• 14.1 Deux potes

     

    Jérémie et Thibault. Deux garçons du même âge, chacun appartenant à une espèce de mec si différente… pourtant si proches, si inséparables… Voilà ce qu'on appelle deux potes. Oui, les meilleurs potes du monde. Et ce, depuis la plus tendre enfance.

    La proximité des domiciles respectifs avait fait que les deux familles se connaissaient depuis un époque déjà oubliée mais pas si lointaine, une époque à laquelle nos jeunes mâles n'étaient que des nourrissons en couches, une époque où nos jeunes étalons n’étaient que des timides poulains. Jérémie et Thibault avaient grandi ensemble dans la région au nord de Toulouse, sévissant quelque part dans la campagne du coté de Grenade sur Garonne. Inséparables, toujours proches dans les bons moments comme dans les galères, toujours ensemble, toujours s'accompagnant et se soutenant l'un l'autre à chaque étape de la vie: l'enfance, l'adolescence et ce début de vie de jeunes hommes qui caractérise leur existence au moment où ce récit se déroule.

    Oui, ces deux là avaient vraiment tout partagé, le meilleur comme le pire: la maternelle, l'école élémentaire, le premier vélo, les premières balades sans les parents; mais aussi, les galères à l'école... les petits mecs de CM2 qui tapent sur les mômes de CP...

    A 6 ans, Jérém est un petit garçon timide, frêle et maigrichon et depuis les premiers jours de la rentrée se fait bousculer par les CM2... c'est Thibault qui prend sa défense, n'hésitant pas à taper sur les grands et à se faire taper par les grands... Une amitié est née.

    Ils avaient huit ans, quand Thibault avait perdu son Filou adoré, un petit chien adorable croisé Beagle... il en était effondré... c'était Jérém qui l'avait aidé à faire le trou au fond du jardin un après midi de pluie et qui l'avait déposé dedans, avant d'expliquer à un petit Thibault en larmes qu’il avait entendu qu'il existait un Paradis pour les gentils toutous et que Filou y était, c'était sur... C'est cette même année que le rugby était rentré dans leur vie. Il en était jamais sorti depuis.

    Ils avaient dix ans quand la mère de Jérém s'était barrée avec un autre mec... elle avait non seulement abandonné son père, mais également lui et son jeune frère... son père avait rapidement ramené une nouvelle nana à la maison, mais ça se passait mal... sa mère n'avait plus donné de nouvelles, elle lui manquait terriblement; de plus, comme il le disait avec son langage enfantin de l'époque, la belle mère était méchante avec lui et avec son frère... Abandonné par sa mère, déçu par un père trop absent, excédé par une belle mère pour qui lui et son frère ne semblaient être que des boulets, son enfance tourna court et le jeune Jérémie dût apprendre très tôt à survivre avec des blessures profondes et avec un manque d'affection abyssal. L'abandon et l'hostilité des femmes avaient ainsi marqué son enfance.

    Conasse: c'était le mot qu'il avait imprimé dans sa conscience le jour que la pétasse de son père avait franchi la porte de la maison avec ses valises, le jour qu'il avait réalisé que sa maman ne reviendrait pas. Conasse: c'est le mot qu'il avait inconsciemment associé au sexe féminin, une association qui aurait longtemps guidé sa conduite envers les nanas et les femmes.

    Il avaient onze ans quand Thibault avait perdu sa grand mère qu'il vénérait par dessus tout. Jérém ne l'avait pas lâché d'une semelle pendant des mois; des après midi collés à la console de jeux ou à rouler comme des dingues à vélo dans la campagne autour de Grenade. C'est beau d'avoir un copain dans les moments durs... c'est beau à tout âge de la vie, mais à fortiori quand on est si jeune...

    Jour après jour, au fil des événements marquants de la vie d'enfant, leur amitié avait grandi jusqu'à devenir irremplaçable dans l'esprit des deux garçons. Et puis l'adolescence était arrivée. Sans crier gare elle était arrivée.

    Ils avaient treize ans l'été quand Jérém était parti en camping avec la famille de Thibault... les deux copains dorment dans la même tente... quelques branlette côte à côte... imaginant que le copain n'a rien remarqué... et puis un soir, une main glisse sur le sexe du copain, c'est agréable la sensation d'une autre main que la sienne sur sa zigounette, autrement que de la toucher soi même... alors on enlève sa main et on laisse faire, ce touche pipi est si délicieux qu'on ne se pose pas de questions; d'ailleurs il fait nuit, et après une petite bière achetée en cachette à la buvette du camping, tout est permis... on sent ce truc monter, ce truc si plaisant dans son bas ventre... ça vient, qu'est ce que c'est bon, on jouit si fort qu'on a du mal à ne pas crier... c'est tellement bon qu'on arrive pas à s'en dormir...

    On reste en silence à coté du copain qui nous a fait ce plaisir... on sent qu'il est en train de se branler à son tour et alors on ne peut pas se priver de lui rendre la pareil... on allonge la main, on rencontre la sienne, elle laisse la place et on continue de branler le sexe de ce pote qui nous a fait ce cadeau en premier... on le sent jouir dans notre main et on est contents de l'entendre gémir de plaisir.

    A treize ans, l'excitation est si forte, la sensation de découvrir son propre corps si prenante que l'on recommence une, deux fois dans la même nuit... le sommeil est entrecoupé d'éjaculations... le matin arrive, le soleil est haut dans le ciel quand on décide enfin à se lever. On ne reparlera plus jamais de ce qui s'est passé cette nuit là et on ne recommencera plus jamais ce même manège. On est un peu gênés au début, on n'ose pas trop se regarder dans les yeux, mais on retournera rapidement à la vie de tous les jours et on reprendra l'amitié là où on l'avait laissée avant cette parenthèse fermée, avant cette folle nuit hors du temps.

    Ooh you make me live/Whatever this world can give to me/It's you you're all I see/Ooo you make me live now honey/Ooo you make me live/Ooh you're the best friend that I ever had/I've been with you such a long time

    You're my sunshine and I want you to know/That my feelings are true/I really love you/Oh you're my best friend

    Et puis il y avait le rugby, de plus en plus le rugby, comme un fil conducteur de leur vie, depuis l'enfance jusqu'à l'âge adulte. Les entraînements deux fois par semaine, l'entraîneur qui gueule et qui engueule, les copains, la déconnade, la muscu, former une équipe, commencer à connaître les coéquipiers, la façon de jouer de chacun, commencer à tenir la route coté jeu, les premiers matchs, partager l'excitation et le stress dans les vestiaires avant le début de la compétition, souffrir ensemble pendant deux fois quarante minutes, mouiller le maillot pour gagner, pour gagner ensemble, compter sur Thibault, compter sur Jérém pour faire avancer le jeu, se comprendre sans un mot, juste « parce que »; la joie et l'excitation de marquer un essai, de désarroi d'en encaisser un, les coups pris, les coups donnés, les bleus, les éraflures, l'euphorie de la victoire, le blues de la défaite. Et la troisième mi temps. Oui, sacrée institution la troisième mi temps : c'est le temps des copains, des blagues, de la camaraderie, de la bonne humeur, c'est une fête de famille, sans la famille... les nanas en prime…

    Quatorze ans, première mobylette, premières sorties, la cigarette, les fêtes de village... le corps qui change, qui se développe, la voix qui mue... les filles qui commencent à s'intéresser et à intéresser. Et cet accident qu'aurait pu tourner au drame... Thibault conduit la mobylette qu'il a eue pour son anniv deux jour auparavant... pas de casque ni pour lui ni pour son pote... à cet âge là on pense encore que rien ne peut nous arriver... Il perd le contrôle, la mobylette finit dans un fossé, évite de justesse un mur en béton, Jérém tombe et se déboîte l'épaule...

    Beaucoup de peur sur le moment, mais moins de peur que de plaisir à raconter encore et encore cette histoire aux potes et à en rire comme des malades... c'est grisant d'en rire à posteriori... histoire ancienne, mais à jamais inscrite dans leur mémoire de copains, les meilleurs copains du monde.

    Quinze ans, nouvelles galères à l'école... quinze ans, l'école est franchement la dernière des priorités... loin derrière les conneries entre copains, le rugby et les nanas... viennent alors les rattrapages en septembre. Pour Thibault c'est repêchage, pour Jérém recalage... Les deux potes ne seront plus jamais sur les mêmes bancs d'école.

    Qu'a cela ne tienne, on peut dire que les deux sales mômes avaient fait les 400 coups ensemble... et ça forcement ça rapproche.... Crever un pneu de la voiture du prof de chimie qui ne pouvait pas encadrer Thibault; couvrir Jérém de ses infidélités envers sa copine du moment... consoler Thibault largué par la copine de ses 16 ans, l'entraîner dans les boites de nuit; goûter à l'alcool, aux pétards, à la bagarre entre mecs pour asseoir leur statut de jeunes mâles. Et puis les nanas, le sexe, le permis, encore des nanas, encore plus de sexe, la bagnole…

    C'est fascinant l'amitié qui réunit deux garçons, ce sentiment si fort et si intime, fondé sur une multitude d'épisodes, comme les quelques uns ci rapportés. A ce moment de l'histoire je ne connais hélas quasiment rien de ces instants marquants, de ces moments de vie qui me seront dévoilés plus tard, pendant de longues soirées et les nuits que j'aurai le plaisir de passer à coté de Jérémie, racontés avec émotion entre deux moments d'amour puissants et torrides. Moi qui serai à ce moment là, non seulement son amant, mais également son meilleur confident.

     


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