• 46.2 On rentre !

     

    Dimanche 8 juillet 2001, 2h42, Toulouse Sesquière, le KL. 

     

    Nico et Martin ne sont plus qu’à quelques pas de la sortie, lorsque Nico sent une pression sur l’épaule. Il s’arrête net. Il sait que c’est sa main. Il a redouté que cela puisse arriver autant qu’il l’a souhaité. Nico se retourne. Jérémie le regarde fixement. Il a l’air très contrarié des mauvais jours. 

    « On rentre ! » il finit par lâcher sur un ton autoritaire. 

    « Non, je ne rentre pas avec toi… » je lui répond sèchement. 

    Il me toise, mauvais, je n’ose même pas le regarder. 

    « Qu’est ce qui te prend ? » s’étonne le beau brun. 

    « Rien… je rentre avec lui… » j’insiste en lui indiquant Martin qui, ne s’étant pas rendu compte tout  de suite de mon arrêt, se trouve désormais quelques pas plus loin et regarde la scène à distance. 

    « Arrête ça… viens, on rentre… » m’intime Jérém. 

    « Maintenant c’est trop tard, je lui ai dit oui… » je lui annonce, comme une fatalité. 

    « Alors casse-toi et n’essaie plus de me faire chier… tu me dégoûtes ! » me balance-t-il en pleine figure. Le ton est contenu, afin d’éviter le scandale, mais le mot est dur, percutant, j’en ai presque les larmes aux yeux. Il fait demi tour et il se barre. 

    « Jérém… » je tente de le retenir. En vain. 

    Envie de le rattraper. Envie de lui.  

    Envie de le laisser filer et de partir de mon coté sans tenir compte de son caca nerveux, histoire de lui montrer que je ne suis pas son toutou, que je peux avoir des aventures de mon coté, comme lui les siennes, que je peux lui imposer mes choix, comme lui les siens. Que je ne lui dois rien, comme lui il estime ne rien me devoir.  

    Envie de le rattraper. Envie de lui. Envie de coucher avec ce mec qui me retourne rien qu’avec un regard, envie de faire jouir ce corps que je connais par cœur et qui me fait jouir comme pas permis, envie d’avoir accès à cette queue qui me fait grimper aux rideaux, et même jusqu’aux combles, qui m'envoie en l’air jusqu’aux étoiles… 

    Envie de ne pas me dégonfler par rapport à Martin… et aussi… envie de Martin… envie de découvrir le corps et la sexualité de ce garçon inconnu, très impatient et excité de vérifier si les promesses de plaisirs sauvages annoncées avec tant d’assurance seront bien tenues dans les faits… savoir si je vais autant aimer me faire bousculer par un autre mâle dominant… découvrir ses kifs… me frotter à une nouvelle puissante virilité… 

    Deux mecs canons veulent me sauter et je ne sais pas quoi faire… c’est vrai qu’il existe situation plus inconfortable, des choix plus difficiles à faire… mais enfin… l’enjeu est tel, le futur de ma relation avec mon beau brun, que je ne sais pas quel choix est le bon… 

    Putain de situation de m… 

    Jérém… Martin… Martin… Jérém… 

    Eh.. merde… je ne peux pas le laisser partir ainsi… ni l’un… ni l’autre… 

    Je regarde Jérém s’éloigner, filer tout droit, revenir à grand pas vers la salle, sans se retourner… Jérém n’est pas le genre de gars qui va supplier… il demande, ou plutôt il commande… il est habitué à ce qu’on lui dise oui… lorsqu’on lui dit non, sa riposte est claire, il tape un grand coup. Parfois c’est en jouant de ses gros bras. D’autres fois, c’est en se servant de l’arme ultime, le mépris. 

    Ce soir, il a choisi cette dernière option. Il sait à quel point je l’ai dans la peau et que le pire qu’il puisse me faire c’est de me planter là comme un con. 

    Et moi je sais que si je le laisse partir, ce sera pour toujours. Que je ne pourrai pas rattraper le coup. Qu’il ne me pardonnera pas d’avoir préféré partir avec un autre, sous ses yeux, qui plus est… 

    Mais bon sang… une petite voix en moi crie à tue tête que son culot est juste intolérable… elle crie que lui il est bien parti pour son plan à quatre pas plus tard que samedi dernier… elle crie que moi je l’ai regardé partir et je n’ai pas osé aller le choper… que j’ai pris sur moi et j’ai passé une sale nuit… elle me crie que, malgré ça, pas plus tard qu’il y a deux heures, il a suffi de son sourire, d’une touche de son parfum, de l’éclat de son effronterie, et je lui ai tout pardonné, en lui taillant une pipe de malade qui ne se justifie que par ma faiblesse face à son charme tout puissant, et certainement pas par l’amabilité de son comportement à mon égard… 

    La petite voix crie que j’ai envie de lui rendre la pareille… que, malgré sa réaction de petit con, peut-être qu’en m’entendant lui dire non, en me voyant partir avec un autre gars, quelque chose va faire tilt dans sa petite tête de nœuds… qu’il va enfin se rendre compte ce que ça fait d’être laissé en plan, de n’être qu’une option parmi d’autres… peut-être qu’il va passer une nuit de merde, qu’il va se saouler la gueule et que demain il va m’envoyer un sms pour baiser… 

    De toute façon, je n’ai plus la force de supporter tout ça… le voir vivre sa vie comme ça lui chante sans tenir compte de moi, et m’empêcher de vivre la mienne lorsque j’essaie de prendre le large… 

    C’est décidé… je vais rejoindre Martin et finir ma soirée avec lui… explorer d’autres horizons… connaître un autre lit… découvrir un autre garçon, une autre façon de baiser, et tant pis si ce n’est qu’un plan d’un soir… tant pis si ça va créer le bordel pour mon stage intensif pour le permis… au pire je vais changer d’auto-école… et tant pis si je ne reverrai plus jamais Jérém… je vais récupérer le contrôle de ma vie… au fond, Martin tombe à point nommé… au fond, tout ça est un mal pour un bien…  

    Dans sa belle voiture qui file rapide sur la Rocade, Martin m’interpelle au sujet de « ce mec qui est venu te chercher »… je lui réponds que c’est un camarade de classe avec qui j’ai eu une aventure, mais que c’est fini désormais… 

    Oui, c’est fini… dans la voiture de Martin, je roule vers l’inconnu… et ça me fait un peu peur… de toute façon je n’ai plus le choix… je ne peux plus revenir en arrière… alors, autant profiter du voyage… pour me donner du courage, je dirige mon regard en direction du beau moniteur, je m’imprègne de sa beauté et j’essaie de m’étourdir de sa sensualité… il s’aperçoit que je le regarde, il tourne la tête et il me sourit… et un sourire pareil, ajouté à son parfum et à la promesse d’une nuit bien chaude, a de quoi effacer tous les regrets sous la puissance d’un désir impérieux…

    Le lit de Martin est très accueillant… déshabiller un garçon inconnu est très excitant… découvrir un nouveau corps est grisant… donner du plaisir à un Martin sans avoir passé le « Code de conduite du plaisir de Martin » au préalable, est une opération délicate, qui peut cependant se révéler stimulante… une véritable aventure… on avance en terrain inconnu… pas de cartographie, pas de GPS… pas de panneaux de signalisation… dans cette terre inexplorée on ne connaît pas les priorités, ni les sens interdits, on ignore les obstacles, les feux rouges ne font que clignoter à l’orange… ils signalent juste d’avancer avec prudence… on ne connaît pas non plus les limitations de vitesse… est-ce qu’on va assez vite ? Trop vite ? Est-ce qu’un risque d’ennuyer ? Ou bien d’arriver trop vite à destination ? Dans ce voyage à l’aveugle, alors qu’on n’a aucun mal à localier chez l’autre les sites remarquables, on ignore si notre échelle de priorités est partagée…

    Oui, lorsqu’on couche avec un garçon inconnu, on doit tout réapprendre… c’est à la fois le coté excitant et angoissant du jeu… la découverte d’un nouveau « Code de la route de… » qui n’est jamais exactement le même d’un garçon à l’autre…

    Coucher avec un nouveau garçon est souvent une belle découverte, un voyage qui peut nous amener très loin… très loin de nous même, on se sait pas où exactement… parfois, même si le voyage se passe bien, une fois rentré chez soi, on peut se rendre compte qu’on est parti trop loin, trop longtemps… et que, au passage, on a perdu davantage de ce que l’on a trouvé pendant notre escapade… on est parti pour un feu de paille et on a perdu l’essentiel, perdu à jamais…

    Pendant qu’il me ramène chez moi après cette nuit de baise qui n’aura certainement pas de suite et que je regrette déjà, je regarde le beau moniteur au volant de sa belle voiture, avec sa belle chemise, avec une belle montre au poignet… et je revois Jérém au volant de sa 205 pourrie, lors d’autres retours de boite de nuit… c’est la première fois que je passe la nuit avec un « plan » autre que Jérém… c’est la première fois que je dis non à Jérém… et, au fond, je m’en veux… je n’arrive pas à effacer de ma rétine son regard dépité lorsque je lui ai dit que je rentrais avec un autre mec… je ressens encore la vibration de sa colère… putain de petit con jaloux… mais qu’est-ce qu’il y avait vraiment dans son regard, dans sa colère ? Est-ce qu’il n’y avait vraiment qu’un ego masculin mis à mal ?

    Quand je pense qu’il aurait suffi qu’il soit à peine un peu moins con pour que l’on rentre ensemble… pour qu’on se fasse du bien l’un l’autre… toujours et encore, si beau et charmant soit-t-il Martin, si excitantes soient les promesses de jouissance que ce plan sous-entend, j’aurais vraiment préféré terminer cette soirée avec Jérém… je me surprends à me demander ce que je fais dans cette voiture, avec ce gars…

    Alors, pendant que j’entends toujours la petite voix crier que la jalousie de Jérém devrait me flatter et me rassurer, voilà qu’un gros voyant rouge clignotant, accompagné d’une sirène assourdissante, me renvoie à une peur ancestrale… la peur de l’abandon… sous sa déclinaison spécifique qui est la peur de perdre Jérém pour de bon…  

    Je peux toujours jouer le bluff en me disant que le vieil adage « fuis-moi, je te suis » a des chances de marcher… le pari est risqué… trop risqué… au fond de moi je crois plutôt qu’en blessant aussi profondément son ego, en refusant son plan pour partir avec Martin, beau, class, et avec quelques années de plus que lui, je vais tout simplement précipiter la fin de notre relation… 

    L’image de Jérém qui s’éloigne de moi, avec une démarche assurée de petit mec dans laquelle je devine toute sa jalousie me prend aux tripes… la peur de le perdre vraiment me tétanise…  

    Alors, dans le doute, dans la crainte, dans ma faiblesse, dans mon amour… pour l’épisode « Nico part avec un autre mec et laisse Jérém en plan », il faudra repasser… le voyage dans le lit de Martin je ne l’ai fait que dans ma tête, le temps d’un claquement de cils, un instant d’éternité pendant lequel je ne peux décrocher les yeux de mon beau brun en train de s’éloigner, le regard rivé sur « Klein » moulant ce torse parfait que je rêve de caresser, de serrer à moi, de parcourir avec ma bouche… 

    Ignorant désormais le beau Martin, je cours presque pour rattraper mon beau brun. Et tant pis si certains pourraient me trouver une faiblesse de mauviette. Tant pis si mon amour propre va encore en prendre un coup. Tant pis si je me conforme une fois de plus, à mes yeux, à ses yeux, au rôle de « Médor qui accourt en remuant la queue quand papa appelle »… d’autant plus que dans mon esprit c’est plutôt « Médor accourt quand papa l’appelle en remuant sa queue »…

    Et puis, voilà… il y a un autre argument de poids qui fait définitivement pencher ma balance vers Jérém… je sais que mon beau brun est en colère, très en colère… et je sais très bien que lorsque ce petit coq est dans cet état, le sexe avec lui prend une dimension inédite… 

    L’échauffement de l’esprit Jérém, surtout lorsqu’il sert à cacher sa jalousie, est un stimulant sexuel puissant… je crois que, pour autant que je m’en souvienne, les meilleurs coups avec Jérém seront toujours après le passage d’une bonne colère capable de balayer la surface et de dénicher/déchaîner les passions, les véritables passions… parfois il faut savoir secouer un peu le cocotier… lorsque son ego viril est blessé, il se sent obligé d’en faire des caisses pour montrer qui est le chef… et là, c’est le bonheur assuré…  

    Et puis, je sais par expérience que, lorsque mon Jérém est jaloux, ça le pousse à sortir de ses retranchements… alors, non seulement j’ai droit à un baise de dingue, mais parfois j’ai même droit à des câlins… et ça, ça vaut tous les Martin du monde… oui, parfois il faut savoir secouer le cocotier… mais il faut savoir s’arrêter avant de le déraciner… 

    Je sais que je vais regretter ce choix, et ce sera le cas, peu de temps après cette soirée. Mais aujourd’hui, après tant d’années, je me dis que ce soir là j’ai bien agi, car j’ai agi de la façon la plus naturelle, celle que mon cœur me suggérait.

    Dans la vie, et notamment en amour, on marche à l'aveugle… on passe la vie à essayer de comprendre le monde, et le plus compliqué au monde c’est de comprendre l’être qu’on aime… alors, comme on ne sait jamais quel rôle il est bon de jouer à un moment donné, autant jouer le rôle que le cœur nous dit à ce moment là… que notre jeu se révèle avantageux ou pas, au moins on n'aura pas de regrets…

    Je le rejoins juste avant qu’il s’engouffre à nouveau dans la salle. Lorsque j’arrive à portée, je pose à mon tour ma main sur son épaule… il s’en dégage violemment, il se retourne comme une furie, il me repousse avec ses mains.  

    « Fiche-moi la paix ! » il envoie, claquant et assourdissant comme un coup de feu. 

    J’ai quand même réussi à l’arrêter, et il s’est retourné vers moi. Il me fait face, ses yeux noirs fulminent… c’est beau à voir… j’ai toujours pensé que Jérém est encore plus sexy, si possible, quand il est énervé… je crois que j’ai pas intérêt à le provoquer davantage, qu’il vaudra mieux la jouer fine… je crois qu’il est à deux doigts de me planter son poing dans la figure… ce qui réjouirait cette conasse de Camille… et ce n’est vraiment pas le but de l’histoire… 

    Je n’ai pas le temps de lui dire que finalement je vais rentrer avec lui, qu’il me balance, dur, froid, méchant, tout en baissant le ton de voix, car des regards commencent à se poser sur nous : 

    « Si tu pars avec ce mec, c’est fini, je n’existe plus pour toi… tu choisis… ». 

    Son culot est spectaculaire. Il mériterait mille, dix mille gifles pour être aussi arrogant, aussi inconséquent, aussi hypocrite, aussi culotté pour me faire ce chantage alors que lui il couche avec n’importe qui… même avec des nanas… beurk ! 

    Du coup, devant son culot « très haut débit », je sens instantanément mes sentiments changer de polarité… je me braque… je suis à deux doigts de repartir en direction de Martin… mais lorsque je cherche ce dernier du regard, je me rends compte qu’il a tout simplement disparu. 

    Soudainement, alors que ma décision de rentrer avec Jérém était actée jusqu’à un instant plus tôt et que cette « disparition » irait à priori dans le bon sens, je ressens un sursaut d’amour propre et la colère me pique à vif… 

    « Putain, Jérém, tu fais chier… » je lui balance, me retournant une fois de plus comme pour me convaincre que Martin est bel et bien parti… je suis tellement en colère que j’en bégaie. 

    « Finalement c’est un bon type… tu vois ce qu’il vaut… » me balance-t-il à son tour, soudainement redevenu plus calme, l’air de se réjouir de son triomphe. Ou plutôt de ma défaite. A gifler. 

    Je ne sais pas si je suis davantage en colère contre Jérém ou déçu du départ de Martin… il n’a même pas essayé de s’imposer… il a tout simplement filé… c’est vrai que l’attitude énervée, chauffée, sanguine, l’air bagarreur du beau brun, plus musclé que lui, a pu le résoudre à renoncer à moi, celui qu’au fond n’était dans sa tête que le coup d’un soir… ou bien, confronté de plein fouet au pouvoir que le beau brun possède sur moi, le beau moniteur s’est tout simplement dit que je n’en valais pas la peine… peut-être qu’au fond le beau Martin n’est qu’un bon frimeur, une grande gueule…  

    Quoi qu’il en soit, il a déclaré forfait… maintenant il ne faudrait pas que Jérém me plante à son tour, là j’aurais tout gagné… 

    « Et toi t’es vraiment un gros connard… » je lui balance pour me défouler. 

    Au fond, vraiment au fond, je suis super heureux qu’il se soit pointé… paradoxalement j’ai envie de le traiter de tous les noms, presque de le frapper… 

    « Je t’ai juste empêché de faire une connerie… » il m’assène promptement. Il a toujours la réponse à tout. Il m’énerve. Le pire c’est que je suis sûr qu’il a raison. Chose qui m’énerve d’autant plus. 

    « Tu me gonfles… » je tente de me défendre alors que mes derniers remparts d’amour propre sont en train de tomber. 

    « Toi aussi tu me gonfles… arrête de faire des scandales, ce n’est pas l’endroit… on y va… on en parle plus tard… » me balance-t-il en baissant soudainement le ton de sa voix, le regard perdu dans le vide. 

    Je meurs d’envie de partir avec lui, mais j’ai aussi envie de lui crier qu’« entre nous » ça ne peut pas marcher éternellement de cette façon… il me chauffe, il me laisse tomber, il baise avec qui il veut… il me laisse en plan, et quand je me trouve un plan, il monte sur ses grands chevaux et il vient casser mon plan en vertu d’un droit de préférence qu’il aurait sur moi…  

    Dans la réalité, certes, il est vrai que ce droit existe, et c’est bien lui qui le détient… personne ne fait le poids dans mon cœur face à lui… mais de voir ce pouvoir exercé avec tant d’aisance et de désinvolture, ça me met hors de moi… en même temps que ça m’excite… 

    Mon plan raté, Jérém qui me fait un sketch, son culot, l’idée de finir la soirée avec lui, le sentiment de défaite de ne pas savoir lui résister, de tout lui céder, encore et encore… je suis dans tous mes états, au point que je ne me suis même pas rendu compte qu’il approche lentement de nous. 

    Lorsqu’il nous rejoint, je comprends pourquoi Jérém a soudainement baissé d’un ton et a cherché à apaiser la confrontation. 

     « Ca va ? » demande Thibault en posant une main sur l’épaule de Jérém. 

    Est-ce qu’il a assisté a une partie de la scène ? Est-ce qu’il en a compris les tenants et les aboutissants ? 

     « Ouais… » répond le beau brun, avant d’enchaîner « … j’ai la tête comme une pastèque… je vais ramener Nico et je vais me coucher, je suis vanné… besoin de dormir avant le match de demain… ». 

    Je me fais la réflexion que mon beau brun ment avec un aplomb vraiment remarquable. Redoutable. Inquiétant. 

     « Ok, rentrez bien alors… » réagit le beau mécano. 

    Thibault égraine ces mots avec une certaine jovialité.  

    « On se voit demain aprèm… » relance Jérém en passant un bras derrière l’épaule du beau mécano et en y allant franco de la bise. Je suis un peu en retrait et, pendant cette accolade amicale, pendant que les pectoraux de deux potes se frôlent, tout juste séparés par deux fines couches de coton, je croise le regard de Thibault … ça ne dure qu’une fraction de seconde, avant qu’il ne le détourne… et dans ce regard, il me semble de déceler quelque chose qui ressemblerait à de la tristesse… une profonde, touchante tristesse… une tristesse dont Jérém ne se rendra pas compte mais dont je prends à ce moment là toute la mesure… 

    Pendant leur étreinte, dans l’attente que mon tour vienne de dire au revoir au beau mécano, mon malaise ne cesse de grandir… 

    Je me sens terriblement gêné de partir avec Jérém alors que la soirée de Thibault va s’achever sur un mensonge de son meilleur pote… non seulement il sait qu’on va coucher ensemble, et je vois que ça le perturbe… mais de surcroît son pote lui ment, alors que ça aussi il le sait pertinemment… comment vais-je pouvoir lui faire la bise alors que je sais que je suis une partie de la cause de sa tristesse ?  

    L’accolade amicale entre les deux potes a pris fin…  Thibault me regarde… c’est con, mais je ne me sens pas le courage de lui faire la bise, notamment devant Jérém… alors je cafouille, je lui tends la main… Thibault l’attrape mais en même temps il avance le buste pour approcher sa joue de la mienne…

    Sa cigarette au bec, Jérém est déjà en train de marcher vers la sortie, ainsi Thibault trouve l’occasion pour me chuchoter à l’oreille :

    « T’as vu comment il rapplique quand tu le rends jaloux ? T’as bien mené ton affaire, respect… et à la fin tu as fait le bon choix… ».

    Putain. Il a tout vu. Tout capté. Tout compris. Sacré Thibault. Et il continue :

    « Pas trop de folies cette nuit, demain on a match, j’ai besoin de mon capitaine en pleine forme pour l’avant dernier match de la saison… ».

    Il est trop mignon. Notre étreinte a pris fin à son tour et nous sommes désormais face à face. Je le regarde, je vois qu’il s’efforce de sourire alors que son regard demeure mélancolique.

    « Vas-y maintenant, bonne soirée, et à une prochaine… » me balance-t-il avec un charmant clin d'œil en pièce jointe.
    Mais je le sais, je le vois, il a mal. C’est con, mais je m’en veux.

    « Salut et à bientôt, Thibault… » c’est tout ce que je trouve pour prendre congé de lui. Je pars vers la sortie pour rejoindre mon beau brun. Je sais qu’il va être d’une humeur massacrante, mais je suis tout guilleret, car c’est avec lui que je vais rentrer… je presse mon pas pour ne pas le faire attendre, car je le sais déjà bien chauffé… je le retrouve juste à l’extérieur, à coté de la porte d’entrée, en train de tirer sur sa clope ; dès qu’il me voit, il s’élance vers le parking…  

    On n’a pas fait cinq pas, qu’on entend une voix féminine : 

    « Jérémie… » 

    Il se retourne, je me retourne, et je vois apparaître la blonde qui était en train de le tripoter tout à l'heure... elle approche… putain… il ne manquait plus que… ça… 

    « Tu rentres, beau brun? » demande-t-elle. 

    Eh, oh… tu ne l’appelles pas « beau brun », déjà… il n’y a que moi qui peut l’appeler de cette façon… 

    « Oui… je ramène un pote… » fait-il en m’indiquant avec un geste vague. 

    « Je croyais qu’on finirait la soirée ensemble… » balance-t-elle sans fioritures. 

    « Pas ce soir, demain j’ai match… je t’appelle… » il tente de se dégager. 

    « Un petit plan à trois… ça vous dit pas ? » insiste-t-elle. 

    Oh, la salope… la salope… oh la salope… laaaaaaaaa saaaaaaaaaaalooooooooooopeeeeeeeeee… oui, c’est la réplique culte de ce film culte qui me vient à l’esprit à ce moment là… non, la vie n’est vraiment pas un long fleuve tranquille…
    Je vois Jérémie hésiter… je vois que quelque chose lui trotte dans la tête… quelque chose a l’air de le titiller dans la proposition de la tentatrice… ah non, Jérém… tu ne vas pas me faire ça... pas de truc à trois, pitié… pas après avoir fait foirer mon plan… je te veux tout pour moi… 

    Devant son hésitation, je suis de plus en plus inquiet. Je me vois déjà en train de regarder mon brun baiser une chatte… c’est déjà arrivé lors d’une révision avant le bac, chose qui m’a appris à ne jamais arriver à l’avance, et franchement l’idée de réitérer l’expérience ne m’enchante guère… le temps passe et le silence de Jérém est de plus en plus gênant pour tout le monde… 

    Alors… alcool… exaspération… détermination… esprit de survie… peu importe… je décide de forcer le destin, quitte à prendre le risque de me faire jeter… ce soir c’est quitte ou double… 

    « En plus on a un truc a faire… » je laisse échapper maladroitement.
    Je regarde la nana : elle a l’air étonnée. Je regarde Jérém : il me regarde d’un air ahuri. La nana mate Jérém. Jérém fuit son regard.  

    Toute poitrine en avant, jouant le tout pour tout, quitte à perdre un bon peu de la classe que je lui avais trouvée précédemment, elle s’adresse à nouveau à Jérém :

    « Toi aussi t’as autre chose à faire? ». 

    Jérém semble désarçonné, coincé entre le choix de donner gain de cause à une nana qui le défie ouvertement sur le terrain de sa fierté et de sa réputation de mâle et un Nico qui essaie lui aussi de lui forcer la main… 

    « T’as entendu ce qu'il a dit… » il finit par trancher, la voix monocorde. 

    Bien mon Jérém… tu vois que tu peux être quelqu’un de bien quand tu veux… 

    « Ah, je vois… baisez bien, les gars… grand bien vous fasse… » lâche-t-elle avec mépris. 

    Comme quoi, bien souvent la classe n’est qu’un vernis qui saute à la première contrariété. 

    « Conasse ! » lui balance Jérémie.  

    Et je trouve que c’est bien mérité. 

    « Bande de pd !!! » balance-t-elle pendant qu’elle retourne à l’intérieur. 

    « Mauvaise perdante… » je pense tout bas… je suis fier de toi, Jérém… 

    « Je te jure, si c’était un mec, il aurait déjà mon poing enfoncé dans la gueule… » je l’entends se défouler pendant qu’il entreprend de marcher en direction du parking… 

    Il marche très vite, il ne dit rien et il fume nerveusement… il a l’air pressé, hors de lui, chauffé à bloc… je sens que ce dernier accrochage, et notamment le fait qu’elle l’ait traité de pd, ça a décuplé son agacement… je sens que dans la voiture ça va barder… je sens que rue de la Colombette il va me défoncer… 

    Une fois dans la voiture, il rate le premier démarrage, il peste, je le sens vraiment à fleur de peau. Heureusement la 205 finit par démarrer, on quitte le parking et on se retrouve vite sur la rocade. On vient juste de quitter la voie d’accélération que la colère de Jérém explose : 

    « C’était qui ce mec ? » me balance-t-il de but en blanc, le ton de voix très élevé, agressif, l’air de m’engueuler. Je trouve cela intolérablement culotté venant de lui, mais au final très plaisant à entendre. Ainsi il tient à moi,à sa façon… ou alors, c’est tout simplement une question d’ego… comme si j’étais sa chose… 

    Quoi qu’il en soit, il est évident que l’assurance du beau male est touchée. Je le sens vraiment contrarié. Alors que moi je me sens vraiment bien… décidemment… on est jamais heureux au même moment… il faut toujours qu’il y en ait un qui domine l’autre… les rapports apaisés, on ne connaît pas… 

    Mais au final… qu’est-ce que c’est bon de voir que quand Nico se fait draguer, Jérém rapplique. 

    Et ça me donne des ailes… et surtout l’énergie de lui tenir tête. 

    « Et toi, c’était qui cette blondasse… encore? » je trouve marrant de lui claquer à la figure. 

    « Ca n’a pas d’importance… » balaie-t-il ma question d’un revers de main. 

    « Si, ça en a… ça a la même importance que ce mec… » j’insiste sans me démonter. 

    « Cette nana n’était personne… elle voulait juste baiser… » me balance-t-il comme si ça devait le dédouaner de tout. 

    Il faut avouer que j’ai un peu bu et que de ce fait mon agacement est exacerbé. Mais il me saoule à un point que j’ai envie de le frapper. C’est viscéral. Quand je pense à samedi dernier, à son départ avec les deux pouffes et avec Thibault… alors que là il est en train de me faire la morale… là, franchement, je perds les pédales… je ne vais pas le frapper physiquement, mais me servir des mots pour l’atteindre… ça sort tout seul, comme une petite bombe… 

    « Ce mec aussi voulait juste baiser… ». 

    Je le vois frémir, bouillir. Il est tellement énervé que ça se ressens sur sa façon de conduire. La trajectoire de la 205 dévie vers la glissière du milieu alors qu’une autre voiture est en train de nous doubler. 

    « Jérém ! Fais gaffe ! » je l’alerte. 

    Il se reprend de justesse en donnant un coup de volant sec. 

    « Occupe-toi de tes oignons !!! » me balance-t-il sans ménagement. 

    Un coup de clackson retentit dans la nuit. 

    « Connard ! » crie Jérém, à bout de nerfs. 

    « Tu connais ce type ? » il revient à la charge illico. Quand mon beau brun a une idée derrière la tête, il ne l’a pas ailleurs. J’adore. Je décide de rentrer dans son jeu mais je vais vendre chère ma peau. 

    « C’est la première fois que je le vois… » je mens par omission ; et j’enchaîne « mais n’empêche qu’il était plutôt à mon goût… il a fallu que tu viennes t’en mêler…». 

    Un coup de bluff, certes, car il faut bien l’admettre, ça m’a fait drôlement plaisir voir débarquer Jérém en mode macho pour se substituer à un plan auquel, somme toute, je ne tenais que très moyennement. 

    Un premier coup bien visé, qui atteint sa cible en plein cœur. Sa main frémit sur le volant… ses yeux ne quittent pas la route, mais un léger mouvement de son regard et une inspiration bruyante par le nez me font comprendre que le beau brun accuse le coup… on dirait un petit taureau blessé, lâché dans l’arène et fixant les mouvements de la muleta d’un œil torve… 

    « Tu vas pas baiser avec un type pareil… » me lance-t-il avec mépris… voilà sa riposte ultime : toujours et encore le mépris…

    « Pourquoi? Il n’était pas mal… même pas mal du tout… » je repars à l’attaque, culotté. 

    « C’est pas un mec pour toi… » gronde-t-il… du mépris à la mauvaise foi, sa contre-attaque monte en puissance… mais l’arsenal est pauvre… 

    « Ah bon… » fais-je sur un ton provocateur « et maintenant tu sais quels mecs sont bons pour moi ou ceux qui ne le sont pas… le mec de la dernière fois à l’Esmé ce n’était pas un mec pour moi… celui de ce soir non plus… et… » 

    « T'as pas à faire ta chaudasse avec tous les mecs… » il m’engueule violemment en montant encore le ton et en m’empêchant provisoirement de lui balancer une dernière cartouche qui, un peu plus tard dans la conversation, l’atteindra bien comme il faut. 

    « Bah tiens, tu peux bien parler... » je me moque, mauvais. 

    « Quoi donc... » il s’énerve…

    « Ça te va bien de me faire la morale... toi qui baise tout ce qui bouge… ». 

    Jérém accuse un nouveau coup… j’ai l’impression que la colère monte en lui à un niveau qu’il est prêt à exploser… touché une fois de plus, mais pas coulé… le navire est bien gardé, ses défenses solides… je le vois pourtant vaciller… 

    Je n’arrive pas à croire que c’est moi qui balance ces mots, que je lui fais ce rentre dedans, que je le provoque sciemment. C’est bien uniquement l’alcool qui fait tomber mes inhibitions… ou bien, mes mots sortent-il sous l’effet d’une expérience récente ayant stimulé mon amour propre ? 

    « Si t’as un truc à dire, vas-y… je t’écoute… » finit-t-il par me balancer, très menaçant. Je continue de penser que s’il n’avait pas le volant à tenir, une de ses mains aurait déjà atterri sur ma gueule.

    « C’est bien toi » je continue cependant sans me démonter « qui samedi dernier n’a pas voulu baiser avec moi pour se faire un plan à quatre avec son meilleur pote et deux pétasses de la pire espèce... ». 

    Décidemment, ce soir rien ne me fait plus peur. Non, définitivement ce n’est pas que l’alcool seul qui parle… mais bien un début d’amour propre… une renaissance dont j’entrevois désormais clairement les causes… 

    « C’est pas pareil... » me balance-t-il sèchement, sur un ton hyper agressif, presque en gueulant. 

    Ça chauffe grave. L’aiguille du manomètre atteint la zone rouge. Mais il ne me fait plus peur. Deux mots s’affichent en grand dans ma tête. Merci Stéphane. 

    Certes, je suis en train d’oublier toutes les bonnes résolutions que j’ai cru pouvoir prendre et tenir grâce à ce que j’ai vécu avec lui… certes, je suis en train de rentrer en voiture avec mon beau brun, après avoir laissé tomber un plan en cédant devant son sketch de jalousie… je vais céder une fois de plus à ses envies, à ses besoins, me soumettre à son plaisir de mec… je vais redevenir sa chose… lui laisser les commandes de ma vie… 

    Cependant, je me dis que ce qui s’est passé dimanche dernier n’a pas été vain. Que je ne suis plus le Nico qu’avant… désormais, s’il est toujours vrai que Jérém peut me niquer autant qu’il veut, il ne pourra plus se foutre de ma gueule. J’ai enfin la force de lui tenir tête. Oui, Stéphane, ta force est avec moi… alors je ne lâche rien… 

    « A priori, ce n’est jamais pareil quand il s’agit de toi… » je demande… le Nico pompier, c’est fini… bienvenu le Nico pyromane… et j’enchaîne, m’engouffrant dans la brèche creusée par son silence et par son évidente absence d’arguments « je croyais que le deal c’était que nous deux on baisait quand on avait envie et qu’à coté de ça on baisait avec qui on voulait.... ». 

    Jérém se tait, sa respiration est nerveuse… je regarde le haut de son torse onduler au rythme de ses inspirations… mon dieu qu’est-ce qu’il est sexyyyyyyyyy… 

    Touché une nouvelle fois… le cuirassé Jérém tangue, chancelle sérieusement. De la fumée sort du pont… il y a le feu à bord… le système de communication doit être touché aussi, car aucun signal radio ne vient… 

    Une fois n’est pas coutume, je sens que je suis en position de force, alors j’en profite pour mener à bien mon attaque… j’ai envie de frapper, j’ai envie de lui faire mal, je veux voir sa réaction, je veux le mettre face à lui-même, devant ses contradictions… le repousser dans ses derniers retranchements, le voir bondir, exploser… je pense qu’au fond, je cherche le clash… 

    « De toute façon tu baises avec moi quand tu en as envie et tu baises ailleurs quand ça te chanteet t’en fais quoi de mes envies à moi ? Tu t’en fous complètement… comme samedi dernier, quand tu m’as jeté comme une merde… alors, pourquoi je ne baiserais pas moi aussi ailleurs quand j’en ai envie et surtout quand tu me lâches ?». 

    « Fiche-moi la paix … putain… t’es rélou... » il lâche avec mépris. Mais le ton de sa voix est moins agressif, on dirait qu’il a perdu de puissance, de conviction, de panache…  

    L’artillerie est touchée aussi. La puissance de frappe est compromise. Le navire est désormais sur la défensive. Je ne peux plus m’arrêter.  

    « Je ne te demande rien, tu sais… tu le sais que j’adore coucher avec toi... mais quand tu ne veux pas, surtout quand tu vas voir ailleurs et que tu le fais sous mes yeux... alors là, ne me demande surtout pas de t'attendre sagement... » je lui explique très calmement, alors qu’une tension de 10.000 volt me traverse de fond en comble. 

    Pas de réaction apparente… touché une fois encore, j’ai l’impression que le navire Jérém a perdu le contrôle de sa trajectoire, qu’il dérive ; alors, comme un animal excité par le sang de l’adversaire blessé, je continue, impitoyablement, cherchant l’angle de tir parfait pour mener le coup de grâce…  

    Insatiable dans ma vengeance, limite cruel, je décide de tenter un piège, une feinte… pour faire durer mon « plaisir »… je vais l’obliger à sortir à découvert pour mieux le frapper…  

    « De toute façon, à t’entendre, il n’y a aucun mec qui pourrait être bien pour moi… le mec de la piscine non plus ce n’était pas un mec pour moi… ». 

    « T’as baisé avec le pd de la piscine? » demande-t-il du tac au tac avant que j’aille fini ma phrase, que je termine quand même : 

    « Mais ce n’est pas comme si tu avais ton mot à dire, Jérém… ». 

    Action, réaction. Le piège a marché. Les derniers atouts du cuirassé Jérém sont à découvert, et ma puissance de feu le tient en joue ; il n’y a qu’a appuyer sur la détente pour couler la cible... 

    Je n’en ai pas assez… j’ai vraiment envie de savourer ma revanche… 

    « Le pd a un nom… il s'appelle Stéphane… » j’assène froidement.
    Ça le met encore plus en rogne. Je le vois et je m’en réjouis. Je sais qu’il attend ma réponse à sa question et je sais aussi que, quoi que je dise, soit il ne va pas me croire, soit il va me détester… 

    J’hésite...  

    Non, je n’hésite pas quant à ma volonté d’asséner le coup de grâce… ça, je n’y renoncerai pas…  

    Là où j’hésite, c’est surtout sur le type de munition à choisir… la plus douloureuse, celle qui consiste à lui dire que je n'ai pas baisé avec Stéphane, mais que j'ai fait l'amour avec lui, et ce, pour la première fois de ma vie, lors d’un après midi de rêve... ou alors choisir un arme plus propre mais tout aussi efficace… juste admettre que oui, on s’est envoyés en l’air…
    J'ai envie de lui balancer à a figure mon plaisir avec un autre… oui, j’ai envie de lui faire mal tellement il m’énerve, tellement il m’exaspère avec sa jalousie hypocrite et mal placée…
    Au final, dans un éclair de lucidité, je me dis que si une revanche s'impose, un aveu partiel avec des circonstances atténuantes fera assez de dégâts dans sa fierté de mâle…  

    « Oui… j’ai couché avec lui... » je finis par admettre, calmement mais fermement ; j’ai sciemment utilisé le mot « couché », pile au milieu de la gamme qui va de « faire l’amour » à « baiser » : je ne veux pas lui montrer que Stéphane m’a apporté quelque chose que lui n’a jamais su m’apporter, mais je ne veux pas non plus qu’il croit que ce garçon n’a été qu’un simple coup de queue… 

    Oui, je suis diplomate, mais avec modération, une modération qui semble par ailleurs soudainement s’absenter lorsque je crois bon ajouter, comme un pied de nez : 

    « … mais t’inquiète, j’ai mis une capote… ». 

    « T’as menti l’autre jour… » il gronde. 

    « Ca s’est passé dimanche dernier… tu te souviens que samedi dernier tu m’as jeté comme une merde et t’es parti baiser avec deux grognasses et ton pote ? ». 

    Voilà mes circonstances atténuantes. Un transfert de responsabilité.
    Le silence qui suit mes mots a quelque chose de lugubre. C’est le bruit du naufrage… cuirassé Jérém : touché, coulé… mon coup a frappé la cible en plein cœur…

    Je le vois froncer les sourcils, je vois son regard tourner de l’orage à la tornade. 

    C’est pas beau de frapper l’adversaire à terre… mais je ne peux pas m’empêcher de lui balancer : 

    « Tu fais la tête ? ». Oui, c’est officiel. Moi aussi je peux être un petit con. 

    « Ta gueule ! » il finit par me balancer, mauvais. 

    Silence total lors des dix dernières interminables minutes du voyage. Je sens comme la vibration des questions qui se bousculent dans sa tête et qui ne savent pas se traduire en mots.
    On est arrêtés à un feu rouge, lorsqu’il me balance, de but en blanc :
     

    « Alors il t'a fait des trucs de pd que je te fais pas ? ». 

    Ah, ces mecs… ils peuvent être arrogants, insupportablement effrontés, des petits cons d’anthologie… au fond, leur belle assurance n’est posé que sur des pieds d’argile… lorsque leurs certitudes de mâles sont mises à mal (le jeu de mots est involontaire), ils se révèlent très vite être des petites choses fragiles avec un grand besoin d’être rassurés… et ça c’est bien un truc qui les rend encore plus furieusement attirants…. 

    Dilemme :  

    Lui répondre que oui, avec Stéphane c’était super bon, qu’il m’a fait découvrir que je peux prendre moi aussi mon plaisir comme un mec, qu’il m’a fait sentir désirable, bien dans ma peau… que c’était bon non seulement sur le plan sexuel, mais aussi et surtout car c’était chaud et sensuel et tendre à la fois… car il m’a fait des câlins, lui… et il s’est laissé faire des câlins, lui…  

    Ou alors mentir, rassurer son ego blessé… 

    Ni l’un ni l’autre… juste riposter avec les mêmes armes, ce qui présente l’avantage certain de conserver le doute et de l’énerver encore un peu plus…  

     « Alors… les deux pouffes de samedi dernier t’ont fait des trucs d’hétéro que je ne te fais pas? » je réponds du tac au tac. 

    « Connard… » je l’entends lâcher. 

    « Connard toi-même… j’espère que tu t’es bien amusé dans cette une partie de jambes en l’air avec ces deux pouffes et ton pote Thibault ! » je surenchéris. 

    « Arrête de me parler de Thibault… ou tu vas t’en prendre une… » le ton de sa voix est soudainement devenu très sévère et le regard vraiment mauvais…  

    Là il y a point sensible… à creuser… mais plus tard… puisque c’est le moment des règlements de compte, je décide de vider mon sac : 

    « Tu m’as laissé en plan, comme un con, après m’avoir chauffé à blanc… t’as été baiser ailleurs, alors le lendemain j’ai été coucher ailleurs… c’est aussi simple que ça… ». 

    « De toute façon je n’en ai rien à foutre… tu peux faire ce que tu veux de ton cul… » me balance-t-il avec tout le mépris dont il est capable. Ainsi à ses yeux je ne suis qu’un cul à baiser. 

    « Je vois… » je résume « …toi tu peux faire tout ce que tu veux de ta queue… moi je n’ai pas mon mot à dire… mais si je couche avec un autre gars, je suis de suite classé salope… ». 

    Je n’arrive toujours pas à croire que c’est moi qui parle ainsi… mais je suis bien décidé à ne plus me laisser marcher sur la tête…

    Je l’ai mis face à ses contradictions, une situation pour lui inédite… je sens que des questions se cognent toujours brutalement dans sa tête… je sais que le beau brun est en train de bouillir… 

    Je le vois à son attitude crispée, figée, je l’entends à son silence…  il rumine ce que je viens de lui balancer et je sais que ça ne va pas passer… non, ça ne va pas se passer comme ça… je sais que quand il est dans cet état là, ça va forcement aboutir à quelque chose d’inattendu et de très puissant…  

    Ce n’est qu’une question de temps… je n’ai qu’à attendre et ça va tomber, inexorable… vas-y Jérémie… lâché-toi... tu ne vas pas le regretter… je pense que, quoique tu me balances à la figure cette nuit, je saurais quoi te répondre…

    On traverse le Pont Neuf dans un silence pesant. Je commence à penser que le beau brun a opté pour la pire des vengeances : l’indifférence et, pire que tout, la non baise. 

    De boulevard en allée, de feu en feu, je le vois cependant prendre la direction de la rue de la Colombette. Nous parcourons la rue d’un bout à l’autre sans trouver la moindre place. Nous débouchons sur le Canal et Jérém prend à gauche direction boulevard des Minimes. Notre salut, sous la forme d’une place de parking libre, se trouvera juste avant le pont des Allées Jean Jaurès, coté Canal.

    Jérém se gare, créneau impeccable dans la petite place disponible, toujours sans un mot. Le frein à main tiré, je le vois s’immobiliser. Je regarde cette putain de sculpture grecque qu’est son torse moulé dans son t-shirt blanc, sa chaînette de mec abandonnée sur le coton fin… avec sa clope au bec et son briquet dans la main, en train de fixer je ne sais pas quoi à travers la vitre… il a vraiment l’air très contrarié… et dans son attitude de mâle qui a perdu un peu de sa superbe, le garçon est sexy à un point que je ne saurais même pas l’exprimer… je suis à deux doigts de lui proposer une gâterie là tout de suite dans la voiture, comme c’est déjà arrivé une fois… moi en train de le sucer à quelques mètres de chez moi jusqu’à le faire jouir… pendant qu’il fumait lentement sa cigarette…

    Les secondes s’enchaînent et rien ne vient. Je n’ose pas lui proposer quoi que ce soit… le silence distille une tension qui commence vraiment à devenir insupportable.

    Je me dis que, après l’avoir obligé à baisser d’un cran, maintenant que son ego de mâle est un peu à vif, il est peut-être un peu mieux réceptif… je me dis que c’est peut-être le bon moment pour essayer de lui dire une fois pour toutes ce que je ressens, de lui balancer l’inavouable… que je suis amoureux fou de lui et que la baise ne me suffit pas… ou du moins, vue l’heure, le moment pour une bonne explication, pour tout mettre à plat, pour parler tranquillement, et peut-être repartir sur un bon pied.

    Mais par où commencer ? Comment lui parler de choses qui peuvent fâcher sans pour autant fâcher son ego masculin déjà bien froissé?

    « Jérém… » je me lance pourtant, sans trop savoir où je vais aller.

    « Tu descends ? » il me coupe, froid, cassant.

    Ok, j’ai été bien naïf de penser qu’il accepterait de discuter… de la science fiction… il attendait juste que je descende pour verrouiller la porte passager.

    Nous voilà dans la rue. Le beau brun allume sa cigarette, il tire un bon coup… sans me calculer, il gagne le trottoir coté Canal et se met à marcher en lâchant derrière lui un épais nuage de fumée. 

    La nuit est tiède, le vent d’Autan souffle toujours, secouant les branches et le feuillage des platanes qui bordent le Canal ; je regarde l’eau qui coule paisible quelques mètres plus bas et je trouve cela tellement beau… l’immuabilité des éléments, face au caractère éphémère et changeant des émotions et des passions humaines…

    Oui, le platanes, le Canal… heureusement qu’ils ne peuvent pas parler… ils se foutraient de ma gueule… ils doivent tous me trouver bien rigolo comme mec… toute une semaine à promettre et à jurer, lors de mes longues heures de footing, que plus jamais je ne céderai aux charmes de Jérémie… et voilà qu’à la première occasion… je me pointe avec mon beau brun, le suivant à la trace comme un gentil toutou…

    Mais tant pis, la vie est ainsi faite, et surtout ainsi est fait mon cœur… mes narines sont toujours flattées par le parfum de mon beau brun et je suis heureux… je suis rentré avec lui, comme prévu, et je vais coucher avec lui… qu’est ce qu’elle est belle et agréable la nuit toulousaine… pleine de promesses, de secrets, d’émotions, de parfums… 

    Euh… je vais coucher avec lui… enfin, j’espère… une autre petite voix au fond de moi me dit que Jérém en a gros sur la patate… que c’est très étonnant qu’il n’ait pas réagi à mes derniers mots… je commence à angoisser que cette soirée se finisse ainsi, sans autre explication, partant chacun de son coté…

    Le vent souffle toujours me fait repenser à mes plus jeunes années, lorsque je me rendais chez mes grands parents, sur la petite ferme qui était la leur… souvenir du vent d'autan de printemps qui souffle insistant dans les champs, qui traverse la cour, les hangars, qui secoue les sapinettes, les branches des arbres, l'herbe, les jeunes cultures d'une ferme isolé, le silence des dimanches après midi après le repas de famille, sensation de calme, trop de calme… sensation de la fugacité du temps et de toutes les choses… sensation de solitude…

    Oui, la solitude... voilà ce que je ressens à ce moment précis en marchant derrière mon beau brun… car il n’y a pas pire solitude que celle qu’un ressens à proximité de la personne aimée lorsqu’on sait qu’on est en passe de la perdre.

    Jérém marche toujours devant moi direction rue de la Colombette… il traverse le boulevard à hauteur de la rue Gabriel Péri… je commence à me dire que, malgré tout, il a envie de tirer son coup et il va s’asseoir sur mon attitude frondeuse…

    Mais alors que nous arrivons devant le feu de la rue de la Colombette, le beau brun s’arrête net.

    Déboulant de la même rue, un groupe de mecs nous coupe presque la route… ils tournent à gauche, direction Port Saint-Sauveur… ils sont cinq, ils discutent assez bruyamment entre eux, ils n’ont même pas fait mine de nous avoir calculés alors qu’on a frôlé l’accident…

    Ca va tellement vite que je n’arrive pas à les voir nettement… ce que j’arrive pourtant à capter au beau milieu de cette bande, c’est la présence d’un mec plus grand et à la plastique plus intéressante que les autres… pendant qu’il passait devant nous comme un éclair, j’ai quand même eu le temps de remarquer qu’il était brun, très brun, avec des cheveux courts et épais et une barbe qui avait l’air bien entretenue… désormais je ne le vois que de dos, mais son t-shirt noir semble mouler un torse tout simplement fabuleux…. et son jeans… c’est pas permis d’être à la fois si bien coupé et si bien rempli… une note d’un parfum de mec inconnu arrive à mes narines…

    Ils s’éloignent d’un pas soutenu, mais ils discutent si fort que j’arrive quand même à capter quelques passages de leur conversation, le tout entremêlé de petits rires aigus:

    « Ce nouveau dj au B-machine, il déchire… »…

    « C’était juste une putain de tuerie… » …

    « Moi je serais bien passé sous la table de mixage… » …

    « Salope… »…

    « Arrête, toi aussi t’as dit que tu voulais le sucer… »…

    « Ta gueule, toi… »…

    Et une voix plus virile finit par trancher :

    « Un peu de contenance, les filles… au On Off vous allez pouvoir vous faire défoncer vos chattes… »

    Voilà une bande de pd habitués à fréquenter les boites du milieu gay… B-machine, On Off, autant d’endroits que je connais de nom, autant d’endroits où je n’ai jamais osé poser le pied…

    Ils sont désormais trop loin pour que je puisse entendre leur conversation, mais mon regard, lui, n’a pas décroché du dos du beau mec au t-shirt noir... je suis quand même un peu déçu… je ressens comme une piqûre d’aiguille au coeur… oui, je suis frustré de ne pas avoir pu le voir un peu plus en détail…

    Bien évidemment, je n’oublie pas que je suis en compagnie, et que je suis sur le point de coucher avec, du plus beau gars non seulement du lycée, non seulement de Toulouse, mais de l'Univers tout entier… mais cela n'empêche pas que je puisse avoir envie de m’imprégner un peu mieux de la beauté ravageuse de ce gars au t-shirt noir, de sa silhouette à la fois puissante et élégante, sexy et féline…

    Car, du peu que j’ai capté de ce mec, j’ai retenu la promesse d'une beauté comparable à celle de mon Jérém… oui, ce mec a l’air d’une bombasse sans nom, lui aussi… alors, quand on est autant passionné de beauté masculine que je le suis, lorsqu’on croise d’un chef-d'œuvre dans son genre, on ne peut pas passer à côté sous prétexte qu’on a la chance de coucher avec un putain de canon de mec… ce serait comme, étant passionné de peinture impressionniste, passer devant le Musée d’Orsay sans s’y arrêter sous prétexte que nous avons à la maison, admettons, « Le déjeuner sur l’herbe »… lorsqu’on est passionné, la possession est accessoire, mais la contemplation nécessaire… 

    La petite bande est déjà assez loin, mais on entend encore les échos de « Tataland » retentir dans le boulevard… je regarde mon beau brun, toujours figé sur le bord du trottoir… j’ai l’impression qu’il regarde lui aussi la petite bande… à quoi pense-t-il à ce moment précis ? Est-ce qu’il les regarde avec mépris, avec dégoût ? C’est ça qu’il voit lorsqu’il me regarde ? Un petit mec efféminé et maniéré ? C’est ça qui le dégoûte de moi ?

    Jérém se remet à marcher sans prévenir… et là, alors que je me prépare à lui emboîter le pas pour remonter la rue de la Colombette jusqu’à son appart, je le vois continuer à longer le Canal… mais qu’est ce qu’il fiche ?

    Surpris, je ne peux m’empêcher de lui demander :

    « Tu vas où ? ».

    Jérém continue dans sa lancée, tout en m’ignorant. Surpris, je me laisse devancer de quelques pas avant de réagir. Intrigué, je décide de le rejoindre. Je presse mon pas pour rattraper son avance.

    « On ne rentre pas ? » je lui demande, tout en marchant.

    « Vas-y, rentre… » me répond-t-il, glacial.

    « Tu vas où ? » je demande à nouveau.

    « Fiche moi la paix… » il finit par me balancer méchamment, tout en continuant à marcher très vite et en balançant négligemment son mégot encore allumé sur la chaussée.

    Sans prêter attention à ses mots, je continue de marcher avec lui, presque mécaniquement, porté par la curiosité de savoir ce qu’il a dans la tête. Et puis, je le voir ralentir jusqu’à s’arrêter… il sort à nouveau son paquet de clopes, il en saisit une autre, il la porte au bec avec un geste bien rodé, et il l’allume… nouveau nuage de fumée autour de lui…

    Soudainement, je ressens un frisson puissant dans le ventre… c’est lorsque je m’aperçois que nous sommes désormais en vue de l’enseigne clignotante du On Off… Jérém aspire une nouvelle fois sur sa cigarette et, toujours sans un mot, il reprend à marcher, mais plus lentement… l’enseigne rouge vif de la célèbre boite gay du Canal brille dans la nuit, de plus en plus proche au fur et à mesure que nous allons vers elle…

    Mais il ne va quand même pas faire ce que je crois qu’il va faire… c’est pas possible… je sens mon cœur s’emballer… la terre se dérober sous mes pieds… oui, alors que je me faisais une joie de terminer la soirée avec mon Jérém, là je sens l’angoisse me gagner…
    Je le regarde marcher, cherchant sans succès à attirer son regard, je le cherche sans trop envie de le trouver, sans trop d’envie de connaître ses intentions que je commence à deviner.

    « Mais c’est une boite à mecs… » je ne peux me retenir de lui balancer lorsque je réalise qu’il se dirige exactement vers l’enseigne lumineuse rouge vif.

    « Les boites à pd c’est souvent un super terrain de chasse… les nanas qui y vont pour s’amuser sans qu’on les fasse chier… » me répond-t-il d’un air renseigné.

    « T’y a déjà été ? » je ne peux m’empêcher le lui demander, comme un réflexe pavlovien.

    Pour toute réponse, mon beau brun se contentera d’expirer une nouvelle abondante volute de fumée. Devant son affirmation qui a l’air de sentir le vécu, et face à l’absence de réponse à ma dernière question, je me pose toute sorte de questions… est-ce qu’il y a déjà été auparavant ? Tout seul ? Avec des potes ? Avec Thibault ? Est ce qu’il s’est déjà fait draguer par un mec là dedans ? En admettant qu’il s’y soit déjà rendu, cette éventualité semble une certitude… est-ce qu’il a déjà sauté un autre mec que moi ou son cousin ? Ma fantaisie dérape…

    « Si tu rentres là bas, tu vais faire exploser la boite… » je lui balance sur un ton qui se veut enjoué mais qui doit laisser transparaître toute mon inquiétude et ma jalousie grandissantes…

    Jérém s’arrête, m’attrape par le bras, et il me balance :

    « Ecoute-moi bien… j’ai envie d’y aller et j’irai… alors arrête de me casser les couilles… » et, à ma grande surprise il continue « soit tu viens, soit tu dégages… ».

    Mais qu’est ce qu’il cherche ce petit con ? Savoir s’il plait aux pd ? Tester l’effet qu’il fait au milieu d’un groupe de gays ? Jérém est canon, et il le sait ce ptit con… à croire que cela ne l’empêche pas d’avoir constamment besoin de sentir qu’on le trouve beau, même s’il ne se l’avoue pas forcement… et là, il veut se soumettre à l’épreuve du « changement de public »… 

    « Mais t’es un grand malade, Jérém… tu veux vraiment provoquer une émeute ? » je me dis dans mon for intérieur sans pouvoir l’exprimer. 

    Ce qui me fait peur, même si je ne connais pas la boite, c’est la quasi certitude que, dès qu’il va mettre un orteil là dedans, il va y avoir un tas de mecs qui vont tomber à ses pieds comme des mouches… des bogoss, autrement attirants que moi… d’ailleurs, c’est peut-être précisément ce qu’il doit être en train de se dire le beau brun… qu’est-ce que je vais pourvoir tomber comme bomec à cet endroit ?

    S’il te plait, Jérém… s’il te plait… renonce… je suis là, je suis Nico, ton Nico… j’ai envie de rentrer à l’apart et de te faire tout ce dont tu as envie… allez Jérém, rentrons… tu ne trouveras personne d’autre, même pas un mec, qui te fera tout ce que je te fais… avec tant d’application, avec tant d’amour… avec tant d’amour… allez, Jérém, ce soir je vais te faire jouir comme jamais, c’est promis, tu ne vas pas le regretter… 

    Je fais ce que je peux pour tenter de me rassurer… 

    Je n’ai rien trouvé à répondre à son ultimatum… il s’est remis à marcher et moi avec lui. Sans besoin de mots, mon choix est manifeste. 

    Ma première fois au On Off… Jérém au On Off… ça promet… je ne peux rater ça sous aucun prétexte… mais surtout, je dois veiller au grain…  

    Nous voilà rendus à proximité de l’enseigne rouge. Les basses étouffées de la musique techno arrivent jusque dans la rue. Jérém s’appuie dos au mur à tout juste quelques mètres de l’entrée, tout en continuant à fumer sa cigarette tout lentement. J’en fais de même, m’appuyer dos au mur. 

    En attendant qu’il finisse sa clope, je laisse balader discrètement mon regard autour de l’entrée de la boite pour essayer de me familiariser avec les lieux et pour tenter de déstresser. C’est pendant ce premier tour de reconnaissance que je détecte à nouveau sa présence… le revoilà, lui… le beau brun que j’ai regretté de ne pas pouvoir mieux détailler quelques minutes plus tôt… le voilà entouré de sa petite bande de copines… oui, tout à l’heure je n’ai pas eu le temps de m’imprégner de son charme… alors, ce coup-ci je ne m’en prive pas… 

    Au premier abord, c’est tout simplement un beau brun, la peau mate, les yeux très noirs (ça je ne le saurai que plus tard dans la soirée, lorsque je le verrai de beaucoup plus près), les cheveux assez courts, une belle barbe noire épaisse et bien taillée. Le mec doit avoir environ 25 ans. 1m80, je dirais. Il est superbement foutu, son torse est magnifique, ses épaules ont un angle de chute juste divin… et ce t-shirt noir col en V qui souligne diaboliquement son anatomie, une perfection plastique certainement affinée dans une salle et/ou sur un terrain de sport, est juste une tuerie… sans parler de son jean délavé lui moulant un cul divin et soulignant une chute de reins spectaculaire… 

    Les épaules appuyées contre le mur, le bassin et la bosse bien en avant, la cigarette tenue aux bords des lèvres avec une nonchalance totale et assumée… le bras légèrement plié, la main droite dans la poche du jeans, la gauche à moitié enfoncée derrière la braguette et prête à quitter ce lieu si agréable au toucher pour récupérer la cigarette entre deux taffes… le petit groupe de potes « From Tataland » tournoyant autour de son charme puissant… presque des groupies qu’il semble jauger avec un regard distant, empreint de suffisance, avec une indifférence qui aurait presque des allures de mépris… 

    Non, je ne m’étais pas trompé… le mec est effectivement d’une beauté à faire capituler non seulement des villes, mais des pays tous entiers… certes, on se rend vite compte qu’il transpire de son attitude une sorte d’arrière goût d’arrogance, un air comme de « je suis canon, on ne peut pas me résister, alors il n’y en a que pour ma gueule, et c’est bien normal », une conduite qui confère à sa personne un coté plutôt agaçant, limite odieux… mais, au final, furieusement sexy…  

    Oui, lorsqu’on le regarde, on voit tout de suite des tonnes de claques perdues flottant autour de lui… des claques qu’on a aussitôt envie de rattraper… hélas, une envie bien plus urgente et impérieuse, celle de le sucer illico tout de suite, prend vite le pas sur notre première résolution… 

    Un très beau brun au t-shirt blanc d’un coté, un brun très beau au t-shirt noir de l’autre, les mêmes attitudes de mâles sexy et dominant… cette nuit, l’entrée du On Off brille de mille feux… 

     


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