• 42.3 Soirée au KL. Ma chambre. Blagnac. Sesquière. Elodie. Amélie. Thibault.

     

    Pendant que je lâchais les vannes de mes mots pour les laisser exprimer les plus profonds de mes désirs, j’avais remarqué à plusieurs reprise que ses sourcils semblaient se soulever soudainement sur l’effet de certains de mes mots, sous l’effet de l’excitation… son visage se tournait alors légèrement vers moi… c’est dans ces moments là qu’il m’arrivait de croiser un petit regard en biais, émoustillé mais limite incrédule par ce qu’il entendait… je crois que j’aurais été incapable de soutenir son regard pendant que je lui balançais tous ces trucs de dingue… je pense que j’aurais pas osé, que la honte aurait coupé mon élan… pourtant, à la vue de ses réaction au fil de mes phrases, j’avais eu l’impression que mes mots le rendaient fou…

    Oui, pendant toute ma tirade, Jérém  n’a pas prononcé un mot. Et là, devant la pause que je marque après la dernière phrase, il finit par me balancer :

    « T’es vraiment une salope… »

    Je reviens à la charge :

    « C’est que j’ai trop envie de toi… j’ai envie que tu me jouisses partout… j’ai envie que tu me baises… comme tu en as envie, autant que tu en as envie… »

    « … et là où tu veux… » je finis par lui balancer avec un geste de la tête en direction de l’entrée des chiottes du KL.

    Un sourire coquin et arrogant s’affiche alors sur son visage. Je sais qu’il se prépare à me balancer un truc puissant…

     

    Plus tôt cette semaine là…

     

    Après avoir vu Jérém en serveur sexy à la terrasse de la brasserie rue de Metz ; après les confidences de Thibault pendant que mon beau brun voltigeait comme un chef entre les tables ; après sa façon de prendre congé, avec sa poignée de main accompagnée d’une une petite tape, presque une caresse faite de l’autre main sur mon épaule ; après son regard intense, fixement posé dans le mien pendant un long instant ; après son sourire doux et un peu triste, agrémenté d’un petit clin d’œil lancé après la fermeture de la porte à soufflet, juste avant que le bus ne démarre… après tous ces petits détails, ces petits « riens » semblant exprimer tant de choses non dites… après cette sensation qui me donne des papillons dans le bas ventre, l’impression d’avoir gagné un nouveau copain… un copain qui est aussi, accessoirement, le meilleur pote du mec que j’aime…

    Après tout ça, ça n’étonnera personne que ce soir là en rentrant chez moi je puisse ressentir un trop plein d’émotions… déjà, j’ai besoin de me taper une bonne branlette pour me calmer… ensuite, j’ai besoin de rembobiner et de passer tout cela au ralenti… et pour finir, j’ai besoin d’appeler Elodie pour « refaire le match » avec elle… une fois chez moi, ce programme chargé sera exécuté exactement dans l’ordre énoncé…

    Oui, d’abord une bonne branlette… un petit plaisir solitaire qui réjouit le corps et apaise l’esprit…

    Je tourne la clef dans la serrure de la porte de ma chambre. Pour une bonne branlette, il faut de la tranquillité. Je descends le store de la fenêtre. Une lumière discrète est un autre bon préalable pour une séance de masturbation réussie. Je me débarrasse de mes baskets, je pose mon t-shirt, j’enlève mon short et mon boxer… je m’allonge sur le lit, nu…

    Pendant que je me désape, je repense à Jérém et de Thibault en train de déconner à la terrasse de la brasserie, tous les deux sexy comme ça devrait être interdit de l’être… ils sont trop sexe tous les deux… tu les regardes et tu te dis : ça ce sont des vrai mecs… et des mecs comme ça, moi ça me donne trop envie de baiser… et de me branler, faute de mieux…

    Oui, faute de mieux… quoi que… une branlette bien faite peut-être bien plaisante… oui, une bonne branlette menée à son rythme, dans le calme de son lit, c’est une façon de prendre soin de son corps… pendant une branlette, le mental libéré de la présence d’un partenaire sexuel, on peut prendre la liberté de ramener à soi toutes les images excitantes que notre fantaisie sait nous fournir…

    Par exemple… pendant ma branlette je vais pouvoir non seulement déshabiller mon beau serveur, le sucer comme un malade avant de me faire baiser et le faire jouir dans mon ti trou… je peux également me payer le luxe de déshabiller Thibault et de découvrir, par l’imagination, sa nudité, son intimité… oui, en me basant sur les observations relevées à partir de ses t-shirts, de ce qui est caché et de ce qui dépasse, je l’imagine nu… et je me dis que ma cousine a bien raison… ce mec est craquant et plus que ça… ce mec est terriblement baisable
    Depuis que j’ai quitté Thibault, j’imagine et je savoure cet instant de plaisir solitaire… je ne me suis pas encore touché nulle part mais rien que le fait de me déshabiller, de sentir le coton de mon t-shirt frotter contre la peau de mon torse avant de la quitter, ça m’a filé la trique… je décide d’y aller tout doucement, j’ai envie de faire durer l’excitation et de retarder le plaisir…

    Je caresse mes abdos, si on peut parler d’abdos à propos de mon ventre plat, certes, mais qui fait pâle figure face à la plastique sculptée de mon beau brun… la paume de ma main fait des cercles autour de mon nombril comme pour apaiser l’excitation que je ressens dans mon bas ventre… ma queue est tendue au max… elle demande des caresses que je lui refuse… j’enduis mes doigts de salive et je les envoie caresser mes tétons… dans l’état d’excitation qui est le mien, ce contact me fait frissonner…

    Mon excitation monte d’un cran… comme animée par un réflexe de « survie », une espèce de « sexual healing », ma main gauche finit par atterrir sur ma queue (je suis droitier, mais pour un étrange mystère, voilà que pour ce genre d’opération je deviens gaucher…)… je caresse mon gland tout doucement, mon pouce et mon index se rejoignent pour former comme un anneau pile à la taille de ma queue… c’est en me disant que la nature est bien faite que je commence à me branler tout doucement…

    Dès le mouvement amorcé, mon cerveau accélère les images excitantes et en appelle d’autres… des souvenirs de baises avec Jérém… Jérém qui m’ordonne de le sucer lors de notre première révision… moi à genoux devant lui, devant son putain de t-shirt blanc moulant sexy à crever… Jérém qui m’annonce qu’il va jouir et qu’il veut que j’avale son jus… Jérém qui me baise mais qui jouit sur ma rondelle… Jérém qui me baise devant le miroir de la salle de bain et qui jouit en moi… Jérém qui se paie le cul de son cousin et le mien l’un après l’autre… Jérém qui finit par jouir entre les fesses de son con de cousin…

    Jérém pendant les dernières révisions avant le bac, Jérém dont la seule envie est de se faire sucer et me jouir dans la bouche trois fois par jour… Jérém, puissant comme un petit taureau, qui me baise partout, qui me baise comme un dingue après le bac philo en commençant par me plaquer brutalement contre le mur et par m’enculer sans autre forme de procès… c’est ça de chercher mon beau brun… quand on l’allume, ce n’est pas un petit feu qu’un obtient, mais un énorme brasier…

    De souvenir bandant en souvenir bandant, je retrouve la baise épique dans la cabine à la piscine, tellement parfaite que j’ai eu besoin de lui dire, presque lui crier à quel point il est bon baiseur… et cette soirée de dingue dans les vestiaires du terrain de rugby… ce petit débardeur blanc imbibé de sa transpiration… cette pipe, sa queue coulissant dans ma bouche au gré des mouvements de son corps tendu et ondulant au dessus du banc de muscu… et cette baise incroyable sur la table de massage, mes jambes sur ses épaules, sa tête qui se penche vers l’arrière, ses pecs qui se bombent…

    Je finis par réaliser que ce n’est plus seulement avec l’anneau fait avec deux doigts que je me branle désormais… la main droite allant de téton en téton, la gauche a désormais saisi fermement ma bite… les allées et venues se font plus rapides… je sens que je vais venir trop rapidement… c’est ça de faire appel à trop d’images excitantes… mais comment en faire autrement ? Comment maîtriser les images sexuelles alors que mon beau brun est une bête de sexe et que nos baises sont des feux d’artifice ?

    Je décide de relâcher la prise pour retarder mon feu d’artifice à moi… pas facile… je sais que, au point que j’en suis, très près de l’orgasme, ça ne va pas être simple… ma main semble collée à ma queue et ma volonté a de moins en moins de prise sur elle… c’est donc au prix d’un effort important, que j’arrive à séparer ma main gauche de ma queue…

    Dès que le contact est rompu, elle est en manque, elle a envie qu’on retourne s’occuper d’elle… je ne vais pas la faire attendre longtemps… je trempe mon pouce de salive… c’est un préalable avant de lui confier une mission délicate… aller effleurer tout doucement cette petite région ultra sensible entre le meat et le frein du gland pour augmenter encore mon excitation…

    J’y vais d’abord tout doucement… ce petit mouvement plus l’autre main qui caresse mes tétons… c’est presque divin… je ferme les yeux et j’écoute mon corps, j’écoute et j’entends la vibration de mon plaisir en train d’approcher… c’est à ce moment là que je décide de profiter de l’intimité et de la liberté offertes par la branlette pour laisser les fantasmes les plus fous et les plus irréalistes se joindre aux images érotiques…

    Je ferme les yeux et j’imagine Thibault en train de prendre son pied… je l’imagine avec… avec Jérém… mon pouce augmente la pression sur mon gland tout en accélérant les petits mouvement de va et vient… j’imagine Jérém en train de se faire sucer… j’imagine Jérém en train de lui marteler les fesses avec son bassin, sa queue bien enfoncée dans son ti trou… j’imagine ces deux beaux corps en train de s’emboîter en prenant un plaisir intense… c’est beau, c’est excitant… ma main a repris le contrôle des opérations… elle enveloppe ma queue et la branle vigoureusement… c’est en pensant à Jérém en train de jouir dans le petit cul de Thibault que je sens mon orgasme me submerger… plusieurs jets puissants sont éjectés de mon gland pour atterrir sur mon torse, sur ma joue, sur mon oreiller, sur le mur…

    Oh, putain, putain, putain… qu’est ce que c’est bon, ça, une petite branlette… c’était si puissant… la délivrance si agréable… je suis KO, HS, plus de batterie, j’ai l’impression que je vais m’éteindre… ou du moins passer en mode veille… je sens toutes les fibres de mon corps se relâcher tandis qu’une plaisante fatigue irradie depuis mon bas ventre et engourdit tous mes membres, jusqu’à mon cerveau… j’ai l’impression que je vais m’endormir… je n’ai même pas le courage de tendre ma main pour attraper un mouchoir dans le tiroir de ma table de nuit pour m’essuyer…

    Je suis bien, je suis seul… ma respiration m’apporte comme des picotements dans la poitrine, j’ai l’impression que ma trachée est hypersensible… mon corps en pleine récupération me suggère de prendre une respiration profonde, la plus profonde possible, de remplir les poumons d’air à la limite de leur capacité et de tout souffler ensuite…

    Je décide de l’écouter et je découvre que c’est incroyablement agréable… c’est comme si mes poumons gonflés d’air massaient mon bas ventre et ma cage thoracique de l’intérieur… c’est tellement surprenant et plaisant que je répète l’opération 3 ou 4 fois pour essayer de retrouver les mêmes sensations… hélas, aucune respiration successive ne sera aussi satisfaisante que la première…

    La succession d’inspiration et d’expirations a amené un plus d’oxygène à mon cerveau… je me sens comme après avoir bu une bière trop vite… presque ivre, les membres engourdis, je ressens comme un tournis…

    Je ferme les yeux et je continue à écouter mon corps… je reste immobile, inerte, j’écoute… je finis par entendre les battements de mon cœur dans mon oreille, dans tous mes membres… j’ai presque l’impression d’entendre le flux du sang qui coule dans mes veines… dans mon corps, à cet instant, tout est plaisir…

    Ma respiration est plaisir… ma déglutition est plaisir… mon immobilité est plaisir… ma peau nue est plaisir… le sommeil qui me guette est plaisir… et dans mon esprit apaisé et planant, tout semble possible et si simple… même ma relation avec le beau brun…

    Il me faudra plusieurs minutes et un court somme avant de revenir à moi et décider qu’une douche s’impose. Je reste un long moment sous l’eau chaude. L’eau qui tombe sur mes épaules et qui glisse sur ma peau est une sensation de bien être que j’ai envie de faire durer… après la branlette, je continue à prendre soin de moi-même… et ça fait un bien fou…

    Morale de l’histoire, force est de constater que, entre images coquines sans limites et fantasmes qui ne portent pas à conséquence, une bonne branlette peut constituer parfois un plaisir bien puissant…

    Le corps et l’esprits bien détendus par ce plaisir solitaire suivi d’un petit somme et une longue douche, je me sens prêt à repasser la bobine depuis le début… le bonheur de croiser Thibault rue d’Alsace-Lorraine à hauteur du Capitole, cette info sur le taf de Jérém lâchée comme si ce n’était qu’un détail… mon envie de filer le voir… ma course vers la rue de Metz, ma cachette ridicule… me faire gauler par le beau mécano, me retrouver assis en terrasse avec lui… la peur de la réaction de Jérém du fait de me voir là… son sourire, la sensation qu’en fin de compte ça lui fait plaisir de me voir… mon soulagement… mon bonheur de le voir de bon poil, de le voir déconner avec son pote… la sensation, par le biais de la présence de Thibault, de rentrer un peu dans son monde… je suis remué de le voir aussi épanoui… ce petit moment en terrasse, m’a bien touché, oui…

    Mais ce qui m’a le plus touché, c’est la conversation avec Thibault au sujet de mon beau brun… tout un ensemble d’informations, qui sonnent comme des révélations à mes oreilles, que je reçois comme autant de tartes dans la figure, tellement elles sont dures et inattendues… je suis à la fois avide de savoir et ému par ce que je viens d’apprendre… 

    Au fil des révélations de Thibault, j’apprends d’abord que « ce petit voyou de Jérém » est « toujours là où il a de la bagarre », que le fait d’« occuper un peu ses journées… va lui empêcher de faire des bêtises… », car, lorsque mon beau brun « se laisse aller, il a une incroyable propension à faire n’importe quoi… »…

    Jérém en casse cou… c’est vrai que je l’ai souvent vu boire, fumer, prendre la voiture après… tout ce qu’il ne faut pas faire, surtout pas dans cet ordre là… et encore, provoquer la bagarre, se battre… pour moi, certes, mais s’il l’à fait pour moi, il a pu le faire à d’autres occasions… il me semble que Jérém c’est le genre de mec qu’il ne faut pas chercher longtemps pour le trouver, surtout après quelques verres…

    Voilà pour ce que je connais de lui… pourtant, il me semble que derrière les mots de Thibault il y a autre chose… j’ai vraiment l’impression qu’il s’inquiète pour lui, qu’il veille sur son pote à chaque instant… j’ai l’impression que, au fil de leur amitié et de leurs sorties, Jérém lui en a fait voir des vertes et des pas mûres… j’ai eu très envie de savoir ce qu’il a pu faire Jérém de par le passé pour que Thibault soit si protecteur avec lui… hélas, je n’ai pas osé… je ne connais pas encore assez Thibault pour trop lui en demander… soudainement je me rends compte que mon beau brun a des faiblesses, et que, à la faveur de l’ivresse, il peut rapidement déraper…

    Thibault me touche vraiment, profondément, car on sent chez lui un dévouement total a son pote, et une inquiétude qui ne doit jamais le quitter.

    Mais bon sang, qu’est-ce qui inquiète le beau Thibault ? Est-ce que un jour il peut péter un plomb, tout envoyer valser et se mettre carrément en danger ? Je sais que la présence de Thibault, et maintenant l’occupation liée à son taf, vont le préserver de lui-même… mais pour combien de temps ?

    Après le Jérém casse cou, Thibault m’a parlé du Jérém blessé… une autre facette de mon beau brun qui pourrait en partie expliquer l’autre… mon Jérém qui veut couper les ponts avec sa famille… sa mère partie quand il n’était encore qu'un enfant, un enfant qui a du se sentir seul et abandonné, seul avec son petit frère, seul face à un père qu’il tient pour responsable de l’abandon de sa maman, seul avec une belle mère qui ne veut pas de lui… seul dans cette maison familiale où il a été très malheureux après le départ de sa mère…

    Quand j’essaie de m’imaginer son état d’âme à ce moment de son enfance, j’en ai mal au ventre… je suis tellement ému que je sens les larmes monter aux yeux… mon petit Jérém… tout jeune enfant triste et malheureux… une image si lointaine de l’étalon arrogant et dominateur que j’ai en face lors de nos baises… comment imaginer que ce mec si admiré, si jalousé, si populaire, ait pu être à ce point meurtri ? J’aurais tellement voulu le connaître à l’époque, pouvoir le serrer dans mes bras, être avec lui, être son pote pour l’aider à traverser ce moment très difficile, être là pour lui, tout comme il a été le bon Thibault…

    Le fait qu’il veuille aujourd’hui couper les ponts avec sa famille me donne la mesure de l’immense rancœur, de la colère qui doit toujours se cacher au fond de lui… et au milieu de toute cette noirceur, voilà au plus profond de lui un petit endroit tout chaud et douillet, un endroit qu’il réserve à son petit frère Maxime… peut-être la seule personne, avec Thibault, qui a vraiment une place dans son cœur…

    J’aimerais tellement le voir avec son petit frère… voir Jérém qui veille sur son petit Maxime... si c’est pas mignon tout ça… si c’est pas touchant…

    Seul sur le lit de ma chambre, dans le noir, je pleure comme un enfant. Après tout ce que je viens d’apprendre sur le passé de mon beau brun, je ressens encore plus forte mon inquiétude et mon sens de culpabilité face à l’éventualité que Jérém puisse ne pas avoir le bac… lui faisant ainsi rater une étape de sa vie… je me déteste si fort que j’ai envie de me mettre des baffes…

    Je pleure car toutes ces nouvelles images de Jérém me donnent une toute autre vision de lui… pour la première fois, je crois, je me rends compte que derrière l’insolente assurance du mec en t-shirt noir moulant, avec son jean et ses baskets vertes aux pieds que j’ai vu repartir avec son sac de sport et sa cigarette au bec, derrière son comportement de petit coq et de petit con, il y autre chose… Jérém n’est pas que le rugbyman doué, l’apollon qui se la pète… Jérém est aussi un garçon sensible, avec des fêlures, avec de la souffrance tapies au fond de lui…

    On a parfois tendance à penser que les bogoss ont une vie toute tracée, que tout est simple pour eux, que la vie leur sourit et que toutes les portes s’ouvrent devant eux… on se fait tromper (et/ou troubler) par les apparences et on ignore ce qui se passé dans leur vie, coté cour…

    Oui derrière l’assurance a priori parfaite, la beauté parfois arrogante de ces mecs qui nous font fantasmer, il y a aussi parfois des blessures, des faiblesses. Ca les rend du coup encore plus attirants…

    Mine de rien, a ce moment là, après cette première conversation avec Thibault, la première d’une longue série, je commence à avoir en main des éléments cruciaux pour comprendre l’attitude de mon bobrun… il aurait juste fallu que je sache bien lire entre les lignes… hélas, une fois de plus, je n’avais que 18 ans, j’était amoureux fou, et encore 100 fois plus depuis les révélations de Thibault, et je croyais que mon amour pouvait déplacer des montagnes… même celles qui ne veulent pas être déplacées…  

    Toutes ces facettes de lui que je venais d’apprendre, ajouté à ce que j’allais apprendre par la suite, feront que je serai tellement attendri que j’irai vers lui comme un jeune labrador cherchant à faire un gros câlin… à un chien enragé qui n’a pas du tout envie de câlin… la claque, la grosse claque qui m’attendra, sera de taille…

    Les maladresses que je ne tarderai pas à commettre avec mon beau brun, auront des conséquences très fâcheuses dans la vie de plusieurs personnes…  

    Mais ce soir là, j’ignore comment ma relation avec Jérém va évoluer… ce soir là je suis profondément reconnaissait à Thibault de m’avoir autant éclairé… je trouve sa bienveillance vis-à-vis de Jérém si touchante… son amitié est pure et émouvante… même si…

    Même si dans mon esprit, une sensation commence à pointer le bout de son nez… c’est la sensation que, derrière toutes ses questions discrètes, Thibault cherche à avoir confirmation de ce qu’il a déjà deviné à propos de qu’il y avait entre Jérém et moi… c’est une sensation troublante, qui s’accompagne d’une autre encore plus troublante… la sensation que Thibault puisse ressentir pour son pote des sentiments qui vont au delà de l’amitié… peut-être que je me fais des films… peut-être que son envie d’en savoir plus sur nos relation est juste une curiosité attisée par le fait que son pote ne l’a pas mis dans la confidence… pourtant…

    Pourtant, parfois j’ai l’impression que le regard de Thibault sur Jérém est plus que bienveillant… son regard a quelque chose de tendre, presque passionnel… dans ses yeux, il me semble de lire quelque chose qui ressemble à l’étincelle du désir…

    Au fond, ils sont toujours fourrés ensemble, au rugby, aux entraînements, aux vestiaires… [avec toutes les possibilité que cet endroit peut offrir à des garçons cherchant un plaisir discret, hésitant entre les deux cotés de la Force… maintenant je sais de quoi je parle…]… le week-end, souvent seuls en voiture, se raccompagnant chez l’un ou chez l’autre… avec toutes les occasions que la proximité peut créer… au fond, je me dis, s’il le faut, il s’est déjà passé des trucs entre eux…et  s’il le faut, il se passe toujours des trucs entre eux, même depuis qu’il me baise…

    Quand j’y pense, le fait d’imaginer que Thibault puisse avoir des vues, bien que refoulées, sur mon beau brun, devrait me rendre fou… oui, le fait de les savoir si proches et d’imaginer chez Thibault un penchant un peu plus qu’amical vis-à-vis de son pote devrait m’arracher les tripes de jalousie… pourtant…

    Pourtant il y a un truc chez Thibault qui le rend définitivement et irrémédiablement sympathique à mes yeux… j’ai de l’estime pour lui, presque de l’affection, et une envie de plus en plus forte de gagner son amitié… je le trouve tellement mignon et touchant que je n’arrive même pas à être jaloux de lui…

    D’abord, je me dis que, même si ce mec ressent plus que de l’amitié pour mon Jérém, il est hétéro à la base… bon, d’accord, cela n’empêche rien… Jérém aussi est hétéro « à la base »… heureusement pour moi, ça ne l’a jamais pas empêché de me baiser en prenant un pied de dingue… ensuite je me dis que, entre potes si proches, entre ces corps débordants de testostérone, c’est presque inévitable qu’un jour ou l’autre il se passe un truc… une simple branlette, une fellation vite fait, au plus une petite sodomie…

    Oui, entre potes, il se passe parfois des choses de ce genre… mais ce ne sont que des « trucs » pour soulager des envies… des petites parenthèses sensuelles à l’intérieur d’une amitié qui demeure bien plus importante que n’importe quelle passion, une amitié qui n’évolue pas, même si certains sentiments sont bien là, vers un rapport sentimental…

    Et si des potes hétéros ont parfois envie de se faire du bien, jamais ils n’afficheront au grand jour leur attirance… une attirance qui restera secrète, confinée à une petite baise improvisée dans un vestiaire après un entraînement, après une douche un peu trop coquine, dans un appartement de célibataire après une soirée un peu trop arrosée… non, ces mecs ne renonceront pas à leur vie d’hétéros… une vie faite de nanas, de gosses, de conformation aux codes de vie dominants dans notre société…

    Je me dis que leur amitié est tellement forte que c’est presque obligé qu’elle ait un jour comporté, qu’elle comporte ou qu’elle comportera un jour ce genre d’expérience sensuelle… ma tête commence à s’emballer lorsqu’elle retrouve quelque part dans sa mémoire quelques mots de Jérém lors de l’une de nos révisions, des mots balancés dans l’excitation d’un instant et semblant exprimer une envie d’ouvrir nos « révisions » à son pote…

    Des mots qui avaient par ailleurs résonné dans ma tête le fameux soir de l’Esmé, quand Thibault nous avait suivis sur le parking de la boite jusqu’à la voiture, me permettant de me faire tout un film, de m’imaginer qu’il rentrerait avec nous pour… pour… pour « réviser » avec nous… alors qu’il ne nous avait suivis à la voiture que pour récupérer son portefeuille… et son regard fixe pendant que nous quittions le parking… un regard qui avait quelque chose de triste et de touchant, comme si on le laissait sur le carreau…

    Naaan… les mots de Jérém n’étaient que des mots balancés sous l’effet de la drogue puissante de l’excitation, cette drogue qui fait parfois dire et faire n’importe quoi… car au fond de moi je suis persuadé que si jamais un jour Jérém devait coucher avec Thibault, il ne voudrait pas de moi… il voudrait se consacrer à son pote… de la même façon que, lorsqu’il me baise, il ne voudrait pas que son pote en soit témoin…

    Ah, ce beau et charmant Thibault… entre son inquiétude pour le coté « casse-cou » de Jérém et ses penchants supposés, j’ai comme l’impression qu’il doit sans arrêt penser à lui, consciemment ou inconsciemment. Il y a de la tristesse chez Thibault car, même s’il est le meilleur pote de Jérém, s’il le côtoie autant qu’il veut, s’il connaît tout ou presque de lui, une partie de lui voudrait peut-être plus, des choses qu’il ne peut pas dire, pas avouer, pas partager… je me dis qu’il doit être jaloux lui aussi de ces nanas qui se tapent Jérém…

    Et tout ça, ça fait de Thibault quelqu’un d’émouvant et quelque part de fragile. Oui, il est vraiment vraiment touchant comme garçon…

    Lorsque j’arrête enfin de penser à Thibault, à me faire des branlettes mentales autour de ses prétendus sentiments pour Jérém, j’arrive quand même à changer complètement de sujet… me voilà complètement dépaysé, me voilà en train de penser à… Jérém… je crois que si en 2001 on m’avait interdit de penser aux mecs, il ne me serait pas resté grand-chose comme occupation de l’esprit…

    Oui, je pense à Jérém… Jérém en tenue de serveur sexy… Jérém si craquant dans ce nouvel environnement… Jérém qui passe une étape de sa vie, comme s’il avait pris de la distance, comme s’il m’échappait… Jérém qui bosse, ce qui signifie « grandir » à mes yeux, ce qui me rappelle que le bac est passé et que toute ma vie va être bousculée dans peu de temps… je ressens alors une profonde tristesse m’envahir…

    Un instant après je réalise que j’ai devant moi tout un été à vivre à fond… je suis rassuré, Jérém n’est pas parti loin, peut être que l’on pourra continuer à se voir un peu, à moins que ce taf offrant mille occasions à mon beau brun ne l’éloigne définitivement de moi…

    Je suis touché de l’avoir vu dans ce contexte, et quand je repense à cette image de dingue où son torse se bombe pour se faufiler entre les chaise, je sens la trique me gagner à nouveau…

    Allez, j’arrête le film dans ma tête… je pourrais le repasser à l’infini… il faut que je m’aère l’esprit… dans mon programme chargé, il me reste l’étape « coup de fil à Elodie ».

    « T’as pas répondu à mon sms » elle m’attaque frontalement. Je sais qu’elle blague.

    « J’étais occupé » je lui balance sur le même ton.

    « Alors, tu l’as vu ton serveur ? » elle trace direct au but.

    « Oui, Elodie »

    « Alors, il était beau ? »

    « Tu ne peux même pas t’imaginer… »

    « C’est vrai qu’une chemisette blanche de serveur peut être très sexy »

    « Penses-tu, ma cousine… il avait un t-shirt noir moulant à lui sauter dessus direct… »

    « Ok, j’ai tout compris… »

    « T’as compris quoi ? »

    « Il l’ont embauché pour faire venir le client… »

    « Oui, je crois… moi aussi, si je tenais un resto ou un bar et qu’un mec pareil se pointe pour bosser, je l’embauche illico… pour faire venir le client… »

    « Non, toi tu l’embaucherais pour t’envoyer en l’air avec… »

     « Salope » je lui balance.

    « C’est pas vrai ? »

    « Oui, c’est vrai… »

    « Alors, c’est qui la salope ? »

    « J’admets » j’admets…

    « En tout cas moi je l’embaucherais pour ça » elle me taquine.

    « Double salope »

    « J’assume » elle me répond ; et elle enchaîne « il était comment ? »

    « C'est-à-dire ? »

    « Par rapport au fait que tu te pointes à son taf le premier jour, au même moment que son pote… ça n’avait pas l’air louche ? »

    « J’ai l’impression que ça lui a fait plaisir… »

    « Il était de bon poil ? »

    « Oui, il a déconné avec Thibault et il a été gentil avec moi, il m’a payé un coup… »

    « Je suis sur que tu aurais préféré qu’il te mette un coup… »

    « Quand on regarde les choses sous cet angle… »

    « Tu es incroyable le couz… » elle plaisante.

    « On va au KL, samedi ? » j’enchaîne avant qu’elle ne balance une autre connerie.

    « Tu me gonfles, le couz… »

    « S’il te plait, Elodie… »

    « Mais tu espères quoi, Nico, en pistant ton beau brun à longueur de temps ? De le faire tomber amoureux ? Tu vas juste finir par le vexer… »

    « T’as peut être raison, mais qu’est ce que j’ai à perdre ? »

    « Rien, tu as raison… au mieux tu y gagnes une baise de plus, au pire il t’envoie bouler… »

    « C’est ça… mais s’il est aussi de bonne composition que ce soir, je prévois une nuit très chaude »

    « Mais moi j’ai pas envie de me taper une soirée entière de musique à la con pour t’arranger un coup… »

    « Allez, ne soit pas garce »

    « Je le suis, si je veux… »

    « Tu m’y amènes, alors ? »

    « Non, non, non et puis non…. »

     

    Je n’aurai pas de nouvelles de Jérém pour le reste de la semaine… évidemment, je n’oserai pas me ramener à nouveau rue de Metz pour l’y croiser… ce coup-ci, l’excuse « je passais par là par hasard » aurait paru vraiment louche, le beau brun se serait senti pisté, limite harcelé, et il se serait montré vexé, surtout sans la présence apaisante du beau Thibault…

    A un moment j’avais cru que, après cette rencontre impromptue et sympathique à son taf, il m’aurait sonné pour passer un bon petit moment de baise… hélas, jeudi, vendredi, samedi, pas de sms… je finis par me dire que, malgré le visage souriant qu’il avait bien voulu montrer en présence de Thibault ou grâce à la présence de Thibault, le beau brun me faisait toujours la tête après ce qui s’était passé dans les douches du vestiaire du terrain de rugby… et j’en oubliais de me dire que moi aussi j’avais le droit de lui faire la tête pour le fait de m’avoir carrément démonté la bouche avec ses coups de reins de malade… le fait est que, masochistement, je suis sur que c’était ma demande déplacée et rien d’autre qui avait déclenché sa réaction violente…

    Ce que je ne savais pas encore, c’est que après notre soirée dans les vestiaires du terrain de rugby, les doutes de Jérém s’étaient fait encore plus forts… il avait tellement tout aimé, la pipe sur la table muscu, la tendresse, le baiser, les caresses, la sodo sur la table de massage, même jusqu’à la douche que sa queue m’avait offerte, qu’il en était déboussolé… il regrettait de m’avoir fait mal lors de la dernière pipe…

    Oui, il le regrettait au point de passer une semaine de merde… le seul bon moment depuis le mardi soir avait été pour lui de me voir en terrasse de la brasserie…

    Ce que je ne savais pas non plus c’était que, derrière son étonnement amusé, derrière ses attitudes de mec bien dans ses baskets, derrière sa déconnade avec Thibault, Jérém avait ressenti un mélange de bonheur et de malaise de me voir assis à la terrasse de son taf… en réalité, lorsqu’il m’avait vu à la table avec Thibaut, il avait eu peur de croiser mon regard…

    Depuis qu’on s’était quitté devant les vestiaires ce mardi soir, je lui manquais… trop fier pour s’excuser, il se faisait violence pour résister à la tentation de m’envoyer un sms, trouvant plus simple de s’occuper l’esprit avec son job d’été…

     

    Samedi soir, 21h50.

     

    On prend place dans la salle 3 du CGR à Blagnac. On y est enfin. Depuis le temps qu’elle m’en parle, on a réussi, deux mois après sa sortie, à trouver le moment pour se faire le film français de l’année. Après les pubs locales, toujours aussi risiblement réussies, après la bande annonce des sorties à venir, le minois irrésistible d’Audrey Toutou crève l’écran. « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain » nous fera passer un très bon moment… c’est assez nouveau et original comme mode de narration, c’est surprenant, drôle, touchant, magnifique… on sortira de la projection de très bonne humeur, détendus…

    Même à cette heure tardive, le vent d’est souffle toujours… comme de coutume, il s’est levé en début d’après-midi et il n’a pas arrêté depuis… ça souffle sans discontinuer et, par moments, des rafales plus puissantes trouvent le moyen d’en rajouter une couche…

    Le vent d’autan souffle sans le moindre répit, monotone, insistant… je crois même que c’est parti pour plusieurs jours… le vent d’autan… depuis que « mon histoire » avec Jérém a démarré, ce vent typique du sud ouest est toujours venu souligner ou annoncer des moments marquants dans notre relation… il y avait du vent le premier jour de nos révisions ; il y avait encore du vent le matin après le soir de l’Esmé… et il y avait toujours du vent d’autan le mercredi du bac où je me suis fait jeter, avant de me retrouver sur la pelouse de St Etienne…

    Plus tôt ce jour là, dans l’après-midi de ce samedi 30 juin 2001, en me baladant dans les rues de Toulouse dans le sens contraire de ce vent qui secouait les branches des arbres et qui soulevait la poussière, j’avais été saisi par un drôle de pressentiment… j’avais eu comme l’intuition que non seulement ce soir là il allait se passer quelque chose avec mon beau brun, mais que ce quelque chose allait me faire un mal de chien… je n’ai pas souvent d’intuitions, car en général je ne prête pas attention à ce genre de choses… hélas, celle que le vent d’autan semblait m’apporter ce jour là en caressant vigoureusement ma peau, allait se révéler fondée…

    Oui, le vent souffle toujours lorsque nous sortons du CGR… mais j’ai tendance à l’oublier face à ce qui me préoccupe le plus à ce moment précis, à savoir… les intentions de ma cousine pour la suite de la soirée…

    La veille, je lui avais proposé un deal : ok, on va voir Amélie Poulain, mais après on va au KL…

    « On verra » avait été sa réponse…

    Je m’étais contenté de ça, sûr que ma cousine me faisait marcher…

    Si le film avait réussi à me faire oublier tout cela le temps de la projection, voilà que, une fois dehors, mon assurance perd de son panache minute après minute… Elodie est en mode déconne, elle me rejoue certaines scènes du film, elle me fait rigoler, mais pas un mot au sujet de la suite de la soirée… et ça, franchement, ça me fait beaucoup moins rire…, c’est elle qui a la voiture, elle me fait mijoter… je tente de me rassurer en me disant que ma cousine sait à quel point je tiens à cette sortie, et qu’elle ne va pas me faire ça… ne vas pas me faire pas rater l’occasion de croiser mon beau brun au KL… ainsi que mon nouveau pote Thibault…

    De plus elle est maquillée et bien sapée, pile la dégaine pour une sortie en boite… mais elle est toujours maquillée et bien sapée…

    A priori elle va dire oui, mais je sais qu’on ne peut jamais présumer de ses décisions… il suffit d’une migraine pour qu’elle ait envie de rentrer illico… la garce s’amuse à maintenir le suspense jusqu’à la dernière minute…

    Et c’est seulement en démarrant la voiture qu’elle m’annonce…

    « Allez, direction la Sesquière pour se faire casser les oreilles… »

    « Je t’adore cousine… »

    « Pas moi, tu me devras ça… »

    « Ce que tu veux… »

    Je suis soulagé. Je suis tout guilleret. Si j’étais un labrador, je serais en train de remuer la queue… quoi que, même sans être labrador… Je vais retrouver Jérém. Et Thibault. La soirée s’annonce très intéressante. Je n’imagine pas encore à quel point elle va l’être. D’une façon complètement inattendue, mais elle va être très intéressante…

    On franchit le sas du KL à une heure pétante. On se lance dans un tour de la boite, mais pas de trace de beau serveur ou de charmant mécanicien ni de leur meute… il faut dire que pour une bande de mecs, une heure du mat c’est encore tôt pour aller en boite…
    Le DJ à la mode est là avec sa musique à la mode… au milieu de ses boum boum balancés sans discontinuer, il finit par passer un remix de Music suivi de What I feel it for a girl, alors je me précipite sur la piste en entraînant Elodie avec moi… on est sur la piste, alors on danse… on s’éclate… on danse…

    Une demi heure plus tard on a envie de danser sur de la vraie musique qui donne envie de danser… alors changement de salle, on fait un tour dans les années ’70… et là, avec le disco, c’est l’éclate totale… certes, le disco est beaucoup plus à notre goût que la techno… hélas, c’est la salle techno, et non pas la disco, qui se trouve être le repère de mon beau brun…

    Aussi, malgré les basses puissantes d’une musique qui fait bouger mes pieds tout seuls, j’ai vite envie de retrouver les sons bien plus pauvres du DJ à la mode…

    Il est une heure quarante-cinq et ils ne sont toujours pas là… pourtant on est dans leur quartier, dans leur coin, dans leur tanière… c’est là qu’ils sévissent lorsqu’ils viennent dans cette boite… Elodie a l’air de se faire chier en sirotant son cocktail à travers la paille…

    Pendant un instant je me dis qu'ils ont du changer de programme... mais cette éventualité ressemble tellement peu à l’idée que je me fais de Thibault... il me semble que c’est le genre de mec qui, quand il s’engage sur quelque chose, si insignifiante soit-t-elle, il tient son engagement… de plus il a mon numéro de portable, alors je pense qu’il m’aurait prévenu s’il y avait eu changement… ou pas… au fond nous ne sommes pas encore si intimes… d’ailleurs, moi aussi je pourrais lui envoyer un sms pour savoir où ils en sont, mais évidemment je n’ose pas…
    C’est deux heures pétantes lorsque, en regagnant la piste de danse avec Elodie, je pense à un truc : Jérém doit bosser ce soir, alors ils ne vont pas être là de bonne heure…

    Je viens tout juste de me faire cette réflexion, je suis à deux doigts de proposer à Elodie de quitter la piste de danse techno pour revenir à l’ambiance disco, que je vois ma cousine me balancer un grand sourire, juste avant de se pencher sur mon oreille pour me balancer en regardant au dessus de mon épaule:

    « Eh cousin... mate un peu cette bande de couillus qui approche… »
    Elle a les yeux partout, ma cousine. Je comprends de suite. Ils sont là. Il est la… mais avant que je puisse me retourner, ma cousine me saisit l’épaule pour me retenir et ajouter :

    « J’espère que tu as le coeur bien accroché car c’est insoutenable à regarder… »

    Je lui souris et, ne tenant plus en place, je tourne la tête et… paf !... comme une claque dans la figure que je n’aurais pas vue venir, voilà la meute… le beau Jérém, t-shirt orange bien ajusté, le buste droit comme un I, tous pecs dehors, avançant en tête, avec sa démarche assurée, avec son regard ténébreux, fier, comme triomphant ; le fidèle Thibault, habillé avec un t-shirt gris Diesel moulant du meilleur goût, tout juste un demi pas derrière lui, un peu décalé, presque en garde du (beau) corps de son pote… derrière eux, deux autres mecs de leur équipe de rugby…

    Elle a raison Elodie : c’est presque insoutenable, comme regarder le soleil… pendant que j’essaie de me souvenir que la respiration n’est pas une option, j’entends Elodie déconner :

    « Je sens que tu vas avoir envie de t-shirt orange ce soir… et moi je vais devoir me contenter d'un t-shirt gris… »

    Jérém et Thibault, presque côte à côte, leurs têtes, leurs torses côte à côte, voilà qui porterait à croire que la beauté est faite pour s’associer a la beauté… voilà une loi cosmique qui parait imparable lorsqu’on regarde deux beaux garçons se balader ensemble, qu’il n’y ait entre eux que de l’amitié ou bien plus que cela ; alors que la même loi parait loin d’être défendable lorsqu’on voit des mecs canons se balader avec des nanas vulgaires ou parfaitement quelconques, chose qui arrive, hélas, assez régulièrement… 

    Plus tard dans ma vie je ferai la connaissance d’un grand esprit qui me fera part d’une théorie intéressante pouvant expliquer le fait que parfois ma loi cosmique ne soit pas vérifiée… ce philosophe des temps modernes me soutiendra que les beaux mecs avec des nanas moches, c'est bien la preuve qu’ils n'ont aucun goût en matière de nanas et que donc, en réalité, ils sont gay refoulés… ce sont des mecs qui aspirent justement à passer du bon coté de la Force, mais qui n’osent pas franchir le pas… 

    Oui, Jérém, Thibault, Thibault, Jérém… comme le dit ma cousine, si on ne devait en choisir qu’un des deux, le choix serait des plus ardus… bah… oui… et… non… oui car, lorsqu’on regarde de près, Thibault a un charme fou, beaucoup plus discret, mais fou quand même… 

    Mais lorsqu’on voit soudainement la meute débouler en boite de nuit, inévitablement le premier regard se pose sur Jérém, aimanté par sa beauté insolente, par son regard magnétique, par sa prestance hors normes… ce mec est d’une sexytude outrageuse… et, au final, au premier abord on ne voit que lui… alors, de la même façon qu’il faut que le soleil se cache pour découvrir la Lune et les étoiles, il faut que la meute se disperse pour remarquer les autres bogoss de sa bande… 

    Car ce mec a vraiment un truc à part, un truc que très peu de mecs ont… ça va au delà de sa beauté, au delà de son charme, au delà de son coté « petit con soigné qui se la pète »… c’est comme si la tension sexuelle était omniprésente autour de lui… dès qu'il arrive quelque part, les regards se tournent vers lui et bien d'envies se réveillent ou se découvrent ; car ce mec dégage de lui quelque chose de terriblement masculin, comme une odeur, une envie de sexe… on le voit et on a envie d’approcher sa sexualité débordante…

    Et lorsque, sans prévenir, au gré d’un échange avec Thibault ou un autre pote, son sourire ravageur éclate sur son visage comme un feu d’artifice inattendu et magnifique… là c’est à pleurer… à pleurer…

    Que l’on soit une nana et que l’on se dise : « tiens, ce mec je me le taperais bien » ; que l’on soit gay et que l’on se dise : « tiens, ce mec est à faire jouir d’urgence » ; que l’on soit mec hétéro « catégorie I » et que l’on se dise : « ce mec à qui tout réussit, suscite mon admiration et me fait rêver, je voudrais être à sa place » ; que l’on soit mec hétéro « cat. II » et que l’on se dise : « tiens, ce mec à qui tout réussit, si arrogant et insolent, me donne envie de lui mettre mon poing da la gueule » ; ou que l’on soit mec hétéro « cat. III » et que l’on se dise : « tiens, tiens… je ne sais pas ce qu’il m’arrive aujourd’hui, mais ce mec me fait un drôle d’effet, un effet qu’aucun autre garçon m’a fait jusqu’à là » ; où que l’on se situe, du coté du désir, de la contemplation, de l’admiration, de la haine ou de l’émoustillement, le charme de ce mec est une valeur universelle… oui, que l’on adore ou que l’on déteste, force est d’admettre que ce mec ne laisse personne indifférent…

    Oui, le charme de Jérém est un feu d’artifice de tout instant, universellement reconnu et instantanément repérable, comme un soleil incandescent ; alors que le charme de Thibault, tout aussi puissant dans son genre, est moins étincelant, tout dans la retenue, et demande un petit délai, un petit effort d’attention, pour en découvrir toute la magnifique envergure… et une fois installé, ce charme vous frappe avec une puissance inattendue et bouleversante… 

    Bien sûr, en ce qui me concerne, le choix est fait… certes, je trouve Thibault très très séduisant, j’ai envie de le connaître davantage, de devenir son pote et, il faut bien l’admettre, si mon cœur n’était pas pris et s’il se pointait chez moi avec des envies coquines, il ne dormirait certainement pas dans la baignoire…  

    Mais Jérém… Jérém est à mes yeux juste… hors compétition… Jérém est juste « mon beau mâle brun » et l’« unité de mesure », l’« étalon [sans jeu de mots, svp] » qui me sert pour le comparer à d’autres charmes masculins est juste pipée… ce que je ressens pour lui va bien au delà de toute comparaison… bien d’autres paramètres rentrent en compte dans ma tête, et surtout dans mon cœur, pour le rendre à mes yeux si… indispensable… 

    Le fait de coucher avec lui, de m’envoyer en l’air dans des baises chaudes bouillantes, le fait que sa queue, que son corps tout entier, me procurent un plaisir si incroyable, contribue à brouiller mon jugement… car on ne peut pas faire autrement que devenir dingue d’un mec qui vous donne autant de jouissance, un mec avec qui l’entente sexuelle est si parfaite…  

    Et tout cela, sans prendre en compte ses défauts si… si séduisants au final… son inaccessibilité, l’imprévisibilité de son comportement et de ses réactions, le fait de ne rien partager de sa vie, son coté ténébreux… des défauts qui contribuent, eux aussi, à me rendre fou de lui… 

    Oui tout le monde veut soit baiser avec lui, soit être a sa place, soit le cogner... oui, tout le monde est sensible aux apparences... mais moi je suis le seul, à part peut-être Thibault, a savoir que Jérémie T. est avant tout un mec à aimer, à aimer d'urgence, à aimer malgré lui s'il le faut… je sais qu'il ne sera pas facile d'y arriver mais je vais y arriver, je le sais…

     

    Mais revenons à la soirée au KL et à Jérém en mode « chef de meute »… il se dirige vers le bar, il s’assoit et sa bande prend place autour de lui, certains assis, d’autres debout… il approche ses lèvres de l’oreille de la pouff au comptoir et quelques instant plus tard celle-ci se ramène avec quatre verres de whisky… ça commence sec… ça picole, les mecs… je les vois discuter, rigoler, s’échanger des gestes d’amitié, un bras passé autour d’un cou, une main appuyée sur une épaule pour chercher un équilibre, une autre serrant un biceps d’un geste à l’apparence anodin… ça aussi, je trouve beau à en pleurer… car c’est le genre de gestes que jamais je ne pourrai me permettre avec un garçon…

    Je respire profondément et je laisse échapper un long long long soupiiiiir… je ne peux pas m’empêcher de trouver touchant d’observer ces jeunes mecs heureux de vivre, heureux d’être ensemble, ayant toute la vie devant eux, tout a construire, tout a vivre… mais en même temps, je sais désormais que parfois, sous des apparences de joie de vivre et d’insouciance se cachent des blessures, des non-dits, des secrets, et, peut-être, parfois, des désirs inavoués…

    Quelques minutes plus tard, chacun avec leur verre à la main, ils repartent faire un tour… tous sauf Thibault, qui bifurque vers les toilettes… lorsqu’il en ressort quelques instants plus tard, il nous a repérés, Elodie et moi… je quitte illico la piste de danse pour aller lui dire bonjour… Elodie est à mes basques… parfois elle exagère… elle aurait pu rester danser…

    « Salut » balance-t-il en claquant la bise à Elodie avant de me gratifier d’une poignée de main bien ferme.

    « Salut » je lui réponds.

    « C’est cool que vous ayez pu venir »

    Le volume de la musique est tel que pour se comprendre on est obligé d’approcher les lèvres de l’oreille de l’autre… j’adore la sensation de son souffle dans mon oreille lorsqu’il me parle…

    « Je me tâtais, mais Elodie a tellement insisté… » je balance au deuxième degré, en souriant, de toute façon Elodie n’entend pas.

    Thibault sourit. Il sait que je blague. Il sait que je suis venu exprès pour retrouver Jérém. Il sait tout ce mec. J’enchaîne.

    «  Je croyais que vous aviez changé de programme… » je continue.

    « Naaan, on vient tout juste d’arriver… Jérém a bossé jusqu’à une heure passée… »

    « Ah, ok, je comprends mieux… »

    « Tu veux un truc à boire ? » il me propose.

    « Euh… une bière… »

    Je le vois ensuite se pencher vers l’oreille d’Elodie. Je la vois sourire. Et approcher ses lèvres de l’oreille du beau mécanicien. Ensuite elle approche sa bouche de mon oreille pour me crier presque :

    « J’ai pas envie de boire autre chose… je vais retourner danser à coté, le mec est tout à toi… cuisine-le bien, tu me raconteras… »

    Je me contente de lui sourire.

    On se dirige vers le bar, je vois Thibault se pencher vers la pouff de tout à l’heure, et un instant plus tard celle-ci se ramène avec deux bières.

    « Merci » je lui crie à l’oreille.

    « Avec plaisir » me répond-t-il, en avançant sa main et sa bouteille pour trinquer avec moi. Son sourire est simplement à tomber.

    « Alors, ça se passe bien ce boulot de serveur ? » je me renseigne, entrée en matière directe.

    « Ca ne fait que deux jours, mais ça a l’air… »

    « Il semble à l’aise avec ses plateaux… »

    « Il a déjà bossé dans un bar l’été dernier… »

    Ah… bah voilà… petit à petit on va tout savoir… là, je comprends mieux. Voilà un autre truc que je ne connaissais pas de mon beau brun. En fait, à part sa beauté, son charme, la taille de sa bite, de ses couilles et ses envies de mec, je ne connais rien de lui.

    « Le tournoi de rugby, c’est fini ? » j’improvise pour masquer mon étonnement.

    « Non, on a encore deux matches, un demain et un dimanche prochain »

    « Demain ??? » je m’étonne.

    « Ouais… », il rigole, « on va être frais… »

    Je souris. Et j’enchaîne :

    « Ca se passe bien le tournoi ? »

    « On risque de gagner le tournoi, mais il faut que le capitaine soit en forme »

    « Ça va pas être simple avec son boulot… » j’avance.

    « Non, c’est vrai, mais il a de la ressource le Jérém, je m’inquiète pas… il va sécher quelques entraînements, mais il a de la marge, avec toute la muscu qu’il a fait depuis des mois… »

    Ah, oui, mon petit Thibault, si tu savais comment j’ai pu assister à ses séances de muscu… si tu savais à quelle soirée de fou ses séances de muscu nous ont conduits mardi dernier…

    « Et puis… » il continue « avec tout l’exercice qu’il va faire pour son taf, il va garder la forme… quant à son jeu, il a bonne une longueur d’avance » 

    « Il est en cdi ? » je me renseigne.

    « Non, il est en extra pour juillet et août… après il va enchaîner avec un vrai boulot… »

    Voilà autre chose. C’est instructif de discuter avec Thibault, il ne se fait pas prier pour lâcher plein de trucs sur Jérém…

    « Il va chercher dans quoi ? » j’ interroge.

    « Dans la vente… »

    « Dans un magasin, une grande surface ? » je sonde.

    « Non, plutôt en tant que commercial… »

    « Ah bon… » ce soir là je passe d’étonnement en étonnement. Mais le meilleur (ou le pire) reste à venir.

    « Oui, un de nos potes bosse pour une grosse boite qui fait de l’outillage professionnel et il semblerait qu’il va y avoir une opportunité à saisir à la rentrée début septembre… »

    « C’est dans la région ? » j’enquête, soudainement inquiet.

    « Pas vraiment… la boite est basée à Limoges… »

    Je panique. Je faillis recracher la gorgée de bière que je viens d’avaler nerveusement. J’étouffe… dans deux mois, Jérém se barre à 400 bornes… dans ma tête c’est alarme rouge… les feux d’urgence clignotent, les sirènes me pètent les oreilles… l’état d’urgence est déclenché… panique à bord… il faut que j’en sache davantage… je suis assis mais je sens es jambes flageolantes… j’ai l’impression qu’on m’enfonce un poignard dans la poitrine…

    « Il va bosser à Limoges ? » je questionne… j’ai besoin d’être rassuré… j’ai besoin qu’il me donne une info n’importe qui relativise ce qu’il vient de me balancer…

    Hélas, ce ne seront pas les précisions de Thibault qui auront le pouvoir de me rassurer…

    « C’est une boite nationale, alors il peut être affecté aux quatre coin de la France… d’autant plus qu’apparemment ça ne lui fait pas peur de partir… tout ce qui compte pour lui, c’est de gagner sa vie correctement… tu sais, Jérém aime les belles choses, les belles fringues, les belles bagnoles, il a envie d’avoir tout ça, mais il a envie de l’avoir par ses propres moyens… »…

    Putaaaaaaiiiiiiiiin deeeeeeeeeeeee meeeeeeeeeeeeeeeerdeeeeeeeeeeeeeeeeee ! C’est quoi cette blague… je le savais que le beau brun préparait un coup foireux… Limoges… ou n’importe où en France… Clermont Ferrant ? La Rochelle ? et pourquoi pas Rouen, Lille, les Ardennes, Lyon, Nice tant qu’à y être… moi coincé à Bordeaux pour mes études et lui à l’opposé de l’hexagone… merde, merde, merde… j’ai l’impression que mon cœur se décroche de ma poitrine pour aller se briser au sol en mille morceaux et avec grand fracas…

    Je sais, je le sais depuis longtemps qu’après le bac nos vies vont se séparer… ce que j’ignorais jusqu’à là, c’était quand. Là je suis fixé… début septembre… un compte à rebours douloureux s’affiche dans ma tête…

    J’avale une autre gorgée de bière comme pour me donner du courage et j’essaie d’opposer des arguments sans importance pour essayer de refuser d’admettre l’inévitable :

    « Mais il n’a aucune formation dans la vente… »

    « Ils ont une formation interne… apparemment ils cherchent juste des jeunes avec une belle gueule et une bonne dose de gnaque… et Jérém, il est bogoss et motivé… ».

    Ah, la belle gueule. Ce pass universel qui ouvre toutes les portes de ce bas monde.

    J’ai envie de pleurer. Je suis tellement bouleversé que je n’arrive plus à trouver de la conversation.

    « Ca peut être partout en France, alors… » je finis par dire tristement et inutilement.

    « Ca peut être même à l’étranger… » il continue sans se rentre compte qu’il risque de m’achever « il parait qu’ils sont en train de développer un marché en Italie et ils recrutent pour ça… »

    « Il parle italien ? »

    « Oui, il le parle… son père est italien de Naples… »

    Ça je savais. Ses origines napolitaines. Ce qui explique la couleur mate de sa peau de saloperie de rital sexy, cette peau qui bronze à vue d’œil dès qu’elle rencontre un rayon de soleil, alors qu’à moi il me faut l’été entier pour colorier un peu mon épiderme nuance Doliprane… c’est ça d’avoir une maman Normande… oui, j’étais au courant de ses origines napolitaines, ce qui explique également son regard de braise et peut-être son attitude macho…

    « Je ne savais pas qu’il parlait italien… » je bafouille, la tête en roue libre.

    « Si, si, et plutôt pas mal apparemment… on y est allé l’été dernier en vacances, et je peux te dire qu’il n’avait aucun mal à se faire comprendre, surtout avec les nanas… »

    Ah, le charme universel de Jérém, la puissance de son regard, ce pouvoir de séduction de dingue qui se passe des mots, qui se moque de la barrière de la langue et qui opérerait même s’il devenait muet…

    Putain, Thibault… tu ne te rends pas compte que t’es en train de me tuer ? Tu ferais plus vite à aller chercher une hache et me l’enfoncer dans le crâne…

    A ce stade j’ai vraiment envie de pleurer. Thibault doit s’en rendre compte, car il me saisit doucement l’avant-bras, m’obligeant à le regarder dans les yeux. Son regard est doux et apaisant. Un instant plus tard je l’entends poser dans mon oreille :

    « Moi aussi je suis très affecté par son intention de partir… mais je me dis qu’il va revenir de temps en temps, qu’il ne va pas oublier les personnes qui comptent pour lui… et toi tu en fais partie… et puis on pourra aller le voir aussi… »

    C’est la seule note agréable à entendre dans son discours : le fait que, au dire de Thibault, je fais partie des personnes qui comptent pour le beau brun. Quant au fait de garder contact malgré la distance, je suis plutôt pessimiste…

    Je me sens désemparé… à l’instant où j’apprends que Jérém est un garçon sensible et blessé, à l’instant où mon amour pour lui trouve une nouvel et immense territoire à explorer, à l’instant où le besoin d’être avec lui est fort comme jamais, j’apprends que dans deux mois la vie va nous séparer pour de bon, et pas qu’un peu, et que je vais devoir l’oublier…

    Je ressens un profonde tristesse m’envahir, je me sens perdu, j’ai l’impression que plus aucune joie ne sera jamais possible pour moi, comme si un Détraqueur d’Azkaban venait de rentrer dans la pièce… j’ai soudainement très froid, je sens la chair de poules s’installer, je sens les larmes monter, j’ai peur de ne pas pouvoir me retenir… je me sens pas bien, j’ai la tête qui tourne… je cherche autour de moi un appui pour ne pas m’effondrer… heureusement Thibault est là… son regard doux et presque ému cherche encore le mien… sa main est toujours posée sur mon avant bras… je vois son autre main poser sa bière sur le comptoir et rejoindre mon autre avant bras… sa double prise se fait plus ferme, j’ai presque l’impression que ses pouces amorcent un mouvement qui semble à une petite caresse… je sens la chaleur de ses mains, l’affection de son geste, l’émotion qu’il partage avec moi… je suis super triste, mais Thibault sait me faire du bien…

    C’est dingue comment Thibault est un garçon rassurant, attachant, câlin, tout le contraire de Jérémie… un garçon débordant d’une sensualité naturelle, un garçon solide tant dans le physique que dans le mental, mais dont on devine une sensibilité de tous les instants ainsi qu’une douceur qui ne demande qu’à être dévoilée… Thibault est le mec qui sait offrir une véritable amitié… le mec qui sera toujours là quand on aura besoin de lui, qui ira jusqu'à se mettre en danger s’il le faut pour aider son pote… rien que cela, ça le rend charmant et touchant à mes yeux…

    « S’il part, on ira le voir ensemble » finit par poser dans mon oreille, comme une dernière caresse, juste avant de retirer ses mains de mes avant bras.

    Il reprend sa bière, et il trinque à nouveau avec moi. Son sourire m’aide à me calmer. Il est trop ce mec. J’ai tout juste le temps de me ressaisir que mon attention est captée par de ce t-shirt orange moulant qui m’a fait tant d’effet en le voyant débarquer à la tête de sa meute… il est à l’autre bout de la piste, mais il avance vers nous et je devine qu’il ne va pas tarder à venir retrouver son pote…

    J’attends son approche avec toujours dans le ventre cette incertitude sur la réaction qu’il va avoir. Il est imprévisible ce mec… je ne sais jamais si le fait de me voir hors de nos baises lui fait plaisir ou l’agace… dans ce cas précis, je me demande si le fait de me voir à nouveau discuter avec son pote, ne va pas vraiment finir par le mettre en pétard…

    De toute façon, c’est trop tard pour me rattraper… je ne peux pas disparaître d’un coup de baguette magique… il faudrait la Baguette de Sureau, et encore… au pire je vais prendre un tir de la part du beau brun… il me reste juste à espérer que son « tir », ce soit moins dans l’engueulade que dans la baise…

    Se rendant compte de mon inquiétude, voilà que Thibault, qui a toujours en réserve le bon mot à utiliser en cas de besoin, me demande de lui parler de mes études à Bordeaux. Il est adorable. Il me fait parler pour m’apaiser… pendant que je lui réponds, tout en guettant de l’œil l’approche du beau brun, je m’efforce de retrouver un sourire à afficher…

    Un instant plus tard il est là… sans me dire bonjour, il se penche à l’oreille de Thibault, il lui raconte quelque chose ; le beau mécano sourit, lui répond un truc à son tour ; leur échange continue ainsi pendant un petit moment… Jérém finit par lui indiquer un endroit que je situe au milieu de la piste de danse… est-ce qu’il est en train de lui montrer une nana ? Un pote à eux ? De quoi sont-t-ils en train de rigoler ???

    Ah, je suis jaloux, je voudrais tellement avoir le pouvoir de capter cette conversation, de savoir ce qui fait rigoler les deux bogoss… pendant leurs échanges, mon regard intrigué est tellement collé sur eux que par deux fois je croise celui de Jérém… ça ne dure qu’un instant mais je n’arrive pas à déceler d’émotions… pas de signe à mon intention, même pas un petit geste en guise de bonjour… pas de sourire mais pas de regard noir non plus… j’essaie de sonder son état d’esprit car quelque chose me dit que je vais bientôt me retrouver en tête à tête avec lui…

    Ça ne rate pas… un instant plus tard Thibault se lève, me fait un signe de la main en guise d’au revoir, un signe qu’il accompagne d’un petit clin d’œil craquant à souhait… elle a raison Elodie, ce mec aussi est vraiment canon… deux potes, deux bombes… c’est beau à voir lorsque tous les deux sont dans le champs visuel…

    Thibault est parti en direction de l’endroit de la piste que Jérém semblait lui indiquer pour y retrouver un type avec qui, à en juger de leurs échanges, animés et tactiles, il doit être très bon pote également…

    Jérém s’assoit à coté de moi sur le tabouret devant le comptoir du bar du KL à la place de son pote qui vient de partir.

     

    Plus tard, cette nuit là…

     

    Son repos ne sera pas de très longue durée. Une heure plus tard, il se réveille soudainement. L’esprit embrumé par le court endormissement, il a du mal à remettre les choses à leur place. Déjà, pour réaliser qu’il n’est pas dans son lit habituel… ensuite, pour réaliser de quel lit il s’agit… il se souvient de la soirée au KL, il se souvient de la baise… de Jérém en train de prendre son pied… de sa proposition de rester dormir…

    Oui, ça y est, il réalise qu’il est dans le lit de Jérém… ce dernier est en train de dormir juste à coté… il se rend compte qu’il est vraiment bien dans ce lit douillet, dans la douceur, sous le poids de la couette remontant jusqu’à ses oreilles… et toujours le parfum si « mec » de Jérém, ce nouveau parfum auquel il ne s’est pas encore habitué, cette fragrance entêtante qui avait bercé ses narines un bon petit moment avant qu’il ne trouve le sommeil… comme une caresse olfactive, douce et sensuelle…

    Et puis il y a cette étrange chaleur qui enveloppe son corps et qui irradie doucement sur la peau de son torse, dans son bassin, dans ses jambes…

    Une seconde plus tard, son cœur fait un bond dans sa poitrine… une angoisse soudaine le tire de cet état un peu confus, comme ouaté entre le sommeil et la veille… la panique s’empare soudainement de son esprit… c’est lorsqu’il se rend compte que ses bras, son torse, ses jambes sont en train d’enlacer le corps chaud de Jérém, que l’agréable et douce chaleur qu’il ressent dans son ventre vient du contact avec son dos… que la sensation qu’il ressent sur sa joue, vient du contact avec ses cheveux bruns…


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