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    « Lâche-moi un peu les baskets, tu veux bien ? ».

    Saligaud !, j’ai envie de lui crier… saligaud !... je la voyais venir celle-là… t’es venu ici pour te taper d’autres gars, c’est ça ? Tu veux voir comment des mecs vont tomber comme des mouches devant ta virilité ? Tu veux me faire payer ma petite rébellion de toute à l’heure, c’est ça ?

    Je sens la terre se dérober sous mes pieds… puisque tout est perdu, alors c’est décidé, je balance mes dernières cartouches… j’y vais… j’avance mon buste et je l’embrasse, je pose mes lèvres sur les siennes… c’est viscéral, je ne peux pas m’en empêcher… non, je ne peux pas m’empêcher de lui montrer dans ce lieu de baise dans lequel il veut que je le laisse seul, de lui montrer que je l’aime, de lui montrer à quel point je l’aime…

    Pris par surprise, il lui faut une petite seconde pour réagir… mais lorsque la réaction vient, elle se fait sentir : ses mains attrapent mes mains, les décrochent de sa nuque, les balancent loin avec un geste énervé et violent, et repartent aussitôt mettre un grand coup sur mes épaules, un coup tellement puissant que je manque de peu de me vautrer par terre…

    Je me rattrape de justesse en posant une main sur le mur, à quelques centimètres de la porte de la salle de projection… inutile de préciser que mon baiser a été interrompu brutalement…

    Je n’ai que le temps de capter son regard noir plein de colère… il fait demi tour, sans un mot et s’enfonce dans la pénombre encore plus sombre de ce deuxième couloir…

     

    « Lâche-moi un peu les baskets, tu veux bien ? ».

    Quoi faire maintenant ? Je n’aurais jamais du lui dire que j’avais couché avec Stéphane… je n’aurais pas du lui parler comme je lui ai parlé dans la voiture, le provoquer autant… je savais qu’en le bousculant de la sorte, j’allais lui donner le prétexte pour me préparer un sale coup… voilà sa vengeance… c’est donc de cette façon qu’il va me faire payer mon effronterie… c’est donc cela que présageait son silence lourd comme un âne mort…

    Putain, Nico… depuis le temps tu devrais savoir que lorsque tu essaies d’atteindre le beau brun, ça se retourne toujours contre toi… et là t’as tout gagné… cette nuit Jérém va se faire sucer sous ton nez… il va même peut être sauter un gars… et le pire c’est qu’il va y prendre goût… et le On Off n’est qu’à quelques minutes à pieds de chez lui… même pas besoin de prendre la voiture pour trouver quelqu’un prêt à le faire jouir à presque n’importe quelle heure…

    J’ai envie de partir, de me tirer de là, de cet endroit qui m’étouffe, de me casser avant de voir mon beau brun faire profiter quelqu’un d’autre de son magnifique engin, chose qui ne saurait pas tarder…

    Et puis, non… je resterai, tiens… putain… non, je ne peux pas partir… je ne coucherai pas avec lui cette nuit, et probablement plus jamais, alors je m’en fiche… je décide de le suivre discrètement… c’est con, je sais, car je m’enfonce… je me prépare certainement à assister à des choses qui vont me faire encore plus mal que je ne l’ai déjà… mais je ne peux me décider à faire demi tour…

    J’avance à mon tour dans le deuxième couloir et je retrouve mon con de beau brun en train de fumer dans un coin de passage où ça défile pas mal…

    Je m’arrête à bonne distance, dissimulé derrière un poteau, dans la pénombre bien épaisse… il ne risque pas de me repérer, mais moi je peux bien l’observer.

    De nombreux mecs défilent devant mon beau brun sans s’arrêter, peut-être en partie à cause du fait qu’il a l’air de ne s’intéresser qu’à sa clope… peut être qu’ils n’osent tout simplement pas… comment oser aborder un canon pareil, qui en plus se la joue à fond « mec dans sa bulle » ?

    Oui, de nombreux mecs passent devant lui sans s’arrêter… tous le regardent, bien évidemment… certains discrètement, osant à peine poser leur regard sur sa plastique de rêve… d’autres le toisent de façon plus appuyée… d’autres encore le détaillent de fond en comble…

    Cependant, personne ne s’arrête… je finis par me dire que le fait d’être aussi canon peut provoquer l’effet inverse à celui auquel on s’attendrait… ma naïveté était à l’époque une denrée illimitée…

    Oui, les mecs défilent pendant un moment sans oser l’aborder… et puis, à un moment, parmi eux, il y en a un qui ose. Qui ose s’arrêter. Qui ose être très beau mec avec des cheveux châtains bouclés. Qui ose un T-shirt Airness de couleur verte moulant un torse plutôt sympa. Qui ose un physique vraiment pas mal du tout. Qui ose un sourire très charmant. Qui ose s’installer contre le mur à coté de lui. Qui ose sortir une clope. Et qui ose NE PAS AVOIR UN PUTAIN DE BRIQUET POUR L’ALLUMER !!!!!!!

    Il y a de fois où je regrette de pas avoir en permanence un fusil à visée laser sur moi…

    Voilà. Le coup du briquet. Ca doit être beaucoup plus facile d’aborder quand on fume. Allumer un mec en se faisant allumer une cigarette. Le mec sort sa clope, la montre à Jérém en l’agitant en l’air et en souriant… et voilà que mon beau brun sort son briquet pour dépanner… c’est même pas la première fois de la soirée que mon beau brun se dévoue ainsi…

    La suite coule de source. Le gars parle à mon beau brun. Ce dernier se laisse aborder. Le gars continue à lui parler à l’oreille… Jérém sourit… il se laisse draguer. Il lui aura suffi d’à peine cinq minutes. Il va baiser, c’est sur. Connard ! L'imaginer en train de sauter un autre garçon m’est insupportable…

    Pas difficile d’imaginer la boule brûlante de jalousie et de colère que je sens monter dans mon ventre…

    Quand je pense aux paroles de la chanson qui vient de passer…

    U got to not talk dirty baby/Tu n'as pas à dire (ou à faire, mon Jérém) des cochonneries baby
    If U wanna impress me/Si tu veux m'impressionner
    U can't be 2 flirty, mama/Tu ne dois pas être trop dragueur chéri
    I know how to undress me/Je sais comment me déshabiller
    I want 2 be your fantasy/Je veux être ta fantaisie
    Maybe u could be mine/Peut-être que tu pourrais être à moi
    U just leave it all to me/Tu dois juste me laisser faire
    We could have a good time/Nous pourrions passer un bon moment

    Oui, mon con de beau brun est en train de se faire draguer par le mec châtain bouclé au t-shirt vert.

    Et puis, surgi de la pénombre, voilà un autre mec se pointer, mater, ralentir… il doit déjà se voir dans un plan à trois avec mon beau brun et le mec bouclé… il avance en direction d’eux, mais son avancée est stoppé nette par un simple regard de mon Jérém, un regard puissamment hostile… un regard qui a de quoi refroidir le gars, qui finit par se résoudre à passer son chemin… un instant plus tard il passe à coté de moi sans s’apercevoir de ma présence… allez, dégage…

    Les secondes passent… entre Jérém et le bouclé il semble se passer un truc… ça fume, ça se parle dans l’oreille, ça s’échange des regards… une minute plus tard, un nouveau gars sort de la pénombre… il se dirige droit vers le bouclé, accueilli par un grand sourire de ce dernier… ils on l’air de se connaître… je devine que le bouclé présente mon Jérém au nouvel arrivant… les deux potes discutent un moment entre eux, ensuite le bouclé approche ses lèvres de l’oreille de Jérém pour lui chuchoter « quelque chose » qui a le pouvoir de lui décrocher un de ces sourires sexy et coquins que je lui connais si bien… 

    Et voilà le pompon… avec un léger mouvement de la tête, Jérém semble acquiescer à ce « quelque chose »… putain… ils lui ont carrément proposé un plan à trois… et il est partant… je suis catastrophé…

    Je ne peux pas tolérer ça plus longtemps… là je sors de mes gonds… et, de ce fait, également de ma cachette… j’avance un peu… un regard en biais de mon beau brun me donne la certitude qu’il m’a vu…

    Un instant plus tard je le vois décoller le dos du mur… les mecs en font de même… ils avancent vers un troisième couloir parallèle au premier… en partant ainsi accompagné, Jérém ne se prive pas pour me balancer un dernier regard, provocateur, narquois…  

    Connard ! Je suis dépité… il ose me faire ça, se faire un plan direct avec deux mecs après avoir cassé mon plan avec Martin, et en plus il se fout ouvertement de ma gueule… connard, voilà un euphémisme ! 

    Je le regarde disparaître dans la pénombre, dans un nouveau méandre de ce labyrinthe dans lequel j’étouffe… les secondes passent, des gars me passent à coté sans me regarder… je crois que je suis en train de me liquéfier sur place… je ne dois pas être frais à voir…

    Les secondes deviennent minutes, je suis pétrifié, interloqué… je n’arrive pas à bouger, à donner l’ordre à mes jambes de partir de là… à l’heure qu’il est, Jérém et son duo de pd sont peut-être déjà dans une cabine, la porte coulissante tirée derrière leur intimité…

    Inutile de lutter, inutile de me faire du mal… non, je ne pourrai pas empêcher Jérém de coucher avec ces deux gars… voilà, c’est fini… c’est là que je perds Jérémie… plus de signal… hors de portée… tout ça pour en arriver là… perdre mon Jérém de cette façon… au fond du couloir sombre d’une backroom… la pire des façons… j’ai envie de pleurer… pourquoi ?… comment est-ce qu’on en est arrivé là ?

    Oui, j’étouffe, vite il me faut de l’air, il faut que je sorte de là…

    En remontant à rebours les couloirs sombres en direction de la salle principale, je me dis que je suis vraiment con… je savais que j’aurais du rentrer chez moi une fois descendu de la 205… je la sentais mal cette fin de soirée… je savais que j’avais été trop loin avec Jérém… 

    En plus, le vent d’autan était là pour me prévenir… il soufflait sur le Canal en sens inverse à notre marche, c’était un signe… il aurait suffi de l’écouter… parfois il faut savoir prêter attention aux signes… le vent d’autan m’annonçait que cette nuit là j’allais encore être confronté à une nouvelle humiliation… il me repoussait pour m’éviter ça… 

    J’avance lentement vers la sortie, les jambes lourdes, les pieds traînants… je me sens super malheureux… je pensais que samedi dernier, en partant avec Thibault et les deux pouffes, il m’avait fait le pire coup qui soit… mais là, le voir partir avec deux mecs, partir baiser dans cet endroit glauque et sinistre… je crois que c’est pire que tout… comme s’il avait besoin de ça pour tirer son coup… je suis déçu… je sais que Jérém n’est pas un sentimental… mais de là à l’imaginer baiser vite fait avec deux inconnus dans une cabine minuscule et sombre… j’ai la sensation qu’à mes yeux Jérém va être sali par ce lieu, par cette rencontre, par ce sexe rapide et anonyme… que mon regard sur lui va changer… je suis vraiment, vraiment déçu… je sais que c’est fini… je sens que quelque chose en moi vient de casser… je pense que même si un jour il voulait remettre ça, je crois que je ne pourrais plus coucher avec lui après ça… j’en ai mal au ventre… j’ai presque envie de gerber… quand je pense à quel point on serait mieux dans son lit… pourquoi il gâche tout ce con ? 

    Je suis tout pris dans mes réflexions lorsque je remarque un peu plus loin devant moi un mec posté dans un encadrement à coté d’une porte coulissante ouverte. Il me mate sans retenue. Je vais devoir passer à coté de lui dans le couloir étroit, et je ne me sens pas vraiment à l’aise… mon cœur tape très fort dans la poitrine, j’en ai des sueurs… c’est con… j’ai juste peur de me faire brancher…  

    Un pas de plus et son regard s’ouvre dans un sourire davantage sexuel que sensuel… un pas encore et j’arrive à mieux le détailler… un brun, un petit brun, un peu plus petit que moi, pas super beau mais pas moche en plus… un autre brun, un autre t-shirt blanc… certes, moins divinement rempli que celui de mon Jérém, mais son physique a quelque chose d’attirant quand même…  

    J’avance doucement et lorsque j’arrive à environ deux pas de lui, je le vois me lancer un petit signe de la tête, très claire invitation à le rejoindre dans le petit espace sombre… soudainement je ressens une furieuse envie de sexe, de baise… et mon malaise semble disparaître… je sens l’excitation d’un plaisir certain et immédiat s’emparer de chaque fibre de mon corps… oui, alors qu’un instant plus tôt je voulais tous simplement fuir ce lieu, d’un coup je ressens une puissante envie de m’étourdir de sexe… 

    Oui, là où d’autres noieraient leur chagrin dans un verre ou il le crameraient avec un pétard… putain… moi j’ai envie de baiser… baiser comme un malade… baiser pour oublier, baiser pour rendre la pareille à Jérém…  

    Envie de me laisser aller, et surtout envie de ne pas rentrer seul comme un con… envie de me sentir désiré sexuellement… envie de me faire sucer… oui, de me faire sucer… pour prendre mon pied avec le moindre risque… ce risque qui me fait tant peur à cet endroit… pour moi… pour Jérém, pourvu qu’il se protège… et puis, je m’en tape… il fait ce qu’il veut de sa queue… j’ai mal au ventre en me faisant cette dernière réflexion… alors… encore plus envie de me défouler… envie de soumettre un mec à mon plaisir dans cet endroit où tout est aléatoire, intense et sans suite… cet endroit où la connaissance de la taille d’une bite est plus importante que celle d’un prénom… 

    Je ralentis encore, je commande enfin à mon regard de s’accrocher franchement au sien… je commande à mon désir de « liker » le sien… je lui balance un petit sourire… un signal que le gars semble recevoir avec un plaisir assez manifeste… 

    Je suis tout proche de lui… non, il n’est pas moche… en plus je commence à bander, et quand on a envie de jouir, on est souvent amené à revoir rapidement ses prétentions à la baisse… et puis, je me dis, une fois qu’il sera à genoux, qu’il soit canon ou pas, ça ne fera pas la différence… pourvu qu’il sache aussi bien sucer que Stéphane, ma seule référence à ce moment là…  

    Stéphane, tiens… ça me va bien de penser à lui en ce moment, à cet endroit… je suis sur qu’il serait vraiment fier de moi s’il savait ce que je m’apprête à faire… je suis sur qu’il comprendrait enfin que je ne suis pas le gars bien qu’il semble le croire… je suis sur qu’il serait déçu par moi… de toute façon, tôt ou tard, on finit toujours par être déçu de moi… quand je pense à toutes ses mises en garde et, par-dessus toutes, celle de faire attention à ne pas perdre « mon âme » dans le milieu gay… suivre mon cœur… 

    T’as raison, je suis vachement en train de suivre mon cœur en m’apprêtant à suive le petit brun dans sa tanière d’un soir… Stéphane n’a vu que la surface de mon véritable « moi »… c’est ici et maintenant que mon essence profonde va se manifester… 

    Sa coupe de cheveux… elle a quelque chose de « familier »… courte, simple, sans prétention, plutôt mec qui ne se la raconte pas… elle me fait penser à quelqu’un que je connais… elle me fait penser à Thibault… 

    Thibault… lui aussi serait super fier de moi… lui qui a l’air de croire que j’ai une bonne influence sur son pote… s’il savait que notre si belle relation nous a amenés dans une boite à pd, et que l’on est tous les deux en train ou en passe de se faire sucer dans la pénombre par des mecs inconnus… 

    Lorsque j’arrive vraiment à proximité du gars, mon regard tombe dans l’encadrement de la porte… j’arrive ainsi à jeter un coup d’œil à l’intérieur de la petite cabine… c’est là que je me rends compte à quel point l’espace est exigu… un lit couvert de plastique prend presque toute la place… et sur une petite étagère dans un coin, des capotes en vrac et un tube de gel… 

    C’est là que je me dis…  

    Non, ça c’est pas possible, Nico… après ce que tu as vécu avec Jérém, après ce que tu as vécu avec Stéphane, après l’affection et l’estime témoignées par Thibault… tu ne peux pas te contenter de ça… tu ne peux pas tomber si bas…  

    Mais désormais c’est parti… dans ma tête, mon acceptation silencieuse à la proposition tout aussi muette du petit brun est presque un engagement… j’ai été trop loin, je ne peux plus me dérober… et puis je ne veux surtout pas rentrer seul, bredouille… j’ai envie de tirer mon coup d’abord, envie de jouir moi aussi…  

    Car, si l’endroit et la situation ont un côté profondément glauque, en même temps, je dois bien avouer, ils savent également dégager un autre côté plus excitant, celui de l’interdit et, à la limite, du « malsain »....

    Mes sens sont en plein éveil… j’ai envie de prendre mon pied… je me sens déterminé à aller au bout de mon désir… pourtant… 

    Pourtant, lorsque je sens le contact de la main du gars qui se pose sur mon avant bras pour m’entraîner dans le petit espace… c’est là que j’ai un mouvement de recul…  

    Non, je ne peux pas… si Jérém le peut, moi je ne peux pas… je regarde l’air surpris du gars qui doit se dire « Tiens, encore un mytho »… mais tant pis…  

    « Allez, viens… » me chuchote le type, une fois la surprise balayée par la perspective peu engageante de se la mettre sur l’oreille et de la fumer plus tard. 

    « Désolé, je ne peux pas… » je lui balance, sorte de cri silencieux et désespéré, pendant que je presse mon pas vers la lumière au fond du tunnel. 

    Non, je n’ai pas envie de me retrouver seul chez moi ; mais j’ai encore moins envie de me retrouver seul dans cette petite cabine minable car le mec se sera tiré juste après l’affaire conclue.  

    Me revoilà enfin dans la salle… me revoilà dans la civilisation… un monde avec quelques règles… drôles d’animaux les règles… souvent elles nous agacent, mais lorsqu’elles manquent totalement, on s’ennuie assez vite d’elles… 

    Je respire profondément… premier réflexe de survie… j’ai chaud, j’ai soif… je suis fatigué et amer… j’ai du mal à respirer… j’ai très envie de rentrer mais, va savoir pourquoi, je m’installe au comptoir prenant place sur un tabouret vide et je commande un autre coca…  

    Oui, un coca avec whisky… l’alcool… décidemment je n’aurai jamais autant picolé que lors de cette soirée pour fêter le bac… j’ai découvert en l’alcool un allié précieux pour calmer mes angoisses et mes souffrances… presque un pote… dont en ce moment précis, j’apprécie tout particulièrement la compagnie…  

    D’ailleurs, je ne sais pas si c’est l’effet de l’alcool qui se balade dans mon sang ou pas… maintenant que Jérém n’est plus dans les parages, j’ai l’impression que certains regards semblent s’adresser à moi… hélas, je ne suis pas d’humeur à me laisser brancher… je suis dégoûté à un point, que n’importe qui me faisait du rentre dedans, y compris Ben Affleck époque « Pearl Harbor » ou Bruce Willis époque « Piège de cristal »… je déclinerais l’invitation…

    Le choc d’avoir vu mon Jérém partir avec deux mecs est tel que je me sens dérouté, abasourdi, incapable de ressentir quoi que ce soit, incapable même d’avoir mal… peut être que je réalise tout simplement pas ce qui est en train de se passer… je suis tout simplement soufflé…

    Je sais bien que ça va venir, que cette image de mon Jérém s’éclipsant sous mes yeux avec ces deux gars, son regard narquois en prime, va me marquer au feu rouge… je sais qu’une fois seul chez moi je vais m’effondrer… c’est pourquoi je reste, redoutant par-dessus tout de me retrouver seul, je reste même si je sais que le mec que j’aime est là, à quelques mètres de moi à peine, en train de prendre son pied sans moi…

    Un partie de moi espère encore le voir sortir du couloir sombre en ayant renoncé à son plan… hélas, plus les minutes passent, plus la crainte que le beau brun soit en train de jouir sans moi devient certitude…

    Avec mon con de beau brun, je me suis brûlé les ailes… j’ai toujours su qu’avec Jérém je n’aurais jamais le dernier mot et que dans l’affrontement direct, je serais comme un vase en terre cuite qui essayerait de se confronter à une marmite en fonte…

    Je regarde autour de moi en me disant que j’avais raison de me méfier du « milieu »… j’avais raison de ne pas vouloir y rentrer… la première fois que j’y mets un pied, j’y laisse tout ce qui était le plus précieux au monde à mes yeux…

    Comme dans le couloir sombre, je ressens un mélange de dégoût et d’attirance pour ce lieu, pour la baise facile qu’on peut y retrouver… d’un coté, tout ce sexe facile, anonyme et aléatoire me parait dégradant, sale… et d’un autre coté… il a quelque chose d’attirant… ce que j’ai ressenti en m’approchant du petit brun… la promesse de pouvoir me défouler… de donner cours à tout ce qu’il y a de plus noir en moi… c’est dur à admettre, mais je crois que j’ai eu envie de l’humilier, lui qui n’a rien à voir dans ma colère, comme j’ai été humilié, comme une revanche par procuration… envie de lâcher sur lui, par le biais du sexe et de la domination, la rage longtemps accumulée et que je ne peux pas jeter à la figure du mec qui en est la cause…

    Je finis par me dire que maintenant que c’est fini avec Jérém, je vais peut-être revenir ici tout seul pour une aventure… je vais être célibataire… et je pense que je vais l’être longtemps… à un moment ou à un autre, j’aurais envie de baiser… faute de pouvoir aimer…

    Je sais que je vais avoir mal tout à l’heure en rentrant, que je vais avoir encore plus mal demain, et les jours qui suivront, je sais que j’aurai mal très longtemps… alors je pense qu’à un moment ou à un autre j’aurai envie de revenir ici même pour m’étourdir avec le plaisir des sens… mais pas ce soir, une autre, un soir où Jérém ne sera pas à quelques mètres de là en train de baiser…

    Je termine mon « coca » et je me sens un peu plus détendu… triste, fatigué, déçu, mais étrangement détendu… ça ressemble au calme avant la tempête… je suis presque sur le point d’en prendre un autre… mais ce ne serait vraiment pas raisonnable… j’ai la tête qui commence à tourner, les oreilles qui bourdonnent et en plus je tombe de sommeil…

    Je me lève de mon tabouret mais une fois debout, mes jambes me font un drôle d’effet, se refusant de porter le poids de mon corps… je me sens mâché, comme si j’étais passé sous un rouleau compresseur.

    Je trouve agréable de me rasseoir provisoirement, le dos appuyé au comptoir.

    Je balaie une dernière fois l’espace de la salle… tous ces gars… ça vient ici pour boire, pour boire et pour baiser, et ça baise fugacement dans la pénombre… je me demande à quoi ça rime tout ça, au fond… à quoi sa rime de tirer son coup dans une cabine avec un mec qu’on ne reverra jamais…

    La tristesse me happe et je sens les larmes me monter aux yeux.

    C’est à ce moment là que je remarque deux gars en train d’approcher, visant les deux tabourets vides juste à coté de moi.

    Le premier, un brun style vingt-cinq ans, un peu dégarni, l’air plutôt fatigué et un peu contrarié, mais pas dépourvu d’un certain petit charme… habillé avec un jeans quelconque mais avec un t-shirt rouge sympa, bien qu’au moins deux tailles trop grand…

    L’autre, un très beau garçon un peu plus bâti que le premier, un peu plus âgé, l’air vraiment mec, assuré, les traits du visage fins, de petits yeux perçants, le regard charmeur, un t-shirt orange avec les manchettes grises sous lequel on devine un torse et une largeur d’épaules tout à fait remarquables…

    T-shirt rouge approche pour me demander si les tabourets sont libres. Je lui réponds que oui.

    Ils s’installent. T-shirt orange prend le tabouret le plus proche, dos au comptoir, alors que t-shirt rouge est complètement tourné vers lui.

    Très vite, je me rends compte que T-shirt rouge n’arrive pas à décrocher le regard de T-shirt orange, il a l’air très amoureux…

    T-shirt orange, en revanche, a le regard beaucoup plus baladeur, il cherche les regards d’autres garçons, et il les accroche…

    T-shirt rouge semble aussi mal à l’aise que je le suis à cet endroit.

    T-shirt orange a l’air plutôt à l’aise, l’air de connaître les lieux.

    Oui, T-shirt rouge a l'air de se demander ce qu'il fait dans cette boîte, comment se fait-t-il qu'il s'est laissé entraîner dans cette galère alors qu'il aurait tellement envie d'être dans un lit avec T-shirt orange, l’homme qu'il aime, en train de lui offrir tous les plaisirs et plus encore…

    Décidemment, ce soir là on est nombreux à se retrouver à l’On Off sans bien savoir pourquoi…

    T-shirt orange, quant à lui, a l’air de se dire qu’il se passerait bien de la présence de ce mec un peu trop collant… il semble avoir envie d’explorer d’autres horizons, envie de vivre d’autres aventures… des aventures dont la première semble d’ailleurs toute proche, matérialisée sous les traits d’un tout jeune mec qui est en train de le mater avec des regards qui en disent long quant à ses envies…

    T-shirt orange semble très sensible aux regards du petit jeune, des regards qu’il relance, de façon très subtile et discrète… peine inutile car, de toute façon, aveuglé par son amour, T-shirt rouge ne voit rien…

    Mais putain, T-shirt orange ! Réveille-toi ! Tu ne vois pas à quel point T-shirt rouge est amoureux de toi ? Pourquoi son amour ne te suffit pas ? Pourquoi cherche-tu des aventures alors que t’as la chance d’avoir quelqu’un qui t’aime de cette façon là, quelqu’un pour qui tu es le seul et l’unique ? Pourquoi risques-tu de tout gâcher, juste pour une histoire de cul ? Pourquoi ne lui ouvres-tu pas ton cœur ? Pourquoi tu le fais souffrir ainsi ?

    Comment ne pas faire le parallèle entre la relation de ces deux gars, l’un amoureux fou, l’autre très libre dans sa tête, avec ma relation finie avec Jérém… le tout raccord avec la chanson qui est diffusé dans la salle et qui, par un hasard de la programmation, tombe pile pour illustrer mon ressenti…

    « Je m’en fous de tes détresses comme de tout et comme du reste… »…

    Oui, mon Jérém, tu t’en fous de mes détresses… pire que ça…

    « Tu t’entêtes à te foutre de tout mais pourvu qu’elles soient douces… »…

    Si seulement je ne t’avais pas eu autant dans la peau, au point que…

    « Quand de mes lèvres tu t’enlèves, un goût amer me rappelle que je suis au ciel… »…

    Je me serais rendu compte bien avant que…

    « La mauvaise herbe nique souvent ce qui est trop bien cultivé »…

    Quand je pense à ce qu’a été notre courte relation, je me dis que…

    « La vie est triste comme un verre de grenadine »…

    Et que…

    « Aimer c’est pleurer quand on s’incline »…

    J’aurai souvent partagé ton lit, assouvi tes envies, mais jamais je n’aurais vraiment atteint ton cœur… tu tiens trop à ta liberté, je t’entends d’ici… et toi, tu l’entends, depuis la cabine où tu es en train de baiser, tu l’entends ce que balancent les enceintes à cet instant précis :

    « Je fais fi de tes je t’aime/Ils sont des cris qui m’enchaînent »…

    Notre histoire se termine ainsi comme elle a commencé, venant de nulle part et allant nulle part…

    J’ai divagué de chanson en chanson, de couplet en couplet…, jusqu’à la dernière note de celle qui a commencé par « Je m’en fous de tes détresses comme de tout et comme du reste… » et qui se termine par « C’est quoi l’amour ? ».

    La musique change, et elle n’a plus forcement autant d’intérêt pour moi. Alors, mon attention revient vers les deux gars d’à côté. Je suis assez près d’eux pour capter, malgré les décibels, quelques échanges dans leur conversation.

    « Marc… » appelle le T-shirt rouge.

    « Quoi ? » réagit T-shirt orange un brin agacé, désormais connu sous le prénom de « Marc ».

    « Tu veux rester encore longtemps? » l’interroge T-shirt rouge.

    T-shirt rouge a un petit accent méditerranéen, espagnol je dirais...

    « Je sais pas… » répond le prénommé Marc, avant de continuer « t’es fatigué ? ».

    « Oui, un peu… » répond T-shirt rouge.

    Mais putain, Marc, t’es aveugle ou quoi ? Tu ne vois pas que T-shirt rouge a une envie folle de rentrer et de faire l’amour avec toi ? Il est quatre heures du mat passé… putain, rentrez et envoyez vous en l’air comme des dingues !

    Je bous de l’intérieur, je m’emballe pour une histoire que je ne connais pas… j’ai trop bu et je fais trop l’amalgame avec mon histoire perso…

    Les minutes passent et rien ne se produit… Marc, son verre interminable posé sur le comptoir, n’a toujours pas l’air décidé à partir.

    T-shirt rouge baille plusieurs fois coup sur coup et finit par s’immobiliser, la tête légèrement penchée sur le coté, le regard dans le vide, littéralement en train de tomber de sommeil…

    Marc se décide enfin:

    « Fabien… ». 

    Le brun un peu dégarni lève la tête illico au simple son de la voix du gars qu’il aime. Alors qu’il doit s’attendre à qu’un voyage simple vers le lit et un câlin tant attendu se retrouve enfin à l’ordre du jour, Marc lui annonce avec le sourire : 

    « On y va dans un quart d’heure, ok ? ». 

    Visiblement déçu, au bout de force, frustré de voir que cette soirée se termine à somnoler dans cette boite plutôt que dans une accolade amoureuse, le dit Fabien amorce un petit sourire triste. 

    Marc retourne à son occupation première… mater la faune masculine… Fabien baisse les yeux et prend sur lui, l’air d’accuser le coup, d’intérioriser… il doit vivre lui aussi, comme moi je l’ai vécue, une histoire compliquée, amoureux d’un mec qui ne l’est pas vraiment 

    Peut-être qu’il est en train de vivre une histoire, un amour, des sentiments, des sensations, des espoirs et de frustrations, des joies et des tristesses, des illusions et des déceptions, toute une palette d’émotions qu’un jour il aura peut-être envie de mettre noir sur blanc, comme moi je le ferai plus tard avec ma propre histoire… 

    Le quart d’heure abondamment passé, T-shirt orange se lève sans un mot, suivi illico par T-shirt rouge, visiblement soulagé… je les regarde se diriger côte à côte vers la sortie… je les regarde partir ensemble… peut-être que pour le sexe c’est râpé, mais au moins Fabien aura la chance de finir la nuit avec son Marc… moi je n’aurai même pas cette chance… oui, il a de la chance, ce Fabien, même si je sais qu’il doit être très difficile d’aimer un gars comme Marc, d’aimer quand l’amour n’est que dans un sens…  

    Allez, GAME OVER… assez bu, assez vu pour ce soir, je me casse… je suis tellement HS que je pense que je ne vais même pas arriver au bout de ma branlette, que je vais m’endormir avec ma queue dans la main sans avoir joui…

    Pourvu que je puisse dormir un peu tard ce matin, pourvu que maman n’ait pas prévu de passer l’aspirateur à 8 heures pile… pourvu qu’elle ne me pose pas trop de questions sur cette super soirée de merde… pourvu qu’ils me fichent tous la paix car je prévois d’être d’une humeur massacrante, prêt à laisser exploser ma colère ou à fondre en larmes et ce, pour une durée indéterminée…

    C’est décidé, demain je vais appeler Elodie…

    Je rassemble mes forces pour me remettre debout… descendre du tabouret est déjà un effort… imaginer devoir me traîner sur la moitié de la ville me semble insurmontable… pourtant, il faut bien y aller à un moment ou à un autre… alors, le moment c’est maintenant…

    Je traverse la salle et en quelques pas je me retrouve dans l’entrée de la boite… encore quelque pas et j’aurais passé la porte qui donne sur le boulevard… c’est au coté du vestiaire qu’une surprise m’attend…

    Le voilà, tout seul, le dos appuyé au mur, en train de fumer une énième clope… mais qu’est-ce qu’il fout là tout seul ?

    Lorsqu’il me voit arriver, il me sourit.

    « Tu pars ? » m’interpelle le beau Romain

    « Oui, j’en ai marre… vraiment marre… » je ne peux m’empêcher de laisser échapper.

    « T’as laissé ton mec tout seul là dedans ? » se renseigne-t-il.

    « C’est pas mon mec… » je me défends en balançant sèchement « il n’est personne… ».

    J’ai presque envie de lui balancer que s’il veut se le taper, il n’a qu’aller faire un tour dans la backroom, c’est là qu’il va le trouver…

    « Pourtant j’aurais dit qu’il était davantage que ça… » relance-t-il en me tendant un paquet de cigarettes que je refuse.

    Il faut dire que, vu de près… ce Romain est vraiment canon. Sa beauté masculine, sa voix, son assurance, son charme, son regard magnétique… tout chez lui m’impressionne… décidemment… le « beau brun » est un animal bizarre… le côtoyer crée l’addiction… coupe tous mes moyens… je comprends mieux Ulysse, avec son histoire d’hétéro baroudeur, lorsqu’il faillit tomber sous le charme des sirènes…

    Je sens un mal au crâne carabiné en train de monter. Je me sens toujours oppressé… j’ai besoin d’air… même le charme puissant et le parfum délicieusement masculin de Romain n’ont d’autres effet que d’augmenter mon malaise… c’est dire à quel point j’en suis arrivé…

    N’empêche, la porte de sortie donnant sur le Canal m’appelle avec insistance…

    « Je vais y aller… » je coupe court en me tournant vers la sortie ; avant de prendre congé avec un simple « bonne soirée… ».

    « T’habites loin ? » se renseigne-t-il.

    Euh… pourquoi cette question ? Qu’est-ce qu’il veut celui-là ? Pour ce soir j’ai eu assez d’émotions et de déceptions, tout ce que je veux c’est retrouver mon lit, la drague c’est fini, je suis HS… à cet instant précis je suis fatigué et dégoûté à un point, que n’importe qui me faisait du rentre dedans, y compris Colin Farrell époque « Tigerland » ou Keanu Reeves époque « Speed » »… je déclinerais l’invitation…

    Bon, ok, peut-être pas Colin quand même…

    Alors, quand Romain le magnifique me demande si j’habite loin, je coupe court, très court :

    « Un peu, mais je vais marcher… ».

    « Moi aussi je vais y aller… si tu veux je te raccompagne… » je l’entends dire en écrasant son mégot dans un cendrier mural et en m’emboîtant le pas, l’air de ne pas avoir compris, ou de ne pas avoir entendu le message.

    Je ne sais pas trop ce qui est en train de se passer… je n’ai pas envie qu’il me colle… je crains qu’il me fasse du rentre dedans, alors que j’ai juste envie de partir… c’est paradoxal… je devrais être flatté que ce bogoss me propose de me raccompagner, en faisant éventuellement escale chez lui, surtout que Jérém est certainement coincé dans un cul inconnu… pourtant… non, pas envie… juste envie d’être tranquille et de retrouver mon lit… marre de baiser avec des mecs qui veulent juste me baiser, avant de me laisser tomber… désolé mec, tu ne me sauteras pas ce soir… je ne réalise même pas que c’est le deuxième mec canon de la soirée, à part mon Jérém, qui me fait du rentre dedans…

    « C’est gentil, mais… » je commence ma réponse en poussant la porte vitrée… lorsque la fraîcheur de la nuit frappe mon visage de plein fouet, je suis tellement surpris que je suis obligé de marquer une pause.

    Ce n’est qu’un instant plus tard, lorsque nous sommes déjà sur le trottoir, que je termine mon propos : 

    « C’est gentil, mais je préfère vraiment marcher… ».

    « Comme tu voudras… » il conclut. Lui non plus ce n’est pas le genre de mec à revenir à la charge. C’est oui ou c’est non. Et quand c’est non, c’est fini. Disons que sur le coup ça m’arrange bien.

    Je regarde ma montre… il est 4h25… mon regard est attiré une dernière fois par l’enseigne rouge qui clignote toujours… cependant, je me rends vite compte que l’enseigne lumineuse n’est pas l’élément le plus étincelant de la façade de la boîte… oui, juste à coté des lettres rouges capitales, une autre surprise m’attend… et ça pour être une surprise… ça en est vraiment une…

    Pile au même endroit que tout à l’heure, mon connard de beau brun se tient appuyé au mur, la cigarette au bec, le bassin en avant, la braguette bien rebondie… mais… mais… mais… depuis quand est-il là ? Je ne l’ai pas vu passer dans la salle… est-ce qu’il est sorti du tunnel avant moi ? Est-ce qu’il y a une autre sortie ?

    Mais alors… est-ce qu’il a vraiment baisé avec les deux gars de tout à l’heure ? Si vite ? Je suis en plein dans mes questionnements lorsque j’entends Jérém me balancer, le ton cassant :

    « Tiens, te voilà… ».

    Mais à quoi il joue ? Pourquoi il me parle sur ce ton maintenant ? Je ne veux surtout pas rentrer dans son jeu. Je suis tendu, fatigué et je ne suis pas d’humeur à rigoler…

    Jérém, en revanche, a l’air aussi frais que lorsqu’il est arrivé devant le resto huit heures plus tôt… un peu agacé mais toujours frais… alors qu’il a bu deux fois plus que moi… je le déteste… il a vraiment tout pour lui ce gars…

    Apparemment, il était en train de m’attendre… ça, c’est mignon… soudainement, je me sens soulagé… s’il m’attend, c’est qu’il a envie de finir la soirée avec moi… et s’il a envie de finir la soirée avec moi, il y a de fortes chances qu’il n’ait pas baisé avec le bouclé et son pote… oui… je suis soulagé, rassuré… mais quand même… je lui en veux de m’avoir repoussé violemment, d’avoir voulu partir explorer le « milieu profond » tout seul… même s’il n’a pas tiré son coup…

    Oui, quand même… je viens de passer l’un des pires quart d’heure de ma vie… alors j’ai besoin de savoir avant de décolérer.

    Hélas, la présence du beau Romain m’empêche d’être aussi direct avec mon beau brun que tout à l’heure en voiture. Mais ce n’est certainement pas l’envie qui me fait défaut…

    Oui, j’ai l’impression que Jérém est de mauvais poil… bien sur, c’est normal… il me plante en me laissant croire qu’il va baiser de son coté… je passe une fin de soirée de merde… et c’est lui qui fait la tête… logique… la logique selon Jérémie T…

    Soudainement, une question s’affiche dans ma tête : est-ce qu’il a entendu ma réponse à Romain ? Est-ce qu’il a compris qu’il m’a proposé de me raccompagner… et, certainement, pas que… ? Son regard noir est-il encore une expression de jalousie mal placée ?

    Deux gars nous passent à coté et rentrent dans la boite que je viens de quitter. Il est 4h30 et la nuit toulousaine n’est pas terminée… quelque chose me dit que la notre non plus…

    Le silence s’installe… je ne sais pas comment ça va se goupiller tout ça… Romain n’a pas l’air décidé à partir… Jérém a l’air de m’avoir attendu, mais il n’a pas l’air pressé de rejoindre la rue de la Colombette… et moi je ne sais pas me résoudre à prendre la direction de chez moi…

    C’est le beau Romain qui finit par débloquer la situation.

    « T’as du feu ? » demande-t-il à mon beau brun en s’installant les épaules contre le mur juste à coté de lui, après avoir sorti son paquet de clopes et en avoir choisie une un peu plus épaisse que les autres.

    Jérém ne répond pas, se limitant à décoller légèrement ses épaules du mur, à dégainer son briquet et à porter ses mains à hauteur de la bouche de Romain.

    La « clope » du beau brun au t-shirt noir allumée, ce dernier nous interpelle :

    « Vous rentrez ? ».

    Ah, il a pigé… un instant plus tard il me propose de me « raccompagner »… et là il s’aligne à la nouvelle donne apportée par la présence inattendue du beau brun au t-shirt blanc…

    « Oui, on rentre… » je confirme. Plus le temps de tergiverser. On a déjà été trop retardés ce soir…

    Jérém se tait.

    Romain tire un bon coup sur sa « cigarette »… une cigarette qui, au vu de l’odeur caractéristique qu’elle dégage lorsqu’il en expire la fumée, définitivement n’en est pas une… preuve en est qu’il en propose à mon beau brun en suivant …

    Je vois Jérém le fixer d’abord d’un air étonné. Un instant plus tard, il balance cependant sa cigarette tout juste fumée à moitié et il saisit le pétard que l’autre beau brun lui tend…

    Il le porte à la bouche et en tire une longue taffe… je le vois plisser les yeux de plaisir au passage de cette fumée spéciale… avant de tendre le bras à son tour pour rendre la précieuse denrée à son propriétaire… Romain tire dessus une nouvelle taffe et déplie le bras dans ma direction… je lui fais signe que non… il envoie à nouveau le bras en direction de Jérém, qui accepte à nouveau la proposition, l’air bien décidé d’en profiter jusqu’au bout…

    Mais ce n’est pas possible… décidemment on ne va pas y arriver ce soir… putain… il est quatre heure et demi passée… depuis le KL, jusqu’à la rue de la Colombette tout semble se liguer pour nous empêcher d’arriver à destination… on dirait que la nuit toulousaine rame contre…

    Trois mecs passent devant nous avant de s’engouffrer dans l’entrée du On Off malgré l’heure tardive, et ceci non sans reluquer copieusement les deux étalons. Romain les regarde passer avec un air distant et presque méprisant et finit par commenter :

    « Ce genre d’endroit n’a aucun intérêt… »

    Jérém ne répond pas, mais une complexe mimique de son visage… les yeux qui se ferment, les sourcils qui remontent, une inspiration appuyée par le nez, une légère grimace autour de la bouche… semble aller dans le sens des mots du beau Romain… soudainement, je me sens rassuré… peut-être qu’au final il n’a pas aimé cet endroit, … peut-être qu’il avait juste une curiosité à satisfaire et qu’il n’a trouvé finalement aucun intérêt, comme le dit le barbu…

    Hélas, la conversation va prendre un tour inattendu. Romain tire une bonne taffe sur son pétard et, en le passant à Jérém, il continue :

    « Des mecs à lever il y en a partout… sans besoin d’aller les dénicher dans un terrier ».

    « C’est même trop facile… » j’entends Jérém aller dans son sens après avoir expiré une nouvelle volute de fumée à l’odeur caractéristique.

    Bah, oui, tiens… parlez pour vous… ça c’est bien des discours de mecs canon… bien sur, avec vos physiques et vos jolies petites gueules bien sexy et bien viriles, ça ne doit pas être dur de tomber des caleçons à chaque coin de rue… mais je ne suis pas sûr qu’on ait tous les même chances et le même succès « dans la nature »… d’où l’intérêt ce ces lieux, malgré leur coté glauque… parfois, on est bien contents de se retrouver entre pd pour faire des rencontres ou pour tirer un coup…

    « C’est comme chasser des faisans d’élevage lâchés dans la nature juste avant la saison de chasse… » tellement faciles à tirer, qu’il n’y a plus aucun goût à le faire… » laisse glisser Romain.

    J’ai l’impression d’entendre Bigard… ce soir, en boite, ils ont fait un lâcher… mais j’ai tout de suite vu que c'était de l'élevage…

    Un beau gars seul passe sur le trottoir en laissant traîner un regard furtif de Jérém à Romain, avec un petit sourire en coin… il semble ralentir le pas, mais il se remet aussitôt à marcher plus vite et il s’éloigne sans chercher plus de contact. Comme quoi tous les bogoss, même ceux qui aiment mater le bogoss, ne viennent par au On Off…

    Tout à coup, Romain se met à l'arrêt, les yeux fixes sur le gars qui s’éloigne, la tête pivotante à 360 degrés, la truffe au vent… et il continue :

    « Quand c’est trop facile, ce n’est même pas marrant… je préfère quand il y a un petit challenge… ».

    Là, encore, j’ai l’impression d’entendre Bigard… parce que moi, la salope sauvage, je sais ce que c'est… celle-là, tu la vois tourner du cul au loin.. mais tu la tires jamais…

    Jérém sourit, amusé. Il semble acquiescer aux affirmations de Romain.

    Les deux mecs continuent à se passer le chichon de main en main, de lèvre en lèvre… les minutes s’égrainent et le silence s’installe.

    Le pétard arrive enfin au bout. Allez, Jérém, il faut y aller maintenant…

    « Sans rancœur pour le petit accident de toute à l’heure… » semble prendre congé le beau Romain.

    « Ca va aller… » j’entends Jérém lui répondre à nouveau.

    Bon, on y va maintenant…

    « J’ai soif… » relance le beau Romain de façon inattendue ; avant de terminer, sur un ton enjoué « allez, les gars, je vous invite chez moi boire un dernier coup pour oublier ça… ».

    Mais putain, t’es rélou… il a déjà dit non tout à l’heure… il t’a dit et répété que ça va aller, alors fiche-nous la paix…

    « On va rentrer… » annonce Jérém sur un ton ferme et sans appel tout en me regardant droit dans les yeux.

    Ah… à chaque fois qu’il me regarde ainsi… je fonds…

    « Vous pouvez venir tous les deux… » précise Romain, ayant certainement détecté notre échange de regards.

    « On n’est pas intéressés… » je balance sèchement. J’en ai marre. Vraiment marre.

    « … ou rien que toi, mec… » corrige Romain en s’adressant directement à Jérém, et en posant sur lui un regard lubrique qui ne laisse plus de doute quant à ses intentions allant bien au delà d’un simple verre de l’amitié…

    C’est ça, oui… t’inquiète… j’ai bien compris la musique… « boire un dernier coup », c’est plutôt « tirer un dernier coup »…

    Sept lettres s’affichent dans ma tête… elles sont étalées de façon aussi voyante que sur la façade de l’Olympia :

    C-O-N-N-A-R-D !!!

    Jérém, s’il te plait, tiens bon…

    Les deux beaux bruns se regardent… c’est pas possible, dites moi que c’est de la science fiction… mon beau brun se fait draguer sous mes yeux… comme si je n’étais pas là… eh, oh… JE SUIS LA…

    Je vois le beau Romain, l’œil désinhibé par la fumette, regarder mon beau brun et le trouver infiniment sexy et désirable… je vois l’instant où mon beau brun réalise que son charme a encore frappé… ce que je n’arrive pas à savoir, c’est si Jérém trouve aussi le mec à son goût… remarque, il faudrait être difficile…

    Jérém sonde Romain, se demandant si c’est bien du lard ou du cochon… Romain jauge Jérém en guettant sa réaction… le regard de Romain ne se dérobe pas… leur échange dure quelques instants… c’est Jérém qui rompt le contact…

    « Ca va aller… » finit-il par répondre, le ton ferme et sans appel.

    Et de trois… j’espère que ce coup-ci t’as compris que tu ne le mettras pas dans ton lit !

    « Bon, ok… » semble conclure le beau Romain ; pourtant, après avoir marqué une pause, je vois à son changement d’expression qu’il n’a pas encore dit son dernier mot, qui ne s’est pas encore avoué vaincu… je sens qu’il va changer d’arme et de stratégie… et j’ai un mauvais pressentiment…

    « Je te croyais davantage couillu... » s’adresse-t-il directement à mon beau brun en le regardant droit dans les yeux avec ce mélange de défi et de mépris qu’on entend également dans le ton de sa voix « je m’étais trompé… allez, bye les gars… ».

    Ah… non… décidemment, là ça la fout mal… merde… Romain vient de dégainer l’arme ultime… la provoc’… Jérém n’a pas besoin de ça, surtout pas ce soir… là, c’est sur, il va réagir au quart de tour…

    « Où, ça ? » je l’entends en effet demander sur un ton dans lequel se mélangent agacement et effet de la fumette… le piège de Romain a marché…

    Je rêve… ou plutôt je cauchemarde… c’est pas possible, naaaaan  c’est pas possible…

    « Chez moi, par exemple, je n’habite pas loin… » relance le beau Romain, l’air amusé du mec qui est en train de gagner un pari sur lequel il a misé son tout dernier jeton.

    « On va aller chez moi… j’habite tout prêt… » répond Jérém après un instant de réflexion, la voix de plus en plus déformée par l’alcool et la fumette.

    « Pas de problème… » annonce le beau barbu.

    J’hallucine. Ils se font un plan baise devant moi. Je ne peux plus me retenir.

    « On devait pas rentrer ? » je balance « Tous les deux… ».

    Le beau Romain, ce connard, me regarde avec de petits yeux moqueurs, l’air de dire « tu peux aller te rhabiller le morveux, laisse jouer les pros… c’est moi qui va me le taper ce soir… ».

    Jérém se tait. Je le regarde fixement. Nos regards se croisent. Et ce que je lis dans son regard silencieux est très explicite. En une fraction de seconde, je viens de réaliser que Romain est en train de proposer un plan à mon beau brun et que ce dernier a l’air partant… quant à moi, je peux en être ou pas… si j’y vais, ce sera un plan à trois… sinon ce sera un plan à deux entre beaux bruns !

    Je regarde leurs deux torses moulés dans le t-shirt blanc et dans le t-shirt noir en me disant que dans quelques minutes les contrastes vont s’estomper… oui, dans quelques minutes, les t-shirts vont voler, et il y aura beaucoup moins de contraste entre les nudités de deux beaux bruns à la peau mate…

    C’est vrai que l’idée de voir deux magnifiques garçons à poil ne m’est pas repoussante… loin de là…

    Pourtant, je suis assailli par une peur insistante… je suis tiraillé entre l’excitation d’assister à ce spectacle divin… mon beau brun en train de prendre du plaisir avec un autre mec, et avec un spécimen de toute beauté de surcroît… et la jalousie qui commence à envahir mon esprit… la crainte que le mec ne soit plus expérimenté que moi, qu’il lui fasse découvrir des trucs que moi je ne sais pas lui offrir et qu’il y prenne goût…

    Il me faut me décider vite, il me faut choisir dans la seconde… oui, choisir… mais ai-je vraiment le choix ? Je regarde leurs têtes de jeunes étalons débordants de testostérone, Jérém le fauve puissant et Romain le félin sournois… et je les imagine dans un lit, déchaînés, dans une étreinte puissante, se donnant un plaisir intense… ces deux corps de dingue se frottant entre eux et faisant autant d'étincelles que l'embrasement de la Citadelle de Carcassonne un 14 juillet...

    Alors, sans pouvoir éviter que ce rapprochement sensuel au sommet ne se produise, malgré une jalousie qui me tenaille déjà aux tripes, lorsque le choix est assister à ce plan ou de l’imaginer chez moi … alors, ce n’est pas un choix… c’est une évidence… je dois en être…

    Un plan entre deux mâles virils… toutes les spéculations sont possibles, tous les fantasmes ont cours… je repense au plan avec Guillaume… deux passif au service d’un mec bien actif… comment ça va se passer ce coup ci ?

    Quel sera mon rôle dans l’histoire ? Invité accessoire à un plan cul entre beaux étalons… l’un assurément bien actif et l’autre, à priori pas moins viril… alors… est-ce que je comprends bien ce qui m’attend ? Etre au service du plaisir de deux beaux males… inquiétude et excitation à l’idée d’imaginer ces deux bruns nus, dans la même pièce, dans le même lit, deux petits coqs bien chauds… deux queues bien chaudes… sur le même gars, dans le même gars… ça me parait un évidence… pour que deux mâles dominants et actifs prennent leur pied, il vaut mieux avoir à disposition une bonne bouche et un bon cul de pd passif et soumis…

    L’idée d’être ce gars a un coté séduisant et très excitant… ne serait-ce que je suis soudainement saisi par la désagréable sensation de n’être dans l’histoire qu’un moyen pour assouvir les besoins de deux sexualités puissantes… c’est donc ça que je suis aux yeux de Romain, ça encore peu importe, mais également aux yeux de Jérém ? 

    Ou alors… est-ce que je ne suis convié juste pour assister à cette scène qui déjà s’annonce mémorable ? Est-ce que les deux étalons ont juste envie de conclure entre eux, entre méga bogoss en me laissant sur le carreau avec pour seule occupation, celle de compter les points ?

    Si tel est le programme… je veux en être quand même… je vais boire mon poison jusqu’à la lie… je veux voir qui est Jérémie T, au bout du bout…

    Dans ce cas, comment ne pas me demander si je préférerais voir mon beau couillu triompher de la virilité de Romain ou plutôt voir ce beau barbu faire découvrir à Jérém le plaisir de se soumettre à sa puissance sexuelle…

    Comment ne pas me demander si je préférerais voir Jérém dominer Romain, en faisant plier ce mec, gay mais on ne peut plus viril, ce séducteur, « chasseur », prédateur arrogant, l’archétype du dominant même, si sûr de lui et à qui apparemment aucun cul n’a résisté jusqu’à là? Est-ce que j’aimerais être témoin de la toute puissance de la virilité de mon beau brun, le voir asseoir de manière définitive et irrévocable son statut de mâle alpha à qui définitivement rien ni personne ne peut résister ? 

    Ou bien, est-ce que je préférerais plutôt voir Jérém succomber à la virilité du beau Romain, le voir changer complètement de rôle, découvrir le plaisir de se laisser dominer… il faut admettre que l’idée que Jérém puisse trouver « plus fort » que lui, et qu’il puisse « accepter » son désir inavoué pour les mecs… ça m’excite autant que le premier fantasme…

    Cette deuxième option, bien qu’excitante, me parait cependant bien plus dangereuse… car elle risquerait de changer beaucoup de choses dans mon regard vis-à-vis de mon beau brun, de remettre en questions le fantasme de la toute puissance de sa virilité, fantasme que, il faut l’admettre, est un élément clef de mon attirance pour lui…

    Cette deuxième option pourrait également perturber l’attitude de Jérém, déjà bien instable par ailleurs, vis-à-vis de moi… peut-être que sur le moment il serait capable de prendre son pied avec ce gars… mais le fait que j’en sois témoin, que j’assiste à sa chute du rôle de male alpha, pourrait bien lui rendre ma présence insupportable à l’avenir…

    Oui, il me faut choisir, les secondes passent et j’entends les semelles des baskets des deux beaux bruns crisser sur le goudron du trottoir… je sens les queues frémir dans les boxers… même si j’ai peur d’être débordé par ce plan, même si je crains qu’il ne puisse changer notre relation entre Jérém et moi… non, je n’ai pas le choix… si je donne forfait, si je rentre chez moi, je vais être jaloux à en crever, je ne vais pas dormir de la nuit…

    Alors, voilà le programme… je sais qu’avec Jérém ce n’est que de la baise, de la super baise… j’ai envie de voir jusqu’où cela va m’amener, prendre ce qu’il y a à prendre… même ce plan de dingue avec un autre super bomâle jouant dans sa même catégorie… au fond, objet sexuel ou juste spectateur, je m’en tape…

    Nous remontons le trottoir vers la rue de la Colombette en silence total… les deux bruns côte à côte, moi juste derrière… fou de ces deux torses en V moulés dans des t-shirts au couleurs antagonistes, envoûté par deux fessiers d’une beauté plus que surnaturelle et par le mélange de leurs deux parfums de mec…

    Et là, à un moment, c’est le déclic… je viens de réaliser quelque chose… je crois que j’ai compris ce qui vient de se passer entre les deux étalons…

    Deux males indiciblement beaux se rendent dans une boite à pd pour vérifier l’effet de leur charme sur un nouveau public… les deux mâles se croisent… et dans cet endroit où tout semble acquis pour eux, ils trouvent l’un dans l’autre le challenge qu’ils cherchaient…

    C’est en approchant de près son apart, celui que je considère le sanctuaire de notre relation, que je retrouve en moi de nouvelles inquiétudes vis-à-vis des conséquences que ce plan à trois va avoir sur notre relation…

    Mais bon, maintenant on y est… alors, en avant… nous passons la porte d’entrée de l’immeuble, nous montons les escaliers, nous rentrons à l’apart…

     


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    Les épaules appuyées contre le mur, le bassin et la bosse bien en avant, la cigarette tenue aux bords des lèvres avec une nonchalance totale et assumée… le bras légèrement plié, la main droite dans la poche du jeans, la gauche à moitié enfoncée derrière la braguette et prête à quitter ce lieu si agréable au toucher pour récupérer la cigarette entre deux taffes… le petit groupe de potes tournoyant autour de son charme puissant… presque des groupies qu’il semble jauger avec un regard distant, empreint de suffisance, avec une indifférence qui aurait presque des allures de mépris… 

    Non, je ne m’y étais pas trompé… le mec est effectivement d’une beauté à faire capituler non seulement des villes, mais des pays tous entiers… certes, on se rend vite compte qu’il transpire de son attitude une sorte d’arrière-goût d’arrogance, un air comme de « je suis canon, on ne peut pas me résister, alors il n’y en a que pour ma gueule, et c’est bien normal », une conduite qui confère à sa personne un côté plutôt agaçant, limite odieux… mais, au final, furieusement sexy…  

    Oui, lorsqu’on le regarde, on voit tout de suite des tonnes de claques perdues flottant autour de lui… des claques qu’on a aussitôt envie de rattraper… bien entendu, une envie bien plus urgente et impérieuse, celle de le sucer illico tout de suite, prend vite le pas sur notre première résolution… 

    Un très beau brun au t-shirt blanc d’un coté, un brun très beau au t-shirt noir de l’autre, les mêmes attitudes de mâle sexy et dominant… cette nuit, l’entrée du On Off brille de mille feux… 

    Alors, pendant que Jérém fait durer sa cigarette, je lâche mon gay-scanner dans la numérisation 3D du beau brun inconnu à ma droite… vu le très haut intérêt scientifique du spécimen, je paramètre la définition de mes capteurs au plus haut niveau… je lance le processus sans tarder… c’est une opération qui va prendre du temps, car pour obtenir un max de précision, je suis obligé de m’attarder sur chaque détail… quand on parle de dévouement à la science… 

    Je commence du haut vers le bas… ma première considération en tant que scientifique est très méthodologique : « Putain… qu’est-ce qu’il pue le sexe ce petit con… ».  

    Voilà le compte rendu détaillé de mon expérience. 

    Brun, très brun. Aussi brun que mon Jérém. Chaque regard que je pose sur sa personne, chaque détail de son anatomie, chacune de ses respirations, comme autant de « piqûres d’aiguille » au cœur tant sa beauté est insoutenable, tans sa sexytude est brûlante… oui, presque aussi aveuglante que celle de mon beau brun… 

    Des yeux pénétrants, vifs, balayant sans cesse l’espace, un regard dégageant toute sa vigueur de mâle dominant, affichant implacablement une attitude de jeune lion débordant d’énergie, laissant transparaître un côté « jeune premier » exhibé avec fierté et assumé sans complexes…

    Un visage effilé, coiffé par de beaux cheveux bruns très fournis et garni par un épais duvet de barbe brune soigneusement entretenue ; elle part de ses oreilles fines, légèrement évasées, mais terriblement sexy ; elle habille la mâchoire, se déploie autour du menton et descend assez profondément autour du cou ; elle remonte ensuite, empruntant deux chemins de part et d’autre de ses lèvres charnues et sensuelles, des chemins qui se rejoignent en dessous de son nez, droit et harmonieusement puissant…  

    Oui, ce beau brun inconnu est sans conteste LE bogoss de la petite bande… un bogoss pleinement conscient de l’être, exprimant une inébranlable assurance dans la toute puissance de son charme, de son pouvoir de séduction et de sa virilité. 

    Son physique est à la fois élancé et musclé, avec des bras puissants et des grandes mains de mec… un torse en V mis en valeur par le t-shirt noir cintré moulant chaque détail de sa plastique…  

    C’est lors de cette nouvelle observation scientifique que j’arrive à réaliser une loi universelle… il existe deux façons principales de mettre en valeur l’anatomie et la beauté indomptée d’un beau brun, deux façons complètement antagonistes mais tout aussi redoutables l’une que l’autre…

    La première c’est le mode « T-shirt blanc », choisi ce soir par Jérém, la couleur immaculée dessinant un contraste terriblement sexy avec ses cheveux bruns et sa peau mate ; la deuxième façon, celle adoptée par ce bel inconnu, c’est d’opter au contraire pour le mode « T-shirt noir », la couleur foncée accentuant à l’extrême le côté brun et mystérieux de son apparence et de son attitude…

    Certes, toute la palette de nuances intermédiaires peut convenir pour mettre en valeur le torse d’un beau brun au physique avantageux, pourvu qu’il soit un minimum ajusté… ou pas… car tout va à une beau garçon… même avec une cotte à double zip, accompagnée de bottes en caoutchouc et d’un bonnet péruvien (avec pompon) sur la tête, un bogoss reste un bogoss…

    Oui, toute la palette des nuances entre le blanc et le noir peut convenir pour mettre en valeur un beau torse… car, au fond, la couleur n’est que détail… juste une déclinaison, le reflet d'une même beauté… car lorsque le contenu est aussi alléchant, il prend définitivement le pas sur le contenant…

    Avant notre arrivée, ce mec était sans doute le mec le plus séduisant dans les parages. Ca c’était avant que mon Jérém se pointe avec son t-shirt Calvin Klein cousu main sur son torse de ouf. Mais même après notre arrivée, il faut admettre que son charme reste entier et qu’il sort du lot haut la main. 

    J’ai l’impression que Jérém fait durer sa cigarette, comme pour se donner le courage d’aller au bout de ce coup de tête que, je pense, il hésite à pousser jusqu’au bout.

    Je ne peux m’empêcher de me demander toujours et encore pourquoi il fait ça… qu’est-ce qu’il vient chercher dans cette boîte à pd…

    Sans que je puisse me donner une réponse, les secondes passent, l’attente dure… alors je m’occupe… ainsi, sans vraiment l’intention d’écouter aux portes, quelques mots sortant de la conversation de la petite bande, toujours aussi bruyante, arrivent à mes oreilles au gré des rafales de vent.

    « … pour une fois qu’on arrive à traîner Romain au On Off… il faut fêter ça… » j’entends dire un premier mec avec une attitude et une voix assez maniérées..

    Un petit sourire tout juste amorcé sous la barbe épaisse du beau brun inconnu me confirme que son prénom est bien Romain. Information capitale. Trésor inestimable. Le prénom d’un bogoss. J’aurais gagné au tirage du loto, je ne me sentirais pas plus riche. Je posséderais les codes de l’arme nucléaire, je ne me sentirais pas plus puissant.

    Le prénommé Romain sourit, amusé.

    « Il n’a pas besoin de ça pour draguer… » lance un deuxième gars.

    « Ca ne vous dirait pas de vous occuper de votre cul et me foutre la paix ? » dit le beau barbu en sortant de sa réserve sur le ton de la plaisanterie.

    C’est en écoutant cet extrait de leur conversation que j’ai comme la confirmation de quelque chose qui m’a sauté aux yeux dès le départ… le fait que la présence de ce mec a l’air de détonner non seulement avec la bande de potes qui l’entoure mais également avec cet endroit… oui, le décalage entre ce mâle sexy, viril, plutôt classe, et ces mecs habitués des lieux, est plutôt étonnant… j’ai l’impression qu’il y a comme quelque chose qui cloche, comme une erreur de casting… oui, le beau barbu à l’air de se demander ce qu’il fait là… 

    D’un autre côté, il faut voir comme ça lui plaît de se faire mater par les quelques gars qui approchent de la boîte… des regards qui rebondissent de brun en brun, de t-shirt en t-shirt, de Jérém en Romain… 

    Oui, j’ai l’impression qu’aussi bien l’un que l’autre, les deux bruns sont en train de se demander si c’est bien là l’endroit où ils auraient envie d’être à ce moment précis…  

    Mon Jérém a l’air d’hésiter… serait-t-il à cause du côté « trop pd » de l’endroit, dont la petite bande doit lui sembler le symbole peu engageant ? 

    Le beau Romain, quant à lui, a carrément l’air de se faire chier… serait-t-il à cause du fait qu’il n’a pas encore repéré de « proie » à sa mesure ? 

    J’ai l’impression que ce qui les retient de partir, aussi bien l’un que l’autre, est d’abord le fait de s’y être engagé… Jérém vis-à-vis de moi, bien que tacitement, le beau Romain vis-à-vis de ses potes… se dérober si prêt du but, ça équivaudrait à se dégonfler… et un mâle dans leur genre ne supporte pas de se montrer faible… 

    Cependant, je doute que cette raison ne suffise à elle seule… je pense que la raison principale qui semble les attirer vers l’enseigne rouge clignotante semble être plutôt la curiosité de voir l’effet que leurs charmes respectifs vont faire à cet endroit, une curiosité plus forte que leur répulsion pour l’endroit même… je pense qu’ils ont tous les deux envie d’exhiber leur virilité pour en vérifier l’effet sur un public conquis… où pourraient-ils avoir plus de succès qu’ici, après tout ? 

    Parfois l’ego masculin aspire à escalader des montagnes inaccessibles… à d’autres moments, il se contente tout simplement d’enfoncer des portes ouvertes… dans un cas comme dans l’autre, il aime découvrir des terrains de chasse inexplorés… 

    Une rafale de vent un peu plus forte agite bruyamment le feuillage des platanes. J’ai du mal à entendre leurs conversations… cependant, voilà qu’un certain nombre de mots, captés par-dessus le bruit du vent, retiennent illico mon attention… parmi eux : « beau vendeur », « magasin de mobiles », « derrière le Capitole »…

    Immédiatement ma base de données « Bogoss » fait le lien avec ce mec, Mathieu de son prénom, le jeune vendeur de mobiles de la rue d’Alsace-Lorraine qui m’avait tant plu le jour du shopping avec Elodie…

    Là, mon attention est entièrement captée, ma curiosité aiguisée. Je tends carrément l’oreille. Par chance, les éléments se calment… c’est là que je vais être le témoin involontaire de ce que je pourrais qualifier de véritable « conversation de pétasses »…

     « Vous avez vu le nouveau vendeur chez ***telecom dans la rue d’Alsace-Lorraine ? Il est graaaaaaaave sexy… » commence le premier mec ; et il continue « dès que je l’ai vu à travers la vitrine, je me suis dit que j’avais besoin de changer de portable… ».

    « Mais tu l’as changé il y a quelques semaines… et vu le bijou que t’as pris, t’es engagé au moins jusqu’en 2016… » fait observer un troisième mec.

    « On s’en fiche, je suis quand même rentré lui demander plein de renseignements… » assume le premier.

    « Juste parce que tu l’as trouvé mignon… tu es pathétique… » réagit le troisième mec.

    « T’aurais dû le prendre en photo… » balance le deuxième sur le ton de la boutade.

    « Oui, j’aurais dû prétendre que l’appareil photo ne marchait pas et le prendre en photo pour lui montrer… » considère le premier.

    « Il t’a tapé dans l’œil… » réagit le deuxième mec.

    « Oui, grave… il est un brin enveloppé… » continue le premier, enjoué « et il a un de ce putains de regards coquins… vraiment, celui là je me le ferais bien… ».

    « T’es vraiment une salope… » relance le deuxième, moqueur.

    « J’ai lu sur son badge qu’il s’appelle Mathieu… un prénom de bogoss… » continue le premier, sans prêter attention aux mots désobligeants de son pote ; il marque une petite pause et il continue « je suis sur qu’il plairait à Romain… ».

    Pendant cet échange, mes yeux, comme aimantés, n’ont pratiquement pas bougé du visage du beau barbu… sa cigarette toujours au bec, il n’a pas pris part à cette joute de pétasses… comme s’il estimait ce genre de conversation indigne de son statut de mâle dominant, comme s’il se sentait au-dessus de tout ça…

    Cependant, j’ai parfois remarqué des réactions passer sur son visage, des expressions tout juste amorcées et aussitôt effacées… des réactions restées muettes…

    Voilà à quoi ressemble un brun « Ténébreux »… comme une star, il reste en retrait, se fait désirer… du moins jusqu’à ce qu’on l’interpelle directement :

    « Tu devrais passer au magasin de mobiles un de ces jours… » relance le premier mec.

    C’est à ce moment-là que le visage du barbu s’anime soudainement, et que le petit sourire que je devinais caché sous sa barbe s’ouvre dans un franc smiley, délicieux, malicieux, canaille.

    La tête légèrement inclinée à gauche, les paupières juste mi ouvertes, cachant en partie ses yeux ; le menton qui se relève, ce qui fait que son regard toise maintenant son public de très haut ; toute la mimique de son visage, que je découvre ainsi capable d’être très expressive au besoin, se met en action ; son sourire coquin se met en biais, une étincelle lubrique et réjouie brille dans son regard… là, côté sexy et arrogant, le mec nous fait un festival…

    « Pas besoin d’aller au magasin… » finit-il par lâcher.

    « Tu rates quelque chose… » insiste le premier mec.

    « Il ne passe pas sa vie au taf, ça je peux vous le certifier… » répond le beau barbu, en terminant sa phrase sur un ton qui laisse entendre qu’il n’a pas encore tout dit…

    Je regarde ses potes, comme suspendus à ses lèvres, faute de l’être à sa braguette… je me dis qu’il ne doit pas y en avoir un seul qui ne rêve pas de se faire défoncer par ce beau mâle… mais je devine aussi que, si le gars s’est fait traîner pour venir à cet endroit, il doit avoir des habitudes de chasse bien différentes, condamnant ainsi les fantasmes des mecs de la petite bande à rester tels à jamais…

    Oui, l’entrée en scène est soignée… il fait mijoter ses groupies… son silence, orchestré avec un savoir-faire certain, aiguise la curiosité… oui, le silence après du Mozart, c’est encore du Mozart… et le silence avant une sentence de petit con, c’est déjà du petit con…

    C’est dingue comme son attitude est capable d’attirer l’attention sur lui, avant même qu’il ait proféré le moindre mot… je ne le connais pas, mais je me sens soudainement faire partie de cette bande de pétasses sous son charme…

    Après une pause, sûr de l’effet que ses mots vont avoir, il finit par balancer avec nonchalance :

    « Lui non plus ne s’est pas fait prier pour s’allonger… ».

    Bam ! Je ne m’y étais pas trompé… son attitude conquérante de mâle très sûr de lui annonçait du lourd. Et il a envoyé du lourd. Tellement du lourd que j’ai failli tomber sur le cul.

    Affolé par ce que je viens d’entendre, je tends encore un peu plus l’oreille pour m’assurer d’avoir bien compris…

    « Tu nous fais marcher… » fait d’ailleurs le troisième mec, le ton mi-affirmatif mi-interrogatif.

    Un sourire lubrique en coin qui ne s’efface pas de son visage, associé à son silence théâtral, constitue une réponse plus qu’explicite. Non, ce n’est pas une blague… j’oscille entre excitation extrême et frustration, déception inexplicable…

    « Putain, tu te l’es tapé… un de plus… je ne sais pas comment tu fais… » commente le troisième mec, visiblement admiratif.

    Comment il fait ? T’es aveugle ou quoi ? Gaulé comme il est, avec sa belle petite gueule arrogante à gifler… qu’est ce qu’il te faut pour avoir envie de te mettre à genoux… et ce, rien que pour commencer… ?

    « Je croyais que la plupart des mecs sont comme les canapés Ikea… » considère le premier mec en rigolant ; et il continue « réversibles mais difficiles à monter… ». 

    « Il faut croire que certains sont moins compliqués que d’autres… » répond le beau Romain en expirant le premier nuage de fumée de la cigarette qu’il vient tout juste d’allumer.

    Le ton de sa voix est très posé, très calme, très sûr de lui, son visage et son regard affichent une assurance qui met presque mal à l’aise… le gars est là, les épaules toujours appuyées au mur, une main dans la poche du jeans, l’autre tenant sa cigarette ; faisant état, en tout juste quelques mots entremêlés de longs silences, de sa domination virile sur un mec « insoupçonnable »… donnant des leçons l'air de rien, comme s'il parlait à des enfants qui ne comprennent pas tout...

    Et moi… moi je suis scié… sonné… abasourdi…  

    D’abord pour la forme… habitué au côté petit con de Jérém, je pensais être préparé à tout… mais là… ce Romain… cet aplomb de jeune coq conquérant, ce côté sale gosse impuni sans complexes… ça dépasse l’entendement, tout ce qui est humainement supportable… là, dans le genre petit con… on frise le chef d’œuvre... oui, même Jérém n’a qu’à bien se tenir… ce mec est au petit con ce que Anna Wintour est à la mode, ce que Madonna est au star system... une icône...

    Oui, dès qu’on pose le regard sur lui, on devine de suite des tonnes de baffes perdues… mais dès qu’on l’entend parler, cette impression devient certitude et on en vient à se dire que pour en arriver à ce stade, ses parents devaient être manchots…

    Pourtant, dieu sait qu’il en mériterait des baffes… même tardives… hélas, à ce stade, c’est irrattrapable… le gifler serait peine perdue… à mon avis, si on commence à lui mettre des baffes pour tenter de calmer son arrogance, on aura mal aux mains avant qu'il ait mal à la gueule...

    Ceci étant, c’est évidemment sur le fond que je suis terrassé… mon charmant Mathieu… ainsi j’avais tout faux à son sujet… je m’étais dit d’abord, comme d’habitude, qu’un aussi beau mec ne pouvait pas ne serait-ce qu’envisager des trucs avec d’autres garçons… même en lui réservant le rôle de « mec », en le suppliant d’avoir la chance de le faire jouir…  

    Bingo ! Et là, tout mon petit monde vient de s’effondrer… non seulement je découvre qu’il a un sérieux penchant pour les garçons, preuve en est qu’un beau Romain a pu l’aborder apparemment sans effort… mais que, toujours sans effort, le beau Mathieu a vite abdiqué à ses prérogatives de jouissance masculine pour se soumettre au plaisir d’un mâle dominant… comme quoi, certains cachent bien leur jeu…  

    Ce qui me fait le plus mal, au fond, c’est de penser que ce mec ne m'est pas accessible, alors qu’il l’est pour d’autres mecs… non, il ne m’est pas accessible, car je ne sais pas comment m’y prendre pour aborder un mec dans la vie courante… moi qui voudrais non seulement le faire jouir mais le câliner, lui montrer à quel point il me touche au-delà de son charme…

    Mais il est pourtant accessible à des mecs comme ce Romain pour qui il n’est au final qu’un coup parmi d’autres, un exploit sexuel qui se retrouve balancé avec vantardise dans une discussion entre mecs…

    « Un bon coup de queue, ça calme… » résume Romain entre deux taffes, pendant que ses acolytes visiblement émoustillés continuent de commenter sa performance.

    Putain de gars, capable de montrer, l’espace de quelques phrases, toute la panoplie d’attitudes du mec insupportablement sur de lui, voire carrément détestable…

    Le récit de son aventure avec le beau Mathieu, sacrement explicite malgré l’économie des mots, m’a carrément désarçonné…

    Tout absorbé dans mes pensées, je ne me rends même plus compte que je le mate sans ménagement… 

    C’est sans doute la raison pour laquelle à un moment nos yeux se croisent… ce n’est qu’un instant, car je n’ose pas soutenir son regard de braise qui soudainement me rappelle tant celui de mon beau brun… un regard froid, fermé, distant, sans expression, qui met presque mal à l’aise… mais un regard chargé d’une sensualité brûlante, une sexualité qui transpire de sa personne toute entière, un regard qui semble annoncer inlassablement : « je vais te baiser et tu vas tellement aimer ça que tu vas me remercier et en redemander… ». 

    Première conclusion de mon étude très scientifique : la presque certitude que se frotter à ce genre de mec équivaut à se laisser dominer l’espace d’une baise torride pour se faire jeter juste après… hélas, cela n’empêche en rien qu’on puisse quand même avoir envie de vérifier la puissance sexuelle qui sous-entend à son arrogance de petit con… pendant un instant, comme un flash, je l’imagine dans le rôle de Jérém, sauvage, limite brutal, impatient de jouir, imposant son rythme pour atteindre l'instant ou toute sa virilité me remplirait la bouche d'un nectar chaud et exquis....
    Deuxième conclusion de mon étude très scientifique : tout dans son attitude et dans son regard semble indiquer que rien ni personne ne semble vraiment l’intéresser… rien, mis à part lui-même… car la seule chose qu’il semble affectionner c’est d’être regardé, désiré, jalousé… au final, les autres, y compris sa petite bande, ne semblent être à ses yeux qu’un moyen à sa libre disposition pour atteindre son plaisir, entretenir sa fierté masculine, célébrer sa primauté virile…

    Troisième conclusion de mon étude très scientifique : ce mec a l’air d’un sacré filou, totalement centré sur lui-même, étranger à toute bienveillance vis-à-vis de son prochain… je dirais qu’il incarne à mes yeux ce que j’appellerais l’« anti-Thibault »…

    Conclusion 1+2+3 = loi universelle selon Nico : le fait est que ce genre d’attitude, lorsque je l’imagine transposé dans une sexualité puissante, me donne des idées totalement lubriques... déjà rien que son physique est un scandale, mais l’effronterie par-dessus, il est sexy puissance mille… alors, comment résister à ce physique de dingue, à cette petite gueule de p’tit con trop sexy, qui se paie en plus le luxe de baiser des mecs comme Mathieu ?

    Perdu dans mes réflexions, je finis par capter à nouveau son regard… et je réalise qu’il est toujours en train de mater dans ma direction…

    Soudainement, je suis saisi d’un doute… qui devient rapidement certitude… je ne crois pas que son regard me soit destiné… en réalité, je crois que le beau Romain est en train de mater mon Jérém…

    Preuve en est que, lorsque je me tourne vers mon beau brun, je surprends un regard fuyant en direction du beau Romain… là, je commence vraiment à être inquiet… un échange de regards entre beaux bruns… deux méga bombasses qui vont se retrouver dans la même boîte… ça ne présage rien de bon… si Romain cherchait une « proie à sa mesure »… là il tient le bon lot… il faut que je la joue fine… pas envie de jouer le mec qui tient la chandelle…

    Jérém vient enfin de terminer sa clope… il balance nonchalamment le mégot avec l’index et je le vois décoller ses épaules musclées du mur et se diriger droit vers l’entrée du On Off…

    « Tu veux vraiment y aller ? » j’essaie une dernière fois de le retenir pendant qu’il passe devant moi.

    « Oui, pourquoi ? » il me répond tout naturellement en continuant à avancer vers l’entrée.

    Je sais que je ne pourrais pas l’empêcher. Alors, autant garder un oeil sur lui… j’ai très envie de me tirer, mais rentrer chez moi en sachant mon Jérém « tout seul » dans une boîte à pd, c’est un truc au-dessus de mes forces…

    A la faveur de ce court échange, ni moi ni Jérém n’avons remarqué le mouvement de l’autre côté de l’entrée… oui, la petite bande a bougé, presque en même temps que nous, le beau brun Romain en tête… résultat des courses… mon beau Jérém et le beau Romain arrivent en même temps dans l’encadrement de la porte… les deux mâles rentrent en collision…

    Arrêt sur image… deux avant-bras à la peau mate se touchent, deux t-shirts de couleurs opposées se frôlent…

    On a frôlé l’incident de beau brun… la petite bande stoppe net l’avancée et se met en mode « voyons un peu ce qui va se passer »…

    Mon beau brun se tourne vers Romain avec un regard noir, sévère, contrarié… je sais que, notamment dans l’état d’esprit où il est après les émotions collectées au KL et pendant notre retour en voiture, il ne va pas falloir le chauffer ce soir, sous peine de le voir démarrer au quart de tour… mais Romain n’a pas l’air impressionné… pas du tout même… il le regarde fixement, sans se démonter… les deux mâles se toisent… dans le regard de Jérém il y a de la surprise et un principe de surchauffe, dans celui de Romain, du défi et un je-ne-sais-quoi de volontairement impertinent… pendant un court instant, je crois que mon Jérém va péter un câble, je sens qu’il a besoin de se défouler, j’ai peur qu’il bouscule le beau Romain et qu’ils en viennent aux mains… et ce serait vraiment dommage…

    Mais rien ne se passe… les regards se figent, l’affrontement dure… le mec doit trouver Jérém magnifique, avec ce regard de tueur… pour peu que Jérém lui trouve un dixième du charme que moi je trouve à ce mec… là on va droit à la catastrophe… putain… pourvu que ça ne se transforme pas en un début de drague… si Jérém se met dans la tête de se taper Romain… et si Romain est partant aussi… ou bien l’inverse… mon pauvre Nico, t’as plus qu’à compter les points… 

    Bien évidemment, alors qu’il me semble s’étirer sur une petite éternité, leur regard ne dure en réalité qu’une seconde… un instant de surprise pour Jérém, un moment pour satisfaire la curiosité de Romain… et ça se termine lorsque le beau Romain, ayant probablement déduit de cet échange de regards que le beau mâle en t-shirt blanc en a dans le boxer, idée qui ne doit par ailleurs pas lui déplaire, finit par lâcher : 

    « Ca va aller, mec ? » tout en faisant un pas en arrière et baladant son regard de Jérém à moi et de moi à Jérém, essayant de jauger si on est ensemble ou si on est juste potes.

    L’expression menaçante de mon beau brun semble se détendre un brin. 

    « Ca va aller… » répond-il en détournant son regard et en poursuivant sa route. 

    Romain lui emboîte le pas, suivi à son tour par la petite clique qui s’empresse de marcher dans le sillage du chef de meute… je passe mon tour sans broncher, toujours hésitant à l’idée de rentrer au On Off…

     

    [Nda : cet épisode comporte une scène imaginée dans une boîte gay toulousaine ayant existée et qui n’existe plus aujourd’hui. La configuration des lieux dans la narration, notamment la présence du « couloir sombre », ne correspond pas à la véritable configuration des lieux de l’époque ; elle est librement adaptée pour les besoins du récit, notamment en m’appuyant sur des souvenirs d’autres boîtes du milieu gay]. 

     

    C’est la première fois que je mets les pieds dans cet endroit. Je suis passé devant plusieurs fois. Le jour, en me baladant sur le bord du Canal. Le soir, parfois. J’ai vu briller son enseigne rouge dans la nuit comme un appel à moi, à mon être profond. Sans oser franchir le pas. Sans oser en franchir le seuil. Il a fallu qu’on m’y amène. Il a fallu qu’il m’y amène. 

    Oui, pour que j’ose franchir la porte du On Off, l’une des boîtes à pd les plus branchées de la ville, pour que j’accepte de prendre le risque de pénétrer dans ce lieu de « perdition », il a fallu que mon Jérém m’y amène… 

    C’est la première fois que je rentre à l’On Off et déjà je découvre que j’aime…  

    PAS !!!  

    Ca n’a rien à voir avec le lieu… c’est juste que, dès mon entrée, je vois le beau Romain en train de taper la discute avec mon Jérém à moi… ça commence mal… je n’entends pas encore ce qu’ils se disent, mais je vois Romain lui balancer un sourire qui ferait fondre une montagne… ce qui rassure un peu, c’est que Jérém ne rigole pas, il semble limite tendu, pas vraiment à l’aise… lorsque j’arrive à proximité, j’entends le barbu lui proposer un verre « pour oublier le petit incident ». 

    Putain, il perd pas de temps, le mec… je t’en foutrais, du petit incident… 

    « Merci » j’entends mon brun lui répondre « mais ça va aller… ». 

    Ouf… merci Jérém, une fois de plus ce soir, je suis fier de toi. Je suis toujours fier de mon brun lorsqu’il refuse des avances. Beaucoup moins lorsqu’il les accepte. 

    « Comme tu voudras… » réagit le mec, sans ciller, et il conclut « peut-être à plus tard… ».

    Oui, c’est ça, à plus tard… va donc te faire foutre… ailleurs…

    Jérém se contente de lui répondre avec un petit sourire un peu forcé.

    Romain s’éloigne de nous, direction le bar. Ses groupies l’y attendent de pied ferme.

    Jérém avance à son tour, direction le bar aussi, mais à l’opposé de la petite bande. Il traverse la salle d’un pas lent, assuré et, inutile de le préciser, tout le monde se retourne sur son passage, tout comme ça a été le cas un instant plus tôt au passage du beau Romain…

    La boîte est bondée de monde et, au premier abord, sans que j’aie encore eu le temps de bien m’en rendre compte, il y aurait pas mal de belles choses à recenser… malgré ça, force est d’admettre que, dès leur entrée, mon beau Jérém et le beau Romain, un brun très beau et un très beau brun, sont les lumières les plus rayonnantes de la boîte… deux beaux mâles virils, l’un avec un t-shirt blanc, l’autre avec un t-shirt noir de cet acabit dans une boîte de pd… ça force le respect, ça détourne les regards, ça donne des envies, ça fait bander à des endroits et se détendre à d’autres…

    En plus, les deux étalons ont ce soir un atout inestimable à leur actif… ce sont des nouvelles têtes… ce qui fait que, en plus du désir, ils suscitent la curiosité…

    Bon, il ne faut pas que j’oublie que je suis là pour « assurer la sécurité sexuelle » de mon beau brun… hélas, il ne fait rien pour me faciliter la tâche… avec son beau t-shirt blanc sur son torse parfait, avec sa démarche assurée et son attitude froide et distante, avec ce côté petit militaire en permission que je n’arrive pas à dissocier de lui, j’ai l’impression que mon Jérém est en train de faire un défilé, un défilé très viril pour le coup, pour CK… l’effet est immédiat… des tonnes de regards saturés de désir se posent sans cesse sur lui… c’est comme si mon beau brun était en train de se faire sucer par ces regards… l’état d’alerte est maximal…

    « Tu bois quoi ? » il me demande une fois atteint le comptoir.

    Prenant sur moi pour ne pas lui répondre la même chose que la dernière fois qu’il m’a posé cette question, quelques heures auparavant à la Bodega, je lâche :

    « Un coca ».

    J’en ai marre de boire. J’ai juste soif. Il rigole. Il se moque. Il est beau. Le plus beau de tous. Sans hésitation. Petit con, va. Il le sait. Alors, qu’est ce que l’on fout ici ? Qu’est-ce qu’il est venu chercher de plus ?

    Il est super tard, demain il a match, il n’y a pas vraiment de nanas en vue… il y a en revanche beaucoup de mecs… je suis à la fois jaloux et fier de toutes ces attentions… jaloux, ça se comprend… fier… c’est parce que tout ce désir que je sens flotter autour de lui me donne une nouvelle dimension de son charme universel, ainsi que l’ampleur de la chance qu’est la mienne de pouvoir accéder à sa sexualité…

    Je sens que l’émoustillement général risque de provoquer des débordements… risque d’émeute… je suis sur la défensive… je surveille l’assistance pour guetter le moindre mouvement en direction de mon beau brun… je dois avoir une tête de pitbull qui surveille son os… pire… j’ai l’impression d’avoir la tête de Silvia Fine au mariage de Fran, lorsque, après que le curé ait demandé si quelqu’un avait quelque chose à dire contre cette union avant de se taire à jamais, elle se retourne avec un regard noir, l’air de dire « le premier qui bouge ne serait-ce qu’un poil, il est mort… ». 

    Jérém m’a filé un verre… il a la couleur du Coca, il y a du Coca, mais pas que… euh, Jérém… je n’ai jamais dit un whisky-coca… la première gorgée me surprend, et je dois grimacer comme un couillon… lorsque je retrouve mes esprits, je vois Jérém en train de rigoler sous la moustache… t’es vraiment un petit con… t’es scandaleusement beau mais t’es un bon gros petit con…

    La descente du beau brun est autre que la mienne… accoudé au comptoir en train de siroter sa Vodka, il laisse son regard balayer la salle… qu’est ce qu’il regarde ? qu’est ce qu’il cherche ? il va forcément capter tous ces regards en mode « j’ai envie de toi »… et après ?

    J’essaie de suivre son regard, mais c’est peine perdue… alors j’en fais de même, je fais un tour de la salle pour voir si mon regard arrive à en capter qui seraient intéressés… hélas, lorsqu’on se trouve à côté de Jérém, on n’existe plus… lorsque je reviens à mon Jérém, je le vois regarder fixement en direction d’un couloir sombre sur notre gauche…

    Soudainement, je le vois décoller ses reins du bord du comptoir et s’y diriger.

    Naïf comme je pouvais l’être à l’époque, je me dis que ça doit être l’entrée des toilettes… moi aussi j’ai envie de faire pipi, alors je lui emboîte le pas… hélas, ma naïveté est très rapidement mise à mal par la circulation qui semble animer cet espace sombre et isolé. Des ombres semblent en effet aller et venir sans cesse à l’intérieur de ce couloir mystérieux.

    Mon beau brun marque un temps d’arrêt. Pendant ce temps, deux mecs nous dépassent, me heurtent au passage, s’engouffrent dans le couloir sans se poser de question et disparaissent dans une ouverture à droite… on entend le bruit d’une porte coulissante. Ça y est, je viens de comprendre… de comprendre le sens du mot back room…

    Jérém a fini son verre, il le pose sur une sorte de rebord accroché au mur à droite de l’entrée du couloir et il s’engouffre à son tour dans ce passage inconnu…

    Mais pourquoi… pourquoi… pourquoi il fait ça ce petit con ? Putain… écoute un peu cette chanson qui sort de la sono… 

     

    U don't have 2 be beautiful/Tu n'as pas à être magnifique
    2 turn me on/Pour m'exciter
    I just need your body baby/J'ai juste besoin de ton corps bébé
    From dusk till dawn/Du crépuscule jusqu'à l'aube
    U don't need experience/Tu n'as pas besoin d'expérience
    2 turn me out/Pour me faire chavirer
    U just leave it all up 2 me/Laisse-moi faire
    I'm gonna show u what it's all about/Je vais te montrer comment on fait
     

     

    U don't have to be rich/Tu n'as pas à être riche
    2 be my (girl) boy/Pour être (ma nana) mon mec
    U don't have 2 be cool/Tu n'as pas à être cool
    2 rule my world/Pour me diriger
    Ain't no particular sign I'm more compatible with/Il n'y a aucun signe avec lequel je ne suis pas compatible
    I just want your extra time and your/Je veux seulement ton temps libre et ton
    Kiss/Baiser 


    Jérém avance lentement dans la pénombre et moi derrière lui. Pas après pas, la musique de la salle principale arrive de plus en plus estompée à nos oreilles… plus on s’éloigne, plus le son se fait ouaté… on a l’impression de rentrer dans le placard du resto de 11.22.63 et de se retrouver plongé dans une autre dimension… 

    Et au fur et à mesure que les basses perdent d’intensité, ce sont d’autres bruits qui arrivent à nos oreilles… des bruits qui ne trompent pas… ce sont des bruits de peaux qui se frottent entre elles, de lèvres qui caressent, qui sucent, de corps qui s’emboîtent, ce sont les bruits du sexe, des gémissements plus ou moins contenus de plaisir…

    Ca a ce côté glauque, mais en même temps, je dois bien avouer, un côté excitant, le côté excitant de l’interdit, du « malsain »....

    Au bout de quelques instants plongé dans la pénombre, l’œil finit par s’adapter à la faible lumière des quelques leds allumées… j’arrive à mieux distinguer les formes, les corps, les désirs… à droite et à gauche du couloir, des portes donnant accès à des petites alcôves… certaines sont fermées, d’autres non, laissant ainsi plus qu’entrevoir ce qui s’y passe à l’intérieur…

    Postés dans l’encadrement de certaines portes, des gars observent la circulation, en attendant un regard complice, un désir partagé… je comprends de suite que si la salle principale est un endroit où la bienséance a encore quelques droits, là nous avons pénétré dans un espace sans foi ni loi… un baisodrome…

    « Ici on ne vient que pour baiser »… voilà ce qui devrait être affiché à l’entrée du couloir… car, dès que vous mettez un orteil dans ce couloir sombre, on considère que vous avez envie d’une baise et on se sent autorisé à vous regarder avec une lubricité sans détour… je ressens le poids étouffant de tous ces regards qui se posent sur moi, sur nous, sur Jérém surtout… on a fait peut-être dix mètres dans le couloir, que déjà mon beau brun aurait pu se faire sucer au moins dix fois…

    Je suis vraiment gêné… je ne sais pas si mon beau brun ressent la même gêne que moi, en tout cas il continue d’avancer et je le suis comme un gentil toutou…

    Et toujours ces questions qui ne me quittent pas… mais qu’est-ce que l’on fout ici ? Qu’est-ce qu’il cherche ce petit con ? Pourquoi on n’est pas chez lui en train de s’envoyer en l’air comme des malades ? J’ai envie de le sucer…

    Pas après pas on approche lentement du fond du couloir, là où, derrière un rideau à lattes en plastique translucide, une espèce de lueur semble appeler le nouvel arrivant.

    Jérém, en explorateur curieux, s’y engouffre. Je le suis. On se retrouve dans une petite salle avec quelques fauteuils, et toute la paroi à notre gauche couverte par un écran où est projeté un porno gay… dans le film, un beau blondinet est allongé sur un lit, sur le ventre, en train de se faire défoncer le cul et la bouche par deux étalons bien montés… la scène est plutôt crue et je suis gêné d’y assister… que ce soit pour la scène en elle-même, pour l’endroit que je trouve de plus en plus glauque, pour le fait qu’il y a du monde qui nous regarde ou bien pour le fait d’y assister en présence de mon beau brun…

    Jérém fixe l’écran, et il semble être bien le seul… dès notre arrivée, tous les gars présents ont tourné le regard vers ce t-shirt blanc qui brille sous le reflet de la lumière réfléchie par l’écran… côté audimat, le film tombe à zéro… mon Jérém récoltant tous les suffrages…

    Mon regard se balade nerveusement dans la salle, me demandant quand mon con de beau brun va se décider à foutre le camp de là… je suis super mal à l’aise et j’ai vraiment envie de partir… mais avec lui… avec lui !!! Cet endroit pue la baise pure, le sexe pour le sexe… Jérém… tu mérites mieux que ça…

    Au bout d’un moment, j’aperçois, debout contre un mur de la salle, un mec en train de fumer sa clope… il fume, mais pas que… le gars est en train de se faire sucer par un type accroupi devant sa braguette, mais presque complètement caché à ma vue par un alignement de fauteuils… je me dis que jamais je n’oserais faire ça, ni me faire faire ça, devant du monde…

    A la simple lueur de l’écran, je devine sur son visage le passage des frissons d’une fellation qu’il contrôle par sa main fermement posée sur la nuque du mec à genoux… et je me rends compte aussi que, tout en prenant son pied, il regarde dans notre direction…

    Le gars à genoux a l’air de bien connaître son sujet, je le vois s’y prendre avec application… il pompe de façon ininterrompue, presque sans respirer… je connais ça… il s’y prend comme un gars impatient de goûter au jus d’un beau mâle… reconnaissant à ce dernier de lui offrir cette chance inouïe…

    Oui, bien aiguillé par la main sur sa nuque, le gars pompe comme si sa vie en dépendait… du moins jusqu’à ce qu’il se rende compte que tout le monde regarde en direction de l’entrée, jusqu’à ce que sa curiosité le pousse à abandonner provisoirement son affaire… affront que le mec débout rattrape presque instantanément, après avoir précipitamment jeté sa cigarette, les deux mains libérées, utilisées pour enserrer la tête de son suceur et le contraindre à revenir illico à sa noble mission…

    Son visage est alors à nouveau parcouru par les frissons du plaisir de mâle… et il nous regarde toujours… je vois également Jérém regarder dans sa direction… à quoi pense-t-il à ce moment précis ? Envie-t-il le mec avec la queue dans une bouche inconnue et accueillante ? Regrette-t-il que je sois là avec lui, sans quoi il serait déjà en train de se faire sucer lui aussi ?

    Ou bien… en est-il, au contraire, mal à l’aise, interloqué, comme je le suis moi-même, sur le coup d’une découverte inattendue ? Se fait-il, a ce moment précis, une image terriblement négative du milieu gay, et de l’homosexualité en général, un monde auquel il ne voudra plus, encore moins qu’avant, être « associe » dans sa tête ?

    Jérém, mon beau et con Jérém, lui qui n’est même pas prêt à affronter sa double nature et ses envies de baiser avec un petit pd, il découvre ici, en même temps que moi, l’un des aspects les plus glauques du milieu gay… avec le risque qu’il y porte désormais un regard encore plus méprisant, un regard de dégoût… un mépris et un dégoût auxquels je crains de finir associé dans son esprit…

    C'est aussi ça que je craignais tout à l’heure en le voyant avancer en visant l’enseigne clignotante du On Off… non seulement qu’il se fasse draguer… mais qu’il trouve l’endroit, le milieu, malsain… et qu’il trouve alors de plus en plus insupportable de céder à des pulsions avec son pd de service… sa petite salope…

    Dans la pénombre de la petite pièce, je vois son dos juste devant moi… je sais, je me répète… mais ce torse en V et sa chute d’épaules… on frôle le divin… alors, à chaque fois ça me provoque un frisson… et des envies contre lesquelles je ne peux pas lutter… qu’est ce que j’aime son cou puissant, et tout particulièrement cette région, cette lisière d’où démarrent ses cheveux bruns…

    Si je m’écoutais, j’avancerais d’un pas, je passerais mes bras autour de sa taille… en ayant au préalable pris le soin de passer mes mains sous son t-shirt et de les faire glisser sur ses abdos… je collerais mon ventre contre son dos… et je lâcherais mes lèvres à l’assaut de cette lisière d’une douceur absolue, cette région qui est également un endroit très sensible pour lui… oui, je me lâcherais sans retenue… embrassant centimètre après centimètre de sa peau… le nez perdu dans le mélange de son parfum de mec et du parfum naturel de sa peau… remontant jusqu’à ses oreilles que je lécherais, que je mordillerais sans discontinuer, pendant de longues minutes…

    Hélas, je n’ose pas… je ne sais pas ce qui est en train de se passer dans sa tête… mais lorsque je fais un check in dans la mienne, je retrouve toujours et encore les mêmes questions… mais qu’est-ce qu’on fous là ? Quelle est la véritable raison qui a poussé Jérém a venir ici ? Tester l’universalité de son charme sur un nouveau segment marketing ?… je pense… me faire chier après mon sketch avec Martin et ma crise d’insoumission dans la voiture ?... je pense aussi…

    Mais avec tout cela, peut-être autre chose… comme la curiosité de voir vraiment ce qu’il en était, si son attirance pour les mecs était vraiment réelle… voir si ce milieu l’exciterait, ou au contraire le dégoûterait... et, au final, savoir qui était vraiment Jérém T.

    Soudainement, je vois mon beau brun faire demi-tour, passer à côté de moi sans me calculer et repasser au travers du rideau de lattes translucides… j’en fais de même, soulagé de m’éloigner de cette ambiance moite qui me met si mal à l’aise…

    Jérém a remarqué que le couloir part sur la droite en sortant de la salle de projection… il avance dans ce nouvel espace inconnu… le plus naturellement du monde, je lui emboîte le pas… on n’a pas fait deux mètres, que le beau brun s’arrête brusquement, se retourne et me balance, le visage à 20 cm du mien :

    « Lâche-moi un peu les baskets, tu veux bien ? ».

    Saligaud !, j’ai envie de lui crier… saligaud !... je la voyais venir celle-là… t’es venu ici pour te taper d’autres gars, c’est ça ? Tu veux voir comment des mecs vont tomber comme des mouches devant ta virilité ? Tu veux me faire payer ma petite rébellion de toute à l’heure, c’est ça ?

    Petit con, va… t’es là, à vingt centimètres de moi, ton parfum fait vibrer mes narines et me brouille l’esprit… j’ai envie de toi… et toi tu es là, à portée de bouche… j’ai envie de t’embrasser, comme un fou… et toi… toi, tu me balances de te lâcher les baskets pour que tu puisses aller tremper ta queue ailleurs ? T’es vraiment un connard…

    Je sens la terre se dérober sous mes pieds… puisque tout est perdu, alors c’est décidé, je balance mes dernières cartouches… j’y vais… j’avance mon buste et je l’embrasse, je pose mes lèvres sur les siennes… c’est viscéral, je ne peux pas m’en empêcher… non, je ne peux pas m’empêcher de lui montrer dans ce lieu de baise dans lequel il veut que je le laisse seul, de lui montrer que je l’aime, de lui montrer à quel point je l’aime…

    Dans mon geste désespéré, je trouve même l’audace de passer ma main derrière sa tête pour appuyer encore plus mes lèvres sur les siennes, pour l’empêcher de se dégager dans la seconde… non , je ne peux pas me passer de lui donner un bisou pour qu’il se souvienne de moi lorsque dans quelques instants sa queue sera dans la bouche d’un inconnu…

     

    Ain't no particular sign I'm more compatible with/Il n'y a aucun signe avec lequel je ne suis pas compatible
    I just want your extra time and your/Je veux seulement ton temps libre et ton
    Kiss/Baiser 

     

    Pris par surprise, il lui faut une petite seconde pour réagir… mais lorsque la réaction vient, elle se fait sentir : ses mains attrapent mes mains, les décrochent de sa nuque, les balancent loin avec un geste énervé et violent, et repartent aussitôt mettre un grand coup sur mes épaules, un coup tellement puissant que je manque de peu de me vautrer par terre…

    Je me rattrape de justesse en posant une main sur le mur, à quelques centimètres de la porte de la salle de projection… inutile de préciser que mon baiser a été interrompu brutalement…

    Je n’ai que le temps de capter son regard noir plein de colère… il fait demi-tour, sans un mot et s’enfonce dans la pénombre encore plus sombre de ce deuxième couloir…

     


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    Dimanche 8 juillet 2001, 2h42, Toulouse Sesquière, le KL. 

     

    Nico et Martin ne sont plus qu’à quelques pas de la sortie, lorsque Nico sent une pression sur l’épaule. Il s’arrête net. Il sait que c’est sa main. Il a redouté que cela puisse arriver autant qu’il l’a souhaité. Nico se retourne. Jérémie le regarde fixement. Il a l’air très contrarié des mauvais jours. 

    « On rentre ! » il finit par lâcher sur un ton autoritaire. 

    « Non, je ne rentre pas avec toi… » je lui répond sèchement. 

    Il me toise, mauvais, je n’ose même pas le regarder. 

    « Qu’est ce qui te prend ? » s’étonne le beau brun. 

    « Rien… je rentre avec lui… » j’insiste en lui indiquant Martin qui, ne s’étant pas rendu compte tout  de suite de mon arrêt, se trouve désormais quelques pas plus loin et regarde la scène à distance. 

    « Arrête ça… viens, on rentre… » m’intime Jérém. 

    « Maintenant c’est trop tard, je lui ai dit oui… » je lui annonce, comme une fatalité. 

    « Alors casse-toi et n’essaie plus de me faire chier… tu me dégoûtes ! » me balance-t-il en pleine figure. Le ton est contenu, afin d’éviter le scandale, mais le mot est dur, percutant, j’en ai presque les larmes aux yeux. Il fait demi tour et il se barre. 

    « Jérém… » je tente de le retenir. En vain. 

    Envie de le rattraper. Envie de lui.  

    Envie de le laisser filer et de partir de mon coté sans tenir compte de son caca nerveux, histoire de lui montrer que je ne suis pas son toutou, que je peux avoir des aventures de mon coté, comme lui les siennes, que je peux lui imposer mes choix, comme lui les siens. Que je ne lui dois rien, comme lui il estime ne rien me devoir.  

    Envie de le rattraper. Envie de lui. Envie de coucher avec ce mec qui me retourne rien qu’avec un regard, envie de faire jouir ce corps que je connais par cœur et qui me fait jouir comme pas permis, envie d’avoir accès à cette queue qui me fait grimper aux rideaux, et même jusqu’aux combles, qui m'envoie en l’air jusqu’aux étoiles… 

    Envie de ne pas me dégonfler par rapport à Martin… et aussi… envie de Martin… envie de découvrir le corps et la sexualité de ce garçon inconnu, très impatient et excité de vérifier si les promesses de plaisirs sauvages annoncées avec tant d’assurance seront bien tenues dans les faits… savoir si je vais autant aimer me faire bousculer par un autre mâle dominant… découvrir ses kifs… me frotter à une nouvelle puissante virilité… 

    Deux mecs canons veulent me sauter et je ne sais pas quoi faire… c’est vrai qu’il existe situation plus inconfortable, des choix plus difficiles à faire… mais enfin… l’enjeu est tel, le futur de ma relation avec mon beau brun, que je ne sais pas quel choix est le bon… 

    Putain de situation de m… 

    Jérém… Martin… Martin… Jérém… 

    Eh.. merde… je ne peux pas le laisser partir ainsi… ni l’un… ni l’autre… 

    Je regarde Jérém s’éloigner, filer tout droit, revenir à grand pas vers la salle, sans se retourner… Jérém n’est pas le genre de gars qui va supplier… il demande, ou plutôt il commande… il est habitué à ce qu’on lui dise oui… lorsqu’on lui dit non, sa riposte est claire, il tape un grand coup. Parfois c’est en jouant de ses gros bras. D’autres fois, c’est en se servant de l’arme ultime, le mépris. 

    Ce soir, il a choisi cette dernière option. Il sait à quel point je l’ai dans la peau et que le pire qu’il puisse me faire c’est de me planter là comme un con. 

    Et moi je sais que si je le laisse partir, ce sera pour toujours. Que je ne pourrai pas rattraper le coup. Qu’il ne me pardonnera pas d’avoir préféré partir avec un autre, sous ses yeux, qui plus est… 

    Mais bon sang… une petite voix en moi crie à tue tête que son culot est juste intolérable… elle crie que lui il est bien parti pour son plan à quatre pas plus tard que samedi dernier… elle crie que moi je l’ai regardé partir et je n’ai pas osé aller le choper… que j’ai pris sur moi et j’ai passé une sale nuit… elle me crie que, malgré ça, pas plus tard qu’il y a deux heures, il a suffi de son sourire, d’une touche de son parfum, de l’éclat de son effronterie, et je lui ai tout pardonné, en lui taillant une pipe de malade qui ne se justifie que par ma faiblesse face à son charme tout puissant, et certainement pas par l’amabilité de son comportement à mon égard… 

    La petite voix crie que j’ai envie de lui rendre la pareille… que, malgré sa réaction de petit con, peut-être qu’en m’entendant lui dire non, en me voyant partir avec un autre gars, quelque chose va faire tilt dans sa petite tête de nœuds… qu’il va enfin se rendre compte ce que ça fait d’être laissé en plan, de n’être qu’une option parmi d’autres… peut-être qu’il va passer une nuit de merde, qu’il va se saouler la gueule et que demain il va m’envoyer un sms pour baiser… 

    De toute façon, je n’ai plus la force de supporter tout ça… le voir vivre sa vie comme ça lui chante sans tenir compte de moi, et m’empêcher de vivre la mienne lorsque j’essaie de prendre le large… 

    C’est décidé… je vais rejoindre Martin et finir ma soirée avec lui… explorer d’autres horizons… connaître un autre lit… découvrir un autre garçon, une autre façon de baiser, et tant pis si ce n’est qu’un plan d’un soir… tant pis si ça va créer le bordel pour mon stage intensif pour le permis… au pire je vais changer d’auto-école… et tant pis si je ne reverrai plus jamais Jérém… je vais récupérer le contrôle de ma vie… au fond, Martin tombe à point nommé… au fond, tout ça est un mal pour un bien…  

    Dans sa belle voiture qui file rapide sur la Rocade, Martin m’interpelle au sujet de « ce mec qui est venu te chercher »… je lui réponds que c’est un camarade de classe avec qui j’ai eu une aventure, mais que c’est fini désormais… 

    Oui, c’est fini… dans la voiture de Martin, je roule vers l’inconnu… et ça me fait un peu peur… de toute façon je n’ai plus le choix… je ne peux plus revenir en arrière… alors, autant profiter du voyage… pour me donner du courage, je dirige mon regard en direction du beau moniteur, je m’imprègne de sa beauté et j’essaie de m’étourdir de sa sensualité… il s’aperçoit que je le regarde, il tourne la tête et il me sourit… et un sourire pareil, ajouté à son parfum et à la promesse d’une nuit bien chaude, a de quoi effacer tous les regrets sous la puissance d’un désir impérieux…

    Le lit de Martin est très accueillant… déshabiller un garçon inconnu est très excitant… découvrir un nouveau corps est grisant… donner du plaisir à un Martin sans avoir passé le « Code de conduite du plaisir de Martin » au préalable, est une opération délicate, qui peut cependant se révéler stimulante… une véritable aventure… on avance en terrain inconnu… pas de cartographie, pas de GPS… pas de panneaux de signalisation… dans cette terre inexplorée on ne connaît pas les priorités, ni les sens interdits, on ignore les obstacles, les feux rouges ne font que clignoter à l’orange… ils signalent juste d’avancer avec prudence… on ne connaît pas non plus les limitations de vitesse… est-ce qu’on va assez vite ? Trop vite ? Est-ce qu’un risque d’ennuyer ? Ou bien d’arriver trop vite à destination ? Dans ce voyage à l’aveugle, alors qu’on n’a aucun mal à localier chez l’autre les sites remarquables, on ignore si notre échelle de priorités est partagée…

    Oui, lorsqu’on couche avec un garçon inconnu, on doit tout réapprendre… c’est à la fois le coté excitant et angoissant du jeu… la découverte d’un nouveau « Code de la route de… » qui n’est jamais exactement le même d’un garçon à l’autre…

    Coucher avec un nouveau garçon est souvent une belle découverte, un voyage qui peut nous amener très loin… très loin de nous même, on se sait pas où exactement… parfois, même si le voyage se passe bien, une fois rentré chez soi, on peut se rendre compte qu’on est parti trop loin, trop longtemps… et que, au passage, on a perdu davantage de ce que l’on a trouvé pendant notre escapade… on est parti pour un feu de paille et on a perdu l’essentiel, perdu à jamais…

    Pendant qu’il me ramène chez moi après cette nuit de baise qui n’aura certainement pas de suite et que je regrette déjà, je regarde le beau moniteur au volant de sa belle voiture, avec sa belle chemise, avec une belle montre au poignet… et je revois Jérém au volant de sa 205 pourrie, lors d’autres retours de boite de nuit… c’est la première fois que je passe la nuit avec un « plan » autre que Jérém… c’est la première fois que je dis non à Jérém… et, au fond, je m’en veux… je n’arrive pas à effacer de ma rétine son regard dépité lorsque je lui ai dit que je rentrais avec un autre mec… je ressens encore la vibration de sa colère… putain de petit con jaloux… mais qu’est-ce qu’il y avait vraiment dans son regard, dans sa colère ? Est-ce qu’il n’y avait vraiment qu’un ego masculin mis à mal ?

    Quand je pense qu’il aurait suffi qu’il soit à peine un peu moins con pour que l’on rentre ensemble… pour qu’on se fasse du bien l’un l’autre… toujours et encore, si beau et charmant soit-t-il Martin, si excitantes soient les promesses de jouissance que ce plan sous-entend, j’aurais vraiment préféré terminer cette soirée avec Jérém… je me surprends à me demander ce que je fais dans cette voiture, avec ce gars…

    Alors, pendant que j’entends toujours la petite voix crier que la jalousie de Jérém devrait me flatter et me rassurer, voilà qu’un gros voyant rouge clignotant, accompagné d’une sirène assourdissante, me renvoie à une peur ancestrale… la peur de l’abandon… sous sa déclinaison spécifique qui est la peur de perdre Jérém pour de bon…  

    Je peux toujours jouer le bluff en me disant que le vieil adage « fuis-moi, je te suis » a des chances de marcher… le pari est risqué… trop risqué… au fond de moi je crois plutôt qu’en blessant aussi profondément son ego, en refusant son plan pour partir avec Martin, beau, class, et avec quelques années de plus que lui, je vais tout simplement précipiter la fin de notre relation… 

    L’image de Jérém qui s’éloigne de moi, avec une démarche assurée de petit mec dans laquelle je devine toute sa jalousie me prend aux tripes… la peur de le perdre vraiment me tétanise…  

    Alors, dans le doute, dans la crainte, dans ma faiblesse, dans mon amour… pour l’épisode « Nico part avec un autre mec et laisse Jérém en plan », il faudra repasser… le voyage dans le lit de Martin je ne l’ai fait que dans ma tête, le temps d’un claquement de cils, un instant d’éternité pendant lequel je ne peux décrocher les yeux de mon beau brun en train de s’éloigner, le regard rivé sur « Klein » moulant ce torse parfait que je rêve de caresser, de serrer à moi, de parcourir avec ma bouche… 

    Ignorant désormais le beau Martin, je cours presque pour rattraper mon beau brun. Et tant pis si certains pourraient me trouver une faiblesse de mauviette. Tant pis si mon amour propre va encore en prendre un coup. Tant pis si je me conforme une fois de plus, à mes yeux, à ses yeux, au rôle de « Médor qui accourt en remuant la queue quand papa appelle »… d’autant plus que dans mon esprit c’est plutôt « Médor accourt quand papa l’appelle en remuant sa queue »…

    Et puis, voilà… il y a un autre argument de poids qui fait définitivement pencher ma balance vers Jérém… je sais que mon beau brun est en colère, très en colère… et je sais très bien que lorsque ce petit coq est dans cet état, le sexe avec lui prend une dimension inédite… 

    L’échauffement de l’esprit Jérém, surtout lorsqu’il sert à cacher sa jalousie, est un stimulant sexuel puissant… je crois que, pour autant que je m’en souvienne, les meilleurs coups avec Jérém seront toujours après le passage d’une bonne colère capable de balayer la surface et de dénicher/déchaîner les passions, les véritables passions… parfois il faut savoir secouer un peu le cocotier… lorsque son ego viril est blessé, il se sent obligé d’en faire des caisses pour montrer qui est le chef… et là, c’est le bonheur assuré…  

    Et puis, je sais par expérience que, lorsque mon Jérém est jaloux, ça le pousse à sortir de ses retranchements… alors, non seulement j’ai droit à un baise de dingue, mais parfois j’ai même droit à des câlins… et ça, ça vaut tous les Martin du monde… oui, parfois il faut savoir secouer le cocotier… mais il faut savoir s’arrêter avant de le déraciner… 

    Je sais que je vais regretter ce choix, et ce sera le cas, peu de temps après cette soirée. Mais aujourd’hui, après tant d’années, je me dis que ce soir là j’ai bien agi, car j’ai agi de la façon la plus naturelle, celle que mon cœur me suggérait.

    Dans la vie, et notamment en amour, on marche à l'aveugle… on passe la vie à essayer de comprendre le monde, et le plus compliqué au monde c’est de comprendre l’être qu’on aime… alors, comme on ne sait jamais quel rôle il est bon de jouer à un moment donné, autant jouer le rôle que le cœur nous dit à ce moment là… que notre jeu se révèle avantageux ou pas, au moins on n'aura pas de regrets…

    Je le rejoins juste avant qu’il s’engouffre à nouveau dans la salle. Lorsque j’arrive à portée, je pose à mon tour ma main sur son épaule… il s’en dégage violemment, il se retourne comme une furie, il me repousse avec ses mains.  

    « Fiche-moi la paix ! » il envoie, claquant et assourdissant comme un coup de feu. 

    J’ai quand même réussi à l’arrêter, et il s’est retourné vers moi. Il me fait face, ses yeux noirs fulminent… c’est beau à voir… j’ai toujours pensé que Jérém est encore plus sexy, si possible, quand il est énervé… je crois que j’ai pas intérêt à le provoquer davantage, qu’il vaudra mieux la jouer fine… je crois qu’il est à deux doigts de me planter son poing dans la figure… ce qui réjouirait cette conasse de Camille… et ce n’est vraiment pas le but de l’histoire… 

    Je n’ai pas le temps de lui dire que finalement je vais rentrer avec lui, qu’il me balance, dur, froid, méchant, tout en baissant le ton de voix, car des regards commencent à se poser sur nous : 

    « Si tu pars avec ce mec, c’est fini, je n’existe plus pour toi… tu choisis… ». 

    Son culot est spectaculaire. Il mériterait mille, dix mille gifles pour être aussi arrogant, aussi inconséquent, aussi hypocrite, aussi culotté pour me faire ce chantage alors que lui il couche avec n’importe qui… même avec des nanas… beurk ! 

    Du coup, devant son culot « très haut débit », je sens instantanément mes sentiments changer de polarité… je me braque… je suis à deux doigts de repartir en direction de Martin… mais lorsque je cherche ce dernier du regard, je me rends compte qu’il a tout simplement disparu. 

    Soudainement, alors que ma décision de rentrer avec Jérém était actée jusqu’à un instant plus tôt et que cette « disparition » irait à priori dans le bon sens, je ressens un sursaut d’amour propre et la colère me pique à vif… 

    « Putain, Jérém, tu fais chier… » je lui balance, me retournant une fois de plus comme pour me convaincre que Martin est bel et bien parti… je suis tellement en colère que j’en bégaie. 

    « Finalement c’est un bon type… tu vois ce qu’il vaut… » me balance-t-il à son tour, soudainement redevenu plus calme, l’air de se réjouir de son triomphe. Ou plutôt de ma défaite. A gifler. 

    Je ne sais pas si je suis davantage en colère contre Jérém ou déçu du départ de Martin… il n’a même pas essayé de s’imposer… il a tout simplement filé… c’est vrai que l’attitude énervée, chauffée, sanguine, l’air bagarreur du beau brun, plus musclé que lui, a pu le résoudre à renoncer à moi, celui qu’au fond n’était dans sa tête que le coup d’un soir… ou bien, confronté de plein fouet au pouvoir que le beau brun possède sur moi, le beau moniteur s’est tout simplement dit que je n’en valais pas la peine… peut-être qu’au fond le beau Martin n’est qu’un bon frimeur, une grande gueule…  

    Quoi qu’il en soit, il a déclaré forfait… maintenant il ne faudrait pas que Jérém me plante à son tour, là j’aurais tout gagné… 

    « Et toi t’es vraiment un gros connard… » je lui balance pour me défouler. 

    Au fond, vraiment au fond, je suis super heureux qu’il se soit pointé… paradoxalement j’ai envie de le traiter de tous les noms, presque de le frapper… 

    « Je t’ai juste empêché de faire une connerie… » il m’assène promptement. Il a toujours la réponse à tout. Il m’énerve. Le pire c’est que je suis sûr qu’il a raison. Chose qui m’énerve d’autant plus. 

    « Tu me gonfles… » je tente de me défendre alors que mes derniers remparts d’amour propre sont en train de tomber. 

    « Toi aussi tu me gonfles… arrête de faire des scandales, ce n’est pas l’endroit… on y va… on en parle plus tard… » me balance-t-il en baissant soudainement le ton de sa voix, le regard perdu dans le vide. 

    Je meurs d’envie de partir avec lui, mais j’ai aussi envie de lui crier qu’« entre nous » ça ne peut pas marcher éternellement de cette façon… il me chauffe, il me laisse tomber, il baise avec qui il veut… il me laisse en plan, et quand je me trouve un plan, il monte sur ses grands chevaux et il vient casser mon plan en vertu d’un droit de préférence qu’il aurait sur moi…  

    Dans la réalité, certes, il est vrai que ce droit existe, et c’est bien lui qui le détient… personne ne fait le poids dans mon cœur face à lui… mais de voir ce pouvoir exercé avec tant d’aisance et de désinvolture, ça me met hors de moi… en même temps que ça m’excite… 

    Mon plan raté, Jérém qui me fait un sketch, son culot, l’idée de finir la soirée avec lui, le sentiment de défaite de ne pas savoir lui résister, de tout lui céder, encore et encore… je suis dans tous mes états, au point que je ne me suis même pas rendu compte qu’il approche lentement de nous. 

    Lorsqu’il nous rejoint, je comprends pourquoi Jérém a soudainement baissé d’un ton et a cherché à apaiser la confrontation. 

     « Ca va ? » demande Thibault en posant une main sur l’épaule de Jérém. 

    Est-ce qu’il a assisté a une partie de la scène ? Est-ce qu’il en a compris les tenants et les aboutissants ? 

     « Ouais… » répond le beau brun, avant d’enchaîner « … j’ai la tête comme une pastèque… je vais ramener Nico et je vais me coucher, je suis vanné… besoin de dormir avant le match de demain… ». 

    Je me fais la réflexion que mon beau brun ment avec un aplomb vraiment remarquable. Redoutable. Inquiétant. 

     « Ok, rentrez bien alors… » réagit le beau mécano. 

    Thibault égraine ces mots avec une certaine jovialité.  

    « On se voit demain aprèm… » relance Jérém en passant un bras derrière l’épaule du beau mécano et en y allant franco de la bise. Je suis un peu en retrait et, pendant cette accolade amicale, pendant que les pectoraux de deux potes se frôlent, tout juste séparés par deux fines couches de coton, je croise le regard de Thibault … ça ne dure qu’une fraction de seconde, avant qu’il ne le détourne… et dans ce regard, il me semble de déceler quelque chose qui ressemblerait à de la tristesse… une profonde, touchante tristesse… une tristesse dont Jérém ne se rendra pas compte mais dont je prends à ce moment là toute la mesure… 

    Pendant leur étreinte, dans l’attente que mon tour vienne de dire au revoir au beau mécano, mon malaise ne cesse de grandir… 

    Je me sens terriblement gêné de partir avec Jérém alors que la soirée de Thibault va s’achever sur un mensonge de son meilleur pote… non seulement il sait qu’on va coucher ensemble, et je vois que ça le perturbe… mais de surcroît son pote lui ment, alors que ça aussi il le sait pertinemment… comment vais-je pouvoir lui faire la bise alors que je sais que je suis une partie de la cause de sa tristesse ?  

    L’accolade amicale entre les deux potes a pris fin…  Thibault me regarde… c’est con, mais je ne me sens pas le courage de lui faire la bise, notamment devant Jérém… alors je cafouille, je lui tends la main… Thibault l’attrape mais en même temps il avance le buste pour approcher sa joue de la mienne…

    Sa cigarette au bec, Jérém est déjà en train de marcher vers la sortie, ainsi Thibault trouve l’occasion pour me chuchoter à l’oreille :

    « T’as vu comment il rapplique quand tu le rends jaloux ? T’as bien mené ton affaire, respect… et à la fin tu as fait le bon choix… ».

    Putain. Il a tout vu. Tout capté. Tout compris. Sacré Thibault. Et il continue :

    « Pas trop de folies cette nuit, demain on a match, j’ai besoin de mon capitaine en pleine forme pour l’avant dernier match de la saison… ».

    Il est trop mignon. Notre étreinte a pris fin à son tour et nous sommes désormais face à face. Je le regarde, je vois qu’il s’efforce de sourire alors que son regard demeure mélancolique.

    « Vas-y maintenant, bonne soirée, et à une prochaine… » me balance-t-il avec un charmant clin d'œil en pièce jointe.
    Mais je le sais, je le vois, il a mal. C’est con, mais je m’en veux.

    « Salut et à bientôt, Thibault… » c’est tout ce que je trouve pour prendre congé de lui. Je pars vers la sortie pour rejoindre mon beau brun. Je sais qu’il va être d’une humeur massacrante, mais je suis tout guilleret, car c’est avec lui que je vais rentrer… je presse mon pas pour ne pas le faire attendre, car je le sais déjà bien chauffé… je le retrouve juste à l’extérieur, à coté de la porte d’entrée, en train de tirer sur sa clope ; dès qu’il me voit, il s’élance vers le parking…  

    On n’a pas fait cinq pas, qu’on entend une voix féminine : 

    « Jérémie… » 

    Il se retourne, je me retourne, et je vois apparaître la blonde qui était en train de le tripoter tout à l'heure... elle approche… putain… il ne manquait plus que… ça… 

    « Tu rentres, beau brun? » demande-t-elle. 

    Eh, oh… tu ne l’appelles pas « beau brun », déjà… il n’y a que moi qui peut l’appeler de cette façon… 

    « Oui… je ramène un pote… » fait-il en m’indiquant avec un geste vague. 

    « Je croyais qu’on finirait la soirée ensemble… » balance-t-elle sans fioritures. 

    « Pas ce soir, demain j’ai match… je t’appelle… » il tente de se dégager. 

    « Un petit plan à trois… ça vous dit pas ? » insiste-t-elle. 

    Oh, la salope… la salope… oh la salope… laaaaaaaaa saaaaaaaaaaalooooooooooopeeeeeeeeee… oui, c’est la réplique culte de ce film culte qui me vient à l’esprit à ce moment là… non, la vie n’est vraiment pas un long fleuve tranquille…
    Je vois Jérémie hésiter… je vois que quelque chose lui trotte dans la tête… quelque chose a l’air de le titiller dans la proposition de la tentatrice… ah non, Jérém… tu ne vas pas me faire ça... pas de truc à trois, pitié… pas après avoir fait foirer mon plan… je te veux tout pour moi… 

    Devant son hésitation, je suis de plus en plus inquiet. Je me vois déjà en train de regarder mon brun baiser une chatte… c’est déjà arrivé lors d’une révision avant le bac, chose qui m’a appris à ne jamais arriver à l’avance, et franchement l’idée de réitérer l’expérience ne m’enchante guère… le temps passe et le silence de Jérém est de plus en plus gênant pour tout le monde… 

    Alors… alcool… exaspération… détermination… esprit de survie… peu importe… je décide de forcer le destin, quitte à prendre le risque de me faire jeter… ce soir c’est quitte ou double… 

    « En plus on a un truc a faire… » je laisse échapper maladroitement.
    Je regarde la nana : elle a l’air étonnée. Je regarde Jérém : il me regarde d’un air ahuri. La nana mate Jérém. Jérém fuit son regard.  

    Toute poitrine en avant, jouant le tout pour tout, quitte à perdre un bon peu de la classe que je lui avais trouvée précédemment, elle s’adresse à nouveau à Jérém :

    « Toi aussi t’as autre chose à faire? ». 

    Jérém semble désarçonné, coincé entre le choix de donner gain de cause à une nana qui le défie ouvertement sur le terrain de sa fierté et de sa réputation de mâle et un Nico qui essaie lui aussi de lui forcer la main… 

    « T’as entendu ce qu'il a dit… » il finit par trancher, la voix monocorde. 

    Bien mon Jérém… tu vois que tu peux être quelqu’un de bien quand tu veux… 

    « Ah, je vois… baisez bien, les gars… grand bien vous fasse… » lâche-t-elle avec mépris. 

    Comme quoi, bien souvent la classe n’est qu’un vernis qui saute à la première contrariété. 

    « Conasse ! » lui balance Jérémie.  

    Et je trouve que c’est bien mérité. 

    « Bande de pd !!! » balance-t-elle pendant qu’elle retourne à l’intérieur. 

    « Mauvaise perdante… » je pense tout bas… je suis fier de toi, Jérém… 

    « Je te jure, si c’était un mec, il aurait déjà mon poing enfoncé dans la gueule… » je l’entends se défouler pendant qu’il entreprend de marcher en direction du parking… 

    Il marche très vite, il ne dit rien et il fume nerveusement… il a l’air pressé, hors de lui, chauffé à bloc… je sens que ce dernier accrochage, et notamment le fait qu’elle l’ait traité de pd, ça a décuplé son agacement… je sens que dans la voiture ça va barder… je sens que rue de la Colombette il va me défoncer… 

    Une fois dans la voiture, il rate le premier démarrage, il peste, je le sens vraiment à fleur de peau. Heureusement la 205 finit par démarrer, on quitte le parking et on se retrouve vite sur la rocade. On vient juste de quitter la voie d’accélération que la colère de Jérém explose : 

    « C’était qui ce mec ? » me balance-t-il de but en blanc, le ton de voix très élevé, agressif, l’air de m’engueuler. Je trouve cela intolérablement culotté venant de lui, mais au final très plaisant à entendre. Ainsi il tient à moi,à sa façon… ou alors, c’est tout simplement une question d’ego… comme si j’étais sa chose… 

    Quoi qu’il en soit, il est évident que l’assurance du beau male est touchée. Je le sens vraiment contrarié. Alors que moi je me sens vraiment bien… décidemment… on est jamais heureux au même moment… il faut toujours qu’il y en ait un qui domine l’autre… les rapports apaisés, on ne connaît pas… 

    Mais au final… qu’est-ce que c’est bon de voir que quand Nico se fait draguer, Jérém rapplique. 

    Et ça me donne des ailes… et surtout l’énergie de lui tenir tête. 

    « Et toi, c’était qui cette blondasse… encore? » je trouve marrant de lui claquer à la figure. 

    « Ca n’a pas d’importance… » balaie-t-il ma question d’un revers de main. 

    « Si, ça en a… ça a la même importance que ce mec… » j’insiste sans me démonter. 

    « Cette nana n’était personne… elle voulait juste baiser… » me balance-t-il comme si ça devait le dédouaner de tout. 

    Il faut avouer que j’ai un peu bu et que de ce fait mon agacement est exacerbé. Mais il me saoule à un point que j’ai envie de le frapper. C’est viscéral. Quand je pense à samedi dernier, à son départ avec les deux pouffes et avec Thibault… alors que là il est en train de me faire la morale… là, franchement, je perds les pédales… je ne vais pas le frapper physiquement, mais me servir des mots pour l’atteindre… ça sort tout seul, comme une petite bombe… 

    « Ce mec aussi voulait juste baiser… ». 

    Je le vois frémir, bouillir. Il est tellement énervé que ça se ressens sur sa façon de conduire. La trajectoire de la 205 dévie vers la glissière du milieu alors qu’une autre voiture est en train de nous doubler. 

    « Jérém ! Fais gaffe ! » je l’alerte. 

    Il se reprend de justesse en donnant un coup de volant sec. 

    « Occupe-toi de tes oignons !!! » me balance-t-il sans ménagement. 

    Un coup de clackson retentit dans la nuit. 

    « Connard ! » crie Jérém, à bout de nerfs. 

    « Tu connais ce type ? » il revient à la charge illico. Quand mon beau brun a une idée derrière la tête, il ne l’a pas ailleurs. J’adore. Je décide de rentrer dans son jeu mais je vais vendre chère ma peau. 

    « C’est la première fois que je le vois… » je mens par omission ; et j’enchaîne « mais n’empêche qu’il était plutôt à mon goût… il a fallu que tu viennes t’en mêler…». 

    Un coup de bluff, certes, car il faut bien l’admettre, ça m’a fait drôlement plaisir voir débarquer Jérém en mode macho pour se substituer à un plan auquel, somme toute, je ne tenais que très moyennement. 

    Un premier coup bien visé, qui atteint sa cible en plein cœur. Sa main frémit sur le volant… ses yeux ne quittent pas la route, mais un léger mouvement de son regard et une inspiration bruyante par le nez me font comprendre que le beau brun accuse le coup… on dirait un petit taureau blessé, lâché dans l’arène et fixant les mouvements de la muleta d’un œil torve… 

    « Tu vas pas baiser avec un type pareil… » me lance-t-il avec mépris… voilà sa riposte ultime : toujours et encore le mépris…

    « Pourquoi? Il n’était pas mal… même pas mal du tout… » je repars à l’attaque, culotté. 

    « C’est pas un mec pour toi… » gronde-t-il… du mépris à la mauvaise foi, sa contre-attaque monte en puissance… mais l’arsenal est pauvre… 

    « Ah bon… » fais-je sur un ton provocateur « et maintenant tu sais quels mecs sont bons pour moi ou ceux qui ne le sont pas… le mec de la dernière fois à l’Esmé ce n’était pas un mec pour moi… celui de ce soir non plus… et… » 

    « T'as pas à faire ta chaudasse avec tous les mecs… » il m’engueule violemment en montant encore le ton et en m’empêchant provisoirement de lui balancer une dernière cartouche qui, un peu plus tard dans la conversation, l’atteindra bien comme il faut. 

    « Bah tiens, tu peux bien parler... » je me moque, mauvais. 

    « Quoi donc... » il s’énerve…

    « Ça te va bien de me faire la morale... toi qui baise tout ce qui bouge… ». 

    Jérém accuse un nouveau coup… j’ai l’impression que la colère monte en lui à un niveau qu’il est prêt à exploser… touché une fois de plus, mais pas coulé… le navire est bien gardé, ses défenses solides… je le vois pourtant vaciller… 

    Je n’arrive pas à croire que c’est moi qui balance ces mots, que je lui fais ce rentre dedans, que je le provoque sciemment. C’est bien uniquement l’alcool qui fait tomber mes inhibitions… ou bien, mes mots sortent-il sous l’effet d’une expérience récente ayant stimulé mon amour propre ? 

    « Si t’as un truc à dire, vas-y… je t’écoute… » finit-t-il par me balancer, très menaçant. Je continue de penser que s’il n’avait pas le volant à tenir, une de ses mains aurait déjà atterri sur ma gueule.

    « C’est bien toi » je continue cependant sans me démonter « qui samedi dernier n’a pas voulu baiser avec moi pour se faire un plan à quatre avec son meilleur pote et deux pétasses de la pire espèce... ». 

    Décidemment, ce soir rien ne me fait plus peur. Non, définitivement ce n’est pas que l’alcool seul qui parle… mais bien un début d’amour propre… une renaissance dont j’entrevois désormais clairement les causes… 

    « C’est pas pareil... » me balance-t-il sèchement, sur un ton hyper agressif, presque en gueulant. 

    Ça chauffe grave. L’aiguille du manomètre atteint la zone rouge. Mais il ne me fait plus peur. Deux mots s’affichent en grand dans ma tête. Merci Stéphane. 

    Certes, je suis en train d’oublier toutes les bonnes résolutions que j’ai cru pouvoir prendre et tenir grâce à ce que j’ai vécu avec lui… certes, je suis en train de rentrer en voiture avec mon beau brun, après avoir laissé tomber un plan en cédant devant son sketch de jalousie… je vais céder une fois de plus à ses envies, à ses besoins, me soumettre à son plaisir de mec… je vais redevenir sa chose… lui laisser les commandes de ma vie… 

    Cependant, je me dis que ce qui s’est passé dimanche dernier n’a pas été vain. Que je ne suis plus le Nico qu’avant… désormais, s’il est toujours vrai que Jérém peut me niquer autant qu’il veut, il ne pourra plus se foutre de ma gueule. J’ai enfin la force de lui tenir tête. Oui, Stéphane, ta force est avec moi… alors je ne lâche rien… 

    « A priori, ce n’est jamais pareil quand il s’agit de toi… » je demande… le Nico pompier, c’est fini… bienvenu le Nico pyromane… et j’enchaîne, m’engouffrant dans la brèche creusée par son silence et par son évidente absence d’arguments « je croyais que le deal c’était que nous deux on baisait quand on avait envie et qu’à coté de ça on baisait avec qui on voulait.... ». 

    Jérém se tait, sa respiration est nerveuse… je regarde le haut de son torse onduler au rythme de ses inspirations… mon dieu qu’est-ce qu’il est sexyyyyyyyyy… 

    Touché une nouvelle fois… le cuirassé Jérém tangue, chancelle sérieusement. De la fumée sort du pont… il y a le feu à bord… le système de communication doit être touché aussi, car aucun signal radio ne vient… 

    Une fois n’est pas coutume, je sens que je suis en position de force, alors j’en profite pour mener à bien mon attaque… j’ai envie de frapper, j’ai envie de lui faire mal, je veux voir sa réaction, je veux le mettre face à lui-même, devant ses contradictions… le repousser dans ses derniers retranchements, le voir bondir, exploser… je pense qu’au fond, je cherche le clash… 

    « De toute façon tu baises avec moi quand tu en as envie et tu baises ailleurs quand ça te chanteet t’en fais quoi de mes envies à moi ? Tu t’en fous complètement… comme samedi dernier, quand tu m’as jeté comme une merde… alors, pourquoi je ne baiserais pas moi aussi ailleurs quand j’en ai envie et surtout quand tu me lâches ?». 

    « Fiche-moi la paix … putain… t’es rélou... » il lâche avec mépris. Mais le ton de sa voix est moins agressif, on dirait qu’il a perdu de puissance, de conviction, de panache…  

    L’artillerie est touchée aussi. La puissance de frappe est compromise. Le navire est désormais sur la défensive. Je ne peux plus m’arrêter.  

    « Je ne te demande rien, tu sais… tu le sais que j’adore coucher avec toi... mais quand tu ne veux pas, surtout quand tu vas voir ailleurs et que tu le fais sous mes yeux... alors là, ne me demande surtout pas de t'attendre sagement... » je lui explique très calmement, alors qu’une tension de 10.000 volt me traverse de fond en comble. 

    Pas de réaction apparente… touché une fois encore, j’ai l’impression que le navire Jérém a perdu le contrôle de sa trajectoire, qu’il dérive ; alors, comme un animal excité par le sang de l’adversaire blessé, je continue, impitoyablement, cherchant l’angle de tir parfait pour mener le coup de grâce…  

    Insatiable dans ma vengeance, limite cruel, je décide de tenter un piège, une feinte… pour faire durer mon « plaisir »… je vais l’obliger à sortir à découvert pour mieux le frapper…  

    « De toute façon, à t’entendre, il n’y a aucun mec qui pourrait être bien pour moi… le mec de la piscine non plus ce n’était pas un mec pour moi… ». 

    « T’as baisé avec le pd de la piscine? » demande-t-il du tac au tac avant que j’aille fini ma phrase, que je termine quand même : 

    « Mais ce n’est pas comme si tu avais ton mot à dire, Jérém… ». 

    Action, réaction. Le piège a marché. Les derniers atouts du cuirassé Jérém sont à découvert, et ma puissance de feu le tient en joue ; il n’y a qu’a appuyer sur la détente pour couler la cible... 

    Je n’en ai pas assez… j’ai vraiment envie de savourer ma revanche… 

    « Le pd a un nom… il s'appelle Stéphane… » j’assène froidement.
    Ça le met encore plus en rogne. Je le vois et je m’en réjouis. Je sais qu’il attend ma réponse à sa question et je sais aussi que, quoi que je dise, soit il ne va pas me croire, soit il va me détester… 

    J’hésite...  

    Non, je n’hésite pas quant à ma volonté d’asséner le coup de grâce… ça, je n’y renoncerai pas…  

    Là où j’hésite, c’est surtout sur le type de munition à choisir… la plus douloureuse, celle qui consiste à lui dire que je n'ai pas baisé avec Stéphane, mais que j'ai fait l'amour avec lui, et ce, pour la première fois de ma vie, lors d’un après midi de rêve... ou alors choisir un arme plus propre mais tout aussi efficace… juste admettre que oui, on s’est envoyés en l’air…
    J'ai envie de lui balancer à a figure mon plaisir avec un autre… oui, j’ai envie de lui faire mal tellement il m’énerve, tellement il m’exaspère avec sa jalousie hypocrite et mal placée…
    Au final, dans un éclair de lucidité, je me dis que si une revanche s'impose, un aveu partiel avec des circonstances atténuantes fera assez de dégâts dans sa fierté de mâle…  

    « Oui… j’ai couché avec lui... » je finis par admettre, calmement mais fermement ; j’ai sciemment utilisé le mot « couché », pile au milieu de la gamme qui va de « faire l’amour » à « baiser » : je ne veux pas lui montrer que Stéphane m’a apporté quelque chose que lui n’a jamais su m’apporter, mais je ne veux pas non plus qu’il croit que ce garçon n’a été qu’un simple coup de queue… 

    Oui, je suis diplomate, mais avec modération, une modération qui semble par ailleurs soudainement s’absenter lorsque je crois bon ajouter, comme un pied de nez : 

    « … mais t’inquiète, j’ai mis une capote… ». 

    « T’as menti l’autre jour… » il gronde. 

    « Ca s’est passé dimanche dernier… tu te souviens que samedi dernier tu m’as jeté comme une merde et t’es parti baiser avec deux grognasses et ton pote ? ». 

    Voilà mes circonstances atténuantes. Un transfert de responsabilité.
    Le silence qui suit mes mots a quelque chose de lugubre. C’est le bruit du naufrage… cuirassé Jérém : touché, coulé… mon coup a frappé la cible en plein cœur…

    Je le vois froncer les sourcils, je vois son regard tourner de l’orage à la tornade. 

    C’est pas beau de frapper l’adversaire à terre… mais je ne peux pas m’empêcher de lui balancer : 

    « Tu fais la tête ? ». Oui, c’est officiel. Moi aussi je peux être un petit con. 

    « Ta gueule ! » il finit par me balancer, mauvais. 

    Silence total lors des dix dernières interminables minutes du voyage. Je sens comme la vibration des questions qui se bousculent dans sa tête et qui ne savent pas se traduire en mots.
    On est arrêtés à un feu rouge, lorsqu’il me balance, de but en blanc :
     

    « Alors il t'a fait des trucs de pd que je te fais pas ? ». 

    Ah, ces mecs… ils peuvent être arrogants, insupportablement effrontés, des petits cons d’anthologie… au fond, leur belle assurance n’est posé que sur des pieds d’argile… lorsque leurs certitudes de mâles sont mises à mal (le jeu de mots est involontaire), ils se révèlent très vite être des petites choses fragiles avec un grand besoin d’être rassurés… et ça c’est bien un truc qui les rend encore plus furieusement attirants…. 

    Dilemme :  

    Lui répondre que oui, avec Stéphane c’était super bon, qu’il m’a fait découvrir que je peux prendre moi aussi mon plaisir comme un mec, qu’il m’a fait sentir désirable, bien dans ma peau… que c’était bon non seulement sur le plan sexuel, mais aussi et surtout car c’était chaud et sensuel et tendre à la fois… car il m’a fait des câlins, lui… et il s’est laissé faire des câlins, lui…  

    Ou alors mentir, rassurer son ego blessé… 

    Ni l’un ni l’autre… juste riposter avec les mêmes armes, ce qui présente l’avantage certain de conserver le doute et de l’énerver encore un peu plus…  

     « Alors… les deux pouffes de samedi dernier t’ont fait des trucs d’hétéro que je ne te fais pas? » je réponds du tac au tac. 

    « Connard… » je l’entends lâcher. 

    « Connard toi-même… j’espère que tu t’es bien amusé dans cette une partie de jambes en l’air avec ces deux pouffes et ton pote Thibault ! » je surenchéris. 

    « Arrête de me parler de Thibault… ou tu vas t’en prendre une… » le ton de sa voix est soudainement devenu très sévère et le regard vraiment mauvais…  

    Là il y a point sensible… à creuser… mais plus tard… puisque c’est le moment des règlements de compte, je décide de vider mon sac : 

    « Tu m’as laissé en plan, comme un con, après m’avoir chauffé à blanc… t’as été baiser ailleurs, alors le lendemain j’ai été coucher ailleurs… c’est aussi simple que ça… ». 

    « De toute façon je n’en ai rien à foutre… tu peux faire ce que tu veux de ton cul… » me balance-t-il avec tout le mépris dont il est capable. Ainsi à ses yeux je ne suis qu’un cul à baiser. 

    « Je vois… » je résume « …toi tu peux faire tout ce que tu veux de ta queue… moi je n’ai pas mon mot à dire… mais si je couche avec un autre gars, je suis de suite classé salope… ». 

    Je n’arrive toujours pas à croire que c’est moi qui parle ainsi… mais je suis bien décidé à ne plus me laisser marcher sur la tête…

    Je l’ai mis face à ses contradictions, une situation pour lui inédite… je sens que des questions se cognent toujours brutalement dans sa tête… je sais que le beau brun est en train de bouillir… 

    Je le vois à son attitude crispée, figée, je l’entends à son silence…  il rumine ce que je viens de lui balancer et je sais que ça ne va pas passer… non, ça ne va pas se passer comme ça… je sais que quand il est dans cet état là, ça va forcement aboutir à quelque chose d’inattendu et de très puissant…  

    Ce n’est qu’une question de temps… je n’ai qu’à attendre et ça va tomber, inexorable… vas-y Jérémie… lâché-toi... tu ne vas pas le regretter… je pense que, quoique tu me balances à la figure cette nuit, je saurais quoi te répondre…

    On traverse le Pont Neuf dans un silence pesant. Je commence à penser que le beau brun a opté pour la pire des vengeances : l’indifférence et, pire que tout, la non baise. 

    De boulevard en allée, de feu en feu, je le vois cependant prendre la direction de la rue de la Colombette. Nous parcourons la rue d’un bout à l’autre sans trouver la moindre place. Nous débouchons sur le Canal et Jérém prend à gauche direction boulevard des Minimes. Notre salut, sous la forme d’une place de parking libre, se trouvera juste avant le pont des Allées Jean Jaurès, coté Canal.

    Jérém se gare, créneau impeccable dans la petite place disponible, toujours sans un mot. Le frein à main tiré, je le vois s’immobiliser. Je regarde cette putain de sculpture grecque qu’est son torse moulé dans son t-shirt blanc, sa chaînette de mec abandonnée sur le coton fin… avec sa clope au bec et son briquet dans la main, en train de fixer je ne sais pas quoi à travers la vitre… il a vraiment l’air très contrarié… et dans son attitude de mâle qui a perdu un peu de sa superbe, le garçon est sexy à un point que je ne saurais même pas l’exprimer… je suis à deux doigts de lui proposer une gâterie là tout de suite dans la voiture, comme c’est déjà arrivé une fois… moi en train de le sucer à quelques mètres de chez moi jusqu’à le faire jouir… pendant qu’il fumait lentement sa cigarette…

    Les secondes s’enchaînent et rien ne vient. Je n’ose pas lui proposer quoi que ce soit… le silence distille une tension qui commence vraiment à devenir insupportable.

    Je me dis que, après l’avoir obligé à baisser d’un cran, maintenant que son ego de mâle est un peu à vif, il est peut-être un peu mieux réceptif… je me dis que c’est peut-être le bon moment pour essayer de lui dire une fois pour toutes ce que je ressens, de lui balancer l’inavouable… que je suis amoureux fou de lui et que la baise ne me suffit pas… ou du moins, vue l’heure, le moment pour une bonne explication, pour tout mettre à plat, pour parler tranquillement, et peut-être repartir sur un bon pied.

    Mais par où commencer ? Comment lui parler de choses qui peuvent fâcher sans pour autant fâcher son ego masculin déjà bien froissé?

    « Jérém… » je me lance pourtant, sans trop savoir où je vais aller.

    « Tu descends ? » il me coupe, froid, cassant.

    Ok, j’ai été bien naïf de penser qu’il accepterait de discuter… de la science fiction… il attendait juste que je descende pour verrouiller la porte passager.

    Nous voilà dans la rue. Le beau brun allume sa cigarette, il tire un bon coup… sans me calculer, il gagne le trottoir coté Canal et se met à marcher en lâchant derrière lui un épais nuage de fumée. 

    La nuit est tiède, le vent d’Autan souffle toujours, secouant les branches et le feuillage des platanes qui bordent le Canal ; je regarde l’eau qui coule paisible quelques mètres plus bas et je trouve cela tellement beau… l’immuabilité des éléments, face au caractère éphémère et changeant des émotions et des passions humaines…

    Oui, le platanes, le Canal… heureusement qu’ils ne peuvent pas parler… ils se foutraient de ma gueule… ils doivent tous me trouver bien rigolo comme mec… toute une semaine à promettre et à jurer, lors de mes longues heures de footing, que plus jamais je ne céderai aux charmes de Jérémie… et voilà qu’à la première occasion… je me pointe avec mon beau brun, le suivant à la trace comme un gentil toutou…

    Mais tant pis, la vie est ainsi faite, et surtout ainsi est fait mon cœur… mes narines sont toujours flattées par le parfum de mon beau brun et je suis heureux… je suis rentré avec lui, comme prévu, et je vais coucher avec lui… qu’est ce qu’elle est belle et agréable la nuit toulousaine… pleine de promesses, de secrets, d’émotions, de parfums… 

    Euh… je vais coucher avec lui… enfin, j’espère… une autre petite voix au fond de moi me dit que Jérém en a gros sur la patate… que c’est très étonnant qu’il n’ait pas réagi à mes derniers mots… je commence à angoisser que cette soirée se finisse ainsi, sans autre explication, partant chacun de son coté…

    Le vent souffle toujours me fait repenser à mes plus jeunes années, lorsque je me rendais chez mes grands parents, sur la petite ferme qui était la leur… souvenir du vent d'autan de printemps qui souffle insistant dans les champs, qui traverse la cour, les hangars, qui secoue les sapinettes, les branches des arbres, l'herbe, les jeunes cultures d'une ferme isolé, le silence des dimanches après midi après le repas de famille, sensation de calme, trop de calme… sensation de la fugacité du temps et de toutes les choses… sensation de solitude…

    Oui, la solitude... voilà ce que je ressens à ce moment précis en marchant derrière mon beau brun… car il n’y a pas pire solitude que celle qu’un ressens à proximité de la personne aimée lorsqu’on sait qu’on est en passe de la perdre.

    Jérém marche toujours devant moi direction rue de la Colombette… il traverse le boulevard à hauteur de la rue Gabriel Péri… je commence à me dire que, malgré tout, il a envie de tirer son coup et il va s’asseoir sur mon attitude frondeuse…

    Mais alors que nous arrivons devant le feu de la rue de la Colombette, le beau brun s’arrête net.

    Déboulant de la même rue, un groupe de mecs nous coupe presque la route… ils tournent à gauche, direction Port Saint-Sauveur… ils sont cinq, ils discutent assez bruyamment entre eux, ils n’ont même pas fait mine de nous avoir calculés alors qu’on a frôlé l’accident…

    Ca va tellement vite que je n’arrive pas à les voir nettement… ce que j’arrive pourtant à capter au beau milieu de cette bande, c’est la présence d’un mec plus grand et à la plastique plus intéressante que les autres… pendant qu’il passait devant nous comme un éclair, j’ai quand même eu le temps de remarquer qu’il était brun, très brun, avec des cheveux courts et épais et une barbe qui avait l’air bien entretenue… désormais je ne le vois que de dos, mais son t-shirt noir semble mouler un torse tout simplement fabuleux…. et son jeans… c’est pas permis d’être à la fois si bien coupé et si bien rempli… une note d’un parfum de mec inconnu arrive à mes narines…

    Ils s’éloignent d’un pas soutenu, mais ils discutent si fort que j’arrive quand même à capter quelques passages de leur conversation, le tout entremêlé de petits rires aigus:

    « Ce nouveau dj au B-machine, il déchire… »…

    « C’était juste une putain de tuerie… » …

    « Moi je serais bien passé sous la table de mixage… » …

    « Salope… »…

    « Arrête, toi aussi t’as dit que tu voulais le sucer… »…

    « Ta gueule, toi… »…

    Et une voix plus virile finit par trancher :

    « Un peu de contenance, les filles… au On Off vous allez pouvoir vous faire défoncer vos chattes… »

    Voilà une bande de pd habitués à fréquenter les boites du milieu gay… B-machine, On Off, autant d’endroits que je connais de nom, autant d’endroits où je n’ai jamais osé poser le pied…

    Ils sont désormais trop loin pour que je puisse entendre leur conversation, mais mon regard, lui, n’a pas décroché du dos du beau mec au t-shirt noir... je suis quand même un peu déçu… je ressens comme une piqûre d’aiguille au coeur… oui, je suis frustré de ne pas avoir pu le voir un peu plus en détail…

    Bien évidemment, je n’oublie pas que je suis en compagnie, et que je suis sur le point de coucher avec, du plus beau gars non seulement du lycée, non seulement de Toulouse, mais de l'Univers tout entier… mais cela n'empêche pas que je puisse avoir envie de m’imprégner un peu mieux de la beauté ravageuse de ce gars au t-shirt noir, de sa silhouette à la fois puissante et élégante, sexy et féline…

    Car, du peu que j’ai capté de ce mec, j’ai retenu la promesse d'une beauté comparable à celle de mon Jérém… oui, ce mec a l’air d’une bombasse sans nom, lui aussi… alors, quand on est autant passionné de beauté masculine que je le suis, lorsqu’on croise d’un chef-d'œuvre dans son genre, on ne peut pas passer à côté sous prétexte qu’on a la chance de coucher avec un putain de canon de mec… ce serait comme, étant passionné de peinture impressionniste, passer devant le Musée d’Orsay sans s’y arrêter sous prétexte que nous avons à la maison, admettons, « Le déjeuner sur l’herbe »… lorsqu’on est passionné, la possession est accessoire, mais la contemplation nécessaire… 

    La petite bande est déjà assez loin, mais on entend encore les échos de « Tataland » retentir dans le boulevard… je regarde mon beau brun, toujours figé sur le bord du trottoir… j’ai l’impression qu’il regarde lui aussi la petite bande… à quoi pense-t-il à ce moment précis ? Est-ce qu’il les regarde avec mépris, avec dégoût ? C’est ça qu’il voit lorsqu’il me regarde ? Un petit mec efféminé et maniéré ? C’est ça qui le dégoûte de moi ?

    Jérém se remet à marcher sans prévenir… et là, alors que je me prépare à lui emboîter le pas pour remonter la rue de la Colombette jusqu’à son appart, je le vois continuer à longer le Canal… mais qu’est ce qu’il fiche ?

    Surpris, je ne peux m’empêcher de lui demander :

    « Tu vas où ? ».

    Jérém continue dans sa lancée, tout en m’ignorant. Surpris, je me laisse devancer de quelques pas avant de réagir. Intrigué, je décide de le rejoindre. Je presse mon pas pour rattraper son avance.

    « On ne rentre pas ? » je lui demande, tout en marchant.

    « Vas-y, rentre… » me répond-t-il, glacial.

    « Tu vas où ? » je demande à nouveau.

    « Fiche moi la paix… » il finit par me balancer méchamment, tout en continuant à marcher très vite et en balançant négligemment son mégot encore allumé sur la chaussée.

    Sans prêter attention à ses mots, je continue de marcher avec lui, presque mécaniquement, porté par la curiosité de savoir ce qu’il a dans la tête. Et puis, je le voir ralentir jusqu’à s’arrêter… il sort à nouveau son paquet de clopes, il en saisit une autre, il la porte au bec avec un geste bien rodé, et il l’allume… nouveau nuage de fumée autour de lui…

    Soudainement, je ressens un frisson puissant dans le ventre… c’est lorsque je m’aperçois que nous sommes désormais en vue de l’enseigne clignotante du On Off… Jérém aspire une nouvelle fois sur sa cigarette et, toujours sans un mot, il reprend à marcher, mais plus lentement… l’enseigne rouge vif de la célèbre boite gay du Canal brille dans la nuit, de plus en plus proche au fur et à mesure que nous allons vers elle…

    Mais il ne va quand même pas faire ce que je crois qu’il va faire… c’est pas possible… je sens mon cœur s’emballer… la terre se dérober sous mes pieds… oui, alors que je me faisais une joie de terminer la soirée avec mon Jérém, là je sens l’angoisse me gagner…
    Je le regarde marcher, cherchant sans succès à attirer son regard, je le cherche sans trop envie de le trouver, sans trop d’envie de connaître ses intentions que je commence à deviner.

    « Mais c’est une boite à mecs… » je ne peux me retenir de lui balancer lorsque je réalise qu’il se dirige exactement vers l’enseigne lumineuse rouge vif.

    « Les boites à pd c’est souvent un super terrain de chasse… les nanas qui y vont pour s’amuser sans qu’on les fasse chier… » me répond-t-il d’un air renseigné.

    « T’y a déjà été ? » je ne peux m’empêcher le lui demander, comme un réflexe pavlovien.

    Pour toute réponse, mon beau brun se contentera d’expirer une nouvelle abondante volute de fumée. Devant son affirmation qui a l’air de sentir le vécu, et face à l’absence de réponse à ma dernière question, je me pose toute sorte de questions… est-ce qu’il y a déjà été auparavant ? Tout seul ? Avec des potes ? Avec Thibault ? Est ce qu’il s’est déjà fait draguer par un mec là dedans ? En admettant qu’il s’y soit déjà rendu, cette éventualité semble une certitude… est-ce qu’il a déjà sauté un autre mec que moi ou son cousin ? Ma fantaisie dérape…

    « Si tu rentres là bas, tu vais faire exploser la boite… » je lui balance sur un ton qui se veut enjoué mais qui doit laisser transparaître toute mon inquiétude et ma jalousie grandissantes…

    Jérém s’arrête, m’attrape par le bras, et il me balance :

    « Ecoute-moi bien… j’ai envie d’y aller et j’irai… alors arrête de me casser les couilles… » et, à ma grande surprise il continue « soit tu viens, soit tu dégages… ».

    Mais qu’est ce qu’il cherche ce petit con ? Savoir s’il plait aux pd ? Tester l’effet qu’il fait au milieu d’un groupe de gays ? Jérém est canon, et il le sait ce ptit con… à croire que cela ne l’empêche pas d’avoir constamment besoin de sentir qu’on le trouve beau, même s’il ne se l’avoue pas forcement… et là, il veut se soumettre à l’épreuve du « changement de public »… 

    « Mais t’es un grand malade, Jérém… tu veux vraiment provoquer une émeute ? » je me dis dans mon for intérieur sans pouvoir l’exprimer. 

    Ce qui me fait peur, même si je ne connais pas la boite, c’est la quasi certitude que, dès qu’il va mettre un orteil là dedans, il va y avoir un tas de mecs qui vont tomber à ses pieds comme des mouches… des bogoss, autrement attirants que moi… d’ailleurs, c’est peut-être précisément ce qu’il doit être en train de se dire le beau brun… qu’est-ce que je vais pourvoir tomber comme bomec à cet endroit ?

    S’il te plait, Jérém… s’il te plait… renonce… je suis là, je suis Nico, ton Nico… j’ai envie de rentrer à l’apart et de te faire tout ce dont tu as envie… allez Jérém, rentrons… tu ne trouveras personne d’autre, même pas un mec, qui te fera tout ce que je te fais… avec tant d’application, avec tant d’amour… avec tant d’amour… allez, Jérém, ce soir je vais te faire jouir comme jamais, c’est promis, tu ne vas pas le regretter… 

    Je fais ce que je peux pour tenter de me rassurer… 

    Je n’ai rien trouvé à répondre à son ultimatum… il s’est remis à marcher et moi avec lui. Sans besoin de mots, mon choix est manifeste. 

    Ma première fois au On Off… Jérém au On Off… ça promet… je ne peux rater ça sous aucun prétexte… mais surtout, je dois veiller au grain…  

    Nous voilà rendus à proximité de l’enseigne rouge. Les basses étouffées de la musique techno arrivent jusque dans la rue. Jérém s’appuie dos au mur à tout juste quelques mètres de l’entrée, tout en continuant à fumer sa cigarette tout lentement. J’en fais de même, m’appuyer dos au mur. 

    En attendant qu’il finisse sa clope, je laisse balader discrètement mon regard autour de l’entrée de la boite pour essayer de me familiariser avec les lieux et pour tenter de déstresser. C’est pendant ce premier tour de reconnaissance que je détecte à nouveau sa présence… le revoilà, lui… le beau brun que j’ai regretté de ne pas pouvoir mieux détailler quelques minutes plus tôt… le voilà entouré de sa petite bande de copines… oui, tout à l’heure je n’ai pas eu le temps de m’imprégner de son charme… alors, ce coup-ci je ne m’en prive pas… 

    Au premier abord, c’est tout simplement un beau brun, la peau mate, les yeux très noirs (ça je ne le saurai que plus tard dans la soirée, lorsque je le verrai de beaucoup plus près), les cheveux assez courts, une belle barbe noire épaisse et bien taillée. Le mec doit avoir environ 25 ans. 1m80, je dirais. Il est superbement foutu, son torse est magnifique, ses épaules ont un angle de chute juste divin… et ce t-shirt noir col en V qui souligne diaboliquement son anatomie, une perfection plastique certainement affinée dans une salle et/ou sur un terrain de sport, est juste une tuerie… sans parler de son jean délavé lui moulant un cul divin et soulignant une chute de reins spectaculaire… 

    Les épaules appuyées contre le mur, le bassin et la bosse bien en avant, la cigarette tenue aux bords des lèvres avec une nonchalance totale et assumée… le bras légèrement plié, la main droite dans la poche du jeans, la gauche à moitié enfoncée derrière la braguette et prête à quitter ce lieu si agréable au toucher pour récupérer la cigarette entre deux taffes… le petit groupe de potes « From Tataland » tournoyant autour de son charme puissant… presque des groupies qu’il semble jauger avec un regard distant, empreint de suffisance, avec une indifférence qui aurait presque des allures de mépris… 

    Non, je ne m’étais pas trompé… le mec est effectivement d’une beauté à faire capituler non seulement des villes, mais des pays tous entiers… certes, on se rend vite compte qu’il transpire de son attitude une sorte d’arrière goût d’arrogance, un air comme de « je suis canon, on ne peut pas me résister, alors il n’y en a que pour ma gueule, et c’est bien normal », une conduite qui confère à sa personne un coté plutôt agaçant, limite odieux… mais, au final, furieusement sexy…  

    Oui, lorsqu’on le regarde, on voit tout de suite des tonnes de claques perdues flottant autour de lui… des claques qu’on a aussitôt envie de rattraper… hélas, une envie bien plus urgente et impérieuse, celle de le sucer illico tout de suite, prend vite le pas sur notre première résolution… 

    Un très beau brun au t-shirt blanc d’un coté, un brun très beau au t-shirt noir de l’autre, les mêmes attitudes de mâles sexy et dominant… cette nuit, l’entrée du On Off brille de mille feux… 

     


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    Au premier abord, c’est tout simplement un beau brun, la peau mate, les yeux très noirs (ça je ne le saurai que plus tard dans la soirée, lorsque je le verrai de beaucoup plus près), les cheveux assez courts, une belle barbe noire épaisse et bien taillée. Le mec doit avoir environ 25 ans. Il est superbement foutu, son torse est magnifique, ses épaules ont un angle de chute juste divin… et ce t-shirt noir col en V qui souligne diaboliquement son anatomie, une perfection plastique certainement affinée dans une salle et/ou sur un terrain de sport, est juste une tuerie… sans parler de son jean délavé lui moulant un cul divin… 

    Avant notre arrivée, c’était sans doute le mec le plus séduisant de la boite. Ca c’est avant que mon Jérém se pointe avec son t-shirt Calvin Klein cousu main sur son torse de ouf.  

    C’est la première fois que je mets les pieds dans cet endroit. Je suis passé devant plusieurs fois. Le jour, en me baladant sur le bord du Canal. Le soir, parfois. J’ai vu briller son enseigne rouge dans la nuit comme un appel à moi, à mon être profond. Sans oser franchir le pas. Sans oser en franchir le seuil. Il a fallu qu’on m’y amène. Il a fallu qu’il m’y amène. 

    Oui, pour que j’ose franchir la porte du On Off, l’une des boites à pd les plus branchées de la ville, pour que j’accepte de prendre le risque de pénétrer dans ce lieu de « perdition », il a fallu que mon Jérém m’y amène… 

    Pour comprendre comment on en est arrivés là, il faut remonter les horloges de plusieurs heures, au début de cette soirée organisée pour fêter le bac… 

     

    Précédemment dans 50 nuances de Jérém, de moi et d’autres Thibault et Stéphane… le bac dans la poche de tout le monde, il avait été décidé d’une soirée pour fêter ça tous ensemble. Ça tombait le samedi suivant l’affichage des résultats. Toute projetée dans l’attente de la soirée, ma semaine s’était déroulée entre l’envie de rester fidèle à l’esprit « Halle aux Grains avec Stéphane », et un désir déchirant de retrouver mon Jérém… le samedi soir venu, je n’avais pas été déçu par ces retrouvailles, marquées par une entrée en scène à grand spectacle comme seul mon beau brun en a le secret…

    Avec ses cheveux courts, son port de tête haut, le regard ferme, puissant, presque intimidant ; avec ses yeux très noirs qui dégagent une forme d’autorité naturelle et de charisme inné ; avec cette assurance de jeune mâle sûr de lui et qui ne doute de rien ; avec ce t-shirt blanc qui lui donne un aspect simplement mec, propre et rangé qui contraste d’une façon très sexy avec son petit coté bad boy; avec ce jeans, tout ce qu’il y a de plus beau et masculin… voilà… on aurait dit un jeune militaire en permission, avec une bonne envie de picoler entre potes et de se faire vider les couilles… chose, cette dernière, dont je me promettais et ce, dès son arrivée, de me charger sans faute…

    Après une bise qui m’avait mis tout sens dessus dessous, alors que mon beau brun vivait sa vie avec ses potes comme si je n’existais pas, au resto je m’étais fait coincer à une place très éloignée de lui… coté proximité, je m’étais bien rattrapé à la Bodega… avec une bonne dose de culot, j’avais réussi à me retrouver dans une cabine des chiottes, très proche de lui et de sa queue, pour une pipe qui, apparemment, avait laissé mon beau brun plutôt satisfait…

    Seul bémol… Thibault avait bien capté notre manège… et son malaise était palpable…

    Une question surgit à l’improviste de mon esprit… s’il est vrai que Thibault a vu Jérém sortir des chiottes juste avant de venir m’y retrouver, est-ce que Jérém s’est rendu compte que son pote l’a vu ? Je pense qu’il vaudrait mieux que ce ne soit pas le cas…

     

    Toulouse, La Bodega, Rue Gabriel Péri, 1h03 du mat. 

     

    Assis à la table avec les camarades où j’ai trouvé refuge pour ne pas devoir affronter le regard de Thibault, je ne me lasse pas de regarde cette image magnifique de mon Jérém en mode mâle repu, accoudé au comptoir… c’est particulièrement excitant de le voir discuter avec ses potes, écouter leurs blagues d’un air absent, amorçant par moment un petit sourire de circonstance… les voir reprendre une bière, trinquer… le voir essayer de recouvrer cette attitude de mec, de pote cool, comme si de rien n’était, tout en sachant ce qui vient de se passer… ça me fait penser à l’éternelle question que je me pose depuis toujours en croisant un garçon qui retient mon attention… que vient-il de se passer dans sa vie quand on le croise ? Quand est-ce qu’il a joui pour la dernière fois ? Est-ce qu’il vient tout juste de se soulager ? Tout seul ? Est-ce qu’il vient tout juste de défoncer un cul, de se faire sucer… ou bien de se faire sauter et de prendre son pied avec un pote… 

    Je donnerais cher pour savoir à quoi mon beau brun est en train de penser précisément… et notamment si le bonheur sensuel qu’on s’est offert dans l’espace clos d’une cabine de chiottes, retentit encore dans chaque fibre de son corps, comme c’est le cas pour moi… mais voilà un questionnement auquel je n’aurais jamais de réponse… 

    Non, je ne me lasse pas de regarder le garçon que j’aime et auquel je viens de donner l’un des meilleurs orgasmes de sa jeune vie… il va falloir pourtant que cette extase visuelle s’arrête… et ce, pour plusieurs raisons… 

    D’une part, car mon attention illimitée pour le beau brun commence à être remarquée… 

    « Il est beau comme un dieu, n’est-ce pas, Nico… toi aussi tu le trouves canon… » me balance Camille, la voix déformée et le propos libéré par un degré d’alcoolémie plutôt carabiné. 

    « De quoi tu parles ? » je tente de me défendre « arrête de dire des conneries, t’es au moins à dix grammes…». 

    « J’ai bu, mais je sais ce que je dis… il te plait bien Jérémie, hein ?… il fallait voir comment tu le matais en cours… tout le monde l’a remarqué… t’as même fini par l’agacer… c’est étonnant qu’il ne t’ait pas mis son poing dans la gueule… mais il faut t’en faire une raison… Jérém est un mec à nanas… » 

    Bon, ok… noyée dans son trop plein d’alcool, elle détient quelques bribes d’une vérité qui lui échappe en grande partie… oui, Jérém me plait… oui, je suis pd… soit… tant qu’elle n’insinue pas que nous nous envoyons en l’air… quant à son statut de « mec à nana » et à son hypothétique envie de me mettre son poing dans la gueule… ma pauvre cruche… si tu savais comment il préfère vraiment mettre sa bite dans ma bouche ou dans mon cul… bonheur auquel à priori tu n’as jamais eu la chance de goûter… et auquel tu n’es pas prête de goûter non plus… si tu savais comment je viens de le faire jouir juste à quelque mètres de toi, alors que tu ne t’es rendue compte de rien… grosse conasse… 

    Cette dernière réflexion, que je garde évidemment pour moi, me permet de passer au dessus de ses mots stupides et de ressentir même une certaine excitation en gardant ce secret… malgré cela, me sentant observé et cerné, je me fais violence pour détourner momentanément l’attention de mon beau brun… et lorsque, quelques minutes plus tard, mon regard se remet en quête du t-shirt blanc, je me rends compte qu’il a disparu… Jérém a bougé… il est passé où? 

    En fait, je ne tarde pas à remarquer qu’il n’y a pas que lui qui a bougé… tous nos camarades sont en train de bouger, et ma table suit le mouvement à son tour… je me rends compte que, suite à un signal venant de je ne sais pas où et de je ne sais pas qui, on va partir pour le KL… oui, le KL… pendant toute la semaine il avait été question d’Esmé, mais depuis le resto, le KL est revenu en force… 

    Je suis un peu surpris de la précipitation de ce départ car, après avoir entendu Thierry et Bruno en discuter devant les pissottières, pendant que mon beau brun se retenait de jouir dans une cabine juste à coté, je m’attendais que les quatre potes du billard repartent faire une partie avant de partir…  

    Mais le temps file, ma montre m’informe qu’il est déjà une heure et quart du mat…  

    C’est là que je réalise que je n’ai pas défini dans quelle voiture je vais monter… bien évidemment, la première idée serait que j’ai envie de monter AVEC mon beau brun, dans l’espoir de me faire monter PAR mon beau brun au retour de soirée… ceci dit, après les allusions de cette conasse de Camille, ainsi qu’à cause du malaise que j’ai décelé sur le visage de Thibault à la sortie des toilettes, je suis un peu perturbé dans mon élan… 

    Je décide alors de faire profil bas, et de choisir n’importe quelle voiture sauf la 205 rouge… d’autant plus que je ne voudrais pas donner l’impression, à lui et aux autres, de le coller trop près… je sais à quel point il faut laisser respirer mon Jérém, sous peine de me faire jeter méchamment… et ceci même après une pipe comme celle que je viens de lui offrir. 

    Du coup, je me retrouve dans la Punto bleue de Rémy… avec Camille et Alexandra sur la banquette arrière. Rémy a l’air plutôt sobre, comme moi, même mieux que moi… j’ai quand même quelques bières à mon actif, chose que Rémy semble avoir esquivé. 

    Quant aux filles, elles sont défoncées. Elles ont descendu les vitres arrière, et pendant qu’on traverse lentement les routes du centre ville bondées de monde, elles crient des trivialités aux garçons aux terrasses des bistrots… c’est ça de picoler quand on ne tient pas l’alcool… elles sont bonnes pour nous taper la honte à l’entrée de la boite… pourvu qu’elles ne gerbent pas dans la voiture… pourvu que je ne rentre pas dans la même voiture tout à l’heure… 

    Du coup je me rends compte que ne sais même pas comment Jérém est parti… avec sa voiture ? Avec l’Astra de Thibault ? Si c’est le cas, adieu la galipette de retour de boite… je me vois mal demander à Thibault de nous ramener et de nous laisser tous les deux rue de la Colombette… à moins de lui demander de monter avec nous… mais là, je divague… 

    Merde, merde, merde… naaaaan… c’est juste pas possible… j’ai trop envie de lui… surtout après le petit (avant) goût qu’il vient de me donner, après cette « mise en bouche », après m’avoir juste embroché avec sa queue raide pendant que je me branlais jusqu’à en jouir… j’ai trop envie de l’avoir en moi… et je l’aurai, ce soir, coûte qui coûte... 

    La voiture quitte le centre ville, nous traversons une première fois la Garonne par le Pont Neuf, nous passons St Cyprien, les Abattoirs, nous retraversons la Garonne au Pont des Catalans, nous filons sans encombres sur l’Allée de Brienne, nous arrivons aux Ponts Jumeaux, et nous voilà sur la Rocade… nous passons à coté du quartier des Minimes, là où Thibault a son apart, je ne sais pas trop où… 

    Ah… Thibault… je repasse dans ma tête le moment où l’on s’est croisés aux toilettes… je me revois en train de me sécher les mains… j’entends le bruit assourdissant de l’air chaud propulsé… je retrouve ma surprise de le voir juste à coté de moi… je repense à mon sourire maladroit… et je sens un pincement au cœur en retrouvant son charmant et gentil sourire terni par un beau malaise… 

    De fil en aiguille, pendant que la voiture file, pendant que les filles continuent sur leur déconnade en balançant des conneries à notre chauffeur sur la Rocade, pendant que la radio nous offre la voix de Madonna sur « What it feel like for a girl », pendant que les immeubles des cités et les bâtiments commerciaux défilent sous mes yeux, je repense à la tristesse de Thibault lorsqu’il m’a parlé du départ possible de Jérém… je retrouve la chaleur de sa main sur la mienne, la douce caresse de sa voix et de ses compliments… « tu es beau garçon », la troublante sensation de sa bise inattendue…

    Du coup, je ne peux m’empêcher de me demander quelle est, au juste, la raison profonde de son malaise de tout à l’heure… une jalousie ? A l’égard de qui ? De Jérém ? De moi ? A la place de qui aurait-il voulu être ? Ou alors, aurait-il tout simplement voulu être avec nous deux ? Est-ce qu’il ressent vraiment un truc puissant pour son pote ? Est-ce que c’est sur moi qu’il a des vues ? Est-ce que c’est juste le fait de voir cette relation inattendue se développer sous ses yeux qui le trouble et qui réveille en lui des pulsions qui auraient pu rester par ailleurs indéfiniment cachées ? 

    Si vraiment il en pince pour Jérém, j’imagine à quel point ça doit être dur pour lui de le côtoyer en ami, en meilleur ami, sans pouvoir lui avouer ce qu’il ressent pour lui, sans pouvoir lui avouer ses envies… et ça doit être d’autant plus dur pour lui à vivre en sachant désormais que Jérém a à priori les mêmes penchants que lui, mais que ces penchants il les satisfait avec un autre garçon… un garçon, moi, pour lequel Thibault doit ressentir une certaine jalousie alors qu’il s’efforce de s’en rapprocher car il le sait être l’élu du « lit » de son meilleur pote… 

    Thibault et moi, chacun à notre manière nous jouons tous les deux un jeu délicat, dangereux, un jeu d’équilibriste…  

    Oui, la position de Thibault est très compliquée… dans son discours, le beau mécano a l’air de vouloir me soutenir dans l’odyssée entre le lit et le cœur de mon beau brun… je crois vraiment que, d’une part, la profonde bienveillance qu’il porte à l’égard de Jérém le pousserait à seconder sincèrement cette relation avec moi, une relation qu’il ressent comme bénéfique pour Jérém…  

    D’un autre coté, je sens qu’il y a un malaise… il voudrait être à ma place, mais il ne le peut pas, son statut de meilleur pote n’est pas compatible avec une tendresse plus intime, avec une sexualité partagée… du coup, il se retrouve prisonnier de son rôle de meilleur ami, de pote bienveillant, ce qui lui empêche de franchir le pas d’assumer ses véritables envies… car s’il le faisait, toute cette amitié qui a été construite depuis leur enfance, risquerait se s’effondrer… ce qui risquerait de foutre le bordel entre eux… et comme Thibault désire par-dessus tout de la stabilité pour son Jérém, il se condamne à jouer le rôle que son pote s’attend à le voir jouer… 

    Soudainement, je trouve Thibault encore plus touchant… je crois qu’il n’a pas ls rôle le plus facile à tenir dans l’histoire… 

    Ceci dit, ma position vis-à-vis de Thibault aussi est compliquée à assumer… d’une part, je veux bien accepter son appui pour mieux connaître et cerner mon beau brun… d’autre part, ce qui me pose problème, c’est le fait que ce petit jeu a l’air de coûter cher à Thibault…  

    Lorsque je repense à la tristesse dans ses yeux, à son air dépité lorsqu’il m’a lancé, le regard fuyant : 

    « Ah, t’es là… toi aussi… », j’ai mal au ventre pour lui… et lorsque je repense à ma fuite, à ma lâcheté, à mon égoïsme… je me sens vraiment nul… 

    Je n’ai pas envie de faire du mal à ce garçon droit, loyal, excessivement fidèle en amitié, prêt à tout pour son meilleur pote. Non, je ne veux pas faire souffrir ce garçon qui inspire la confiance et force le respect, si touchant dans le contraste entre la puissance de son physique, la solidité de son caractère et la profonde gentillesse qui lui est propre…

    Oui, dans sa morphologie et dans son caractère, Thibault possède la carrure et la solidité d’un petit taureau. Mais là, voilà que l’équilibre inébranlable de Thibault vient d’en prendre un coup… il n’y a que très peu de choses capables de secouer un rock comme Thibault… parmi celles-ci, la frustration d’un désir profond ainsi qu’une certaine forme de jalousie…

    Je donnerais cher pour savoir ce qui se passe dans la tête du beau mécano… ah, mon beau Thibault… qu’est ce qui te fait réellement courir dans la vie ?

    A l’approche de la sortie du Lac de Sesquière, la silhouette immense et lumineuse du KL nous drague alors que nous roulons encore à plus de 90 km/h… la proximité des « retrouvailles » avec mon Jérém et mon souci de ne pas encore savoir si je pourrais ou non finir la soirée avec lui, m’éloignent de mes pensées au sujet de Thibault… 

    Dès que je repense à mon beau brun, je repense à son corps tout tendu à la recherche du plaisir, à ses gémissements de mâle en train de se faire sucer comme il se doit… à la sensation de sa queue qui s’enfonce dans ma bouche et qui la remplit… à ses coups de reins… à son parfum… à la puissance de ses jets projetés au fond de ma gorge… au goût de son jus épais…je bande… et lorsqu’un garçon bande, toute forme d’empathie et de scrupule s’évapore soudainement… 

    Nous voilà au KL. Il y a du monde à l’entrée, et il faut attendre pour rentrer. Les filles déconnent bruyamment, je me protège avec la technique du « Je ne les connais pas, moi ». 

    Au bout d’un bon quart d’heure, nous traversons enfin les vestiaires pour plonger dans l’ambiance bruyante de la salle techno. Le son est assourdissant, la salle est bondée et il fait une chaleur de dingue. Je me dis qu’avec tout ce monde, ça ne va pas être simple d’approcher discrètement mon beau brun… je me dis que c’est une énorme connerie que de devoir en passer par là pour me glisser dans le lit de Jérém alors que quelques minutes plus tôt on étais à quelque pas de chez lui et qu’il serait bien plus agréable d’être au pieu avec lui dans le silence de son apart que dans cette ambiance bruyante, surpeuplée et moite… mais bon, je suis le mouvement, pas le choix… 

    Oui, mon beau brun… il est passé où, celui là ? Je le cherche du regard, mais la foule est si dense que j’ai du mal à me focaliser sur les visages… et sur les torses… et sur les t-shirts… l’approche de l’été opère cette magie bénie de dévoiler les physiques des beaux garçons, les plastiques que les vêtements d’hiver nous ont un peu dissimulés pendant des mois… l’œil est avide de découverte… alors, là, ce soir, c’est le festival…  

    Qu’est ce qu’il y a à mater comme bogoss… il a des fois où on a l’impression que tous les bogoss de la planète se sont donné rendez vous au même endroit… je suis comme un passionné de peinture impressionniste au Musée d’Orsay… dépassé par l’interaction mutuelle de beautés similaires que, mise cote à cote, génèrent une sorte d’explosion esthétique et émotionnelle qui nous arrache du présent et qui nous offre un magnifique instant d’éternité… 

    Bon, Nico, stop aux délires… il faut te ressaisir… il faut trouver Jérém… le trouver et ne pas le perdre de vue sous aucun prétexte… le surveiller… l’empêcher d’emballer des nanas… tu as trop envie de lui pour le laisser commettre une fois de plus ce gâchis insoutenable… 

    Mais d’abord, il me faut me délester de mes trois acolytes… la tache se révélera plus simple que prévu… en effet, après un verre, les nanas vont danser… elles gigotent comme des malades… Rémy, quant à lui, il s’occupe en matant les nanas sur la piste de danse… je crois qu’il coucherait bien avec Alexandra, mais elle ne fait que le faire languir, surtout depuis qu’il a son permis…  

    Et moi… moi je guette l’apparition de mon beau brun… hélas, je ne le vois toujours pas… je pars faire un tour de la salle… mince, Rémy me suit… j’avance, j’avance, j’avance,  ma quête demeure sans succès… ce n’est qu’au bout de plusieurs minutes de pérégrinations que, au détour d’une cloison, j’aperçois de loin mon beau brun entouré de Thibault, Bruno et Thierry… 

    Maintenant, il faut absolument que je me décolle Rémy des baskets… je tente de le semer avec l’argument « toilettes »… il a envie aussi… heureusement il s’enferme dans une cabine, et c’est par ce biais que j’arrive à le semer… je pars sans l’attendre… 

    Me revoilà dans la salle, en mode détection et approche de beau brun un peu con… je l’ai vu tout à l’heure, maintenant je ne le vois à nouveau plus… il faudrait lui poser un bracelet électronique… sans Rémy à mes baskets, je bouge beaucoup plus vite… il me faudra cependant de longues minutes pour le localiser à nouveau… 

    Le voilà mon beau brun, négligemment appuyé avec une épaule à une colonne au bord de la piste de danse, sexy comme pas possible, en train de discuter avec une blonde… une nanas que je ne peux même pas traiter de pouffiasse ou de pétasse, car ce n’est pas le cas… c’est une fille vraiment magnifique, le genre de fille class et très belle que je pense me plairait si j’étais hétéro… bien sapée, sexy, maquillée juste ce qu’il faut, une véritable beauté, un joli sourire, et apparemment de l’humour, car je vois à plusieurs reprises mon beau brun rigoler longuement en discutant avec elle… non, je ne peux pas honnêtement la traiter de pouffiasse… car son seul crime est celui de vouloir connaître mon beau brun de très près… est-ce un délit ? pouvons nous condamner cela ? condamner un être de chair, qu’il soit mâle ou femelle, qui se rend « coupable » de trouver la beauté et le charme de Jérém très désirables, très sensuels ? 

    Oui, cette nana a dans son allure générale quelque chose de profondément charmant qui la rend difficilement critiquable… du moins jusqu’à qu’elle atteigne le point de non retour… jusqu’à qu’elle commette l’irréparable… à savoir… s’approcher de façon inappropriée de mon beau brun et, sous mes yeux, passer une main d’abord dans son dos, ensuite carrément sous son t-shirt… et terminer avec l’horreur absolu… un bisou dans le cou…

    Le beau brun sourit, balance des petits regards en coin, fiers, coquins, des regards d’allumeur… il a l’air d’apprécier cet énième hommage à la toute puissance de son charme…

    Cette scène a le pouvoir de me rendre hystérique… ça me fait sortir de mes gonds, ça me met hors de moi !

    C’est là que je me rends compte qu’en fait la nana est la pire des salopes… le genre qui minaude avec classe, sans vulgarité apparente… mais quand même avec la ferme intention de se le taper… du coup elle dégringole dans mon estime… tous les voyants dans ma tête virent au rouge… danger maximal… pétasse en rut en contact avec mon beau brun… je bous de l’intérieur… si tu savais, toi aussi, oh blondasse, comme je l’ai fait jouir il y a même pas une heure… il n’a pas besoin de toi pour prendre son pied… je suis là !

    Soudainement, je trouve condamnable ce qu’un instant plus tôt j’avais trouvé tolérable… s’intéresser de trop près à mon beau brun, relève en fait du délit… du moins à mes yeux…

    Je sens un mélange de rage et de jalousie monter en moi, fourmiller dans mon bas ventre et me piquer jusqu’au cuir chevelu… quoi faire si le beau brun, après avoir reçu une pipe de dingue, il trouve bon de terminer sa soirée en se défoulant dans une chatte plutôt que entre mes fesses ?

    Je me sens impuissant et ça me rend dingue…

    Ils discutent. Elle sourit. Il sourit. C’est pas possible d’être aussi beau. Elle minaude. Non, elle charme. C’est pire. Car drôlement efficace. Ça se voit qu’elle a envie de se faire sauter par mon beau brun. Mais elle le fait avec classe. Non seulement elle a l’air d’être plutôt drôle comme nana, mais elle a également l’air d’une sacrée coquine… parfois elle se penche sur son oreille et, au vu des expressions malicieuses, sensuelles et fières que je vois s’afficher sur le visage de mon beau brun, elle ne doit pas lui faire un résumé du JT de 20 heures…

    Il le sait qu’elle a envie de lui… il le sens et ça le rend fier comme un coq… putain, c’est vraiment vrai qu’il n’y a pas plus ingrat qu’une queue en érection… 

    Le message me semble assez clair et définitif. Ce soir je ne me ferai pas sauter par mon beau brun. Dégoûté, je pars faire un tour de la salle. Je suis tellement dépité par ce que je viens de voir, que je n’ai même plus le cœur à mater le « bogoss toulousain » pourtant massivement présent au KL ce soir là… et pourtant dieu sait à quel point m’est doux de poser mon regard sur la beauté et sur la jeunesse masculine ; mais là, je suis tellement déçu que j’arrive à détourner mes pensée du garçon qui est la cause de mon malheur, de ce con de bogoss qui seul aurait le pouvoir de transformer ce malheur en bonheur, si seulement il le voulait… oui, si seulement il le voulait…

    L’effet de la première bière du KL, la quatrième de la soirée quand même, en plus de l’apéro au resto, commence à faire sentir son effet anesthésique… je suis fatigué, et au même temps sur les nerfs… avec son jeu de souffler en permanence le chaud et le froid, Jérém a le don de m’énerver comme personne… alors, comme ce fut déjà le cas à la Bodega avant qu’il vienne me chercher, je me dis que j’ai besoin d’une autre bière pour me calmer davantage… car il semblerait que l’alcool aide à mieux supporter la déception, la solitude, la tristesse…

    C’est en m’approchant du comptoir que j’aperçois un peu plus loin une silhouette masculine plutôt harmonieuse et agréable à mater, un mec en train de discuter et de rigoler avec une petite bande de potes. C’est dingue comme les silhouettes des filles, tout comme leurs prénoms, se mélangent parfois dans ma tête dans un souvenir vague, alors que la morphologie et le prénom d’un garçon qui m’a tapé dans l’œil ne serait-ce que l’espace d’un battement d’ailes de papillon, se grave instantanément au feu rouge dans ma mémoire…

    Le processus est infaillible et ultra-rapide. Mon gaydar détecte le spécimen ; transmission des données visuelles à la base de données « Bogoss » dans ma mémoire interne ; lancement de la recherche par le paramètre « Morphologie » : Match found… correspondance trouvée… Illico je me dis : je l’ai déjà vu, celui là… mais où… lancement  de la recherche dans la base de données « Rencontres récentes »… recherche aboutie… une ampoule s’illumine dans ma tête « Mais, oui, évidemment, c’est bien lui ! »…

    Le flanc appuyé au comptoir, l’avant bras carrément posé sur le zinc, je ne le vois que de dos… mais je suis sur que c’est lui… cette chemise blanche bien taillée, très class, les manches retroussées, une belle montre de mec au poignet… oui, ce style est bien le sien… et lorsque par moments il tourne légèrement la tête, la faible lumière de la boite m’apporte quelques éléments de son beau profil…  

    Oui, c’est lui. Je suis surpris de le trouver ici, surtout de le localiser sans l’avoir cherché au beau milieu de cette foule dense. 

    Je le regarde discuter avec ses potes et ça me donne des frissons… je suis comme d’hab jaloux d’eux, eux qui peuvent partager des moments avec lui, entendre sa voix, discuter avec lui sans en être gêné… car autorisés à faire partie de sa vie en vertu d’une amitié ou d’une camaraderie qui m’est interdite… l’alcool désinhibant mes actes et me rendant plutôt culotté, je le regarde sans ménagement, fasciné par cette scène de proximité entre potes…  

    Je le fixe avec tellement d’insistance que, à la faveur du passage d’un un petit groupe de filles avançant dans ma direction et que le mec et ses potes semblent suivre des yeux, nos regards finissent par se rencontrer…  

    Putain… te voilà gaulé… je ne sais plus où me mettre… et là, alors que je suis tout gêné par cet accident frontal de regards, à ma grande surprise, le mec me lâche un grand sourire. Il est vraiment beau et sexy. Et cette simple chemise blanche avec deux boutons ouverts laissant entrevoir un joli relief de pectoraux imberbes… ouf, c’est canon… et il l’est encore encore encore plus car j’ai l’impression que ce sourire veut dire : « Tiens, je me souviens de toi, même si je ne t’ai vu qu’une seule fois, et vraiment vite fait… ». 

    Oui, on ne s’est croisé qu’une fois, on s’est tout juste serré la main, au point que je croyais qu’il ne m’avait même pas capté… et ça fait d’autant plus plaisir de découvrir le contraire… 

    Son beau sourire me donne envie de donner l’échange avec la même pièce. Je lui souris à mon tour. Il faut alors imaginer mon effarement, avec l’emballement du rythme cardiaque qui va avec, lorsque je le vois quitter son groupe de potes pour avancer dans ma direction. 

    Soudainement, je repense à Amélie Poulain. Je crois que je vais me liquéfier sur place. Oui, soudainement, je me rends compte que je n’ai qu’une poignée de secondes pour retrouver une contenance, reprendre mon souffle et préparer quelque chose de pas trop con à dire. Hélas, le temps imparti est trop court, tant pis, je ne réussirai aucune des trois missions. Il approche… trois, deux, un…  

    Impact… 

    Il réitère son beau sourire, il approche son verre du mien, et il approche son visage de mon oreille pour y poser, inattendu, mais très plaisant, un : 

    « Bonsoir » 

    Auquel je répondrai : 

    « Bonsoir » 

    Auquel il enchaînera : 

    « Alors, vous êtes prêt pour le stage intensif ? » 

    Bam ! Martin, le beau moniteur de l’auto-école est là.  

    Il est vraiment charmant et très classe. Très élégant. Ses cheveux châtains sont un plus courts et soignés que la première fois que je l’ai vu… il est rasé de près… le mec vraiment sur son 31, quoi… une chemise blanche, un beau jean marron, des jolies chaussures en cuir, simple mais tellement efficace… 

    « Vous vous souvenez de moi ? » j’essaie de rigoler. Pour le truc pas trop con, on repassera. 

    « On s’est serré la main l’autre jour » me répond-il du tac au tac « et apparemment vous aussi vous vous souvenez de moi… ». 

    Il me regarde droit dans les yeux. Putain de regard charmeur. Sur le coup, j’ai envie de lui demander s’il souvient de tous les élèves qu’il croise, mais après je me dis que c’est l’alcool qui me fait dérailler, alors je me retiens. Son parfum me frappe comme un uppercut en pleine figure. Quand je pense que je vais faire mes cours de conduite avec lui… tous les jours pendant deux semaines… me retrouver enfermé dans l’espace clos d’une petite voiture avec cette bombasse assise à coté de moi… les narines mises à dure épreuve par ce parfum de ouf… 

    Je me perds dans son regard de braise lorsqu’il enchaîne :  

    « Vous allez attaquer quand le stage ? ». 

    « Dans deux semaines… ». 

    Soudainement, voilà le glissement magique du vouvoiement distant au tutoiement complice… frissons incontestés… 

    « Tu as déjà conduit ? ». 

    Je me sens perdre pied. J’ai l’impression que je ne contrôle plus mes mots, qu je pourrais dire n’importe quoi. Trop de bières nuisent au Nico. Ou pas, d’ailleurs… 

    « Non, mais je suis sur que vous allez me montrer tout ça… ». 

    « Déjà il faudrait que tu me tutoies… ». 

    « Mais vous allez être mon moniteur… ». 

    « Je suis Martin, un point c’est tout… ». 

    Oui, tu es Martin, et tu me fais un effet de dingue… putain… j’ai avalé trop vite mes deux dernières bières… j’ai la tête qui tourne, alors j’ai envie de te dire que j’aimerais te voir à poil, te faire mille trucs, te faire jouir, te voir jouir… oui, Martin, j’aimerais coucher avec toi… te bouffer la queue, goûter à ton jus… que ce soit en te tutoyant ou même en te vouvoyant… mais tu es vraiment trop beau, presque aussi beau que mon con de Jérém… tiens, à l’heure qu’il est, il doit être en train de négocier sans trop de difficulté sa baise du soir avec la blonde qui a osé l’irréparable… passer la main sous son t-shirt… alors, Martin, ta présence me fait du bien, un bien fou… mais comme je sais que les miracles, notamment les miracles « gay » ont déjà du mal à se produire une fois, et que, en couchant avec Jérém, j’ai épuisé mon quota, je sais que la probabilité qu’un mec aussi canon que toi veuille de moi relève de l’absurde… 

    Oui, Martin, tu es presque aussi canon que mon Jérém, avec quelques années de plus, ce qui rajoute un charme que mon beau brun, du haut de ses 19 ans, ne peut pas encore ajuter à son arsenal pourtant si bien garni par ailleurs… c’et vrai que l’argument « mec plus âgé, avec quelques bornes au comptoir, rassurant, avec de l’expérience » est un argument de poids… mais Martin, tu es un mec à nana, je le sais… j’ai vu comme tu as maté le cul de ce troupeau de femelles qui vient de passer… inutile de me faire des illusions… t’as du sauter la moitié des nénettes qui sont rentrées dans ta voiture… tu dois être sollicité à ne pas savoir où donner de la bite, comme mon beau con de brun doit l’être à sa putain de brasserie…  

    Mais pourquoi vous êtes aussi canons les mecs, pourquoi vous avez ce pouvoir terrible, un pouvoir dont vous abusez, le pouvoir de faire le bonheur et le malheur des nanas et des mecs qui ont la malchance de vous croiser… beau Martin, est-ce que tu as fait souffrir des nanas comme ce con de Jérém me fait souffrir à moi ? Est-ce que ta beauté et ton charme, comme c’est le cas pour lui, sont des armes redoutables qui font des dégâts collatéraux épouvantables ? 

    Je sens une étrange tristesse mêlée de colère me submerger… Martin… Jérém… même histoire… des mecs canon, tellement canon qu’il ne seront jamais la bite d’un seul trou… l’un comme l’autre appartenant à cette espèce de mâles tellement assurés de leurs charmes qu’ils s’en foutent de tout et de tout le monde, car tout ce qui compte est leur gueule…  

    L’alcool me perd, il fait tourner mon cerveau à l’envers… j’aime bien la présence de Martin, mais au fond j’aurais tellement envie d’être avec mon Jérém… 

     « T’es ici avec tes potes ? » me balance-t-il de but en blanc. 

    « Oui » je réponds sobrement. 

    « Et avec… ta copine ? » il enchaîne. 

    « Non ! » je coupe court, surpris par sa question. 

    « Pas de copine ce soir ou pas de copine du tout ? » il me relance. 

    « Pas de copine du tout… » je finis par admettre. 

    « T’es venu pour draguer les nanas, alors… » il me questionne, un sourire coquin s’affichant son visage. 

    « M’en tape des nana… » je balance. L’alcool me joue des tours. 

    « T’es venu pour dragues les mecs, alors… » il me sort alors, comme le plus naturel du monde. 

    Je ne réponds pas, très mal à l’aise. Je le regarde. Il me sourit. C’est coquin, c’est charmant, c’est beau, c’est culotté, c’est à gifler.  

    Me voilà dans une situation inattendue… une situation dans laquelle je me suis toujours demande comment réagir si jamais je devais y être confronte d’une manière aussi directe… oui, comment se comporter devant un aussi bomec jouant a fond la carte de la séduction ambiguë ? Est-ce que c’est pour de vrai, est-ce qu’il est « du bon cote de la Force », est-ce qu’il le fait pour jouer, pour se moquer, est-ce que c’est un piège ? Bien sur, les situations ou les allusions ambiguës de la part de mec, je connais, mais c’est toujours extrêmement subtil, furtif, et rapidement les évènements apportent une réponse définitive et jamais la bonne… 

    Dans le doute, je me dis qu’il faut que je dégage le Roi de mon jeu, car je sens que si je ne change pas de stratégie, l’échec et mat n’est pas loin. 

    « Je suis venu parce qu’on fête le bac ce soir » je tente de me dégager. Je prends une longue respiration et je passe à la contre-offensive : 

     « Et toi, t’es venu pour draguer ? » je balance, relançant ainsi la balle dans son champ. 

    « Non, je suis venu pour rigoler avec mes potes… c’est mon anniversaire… ». 

    « Bon anniversaire, Martin… » je réagis au quart de tour. 

    « Merci… » 

    « Tu as quel age ? » j’enchaîne, curieux. 

    « Qu’est ce que tu en penses ? » il enchaîne, taquin. 

    « Je ne sais pas… 27… 28… » je l’avance. 

    « 29… » il assène. 

    « Je n’étais pas loin… » je commente. 

    Il sourit. Lorsqu’il approche la bouche de mon oreille, il rajoute : 

    « 29, ce ne sera que la troisième fois que je les fête… » il rigole. 

    « 31, donc… » je réagis. 

    « Non, 29 pour la troisième fois… » il insiste, taquin. 

    « Tu ne les fais pas… » je trouve intéressant de commenter. 

    L’alcool me délie la langue. Je ne sais pas ce qu’il cherche, je ne sais même pas ce que je cherche, moi… ce qui est sur, c’est que ce petit jeu du chat et de la souris me plait et me remonte un peu le moral…  

    « Merci… » m’envoie le beau Martin. 

    « Toi, en revanche tu fais plus que tes 18 ans… car tu as 18 ans, n’est pas ? » 

    Je le lui confirme avec un simple hochement de la tête. Visiblement rassuré, il continue. 

    « Ta chemise à carreaux est très jolie et elle te va à merveille… de toute façon tu es très sexy comme garçon… » et, ce disant, il approche un peu plus son visage de mon oreille, les lèvres me provoquant des frissons en effleurant le pavillon, pour me chuchoter, avec une voix très sexy « voilà pourquoi je me souviens de toi… ». 

    Son souffle dans l’oreille m’excite… ses mots me flattent… soudainement je me sens comme un livre ouvert… putain de petit con… mais je suis vraiment touché… un mec aussi canon qui se rappelle de moi et qui me trouve à son goût… bon, là c’est clair, il me drague ouvertement… comme quoi, les miracles gay peuvent se répéter…  

    Alors puisque la chance sourit, autant jouer cartes sur table… 

     « J’ai été content d’apprendre que vous seriez… » je m’engage. 

    « Que tu serais… » il me corrige. 

    « Que tu serais mon instructeur… » je m’aligne. 

    « C’est déjà mieux… » il plaisante. 

    Je ne sais pas où ce petit jeu va nous mener, mais je m’aligne, je relance les dés…  

    « Je suis sûr que tu as plein de choses à m’apprendre… » j’enchaîne. C’est plaisant de se faire draguer. C’est un jeu auquel on s’abandonne avec un plaisir entier.  

    « T’imagines même pas… » il me nargue. Son assurance est extrêmement sexy. Et énervante. Mais surtout sexy. Très énervante. Définitivement sexy. 

    « Vivement le 16 juillet, alors… » c’est ma façon de lui tendre une perche. 

    « Je peux commencer dès ce soir à t’apprendre des choses… ». 

    « Mais l’auto-école est fermée… » 

    « J’ai les clefs… ». 

    « Ah… oui ? ». 

    « Oui, les clefs de chez moi… ». 

    Je suis un peu surpris de sa proposition très directe. J’hésite sur la réponse à donner, et c’est là qu’il me balance, coquin : 

    « C’est jamais assez tôt pour s’instruire… ». 

    Je le regarde. Il rigole. Son petit jeu commençait à me dépasser un peu… je ne suis pas habitué à me faire draguer si explicitement et si vite… mais voilà que son beau sourire a le pouvoir de me faire fondre et de me mettre en confiance… ajoutant le geste à la parole, sa main entre en contact avec mon dos et remonte jusqu’à mon cou… 

    Il me regarde droit dans les yeux. C’est une attitude récurrente chez lui. Fixer droit dans les yeux. Je sais qu’il attend une réponse à sa proposition de finir la soirée avec lui. J’hésite. Je lance mon regard dans un tour panoramique de la salle en quête de mon beau brun… je balaie l’horizon bruyant et saturé de la salle mais pas de t-shirt Carvin Klein blanc en vue… l’horizon m’apparaît alors bien vide et désolant, comme un désert sans fin… 

    Je suis à la fois flatté et un brin troublé par cette drague si directe et si rapide… alors, j’essaie de gagner du temps et de me rassurer.

    « Tu fais souvent ce genre de proposition à tes élèves ? ».

    « Plus souvent aux nénettes… d’ailleurs c’est elles qui me font du rentre dedans… et moi je choisis si jouer le mec cool qui se dévoue souvent pour leur dépucelage… ou alors le mec très pro qui jamais ne couche avec une élève…

    « Ca dépend de la tête de la nana… ».

    « Exactement… mais aussi si elle est majeure… je ne veux pas de problèmes, moi ».

    « T’es bi ? ».

    « Oui, c’est ça… depuis toujours… ».

    « Et alors, pour les mecs ? » je me renseigne.

    « Pour les mecs c’est plus délicat… déjà c’est plus rare… ils osent moins… ils croient que je ne couche qu’avec les nanas… alors, c’est souvent moi qui doit faire le premier pas… comme avec toi…  euh… d’ailleurs c’est comment, déjà, ton prénom ? ».

    « Nicolas… Nico… ».

    « Alors, Nico, t’en dis quoi ? » il me relance, tous sourires.

    J’ai compris que monsieur « il peut conduire, alors il peut baiser » a envie d’une aventure, il envie de s’envoyer en l’air… je ne sais pas… ce Martin à l’air d’un sacré coquin… j’ai l'impression que si j’accepte de le suivre dans sa garçonnière, je vais être juste un trophée de plus dans son tableau de chasse déjà bien fourni… franchement, tout canon qu’il est le mec, ce qu’il me propose ce n’est pas franchement que je cherche…  

    Mon être profond veut finir la soirée avec mon Jérém, car avec Jérém, en ce qui me concerne, ce n’est pas qu’une histoire de baise… mais bon, je commence à comprendre que dans la vie à rien ne sert de prendre ses désirs pour des réalités… inutile d’attendre Jérém… inutile de me priver à cause de lui… inutile d’avoir des scrupules… Jérém ne s’encombre pas de scrupules… s’il le faut, à l’heure qu’il est il est même déjà parti de la boite, s’il le faut il en est reparti avec la blondasse et avec Thibault, lui non plus je ne l’ai pas vu depuis un bon moment… ils sont peut-être déjà repartis à quatre comme samedi dernier… 

    Alors, même si je sais que Martin veut juste tirer son coup avec moi, soit… pas envie de rester seul et de me morfondre en pensant à la connerie de mon beau brun… 

    Qu’est ce qui me retient donc de dire oui à a proposition de Martin ? Je me regarde autour, je réfléchis… qu’est-ce que vont penser mes camarades en me voyant partir avec cet inconnu ? Au fond… je n’en ai rien à foutre… d’autant plus que, au dire de Camille, apparemment tout le monde sait que je suis pd… et puis, je m’en tape doublement, le lycée c’est fini, ma nouvelle vie va se passer à Bordeaux, alors, je peux faire n’importe quoi sur la place toulousaine… 

    « C’est tentant… » je finis par répondre au charmant Martin. 

    « T’as qu’à dire à tes camarades que tu rentres avec un pote que t’as rencontré et on y va… » me suggère-t-il d’un ton ferme. 

    « Et tes potes ? ». 

    « T’inquiète pas pour eux, ils sont grands… et ils me connaissent… » me répond-il, malicieux. 

    « Tu vas m’amener chez toi pour me faire l’amour ? » je me laisse échapper maladroitement. 

    « Je ne fais pas l’amour… je baise… sauvagement… » m’assène-t-il avec un petit sourire lubrique aux lèvres. 

    « Dit comme ça, ça fait quand même un peu peur… » je me défend. 

    « Tu vas aimer, j’en suis sur… derrière tes aires de garçon sage, de Saint N’y Touche, tu dois être un sacré lascar au lit… mais tu vas être étonné… je vais te révéler à toi-même… » il surenchérit. 

    « Je n’en sais rien… je suis obligé de te croire sur parole… » je le cherche. 

    « Si je m’occupe de ton cul, tu aura eu du mal à t’asseoir pendant une semaine… »…  

    Quand même… dans le genre petit on arrogant et prétentieux, voilà un beau spécimen. Obscènement sexy. Si la prétention était une discipline olympique, il serait qualifié d’office pour les prochains jeux. Si la prétention était une discipline à prix Nobel, il serait assuré de le remporter. 

    Son assurance est tellement énorme que ça donne envie de tirer à boulet rouge pour lui faire baisser la crête… je me retiens de justesse de lui dire que ce genre d’expérience « du mal à t’asseoir pendant une semaine », m’est déjà arrivé plus d’une fois après les assauts de mon Jérém… mais ce n’est pas le moment… j’ai décidé de coucher avec lui, et son assurance de petit coq je la veux intacte… 

    « Attends moi un seconde… » je lui dis… 

    La scène qui suit ressemble à ce qu’on appelle un « effet papillon ». Dont voilà l’enchaînement exact. 

    Nico va voir Camille et Rémy pour les avertir qu’il rentre avec un pote croisé par hasard. 

    Pendant qu’il s’éloigne d’eux pour aller retrouver Martin, Nico aperçoit du coin de l’œil la blancheur aveuglante d’un t-shirt blanc Calvin Klein. 

    Après un léger, presque imperceptible ralentissement de son allure, dû autant à la surprise qu’à un petit pincement au cœur, Nico choisit d’avancer vers Martin, comme s’il n’avait rien vu. 

    Toujours du coin de l’œil, Nico se rend compte que le beau brun le regarde fixement et que son regard est noir, très noir, aussi noir que le jour à la piscine Nakache où il l’a vu discuter avec Stéphane. 

    Nico fait mine de ne pas voir ce regard noir de beau brun énervé et rejoint Martin. Ce dernier, ignorant tout du tiraillement que vit Nico à cet instant, pose son verre vide sur le comptoir et se dirige vers la sortie de la boite.  

    Nico lui emboîte le pas. Ce n’est pas la première fois de la soirée que Nico emboîte le pas à un garçon, mais c’est la première fois qu’il emboîte le pas d’un inconnu. 

    Pendant qu’il traverse la salle en direction de la sortie du KL, réalité ou imagination, ou les deux à la fois, il sent bien le regard de Jérém sur lui, comme le contact d’une main, lourd, insistant, contrarié. 

    La réaction de Jérém… elle a le don de faire connaître à Nico un complexe mélange de sentiments… d’abord la joie, la satisfaction, la saveur délicieuse d’une petite revanche, le parfum enivrant d’une petite fierté procurées par le fait de voir que quand Nico se fait draguer, la réaction de Jérém ne se fait pas attendre… c’est une joie, hélas, un peu gâchée par un petit regret… le regret qu’il ait fallu en arriver là pour obtenir que le beau brun s’intéresse à lui… le dernier sentiment ressemblerait une certaine inquiétude vis-à-vis d’une éventuelle réaction alcolo-épidermique du beau brun avant qu’ils n’aient quittés les lieux… 

    Nico et Martin ne sont plus qu’à quelques pas de la sortie, lorsque Nico sent une pression sur l’épaule. Il s’arrête net. Il sait que c’est sa main. Il a redouté que cela puisse arriver autant qu’il l’a souhaité. Nico se retourne. Jérémie le regarde fixement. Il a l’air très contrarié des mauvais jours. 

    « On rentre ! » il finit par lâcher sur un ton autoritaire. 

    « Non, je ne rentre pas avec toi… » je lui répond sèchement. 

    Il me toise, mauvais, je n’ose même pas le regarder. 

    « Qu’est ce qui te prend ? » s’étonne le beau brun. 

    « Rien… je rentre avec lui… » j’insiste en lui indiquant Martin qui, ne s’étant pas rendu compte tout  de suite de mon arrêt, se trouve désormais quelques pas plus loin et regarde la scène à distance. 

    « Arrête ça… viens, on rentre… » m’intime Jérém. 

    « Maintenant c’est trop tard, je lui ai dit oui… » je lui annonce, comme une fatalité. 

    « Alors casse-toi et n’essaie plus de me faire chier… tu me dégoûtes ! » me balance-t-il en pleine figure. Le ton est contenu, afin d’éviter le scandale, mais le mot est dur, percutant, j’en ai presque les larmes aux yeux. Il fait demi tour et il se barre. 

    « Jérém… » je tente de le retenir. En vain. 

    Envie de le rattraper. Envie de lui.  

    Envie de le laisser filer et de partir de mon coté sans tenir compte de son caca nerveux, histoire de lui montrer que je ne suis pas son toutou, que je peux avoir des aventures de mon coté, comme lui les siennes, que je peux lui imposer mes choix, comme lui les siens. Que je ne lui dois rien, comme lui il estime ne rien me devoir.  

    Envie de le rattraper. Envie de lui. Envie de coucher avec ce mec qui me retourne rien qu’avec un regard, envie de faire jouir ce corps que je connais par cœur et qui me fait jouir comme pas permis, envie d’avoir accès à cette queue qui me fait grimper aux rideaux, et même jusqu’aux combles, qui m'envoie en l’air jusqu’aux étoiles… 

    Envie de ne pas me dégonfler par rapport à Martin… et aussi… envie de Martin… envie de découvrir le corps et la sexualité de ce garçon inconnu, très impatient et excité de vérifier si les promesses de plaisirs sauvages annoncées avec tant d’assurance seront bien tenues dans les faits… savoir si je vais autant aimer me faire bousculer par un autre mâle dominant… découvrir ses kifs… me frotter à une nouvelle puissante virilité… 

    Deux mecs canons veulent me sauter et je ne sais pas quoi faire… c’est vrai qu’il existe situation plus inconfortable, des choix plus difficiles à faire… mais enfin… l’enjeu est tel, le futur de ma relation avec mon beau brun, que je ne sais pas quel choix est le bon… 

    Putain de situation de m… 

    Jérém… Martin… Martin… Jérém… 

    Eh.. merde… je ne peux pas le laisser partir ainsi… ni l’un… ni l’autre… 

     

    Bonjour à tous,

     

    Et désolé pour ce retard dans la publication du nouvel épisode. L'écriture est une amie exigeante et, trop pris par le quotidien, le temps manque pour m'y consacrer.

    L'histoire de Nico et Jérém est loin, très loin de connaître son épilogue. Il reste beaucoup d'épisodes à développer et ils gagneraient en intensité à être développés plus rapidement.

    C’est dans ce but que je vais bientôt lancer un projet un peu fou mais qui me tient vraiment à cœur. Un financement participatif avec le site Ulule.

    Pour lever un peu le pied de mon activité professionnelle, et dégager du temps pour accélérer l'écriture.

    Ulule est un site de financement participatif. Y jeter un œil permet de se rendre compte que cette plateforme aide a financer toute sorte de projets.

    Une fidèle lectrice vient de créer un blog sur Jérém&Nico, en cours de finalisation.

    Pour enrichir ce blog et pour la présentation Ulule et pour la communication pendant la collecte, je fais appel à vous tous, car il me faudrait de l’aide, à savoir :

    -          des belles photos, des petites vidéos de Toulouse, notamment sur les lieux cités dans l’histoire (rue de la Colombette, la Garonne, Pont Neuf, Capitole, boulevard Riquet) ;

    -          des dessins, des croquis pour illustrer les personnages principaux (Nico, Jérém, Thibault), pour réaliser des visuels originaux pour le blog et pour la présentation d’Ulule, pour les futures couvertures des livres, pour réaliser des affiches, des présentations ;

    -          des graphismes, des logos pour le titre de l’histoire ;

    -          une page Facebook : oui, il en existe déjà une, mais je pense qu’elle devrait évoluer en groupe Facebook, et ça je ne sais pas faire ;

    -          pour faire vivre le blog, j’ai besoin de votre curiosité : qu’est ce que vous volez savoir sur Nico et sur Jérém et éventuellement sur leur auteur ? N’hésitez pas à poser vos questions, j’y répondrai sur le blog, avec votre pseudo, lors de la publication de news pour alimenter la communication du blog pendant la collecte d’Ulule.

    Voilà pourquoi je m’adresse à vous aujourd’hui : j’ai besoin d’un coup de main pour permettre à Nico de vivre jusqu’au bout ce qu’il a à vivre avec son Jérém. Et à Fabien ce qu’il a à vivre avec son histoire.

    Tous peuvent participer et toutes les idées seront regardées avec intérêt ; celles qui seront choisies seront récompensée par les contreparties de la collecte envoyées bien évidemment à titre gratuit.

    Merci de votre attention, et merci surtout de votre présence à mes cotés par l’intermédiaire de vos commentaires, de vos mails… des mots que, au moins une fois depuis le début de cette aventure, m'ont fait sentir que mon histoire est apprécié. Et cela n'a pas de prix.

    Je profite de l’occasion pour m’excuser avec tous les lecteurs qui m’écrivent en privé et auxquels je tarde à répondre… tous vos mails et suggestions sont intéressantes et me touchent… tous vos mots me font du bien et je voudrais vraiment trouver le temps de répondre à chacun d’entre vous… hélas… le temps manque, du moins pour l’instant !

    En attendant vos impression au sujet de mon projet et vos propositions d’aide éventuelles, sachez que le prochain épisode va sortir le week-end prochain. Et avec le prochain épisode, je communiquerai l’adresse du blog. Bonne lecture à tous.

    Fabien


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  • Sans que d’autres mots ne soient prononcés, un instant plus tard un beau brun à la peau mate est à genoux devant un autre beau brun à la peau mate… 

    Le beau brun debout a l’air de prendre sacrément son pied dans la bouche de l’autre… les épaules contre le mur, le bassin avancé, expression d’une virilité puissante et affirmée, la queue glissant entre des lèvres vierges, caressée par une langue étrangère à ce genre de plaisir mais qui s’habitue très vite à ce bonheur fraîchement découvert et qui trouve très vite ses repères… 

    Non, on ne peut jamais savoir ce que l’on aime ou pas tant qu’on n’y a pas goûté… car, une fois qu’on a goûté, on peut se surprendre à aimer quelque chose dont on s’est toujours dit « ça, ce n’est vraiment pas pour moi ». 

    Quant au beau brun débout, fier que sa puissance sexuelle soit célébrée par un aussi beau male précédemment réfractaire à ce genre de soumission, il ne quitte pas des yeux son manche disparaissant et réapparaissant au grés des mouvements alternés d’une fellation intense… 

    Si c’est pas beau voir deux bogoss en train de s’offrir un plaisir intense… même si l’un des deux est le mec que j’aime… et si c’est pas bandant de voir un mec si viril se mettre à genoux et prendre goût au simple geste de donner du plaisir à une virilité qui se révèle plus puissante que la sienne… un mâle dompté par la virilité d’un autre mâle… 

     

    L’apart de Jérém est un véritable apart de mec. En un mot : le bazar. Mais peu importe, il a le charme de la tanière du fauve mâle. A chaque fois que j’y pénètre… c’est pour être pénétré… je vous entends vous moquer d’ici… désolé, mais celle là je n’ai pas pu m’empêcher de la faire, tellement c’est une évidence, une charmante évidence…

    Blagues à part, à chaque fois que je rentre dans cet apart, je me sens comme écrasé par « l’ambiance » de ce sanctuaire de mec, de cet endroit qui a été, depuis des années, le théâtre de la vie, intense et très sexuelle, de mon beau brun… je me sens impressionné par ce lit qui a vu mon Jérém jouir tant et tant de fois… qui a assisté à tant de répétition de ce spectacle magnifique et dont on ne se lasse pas… le plaisir et la jouissance de mon beau brun…

    Que ce plaisir soit pris en charmante compagnie… ou qu’il soit pris en solitaire, sous l’effet de sa seule main… le spectacle a du être à chaque fois remarquable… je donnerais cher pour me transformer en un de ses draps… je donnerais cher pour prendre tout ce qui ont pu prendre ces draps…

    Oui, je suis impressionné par cet apart sans lequel rien de ce qui s’est passé entre nous depuis des mois n’aurait été possible… s’il avait créché chez ses parents, jamais je n’aurais osé lui proposer de réviser ensemble… et du coup, toutes nos baises n’auraient certainement pas eu lieu… ni celles consommées ici même, ni très probablement celles dans les autres endroits… chiottes du lycée, piscine, vestiaire du rugby… non, sans le déclencheur des révisions, tout le reste ne serait pas arrivé…

    D’ailleurs, à propos de ça, je me suis toujours demandé comment se passaient dans sa tête les véritables moments de révision (car il y en a bien eu quand même). A quoi pensait Jérém à ces moments là ? Est-ce qu'il ne pensait qu'a la partie de baise qui allait suivre ou qui venait juste de se passer, ou bien, est-ce qu'il appréciait un tant soit peu ma compagnie, même s’il ne le montrait pas ?

    Je rentre en dernier dans l’apart et je referme la porte derrière moi. 

    Toujours sans un mot, Jérém avance droit vers le frigo, il l’ouvre, il en sort trois bières. Le regard fuyant, il en tend une au beau Romain, ce dernier l’accepte en la troquant contre un sourire incendiaire, un smiley sexy en diable et éminemment canaille que Jérém fait mine de ne pas voir…  

    La troisième bière est pour moi… Jérém me la tend de la même façon… sans me regarder… 

    D’un geste anormalement précipité, il dévisse la capsule de sa bière et la balance négligemment sur le meuble a coté du micro-ondes… il porte le goulot entre ses lèvres et, la tête basculée vers l’arrière, il en boit une bonne rasade… je vois sa pomme d’Adam bouger nerveusement sous l’effet d’une déglutition rapide… en quelque secondes, un tiers du contenu de la petite bouteille est partie dans cette première mise en bouche…  

    Dis-donc… il a l’air d’avoir soif, le bogoss… et il a l’air aussi un tantinet à fleur de peau, comme inquiet… son visage est tendu, ses yeux sont toujours aussi fuyants… est-ce qu’il serait en train de faire appel à l’alcool pour se détendre et oser ce plan à propos duquel, me semble-t-il, il est en train de douter ? 

    Romain, au contraire, a l’air très bien dans ses baskets. Pendant que Jérém fait preuve d’une très bonne descente, lui il a tout juste porté sa bière entre les lèvres… son regard se pose lourdement sur mon beau brun, le fixe sans discontinuer, un petit sourire conquérant et coquin au coin de l’oeil…  

    Il boit par petites gorgées, le regard fixement ancré sur sa proie… une proie bien sauvage, pas du tout du gibier d’élevage… une proie du genre difficile à tirer… une proie qu’on n’attrape pas tous les jours, ou même qu’une seule fois dans sa vie… et pour cela, tellement appétissante… une proie que cette nuit là est dans son collimateur, et qu’il travaille au corps… 

    J’ai l’impression de voir un « lion » qui traque une « gazelle »… le « lion » a flairé sa proie… il s’est  positionné en s’arrangeant pour ne pas lui laisser la possibilité de se tirer, quoi qu’elle fasse… il attend patiemment qu’elle bouge… et lorsqu’elle aura fait le premier mouvement, le « lion » lui bondira dessus sans attendre… 

    La « gazelle », quant à elle, a senti le danger, elle se sent piégée… elle sait que le moindre mouvement va déclencher l’attaque… elle sait que ce n’est qu’une question de temps… elle panique, ne sachant pas comment se tirer du pétrin ou elle s’est mise tout seule… elle sait que son prédateur se nourrit de sa peur et que la montre ne joue pas en sa faveur… 

    Voilà l’image qui me vient à l’esprit si je m’arrête aux apparences… Romain « le lion », Jérém « la gazelle »… cependant… je suis bien placé pour savoir que mon beau brun est plutôt « lion », lui aussi, que « gazelle »… alors, malgré son petit malaise devant ce mec plus âgé  affichant cette insupportable assurance, je mise toujours sur lui pour me réserver de belles surprises…  

    Le temps de reprendre sa respiration, Jérém avance vers la porte vitrée et disparaît en terrasse.  

    La « gazelle » a bougé. Le « lion », magnifique et puissant félin mâle, lui emboîte le pas… 

    La chasse est ouverte… 

    Entre « lion » et « gazelle », j’ai du mal à trouver ma place… je me dis qu’il faut que je reste dans les parages, au plus près possible de l’action, ne serait-ce que pour compter les points… je vais devoir, une fois encore, revêtir mes habits de grand reporter animalier… rester à l’affût, mais très discret, pour voler des moments d’éternité… 

    C’est bizarre, le mélange de sensations et de sentiments que je ressens en moi à ce moment précis… d’une part, je suis affreusement jaloux de mon beau brun… je sais qu’il va se passer un truc très sexuel avec Romain, et bien sur ça me met hors de moi…  

    Mais la configuration de la situation a quelque chose d’original et de terriblement excitant… j’ai l’impression que Romain se pose clairement en mode mâle alpha et que le coté dominant de Jérém, celui que j’ai ressenti sur moi depuis le début et que je croyais inébranlable, est en train de perdre ses repères, de s’effacer petit à petit dans la confrontation avec ce mec si viril et si sur de lui…  

    Oui, j’ai comme l’impression que finalement mon beau brun est intimidé par l’assurance et le charisme indéniable de ce beau barbu… l’impression que Jérém est en train de réaliser qu’il s’est fait avoir par la provoc de Romain à la sortie du On Off…l’impression que, tout compte fait, il ne sait plus trop comment gérer cela… 

    Je suis impatient de découvrir comment le rôles vont se distribuer… comment leurs virilités vont se rencontrer, s’affronter, se confronter, se mesurer, se mélanger, s’affirmer ou se dérober… 

    Je ne sais toujours pas si j’ai plus envie de voir mon fauve Jérém dominer ce grand félin mâle et affirmer la toute puissance de sa virilité ou si j’aimerais bien voir mon beau brun renoncer à son statut de dominant et le voir soumis… je crois que les deux options me rendent dingue…  

    Je crois que si mon Jérém arrive à se ressaisir, à reprendre le dessus, chose qui ne semble pas gagnée à cet instant précis, s’il arrive à se comporter en male alpha avec ce beau male, de toute évidence « alpha » lui aussi… je crois que dans ce cas… eh bien… dans ce cas j’aurais encore plus envie de lui, envie de rendre hommage à sa virilité toute puissante, envie de m’offrir à lui comme à un dieu vivant…  

    D’autre part, je trouve l’idée de le voir soumis et dominé… on ne peut plus bandante… je crois que j’ai vraiment envie de voir si cette facette de sa sexualité existe, si mon beau brun, si dominant avec un mec si soumis que moi, peut se transformer en dominé face à un mâle affirmé…  

    J’ai envie de voir sa sexytude hors normes au service du plaisir d’un mec encore plus mec que lui… envie de savoir s’il peut aimer cela… cette simple idée me donne des frissons… car je crois que cela lui donnerait un coté un peu plus « humain », un peu plus « assumé », sans rien enlever à l’image de virilité qui tant m’attire à lui… je ne serai jamais son dominant… mais l’idée de me laisser soumettre plus tard par un Jérém que j’ai vu se soumettre à un autre me parait juste démentielle… 

    Oui, l’idée qu’il puisse avoir cette envie, me rend dingue… et ce, même si je sens cette découverte dangereuse à terme, car, une fois actée dans son esprit, il pourrait ressentir à l’avenir le besoin de l’assouvir avec un mâle comme Romain, capable de lui donner ce nouveau plaisir que je me sens complètement incapable de lui apporter… 

    Entre le beau brun et le brun très beau, ce soir c’est quitte ou double… la pire des issues étant que Jérém se dégonfle et qu’il foute à la porte le bel inconnu… là, je serais vraiment frustré et déçu… mais je sais que sa fierté de mâle est incapable de reculer… là il s’est trop avancé, il ne peut plus reculer… et il n’a pas le droit de se rater… j’ai l’impression de sentir ce poids appuyer sur ses épaules… 

    Pendant que je me perds dans l’univers infini et obsessionnel de mes fantasmes, Jérém s’est installé dans un angle de la petite terrasse, le bas du dos appuyé au parapet, en train de siroter sa bière… Romain, on ne peut plus à l’aise, s’est placé juste à coté de lui… 

    Dans mon champ de vision, t-shirt blanc moulant et t-shirt noir cintré… j’ai l’impression que toute la beauté du monde est sous mes yeux cette nuit…  

    Certes, je suis irrésistiblement attiré par tant de jeunesse et de charme mais en même temps, j’ai l’intuition qu’il me faut rester un peu à l’écart pour ne pas trop faire sentir ma présence à Jérém, pour ne pas influer sur le déroulement de cette partie de chasse… je m’installe juste à coté de l’encadrement de la porte vitrée, côté intérieur… ceci dit, mes précautions n’ont pas vraiment l’air nécessaire… j’ai l’impression que je suis transparent… Jérém ne m’a pas accordé un regard depuis le On Off et Romain se comporte comme s’il était seul avec Jérém, comme si je n’existait pas… il doit me considérer comme accessoire… un simple spectateur de la baise qui va avoir lieu entre lui et mon beau brun… 

    Franchement, à distance de tant d’années, je me demande comment ce soir là j’ai eu la force d’esprit d’endurer cela… comment ai-je pu supporter de voir le mec que j’aimais, et que j’aime toujours, se faire draguer sous mes yeux et prendre son pied avec quelqu’un d’autre…  

    Certes, j’avais bu, mais ça ne suffit pas à expliquer cela…  

    Mais avais-je vraiment le choix ? 

    Je regarde les deux beaux bruns cote à cote, en train de siroter leurs bières… autant l’un transpire un calme olympien… autant l’autre a l’air à coté de ses pompes… Romain avale toujours par petites gorgées, l’air calme et déterminé, une sensualité brûlante dans le regard… alors que Jérém est presque arrivé au bout de sa boisson…  

    Mon beau brun a l’air de plus en plus nerveux, l’air d’être conscient qu’à la fin de sa boisson, il va falloir y aller…  

    Oui, y aller, mais comment ? J’ai l’impression que cette question martèle dans sa tête jusqu’à résonner dans son regard et dans son attitude… j’ai la sensation de plus en plus nette que son assurance et sa détermination vacillent… et, en plus de cela, j’ai l’impression que Romain a lui aussi bien capté cet état des choses et qu’il en triomphe intérieurement… au fur et à mesure que mon Jérém semble perdre pied, son assurance semble s’affirmer davantage…  

    La bière de Jérém arrive au bout… dernière gorgée… son bouclier liquide s’est envolé… mon beau brun est à découvert… il va falloir y aller, mon gars… il n’y a plus d’échappatoire, plus de répit…  

    Oui, mais non… je suis con… évidemment qu’il y en a une, évidemment qu’il y en a un… lorsqu’on est fumeur, on a toujours à porté de main un plan B pour retarder l’affrontement d’une situation délicate… 

    Jérém pose la petite bouteille vide par terre et sort son paquet de clopes, il en tire une, il la glisse entre ses lèvres et tente de l’allumer… il fait craquer son briquet de nombreuses fois, sans succès… il y a du vent, certes, mais c’est surtout le mouvement de sa main qui est mal contrôlé… le connaissant un peu, je le sens pester intérieurement… et plus il s’énerve, plus le contrôle de la situation lui échappe… 

    Romain regarde la scène avec bonheur, son sourire semble avoir augmenté d’intensité… oui le beau barbu regarde désormais mon Jérém avec l’œil du fauve qui a senti que sa proie est proche de tomber dans ses griffes, victime de sa panique avant tout… 

    Une longue taffe de fumée, aussitôt balayée par le vent, finit par s’échapper par le petit cylindre en papier au bout lumineux… mon Jérém, sauvé par le gong… 

    Les rafales de vent font remonter de la rue les voix alcoolisées des derniers « fais-tard » du samedi soir… un mec crie quelque chose à un pote… c’est pas beau d’avoir 10 grammes l’alcool dans le sang… ça génère des émissions sonores qui se rapprochent davantage de cris du monde animal que de l’expression humaine.  

    A coté de cela, un petit chant d’oiseau au loin s’insinue dans le vent et semble parler du printemps qui est déjà parti et de l’été naissant avec toutes ses promesses de vacances, de liberté, de plaisir… 

    Mais sur la terrasse au premier étage du petit immeuble rue de la Colombette, le silence se prolonge. Et il commence à se faire carrément gênant, traduisant une tension palpable. 

    C’est le beau Romain qui se charge de le briser. 

    « Au fait, on ne s’est pas présentés … moi c’est Romain… » lâche-t-il en se retournant vers Jérém et en posant franchement son regard sur lui, alors que ce dernier semble toujours complètement ailleurs. 

    Bah, ça on sait : on a entendu tes groupies t’appeler par ton beau prénom, tout à l’heure, avant de rentrer au On Off… 

    Mon beau brun tire longuement sur la clope et, lorsqu’il entame la phase d’expiration, il répond tout simplement : 

    « Jérém ». 

    Son regard est toujours fuyant. 

    « Et moi c’est Nico… » je m’avance. 

    Bon, ok.. pour le coté discret on repassera… mais putain… je ne suis pas un meuble… je suis vivant… et je suis là quand même ! 

    Au son de ma voix, ce n’est pas un regard de beau brun que je capte, mais deux. Jérém lève les yeux, me regarde fixement pendant un instant, comme si je venais de débiter une énormité, ensuite son regard repart dans le vide de la rue redevenue silencieuse ; Romain, quant à lui, me lance un regard empreint de mépris, du style « ah, mais t’es encore là, toi ? Tu ferais mieux de te tirer, t’as rien à faire ici… ». 

    Connard… indiciblement sexy mais connard quand même… tu crois pas que je vais me tirer comme ça… ici c’est un peu chez moi quand même… 

    Lorsque le regard de Romain me quitte, c’est sur Jérém qu’il atterrit, lourd, sensuel, concupiscent, puant le sexe comme pas permis… un regard tellement accrocheur, magnétique, dérangeant, capable d’harponner le regard résolument évasif de mon beau brun… 

    Oui, Jérém regarde toujours ailleurs… mais lorsque ce regard se pose sur lui, lorsque leurs avant-bras s’effleurent pour la deuxième fois de la nuit, mon Jérém s’intéresse enfin à Romain et il capte dans son regard un désir puissant et déterminé… 

    Je suis bien placé pour savoir que s’il y a une chose par-dessus tout capable d’indisposer mon Jérém, c’est le fait de sentir « bousculé », ne serait-ce que par un regard insistant ou par un contact d’avant bras un tantinet provoqué… alors, je ne suis guère étonné par le premier regard qu’il lance au beau barbu, à savoir un regard dur, froid, distant, glacial, presque agressif… c’est sa stratégie de défense, une défense de beau brun ténébreux… un beau brun ténébreux… en panique… 

    Mais lorsque son regard rencontre le désir clairement exprimé du mâle Romain, il change rapidement… on dirait que mon fauve est en train de se faire mater par un fauve plus sauvage que lui… un félin puissant, élégant et sensuel… un mec aussi canon qui s’intéresse à lui, et qui plus est avec cette aisance, cette insupportable confiance dans son charme tout puissant… aurait-t-il finalement envie pour une fois de se laisser aller, de voir comment c’est de se laisser faire… ? 

    Captant l’ascendant qu’il est en train de prendre sur mon beau brun, Romain monte son attaque en puissance… il opte pour l’utilisation de l’arme non conventionnelle… un véritable sourire de bogoss charmeur. 

    Je n’arrive pas vraiment à lire dans le regard et dans l’attitude de Jérém ce qui est réellement en train de se passer dans sa petite tête de nœuds… ce que je vois en revanche, c’est l’extrême sensualité de cet échange de regards entre beaux bruns... le regard de Romain est de plus en plus puissant, sensuel, insolent, brûlant, incandescent…  

    Il semble jouer avec les nerfs de mon beau brun, s’amuser à le mettre encore plus mal à l’aise… chez lui qui plus est… à un moment ses lèvres charnues s’entrouvrent, comme s’il voulait balancer un truc… et puis non, rien ne vient, juste le petit bout de sa langue qui s’y faufile rapidement et qui disparaît aussitôt… un chef d’œuvre de séduction maîtrisée de façon millimétrée…  

    Je surprends mon Jérém en train de mordiller le coin de sa lèvre inférieure, signe d’un malaise intérieur certain …  

    Ah, qu’est-ce que je le trouve touchant dans cette situation où il semble perdre ses repères devant la virilité et l’assurance débordantes de cet autre beau male… à ce moment précis, j’ai l’impression que mon Jérém est vraiment troublé par la présence, la prestance et la personnalité du beau Romain… 

    Je réalise à cet instant à quel point c’est beau que de voir un petit con d’habitude si arrogant et sur de lui, en train de perdre pied, de voir partir le vernis de son assurance et entrevoir enfin le petit garçon, la faiblesse, la solitude intérieure cachées derrière la façade de mâle affirmé…
    J’ai à la fois une folle envie de lui, de lui offrir le plus puissant des orgasmes… et de le serrer très fort dans mes bras…
     

    Le beau Romain n’y va pas de main morte… il semble bien décidé à désarmer complètement mon beau brun de toute sa fierté et de sa prétention viriles avant de le faire capituler… c’est sans doute dans ce but qu’il finit par lui balancer un clin d’œil on ne peut plus explicite…  

    Il faut reconnaître que le beau barbu sait y faire… et qu’il a des atouts réels dans son escarcelle… bien sur, tout cet arsenal de séduction, tout ce magnétisme de bogoss est destiné à mon Jérém… mais rien que le fait d’y assister, je suis dingue de ce mec… j’ai envie de le frapper et… de le sucer illico… 

    Une fois de plus, je ne sais pas ce qui me retient de devenir fou devant cette scène ou mon beau brun se fait littéralement lever sous mes yeux… peut être l’extrême beauté du tableau, le fait de pouvoir y assister, sur demande de Jérém qui plus est, et l’espoir de pouvoir y prendre partie, l’idée de voir mon beau brun prendre son pied avec un autre, l’idée de le partager avec un autre et/ou l’idée d’être moi-même partagé avec un autre… 

    La sensualité du moment est extrême… je sens le vent sur mon visage, sur mes bras, sur mon cou, s’insinuer au travers du tissu de ma chemise, caresser mon torse, affoler mes tétons… je sens le désir monter en moi… je me sens bander… j’ai envie de sexe, j’ai envie de les voir tous les deux à poil, j’ai envie de mon Jérém, j’ai envie de ce beau Romain aussi… j’ai envie de donner du plaisir, j’ai envie de prendre du plaisir… j’ai envie de m’étourdir de sexe… j’ai envie de voir comme tout cela va se dénouer… 

    Mais tout cela semblé figé par l’attitude complètement renfermée de Jérém… qu’est-ce qui t’arrive mon beau brun ? Toi d’habitude si à l’aise avec ta sexualité, toi qui ne penses qu’à baiser à longueur de journée ? 

    Alors, c’est encore Romain qui ose… qui ose lever le bras et poser la main sur le biceps de mon beau brun à hauteur de son tatouage… et qui ose balancer: 

    « Il est beau ton tatouage… très sexy… » tout terminant par un « eh ben… ». 

    Oui, mec, « eh, ben », comme tu le dis… c’est du muscle de rugbyman… c’est super ferme, oui… alors que la peau est si douce… 

    Jérém frissonne… je ne sais pas si c’est à cause de la surprise ou bien de l’excitation provoquée par ce premier contact inattendu… tout en est-il que, lorsque mon regard tombe (presque) accidentellement sur la bosse de son jeans, j’ai l’impression qu’il bande déjà… 

    Cependant je le trouve toujours aussi mal à l’aise… putain, Jérém, t’as voulu ce plan, maintenant il faut assumer… lâche-toi, merde ! 

    Heureusement que Romain est là pour prendre la situation en main… 

    « Il y avait des tas de mecs potables au On Off, mais tu es le seul qui me faisait envie… » je l’entends chuchoter à mon beau brun. 

    Tu m’étonnes… un beau brun pareil, ça n’a pas son pareil… 

    Le salopard…  

    Remarque… je comprends la démarche… elle a au moins ça a le mérite d’être cash… je comprends la stratégie aussi… la flatterie… rien de tel pour débloquer une situation tendue… oui, la flatterie, caresser l’ego avant de caresser autre chose… 

    Jérém sourit, mais son sourire est crispé… son attitude a toujours quelque chose de troublé et de troublant à mes yeux… Jérém ne semble pas bien savoir quoi entreprendre et comment, l’air de se demander comment il va pouvoir se sortir de cette situation la tête haute…  

    Jérém est en difficulté… et j’ai le sentiment que le fait que j’en sois témoin n’arrange rien à son agacement. 

    Jérém finit sa cigarette alors que Romain finit tout juste sa bière. Sans un mot, il rentre… je m’écarte légèrement pour le laisser circuler, mais il passe tellement près de moi que je sens non seulement l’odeur de son deo m’étourdir, mais aussi bien la chaleur de son corps irradier contre le mien… il passe tellement près de moi qu’on manque de se frôler… 

    Une fois à l’intérieur, je le vois se diriger vers le frigo, l’ouvrir à nouveau, attraper de nouvelles bières… entre temps, Romain est également rentré en passant devant moi sans même me calculer… deuxième proximité de beau brun, deuxième coup de parfum à me faire tomber presque dans les pommes… 

    Je vois Jérém lui tendre une autre bière…  

    La réaction de Romain est un simple sourire à la fois amusé, limite moqueur et puissamment charmeur… et, au lieu d’accepter la bière qui lui est offerte, après un instant de ce silence qu’il sait si bien charger de signification rien que par son attitude et par l’expression de son visage, le beau barbu finit par balancer à mon Jérém : 

    « Eh, mec… on n’est pas venu ici que pour boire des bières… ». 

    Ahhhhh putain… on se doutait bien qu’il y aussi d’autres liquides en jeu….. 

    Non content de sa sortie, accompagnant le geste à la parole, Romain coupe court en ôtant tout simplement son t-shirt noir… il s’y prend de cette façon moins usuelle, comme le font certains mecs, en l’attrapant par l’arrière du cou et en tirant vers le haut… une façon de se déshabiller qu’on voit faire moins souvent et que je trouve particulièrement sensuelle… 

    N’empêche que le résultat est le même… le t-shirt n’est qu’on contenant… alors, lorsque un Romain ôte son t-shirt, la façon de le faire, bien qu’originale, est bien moins marquante que le résultat final, qui est de dévoiler une putain de tablette de chocolat à huit carreaux parfaitement dessinés ainsi que des pectoraux rebondis et fermes, le tout donnant lieu à un torse harmonieux et puissant avec quelque poils bruns qui ne font qu’ajouter encore à une sensualité palpable…  

    Ainsi, le t-shirt noir vole en premier, déclarant clairement l’« ouverture des hostilités » ou plutôt affirmant une « déclaration de virilité » qui appelle une riposte tout aussi haute en sensualité…

    Torse nu, avec son joli jeans tenu par une épaisse ceinture de mec… si c’est pas une tenue de fou, ça… le mec tout juste habillé de sa nudité, avec en prime cet air hyper à l’aise… la taille basse du jeans laissant entrevoir la naissance de ce relief à l’angle outrageusement saillant, le départ de ces deux lignes anatomiques inclinées qui séparent l’oblique de l’abdomen du bassin et qui convergent tout droit vers le sexe, conduisant l’œil et l’esprit à s’interroger au sujet d’une virilité encore tout juste suggérée mais déjà capable d’enflammer le désir le plus brûlant…

    Je mettrai une note particulière pour ce petit chemin de poils qui part de son nombril et qui descend tout droit, telle une borne sur un chemin de pèlerinage servant à rappeler au voyageur égaré l’emplacement exact de son lieu de culte…

    Ah, bah… si ça ce n’est qu’un geste d’apaisement suite au petit accident à l’entrée du On Off… c’est un sacré geste… je me disais bien que j’avais raison de comprendre que passer « boire » un dernier coup ça voulait plutôt dire passer « tirer » un dernier coup… car pour boire, il n’y a pas besoin à priori de faire voler son t-shirt… 

    La sortie de Romain : « Eh, mec… on n’est pas venu ici que pour boire des bières… » résonne encore dans mes oreilles en parallèle de mes réflexions et de mon admiration pour ce torse dénudé… et là, après un instant d’hésitation et de surprise provoqué par la coté direct et inattendu de l’entrée en scène du beau Romain, j’entends mon Jérém réagir: 

    « Non, je ne pense pas… ». 

    Et, ce disant, mon beau brun referme illico la porte du frigo restée ouverte pendant quelques instants d’égarement. 

    Les mains libérées des bières qui ne seront pas bues tout de suite, mon beau brun décide de riposter à l’attaque sensuelle de son hôte en répondant avec les mêmes armes… une seconde plus tard, c’est au tour du t-shirt blanc de voler… 

    Jérém, son truc, c’est la technique la plus classique, la plus « mec » qui soit… à savoir, croiser les avant bras contre les abdos, attraper le bas du t-shirt de chaque coté, le soulever d’un geste rapide et presque inconscient… le coton glisse au long du torse et une demi seconde plus tard il se retrouve retourné, tenu entre les doigts du mec qu’il habillait jusque là, prêt à être négligemment balancé pour libérer les mains et les laisser se consacrer à des activités bien plus intéressantes… 

    Et voilà, le t-shirt blanc a volé à son tour… et son retrait, tel un rideau qui s’ouvrirait pour montrer le plus beau spectacle du monde, permet de déballer une nouvelle tablette de chocolat à huit carreaux si bien dessinée que Michel-Ange et Léonard se seraient disputé pour croquer (à méditer le sens de cette dernière phrase)… une tablette qui m’est bien familière, un chocolat que je sais ferme, gourmand, doux, chaud et parfumé… 

    Et lui c’est pareil… pile poil… alors, au risque de me répéter… 

    Torse nu, avec son joli jeans tenu par une jolie ceinture épaisse de mec… si c’est pas une tenue de fou, ça… le mec tout juste habillé de sa nudité, avec en prime cet air hyper à l’aise… la taille basse du jeans laissant entrevoir la naissance de ce relief à l’angle outrageusement saillant, le départ de ces deux lignes anatomiques inclinées qui séparent l’oblique de l’abdomen du bassin et qui convergent tout droit vers le sexe, conduisant l’œil et l’esprit à s’interroger au sujet d’une virilité encore tout juste suggérée mais déjà capable d’enflammer le désir le plus brûlant…

    Je mettrai une note particulière pour ce petit chemin de poils qui part de son nombril et qui descend tout droit, telle une borne sur un chemin de pèlerinage servant à rappeler au voyageur égaré l’emplacement exact de son lieu de culte…

    Ce qui est particulièrement bandant, chez l’un comme chez l’autre, c’est la façon de dévoiler, d’exhiber fièrement son corps, très à l’aise avec sa nudité… sur de l’effet de son physique de ouf…

    Jérém vs Romain… choc de Titans… ça ferait un joli titre de jeu vidéo érotique… Jérém vs Romain, deux physiques tellement semblables… à quelques détails près…

    Jérém, cette perfection plastique à la peau mate que je connais mais qui me fait à chaque fois le même effet de dingue… avec ce torse sculpté, fraîchement rasé, avec cette simple chaînette pendant de son cou et glissant le long de ses omoplates… avec sa nouvelle montre… oui, je paierais cher pour savoir comment il l’a eue, mais en attendant elle habille à merveille son poignet puissant, ajoutant un atout de plus sur le compte de sa sexytude légendaire…

    Quant à Romain, cette nouvelle perfection plastique à la peau mate que je découvre avec bonheur… dégageant de lui une certaine maturité capable de lui donner un charme fou, un véritable pouvoir de sorcier sexy qui encore manque au physique de petit con ultra sexy et insolent de mon beau brun…

    Je m’étais fait la réflexion, tout à l’heure, que le contraste entre t-shirt blanc et t-shirt noir n’allait pas tarder à s’estomper… c’est vrai que deux torses nus de beau brun à la peau mate… il y a de quoi en perdre la raison, le discernement… et j’ai soudainement envie de les voir approcher, de voir leurs peaux se toucher… envie de les voir se sauter dessus, envie de les voir déchaînés, dans une étreinte puissante, envie de les voir se donner un plaisir intense… ces deux corps de dingue se frottant entre eux et faisant autant d'étincelles que l'embrasement de la Citadelle de Carcassonne un 14 juillet... 

    Deux mecs torse nu, excités, deux canons de leurs mères… on est bien d’accord que là, on s’élève à des sommets de beauté masculine où les mots n’ont plus cours, où le verbe se retrouve complètement insuffisant et impuissant à exprimer cela… oui, cette scène est définitivement impossible a décrire dignement, c’est juste du pur plaisir a ressentir…  

    Dans un autre registre, ceux qui ont assisté à un concert de Madonna, savent ce que je veux dire… 

    La tension sexuelle est palpable… les deux mecs se toisent, se défient… c’est un duel à la testostérone… chacun sa stratégie d’attaque… le regard de Jérém est noir, alors que celui de Romain est illuminé par un sourire impertinent, arrogant…

    Jérém s’est planté à coté de la porte d’entrée… les reins calés contre la cloison, le t-shirt a la main pendouillant à hauteur de sa ceinture, le genou plié, un pied appuyé contre le mur… le buste légèrement penché en avant, montrant toute sa carrure et l’envergure de son physique de jeune mâle, la chaînette suspendue dans le vide, ondulant au rythme de sa respiration… la tête fièrement remontée, le sourcil un tantinet froncé, un regard de charmeur sensuel, un regard magnétique, charnel… son attitude semble indiquer qu’il attend un geste de la part du beau Romain… 

    Je ne sais pas bien quoi, mais quelque chose me dit que mon Jérém est en train de se ressaisir… et que le Jérém que je connais ne va pas tarder à refaire surface… 

    A force d’attendre, c’est Romain qui dégaine le premier… les épaules appuyées contre le mur faisant face à mon beau brun, s’armant d’un geste calme et méthodique, il ouvre sa ceinture, déboutonne sa braguette et dévoile un joli slip rouge et blanc Aussiebum du meilleur effet… un slip déformé par une très jolie bosse, elle aussi du meilleur effet… 

    Et son regard… mon dieu ce regard… posé fixement, lourdement sur mon Jérém, dégageant une sensualité pas possible… ça donne faim un mec comme ça, et avec une attitude pareille, ça donne carrément envie d’orgie… si on survit à la crise cardiaque, bien sur… 

    Je ne sais pas comment Jérém peut résister à ce petit geste combiné de la tête et du cou que le beau Romain lui balance à un moment, signe évident de ce qu’il attend de lui…  

    Voilà… on arrive enfin aux choses sérieuses… les forces en présence commencent à découvrir leurs positions… non, Romain n’est pas venu ici pour sucer mon beau brun… il est venu ici pour se faire sucer par mon beau brun… 

    Comment Jérém va-t-il le prendre ? Lui non plus ne semble pas vraiment décidé à se mettre à genoux devant le beau barbu… je sais que quoi qu’il va se passer, ça va être chaud comme de la lave en fusion… je sens mon cœur accélérer ses battements… 

    Et lorsque Jérém décolle les épaules du mur, lorsque son bassin semble remuer pour préparer ses jambes à avancer en direction du beau barbu, j’ai l’impression qu’il va bondir de ma poitrine… Jérém… tu ne vas par vraiment faire ça ? C’est toi The Etalon… 

    Putain… il va le faire…  

    Mais non… son petit mouvement n’a servi qu’à reprendre appui avec son pied contre le mur… désormais son regard est rempli de défi… désormais mon beau brun semble avoir retrouvé de l’assurance, beaucoup d’assurance… 

    Je ne sais pas exactement à quel moment ça a basculé dans sa tête… peut-être à cause du fait que le beau barbu, impatient de conclure, a dévoilé en premier ses pions… toujours est-il qu’à un moment mon beau couillu a repris du poil de la bête… je le vois dans son attitude, je le vois dans ce regard qu’il fronce jusqu’à que ses yeux ne soient plus que deux fentes dégageant une virilité puissante et insolente… 

    Et j’en ai la confirmation définitive lorsque je l’entends balancer, la voix marquée par un ton effronté de petit con premium : 

    « On n’est pas venu ici pour se regarder dans les yeux… non plus… ». 

    C’est la deuxième fois que j’entends cette réplique cette nuit là, et la première fois m’était adressée… et elle me donne toujours autant de frissons…  

    Et, ce disant, il entreprend d’ouvrir sa ceinture à son tour… le mouvement est lent, tellement lent à me faire bouillir d’impatience… oui, Jérém a retrouvé le contrôle de lui-même, le contrôle de la situation… la braguette s’ouvre bouton après bouton, dévoilant entre les pans ouverts d’un jeans encore tenu sur ses hanches, le joli boxer blanc CK dont j’ai déjà admiré le magnifique contenu plus tôt dans la soirée… 

    Et quelle belle surprise, de voir, moulée dans les moindres détails, le relief de sa jolie poutre regardant vers la gauche… il bande comme un taureau… je suis à la fois excité, heureux et soulagé de voir ça… car la présence de cette magnifique érection me laisse imaginer qu’il n’a pas baisé dans la back room… quoique… comme je le connais, il serait capable d’avoir baisé trois fois dans la soirée et d’en redemander… 

    Oui, décidemment j’ai sous-estimé le coté ticon de mon Jérém… car non seulement il dévoile une superbe érection, non seulement il y pose dessus un regard très appuyé, non seulement il relève ce regard rempli de fierté virile et brûlant de sensualité pour le balancer sans retenue à la figure du beau Romain… mais en plus il se paie le luxe de l’armer avec un sourire à la fois viril, sexy et craquant… 

    La réplique de petit con de Jérém a réussi a ravir un petit sourire au beau Romain… cependant, rien ne se passe… toujours pas… 

    Deux males qui bandent et qui attendent qu’on vienne leur faire plaisir… ni l’un ni l’autre semblant décidés à faire ne serait-ce qu’un pas envers l’autre… je suis à deux doigts de leur proposer de « prendre sur moi » pour leur arranger le coup, lorsque j’entends Romain balancer à mon beau brun : 

    « Allez, viens me sucer… » et, après avoir marqué un petit silence brûlant d’érotisme, il assène le coup de grâce « je sais que t’en as envie… ». 

    Ça aussi, c’est une réplique que j’ai l’impression d’avoir déjà entendue, lancée à mon attention, dans cette pièce même, quelques semaines plus tôt. Décidemment, le lexique de petit con possède un vocabulaire universel qui lui est propre… 

    Jérém accuse le message de Romain en lançant un nouveau sourire, un sourire amusé de pur défi de ptit con. Non, Jérém n’a pas envie de sucer ce mec… il attend autre chose de lui… 

    La tension sexuelle est au niveau d’alerte rouge… j’ai bien peu que si l’affrontement continue sur ce ton, l’attitude retrouvée de ptit con de Jérém va finir par taper sur les nerfs de Romain…  

    En effet, ce dernier commence à avoir l’air de s’impatienter… Jérém, au contraire, semble avoir retrouvé toute son assurance et, avec elle, un calme insolent à donner envie de lui balayer la gueule de gifles…  

    Oui, Romain a l’air de commencer à s’impatienter, mais Jérém ne bouge pas de sa position… et, tout en le regardant fixement dans les yeux, il allume une nouvelle cigarette avec des mouvements lents, contrôlés… oui, c’est officiel, le petit con a remis le pied à l’étrier…  

    Et puis, à un moment, je vois Romain quitter son mur et avancer droit en direction de mon beau brun… son attitude a quelque chose d’excédé et de virulent… pourvu qu’il ne lui tape pas sur la gueule… il s’arrête à moins d’un mètre de lui, il le regarde droit dans les yeux… mon beau brun ne se gêne pas de terminer d’expirer lentement la fumée de ses poumons… et là…  

    Et là, Romain attrape la cigarette de mon Jérém en l’arrachant de ses doigts, il la pose ensuite entres ses lèvres, il en tire une bonne taffe et la balance enfin dans l’évier juste à coté… il s’approche encore plus de mon beau brun, il rentre carrément dans son espace vital… un instant plus tard, il expire lentement la fumée à la figure de Jérém comme ce dernier l’a fait un instant plus tôt…  

    Il approche encore un peu plus de mon Jérém… bientôt les deux jolis torses vont se frôler… bientôt leurs bouches vont se rencontrer… 

    Ah, non, pas ça ! S’il permet à ce mec de l’embrasser alors que mes lèvres sont interdites de séjour chez les siennes, là je vais péter un scandale… non, mais… la baise c’est une chose… les bisous, merde, c’est pas pareil… 

    Pourtant, pourtant… l’idée que Romain puisse là, par pure provoc’, rouler une magistrale pelle, sauvage, virile, intense a mon Jérém, lui attrapant la tête derrière la nuque… j’avoue que ça ne me déplairait pas… un brin risque, certes, même très, très, très risqué… mais furieusement excitant… ou alors un très léger baiser qui effleure ses lèvres… peut-être encore plus excitant… 

    Les deux visages approchent, je me dis que si Romain tente ça, ça va se finir en baston… mais le beau barbu a prévu autre chose… il relève les bras, il appuie les paumes des deux mains contre le mur d’une part et d’autre de la tête de Jérém… je le vois ensuite plier son cou et approcher ses lèvres de celui de mon beau brun… et là il commence à poser des petits bisous sur sa peau, suivis par un long baiser sensuel… il remonte ensuite vers son oreille gauche, qu’il commence à mordiller… je vois mon beau brun frémir… je sais à quel point il est sensible à ce genre d’effusion…  

    Cependant, il ne bouge pas un poil, il se laisse juste faire…  

    Un instant plus tard, Romain décroche une main du mur pour poser l’avant bras sur l’épaule de mon beau brun, la paume de sa main calé derrière son cou, appuyant lourdement avec son coude avec l’évidente intention de le faire mettre a genoux… les genoux de Jérém semblent se plier… 

    Le beau barbu semble très sur de son coup…  

    Oui, les genoux de Jérém semblent se plier… mais ce n’est que sous l’effet de la surprise… sans quitter le beau barbu des yeux, il pose le deuxième pied par terre, il remonte son buste, il lui tient tête… 

    Romain ne renonce pas à sa tentative de soumission, il tente de faire tomber les dernières réticences de mon beau brun en balançant tout bas : 

    « Allez… », l’air toujours aussi sur de lui. 

    Hélas, il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir attrapé… surtout un ourson modèle petit con premium dans le style de mon Jérém… 

    Oui, ce petit mot chuchoté au visage de mon Jérém aura exactement pour effet de faire tomber toutes les réticences dans la tête du beau brun, mais pas du tout dans le sens que Romain avait entrevu. 

    Le beau barbu vient de lâcher son petit « encouragement », que Jérém décolle ses épaules du mur, avance son torse vers celui de l’autre, porte les deux mains sur ses pecs, il le repousse comme dans une mêlée… et il lui balance, tout en le regardant fixement dans les yeux : 

    « Suce-moi ! » 

    Bam, du pur Jérém… Jérém is back et je suis so happy !!! 

    Aaaaaah ! J’adore… Mon beau brun... voilà, je retrouve mon beau brun… mon beau couillu… avec en prime une information inédite à son sujet… le fait que son assurance n’est pas une valeurs absolue et universelle… qu’il peut lui arriver de perdre le contrôle… qu’il est humain à la fin… une information qui le rend encore plus charmant… 

    Oui, il peut arriver que Jérémie T. himself perde provisoirement le contrôle… mais, au bout du compte, jamais il ne perd le nord… 

    Interloqué par la réaction vive de Jérém, s’éloignant un peu, Romain se reprend : 

    « Naaaan, mec, moi je ne suce jamais, c’est les autres qui me sucent… ». 

    Sans se démonter, avec le sourire de petit con qui ne le quitte plus, Jérém tranche net: 

    « Moi non plus je ne suce jamais… alors, soit c’est toi qui suces, soit tu dégages… ». 

    Décidemment il n’a pas froid aux yeux, mon Jérém… provoquer ainsi un mâle en rut, tout en étant à portée de son poing dans la figure, faut avoir les couilles de le faire… et mon Jérém les a… j’adore quand Jérém sors ses couilles, que ce soit au sens propre comme au sens figuré… je sais pourquoi ce mec m’impressionne… 

    La tension monte encore d’un cran. Et, à ma grande surprise, c’est encore Romain qui désamorce. Décidemment, le rapport de forces a changé de camp.  

    « Et lui, il peut pas sucer ? » balance-t-il en me désignant avec un geste désinvolte de la tête sans même m’adresser ne serait-ce que la moitié d’un regard. 

    Oh que si… oh, que si… je peux sucer, et plutôt deux bruns qu'un... mais alors que je me sens prêt à accepter son invitation et à me sacrifier pour mettre mes compétences au service de la paix entre beaux males en rut, alors que je me sens on ne peut plus prêt à m’occuper de deux queues à tour de rôle, deux queues qui se disputeraient ma bouche… c’est là que j’entends mon beau couillu balancer sèchement : 

    « Non, il suce pas… ». 

    « Si personne ne suce, ça ne sert à rien de continuer à se chauffer… » conclut sèchement le beau barbu. 

    Ah, merde… et moi qui avait justement envie de sucer… je suis à la fois vexé et excité de cette façon de Jérém de diriger le jeu… 

    « C’est ça… » confirme Jérém, avant d’ajouter, froidement, fermement, tout en entrebâillant la porte d’entrée « alors… à toi de voir… ». 

    Naaaaan, mais plus petit con à gifler tu meurs… j’adore ! J’en ai des frissons… 

    Deux bruns se font face et je ressens une fois de plus cette dualité, ce contraste entre l’envie irrépressible et furieuse de voir le beau barbu se soumettre entièrement et sans limites à la virilité exacerbée, à l’insupportable arrogance de jeune coq prétentieux de mon Jérém… et cette autre envie, tout aussi irrépressible et furieuse, de voir mon beau couillu à son tour soumis a une virilité encore plus sauvage et dominatrice que la sienne…  

    Non, à cet instant précis, je ne suis toujours pas décidé sur laquelle des deux options j’aimerais voir prendre forme… la suite des évènements décidera à ma place… 

    La suite ressemble à une merveilleuse fable… une fable sexuelle… 

     

    Il y eut un jour 

    Une belle rencontre 

    Celle d’un très beau brun 

    Avec un brun vraiment très beau. 

    Deux jolis coqs très sûrs d’eux 

    Ils voulurent se frotter l’un à l’autre 

    Se montrer leurs crêtes bien hautes. 

    Et voilà de l’histoire, 

    La seule morale. 

    Duel de coq, duel sans sang 

    Duel de bites très fort tendues. 

    L’un des coqs baissa sa crête,  

    Tout autant que sa belle croupe 

    Et son genou frôla le sol 

    Car la raison du plus couillu 

    Est toujours la meilleure… 

     

    Oui, sans que d’autres mots ne soient prononcés, un instant plus tard un beau brun à la peau mate est à genoux devant un autre beau brun à la peau mate… 

    Le beau brun debout a l’air de prendre sacrément son pied dans la bouche de l’autre… les épaules contre le mur, le bassin avancé, expression d’une virilité puissante et affirmée, la queue glissant entre des lèvres vierges, caressée par une langue étrangère à ce genre de plaisir mais qui s’habitue très vite à ce bonheur fraîchement découvert et qui trouve très vite ses repères… 

    Non, on ne peut jamais savoir ce que l’on aime ou pas tant qu’on n’y a pas goûté… car, une fois qu’on a goûté, on peut se surprendre à aimer quelque chose dont on s’est toujours dit « ça, ce n’est vraiment pas pour moi ». 

    Quant au beau brun débout, fier que sa puissance sexuelle soit célébrée par un aussi beau male précédemment réfractaire à ce genre de soumission, il ne quitte pas des yeux son manche disparaissant et réapparaissant au gré des mouvements alternés d’une fellation intense… 

    Si c’est pas beau voir deux bogoss en train de s’offrir un plaisir intense… même si l’un des deux est le mec que j’aime… et si c’est pas bandant de voir un mec si viril se mettre à genoux et prendre goût au simple geste de donner du plaisir à une virilité qui se révèle plus puissante que la sienne… un mâle dompté par la virilité d’un autre mâle… 

    Quant à moi… j’avais imaginé un plan a trois… et je me trouve à être le témoin des ébats entre bogosses… j’avais fantasmé sur le fait de me faire défoncer par deux étalons magnifiques… et je me retrouve sur le carreau… Jérém me l’a proposé… j’ai accepte comme un con… 

    Une partie de moi me dit que je devrais partir, fuir cette humiliation… mais au fond de moi je trouve quelque chose d’extrêmement excitant dans le fait de voir mon beau couillu prendre son pied avec un autre gars si beau... la scène est très excitante en soi…  

    Tout est excitant… la proximité des corps, le contact d’une bouche avec le sexe de l’autre, la rencontre de leurs plaisirs enfin accordés… excitante même cette « humiliation », le fait que mon beau couillu pousse la domination sur moi jusqu’à m’imposer de le regarder découvrir de nouveaux plaisirs avec un autre… lui qui me fait des sketchs de jalousie quand je me fais tout simplement draguer… sacré petit con, va…  

    Je repense à ce que m’a dit ma cousine quelques temps auparavant, comme quoi c’est excitant de mater un mec prendre son pied, même si c’est son propre mec et même si c’est avec quelqu’un d’autre… elle a tout compris, la cousine, il faut absolument que je lui raconte ça… euh… ou pas…


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