaches, chèvres, chameaux, moutons, chevaux, yacks, un bétail autour duquel toute la vie de la famille est organisée. Elle nous parle de ces mecs qui s’occupent de l’alimentation du bétail (la recherche de fourrages dicte la dynamique du nomadisme) et de sa surveillance (notamment contre le loup). Elle nous parle de ces femmes qui s’occupent de tout le reste, des gosses, de la bouffe, de la traite, de travailler le lait.

    Elle nous parle de ces hommes et de ces femmes qui avec peu d’outils savent tout faire, car ils ont gardé un bon sens paysan qui leur permet de vivre, certes durement, mais en harmonie avec la nature et avec les ressources qu’elle peut offrir, sans la violenter.

    Elle nous parle d’un village perdu dans la montagne, auquel on ne peut accéder que par des sentiers non carrossables. Elle nous parle d’une minuscule superette dans laquelle elle a trouvé l’« essentiel », à savoir du Coca et du Nutella. Elle nous parle d’un soir où elle a voulu faire pipi derrière un buisson et où elle s’est trouvée presque nez-à-nez avec un loup.

    Elle nous parle des immenses plaines et de la solitude, des petites yourtes et de leur promiscuité, du mode de vie nomade qui ramène à l’essentiel et ignore tout ce qui est superflu.

    Elle nous parle de gens simples, souriants, heureux. Elle nous parle de leur gentillesse, de leur hospitalité, de leur profond respect des traditions. Elle nous parle de gens ancrés à leurs racines qui poussent pourtant les enfants à faire des études à la ville « pour ne pas trimer comme leurs ainés ». Elle nous parle d’un mode de vie, d’un monde en cours de disparition.

    « Leur simplicité, leur authenticité, leur force et leur vulnérabilité me touchent et me fascinent. Voilà pourquoi j’aime retourner dans ce pays, dans ces plaines, auprès de ces gens ».

    Je suis enchanté par son récit, et j’ai envie de lui poser plein de questions. Mon bobrun semble lui aussi ravi d’entendre parler d’un mode de vie si différent de celui de nos pays, de nos villes.

    Hélas, le temps nous presse, et c’est Charlène même qui nous le rappelle :

    « Allez, il faut quand même y aller, j’ai prévu une boucle pas trop dure mais assez longue… ».

    Nous terminons nos boissons chaudes et nous allons chercher les chevaux. Unico et Téquila sont alignés devant l’entrée du paddock. Ils trépignent, comme s’ils savaient qu’ils vont partir en balade.

    Jérém rentre en premier, passe le licol à Unico. En cinq secondes net, le cheval est en longe. De mon côté, c’est un brin plus laborieux. Ce matin, Tequila semble d’humeur taquin, elle n’arrête pas de mouliner avec sa tête. Lorsque j’arrive enfin à passer le licol, je l’attache de travers. J’essaie de le défaire, mais elle n’arrête de bouger, je n’arrive à rien. Heureusement, Jérém vient à mon secours. Il tire un bon coup sur le licol, la jument affiche un air surpris, et elle arrête net son cirque. Le bobrun n’a plus qu’à reprendre les lanières, boucler au bon endroit, et me tendre le licol. Dans la vie, on est pro ou on ne l’est pas. Je le regarde, il me regarde. Mon regard est plein d’admiration, le sien plein de douceur et d’indulgence. Je lui dis « Merci », il me fait un bisou. Et il part devant, avec son Unico en longe, un beau sourire au fond de son regard.

    Au centre équestre, je brosse ma jument jusqu’à la faire briller de mille feux. Je mets le tapis pile au garrot, j’installe la selle, je sangle. Enfin, j’essaie, car le bidon de Tequila est énorme ce matin. Je suis obligé de forcer comme un âne pour arriver à avoir le premier trou. La selle c’est bon. Pour le mors et les rênes, là ça se complique sérieusement. Je ne sais jamais par quel bout attraper ce machin !

    Une fois de plus, l’aide de Jérém est providentielle.

    « Au fait, les garçons, je ne vais pas pouvoir partir tout de suite » fait Charlène en nous rejoignant.

    « Comment ça ? ».

    « J’avais complètement zappé qu’il y a un jeune qui doit passer ce matin pour voir Unico… ».

    « C’est qui ce type ? ».

    « C’est le fils d’une amie à moi qui se propose de monter ton entier cette année. Comme toi tu ne vas pas trop avoir le temps de le monter, j’imagine, ce serait dommage qu’il reste au pré sans rien faire ».

    « C’est sûr ».

    Les mots de Charlène me rappellent instantanément l’imminence du départ de mon bobrun pour Paris. Et la tristesse qui va avec.

    « Il doit passer quand ? ».

    « Il m’a dit 9h30. Il est 9h45, je pense qu’il ne va pas tarder. Tant pis, je vais l’attendre. Jérémie, t’as qu’à monter Little Black, et vous n’avez qu’à y aller, je vous rejoindrai en chemin avec Unico ».

    « Je préfère l’attendre, moi. Je veux être là pour voir s’il peut faire l’affaire. Apparemment celui qui le montait cette année était nul… ».

    « Ça c’est clair ».

    « Allez, filez, je m’occupe du casting pour mon cheval ».

    « T’es sûr ? ».

    « Certain ! ».

    « Ça te dit, Nico, si on part tous les deux ? » me demande Charlène.

    « Oui oui… ».

    « Allez, en selle, alors ! ».

    Je ressangle ma jument. Maintenant qu’elle s’est détendue, j’arrive à gagner deux trous de sangle. J’attrape les rênes et le pommeau de selle, je mets le pied à l’étrier. Je sais que mon Jérém me regarde faire, je sens ses yeux bruns sur moi. Je ne veux pas le décevoir. J’ai envie qu’il soit fier de moi. Je suis les consignes à la lettre, je m’élance avec puissance et j’atterris sur la selle comme une plume. Tequila ne bouge pas une oreille, et surtout pas un sabot, ce qui m’aide bien.

    « Joli » fait Charlène à mon intention.

    Je capte le regard de mon bobrun. Le bogoss me sourit, il hoche la tête en signe d’approbation et de fierté. Je me sens tellement bien dans son regard. Je suis heureux.

    « Il a vraiment une bonne posture » elle insiste.

    « Je lui ai tout appris… » fait Jérém en souriant, le ton taquin et le regard bienveillant.

    « Tu me fais confiance ? » me demande cette dernière.

    « J’ai pas le choix… » je la cherche.

    « Petit con toi aussi ! ».

    « Tu le corriges s’il monte mal ma jument » fait Jérém.

    « Tu lui as peut-être tout appris, mais moi je vais le prendre en main et le faire progresser encore ».

    « Vous faites attention, surtout… ».

    « Oui, t’inquiète, je vais prendre grand soin de ton chéri ! » ose Charlène.

    Jérém réagit en pouffant comme si cette dernière avait dit une énormité. Mais il n’a pas l’air vexé. C’est déjà ça.

     

    Après avoir longé les clôtures du centre équestre, nous empruntons un sentier qui grimpe, grimpe, grimpe. Chaque foulée faite nous emplit les yeux d’un paysage de plus en plus majestueux. Chaque mètre parcouru nous apporte des odeurs de terre, de végétation, d’animal, nous emplit les oreilles des bruits du cuir de nos harnachements, de la respiration de nos montures, de leurs sabots ferrés qui foulent le sol, qui résonnent contre les pierres. Le vent s’infiltre dans les frondes des arbres, souffle dans nos oreilles. La balade commence, le temps s’étire, nous changeons de dimension spatio-temporelle.

    L’émotion que tout cela me procure est tellement intense que plus rien ne me semble exister au-delà du sublime paysage qui se déroule sous mes yeux.

    Là, au milieu de nulle part, les soucis et les peurs s’évaporent comme le brouillard du matin sous un soleil bien chaud. Tant de beauté donne l’impression que le bonheur est à portée de main et que les obstacles qui s’interposent sont sans importance. A cet instant précis, même le départ de Jérém à Paris ne me fait plus peur. Je suis dans un état d’enchantement total.

    Nous marchons toujours au pas et à un moment je me sens assez en confiance sur Tequila pour penser à sortir mon appareil photo et essayer de capturer ce beau paysage.

    « Tu vas faire des photos à oreilles ? » me lance Charlène.

    « Des quoi ? ».

    « Quand on prend des photos à cheval, on obtient souvent des clichés avec les oreilles de sa monture en bas de l’image. C’est presque une signature. Du cavalier et de son cheval. Et on appelle ça des « photos à oreilles »… ».

    Je trouve ça marrant, des « photos à oreilles ». Je vise, j’appuie sur le déclencheur. Clic, clic, clic. Une fois, deux fois, trois fois. Il faut que j’y aille mollo, je dois garder quelques poses pour prendre en photo mon Jérém. 24 négatifs, ça va vite. C’était avant le numérique, c’était une autre époque. Et pourtant, cette quantité limitée de photos, l’impossibilité de voir le résultat sur l’instant et d’effacer les ratés, ce petit rouleau qu’on devait amener à développer dans un magasin, l’attente avant d’aller chercher les photos papier, la joie de découvrir celles qu’on avait réussies, la déception de découvrir celles qu’on avait ratées, tout cela avait son charme.

    Nous reprenons notre chemin. Charlène n’a pas menti, elle semble bien intentionnée à me faire progresser. D’abord, elle veut à tout prix que je trouve mon équilibre sur la selle sans me tenir au pommeau, pommeau qui est pourtant mon grand allié ainsi qu'un grand ami, car il m’inspire confiance et il est toujours là quand j’en ai besoin. « Tu t’appuies trop dessus, ça te fait prendre de mauvais reflexes ». Ensuite, elle me propose des séances de trot enlevé, séances au cours desquelles elle m'invite à relâcher les rênes pour « laisser respirer Tequila « au moins une fois chaque quart d'heure » (là encore, ce sont ses mots).

    J’ai toujours pensé que dans l'équitation c'est l’animal qui se tape tout le taf. Depuis que je monte à cheval, je constate que ce n’est pas du tout le cas. Putain, qu’est-ce que c'est physique ce trot enlevé !

    Entre deux exercices, nous marchons au pas. Charlène en profite pour me donner plein de conseils sur ma position en selle et sur l’écoute de l’animal. Elle a une grande connaissance et une immense expérience des équidés. En plus elle est très bonne pédagogue. C’est une passionnée, et par conséquent, sa pédagogie est passionnante.

    Puis, à un moment, alors que nous marchons au pas sur un sentir relativement plat, elle lance le sujet que je rêve d’aborder depuis que le hasard a décidé que nous allions nous balader seul à seul pendant un petit moment.

    « Alors, raconte, ça fait depuis combien de temps que vous êtes ensemble ? ».

    « On n’est pas vraiment ensemble. En tout cas, on ne l’était pas avant ce week-end ».

    « Ah bon ? Comment ça ? ».

    « C'est-à-dire qu’on… couchait ensemble mais que Jérém ne voulait surtout pas que ça se sache… ».

    « Ah, oui, ça j’ai bien vu ! Et alors, ça marchait comment votre relation ? »

    « Il couchait avec moi mais il couchait aussi avec des nanas… ».

    « Et tu supportais ça ? ».

    « Je n’avais pas le choix, c’était ça ou rien ».

    « C’est parce qu’il n’assumait pas, parce qu’il se cherchait… ».

    « C’est ça, jusqu’au jour où j’en ai eu assez ».

    « Je te comprends. Et qu’est-ce qui s’est passé ? ».

    « Un jour on s’est disputés, c’était peu de temps avant cet accident… ».

    « Je pense que cet accident ça lui a remis les idées en place et ça lui a fait ouvrir les yeux sur ce qui était vraiment important pour lui ».

    « J’aurais quand même préféré qu’il n’y ait pas besoin de cet accident pour que les choses évoluent entre nous ».

    « Certes. Mais parfois il faut un électrochoc pour faire avancer les choses ».

    « Tu as peut-être raison… ».

    « Au fait, comment vous avez su l’un pour l’autre ? » elle enchaîne « je veux dire, je me suis toujours demandé comment vous, les homos, vous arriviez à vous reconnaître ».

    « Lui il savait que je le kiffais… ».

    « Et comment ? ».

    « Parce que je n’arrêtais pas de le regarder, depuis le premier jour du lycée. Mais moi je ne savais pas si je lui plaisais… ».

    « Et alors ? ».

    « Un jour on a révisé ensemble et il a voulu que ça aille plus loin ».

    « C’est lui qui a voulu ? ».

    « Je le voulais aussi, mais je n’aurais jamais osé ».

    « Tu l’aimes ? ».

    « Comme un fou… ».

    « Et lui ? ».

    « Ça a été difficile jusqu’à il y a pas longtemps, mais là, je crois que oui. Même s’il ne me l’a jamais dit, je crois que oui. Depuis que je suis ici, je me sens vraiment heureux avec lui ».

    « Tu sais, Jérémie c’est un peu comme un enfant pour moi. Je l’ai vu grandir, je le connais un peu. J’arrive à lire derrière les apparences. Jérémie ne sait pas mentir, et surtout il ne sait pas me mentir. Il a beau faire l’indifférent, comme tout à l’heure quand je t’ai appelé son « chéri », moi je suis persuadée qu’il t’aime vraiment ».

    « Je pense, enfin, j’espère… ».

    « Nan, mais t’as vu ce regard qu’il avait quand tu es monté à cheval ? C’était un regard plein d’admiration et de tendresse. Tu sais, je paierais cher pour qu’un mec me regarde de cette façon. Hélas, à mon âge c’est foutu ! ».

    Je souris. Elle enchaîne :

    « Quand il m’a parlé de toi pour la première fois, comme d’un « pote qui allait venir quelques jours » j’ai senti qu’il avait vraiment envie de te voir. Il était fébrile à l’idée de te voir. Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai senti que tu étais plus qu’un pote. Tu sais, il n’a jamais amené personne ici, aucune copine. Juste deux ou trois fois son pote Thibault. Et, maintenant, toi… ».

    « Je voudrais que ce week-end ne se termine jamais ».

    « C’est Paris qui t’inquiète ? ».

    « Oui, la distance, et tout ce qu’il va trouver là-bas… ».

    « Tu verras, vous allez y arriver, j’en suis persuadée. Il faudra juste être patient. Et persévérant. La persévérance, c’est ce qui rend l’impossible possible, le possible probable et le probable réalisé ».

    « Laisse-lui le temps de s’accepter. Donne-lui autant d’amour que tu peux. Fais-le se sentir bien. Je pense qu’il est très difficile d’assumer sa sexualité quand on l’associe à la peur du regard des autres et à la honte. En dehors du plaisir sexuel immédiat, elle ne procure aucun bonheur. Mais dès qu’on associe sa sexualité à la joie et à l’amour, c’est facile d’accepter qui l’on est. C’est une chance qu’il soit tombé sur un gars comme toi. Tu l’aimes, et il le sait, et il t’aime lui aussi. Je crois que je ne l’ai jamais vu aussi heureux depuis le divorce de ses parents. Il t’aime parce qu’il est heureux avec toi. Et c’est ça qui va faire bouger les lignes dans sa tête ».

    « J’espère juste que le jour où il s’acceptera, il aura toujours envie d’être avec moi, qu’il n’aura pas trouvé un autre gars qui lui plaît davantage et qui sera plus près que moi… ».

    « Tu es quelqu’un de spécial pour lui… ».

    « J’espère que tu dis vrai… ».

    « Parce que c'est Nico, parce que c'est Jérémie… ».

    « De quoi ? ».

    « Tu ne connais pas cette citation de Montaigne ? On ne vous apprend donc rien au lycée ? ».

    « Non, je ne connais pas, désolé… ».

    « Dans ses Essais, Montaigne a écrit un long chapitre sur l’amitié, à l’intention de La Boétie, son ami disparu prématurément, et qui était probablement plus qu’un ami. Une phrase de ce chapitre est restée célèbre, car elle résume en quelques mots simples la particularité, l’intensité de cette amitié qui le liait à la Boétie : « Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : Parce que c’était lui, parce que c’était moi ». Ça veut dire qu’il y a des amitiés, des relations, des coups de foudre, qui sont comme autant d’évidences, qui sont si fortes que rien ni personne ne peut les empêcher. Elles doivent arriver et elles arrivent ».

    Les mots de Charlène me font chaud au cœur.

    « Qu’est-ce que c’est beau de tomber amoureux à votre âge ! » elle me lance, sur un ton enjoué « accroche-toi, Nico, car on ne tombe vraiment amoureux qu’une seule fois dans la vie… ».

    Charlène a tout juste le temps de terminer sa phrase, lorsque nous entendons au loin le claquement des sabots d’un cheval approchant au grand galop. Je ne le vois pas encore, mais je suis sûr qu’il s’agit de mon beau Jérém. Je me retourne, impatient de le voir apparaître. Le bruit de tonnerre des sabots augmente d’intensité seconde après seconde. C’est une cadence très rapide, c’est un bruit très sonore, presque une musique, un « allegro con moto » dans lequel j’ai envie de lire son impatience de me retrouver.

    Un instant plus tard, le bobrun apparaît sur son étalon, au grand galop. Qu’est-ce qu’il est beau mon Jérém sur son Unico ! Dès qu’il nous voit, il ralentit et il approche au pas.

    « Eh, ben, on dirait que tu étais impatient de nous rejoindre » fait Charlène.

    « Ça a été vite plié avec Gildas ».

    « Alors, comment tu l’as trouvé ? ».

    « Je lui ai mis les points sur les « I »… ».

    « Tu lui as pas fait peur ? ».

    « Non, je blague, il a l’air bien ce gars. Je lui ai fait faire un tour sur Unico dans la carrière. Ça va le faire ».

    « Allez, trêve de bêtises, on continue, la boucle est encore longue » fait Charlène.

    Nous marchons au pas avec pour décor un paysage magnifique. Et pourtant, il est un détail dans le paysage qui capte toute mon attention. Jérém marche désormais vingt mètres devant nous, et je ne peux détacher mes yeux de ce petit t-shirt gris qui moule ses épaules, ses biceps et souligne avec une précision redoutable le V de son torse.

    « Mais regarde un peu ce dos massif ! Quand je pense qu’il était tout fin quand il était plus jeune ».

    « Il est vraiment bien foutu » je confirme.

    « J’adore le dos des mecs, je trouve qu’il exprime toute la puissance d’un… ».

    « Mâle… » je complète sans réfléchir.

    « C’est exactement ça… ».

    « Moi aussi j’adore son dos ».

    Oui, j’adore son dos. Et j’adore également sa position sur le cheval que je trouve très suggestive, notamment au pas. Le buste bien droit, maintenu un peu vers l’arrière, les épaules ouvertes, tous pecs dehors, le bassin qui oscille avec nonchalance au gré des pas de l’animal, mouvement qui n’est pas sans me rappeler ses coups de reins pendant la recherche du plaisir masculin. D’une certaine façon, sa position et son attitude à cheval me rappellent ses positions et ses attitudes pendant l'amour. Dans les deux cas, il s’agit d’une forme de domination virile. Dans les deux cas, il s’agit d’une forme de sensualité. Une sensualité, celle dégagée par mon Jérém en selle sur son étalon, au parfum de terre, de nature, de transpiration, qui a quelque chose de profondément sauvage, d’authentique et d’indompté.

    « On va arriver dans une descente plutôt raide » m’annonce Jérém « et Tequila n'aime pas ça ».

    « Ah… » je stresse.

    « Tu te penches en arrière le plus possible et tu lui mets des petits coups de talon pour qu’elle avance. Il ne faut pas la laisser s’arrêter. Car si elle se plante, tu vas te faire chier pour la faire repartir ».

    Je ne savais pas que mon adorable Tequila pouvait être caractérielle. On ne finit jamais d’en apprendre à cheval et au sujet de son cheval.

    En effet, la descente est assez couillue, et elle m’occasionne un certain nombre de frissons. Je suis les consignes de mon bobrun à la lettre, je suis pratiquement couché sur ma jument, et je mets de petits coups de talon sur son ventre pour la faire avancer. Tout semble bien se passer lorsqu’elle s’arrête net au beau milieu de la pente, alors que Jérém et Charlène sont pratiquement arrivés en bas. Je me relève, je tape plus fort avec les talons. Rien ne se passe. Et là, je vois le bogoss descendre de son Unico, confier les rênes à Charlène, et remonter lentement la pente sous le soleil battant, jusqu’à moi.

    « Je suis désolé ».

    « C’est pas ta faute, elle est chiante. Passe-moi les rênes ».

    « Je descends ? ».

    « Tu peux rester en selle, tu risques rien ».

    J’ai déjà entendu cette phrase, et je me souviens qu’elle s’est révélée pas complément fondée. Pourtant, je décide de lui faire confiance. J’adore me sentir pris en main par mon Jérém.

    « Ca va ourson ? » il me demande.

    Ourson. Ça me plaît de plus en plus. Ça me donne des frissons. Je me sens tellement bien dans ce simple mot qui me rappelle à chaque fois toute la douceur et l’affection qu’il me porte.

    Le bobrun fait avancer Tequila en serpentant dans la pente jusqu’à rejoindre Charlène qui nous accueille avec un sourire plein de tendresse.

    Vers midi, nous nous arrêtons à l’ombre pour la pause déjeuner, déjeuner tiré de nos sacoches (j'adore toujours autant cette expression). A notre grande surprise, Charlène fait apparaître des magrets de son paquetage magique.

    Jérém se dépêche de faire un feu de camp. Nous nous installons autour et nous les faisons griller directement au-dessus du feu, perchés sur des petites branches.

    Pendant que les magrets cuisent, nous mangeons des entrées froides, nous racontons des bêtises, nous rigolons beaucoup. Je prends Jérém et Charlène en photo. Je prends Jérém en photo.

    Quelques minutes plus tard, nous retirons les magrets du feu. Mon bobrun se charge de les couper sur une pierre lisse. Il en fait des lanières, il en tend à Charlène, il m’en offre à moi.

    J’ai très faim, et la première bouchée est toujours la meilleure. Verdict : je crois que je n’ai jamais mangé un magret aussi bon de ma vie ! Ce goût de grillé, de fumé, cette texture légèrement croustillante en dehors, tendre dedans, c’est divin. Charlène a eu une bien bonne idée. Nous nous régalons.

    « C’est bon, ourson ? » me demande Jérém.

    « C’est très bon ».

    « Comment tu l’as appelé ? » ne manque pas de relever Charlène.

    « Nico ».

    « Non… ».

    « Si… ».

    « T’as dit ourson ».

    « T’as mal compris » fait Jérém en rigolant.

    « Ourson, c’est troooop mignon ! ».

    Après le repas, Charlène nous annonce son intention de faire une petite sieste.

    Elle s’éloigne un peu et s’allonge à l’abri du vent. Jérém fume sa cigarette le dos appuyé à un arbre. Ce t-shirt gris enveloppant son torse est sexy à mourir. Autour de nous, les chevaux évoluent en totale liberté. C’est apaisant de les regarder en train de brouter.

    « Alors, Charlène a essayé de te cuisiner ? ».

    « Elle m’a posé quelques questions… ».

    « Comme quoi ? ».

    « Comme depuis combien de temps on était ensemble, comment ça avait commencé… ».

    « Et tu lui as dit quoi ? ».

    « Je suis resté vague ».

    « Elle ne peut pas s’en empêcher ! ».

    « Elle t’aime beaucoup, c’est normal qu’elle veuille savoir ».

    « Viens voir » fait le bobrun, en m’attrapant par le bras.

    « Quoi ? » je feins d’opposer une improbable résistance.

    « Viens voir… » fait-il en m’attirant fermement contre son torse et en m’embrassant.

    Une seconde plus tard, je me retrouve dans ses bras, mon bassin entre ses cuisses, le dos enveloppé par son torse et ses bras. Jérém me fait des bisous dans le cou, s’attarde dans cette région hypersensible à la lisière des cheveux et de la nuque. Je vibre. Sa langue léchouille mon oreille, elle me procure des frissons inouïs. Sa barbe m’excite à fond. Je me retourne, nos lèvres se rencontrent, nous nous embrassons longuement.

    Je bande, j’ai envie de lui. Tellement envie que, pendant un instant, je suis traversé par l’idée de lui proposer de chercher un coin tranquille pour pouvoir lui faire une gâterie dans la nature. Mais je me ravise très vite. Car ce moment est purement magique, et rien ne pourrait me rendre plus heureux. Moi dans les bras du mec que j’aime, devant ce paysage magnifique. C’est le bonheur absolu, c’est un rêve qui devient réalité.

    « On est bien, là » je lâche.

    « C’est clair ».

    « Je n’aurais jamais imaginé que cette première révision chez toi nous conduirait ici, aujourd’hui, dans les bras l’un de l’autre » je considère.

    « Moi non plus… ».

    « Je n’aurais jamais imaginé que je serais aussi heureux un jour ».

    « Moi aussi je suis très heureux ».

    Nous restons ainsi, dans les bras l’un de l’autre, pendant un petit moment. Et nous finissons par nous assoupir.

     

    « On se fait des papouilles ? » fait Charlène en revenant de sa sieste et nous arrachant de la nôtre.

    Derrière moi, je sens Jérém remuer, je sens qu’il veut se dégager de cette position au plus vite. Mais Charlène lui pose une main sur épaule pour lui en empêcher.

    « Vous êtes vraiment mignons tous les deux ».

    Nous finissons quand même par nous relever. Je regarde Jérém, il me regarde lui aussi. Il me sourit.

    « Allez, le bisou, le bisou, le bisou ! » fait Charlène.

    « Mais ça va pas ? » fait Jérém.

    « Le bisouuuuuuuuuuu ! ».

    « Non ! ».

    « Je parie que vous n’avez jamais fait ça en public ».

    « Non, et c’est pas au programme non plus ».

    « Allez, je suis certaine que Nico en a envie… hein, t’en as envie, Nico ? ».

    Dans mon for intérieur, j’en ai envie, mais je ne veux pas mettre mon Jérém mal à l’aise. D’autant plus que moi aussi je suis un peu mal à l’aise avec le fait de l’embrasser devant quelqu’un, même si c’est Charlène, car je n’ai jamais fait ça auparavant.

    « Oui, mais je ne veux pas forcer Jérém… s’il n’a pas envie, il n’a pas envie ».

    Jérém a l’air surpris et touché par ma réponse. Et là, je le vois approcher de ma joue et claquer un bisou.

    « Et c’est tout ? ».

    « Il est timide » je m’enhardis.

    « Il est gêné » rigole Charlène

    « Putain ! » j’entends mon bobrun pester.

    Et là, je le vois approcher mon visage du mien, je sens ses lèvres se coller sur les miennes et poser un bisou, certes rapide, mais bien appuyé.

    Une décharge électrique secoue mon ventre et se propage dans tout mon corps. La gêne se dissipe, volatilisée par le bonheur.

    « C’est bon ? » fait le bogoss sur un ton sarcastique.

    « Et voilà, ça c’est un bisou ! Il ne faut pas avoir peur d’aimer ».

    « Tu m’emmerdes ».

    « Je sais, mais maintenant que tu l’as fait une fois, tu auras moins peur de le refaire… ».

    « C’est ça ».

    « Il faut assumer qui l’on est… ».

    « Elle me les brise menu ».

    « Je sais que tu es un mec, un vrai, alors j’attends de toi que tu assumes qui tu es, surtout devant moi, qui ne te veux que du bien. Tôt ou tard, vous serez confrontés à d'autres personnes qui comprendront qui vous êtes l’un pour l’autre. Et quand ça arrivera, tu vas faire quoi ? Tu vas nier, mentir, te cacher, tu vas avoir peur à chaque fois ? ».

    « T’inquiète, je me débrouillerai ».

    « T’es têtu comme un âne ».

    Nous ressellons nos chevaux et avant de remonter sur ma jument je prends mon bobrun en photo sur son étalon.

    « T’as pas fini avec tes photos ? ».

    « Il t’aime, il ne peut pas s’en empêcher » fait Charlène « d’ailleurs, donne ton appareil, je vais vous prendre tous les deux. Allez, Nico, en selle ».

    Soudain, j’ai envie de l’embrasser. Je n’avais même pas osé imaginer avoir une photo avec mon Jérém. Et Charlène a l’idée de le faire. Je l’adore.

    « Jérémie ! » elle l’appelle.

    « Quoi ? ».

    « Viens là, je vais vous prendre en photo, toi et ton ourson ».

    « J’aime pas les photos ».

    « Dépêche-toi ! ».

    « T’es vraiment chiante ! » grogne mon bobrun, tout en approchant Unico de Téquila.

    Lorsqu’il arrive à côté de moi, il me passe un bras autour du cou. Et Charlène appuie sur le bouton.

    « C’est dans la boîte ».

    « Merci encore ».

    « Je pense que tu en avais envie ».

    « Ah oui ! Merci beaucoup ».

    Je suis heureux. Je reprends l’appareil des mains de Charlène avec un soin tout particulier, car il recèle désormais un trésor inestimable, une photo de mon bobrun et moi.

     

    Vers le milieu de l’après-midi Tequila semble pressé. Elle fait des pieds et des mains pour prendre la tête du cortège. Le pas, elle le veut rapide. Le trot, elle le veut sans cesse. Le galop, elle se l'octroie sans rien demander. Tequila est un « véhicule » à boîte automatique, elle passe la troisième vitesse sans se soucier un seul instant de mon avis. Je suis surpris (c'est un euphémisme). J’ai une réaction épidermique, je tire un grand coup sur les rênes. Et là, elle réagit au quart de tour. On dirait un dessin animé : elle stoppe net, c’est presque un arrêt sur image. Les quatre fers en l’air, elle lévite un instant avant de retomber sur le sol.

    Sur un chemin à flanc de montagne, je me fais une frayeur lorsqu’elle semble trop approcher le bord. Je me vois déjà dans le vide ! J’ai une exclamation de panique qui fait beaucoup rire Jérém et Charlène.

    En milieu d’après-midi, il fait très chaud. Et nous n’avons plus d’eau.

    « Et il nous reste au moins deux heures avant d’arriver chez moi » fait Charlène.

    « On aurait dû prendre davantage d’eau » lâche Jérém « mais on n’avait pas prévu qu’il fasse si chaud ».

    « J’ai l’impression qu’Unico boîte » enchaîne Charlène.

    « Merde, c’est pas une impression » fait mon bobrun.

    Et, ce disant, il descend illico de son étalon, il lui attrape le pied et regarde à l’intérieur du sabot.

    « Y a un clou du ferrage qui est en train de se barrer. Je pense que ça doit lui faire mal. Il faudrait le déferrer ».

    « Tiens, j’ai une idée. On va bientôt arriver à la ferme de Florian. On va se faire payer un coup à boire et se faire prêter des outils pour le déferrer… ».

    « Florian, l’ex de Loïc ? » je demande.

    « C’est ça. C’était un cavalier lui aussi, avant la rupture avec Loïc, il y a un an… non, deux ans déjà, le temps file si vite. En plus, ça me fera plaisir de le revoir, ça fait un moment que je ne l’ai pas vu. ».

    Dans mon for intérieur, je suis curieux de rencontrer ce Florian. Dès que j’en ai entendu parler par Charlène et Martine, j’ai eu de l’empathie pour ce gars qui a vécu une séparation difficile. Je ne le connais pas, et pourtant, j’ai envie de voir comment un homo s’assume à l’âge adulte, j’ai envie de voir comment on se reconstruit après une rupture. J’ai aussi envie de savoir à quoi il ressemble. Et quel genre de mec il peut bien être.

     

    Vous venez de lire un nouvel épisode de Jérém&Nico. 20 heures d'écriture ont été nécessaires pour le réaliser.

    En 2019, j'ai voulu reprendre les 40 premiers épisodes de la saison 1 pour en faire un livre, que je vous présente ici, juste en dessous.

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    Jérém&Nico Livre 1. Jérém, qui est-il ce garçon ?

     

    Jérém&Nico - Tous les épisodes

     

    Après une longue gestation, le premier livre de Jérém&Nico est enfin imprimé et prêt à être expédié.

    "Jérém&Nico Livre 1. Jérém, qui est-il ce garçon ?" reprend les 40 premiers épisodes de l'histoire, enrichis de nombreux passages piochés dans les épisodes plus récents, lorsque ces derniers s’intègrent aux premiers de façon intéressante.

    Il en résulte une toute nouvelle structure narrative, allégée et plus cohérente.
    Jetez un œil pour vous en rendre compte !


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