• 35 Jérémie, ce petit con

     

    Un silence gênant s’installe entre nous. On se regarde dans les yeux, on sait tous les deux que si je monte avec lui ce ne sera pas que pour prendre un verre… je le trouve beau et charmant, je sens que ça me ferait vraiment du bien de prendre du bon temps avec lui… peut être que ce gars assume ses envies, peut-être que ça va être plus simple avec lui… oui, il a raison, j’hésite… et, me connaissant, j’aurais hésité longtemps…

    C’est le labranoir qui se chargera de débloquer la situation. N’en pouvant plus d’attendre à l’approche de l’heure de sa gamelle du soir, le gros toutou s’engouffre dans l’espace de la porte tout juste mi ouverte et commence à tirer fermement sur la laisse.

    Tu vois, il te montre ce que tu dois faire…

    Il sourit, il est beau, je lui souris. Il me tend la main, je l’attrape, j’avance d’un pas, je suis dans le hall sombre. Le labra tire sur la laisse, le gars a besoin de ses deux bras pour le maîtriser… On traverse le hall, on passe une porte fenêtre qui donne sur un petit jardin intérieur. Il me devance, il tourne vers la droite en direction d’une porte en pvc blanc dont il vient de sortir la clef de sa poche.

    Attends Gabin, tu vas les avoir tes croquettes…

    La porte ouverte, le chien lâché court dans le petit séjour. Je rentre. Je suis chez lui. Il referme la porte derrière lui. Charmant garçon, ce Stéphane.

     

    Précédemment dans « 50 nuances de (ce petit con de) Jérémie : à la faveur d’un jeu de regards plutôt coquins, la température était montée durant l’épreuve du bac philo; l’après-midi qui s’en était suivi avait été un festival de jouissance où les ressources sexuelles du beau brun, ainsi que la capacité du physique de Nico à les endurer, avaient étés mises à rude épreuve.

    La fin de l’après-midi venue, après avoir pris une longue douche, Nico avait trouvé son Jérém négligemment allongé en travers du lit, torse nu, juste en boxer, endormi. Tombé comme un lapin après l’amour. Beau comme un enfant, fort comme un homme. La vision de la beauté masculine parfaite. Cette beauté ultime qu’est le mélange parfait entre canons anatomiques, désir et amour.

     

    Après le t-shirt bleu ciel Airness du lundi, le mardi Jérém débarque au lycée avec un putain de t-shirt blanc Ox-Bow du genre super-moulant-cousu-direct-sur-son-torse-de-ouf… quand on sait à quel point, et c’était déjà le cas à l’époque, ce genre de tenue me laisse indifférent, on aurait pu prendre cela pour de la provoc’ ; ou, pire, pour une atteinte à ma santé mentale…

    En le voyant arriver ce matin là, lunettes de soleil noires, short marron, baskets vert électrique et t-shirt blanc… je crois tomber dans les pommes… heureusement il est à la bourre comme d’hab et il est encore en train de faire la bise à ses potes lorsqu’on nous appelle pour prendre place dans la salle d’examen… oui, la bise à ses potes… ça m’a toujours laissé rêveur cette complicité entre mecs bien hétéros, si virils, sa laissant aller à cette petite tendresse de la bise…

    J’en profite pour décrocher mon regard de lui et me faufiler dans le couloir du lycée parmi les premiers. Une fois dans la salle d’examen, une question s’illumine alors dans ma tête. Comment vais-je pouvoir me tenir aujourd’hui par rapport à mon beau brun ? Je repense à « l’accident » de la veille, le surveillant m’ayant gaulé en train de chauffer Jérém pendant la philo… en rentrant dans la classe un instant plus tôt, j’avais croisé son regard ; et le « bonjour » qu’il m’avait lancé était accompagné d’un petit sourire malicieux, limite narquois, qui m’avait fait sentir visé… comme s’il m’avait à l’œil et que j’avais vraiment intérêt de me tenir à carreau ce jour là…

    Je m’étais contenté de dire bonjour à mon tour, sans demander mon reste… mon humiliation de la veille était encore bien brûlante, et à vrai dire il y avait d’autre brûlures physiques et morales qui accaparaient mon être tout entier sans avoir à chercher d’autres émotions… il faut dire que tout un après midi de baise avec Jérém, terminé par l’affichage de sa froideur légendaire, ça a de quoi laisser des séquelles…

    Je me vois déjà toute la journée en train d’essayer d’éviter son regard de braise, de faire taire mon envie de baise… ça va me manquer ce contact, il me manque déjà, ça va me frustrer, ça me frustre déjà… qu’est ce que ça va être en fin de journée ? Son regard me trouble autant quand il est sur moi que quand il ne l’est pas…

    Je frotte mes mains sur le visage pour me secouer l’esprit de ces pensée : la perspective de passer toute la journée sans pouvoir le regarder, cette perspective me parait rude, dure, horriblement dure… enfin… j’essaie de me motiver en me disant qu’il ne fallait surtout pas que ce matin là on recommence nos bêtises…

    Sacrés bêtises… à l’origine d’un sacré après-midi… est-ce que je regrette ces bêtises ?… ah, bah, que non… si c’était à refaire, je le referais à coup sur, avec tous les risques que cela comporte… oui, le jeu en vaut bien la chandelle…

    De toute façon, que je cède à la tentation de recommencer le petit jeu de la veille, encore faudrait-t-il que Jérém le veuille aussi, et pour l’instant il semble plutôt regarder ailleurs, ou bien que je me fasse violence pour éviter de le mater, qu’est-ce que cela changera sur ma concentration aux épreuves à venir ? Pour que je puisse me concentrer réellement, il aurait fallu que j’arrête d’avoir envie de lui… et pour ce faire, il aurait fallu qu’il ne soit pas dans la même salle… Jérém en t-shirt blanc moulant, sentant bon le déo de mec, Jérém juste à coté moi pendant toute la matinée…

    Jérém dont je gardais bien vif en moi le souvenir de son passage, un souvenir si sensible que j’avais du mal à tenir longtemps ma position sur la chaise… Jérémie qui m’avait carrément démonté la veille… Jérémie insatiable, déchaîné, bestial… il faut dire que je l’avais bien cherché… pendant les quatre heures de l’épreuve de philo je n’avais pas arrêté de le chauffer… à la fin de la matinée, Jérém avait une trique d’enfer, le regard rempli d’une espèce d’urgence sexuelle débordante… ses yeux étaient tellement brûlants d’envie masculine que j’avais déjà l’impression de l’avoir en moi, l’impression de sentir son gourdin en train de coulisser dans mon ti trou, l’impression qu’il avait commencé à me baiser bien avant la fin de l’épreuve, bien avant de refermer la porte de sa chambre derrière nous…

    Je ne sais même pas combien de fois je me suis branlé par la suite en pensant à sa fougue de jeune étalon… j’étais lessivé, endolori de partout… pourtant, les images de son corps prenant du plaisir dans le mien ne me quittaient jamais, des flash hantaient mon esprit… bien que j’avais moi même joui plusieurs fois cet après-midi là, j’ai le souvenir de m’être branlé juste dans la foulée, illico en rentrant à la maison ; ensuite, deux fois le soir même en allant me coucher… et le matin suivant au réveil, avant de me lever pour repartir au bac…

    Le surveillant donne les consignes et lance l’épreuve. Le chrono démarre. Je regarde la copie et ça me gave déjà. La techno, ça n’a jamais été mon truc. Encore moins quand il fait si chaud, quand j’ai du mal à émerger, et que Jérémie est là, juste devant moi, beau comme un Dieu…

    Je n’ai même pas envie de lire le sujet… j’ai envie de me lever et d’aller caresser le beau brun… se cheveux, ses oreilles fines, droites que je trouve si sexy, ses épaules, ses biceps serrés dans ces manchettes blanches, j’ai envie d’effleurer sa peau… de passer ma main dans le col en V de son t-shirt… j’ai envie de le lécher de la tête aux pieds, comme hier après-midi, et plus encore… j’ai envie de le sucer… merde !!!

    J’ai mal à tous mes muscles, à toutes mes articulations, mais ma peau est hypersensible, la trique me gagne et j’ai l’impression qu’elle ne va pas me quitter tant qu’il sera dans mon champ de vision…

    Je prends une grande inspiration et je me décide à lire le sujet. La techno, ça me barbe. Allez, je me mets à rédiger quelques lignes. J’arrive quand même à me concentrer un petit peu et à gratter une page et demie presque d’un jet, presque sans lever les yeux de la copie… ça aurait pu continuer encore, si un élément perturbateur n’était pas venu me tirer de ma disserte… un bruit soudain, un bruit sec, venant d’un thorax dont je connais chaque tonalité, chaque vibration…

    Ce petit con a éternué… fume, fume, ça arrange les allergies… Dès lors, c’est reparti, la copie est oubliée, pour Nico c’est la recrée… ce bruit venant de lui aura suffit pour me déconcentrer, et maintenant mes yeux sont à nouveau rivés sur son torse moulé dans le coton blanc, mes désirs refont violemment surface en faisant à nouveau disparaître toute motivation pour la techno…

    Et puis il fait pire… il relève son buste, il lâche son stylo, il pose son coude droit sur le bord du banc, il appuie son front dans la paume de sa main, l’air du mec qui réfléchit… il n’en est rien… je le vois discrètement faire pivoter son cou, et sa tête à l’intérieur de l’appui de sa main par la même occasion, jusqu’à que je puisse capter son regard, ses yeux… c’est furtif, de biais, mais ça me fait trop trop plaisir… il s’est retourné pour me voir… est-ce que nos échanges visuels lui manquent ? J’aime trop croire à cela…

    Ça ne dure qu’un court instant, mais j’ai l’impression qu’il me mate avec son regard de tueur sexy qui me fait tant d’effet…

    Trop vite, son cou fait le mouvement de rotation inverse, et au final c’est sa tempe qui se trouve à l’appui dans la paume de sa main, son pouce allant se caler juste en dessous de son oreille, le buste légèrement incliné, la mâchoire animée par le malaxage lent et sensuel d’un chewing-gum que comme d’hab je ne l’ai pas vu mettre en bouche…

    Jérém aussi est en mode récrée apparemment… il reste dans cette position pendant un bon moment… je suis sur qu’il bloque lui aussi, la techno ce n’est pas son truc… j’avais souvent remarqué en cours l’intérêt tout à fait relatif qu’il portait à cette matière, comme à peu près à toutes les autres… il doit se faire chier et l’envie de cigarette doit commencer à le démanger…

    Je le vois prendre une bonne inspiration, ses épaules remontent, son torse se bombe, ses muscles s’étirent… et une fois cette aération du corps et de l’esprit terminée, quand tout revient en place, voilà qu’il recommence son manège… son cou pivote, sa tête tourne avec… son regard rencontre le mien, prêt à l’accueillir depuis le début de l’épreuve, prêt à l’accueillir depuis toujours…

    Cette fois ci il s’est retourné davantage et la confrontation de nos regards est presque directe… ses yeux bruns sont brûlants… rien que dans ce regard je me sens sa chose, mon envie de lui devient insupportable… je lis dedans tout son triomphe viril sur moi… j’ai à la fois envie de m’y incliner, mais également de ne pas me laisser humilier encore… alors je me force à le soutenir, à ne pas céder, à ne pas baisser les yeux, à lui tenir tête, au plus profond de moi je me prends à imaginer que en me comportant de la sorte, en le défiant comme la veille, je vais lui donner envie d’une nouvelle révision ce soir là…

    Je suis fou… j’ai envie de lui… j’ai une boule au ventre tellement cette envie est forte et déchirante… c’est fou comme je peux l’avoir dans la peau, ce petit con… en fait, j’ai carrément besoin de lui, toutes les fibres de mon corps semblent aimantées par sa beauté, ensorcelées par le souvenir de tout ce qu’il m’a mis la veille, de cet après-midi de baise complètement dingue…

    Des flash de la folie de l’après-midi de la veille s’affichent dans mon esprit, rapides, troublants… toutes ces images me rendent dingue… la sensation de n’être qu’un objet de plaisir dans ses mains puissantes me fait tourner la tête… je me fais la réflexion que, en fait, plus je couche avec lui, plus j’ai envie de coucher avec lui… je l’ai dans la peau, et le simple fait de le voir devant moi me met dans tous mes états… je me dis que chaque goutte de son jus mérite qu’elle soit éjaculée en lui faisant prendre un max de plaisir… je suis avide de cela, et je me dis que chacun des orgasmes de Jérém dont je serai privé à l’avenir serait un gâchis sans nom…

    Ça tourne à l’obsession… je n’arrive pas à penser à autre chose qu’au plaisir de le voir nu, le plaisir de voir sa queue en érection, le plaisir de la prendre en bouche, de la sentir jouir, de la sentir coulisser entre mes fesses, de voir l’expression de son visage pendant qu’il se vide en moi, de sentir les jets chauds et puissants s’abattre sur ma peau, de sentir l’odeur de son jus, le goût de son jus… je me sens déchiré entre le besoin urgent d’accéder à sa sexualité et le désespoir d’une occasion qui ne viendrait peut-être plus jamais…

    En ce début de matinée, alors que le soleil remplit déjà la classe et la brise légère caresse ma peau hypersensible en lui donnant des frissons, j’ai cru pendant un instant que j’irai voir le surveillant pour lui demander de changer de place tellement c’était une torture de l’avoir à côté de moi…

    Evidemment je n’ose pas, d’ailleurs c’est un truc qui ne se fait pas… alors je prends sur moi, me soumettant une fois de plus à la divine torture de l’avoir dans mon champ visuel… oui, je prends sur moi… c’est l’histoire de ma vie toute entière…je crois devenir fou… je transpire, j’ai du mal à respirer, le désir envahit mon cerveau… je chauffe, je crois que je vais disjoncter… ça chauffe encore, je vais disjoncter… ça brûle et… je disjoncte…

    Je me lève de ma chaise, je m’approche lentement de lui, je suis débout derrière lui, il est toujours assis sur sa chaise devant son banc… son parfum séduit mes narines avec toute sa puissance… j’ai une vue plongeante sur ses cheveux bruns, sur son t-shirt blanc moulant ses pectoraux, sur son torse que la position de son bassin sur la chaise autorise à être légèrement incliné… je regarde ses abdos onduler sous le coton blanc au rythme de sa respiration calme et régulière… j’ai une vue panoramique sur la jolie bosse que son équipement de mec fait derrière son short…

    Jérém sait que je suis derrière ses épaules et ça n’a pas l’air de le déranger… au contraire, il sait bien que je me suis approché pour lui faire plaisir… j’ai envie de le surprendre, j’ai envie d’un truc…

    Je me penche vers lui, je commence à agacer ses tétons pointant à travers le t-shirt blanc… dès que mes doigts se posent sur le coton doux, je vois son corps s’exciter, frémir… je malaxe légèrement ses pectoraux, je le chauffe… il ne faudra pas longtemps pour qu’il soulève l’avant du t-shirt pour le coincer derrière sa tête me donnant une vision magnifique et un accès sans entraves à la beauté de son torse… mes doigts se livrent alors à ce qui ressemble à un ballet plutôt sensuel sur sa peau mate et soyeuse…

    Jérém est déjà bien excité… preuve en est que dans la foulée il ouvre la ceinture de son short, il le fait glisser à ses pieds avec son boxer de façon à dégager sa queue désormais bien raide… il commence à se branler…

    Sans arrêter de caresser ses pectoraux, mes mains ravies par le contact avec la fermeté de sa musculature, je m’accroupis derrière la chaise, je passe la main gauche vers l’avant, je rencontre la sienne… cette dernière laisse la place sans opposer de résistance… et voilà, je tiens désormais son manche entre mes doigts, c’est tendu, c’est doux, c’est chaud, c’est puissant, ça me remplit la main et ça me fait un bien fou… j’entreprends de le branler lentement, pendant que de l’autre main j’excite ses tétons à tour de rôle…

    Mon menton appuyé pile dans l’angle entre la base de son cou et son épaule, à l’endroit où son t-shirt est négligemment coincé… qu’est ce que c’est doux et agréable le contact avec ce coton fin qui caresse sa peau en permanence… dans une prochaine vie je veux renaître t-shirt moulant, à condition de pouvoir choisir le torse sur lequel je vais tomber… où alors boxer… mais là aussi il faudrait que je puisse avoir le choix…

    Je sens son parfum de mec se dégager de la peau dénudée de son torse dessiné ; au fil des va-et-vient de ma main sur son manche, je sens sa respiration s’accélérer, devenir bruyante… ma main gauche augmente alors le rythme de ses mouvements autour de sa queue… je délaisse brièvement ses tétons pour mouiller copieusement les doigts de ma main droite avec ma salive, avant qu’elle remplace la gauche autour de son sexe… au contact de mes doigts humides, Jérém a un sursaut d’excitation…

    Un instant plus tard, c’est au tour des doigts de ma main gauche, également enduits de ma salive, de se poser sur son téton, de jouer avec, de divaguer sur le relief de ses pectoraux… à partir de là, à la faveur d’un rythme de plus en plus cadencé des mouvements de ma main sur sa queue, je sens rapidement son corps se raidir sous la vague puissante de l’orgasme… Jérém jouit en balançant plusieurs jets copieux et denses qui s’abattent lourdement sur le sol devant lui…

    Lorsque je retire ma main de sa queue, mon pouce et mon index sont couverts d’une bonne trace brillante de sa jouissance de mec… pendant qu’il remonte son boxer et son short, c’est ainsi au tour de ma bouche de trouver le bonheur…

    Quelqu’un fait tomber un objet lourd et le bruit sec me tire de ma rêverie… fantasme de folie dans une situation impossible, fantasme que je regrette de ne jamais avoir eu l’idée de mettre en pratique pendant une de nos révisions… un rêve coquin les yeux ouverts, fantasme qui procurera en moi une excitation et une érection accompagnées d’une bonne mouille, presque une petite éjaculation, dont mon boxer se souviendra encore le soir en rentrant chez moi… putain qu’est-ce que j’étais parti loin dans mon fantasme…

    Je ne sais pas combien de temps ce contact visuel et mon rêve éveillé ont duré… tout ce que je sais c’est que à un moment j’ai vu le drame arriver et j’ai coupé direct… Jérém a compris que quelque chose se passait et il a retourné précipitamment son cou, redressé le buste, il a repris son stylo et il s’est replongé dans sa copie… hélas, le mal est fait, et j’ai la troublante sensation qu’on ne pourra pas échapper aux conséquences…

    Pendant que Jérém était tourné vers moi, le surveillant, toujours le même, s’était levé du bureau d’où il dominait la salle pensant que son collègue bouquinait… le bruit de sa chaise glissant sur le carrelage avait attiré mon regard dans sa direction et c’est ainsi que j’avais brièvement croisé son regard, avant que la peur combinée à la honte me fasse revenir vers ma copie… ce qui ne m’empêcha pas, avec ma vision périphérique, de le voir s’engouffrer pile dans l’allée qui amenait au banc de Jérém…

    Je sens la panique me gagner… il nous a vu… Jérém était carrément tourné vers l’arrière quand il nous avait captés… je suis super inquiet… je lève légèrement mon regard pour observer cette silhouette mobile, cette bombe à retardement divaguant dans notre direction… qu’est ce qu’il va faire ? Il me semble de déceler au coin de ses yeux une expression de détermination assez marquée, une intention punitive que je devine ou que j’imagine, ce qui est la même chose dans ce genre de situation où la peur nous envahit… un pas après l’autre il approche de moi ou… alors… du beau brun… je sens monter en moi un malaise grandissant… putain, il va faire chier Jérém… c’est encore pire que s’il venait vers moi…

    Il ne sait pas dans quoi il s’engage, ce charmant surveillant à lunettes si propre sur lui… à mon avis, s’il va voir Jérém et qu’il lui sert les mêmes mots qu’il m’a servi à moi la veille, il va être reçu le gars, et surtout il ne va pas être déçu du voyage… le connaissant, Jérém ne supporterait jamais une humiliation de ce genre… je me dis que là on court à la catastrophe, au drame… je crains vraiment la réaction de Jérém… si jamais le surveillant le chatouille sur ce terrain là, son sang ne va faire qu’un tour, il ne va plus penser à l’exam, ni au bac, ni à son futur, à mon avis il va se lever et le cogner…

    Il avance, j’ai l’impression que son expression a quelque chose de mauvais, je me dis qu’il va faire chier le beau brun et que ça lui fait trop plaisir de le saquer de la sorte… peut-être une revanche inconsciente sur un amour impossible dans ses années lycée, sur son Jérémie à lui, ce mec dont on est tous tombé amoureux un jour au lycée et qui s’est servi ou moqué de nous ? As-tu également vécu cela, charmant surveillant, quand tu avais à peu près mon age ?

    J’ai peur de la réaction de Jérém vis-à-vis du surveillant et j’ai peur aussi qu’il m’en veuille pour avoir attiré l’attention sur lui… pourtant c’est lui qui m’a cherché… mais je savais que j’étais en sursis et j’aurais dû faire gaffe… je n’aurais jamais dû lui tenir tête dans cette configuration si exposée, si risquée… si jamais il y a un clash avec le surveillant, et que l’on apprend d’où cela est venu… Jérém ne va pas le supporter… il va me choper et me balancer une semi-remorque de méchancetés comme il sait si bien le faire et ensuite il va tout simplement m’effacer de sa vie… tant pis, au point où l’on en est… j’aurais juste voulu qu’on ne s’éloigne pas en étant fâchés, que notre relation prenne fin sur une dispute…

    Pendant que je me fais ces réflexions, je remarque qu’il se passe quelque chose, quelque chose de bizarre, auquel je n’arrive par à croire tout de suite… je crois rêver… pourtant, c’est exactement ce qui est en train de se produire… je regarde le surveillant et il me semble observer que si ses premiers pas en partant du bureau étaient cadencés dans une allure assurée, le derniers avant d’arriver au banc de Jérém perdaient petit à petit de leur aisance… et pour cause…

    Le voyant approcher, Jérém avait levé le buste et la tête, ses épaules en ressortant ainsi bien dégagées, sa musculature bien en évidence… son regard était droit devant lui, en direction du surveillant… je n’arrivais pas à la capter directement mais je me rendais compte que Jérém le regardait venir… ses yeux semblaient dégager ce regard brun avec tendance à tourner au noir, ce regard intense, un je-ne-sais-pas-quoi de fais-pas-chier-mec, une assurance virile, un regard que je ne lui connais que très bien… une attitude qui fait tomber toutes mes défenses…

    Il est malade… oser ça avec le surveillant au bac, quand même… est-ce que son attitude va lui sauver la mise dans cette situation? Je suis intrigué… je suis à la fois fasciné et troublé par son culot… Une partie de moi a envie de le voir se ramasser… de voir le surveillant démonter son arrogance et son assurance de petit con effronté… ce qui serait pour moi une petite revanche sur son attitude si dure et méprisante envers moi… alors qu’une autre partie de moi a envie de voir une fois de plus le triomphe de son impertinence et son assurance de petit con… ce qui est pour moi insupportablement excitant…

    C’est là que je me rends compte que, au fait, j’aime ce mec et je le hais à la fois, et que ces deux sentiments sont alimentés par les mêmes raisons… son assurance, son attitude effrontée sont à la fois ce qui m’attire vers lui et ce qui m’énerve au plus haut point…

    Jérém n’a vraiment pas froid aux yeux, son regard semble afficher une attitude clairement et délibérément intimidante, on dirait un jeune coq se levant sur ses pattes et remontant sa crête rouge, cherchant à impressionner un autre coq approchant de son territoire et lui cherchant des noises… sa posture ressemble vraiment à un défi à l’autorité du surveillant… leurs regards se font face, leurs esprits se jaugent comme deux mâles avant l’affrontement… Jérém inspire, son corps tendu dans cette démonstration de force… je commence à craindre que sa conduite puisse lui causer des problèmes encore plus graves qu’une simple brimade si humiliante puisse-t-elle être… je me dis que en plus de lui reprocher notre petit jeu, le surveillant risque d’être vexé de son comportement irrespectueux, et le sanctionner à ce titre…

    Le surveillant n’est plus qu’à un pas du banc de Jérém : c’est à ce moment là que je vois la situation basculer… je n’y crois pas… je crois rêver… je regarde son visage et je vois son expression changer petit à petit, il est comme déstabilisé, son assurance semble s’évaporer devant la puissance du regard du beau brun… en arrivant à hauteur du banc de Jérém, je le vois soudainement baisser ses yeux, accélérer son allure, passer son chemin et disparaître au fond de la classe.

    Jérém baisse son regard une fraction de seconde plus tard… il a gagné ce petit con… sacré Jérém, la meilleure défense reste toujours l’attaque… je recommence à respirer normalement, mon apnée prend fin… oui, ce petit con a encore gagné… décidemment rien ne lui fait peur… décidemment personne ne résiste à ce regard de charmeur, de charmeur de serpents… sa victoire m’agace et m’émoustille à la fois…

    Devant un regard pareil, soit on est sous le charme, soit on est intimidé ; que l’on soit sensible à l’un ou à l’autre volet, ou bien à un mélange des deux, le résultat est que son attitude est telle à faire passer bien des envies de confrontation avec le beau mâle… mais au fond de moi, j’aime bien croire que ce n’est pas l’attitude arrogante qui a déstabilisé le surveillant, mais l’insupportable sexytude de ce ptit con…

    Oui, du haut de ses 19 ans, de sa position d’étudiant au dossier franchement pas brillant, dans sa position de candidat au bac, et qui plus est s’étant fait gauler en train de faire le con avec un pote au lieu de se concentrer sur l’épreuve, Jérém tient tête au surveillant du bac, un mec de 35 ans, ayant le pouvoir de le mettre dehors illico, d’annuler sa copie, de le saquer lors du rapprochement des notes, de le faire chier un peu plus pour obtenir un bac que déjà il aurait de justesse…

    Putain qu’il en a ce mec dans le caleçon (ou plutôt dans le boxer)… qu’elles sont bien fermes ses couilles… quand il le veut bien…

    L’émotion passée, je prends le temps de calmer ma respiration et de relâcher mes nerfs avant de me plonger dans la dernière ligne droite pour terminer ma copie. A ma grande surprise, Jérém rendra sa copie à 11h30 et il partira sans même m’adresser un regard. Je suis déstabilisé… je ne m’attendais pas à ce qu’il parte si tôt… est-ce qu’il a fini ou alors ça s’est mal passé et il a jeté l’éponge ? Pendant toute la durée de l’épreuve de techno, j’avais espéré que Jérém viendrait me voir à la sortie et que le souvenir plaisant de la baise de la veille le poussera à envisager une petite séance de rattrapage…

    Je suis déçu qu’il soit parti si tôt… son banc vide est si triste…

    Midi arrive vite, et on nous informe qu’il faut rendre les copies. Dès qu’on nous donne le feu vert, je sors vite de la salle et je parcours l’espace du couloir du regard à la recherche désespérée de mon beau brun… un t-shirt blanc attire mon attention un peu plus loin… il est également plutôt bien porté, mais ce n’est pas mon Jérém à moi… je sors dans l’esplanade du lycée, le premier contact avec le soleil du mois de juin me brûle les yeux… je cherche partout, mais Jérém n’est pas là… à l’heure qu’il est, il doit être rue de la Colombette allongé sur son lit en train d’avaler un sandwich en matant la télé ou en terrasse en train de fumer sa cigarette… Jérém était parti depuis plusieurs minutes, et mon portable reste muet, comme toujours…

    Non, après la techno Jérém ne me proposa pas de révisions chez lui, chose que je considérais fort dommage : car, à défaut de pouvoir offrir mon intimité à ses envies de mâle, voilà que ma bouche, un peu délaissée la veille, se sentait tout à fait apte à lui procurer une jouissance certaine… une ou plusieurs…

    Il me manque déjà, il me manque trop… je n’ai pas envie de rentrer tout de suite, de tout façon personne ne m’attend chez moi… tout le monde bosse… j’ai envie de marcher pour évacuer les tensions et les émotions cumulés pendant l’épreuve, je vais chercher un sandwich, je trouve bien de m’arrêter au même comptoir où Jérém s’est arrêté la veille… j’ai l’impression d’être un peu avec lui… je repense à son geste inattendu… mignon de sa part quand même de m’avoir offert un sandwich…

    En quête d’un endroit où me poser, mes pieds m’amèneront place du Capitole… mon regard sera happé une fois de plus par la beauté architecturale de ces espace grandiose… en arrivant par la rue Gambetta, je la traverse en biais, je frotte mes semelles sur la croix Occitane dessinée au sol au croisement de ses diagonales… je me dirige ensuite vers le passage situé juste en dessous du fameux balcon de la Mairie où le Bouclier de Brennus a été tant de fois présenté aux toulousains ; je me retrouve ainsi dans la petite place du donjon de l’Office du Tourisme, cet espace ombragé par des arbres imposants…

    Je me pose sur un banc, je mange lentement mon sandwich… j’ai tout l’après-midi devant moi… je suis pratiquement en vacances. Il fait bon, un petit vent souffle sur ma peau… je suis bien, à part le fait que Jérém me manque tellement et que j’ai vraiment envie de lui… d’autant plus que le mois de juin avance, qu’il fait déjà chaud et qu’en ville les garçons ont sorti leurs beaux t-shirts et les charmants shorts d’été mettant en valeur leur morphologie… ce qui m’émoustille au plus haut point en attisant encore un peu plus mes sens déjà bien enflammés par les assauts du beau brun…

    J’adore l’été.. c’est un pur régal pour les yeux que de regarder défiler de beaux jeunes hommes devant moi… un petit t-shirt noir porté avec aisance, un t-shirt rouge estampillé Umbro tombant à la perfection sur un torse que je devine plutôt convenable, un autre t-shirt rouge aux bords des manchettes et du col blancs portés par un beau petit brun… un autre encore, typé reubeu et plutôt mignon, les cheveux très courts, soigné, la peau basanée et lisse, le teint doré qui rappelle le sable chaud… on dirait un pain au chocolat sortant de la boulangerie tout chaud au petit matin, un truc à éveiller d’un seul coup tous les sens assoupis… il m’enflamme, il m’attise… beau et sexy, l’allure vigoureuse, le regard très masculin et autoritaire comme sait l’avoir ce genre de mec, il ose un débardeur vert qui tombe assez bas sur son short blanc au milieu duquel une jolie bosse semble se dessiner, un débardeur qui découvre une vaste portion de ses pectoraux bien dessinés, de ses épaules carrées et harmonieuses, laissant entrevoir, au gré de ses mouvements, la légère pilosité de ses aisselles… un petit bout de tissu vert qui ne donne qu’une envie, celle d’être ôté pour découvrir les beautés anatomiques qu’il semble cacher… voilà un mec qui passe devant moi sans daigner m’accorder le moindre regard, un mec qui ne se doute pas un instant à quel point il m’a fait bander et mouiller d’envie de l’avoir en moi… oui, un mec qui me donne vraiment envie, un beau mâle bien viril avec qui je n’ai pas de mal à imaginer le bonheur de me faire défoncer jusqu’à lui vider complètement les couilles… c’est fou cette envie brutale et sauvage qui m’envahit en un instant devant ce genre de mec… hélas, jamais un mec comme celui là ne s’intéressera à moi, et si bien, je n’oserai pas franchir le pas, je serais bien trop intimidé par son regard, par sa façon d’être « mec », bridé par mes sentiments pour Jérém, comme avec le débardeur blanc il y a quelques semaines dans les chiottes du KL…

    Certes, mon regard opère un tri dans la gente masculine, ne s’attardant que sur des silhouettes plutôt attirantes… et c’est vraiment le bonheur… je me sens comme devant un défilé de mode masculine ou plutôt un défilé de beauté masculine… l’heure tourne et franchement je ne m’en lasse pas… mon regard est tellement lourd et intéressé que parfois j’ai l’impression qu’il aimante celui de certains garçons… un contact fugace s’établit alors… ça me secoue et je suis immédiatement intimidé, je finis par baisser les yeux et renoncer à assumer mes envies…

    Je me surprends à imaginer que certains de ces garçons pourraient avoir envie de coucher avec moi… et puis je finis par me dire que je me fais des films, que je ne suis pas assez bien pour des garçons aussi beaux… certes, je couche avec le plus beau d’entre eux… mais je ne sais même pas comment Jérém me trouve physiquement… est ce que je lui plais ne serait-ce qu’un peu ou alors c’est juste ma soumission, ma bouche et mon cul qui l’intéressent ? Est-ce qu’il me baise juste car il prend son pied comme jamais, parce que je ne m’y prends pas trop mal ou est-ce qu’il a une petite attirance pour moi ? Est-ce qu’il me baise moi juste parce que je suis à portée de queue ? Est-ce qu’il baiserait avec n’importe quel autre mec du moment qu’il le fasse jouir comme il en a envie ? Tu t'entêtes à te foutre de tout/Mais pourvu qu’elles soient douces, n’est-ce pas mon beau Jérém…

    Le mardi après-midi et le soir encore, ce fut séance branlette multiple dans mon lit.

     

    Le mercredi arrive, et Jérém se pointe au lycée avec un simple t-shirt noir fabriqué dans un coton stretch tout fin qui a pile l’air d’une seconde peau tendue sur son torse. Chacun de ses muscles de son dos, de ses pectoraux, de ses abdos, de ses épaules, chacun de ses mouvements sont épousés au poil par les fibres. Voilà la vision d’un bonheur diabolique…

    Une fois dans la salle, devant la copie d’histoire-géo, je me demande comment se passe le bac pour lui… certes, nous nous croisions lors des épreuves du bac… mais jamais Jérém n’engageait la conversation avec moi… depuis le lundi, il ne me disait même pas bonjour, il ignorait même les miens, au point que je cessai de le lui dire à mon tour, pour ne pas que les autres voient qu’il avait l’air de me faire la tête… nos seuls contacts se limitaient désormais à des regards coquins… l’un d’entre eux, le mercredi midi à la sortie de la salle d’exams, chargé de sensualité et de coquinerie, m’avait semblé être sa façon de me rappeler une fois de plus que j’étais, ou que j’avais été, son soumis, son vide-couilles, que j’étais, ou que j’avais été, à sa disposition quand il avait (eu) envie de se soulager les couilles et la bite…

    Cependant, ce regard m’avait fait espérer qu’il aurait envie de remettre ça ce soir là… je savais bien que jamais ça n’avait été en mon pouvoir de lui demander de réviser parce que j’en avais envie… il n’y avait que son envie qui comptait… son envie de mâle… la mienne n’était qu’un détail insignifiant de l’histoire, un détail dont il ne se souciait guère… c’était lui, et lui seul, qui décidait quand il en avait envie ou quand il n’en avait pas… ce qui n’allait pas m’empêcher, pendant toute la durée le l’épreuve de techno, de me faire des films dont le scénario prévoyait qu’il m’approche à la sortie du lycée pour m’intimer de le suivre chez lui… maintenant

    Pas difficile d’imaginer ma déception lorsque le soir je le vois une fois de plus déposer sa copie de physique/chimie une demi heure avant l’heure et partir en passant à coté de moi, en frôlant mon bras au passage avec le bas de son t-shirt moulant les muscles fermes de ses reins, en violant mes narines avec son parfum, sans un regard… oui, je suis déçu, dépité… j’ai tellement mal au plus profond de moi, je me sens tellement frustré que je me dis que là, après avoir passé la journée à me laisser brûler les yeux par sa tenue sexy, c’en est vraiment trop… j’ai trop envie de lui…

    Je prends ma copie, pas tout à fait terminée, et je l’amène au bureau des surveillants. Je sors de la classe avec un pas à l’apparence calme. Je passe la porte, faisant bien attention à ne pas faire de bruit en la refermant derrière moi. C’est dans le couloir que mon allure change du tout au tout… j’ai l’impression de jouer au chat et à la souris, de détaler en soulevant la poussière, d’être dans un dessin animé de Tom et Jerry… j’accélère le pas jusqu’à pratiquement courir… il n’est déjà plus dans le couloir, il doit être déjà dans la rue… je cours mais je stoppe net quand je le vois sortir des chiottes du rez-de-chaussée et se diriger rapidement vers la sortie… (là encore j’entends le bruitage caractéristique des images de Hanna & Barbera)…

    Il ne m’a pas vu… je ne peux pas le laisser partir comme ça… peut-être qu’on ne couchera plus jamais ensemble, alors autant tenter le tout pour tout… c’est ainsi que, en prenant sur moi pour vaincre ma timidité maladive, en plus de l’effet de dingue qui me fait ce mec, du vertige qu’il m’inspire depuis que j’étais son soumis et qu’il était mon dominant, je lui cours quasiment après ; lorsque j’arrive à l’approcher, il faut encore que je trouve la force de m’adresser à lui, la voix étranglée par la honte et la peur de me faire jeter… alors, affichant un sourire maladroit, bégayant à moitié, j’arrive à lui lancer :

    Salut… ça s’est bien passé ?

    Ça s’est passé… - me lance-t-il froidement sans s’arrêter de marcher, sans me regarder.

    Je… je… je … - je suis essoufflé d’avoir presque couru pour le rattraper, je suis intimidé par lui et par son attitude distante… j’inspire alors un grand coup pour trouver un reste de courage et je m’aventure dans les dangers de l’inconnu.

    Jérém…

    Quoi… - il ne me regarde toujours pas ; de plus, le ton agacé avec lequel il a lâché ce dernier mot, me laisse deviner que c’est mort. Tant pis… tant qu’à en être arrivé jusqu’à là, autant me rendre ridicule jusqu’au bout.

    Tu veux pas qu’on révise…

    On n’a plus rien à réviser… - il tourne enfin les yeux vers moi, le regard dur et fier du mec qui se sait désiré plus que son dû et qui goûte au plaisir ultime de dire non à une proposition pourtant alléchante, juste pour le plaisir de faire chier… de se sentir désiré plus que de raison… petit con !!!!!!!!!!!!

    T’as pas envie…

    Non…

    Juste une pipe…

    Non !

    T’as pas aimé lundi ?

    Fous moi la paix…

    Et, ce disant, il baisse ses lunettes de soleil noires sur les yeux, il accélère un peu plus son allure et me laisse là, en plan avec mes envies. C’est clair. Clair et blessant. Je ne sais plus quoi dire, quoi faire. Je suis désarçonné. Pourquoi ce mec est aussi imprévisible ? Pourquoi est-il si con ? Refuser de coucher avec moi alors qu’il prend un pied de dingue ? Pourquoi ne puis-je rien lui demander alors que lui il peut tout me demander ?

    C’était bien là mon paradoxe à moi… accepter de me soumettre à son plaisir et ne pas accepter que son plaisir puisse être de pas en prendre avec moi…

    Abasourdi par son refus net et précis, je m’arrête pour reprendre mon souffle, pour laisser s’évaporer l’humiliation cuisante que je viens de vivre… je reste ainsi planté là, devant la façade du lycée, le regardant tourner à gauche, et disparaître dans la rue Gambetta…

    Me retrouver comme un con, avec ma frustration, ma déception, énervé, impuissant… putain de putain de sale petit con à la noix… avoir envie de lui courir après, de le frapper, de le traiter de petit merdeux… faire sortir la rage qui monte en moi quand il se comporte ainsi…

    Au lieu de quoi, je me mets à marcher, tout sagement, en gardant ma colère à l’intérieur, la blessure cuisante de son refus inexplicable si ce n’est que par une arrogance de mâle si mal placée… j’ai besoin de marcher un peu pour évacuer tout ça… pas facile quand on imagine qu’à chaque pas je sens sa présence brûlante entre mes fesses, le souvenir encore bien vif de son passage de deux jours plus tôt…

    J’ai mal dans mon corps, j’ai mal dans mon cœur, je suis déboussolé, je marche d’abord sans direction ; dans un deuxième temps, me retrouvant dans la rue de Metz, je la suis sur une bonne portion, pour tomber tout droit dans un quartier que j’aime beaucoup, celui autour de la Cathédrale de St Etienne.

    C’est l’un des quartiers de Toulouse que je préfère, avec ses terrasses de café ou de restos, souvent animées à longueur de journée quand la belle saison est là; un quartier à la circulation très réduite, avec ces petits bouts de pelouse ombragés où, comme sur une plage, des toulousaines et de toulousains viennent flâner entre midi et deux, ou pour les plus chanceux, à un moment de la journée choisi pour lire un bon livre, pour écouter de la musique, pour partager des confidences avec une(e) ami(e), pour faire une petite sieste sur l’herbe fraîchement tondue, à l’ombre des arbres qui entourent cet espace monumental, marqué par la présence de la Cathédrale, cette construction si atypique, si hétéroclite, si originale pourtant si esthétique, si imposante, magnifique Cathédrale inachevée…

    Oui, j’ai toujours aimé ce quartier car il respire la vie, la douceur de vivre du sud, la dolce vita à la sauce toulousaine… ça marche, ça discute, ça rigole, il y a une fontaine avec de l’eau… on se sent à l’aise, on a envie de se déchausser et de s’allonger sur l’herbe…

    C’est exactement ce que je fais ce jour là pour me détendre, pour respirer un bon coup et évacuer l’amertume qui m’écrase… je trouve un carré de pelouse à l’ombre à coté d’un arbre, je pose mon sac à dos près de moi, je me déchausse jusqu’à que mes pieds nus soient en contact avec la végétation tendre… je m’allonge avec les genoux pliés, la plante des pieds bien en contact avec la nature cultivée en ville…

    Le poids de mon corps confié à la portance du sol, mes énergies sont désormais libérées pour me concentrer à faire le vide dans ma tête… oui, il n’en parait rien, mais il faut toute son énergie pour arriver à penser… à rien ! Je respire profondément une, deux, plusieurs fois, bercé par le piaillement de quelques petits oiseaux cachés quelques part dans les frondes des arbres qui offrent leur ombre gratuite aux passants… mon odorat est ravi par cette odeur d’herbe et de terre, de sève d’arbres… je suis bien, je suis seul mais accompagné par le bruit de fond de l’humanité en mode pré-vacances qui voltige autour de la place…

    Je le sens sur la peau, ce mélange explosif de vent d’autan et de soleil, cette douceur qui instille dans l’esprit des toulousain l’insouciance des beaux jours… c’est l’esprit des vacances, l’envie de profiter… j’ai l’impression que en cette fin d’après-midi du mois de juin, dans la tête des gens autour de moi ça commence à sentir la plage chaude de Narbonne ou les vagues puissantes de Biarritz… ou, plus modestement, les longues soirées d’été s’éternisant autour de l’apéro et devant un barbac qu’on a du mal à allumer car la boisson fraîche et la compagnie des amis nous accaparent plus que la nourriture…

    C’est un parfum de petit bonheur de la vie, et c’est bien cela l’ultime des savoir-vivre, celui de savoir profiter de la vie… c’est beau et c’est exactement ce qui me plait de cette ville, cette incorrigible envie de faire la fête dès que les beaux jours reviennent…

    Je reste allongé dans l’herbe un bon bout de temps, arrivant même à m’assoupir légèrement… je fais un petit somme, mais il est vite interrompu par un événement imprévu… oui, imprévu comme un labrador noir au collier rouge échappé au contrôle de son propriétaire, venant me lécher les oreilles… je reviens à moi en sursaut… mais dès que je réalise ce qui se passe, je trouve la situation drôle… il est beau le chien, tout doux, et la spontanéité, la générosité, la puissance de ses câlins me vont droit au cœur… c’est de ça que j’avais besoin à ce moment là… un bon gros câlin… et tant pis si ça vient d’un labrador… au moins c’est sincère et débordant d’affection…

    Oui, la situation me fait rire… je relève mon buste et je me mets à le caresser, c’est trop bon à caresser un gros bébé modèle labra 40 kg… ça ne dure qu’une poignée de secondes, plus il me bouscule, plus je le caresse, plus je sens un étrange sentiment de calme gagner mon esprit… j’aurai voulu que ça dure plus longtemps, mais une voix de mec bien portante se fait entendre et voilà que le toutou se ressaisit et repart en courant.

    Je lève les yeux et je vois arriver un mec en courant avec une laisse à la main; le labranoir le rejoint quand il est encore à une dizaine de mètres de moi ; le mec s’arrête et le reprend en laisse tout en le grondant… mais peut-t-on vraiment gronder un labrador quand il te regarde avec ses yeux qui semblent déclarer « qu’est ce qu’il y a papa ? j’ai rien fait, moi ! »… il faut bien admettre qu’un labra, ce n’est pas qu’un chien…

    L’instant d’après je vois labra et maître s’approcher de moi. Le premier est beau, très beau. Je regarde le maître… il a quelques années de plus que moi, autour de 25 je dirais, il est brun lui aussi, habillé très simplement, avec un simple t-shirt entre le jaune foncé et le marron clair, un short noir très sobre, des claquettes… cool le mec… son visage est légèrement joufflu, en première analyse je me fais la réflexion que c’est pas le genre de mec que je remarquerai du premier abord… le visage compte beaucoup pour moi… je le scanne un peu plus et je m’aperçois qu’il est assez grand, ses jambes sont finement poilues et plutôt musclées, il doit faire du sport… rugby ? foot ? vélo ? course ? Sous son t-shirt qui n’est pas moulant mais à peu près à sa taille, qui n’est pas non plus tout neuf, qui ne porte pas de marque, je devine une carrure d’épaules assez correcte… il me semble qu’on peut également imaginer un torse agréable à regarder, peut-être moins dessiné que celui de mon beau Jérém mais pourtant convenable…

    Vous allez bien ?

    Il sourit, et de suite ça ajoute du charme à l’ensemble de sa personne.

    Oui, oui, ça va… ne vous inquiétez pas…

    Je suis désolé, je n’aurais pas du le lâcher…

    J’aime les chiens, ne vous inquiétez pas…

    D’habitude il reste avec moi, c’est la première fois que je le vois dételer comme un fou et aller embêter quelqu’un… 

    Je le regarde mieux : quand même… il faut admettre que ce gars a un truc, ses yeux sont très charmants, son visage respire la gentillesse… il a l’air d’un gars très simple… son allure n’a rien à voir avec celles de mon Jérém, chez qui tout est en permanence ciblé pour en mettre plein la gueule… ce mec ne joue pas dans la catégorie « petit con à gifler à la Jérém »… mais qu’importe, le charme est un tout, parfois un détail… le mec a l’air d’un garçon bien dans sa peau, et de ce fait il dégage un charme qui le rend très séduisant… son sourire est lumineux, attachant. Il me donne l’impression d’être un garçon qui aimerait recevoir et donner les câlins… il a un petit coté nounours tout doux… et là encore il marque des points…

    C’est un genre de beauté que je qualifierais d’« apaisant » tout en se révélant tout aussi craquant que celle du petit con à gifler à la Jérémie; certes, le packaging, la carrosserie de ce dernier est telle qu’on achète sans jeter le moindre coup d’œil au contenu : le petit con est craquant, on a envie de baiser avec lui illico ; alors que le charmant se dévoile davantage pour nous plaire, même si c’est inconsciemment ; et on finit par s’installer confortablement dans le contact avec ce genre de mec.

    Il continue sa tirade d’excuses, il est mignon :

    …je l’ai appelé, mais il n’a rien voulu entendre… excusez moi encore…

    Je trouve toujours émouvant de voir un charmant garçon se morfondre en excuses devant moi… ça m’est arrivé quelques fois et à chaque fois ça me fait le même effet… l’idée qu’il me soit quelque part redevable, me fait toujours rêver…

    Je n’étais pas assez malin à l’époque, et jamais je ne le serai davantage dans ma vie, pour tourner ces petits avantages vis-à-vis d’un charmant garçon, que le hasard rend parfois possibles, dans la direction que je voudrais ; mais quand je me retrouve dans cette position, je me prends toujours à rêver pendant un instant que pour s’acquitter de sa dette, de son passif envers moi, il suffirait que le mec me laisse être son passif à lui… le règlement en nature est bien une grande invention du passé dont l’abandon est une connerie monumentale…

    Blagues à part, je l’excuse facilement, d’ailleurs sa courtoisie rendrait impossible toute brimade de ma part ; de plus, pour le gronder, encore faudrait-t-il que le geste de son chien m’ait dérangé…

    Il vous a sali ?

    Ce n’est rien…

    Encore, mes plus plates excuses…

    Ne vous en faites pas…

    Je vous propose un verre pour me faire pardonner, si vous voulez…

    Vous n’êtes pas obligé…

    (Vraiment j’étais très con à l’époque).

    Disons que… ça me ferait… plaisir…

    J’étais un garçon de 18 ans plutôt timide et fermé à certains signes. Mais pas au point de ne pas remarquer la pointe de charmant malaise qui avait fuité sur le mot « plaisir », se traduisant par un sourire aussi beau que timide. Ce mec a un regard qui accroche le mien.  A craquer.

    Va pour le verre…

    Je suis content que vous acceptiez…

    C’est moi… on va où ?

    Je vous propose chez moi, avec le chien ça va être compliqué de s’installer dans un bar…

    Oui, c’est vrai…

    Oui, c’est vrai, j’avais pas calculé ça… le chien… il me propose donc d’aller… chez lui… je ne sais pas si j’ai envie d’aller chez lui… je commence à avoir l’impression assez nette qu’il cherche à me draguer… je suis flatté et un brin inquiet à la fois… je n’ai pas l’habitude de cela… alors je me dis qu’accepter d’aller chez lui, c’est comme faire le premier pas vers son lit. Non pas que je ne le trouve pas à mon goût… bien au contraire…

    En plus, je suis tellement énervé contre Jérém que je trouve tentant et excitant que de me laisser draguer par un autre mec… je suis sur que ça me changerait les idées et que ça calmerait ma colère… ça ferait quoi que j’aie une aventure… alors que pas plus tard que dimanche il en a eue une lui aussi… de plus, il me fait bien craquer ce gars… tout a l’air facile avec lui, s’il est vraiment gay et qu’il veut coucher avec moi, il ne ressemble en rien aux clichés que je me suis fait des homos… il a vraiment l’air d’un mec normal… gentil et simple, et c’est tout ce qui me fallait à ce moment là…

    Moi c’est Stéphane… et j’aimerais bien qu’on commence par se tutoyer…

    Enchanté Stéphane, moi c’est Nico…

    Enchanté Nico… et lui c’est Gabin… profession labranoir.

    Bonjour Gabin…

    Deux répliques et déjà le mec ressemble à un pote. Il a vraiment l’air sympa. Quelqu’un qui a un gros labra noir affectueux ne peut pas être quelqu’un de mauvais.

    Ok, j’irai chez lui. C’est pas dit qu’il veuille coucher. Et puis je ne suis pas obligé de coucher. Enfin, on verra bien…

    Je n’habite pas loin, dans le quartier de la Halle aux Grains…

    Point supplémentaire marqué. C’est assez loin de chez Jérém. On ne risque pas de le croiser. Et ça ne m’éloigne pas vraiment de chez moi. Je suis quand même un peu gêné d’accepter l’invitation d’un garçon à le suivre chez lui, alors que je viens tout juste de le croiser. J’essaie de poser les choses :

    Ok, juste un verre, il faut que je rentre après… j’ai le bac encore demain…

    Ok, on y va… c’est parti… arrête ça… au pied Gabin !

    Le mec sourit et démarre. Je lui enjambe le pas, je marche à coté de lui. Pendant tout le trajet il me questionne sur mon bac, sur mes centres d’intérêt, sur mes sorties. Je le trouve de plus en plus sympa. Du coup je le regarde autrement. Bah, au fait, où est-ce que j’avais vu qu’il était joufflu ?

    Il est des beautés qui ne se révèlent pas entièrement au premier regard : elles ont besoin de l’œuvre d’un sourire, de quelques mots, de ce qu’on appelle le charme en somme, pour déployer toute leur intensité ; oui, il est des beautés qui ont besoin d’un petit laps de temps pour nous apprivoiser ; pour faire que l’œil, enfin captivé, s’habitue et s’attache à ceux qu’on a d’abord pris pour des petits défauts et qui se révèlent au final être des détails charmants qui font qu’on est conquis petit à petit et inexorablement.

    C’est le cas des mecs qui ne sont pas forcement des canons mais dont le charme est redoutable, d’autant plus quand il est exercé sans intention, quand ce charme est une nature, une attitude, une simple façon d’être. Comme il est des très beaux garçons qui gagnent à ne jamais faire entendre leur voix, il est des garçons peu être un brin moins attirants au premier abord mais qui se révèlent attachants dès qu’ils parlent. Ils sont avenants, ils ont un naturel joyeux, ils ont le contact facile, y compris envers les inconnus ; ils osent adresser la parole, s’intéresser à l’autre, parler d’eux, briser la glace, aller vers les gens, les mettre à l’aise et en confiance.

    C’est le cas de Stéphane : il est avenant, il a l’air sympa, ouvert, c’est le genre de mec avec qui on se sent bien de suite parce qu’il est accessible, affable… en plus il a cet accent chantant des toulousains pur jus, cet accent qui sent bon le sud, les briques chaudes des immeubles de Toulouse en plein été, le vent d’autan, le rugby.

    Au bout de quelques minutes à peine, je le trouve beau et charmant, je sens que ça me ferait vraiment du bien de prendre du bon temps avec lui… peut-être que ça va être plus simple avec lui…

    On arrive devant la porte d’un immeuble en briques typiques.

    C’est là…

    Je sens mon cœur battre à tout rompre. J’ai envie de monter, j’ai envie de partir. Je ne connais pas ce gars, et même s’il a l’air sympa, je suis tellement mal à l’aise que ça va se voir, je vais perdre tous mes moyens. Il doit s’en rendre compte car il me lance, tout gentil :

    Il ne faut pas avoir peur, je ne vais pas te manger… je t’offre juste un verre pour m’excuser…

    Je n’ai pas peur…

    Mais si… tu hésites… - dit-t-il avec un petit sourire mignon.

    Un silence gênant s’installe entre nous. On se regarde dans les yeux, on sait tous les deux que si on monte ce ne sera pas que pour prendre un verre… oui, il a raison, j’hésite… et, me connaissant, j’aurais hésité longtemps…

    C’est le labranoir qui se chargera de débloquer la situation. N’en pouvant plus d’attendre à l’approche de l’heure de sa gamelle du soir, le labra s’engouffre dans le battant ouvert de la porte et commence à tirer fermement sur la laisse.

    Tu vois, il te montre ce que tu dois faire…

    Il sourit, il est beau, je lui souris. Il me tend la main, je l’attrape, j’avance d’un pas, je suis dans le hall sombre. Le labra tire sur la laisse, le gars lâche ma main, il a besoin de ses deux bras pour le maîtriser… On traverse le hall, on passe une porte fenêtre qui donne sur un petit jardin intérieur. Stéphane me devance, il tourne vers la droite en direction d’une porte en pvc blanc dont il vient de sortir la clef de sa poche.

    Attends Gabin, tu vas les avoir tes croquettes…

    La porte ouverte, le chien lâché court dans le petit séjour. Je rentre. Je suis chez lui. Il referme la porte derrière lui. Charmant garçon, ce Stéphane.

     


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