• 41.3 Avant de se quitter… et après…

     

    Je reprends ma respiration et, pendant que l’eau recommence à couler quelques douches plus loin, je me relève rapidement tout en continuant à tousser, tout en évitant soigneusement de le regarder, me demandant pourquoi ça finit toujours par se terminer de cette façon avec lui… pourquoi, après un câlin un peu tendre, après une bonne rencontre sensuelle et sexuelle, ça se termine toujours par la baise de trop, une baise brutale qui salit tous les bons moments que l’on vient de passer…

    Le pire c’est d’admettre que cette fois ci… c’est de ma faute… si je ne lui avais pas demandé de me faire ce truc… on se serait douchés et on serait parti tous les deux avec le souvenir d’une magnifique soirée… alors que là je ne ressens plus que la douleur qui meurtrit ma bouche, mon palais… ainsi, ce petit truc qu’il a consenti à me faire devient le symbole d’une humiliation qui s’est accomplie dans cette dernière baise qui a tout gâché…

    On aurait pu se quitter sereinement, peut-être en se prenant dans les bras, alors que là je n’ose même plus le regarder, alors que là je ne sais même pas si on va seulement se dire « au revoir »… qu’est ce que je peux être con… je me savonne une fois, deux fois, trois fois… je me sens sali…

    Lorsque je l’entends fermer le robinet, je tourne discrètement ma tête pour le regarder se diriger vers un casier qui se révélera être rempli de serviettes blanches… il en saisit une, il commence à s’essuyer grossièrement… les cheveux… le visage, le cou, le torse, le dos, l’entrejambe, la queue, les cuisses, jusqu’aux pieds… lorsqu’il estime en avoir assez, il la fait passer autour de son cou, les deux extrêmes retombant nonchalamment sur ses pecs…

    J’arrête l’eau à mon tour… sans un mot, il saisit une deuxième serviette qu’il me balance sans un mot alors que plusieurs mètres nous séparent… je l’attrape de justesse avant qu’elle ne retombe sur le sol humide…

    Je commence à m’essuyer en silence, un silence angoissant… Jérém s’est assis devant un autre casier qu’il vient d’ouvrir… voilà son casier… je suis presque ému de découvrir son casier à lui… le cinquième sur la gauche en rentrant… je paierais cher pour pouvoir y jeter un oeil… il en sort un sac de sport noir et blanc… ce sac de sport qui parfois doit contenir des merveilles… un t-shirt imbibé de sa transpiration, un boxer avec ses odeurs de mâle… il ouvre le zip et en tire un magnifique t-shirt noir col en V qu’il passe avec un geste rapide et assuré… ça lui va comme un gant, il semble fait sur mesure pour mettre en valeur la plastique de son torse… il en tire un boxer bleu électrique avec l’élastique blanc, encore un beau DIM à se damner… ses jolies fesses et sa queue de ouf disparaissent dans le tissu élastique qui épouse si bien les formes de son bassin et le relief de ses attributs de mec… de cette boite magique qu’est à mes yeux son sac de sport, il tire encore une paire des chaussettes blanches et un jean délavé… des chaussures vert fluo avec les semelles blanches complètent sa tenue de bogoss… le mec est habillé, les cheveux encore humides, beau à en crever…

    Je n’ai pas pu m’empêcher de mater le moindre mouvement de ce strip-tease à l’envers… je me rends compte que de regarder un beau mec s’habiller est presque aussi excitant que de le voir poser ses fringues… voilà que Jérém est prêt à partir alors que je suis encore en train de passer la serviette sur ma peau désormais sèche… je regarde Jérém et je perds la notion du temps…

    Aussi tôt les baskets glissées aux pieds et les lacets disparus dans les montants sans les nouer (là encore, plus petit con tu meurs), le mec attrape son sac sans le fermer et quitte la pièce… je lui emboîte le pas, car mes vêtements se trouvent dans la salle de muscu, là où il doit être parti ramasser ses affaires sales… si on peut définir comme « sale » ce petit débardeur blanc trempé de sa sueur et marqué de son déo de mec ou ce short bleu pétard qui avait été en contact avec sa queue et que j’aurais bien embarqué si j’en avais eu la possibilité…

    Lorsque je rentre dans la pièce, il est en train de fermer son sac : toutes ses affaires sont rangées, y compris les trésors que je viens d’énoncer et dont ce soir là, hélas, il ne me sera par permis de m’emparer… je m’habille en vitesse pendant qu’il allume sa cigarette dans un silence assourdissant… voilà comment ça se termine toujours avec lui… avec ces silences que j’ai de plus en plus de mal à supporter… en évitant de se regarder… comme si ce que l’on vient de faire était sale, comme si c’était mal… pourquoi une fois de plus avait-t-il eu besoin de me baiser si rageusement ? Merde, alors… était-ce sa façon de se venger de ce que je lui avais demandé ? Sa façon de rétablir sa position de mâle ?

    L’odeur de sa cigarette me prend au nez et à la gorge… je quitte la pièce, il me suit… je suis dans le couloir… il éteint la lumière de la salle de muscu… on est dans la pénombre… la lueur qui traverse les vitres opaques de la porte d’entrée du bâtiment est suffisante pour nous guider vers la sortie sans allumer d’autres lumières… j’avance vers la sortie, le cœur lourd… je regrette déjà d’avoir cédé à son sms et d’avoir annulé le rendez-vous avec Stéphane… au fond je ne sais pas ce que je regrette… cette soirée aurait été géniale si je n’avais pas à tout prix voulu aller au bout de mes fantasmes…

    Voilà un autre dilemme qui fait que ma relation avec Jérém est et sera toujours tumultueuse… ce mec je l’ai tellement dans la peau que j’ai envie de tout avec lui… du câlin le plus tendre, à la baise la plus torride… j’ai envie de tester avec lui tous mes fantasmes, notamment des fantasmes de soumission… j’aime bien jouer des rôles, j’aime bien être sa salope parfois, alors que dans d’autres occasions j’ai envie de sensualité, de tendresse…

    Dans tous les cas, même quand l’envie me prend d’aller un peu plus loin dans mes fantaisies, je sais que je ne fais que jouer un rôle qui prendra fin dès le fantasme assouvi… même si je me soumets à lui, même si pendant un moment j’accepte d’être sa salope, lorsque on aura pris chacun notre pied, Jérém redeviendra à mes yeux le gars qui fait battre mon cœur à mille à l’heure…

    Hélas, dans sa tête, cette distinction aura du mal à se faire… mon attitude parfois excessivement câline à ses yeux et parfois trop chaude le prendra au dépourvu à certains moments…

    Ce soir là par exemple… le sexe avait été sensuel, il s’était montré à la fois viril et attentionné, tout ce que j’aime… j’avais même eu droit à un brin de tendresse inattendue… tout avait été parfait pour moi… et j’avais l’impression que ça l’avait été pour lui également… jusqu’à ma bêtise qui avait du le dérouter… et là, à cause de ma connerie, on va se quitter sans un mot… j’ai toujours l’impression que c’est la dernière fois… cette fois-ci ça va l’être pour de bon…

    Ce qui me déçoit aussi c’est qu’il ne m’ait rien demandé au sujet de Stéphane… pas de scène façon Esmé… je suis devant la porte d’entrée, dernier sas après lequel on va se séparer… je fais tourner la serrure, je pousse le battant et je m’apprête à sortir dans la fraîcheur de la nuit lorsque…

    … lorsque je sens sa main se poser lourdement sur mon bras et me retenir… je savoure un bonheur entier lorsque je l’entends me balancer :

    « C'était qui ce mec a la piscine? »
    Je m'attendais à cette question mais je la reçois quand même avec un mélange de ravissement et d'étonnement. Car, si j’espérais m’entendre poser cette question, ce n'est pas pour autant que j'avais préparé une réponse claire et nette. Mon regard se perd dehors, dans la nuit toulousaine. Je me trouve pris au dépourvu. 

    « Un pote... » j’arrive à bégayer après un instant d'hésitation.
    Hésitation que le beau brun a dû capter, puisque il revient à la charge, l’air pas du tout satisfait de ma réponse. Voilà qu’il me balance, du tac au tac :
    « Un pote comment? »
    Il m'agace, ça ne le regarde pas.
    « Un pote » je répète froidement.

    Et il revient encore à la charge, mauvais. Il me saisit par l’épaule, son geste me surprend, m’obligeant à me retourner vers lui. Il n’y a pas beaucoup de lumière, mais la noirceur de son regard me transperce littéralement. Je m’y attendais, l’expression de son visage est celle des mauvais jours.
    « Tu baises avec ? »
    Il n’a pas froid aux yeux ce petit con. Je ne sais pas quoi répondre. Le silence s'installe, gênant. Il insiste :
    « Alors, c'est un pd ? »
    Putain il m'énerve. J’ai envie de lui balancer que oui, j'ai couché avec lui, même s’il ne s’agit que d’une petite galipette… que je vais le revoir et que cette fois ci ça ne va pas être qu’une petite galipette…

    Evidemment, je n’aurai pas le courage d’aller au bout et d’exprimer clairement mon agacement. Une fois de plus je prendrai sur moi, trop soucieux de ne pas le vexer, trop craintif de mettre le mot FIN à notre relation. Ce soir là, je lui mentirai.

    « Mais non, qu’est ce que tu vas chercher… ».

    « C’était qui alors ? ». 

    « Un type qu’on a rencontré à la piscine la dernière fois et qui a sympathisé avec Elodie… hier il était là et il est venu dire bonjour ».

    Le beau brun ne semble toujours pas complètement satisfait de ma réponse. Même dans la pénombre j’arrive à capter sa moue dubitative. Je crains ses prochains mots. Je sais qu’ils peuvent être très blessants.

    « Tant mieux, il a vraiment une tête de con » son ton est un peu apaisé, apparemment mes mots ont su un peu désamorcer sa… sa… sa… jalousie…

    Il n’a pas une tête de con Stéphane… voilà des mots que je me retiens de justesse de lui balancer à la figure. Avant de venir, je m’étais promis de vendre chère mon explication si jamais le beau brun me demandait des comptes… hélas, mon assurance a disparu et ma détermination à lui balancer mon ressenti au sujet de notre relation avec…

    Je ne réagis pas à ses derniers mots. Je passe la porte du bâtiment et je me retrouve dehors. J’avance de quelque pas pendant que je l’entends enfoncer la clef dans la serrure et fermer la porte du Temple de la jeunesse et de la puissance masculines.

    Je l’entends retirer la clef. J’entends ses pas sur les gravillons, je réalise qu’il est en train de s’éloigner sans un mot. Il n’est pas possible ce mec. Je ressens soudainement une furieuse envie de le frapper. Au lieu de quoi, je me force à lui balancer :

    « Salut… ».

    « Oui, c’est ça… » il me balance en retour, froidement.

    Ça ne me suffit pas, ça ne peut pas me suffire…

    « Jérém… »

    « Quoi ??? » toujours ce petit mot et ce ton pour décourager la discussion. Mais désormais ça ne m’impressionne plus… je n’ai plus rien à perdre, je décide de ne pas en tenir compte. Le bruit de pas sur le gravillons a cessé net.

    « On va se revoir ? » je trouve l’audace de lui demander.

    Jérém s’est arrêté net, je devine son profil… Dans la pénombre j’arrive à voir la lueur au bout de sa cigarette… son silence est tellement dur à entendre pour moi que je décide de le piquer au vif. J’ai besoin d’une réponse de sa part, quelle qu’elle soit…

    « T’as envie qu’on se revoit ? »

    « T’en poses des questions, toi… »

    T’as bonne mine de dire ça… toi aussi t’en poses des questions… des questions qui en plus ne te regardent même pas… et sinon… « C’est qui cette pouff avec qui tu t’es ramené à la piscine ? Tu couches avec ? Dommage, car elle a vraiment une tête de conasse… »…  voilà ce que j’aurais du lui balancer à la figure devant sa désinvolture… hélas, cette réplique parfaite ne me viendra que sur le chemin du retour, une fois seul, mes esprits retrouvés… mais là, sur le moment, devant son effronterie, je suis désarçonné, incapable de trouver les mots pour me défendre…

    Ce seront ses derniers mots. De l’esquive, comme d’hab. Le bruit de ses pas sur les gravillons reprend à l’instant même et je le regarde sa silhouette parfaite de mec s’éloigner dans la rue…

    Après toutes ces années, je regrette plus que jamais de ne pas lui avoir dit clairement ce soir là, cet été là, dès le printemps même, que je l’aimais comme un fou… peut-être qu’il m’aurait tout simplement jeté comme une merde, que notre relation aurait pris fin avant de prendre les proportions démesurées qu’elle prendra par la suite… il serait passé à autre chose, j’aurais fait mon deuil…

    Peut-être que, au contraire, lui ouvrir mon cœur nous aurait peut-être empêché bien de mauvais moments, bien des bêtises, de gâcher tant de temps avant d’arriver en ce jour de septembre 2001 où notre histoire prendra un tout autre tournant… peut-être qu’il se serait moqué de moi, c’est même certain… mais peu importe, au moins il l’aurait su…

    Peut-être qu’il aurait fallu que je le rende jaloux, que je me montre avec d’autres garçons, que je lui dise clairement que j’avais couché avec Stéphane… tôt ou tard il serait venu tout seul vers moi…

    Ce qui est sur, c’est qu’il n’aurait surtout pas fallu que je lui mette la pression comme je le faisais, en lui montrant à chaque fois qu’en réalité la baise ne me suffisait pas… hélas, lorsqu’on est amoureux, on est transparent, nos sentiments se voient en filigrane dans chacun de nos gestes, de nos regards, de nos mots…

    A l’époque je n’étais qu’un jeune garçon, aveuglé par mes sentiments. Lorsque je le regardais s’éloigner dans la rue, la cigarette au bec, son sac de sport à la main, avec son allure assurée de mec bien dans ses baskets, l’attitude fière du gars qui vient de se vider les couilles, je ne voyais qu’un garçon qui savait ce qu’il voulait, à savoir de la bonne baise, et également ce qu’il ne voulait pas… à savoir de la tendresse entre mecs, des sentiments… s’il m’avait laissé un peu faire ce soir, il avait bien recadré les limites en transformant mon baiser en quelque chose de très « sexuel », avec sa langue qui baise mes lèvres avant que ce ne soit au tour de sa queue de le faire…

    Je me demandais même si cette dernière baise brutale n’était pas également sa façon de remettre les pendules à l’heure… j’aurais du apprendre, à la longue, que chaque moment de tendresse que j’arrivais à lui « extorquer », il me le faisait payer très cher…

    Lorsque on regarde les choses de trop près, comme je regardais mon beau brun à cette époque, au sens propre comme au sens figuré, on ne voit pas ce qui se passe autour, car notre horizon est bouché... oui, si j’avais su prendre un peu de distance, si j’avais su regarder un peu au delà de sa fierté masculine, je me serai vite rendu compte que ce n’était qu’une fierté de façade qui était sciemment entretenue pour cacher sa crainte maladive de l’attachement, de l’abandon et de la solitude…

    Oui, sa fierté masculine. Elle en avait pris un premier coup le soir où il était venu à ma rescousse dans les chiottes de l’Esmé… voir qu’un gars s’intéressait à moi… voir que je pouvais m’intéresser à un autre gars… certes, le lendemain, une fois seul, il avait bien voulu s’avouer que ça le faisait chier qu’un autre mec s’approche de moi, qu’il me « souille », car Jérémie T. ne partage pas…

    En réalité, ce qu’il ne voulait pas admettre, c’était que finalement il m’aimait bien, et plus que bien… devant la « menace » représentée par ce type dans les chiottes de l’Esmé, il avait pris conscience que j’avais vraiment commencé à compter pour lui… pour la première fois il avait ressenti un sentiment surprenant, la peur de perdre quelqu’un à qui il tenait plus qu’il ne voulait se l’avouer…

    Certes, Jérém n’étais pas sans comprendre que, dans la mesure où j’avais des sentiments forts pour lui, des sentiments qu’il s’employait à repousser, c’était normal que je demande plus que la baise qu’il était disposé à m’offrir… au fond, il comprenait bien que j’avais droit au bonheur et que ce bonheur il ne pourrait pas me l’offrir, que ce bonheur je n’aurais pu le trouver qu’auprès d’un autre mec… pourtant, ce que Jérém voyait avant toute autre chose, c’était que la possibilité que je trouve un autre mec et que je le laisse tomber, était une perspective tout bonnement insupportable à ses yeux…

    Cette nuit là, la fameuse nuit de la bagarre à l’Esmé, Jérém était en colère, une colère aux fortes teintes de jalousie… il était angoissé… il sentait que je pouvais lui échapper… ainsi, pendant que nos corps se mélangeaient, l’alcool aidant, il avait eu envie de me montrer autre chose… quelque chose qu’il ne saurait par ailleurs assumer par la suite…

    Le fait est que cette nuit là, Jérém aurait fait et dit n’importe quoi pour me retenir…

    Oui, lorsque la peur de la solitude fait le siège à notre cœur et l’alcool nous fait oublier que demain il faudra assumer nos actes et nos mots de la veille, certains propos et certains gestes venant du plus profond de notre être peuvent être prononcés ou dévoilés à la légère…

    Et lorsqu’on s’engage dans cette voie un peu plus câline, on prend le risque de ne pas en sortir indemne… car les câlins sont comme une boisson très sucrée… plus on en prend, plus on en a besoin… Jérém avait tellement aimé se laisser aller, échanger avec moi plus que du sexe, que son corps, son esprit, son cœur (oui, il en avait un, bien que profondément caché), en redemandaient…

    Ainsi, lorsque nos ébats avaient pris fin, mon départ approchant, il avait fini par trouver insoutenable l’idée de se retrouver seul dans son lit…

    « Reste, t’en va pas »… si j’avais su lire entre les lignes j’aurais bien vu ce soir là que sa simple phrase avait une signification dont la portée allait bien au delà de « Reste, t’en va pas (cette nuit) »… ses mots étaient un appel inconscient pour que je ne le lâche pas… dans sa jolie petite tête, ses mots devaient plutôt sonner ainsi : « Reste, t’en va pas (de ma vie) »… les câlins de cette nuit là, Jérém qui me demande de le prendre dans ses bras font partie d’une espèce de rêve hors du temps…

    Hélas, le matin venu, face à mon délire, à ma passion, à ma fièvre de lui, tout avait été balayé… ce matin là j’aurais du partir avant qu’il ne se réveille… ou alors y aller tout en douceur… hélas quand on aime, on a envie de tout sauf que d’attendre… au contraire, on a envie de précipiter les choses… ce matin là je ne me sentais plus, je ne tenais plus en place, dans ma tête c’était le feu d’artifice, je m’emballais, je me projetais loin… je nous voyais déjà en beau petit couple… gay…

    Face à mon engouement, Jérém s’était braqué… il s’en était voulu d’avoir dévoilé ses faiblesses… d’avoir montré quelque chose qu’il ne saurait pas assumer et qu’en aucun cas il montrerait au quotidien… et alors il avait voulu désamorcer tout ça en vitesse… il avait voulu me montrer que, quoi qu’il arrive, notre relation n’irait jamais au delà de la baise…

    En réalité, derrière ses attitudes distantes, froides, Jérém pensait à la même chose que moi… il pensait avec tristesse au fait que nos vies allaient se séparer dans peu de temps… alors, à quoi bon ? A quoi bon se dévoiler l’un l’autre si c’est pour se séparer sous peu ? Et puis, dévoiler quoi ? Jérém estimait que je n’avais pas besoin de savoir ce qui se passait dans sa tête, dans son cœur… il considérait que ça ne me regardait pas, car de toute façon je ne pourrais rien pour lui…

    Jérém ne voulait pas que je m’attache car il ne voulait pas s’attacher à son tour… c’était précisément le fait que je m’accroche qui l’avait mis en pétard ce matin là… et s’il avait été si dur avec moi, il l’avait regretté à l’instant, et il n’avait pas trouvé mieux que d’aller se cacher dans la salle de bain en attendant mon départ… lorsqu’il avait entendu la porte du studio se refermer, il avait failli me courir après pour me rattraper… il savait qu’il était allé trop loin…

    Oui, parfois Jérém avait des états d’âme… mais à cette époque je ne voyais que ce beau garçon à la sexualité débordante… son corps, son sexe, sa sensualité me rendaient fou… ses brusques changement d’humeur et d’attitude me rendaient malade… il aurait fallu que j’aie le pouvoir de lire dans sa tête pour comprendre que dans son for intérieur une force inouïe se consumait dans la tentative paniquée de nier le fait que je lui manquais de plus en plus souvent, et pas uniquement a cause de la baise…

    Comme si la nuit et le matin après l’Esmé ne suffisait pas à le mettre en stress, il avait fallu que son meilleur pote s’en mêle… les questions de Thibault… celles qu’il pose et celles qu’il ne pose pas mais qu’il se pose sans doute… et sans doute les bonnes… Jérém le savait… Thibault savait… Jérém savait qu’il avait toujours été transparent face à son meilleur pote, un livre ouvert… Thibault l’avait toujours compris, souvent avant qu’il ne se comprenne lui-même… pourtant, ce fameux dimanche après-midi après les entraînements, Jérém avait été très mal à l’aise face aux questions de son meilleur pote…

    Une question par-dessous tout le remuait… « suis-je gay au fond ? ». Une question qui prenait racine dans cette impression qui le hantait de plus en plus, l’impression de devenir de plus en plus pd avec la crainte que ça finisse par se savoir… Jérém était le mec le plus populaire du lycée, le « dieu » du rugby, le mec que toutes les nanas voulaient se taper… il était fier de son image et il se la pétait car il adorait que l’on s’intéresse à lui… il adorait plaire, être jalousé… si jamais ça venait à se savoir, on lui ferait payer tout cela, la chute de l’idole est toujours spectaculaire et impitoyable… les jalousies refoulées font violemment surface et on se réjouit de sa chute qu’on précipite avec le ragot et la méchanceté…

    « Suis-je gay au fond ? » Cette question hantait l’esprit du beau brun… pour « se tester », ce soir là il était sorti avec l’intention de se taper une nana… pour prendre son pied comme avant… comme avant Nico… hélas, en passant devant la Ciguë, une autre idée s’était emparée de son esprit…

    Rentrer dans ce lieu de mecs… se sentir désiré et résister… rester froid face à l’occasion qui sans doute se présenterait… se sentir dévoré par des yeux pleins d’envie, se sentir convoité, désiré et… résister… montrer à soi même qu’il n’avait pas besoin d’un pd pour prendre son pied… ressortir de ce bar comme immunisé, continuer sa soirée vers la Bodega, lever une nana et la baiser… le désir de se « rassurer » sur son hétérosexualité… 

    Et puis le petit blond s’était approché, avec son rentre dedans sans détour, avec son effronterie de s’attaquer au mec canon qui vient de franchir la porte du bar à pd pour la première fois… devant l’image que le petit blond lui avait renvoyée de lui-même, celle d’un mec désirable par-dessus tout, d’un dieu viril, Jérém avait cédé… il y avait une bonne dose de vanité dans son acceptation de le ramener chez lui… ça et peut-être la volonté de baiser un autre mec pour se « laver » d’avoir fait l’amour avec Nico…

    Ou alors, tout simplement, ce soir là Jérém était un garçon en colère, un garçon qui avait décidé de décharger son malaise (et pas que…) sur ce type qui s’est retrouvé par hasard sur son chemin… il se rendait compte que l’amour entre mecs l’intriguait de plus en plus… il avait besoin de voir si d’autres mecs lui faisaient de l’effet, si le contact avec un autre mec était aussi bon qu’avec Nico… 

    Si c’était le cas, ça aurait voulu dire qu’il était vraiment en train de devenir pd… si ce n’était pas le cas, cela voudrait dire qu’il n’y avait qu’un mec qui lui faisait vraiment de l’effet… le petit Nico… ce qui voudrait dire qu’il était en train de devenir… pd… ce soir là, Jérém était perdu comme jamais il l’avait été de sa vie…
    Drôle d’expérience cette baise avec le petit blond… à la Ciguë, ce mec lui avait paru attirant, mais tout compte fait, lorsqu’il l’avait vu à poil devant lui, le fait de le baiser lui était apparu beaucoup moins tentant… pendant un instant il avait été tenté de lui dire de se rhabiller et de rentrer chez lui… mais la train était en marche, alors il fallait y aller… d’abord, il n’avait pas envie de se retrouver seul tout de suite… et puis, il se disait qu’après avoir joui, son esprit se serait retrouvé apaisé…

    Alors il y était allé… mais il avait déchanté vite fait… déjà pendant qu’il se faisait sucer, il avait eu du mal à tenir son érection… lorsqu’il l’avait enculé, il avait eu du mal à trouver son plaisir… il avait eu un mal de chien pour arriver au bout, il avait du se forcer tout en se demandant à chaque instant ce qu’il foutait avec ce type alors qu’il avait envie d’être avec Nico, de retrouver ce qu’il avait vécu avec lui la nuit d’avant, ce truc qui était si bon car c’était bien plus que de la simple baise… oui, il avait envie de retrouver ce petit Nico qui ne demandait qu’à lui faire du bien, à l’aimer… dans la recherche épuisante de son orgasme, Jérém avait essayé de trouver la raison de son comportement, la raisons pour laquelle ce soir là il était en train de baiser un cul qu’il ne lui faisait nullement envie, la raison pour laquelle il faisait n’importe quoi en rendant Nico malheureux, en se rendant lui-même malheureux…

    Le lendemain au bac, Jérém s’en voulait d’avoir jeté Nico le dimanche matin, tout comme il s’en voulait d’avoir baisé le mec de la Ciguë… et si rien dans son attitude le matin du bac philo ne pouvait laisser penser qu’il regrettait quoi que ce soit, pourtant c’était bien le cas… il regrettait à sa façon, en jouant son rôle de Jérém indifférent à fond. C’était sa façon de se donner une contenance quand il sentait ne pas en avoir, c’était sa façon de décourager l’affrontement, sa façon de gagner en esquivant la bagarre en se servant de l’arme dissuasive qu’était son aplomb de mec.

    D’entrée il avait joué le mec qui n’a rien à se reprocher, du moins jusqu’à ce qu’il ait l’impression que Nico l’évitait et l’ignorait à son tour, ce qui lui était tout simplement insupportable… le rôle de Nico était de tout accepter de lui… dès qu’il avait cru voir Nico prendre de la distance, montrer de la rancune, il avait immédiatement senti l’envie de retrouver son attention et sa soumission…

    Jérém était alors passé en mode charmeur, lui balançant son regard de tueur sexy, cette attitude à laquelle, il ne le savait que trop bien, Nico ne savait pas résister… pour faire tomber ses toutes dernières barrières, Jérém s’était ensuite servi du sourire charmeur, agrémenté d’un petit clin d’œil bien placé qui avait failli faire tomber Nico de sa chaise... ça avait marché, sa colère avait disparu… Jérém le savait bien, ça marcherait à coup sur, Nico l’avait trop dans la peau… c’était galvanisant pour ce petit coq de Jérém de trouver quelqu’un aussi à fond sur son charme…

    Devant l’air déboussolé de Nico, Jérém avait compris que toutes ses défenses étaient tombées, qu’il était à sa merci… et là, contre toute attente, Nico avait fait un truc complètement nouveau… son regard s’était raidi… son expression charmée avait laissé place à un regard qu’il ne lui avait encore jamais connu… un regard qui défiait le sien… mais qu’est-ce qu’il faisait? Qu’est-ce qu’il cherchait? Il le provoquait ouvertement. D’abord, en affichant un petit sourire insolent ; ensuite, il avait fait pire : il avait lâché un clin d’œil genre le sien de tout à l’heure, juste avant de revenir soudainement à sa copie… 

    Tout ça ne lui ressemblait pas… son attitude était si surprenante que Jérém en avait été très vite énervé… il avait beau être passé du mode « charmeur » au mode « beau brun en colère », même ses regards noirs ne semblaient avoir de prise pour lui faire changer d’attitude… désormais Jérém fulminait du regard mais Nico ne reculait pas, on aurait dit qu’il se foutait carrément de sa gueule... 

    Voilà une occasion ou le beau brun avait estimé qu’il fallait la jouer à l’attaque, mater ce début de rébellion à son autorité de mâle… il ne pouvait pas laisser passer ça… il fallait qu’il retrouve vite le contrôle de la situation, qu’il montre qu’on ne fout pas de lui…

    Jérém avait alors lancé sa riposte… si les modes « charmeur » et « brun en colère » ne marchaient pas, il lui restait un dernier atout à jouer, le mode « sexualité »… oui, il allait le rendre fou de désir… par tous les moyens, y compris l’arme lourde… se toucher la braguette… se caresser la queue au travers de la poche du jean… il savait pertinemment que Nico ne pourrait résister à l’appel de sa queue… son geste avait fini par atteindre le but espéré, et plus encore… comme prévu, Nico avait démarré au quart de tour… son excitation avait gagné son regard, son visage tout entier…

    Nico était désormais dans tous ses états, mais Jérém était aussi très excité… ce petit jeu était très sensuel, mais également très dangereux, un petit jeu dont il avait vite perdu le contrôle… car s’il avait prévu de rendre fou Nico, ce qu’il n’avait pas prévu c’est l’effet que ça lui ferait de voir Nico très excité…

    Soudainement Jérém s’était rendu compte qu’il avait très envie de Nico… le fait de lire l’envie dans son regard qui avait désormais perdu toute trace de défi et qui n’était plus que désir à l’état pur, avait provoqué en lui ce besoin violent de le baiser… pas de se faire sucer, non… à ce moment là, Jérém était dévoré par une seule envie… celle de s’enfoncer dans le petit cul de Nico et de le fourrer de son jus…

    Sa résolution était prise… quoi qu’il arrive, il ne le laisserait pas partir comme ça…

    L’exam termine, Jérém s’était approché de Nico pour lui souffler à l’oreille : « Chez moi, maintenant », sûr de lui, sûr que Nico ne pourrait se refuser à lui… et contre toute attente, Nico s’était barré… après un nouveau étonnement suivi d’un nouveau énervement, Jérém l’avait vite rattrapé… « Tu crois aller où comme ça ? »… une fois dans le studio rue de la Colombette, cet après midi là il l’avait baisé comme un malade… Nico était redevenu son soumis, sa mutinerie avait été étouffée à grands coups de bite… 

    La semaine du bac avançait et lorsque le mercredi suivant Nico était venu lui quémander sa queue, Jérém s’était senti agacé et il l’avait envoyé bouler… c’était lui qui décidait quand et comment, à fortiori après son sketch de l’exam de philo… 

    Après le doigt d’honneur du jeudi, il avait du à nouveau sévir… Nico était de plus en plus effronté… une mise au point suivie d’une mise en bouche dans les chiottes du rez-de-chaussée du lycée avait été nécessaire…  

    Le vendredi soir il s’était dit qu’il ne pouvait pas le laisser partir sans le baiser une dernière fois… rien qu’avec un regard il l’avait attiré dans les chiottes du premier… il avait voulu le baiser de façon très coquine, et il avait trouvé que de lui balancer « Descends ton froc, je vais te sauter comme une chienne » était tout à fait approprié pour le mettre dans les meilleures dispositions…

    C’était sans compter avec l’état d’âme de Nico, perdu entre la tristesse de voir cette histoire se terminer avec le bac, tiraillé entre les sentiments qu’il avait pour lui, le bouleversement que la rencontre avec Stéphane était en train de provoquer dans sa tête et dans son cœur, sa déception pour l’humiliation du mercredi devant son refus, son exaspération face à son attitude emportée de la veille…

    Jérém ne savait pas que ce vendredi soir là Nico était très mal dans ses pompes… il voyait bien qu’il était peu réactif, limite crispé… dès qu’il l’avait pénétré il s’était rendu compte que c’était une baise triste, glauque… sans excitation, sans plaisir… il s’en voulait de ne pas l’avoir plutôt amené rue de la Colombette… c’était une baise qu’il avait voulu vite fait avant l’entraînement de rugby… pendant un instant il avait eu envie d’arrêter… mais désormais il s’était engagé là dedans et il fallait qu’il arrive au bout… il ne pouvait pas se retirer, au sens propre comme au sens figuré… sa fierté de mâle était en jeu… 

    Alors, comme le plaisir n’était pas vraiment au rendez vous, comme l’orgasme semblait ne jamais devoir venir, il avait fini par le baiser de façon plutôt brutale… il n’en avait pas l’intention, mais il avait besoin de jouir… 

    Quand enfin l’orgasme était venu, il avait regretté d’avoir été si rude avec lui… sa façon de se tirer tout de suite après, n’était que de la lâcheté face à son malaise… oui, il avait regretté de ne pas avoir tout arrêté, il l’avait regretté pendant cette longue semaine où il n’avait pas eu de nouvelles de lui, où il n’avait pas osé lui envoyer de sms, cette longue semaine avant la piscine Nakache où il n’avait eu cesse de se demander où avait bien pu passer son Nico, ce petit Nico qui lui manquait…  

    Oui, Nico lui manquait… il ne pouvait pas encore l’admettre, tout comme il ne pouvait pas encore accepter qu’il ressentait des choses pour lui… mais le fait était bien là… Jérém avait des sentiments pour Nico…

    Et puis il y avait eu ces retrouvailles inattendues à la piscine… quand il l’avait vu, ça lui avait fait drôlement plaisir… le voir approcher, encore plus… l’entendre lui proposer d’aller faire des longueurs dans le bassin olympique pour se retrouver seuls… génial… mais il lui en voulait d’avoir disparu si longtemps, alors il avait fait sa tête de cochon… mais lorsqu’il s’était entendu carrément proposer une pipe… il avait adoré le cran du petit Nico… un moment seul avec lui, une bonne baise pour effacer le souvenir de ce moment affligeant le dernier soir du bac… c’est tout ce dont il avait envie, malgré son apparence détachée…

    Baise mémorable dans la cabine des vestiaires… sentir l’odeur et la douceur de sa peau, se sentir enivré autant par son propre plaisir de mec que par le bonheur de voir ce petit gars jouir au simple contact de sa queue… avoir joui en lui tout en lui donnant bien de plaisir… et une fois la tempête des sens passée, s’abandonner sur son dos en attendant de retrouver ses esprits, se retrouver à deux doigts de poser un smack entre ses omoplates… y renoncer de justesse pour une raison très con, la raison qu’un vrai mec ne fait pas ça avec un pd…

    Ça avait été dur de sortir de lui… en revanche il avait été super plaisant de l’entendre lui chuchoter à l’oreille à quel point il avait pris son pied, à quel point il avait adoré ce qu’il lui avait fait avec sa queue… et cette pipe qu’il lui avait fait ensuite… du bonheur à l’état pur… s’il était parti en vitesse de cette cabine après ce deuxième orgasme, c’est qu’il avait senti monter des envies qu’il ne pouvait pas assumer… prendre le petit Nico dans ses bras… lui faire un câlin… se faire pardonner pour la brutalité des deux dernières fois… il en avait sacrement envie…

    Le plaisir physique, lorsqu’il est aussi parfait, appelle une sensualité qui se rapproche de très près à de la tendresse… une tendresse dont il avait sacrement envie mais qu’il ne pouvait pas assumer… alors il était parti en vitesse, avant de répéter la même connerie que la nuit de l’Esmé…

    Se dire que c’est fou comment ce petit mec provoque des choses en lui… c’est fou comment il l’attendrit, comment parfois il ressent cette envie jamais ressentie avant, l’envie de lui faire plaisir… c’est fou à quel point ce petit pd le touche, comment il ne peut plus se passer de lui… de ses cheveux, de sa peau, de son odeur, de son corps, tout ce qui éveille ses sens comme jamais ils ne l’ont été… c’est fou cette envie de lui…

    Un moment magique, gâché par l’apparition de ce mec inconnu… cette image de Nico causant et souriant devant ce mec qui, il le redoutait avant de le deviner, devait être du même bord, lui avait trotté dans la tête toute la soirée… même pendant que sa copine faisait une gâterie à cette queue que Nico avait bien astiquée quelques heures plus tôt… une fois seul dans son lit, il avait eu du mal à trouver le sommeil… il était persuadé que Nico avait couché ou allait coucher avec ce type… ce mec avec quelques années de plus… il se demandait si ce n’était pas juste ces « quelques années de plus » qui impressionnaient Nico… le fait de se retrouver dans les bras d’un mec plus posé, peut être moins sexy que lui, mais très charmant, très sensuel, fallait bien l’admettre, un mec souriant, l’air jovial, cool, tout le contraire de lui…

    C’est ainsi que le lendemain, Jérém avait eu envie de « convoquer » le petit Nico pour lui rappeler qu’il était à lui… à lui et à personne d’autre… la journée s’était écoulée sans qu’il trouve le moyen de le faire… il avait fumé plus de cigarettes que d’habitude et il n’avait trouvé de répit que vers 18 h, en se donnant à fond dans l’entraînement de rugby… c’est en courant après le ballon ovale que l’idée lui était venue de le faire venir aux vestiaires après que tout le monde soit parti…

    L’idée était parfaite… le lieu était parfait… parfait pour impressionner Nico… ce qui impressionnerait également Nico, ce serait de le retrouver en train de faire des exercices de muscu, de voir sa transpiration, ses muscles gonflé sous l’effort… plusieurs idées sympathiques de baise, dont celle sur la table de massage qui avait commencer à germer dans sa tête esprit depuis quelques temps déjà, commençaient à pointer dans son esprit… oui, Jérém était bien décidé à jouer les petits coqs à fond pour en mettre plein la vue à son petit Nico et le rendre fou de lui, tellement fou que si la lubie lui venait de se tourner vers un autre garçon, la comparaison serait toujours de plusieurs points en sa faveur…

    Le sms avait été envoyé… pendant un instant il avait redouté que Nico ne vienne pas… les quelques minutes qui s’étaient écoulées entre l’envoi de son message et la réponse de Nico lui avaient parues interminables… s’il n’avait pas répondu ce soir là, jamais il n’aurait accepté de le revoir… résolution épidermique de petit coq trop fier de lui, incapable d’imaginer qu’il aurait bien de mal à la mettre en pratique le cas échéant…

    Et puis le sms était arrivé… le beau brun était rassuré… Jérém trouvait rassurant et amusant le fait de siffler le petit Nico dès que l’envie lui en prenait et de le voir rappliquer illico… il allait le baiser comme un dingue, le rendre encore un peu plus dingue de son corps, de sa queue… il avait furieusement envie de lui… envie de prendre son pied, mais inconsciemment très envie de lui faire plaisir… envie de le retenir, de l’avoir tout à lui… sa jalousie devenait consciente, agaçante… il avait envie de tout faire pour le retenir…

    Tout avait été bon ce soir là… sa petite mise en scène avait marché du feu de dieu… ce truc que Nico lui avait fait avec la langue dans son entrejambe… une tuerie… jamais il n’aurait imaginé prendre autant son pied à cet endroit… au point qu’il se demandait si son excitation relevait davantage du goût d’interdit que cette pratique lui inspirait, ainsi que de la soumission extrême qui lui témoignait Nico en lui faisant ce genre de gâterie, que d’un véritable plaisir sensuel…

    Quoi qu’il en soit, force était de constater que ce « truc » le rendait dingue, presque au même titre qu’une bonne pipe… force était de constater que ce mec lui faisait de ces trucs… qu’il lui faisait découvrir son corps comme personne auparavant… le seul souci c’est que, ce faisant, il le rendait de plus en plus pd…

    Depuis combien de temps il ne s’était pas tapé une nana sans penser à Nico en la baisant? Certes, en l’absence de Nico, il s’était envoyé en l’air avec cette brune… mais ça avait été mécanique… le plaisir qu’il avait pris c’était celui d’un mec qui a besoin de se vider les couilles au moins une fois par jour… quant au désir… son désir était loin…

    Oui, tout avait été terriblement bon ce soir là… l’assaut de Nico sur son torse, se laisser couvrir de baisers, le voir s’abandonner sur lui, sa peau contre la sienne, ses lèvres sur sa peau… le petit Nico fou de lui, le petit Nico qui ose enfin l’embrasser… le contact de ses lèvres avec les siennes avait provoqué en lui une sensation qui avait parcouru toute sa peau, jusqu’à son sexe…

    Il se rendait compte que Nico était en train de braver l’interdit tant de fois rappelé… mais qu’importe… ce soir là Jérém n’avait pas osé le repousser méchamment… le fait est que déjà il avait trouvé ça trop bon… ensuite il ne voulait pas faire mal à Nico, il voulait le retenir…

    Cela dit, Jérém avait eu besoin de recadrer les choses… de montrer que s’il pouvait accepter un baiser, ce ne serait pas un bisou tout tendre… le seul baiser qu’il accepterait serait un baiser très sensuel, limite sexuel, un baiser au travers duquel il réaffirmerait une fois de plus sa position de mâle dominant… d’où l’idée d’enfoncer sa langue entre les lèvres de Nico, comme une fellation avant la fellation…

    Tout ça suivi par cette pipe incroyable, grâce à cette idée de Nico de se faire baiser la bouche sur le banc de muscu, d’utiliser la barre des poids pour faire à la fois des pompes et recevoir une pompe mémorable…

    Pendant la cigarette qui avait suivi, pendant qu’il récupérait de ce premier effort sexuel, son bas ventre frissonnait à l’idée de prendre Nico sur la table de massage dans les vestiaires comme il s’était vu le faire un certain nombre de fois pendant les douches…

    Il avait adoré le sodomiser par derrière… il avait kiffé dur de le baiser par devant, ses jambes sur ses épaules… la position débout lui donnant des sensations nouvelles… la sensation de sa queue coulissant dans ce petit trou bien chaud, accueillant et si généreusement offert par Nico, le rendait dingue… il avait du produire un effort incroyable pour se contrôler et ne pas jouir trop tôt… un plaisir au delà du raisonnable… et voir le petit Nico jouir un instant avant lui, juste sous l’effet de ses coups de bite avait été un kiff qui avait donné un bon coup de fouet à sa fierté masculine et qui avait précipité son propre orgasme…

    Lorsqu’il avait joui, il avait senti un plaisir immense suivi d’un épuisement de même intensité… il avait du mal à tenir sur ses jambes… ainsi, dans ce moment d’évaporation de l’esprit qui suit l’orgasme, il avait trouvé agréable l’idée de s’abandonner sur lui… et ce qu’il avait trouvé agréable par-dessus tout, ça avait été le petit câlin que Nico lui avait fait, sa main dans ses cheveux…

    Dans sa tête, la douche devait l’aider à retrouver ses esprits et marquer la fin des ébats… il était tellement épuisé par ces deux orgasmes intenses rendus encore plus puissants par ces petits moments de tendresse qu’il avait su accepter, qu’il se sentait incapable de remettre ça ce soir là…

    Mais Nico avait d’autres idées en tête… il l’avait rejoint et il s’était mis à genoux devant lui… il avait encore envie de le pomper… hélas, Jérém s’était vite rendu compte que quoi qu’il fasse, il n’arriverait pas à le faire bander à nouveau ce soir là… l’entraînement de rugby, la muscu, deux orgasmes bien puissants, sans compter ceux de la veille à la piscine et le coup de queue qu’il avait du mettre à sa brunasse en la raccompagnant chez elle après la piscine… le Jérém était arrivé à frôler ses limites de sa sexualité…

    Et puis il avait compris ce dont Nico avait envie… de ce truc qui l’avait dégoûté la première fois qu’il lui avait proposé… mais après tout… après tout, l’idée de repousser encore un peu plus les limites de la soumission de Nico à sa virilité, avait de quoi l’exciter… le fait de voir Nico à genoux devant lui, sous l’eau, en train de le regarder avec cette demande précise dans les yeux, avait commencé à faire effet sur sa queue… si après tout le fait de lui faire ça, pouvait lui éviter la « honte » de montrer ses limites sexuelles… si le fait de lui faire ça allait le faire bander une dernière fois… alors, pourquoi pas…

    Nico en avait envie et après tout, s’il avait envie de ça et qu’il ne lui donnait pas, tôt ou tard il irait voir ailleurs pour satisfaire son fantasme… restait le fait de surmonter ses réticences mentales à soulager sa vessie sur quelqu’un, et à plus grande raison sur Nico… pour la première fois, il lui semblait que l’humiliation que cette pratique impliquait était trop importante… pour la première fois il se trouvait gêné d’infliger un truc à Nico…

    Mais au fond, pourquoi donc se sentir gêné, puisque c’était lui qui le demandait, et avec insistance qui plus est… alors, faut y aller… il avait du se concentrer pour lâcher les vannes… il avait du se faire violence au départ… et puis il avait réussi à se détendre et à lâcher prise… le jet, d’abord hésitant, avait pris un bon débit, et le fait de voir Nico se régaler du contact de ce liquide chaud sur sa peau avait fini par réveiller ses sens…

    Lorsque le jet s’était tari, il avait à nouveau eu envie de se faire sucer… Nico ne s’était pas fait prier, il s’était jeté dessus avec désir et gourmandise… son excitation était là mais son corps était fatigué… il sentait que son érection n’allait pas durer malgré l’entrain de Nico…

    Fallait y aller franco… avec de bons coups de reins… pendant un instant il avait hésité… il ne voulait pas recommencer avec une baise brutale… et puis, sa queue commençant à perdre en raideur, il s’était dit qu’il fallait y aller… l’idée de débander dans la bouche de Nico lui était intolérable… l’idée d’une panne, bien que justifiée par la fatigue de son corps, intolérable…

    Il savait qu’il allait le regretter… mais, une fois encore, il avait commencé et il se devait d’arriver au bout… avec les coups de reins, d’abord dosés et d’une puissance contrôlée, sa queue avait repris de la vigueur… il ne voulait pas faire mal à Nico, mais il devait jouir… et puis… et puis le besoin de retrouver son plaisir avait pris le pas sur ses réticences… l’excitation, mêlée à la peur de ne pas y arriver venant des signaux d’épuisement qui lui envoyait son corps, avait fait appel à ses instincts les plus bas…

    A partir d’un certain moment, telle une drogue qui prend le contrôle du cerveau et qui coupe tout contact avec la réalité, il n’y avait plus eu que son plaisir qui comptait… il devait jouir, coûte qui coûte… Nico était redevenu qu’un simple moyen pour son plaisir… son coté bestial avait pris le dessus… il devait jouir… son corps épuisé avait besoin de plus de sensations pour appeler un orgasme qu’il sentait lui échapper à nouveau…

    Alors il s’était déchaîné… il ne pouvait pas manquer son orgasme… ses coups de reins avaient pris de l’ampleur, et toute la puissance que son bassin pouvait leur donner… et comme Nico semblait esquiver ses va-et-vient en neutralisant une partie de ses efforts pour arriver au bout, le fait de coincer sa tête contre le mur pour que ses coups de reins soient plus puissants ne lui avait plus posé aucun cas de conscience… il voulait que ça vienne vite… il voulait jouir… au point qu’il en était, il ne supporterait pas de ne pas y arriver…

    Et puis c’était venu… enfin… violent, épuisant… son orgasme lui avait coupé les jambes… la jouissance passée, il avait été accablé de voir Nico s’étouffer… il avait soudainement compris qu’il avait à nouveau perdu le contrôle à cause de ses pulsions… il avait compris que non seulement Nico n’avait pas pris de plaisir, mais que ses coups de reins lui avaient fait mal… pendant un instant, pendant qu’il le regardait tousser, il avait envie de lui faire un câlin… une envie qu’évidemment il n’avait pas su exprimer…

    Alors, devant la souffrance de Nico, comprenant que ce qui venait de se passer venait de gâcher les bons moments qu’ils avaient partagée, dans l’était de fatigue physique et mentale qui lestaient son être tout entier, il n’avait pu faire autre chose que partir à la douche et s’enfermer dans le silence…

    Il ne savait pas comment quitter Nico ce soir là… il fuyait son regard comme la peste… pourtant, le moment de se séparer approchait… il y avait cependant un truc qu’il fallait qu’il sache, c’était la raison pour laquelle il l’avait fait venir ce soir là… ce type de la piscine…

    Il avait posé la question de façon directe et ferme mais les réponses et les réactions de Nico ne l’avaient pas rassuré… il avait insisté, Nico avait tenté de calmer le jeu… peine perdue, ses questions demeuraient intactes… son esprit était en ébullition… il était sur que ce mec avait des vues sur Nico et que Nico n’était pas indifférent non plus à ses charmes… Nico lui échappait et ça, ça le faisait sacrement chier… et ce qui le faisait chier encore plus, c’est que toute cette jalousie était pour lui un sentiment tout à fait nouveau, un sentiment qui avait fait surface dans son esprit à cause d’un petit pd…

    Oui, depuis pas mal de temps déjà, Jérém n’était pas bien dans sa peau… et en bon ado, lorsqu’il n’était pas bien, il cherchait quelqu’un à rendre responsable de son malaise… Nico était un sujet à porté de main… il se sentait glisser de plus en plus vers les garçons ? c’était la faute de Nico de l’avoir séduit et entraîné vers cet « truc sale »… peu importe s’il oubliait d’admettre que ce « truc sale » c’était lui qui l’avait amorcé quand il lui avait carrément proposé de le sucer lors de la première révision de maths… peu importe s’il omettait de mettre dans la balance le fait que dans ce « truc sale » il prenait son pied comme jamais il en avait pris… et ce n’était pas qu’une histoire liée au mythe, mythe ou réalité, que les garçons savent mieux s’occuper d’un autre garçon que la plupart des nanas… non, le fait qu’il prenne autant de pied avec Nico ce n’était pas simplement dû au fait que ce mec ne lui refusait rien, qu’il se soumettait à lui, docile… la véritable raison était que Jérém avait un véritable penchant pour les garçons, un penchant dont le petit Nico avait ravivé la flamme comme de l’essence sur un braisier…

    Il pensait très souvent à lui, trop souvent… avec sa douceur, sa tendresse, Nico lui faisait du bien… il le trouvait touchant… mais même si ça lui faisait du bien, Jérém ne pouvait pas accepter cela car un mec n’accepte pas de tendresse et encore moins venant de la part d’un pd… et puis la tendresse rend esclave…

    Depuis qu’il couchait avec Nico, Jérém s’était surpris à repenser à un souvenir enfoui dans son adolescence… un souvenir remontant à l’été de ses 13 ans… le souvenir nostalgique et excitant des galipettes avec Thibault sous la tente… depuis qu’il couchait avec Nico, parfois il avait eu envie de recommencer… tout comme Thibault il en avait envie… ils le savaient tous les deux, ils se cherchaient… et même si la peur de compromettre l’amitié les avait toujours empêchés de franchir le pas malgré les occasions, les envies, les perches, l’envie était bel et bien là…

    Oui, Nico avait réveillé en lui des désirs et des envies qu’il avait essayé d’oublier, d’anesthésier depuis des années avec cette débauche de sorties, de rugby, de muscu, de nanas, d’alcool et de joints dont il saturait sa vie… il avait suffi d’un petit Nico, à l’apparence si inoffensif, pour réveiller tous ses démons…

    Voilà le joyeux bordel qui secouait la jolie tête de mon beau brun à cette période de sa vie. Tout un pan de la vie intime de mon beau brun que je ne connaîtrai que plus tard, beaucoup plus tard dans ma vie. Tout un tas de trucs qui se passaient dans sa tête et que j’aurais été incapable ne serait-ce que d’imaginer à l’époque…

    Car lorsque ce soir là je le regardais s’éloigner dans la rue, la cigarette au bec, son sac de sport à la main, avec son allure assurée de mec bien dans ses baskets, l’attitude fière du gars qui vient de se vider les couilles et qui repart sans états d’âme, j’étais à mille lieues d’imaginer que, derrière ses airs de petit coq, Jérém était un garçon se posant mille questions sur sa sexualité, sur son avenir, sur sa vie, un garçon jaloux… et, par-dessus tout, un garçon en détresse, hanté par la solitude qui avait traversé une bonne moitié de sa vie, un garçon perdu, en train de perdre pied, un garçon qui bientôt allait faire de belles bêtises et se mettre carrément en danger.

     

    Ce soir là je rentre chez moi le cœur lourd. J’ai envie de pleurer. J’ai tout gâché. Je sais que je vais passer une mauvaise nuit. Je sais que le lendemain il n’y aura qu’une personne que j’aurai envie de voir. Je sais qu’elle sera là.

     

    [Merci à toi, le lyonnais, mon premier et plus fidèle lecteur, supporteur, conseilleur, consultant, correcteur, gardien du « sérieux » de cette histoire.

    Merci à tous ceux qui, en privé ou en public donnent un supplément de sens à mon écriture, la font exister.

    Merci à ceux qui me donnent des idées qui rendent mon histoire plus « vraie ».

    Merci à ceux qui, lorsque le samedi il n’y a pas d’histoire, s’inquiètent que ce soit fini.

    Non, ce n’est pas fini, pas avant l’épisode… 100… parfois je n’ai pas le temps, parfois j’ai le temps mais pas le moral. Mais l’écriture est très importante pour moi, tout comme cette histoire, et je ne laisserai pas tomber. C’est promis.

    Et merci à tous les lecteurs anonymes qui, semaine après semaine, font monter le petit compteur d’HDS].

     


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