• 44.3 Thibault. Nico. Une bière et autres petits bonheurs.

     

     

    Dimanche 1er juillet 2001, apart des Minimes, 24 heures après la nuit commencée à quatre et terminée à deux dans le lit rue de la Colombette…

     

     

     

    Une main puissante se pose sur un sexe bien tendu… il est tard et le sommeil tarde à venir pour le beau mécano… les doigts commencent à caresser lentement la queue… tout garçon, hétéro ou homo qu’il soir, le sait bien, rien de mieux qu’une bonne branlette pour faire dodo vite et bien… Thibault ne déroge pas à la règle… et pendant que l’excitation monte, la fantaisie vague, le fantasme a bon train, les envies qu’on essaie d’ignorer deviennent visibles et des souvenirs anciens qu’on essaie d’oublier refont surface… au final, c’est juste nos envies profonde, si refoulés soient-elle, qui viennent à nous lors d’un petit plaisir solitaire… car c’est non… non, on ne peut pas se mentir à soi même pendant une branlette…

     

    Souvenirs anciens… ses doigts qui se posent sur mon sexe… une main qui saisit ma queue et qui entame des mouvements lents de va et viens… une langue qui me procure les plus délicieuses des sensations… c’est lorsqu’elle glisse sur mon gland… (glisse… gland… remarquable assonance, voilà des mots qui vont très bien ensemble)… une bouche qui avale ma bite, des lèvres qui la caressent sur toute sa longueur… sentir mon gland dans sa bouche, cet endroit chaud et humide… sentir son entrain, ses allers retours, comme ma main pendant la branlette, mais en mille fois mieux… ma première fois, le sexe partagé, après les « entraînements en solitaire » dans ma chambre d’ado… le plaisir qui monte, prêt à exploser…

     

    La bouche qui lâche ma bite, terrible frustration, la main qui reprend aussitôt les va et viens… sentir venir la vague du plaisir, monter, monter, monter encore, atteindre le point de non retour… me sentir partir, happé par une puissance qui me submerge, qui me déborde, qui m’aspire… et… jouir… jouir très fort sous les caresses de sa main… plaisir interdit, et terriblement excitant…

     

    Sentir mon jus retomber par à coups sur mon torse… la main qui s’arrête… reprendre le souffle… avoir envie de lui rendre la pareille… ma main qui à son tour saisit son manche raide… sensation intense et terriblement excitante… le branler, l’entendre respirer fort… bien le branler… se laisser guider par ses gémissement silencieux… voir tout son corps frissonner, se crisper… son plaisir qui monte, comme le mien, aussi puissant… je sais désormais ce que ça fait, grâce à lui, et je veux lui donner le même bonheur… d’autant plus que c’est sa première fois à lui aussi… ma main inexperte qui donne tout ce qu’elle peut… sa queue qui jouit rapidement… le voir venir, l’entendre venir… sensation de bonheur dépassant l’entendement…

     

    Souvenirs anciens, qui se mêlent à d’autres bien plus récents…

     

    Le frisson du premier contact avec sa peau, avec ses épaules… inattendu, puissant… est-ce que Jéjé a ressenti la même chose ? Les têtes se tournent discrètement, presque au même instant ; les regards se cherchent, se croisent… les épaules nues se frôlent encore, encore et encore… les hanches se touchent, les cuisses se frottent, les genoux se caressent, les doigts s’effleurent…

     

    Regarder Jéjé en train de prendre son pied tout en prenant le mien… excitant, terriblement excitant, et plus encore que je ne l’aurais imaginé… c’est bien pour cela que j’ai accepté ce plan à quatre, le genre de plan sur lequel je n’ai jamais vraiment fantasmé, mais qui devient nécessaire car Jéjé est de la partie… oublier la nana que je suis en train de baiser, n’avoir envie que de le mater, lui, mon pote... son plaisir, mon plaisir… nos deux corps moites qui se touchent, se caressent… nos excitations qui se mélangent, alchimie explosive… et lorsque Jéjé jouit, je viens aussi, comme si on était connectés…

     

    Le silence après l’orgasme est lourd, gênant… le torse dessiné de Jéjé ondulant au rythme d’une respiration encore haletante, son front dégoulinant de sueur… qu’est ce qu’il est sexe ce mec… c’est terriblement beau et excitant de voir un garçon à poil en train de prendre son pied… et c’est sacrement craquant qu’un beau garçon qui vient de jouir… surtout lorsqu’il s’agit de mon Jéjé…

     

    Le joint en terrasse arrive à nous donner un semblant de contenance… le malaise devant sa demande sans appel de prendre les nanas par derrière… c’est à cause de sa façon de balancer ses mots, avec son assurance culottée de ptit coq… le malaise de faire ça « avec » lui… devant lui… ce truc que je n’ai encore jamais fait de ma vie… son sourire sexy et coquin lorsque les nanas cèdent…

     

    C’est trop bandant regarder la blonde qui suce Jéjé en terrasse dans la pénombre… le voir s’impatienter et  son envie de jouir encore… et l’entendre balancer : « Maintenant on baise ! »… croiser son regard… son sourire en guise d’encouragement… et ses mots : « Tu vas voir comment c’est bon… »…

     

    La sodomie, un truc que j’ai accepté d’essayer pour lui faire plaisir… un truc que je finis par aimer très vite… pour le plaisir physique déjà… c’est si serré un petit trou, ça fait des sensations si différentes par rapport à une chatte… ensuite, pour son coté « interdit »… et surtout, surtout, surtout… car cette pratique évoque pour moi des fantasmes refoulés depuis si longtemps…

     

    et puis, à bien regarder, l’aspect le plus excitant de cette position, c'est le fait de nous permettre, maintenant que les nanas ne peuvent plus nous voir, de nous sentir plus libres dans les regards, dans le contact de nos corps… les épaules se frôlent avec plus de facilité, les hanches se frottent avec plus d’intensité, les cuisses se caressent, les genoux s’appuient l’un contre l’autre, les doigts se rencontrent… des contacts qui ce coup-ci n’ont plus rien d’accidentel, comme des envies silencieuses se dévoilant avec de moins en moins de retenue…

     

    Le plaisir monte, la jouissance approche… le corps et l'esprit secoués par ce plaisir inédit et intense, j’en frissonne, j’en tremble presque… lorsque Jéjé me regarde (et il ne s’en prive pas), je trouve ça incroyablement excitant…

     

    Je me sens violemment attiré par lui… j’ai envie de le serrer dans mes bras, de le caresser, envie de sentir mon torse contre le sien, les tétons se frôler, les bassins se rencontrer, les queues se mélanger, envie de me perdre dans cette intimité de mecs… 

     

    Repenser à un dimanche après un match, à cet « accident » troublant… l’attention toute consacrée à la déconnade, Jéjé ôte la serviette autour de sa taille avant de commencer à s’habiller… sans vraiment y prêter attention, à un moment je pivote pour attraper mes affaires… au même moment, tout en discutant avec un autre coéquipier, Jéjé se déplace sans prêter attention… et là, ma main effleure accidentellement le bout de sa queue… très gêné, je m’excuse discrètement, tout en laissant traîner un long regard… et son regard à lui, mi surpris, mi… je n’en sais rien… il me lance un petit sourire, beau au possible…

     

    C’est trop bon de le mater en train de prendre son pied… je sens l’orgasme approcher… et c’est là qui arrive ce truc incroyable, ce geste inattendu… le bras de Jérém se lève, sa main se pose sur mon cou à la base de ma nuque, ses doigts s’enfoncent dans mes cheveux comme une caresse douce, sensuelle et excitante a la fois ; ah, si c’est bon cette caresse… sa main chaude à la base de ma nuque, c’est bon, incroyablement bon… son regard terriblement sensuel, un regard de mâle en rut… altération de conscience dans l’attente du plaisir…

     

    J’ai l’impression de sentir en moi sa propre excitation, son propre plaisir… j’ai l’impression que nos désirs se rencontrent, se reconnaissent, l’impression que nos corps et nos plaisirs se mélangent… je ferme les yeux et pendant un instant… ce n’est plus une nana que je suis en train de limer… putain qu’est ce que j’ai envie de jouir… j’ai envie de jouir avec lui… j’ai envie de… j’ai envie de l… j’ai envie de jouir… en l… altération de conscience dans l’attente du plaisir…

     

    J’essaie de me maîtriser, j’essaie de chasser des images terriblement excitantes mais terrifiantes… comment imaginer un seul instant des trucs pareil ? Je rouvre les yeux, je mate les cheveux blond de la nana que je suis en train de limer… je n’arrive pas à fixer mon attention sur elle… mon plaisir monte… le contact de sa main sur mon coup se prolonge, ses doigts m’offrent une multitude de petites caresses légères… je frissonne, j’en ai la chair de poule… c’est trop trop bon… jamais je n’ai ressenti un truc pareil… et je sais, je ne sais que trop bien que la main de Jéjé y est pour beaucoup…

     

    Alors j’ai envie de lui montrer à quel point j’aime, envie d’essayer de lui apporter le même frisson… alors, après la surprise de ce geste, après une petite hésitation, mon bras se lève à son tour pour se poser sur son cou… nos bras se touchent sur toute leur longueur et, dès le contact établi, dès que me doigts se posent dans cette région merveilleusement sensible à la base de ses beaux cheveux bruns, j’assiste à un spectacle d’une beauté saisissante… à l’instant même, je vois ses paupières retomber, sa respiration devenir profonde et bruyante, j’assiste à un changement de rythme de ses coups de rein… jolie notification, en son et images, des sensations que ce contact lui procure…

     

    Ce double contact, ce contact réciproque fait des étincelles… sur nos peau, dans nos cerveaux, dans nos organes de mecs… double contact, le circuit est fermé… le courant passe plein pot… échange d’énergie pure… énergie… sexuelle… le courant de nos excitations respectives monte en puissance, c’est beau, c’est bon… je vois qu’il est prêt de jouir… je le vois et je le sens, c’est comme si je le sentais en moi grâce à ce double contact… je sens les prémices de l’orgasme me submerger… une intense chaleur qui monte de cette région entre le nombril et le sexe, qui se répand entre les fesses, qui remonte mon sexe et qui explose dans le gland…

     

    Quelques coups de reins encore, un échange de regards complices, excités au possible, et je ne peux pas me retenir plus longtemps… je jouis… je jouis très fort… je jouis comme jamais j’ai joui… si fort que je crois m’évanouir… si fort, si incroyablement beau… si puissant… d’autant plus fort que cette fois c’est mon orgasme qui précipite celui de Jéjé… comme si on était connectés… au fait, on est connectés, sensuellement connectés, physiquement connectés…

     

    Prendre notre plaisir « ensemble », capter son regard qui m’avait semblé chargé de désirs non exprimés, les mêmes que les miens… comme si cette idée de Jéjé de faire un plan à quatre ce n’était qu’une astuce pour un rapprochement entre garçons… mais là encore, assurément, altération de conscience dans l’attente du plaisir…

     

    Une fois de plus connaître le bonheur de prendre ensemble notre plaisir de mecs… un bonheur découplé par le contact de nos bras, de nos doigts caressant nos cous… on jouit presque au même instant… et lorsque je vois sur son visage les grimaces de l’orgasme qui est en train de le secouer, j’ai vraiment l’impression de sentir en moi son plaisir… c’est beau à un point que ça me donne presque envie de pleurer… cette image est à cet instant à mes yeux le plus beau spectacle du monde…

     

    Hélas, une fois le plaisir venu, passé, l'excitation retombée, le contact de la main de Jéjé s’évapore instantanément… et ce contact de peau va bien vite me manquer
    Jérém qui me propose de rester dormir… j’hésite… je me dis que si jamais nos corps se frôlent dans le lit, ça ne va pas être facile de trouver le sommeil… je finis par accepter mais une fois les nanas parties, le sentiment de malaise s’installe entre nous… le silence devient gênant…
     

     

    Le sommeil finira par nous gagner, mais le réveil sera troublant pour moi…c’est lorsque je me rends compte que mes bras, mon torse, mes jambes sont en train d’enlacer le corps chaud de Jéjé, que l’agréable et douce chaleur que je ressens dans mon ventre vient du contact avec le dos de mon pote… que la sensation de douceur que je ressens sur ma joue, vient du contact avec ses cheveux bruns… 

     

    Long moment d’angoisse pour tenter de me retirer de cette position embarrassante sans réveiller Jéjé… je la joue fine, un geste après l’autre j’arrive à me dégager, Jéjé n’a pas quitté sa respiration calme et régulière… ouf, il est toujours dans les bras de Morphée… 

     

    Mais comment ça a-t-il pu arriver ? Je ne l’ai pas voulu… mais il faut bien admettre que cet épisode semble exprimer une envie bien présente en moi et longtemps refoulée…

     

    oui, en y repensant à tête froide, une fois la panique évacuée, je dois admettre que, par-dessus tout j’ai adoré ressentir contre moi la chaleur de son corps, ainsi que le contact avec ce bon paquet de muscles qui constitue son torse… de ma peau contre la sienne… et, au delà de son nouveau parfum, de cette nouvelle fraîcheur qui fait vibrer mon odorat, c’est la sensation apaisante et enivrante de sentir l’odeur de sa peau au delà de tout parfum; c’est son odeur de « mec », une sorte de fragrance masculine naturelle se dégageant de son corps, cette odeur qui possède quelque chose de familier et de rassurant  et qui me fait sentir bien, à ma place, en accord avec les envies de mon être profond... c’est une sensation de bien être absolu qui relève d’un besoin de contact et de partage avec l’intimité d’un corps et d’un esprit qui ressemblent au mien… c’est une sensation de bien être absolu qui relève d’un besoin de contact et de partage avec l’intimité du corps et de l’esprit de mon Jéjé…

     

    Je me surprends à éprouver une profonde tendresse en écoutant sa respiration dans le sommeil, en regardant ce beau garçon dormir… 

     

    Pas facile le lendemain matin, se retrouver au petit déjeuner… le bruit de la télé aide à camoufler un manque de conversation embarrassant, des non dits lourds à assumer. Pas la moindre allusion à ce qui s’est passé avec les deux nanas et encore moins à ce qui s’est passé au petit matin… il faut croire qu’il ne s’est vraiment rendu compte de rien… ouf, je me sens soulagé, soulagé et… frustré… j’aimerais tellement qu’il se soit rendu compte de cela et qu’il ait aimé, qu’il se soit retourné pour me faire un câlin à son tour… hélas, cela n’arrivera jamais…

     

    Souvenir ancien, l’été de nos 13 ans, souvenir récent, la veille au soir… l’excitation monte… le plaisir explose enfin, emportant tout sur son passage… des giclées denses et chaudes s’abattent sur mon torse… le corps détendu, chaud, repu… la tête vide, mon esprit ressemble à une page blanche… je sens les paupières tomber et  je tombe vite dans le sommeil, l’esprit trouve l’apaisement dans cette petite mort qui m’aidera à traverser une nuit peuplée de fantasmes et d’envies inavouables…

     

    Plaisir du corps suivi de tristesse… nostalgie… frustration… dépit… car ce que je voudrais qui se passe avec Jéjé, n’arrivera hélas jamais…

     

     

     

    Vendredi 6 juillet 2001, fin d’après midi…

     

     

     

    « Salut toi… » me lance le beau mécano sur un ton presque enjoué, lorsqu’il met le pied sur le trottoir.

     

    « Salut » je lui réponds pendant qu’il me serre la main avec sa prise puissante de mec… et lorsqu’il balance un nouveau sourire qui donne tout leur éclat à ses yeux vert marron magnifiques, je suis conquis et je sais déjà que j’ai perdu tous mes moyens… je ne saurais pas lui reprocher quoi que ce soit… je suis vraiment trop sensible au charme masculin… et là c’est bien ainsi, car je n’ai pas à lui reprocher quoi que ce soit… j’ai surtout besoin de l’apprivoiser et d’en faire un pote, et un allié…

     

     « Alors, t’as fini ta journée ? » j’arrive à enchaîner, malgré l’onde de choc provoquée par son sourire ravageur, doux et charmant à la fois, et par sa poignée de main… un contact visuel et un autre physique, l’un comme l’autre, ferme, marquant.

     

    « Ma journée et ma semaine… » il relance « j’adore ce taf mais quand le week-end arrive, je suis HS… ».

     

    « C’est dur comme taf… » je commente.

     

    « Ca va, mais ce n’est pas de tout repos non plus… » il répond.

     

    « C’est le taf que t’as toujours voulu faire ? » j’enquête, m’enfonçant dans une question qui baigne dans l’évidence. On le voit bien qu’il est tombé dans le chaudron du cambouis magique lorsqu’il était petit, et qu’il est comme un poisson dans l’eau… on voit qu’il adore ça… un vrai taf de petit mec… je le regarde et soudainement une image s’affiche dans ma tête, une image « imaginaire » mais que je sens assez plausible…  le petit Thibault, pas plus grand que la hauteur de deux pommes, qui joue aux legos et au mécano sous les yeux enchantés et fiers de son papa qui est en train de penser « il sera mécano plus tard »…

     

    « Un jour j’aimerais ouvrir ma propre boite… » je l’entends dire pendant que l’image de Thibault enfant imaginée et celle du Thibault jeune étalon que j’ai sous les yeux se mélangent dans mon esprit, rendant le « personnage » d’autant plus craquant à mes yeux…

     

    Je souris. Ça c’est vraiment un bon gars. Bosseur, passionné.

     

    « Tu veux boire un truc ? » il me balance de but en blanc.

     

    Ah, il fallait s’y attendre à celle là… je réalise que franchement je n’ai pas envie de retraverser la moitié de la ville pour aller me planter en terrasse rue de Metz et me retrouver en présence de Jérém qui va certainement me regarder de travers… et puis, je n’ai franchement pas envie de me retrouver à discuter avec les deux mecs qui se sont tapés un plan à quatre pendant que je cuisais dans mon humiliation… un à la fois ça va, mais pas deux, et surtout pas le « cerveau » de ce plan que je n’ai toujours pas vraiment « digéré »… pas encore…

     

    « Eh bien… » je m’avance, sans trop savoir comment présenter la chose « … c'est-à-dire que je n’ai pas trop le temps d’aller jusqu’à… ».

     

    « On n’a pas besoin d’aller rue de Metz… » il me coupe, lisant littéralement dans mes pensées « il y a des bars sympa par ici… ».

     

    Je crois que Thibault a compris que je n’ai pas envie de voir Jérém, et je crois qu’il a même compris pourquoi. En tout cas, c’est mignon de sa part de tenir compte de mon ressenti.

     

    « Alors je te suis… » je lui réponds, rassuré et un peu plus à l’aise.

     

    Nous marchons quelques minutes jusqu'à que ce charmant Thibault s’arrête devant la petite terrasse d’un bistrot avec des parasols pour donner de l’ombre.

     

    « C’est ici… » m’annonce-t-il « ça ira ? »

     

    « Parfait ! » je lui réponds.

     

    Nous nous installons à une table et nous commandons. Nos bières arrivent rapidement. Oui, j’ai commandé une blanche. On ne peut pas discuter d’« affaires importantes » en tournant au Coca. Ca ne fait pas sérieux…

     

    « Alors, ce bac… mention ou pas mention ? » me branche-t-il, dès que le serveur s’éloigne.

     

    « Mention très bien… » je lui réponds, un peu gêné de passer une fois de plus pour le bon élève coincé de service.

     

    « Félicitations… Jérém me l’avait dit que t’étais une tronche… ».

     

    Allez, ma réputation n’est plus à faire. Eux les mecs… moi la tronche… nos planètes nous séparent…

     

    « Tu lui a parlé cette semaine ? » je me renseigne.

     

    « Oui, lundi en début d’après midi. Il était plutôt content de l’avoir eu… je crois qu’il n’y croyait pas vraiment… »

     

    Ainsi il a été lui aussi à l’affichage… évidemment… tout simplement il y a été un peu plus tard que moi...

     

    « Je le crois aussi… » je commente « en tout cas, je suis content qu’il l’ait eu… »

     

    « C’est un peu grâce à toi… » il me lance.

     

    Oui, Thibault, c’est grâce à moi qu’il est arrivé au bac les burnes bien vides, prêt pour se concentrer… car c’est à ça qui servaient nos révisions…

     

    Pendant qu’il parle, assis pile en face de lui, à un mètre à peine de son visage, j’ai l’occasion de mater sans ménagement ses beaux yeux verts marrons à la lumière du jour… et ils sont encore plus beaux que dans mon souvenir… des yeux magnifiques d’où se dégage un regard à la fois puissant, un vrai regard de mec mais doux, gentil…

     

     « Oui, un tout petit peu grâce à moi… » je finis par lui répondre.

     

    Je bois une gorgée de bière pour essayer de trouver le bout par lequel commencer, mais rien ne me vient… j’ai envie de lui poser mille questions… tu t’es bien amusé avec ton pote, espèce de saligot ? C’était comment ? Vous avez fait quoi ? Vous avez joui comment ? Combien de fois ? T’as bien pris ton pied ? Il a bien pris le sien ?

     

    Oui, j’ai envie de lui poser mille questions, mais son regard vert et transparent, la douceur de sa voix, m’empêchent de franchir le pas… et puis je me dis qu’au fond, de lui poser toutes ces questions, en admettant qu’il veuille bien y répondre, ça ne servirait à rien à part me faire du mal… alors à quoi bon ? 

     

    Le silence commence à s’installer entre nous, gênant. Je ne sais plus bien pourquoi j’ai voulu le voir. Je ne sais pas exactement ce que j’attends de lui. Peut-être qu’il me dise que Jérém est secrètement amoureux de moi et qu’il me donne la recette pour accéder à son cœur… et quoi encore… le tiercé gagnant pour la prochaine course à l’hippodrome de la Cépière ? Je suis con, je n’aurais pas du aller brancher Thibault, ça ne sert à rien…

     

    Vite finir ma bière et trouver une excuse pour me sortir de ce pétrin.

     

    C’est lui qui brise le silence. En mettant carrément les pieds dans le plat.

     

    « Ca a été ta soirée au KL?... je ne t’ai plus revu après qu’on s’est parlé, tu es parti de bonne heure, non ? ».

     

    Bah, oui, c’était une très bonne soirée, une magnifique, somptueuse soirée de merde… le genre de soirée que j’affectionne tout particulièrement au point de la vivre jusqu’au bout, dans mon coin… et non, je n’étais pas encore parti quand vous êtes tirés pour aller tirer les deux pouffes, j’ai bien assisté à toute la scène, tapi dans l’ombre, si tel est le sens de ta question, mon grand…

     

    « Ouais, ça a été » je lui réponds en prenant sur moi, mais laissant traîner quand même une petite accroche pour une mise au point qui me taraude « je suis parti après vous… »…

     

    Est-ce que je me trompe ou c’est bien un petit malaise que je décèle dans son regard à ce moment là ? Je profite du blanc que mon propos a causé (non ce n’est pas un ange qui passe, mais bien un petit malaise) et je ne peux m’empêcher de céder à la tentation de mettre les pieds dans le plat à mon tour :

     

    « Vous êtes partis accompagnés… » je laisse échapper en regrettant mes mots au moment où ils sortent de mes lèvres…

     

    Putain, Nico, tu ne pourrais pas te taire ? Désolé, Nico, ça a été plus fort que moi, fallait que ça sorte… ça montait tellement en moi, la tension était tellement insupportable c’était comme un orgasme émotionnel, il fallait que ça explose pour me calmer… il fallait qu’il sache, il fallait que je lui dise…

     

    Il me regarde dans les yeux, l’air un peu surpris. Le blanc qui suit mes mots commence à être long. Je commence à avoir du mal à soutenir son regard… et puis il sourit… ah putain… le sourire… qu’est-ce qu’il est beau ce mec quand il sourit… ça alors, ce genre de mec est comme une bombe à retardement… mal maîtrisé, ou maîtrisé à des fins malhonnêtes, ce genre de sourire peut faire des dégâts d’une ampleur imprévisible… sans compter l’aspect « fonte de la banquise », dans l’intérêt de l’ordre public, ça devrait être interdit des sourires pareil… tu ne peux pas t’énerver après eux, ce n’est pas possible… plus fort que l’immunité diplomatique, c’est l’immunité du bogoss impuni… car leur sourire leur donne accès à tout, à tout…

     

    « Oui… » il finit par répondre sobrement.

     

    Ah, putain, il passe aux aveux. Il se met à table. Je vais le cuisiner. J’ai à nouveau envie de lui poser mille questions… alors, c’était comment, espèce de petit voyou ? Vous avez baisé comme des lapins toute la nuit ? Jérém était comment ? Il a fait son macho excessivement viril, insolemment sexy? Tu l’as bien maté en train de prendre son pied ? T’as aimé, hein ? Il a bien pris son pied avec ces deux pouffes ? Autant qu’avec moi ?

     

    Je sens une légère, grandissante, intense contrariété, doublée d’une certaine colère, ou plutôt d’une colère certaine, avancer à grand pas dans mon esprit et me mettre en pétard… j’ai envie de lui rentrer dedans (au sens figuré, certes… car au sens propre, faut bien avouer que c’est plutôt l’inverse qui me fait envie) et de lui demander pourquoi… pourquoi il m’a fait ça, alors qu’on commence à être potes… ce sont les mots de ma cousine retentissant dans mes oreilles qui m’empêchent d’aller plus loin dans mon questionnement…

     

    Mieux que ça, ils ont le pouvoir de faire retomber ma colère de plusieurs crans… je repense notamment aux arguments avec lesquels elle a tenté d’apaiser ma colère, ma tristesse et mon désarroi pendant le retour du KL, en m’expliquant que malgré ce qui venait de se passer…

     

    … « Ca n’empêche pas que Thibault soit un très bon gars… et je pense vraiment qu’il a envie de devenir ton pote… et à ta place, moi j’accepterais son amitié sans réserves…»

     

    Car…

     

    « … si tu veux avoir une chance de garder un peu plus longtemps ton con de brun, t’as tout intérêt à saisir la main que Thibault est en train de te tendre… Thibault est peut-être la personne qui connaît le mieux Jérém au monde, et apparemment il ne se fait pas prier pour te faire profiter de son savoir… là tu tiens un allié de taille pour mieux cerner ton serveur… de plus, je suis sure qu’il sait tout de vous deux et que tu peux dès maintenant lui parler franco… à contrario, si tu te fâches avec lui à cause de ce genre de conneries, je suis sur que tu vas passer à coté de quelque chose et tu vas le regretter…

     

    Alors je ne vais pas sévir devant son « aveu » car, péché avoué, à moitié pardonné… et l’autre moitié du pardon tenant à son sourire… alors je continue, pudiquement…

     

    « Je vous ai vus partir… ».

     

    « Ah… » il s’étonne.

     

    Je ne trouve plus rien à dire. Soudainement je me sens triste. J’ai beau essayer de prendre du recul par rapport à tout ça, le fait d’en parler me remue les tripes. Thibault s’en rend compte.

     

    « C’était pas prévu, tu sais… ».

     

    « T’as pas à te justifier… » j’essaie de me dédouaner.

     

    « Je vois bien que ça te pose problème… ».

     

    « Et pourquoi ça me poserait problème ? ».

     

    « Nico… »

     

    « Quoi Nico? » je commence à m’échauffer…

     

    « Je vois bien que ce qui s’est passé samedi soir… ça t’embête… ».

     

    « Mais pas du tout… » je mens.

     

    Il sourit. Il se moque de moi. Il est beau à craquer. Il est charmant à ne pas pouvoir l’exprimer. Et en plus il touche juste. Il m’énerve. Je vais le tuer.

     

    « Nico… Jérém est mon ami… ».

     

    « Oui, et alors ? » je tente l’esquive car j’entrevois très bien où cette conversation va nous mener…

     

    « Je le connais un peu… » m’informe-t-il.

     

    « Oui… » je réponds à mi voix, en redoutant un brin ce qui va suivre. Je ne me trompe pas…

     

    « Alors je sais depuis longtemps que toi… et lui… ».

     

    Je me tais, je suis officiellement démasqué. Je ne sais pas comment réagir. Je garde les yeux rivés sur mon verre autour duquel mes doigts s’enroulent nerveusement.

     

    Soudainement je me rends compte que je viens de faire mon premier coming out… certes Elodie est au courant depuis un certain temps… mais Elodie ne compte pas, elle est hors compétition, on pourrait tenter de lui cacher un truc sur Mars qu’elle le capterait… alors, oui, en ce jour de juillet 2001, je viens de faire mon premier coming out… et rien de moins qu’auprès du meilleur pote de Jérém…

     

    C’est un coming out "en douceur", comme une évidence, puisque c'est Thibault lui-même qui m’a amené à me livrer. Il a juste su me mettre en confiance. Bien sur, il le savait déjà, ça n'a été qu'une simple "évidence" de le dire ce jour-la, a ce moment-la, car ça devait être dit tout simplement.

     

    Je savais que ce moment allait arriver, mais maintenant que c’est fait, j’ai l’impression que cela marque un tournant dans ma vie… le signe que quelque chose s'est terminé, comme si une page d'un livre collée aux autres venait de se tourner, qu'une étape est franchie et que désormais rien ne sera plus comme avant.

     

    C'est un sentiment étrange: un soulagement d'abord, et un sentiment bizarre de nostalgie pour ma vie "secrète" d'avant, quand personne ne savait. Cette vie secrète qui me rendait malheureux du fait de ne pouvoir me confier à personne, mais qui était aussi mon jardin secret, une partie de moi à qui je m’étais habitué tant bien que mal et à qui je tenais au fond… certes, j’ai rêvé de ne plus devoir me cacher, de pouvoir être moi-même, de me moquer du regard des autres…

     

    Et voilà que quand le moment tant attendu de me dévoiler arrive, je me surprend à éprouver cette sensation bizarre, une sensation qui me ferait presque regretter « mon monde d’avant », fait de cachotteries envers la terre entière... c’est comme si ce « truc », ce quelque chose de si différent en moi, ce truc qui était la partie la plus sombre de moi, la partie que je me suis employé pendant tout ce temps à cacher de toutes mes forces… oui, c’est comme si ce truc, une fois sorti de l’ombre et porté en pleine lumière, perdait toute sa valeur et ressemblait à quelque chose de tellement commun et banal… est donc si terrible d’être pd ? Ca valait dont tous les efforts produits et la solitude intérieure endurés pendant tout ce temps ?

     

    A ce moment, je me dis que j’ai franchi un cap et que je ne pourrais plus faire marche arrière, et que mon histoire avec Jérémie aussi va prendre une direction en quelque sorte inéluctable. Thibault est désormais dans la confidence et ça va forcement changer beaucoup de choses…

     

    Je ressens un mélange de gêne et de soulagement… peu à peu ce dernier prends le dessus, j’ai l’impression que dans ma vie quelque chose arrive enfin a son terme, a sa conclusion logique…

     

    « Nico… » je l’entends dire pendant que je suis saisi par l’agréable et touchante surprise de sentir la chaleur du contact de sa main sur la mienne, contact qui m’oblige à lever le regard et à rencontrer le sien ; et il continue : « t’as pas à être gêné… avec moi… ».

     

    Oui, je suis démasqué. Quelque part j’avais désirée cette conversation… je l’avais crainte… mais maintenant que c’est parti, je me sens soulagé. L’espace d’une seconde, j’ai basculé dans une nouvelle dimension où Thibault est devenu un confident, un ami. A qui j’ai envie de me livrer.

     

    « C’est pas facile, tu sais… » je finis par lâcher, comme sortant d’une apnée émotionnelle qui avait trop duré.

     

    « Je sais que c’est pas facile, ni pour toi, ni pour lui… » il tente de me rassurer.

     

    Ah, Thibault a l’air de savoir des choses… je m’emballe très vite…

     

    « Il t’a parlé, il t’a dit quoi ? » je m’enquête, curieux et impatient.

     

    « Il ne m’a rien dit… mais je sais pour vous… » precise-t-il

     

    « Comment tu sais ? » je demande, intrigué mais m’attendant quelque part à la réponse qui allait suivre.

     

    Il me regarde droit dans les yeux et… putain… il a vraiment des yeux à se perdre dedans… alors je m’y perds et à force de les regarder, un petit détail finit par frapper ma conscience… je l’ai déjà remarqué en d’autres circonstances, mais lorsqu’il sourit, on dirait que les paupières inférieures dessinent de charmants petits bourrelets tous mignons sous les yeux… c’est un truc gracieux que l’on voit le plus souvent chez les enfants ou les ados, lorsqu’ils sourient… ce petit détail donne quelque chose d’enfantin à son visage par ailleurs bien viril, avec une mâchoire carré et un duvet de barbe bien sombre, malgré qu’il soit en permanence rasé de près… et il est à craquer !!! 

     

    « Je l’ai su la première fois que je t’ai croisé sur son palier un soir que tu venais réviser chez lui… je me souviens d’avoir eu l’impression qu’il était très impatient que tu arrives, que ça lui tardait que je parte… et quand je t’ai vu arriver comme une furie, je me suis dit que tout cet entrain ne pouvait pas être que pour des révisions… par la suite, sans que Jéjé me parle vraiment de toi, à part du fait que vous révisiez ensemble, j’ai quand même eu l’impression assez nette que ta présence dans sa vie lui apportait quelque chose de positif… c’était bien la première fois que je voyais Jéjé prendre des études au sérieux… ».

     

    Pendant qu’il parle et que je bois ses mots, des mots que je reçois comme une caresse sur mon esprit ému, je réalise un truc que j’avais déjà remarqué par moments mais que à cette occasion, dans cette conversation loin du bruit de la boite de nuit, j’arrive à capter plus régulièrement… le beau mécano a un tout léger défaut de diction : c’est léger mais on l’entend quand même, comme si sa langue se posait tout le temps trop au fond du palais… ça se rapproche de l’expression « avoir un cheveux sur la langue » mais c’est très très léger et, une fois de plus, très mignon… je me fais la réflexion que les petits défauts de ce genre ont le pouvoir de rendre ce style de mec encore plus craquant… d’autant plus que, à coté de ça, sa voix est puissante, son débit de parole est celui d’un petit mec affirmé mais tout en retenue, le tout saupoudré d’une gentillesse de chaque instant… alors voilà, ce petit défaut lui donne un coté mignon, touchant et fragile en contraste avec sa virilité de jeune mâle… et ça, ça fait définitivement un mélange explosif…

     

     « Ensuite… » il continue «… j’ai commencé à te voir apparaître en boite lors de nos sorties… je t’ai vu parfois partir seul avec lui… je me souviens tout particulièrement du soir sur le parking de l’Esmé… je ne savais pas ce qui s’était passé ce soir là dans les chiottes, pourquoi il s’était battu, mais le fait qu’il ne veuille pas m’en parler m’a fait me poser plein de questions… ».

     

    J’ai l’impression que sa dernière phrase est autant une affirmation qu’un questionnement à mon adresse. Allez, le mec est en train de jouer cartes sur table, je lui dois bien ça…

     

    « Ce soir là… » je le coupe avec un petit sourire « … il est arrivé au bon moment… il y avait un mec bourré qui me cherchait des noises… il était plein comme une barrique et il voulait une gâterie… moi je ne voulais pas et si Jérém ne l’avait pas remis à sa place, il m’aurait cogné… il a été génial… fallait voir comment il l’a envoyé valser ce gros nul… il n’a même pas eu de mal… le sang sur son t-shirt venait du rapprochement entre le nez du mec et d’une porte de chiottes… ».

     

    « D’accord… » fait Thibault en affichant un air satisfait de connaître enfin la réponse à ses questions sur ce sujet.

     

    « Après… » continue le beau mécano «  … j’ai eu l’occasion de te côtoyer un peu… et j’ai senti à quel point Jéjé compte pour toi… j’ai vu comment t’as couru le voir à son job juste après qu’on s’est croisés la semaine dernière… je t’ai vu essayer de te cacher dans l’abribus pour le mater de loin… j’ai trouvé ça super mignon… et j’ai vu aussi Jérém heureux de te voir débarquer lors de son premier jour de travail… tout comme ça lui a fait plaisir quand samedi soir je lui ai annoncé sur la route du KL que très probablement tu allais être là… car je savais que tu allais y être… ».

     

    Ah, ce charmant Thibault… je réalise à ce moment ce qu’il a du ressentir le soir sur le parking de l’Esmé, lorsqu’il nous a regardé partir tous les deux… et, qui plus est, même pas pour un plan à quatre… ce soir là Thibault savait pertinemment que son pote et moi nous allions coucher ensemble… et je m’imagine bien ce qu’il a du ressentir, surtout si l’envie de partager une petite galipette avec son pote lui chatouillait l’esprit… je me rends compte que je n’ai pas de raison de lui en vouloir pour samedi dernier, car il n’a fait que côtoyer Jérém pendant une bonne baise… du moins c’est ce que j’espère… en tout cas ce garçon me touche… profondément…

     

    D’autant plus que ce jeune mec possède une qualité très rare à son âge, la capacité d’être en permanence à l’écoute des autres… son regard est sensible, pénétrant… j’ai l’impression que rien de ce qui se passe autour de lui ne lui échappe, son esprit est fin, perspicace… oui, ce mec voit tout, et c’est pour en faire le meilleur usage… tout dans son attitude est bienveillance, le mec semble naturellement attentif et attentionné vis-à-vis de son prochain, quel qu’il soit ce prochain… que ce soit Jérém (il est comme un frère avec lui), un pote (je l’ai vu avec des potes en soirée) ; que ce soit une connaissance comme je le suis, ou que ce soit un inconnu, j’imagine…, ce mec est toujours gentil, aimable, avenant, avisé, réfléchi, serviable… il sais observer, s’intéresser et s’adapter à chacun, il sait mettre à l’aise… il a toujours dans son escarcelle le sujet de conversation qui va bien… et un gars comme ça, ça vaut plus que son pesant d’or…

     

    En attendant, me voilà démasqué. Que faire maintenant ? Continuer à cartes sur table ou respecter le fait que son meilleur pote n’ait pas voulu lui parler de notre relation ? Je n’en sais rien… je meurs d’envie de me confier à lui… et puis de toute façon il sait déjà presque tout, alors je craque :

     

    « On ne peut rien te cacher à toi… » je finis par lâcher avec un petit sourire un peu intimidé en pièce jointe.

     

    Il sourit, l’air amusé de m’entendre mettre cela sur le ton de la rigolade… c’est un sourire qui a quelque chose de léger et enfantin, un sourire qu’il laisse gentiment rouler au fond de sa gorge, un sourire qui devient alors une pure caresse pour les oreilles et pour l’esprit… j’ai déjà dit que ce mec a quelque chose de profondément touchant ?

     

    « Depuis que vous… » il cherche ses mots, avec un léger malaise.

     

    « Depuis qu’on révise… » je l’aide.

     

    « Oui » il percute et enchaîne instantanément sur ma petite formule politiquement correcte « depuis vos révisions Jérém a changé… même s’il ne m’en a pas parlé, j’ai bien vu qu’il y avait du nouveau dans sa vie… je trouve que depuis quelques mois il a l’air mieux dans ses baskets… disons que sa vie est… comment dire… un peu plus rangée… du moins autant que ça peu l’être pour un mec dans son genre… j’aime autant le voir rentrer avec toi que le voir picoler toute la nuit… à coté de ça, je vois bien qu’il a du mal à composer avec ce qui lui arrive… je crois que ce qui se passe entre vous, il ne l’a pas vu venir… ça lui est tombé sur la tête et il en est encore un peu assommé… le fait qu’il n’ait jamais eu envie de m’en parler, alors qu’il m’a toujours tout dit, me laisse penser qu’il doit vraiment avoir du mal avec tout ça… ».

     

    Je ne me lasse pas d’entendre le son de sa voix et de recevoir la tendresse de ses mots. Ah que ça me fait plaisir d’entendre à travers la bonne parole de Thibault, que j’ai apporté quelque chose dans la vie de Jérém, même si ce dernier n’arrive ni à le formuler ni à l’assumer.

     

    Ah, ce petit, charmant Thibault… un petit mec de tout juste 19 ans, pourtant il émane de sa personne un charisme et une autorité qui s'expriment dans le moindre de ses gestes… alors, j’ai vraiment envie de croire à ses mots…

     

    « Je voudrais vraiment pouvoir penser que je représente quelque chose pour lui… » je finis par lâcher.

     

    « Il t’aime bien, Nico, je pense juste qu’il a du mal à l’admettre… ».

     

    « J’en sais rien… moi, tout ce que je vois, c’est qu’il m’appelle quand ça l’arrange et qu’il me jette quand ça lui chante… »

     

    « Tu ressens quoi pour lui ? » me demande-t-il à brûle pourpoint sans apparemment prêter attention à mes mots.

     

    Aaaahhh… voilà la question qui tue, simple, claire, sans détours, directe à l’essentiel, du pur Thibault… comment répliquer à cette question… ? Y répondre, équivaut à aller chercher et à raviver un ressenti que je tente d’enfouir depuis une semaine…  répondre à cette question va m’obliger à replonger dans « Le monde de Jérémie » à clore définitivement « La parenthèse inattendue avec Stéphane »… un bien, un mal, je ne sais pas…

     

    Tout ce que je sais c’est que, maintenant que j’ai mis le doigt dans l’engrenage, je vais être aspiré. Je vais devoir affronter mes démons, mon magnifique démon Jérémie… j’ai beau essayer de ne pas penser à mon beau brun, tant que je serai sur Toulouse, tant qu’il sera sur Toulouse, et maintenant que Stéphane sera loin, la proximité physique entre nos deux corps fera que je ne pourrais pas passer à autre chose… tiens, rien que cette ruse ridicule de passer et repasser en bus devant son taf juste pour le mater… si c’est pas con ça, ça donne quand même l’ampleur de ma maladie…

     

    Et encore, comment répondre à la question posée par Thibault, comment négocier pour sauver la chèvre et le chou, quand je repense aux mots d’Elodie… « … il y a juste un truc qui pourrait clocher… Thibault va être ton allié, à moins qu’il en pince lui aussi pour son pote… ». 

     

    Allez, Nico, balaie tout ça de ta tête et essaie d’avancer… répond à sa question, et sois franc avec ce mec… sois franc avec toi-même… 

     

    « Je ne sais pas par où commencer… » je concède. 

     

    « Tu es amoureux de lui ? »  

     

    Droit au but, juste, sans fioritures, comme une action de rugby. Le mec veut transformer l’essai. Oui, du pur Thibault. Encore. J’adore. Je respire profondément… j’ai du mal à me laisser aller…  

     

    « Je ne sais pas si je peux parler de ça avec toi… je pense que si Jérém ne t’en a pas parlé, c’est qu’il n’est pas prêt… tu es son meilleur ami, il t’adore… mais… ».

     

    « Je te demande juste ce que tu ressens… toi… pour lui… » il tranche net, le ton ferme, calme, rassurant, sa main se resserrant un peu plus fermement sur la mienne.

     

    Présenté comme ça, ça me parait déjà mieux… je sens que la tempête dans ma tête se calme un peu, que mes pensées se posent, arrêtent de s’entre choquer… oui, ma langue est prête à se délier… et au fond, elle n’attend que ça…

     

    « Je… » je n’irai pas plus loin, car son portable sonne. Le contact de sa main avec la mienne est rompu, et j’ai l’impression que la magie est partie. Le contact de ses mains puissantes me manque déjà… surprenante sensation qui n’est pas sans m’en rappeler une semblable sous certains aspects, la sensation d’abandon qui me saisit lorsque Jérém se dégage de mon intimité après avoir joui en moi…

     

    « Excuse-moi, je dois répondre, c’est important… » me lance-t-il tout en décrochant.

     

    « Allo… ». Affirmé mais cordial. Je pense qu’un de ces jours je vais l’appeler juste pour le plaisir d’entendre cet « Allo ! ». Hélas, lorsque je l’appellerai quelques semaines plus tard, ce ne sera pas pour de pareils bêtises, mais pour un sujet bien plus grave.

     

    Il parle avec un pote, ils parlent rugby, de la finale du tournoi, contre Blagnac, prévue pour le dimanche d’après. Il sourit, il blague, son visage s’illumine sous l’effet du bien être inconscient mais bien réel que lui apporte cette entente entre potes, cette complicité qui ressort même d’une conversation au tel dont je n’entends que la moitié des répliques… je vois, j’entends, je ressens deux potes qui se captent au quart de tour… et je trouve ça beau…

     

    Pendant qu’il est au téléphone, je profite pour encore mieux le détailler… décidemment sous son marcel gris qui a du connaître pas mal de passages à la machine, son torse massif ressort vraiment d’une façon plutôt spectaculaire… sans parler de ces quelques poils qui pointent au dessus de l’arrondi assez profond du marcel… et qu’est-ce que c’est beau aussi ces épaules découvertes se prolongeant dans des biceps à la musculature saillante, ces derniers supportant des bras puissants, aux veines apparentes, des avant bras à la peau finement poilue… et lorsque mon regard glisse jusqu’à sa main posée sur la table, il se laisse impressionner par sa grosse paluche de droite abandonnée à coté de sa bière, la gauche appuyant fermement le portable à son oreille…

     

    Et cette main puissante et harmonieuse, nonchalamment abandonnée sur la petite table, cette main qui me fait penser à celle du David de Miquel Ange, résume pour moi à elle seule la morphologie carrée et puissante du personnage… un physique tout en puissance mais en retenue, animé par un naturel gentil, sensible, touchant, voilà qui résume Thibault en quelques mots…

     

    Je repense à la blague de ma cousine lorsqu’elle m’a conseillé d’aller me confier à Thibault en me demandant si ça ne me « plairait pas de pleurer dans les bras musclés de Thibault plutôt que dans les bras frêles de ta cousine… »… ah, si Elodie, je confirme, j’aimerais bien me retrouver un de ces jours enserré dans ses bras puissants…

     

    Et puisque mon regard subjugué s’attarde sur sa main portant encore quelques traces légères de cambouis, je finis par remarquer une vieille cicatrice sur l’extérieur de l'index courant sur presque toute la longueur du doigt… ça, à mes yeux, c’est le genre de détail capable de rendre un garçon encore plus charmant, car un peu plus… mystérieux… oui, qu’est ce qui t’es arrivé, beau Thibault, ce jour là ? De quand date-t-elle cette cicatrice ? Un tout petit détail, parmi les nombreuses choses que j’ignore et que j’aimerais savoir de lui…

     

    La conversation au téléphone continue, le mot « Jéjé » est lâché à maintes reprises dans des phrases traitant de jeu de rugby que je ne comprends qu’à moitié… Jéjé… ainsi c’est sous ce petit diminutif que mon Jérém est connu de ses coéquipiers… ce n’est pas qu’un truc propre à Thibault… Jéjé est le mot de passe de mon beau brun dans la grande meute de leur équipe… Jéjé est le titre du mâle alpha… c’est un des éléments de leurs relations de mecs, d’une complicité que j’entrevois et qui me laisse rêveur…

     

     « Attend mec, j’attrape de quoi écrire » je l’entends dire à un moment. Et, ce disant, Thibault incline la tête pour coincer le portable entre l’oreille et l’épaule, ce qui fait ressortir encore davantage sa musculature du coté ou le cou est étiré… le beau mécano plonge sa main gauche dans la poche de son short et il en sort un petit calepin qu’il pose sur la table pour y noter ce qui ressemble à un numéro de téléphone…

     

    Et là, surprise… je remarque un autre petit détail qui a pour moi une importance presque capitale… voilà… le beau Thibault est gaucher, un détail qui, pour une raison inexplicable, le rend encore plus sexy à mes yeux… un petit détail, qui revêt pour moi l’importance d’un trait essentiel qui compose l’univers inconnu de ce garçon…

     

    La conversation au téléphone prend fin, et le beau mécano replonge son regard vert marron dans le mien. Je fonds.

     

    « Excuse-moi… » me chuchote-t-il en remettant ses mains autour des miennes. Il attend que j’aille au bout de ce que j’avais entrepris. Je décide d’y aller franco. Advienne ce qui peut.

     

    « Je suis fou de lui… ».

     

    Une simple question, une réponse simple. Et mon cœur se fend. C’est lâché. Je suis fou de lui. Je le suis toujours. Je passe aux aveux. Devant Thibault. Et devant moi avant tout. La tristesse m’envahit. Une partie de moi savait que c’était une bêtise d’aller à la rencontre de Thibault. Au fond je savais que cette conversation allait avoir lieu. Et je savais qu’elle allait me replonger dans le gouffre sans fond de cette relation malheureuse… je savais que la lancée et la détermination du dimanche après midi auraient étés éclipsés par la lumière aveuglante de mes sentiment pour le beau brun une fois que ces derniers auraient été déterrés par une question de ce genre… une simple question et tout remonte en moi… une simple réponse et je me sens replongé dans l’angoisse d’un amour impossible…

     

    Si dur, si frustrant, si humiliant d’admettre que malgré ma colère face à son comportement à la con de samedi dernier ; malgré ce dimanche après-midi où j’ai cru découvrir un nouveau moi, envisager un nouveau demain sans Jérém, découvrir une tendresse qui m’a fait tant de bien, des câlins qui m’ont comme fait renaître, des mots qui m’ont donné des ailes : oui, malgré tout ce qui s’est passé depuis une semaine, mes sentiments pour Jérém sont toujours là, aussi vifs et puissant que jamais… j’en suis secoué… j’ai envie de pleurer car je suis en train de tourner le dos à l’amour que Stéphane m’a offert. Je trahis tout le bonheur de dimanche dernier. Je trahis Stéphane. Je me trahis moi-même… cette fois-ci c’est définitif…

     

    Rien ne passe inaperçu au charmant Thibault. Ses mains se resserrent un peu plus autour des miennes, elles disparaissent carrément dans les siennes. La chaleur de ses paumes irradie sur ma peau et ça me donne du courage.

     

    « C’est ton premier ? » finit-t-il par me demander.

     

    « Oui, mon premier… » j’admets, touché et ému.

     

    « Tu es heureux, Nico ? » me demande-t-il, direct, adorable.

     

    « Je n’en sais rien… » je marque une pause pendant la quelle je parviens si bien que mal à retenir mes larmes et je continue « quand je suis avec lui, je suis bien, mais lui il veut juste coucher avec moi… ».

     

    « Et toi tu voudrais plus… » devine-t-il.

     

    « Pas me marier avec, mais un peu de… » je ne sais pas comment définir ce que j’attends de Jérém, surtout devant Thibault.

     

    « Un peu de tendresse ? » il me devance.

     

    « Oui… juste pas me faire foutre à la porte dès que c’est fini… quand je suis avec lui, je suis bien, mais quand je rentre chez moi, je me sens mal… tu comprends… »

     

    « Oui, très bien… » et il continue « … malgré tout, tu sais, Nico, je crois vraiment que Jérém t’aime… bien… à sa façon, certes, mais il t’aime bien… il ne me l’a jamais dit, mais je sais que tu comptes pour lui… je le connais un peu et certaines choses me sautent aux yeux… ».

     

    « Bah, il devrait le montrer un peu plus alors, car moi je ne vois qu’un mec qui a envie de tirer son coup et qui me jette juste après… »

     

    « Je comprends, ça ne doit pas être facile à vivre pour toi… »

     

    « Non, je te confirme… » je lâche ; un instant plus tard, je coupe court « de toute façon il va partir, alors c’est pas la peine de continuer à se faire du mal… ».

     

    « Putain… ça, oui… je te jure… » assène-t-il en prenant un ton soudainement emporté « … c’est vraiment trop con qu’il veuille partir… ».

     

    Ah, si c’est pas touchant ce beau Thibault qui me fait cette sortie inattendue venant tout droit du profond du cœur, un grand cœur que je découvre touché, blessé. Je suis surpris. Je croyais que dans sa tête c’était réglé. Mais je suis con, bien sur, ils sont potes depuis l’enfance, bien sur que leur amitié va lui manquer… comment j’ai pu ne pas penser à cela… l’amitié et l’amour, deux sentiments si proches… entre l'amour et l'amitié… il n'y a qu'un lit de différence…

     

    Il fallait entendre comment il a appuyé sur le mot « vraiment » avec un ton presque enfantin, comme un gosse qui s’exclamerait « c’est pas juste », un gosse confronté à une injustice qui le prend aux tripes et qu’il se sent cruellement impuissant à l’éviter, un gosse mis devant des événements qu’il est condamné à subir… si c’est pas mignon ce contraste entre son physique de beau mâle puissant et cette sensibilité à fleur de peau, cette angoisse de perdre le pote qui représente tellement à ses yeux, tellement que c’en est émouvant…

     

    Il marque une pause, le temps d’évacuer la colère sans cible véritable que j’ai sentie surgir de ses derniers mots ; et il continue, sur un ton un peu plus apaisé mais ému :

     

    « Putain… il va vraiment vraiment me manquer ce petit con, si tu savais… Jérém n’est pas qu’un pote pour moi…

     

    [Je sens soudainement la panique submerger mon esprit, l’alarme rouge d’alerte maximale retentit dans ma tête… tu veux dire quoi par là, Thibault ? Elodie a donc raison ? Toi aussi tu en pinces pour lui ? Vous n’avez quand même pas couché ensemble ? Calme toi, Nico, calme toi… laisse le parler… laisse lui le temps…].

     

    « … Jérém est comme un frère pour moi, un jeune frère, même si on a le même âge… [aaahhh, j’aime déjà mieux ça…]… on a tout vécu ensemble, depuis la toute première enfance jusqu’à aujourd’hui… on a connu de bons moments, mais aussi des moments difficiles… c’est vraiment mon meilleur pote et il compte énormément pour moi… et ça me fait chier, chier, chier… si tu savais, de penser que je ne vais plus le voir tous les jours, et qu’on va peut-être se perdre de vue… ».

     

    Il boit une gorgé de bière et il continue :

     

    « Je sais que Jérém est un homme désormais… un homme qui n’a besoin de personne pour vivre sa vie… mais moi je sais que ce petit bout d’homme a tendance à perdre pied lorsque ses démons refont surface… un verre de trop et tout peut partir en vrille… quand il sera loin, je ne pourrai plus l’empêcher de boire le verre de trop, l’empêcher de conduire quand il l’a quand même bu, ce verre … je ne pourrai plus l’empêcher de se bagarrer… car lorsqu’il est un peu rond, Jérém est le genre de mec qu’on a pas besoin de trop chercher pour le trouver… j’ai longtemps espéré qu’il trouve une fille assez forte pour le garder, une fille capable de le driver… mais Jérém n’est pas facile à vivre… et surtout ce n’est pas le genre de mec qui se fixe, surtout pas si jeune… ».

     

    Je lui souris timidement. Je suis vraiment touché par ses mots. Il marque une pause, il respire profondément et il finit par continuer :

     

    « Et puis, un jour t’es arrivé… et là j’ai vu Jérém retrouver petit à petit les commandes de sa vie… c’est pour ça que j’ai été content quand j’ai compris ce qui se passait entre vous… tu sais, jamais je ne l’ai vu… réviser… aussi longtemps avec la même personne… ».

     

    Aaaaahhhh, je sais… je me rappelle maintenant pourquoi je me suis dit que je devais aller voir Thibault, et j’ai eu raison ! Je suis touché… presque coulé… ses mots me font un bien fou…

     

    « Ce que tu me dis me fait chaud au cœur… » je lui réponds « mais ce mec est ingérable… je ne sais jamais s’il a envie de me voir, comment il va réagir… tiens, l’autre jour lorsque tu m’as appris qu’il bossait rue de Metz, j’ai de suite eu envie d’aller le voir… mais j’avais super peur qu’il m’envoie bouler en me voyant arriver… si tu ne m’avais pas gaulé à l’abribus, je me serais contenté de le regarder bosser… ».

     

    « T’es vraiment bien atteint… » il rigole avec un sourire à la fois lumineux et ému qui me donne des frissons.

     

    « Je te l’ai dit… je suis grave… » j’admets, toujours entre gêne et soulagement.

     

    « Tu sais… » enchaîne-t-il un peu plus sérieusement «  Jéjé peut se comporter comme un parfait petit con… je le sais… mais au fond c’est un bon gars… ».

     

    « Je le pense aussi… mais c’est dur, trop dur de l’aimer… »

     

    « Tu l’aimes vraiment, Nico ? »

     

    « Oui, je crois que je l’aime vraiment… mais je n’ai pas le droit de le lui monter… dès que je lui montre un peu d’affection, il me jette comme du poisson pourri… et ça me fait un mal de chien…».

     

    « Je te comprends, Nico… »

     

    « J’en peux plus, je suis à bout de forces… » je finis par balancer.

     

    « Je sais qu’il peut être très dur, même méchant, qu’il fait souvent n’importe quoi… je pense qu’il ne veut pas que tu t’attaches car il a surtout peur de s’attacher à son tour… d’abord… un mec comme lui, un mec qui a tombé plus de nanas qu’il peut en contenir son répertoire téléphonique, si seulement il prenait la peine de le faire… un mec dont la réputation n’est plus à faire, et qui se découvre un penchant pour un autre mec… ».

     

    « Je vois, oui… » j’admets.

     

    « Ensuite… » il continue « …je crois que je t’en ai déjà un peu parlé… Jérém a trop souffert du sentiment de l’abandon de sa mère, et aujourd’hui encore il ne sait pas s’attacher aux gens, il ne veut pas, au fond de lui il doit avoir peur de les perdre… ».

     

    Jérém en fait applique un précepte de Maître Yoda, lorsqu’il dit a Luke : "Apprends a renoncer a ce que tu as peur de perdre"…

     

    « Bien sur… » continue le beau mécano « tu es un mec, ce qui complique encore la tache, mais si ça peut te consoler, jamais je ne l’ai vu amoureux d’une nana… jamais… et jamais une de ses relations n’a duré autant que la votre, si houleuse soit-elle… je sais qu’il tient à toi, Nico, et je pense qu’il serait réellement malheureux s’il devait te perdre… ».

     

    Ça y est Thibault, c’est ce que tu voulais ? Voilà, t’as réussi à me faire chialer…

     

    J’ai la gorge nouée, je n’arrive plus à parler. Une de ses mains se décolle de l’étreinte autour des miennes, son pouce se pose tout doucement juste en dessous de mes paupières, l’une après l’autre, pour essuyer le flot de larmes qui glissent sur mes joues… ce petit contact est aussi doux que s’il m’avait serré dans ses bras… d’ailleurs, je suis à deux doigts de me lever et de me jeter vraiment dans ses bras… je ne sais pas ce qui me retient, à part peut-être le fait que nous ne sommes pas seuls en terrasse…

     

    Il me sourit, son regard est ému, ses lèvres ont l’air de trembler… ses yeux aussi… j’ai l’impression qu’il se retient de justesse… un instant plus tard il me chuchote :

     

    « Ne pleure pas, Nico, s’il te plait… ».

     

    Il reboit une gorgée de bière et il enchaîne :

     

    « Tu comptes beaucoup pour lui, beaucoup plus qu’il ne te le montre ou qu’il veuille l’admettre à lui-même… cette relation qui au départ, dans sa tête, je pense, ne devait être que… physique, a pris petit à petit des proportions inattendues… il est débordé par ce qui se révèle en lui… ».

     

    « De toute façon, il m’oubliera vite… je crois bien qu’il a déjà commencé à m’oublier… ».

     

    « J’en suis pas si sur… je pense que ça doit trotter dans sa tête aussi… ».

     

    « Quoi donc ? ».

     

    « Ton départ, son départ… ».

     

    Je frissonne. Je tremble comme si j’étais en t-shirt en Sibérie. Si seulement il pouvait dire vrai.

     

    « Jérém n’est pas un mec très expressif, tu sais… » il finit par enchaîner « et quand il a mal, au lieu d’en parler, il cogne d’abord… je veux dire, il devient mauvais… ça peut paraître con, mais c’est sa façon de se protéger… il est perdu en ce moment… il se cherche… mais il a vraiment besoin de toi… ».

     

    « C’est pour ça que samedi il m’a jeté et qu’il a préféré se faire ce plan avec… » je m’insurge.

     

    « Tu sais, Nico… » me coupe-t-il net avant que je termine ma phrase « … je crois vraiment que ce qui s’est passé montre à quel point il se cherche, à quel point il se voile la face… ».

     

    « Je l’ai vraiment dans la peau, mais il y a des fois où il me fait trop mal… »

     

    « Je te promet que ce gars en vaut la peine… ».

     

    « Je sais pas… » c’est tout ce que je trouve comme réponse.

     

    « Si tu l’aimes vraiment, tu ne dois pas baisser les bras… c’est vrai qu’il va peut-être partir à la rentré, et toi aussi, mais il vous reste deux mois pour vous faire du bien… ce serait dommage de gâcher ce temps… ».

     

    « Oui, je l’aime vraiment… » je finis par admettre.

     

    Voilà, j’ai répondu à sa question. A ses questions. Je ne voulais pas le dire, car dès que l’on énonce quelque chose, il devient plus vrai. Je me suis fait avoir. Bien joué Thibault, petit coquin… Mais comment me contenter de répondre à cette question sans avoir envie de poser la même question dans l’autre sens au cas où le beau mécano en saurait ou il en devinerait quelque chose des sentiments que Jérém pourrait avoir pour moi…

     

    Thibault a affirmé à plusieurs reprises que Jérém tient à moi, et qu’il n’est peut-être même pas conscient à quel point… que je pourrais lu manquer si nos vies se séparent… qu’il cogite sur notre éloignement à venir… tout cela me fait si chaud au cœur… et voilà que cette sensation de bien être, cet espoir, cette force que le beau mécano a su imprimer en moi, font que je n’ose plus poser LA question qui brûle mes lèvres… une question pour laquelle il n’aurait par ailleurs pas la réponse, étant donné que même le direct intéressé ne doit pas l’avoir non plus…

     

    Alors, voilà, mon petit Thibault, je ne te poserai pas la question qui me tourmente l’esprit par-dessus toutes, la question de savoir qu’est ce que Jérém ressens pour moi… et je ne te poserai pas non plus, pas aujourd’hui du moins, une autre question dont la réponse pourrait se révéler fâcheuse pour notre amitié naissante… à savoir… et toi, beau Thibault, tu ressens quoi au juste pour ton pote Jéjé ?

     

    « Tu es vraiment touchant, Nico, Jéjé a de la chance de t’avoir… » me rassure Thibault. Le contact de la paume de ses mains avec le dos des miennes, le contact avec cette chaleur d’homme a le même effet sur moi qu’un feu de cheminée… elle me chauffe le cœur, elle m’apaise…

     

    « Tu parles… » j’essaye de me défendre  « … je ne sais même pas comment un mec aussi beau peut s’intéresser à moi… » je lui confie.

     

    « Mais t’es beau garçon, Nico et t’es adorable… ».

     

    « Merci, toi aussi t’es beau garçon… et en plus tu es un mec bien… » je laisse échapper.

     

    Nos regards s’accrochent, s’aimantent l’espace d’un instant, un instant d’éternité… aaaahhh… qu’il est beau et sexy et sensuel et adorable ce garçon… il émane de lui une « virilité tranquille » dans laquelle on a envie de se perdre… 

     

    Et puis, à un instant, j’ai comme l’impression que son regard pénétrant arrive à lire au plus profond de moi, à percevoir l’attirance que je ressens pour lui… je suis sur le point de couper le contact, de décrocher mon regard du sien lorsque je crois voir dans le sien quelque chose de troublant… se yeux me fixent intensément, avec une douceur qui me fait fondre… et je ne sais plus comment me sortir de ce doux malaise… 

     

    « Je dois y aller… » finit par couper court le beau mécano, avec un sourire tout gentil et lumineux.

     

    « Moi aussi… » je réponds.

     

    Il relâche l’étreinte autour de mes mains, il finit la dernière gorgée de sa bière et il me lance :

     

    « Ça me fait plaisir que tu sois venu me parler… je te trouve sympa comme mec… j’aimerais bien qu’on devienne amis… »

     

    « Le plaisir est pour moi… moi aussi je te trouve sympa… on se reverra, t’inquiète… ».

     

    « Tu y seras demain soir, à la soirée du bac ? » me lance-t-il.

     

    Il sait tout. Les deux potes parlent entre eux.

     

    « Oui… » je lui confirme.

     

    « Je ne sais même pas si Jérém va y être, il ne bosse pas ? ».

     

    « Il va y être… cette semaine il a fait un tas d’extras pour avoir sa soirée… » me répond-il.

     

    Ah, il va être là… c’est officiel… je me sens piqué à vif… je sens mon inquiétude me rattraper, grandir, me déborder… ça doit se voir, je ne sais pas cacher mes ressentis… mais le beau mécano est là, avec le mot juste, comme d’hab…

     

    « Nico… ne te prends pas la tête… ne pense pas à comment ça va se passer, de toute façon ça ne se passera jamais comme tu l’as imaginé… détends toi, écoute ton coeur, sois toi-même… tu sauras comment tu dois faire quand le moment se présentera… ».

     

    Quand je dis que ce garçon est pétri d’une sagesse incroyable pour son jeune âge…

     

    « Tu as raison… » je finis par lâcher.

     

    « Je sais que tu sauras gérer… » et il enchaîne, un beau sourire, un de plus, en bonus « … je crois en toi, Nico… ».

     

    Je souris, touché.

     

    « On se verra à l’Esmé, alors… » m’informe-t-il.

     

    C’est cool si Thibault va être de la partie… je sens que si Thibault est là, ça devrait mieux se passer…

     

    « Ce serait cool… » je réponds.

     

    Thibault est déjà debout. Je bois la dernière gorgée de ma bière et je me lève à mon tour. Il me serre la main. Et au même temps, voilà que son autre main se lève et me tape deux fois sur l’épaule, fermement, chaleureusement, amicalement… sensuellement. Son regard se pose dans le mien. Je me sens dériver. Je me noie dans ce regard vert marron, je me perds dans ces pupilles transparentes, je me mets à rêver devant ce regard derrière lequel se cache tout un monde merveilleux, les envies, les craintes, les désirs, les peurs, les espoirs, les joie et les tristesses, en un mot, tout ce que compose la vie toute entière, mystérieuse et inconnue, captivante d’un beau garçon.

     

    Et puis, surprise… tout se passe très vite, au point qu’il me faut un instant pour comprendre ce qui m’arrive… rien de très grave, mais assez fort pour provoquer en moi un frisson puissant… sa main se resserre autour de mon épaule, je vois son buste avancer, je sens un léger parfum de déo de mec mélangé à l’odeur d’un savon dégraissant envahir mes narines… Thibault se penche vers moi, son visage s’approche du mien, ses lèvres se posent sur ma joue, puis sur l’autre… une bise… la chaleur de son visage, combiné à la sensation très virile de sa barbe naissante me fait vibrer…

     

    « On est potes maintenant… » il me chuchote à l’oreille, comme pour me rassurer et pour me mettre à l’aise une fois de plus.

     

    Oui, on est potes, mais là tu prends un risque sérieux, mon Thibault, le risque que je te saute dessus sans autre forme de procès !!! Tu ne te rends même pas compte…

     

    Ahhhh, la bise, ce geste qui se veut si anodin, si virilement affectueux, entre potes… et qui l’est en effet, la plupart du temps… c’est un geste que j’ai vu s’échanger parfois entre beaux gosses, nonchalamment, le plus naturellement du monde, des beaux gosses bien dans leurs baskets et que personne ne songerait à traiter de « pd » pour cela ;  un geste d’amitié et de complicité virile entre garçons, un geste qui a cependant toujours été pour moi très évocateur, qui a souvent fait remonter en moi des fantasmes de promiscuité, d’ambiguïté entre bogosses me laissant imaginer toute une complicité sensuelle qui s’y cacherait derrière… oui, la bise, voilà un geste que jamais je n’aurais le cran de proposer à qui que ce soit de mon même sexe… de peur qu’on puisse justement me traiter de « pd »…

     

    C’est la première fois que je reçois la bise de la part d’un garçon. Et d’un beau garçon, qui plus est. Et ça me file des frissons… tout comme sa petite phrase « On est potes maintenant… » qui me va droit au cœur…

     

    « A samedi… » il me lance en me quittant avec un sourire à faire fondre la banquise.

     

    « A samedi… » je lui retourne, abasourdi.

     

    « Ne le lâche pas, Nico… » il me chuchote en partant.

     

    Je lui souris, sans trop savoir quoi lui répondre.

     

    Je le regarde s’éloigner en direction de la gare en repensant toujours et encore aux mots de ma cousine… je me dis que, comme toujours, elle a raison… avoir un pote comme Thibault, loyal, solide, gentil et attentionné, va me faire un bien fou…

     

    Je rentre chez moi, je prends une douche, je dîne vite fait. J’écoute de la musique, je zappe un peu sur les 5 chaînes télé et je me laisse brancher par la finale de Loft Story… de niaiserie en niaiserie, de pub en pub, le temps de voir Loana et Christophe remporter cette première saison, la soirée m’est glissée entre les doigts. Je me mets au lit vers minuit.

     

    Les longues heures de course sur le Canal ont un effet bénéfique sur mon corps. Mes muscles sont épuisés, je sens une douce fatigue s’emparer de mes membres… ça commence dans mes jambes, ça remonte dans mon ventre, ça avance jusqu’à mes épaules, ça redescend au long de mes bras et ça finit par atteindre mon cerveau, mon esprit… mes yeux deviennent lourds, je sens que le marchand de sable arrive à grand pas, je pense que je vais m’endormir vite…

     

    La rencontre avec Thibault a, quant à elle, un effet bénéfique sur mon esprit… ses mots, ses regards et ses gestes ont provoqué en moi tout un ensemble d’émotions qui m’ont secoué en profondeur… je me sens serein, presque heureux… car je vais m’endormir en m’accrochant à la rassurante sensation d’avoir un pote maintenant… et pas n’importe quel pote… le meilleur ami du mec que j’aime et qui semble bien intentionné à me soutenir, à m’aider… à nous réunir… c’est bon de penser que je peux compter sur quelqu’un pour me guider dans le voyage, dans l’odyssée qui m’attend avant d’atteindre mon Ithaque à moi, ce lieu lointain et dont la route est semée d’embûches, qu’est le cœur du beau brun…

     

    Mon beau brun… la rencontre avec Thibault n’a fait que jeter de l’essence sur un feu qui ne s’est jamais éteint dans mon cœur… j’ai cru pendant un temps que je pourrai arriver à le contenir, à l’éteindre… mais mon amour pour Jérém est le genre de brasier si débordant que le seul moyen de l’éteindre, c’est de le laisser flamber et se consumer tout seul… à rien ne sert de tenter de l’étouffer, il ne s’arrêtera que le jour où il n’y aura plus rien à brûler… et pour l’instant, je sens que ça brûle toujours et encore et que ce n’est pas prêt de s’éteindre au fond de moi…

     

    Ou est donc passé le « feu sacré » de ce dimanche soir qui sur le moment a m’a semblé balayer tout sur son passage ? Ou sont donc partis mes propos de ne plus me laisser faire, de reprendre le contrôle de ma vie ?

     

    En commençant à me branler dans mon lit, je retrouve dans ma tête le tourbillon images qui m’a cueilli la veille à la gare lorsque je buvais mon café assis sur un banc dans le hall devant le tableau d’affichage des trains… Stéphane, Jérém, Jérém, Stéphane…

     

    Stéphane, l’adorable garçon qui m’a fait découvrir ce qu’est faire l’amour… Jérém qui m’a fait découvrir le plaisir de la baise avec un étalon dominant… Stéphane qui m’a montré que les câlins c’est trop bon… Jérém qui refuse toute tendresse… Stéphane le mec qui m’a appris que j’aime jouir comme un mec, Jérém le mec qui m’a appris à quel point c’est bon de me faire baiser… Stéphane que je trouve touchant, Jérém que j’ai dans la peau… Stéphane charmant et adorable, Jérém le petit con ultrasexy à gifler… Stéphane calme et posé, gentil, rassurant… Jérém impulsif et sanguin, imprévisible, parfois agressif… Stéphane attentionné, doux, Jérém dur, parfois brutal… Stéphane avec qui l’amour est partage, Jérém pour qui il n’y a que son plaisir qui compte… Stéphane sexy et adorable, fougueux et généreux, Jérém sexy et odieux, macho et égoïste… Stéphane avec qui tout parait possible, Jérém avec qui il n’y a que la baise de possible… Stéphane qui me respecte, Jérém qui fait de moi ce qu’il veut… le regard doux et bienveillant de Stéphane, le regard viril et fuyant de Jérém… Jérém la baise, Stéphane l’amour, Stéphane la balade au Jardin des plantes, Jérém la baise à la piscine… le risotto… la baise au terrain de rugby… le dvd d’Aladdin… la baise dans les chiottes du lycée… me sentir bien dans les bras chauds de Stéphane, me sentir bien défoncé par la queue bien chaude de Jérém… le t-shirt blanc de Jérém… la serviette verte de Stéphane… Jérémie qui provoque mes larmes, Stéphane qui tente de soigner mes larmesles images s’enchaînent et s’accélèrent dans ma tête, ça va si vite que j’ai du mal à gérer… je me perds, j’en ai la tête qui tourne… Stéphane (où est-t-elle passé la magie de dimanche dernier ?), Jérém (il y a quoi au juste entre Thibault et Jérém ? - cette fois-ci le disque de ma mémoire a sauté l’espace d’un instant sur une scène dans la section bonus, avant de revenir dans la lecture principale) Stéphane, Jérém… Jérém, Stéphane et…  

     

    Paf !

     

    Ça bogue méchamment… tout se bloque à nouveau dans ma tête, les images s’arrêtent, plus de signal, l’écran est noir, comme si le disque était endommagé et que la lecture plantait toujours au même point… c’est là que je retrouve la petite voix se fraye un chemin dans ma tête… elle chuchote quelque chose… c’est un tout petit message, mais il est si dur à admettre… je secoue la tête, je tente de la faire taire… je me lève, je marche, j’arrive à la distancer un peu, mais elle me suit de près… je fais semblant de ne pas l’entendre, mais elle ne me lâche pas… j’ai passé toute cette journée de vendredi à essayer de la fuir, mais le petite voix a pris du coffre et maintenant elle crie presque dans ma tête… et la rencontre avec Thibault a vraiment remis de l’essence sur les braises…

     

    Oui, ce qu’elle me dit, cette petite voix, c’est que tout ce qui s’est passé dimanche dernier, est si fort, si beau, que je n’ai vraiment pas envie de l’oublier… ça, je n’ai pas de mal à l’admettre…

     

    En revanche, là où j’ai plus de mal, c’est lorsque cette petite voix insiste à dire, redire et à répéter qu’au final, ce que j’ai vécu avec Stéphane, j'aurais tellement voulu le vivre tel quel avec Jérém… 

     

    Oui, c’est en jouissant qu’on voit enfin cette vérité qui nous fait peur, cette vérité en images que l’on s’entête naïvement à essayer de cacher à nous même mais qui nous lâche pas d’une semelle tant qu’on ne l’aura pas acceptée. 

     


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