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    « Les grandes transformations se font à petits pas. Pose une pierre chaque jour, n’abandonne jamais ta construction, et l’édifice grandira. Combats le doute et la paresse. Tiens constamment ton esprit en éveil. Observe, comprends et aime. » Dugpa Rimpoché

     

    0211 Viens voir, je te dis...

     

    Après une matinée à cheval, après le repas tiré de nos sacoches au bord de la rivière, je ressens une douce fatigue m’envahir et j’adhère volontiers à l’idée d’une demi-heure de sieste avant de repartir. L’un après l’autre, les cavaliers s’allongent sur l’herbe et se mettent en veilleuse.

    Je m’allonge sur l’herbe à mon tour, alors que Jérém s’éloigne pour griller une clope. Le ciel est d’un bleu profond, le soleil est toujours là, il chauffe ma peau, le clapotis de l’eau dans le ruisseau me berce. Les chevaux paissent autour de nous. C’est reposant de regarder ou même simplement écouter les chevaux brouter. Je me sens peu à peu glisser dans les bras du Morphée de la sieste.

    Mon repos est de courte durée, une caresse légère sur le dos de ma main m’oblige à rouvrir les yeux. La première image qui se présente à moi, c’est le visage de Jérém, illuminé d’un petit sourire coquin.

    « Viens voir… » il lâche discrètement.

    « Qu’est-ce qui se passe ? ».

    « Viens voir, je te dis… ».

    Je me lève, tout aussi discrètement. Le bogoss me devance. Je le suis, intrigué. Au bout de quelques pas, lorsque nous sommes hors de la vue des cavaliers, Jérém m’attrape la main, adorable.

    Jérém continue d’avancer à grands pas, nous rentrons dans la forêt.

    « On va où ? ».

    « On y est presque… ».

    « Oui, mais on va où ? ».

    « Je vais te montrer un truc… ».

    Le bogoss finit par s’arrêter devant une paroi rocheuse abritée par une épaisse végétation.

    « Nous y voilà… » fait-il, l’air fier de lui.

    « Alors, tu veux me montrer quoi ? ».

    Et là, pour toute réponse, le bogoss me plaque contre la paroi, il colle son torse contre mon torse, son bassin contre le mien et m’embrasse à pleine bouche, à pleine langue. La chaleur et la raideur de sa queue traversent le quadruple tissu de nos boxers et de nos pantalons de cheval et me fait bander sur le champ.

    « J’ai envie de toi… » il me chuchote à l’oreille, tout en la mordillant, très sensuellement.

    « Ici ? Maintenant ? ».

    « Ici et maintenant… ».

    « T’es sûr ? »

    « Ouais… grave… ».

    « T’as pas peur qu’on se fasse gauler ? ».

    « Personne va venir nous chercher ici… de toute façon, ils sont tous en train de roupiller… ».

    Le bobrun défait ma braguette, se met à genoux devant moi, il sort doucement ma queue de mon boxer, il la prend dans la bouche et il commence à me sucer. Ses deux mains glissent sous mon t-shirt pour aller exciter mes tétons avec des caresses avisées, je tremble de plaisir. La chaleur douce et humide de sa bouche me fait frémir, les va-et-vient de ses lèvres, les caresses de sa langue me font frissonner. Et ses cheveux bruns qui effleurent mon bas ventre au gré de ses mouvements alternés me font délirer.

    Jérém semble prendre de plus en plus de plaisir à me faire des gâteries. Et c’est certainement parce qu’il prend du plaisir, qu’il fait ça de mieux en mieux. Quand je pense que lors de notre première révision, il ne m’avait même pas touché, mis à part avec sa queue : on en a fait, du chemin, depuis.

    Alors, quand je regarde ses beaux cheveux onduler au gré de ses va-et-vient, quand je vois ma queue disparaître entre ses lèvres, j’ai encore du mal à réaliser que tout cela est bien réel. Et pourtant, ça l’est. Incroyable, et pourtant réel. Réel et terriblement bon. Si bon, mais aussi un brin déroutant.

    Depuis que j’ai eu envie de Jérém – ça fait trois ans, trois ans parsemés d’innombrables branlettes, et d’une infinité d’idées lubriques avant notre première « révision » – et encore plus depuis que j’ai découvert sa virilité, à chaque fois que j’ai pensé et que je pense à ce dont j’ai envie avec lui, mon désir, mon instinct premier ont toujours été d’offrir à mon bobrun un plaisir de mec actif. De m’offrir à lui comme on s’offre à un mâle qui n’aurait que des envies de mâle.

    Sa virilité me fascine, son plaisir de mec me fascine, et j’aime l’idée d’être celui qui lui donne ce plaisir.

    Aussi loin que je me souvienne, j’ai depuis toujours eu des fantasmes de passif. Et ce « jeu de rôles » qui a régi nos « révisions » jusqu’à il y a peu – lui exclusivement actif, moi exclusivement passif – a assouvi ces fantasmes au-delà de mes espoirs les plus fous.

    Et, en même temps, ça a façonné ma sexualité, une sexualité qui s’est construite autour de la célébration d’une virilité, la sienne, qui m’ensorcèle. Son plaisir à lui est devenu mon plaisir à moi. Son orgasme a souvent déclenché mon propre orgasme. Pendant des mois, je n’ai rien connu d’autre que ça avec lui. J’aimais tellement m’occuper de sa virilité que ça n’avait aucune importance que la mienne soit oubliée, presque effacée : bien des fois, j’ai pris tellement de plaisir à me faire secouer par mon bomâle, que je n’ai même pas eu besoin de jouir pour être sexuellement comblé.

    Mais, depuis peu, cela a un peu changé. Jérém a voulu essayer autre chose. Et, par ricochet, me faire découvrir autre chose. Depuis qu’il me prend dans sa bouche, je découvre de nouvelles envies : de me faire sucer jusqu’au jus, de jouir dans sa bouche. Lorsque Jérém me suce, il me donne des envies d’actif, des envies qui effacent – ou qui perturbent – mes envies de passif. Lorsque Jérém me suce, l’envie de jouir comme un mec actif, me ferait presque oublier à quel point sa virilité me rend dingue.

    Au fil de nos « révisions », j’ai fini par croire que je ne serais jamais que passif, à fortiori avec un mâle aussi dominant que Jérém. Cette conviction était l’un des fondements sur lesquels se basait le plaisir que je prenais avec lui.

    Maintenant, le fait de découvrir que je peux prendre mon plaisir autrement, et même avec un mec comme Jérém, ébranle ce fondement de ma sexualité, et me fait poser bien des questions. Peut-on être actif et passif avec le même mec, et à tour de rôle ? Le fait de découvrir dans ma chair le plaisir de l’actif, n’abimerait pas la perfection de mon plaisir de passif, perfection qui résidait justement dans le fait de « m’interdire » ou « de me laisser interdire » de jouer un autre rôle que celui de passif, et de ne pas connaître cette autre facette de la jouissance masculine ?

    En attendant, lorsque Jérém me suce, quand il me laisse « prendre sa place », j’ai envie de faire comme lui : parfois j’ai envie d’envoyer des coups de reins, comme il sait si bien le faire. J’hésite, de peur que cela ne soit trop pour lui. Différents plaisirs génèrent différentes attitudes, différents besoins, différents ressentis.

    Mais aujourd’hui, peut-être à cause de la situation – inédite, à peine croyable, osée au plus haut point – j’ai trop envie d’essayer un truc. La peur de nous faire gauler aurait pu couper tous mes moyens. Au contraire, force est de constater qu’elle a quelque chose de terriblement excitant. Et cela me donne des ailes. Alors, aujourd’hui, j’ose. J’ose glisser une main derrière sa nuque, j’ose faire onduler légèrement mon bassin, j’ose envoyer quelques timides coups de reins. Presque instantanément, Jérém lève ses yeux, il plante son regard dans le mien. Et c’est un regard à la fois surpris et intrigué.

    Surpris à mon tour, j’arrête mes coups de reins et j’éloigne ma main de sa nuque. Et là, sans quitter ma queue, Jérém recule un peu, jusqu’à ce que sa tête se retrouve en appui contre la paroi rocheuse. Ses deux mains agrippent fermement mes fesses, attirent mon bassin vers son visage. Le bogoss avale à nouveau ma queue. Ses mains attrapent mes hanches, leur imprimant un mouvement de va-et-vient assez puissant. Encouragés par ses gestes, mes coups de reins suivent la cadence.

    Ses mains, leurs gestes, leur impatience, semblent demander de plus en plus de puissance à mes va-et-vient, de plus en plus d’intensité. En fait, ses mains semblent demander à mon bassin d’envoyer la même puissance que le sien a parfois envoyé dans ma bouche. Je n’ai pas de mal à me laisser entraîner dans cette escalade d’excitation, de frénésie sexuelle, d’animalité assumée.

    Sa tête est coincée entre la paroi et mon bassin, mes mains sont appuyées contre la paroi rocheuse, ma queue est en train de coulisser entre ses lèvres. Cela n’est pas sans me rappeler certains moments très chauds dans l’appart de la rue de la Colombette, mais avec les rôles inversés. Notamment notre première « révision ». C’est là que je me rends compte à quel point ce que je suis en train de vivre paraît irréel. Non seulement le plus beau mec de la Terre est en train de me sucer, mais il accepte, il demande, il m’incite pour que je lui baise la bouche.

    Alors, j’y vais franco, car le bogoss semble en demander toujours plus, toujours plus fort, toujours plus rapide. J’y vais tellement franco que je sens très vite mon orgasme approcher. Dès lors, je n’ai plus qu’une envie, celle de jouir, et de jouir dans sa bouche. Je suis tellement excité, tellement proche de perdre pied, que je suis à deux doigts de lui balancer : « Je vais jouir… vas-y… avale… ».

    Puis tout s’arrête d’un coup, lorsque ses mains repoussent soudainement mon bassin. Mon bobrun reprend sa respiration, une respiration bruyante comme s’il avait été en apnée (je connais très bien cette sensation, le bonheur de s’étouffer avec la queue d’un mec à qui on a envie de faire plaisir).

    Quelques instants plus tard, Jérém est debout, en train d’ouvrir la braguette de son pantalon d’équitation. Il en sort sa queue bien tendue, le gland déjà luisant de ce liquide qui, parfois, marque l’excitation d’un garçon. Il a dû kiffer un max ce qu’on vient de faire, pour que cela se produise.

    Et alors que je suis happé par cette braguette ouverte d’où dépasse sa queue, belle, tendue, frémissante, je suis définitivement assommé par son geste, celui de relever le t-shirt sans manches et de le coincer derrière le cou, découvrant ainsi son mur d’abdos et son relief de pecs, ce dernier recouvert d’une douce pilosité qui me rend dingue.

    Un instant plus tôt j’étais sur le point de jouir dans sa bouche, me demandant si je n’étais pas en train de devenir actif pour de bon. Mais un instant plus tard, dès que je me retrouve à genoux devant lui, devant cette attitude de mec qui a très envie de se faire sucer, dès que sa queue tendue et chaude envahit ma bouche, dès que le petit goût délicieux de son gland humide fait pétiller mes papilles : voilà, je retrouve intact tout mon instinct de mec passif.

    Ainsi, il suffit d’un geste, d’une attitude, d’une image, d’une position, pour que je retrouve mes repères de mec qui aime faire plaisir à un mec actif.

    Alors, je le suce. Je le pompe dans le seul but de le faire jouir le plus vite possible, le plus fort possible. Je connais par cœur les endroits à titiller pour lui faire vraiment plaisir, alors, je ne m’en prive pas. D’autant plus que ses doigts ne cessent de jouer avec mes tétons, décuplant ainsi mon instinct retrouvé de le faire jouir comme un fou.

    Les parfums entêtants de sa peau, du gel douche, du déo, ainsi que les délicieuses petites odeurs de sa virilité se mélangent avec les odeurs que nos chevaux ont laissés sur nos vêtements, avec les odeurs de terre, de végétation, de nature. Mélange délicieux, celui entre la sexualité de mon bobrun et cet environnement montagnard si naturel et authentique.

    Je le suce de plus en plus fort et le bogoss halète de plaisir : c’est une douce musique pour mes oreilles. J’ai vraiment envie de goûter à son sperme. Mais une fois encore le bobrun a d’autres projets en tête.

    D’abord, il ôte son t-shirt, il l’accroche à une branche basse. La vision de son torse nu m’assomme. Puis, il me fait relever d’un coup, il me fait retourner, il me plaque face contre la paroi. Je me retrouve le dos plié à 45 degrés, mon front pressé sur mes avant-bras pliés l’un sur l’autre.

    Les bras de Jérém contournent mes hanches, ses mains défont ma braguette. Le bogoss descend mon pantalon de cheval jusqu’à mi-cuisse, et mon boxer avec. Je me retrouve les fesses en l’air, en pleine nature, à quelques dizaines de mètres du bivouac où une quinzaine de personnes sont en train de faire la sieste.

    Je l’entends cracher dans sa main, je ressens le contact de ses doigts étalant la salive à l’entrée de mon trou. Je frémis. Je tique un peu, mais je me laisse faire. Le désir est trop fort. Je lâche prise, j’accepte de perdre le contrôle face à sa fougue de mâle en rut.

    « J’ai envie de toi… » je lui chuchote, comme dans un état second, alors que mon envie vient une fois de plus d’entrer en résonance avec la sienne. Oui, quelle que soit l’envie de mon bobrun, elle devient instantanément la mienne.

    « J’ai envie de te remplir… » il lâche, alors que son gland vient à bout lentement mais inexorablement de la résistance de mes muscles.

    « Vas-y, fais toi plaisir… ».

    « Qu’est-ce que je l’aime, ce petit cul… ».

    « Il est à toi… gicle lui dedans… ».

    « Je vais te remplir… ».

    Et le bogoss entreprend de me pilonner. Et c’est terriblement bon. Je sens que Jérém a envie de jouir vite, ses gestes trahissent son empressement. Je sens que mon bobrun est très excité. Mais je sais aussi que l’heure avance, que la sieste générale va bientôt prendre fin, et que nous devons revenir au bivouac sous peu.

    Très vite, les coups de reins de mon bomâle ralentissent, son torse vient épouser mon dos, son souffle vient chatouiller mon cou et ma nuque, ses mots viennent m’achever :

    « Je te remplis… ».

    « Oh oui… ».

    Et pendant que le bogoss ahane dans mon cou, pendant que ses grognements étouffés me parlent des giclées qu’il est en train de lâcher en moi, je jouis à mon tour, sans même me toucher. Je ne l’ai pas senti venir, et l’orgasme me surprend comme une tornade, il balaie ma conscience, me fait disjoncter.

    « Je viens aussi… » j’annonce à mon tour, déjà submergé par le plaisir.

    « Trop bon… trop bien… » je l’entends lâcher, la voix assommée par la puissance de sa jouissance.

    Nous jouissons ensemble, et nos orgasmes s’amplifient mutuellement. C’est comme de l’énergie qui circule entre nous, l’énergie du plaisir entre nos corps connectés. Sa semence vient en moi et me fait lâcher la mienne, son orgasme déclenche mon propre orgasme, décuplé par sa présence en moi.

    Jérém vient de jouir en moi, et il vient de me faire jouir. Je suis fou de plaisir. Le bomâle est toujours en moi, il me serre fort contre lui, il me fait plein de bisous dans le cou, sur les oreilles, sur la joue. Sa bouche cherche ma bouche, qui se laisse trouver.

    Lorsque le bogoss se déboîte de moi, tout en douceur, je me retourne illico, je le serre à mon tour contre moi. Nous nous retrouvons torse contre torse, queue contre queue, la sienne est toujours aussi raide que la mienne. Je suis brûlant de plaisir, et de cette ivresse du corps et de l’esprit qui suit l’orgasme avec le gars qu’on aime. Et, apparemment, Jérém semble ressentir la même ivresse.

    Je l’embrasse comme un fou, il m’embrasse tout aussi fébrilement. Le contact avec les poils doux de son torse me rend dingue, je ne peux m’empêcher de poser des bisous entre ses pecs, de les caresser encore et encore, de plonger mon nez dans sa pilosité brune à la recherche de l’odeur virile de sa peau.

    « Ah, putain… ces pecs… et ces poils… » je ne peux m’empêcher de laisser échapper, happé par une sorte d’extase tactile.

    « Tu les kiffes mes poils, hein ? ».

    « Ah, oui, grave ! Surtout, ne les coupe plus jamais, ok ? ».

    Le bogoss me fait un bisou, il me serre dans ses bras. Je replonge mon visage dans ses poils, je suis groggy.

    « Promis… » finit par chuchoter mon Jérém.

    Jérém vient de me faire la promesse de ne plus jamais toucher à cette belle toison de bomâle brun et cela me fait vraiment plaisir. Non seulement parce que je kiffe ces poils, mais parce que le bobrun semble vouloir tenir cette promesse pour me faire plaisir. Hélas, il s’agit d’une promesse que le bogoss ne tiendra pas longtemps.

    Un instant plus tard, toujours torse nu, mon bobrun s’appuie avec le dos contre la paroi rocheuse. Le corps encore vibrant de plaisir, les pecs bien saillants, les abdos dessinent les mouvements d’une respiration profonde, après l’effort. Je ne peux m’empêcher de l’embrasser une dernière fois.

    « C’était trop bon … » je lui glisse à l’oreille.

    « M’en parle pas… j’ai la tête qui tourne… ».

    En effet, mon Jérém a l’air vraiment secoué. Mais très vite, il attrape son t-shirt gris sans manches, il le passe, cachant sa nudité spectaculaire. Puis, il se laisse glisser lentement le long de la paroi, jusqu’à se retrouver en position assise. Il sort son paquet de clopes, il en allume une. Je m’assois à mon tour sur le sol, les jambes en tailleur, juste à côté de lui. Nos bras, nos coudes, nos épaules se touchent. Qu’est-ce que j’aime sentir sa proximité, le contact avec son corps.

    « T’es vraiment fou… » je le cherche.

    « Je te l’avais dit que je ne tiendrais pas jusqu’à ce soir… ».

    Jérém me regarde, un beau sourire sur son visage, et il lâche :

    « C’est fou comme on s’éclate… ».

    « C’est vrai… c’est dingue… ».

    Ma main cherche sa main. Nous restons quelques secondes assis côte à côte, en silence, nos doigts entrelacés. C’est juste magique.

    « Nous devrions y aller je pense… ».

    « Attends un peu, Nico… ».

    « Ils vont finir par trouver suspect qu’on ait disparu tous les deux… ».

    « Attends encore un peu, je te dis… » il insiste.

    « Pourquoi, donc ? ».

    « Ça se voit sur ton visage que tu viens de t’envoyer en l’air… »

    « C’est vrai ? »

    « Oui, t’es tout rouge… attends un peu… ».

    En effet, lorsque je le regarde, je vois moi aussi sur son visage les signes – la moiteur de la peau, une rougeur sur le front et les joues, la pupille pétillante, la paupière lourde – qui indiquent qu’il vient tout juste de jouir. Alors, je n’ai pas de mal à imaginer que mon visage doit afficher le même bonheur.

    Une poignée de minutes plus tard, en revenant vers le bivouac, je me dis que ma première fois dans la nature a été tout simplement géniale.

    Au bord de la rivière, les autres cavaliers sont déjà en train de seller. Ce qui n’efface pas pour autant la gênante sensation d’avoir des dizaines d’yeux braqués sur nous, sur moi, comme si je portais sur moi non seulement les marques, mais les preuves évidentes du plaisir qui vient de me secouer. Cela ne doit être que dans ma tête, mais je n’arrive pas à le chasser.

    « Vous étiez passés où ? » nous accueille Charlène.

    « Nous avons fait un tour dans la forêt… ».

    « Ça fait dix minutes qu’on vous appelle… ».

    « On a pas entendu… ».

    J’ai soudain l’impression que le regard clair et pénétrant de Charlène arrive à percer à jour les petits mensonges de son protégé. Ses yeux font des allers-retours incessants de Jérém à moi, comme si elle cherchait à sonder nos regards, à lire sur nos visages empourprés par le plaisir la vérité maladroitement dissimulée derrière l’explication de façade.

    Est-ce que dans l’expression de nos visages échaudés (je réaliserai plus tard que les visages peuvent garder assez longtemps les traces de l’extase du plaisir), dans l’attitude de nos corps encore vibrants de l’orgasme qui les a traversés voilà peu (là aussi, l’expérience m’apprendra que les corps qui viennent de se faire mutuellement plaisir ne peuvent s’empêcher d’adopter des postures et des attitudes réciproques qui ne trompent pas) ; est-ce que dans notre complicité, l’excessive proximité des êtres qui s’aiment, Charlène a pu deviner ce qui vient de se passer à quelques dizaine de mètres de là ?

    Peut-être que je me fais des idées, peut-être que c’est juste mon inconscient qui me joue des tours : quand on se sent « coupable », on l’impression que tout le monde nous observe, que tout le monde nous pointe du doigt.

    Mais, apparemment, elle n’est pas la seule à se poser des questions.

    « C’était bien la balade en forêt ? » fait Loïc de but en blanc.

    « Oui, c’est beau par ici… » je tente de donner la réplique.

    « Nico ne connaît pas, je lui ai fait découvrir… » fait Jérém à son tour.

    Une question en apparence anodine que celle de Loïc, dans laquelle j’ai pourtant l’impression de déceler une pointe de malice, un subtil sous-entendu. Une impression qui devient certitude lorsque Loïc, en passant tout proche de nous avec sa jument tenue en longe, lance discrètement à Jérém :

    « T’as remis le débardeur à l’envers… ».

    Soudain, le regard de Jérém prend un air surpris, perturbé, désorienté, agacé, tout à la fois. Et moi avec lui. J’ai l’impression de ressentir en moi ce qu’il ressent, le même état d’esprit, la même sensation se s’être fait gauler.

    Mais putain, comment j’ai pu, moi qui je ne quitte pas mon bobrun des yeux, ne pas m’en rendre compte ? Comment je n’ai pas pu faire gaffe à cette couleur moins brillante du coton gris, à ces coutures en relief, signes incontestables que le t-shirt a été passé à l’envers ? A croire que le plaisir qu’on s’est donné m’a complètement retourné.

    Quoi qu’il en soit, Loïc a vu juste, et ses mots ne sont pas choisis au hasard. D’abord, la discrétion dont il a fait preuve en lâchant ces quelques mots, des mots qui sonnent à la fois comme un avertissement bienvenu « fais gaffe, les autres pourraient le remarquer aussi » mais aussi comme une moins agréable notification « j’ai compris ». D’autant plus que le choix du mot « remis » implique que ledit débardeur a été d’abord enlevé.

    Est-ce que Charlène a vu la même chose ?

    Au bout de quelques secondes, sans un mot, Jérém allume une nouvelle clope. Il fait quelques pas, il se faufile à l’abri d’un regroupement d’arbres, et il enlève le t-shirt gris pour le remettre à l’endroit. Pendant une seconde, son torse sculpté fait son apparition, à moitié caché par la végétation. Jérém a voulu la jouer discrète. Et ça aurait pu marcher. Mais c’était sans compter avec le regard omniprésent de Satine, et avec ses observations pétaradantes.

    « Ah, un bogoss à poil, je vais défaillir… » elle surjoue, dans le but de faire rire la galerie.

    Mais en même temps, ses mots ont pour effet de déstabiliser le bogoss, qui laisse tomber le t-shirt à ses pieds, et d’attirer les regards et les remarques des autres cavaliers. Le temps qu’il récupère le t-shirt, qu’il secoue le feuillage qui s’est accroché, et qu’il le passe sur son torse, la moitié des cavaliers, et surtout des cavalières, a pu se rincer l’œil sur la plastique sculptée. C’est Carine qui ouvre le bal :

    « Ca c’est un corps de rugbyman… ».

    « Tu devrais toujours rester habillé de cette façon… » enchaîne Martine.

    « Tu devrais faire le calendrier des dieux du stade ! » fait Arielle à son tour.

    « On va toutes l’acheter… » renchérit Nadine.

    Un sifflement fend l’air, en guise à la fois de remarque affectueuse et de moquerie. C’est toujours le même, celui qui n’en rate pas une, j’ai nommé Daniel, le joyeux luron de la bande.

    Jérém arrive enfin à passer son t-shirt, et il lance :

    « Vous n’êtes qu’une bande de nymphos… ».

    Jérém essaie de faire de l’humour, mais je perçois son malaise. Je m’en veux de ne pas avoir su lui éviter ce petit « accident » qui, je le sens, va l’affecter. Heureusement, Loïc n’est pas Satine et l’histoire du débardeur à l’envers n’a pas été criée sur les quatre toits. Jérém l’aurait vraiment mal pris.

    En tout cas, désormais, il n’y a plus de doute, Loïc sait. Et, sans doute, Sylvain va bientôt savoir aussi. Il n’y a plus à espérer qu’ils sachent tenir leurs langues.

    Nous sellons nos montures, alors que certains cavaliers sont déjà en selle et nous font savoir leur impatience de repartir. Le fait d’apprêter les chevaux semble détendre un peu mon bobrun. Jérém prépare Unico et m’aide à préparer Téquila. Mais il demeure silencieux et il évite toute familiarité à mon égard.

    « J’ai une proposition à vous faire les gars… » nous lance JP de but en blanc.

    « On t’écoute… » fait Jérém, l’air soulagé qu’on s’adresse à lui pour autre chose que son corps.

    « Moi et ma charmante épouse souhaiterions prendre le relais pour accompagner Nico… comme ça tu peux partir devant avec les autres et profiter de ton Unico… on vous laisse partir, et nous on se la fait calmos, en différé… ».

    « Avec Nico, c’est plus que calmos… on ne fait que du pas… ».

    « Le pas est l’allure reine de la balade… » assène JP. C’est son leitmotiv.

    « Vous n’allez pas arriver de bonne heure, tu sais… ».

    « J’ai tout mon temps… je suis retraité, tu sais ? ».

    « T’en penses quoi, Nico ? » me demande Jérém.

    L’idée de me séparer de mon bobrun ne me plaît pas plus que ça. Mais d’autre part, je ne peux pas obliger mon Jérém à faire du 3 km/heure pendant encore tout un après-midi. Il a été adorable de m’accompagner le matin, mais j’ai bien senti qu’il s’était fait chier. Il a aimé être avec moi, mais il n’a pas pu profiter de son étalon, de ses potes, de toute la palette de sensations que seule la pratique des trois allures est en mesure d’apporter. De plus, JP et Carine m’inspirent confiance, je pense que je suis entre de bonnes mains. Alors, je décide de le libérer :

    « Ecoute, on va le tenter ? ».

    « C’est toi qui décides… si tu veux, je reste avec vous… ».

    « Vas-y, Jérém, profite de ton cheval et de tes potes… ».

     « Il faudrait vraiment surveiller les chevaux… vraiment… » fait Jérém. J’adore ce Jérém prévoyant, attentionné.

    « On fera le nécessaire. De toute façon, nos chevaux n’ont plus l’âge de faire des sprints. Mon Mojito à moi, c’est désormais un Virgin Mojito. Quant au Tornade de Carine, il a été récemment déclassé en tourbillon de poussière… ».

    L’humour de JP me fait rire, m’aide à déstresser avant de remonter à cheval. Car, oui, je suis en confiance avec ma Tequila, mais cela n’empêche pas d’avoir une petite boule au ventre. Nous nous connaissons que depuis peu, et nous ne nous connaissons pas à fond.

    « Je ne sais pas… » hésite Jérém.

    « On va te le ramener tout entier, ton pote… » insiste Carine.

    « Ok… on se retrouve chez Charlène, alors… » fait Jérém, tout en plantant une dernière fois son regard brun dans le mien, l’air toujours hésitant.

    « Allez, tire-toi… » lance JP sur un ton d’affectueuse taquinerie.

    Je regarde Jérém partir, mettre Unico au trot, puis au galop, pour rejoindre le groupe de tête qui a déjà disparu dans la forêt. Définitivement, mon étalon sur son étalon dégage une virilité redoutable. Quand je pense que sa queue était en moi encore quelques minutes plus tôt et alors que l’écho de sa présence résonne encore dans ma chair et que je suis rempli par son jus, je me dis que j’en ai de la chance !

    Mon mâle me manque à l’instant même où il disparaît de ma vue.

    Nous laissons passer un bon quart d’heure, un quart d’heure pendant lequel JP se charge de me faire lui aussi un cours d’équitation en accéléré.

    En remontant en selle, je retrouve dans mon entrejambe le souvenir très vif de l’amour avec mon bobrun.

    Nous démarrons enfin nos montures et nous les laissons flâner au pas. Nous n’avons pas fait cent mètres que Carine commence à me questionner sur Jérém.

    « Alors, il était comment au lycée ? Il se débrouillait bien ? Et au rugby ? Il a une copine ? Il est content de partir à Paris ? Vous êtes très proches ? Tu risques de ne plus le voir trop souvent quand il sera à Paris… ».

    « Arrête un peu de lui poser des questions. Laisse-le respirer un peu… » lance JP à sa femme, sur le ton de la rigolade. Puis, s’adressant à moi : « ma femme c’est la reine des questions. Dès qu’elle rencontre quelqu’un, elle lui fait passer un interrogatoire. Tant que tu ne lui dis pas gentiment « ta gueule », elle ne te lâche pas… ».

    La complicité de ce couple de toute une vie me fascine. Une complicité et une longévité conjugale dans lesquelles l’humour de Jean-Paul ne doit pas y être pour rien. Un humour qui, une fois de plus, m’aide à déstresser. Et qui, en plus, me permet de retrouver un silence propice pour me reconnecter aux perceptions sensorielles, mais également spirituelles, de la balade.

    La terre, la roche, le ciel, le grand air : c’est l’espace.

    Les arbres, la flore, l’harmonie du végétal : c’est la nature.

    La faune sauvage, sur le sol, dans les airs, le cheval en tant que compagnon de balade : c’est le vivant.

    Les amis, la bonne humeur, le partage : c’est le bonheur, le plus simple et le plus intense.

    Au fil de la balade, sur le dos de Tequila, je découvre un nouveau bien-être, inattendu. J’ai l’impression de respirer à pleins poumons pour la première fois de ma vie, l’impression de me connecter avec la terre, la nature, le vivant, l’humain, le bonheur avec un grand B.

    La balade m’offre une nouvelle perception de l’espace, du paysage, du vivant. Ainsi, pour la première fois de ma vie, j’ai l’impression de regarder le monde d’un tout autre point de vue que celui d’où j’ai été habitué à l’appréhender. Et pour la première fois, je me surprends à me poser de réelles questions sur ma place dans le monde, sur la place de l’Homme dans le monde.

    En ville, on vit dans l’illusion d’avoir complètement dompté la nature, et on a tendance à oublier à quel point la toute-puissance de l’homme est un concept tout à fait bancal. Mais à la montagne, entourés de roches millénaires, plongés dans une nature majestueuse et immortelle, assis sur le dos d’un cheval de 500 kg et doué d’une puissance qui pourrait vous tuer, on retrouve assez vite de l’humilité. Oui, cette balade m’inspire l’humilité.

    Les passages dans la forêt s’alternent avec des points de vue dégagés sur la montagne et la vallée. Plus on avance, plus je me sens bien. Plus on avance, plus je me dis que, tout comme le sexe, la balade à cheval est une expérience qui touche tous les sens.

    La vue, avec les paysages inhabituels, les grands espaces ouverts, les pentes, le vide, les dénivelés, les perspectives si différentes, inattendues, majestueuses. L’odorat, avec les senteurs typiques de l’animal, du cuir, de la nature. Le toucher, par le contact avec la monture, la selle, les rênes. L’ouïe, avec le bruit du sabot qui tape le sol, le bruit du vent, du feuillage, la respiration des chevaux, les franches rigolades entre potes.

    Pour le goût, je n’ai pas trouvé, j’avoue. Mais j’ai envie de parler d’un sixième sens que je découvre aujourd’hui et qui me bouleverse : c’est la perception du temps.

    En balade dans les bois, le temps semble se dilater, s’écouler au ralenti. Mieux : il semble se faire discret jusqu’à disparaître, permettant le luxe d’oublier son existence. Oui, en balade, on oublie carrément le temps. Et cela n’arrive à priori que lorsqu’on se sent bien, vraiment bien.

    Une seule chose manque à la beauté de ces instants pour qu’elle touche à la perfection absolue : la présence de mon bobrun, la possibilité de partager tout ce bonheur avec lui. Le paysage de la Joconde est beau, mais il ne suffirait pas pour faire de ce tableau un chef d’œuvre.

    Nous ne sommes partis que depuis une heure, et mon Jérém me manque déjà, beaucoup. Minute après minute, je me dis que, même si la compagnie de JP et Carine est plutôt agréable, l’après-midi sans mon bobrun ça va être long.

    Je viens justement de me faire cette réflexion, lorsque, au détour d’un chemin, une surprise m’attend : elle a l’allure d’un cavalier brun, la cigarette un bec, assis sur une pierre à côté de son étalon bai foncé.

    Dès que nos regards se croisent, le bogoss me balance un sourire charmeur et ravageur, un sourire agrémenté par un rapide haussement de sourcils et d’un petit clin d’œil qui, pour peu, me feraient fondre sur place.

    Jérém sourit, et c'est carrément un scandale, un truc absolument insupportable, parce que c'est juste pas NORMAL d'être aussi beau et charmant ! Car dans ce sourire il y a tout ce qui peut rendre un mec craquant : la sexytude, le charme, une bonne dose de coquinerie et de malice. Mais aussi, je vois très clairement dans ce sourire son bonheur de me retrouver, le bonheur que je représente pour lui. Jérém ne m’a jamais encore dit « je t’aime », et pourtant son attitude depuis 3 jours ne cesse de le crier haut et fort.

    Bref, tous les charmes de l’Homme sont dans ce sourire. Un sourire, c’est précieux, aussi chatoyant, aussi fugace que l’éclair : il ne dure qu’un instant, mais son souvenir nous marque à tout jamais, et c’est un souvenir doux et agréable. Et notamment celui de l’être aimé.

     « Et alors, tu fais la sieste ? » se marre JP.

    « Ça allait trop vite pour moi avec les autres… ».

    « Oui, c’est ça… » se re-marre JP.

    « Tu t’inquiétais pour ton pote ? » fait Carine, en minaudant comme elle sait si bien faire (Carine est la démonstration vivante qu’on peut minauder même après la cinquantaine).

    « Non, mais… si… un peu… » fait-il en lâchant un sourire à faire fondre les dernier glaciers de la planète.

    « T’as vu, il est tout entier ».

    « C’est bien… ».

    Et là, le bogoss met le pied à l’étrier. Puis, en faisant travailler l’ensemble de ses muscles, il quitte le sol avec un élan à la fois puissant et mesuré et il atterrit sur le dos d’Unico avec une douceur incroyable.

    « C’est beau d’être jeune… » commente JP.

    Nous démarrons nos montures. JP et Carine gardent leur place en tête du petit comité, alors que Jérém se place à côté de moi.

    « Ça va ? » me demande le bogoss, alors que le couple vient de nous distancer de quelques mètres.

    « Très bien, en toi ? ».

    « Mieux… ».

    « Tu t’inquiétais ? ».

    « Je m’ennuyais de toi » il me glisse discrètement.

    « Toi aussi, tu me manquais ».

    Je suis tellement content de le retrouver et de partager la dernière partie de la balade avec lui. Et je suis encore plus content du fait qu’il ait eu envie de me retrouver, parce que je lui manquais. J’ai tellement envie de le serrer contre moi, de le couvrir de bisous.

    « On dirait que le temps se gâte » fait JP peu après, le regard rivé vers les nuages qui s’amoncellent au loin et qui approchent. C’est vrai que la température vient de baisser brusquement. D’ailleurs, Jérém vient de faire disparaître ses bras puissants, ses biceps saillants et son t-shirt sans manches sexy à mourir sous son pull à capuche gris.

    Le temps change très vite à la montagne. Le matin, lorsque le soleil brille dans le ciel, il nous apparaît comme étant la promesse d’une longue journée de beau temps. Pourtant, quand on connaît un peu le relief pyrénéen, on réalise vite que les nuages et le brouillard ne sont jamais trop loin, notamment en deuxième partie d’après-midi, et à fortiori au mois de septembre. Ça fait partie des charmes de la montagne, cette météo capricieuse et imprévisible.

    Lorsque la grisaille prend soudainement la place du ciel bleu, rappelant l’approche de l’automne, nous faisant connaître le regret pour l’été dont on n’a jamais assez profité, la tristesse peut prendre aux tripes, serrer le cœur. Mais le bonheur d’être avec Jérém, et d’y être enfin si bien, arrive même à donner de magnifiques couleurs à ce ciel chargé et menaçant.

    Nous avançons désormais dans un espace dégagé, offrant une ample vue sur le profil vallonné du paysage. C’est un paysage fait de roches sculptées par les millénaires, décoré par une végétation riche, fière, sauvage et indomptée, parcouru par les ombres chinoises que les nuages balayées par le vent dessinent sur les pentes.

    Dans un pré en forte pente, un grand troupeau de brebis est en train de brouter tranquillement, l’air pas du tout perturbé par le soudain changement de météo. Un peu plus loin, dans un petit enclos, un très jeune poulain collé à une jument, sa mère. Le petit équidé démarre les politesses, en se mettant à hennir avec sa petite voix de bébé cheval. Dans la foulée, la petite famille monoparentale et nos quatre montures s’appellent, se saluent. JP et Carine arrêtent leurs chevaux devant la porte de l’enclos, à côté d’une rigole où circule de l’eau claire.

    « On fait une petite pause… » fait JP en descendant de son moyen de locomotion à quatre fers « on fait boire les chevaux… ».

    Jérém et moi faisons de même. Les chevaux trempent aussitôt leurs naseaux dans l’eau. Sauf Tequila qui, fidèle à elle-même et à ses formes généreuses, semble préférer l’herbe à la boisson.

    Pendant ce temps, Jérém et JP échangent au sujet du bonheur de se balader à cheval. Un bonheur dont j’ai eu un petit aperçu aujourd’hui, et que je comprends désormais.

    Jérém a raison. JP est vraiment un gars génial. Lorsque je l’écoute parler, je le trouve profondément inspirant. Ses mots, son discours dégagent un subtil mélange entre l’expérience de son âge, une profonde sagesse, et une jeunesse d’esprit qu’il a su garder intactes. Ainsi, le regard qu’il pose sur le monde semble être à la fois avisé et humble, ouvert, tolérant, sans préjugés aucuns. Mais aussi frais et pétillant, rempli de curiosité, jamais blasé, comme celui d’un enfant.

    Depuis les tout premiers échanges, j’ai ressenti une grande estime pour ce monsieur. Il est des êtres, des esprits qui forcent l’admiration, qui dégagent ce quelque chose capable de faire ressortir instantanément le meilleur de nous-mêmes, de nous donner envie d’être meilleurs. Qu’ils aient 60 ans ou 19 ans, qu’ils s’appellent JP ou bien Thibault, le résultat est le même : leur présence est apaisante, rassurante, et nous fait sentir bien.

    Le contact et l’échange avec JP ont un effet sur mon bobrun aussi, et pas des moindres : lorsque j’entends Jérém discuter avec JP, j’entends les mots et je vois l’attitude d’un homme. Oui, il est des êtres dont la seule proximité nous fait grandir.

    A cet instant précis, je me sens tellement bien : l’homme que j’aime est juste là, devant moi, entouré par la bienveillance de JP. JP qui, je le crois dur comme fer, comprendrait notre amour, et il serait heureux pour nous.

    « On ferait bien d’y aller, avant d’attraper une saucée… » fait Carine, en remontant à bord de sa Tornade.

    En effet, le ciel se couvre de plus en plus, les cimes accrochent les nuages, le brouillard dense remonte les pentes. Le ciel est menaçant, le vent de plus en plus fort. Et pourtant, un rapace brave les nuages épais.

    Nous remontons à cheval, et nous repartons aussitôt. Nous traversons une petite rivière et nous pénétrons dans une région boisée. Soudain, les bruits de la balade – le tambourinement cadencé du sabot sur le sol, le crissement du cuir, la respiration de l’animal – me parviennent plus vifs que jamais, comme s’ils pénétraient dans mon corps et qu’ils rentraient en résonance avec les battements de mon cœur et le rythme de ma respiration. Dans cette partie boisée, les odeurs de la balade – du cuir, du poil, de la terre humide, de la végétation automnale, du bois – me parviennent plus puissantes que jamais, elles m’enivrent, m’étourdissent.

    Lorsque nous nous ressortons à découvert, et alors que nous amorçons la montée d’une côte, les nuages sont désormais à l’aplomb de nos têtes, et tout devient gris et triste. J’ai l’impression de me trouver dans un film catastrophe. Les chevaux semblent nerveux, méfiants. Des grosses gouttes commencent à tomber, surprennent les animaux et les cavaliers.

    Mais cela ne dure pas bien longtemps. Assez vite, le nuage passe, et un rayon de soleil arrive à se faufiler dans la grisaille, rendant illico de belles couleurs au paysage, de nouvelles couleurs. C’est bluffant, presque déroutant, ce caractère bipolaire de la montagne, cette capacité à changer sans cesse de rôle, d’humeur, à passer avec désinvolture du soleil au mauvais temps, de la joie à l’ennui, de l’espoir à la tristesse.

    La côte devant nous paraît interminable. D’autant plus que Tequila, qui a cherché l'herbe pendant toute la balade, ne cesse désormais de s’arrêter pour arracher le moindre brin vert. Ce qui fait qu’elle est aussi maniable et réactive qu'un A380 sans ailes. Jusqu’à ce que, à un moment, elle s'arrête net, l’air de ne plus vouloir avancer du tout.

    « Tequilaaaaaaaaa! Maaarche! ».

    « Tu sais à quoi elle me fait penser ? » fait JP en rigolant sous la moustache.

    « Je ne veux pas savoir… » fait Jérém.

    « Elle me fait penser à un Berlingo. Tu vois ces petites camionnettes bien pratiques pour transporter n’importe quoi mais avec un moteur de mobylette ? ».

    « N’importe quoi… ».

    « C’est pas n’importe quoi » persiste JP « moi je trouve au contraire que les ressemblances sont multiples… avec le Berlingo, elle partage les formes longilignes… d’un cochon… ».

    « T’abuses ! ».

    « Comme le Berlingo, elle a tendance à chauffer dans les montées ».

    « Ça, c’est pas faux… » admet Jérém.

    « Comme le Berlingo, elle a des vitesses courtes, une capacité d’accélération tout à fait théorique, un couple moteur impossible à atteindre… ».

    « Mais ta gueule ! ».

    « Ceci dit, elle est adorable comme jument, et parfaite pour un débutant… ».

    Nous arrivons enfin sur le plat. Le vent n’a pas cessé, les nuages défilent toujours au-dessus de nos têtes. Unico a les oreilles dressées, les yeux dilatés, il n’arrête pas de remuer la tête, il a l’air de plus en plus nerveux, il tire sans cesse sur les rênes.

    Nous traversons une prairie longeant une clôture à moutons. Unico a toujours la tête en l’air et Jérém commence à s’agacer. Nous arrivons face à un enclos avec deux chevaux.

    Et là tout se passe en un éclair. Unico tire violemment sur les rênes, Jérém manque de peu de tomber. Ce dernier se fâche et lui met une baffe. Unico se cabre, Jérém se laisse glisser à l’arrière, en retombant sur ses jambes. L’étalon se retourne, fait face à son cavalier. Ce dernier essaie de reprendre les rênes. Mais Unico, le défiant du regard, prend la tangente et part au grand galop.

    Et là, sans crier gare, Tequila démarre au quart de tour et prend le galop derrière Unico. Petit détail qui a son importance : je suis toujours sur son dos !!!!!!!!!!!!!!

    Sans transition ni préparation, je me prends direct le trot et m’enquille le galop, un très très grand galop, une allure qui n’a rien à voir avec celle du matin. Pris de panique je ne sais plus quoi faire. Je tire sur les rênes comme un malade, les mains à des hauteurs inimaginables. Je serre mes jambes, j’appuie sur mes étriers, j’essaie de me pencher en arrière pour tenter de l’arrêter. Mais rien n’y fait. A un moment, elle semble ralentir. Tu parles, elle repart de plus belle, au triple galop.

    A ce moment-là, je suis toujours sur son dos. Et je me pose mille questions. La fondamentale : Pourquoi ai-je accepté de remonter à cheval ? (J’entends encore la citation de JP : le cheval est un moyen dangereux à l’avant, à l’arrière…) La pratique : Comment l’arrêter ? Et enfin, la cruciale : quand et comment vais-je tomber ? Le fait est que plus ça va, plus ma jument semble avoir tendance à baisser son encolure. Je me vois passer par-dessus sa tête, je me vois écrabouillé par la douce caresse de ses sabots.

    N’étant pas du genre à attendre que ça tombe (ici ce n’est pas juste une expression), je décide de prendre les devants. Lorsque Tequila atteint la vitesse MACH1 (c’est l’impression que j’ai), dans ma tête c’est décidé : je vais me laisser glisser sur le côté pour éviter le pire. Dans ma tête en panique totale, je cherche la façon de le faire en prenant le minimum de risque. T’as qu’à croire…

    Je déchausse les étriers et je me laisse glisser lentement sur le côté droit de Tequila. Et je tombe. L’impact avec le sol est violent. Ma tête heurte le sol et ça fait un bruit sourd et impressionnant dans la bombe. Et je roule dans l’herbe. J’ai mal aux côtes. C’est tellement douloureux que j’ai du mal à respirer. Je me demande si je vais perdre connaissance. Je me demande plus que jamais pourquoi j’ai accepté de monter à cheval. Pourquoi j’ai fait confiance. Quand je pense qu’on m’a répété mille fois qu’avec Tequila je ne risquais rien…

    « Nico ! Nico ! Nico ! » j’entends au loin la voix paniquée de Jérém.

    « Ca va, Nico ? » il me demande, lorsqu’il arrive près de moi, la voix et le regard chargés d’angoisse.

    « Je crois que je suis toujours vivant… ».

    « T’as mal où ? ».

    « Aux côtes… ».

    « Je suis désolé, tout est de ma faute… je n’aurais jamais dû te faire monter sans une véritable préparation… » il se morfond.

    « Arrête… » je le coupe.

    « Comment il va Nico ? » fait JP en descendant de son cheval, la voix calme mais l’air grave.

    « J’allais mieux avant… ».

    « Bon, tu n’as pas perdu ton humour, c’est deja ça… blagues à part, on va appeler le Samu… ».

    « Oui, on appelle le Samu » répète Jérém qui n’a pas vraiment l’air dans son état normal.

    « Non, attendez un peu… je ne crois pas que ce soit si grave… ».

    « Tu arrives à bouger ? » se renseigne mon bobrun.

    « Oui… ça devrait le faire… ».

    « T’es sûr de toi, Nico ? » fait JP.

    « Oui, je crois… ».

    « On est tous tombés de cheval un jour ou l’autre… » fait Carine.

    « Quand je pense qu’on m’a répété mille fois qu’avec Tequila je ne risquais rien… » je tente de rigoler, malgré la douleur aux côtes, tout en essayant de me mettre en position assise.

    « Le risque zéro n’existe pas… » fait JP.

    « J’ai cru comprendre, oui… ».

    « Heureusement que t’avais la bombe… » fait remarquer JP.

    « Bon, si tu n’as rien de cassé, il te faut remonter en selle de suite. Dans l’équitation, il ne faut jamais rester sur un échec… » ma taquine Jérém.

    C’est en suivant ce conseil que, dix minutes plus tard, je remonte en selle malgré la douleur aux côtes. Et que je termine ma balade en traversant une dernière région de toute beauté, sur le dos d’une Tequila ayant retrouvé tout son calme.

    Lorsque nous arrivons à la pension, Patou, le chien de Charlène, nous accueille en aboyant comme un taré. Allez, dégage, ne fais pas peur à Tequila. Mais Tequila, solide comme un roc, pom pom pom pom.

    « Comment ça va les côtes ? » me demande Jérém, pour la énième fois.

    « Ça va mieux… ça va mieux… ».

    « Je suis fier de toi, tu t’es débrouillé comme un grand… » il me glisse, alors qu’il arrête son Unico devant un mur avec des anneaux d’attache.

    C’est là que je réalise que je l’ai vraiment fait, que je suis monté à cheval pour la première fois de ma vie, que je me suis baladé pendant toute une journée, avec mon Jérém. Je suis content de moi, et heureux de sentir sur moi le regard admiratif de mon bobrun.

    Nous retrouvons les autres cavaliers et je constate qu’ils terminent la balade de la même façon que celle avec laquelle ils l’avaient commencé le matin, c'est-à-dire avec le sourire.

    Nous descendons de cheval et Jérém commence aussitôt à desseller. J’essaie d’en faire de même, mais l’effort pour dessangler Tequila réveille ma douleur aux côtes.

    « Aie… » je ne peux me retenir.

    « Laisse, je vais le faire… » fait Jérém, adorable.

    Le bobrun finit de desseller nos chevaux, et nous les ramenons au pré. En remontant, nous passons par l’écurie pour déposer les selles et les harnachements. Et là, Jérém m’attrape par la main, il m’attire dans un box, il me plaque contre le mur, il me prend dans ses bras et il m’embrasse fougueusement.

    Nous sommes tellement happés par nos effusions, que cela nous empêche d’entendre le bruit de pas qui approchent. Nous nous apercevons de sa présence que lorsqu’elle apparaît sur le seuil du box, le regard abasourdi, lorsqu’elle tente de se dérober, en lâchant un :

    « Oh… pardon… ».

    Un instant plus tard, alors que Charlène détale à toute vitesse, Jérém relâche illico notre étreinte pour lui courir après, l’air paniqué…

     


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    Lorsque nous arrivons à la pension pour chevaux, nous retrouvons Charlène à l’écurie. Elle est en train de nettoyer un box.

    « Ah, vous êtes déjà là ? » elle nous lance, en nous voyant arriver, tout en continuant à charger du fumier dans une brouette.

    « Ça c’est de l’accueil, on se sent vraiment bien reçus ! » se marre mon bobrun.

    « Je suis à la bourre ce matin… » elle nous explique, entre deux éclats de ce rire franc et sonore qui est le sien et qui a gardé quelque chose d’enfantin.

    Elle pose sa fourche et vient nous faire la bise.

    « Mais il est quelle heure, au fait ? ».

    « Il est près de 9 heures » fait Jérém.

    « Ah ! Les autres ne vont pas tarder à arriver. Et moi j’ai encore deux box à faire ».

    « Je t’aide ? » propose direct Jérém.

    « Tu serais un ange ».

    « Tu sais bien que j’en suis un ».

    « Il faut le dire vite ».

    « Vieille peau ! ».

    « Petit con ! ».

    Sans attendre, le bogoss attrape une deuxième fourche, il rentre dans le box juste à côté et commence à sortir le fumier dans le couloir.

    « Je peux faire quelque chose moi aussi ? ».

    « Tu peux attraper la brouette de Charlène et aller la vider sur le tas derrière l’écurie. Ça lui évitera des efforts. Mamie doit ménager ses vieux os si elle veut faire la balade » fait Jérém, taquin.

    « Eh, je t’ai entendu, petit morveux ! Mamie est encore capable de te mettre une bonne raclée ! ».

    « Je cours plus vite que toi ».

    « Je t’en foutrais ».

    « Moi aussi je t’aime ».

    « C’est ça… ».

    J’adore leurs taquineries incessantes. Je ressens de la part de Charlène une profonde bienveillance et un amour presque maternel à l’égard de mon bel étalon brun, tout comme j’ai l’impression de percevoir de la part de ce dernier une très forte affection, couplée d’un profond respect à l’égard de celle qu’il vient de traiter de « mamie ». Il y a entre eux un rapport qui est à la fois celui d’une mère et d’un enfant, mais avec la parfaite complicité de deux potes.

    Je ramène plusieurs brouettes de fumier sur le grand tas à l’arrière de l’écurie. Au départ, les relents me piquent les narines. Mais je me fais assez vite aux odeurs de la campagne, de la nature, de la vie. Aussi, tout paraît beau, lorsqu’on est amoureux et que le gars qu’on aime est à quelques mètres de vous.

    Le temps que Charlène termine son box, le bobrun a vidé les deux autres.

    « Ah oui, en effet… » fait Charlène, en nage et avec le souffle coupé « et t’as même pas l’air d’avoir forcé. C’est clair que ça, ça t’autorise à me traiter de vieille, oui… »

    « C’est toi qui m’as tout appris. Et puis je suis fatigué à mort » fait le bogoss en feignant de devoir s’appuyer au mur pour ne pas tomber.

    « J’adore quand tu mens pour me faire plaisir ».

    « Au fait, tu aurais des boots en rabe à prêter à Nico ? ».

    « Je vais voir ce que je peux trouver. Allez, je vais aller faire couler le café ».

    « J’en fume une et j’arrive ».

    « Tu devrais arrêter ta connerie de clope ».

    « J’essaie » fait-il en indiquant le patch sur son biceps.

    « Tu ne dois pas essayer, tu dois réussir, je sais que tu en es capable ».

    « Je te promets que je vais arrêter ».

    Définitivement, Charlène, a beaucoup d’emprise sur mon Jérém. Certes, le bogoss se permet de la taquiner : mais lorsque la discussion devient sérieuse, il ne la ramène pas longtemps. Face à Charlène, l’étalon Jérém redevient poulain tout doux.

    Jérém vient de finir sa cigarette, lorsqu’un quatre-quatre traînant un gros van rentre dans la cour du centre équestre.

    Un homme d’une soixantaine d’année, avec une barbe poivre et sel, ainsi qu’une femme, dans la même tranche d’âge, toute menue et très stylée, viennent à notre rencontre.

    « Bonjour Jérémie, comment tu vas ? » fait le monsieur, tout en serrant mon bobrun très fort contre lui et en lui claquant la bise.

    « Je vais bien. Et vous deux ? ».

    « Ça va, ça va. Ça fait plaisir de te revoir ».

    « Moi aussi, ça me fait plaisir ».

    « Tu nous as manqué ».

    « Vous aussi. J’aurais voulu venir plus souvent ».

    « Mais il y avait le tournoi de rugby » fait le monsieur.

    « Oui, c’est ça ».

    « Que t’as gagné ».

    « Oui ».

    « Il ne devait pas y avoir que le rugby qui le retenait à Toulouse. Il devait y avoir aussi des nanas » se marre la petite dame.

    « Aussi… » fait Jérém.

    « Au fait, félicitations pour ton recrutement parisien » fait le monsieur.

    « Merci ».

    « Tu nous as fait peur avec ton accident » fait la petite dame avec une voix de petite fille.

    « Je suis là » fait le bobrun, sur un ton rassurant.

    « Tu fais gaffe à l’avenir, promis ? » fait le monsieur, en mettant une tape affectueuse dans le dos de mon bobrun.

    « Oui promis. Au fait, voici Nico, un camarade du lycée. Voici Jean-Paul et Carine ».

    « Enchanté, Nico ! » fait le charmant monsieur, en prenant ma main entre les deux siennes.

    « Nico va monter à cheval avec nous aujourd’hui ».

    « Tu montes à cheval ? » fait la petite dame, l’air étonné.

    « C’est la première fois… ».

    « C’est bien, il faut oser se lancer » fait Jean-Paul « allez, nous allons débarquer les chevaux ».

    « Ce sont des gens adorables » me lance discrètement Jérém dès que le couple s’est éloigné de quelques pas « ce mec est un véritable philosophe, il connaît tout. Tu passes une soirée à discuter avec lui, et t’as l’impression que tout est plus clair. Et en plus, il est drôle. Elle aussi peut être très drôle. Elle a son petit caractère Si elle n’est pas d’accord avec toi, elle ne lâche rien, elle te retourne comme une crêpe. Mais elle fait un flan d’enfer. J’espère qu’elle en a prévu pour la soirée… ».

    « Quelle soirée ? ».

    « Ah… je t’ai pas dit… ».

    « Non… ».

    « Ce soir, après la balade, on mange tous ensemble au relais de l’asso ».

    « Ah… ».

    « T’inquiète, tout va bien se passer, il n’y a que des gens sympa ».

    Et ce disant, Jérém m’entraîne dans l’un des box et m’embrasse. Des frissons parcourent mon corps, alors que des hennissements, des voix et des bruits de sabots me rappellent à chaque instant que les nouveaux arrivants ne sont qu’à quelques mètres de nous, en train de sortir leurs montures du van.

    Un nouveau bruit de moteur nous signale que d’autres cavaliers et d’autres chevaux arrivent.

    « Allez, on va chercher les chevaux » fait Jérém, en décollant ses lèvres des miennes.

    Nous sortons de l’écurie, et nous allons dire bonjour aux deux nouveaux cavaliers arrivants.

    « Arielle et Nadine… Nico… ».

    Arielle est une dame d’une cinquantaine d’année, à la voix fine et douce. Nadine, est une petite blonde qui ne doit pas avoir la trentaine, avec des cheveux très courts et un rire tonitruant et contagieux.

    Jérém refait les présentations. Une fois de plus, on me félicite de débuter à cheval.

    Charlène vient de réapparaitre et s’empresse de dire bonjour à tout le monde. Elle me tend une paire de vieux boots que je passe à la place de mes baskets.

    Jérém attrape deux licols et nous nous acheminons vers les prés. Nous longeons les paddocks, lorsque mon bobrun s’arrête soudainement devant un pré au milieu duquel un cheval miniature est en train de paître.

    « Bille ! Bille ! Bille ! » il l’appelle « Viens ma puce… allez, viens… ».

    Le cheval miniature, qui porte bien son petit nom, car ses trois dimensions, hauteur, longueur et largeur sont sensiblement équivalentes, lève enfin la tête des touffes d’herbe qu’il est en train de brouter, il met en route ses courtes jambes et rejoint au (petit) galop l’entrée du paddock.

    Jérém passe entre les fils qui ne sont visiblement pas électrifiés et commence à caresser la crinière de la petite bête. Un sourire enfantin illumine son regard, c’est beau à voir. L’animal semble tout particulièrement apprécier la présence et les attentions de mon bobrun.

    « Et alors, tu ne me reconnaissais plus ? Tu as vraiment grossi. Il faut te mettre au régime ».

    « Apparemment, vous vous connaissez ».

    « Oh, que oui. Elle, c’est Bille ».

    « C’est un cheval miniature ? ».

    « Oui, c’est un shetland. C’est le premier cheval sur lequel je suis monté, quand j’étais gosse ».

    Lorsque j’essaie d’imaginer mon bel étalon, alors qu’il n’était qu’un petit poulain, sur le dos de ce cheval miniature, je ressens un puissant frisson d’émotion.

    C’est bon de lui découvrir, devant ce cheval miniature, ce regard pétillant, comme celui d’un gosse, un regard qui me permet de déceler une sorte de nostalgie de son enfance, comme une petite fragilité, mais qui n’est pas pour autant une faiblesse. Au contraire, le fait qu’il soit prêt à montrer et assumer cette fragilité, c’est précisément ce qui me fait fondre, et qui me fait dire : mon Jérém est vraiment en train de devenir un homme.

    J’ai une envie folle de le serrer très fort contre moi et de le couvrir de bisous : hélas, nous sommes à découvert, et on pourrait nous voir.

    Ce matin, Unico et Tequila sont rassemblés dans le même pré. Ils nous ont vus arriver de loin et ils semblent nous attendre de pied ferme, alignés le long du fil de clôture. Ils ont l’air de trépigner d’impatience, leurs hennissements s’enchaînent sans discontinuer, comme s’ils étaient prêts à se battre pour partir en balade avec leur propriétaire.

    Jérém me tend un licol et nous rentrons dans le paddock. Je le regarde passer le sien à Unico et j’essaie d’en faire de même avec Tequila. Premier contact avec la masse imposante, avec la puissance de l’animal, c’est impressionnant : avec cette masse, avec cette puissance, ils pourraient nous assommer s’ils le voulaient. Cela rend humble.

    Je m’y prends comme un pied, je n’arrive pas à boucler la sangle autour du museau. Jérém vient m’aider ; se sentant protégé des regards par le gabarit des deux animaux, il me claque un bisou sur les lèvres et il me chuchote, en me regardant bien dans les yeux :

    « Ça me fait plaisir de monter avec toi aujourd’hui ».

    « Ça me fait plaisir aussi ».

    Nous remontons vers les installations, les chevaux en longe, alors qu’un ballet incessant de petits camions bétaillère et de vans tractés bat son plein dans la cour du petit centre équestre.

    Nous attachons nos montures à un arbre à proximité des box.

    « Viens avec moi, nous allons chercher les selles ».

    Dès que nous rentrons dans l’écurie, je me fais la réflexion que, vraiment, j’aime l’univers olfactif autour du cheval, l’odeur de la paille, du foin, du bois de la charpente, et des chevaux eux-mêmes. C’est un univers qui a quelque chose d’authentique et de réconfortant.

    Jérém est tellement à l’aise dans ce monde. Et moi, je suis sous le charme de la découverte d’une énième facette insoupçonnée de sa personnalité.

    Les rayons du soleil sont déjà chauds. Ainsi, de retour à nos chevaux, Jérém se débarrasse de son pull à capuche, dévoilant ses bras, ses biceps, ses tatouages, son cou puissant, les pecs bien suggérés par le coton gris de son t-shirt sans manches.

    « Putain, qu’est-ce que t’es sexy avec ce t-shirt ! » je ne peux m’empêcher de lui glisser discrètement, alors que je sens à nouveau monter la trique dans mon pantalon de cheval.

    Pour toute réponse, le petit con soulève le bas du t-shirt pour s’essuyer le front, dévoilant ainsi le bas-relief spectaculaire de ses abdos.

    « Il fait chaud… » il me balance, avec un sourire de malade, un sourire coquin à me faire fondre.

    « Je vais te coincer quelque part dans les bois ».

    « Chiche… » il me nargue.

    Qu’est-ce que j’aime notre complicité, et en particulier notre complicité sensuelle !

    Jérém me montre comment préparer un cheval pour la balade, comment le brosser, comment demander et prendre les pieds pour les nettoyer. Définitivement, j’aime bien les sensations autour du cheval : l’odeur du pelage, du cuir des selles et des harnachements ; mais aussi les bruits, les ébrouements d’impatience de l’animal, le bruit sourd du sabot ferré sur le sol, le froissement de la brosse sur le pelage, les crissements du cuir.

    Jérém est en train de mettre la selle sur le dos d’Unico. Je le regarde passer le mors dans la bouche, poser les rênes sur l’encolure. Ses gestes sont précis, aisés, et ils dégagent un quelque chose d’ancestral et de délicieusement viril.

    J’essaie de répéter ses gestes à l’identique, mais les miens sont aussi gauches que les siens sont assurés. J’essaie de m’appliquer, et pourtant je réussis à mettre le licol des rênes en vrac.

    Jérém me fait remarquer ma connerie, je tente de corriger le tir, j’ouvre une lanière, mais pas la bonne. Du coin de l’œil, je vois mon bobrun se marrer.

    « Te marre pas ! ».

    « Attends, je te montre ».

    Et ce disant, il se positionne dans mon dos, il attrape les rênes et mes mains avec, il guide mes gestes. Je sens son paquet se presser contre mes fesses et, au travers des deux tissus élastiques de nos pantalons d’équitation, je lui découvre un début d’érection qui me ravit.

    « Tu bandes… ».

    « Je ne sais pas comment je vais tenir jusqu’à ce soir… » il admet, alors que son souffle brûlant caresse mon cou.

    « T’as envie de quoi ? ».

    « Tu le sais bien… ».

    « Dis-moi… ».

    « J’ai envie de gicler dans ton petit cul ».

    « Très envie ? ».

    « Tu peux pas savoir… ».

    « Qu’est-ce que je kiffe te l’entendre dire ».

    « Tu vas kiffer encore plus quand je vais te le faire ».

    « Ça c’est clair… ».

    Le licol de Tequila enfin bouclé, nos bassins s’éloignent. Nos pantalons d’équitation ont du mal à dissimuler nos érections. Jérém allume une clope, je tente de faire pipi un peu plus loin. Nous avons tout juste le temps de laisser retomber nos ardeurs que nous sommes débordés par une arrivée massive de chevaux et de cavaliers.

    Partout, ça selle, ça discute, ça rigole. Arielle est là, avec sa jument Canelle, Nadine, avec son hongre Otello, Martine est là aussi, avec sa pouliche Maggie. Carine et Jean-Paul ont terminé d’apprêter Tornade et Mojito. Il y a aussi, Marie Line à la longue chevelure brune et son mari Bernard, avec Champion et Caramel, Daniel aux boucles d’argent et à l’humour décapant, ainsi que sa copine Lola, avec leurs montures Speed et Paso, ainsi que Bimbo, une petite adorable chienne Jack Russel dont la tête dépasse d’un sac à dos que Daniel porte non pas dans le dos mais à l’avant.

    Il y a aussi Satine, avec son entier Gringo. Satine est un petit bout de femme, avec de grands yeux verts très vifs, la cinquantaine rayonnante, une voix puissante et enjouée malgré sa petite carrure, grande gueule, au demeurant. Satine me scie net lorsqu’elle balance à mon mec, de but en blanc : « De plus en plus bogoss, le Jérémie… » ; réflexion reprise par Carla (accompagnée par sa jument Philae) : « Si j’avais 20 ans et 20 kg de moins… ». Puis, Satine ne se gêne pas pour lancer à mon Jérém : « Mais regarde ces biceps… », tout en joignant le geste à la parole, en poussant le vice jusqu’à tâter le muscle rebondi de mon bomâle.

    « Espèce de cougar ! » lui lance Carine.

    « Quand on pense qu’on l’a vu enfant… » fait Ginette, une dame d’une soixantaine d’années, pétrie de gentillesse « on a l’impression que c’était hier. Et aujourd’hui, c’est un homme. Ça passe tellement vite. Tes grands-parents vont bien ? Et Maxime ? ».

    Ginette a l’air vraiment adorable, tout comme son Tulipe, un cheval qui n’est plus tout jeune et qui paraît extrêmement calme et posé. Un cheval est souvent le reflet de son cavalier.

    Au fil des arrivages, Jérém refait sans cesse les présentations. Charlène débarque enfin avec le café et des madeleines.

    « Et voilà, une riche idée » fait Jean-Paul, toujours aussi avenant et de bonne humeur.

    C’est Chantal qui fait les présentations des derniers arrivants :

    « Jérémie, je ne sais plus si tu m’as dit si tu connaissais Loïc et Sylvain… ».

    « On a dû se croiser une fois » fait mon bobrun.

    « Oui, une fois peut-être… » abonde Loïc, en dévorant mon bobrun des yeux.

    La moyenne d’âge des cavaliers est assez élevée, au-delà de la cinquantaine, ou même plus proche de la soixantaine pour certains (quand on a 18 ans, on se sent facilement entouré de viocs). Nadine, et maintenant Loïc et Sylvain (accompagnés respectivement par la jument Tzigane et par un cheval nommé Forain), sont en effet les seuls cavaliers en dessous de la trentaine.

    A la base, ces deux gars m’inspirent une forme de fascination : c’est la première fois que je rencontre un couple gay, et je me pose mille questions sur leur vie à deux, sur le bonheur de s’assumer et sur leur choix de s’afficher au grand jour.

    Cependant, quand je regarde ces deux gars, je ne peux m’empêcher de repenser aux échanges entre Charlène et Martine au sujet d’une rupture difficile qui serait en amont de leur bonheur de couple, et cela m’attriste. Quand je pense à ce Florian, l’ex de Loïc qui, paraît-il, ne vivrait pas bien du tout cette rupture, je ressens un certain malaise. Ça peut paraître con, dans la mesure où ce Florian est pour moi un parfait inconnu, quelqu’un que je n’ai même jamais croisé. Et pourtant, c’est ainsi.

    Mais il y a pour moi un autre source de malaise, plus grande encore : c’est celle qui vient du regard que Loïc a posé sur mon bobrun dès le départ, avant même de lui avoir serré la main, comme s’il venait d’apercevoir un Dieu sur terre. Ce qui est le cas, il faut bien l’admettre, mon Jérém est bel et bien un petit Dieu sur terre. Cependant, le regard de ce mec a le pouvoir de déclencher immédiatement en moi une violente poussée de jalousie et de me mettre illico sur la défensive. Le regard de Sylvain est un peu plus discret, certes, mais lui non plus ne semble pas insensible au charme de mon bel étalon. Bas les pattes, et bas les yeux, les gars, je vous ai à l’œil !

    Est-ce que c’est vrai que certains gays savent reconnaître les gars comme eux ? Est-ce que c’est le cas de Loïc ? De Sylvain ? Est-ce qu’ils ont compris que nous sommes comme eux ? Qu’ont-ils pensé de mon Jérém, à part que c’est une bombasse atomique ? Est-ce qu’ils pourraient « griller notre couverture » ? Et Jérém ? Je crois bien qu’il a capté le regard aimanté de ce gars, notamment celui de Loïc : qu’est-ce que ça lui a fait ?

    Les rires sonores et contagieux de Charlène et de Nadine me secouent de mes pensées.

    « Allez, on est partis ? » fait Daniel, déjà en selle, la petite chienne Bimbo frémissant de la babine dans son sac à dos.

    « Oui, on va y aller » lui répond Charlène en montant en selle de son entier, j’ai nommé Little Black.

    Les autres cavaliers enfourchent à leur tour leurs montures. C’est marrant, les cavaliers ont tous le sourire lorsqu’ils sont à cheval.

    Jérém et moi restons les pieds sur le sol. Le fait qu’il renonce à faire la balade avec ses potes, parce qu’il s’inquiète pour moi, parce qu’il veut être avec moi, ça me touche au plus haut point. C’est adorable.

    « Allez, bonne balade » fait Jérém « on se retrouve sur les bords de l’Adour, comme d’hab… ».

    « Bonne balade à vous, et prends soin de ton pote… » lance Martine, en partant derrière les autres.

    « T’inquiète, je tiens à le ramener entier ».

    « Vous allez arriver pour manger quand on aura fini la sieste » elle se marre.

    « C’est pas grave, on les attendra » assène Jean-Paul, avec son humour tout en finesse « c’est pas comme si on était pressés. Il fait beau, on fait une petite boucle. Et puis, j’ai toujours entendu les anciens dire que le pas est l’allure reine de la balade ».

    J’adore la capacité de ce monsieur de nous faire profiter de son expérience, et de sa sagesse, de la plus efficace des façon, c’est à dire avec l’humour.

    « C’est gentil de faire ça pour moi » je lance discrètement à mon bobrun.

    « Je n’allais quand même pas te laisser tout seul pendant que je montais à cheval » fait-il, tout en s’allumant une clope « et encore moins te lancer au milieu de 15 cavaliers expérimentés. Ce matin, on va faire une mise en selle tranquille. Je vais te faire un petit cours d’équitation en accéléré ».

    « D’abord, il faut savoir que le cheval est un animal très intelligent, et très sensible. Et, surtout, très puissant, bien plus puissant que n’importe quel cavalier. On ne domine pas le cheval, on l’apprivoise, on gagne sa confiance. Pour qu’il nous fasse confiance, il faut avoir confiance en soi. Si tu as peur, il ne sera pas rassuré non plus. Certains chevaux vicieux, testent en permanence leur cavalier. Et dès qu’ils sentent la peur, ils peuvent devenir très dangereux… ».

    « Ah bon ??? »

    « Mais je te rassure, ce n’est pas le cas de Tequila, car elle est adorable. Quoi qu’il en soit, tu dois amener le cheval à te respecter. Et pour cela, il faut commencer par le respecter ».

    Jérém monte sur son Unico et enchaîne avec quelques explications sur les façons de monter en selle, de se tenir sur l’animal, sur la position du dos, de la tête, des jambes, des pieds, des talons, des bras, des mains, des rênes, sur la pression à exercer sur la bouche, sur les flancs, sans surprendre la bête ou lui faire mal ; sur les « commandes », les mouvements à faire et les mots à dire pour faire avancer le cheval, et, surtout, pour l’arrêter, sur la nécessité de guetter les dangers (bruits inattendus, présence de gibier qui pourrait perturber le cheval et provoquer des réactions de peur), et sur la nécessité d’anticiper les réactions du cheval. J’ai l’impression de refaire des cours de conduite, mais avec un véhicule à quatre sabots au lieu de quatre roues, avec des commandes moins réactives, et avec Jérém à la place de Julien en tant que moniteur. Je suis gâté.

    J’essaie d’écouter et de mémoriser chacun de ses mots, tâche rendue difficile par le grand nombre de points à retenir, par des nombreuses variables impossibles à combiner de façon purement cartésienne, par des inconnues et des impondérables, l’animal pouvant se révéler imprévisible et possédant une certaine marge d’action, indépendamment des harnachements et de la volonté de son cavalier.

    Mais si écouter les explications de Jérém n’est pas vraiment une tâche aisée, ce n’est pas seulement à cause du très grand nombre de points à retenir. Le fait est que le bogoss, installé sur son étalon, est sexy à mourir.

    Les jambes légèrement écartées, épousant la forme du cheval, le bassin en avant, le dos droit comme un « I » et légèrement penché en arrière, les mains tenant les rênes avec fermeté et douceur à la fois. En selle sur son Unico, mon bobrun dégage une nouvelle assurance, dans la maîtrise de l’animal, une sorte de virilité brute qui me fait craquer.

    Et puis, il y a ce putain de t-shirt gris sans manches, ce petit bout de coton qui dénude les biceps d’une façon tout simplement scandaleuse. Et comme si cela n’était pas suffisant pour me donner toute sorte d’idées lubriques, le vent s’y met à son tour : sous l’effet des rafales, le coton léger se colle à ses pecs, à ses abdos, fait ressortir des tétons, moule sans pitié le moindre muscle de son torse.

    Mais la malice ne s’arrête pas là : le vent pousse le vice jusqu’à soulever le bas du t-shirt, me laissant entrevoir son nombril et le début de la petite ligne de poils qui court vers son sexe. Détail anatomique bien trop fugacement aperçu, mais en même temps si délicieux, justement parce que fugace. Vision magnifique, magique, je ne sais pas comment je tiens bon, comment j’arrive à ne pas lui sauter dessus, là, tout de suite. Probablement à cause du fait qu’il est en selle sur son étalon, et que ce n’est pas techniquement possible…

    Le fait est qu’au-delà de sa sexytude brûlante, il y a chez ce Jérém « de Campan » autre chose qui le rend à mes yeux insupportablement craquant, quelque chose qui me saute aux yeux comme une évidence lorsque je le regarde sur son Unico. Le Jérém de Campan, est très différent du Jérém de Toulouse. Certes, il y a eu l’accident, et cela a pu contribuer à changer son état d’esprit par rapport à l’époque de nos révisions.

    Et pourtant, ce Jérém « de Campan », existe bien dans les souvenirs des autres cavaliers, donc il existait avant l’accident. C’est comme s’il y avait deux Jérém, celui de la ville, et celui de la montagne. Comme si l’environnement avait le pouvoir de faire ressortir l’une ou l’autre de ses personnalités. Comme si la montagne, en lui rappelant ses origines, avait le pouvoir de le rapprocher des choses importantes dont la ville aurait tendance à le détourner.

    Le Jérém de Campan, ce n’est plus du tout le même (petit con) qu’à Toulouse ; dans cet environnement sain et authentique, idéal pour se ressourcer – dans le sens de pouvoir revenir à ses sources et, de là, prendre un nouveau départ – mon Jérém semble s’apaiser, mûrir, assumer ses sentiments, ses envies, ses faiblesses, sa pilosité.

    Dans ce village loin du bruit de la ville, le « petit con » Jérém devient homme, un homme qui a encore gagné en sensualité. Jérém sur son Unico, on dirait un étalon sur un autre étalon. Qu’est-ce que je suis fou de lui, et qu’est-ce que j’ai envie de lui ! 

    Jérém termine ses recommandations et sa clope au même moment. Il redescend de cheval, il re-sangle son étalon et ma jument, il me fait un bisou, et il me balance : 

    « Maintenant tu vas monter ! ». 

    Soudainement, je stresse.

    « Déjà ? ».

    « Oui, sinon on va arriver au lieu du bivouac à Noël, pas à midi ! ».

    « Ok, ok… ».

    « Prends ça » fait-il, en me tendant une bombe d’équitation.

    « C’est ta bombe ? ».

    « Oui, mais je n’en ai pas besoin ».

    « Tous les cavaliers avaient une bombe » j’insiste.

    « Je préfère que tu la gardes ».

    « C’est rassurant… ».

    « Il ne va rien t’arriver. C’est juste au cas où ».

    « Et toi, tu montes sans ? ».

    « Je ne tombe pas, moi. Allez, dépêche ! ».

    J’installe la bombe sur ma tête, je serre la sangle sous le menton et je suis prêt. Et alors que Jérém tient Tequila par le licol, je passe un pied dans l’étrier, je saisis fermement les rênes et la crinière, je m’élance, je passe la jambe droite de l’autre côté de la selle. Dans un bruit de cuir froissé, je m’installe à mon poste de cavalier, et je passe le deuxième étrier. Je vis cela comme une première petite victoire.

    Sur le dos de Téquila, je me sens bien, la selle est grande et confortable, l’animal calme et apaisant. S’il y a un premier enseignement à tirer du fait de monter à cheval, c’est que le monde n’a pas du tout la même allure lorsqu’on prend ne serait-ce qu’un mètre de hauteur.

    « Comment tu te sens ? » me demande Jérém.

    « J’ai un peu peur, mais je me sens bien ».

    « Tu dois te mettre à l’écoute de ta jument, tu dois arriver à lui faire confiance, à faire un seul avec elle ».

    « Facile à dire ».

    « Je vais te montrer ».

    J’ai un peu peur, certes, mais l’impatience de découvrir le monde du cheval avec mon Jérém est plus forte que la peur. Jérém remonte sur son étalon.

    « Vas-y, fais-la marcher ».

    « Et comment ? ».

    « T’as pas écouté ce que je t’ai dit ? ».

    « Non, j’étais trop occupé à te mater ».

    « Pffffff… allez, met un petit coup de talon dans son ventre et dis-lui : Marcher ! ».

    « Marcher… Marcher… Marcher… ».

    Je répète le geste et la formule, et pourtant rien ne se passe. Ça commence bien.

    « Sois plus ferme avec le ton de ta voix… Marcher ! ».

    « Marcher ! Marcher ! Marcher ! » je tente d’imiter mon beau moniteur. Toujours aucune réaction de la part de ma jument.

    « Parfois elle est un peu difficile à démarrer ».

    « On fait comment, alors ? ».

    « Je vais passer devant. Tu vas voir, avec Unico devant, elle va suivre sans problème ».

    Et en effet, dès qu’Unico commence à s’éloigner, la mère se met à suivre. Nous traversons un pré légèrement en descente, puis nous rentrons dans une sorte de sous-bois traversé par un étroit chemin qui monte de façon assez sévère. Je ne suis pas rassuré, mais je suis.

    Je suis sur un cheval pour la première fois de ma vie, et je pars en balade avec le gars que j’aime plus que tout. Je n’arrive pas encore à y croire. Mes narines sont frappées par une intense et agréable senteur de fraîcheur, de végétation et de pluie, de terre, de cuir, de poil. Et la trainée de déo que mon bobrun laisse derrière lui se mélange dans ce bouquet olfactif de bonheur simple mais intense.

    Le claquement des sabots ferrés sur le sol résonne dans mes oreilles et dans tout mon corps. Ma peau est surprise par la fraîcheur matinale retrouvée dans ce sous-bois. Mon pull n’est pas de trop et j’hallucine en regardant mon bobrun dans son t-shirt sans manches, qui n’a pas du tout l’air d’avoir froid. Et ce dos en V, puissant, musclé. Putain !

    « Tout va bien ? » je l’entends me lancer, sans se retourner.

    « Pour l’instant, oui ».

    Ma jument suit son jeune étalon de fils, et moi je suis mon bel étalon brun à deux pattes. Oui, tout va bien.

    Jérém sur son cheval, de dos, avec cette attitude en équilibre parfait entre le respect et la domination de son étalon, c’est bandant à mourir. Je n’arrive toujours pas à réaliser comment c’est possible que je fasse l’amour avec ce mec.

    Et lorsque quelques minutes plus tard il se retourne, en suspension sur ses étriers, la chaînette s’agitant au gré des pas de sa monture par-dessus le coton gris, le désir de son corps me donne le tournis.

    « Ça va toujours ? ».

    « J’ai envie de toi… ».

    Un petit sourire lubrique illumine alors ses beaux traits masculins.

    « Pense à rester en selle » il me mouche « décrispe toi, tiens-toi droit, baisse tes mains, relâche tes rênes, ne lui tire pas sur la bouche, tu lui fais mal ! ».

    « Ah pardon… je suis un peu stressé… ».

    « On est au pas, respire un bon coup, profite du paysage » fait-il, en se remettant correctement en selle.

    « Je profite du paysage, oui, de ton dos, de tes bras, de ton t-shirt sans manches… » je le taquine.

    « Tu ne penses qu’à ça ! ».

    « Tu es pile devant moi, ce serait compliqué de penser à autre chose… ».

    « C’est pas faux… ».

    Puis, après quelques secondes, il me balance :

    « Moi aussi… ».

    « Toi aussi, quoi ? ».

    « Ce que tu m’as dit… moi aussi. Mais c’est pas le moment ».

    Lui aussi il a envie de moi. Et qu’est-ce que c’est bon de lui entendre dire. Rien que ce petit échange me fait bander comme un âne.

    D’un coup, je me demande pourquoi nous ne sommes pas restés à la maison à faire l’amour comme des lapins au lieu de faire cette balade et de nous priver pendant toute une journée du bonheur des sens.

    La réponse a ma question me frappe au détour d’un chemin, lorsque nous débouchons sur une clairière permettant au regard de balayer un paysage vallonné à couper le souffle.

    Je réalise alors que la balade à cheval donne accès à d’autres chemins, d’autres lieux, presque d’autres univers, des mondes parallèles à ceux de la « civilisation » des villes, des routes goudronnées, des voitures, des circuits ordinaires. En partant à cheval, on est très vite dépaysés, on a l’impression de quitter la civilisation pour atterrir dans une autre dimension, celle de la nature.

    « C’est beau, hein ? » fait mon bobrun, sans quitter le paysage du regard.

    « C’est très beau, merci de me faire découvrir ça ».

    « Allez, on y va, on a encore du chemin à faire ».

    Les nuages cachent le soleil, et mon bobrun vient d’ôter ses lunettes et de les accrocher dans l’arrondi du col de son t-shirt.

    Nous traversons des régions boisées, d’autres plus dégagées ; nous empruntons des chemins qui montent, d’autres qui descendent, nous nous faufilons entre les roches affleurantes, entre les branches qui ont poussé de façon anarchique en travers des chemins et à hauteur « d’homme sur sa monture » et qui nous obligent à nous coucher sur l’encolure des chevaux pour rester en selle et en un seul morceau. Nous traversons des passages étroits, des clairières, des petits gué.

    Dans un pré, un taureau rumine tout seul. Nous voyant approcher, il se lève d’un bond. C’est plutôt impressionnant. Mais Tequila, bon soldat, avance sans faire d’histoires, comme un bonhomme bedonnant et jovial, elle me fait penser au bon Casimir. Pom pom pom pom… Qu’est-ce qu’elle est bien cette jument !

    Pas après pas, j’arrive peu à peu à maîtriser ma peur, à faire confiance à ma monture, et à prendre du plaisir à la balade. Tout se passe à merveille et rien ne semble pouvoir perturber notre petit périple.

    Du moins jusqu’à ce que, sans prévenir, un petit grain de sable vienne enrayer cette machinerie bien huilée.

    Tout se passe très vite. Unico s’arrête net et fait un écart d'anthologie vers la gauche. Quelque chose a dû lui faire peur. Jérém tente de le maîtriser, mais l’étalon ne veut rien savoir, il a l’air paniqué, il se lance au galop.

    Jérém tente de l’arrêter, en vain. Entre mes jambes, je sens Téquila frémir. Je sens qu’elle va démarrer elle aussi. Je suis tenté de déchausser les étriers, et de descendre d’un bond, mais je n’ai pas le temps.

     Téquila accélère avec la poussée d’un avion supersonique, j’ai l’impression qu’elle pète le mur du son en moins d’une seconde.

    Me voilà lancé au galop, allure que je n’avais pas du tout prévu d’adopter lors de mon baptême à cheval. Dans ma tête, tout se bouscule : m’accrocher pour rester en selle, éviter de tomber, essayer d’arrêter le cheval avant d’arriver dans un passage étriqué, où elle pourrait m’arracher une jambe ou un bras ou la tête en passant trop près d’un arbre ou d’un rocher. Penser à rester vivant.

    Mais pourquoi je me suis laissé embarquer là-dedans, pourquoi nous ne sommes pas restés au lit à faire l’amour pendant toute la journée ? C’était si bien, hier, de prendre le temps de se faire du bien.

    Dans la panique, j’arrive quand même à me souvenir de certains enseignements de Jérém.

    « Pour l’arrêter, tu penches le dos vers l’arrière, tu serres tes jambes le plus que tu peux, tu tends les rênes sans tirer sur la bouche. Et si tu as peur de tomber, rappelle-toi que ta selle a un pommeau, si tu as peur de tomber, prends appui dessus ».

    Je tente de les appliquer, mais rien n’arrive à arrêter cette folle chevauchée qui semble durer une éternité. Soudain, je vois au loin Jérém sur Unico, à l’arrêt. Très vite, je réalise que si je n’arrive pas à arrêter ma jument, je vais faire un accident d’équidés. Je risque de me faire mal, je risque de blesser mon Jérém !

    Je tente le tout pour tout, je serre encore les jambes, je tire un peu plus (un peu trop) sur les rênes. Mais Tequila continue son galop, la collision approche. Jérém s’est retourné, il voit le danger arriver. Mais alors que prie pour qu’il ait la bonne idée de se serrer pour laisser passer la furie qui me sert de monture, je le vois au contraire se mettre en travers du chemin. 4, 3, 2, 1… impact imminent…

    J’ai tout juste le temps de crier un « JEREM !!!! » à m’en défoncer les poumons, que Tequila se met à freiner des quatre fers, comme dans les vieux dessins animés. J’ai presque l’impression de sentir le bruitage typique de Tom et Jerry.

    Le brusque changement de vecteur de vitesse me surprend et me déséquilibre violemment, ce qui manque de me faire tomber par-dessus l’encolure. Chance du débutant, j’arrive à me rattraper de justesse en m’appuyant à fond sur le fameux pommeau de la selle.

    Tequila, quant à elle, termine son sprint en encastrant ses naseaux dans l’encolure de son fils, position qui a l’avantage de m’approcher de très près de mon bobrun.

    « Ça va, Nico ? » il me demande, avec un sourire de malade, à la fois charmeur et doux. Jérém a transpiré, son visage a l’air échaudé, il est sexy à mort.

    « Ça va, ça va, il faut juste que je retrouve mes esprits ».

    « Putain, tu l’as fait ! » il me félicite.

    « J’ai fait quoi ? ».

    « Ton premier galop ! ».

    « Ce n’était pas du tout volontaire ».

    « Mais t’as tenu en selle ».

    « Je me serais bien passé de cette poussée d’adrénaline ».

    « Arrête, je suis sûr que t’as kiffé ».

    Jérém a raison : si je mets de côté la peur, ce sprint impromptu a été génial. La sensation de vitesse, les claquements rapides et sonores des sabots, la puissance de l’animal en action, la sensation de léviter au-dessus du sol. Oui, c’était vraiment très bon.

    « Oui, un peu ».

    « Viens là » fait Jérém, en passant sa main derrière ma nuque, en m’attirant à lui et en m’embrassant.

    « Tu m’as bluffé, tu t’es accroché, et t’as rien lâché. Tu ne lâches jamais… j’aime ça, chez toi… ».

    Les mots de Jérém me font chaud au cœur. Je sens dans son regard qu’il est vraiment impressionné par ce qui vient de se passer, qu’il est fier de moi. Je sens également dans ses mots une sorte d’écho aux difficultés de la première partie, houleuse, de notre relation, à ces galops sentimentaux que l’étalon Jérém a piqué à plusieurs reprises, et par lesquels je ne me suis jamais laissé dégoûter.

    Jamais comme en cet instant, je me suis senti aussi bien, dans mon cœur, dans son regard.

    « Ça me fait plaisir que tu me dises ça ».

    « Vraiment, tu m’as rabattu le clapet ».

    « Toi non plus tu t’es pas mal débrouillé, Unico t’a bien secoué ».

    « Il ne m’avait encore jamais fait ça ».

    « Qu’est-ce qui s’est passé ? ».

    « Je crois qu’il s’est fait piquer par quelque chose, et il a dû avoir vraiment mal. D’habitude j’arrive à l’arrêter facilement. Mais là, il m’a fait mouiller le maillot ».

    En effet, son t-shirt sans manches présente désormais des marques de transpiration autour du cou et des aisselles.

    « Mais qu’est-ce qui t’a pris de te mettre en travers ? J’ai eu trop peur de te percuter ».

    « Je savais qu’en voyant l’obstacle, elle s’arrêterait. Elle n’aurait jamais percuté son Unico ».

    « Merci en tout cas ».

    « De rien, de rien » fait-il, tout en passant rapidement sa main dans mes cheveux, avec un geste plein de douceur.

    « Et moi qui commençais à me sentir en confiance ».

    « Tu sais, le risque zéro n’existe pas à cheval ».

    « C’est vrai que la pédale de frein n’est pas aussi réactive que sur une voiture ».

    « En voiture non plus, le risque zéro n’existe pas ».

    « C’est vrai aussi… ».

    « Jean-Paul te dirait qu’il faut faire confiance à son cheval, sans jamais baisser la garde ».

    « J’aime bien ce type, il a l’air sympa ».

    « C’est un mec plein de bon sens et d’humour ».

    Jérém vient de descendre de son étalon, il pose les rênes sur l’encolure, il allume une clope et s’éloigne un peu. Je descends à mon tour de Téquila, sans quitter mon bobrun des yeux. Je le regarde, les jambes écartées, le dos en arrière, en train de défaire sa braguette. Et alors que je l’entends lâcher un jet dru et bruyant dans la végétation, je le vois lever le visage vers le ciel, signe évident de soulagement. Je le mate jusqu'à ce qu'il se secoue sa queue pour faire partir la dernière goutte, avant de refermer sa braguette.

    Jérém revient vers son cheval, il monte en selle avec un élan à la fois puissant, léger et souple.

    « Allez, on continue, on n’est pas encore arrivés ».

    Nous empruntons un nouveau petit chemin dans les bois. Les arbres et la végétation nous enveloppent, la lumière du soleil nous arrive filtrée par les cimes, les sons des sabots sur le sol nous parviennent comme ouatés, alors qu’un silence sépulcral semble régner sur les lieux. L’endroit a quelque chose d’oppressant, presque sinistre, comme un labyrinthe, et je me sens étouffer par la présence dense de ces arbres qui semblent vouloir nous retenir, nous empêcher d’avancer, nous piéger. J’ai l’impression d’être dans une forêt « hantée », d’avoir été transporté à mon insu dans une autre dimension spatio-temporelle, c’est vraiment étonnant comme sensation. Heureusement qu’il y a le chemin pour nous guider et la présence de mon bobrun pour me rassurer.

    Lorsque nous sortons enfin de ce long passage étouffant, je suis heureux et soulagé de retrouver de l’air, de l’espace et du soleil. Je prends une grande inspiration, et je me sens de suite mieux.

    « Ça va ? » il me demande, pour l’énième fois.

    « Oui très bien, je commence à avoir faim ».

    « C’est normal, il va être midi. Et nous avons encore de la route ».

    « Midi, c’est vrai ? Ça fait plus de deux heures qu’on se balade, je n’ai pas vu le temps passer ».

    « Moi si… » fait Jérém du tac au tac.

    « Petit con ! ».

    « C’est pas moi, ça… ».

    « Même Charlène te traite de petit con ».

    Le bogoss sourit sous la moustache.

    « Je rigole, Nico. En vrai, je trouve que t’as bien de courage de monter sans avoir pris un seul cours. Rien qu’une balade au pas, c’est énorme. En plus, t’as même fait un galop. Alors, moi je dis que c’est un sans-faute, Monsieur Sabatier. Et merci aussi de me faire confiance ».

    Entendre Jérém me féliciter, me fait un bien fou, me met du baume au cœur, l’entendre m’appeler par mon nom de famille, c’est une douce mélodie qui me fait vibrer.

    Le chemin débouche sur un nouveau point de vue dégagé, offrant une vue majestueuse sur le relief Pyrénéen, sur la vallée et très loin dans la plaine, un point de vue qui nous fait prendre soudainement et pleinement conscience du dénivelé franchi et de l’effort produit par nos montures.

    Jérém et Unico marquent une pause, Tequila s’arrête à son tour, sans aucun effort de ma part, elle se gare pile à côté de son fils. Jérém semble comme happé par ce superbe paysage, et à mon tour je finis par me perdre dans la tentative d’embrasser cette immensité du regard, de m’en imprégner.

    Jusqu’à ce que la voix de mon bobun me tire de cette contemplation.

    « Toulouse, c’est vers là-bas ».

    « C’est beau ! » je commente.

    « Oui, c’est beau » fait-il, la voix un brin altérée par la clope qu’il vient de glisser au coin de ses lèvres ; puis, il continue : « j’ai toujours aimé cet endroit. Plus jeune, je venais ici quand ça n'allait pas. J’y ai passé des heures, allongé dans l’herbe ».

    « C’est ton refuge, d’une certaine manière ».

    « Le week-end dernier, j’avais besoin d’être seul, et je suis venu ici avec Unico. J’ai regardé vers Toulouse et j’ai décidé de t’appeler ».

    « Merci la montagne… ».

    « Tu sais, j’ai vraiment cru que c’était fini cette nuit-là… » fait Jérém, après une petite pause.

    « La nuit où tu t’es battu ? ».

    « Oui. Pendant que le mec me cognait, j’ai cru qu’il continuerait jusqu’à me tuer. Quand j’ai tapé la tête contre le mur, juste avant de perdre connaissance, j’ai vu ma vie défiler, comme dans un film. Et le film se terminait avec un final de merde… ».

    « Quel final ? ».

    « Le regret de t’avoir fait mal, de t’avoir fait souffrir… parce que… ».

    « Parce que ? ».

    « Parce que tu étais la plus belle chose qui me soit arrivée ».

    « Toi aussi tu es la plus belle chose qui me soit arrivée ».

    Je suis ému. Jérém aussi. Ma main cherche sa main. Nos doigts s’entrelacent.

    « Quand je me suis réveillé à l’hôpital, c’est à toi que j’ai pensé en premier. J’ai réalisé que si j’étais parti pour de bon, les derniers souvenirs que t’aurais gardés de moi auraient été la torgnole que je t’avais mis chez toi et le sketch quand on s’est croisés sur les boulevards… quand tu étais avec « machin »… et ça m’a rendu malade… ».

    « Je savais que t’étais un gars génial, quelqu’un de bien… » je fais, au bord des larmes.

    « Je ne sais pas ».

    « Je te dis que oui ».

    « Allez, on y va, nous y sommes presque ».

    Nous reprenons notre route et, très vite, une jolie ligne droite dégagée se présente devant nous. Unico marche plus vite que Tequila, il prend vite quelques mètres d’avance. Au fur et à mesure que la distance se creuse, je sens Téquila frémir, comme si elle n’aspirait qu’à rejoindre son rejeton.

    Alors, à moment, je me dis : tant pis, vas-y, Nico, laisse-toi porter. Tu as survécu à ton premier galop, tu ne vas pas te casser la gueule au deuxième. Je lâche un brin les rênes et, contre toute attente, la grosse jument ne part pas comme un boulet de canon comme tout à l’heure, mais prend un petit trot plutôt agréable.

    Je suis fier de moi, je commence à dépasser ma peur de la vitesse à cheval. Et justement cette sensation de vitesse, de puissance, de liberté et d’harmonie – avec la nature, le grand air, l’animal, mon chéri et, par-dessus tout, moi-même – est une des sensations les plus enivrantes que je n’aie jamais connues.

    L’adrénaline commence à circuler en moi, elle me donne des frissons. Jamais je n’ai ressenti quelque chose de semblable. Ma crispation disparaît, je respire profondément comme jamais je ne l’ai fait. Je trouve le bon tempo avec Tequila et je me laisse porter. Ce trot, c’est comme une renaissance Je m’entends pousser un cri d’excitation, le même genre de cri que l’on pousse la première fois que l’on fait les montagnes russes. On a beau essayer de se maîtriser, à un moment donné on est obligés de lâcher prise face à une force qui nous dépasse. Et on a alors l’impression de s’envoler tellement haut que ça en donne le tournis.

    Lorsque Jérém me voit le dépasser, il me lance un « Waaaaaahoooooooo ! » qui me fait frémir de bonheur. Puis, au cri de « Iiiiiiiiiiiiiii-aaaaaaaaaaaaaa ! » il lance à son tour son entier au trot, il me rattrape, et il cale son allure sur celle de ma jument. Ce qui fait que nous chevauchons côte à côte, comme deux cavaliers expérimentés. J’ai l’impression d’être sur un nuage.

    Lorsque le trot prend fin (Tequila et ses dizaines de kilos de trop s’épuisent vite), nous revenons au pas. Jérém me regarde, l’air impressionné par mon exploit.

    « Tu prends goût à la vitesse, on dirait ».

    « Je n’aurais pas pu la retenir. Mais oui, j’ai bien aimé ».

    « Ça se voyait, t’avais la banane ».

    « J’étais bien ».

    « Je suis content que tu aimes faire du cheval. En plus, tu as une bonne posture sur Tequila ».

    « Merci, toi aussi t’as une bonne posture sur Unico. T’es sexy comme pas permis à cheval ! ».

    Une petite, adorable moue de fierté s’affiche sur son visage : je sais qu’il aime quand je le flatte.

    « Toi non plus t’es pas mal » il lâche, au bout de quelques secondes.

    Sur ce, nous arrivons au bivouac. Nous avons droit à un accueil triomphal par les autres cavaliers, accueil dans lequel se mélangent soulagement (certains commençaient à penser que notre retard aurait pu être dû à un accident) et railleries (il y a de quoi, nous sommes partis un quart d’heure après les autres et nous arrivons une bonne heure après).

    « Merci d’avoir fait la balade à mon rythme » je lui chuchote.

    « Je n’avais pas le choix » il se marre, en lâchant un clin d’œil qui manque de peu de me faire tomber de ma jument.

    « Merci quand-même ».

    « C’est moi qui dois te féliciter d’avoir accepté de le faire, je suis fier de toi ».

    Je fonds, j’ai envie de pleurer.

    Oui, je l’ai fait, et je suis heureux de l’avoir fait.

    Nous attachons les chevaux à un arbre un peu plus loin, avec assez de mou pour qu’ils puissent brouter de l’herbe et reprendre des forces ; puis, nous les dessellons.

    Lorsque nous revenons du bivouac, Daniel nous tend des gobelets.

    « Vous buvez quoi ? ».

    « Un whisky » fait Jérém, sans hésiter.

    Après avoir servi mon bobrun, Daniel s’adresse à moi :

    « Et toi ? C’est Nico, c’est ça ? Oui, c’est ça… Nico, tu bois quoi ? ».

    « Un jus d’orange » je fais, mort de soif, en voyant une grande brique sur la table de camping installée au milieu des cavaliers assis à même le sol, et dont la plupart est déjà en train de siroter leur café.

    « Il a dit quoi ? » il demande, en regardant de biais, en faignant de s’adresser à l’assemblée, comme s’il était assommé par l’énormité qu’il vient d’entendre.

    « Un jus d’orange » je répète, alors que de nombreuses voix me font écho.

    « Un jus de quoi ? » il interroge, en feignant colère et agacement.

    « D’orange ! » fait Martine, en se saisissant de la brique pour remplir mon gobelet à rebord.

    « Mais ça se vend, ça ? » fait-il, l’air faussement dégoûté.

    « Bien sûr que ça se vend… » rigole Martine.

    « Et vous en êtes content ? Ah ouais, vous êtes pas difficile alors… » s’amuse Daniel.

    Ces répliques font écho dans ma mémoire à un sketch célèbre, celui de « L’autostoppeur ». C’est à cet instant précis que je réalise que ce gars me fait penser à l’immense Coluche.

    « Nous sommes vraiment à la bourre » fait Jérém.

    « Ça fait rien. Chi va sano va piano et va lontano. C’est pas ça que disent tes cousins italiens ? » intervient JP.

    « Oui, c’est ça. De toute façon, Nico avait besoin d’un démarrage en douceur pour se préparer aux aléas de l’équitation. Et à un moment, il a pris un de ces galops ! » se marre mon bobrun.

    « Sur Tequila ? » s’étonne Satine sur un ton sarcastique.

    « Oui, parfaitement, elle est encore capable de prendre le galop, malgré ses rondeurs ».

    Jérém raconte plus en détail ce qui s’est passé, la frayeur d’Unico, son galop soudain et imprévu, Tequila qui s’emballe à son tour, mon « exploit malgré moi ». Il raconte que nous avons frôlé un « accident de canassons » mais que je me suis débrouillé comme un chef.

    Comme j’aime, lorsqu’il parle de mon expérience à cheval, entendre dans sa voix cette petite vibration de fierté et d’admiration qui me fait sentir si bien. Se sentir bien dans le regard du gars qu’on aime, ça n’a vraiment pas de prix.

    JP et Carine me félicitent à leur tour, ainsi que Charlène, Martine, Arielle, et d’autres encore.

    J’avais peur de ne pas arriver à m’intégrer dans le groupe : il n’en est rien. Les cavaliers sont des gens accueillants et drôles, francs et directs. Leurs compliments me vont droit au cœur, j’ai l’impression d’être entouré par la bienveillance d’une nouvelle « famille ».

    Nous ne nous connaissons que depuis quelques heures, et on me complimente et on me charrie comme si on se connaissait depuis toujours. Le pote de Jérém, le pote de l’un des leurs, et le pote de tout un chacun. Une attitude qui me fait sentir bien, qui me fait très vite sentir comme chez moi.

    Dès que Jérém et moi sortons nos sandwiches, nous sommes submergés par des propositions alimentaires tout azimut : nous profitons ainsi d’une pizza, d’une quiche, d’une salade de pâtes, d’un taboulé. C’est la bonne franquette, et c’est génial. Je n’ai jamais vécu ce genre de partage et de bonne humeur permanents.

    « Il me reste des pâtes » fait Arielle, nous tendant un tupperware dans lequel gît un amas informe à l’aspect très pâle.

    « N’en mangez pas, c’est un piège ! » fait Charlène.

    « Un piège ? » je m’étonne, tout en goûtant ce plat gentiment offert.

    L’aspect aurait dû me mettre en garde : c’est pas cuit, c’est pas bon, ça n’a pas de goût. C’est de la maltraitance gustative. Je fais la grimace.

    « Je ne sais pas comment c’est possible de rater des pâtes à ce point » fait Jérém, l’air dépité.

    « Je te l’avais dit. Personne n’en a voulu de ses nouilles, même elle n’en a pas mangé. T’as pas vu que le tupperware est plein ? Alors, elle a voulu la fourguer à quelqu’un qui ne connaît pas encore ses exploits en cuisine ».

     « Mais enfin, elles sont trop cuites et pas assez cuites à la fois. C’est pas possible ».

    « Tout est possible avec la bouffe d’Arielle » conclut Martine.

    « J’ai mes secrets » réagit enfin l’intéressée, l’air plutôt amusée d’en prendre plein la gueule.

    « Le problème c’est que ta passion pour la cuisine est du même ordre que celle de Loïc pour les femmes » fait Charlène.

    « C’est ça… ou comme celle de Charlène pour la propreté de la maison… » fait Loïc, du tac au tac.

    « Petit merdeux… ».

    Les piques fusent dans tous les sens, mais toujours dans une ambiance bon enfant. A un moment, Nadine part dans fou rire retentissant, interminable. Je n’ai jamais entendu un fou rire comme le sien. Au départ, je croyais qu’elle en rajoutait, mais j’ai vite compris que son fou rire est incontrôlable, inarrêtable. Preuve en est le fait qu’elle devient toute rouge, qu’elle en pleure même.

    Satine nous passe une part de tarte salée, délicieuse (« C’est pour réparer vos papilles »). Le délicieux flan de Carine (Jérém n’a pas menti) vient clôturer un repas bien plus copieux que nous l’avions imaginé.

    « T’as bien mangé ? » me demande Jérém.

    « Comme un petit cochon ».

    « C’est toujours comme ça en balade, beaucoup de bonnes choses à manger, sauf du côté d’Arielle ».

    Le fait de redécouvrir mon bobrun dans ce nouveau décor, le voir rigoler, se moquer, s’amuser, interagir avec tous ces gens qui ont l’air de le connaître si bien, me donne de nouveaux frissons. Le fait qu’il ait envie de partager cela avec moi, m’émeut au plus haut point. Je crois que n’ai jamais été aussi amoureux de lui qu’à cet instant précis.

    « Alors, Nico, tu vas être une nouvelle recrue de l’asso ? » me questionne la charmante Ginette. C’est marrant comme elle me rappelle ma grand-mère.

    « J’aimerais bien. Mais je vais partir à Bordeaux pour mes études, alors ça va être compliqué » je lui réponds, alors que Daniel, le joyeux luron de la bande, chante à s’en casser les cordes vocales « Il est des noooooootreeeeeeeees ».

    « Moi je dis bravo à Nico » fait JP, le bienveillant « car c’est pas facile de se lancer comme ça, sans jamais avoir pris un cours. Le cheval, c’est pas un vélo… ».

    « C’est vrai » je confirme « c’est pas évident à démarrer, parfois les vitesses ne veulent pas passer, parfois elles passent toutes seules, sans prévenir… et pour ce qui est du freinage, il faut se lever de bonne heure ».

    « Churchill a dit » fait JP, le sage « le cheval est dangereux devant, dangereux derrière et inconfortable au milieu ».

    Ce repas pris au bord de l’eau devient un moment de convivialité et d’agréable conversation entre amis. Il y a une très bonne ambiance dans ce groupe, je me sens bien. Tous ces gens m’inspirent une profonde sympathie, sauf deux d’entre eux, Loïc et Sylvain. La raison est simple : c’est à cause des regards qu’ils posent sur mon bobrun.

    Oui, les regards de ces deux gars m’inquiètent. Pas tant pour le fait d’exister (car c’est normal de mater un gars comme Jérém, à moins d’être aveugle), mais pour le fait que Jérém ait pu les remarquer. Car je suis certain que Jérém les a remarqués.

    Je me doutais bien que le pendant d’être avec une bombasse comme Jérém, c’est de devoir accepter qu’il se fasse mater à chaque coin de rue : ce qui m’inquiète le plus, c’est qu’un Jérém qui assume enfin son attirance pour les mecs, est un Jérém potentiellement accessible par les autres gays ; un Jérém qui, notamment à Paris, pourrait être exposé à des sollicitations et des tentations autres qu’à Toulouse ou Campan. Déjà qu’il ne s’est pas privé d’avoir des expériences alors qu’il n’assumait même pas son attirance pour les mecs, alors, maintenant qu’il s’assume…

    Le repas tout juste terminé, je ressens une douce fatigue m’envahir et j’adhère volontiers à l’idée, lancée collectivement, d’une demi-heure de sieste avant de repartir. L’un après l’autre, les cavaliers s’allongent sur l’herbe et se mettent en veilleuse. Je m’allonge sur l’herbe à mon tour, alors que Jérém s’éloigne pour griller une clope.

    Le ciel est d’un bleu profond, le soleil chauffe ma peau, le clapotis de l’eau dans le ruisseau me berce. Les chevaux broutent autour de nous. C’est reposant de regarder ou même simplement écouter les chevaux pâtre. Je me sens peu à peu glisser dans les bras du Morphée de la sieste.

    Mon repos est de courte durée, une caresse légère sur le dos de ma main m’oblige à rouvrir les yeux. La première image qui se présente à moi, c’est le visage de Jérém, illuminé d’un petit sourire coquin.

    « Viens voir… » il lâche discrètement.

    « Qu’est-ce qui se passe ? ».

    « Viens voir, je te dis… ».

     

    Le prochain épisode, JN0211 « Viens voir, je te dis… », à paraître vers le 5 juin 2019.

     

    0210 Balade à cheval

     

    La véritable Téquila, 13 mai 2019.


    4 commentaires
  • Lorsque je me réveille, Jérém dort encore. Allongé sur le dos, le visage tourné vers le bord du lit, de son côté, les épaules et le haut des pecs qui dépassent des draps, mon bobrun est vraiment très beau dans son sommeil. Mon regard est happé par ses cheveux bruns en bataille, sa barbe de quelques jours, sa peau mate. Mon cœur est vrillé par ce diabolique mélange de violente sexytude et de profonde douceur qui se dégage de sa présence à cet instant précis.

    J’ai tellement envie de lui, j’ai envie de le réveiller avec une gâterie, j’ai envie de lui faire débuter cette nouvelle journée par un bel orgasme. Et pourtant, lorsque je le regarde, si profondément endormi, beau comme un ange, je n’ai pas le cœur de le réveiller, même pas pour une pipe.

    C’est dimanche matin, c’est mon deuxième réveil à côté de Jérém, et c’est toujours aussi merveilleux. C’est dimanche matin, et c’est aussi le jour d’après, après que Jérém se soit mis à nu devant moi, sur tant de sujets complètement tabous jusque-là. Le matin d’après, comme un écho d’une très belle chanson :

     

    https://www.youtube.com/watch?v=_KClpLzFftU

     

    Je voudrais que ce week-end dure pour toujours. Je crois bien que je voudrais me réveiller chaque jour de ma vie à côté de mon Jérém.

    C’est tout juste 7h00, mais j’ai envie de bouger. J’ai bien dormi, je suis bien réveillé, j’ai envie de gambader. Je me lève, je m’habille, je remets les deux derniers morceaux de bois dans les braises encore fumantes de la cheminée. Il y a quelque chose d’ancestral et de rassurant dans ce geste ; le contact avec le bois est agréable, la flamme et la chaleur qu’on obtient avec ce simple procédé est douce et apaisante.

    C’est dimanche matin, il fait beau, et Jérém dort toujours comme un bébé. Je le laisse se reposer, je commence ma journée avant lui. Je sors de la petite maison pour aller chercher du bois. L’air matinal est frisquet, et l’ambiance de la montagne possède une saveur particulière.

    La lumière, les couleurs, les odeurs, la pureté des éléments, leur beauté simple et immuable, leur solitude et leur solidité face à une nature souvent inclémente, forcent le respect et la fascination. La montagne et ses grands espaces, des paysages captivant le regard et remuant l’esprit, la montagne et ses points de vue perchés, tout est comme une invitation à regarder loin, à prendre de la hauteur, à relativiser l’existence toute entière.

    La montagne, c’est souvent loin de tout et loin de tous et pourtant, on ne se sent pas seuls à la montagne, car elle nous montre la voie et elle nous offre le silence nécessaire, pour nous retrouver nous-mêmes.

    C’est la première fois que je fais le tour complet de la petite maison en pierre. Par endroits, ses murs en pierre sont tachés par l’humidité, les ardoises du toit attaquées par les moisissures : le temps n’a pas fait de cadeaux à cette petite bâtisse, à ce foyer qui a dû connaître tant de vies, d’histoires, de bonheurs et, certainement, d’adversités. Mais la petite maison, comme une vieille dame à la peau ridée, semble se dresser fièrement contre la tyrannie du temps : les années passent, chaque jour dépose un stigmate supplémentaire ; et pourtant, ses murs sont toujours debout, ses ardoises ne laissent pas passer la pluie, sa cheminée fume toujours ; et son cœur, son foyer, est assez solide pour abriter une fois encore, le bonheur. Oui, cette petite maison est vraiment mignonne ; modeste, mais mignonne, un véritable refuge pour le bonheur. L’écrin de mon bonheur avec Jérém.

    Je repense aux petits mots échangés la nuit dernière, sur l’oreiller, avant de nous endormir ; je repense à cette complicité qui est en train de s’installer entre nous, à cette envie de tout nous dire, comme pour partir sur de nouvelles bonnes bases ; je suis heureux de savoir enfin comment mon bobrun a vécu notre relation jusque-là, de connaître ses doutes, ses peurs, ses envies, des ressentis longtemps fantasmés. Je suis content qu’on se dise les choses, je crois que c’est la meilleure chose à faire pour qu’il n’y ait plus de malentendu entre nous.

    Un lit, le sexe, l’amour, la tendresse, les petits mots sur l’oreiller et aussi les simples gestes du « quotidien », un repas, une douche, des courses : ce week-end, mon Jérém et moi nous partageons tout, vraiment tout, comme jamais je n’aurais cru pouvoir le faire un jour avec lui.

    Depuis deux jours, Jérém m’a beaucoup parlé de lui : je pense que le moment est venu de lui parler de moi. Je pense que Jérém lui aussi a des questions à me poser. Je n’ai rien à lui cacher, je répondrai à toutes ses questions.

    Soudain, je réalise que c’est le jour J, et qu’une balade à cheval avec mon Jérém et ses potes – autant d’inconnus pour moi – se profile. Pour la première fois, je vais partager l’une de ses passions, l’équitation, et cela m’enchante ; pour la première fois, je vais avoir la chance de passer une journée, de discuter, de partager des expériences avec des personnes qui comptent pour mon bobrun ; et cela me ravit.

    Mais ce qui me ravit le plus, c’est qu’au fil des échanges et des conversations, je vais peut-être en apprendre un peu plus sur mon bobrun ; comme au temps du lycée, lorsque je tendais en permanence mon oreille pour capter la moindre bribe d’info sur lui.

    Je suis heureux qu’il ait envie de partager cela avec moi, qu’il ait envie de se montrer avec moi ; mais je suis aussi stressé, de peur de ne pas arriver à m’intégrer dans ce petit monde où chacun se connaît et partage une passion commune.

    Je me pose aussi beaucoup de questions. Comment vais-je me comporter avec ces inconnus ? Est-ce que les gens vont se douter de quelque chose concernant la relation entre Jérém et moi ? Comment vais-je réagir s’ils commencent à poser des questions ? Jusqu’où Jérém est-il prêt à assumer ma présence à ses côtés ?

    Au fond, la proposition de cette balade vient de lui, et il doit savoir ce qu’il fait. Serait-il prêt à assumer le fait que nous sommes ensemble ? Ça me paraît un peu prématuré.

    Certes, nous venons de vivre deux jours de magie pure : tout ce que j’ai toujours désiré de mon Jérém m’a été servi sur un plat d’argent. Mais nous avons vécu ces deux jours presque complètement isolés du monde extérieur, loin des regards qui jugent ; les seuls contacts que nous avons eus en dehors de la petite maison en pierre ont été fugaces, et personne n’a eu l’occasion ou l’idée de me questionner, ou simplement de parler avec moi.

    Lorsque je repense à son malaise lorsque ses copines Charlène et Martine avaient parlé de ce couple de gars de l’asso, je me dis que Jérém n’est pas vraiment prêt à tout assumer. Le fait que nous soyons potes, oui ; mais le fait que nous soyons également amants, peut-être pas. Je m’en veux de ne pas avoir creusé le sujet davantage dans la voiture, lorsque j’avais essayé de savoir s’il était au courant pour ce couple de gars de l’asso. J’aurais du lui demander quel regard il portait sur ce couple, sur le fait qu’ils osent s’afficher.

    Un cri de rapace retentit entre les pentes, la beauté du paysage évolue sans cesse avec la lumière changeante du matin, une petite rafale de vent froid traverse mes vêtements et me fait frémir : la montagne se charge d’arracher mon esprit de mes pensées et de le canaliser vers la contemplation de la nature indomptée.

    Je me sens tellement bien ici. Je pourrais passer des heures à contempler la vue, les sommets déjà enneigés, les pentes recouvertes de végétation, la pierre, le ciel, la petite maison, cette cheminée d’où s’échappe un filet de fumée.

    Et pourtant, deux choses m’empêchent de m’y attarder plus longtemps : le froid matinal, qui me fait grelotter, ainsi que l’envie de retrouver mon bobrun. Non, on ne se sent jamais seuls à la montagne : surtout lorsqu’on est en compagnie du gars qu’on aime. Et qu’est-ce que j’aime, ce Jérém ; qu’est-ce que j’aime le gars que mon Jérém devient, au contact de la montagne.

    J’attrape la brouette sous l’appentis et je me dirige vers le tas de bois dans un coin du jardin. Je dégage la bâche qui recouvre un tas de bûches rangé de façon plutôt méthodique. C’est la première fois que le citadin que je suis va chercher du bois pour faire du feu. Pendant que je remplis la brouette de bois, je me sens utile. Je trouve le moyen de me planter une écharde dans un doigt, ça fait un peu mal mais c’est supportable. Je gare la brouette à côté de la porte d’entrée, j’attrape quelques bûches dans mes bras et je rentre.

    Il fait tellement bon dedans. Le bogoss dort toujours, sa respiration apaisée diffuse dans la petite pièce une douce note de bonheur. Son torse, le galbe de ses épaules, les pecs saillants avec du beau poil brun, les abdos en tablettes de chocolat, dépassent désormais des draps jusqu’au nombril ; ses bras sont repliés, les mains coincées entre la tête et l’oreiller : et cette position qui met en tension tout un tas de muscles, rend encore plus impressionnant le V de son torse, ses biceps et ses tatouages, tout en exposant à ma vue ses aisselles finement poilues. Les yeux fermés, les traits détendus, l’air apaisé ; et la beauté virile de son visage se double d’une expression d’ange adorable. Un ange viril, c’est beau à se damner.

    En posant les bûches à côté de la cheminée, je fais un peu de bruit. Le bogoss remue dans les draps.

    « T’es déjà levé ? » il me lance, la voix pâteuse, en frottant le visage de ses deux mains à plusieurs reprises.

    « Bonjour Jérém… » je lui réponds, tout en m’approchant du lit et en posant un bisou sur ses lèvres.

    « Bonjour… » fait-il, la voix monocorde, sans pour autant ouvrir les yeux.

    « Je suis allé chercher du bois… ».

    « Ah… C’est bien… Il est quelle heure ? » fait-il, les yeux tout juste entrouverts.

    « Un peu plus de 7h30… ».

    « C’est tôt… » il s’exclame, tout en refermant les yeux et en laissant tomber lourdement ses bras le long de son torse.

    « C’est pas si tôt… ».

    « C’est une heure qui ne devrait même pas exister… ».

    Une seconde plus tard, mon bobrun est reparti dans les bras de Morphée. Mon regard est happé par ses abdos qui ondulent lentement sous l’effet de sa respiration calme. 

    Ce corps de petit Dieu offert à ma vue, ainsi que ce drap qui s’arrête juste à la lisière du bonheur, de sa jeune virilité, voilà de quoi réveiller violemment ma gourmandise matinale.

    Une envie violente s’empare de moi, je bande à vitesse grand V. J’ai envie de voir sa queue, de la toucher, de la prendre dans la bouche, de la faire jouir. C’est le matin, et j’ai besoin d’avaler une boisson chaude pour bien me réveiller.

    Je fixe le drap juste en dessous de son nombril et je me demande ce que je kifferais davantage : qu’elle soit déjà raide, qu’elle tende le drap de façon insolente, et qu'elle me nargue d'aller m'occuper de cette trique du matin qu'un p’tit mec comme Jérém ne doit pas manquer d'avoir ; ou bien, au contraire, qu'elle soit comme elle est là, ce matin, encore au repos.

    Car cela m’offre la possibilité d’aller passer délicatement le nez sur le drap, d’apprécier les formes et la chaleur de sa virilité à travers le tissu, de chercher à capter ses odeurs de p’tit mec, tout en réveillant la bête en douceur ; puis, la sentir frémir peu à peu, voir ses abdos se soulever plus rapidement, le drap bouger sous la force de sa virilité qui se tend.

    « Tu fais quoi ? ».

     

    [Suite de l'épisode juste après cette petite annonce].

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    « Tu fais quoi ? ».

    « J’ai envie de te sucer… ».

    « Ah… ça c’est une bonne idée… ».

    Sa queue tendue, son invitation, tout ça est on ne peut plus tentant. Je me glisse sous les draps et j’approche cette queue qui a giclé en moi, qui m’a rempli et fait jouir je ne sais combien de fois depuis deux jours. Je ne peux m’empêcher de promener de nouveau le bout de mon nez tout près de ce bâton radioactif, de descendre jusqu'à sa base, de m’attarder dans le creux de ses bourses.

    Ce n’est que lorsque sa main se pose sur ma nuque, lorsque ses doigts se glissent doucement dans mes cheveux, à la fois caresse et invitation à la pipe, que je craque : je laisse trainer furtivement ma langue sur ses couilles, arrachant ainsi un premier frisson au bobrun.

    Mais très vite, poussé par l’urgence d’un désir que je peux plus contrôler, j’enserre son manche entre mes lèvres et je l’avale lentement, je le laisse glisser jusqu'à la garde, lui arrachant un long soupir de plaisir, celui du mâle prenant possession de son territoire, ma bouche.

    Mais déjà un instant plus tard, j’envoie le bout de ma langue titiller son gland frémissant ; et là, je constate avec bonheur qu’un liquide clair et un peu salé perle de son frein, délicieuse liqueur témoignant du début de son excitation. Le petit mâle cherche à forcer mes lèvres à avaler à nouveau sa queue impatiente. J’ai terriblement envie de lui faire plaisir ; et pourtant, je choisis de faire durer la privation.

    Du moins jusqu’à ce que le bobrun ne se décide – puisque je l’y ai sciemment poussé – à prendre les choses en main, au sens figuré, comme au sens propre.

    Le geste est ferme et sans appel : ses deux mains se saisissent de ma tête, tandis que sa queue force la barrière de mes lèvres et s’enfonce jusqu'au fond de ma gorge. Je l’entends alors lâcher un nouveau, profond soupir marquant son bonheur sensuel.

    « Vas-y, suce… suce bien… » il lâche dans la foulée, dans un murmure autoritaire, alors que ses mains et son bassin imposent le rythme de son plaisir de mec.

    Pendant un bon petit moment, je me laisse emplir la bouche par son manche puissant, mes lèvres acceptent les va-et-vient qui font le bonheur de cette colonne insolente. C’est tellement bon de me laisser faire, de me laisser guider, de me laisser porter ; et pourtant, j’ai envie de le surprendre.

    Alors, je repousse doucement ses mains, et c’est moi qui imprime désormais le mouvement de va-et-vient ; je le pompe avec une vigueur décuplée, jusqu’à le convaincre par la démonstration que l’effort ne lui apportera pas plus de plaisir que mon dévouement, jusqu’à ce qu’il cesse ses mouvements. Le bogoss accepte de se laisser faire, et son corps tout entier semble témoigner du plaisir qui est en train de l’envahir : ses jambes gigotent de façon incontrôlée, ses mains passent et repassent sur son visage, ses abdos se tendent, ses pecs, tout comme ses biceps, se gonflent, ses respirations profondes et ses soupirs deviennent des gémissements de plaisir.

    Je connais mon bobrun, je sais qu’il ne va pas tarder à jouir. Je ne m’y trompe pas. Quelques instants encore, et tout son corps se raidit dans un dernier spasme, ses abdos se contractent ; je l’entends gémir de plus en plus fort, je l’entends répéter des « putain, vas-y, c'est bon ! » ; ses doigts s’enfoncent à nouveau dans mes cheveux, alors que l'onde du plaisir ultime approche.

    « Je vais jouir et tu vas tout avaler… ».

    Non, ce matin, alors qu'il me remplit la bouche de longs jets brûlants, synchronisés avec des « oh putain, oh putaaain ! » incontrôlés, à aucun moment Jérém ne prononce sa désormais célébré phrase de petit con : et pourtant, alors que je lève les yeux pour assister au sublime spectacle de sa petite gueule déformée par le plaisir, elle résonne dans ma tête et décuple mon excitation et mon envie de faire ce que je sais mon bobrun apprécie tout particulièrement : avaler. Et qu’est-ce qu’il est délicieux, ce bon petit jus du matin !

    Ses giclées viennent tout juste de cesser, mes lèvres et ma langue n’ont pas encore pu se résoudre à quitter son gland, lorsque je l’entends lâcher :

    « Ça c’est du réveil ! ».

    Qu’est-ce que j’ai aimé réveiller mon Jérém en lui offrant un bel orgasme ! Et qu’est-ce que j’aime l’entendre exprimer à quel point il a aimé !

    Lorsque je me relève, je me rends compte d’une chose à laquelle je n’avais pas vraiment prêté attention dans ma précipitation et mon impatience à lui apporter son orgasme, c’est que mon bobrun se trouve désormais en position assise, le dos calé contre l’oreiller, la nuque appuyée contre le mur.

    Ses bras sont pliés, ses mains derrière les dos, son torse est légèrement penché vers la droite, tout comme la tête, les abdos ondulant sous l’effet d’une respiration qui se calme peu à peu, la queue toujours raide et luisante de ma salive. Ses cheveux bruns sont en bataille, il ne semble pas complétement réveillé, ou bien assommé par l’orgasme, et il a un petit sourire bien canaille en coin : ah, putain, si ça ce n’est pas de l'attitude de p’tit con fier de lui, fier de sa queue, fier de sa virilité, je ne m'y connais pas ! J’adore lui voir cette attitude, celle du mâle qui a bien joui, l’attitude du mâle fier de m’avoir giclé dans la bouche.

    Et pourtant, le mâle fier de lui, n’est pas pour autant sans attentions à mon égard.

    « Viens… » il me lance, tout en m’attirant vers lui.

    Je me retrouve ainsi enlacé par ses bras puissants, par ses cuisses musclées, par son torse de fou. Jérém est mon fauteuil de chair et de muscles, le plus douillet et sensuel que l’on puisse imaginer. Et alors que ses lèvres se baladent inlassablement dans mon cou et sur mes épaules, sa main gauche saisit ma queue et commence à la branler ; quant à sa main droite, elle agace inlassablement mes tétons.

    Son corps m’enveloppe, le parfum de sa peau et de son orgasme m’enivre, la chaleur de sa peau m’excite, sa présence, son attitude, ses gestes me projettent dans un monde de sensualité et de plaisir inouïs. Très vite, l’orgasme me guette.

    Mon Jérém mordille mes oreilles, ses va-et-vient sur ma queue se font de plus en plus rapides. L’orgasme vient, et c’est géant, juste indescriptible. Je me cale dans les bras de mon bobrun pour récupérer.

    « C’était trop bon… mais vraiment, vraiment un truc de dingue… » j’ai envie de lui annoncer.

    « Avec toi, c’est toujours un truc de dingue… ».

    Je me lève avant lui, et je fais du café. Jérém se glisse à nouveau sous les draps, qu’il remonte jusqu’à la taille, laissant dépasser son torse spectaculaire. Pendant que je m’affaire à préparer le petit déj, je surprends son regard sur moi : le petit con me regarde faire, un petit sourire au coin des lèvres.

    « Je te prépare le petit déj… ».

    « C’est adorable… » fait-il, tout en dégainant un sourire de malade « merci d’être allé chercher du bois… ».

    « C’est normal… pourquoi tu rigoles ? ».

    « Parce que je suis heureux… que tu sois là… ».

    Son regard sincère et ému me remue les tripes, je sens les larmes me monter aux yeux.

    « Moi aussi je suis heureux d’être là… aie… ».

    En serrant les deux parties de la cafetière italienne, je viens d’appuyer pile sur le doigt où l’écharde s’est enfoncée tout à l’heure.

    « Qu’est-ce qu’il y a ? ».

    « Je me suis planté une écharde… ».

    « Fais voir, viens… ».

    Je pose la cafetière sur la plaque en fonte de la cheminée et je m’approche du lit, je m’approche du bomâle assis, toujours torse nu, le drap remonté jusqu’à la taille, sexy comme pas permis. Jérém me fait asseoir à côté de lui ; il attrape son pantalon et il en sort un couteau pliant ; il saisit mon doigt, enfonce la pointe très aiguisée du couteau dans ma chair blessée, ce qui me fait frémir, et déclenche mon instinct de retirer ma main.

    « Allez, ne fais pas ta chochotte… » fait-il, en retenant fermement ma main « laisse-moi bosser… ».

    « Mais ça fait mal ! ».

    « Tais-toi… » fait-il, tout en enfonçant à nouveau la pointe acérée du couteau dans les couches superficielles de mon épiderme.

    « Aie… ».

    « Ta gueule… ».

    « Mais j’ai mal ! ».

    « Une petite seconde et c’est fini… ».

    « Aie… aie… aie… ».

    « Tu vas prendre une baffe, ça va te calmer… sale gosse ! » il rigole.

    « Tu vas arriver à l’enlever ? » je m’inquiète, alors que ses manœuvres m’envoient de violentes impulsions de douleur qui résonnent dans tout mon corps jusqu’à ma colonne vertébrale.

    « Voilà ! » fait-il, le ton triomphant, me tendant la lame du couteau, sur laquelle une toute petite écharde est déposée.

    « Merci… » je lâche, en reprenant enfin mon souffle, tout aussi content qu’il ait enlevé l’écharde que du fait qu’il ait arrêté de me « brutaliser ».

    Pour toute réponse, le bogoss attire délicatement mon doigt vers sa bouche, et il aspire la petite goutte de sang qui vient de perler.

    Je ne peux résister à l’irrépressible tentation de le serrer dans mes bras, de le couvrir de bisous, de l’embrasser sur la bouche. Ses mains, ses doigts qui tout à l’heure s’enfonçaient dans mes cheveux avec la virulence et l’urgence de la quête du plaisir, me caressent à présent avec une douceur rassurante et émouvante. Ses bras m’enserrent très fort contre lui, et je voudrais ne jamais être ailleurs que dans cette étreinte.

    Je crois que ce contraste entre le Jérém bête de sexe au lit et le Jérém petit mec adorable et câlin va finir par me rendre vraiment dingue, et ajouter encore de la puissance à cette connexion des corps et des esprits qui me rend fou amoureux de lui. Définitivement, ce mec je l’ai dans la peau, pour toujours.

    La cafetière vient de commencer à gargouiller, et cela m’oblige à quitter cette étreinte magique. Je me lève pour surveiller la montée de la boisson chaude qui réveille ; j’en profite pour aller chercher le pain et la confiture.

    Jérém se lève à son tour, il passe un boxer, un t-shirt et vient s’asseoir à table.

    « Le petit déj est servi… » il commente.

    « C’était mon tour… » je lui réponds, tout en lui servant une tasse de café fumant et en posant un bisou dans son cou.

    « Merci Nico… ».

    « De rien, ça me fait plaisir… ».

    Les petits déjeuners ce sont définitivement l’un des moments que je préfère : quoi de meilleur que de se laisser réveiller par l’arôme corsé du café, de se laisser câliner par le goût fruité de la confiture, par la volupté du beurre, de se laisser revigorer par la consistance du pain, de me laisser envahir par le bonheur d’être avec lui. Prendre le temps de se réveiller, alors que rien ne presse, c’est le bonheur. Un bon petit déj est le préalable d’une bonne journée. Et ce qui rend le tout parfait, c’est assurément la présence du gars que j’aime.

    « Alors, t’es prêt pour ton baptême à cheval ? ».

    « A vrai dire… je suis un peu angoissé… ».

    « T’as peur de quoi ? ».

    « D’être ridicule… de tomber… ».

    « Avec Tequila, tu ne risques rien, je t’assure… ».

    « Si tu le dis… ».

    « Ecoute, on va faire un truc… on laisse partir les autres et nous deux on part un quart d’heure après… rien que tous les deux… comme ça j’aurais le temps de te montrer deux ou trois trucs… ».

    « Mais tu voulais faire la balade avec tes potes… ».

    « On les rejoindra à midi… mais on fera le début de la balade rien que tous les deux, au pas… ».

    « Au pas » : voilà deux mots, comme une formule magique qui a le pouvoir de m’apaiser sur le champ.

    Car le cavalier débutant que je suis a grand besoin d’être rassuré, et il n’aspire pas à mieux que « le pas » pour le moment ! 

    « On mange où à midi ? ».

    « Au bord de la rivière… ».

    « Et on mange quoi ? ».

    « Un déjeuner tiré de nos sacoches… enfin, des sacoches des chevaux… on va faire quelques courses avant d’aller chez Charlène… ».

    Quelques minutes plus tard, nous prenons une douche ensemble, nous nous savonnons, nous nous massons l’un l’autre ; nous nous sourions, nous nous embrassons, nous nous caressons, nous nous enserrons l’un contre l’autre, sous l’eau ; puis, nous nous brossons les dents, en même temps, devant le miroir. Depuis que nous les accomplissons ensemble, ces petits gestes du quotidien prennent une dimension presque magique.

    Jérém passe un pantalon d’équitation beige qui moule divinement son paquet de jeune mâle.

    « Tiens… essaie ça… » fait-il en me tendant un deuxième pantalon d’équitation noir.

    Je m’exécute, en savourant l’enivrante sensation de me glisser dans un vêtement de mon chéri. Le simple fait de passer l’un de ses vêtements, un vêtement qui me serre au plus près du corps, qui frôle ma peau comme une caresse, me donne d’intenses frissons. Je ne peux m’empêcher de repenser à sa chemise (qu’il m’a donnée un jour parce que mon t-shirt était taché de son sperme), à son t-shirt et à son boxer (que j’ai piqués un jour dans sa corbeille à linge) et qui sont toujours chez moi.

    « Il te va ? » il me demande.

    « Très bien… merci… ».

    « De toute façon, je n’en ai pas d’autres… par contre, je n’ai pas de boots… » fait-il, tout en chaussant les siens « mais je pense que Charlène va pouvoir t’en prêter… ».

    Sacré pantalon d’équitation : le tissu élastique épouse diaboliquement ses fesses rebondies et ses cuisses musclées, alors que la taille, bien basse, laisse dépasser un bout de pli de l’aine, et dévoile tout le développement du chemin de petits poils en dessous de son nombril, jusqu’à la lisière des poils pubiens. Et puis, il y a ce torse nu, sculpté, tatoué, fraichement douché, qui s’affiche de façon à la fois tellement naturelle et terriblement insolente au-dessus de ce pantalon : voilà une tenue à me rendre dingue.

    Et lorsque le bogoss, désormais positionné de dos par rapport à moi, se laisse aller à ce geste, le plus naturel du monde, de s’étirer – il lève et plie les bras, il met en tension les muscles de son dos, ce qui a pour conséquence immédiate de faire gonfler le haut de son torse et ses biceps de façon très spectaculaire – je ne peux m’empêcher de m’approcher de lui, de passer mes bras autour de sa taille, de le serrer très fort contre moi, de couvrir son cou et ses épaules de bisous à la fois doux et sensuels.

    Je suis moi aussi torse nu, et le contact avec sa peau tiède, fraîchement douchée et parfumée, me fait bander sur le champ. J’ai encore envie de lui. Comme dans un état second, je laisse mes mains glisser lentement sur ses abdos, les bouts de mes doigts se faufiler à l’intérieur de son pantalon d’équitation. Mon index effleure le bout de son gland.

    « Euh… tu fais quoi, là ? » il lâche, la voix marquée par un frisson d’excitation.

    « J’ai encore envie de toi… ».

    « On n’a pas le temps… on doit y aller… ».

    « Je sais… mais tu me fais trop envie… ».

    Le bogoss se retourne, il pose ses mains de part et d’autre de mon visage, il m’embrasse fougueusement et il me chuchote :

    « Moi aussi j’ai envie de toi… on se rattrapera plus tard, ok ? Tu ne perds rien pour attendre… ».

    « Hummmm… ça promet… ».

    Un petit sourire lubrique, accompagné d’un clin d’œil plein de malice est son dernier « mot ».

    Jérém complète sa tenue par un t-shirt sans manches gris du meilleur effet. Certes, le fait de cacher une telle perfection masculine sous un bout de tissu pourrait être considéré comme un délit ; un délit qui peut cependant se prévaloir des circonstances atténuantes, comme par exemple la façon dont il laisse dépasser le rebondi de l’épaule et du biceps, ou la façon dont il met en valeur la plastique qu’il est censé dissimuler, en aimantant le regard, en enflammant les désirs. Ah, putain qu’est-ce qu’il est sexy dans cette tenue, mon bobrun !

    Le pull à capuche gris de nos retrouvailles vient couvrir ses bras et ses épaules, mais en aucun cas sa sexytude. J’espère qu’il va faire assez chaud, et assez rapidement, pour lui donner envie de quitter au moins cette deuxième couche.

    Jérém passe à la salle de bain pour s’arranger un peu les cheveux au gel ; lorsqu’il revient, il passe de grandes lunettes de soleil.

    Avant de partir, le bobrun coupe un certain nombre de tranches de jambon, et une bonne portion de fromage de son pote.

    « Tout ça pour nous ? » je m’étonne.

    « Non, tout ça pour partager avec les autres… chacun amène un truc et on fait goûter… ».

    « L’idée me plaît… ».

    Une minute plus tard, nous sommes dans la 205 rouge et nous roulons en direction du village. Sur la route vers la pension pour chevaux de Charlène, nous faisons escale à la superette de Campan.

    Le village est presque désert ; une voiture passe dans la rue principale, à allure réduite, c’est un papi au volant ; deux passants se croisent sur la place devant la halle où Jérém m’a embrassé pour la première fois ; ils se disent bonjour, ils prennent le temps de discuter.

    Ce qui me frappe le plus, dans ce petit village, par rapport à la ville, c’est la presque absence de voitures, le silence, la sensation d’apaisement ; cette lenteur, cette absence de stress, un rythme de vie qui est particulièrement reposant.

    Dès que nous passons la porte de la superette, Martine, toujours d’humeur égale, toujours joyeuse, nous accueille avec un grand sourire, et avec des bises bien claquantes.

    « Ça va les garçons ? Prêts pour la balade ? » fait elle, avec sa voix un peu grave, et très sonore.

    « Moi je suis prêt… c’est Nico qui a la trouille… ».

    « J’ai pas la trouille… enfin… si… ».

    « Mais c’est normal que tu aies la trouille… t’inquiète, ça va vite passer… tu vas voir comment c’est génial de se balader à cheval… » elle tente de me rassurer. Puis, en s’adressant à Jérém : « Mais t’es sûr que c’est une bonne idée de le faire monter direct avec tout le monde ? ».

    « Ce matin on va vous laisser partir et on se fait la balade rien que tous les deux, je vais lui donner des cours particuliers… ».

    « Ça c’est une bonne idée… ».

    « Au fait, tu viens à la balade, hein ? ».

    « Oui, c’est bon, j’ai trouvé quelqu’un pour me remplacer… je serai chez Charlène dans une demi-heure… ».

    « Allez, on va y aller… on prend deux trucs et on file… ».

    « Ça marche, les gars… ».

    Du pain, des fruits, des boissons, pour compléter nos repas « tirés de nos sacoches ».

    Nous passons en caisse et Martine nous offre deux croissants. Cette nana a l’air vraiment adorable. Nous quittons la superette alors que la radio diffuse « La dame de Haute-Savoie » :

    « Y’a des étoiles qui courent dans la neige autour de son chalet de bois/Y’a des guirlandes qui pendent du toit, et la nuit descend sur les sapins blanc, juste quand elle frappe des doigts, juste quand elle frappe des doigts… ».

    Pendant le court trajet vers le centre équestre, je trouve le moyen de questionner Jérém au sujet de l’attitude à tenir vis-à-vis de tous ces inconnus que je vais rencontrer incessamment sous peu.

    « Je voulais te demander un truc… ».

    « C’est quoi ? ».

    « Comment je dois me comporter avec tes potes ? ».

    « Surtout, ne prends rien au premier degré, ce sont de gros déconneurs… ».

    « Je veux dire… vis-à-vis de nous… j’imagine que personne n’est au courant… pour nous, je veux dire… ».

    « Non, personne… ».

    « Tu crois pas qu’ils vont se douter de quelque chose ? ».

    « Je ne crois pas… ».

    « Et si jamais ils posent des questions ? ».

    « Des questions, ils vont t’en poser… surtout qu’il y a un max de nanas à l’asso… et pas du genre gênées pour un sou… t’as qu’à dire la vérité, qu’on était camarades de lycée, que tu m’as aidé pour le bac, et voilà pourquoi tu es là… ».

    « Ça me va… ».

    Oui, ça me va, faute de mieux. C’est un alibi plausible, et c’est la « vérité », du moins une partie de la « vérité ». Je sais que Jérém a fait des progrès énormes en très peu de temps, et que notre relation a changé du tout au tout, et ce ne serait pas correct de lui demander plus que ce qu’il est prêt à m’offrir.

    Et pourtant, je ne peux m’empêcher de ressentir une sorte de pincement, de frustration, une pointe de tristesse, car je réalise que si mon bobrun est enfin prêt à assumer notre histoire en tête à tête, il n’est toujours pas prêt à l’assumer au grand jour.

    Tant pis, ce sera notre secret, et ce sera un secret du genre plutôt excitant.

     

    Merci à tous les tipeurs, aux mécènes hors Tipeee, à tous les lecteurs, à ceux qui ne ratent pas un épisode de Jérém&Nico, à ceux qui me réclament la suite, à ceux qui laissent des commentaires, à ceux qui prennent le temps de regarder des vidéos pour me faire gagner quelques euros sans débourser un centime.

    Prochain épisode, 0210 Balade à cheval, vers le 20 mai.

    Épisode suivant, 0211 « Viens voir, je te dis… », vers le 5 juin.


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    Bonjour à toutes et à tous ! Bienvenue sur le site Jérém&Nico

     

    0208 Très chaud sous la couette, et petits mots sur l’oreiller.

     

    Il doit être minuit lorsque nous nous retrouvons en position « tête-bêche », en train de nous offrir du plaisir l’un l’autre ; un plaisir qui se prolonge jusqu’à ce que Jérém se dégage de ce cercle de bonheur, pour s’allonger sur le lit, les bras pliés, les mains croisées entre sa tête et l’oreiller, les aisselles finement poilues bien en vue, une étincelle bien coquine dans le regard.

    « T’as envie de quoi ? » je lui demande.

    « Refais-moi ce truc que tu m'as fait une fois… ».

    « Quel truc ? ».

    « Ce truc… tu sais… ».

    « Je t’ai fait tellement de trucs… ».

    « Ce truc-là était vraiment dingue… ».

    « Vas-y, raconte… » je le cherche, alors que j’ai ma petite idée de ce « truc » dont il est question.

    « Cette nuit-là… tu m’as sucé, tu m’as branlé, je ne sais combien de temps… tu me donnais envie de jouir, mais tu ne me laissais jamais venir… ».

    « Ah, oui, je vois… et alors, t’avais kiffé ? ».

    « Ah, putain, que oui… je crois que jamais je n’ai joui aussi fort de ma vie… tu ne peux même pas imaginer à quel point j’ai kiffé… ».

    « Alors, tu vas kiffer deux fois plus… ».

    Allongé sur le dos, la queue raide et insolente, une étincelle lubrique dans le regard qui mettrait le feu au soleil lui-même, Jérém attend que je vienne lui offrir une nouvelle fois ce plaisir dont il se souvient, et qui l’a marqué. Qu’est-ce que c’est bon de l’entendre dire à quel point il avait kiffé ce « truc », peut-être le premier truc que je lui avais proposé, et avec lequel je l’avais surpris, après de nombreuses « révisions » où il avait mené le « jeu » de bout en bout ! Et quel bonheur de l’entendre en redemander !

    Un bonheur qui se mélange très vite à un petit sentiment d’« inquiétude » : dans mon élan d’enthousiasme, je me suis peut-être un peu avancé ; j’espère pouvoir être à la hauteur de son souvenir, de ses attentes. Je me mets la pression tout seul : pourvu que cette pression ne coupe pas mes moyens.

    De toute façon, je n’ai pas le choix : chose promise, chose due ; et aussi, queue tendue, envie soutenue. Bref, je ne peux attendre plus longtemps pour aller m’occuper de mon bomâle brun.

    Je saisis son manche raide du bout des doigts, je l’enserre lentement, je le loge dans le creux de ma main. Ce simple, premier contact m’apporte un intense bonheur tactile, composé de multiples sensations : puissance, douceur, chaleur, virilité. Sa queue remplit parfaitement ma main refermée, comme si l’une était faite sur mesure pour l’autre, et vice-versa ; comme si nos anatomies étaient prévues l’une pour l’autre.

    Ma prise est assez relâchée, ma main coulisse lentement, elle excite autant qu’elle frustre : je caresse son manche, je cajole ses couilles, je titille son gland. Le bogoss frémit, il semble beaucoup apprécier.

    Sans cesser de le branler, je me penche sur lui, je l’embrasse, sur la bouche d’abord ; puis, mes lèvres descendent le long de sa mâchoire, de son cou, de ses pecs, de ses abdos ; elles glissent le long du petit chemin de poils bruns qui amènent à son pubis. Je frissonne, il frissonne.

    Je cesse alors de le branler, j’approche mon visage de ses bourses, que je renifle longuement, méthodiquement, dans chaque moindre recoin ; je renifle sa queue tout aussi longuement, laissant le bout de mon nez traîner, effleurer, exciter : je remonte jusqu’à effleurer le frein, contact qui fait sursauter le bogoss, de surprise et de plaisir.

    Voilà un long et délicieux voyage agrémenté d’une multitude de petites, délicieuse odeurs de mâle qui a déjà pas mal donné de sa puissance sexuelle, mais toujours débordant de testostérone : un mâle dont le torse ondule désormais sous l’effet d’une respiration excitée.

    Encouragé par ses réactions, j’attaque illico un deuxième tour, en me servant de mes lèvres ce coup-ci. J’accomplis le même voyage, tout en provoquant des frissons encore plus intenses : sa respiration haletante cède peu à peu la place à de petits gémissements, et à des mots d’encouragements :

    « Putain, Nico… tu me rends dingue… ».

    Je dois me faire violence pour ne pas céder à la tentation assommante de gober son gland gonflé à bloc et de provoquer au plus vite sa jouissance : la condition pour le faire jouir comme un malade, c’est de le frustrer ; le pendant, c’est de me frustrer avec lui.

    « Suce-moi… » je l’entends chuchoter, sur un ton assez ferme. Ça ne rigole plus.

    « Pas encore… » je le cherche.

    « J’ai trop envie… ».

    « Moi aussi… ».

    « Tu vas craquer, de toute façon… » il me nargue.

    « C’est toi qui vas craquer… ».

    « Jamais de la vie… » fait-il, la voix déformée par l’excitation.

    « Si au prochain tour je mets la langue, tu vas craquer… ».

    « Tu vas te jeter dessus avant… ».

    « Chiche… ».

    Troisième round, c’est au tour de ma langue de faire monter la pression chez le bobrun : elle s’emploie à lécher ses couilles, à chatouiller ses bourses ; elle remonte sa queue lentement, tantôt en lâchant des petits coups rapides, tantôt en traînant ; elle remonte jusqu’au frein, arrachant des frissons violents à ce petit Dieu à l’anatomie parfaite.

    La queue brûlante, le gland gonflé à bloc, le bogoss se plie pourtant à l’interminable attente d’un plaisir sans cesse annoncé et sans cesse repoussé. Je sais qu’il me fait confiance ; cependant, je sens que son impatience grandit de seconde en seconde. Ses inspirations et ses expirations sont longues, profondes, bruyantes ; le bogoss monte en pression, il est chaud, bouillant.

    A l’époque de nos premières révisions, à ce stade des opérations, il m’aurait déjà fourré la queue dans la bouche et il serait en train de la défoncer avec des coups de reins sauvages.

    Mais là, il se retient ; certes, il a un petit pari à gagner, mais il n’y a pas que ça. En fait, depuis nos retrouvailles, Jérém me fait l’amour tout en douceur, comme s’il avait peur de me manquer de respect en jouant au mâle domi qui était son rôle dans notre relation d’avant notre clash. J’adore le Jérém attentionné, adorable ; mais je n’ai pas envie pour autant de laisser ce dernier effacer le jeune mâle bien sûr de lui, à la virilité insolente, le mec un brin arrogant, un tantinet macho ; et infiniment, indiciblement craquant. Alors, ce Jérém « petit con », je vais aller le chercher là où il est, caché derrière la « peur » de ne pas être bien perçu.

    Je continue de titiller son frein avec des petits coups de langue : Jérém vibre de toute part, il souffle comme un petit taureau.

    Puis, à un moment, sans prévenir, ses abdos se contractent, son torse se relève ; et sa main vient se poser lourdement sur mon cou. C’est à ce moment-là que je sens que je vais gagner mon « pari » : le mouvement est lent, mais ferme, à la fois doux et sans appel ; Jérém m’oblige à gober son gland, puis, sa queue tout entière. Le bogoss a envie de se faire sucer, un point, c’est tout.

    « Ah, c’est bon… » je l’entends chuchoter, la voix éraillée par l’excitation, alors que son manche finit d’envahir mon palais.

    Sa queue porte un délicieux petit goût de sperme qui me rappelle à quel point il est « le mâle », et à quel point ce mâle est puissant, et fécond. Combien de fois a-t-il joui depuis ce matin ? Combien de fois m’a-t-il rempli de son jus ? Je ne m’en souviens même plus. Je nage dans un bonheur sensuel indescriptible.

    Oui, finalement, c’est Jérém qui craque : et c’est tellement bon de sentir sa queue entre mes lèvres, dans ma bouche, avant même de commencer à le sucer. J’adore me sentir envahi par son manche, par son envie de mec ; j’adore humer les odeurs qui se dégagent de sa peau, de ses poils pubiens ; j’adore me retrouver nez à nez avec son mur d’abdos, avec ce petit chemin de poils qui part de son nombril et qui semble me rappeler, si besoin était, la marche à suivre.

    « Allez… vas-y… suce… » fait-il, tout en imprimant à ma tête le mouvement qu’il attend d’elle.

    Il n’aura pas fallu chercher longtemps pour que le petit mâle en rut sorte de sa réserve. Et c’est un pur bonheur.

    Alors je le suce longuement, lentement, tantôt en m’attardant avec ma langue autour du gland, en le chatouillant par des touches légères, tantôt en le laissant glisser soudainement au fond de ma gorge et en le gardant bien au chaud, pendant de longs moments.

    J’amène son excitation à des sommets délirants, lui faisant sans cesse entrevoir la ligne d’arrivée de son orgasme, mais sans jamais le laisser l’approcher ; je tiens sa jouissance en suspension entre mes mains, dans ma bouche, pendant très longtemps, je le rends dingue, à la fois de plaisir et de frustration ; tout en essayant d’ignorer, avec de plus en plus de mal par ailleurs, cette brûlante, sauvage, insoutenable envie, qui est la mienne, de le laisser déverser dans ma bouche les longs traits chauds que je connais si bien, son jus de p’tit mec.

    Le bogoss est moite de transpiration, vibrant de plaisir : jusqu’à quand vais-je pouvoir le tenir dans cet état d’attente et de frustration ? La réponse vient du principal intéressé. Ainsi, sans prévenir, le bogoss se dégage se moi ; il descend du lit, il me lance :

    « Viens me pomper… ».

    Jérém est debout à côté du lit, adossé au mur ; son corps musclé et sa queue tendue n’attendent que moi, pour jouir. Un instant plus tard, je suis à genoux devant lui, en train de le pomper, ivre de la vision sublime de ce mâle qui me domine de toute sa taille, de toute sa puissance, de toute sa virilité, qui me regarde en train de lui offrir le plaisir qu’il exige ; ivre de sa bonne gueule de mec et de son regard brun qui crient au sexe, de son menton et de sa mâchoire recouverts de barbe brune ; ivre de ce torse tout en muscle et en jeunesse, ondulant au rythme de sa respiration excitée ; ivre de ce corps légèrement penché en avant, de sa chaînette de mec cherchant l’aplomb entre deux petites oscillations, de son grain de beauté toujours aussi adorable et sexy ; ivre de ses épaules et de son cou massif, de ses biceps rebondis, de ses tatouages sexy, de ses tétons à croquer, de cette profonde ligne médiane creusée dans le muscle saillant de ses pecs et de ses abdos de fou ; ivre de cette pilosité brune qui me fait craquer ; ivre de ce chemin de petits poils juste devant mon nez, ainsi que de ces redoutables plis de l’aine, les trois s’associant pour rabattre mon regard là où il a envie d’être ; bref, je suis ivre de cette mâlitude débordante, effrontée même lorsqu’elle ne l’est pas sciemment, insolente du simple fait d’exister.

    Vision du bas vers le haut ; du bas de ma position, à genoux, de mon admiration, mon adoration, ma soumission – soumission volontaire, jouissive – à la sexualité et au plaisir de mon mâle ; vers le haut de sa position debout, de son regard lubrique, de sa puissance physique, sexuelle, de son envie de jouir ; et, je le sais désormais, de me faire jouir avec lui.

    Qu’est ce que c’est beau et impressionnant, le corps masculin, lorsqu’on le regarde ainsi, du bas vers le haut ; et qu’est-ce qu’elle est excitante, étourdissante, la sexualité d’un mec debout, lorsqu’on y goûte pendant qu’on est à genoux.

    Je le suce lentement, repoussant encore et toujours sa jouissance. Puis, à un moment, le bogoss pousse une profonde expiration, sa main se lève, elle frôle ma nuque, mon cou, elle se retient ; je sens qu’il a envie de m’attraper la tête et me faite avaler sa queue d’une seule traite, mais il se retient toujours ; de justesse, mais il se retient. Il est à deux doigts de craquer, je le sens. Ce n’est qu’une question de secondes. Son excitation est à un tel niveau qu’il suffirait d’une petite étincelle pour le faire démarrer au quart de tour.

    La petite étincelle va être mon geste inouï, l’affront de quitter sa queue pour aller titiller son frein du bout de ma langue ; un instant plus tard, ses deux mains saisissent ma tête, et sa queue s’enfonce entre mes lèvres avec l’urgence d’une excitation extrême. Le bogoss n’attend pas une seconde de plus pour commencer à me pilonner la bouche sans répit, comme au bon vieux temps. Mon beau Jérém se lâche enfin : chassez le naturel, il revient au galop.

    Au rythme de ses coups de reins, mon nez s’enfonce dans ses poils pubiens, mon front cogne contre son mur d’abdos, ses petites odeurs de mâle remontent par mes narines et me mettent en orbite. Sa queue me défonce la bouche, mais pas au point de me faire mal, juste au point de me faire terriblement « mâle » : et ça, c’est délicieux.

    « Suce, vas-y, je sais que tu kiffes ça… tu kiffes ma queue… » fait-il, tout en m’enfonçant son manche bien profondément dans ma bouche.

    Je retrouve le Jérém domi. Je suis débordé par sa puissance virile, mais heureux.

    « Qu’est-ce que j’aime te sucer… » j’arrive à lui lancer, en sortant brièvement de mon apnée.

    « Ah, putain, c’est bon… tu suces comme un dieu… vas-y, montre-moi ce que tu sais faire… fais-moi monter le jus… » fait-il, tout en posant lourdement ses mains sur ma nuque et m’enfonçant à nouveau la queue jusqu’au bout de mon palais.

    Je brûle d’envie d’exaucer son vœux, d’exécuter son ordre ; mais en même temps, je ne veux pas que ça s’arrête aussi vite : je me dégage de la prise de ses mains et je quitte une nouvelle fois sa queue ; j’attrape ses hanches, je l’invite à pivoter sur lui-même, à se mettre face au mur. Après une première petite résistance, le bogoss se laisse faire ; je saisis ses fesses bien fermes et j’entreprends de lui faire une fellation de rondelle en bonne et due forme.

    Je le sens encore monter en température et en pression, je le sens monter vers une zone rouge très dangereuse. Ce qui explique la raison pour laquelle, malgré son kiff pour ce genre de plaisir, quelques instant plus tard à peine, le bogoss se retourne brusquement, il me fourre une nouvelle fois queue dans la bouche et recommence à envoyer de bons coups de reins. Ses gestes ont quelque chose de virulent, la virulence de son envie de jouir, au plus vite. Une virulence que je retrouve également dans les mots qu’il ne tarde pas à lâcher, la voix cassée par une excitation à son plus haut niveau :

    « Je vais jouir… et tu vas tout avaler… ».

    Je ressens alors un frisson qui manque de peu de me faire jouir sur le champ : car je reconnais instantanément les mêmes mots qu’il avait employés lors de notre première révision.

    J’ai sacrement envie de lui offrir ce qu’il demande ; mais en même temps, je lui ai promis un orgasme comme aucun autre ; ainsi, alors que le bobrun s’imagine jouir au plus vite dans ma bouche, je me déboite, et je recommence à titiller son gland sur le point de gicler.

    Un instant plus tard, tout s’emballe ; ses mains m’attrapent par les aisselles, m’obligent à me relever : le geste est rapide, brusque, animal ; la réaction en chaîne est amorcée, je ne peux plus l’arrêter, je perds le contrôle ; et c’est avec le plus grand bonheur que je me laisse faire. Je me retrouve à plat ventre, sur le lit ; Jérém crache sur ma rondelle, et il s’enfonce en moi d’une seule traite. Sa queue me pénètre, m’envahit, me transperce.

    « Oh, putain, qu’est-ce qu’il est bon ton cul ! » je l’entends grommeler, fou d’excitation.

    « Et ta queue, putain… qu’est-ce qu’elle est bonne ta queue ! ».

    Le bogoss n’a besoin que de quelques coups de reins pour atteindre enfin cet orgasme tant attendu, pour gicler une fois de plus en moi. Et pour me faire gicler à mon tour, sans même me toucher. Ma jouissance me percute avec la violence d’un coup de tonnerre, je perds pied, et j’ai l’impression que mon cœur a des ratés ; sa jouissance à lui, explose dans un cri retentissant, impressionnant, un cri à la fois de plaisir et de délivrance. Heureusement que nous sommes isolés et qu’il n'y a pas de voisin pour entendre le brame d’un jeune mâle en train de kiffer sa race.

    « T’as joui ? » il me demande dans la foulée.

    « Je viens de jouir, en même temps que toi… tu te rends compte de l’effet que tu me fais ? ».

    Mon beau Jérém s’abandonne sur moi de tout son poids ; il me serre fort contre lui, il pose de bisous sur mes épaules et mon cou ; il me fait sentir bien même en cet instant, après l’amour, où le désir sexuel déchaîné disparaît brutalement et laisse la place à un besoin de tendresse tout aussi violent.

    « Qu’est-ce que c’était bon… » je l’entends chuchoter à mon oreille.

    « Pareil pour moi… c’était trop trop bon… ».

    Ah, putain, qu’est-ce que ça fait du bien de me faire dominer par ce petit Dieu vivant, évoquant pour moi le mâle dans toute sa virilité, force et autorité ; qu’est-ce que c’est bon de le voir se lâcher à fond pendant le sexe ; et qu’est-ce que c’est bon après le sexe, tout aussi bon, si ce n’est plus encore, de retrouver les câlins, la tendresse ; et de me blottir, et me sentir protégé, dans ses bras puissants.

    Qu’est-ce que j’aime ce nouveau Jérém, cet être mi ange et mi mâle, toujours capable, pour peu qu’on le cherche, de jouer son petit macho pendant le sexe ; mais capable aussi, après l’amour, de laisser ressortir cet adorable petit mec qui a besoin de douceur tout autant que j’en ai besoin.

    « Qu’est-ce que j’aime quand tu es comme ça… » j’ai envie de lui dire, j’ai envie qu’il sache.

    « Comme ça, comment ? ».

    « Quand tu es chaud bouillant pendant le sexe… ».

    « Tu kiffes ça, hein ? ».

    « Grave ! Et aussi que tu t’inquiètes de mon plaisir à moi… ».

    « J’aime bien te voir jouir… ».

    « Je suis trop bien, là… ».

    « Moi aussi, je suis trop bien avec toi… »

    Dans la tanière, dans les bras de mon mâle brun, j'ai l'impression que rien ne peut m'arriver et que ce bonheur va durer à tout jamais. Et très vite, je m'endors.

     

    Lorsque je me réveille, il fait nuit ; dans la cheminée, le feu brûle toujours, la flamme est belle et vigoureuse ; pendant que je dormais, Jérém a dû se lever et remettre du bois, et peut-être fumer une cigarette. Qu’est-ce que c’est bon de me sentir en sécurité, de me sentir pris en charge, de ne devoir m’occuper de rien, à part d’être heureux avec le gars que j’aime.

    Mon bel étalon est endormi sur le dos, le haut de ses pecs et ses épaules dépassent de la couette, les bras pliés, les mains posées sur l’oreiller, de part et d’autre de sa tête, les aisselles délicatement poilues bien exposées à ma vue et à mon désir.

    Après de nombreux orgasmes en quelques heures, il se dégage de son corps, et notamment de ses aisselles, une odeur prégnante qui n’est pas que le souvenir de sa transpiration, mais comme une odeur de sexe, une odeur de mâle. L’odeur des corps change après l’amour ; l’entente sensuelle est aussi une question d’odeurs : et qu’est-ce qu’elle est bonne, cette entente, avec mon Jérém !

    Je suis irrépressiblement attiré par son aisselle la plus proche de moi ; je ne peux résister à la tentation de plonger mon nez dedans, de m’enivrer de ces délicieuses odeurs de jeune mâle.

    « Il faut que je me douche » fait Jérém, la voix pâteuse.

    « Tu sens tellement bon… ».

    « Je pue… ».

    « Tu sens l’amour… et le plaisir… ».

    Un instant plus tard, nos torses se frôlent, nos sexes aussi ; j’agace ses tétons, sa main saisit nos deux queues en une seule prise et commence à les branler ; la sensation de frottement de nos gland l’un contre l’autre est magique.

    Une nouvelle fois, nous faisons l’amour ; une nouvelle fois, il me remplit de sa semence ; et une nouvelle fois, il me prend dans ses bras musclés, devant le feu de la cheminée.

    « Qu’est-ce que j’aime, te faire l’amour… » il lâche tout bas.

    « Si tu savais comment j’aime, moi, quand tu me fais l’amour… ».

    « Vraiment, je n’ai jamais autant pris mon pied qu’avec toi… ».

    « J’adore t’entendre dire ça… ».

    « C’est qu’avec toi… avec toi… je suis en phase avec mes envies… ».

    « Tu me rends dingue, Jérém… ».

    « Toi aussi, Nico… ».

    Le bobrun me serre un peu plus fort dans ses bras, il couvre mon cou de bisous ; je me blottis un peu plus dans ses bras, je serre sa main, je la presse contre mon cœur : elle est douce et chaude ; je plaque ma main dessus, comme pour la retenir.

    « Je me suis toujours demandé ce que tu ressens quand je te fais l’amour… » je l’entends lâcher, après un petit moment de silence et de tendresse.

    « Et moi je me suis toujours demandé ce que tu ressens quand tu me fais l’amour… ».

    « C’est moi qui ai demandé en premier… » il me taquine.

    « C’est vrai, tu veux savoir ? ».

    « Oui… carrément… ».

    « Rien que le fait de te sentir venir en moi, et de t’avoir en moi me procure beaucoup de plaisir… après, quand tu commences à me faire l’amour, j’adore sentir tes coups de reins… sentir ta queue aller et venir en moi me rend dingue… j’adore sentir que tu te fais plaisir avec mon corps… ça aussi, c’est vraiment le pied… j’aime sentir que, pendant le sexe, tu es le mec…

    Et toi… tu ressens quoi quand tu me prends ? ».

    « Ce que j’aime le plus, c’est sentir que t’as très envie de moi… ».

    « Ça se voit à ce point ? ».

    « Oh, oui… c’est comme si ton corps tout entier irradiait cette envie… j’aime sentir que tu es impatient que je te prenne… j’aime te voir frissonner quand je pose mon gland sur ton entrée, t’entendre souffler quand je force, sentir tes muscles s’ouvrir, et voir ton corps se relâcher quand je viens en toi… ».

    « Et quand tu es dedans ? ».

    « J’aime sentir ma queue enserrée par ton trou… j’aime ressentir le contraste entre mon envie de te remplir et ton envie d’être rempli… j’aime la sensation de me sentir le « mec » dans l’acte… et voir le plaisir que ma queue te procure… ».

    « Et moi, j’aime te montrer que mon corps n’oppose aucune résistance, qu’il t’est complètement offert… j’aime te montrer le plaisir que je prends grâce à ta queue, à ta virilité… j’aime satisfaire tes envies de mec, m’offrir à toi sans conditions… j’aime me montrer soumis à ta puissance virile… j’adore sentir ton envie de me remplir, ça me fait immédiatement sentir à toi, complètement à toi… j’aime quand tu es en moi, bien excité, bien chaud, bien lancé vers ton orgasme : dans ces moments-là, tout mon désir sexuel et mon plaisir circulent entre mes fesses, mon trou, mes tétons…

    En fait, le plaisir de passif, c’est un plaisir autant physique que mental… quand tu me prends, je jouis autant dans le ventre que dans ma tête… et j’oublie carrément que j’ai une queue moi aussi… il y a eu des fois, comme tout à l’heure, où tu m’as tellement bien secoué que j’ai joui sans même me toucher… et même des fois où j’ai pris un plaisir fou, sans même avoir besoin de jouir… »

    « Mais tu aimes quand même jouir… comme un mec… je veux dire… ».

    « Oui, parfois, oui… quand tu me branles, ou quand tu me suces… mais quand tu me prends, mon plaisir est ailleurs… quand tu es en moi, je suis dans un autre monde… je suis tellement bien, je voudrais que ça ne s’arrête jamais… c’est paradoxal… quand tu es en moi, je suis à la fois impatient de te sentir jouir, et inquiet que ça arrive, que tes coups de reins s’arrêtent, que tu sortes de moi… déjà, quand tu te retires de moi juste pour changer de position, c’est insupportable… mais alors, quand tu jouis en moi, l’idée que tu sortes de moi est carrément insoutenable… je voudrais que tu ne sortes jamais de moi… ».

    « Je kiffe savoir que nos corps et nos plaisirs sont si complémentaires… ».

    « Moi aussi… si tu savais… »

    « J’aime t’entendre gémir de plaisir, te voir te cambrer sous mes coups de reins… j’aime sentir tes bras, tes mains qui s'enroulent autour de mes cuisses, de mes biceps, qui serrent mes pecs comme pour m'empêcher de ressortir… j'aime voir tes yeux qui s'ouvrent, inquiets quand je sors de toi… et lorsque je reviens, te voir sourire de plaisir, laisser échapper un gémissement…

    Et ça te fait quoi comme sensation quand je gicle en toi ? ».

    « Quand tu jouis, et que je reçois ton jus en moi, c’est pour moi le plus intense de tous les plaisirs… j’ai l’impression d’être fécondé par mon mâle… ».

    « Et moi, j’aime sentir qu’un peu de moi vient en toi… ».

    Puis, après une petite pause, le bogoss me questionne :

    « Pourquoi t’as autant envie de me faire jouir ? ».

    « Parce que t’es un putain de bogoss, parce que t'as un corps de malade, parce que t’as une queue d’enfer… et aussi, parce que t’es tellement viril dans tes attitudes, pendant que tu prends ton pied… et ça me fait un effet de dingue… tu as l’art et la manière de me faire sentir à toi rien qu’avec un regard… alors quand tu me touches… ou quand je te touche… je ne réponds plus de mes actions… j’ai vraiment besoin de me sentir possédé et rempli par toi… t’es vraiment un Dieu au pieu… ».

    « Si j’étais moins bon au pieu, tu ne me kifferais peut-être pas autant… » il se marre.

    « Tu sais… ton corps et ta queue me rendent dingue… mais avant ça, ce qui me rend dingue chez toi, c’est ce que tu es… un gars adorable… j’ai toujours pensé que derrière le petit frimeur macho de façade se cachait ce gars… ce gars c’est toi, le « toi » le plus vrai… ce gars, c’est le gars le plus spécial qui soit, à mes yeux… ».

    Nous nous faisons des bisous ; puis, Jérém se lève une nouvelle fois pour rajouter du bois dans la cheminée ; et il en profite pour s’allumer une cigarette et pour la fumer à côté du feu.

    « Est-ce que j’ai été le premier mec avec qui t’as couché ? » je ne peux me retenir plus longtemps de lui poser la question qui me brûle les lèvres. Le moment me paraît propice, Jérém me semble prêt aux échanges les plus intimes.

    Les volutes de fumée s’enchaînent avec une lenteur insupportable, et la réponse de Jérém tarde à venir : ce qui est déjà en soi une réponse à ma question, celle que je redoutais.

    « Tu veux vraiment parler de ça ? » il finit par lâcher, en se tournant de trois quart par rapport à moi, et en me caressant avec son regard brun.

    « J’ai envie de savoir, Jérém… je ne veux plus qu’il ait de non-dits… je ne veux plus de mauvaises surprises… j’ai besoin de te connaître… tu es trop important pour moi… ».

    « D’accord… » fait-il, la voix basse, le débit de parole lent, le regard dans le vide.

    « Tu n’as pas été le premier… » il continue « mais tu es le premier avec qui j’ai été aussi loin… ».

    « C'est-à-dire ? ».

    « Tu es le premier que j’ai sodo… et celui qui a été plus qu’un coup d’un soir… ».

    « Ce sont qui les autres gars ? ».

    « Le premier, c’était en camping à Gruissan, l’été dernier… ».

    Son regard est toujours perdu dans le vide, son profil est magnifique.

    « Et tu l’as rencontré comment, ce mec ? »

    « Il était au camping à la mer… il a commencé à me mater dès notre arrivée, il n’arrêtait pas… un soir il m’a demandé une clope… on est parti fumer ensemble, rien que tous les deux… et à la fin de la clope, il m’a proposé d’aller chez lui pour fumer un joint… on a fumé sur son lit… et quand j’ai été bien fait, il m’a sucé… il m’a fait jouir et il a avalé… j’ai toujours kiffé ça à mort… sur le coup, je n’ai pas réfléchi… j’ai joui et puis basta…

    Le lendemain, j’avais un peu la gueule de bois… mais je me suis dit que c’était les vacances, que j’avais déconné avec un inconnu que je ne reverrais jamais… je me suis dit que je ne risquais pas grand-chose… car c’était lui qui avait pris tous les risques… et je ne risquais pas que ça se sache non plus… et, surtout, je me suis dit que ce serait une fois et plus jamais… ».

    Jérém tire une nouvelle taffe sur sa cigarette, il inspire longuement, il expire tout aussi lentement.

    « Mais après, je n’ai pas arrêté d’y penser… j’avais trop kiffé… en arrivant sur Toulouse, j’avais envie de recommencer, de retrouver les mêmes sensations… alors, j’ai pensé à mon cousin Guillaume… j’ai toujours su qu’il me kiffait… je lui ai proposé de venir dormir à l’appart… je n’ai pas eu à insister longtemps pour qu’il me fasse la même chose que le mec du camping… ».

    Jérém marque une pause, il tire une nouvelle taffe sur la cigarette, et il continue :

    « L’hiver dernier, il y a eu un match contre Pau… dans l’équipe du 64 il avait un gars, Patxi… il est resté faire la fête sur Toulouse, et il a dormi chez moi… lui aussi il a voulu me sucer… il m’a demandé de le prendre, mais je n’étais pas prêt… ».

    La cigarette se termine enfin ; Jérém revient au lit, il me prend dans ses bras.

    « Après c’est toi… mais avec toi, c’était différent… ».

    « Différent comment ? ».

    « Différent parce que… très vite, j’ai ressenti autre chose que des envies sexuelles… avec toi, j’ai voulu jouer le serial baiseur, le petit macho à deux balles… comme avec les nanas… comme avec ces autres mecs… mais toi, toi tu m’as fait un truc que je m’attendais pas… ».

    « Qu’est-ce que je t’ai fait ? ».

    « Tu m’as chevillé au corps… ».

    « Si tu savais comment tu m’as chevillé au corps, toi… ».

    Je ne peux me retenir de lui faire plein de bisous.

    « Et après moi… ? » j’ai envie de savoir.

    « Les autres, tu les connais, tu étais là… ».

    « Ton cousin… ».

    « Oui, Guillaume… d’ailleurs, je n’ai pas revu après cette nuit-là… ».

    « Pourquoi tu m’as fait venir chez toi, ce soir-là ? ».

    « Je ne sais pas vraiment… ça faisait des mois que je ne couchais plus avec lui… et ce soir-là, je l’ai croisé en boîte… ce soir-là, j’avais bu… et j’avais envie de toi… ».

    « Et c’est pour ça que t’as ramené ton cousin pour le baiser… ».

    « Oui, j’étais bien paumé… mais quand il a été chez moi, j’ai eu encore plus envie de toi… j’avais envie que tu sois là… et aussi, j’avais le fantasme de coucher avec deux mecs qui se battraient pour me sucer et pour se faire baiser… ».

    « T’as pas été déçu… ».

    « Non, bien sûr que non… mais je regrette de t’avoir imposé ça… tu méritais davantage de respect… ».

    « Ça m’a fait bien chier de te voir coucher avec Guillaume… ».

    « Je sais, c’était nul… ».

    « Tout comme ça m’a fait chier de te voir coucher avec le type du On Off… ».

    « Une autre belle bêtise… » il se morfond.

    « Pourquoi t’as voulu aller au On Off cette nuit-là ? ».

    « Parce que ça m’avait saoulé de te voir partir avec ce mec de l’autoécole… ».

    « T’étais jaloux… ».

    « Il faut croire… ».

    « Et alors, t’as voulu te venger… ».

    « Je voulais te montrer que je pouvais emballer d’autres mecs… ».

    « Ça, je le savais déjà… ».

    « Tu m’avais énervé, je voulais te faire mal… ».

    « Et il s’est passé quoi avec les deux mecs dans la backroom ? ».

    « Rien… ».

    « Rien ? ».

    « Rien de chez rien… eux, ils voulaient, mais je n’ai pas pu… c’était trop glauque… en fait, j’avais envie de te rentrer avec toi… mais tu m’avais trop énervé… ».

    « Pourquoi tu as proposé à Romain de venir baiser avec nous ? ».

    « Ce type m’a cherché depuis le début… c’était la première fois que je ressentais un regard comme le sien… ».

    « Un regard comment ? ».

    « Le regard d’un mec qui voulait… me baiser… alors, j’ai eu envie de lui montrer qu’il se trompait, qu’il ne me baiserait pas… ».

    « C’est pour ça que tu lui as proposé de venir avec nous ? ».

    « Oui, c’est l’une des raisons… ».

    « Il y en a d’autres ? ».

    « Une fois de plus, je voulais te montrer que tu ne comptais pas pour moi… ».

    « T’as bonne mine, toi… une heure plus tôt tu m’avais fait un sketch parce que j’avais failli partir avec Martin… et une heure plus tard tu voulais me montrer que tu pouvais baiser d’autres gars… ».

    « J’ai été archinul, je sais… la vérité, c’est que tu comptais pour moi, et même beaucoup… sinon je n’aurais pas été jaloux de te voir partir avec ce type… tu vois… je n’ai jamais été jaloux des gars qui ont emballé les nanas que je me suis tapées avant eux… oui, tu comptais… et ça, ça me faisait peur… ».

    « Moi je crois que le gars avait davantage envie de coucher avec toi qu’avec moi… ».

    « Il a eu sa dose, le vilain… ».

    « Je crois qu’il avait envie de te prendre… ».

    « Je ne me fais pas prendre… ».

    « T’en as jamais eu envie ? ».

    « Non… ».

    « Même avec un beau gars comme lui ? ».

    « Pas une seconde… ».

    « Et même le fait de savoir qu’il en avait vraiment envie, ça ne t’a rien fait ? ».

    « Non… non… non… ».

    J’ai m’impression que derrière tous ces « non », subsiste une réticence, derrière laquelle il cache une partie de son intimité qu’il n’est pas prêt à partager avec moi ; ce que je ressens en revanche, comme je l’ai ressenti pendant cette fameuse nuit, c’est que ce Romain a vraiment troublé mon Jérém.

    Est-ce que cette nuit-là, mon Jérém avait simplement eu envie de mater un mâle qui l’avait défié sur le terrain de sa virilité ? Ou bien, si je n’avais pas été là, il se serait laisser aller à explorer d’autres horizons de plaisirs avec ce magnifique mâle brun ? Est-ce qu’il se serait « plié » à ses envies, au lieu de les détourner pour préserver son ego de mâle dominant ? Jusqu'à quel point il aurait pu aller ?

    « Ce mec m’avait vraiment mis en pétard… » il continue « et, en plus, il t’a fait des trucs que je ne t’ai jamais fait… ».

    « Mais quels trucs ? ».

    « Il t’a branlé… et t’avais vraiment l’air d’aimer… ».

    « C’était bon… mais c’était de toi dont j’avais envie… pourquoi, quand il a demandé si je pouvais le sucer, tu as dit que je ne suçais pas ? ».

    « Parce que je n’avais pas envie que tu suces un autre gars… et surtout pas lui… c’était moi qu’il avait chauffé, et on devait régler ça entre nous… ».

    « Et pourtant, tu l’as laissé me baiser… ».

    « Si j’avais dit non, j’aurais montré que j’étais jaloux… et ça, je ne voulais pas… je me suis laissé piéger à mon propre jeu… mais je n’aurais jamais laissé qu’il te prenne sans capote… ».

    « Mais t’as été jaloux de me voir coucher avec lui… ».

    « C’est vrai… ça a été très dur, en effet… pendant qu’il te baisait, il me narguait ce con… j’ai failli lui péter la gueule … ».

    « Mais t’as préféré dire que t’en avais rien à foutre que je couche avec lui, plutôt que d'avouer que ça te faisait chier… ».

    « Je me mettrais des tartes… ».

    « Quand il est parti tu as voulu que je reste… et tu étais si différent… ».

    « Ce mec m’avait mis hors de moi… j’avais besoin que tu restes, j’avais peur de te perdre… ».

    « Et il y a eu personne d’autre ? » je lance, prenant sur moi pour aller vers le sujet qui me hante. J’ai besoin de savoir ce qui s’est passé avec Thibault ; j’ai besoin que ça sorte, même si je dois encore avoir mal ; j’ai besoin que ça sorte parce que j’ai besoin de tourner la page, de lever toute ombre sur notre relation ; et pour ça, j’ai besoin de comprendre.

    « Si… » fait-il, tout en marquant une pause, avant de continuer : « le dimanche soir juste avant le bac, j’ai fait un plan avec un gars… ».

    « Sans blagues… et tu l’as levé où ? ».

    « A la Ciguë… ».

    Ah, ça alors, je ne m’attendais pas vraiment à ça, et surtout pas à ça : voilà ce qu’on appelle se prendre un coup de massue sur la tronche.

    « Ah, bon, tu fréquentes le milieu gay, maintenant ? » je le questionne, agacé.

    « C’est la seule fois que j’y suis allé… ce soir-là, j’étais vraiment pas dans mon assiette… c’était le dimanche après la première nuit qu’on avait passée ensemble, tu te souviens ? C’était la fois où je t’avais débarrassé de ce gars qui voulait te cogner dans les chiottes de l’Esmé… ».

    « Je m’en souviens très bien… et pourquoi tu n’étais pas dans ton assiette ? ».

    « Parce que je n’arrivais pas à arrêter de penser à toi, au fait que j’avais été odieux au réveil… en fait, je n’arrivais pas à arrêter de penser à toi, tout court… j’avais besoin de me changer les idées… et aussi, j’avais besoin de savoir si un autre mec me ferait autant d’effet que toi… ».

    « Et alors ? ».

    « Avec ce type, c’était nul… j’ai failli débander… j’ai dû penser à quelqu’un d’autre pour y arriver… ».

    « Une nana ? ».

    « Toi, banane ! ».

    La liste des mecs de Jérém s’allonge, et une poussée de jalousie me guette, à fortiori vis-à-vis de ce plan survenu à un moment où nos révisions avaient deja commencé. Et pourtant, ça fait un bien fou de l’entendre dire que pendant ce plan, il a pensé à moi.

    « Le jour où nous sommes clashés chez moi, tu m’as balancé que je n’étais pas le seul gars avec qui tu t’envoyais en l’air… ».

    « Je bluffais… je couchais avec aucun autre gars… avec des nanas, oui, mais avec aucun gars… je sais, ça n’excuse rien… si je t’ai balancé ça, c’est parce que je voulais te faire mal, assez mal pour que tu t’éloignes de moi… je n’avais pas le courage de te quitter directement, alors je voulais t’obliger à le faire à ma place… ».

    Le feu crépite doucement dans la cheminée, il accompagne la marche lente d’une nuit qui me paraît propice aux confidences.

    « Et Thibault ? » je décide d’y aller franco.

    Ma question est suivie par un silence qui semble durer une éternité, un instant où le temps semble comme suspendu, presque figé ; un moment pendant lequel j’ai le temps de me demander si cette question ne va pas être la fausse note qui va tout gâcher dans ce moment parfait.

    « Tu… sais ? » finit par lâcher Jérém.

    « Thibault m’a raconté quand tu étais inconscient à l’hôpital… ».

    « Je n’en suis pas fier, tu sais… ».

    Je cherche quelque chose à dire pour briser le silence qui s’installe seconde après seconde, en vain.

    « Tu dois me haïr… » il continue.

    « Je ne sais pas trop quoi penser… je voudrais juste comprendre… je voudrais juste savoir… pourquoi… c’était la première fois que vous… ».

    « Oui… enfin… non… ».

    « Oui ou non ? » je le presse de répondre.

    « Il s’était passé un petit truc quand on était ados… on était en camping, sous la même tente… un soir, on avait bu des bières… on a juste joué au touche pipi… ».

    « Et vous avez remis ça, après ? ».

    « Non… ».

    « Jusqu’à cette fameuse nuit ? ».

    « En fait, il a failli se passer un truc juste avant la finale du tournoi cet été… et le soir même de la finale aussi… il ne s’est rien passé d’important, juste des caresses, un peu d’excitation… mais ça a failli aller plus loin… un coup, c’est moi qui a freiné, un coup, c’est lui… ».

    « Et pourquoi ça a dérapé entre Thibault et toi, cette fameuse nuit ? ».

    Jérém prend une longue inspiration, avant de se lancer :

    « Cette nuit-là, je n’étais vraiment pas bien… j’avais bu, j’avais fumé, et tu me manquais horriblement… ».

    « Je te manquais ? ».

    « Oui, beaucoup… et l’idée de t’avoir fait souffrir me rendait fou… te quitter a été la chose la plus difficile et la plus stupide que j’ai fait de ma vie… ».

    « Et pourquoi tu l’as fait, alors ? ».

    « A ce moment-là, te quitter me paraissait la seule solution… je voulais nous éviter de souffrir davantage, autant toi que moi, quand je serais à Paris, et que nous ne pourrions plus nous voir… mais ça a été aussi douloureux pour toi que pour moi… ».

    « Tu crois ? ».

    « Le jour où nous nous sommes tapés sur la gueule, j’ai eu très mal en partant… t’étais en sang, et en larmes… et tout était de ma faute… j’avais une boule de feu dans le ventre… j’ai failli faire demi-tour et venir te serrer dans mes bras, j’avais envie de te demander pardon… mais je me suis dit que c’était le prix à payer pour te rendre ta liberté… et puis, ta mère était rentrée, je n’aurais pas osé, de toute façon… ».

    « J’avais le cœur en mille morceaux… ».

    « Je sais… moi aussi… alors, quelques jours plus tard, cette fameuse nuit, Thibault a senti que je n’allais pas bien… il est venu me prendre dans ses bras, dans le clic clac du salon où je dormais… je ne crois pas qu’il avait prévu de coucher avec moi… et moi non plus avec lui… je crois que cette nuit-là on avait besoin l’un de l’autre… ».

    « Et ça vous a fait du bien ? ».

    « Sur le moment, oui… après, Thib m’a pris dans ses bras, et j’étais bien… je me suis même endormi… je me suis réveillé dans la nuit, avec une seule envie, celle de me barrer… je me suis levé pendant que Thib dormait, j’ai pris mes dernières affaires et j’ai foutu le camps au beau milieu de la nuit, comme un voleur, sans la moindre explication… je n’ai pas été foutu d’assumer ce qu’on venait de faire, alors que j’étais autant d’accord que lui pour le faire…

    Après ça, tout a changé entre nous… du jour au lendemain, on s’évitait… surtout moi, je l’évitais… j’avais peur de ses sentiments, comme des tiens… je ne savais pas comment gérer ça… je ne savais pas comment le retrouver, après ça…

    Après, il y a eu l’accident… Thib est venu à l’hôpital quand je me suis réveillé… quand il est venu, mon père et Maxime étaient là aussi… Thib a pris sur lui, il a fait comme si de rien n’était… il a déconné avec Maxime, il a discuté avec mon père, il a eu des mots pour me remonter le moral… et pourtant, je sentais un malaise entre lui et moi…

    Quand j’ai quitté l’hôpital, je l’ai appelé… je voulais lui proposer de nous voir… je voulais m’excuser d’être parti comme un con cette fameuse nuit… je voulais lui dire à quel point son amitié comptait pour moi, à quel point je le portais haut dans mon estime et dans mon cœur… et que son amitié était pour moi plus importante que tout le reste… mais je n’ai pas réussi… à chaque fois qu’il y avait un blanc, et que j’étais sur le point de faire un pas vers lui, il repartait dans une autre direction… comme s’il voulait garder une distance… ».

    « Il fait la même chose avec moi… ».

    « Tu as eu de ses nouvelles, toi ? ».

    « Je l’ai appelé, moi aussi, cette semaine… mais il a coupé court… je pense qu’il m’en veut… je me suis mal comporté avec lui… ».

    « Pourquoi ça ? ».

    « Parce que j’ai été horrible avec lui à l’hôpital… quand il m’a raconté ce qui s’était passé entre vous, j’étais tellement blessé que je suis parti, je l’ai laissé tomber, sans essayer de comprendre… et pourtant, j’ai bien senti à quel point il se sentait mal… vis-à-vis de votre amitié, et aussi vis-à-vis de moi… de plus, il se sentait responsable pour ce qui t’était arrivé… ».

    « Il se sentait responsable de mon accident ? ».

    « Oui… il savait que depuis quelques temps tu n’allais pas bien… et il avait pressenti qu’à un moment ou à un autre tu risquais de partir en vrille… alors, il s’en voulait de ne pas avoir su veiller davantage sur toi… il s’en voulait pour ce qu’il s’était passé avec toi… parce qu’après ça, tu étais parti de chez lui et il n’avait pas pu être là pour toi… ».

    « Le pauvre Thib… il a morflé encore plus que je l’avais imaginé… et il doit toujours morfler… » fait Jérém, dépité ; et il continue : « vraiment, il ne faut pas en vouloir à Thib… c’est un gars en or, c’est la gentillesse en personne… je savais qu’il avait des sentiments pour moi, j’aurais dû faire davantage attention à lui… il avait toutes les raisons de craquer… c’est moi qui aurait dû être plus fort… je n’aurais pas dû coucher avec lui… ».

    Jérém se lève pour aller rajouter du bois dans la cheminée. Puis, il s’allume une clope ; il tire une longue taffe et il expire lentement la fumée. Son regard se pose dans le vide, comme perdu ; il a l’air tellement ailleurs qu’il en oublie même sa cigarette, coincée entre ses deux doigts, et qui brûle pour rien.

    « Je crois qu’entre Thib et moi ça ne sera plus jamais comme avant… » il rajoute au bout d’un long silence.

    Je ne peux m’empêcher de me lever à mon tour pour aller le prendre dans mes bras et lui faire des bisous.

    « Moi je crois que ça va finir par s’arranger… une amitié comme la vôtre ne disparaît pas comme ça… laisse-lui un peu de temps… ».

    « Heureusement que je t’ai toi… » il me chuchote, adorable.

    « Je me souviens d’un soir, au KL, où tu es parti avec Thibault et deux nanas… » j’enchaîne.

    « Une autre belle connerie signée Jérémie Tommasi… ».

    « Je me souviens qu’au moment tu m’as bien regardé pendant que tu embrassais l’une des filles… ».

    « Quand j’ai vu que tu étais là et que tu me matais, j’ai voulu savoir dans quel état te mettrait de me voir partir pour une partie de jambes en l’air… ».

    « J’en étais malade… ».

    « Je sais, je suis désolé… ».

    « Alors, comment s’est passé ? ».

    « On a passé le temps à baiser les nanas… et à nous mater l’un l’autre… cette nuit-là, j’ai bien capté que Thib ressentait plus que de l’amitié pour moi… ».

    « Tu crois qu’il avait déjà envie de coucher avec toi ? ».

    « Je crois, oui… ».

    « Et toi ? T’avais déjà envie de coucher avec lui ? ».

    « C’est la question que je me suis posée pendant toute cette fameuse nuit… est-ce que j’avais vraiment envie de coucher avec mon meilleur pote ? Il y avait une attirance, certes… mais peut-être pas au point de franchir le pas… de toute façon, je ne pouvais pas imaginer mettre en danger notre amitié à cause d’une coucherie… ».

    « Mais vous aviez déjà couché ensemble, au camping… ».

    « Mais c’était différent… nous n’étions que des gosses… à ce moment-là, on pouvait mettre ça sur le compte de notre bêtise… mais remettre ça après le plan avec les nanas, alors que nous étions « adultes », ça aurait eu une toute autre résonance… ».

    « C’est vrai… » j’admets.

    « Après que les nanas ont été parties, Thibault est resté dormir chez moi… cette nuit-là, il ne s’est rien passé de plus… à part que, dans son sommeil, Thib est venu me prendre dans ses bras… il ne sait pas que je m’en suis rendu compte… je n’ai pas voulu qu’il sache… je crois que ça l’aurait vraiment mis mal à l’aise… ».

    « Et après cette nuit ? ».

    « Après cette nuit, j’ai commencé à « réviser » avec toi… et je n’ai plus pensé à cette attirance pour Thib… ».

    « Mais ce n’était pas son cas à lui… » je considère.

    « Non… ».

    « Mais alors, pourquoi tu lui as proposé de coucher avec nous ? ».

    « Bonne question… ce soir-là, j’avais bu, et j’avais pas mal fumé aussi… mais ça n’explique pas tout, loin de là… déjà, c’était l’occasion de lui « avouer » ce qui se passait entre nous… ça faisait un petit moment que ça me trottait dans la tête… je me doutais bien qu’il savait… mais je ne savais pas comment m’y prendre… j’avais peur de sa réaction… ».

    « T’avais peur qu’il te rejette ? ».

    « Un peu oui… mais j’avais surtout peur de lui faire de la peine… cette nuit-là, je voulais lui montrer à lui aussi qu’entre toi et moi ce n’était qu’une histoire de cul… je me suis dit qu’en couchant avec nous, il comprendrait tout ça… que je n’avais pas de sentiments pour toi, parce que je n’étais pas pd… je me disais que ça lui ferait moins mal…

    Je voulais aussi te montrer, à toi aussi, qu’entre nous deux ce n’était que de la baise… je me suis dit que si je me montrais odieux avec toi, que si je te montrais que ça ne me faisait rien de te voir coucher avec mon pote, tu arrêterais de me demander autre chose… et je voulais me montrer à moi aussi qu’entre nous il n’y avait rien d’important… je voulais savoir si vraiment ça ne me faisait rien de te voir coucher avec mon pote… ».

    « Tu lui as pas proposé de rester aussi parce que t’avais envie de retrouver les sensations du plan à quatre ? ».

    « Si, bien sûr… c’était l’occasion de remettre ça… en plus, je me suis dit qu’en couchant entre mecs, on serait plus à l’aise qu’on l’avait été avec les deux nanas… 

    Ce que je n’avais pas prévu, c’est l’attitude que Thib allait avoir vis-à-vis de toi… ».

    « Quelle attitude ? ».

    « Celle que j’aurais voulu être capable d’avoir moi-même avec toi… celle d’un mec qui assumait, un mec qui te respectait… alors, j’ai été jaloux… jaloux de voir que tu avais aimé coucher avec Thib… car Thib t’avait apporté quelque chose que moi je n’étais pas capable de te donner… j’avais voulu qu’il te baise… il te faisait l’amour… comme je ne te l’avais jamais fait… comme je ne l’avais jamais fait à personne… ».

    « C’est parce que t’étais jaloux que t’es devenu de plus en plus brutal… ».

    « Oui, je crois… j’ai été trop loin… ».

    « Même Thibault a essayé de te calmer… ».

    « Ce gars est vraiment adorable… il m’a appris tellement de choses… et ce soir-là, il m’a même appris ce que c’est de faire l’amour… du coup, j’avais vraiment peur que tu prennes plus de plaisir avec lui qu’avec moi… ».

    « Je ne pourrais jamais prendre davantage de plaisir qu’avec toi… avec Thibault j’ai ressenti des trucs que j’aurais voulu ressentir avec toi… mais je n’ai pas pris davantage de plaisir avec Thibault qu’avec toi… je n’ai jamais pris davantage de plaisir qu’avec toi, avec personne… ».

    « Même pas avec ce type qui est parti en Suisse ? ».

    « Non, même pas avec Stéphane… ce mec m’a avant tout appris à m’accepter, à me respecter, à exiger d’être respecté… à m’assumer aussi… je ne dis pas que je n’ai pas pris de plaisir avec lui… mais avec toi, c’est autre chose… avec toi, c’est juste explosif… c’est comme si mon corps était fait pour le tien, et le tien pour le mien… alors, non, je n’ai jamais pris davantage de plaisir qu’avec toi… et non seulement parce que tu es un champion de la couette… mais parce que toi, t’es le gars que j’aime… ».

    « T’es mignon… ».

     « Et t’as reparlé de cette nuit avec Thibault ? La nuit que nous avons partagée tous les trois, je veux dire… ».

    « Jamais… je n’avais vraiment pas envie d’en parler avec lui… c’était déjà bien assez compliqué dans ma tête… je me demandais comment Thib avait vécu cette nuit… je me demandais aussi comment toi tu avais vécu cette nuit… je me demandais ce que Thib pensait de ma façon de me comporter avec toi… je me demandais même si Thib n’allait pas tomber amoureux de toi, et toi de lui… au final, peut-être qu’on aurait dû en parler… ça aurait peut-être évité ce qui s’est passé par la suite… ».

    « Avec les si… ».

    « Bref, c’était le bordel… ce plan a été une grosse erreur… il n’a amené que des problèmes… ».

    Quand j’y pense, je me dis que sur le moment, les conséquences immédiates de ce plan avaient été difficiles à assumer pour tout le monde, pour les gars de 18-19 ans que nous étions à l’époque.

    Pourtant, à distance de tant d’années, je suis désormais persuadé que cette nuit du plan à trois n’avait pas été l’erreur monumentale que semblait le considérer Jérém : car, à bien regarder, elle avait quand même permis de révéler au grand jour un certain nombre de non-dits qui avaient besoin de se confronter à la réalité ; et ceci, afin que tous les trois puissions aller de l’avant.

    Chez Jérém, cette nuit avait réveillé une nouvelle fois sa jalousie, et sous une forme inédite et particulièrement insidieuse : elle l’avait confronté à la douceur de Thibault, cette douceur dont j’avais besoin ; elle lui avait fait entrevoir la possibilité de me perdre, lui permettant de réaliser à quel point il tenait à moi.

    Quant à moi, cette nuit m’avait fait comprendre à quel point j’avais besoin d’une tendresse « à la Thibault », mais venant de mon Jérém ; une tendresse que je n’ai jamais arrêté de rechercher, une quête qui a provoqué pas mal de déconvenues, avant de me permettre de toucher le cœur de mon Jérém.

    Oui, cette nuit a probablement constitué la première maille d’un enchaînement d’évènements plutôt logique : d’abord, dans une certaine mesure, cette nuit avait provoqué l’évolution de ma relation avec Jérém pendant la semaine magique (comme si l’attitude de Thibault à mon égard pendant cette fameuse nuit avait porté ses fruits, et crée un cheminement dans la tête de mon bobrun) ; semaine magique qui avait d’une certaine manière conduit à notre clash violent, ce dernier préparant le terrain pour la coucherie entre Jérém et Thibault ; clash et coucherie qui, dans une certaine mesure, ont certainement joué un rôle dans l’accident de Jérém ; accident qui, enfin, a joué un rôle important dans le fait que Jérém soit revenu vers moi.

    Rien n’arrive par hasard, et tout a contribué, d’une façon ou d’une autre, à nous réunir, Jérém et moi, dans cette pette maison perdue dans la montagne, devant ce bon feu de bois, à nous mettre l’un dans les bras de l’autre. Voilà ce que je réaliserai plus tard.

    Ce que je réalisais déjà à ce moment-là, en revanche, c’est que le grand perdant de notre plan à trois, avait été Thibault. Chez le bomécano aussi, cette nuit avait dû réveiller une forme de jalousie, pourtant étouffée par son abnégation presque héroïque ; cette nuit, Thibault avait été témoin du fait que, malgré le comportement de Jérém à mon égard, ce dernier tenait vraiment à moi ; et que ce que je vivais avec Jérém, lui il ne l’aurait jamais.

    Et cette nouvelle coucherie avec son pote Jéjé avant l’accident, n’a rien dû arranger. L’accident, non plus. Et mon attitude à son égard, non plus. Thibault a raison de m’en vouloir. Dès que je rentrerai sur Toulouse, et avant de partir pour Bordeaux, je vais aller le voir. C’est urgent.

    Je réalise soudainement que la respiration de mon Jérém est devenue lente et profonde : je crois que mon bobrun vient de s’endormir.

    « Bonne nuit, mon amour… » je lui chuchote, persuadé qu’il ne m’entend déjà plus.

    « Il faut vraiment qu’on essaie de dormir un peu… demain on a une balade à faire… » il lâche, alors que le ralentissement de son débit de parole annonce que le sommeil est en train d’avoir raison de lui.

    « Oui… c’est vrai… ».

    « Je suis vraiment content que tu sois là… MonNico… ».

    Je sais à présent ce que ça veut dire « MonNico » : il n’y a pas besoin d’explications, ce n’est que du pur bonheur.

    « Toi aussi tu as bouleversé ma vie… » je l’entends lancer, la voix pâteuse.

    « De quoi ? » je fais, surpris.

    « Pendant que j’étais dans le coma, tu m’as dit que j’avais bouleverse ta vie… ».

    « Tu te souviens de ça ? ».

    « Je me souviens de tout… ».

     

     

    J’espère que ce nouvel épisode vous a plu. Voici quelques news de Jérém&Nico.

     

    1/ Tips et visionnage de clip musicaux

     

    Je tiens à remercier les tipeurs et autres mécènes qui, ponctuellement ou mensuellement, m’aident depuis bientôt 3 ans à mener cette belle aventure ; je tiens à remercier également les lecteurs qui ont pris une minute de leur temps pour regarder des vidéos musicales sur tipeee.com/jerem-nico-s1 : chaque visionnage me permet de gagner 3 centimes d’euro, sans que cela ne vous coûte rien, si ce n’est un peu de temps ; en un mois, environ 400 vues ont été cumulées, pour un total collecté de 12 euros.

    C’est un bon début.

    D’autres vidéos sont disponibles, n’hésitez pas à les ouvrir et à laisser tourner jusqu’à une minute, lorsque le visionnage est validé et les centimes crédités ; n’hésitez pas à revenir regarder ces vidéos.

     

    2/ Livre Jérém&Nico vol 1.

     

    Le travail de révision a été plus exigeant que prévu, d’autant plus que je développe la saison 2 en parallèle avec le livre.

    Le livre de 500 pages est terminé, il est actuellement en phase de relecture chez mon correcteur et commentateur en chef, j’ai parlé de FanB, que je remercie de tout cœur.

    La date de sortie du livre physique est repoussée au 15 juin 2019, dernier délai.

    Vous pouvez dès maintenant précommander votre copie livre ou numérique sur www.tipeee.com/jerem-nico-s1.

     

    Merci à vous tous.

    Fabien

     

     

    NOUVEAU ! Regardez une minute de vidéo pour m'aider sans dépenser un centime!

    Bonjour à tous, voici le nouvel épisode de Jérém&Nico. J’ai des retours très positifs de cette nouvelle phase de l’histoire, n’hésitez pas à me faire part de vos impressions.

    Comme toujours, si vous aimez mon travail écriture, vous pouvez m’aider en faisant un tip unique ou mensuel, à partir de 1 euro, sur tipeee.com/jerem-nico-s1.

    Depuis quelques semaines, il est également possible de me faire parvenir des tips sans débourser un centime, simplement en visionnant des vidéos musicaux. En vous rendant sur ma page tipeee.com/jerem-nico-s1. (il faut s’inscrire gratuitement), vous pouvez visionner des vidéos musicaux au choix ; au bout d’une minute de visionnage, le sponsor va m’envoyer quelques centimes d’euros ; vous pouvez renouveler le visionnage 1 fois par heure, pendant 24 fois : quand on pense qu’il y a 20.000 visionnages par mois sur jerem-nico.com, il y a de quoi faire de sacrés tips : et sans débourser un centime, en donnant tout simplement une minute de votre temps.

    Cliquez sur l'image suivante et suivez la direction de la flèche !

    Je compte sur vous. Merci d’avance. Fabien

     

    Bonjour à toutes et à tous ! Bienvenue sur le site Jérém&Nico

     

     

     


    4 commentaires
  • NOUVEAU ! Regardez une minute de vidéo pour m'aider sans dépenser un centime! (voir détails à la fin de l'épisode).

     

    Jérém&Nico S02Ep07 Après l'amour et les câlins.

    [Toute ressemblance avec des personnes existantes ou des événements ayant existé serait purement fortuite].

               

    Puis, après l’amour, après les câlins, comme pendant une ivresse, l’ivresse des sens et de l’esprit, la parole se libère.

    « Heureusement que t’as eu les couilles de proposer les révisions… » me balance Jérém de but en blanc.

    « Pourquoi t’as dit oui quand je t’ai proposé de réviser ? ».

    J’ai déjà posé cette question, et les réponses que j’en avais obtenues avaient été au mieux décevantes, au pire blessantes.

    « Parce que je voulais avoir une chance d’avoir le bac… » : telle avait été sa réponse décevante après la nuit fantastique qui avait suivi le plan à trois avec le bobarbu Romain, levé au On Off.

    « Parce que je voulais baiser ton cul… » : telle avait été sa réponse, blessante et humiliante, la dernière fois où il était venu chez moi, un mois plus tôt, le jour de notre clash, peu avant que nous en venions aux mains.

    Mais ces réponses venaient de la bouche d’un Jérém qui n’assumait pas notre bonheur. Alors, je suis impatient d’entendre la véritable réponse à cette question qui me taraude depuis le début de nos révisions, d’entendre la réponse du véritable Jérém, celui qui n’a plus peur de ce qu’il ressent, qui ne se cache plus de lui-même, et de moi.

    « Parce que… » il se lance, sans arriver au bout de son intention.

    « Vas-y Jérém, dis-moi… »

    « Parce que… parce que tu me faisais de l’effet… ».

    « De l’effet ? ».

    « J’avais envie de coucher avec toi… ».

    « Tu prévoyais déjà de coucher avec moi quand t’as dit oui ? ».

    « Je ne savais pas si on allait coucher… » puis, après une petite pause, il continue : « j’avais envie de voir comment tu réagirais si je te chauffais un peu… ».

    « Mais tu savais déjà que je te kiffais… ».

    « Oui, bien sûr… mais nous ne nous étions encore jamais retrouvés que tous les deux, sans personne autour… et chez moi, en plus… ».

    « Et tu pensais que chez toi, ce serait l’endroit idéal pour me faire craquer… ».

    « Au rugby on le sait bien, quand on joue « à la maison », on a l’avantage… ».

    « Petit coquin, va… ».

    « Pas plus que toi… ».

    « Depuis quand je te faisais de l’effet ? » j’ai envie de savoir.

    « Je crois que je t’ai remarqué le premier jour du lycée… ».

    « Et qu’est-ce qui t’a plus chez moi ? ».

    « C’est ton regard qui m’a frappé… ».

    « Mon regard ? »

    « Dans ton regard, j’ai vu que tu me kiffais à mort… j’ai de suite compris que t’avais envie de moi… ».

    « C’est drôle que tu dises ça… parce que le premier jour, je n’envisageais même pas de coucher avec toi… ».

    « C’est ça… à d’autres… ».

    « Je te promets… j’étais tellement déboussolé que j’avais du mal à comprendre ce qui se passait… c’était la première fois que je ressentais un truc pareil… j’avais chaud, j’avais froid, j’avais la tête qui tournait, j’avais le souffle coupé, j’avais le cœur qui tapait si fort que ça résonnait dans mon crâne et dans mon ventre… j’étais déboussolé, perdu… je ressentais tellement de sensations, tant de sensations que je ne connaissais pas… c’était le bordel dans ma tête… et puis, jamais ça ne me serait venu à l’esprit qu’un gars comme toi aurait envie d’un mec… comme moi… alors, non, ce jour-là, je ne crois pas que j’avais envisagé de coucher avec toi… de toute façon, je ne sais même pas si à ce moment-là j’avais déjà envisagé de coucher avec un gars, tout court… ».

    « Tu ne savais pas que t’étais attiré par les mecs ? ».

    « Si, bien sûr que je le savais… mais je ne l’avais pas encore assumé… c’était le bazar dans ma tête… je n’avais jamais encore vraiment réfléchi à ma sexualité… mais à l’instant où je t’ai vu, et encore plus quand j’ai croisé ton regard, j’ai eu avant tout envie de tout savoir de toi… jamais je n’avais ressenti un truc aussi soudain et violent pour un gars… et j’ai tout de suite été jaloux des gars avec qui tu discutais dans la cour du lycée… ».

    « Jaloux ? ».

    « Parce qu’ils avaient la chance de te connaître, de passer du temps avec toi, de t’entendre parler, rigoler, de te serrer la main, de te faire la bise… ».

    « Tu voulais être mon pote… ».

    « Oui, je crois que c’est ça… je voulais être ton pote… bien sûr, je te trouvais beau comme jamais je n’avais trouvé beau un mec… je te trouvais canon, mille fois plus beau que moi…  j’adorais ton corps, ton visage, ton brushing, ton t-shirt noir qui t’allait comme un gant… j’adorais ton assurance, ton attitude de petit branleur, ta façon d’être avec tes potes, ton sourire de fou… mais je crois bien que moi aussi, ce qui m’a touché en premier, c’est ton regard… enfin… juste après ton t-shirt noir et ton brushing de bogoss… ».

    « Qu’est-ce qu’il avait mon regard ? ».

    « Je crois que dans ton regard j’ai vu ce truc que tu essayais de cacher… ».

    « Quel truc ? ».

    « Le véritable Jérém… celui qui se cachait derrière ses airs de bobrun ténébreux et inaccessible… ».

    « C'est-à-dire ? ».

    « Un gars qui avait juste besoin d’être aimé… tu sais, Jérém… en ce premier jour de lycée, tu m’as touché à un point que tu ne peux même pas imaginer… à partir de ce moment, je n’ai plus arrêté de penser à toi… et de te chercher partout, tout le temps… ».

    « Tu ne me quittais jamais du regard… ».

    « Tu t’en es rendu compte ? ».

    « Et comment j’aurais pu passer à côté ? » il se marre « dès que je me tournais, je croisais ton regard… et même quand je regardais ailleurs, je le sentais sur moi, tout le temps… il me suivait comme mon ombre… ».

    « C’était plus fort que moi… ».

    « Au début, ça m’agaçait un peu… mais très vite, ça a commencé à m’intriguer… et ça me faisait du bien… ».

    « Et pourtant, tu savais si bien m’ignorer… parfois, j’ai même eu peur que tu viennes me casser la gueule… ».

    « Je faisais semblant de t’ignorer… parce que je ne voulais pas me faire repérer par les autres… ni par toi… parce que je voulais croire que je pouvais t’ignorer… jusqu’au jour… ».

    « Jusqu’au jour… ? ».

    « Jusqu’au jour où je me suis branlé… en pensant à toi… ».

    « Tu t’es branlé… » je fais, incrédule.

    « C’est arrivé pas mal de fois… ».

    « Quand ça ? ».

    « Dès la seconde… ».

    « Pourtant tu couchais avec toutes les nanas qui te passaient à portée de queue… et t’avais encore envie de te branler ? ».

    « Si j’ai couché avec autant de nanas, c’est aussi pour me convaincre que j’étais… normal… ».

    « Tu te sentais attiré par d’autres mecs ? ».

    « Disons que certains gars me faisaient un effet que je n’arrivais pas vraiment à expliquer… notamment dans les vestiaires du rugby, sous les douches… ».

    « Tu étais attiré par des mecs beaucoup plus beaux que moi, alors… ».

    « Plus beaux, je ne sais pas… ».

    « Bien sûr que si… ».

    « Toi tu me faisais plus d’effet que n’importe quel gars… ».

    « Ah, putain… je ne raconte même pas l’effet que tu me faisais, toi… et le nombre de fois que je me suis branlé en pensant à toi… ».

    Nous nous prenons l’un dans les bras de l’autre, nous nous embrassons, nos corps nus se caressent, nos cheveux se mélangent, nous nous habillons l’un de l’autre.

    Puis, après un long moment de silence et de câlins, les mots viennent tout seuls, elles sortent de ma bouche avec le naturel de l’évidence, avec la simplicité de la vérité.

    « C’était tellement bon de te regarder en cours… ce que je ressentais pour toi était tellement fort… j’étais bouleversé… je ressentais de l’amour, du désir, de l’envie… tout ce qui rend heureux, quoi… c’est grâce à ce que je ressentais pour toi que j’ai enfin compris que je ne serais jamais hétéro… en fait, c’est grâce à toi que j’ai compris qui j’étais… plus je tombais raide dingue de toi, plus je trouvais naturel de m’accepter comme j’étais… plus j’étais amoureux de toi, plus je me sentais bien avec moi-même, plus je sentais qu’il ne pouvait y avoir aucun mal à aimer un gars… surtout, un gars comme toi… dès la seconde, j’ai réalisé que si un simple regard donne des frissons, si le cœur bat la chamade, il n’y a aucun mal à aimer… car l’amour n’a pas de sexe… ».

    « Moi, c’est en première que j’ai commencé à me demander comment je pourrais t’approcher… ».

    « Il aurait suffi d’un mot, pourtant… ».

    « Je sais… mais j’avais peur que tu ne tiennes pas ta langue… et ça, je n’aurais pas supporté… ».

    « Et quand tu te branlais… tu pensais à quoi ? T’avais envie de quoi ? ».

    « J’avais envie de coucher avec toi, mais de pouvoir arrêter si ça me faisait sentir trop pd… je me disais que comme tu me kiffais un max, j’aurais pu tirer mon coup et me tirer quand j’en aurais envie… c’est minable, je sais… surtout que, pendant trois ans, j’ai senti que tu avais envie de moi, mais aussi que tu étais amoureux… ».

    « Oui… j’étais fou de toi, bien avant qu’on couche ensemble… ».

    « Je sais… et ça me faisait un bien fou de savoir que je pouvais inspirer un tel sentiment… ».

    « Il devait y avoir aussi pas mal nanas folles de toi… ».

    « Oui, c’est arrivé… mais ça me faisait fuir sur le champ… alors que chez toi, ça m’a touché… peut-être parce qu’on se cherchait et qu’on y arrivait pas… et aussi parce que, même si je ne t’ai jamais vraiment donné d’espoirs, ton regard n’est jamais parti ailleurs… ».

    « Tu crois qu’en classe ils se sont rendu compte que tu me plaisais ? ».

    « Bien sûr que oui… mais c’est toi qu’ils traitaient de pd, parce que moi je me tapais des nanas, et aussi parce que je faisais semblant de t’ignorer… en plus, en seconde, je me foutais de ta gueule avec les autres… ».

    « Mais quel petit con, quand-même… ».

    « Il fallait bien que je détourne l’attention… c’est pour ça aussi que j’ai couché avec autant de nanas… je voulais que personne ne se pose la moindre question sur moi… je ne voulais plus être moqué… je ne voulais surtout pas revivre ce que j’avais vécu dans mon adolescence… plus tard, vers la fin de la première, quand les camarades ont commencé à me faire une réputation de « serial baiseur », il m’est arrivé de dire à certains gars d’arrêter de te casser les couilles… mais toujours discrètement, entre quatre yeux… ».

    « Et en même temps, tu avais déjà commencé à te demander comment coucher avec moi… ».

    « Oui… mais je ne savais pas comment t’aborder… je ne savais pas comment faire le premier pas, j’aurais voulu que ce soit toi qui le fasses… ».

    « Tu ne savais pas comment faire le premier pas… t’aurais voulu que ce soit moi qui le fasses… c’est marrant qui tu dises ça… tu avais l’air tellement sur de toi, et de ton charme… moi aussi j’aurais voulu que tu fasses le premier pas à ma place, parce que j’étais timide et coincé, parce que j’avais peur et que je n’avais pas le physique, la carrure, l’assurance, l’aura d’un mec comme toi… c’était une torture… ».

    « J’ai essayé de t’envoyer des signes, de t’allumer… comme le soir de l’anniversaire de Thomas… ou comme la fois où nous nous sommes retrouvés seuls, au bout des vignes, au retour du voyage en Italie… ce jour-là, j’ai vraiment cru que t’allais craquer et me balancer que t’avais envie de moi… ».

    « Mais tu aurais réagi comment si je t’avais dit que j’avais envie de toi ? ».

    « Je pense qu’on aurait couché ensemble… ».

    « Je n’en suis pas sûr… ».

    « T’as raison, je ne sais pas comment j’aurais réagi… » il admet, avec un petit sourire à faire fondre le soleil lui-même.

    « On aurait vraiment pu se rater pour de bon… » je considère.

    « Pendant les vacances scolaires de février dernier, j’ai commencé à me dire qu’on n’y arriverait pas… ».

    « Moi pareil… c’est pour ça que je t’ai proposé de réviser… ».

    « T’avais vraiment très envie… » il se moque.

    « Mais je voulais vraiment t’aider à réviser, je t’assure… quand je t’ai vu prendre encore une mauvaise note en math, j’ai vraiment eu peur pour ton bac… déjà que ça n’allait pas fort dans d’autres matières… ».

    « Pourquoi, tu surveillais mes notes ? ».

    « Autant que les miennes… je savais où tu avais la moyenne, et où tu ramais sévère… et je savais que les maths c’était pire que tout… ».

    « Alors ce n’était pas que pour coucher avec moi que t’as proposé de réviser ? ».

    « Bien sûr que j’avais envie de coucher avec toi… mais j’avais aussi envie de t’aider, vraiment … je ne voulais pas que tu rates le bac… ».

    « C’est gentil… même si franchement… moi je m’en foutais de réviser… parce que je me foutais du bac… je pensais que je m’en tirerais d'une manière ou d'une autre… par contre, j’avais trop envie de toi… ».

    « Ah, ben… t’as bien caché ton enthousiasme, alors… je me souviens très bien de ta réponse… c’était un truc du style : « si tu veux »… comme si tu t’en foutais complet… ».

    « Je ne voulais pas te montrer à quel point ça me faisait plaisir… ».

    « J’avais tellement peur que tu me jettes… j’en tremblais… je crois même que je bégayais… ».

    « Oui, tu bégayais… et c’était tellement mignon… ».

    « Je m’étais dit : ou ça passe ou ça casse… de toute façon, je n’avais plus rien à perdre… mais au fond, je ne croyais pas que je coucherais avec toi… j’ai même failli ne pas venir à la première révision… ».

    « Et pourquoi ? ».

    « Si tu savais comment j’étais nerveux… l’idée de me retrouver seul avec toi me terrifiait… ».

    « Moi aussi j’étais nerveux pendant que je t’attendais… ».

    « Je ne le crois pas… ».

    « Si, je te promets… ».

    « Là aussi, t’as bien caché ton jeu… ».

    « T’étais tellement nerveux que du coup j’ai senti que je pouvais y aller franco… et j’ai repris la main… ».

    « T’as surtout pris la mienne pour la mettre sur ta queue… ».

    « J’ai cru que t’allais faire un malaise… ».

    « J’ai bien failli… ».

    « T’as dû me prendre pour un barje… ».

    « J’ai été un peu surpris, mais j’ai vraiment kiffé… ».

    « En tout cas, merci de m’avoir aidé à réviser… ».

    « Mais je n’ai pas fait grand-chose… on a passé plus de temps à s’envoyer en l’air qu’à travailler… ».

    « Tu sais, même si je ne te l’ai pas vraiment montré, j’ai quand même écouté un peu de ce que tu racontais… j’avais même un technique pour retenir… ».

    « Quelle technique ? »

    « Associer tes explication avec les souvenirs de nos sauteries… ».

    « Petit coquin, va ! » je me moque, trouvant l’idée à la fois marrante et bandante.

    « Tu as été un super prof… ».

    « Tu ne m’as pas vraiment simplifié la tâche… ».

    « Pourquoi, ça ? ».

    « Parce que tu faisais tout ce que tu pouvais pour me foutre le cerveau en vrac… tes t-shirts moulants, tes pecs, tes abdos, ta peau mate, ton sourire, ton déo, ta queue tendue… t’avais bien compris comment me rendre dingue… ».

    « J’avais autant envie de toi que toi de moi… ».

    « Pourtant tu as continué à coucher avec des nanas… ».

    « Il fallait que je sauve les apparences… et il m’est arrivé de coucher avec une nana et de penser à toi… et ça me faisait venir très vite… parce qu’en vrai, je ne pensais qu’à coucher avec toi… j’avais tout le temps envie de gicler entre tes fesses… ».

    « Et tu ne t’es pas privé… ».

    « C’est tellement bon… jamais je n’avais pris autant mon pied… c’était encore meilleur que ce que j’avais imaginé… » fait-il, tout en posant des bisous dans le creux de mon épaule.

    « Et pourtant tu étais si dur avec moi… ».

    « Plus je sentais que je devenais accroc à nos « révisions », plus ça me faisait peur… quand j’étais excité, la peur disparaissait… mais dès que j’avais joui, la peur de devenir « pd » me rattrapait… c’est con, mais plus je prenais mon pied avec toi, plus j’avais besoin de me convaincre que je pourrais m’en passer… alors, toi non plus tu ne m’as pas rendu la tâche facile… ».

    « Pourquoi, ça ? ».

    « Parce que tu t’accrochais… tu voulais davantage que du sexe… ça, c’est le truc qui m’a toujours fait prendre mes jambes à mon cou avec les nanas… et ça a failli le faire avec toi aussi… mais je n’ai pas réussi… ».

    « Et pourquoi tu n’as pas réussi ? ».

    « Avant de commencer les révisions, je ne te connaissais pas du tout… en trois ans, on n’avait presque jamais parlé… mais pendant les révisions, j’ai découvert que tu étais vraiment un gars adorable… ».

    « Casse-couilles, mais adorable… » il ajoute, moqueur.

    « T’étais pas casse-couilles, toi… » je fais semblant de m’offusquer.

    Pour toute réponse, mon doux Jérém me fait plein de bisous dans le cou.

    « Tu me manquais tout le temps, tu me manquais tellement… » je me lâche « tu me manquais même quand j’étais chez toi… parce que j’avais envie de te prendre dans mes bras et de ne plus jamais partir de ta piaule… j’étais tellement bien quand j’étais avec toi… ».

    « Moi aussi j’étais bien quand tu étais là… et pourtant… tout ça me faisait très peur… du coup, j’ai voulu te mépriser pour ne pas m’attacher à toi, et j’ai voulu te faire chier pour t’empêcher de t’attacher à moi… j’avais peur qu’un jour tu me laisses tomber… ».

    « T’es fou, toi… comment j’aurais pu te laisser tomber, alors que j’étais fou de toi ? ».

    « Tu sais, c’était pareil avec les nanas… je les quittais pour ne pas me faire quitter… je me suis comporté comme un vrai connard… avec elles, avec toi… d’ailleurs, je ne comprends même pas comment t’as pu t’attacher à moi, alors que j’étais horrible avec toi… j’en étais même arrivé à penser que tu aimais ma brutalité… ».

    « Je ne t’ai jamais aimé pas pour ta brutalité, mais malgré ta brutalité… si j’ai tout accepté de toi, et peut-être trop, c’est parce que j’avais la trouille de me rebiffer… j’avais tellement peur que tu me jettes pour de bon, qu’il n’y ait plus de révisions… et puis tu étais si sûr de toi, sûr de ce que tu voulais et de ce que tu ne voulais pas… j’étais tellement naïf, tellement inexpérimenté… comment faire le poids face à un mec comme toi, un mec qui m’impressionnait de ouf ? Je manquais trop de confiance en moi pour te tenir tête… alors, j’ai pris sur moi, j’ai attendu que tu te rendes compte à quel point c’était génial entre nous… ».

    « J’ai toujours aimé quand tu me tenais tête… »

    « Ce n’est pas arrivé souvent… ».

    « Mais c’est arrivé quand même… ça me faisait chier mais j'aimais bien… t’aurais dû me secouer davantage… » il se marre.

    « Je ne voulais pas te perdre… et d’une certaine façon, j’ai eu raison… si je t’avais trop pris la tête, tu aurais foutu le camp pour de bon, et je n’aurais jamais connu le bonheur qu’on vit ensemble depuis hier… ».

    « Tu as été génial, Nico, dès notre première révision… ».

    « Tu sais, à notre première révision, j’étais puceau… ».

    « Je me doutais que tu l’étais, et je kiffais l’idée d’être ton premier… ».

    « Moi aussi je kiffais l’idée que tu sois mon premier… ».

    « Pour ta première fois tu aurais mérité mieux que ce que je t’ai proposé … ».

    « C’était bon… ».

    « J’ai été horrible avec toi… j’ai fait ce que j’avais envie et je t’ai jeté… ».

    « Ça a été comment ta première fois ? » je le relance, intrigué.

    Jérém ne répond pas tout de suite, et je l’entends déglutir bruyamment.

    « Oublie ma question… » je tente de rattraper le coup, en pensant soudainement à l’épisode que  Thibault m’avait appris quelques semaines plus tôt, à cette branlette sous la tente pendant leur adolescence. Je ne veux pas prendre le risque de gâcher ce moment en le forçant à parler d’un sujet sensible. Aussi, je n’ai pas envie de raviver une jalousie que j’aurais du mal à maîtriser. On aura le temps de parler de Thibault, plus tard. Peut-être.

    « Si, je peux te répondre… ça n’a pas été vraiment génial… j’avais quinze ans, elle avait quelques années de plus que moi… je l’ai rencontré au KL… et on est allés chez elle… ».

    « Et ça s’est pas bien passé ? ».

    « Déjà me foutre à poil devant elle a été dur… ».

    « Alors, ça… quand je pense à comment tu t’es foutu à poil devant moi la première fois… ».

    « J’avais pris un peu d’assurance depuis… et puis, avec toi je me sentais à l’aise… mais ce soir-là, c’était pas vraiment ça… je faisais le beau mais je me sentais toujours complexé par mon physique, à cause des moqueries que j’avais pris dans la gueule au collège… en plus, j’avais pas mal bu, et j’avais peur de ne pas y arriver… j’étais tellement gauche… ».

    « J’ai du mal à t’imaginer gauche dans un pieu… ».

    « Et pourtant… je stressais à mort… et plus je stressais, plus j’avais du mal à bander… ».

    « T’avais envie d’elle ? ».

    « Je ne sais même pas… je crois surtout que j’avais envie de ne plus être puceau… quand elle a enfin réussi à me faire bander, le temps qu’elle me passe la capote, ma bite était à nouveau à moitié retombée… j’ai quand même réussi à la prendre… j’ai commencé à la baiser, mais j’avais l’impression qu’elle ne ressentait rien… je me disais qu’elle avait du coucher avec des mecs mieux montés que moi… ».

    « Mais tu es bien monté… ».

    « J’avais dans la tête les images de mecs dans les pornos, avec des bites pas possibles qui bandent de ouf, pendant des heures… j’étais aussi complexé par rapport à mon pote Thomas, le mec le mieux monté dans les vestiaires… pendant que j’essayais de baiser cette nana, je me disais qu’elle avait du coucher avec des mecs avec plus d’expérience, qui l’avaient faite jouir… ».

    « On ne peut pas démarrer et avoir de l’expérience… ».

    « C’est vrai… mais j’ai carrément fini par débander… je suis sorti, et je n’ai jamais pu y revenir… ça a été terriblement humiliant… surtout que je l’avais chauffée en boîte et que je lui avais laissé entendre qu’il y aurait des étincelles sous les draps… tu parles… ça a été la cata… ».

    « Quand je pense à l’étalon que t’es devenu depuis… ».

    « Elle m’a dit : « C’est pas grave… »… mais ça a été horrible de me retrouver à poil devant elle, la capote collée à ma nouille molle… j’avais peur qu’elle se moque de moi… ».

    « J’aurais tellement aimé être le premier à te donner du plaisir… jamais je ne t’aurais laissé partir sans t’avoir fait jouir… ça aurait pris le temps que ça aurait pris, mais tu aurais eu ton premier orgasme de mec, c’est moi qui te le dis ! ».

    « T’es mignon, Nico… ».

    « Toi aussi, Jérém… ».

    « Ça m’avait trop sapé le moral… pourtant, j’ai raconté à tous mes potes que c’était génial… après ça, j’ai commencé à imposer mes règles avec les nanas… on baise et tchao… et je me suis bien rattrapé depuis… si j’ai enchaîné les nanas, c’était aussi pour oublier cet échec… mais je crois que c’est avec toi que j’ai vraiment oublié… ».

    Soudainement, je me rends compte que quelque chose est en train de se passer sous les draps : la queue de mon bobrun se dresse peu à peu. Je porte ma main dessus et je commence à la caresser. Nos regards se croisent.

    « J’ai envie de toi… » il me chuchote à l’oreille.

    « Tu as envie de quoi ? ».

    « J’ai envie de te faire l’amour… » il me chuchote tout près de l’oreille, en laissant son souffle chaud et chargé de testostérone glisser sur mon oreille et exciter tout mon être.

    « J’en ai envie aussi… ».

    « J’ai envie de gicler dans ton magnifique petit cul… ».

    J’adore l’image, et j’adore sa façon de formuler. Ce mec me rend dingue.

    « Mais fais-toi plaisir… j’en ai trop envie aussi… ».

    Depuis deux jours, depuis nos retrouvailles, l’amour avec Jérém est intense et doux à la fois : le sentir prendre son pied en moi, avec moi, c’est la sensation la plus incroyable que je n’aie jamais ressentie ; le voir, le sentir jouir en moi, c’est l’apothéose ; et jouir en même temps que lui, parce que sa main m’a branlé avec un timing parfait, c’est indescriptible.

    Après l’amour, nous nous endormons l’un dans les bras de l’autre, repus, heureux.

     

    Lorsque nous nous émergeons, Jérém se dégage doucement de notre étreinte, me fait un bisou, il se lève et remet du bois dans la cheminée. Il passe son t-shirt blanc et il allume une cigarette qu’il fume au coin du feu. Je ne me lasse pas de le regarder, de tenter de capter chaque infime parcelle de sa beauté, de sa virilité, de sa douceur, de son existence. Chaque instant passé à côté de lui est un cadeau du ciel.

    « On mange quoi ce soir ? » fait le bogoss de but en blanc.

    « T’as déjà faim ? ».

    « Oui… ».

    « Mais il n’est que quatre heures… ».

    « Il faut qu’on aille faire des courses… ».

    « Il faut qu’on aille faire des courses… » : voilà une phrase, encore une, que je n’aurais jamais cru entendre un jour de la bouche de mon Jérém ; une phrase en apparence anodine, mais qui contient pour moi tant de significations, d’images, d’espoirs et de bonheur. Car, même si j’imagine bien que nous n’irons pas faire les courses main dans la main, c’est bon de penser que Jérém est prêt à se montrer en public avec moi. Et l’idée de la balade à cheval du lendemain avec ses potes de la montagne se charge d’autant de significations, et elle me rend encore plus heureux.

    Vraiment, ce mec ne cesse de me surprendre, de m’impressionner ; j’aimerais tellement trouver le moyen de l’impressionner à mon tour. Certes, j’en oublie à quel point le fait d’aller le rejoindre à Campan a pu toucher mon bobrun : mais je voudrais lui montrer quelque chose auquel il ne s’attend vraiment pas.

    Pendant que je m’habille, une idée s’affiche soudainement dans mon esprit, une idée pour « en mettre plein la vue » à mon bobrun. L’idée consiste en un plat que je connais bien et que j’ai fait assez souvent avec maman : voilà, c’est ça qu’on va manger ce soir. Je suis certain qu’il va aimer.

    « T’as des pommes de terre ? ».

    « Pour quoi faire ? ».

    « Un truc à manger… ».

    « Quel truc ? ».

    « T’inquiète… tu as des pommes de terre, oui ou non ? ».

    « Oui… oui… oui ! T’excites pas ! ».

    « De la farine ? ».

    « Aussi… ».

    « Des œufs ? ».

    « Non, des œufs, je n’en ai pas… ».

    « Il faudra aussi du beurre, du fromage râpé et de la sauce tomate… ».

    « Tu veux faire quoi ? ».

    « Des gnocchis… ».

    « Ah bonne idée… tu sais faire ça ? ».

    « Oui, je crois… ».

    Jérém fait la moue, en forçant le trait, comme un gosse, et il est à craquer.

    « Tu me fais confiance ? ».

    « Est-ce que j’ai le choix ? ».

    « Non… ».

    Notre complicité me remplit de bonheur. Oui, les choses les plus banales de la vie deviennent de suite magnifiques dès lors qu'elles sont partagées par deux personnes qui s'aiment.

    Nous descendons au village dans la 205 rouge de Jérém. Quel bonheur de retrouver sa voiture, de retrouver Jérém au volant, de voir son sourire, de sentir son regard doux et amoureux se poser sur moi. Et quel bonheur d’aller faire les courses avec mon Jérém, alors que mon corps vibre toujours de l’écho de ses coups de reins, que je suis rempli de son jus, et ivre de son amour.

    La superette est située à côté de la mairie, dans un petit espace pas plus grand que la petite maison de Jérém. Nous rentrons et mon bobrun fait la bise à la vendeuse, une dame blonde d’une cinquantaine d’années au grand sourire, et qui m’inspire de suite un élan de sympathie.

    « Salut bogoss » elle s’adresse à mon Jérém, tout en le serrant dans ses bras « tu vas bien ? ».

    « Bien bien et toi ? Lui c’est Nico, un pote du lycée… ».

    « Bonjour Nico… ».

    « Au fait… t’as vu que je t’ai laissé du pain ce matin ? ».

    Ah, c’est donc elle qui s’est pointée ce matin à la maison en pierre, pendant que nous faisions l’amour.

    « Oui, j’ai vu… ».

    « T’étais pas à la maison… ».

    « Si… je dormais encore… ».

    « Ah, ces jeunes… ».

    Jérém continue les présentations.

    « Martine est aussi cavalière… au fait, demain tu viens faire la balade avec nous ? ».

    La nana a une voix étonnante, qui tape dans les aigus et dans les graves, sans grand-chose entre les deux. « Si Jean-Pierre veut bien me remplacer… ».

    « Tu te casses et il sera bien obligé de tenir la boutique… ».

    « Tu sais, il est capable de la laisser fermée… ou de la laisser ouverte sans personne à la caisse… » elle le marre, avec un rire sonore, musical et contagieux.

    « Allez, tu vas bien pouvoir te libérer… il va y avoir presque tous les cavaliers de l’ABCR… en plus, je compte sur toi et Charlène pour briefer Nico… ».

    « Il monte aussi ? ».

    « Oui, je lui donne Téquila… ».

    « T’as déjà fait du cheval ? » elle me demande.

    « Non, jamais… ».

    « Et toi t’es sûr que tu veux le faire randonner avec une vingtaine de cavaliers pour sa première balade ? » elle interpelle Jérém.

    « On fera attention… on restera derrière… avec Téquila, il ne risque rien… ».

    « C’est vrai que cette jument est plus proche du cheval à bascule que d’un pur-sang… ».

    « T’exagères… ».

    « A peine… ».

    Une cliente arrive en caisse pour payer. Je reconnais cette dame. C’est la même grosse dame qui a traversé la halle la veille, en faisant de gros yeux, pendant que nous nous embrassions. La dame aussi nous a reconnus : je surprends son regard sur moi, avant qu’il ne glisse ailleurs, dès que le mien se pose sur elle.

    « Allez, on va faire quelques courses… » fait Jérém « rendez-vous demain matin à 9h00 chez Charlène… sans faute ! ».

    « Oui, je pense que j’y serais… » elle conclut avec son sourire contagieux.

    Jérém avance dans la rangée d’étalages. Lorsque nous sommes à bonne distance, il me demande :

    « C’est pas la dame qui nous a vus hier sous la halle ? ».

    Jérém a l’air un brin inquiet.

    « Oui, je crois… tu crois qu’elle va kafter avec ta copine ? ».

    « Je n’en sais rien… » fait-il, tout en regardant la grosse dame en caisse « j’espère qu’elle va s’occuper de ses oignons… ».

    Non, Jérém n’est pas encore prêt à assumer notre bonheur au grand jour. Même si je suis un brin déçu, je me dis que ce que l’on est en train de vivre est déjà énorme, et que les choses se feront avec le temps. Et puis, est-ce que je suis moi-même prêt à assumer mon bonheur avec lui au grand jour ?

    Et puis, même si nous avons été un brin imprudents hier sous la halle, c’est à nous de décider quand, comment, et avec qui nous nous afficherons. Le vol de coming out est parmi les vols les plus insupportables.

    Mais déjà la grosse dame quitte la superette, accompagnée par les gestes, les mots et les rires bienveillants de Martine.

    La superette ne comporte que deux allées, il ne nous faut pas plus de deux minutes pour trouver ce dont nous avons besoin ; dans l’angle mort entre les deux allées, Jérém me passe la main dans les cheveux, et je fonds.

    Lorsque nous revenons en caisse, Martine est en train de discuter de façon animée et bruyante avec une dame autre femme un peu enrobée, avec les cheveux mi longs, en bouclettes, d’une couleur indéfinie entre un blond qui n’est plus et un gris qui n’est pas encore. La dame porte un pantalon de cheval, des boots et un pull ample, qui un jour lointain a certainement dû être neuf. La dame a un rire encore plus sonore que celui de Martine, et les deux semblent très copines, très complices.

    La nouvelle venue est de dos par rapport à nous, et son gabarit nous cache de la vue de Martine ; ce qui fait que nous pouvons approcher de la caisse sans être aperçus jusqu’à la dernière minute. Et là, à ma grande surprise, je vois mon Jérém aller chatouiller le cou de la dame inconnue. Cette dernière se retourne, surprise, mais amusée : et lorsqu’elle réalise qu’il s’agit de Jérém, elle lâche un :

    « Petit con ! » bien claquant, avant de le prendre dans ses bras et de lui claquer deux bises bien sonores.

    Lorsqu’il arrive à se dégager de son étreinte, Jérém fait les présentations.

    « Voilà Charlène… Charlène c’est ma copine, ma sœur, ma mère, et parfois même ma grand-mère… ».

    « Petit con, va ! » fait elle, tout en rigolant.

    « Nous avons parlé de notre reine Charlène et elle est venue à nous… » se moque Martine.

    « Lui c’est Nico, un camarade du lycée… ».

    « Salut, Nico… » elle me salue, en me claquant deux bises bien sonores.

    « Je lui ai proposé de venir à la balade demain… je vais lui filer Téquila, et je lui ai dit que tu veillerais sur lui… ».

    « T’es gentil, mais j’ai déjà du mal à veiller sur moi-même… » elle se marre.

    « Elle est en état de randonner, Téquila ? Elle n’est pas trop grasse ? ».

    « Ben, elle n’est pas maigre… t’as qu’à passer la voir tout à l’heure… ».

    « Ok, on vient maintenant… dépêche-toi de faire les courses au lieu de piailler avec Martine… ».

    « Eh, on piaille tant qu’on veut ! » fait cette dernière, du tac au tac.

    « Qui c’est qui a fait le tracé de la rando ? » demande Jérém.

    « C’est Loïc… » fait Charlène.

    « Au fait, il va venir faire la rando avec Sylvain ? » demande Martine à Charlène.

    « Je crois, oui… ».

    « Et Florian est au courant ? ».

    « Je pense… ».

    « Il ne doit pas vraiment vivre bien tout ça… ».

    « Je ne crois pas, non… ».

    « T’as de ses nouvelles ? ».

    « Pas vraiment… il faudrait que je l’appelle… ».

    « Quand je pense comment ils étaient bien ensemble, ces deux-là… ».

    « Tu sais, c’est comme dans toutes les couples… si on ne prend pas garde, la flamme s’éteint d’une part ou d’autre… et aussi, vivre ensemble et travailler ensemble, c’est pas évident… c’est exactement comme pour les couples homme femme… ».

    « Je ne peux pas m’empêcher de penser que si Sylvain n’avait pas été dans le tableau, Loïc et Florian auraient trouvé le moyen de surmonter leur crise et ils seraient peut-être encore ensemble… ».

    « Je le pense aussi… le problème des « si », c’est qu’on ne pourra jamais savoir… » conclut Charlène.

    « Allez, on va y aller… » décrète Jérém, l’air soudainement impatient de partir.

    Avant de payer, il achète également des chewing-gum ; il m’en propose un, et il en gobe un deuxième, qu’il commence à mâcher d’une façon très sexy, avec des mouvements de mâchoire lents et bien virils.

    La route qui mène à la pension de Charlène est bordée par des clôtures en ruban blanc délimitant des paddocks en pente, enfermant chacun un à deux chevaux aux robes de couleurs différentes. Jérém est tout excité à l’idée de retrouver son « Unico ».

    « Tu connais les gars dont elles parlaient ? » je ne peux m’empêcher de lui demander.

    « Pas plus que ça… ils sont arrivés dans la région il y a trois ans, je crois, et les dernières années je ne suis pas venu souvent randonner avec l’asso… et comme eux non plus ils ne randonnent pas toujours, on a du se croiser une ou deux fois max… ».

    « J’ai bien compris ? Loïc et Florian étaient ensemble et Loïc vient de quitter Florian pour se maquer avec ce Sylvain ? ».

    « Il paraît… Charlène m’en a parlé l’autre jour quand je suis arrivé… ».

    Jérém semble mal à l’aise vis-à-vis de cette histoire, il semble gêné. Je voudrais savoir ce qu’il ressent, ce qu’il pense d’un couple de mecs qui ose vivre ensemble, travailler ensemble, s’afficher au grand jour. Je voudrais savoir s’il est prêt – ou s’il sera prêt un jour – à assumer notre relation en dehors de l’intimité. Mais je n’ose pas.

    Dix minutes plus tard, nous arrivons à un corps de ferme sommairement entretenu au niveau du bâti, mais entouré d’un joli jardin fleuri. Nous contournons la maison et nous nous garons devant une clôture en bois ; Jérém trace vers les prés et faisant fi de la boue, de plus en plus impatient de faire de nouvelles présentations.

    « Voilà le plus beau cheval du monde, mon « Unico »… comme son nom l’indique, il n’y en a pas un autre comme lui… ».

    L’étalon Unico est en effet une très belle bête : il est brun, très brun ; il fait une bonne taille, il est musclé, il a le regard intense, il a fière allure, il dégage de la puissance, de la jeunesse, du sang chaud : bref, il est parfaitement raccord avec son cavalier.

    « Ce cheval est comme toi… il est unique… » je considère.

    « C’est toi qui es unique, Nico… d’ailleurs… il s’appelle presque comme toi… Nico… Unico… Nico… U-Nico… ».

    « Comme ça tu penseras à moi à chaque fois que tu le monteras… ».

    « J’ai pensé à toi à chaque fois que je l’ai monté depuis que je suis ici… » fait Jérém tout bas, alors que Charlène approche.

    Merci Unico d’avoir contribué au fait que Jérém pense à moi.

    « T’as vu Téquila ? » fait-elle.

    « Non, on va la voir maintenant… ».

    Nous nous déplaçons le long de la clôture, jusqu’à un enclos enfermant un cheval à la robe brune.

    « Voilà, Nico, je te présente Téquila… c’est elle qui va te porter demain… ».

    Téquila est une jument… en forme de barrique. C’est un animal qui a des formes généreuses. Elle est plutôt trapue, elle a un ventre assez impressionnant, mais elle respire le calme, sa présence est rassurante. Difficile d’imaginer que l’étalon puissant quelques paddocks plus loin est son rejeton. Téquila approche du fil électrifié et vient me caresser l’épaule avec son gros museau. Elle a l’air toute gentille et je la caresse à mon tour.

    « Ça y est, elle t’a adopté… » fait Jérém.

    Je lui souris, assez fier de moi.

    « Alors, qu’est-ce que t’en penses ? » l’interroge Charlène.

    « Je pense que papi a choisi le bon étalon pour la faire pouliner… ».

    « Ah oui, c’était pas gagné… mais elle t’a fait un superbe poulain… ».

    « C’est un étalon désormais… ».

    « C’est vrai… alors, tu penses qu’elle va pouvoir randonner ? ».

    « Oui, elle est bien enrobée, mais ça va aller… les pieds sont en état… ».

    Charlène nous propose un thé. Dans la grande cuisine au papier peint suranné et au plafond noirci, il y a de tout, partout : les toiles d’araignées sont tellement développées qu’on dirait des guirlandes ; sur la grande table, il y a toute sorte de bouquins, des harnachements de cheval, du courrier en vrac, une gamelle avec des croquettes pour chats. Bref, l’intérieur de la maison est à l’image de l’extérieur, il semble témoigner de la nature profonde de sa propriétaire, une nature qui privilégie le vivant plutôt que le ménage.

    Charlène sort une lourde théière en fonte dans laquelle elle fait longuement infuser des feuilles de thé. C’est la première fois que je fais l’expérience d’un « vrai thé », boisson que, sur conseil de Charlène elle-même, j’édulcore non pas avec du sucre mais avec une petite cuillère de miel : et il faut bien admettre que ça n’a pas du tout le même goût que le thé en sachet. C’est même très bon !

    Jérém et Charlène discutent de la randonnée du lendemain, de leurs potes cavaliers, de chevaux ; leurs discussions me plongent dans un monde inconnu structuré autour de l’équidé. Le simple fait de découvrir Jérém dans ce nouveau décor, me fait vibrer. Je suis impatient d’être à demain pour découvrir de plus près cette communauté à part, réunie autour d’une passion commune.

    Charlène est une dame joviale, mais au regard vif et pénétrant ; au fil des échanges avec Jérém, je me fais d’elle l’idée d’une nana à l’esprit très jeune, très rigolote, et d’une profonde gentillesse. Je me rends compte également de son rapport privilégié et de sa complicité avec mon bobrun, ainsi que de son extrême bienveillance vis-à-vis de ce gars qu’elle a vu grandir.

    Je me dis que l’amour que Charlène témoigne à mon Jérém est une très bonne chose, tout comme l’est le fait que cette nana, tout autant que sa copine Martine, n’a aucun problème avec l’homosexualité ; je me dis que, entouré par cet environnement bienveillant, mon bobrun pourrait enfin commencer à assumer qui il est. Car, j’en suis certain, ni Charlène di Martine ne le rejetteraient pas si elle « savaient ». Le tout c’est que Jérém comprenne cela. Et apparemment, ce n’est pas encore tout à fait le cas.

    « On va te laisser, Charlène… on va chercher du fromage chez Benjamin… ».

    « Tu lui passeras le bonjour de ma part… ».

    Me revoilà dans la voiture de Jéré, nous voilà repartis sur une petite route de montagne.

    « Fais un bisou… » me lance le bobrun, en tournant son visage vers moi, lors d’une rare ligne droite.

    Je lui claque un bisou sur les lèvres et il me sourit. Il est indiciblement beau et adorable.

    « Elle est sympa Charlène… » je lance.

    « Je te l’avais dit… je l’adore… ».

    « Elle aussi elle t’aime beaucoup… ».

    « Elle est géniale… ».

    Nous arrivons dans une autre ferme, bien mieux entretenue que celle de Charlène. Un grand panneau coloré indique : Vente de fromage à la ferme.

    Un gars vient nous accueillir. Le mec doit avoir une trentaine d’année, et il est plutôt gaillard : je mettrais ma main à couper que sous ses fringues – un pull à capuche enveloppant un torse massif, un pantalon de travail moulant un fessier rebondi – se cache un joli physique de rugbyman. Le mec arbore une barbe bien fournie, brune avec des reflets rouquins.

    Tout chez ce mec respire la solidité, la puissance, la virilité. Dans son regard, cette flamme que seuls possèdent certains gars de la montagne, une flamme qui est un mélange de caractère, de volonté, d’authenticité, d’attachement à la terre, de pudeur et de fierté. Et de solitude. C’est le charme du terroir, le charme AOC.

    Jérém fait les présentations. La poignée du gars me surprend, elle est franche, puissante, sa main est une paluche aussi impressionnante que celle de Thibault ; son regard aussi me surprend, il accroche le mien, s’enfonce dedans, comme s’il arrivait à lire en moi. C’est assez troublant. Et en plus le gars a un bon accent du coin, ce qui rajoute du craquant au charme.

    « Toujours au taf ? » se moque Jérém.

    « M’en parle pas… depuis que je livre en grande surface, je n’arrête plus… ».

    « Ça se passe bien ? ».

    « Travailler avec la grande distri, c’est un calvaire… ».

    « Pourquoi, ça ? ».

    « Parce qu’ils ont des voyous au service achat qui passent leur temps à étudier comment grapiller le moindre centime, comment retarder les paiements… ».

    « Et tu ne peux gueuler un bon coup ? ».

    « Gueuler, c’est se faire déréférencer, disparaître des rayons du jour au lendemain… ».

    « Pas simple tout ça… ».

    « Bon, même si le rapport de force est déséquilibré, j’arrive quand-même à écouler une bonne partie des yaourts et des fromages avec mon étiquette à moi… c’est un marché de niche sur des produits de qualité, ce qui me met en partie à l’abri de leurs promos à la con… ».

    « Toujours le prix le plus bas… ».

    « Le prix le plus bas ne veut rien dire… en général, derrière un prix bas, il y a un producteur ou une filière entière qui souffre… il faudrait un prix juste, et un prix juste est celui qui garantit un partage équitable de la valeur ajoutée du produit du producteur au détaillant… quand il y a des promos, la plupart du temps c’est le producteur qui assume le coût de la promo et la grande surface qui se fait mousser… bon assez parlé du taf… vous restez pour l’apéro ? ».

    « Non, c’est sympa mais on va te laisser bosser… en revanche, s’il te reste du fromage… Nico a trouvé qu’il est à tomber… ».

    « Venez avec moi… ».

    Le bomâle barbu nous fait visiter la cave d’affinage. Dès qu’il ouvre la porte, je suis percuté de plein fouet par un intense bouquet d’odeurs de moisissures nobles, d’arômes ronds, onctueux : un bouquet entêtant de fromage en train de reposer et de bien vieillir.

    De centaines de petites meules à la croûte grise-marron sont disposées, rangées au cordeau, sur des lattes en bois fixées sur des étalages : cette pièce respire la rigueur, l’amour pour le travail bien fait, le produit de qualité, une qualité qui découle avant tout de la passion pour le métier.

    « C’est vraiment bien ce que vous avez fait, cette cave est magnifique… ».

    « Merci… la transformation de la cave m’a donné beaucoup de travail, mais j’en suis content… ».

    « Tu peux, mon pote… » fait Jérém, et tapotant affectueusement l’épaule du gars.

    « Je suis sûr qu’un jour tu feras la même chose avec la cave viticole de ton père… ».

    « Non, je ne crois pas… nous ne nous parlons même plus… ».

    « Amuse-toi à Paris, autant que tu peux… mais je pense qu’un jour t’auras envie de rentrer chez toi… ».

    « Ça m’étonnerait vraiment… je pense qu’il y a plus de chances que ce soit Maxime qui reprenne… ».

    « Celui-ci il a deux mois… » enchaîne le bobarbu, tout en saisissant une tomme « c’est mon produit phare, il a un goût de noisette très prononcé, ça se mange sans faim… » ; puis, en nous indiquant l’étagère juste à côté, il continue : « sinon, celui-ci il est un peu plus vieux, il a 4-6 mois… il a un goût plus prononcé, qui tient davantage en bouche… il faut impérativement l’accompagner d’un verre de Saint Mont… ».

    « Je crois que Nico préfère le plus affiné… même s’il l’accompagne avec du Jurançon… ».

    « Essaie avec le Saint Mont, tu verras… » fait Benjamin en se saisissant d’un fromage et en s’acheminant vers la sortie.

    La petite meule atterrit sur un billot en bois et le gars en coupe deux bons quartiers. Il nous en file deux fines tranches pour dégustation. Dès que la pâte bien ferme et onctueuse rentre en contact avec mes papilles, elle déclenche illico une sorte d’orgasme gustatif. Ah putain, qu’est-ce que c’est bon !

    « Vous êtes sûrs que vous n’avez pas le temps pour l’apéro ? ».

    « Il faut que j’aille à Bagnères pour écouter si j’ai des messages… j’attends un coup de fil de Paris… ».

    « Ah, oui, c’est vrai que t’es devenu une vedette… » se moque gentiment Benjamin.

    « Pas encore… mais ça ne saurait tarder… ».

    « J’ai toujours su que tu serais pro un jour… ».

    « J’ai eu de la chance… ».

    « La chance ça n’a rien à voir… tu es un bon, Jé… c’est tout… ».

    « Allez, dis-moi combien je te dois… ».

    « Rien du tout… ».

    « Ne déconne pas… ».

    « Tu me trouveras des tickets pour tes matchs… ».

    « Promis… ».

    « Et ton pote Thibault va bien ? Il doit être super content d’avoir été recruté par le Stade… ».

    « Il est content, oui… ».

    « Et il en pense quoi de la nouvelle direction ? ».

    « Tu sais, depuis nos recrutements, on a eu du pain sur la planche… entre mes déplacements à Paris et ses entraînements, on ne s’est pas trop vus dernièrement… et après, il y a eu mon accident… ».

    « Ah, quel con, je te jure… tu te fais recruter par un club pro de la capitale et tu te bats la veille de ton départ… ».

    « J’avais un peu trop bu et je suis tombé sur un connard… ».

    « Fais gaffe à toi, Jé… ».

     

    « Benjamin est vraiment un bon gars… » me lance Jérém dans la voiture.

    « D’une certaine façon, il me fait penser à Thibault… » je ne peux m’empêcher de commenter.

    « C’est pas faux… ».

    Je me demande toujours comment on va pouvoir aborder le sujet Thibault et même si c’est une bonne chose de l’aborder. Je sais que j’ai besoin de le faire, mais j’ai peur de le faire.

    Nous arrivons à Bagnères, Jérém se gare au centre-ville et sort de la voiture pour fumer et écouter ses messages. Je le vois discuter et rigoler au téléphone : il est beau, beau, beau. Et il est à moi. Je n’arrive toujours pas à la croire. Il revient quelques minutes plus tard, le visage illuminé d’un sourire attendri et attendrissant.

    « T’as le bonjour de mon frérot… ».

    « Ah, merci… tu lui passeras le bonjour de ma part… »

    « Il était content quand je lui ai dit que t’étais là… ».

    « C’est vrai ? ».

    « Oui, c’est vrai… il m’a même dit de te dire de me tenir à l’œil pour m’empêcher de faire des conneries… ».

    « Ton frérot est vraiment adorable… ».

    « Il est incroyable… ».

    « Alors, t’avais des nouvelles de Paris ? ».

    « Non, rien pour l’instant… ».

    De retour à la maison après les courses, nous épluchons les pommes de terre et nous les mettons à cuire dans une casserole remplie d’eau, sur la gazinière à bois que Jérém vient d’allumer.

    Puis, nous nous allongeons sur le lit, devant le feu que Jérém vient de raviver, et nous nous embrassons fougueusement, longuement, inlassablement.

    Je suis insatiable du contact avec sa bouche, avec son corps, avec ses mains qui me caressent doucement, avec sa peau et ses cheveux que mes mains caressent fébrilement ; et mon bobrun semble tout aussi insatiable que moi.

    Tout en continuant à lui rouler des pelles à la pelle, je dégrafe le zip de son pull à capuche gris, je fais basculer les deux pans derrière ses épaules, je fais glisser les manches le long de ses bras ; son t-shirt blanc se dévoile, avec ces manchettes tendues qui calibrent ses biceps, avec ce tissu immaculé qui jauge le relief de ses pecs.

    Son sourire est à la fois doux et canaille lorsque je glisse mes mains entre le coton doux du t-shirt et sa peau tiède, pour aller exciter ses tétons : il devient coquin et un rien lubrique au fur et à mesure que l’excitation fait pétiller ses sens.

    Puis, c’est à son tour d’enlever mon pull, de passer sa main sur mon t-shirt, de narguer mes tétons à travers le coton. Je frissonne.

    « J’ai le droit ? » il me lance, taquin.

    « Je ne sais pas… ».

     « Et ça, j’ai le droit ? » fait le bogoss, tout en glissant sa main sous mon t-shirt, et en remontant lentement, sensuellement, ses doigts le long de mon torse.

    « Je ne sais vraiment pas… ».

    « J’ai toujours pas le droit ? » il me cherche, alors que ses doigts pincent doucement l’un de mes tétons.

    « Peut-être que oui… ».

    « Et, là… j’ai le droit ? » fait-il, le regard de plus en plus lubrique, tout en remontant mon t-shirt, en léchant et mordillant mes tétons à tour de rôle.

    « C’est pas un droit, c’est une obligation ! ».

    Un instant plus tard, Jérém dégrafe ma ceinture, il ouvre ma braguette.

    « Et là, je peux y aller ? » fait-il, coquin, tout en glissant sa main entre les pans ouverts de mon pantalon et en caressant ma queue par-dessus le boxer tendu par l’érection.

    « Oh, que oui… ».

    Je suis aux anges, les anges du bonheur sensuel et sexuel.

    Puis, sa main glisse dans mon boxer, elle saisit ma queue ; mon Jérém me branle, tout en m’embrassant, et en agaçant mes tétons avec le bout de ses doigts.

    Lorsque ses lèvres quittent les miennes, elles atterrissent directement sur ma queue, qu’il commence à pomper avec un bon entrain. Je regarde son torse musclé s’affairer dans des mouvements de va-et-vient, et je n’arrive toujours pas à croire que ce gars qui est en train de me sucer et le même gars qu’il n’y a pas si longtemps de ça n’assumait même pas son rôle de mâle actif et dominant dans notre relation ; alors, à fortiori, jamais je n’aurais cru il se lancerait un jour dans ce genre de plaisir.

    Quand on est passif, le plus grand bonheur sexuel auquel on aspire, est celui de faire, voir, entendre, sentir jouir un mec actif ; mais dès lors qu’on est amené à changer de rôle, comme quand on se fait sucer, les envies peuvent changer rapidement de signe. Ce qui est bon dans le fait d’être homo, c’est cette richesse de désirs, d’envies, de plaisirs.

    Pendant que Jérém me suce, je me surprends à envisager quelque chose de complètement fou, à me demander si un jour il aura envie d’essayer de me laisser lui faire l’amour…

    Mais ce n’est qu’un flash, un éclair qui s’éteint dès que ses lèvres quittent ma queue ; car, dès l’instant où je vois mon beau mâle debout à côté du lit, lorsque je le vois ôter son jeans, son boxer, et son t-shirt blanc (qu’il aurait pu garder, tellement je trouve cette tenue bandante) ; lorsque je le vois dégainer sa queue bien tendue, et sa main commencer à la branler lentement ; lorsque je contemple son torse musclé onduler sous l’effet d’une respiration excitée ; lorsque je croise son regard enflammé d’envies de mâle, voilà, je capitule : en une fraction de seconde, mes envies changent à nouveau de signe, et je redeviens le gars qui a envie de me soumettre à la virilité puissante d’un mâle appelé Jérémie.

    La simple attitude de mon bomâle suffit pour me faire comprendre ce dont il a envie : un instant plus tard, je suis sur le ventre, les jambes écartées ; je m’offre à lui, frémissant d’envie d’être possédé : prends-moi, Jérém, fais-moi l’amour, fais-toi plaisir, remplis-moi, féconde-moi !

    Ses mains saisissent fermement mes fesses, les écartent : mais alors que je m’attends à me sentir transpercé par son manche tendu, c’est sa langue audacieuse, entreprenante et sans pudeur qui s’attaque au bonheur de ma rondelle. Ce soir, Jérém a décidé de me rendre dingue. Jérém me bouffe le cul et je sens ma queue se raidir à un point inimaginable, je sens mon corps embrasé par une flamme d’excitation ravageuse.

    « C’est trop bon… Jérém… tu vas me rendre fou… ».

    Le bogoss plonge son visage un peu plus loin encore entre mes fesses. Je gémis, je pleure presque de plaisir.

    Lorsque sa langue se retire, sa queue glisse lentement en moi, et je suis le plus heureux des gars. Pendant un long moment, Jérém me fait jouir avec ses coups de reins, il me fait bien profiter de sa puissance de mâle, il me fait sentir à lui comme toujours (et un peu plus encore). Puis, il me remplit une nouvelle fois de sa semence.

    Qu’est-ce que j’aime, après avoir fait l’amour avec mon Jérém, lécher délicatement et longuement ses couilles, comme pour rendre hommage à sa virilité ; astiquer doucement sa queue, comme pour le remercier du plaisir qu’il m’a offert ; recueillir la moindre trace de son sperme autour de son gland, pour m’enivrer un peu plus de sa puissance sexuelle ; puis, me blottir contre lui, et lui chuchoter à quel point il est bon au lit, à quel point il m’a fait jouir, pour conforter son ego de mec.

    Et ce que j’aime par-dessus tout, c’est de prolonger un peu plus son plaisir, sentir sa respiration s’apaiser peu à peu, le voir kiffer mes caresses et mes mots, jusqu’à lui faire oublier la cigarette obligatoire après l’amour.

    Le temps de récupérer de son orgasme, le bogoss revient me sucer, avec l’intention manifeste de me faire jouir à mon tour. Je suis tellement chauffé par le plaisir qu’il vient de m’offrir que je me sens comme une allumette que le moindre frottement pourrait embraser.

    Il ne faut pas longtemps en effet pour que je perde pied.

    « Je vais jouir… » je le préviens.

    Mais le bogoss continue dans sa lancée. Un instant plus tard, je jouis. Jérém me laisse jouir dans sa bouche et il recrache sur ma queue. Et c’est terriblement bon.

    Jérém me passe du sopalin et remet une bûche dans la cheminée.

    « Alors, on les fait ces gnocchis ? ».

    « Avec plaisir… ».

    Nous nous installons sur la table en bois massif à côté du garde-manger et, sur ma suggestion, nous nous attelons à la tâche avec méthode. Jérém écrase les pommes de terre, je les mélange avec la farine, le beurre et les œufs. Pendant que je pétris la pâte, je surprends le regard de Jérém sur moi, comme une caresse, comme rempli de tendresse : c’est un regard que je ne lui ai encore jamais vu, un regard que personne n’a jamais encore posé sur moi : car c’est un regard surpris, saisi, admiratif. Qu’est-ce que c’est bon de se sentir ce genre de regard sur soi, et qui plus est venant du gars qu’on aime ! Ça fait un bien fou !

    Je lui demande un bisou, qu’il m’offre avec un plaisir non dissimulé. Si mes doigts n’étaient pas collants de pâte à l’œuf, je le prendrais dans mes bras et je le couvrirais de bisous.

    Mon pâton est enfin prêt et je commence à le découper ; j’en fais de petits morceaux que je passe à mon Jérém, pour qu’il les roule et qu’il en fasse de petites « saucisses », prêtes pour l’étape suivante. Etape dont je me charge, et qui consiste à redécouper les « saucisses » pour en faire des gnocchis.

    Pour éviter que la pâte ne colle, la table en bois est saupoudrée de farine ; je saupoudre également les gnocchis après découpe : bref, il y a de la farine partout.

    Je regarde mon Jérém en t-shirt blanc en train de rouler les « saucisses » à gnocchis ; on dirait un boulanger en train de préparer son pain ou un pizzaiolo en train d’étaler sa pâte ; il a de la farine sur les mains, sur le visage, même sur les cheveux : il est sexy à mourir.

    « Qu’est-ce qu’il y a ? » il me demande, lorsqu’il capte mon regard collé sur lui.

    « T’as de la farine jusqu’au bout des cheveux… » je me marre.

    « Et ça te fait rire… ».

    « Un peu j’avoue… mais t’es tellement beau… ».

    « Toi aussi tu vas être beau… ».

    Et, ce disant, il me balance une pincée de farine dans le cou.

    « T’es qu’un petit con… ».

    « C’est pour ça que tu me kiffes… ».

    « C’est pas faux… alors, toi aussi tu vas me kiffer… ».

    Et ce disant, je lui balance un gnocchi à la figure.

    Et là, le bogoss lâche instantanément ce qu’il était en train de faire, il saisit mes avant-bras avec ses mains pleines de farine, il m’attire contre lui et me roule une pelle magistrale ; ses avant-bras à lui atterrissent sur mes épaules, ses mains dans mon dos : après une petite réticence, je me laisse complètement aller. Et voilà que mes mains à moi, tout aussi enfarinées que les siennes, cherchent le contact avec la solidité de son dos.

    Une fois de plus, je me rends compte à quel point c’est apaisant d’oublier les conditionnements, oublier de faire gaffe de ne pas se salir. Tant pis pour ma peau, ça se douchera ; tant pis pour mon t-shirt bleu, ça se lavera !

    Les gnocchis, c’est un travail d’équipe, c’est ludique ; nous faisons les cons, nous rigolons comme des gosses. Il ne reste qu’à les plonger dans de l’eau bouillante, attendre qu’ils remontent à la surface, les récupérer, en disposer une première couche dans un plat à four, mettre de la sauce tomate et du râpé, refaire une deuxième et une troisième couche ; là encore, je surprends le regard de Jérém sur moi, avec cette étincelle enthousiaste, bienveillante et admirative. Ce regard est tellement loin du regard méprisant qu’il me réservait lors de nos premières révisions, tout comme ce Jérém est tellement différent de celui qui n’avait aucun état d’âme pour me dire de me tirer après m’avoir baisé.

    Nous laissons gratiner pendant quelques minutes dans le four de la gazinière, tout en prenant un apéritif-câlins.

    « Ils sont super bons… » fait Jérém, après en avoir avalé deux bonnes fourchettes.

    « Ça me fait plaisir que tu aimes… ».

    « Tu es vraiment surprenant… j’aime les gens surprenants… ».

    Voir mon Jérém impressionné par mes gnocchis, tout comme je l’ai été de sa pizza, ça n’a pas de prix.

    « Merci… »

    « T’es vraiment un putain de mec, toi… ».

    Partager un repas en tête à tête avec mon Jérém, dans la pénombre crépitante et accueillante de cette maison au milieu de nulle part, c’est un exercice qui me rend fou de joie.

    Nous terminons notre dîner en nous remémorant certains moments du lycée, certains camarades, certains profs. Qu’est-ce que j’aime discuter avec mon Jérém.

    Notre discussion se prolonge au lit, pendant plusieurs heures ; elle se prolonge jusqu’à ce que la proximité de nos corps éveille à nouveau nos sens, jusqu’à ce que le désir nous rattrape.

    Il doit être minuit lorsque nous nous retrouvons en position « tête-bêche », en train de nous offrir du plaisir réciproquement ; un plaisir qui se prolonge jusqu’à ce que Jérém se dégage de ce cercle de plaisir, pour s’allonger sur le lit, les bras pliés, les mains croisées entre sa tête et l’oreiller, les aisselles finement poilues bien en vue, sa pomme d'Adam se baladant nerveusement, trahissant son excitation, une étincelle bien coquine dans les yeux.

    « T’as envie de quoi ? » je lui demande.

    « Refais-moi ce truc que tu m'as fait une fois… ».

    « Quel truc ? ».

    « Ce truc que tu m’as fait un soir… tu te souviens ? ».

    « Je t’ai fait tellement de trucs… ».

    « Ce truc-là était vraiment dingue… tu m’as sucé, tu m’as branlé… tu me donnais envie de jouir, mais tu ne me laissais jamais venir… ».

    « Ah, oui, je vois… et alors, t’avais kiffé ? ».

    « Ah, putain, que oui… je crois que jamais je n’ai joui aussi fort de ma vie… ».

     
     

    NOUVEAU ! Regardez une minute de vidéo pour m'aider sans dépenser un centime!

     

    Bonjour à tous, voici le nouvel épisode de Jérém&Nico. J’ai des retours très positifs de cette nouvelle phase de l’histoire, n’hésitez pas à me faire part de vos impressions.

    Comme toujours, si vous aimez mon travail écriture, vous pouvez m’aider en faisant un tip unique ou mensuel, à partir de 1 euro, sur tipeee.com/jerem-nico-s1.

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    Je compte sur vous. Merci d’avance. Fabien

     

    Bonjour à toutes et à tous ! Bienvenue sur le site Jérém&Nico

     

     

     

     


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