• 0307 Si la vie était un long fleuve tranquille…

     

    Printemps 2002


    Après ce deuxième passage à l’hôtel à Poitiers et le très agréable plan avec Jonas, les contacts avec Jérém s’espacent à nouveau. Les coups de fils deviennent de plus en plus rares. Je prends sur moi, j’essaie de respecter son besoin de tranquillité. J’essaie jusqu’à ce que le manque me pousse à l’appeler. Alors je lance son numéro, en espérant ne pas mal tomber, ne pas le déranger, qu’il puisse me répondre. Et qu’il ait envie de me répondre.
    La plupart du temps, je n’arrive pas à le joindre du premier coup. Et lorsque j’arrive enfin à l’avoir au téléphone, je le sens de plus en plus préoccupé, de plus en plus distant.
    « On se voit quand, Jérém ? je le questionne un soir, à la mi-mai, en profitant du fait qu’il ait décroché, et alors que notre dernière rencontre à l’hôtel date déjà de trois semaines.
    —    Je n’en sais rien.
    —    Tu me manques tellement !
    —    Toi aussi.
    —    Alors, laisse-moi venir te voir !
    —    Ecoute , Nico, c’est trop compliqué en ce moment. Laisse tomber, on se verra cet été.
    —    Cet été ? ».
    Je sais ce qui le tracasse, mais je n’ose plus lui en parler. A chaque fois que j’essaie, il élude le sujet.
    Et pourtant, j’ai besoin de savoir, j’ai envie de guetter le moindre signe d’amélioration dans le sort de son équipe et, par conséquent, dans notre relation.
    Moi qui n’ai jamais eu le moindre penchant pour le sport, je me surprends à acheter désormais le journal sportif pour connaître la progression du Racing. Hélas, semaine après semaine, je constate que ça ne s’arrange pas. D’ailleurs, dans les articles il est de plus en plus question de relégation et de renouvellement de l’équipe.
    Le 2 mai est une date importante à mes yeux. C’est le premier anniversaire de notre toute première révision dans l’appart de la rue de la Colombette. Ce jour-là, Jérém me manque tout particulièrement. Je voudrais qu’il s’en souvienne, je voudrais pouvoir fêter ça avec lui. Un petit resto, ou même une simple pizza, une nuit à faire l’amour, des câlins. Je voudrais qu’on se souvienne ensemble, qu’on évoque cet instant où Jérém et Nico sont devenus Jérém&Nico. Jérém n’a pas dû penser à cet anniversaire, il ne doit même pas savoir que cette date est Cette Date.
    Ce jour-là, j’essaie tout, sms, coup de fil entre midi et deux, coup de fil le soir, mais je n’arrive pas à l’avoir. Je passe la journée, la soirée et une partie de la nuit à me demander ce qu’il est en train de faire et à me passer les souvenirs de toute une année.
    La première fois où je suis rentré dans l’appart de la rue de la Colombette, sa demande de le sucer, les frissons que j’ai ressentis en découvrant sa virilité, son plaisir de mec, ses attitudes de jeune mâle. La première fois où il est venu en moi. Le jour où, en l’espace d’une heure à peine, j’ai pris conscience de ma sexualité, de mes désirs, de mes fantasmes. Grâce à Jérém.
    La première fois où il m’a demandé de dormir chez lui après un retour de boîte de nuit.
    La semaine magique où il est venu chez moi chaque après-midi.
    Son premier baiser sous la halle de Campan.
    L’amour dans la petite maison dans la montagne.
    Les soirées avec les cavaliers.
    Le jour où il m’a pris dans ses bras sur la butte devant la cascade de Gavarnie.
    La première fois où il m’a fait la surprise de venir me voir à Bordeaux.
    La première fois où je suis monté à Paris.
    Nos retrouvailles à Noël.
    La première fois où il m’a dit « je t’aime » au passage vers la nouvelle année.
    Sa nouvelle visite surprise à Bordeaux, après l’annonce de mon test HIV négatif.
    Les deux nuits que nous avons passées à l’hôtel à Poitiers.
    J’essaie de me concentrer sur les souvenirs heureux. D’ailleurs, ce ne sont qu’eux qui viennent à moi. La mémoire est sélective. Mais les souvenirs heureux sont à double tranchant. D’une part ils permettent de retrouver et, d’une certaine façon, de revivre le bonheur passé. Mais en même temps, ils font prendre conscience de la situation présente : en l’occurrence, un Jérém aux abonnés absents.
    Oui, je sais ce qui le tracasse, et pourtant je ne peux m’empêcher de me demander si sa distance actuelle ne vient que de ses soucis au rugby. Je me demande si son inquiétude au sujet de mon amitié avec Thibault n’y est pas pour quelque chose aussi. Je ne veux pas qu’il se fasse des idées, qu’il croit que je le vois dans son dos, qu’il se passe quelque chose entre nous. Je voudrais le rassurer, mais je n’ose pas aborder le sujet.
    En fait, il y a tellement de sujets tabous entre Jérém et moi que je ne sais plus vraiment de quoi lui parler. D’ailleurs, les semaines se succèdent et je n’ose même plus lui demander si on pourra se revoir bientôt.

    Tu t’appelles Jérémie Tommasi et depuis la dernière fois à l’hôtel, Nico te manque énormément. Mais plutôt que de lui demander de venir te voir, tu préfères te faire sucer par de parfaits inconnus. Car c’est plus facile de te faire vider les couilles par un « coup d’un soir » plutôt que de faire l’amour avec le gars que tu aimes. Tu n’as pas envie de soutenir son regard, et encore moins être confronté à ses questionnements.

    « Je ne comprends pas pourquoi Jérém fait ça, je lance à Albert un soir, alors que je suis invité à l’apéro.
    —    Et il fait quoi ?
    —    Il fait chier ! Après nos retrouvailles à Noel, j’ai essayé de lui faire promettre de ne plus me garder à distance lorsqu’il aurait des soucis. Visiblement, ça n’a pas marché. Je ne comprends plus rien. Je lui dis qu’il me manque, il me dit que je lui manque aussi. Mais quand je lui demande de nous voir, il me dit d’attendre cet été.
    —    Ce garçon, tu l’aimes, n’est-ce pas ?
    —    Oui, plus que tout au monde.
    —    Aimer vraiment, sincèrement, c’est apprendre à connaître l’autre. Et tout ce qu’on découvre n’est pas parfait. Le véritable amour, c’est reconnaître l'imperfection. Accepter la personne avec tous ses défauts. Je dirais que la meilleure façon d’aimer quelqu’un, ce n’est pas d’essayer de le changer, mais plutôt de l’aider à révéler la meilleure facette de lui-même . »

    Les mots de sagesse d’Albert m’apaisent. Mais Jérém me manque de plus en plus. Je lui envoie un message de temps à autre pour lui dire que je pense à lui, que j’ai envie de le prendre dans mes bras et de faire l’amour avec lui.
    J’essaie de m’occuper à autre chose, je plonge dans mes révisions pour les partiels du mois de juin. Je lis énormément. La bibliothèque devient ma deuxième maison, les livres des amis précieux car de bonne compagnie. Je me balade en ville. Je me laisse traîner le vendredi soir dans les soirées étudiantes. Raphaël est un fêtard aguerri, mais aussi un très bon pote. Ça me fait plaisir que mon coming out n’ait rien changé entre nous.
    Dans les soirées étudiantes, il y a souvent de beaux spécimens à mater. Je ne cherche pas l’aventure, mais certains garçons sont ni plus ni moins que des tentations sur pattes. Des provocations effrontées. On ne met pas un gosse à côté du pot de Nutella. On ne met pas un jeune gay de 19 ans dans une soirée remplie de jeunes garçons en fleur. J’essaie de contrôler mes regards, mais je ne peux pas. Je m’abreuve de mille nuances de sexytude masculine. On entend souvent que « ce n’est pas parce qu’on est rassasié qu’on n’a pas droit de regarder le menu ». Le fait est que je ne suis pas vraiment sexuellement et sensuellement rassasié. Malgré mes branlettes quotidiennes, j’ai la dalle. Le contact avec le corps de Jérém me manque, le plaisir me manque, son odeur me manque.

    Le mois de mai touche à sa fin, et ça fait désormais cinq semaines que je n’ai pas pu serrer mon beau brun dans mes bras. Alors, lorsqu’un vendredi soir, tard dans la soirée étudiante, mon regard croise le regard insistant et charmeur d’un gars un brin éméché, lorsque je me sens désiré, je ressens d’intenses frissons. Le gars n’est pas mal, assez « normal ». Et cette normalité, ainsi que son « accessibilité immédiate », sont des composantes non négligeables de son charme.
    Joris vient se présenter, me parler et me proposer un verre. Nous discutons pendant un bon moment, il est sympa. Il joue carte sur table, il me dit que le seul intérêt de cette soirée est l’importante densité de beaux garçons présents. Evidemment, je partage son point de vue. Joris me fait me sentir bien, en confiance. Alors, lorsqu’il me propose de le suivre aux chiottes, je ne sais pas lui dire non. C’est ainsi que je me retrouve à genoux à côté d’une cuvette en train de pomper un bel étudiant connu quelques minutes auparavant, pendant qu’il fume un bout de pétard. La position, lui debout, moi à genoux, le lieu, le pétard. Tout cela me fait penser à certaines pipes que j’ai pu faire à mon Jérém à des moments où notre relation n’était qu’une suite de baises bien excitantes .
    Le gars est chouette, il me prévient avant de venir. Son jus atterrit par terre, mais aussi sur mon t-shirt. Avant de remonter son pantalon, il a éteint son pétard et il me demande :
    « Tu veux jouir ?
    Et il me pompe à son tour jusqu’à me faire venir. Ce qui, vu mon étant d’excitation, ne prend pas beaucoup de temps.
    « Merci, c’était très sympa, il me lance, avant de quitter la cabine.
    Inutile d’essayer de le retenir, je sais que je ne le reverrai pas. Et c’est mieux ainsi. Je ne veux pas d’histoire, je ne veux pas m’attacher. Mon excitation est retombée et je culpabilise déjà.
    J’attends quelques instants avant de quitter la cabine à mon tour, des instants pendant lesquels je repense à d’autres pipes, avec mon Jérém, dans d’autres chiottes, celles du lycée, celles de la Bodega, ainsi que la cabine des vestiaires à la piscine Nakache. Je réalise que je viens de coucher avec un autre gars pour la première fois depuis que Jérém m’a dit « je t’aime ». Ca fait déjà six mois qu’il m’a dit « je t’aime », et il ne l’a pas vraiment redit depuis.
    Je me sens mal. Mais j’avais trop envie. Sucer est-il vraiment tromper ? Je n’ai pas pris de grand risque. Et c’était bon. Je sors de la cabine, je me lave les mains, je me rafraîchis le visage. Je repars dans la salle et je sens une douce fatigue monter en moi, dans mon ventre cette délicieuse chaleur qui suit un bel orgasme. J’ai envie de dormir. J’ai envie de pleurer.

    Début juin, le championnat de rugby se termine. L’équipe de Jérém échappe de peu à la relégation en Fédérale. J’arrive à avoir mon bobrun au téléphone, je le sens pourtant déçu et fuyant. Je lui demande comment ça va se passer pour lui, s’il a été renouvelé ou pas. Il me dit qu’il n’est toujours pas fixé et que tout ce qui compte pour l’instant c’est de se concentrer sur les partiels à venir.
    Évidemment, ce n’est toujours pas le bon moment pour envisager des retrouvailles.
    Mes partiels se passent bien, et le 14 juin je suis en vacances. Jérém me dit que les siens se sont bien passés aussi. Mais quelque chose dans le ton de sa voix me fait sentir qu’il n’est pas vraiment dans son assiette. Il se défile en prétextant une bricole à faire chez un voisin, il me raccroche presque au nez. Je voudrais lui poser mille questions, je voudrais savoir ce qu’il fait maintenant à Paris, alors que pour l’instant il n’a plus d’entraînements ni de révisions. Mais je ne le questionne pas, je ne lui demande rien. Je sens qu’il n’a pas envie d’être questionné. Ça fait presque deux mois que je ne l’ai pas vu. C’est vendredi soir, et l’idée d’un nouveau week-end loin de lui m’est insupportable. Alors, sans plus attendre, je mets quelques affaires dans mon sac de voyage.
    Le lendemain, samedi, je file à la gare de Saint Jean et je prends un billet de train pour Paris.

    Samedi 15 juin 2002, 17 heures.

    Après avoir été percuté par la haute densité de bogossitude de la capitale, je me retrouve devant l’immeuble aux Buttes Chaumont. Dans quelques instants, je vais retrouver Jérém. Je cherche son nom sur les étiquettes à côté des boutons de l’interphone, mais je ne le vois pas. Bizarre. Ce n’est pas grave, je me souviens de sa position. Je sonne. Une fois, deux fois, trois fois. Ca ne répond pas. J’essaie de l’appeler avec le portable, il ne décroche pas non plus.
    Un gars sort de l’immeuble, je profite de l’ouverture de la porte d’entrée pour me faufiler dans le hall d’entrée. Je monte jusqu’à son étage, j’avance jusqu’à la porte de son appart, et je sonne. Une fois, deux fois, trois fois, ça ne répond toujours pas. La sonnerie retentit dans le vide, elle fait un sacré boucan dans le couloir.
    C’est lorsque je sonne pour la quatrième fois que la porte s’ouvre. Mais pas celle de Jérém, celle du voisin d’en face.
    « C’est fini avec ce raffut ? me lance un homme d’une soixantaine d’années, l’air et le ton agacés.
    —    Désolé de vous importuner… je cherche Mr Tommasi…
    —    Tu peux arrêter de sonner, l’appart est vide !
    —    Quoi ?
    —    Il est parti il y a 15 jours.
    —    Mais je l’ai eu au téléphone hier et il m’a dit qu’il devait aider le voisin d’en face à faire une bricole… c’est vous le voisin d’en face, non ?
    —    Oui, c’est moi. Oui, il m’a aidé à repeindre l’appart, mais c’était le mois dernier. Il était bien sympa ce gosse, très serviable. Dommage qu’ils ne l’aient pas gardé dans l’équipe…
    —    Ils l’ont viré ?
    —    Oui, juste après le dernier match. Viré de l’équipe et de l’appart. Il était très déçu, il m’a fait de la peine.
    —    Et vous savez où il est parti ?
    —    Je ne sais pas, il m’a dit qu’il avait une solution pour quelques jours en attendant de se retourner.
    —    Merci monsieur.
    —    De rien. Si tu arrives à le joindre, envoie-lui le bonjour de ma part ! ».

    Je suis abasourdi par ce que je viens d’apprendre. Je reprends l’ascenseur, je quitte l’immeuble. Dès que je suis dans la rue, je rappelle Jérém, et je tombe encore sur son répondeur. Très inquiet, je lui laisse un message :
    « Jérém, rappelle-moi. Je suis venu à Paris pour te voir mais tu n’es pas à ton appart. J’ai vu ton voisin et il m’a dit que tu n’habitais plus là. Tu es où p’tit Loup, tu es où ? ».

    Les minutes passent et je suis de plus en plus inquiet. Je ne sais pas quoi faire, où aller. Je marche sans but, j’essaie de réfléchir. Au bout d’une demi-heure, je me souviens qu’il y a bien une personne qui pourrait m’aider. Elle est à mille bornes de là, mais elle est la plus à même de savoir et de me dire ce qui se passe. Je m’assois sur un banc, et je compose son numéro.
    « Salut, Nico, tu vas bien ? m’accueille chaleureusement Charlène.
    —    Oui… enfin, pas trop… Je suis monté sur Paris pour voir Jérém, mais je ne le trouve pas. J’essaie de l’appeler mais il ne me répond pas. Apparemment il a été viré de l’équipe et de son appart. Tu es au courant ?
    —    Oui, mon chou, je suis au courant. Je l’ai eu au téléphone il y a un peu plus d’une semaine.
    —    Et il t’a dit ce qu’il comptait faire ? Où il comptait aller ?
    —    Il m’a dit qu’il avait trouvé un job alimentaire et qu’il créchait chez un pote.
    —    Sur Paris ?
    —    Oui, il n’a pas envie de retourner à Toulouse pour l’instant. Je crois qu’il n’a encore dit à personne que ça s’est mal passé. Il a du  mal à encaisser cet échec. Il m’a même dit de ne rien dire aux autres pour l’instant.
    —    Il ne t’a pas laissé plus d’indications ?
    —    Non, je suis désolée.
    —    Je ne sais pas comment le retrouver. Je me retrouve là comme un con… attends… j’ai un double appel… putain, c’est lui… je raccroche, Charlène, je te tiens au courant.
    —    Ok, bon courage Ni…
    —    Allo ?
    —    C’est moi ».
    Sa voix me fait vibrer. Mon inquiétude se mélange à la joie, mon cœur s’emballe.
    « Tu es où ?
    —    Qu’est-ce que tu fous à Paris ?
    —    Figure-toi que j’avais envie de te voir !
    —    Je t’ai dit que je n’avais pas le temps !
    —    Tu n’as jamais le temps !
    —    T’aurais dû rester chez toi !
    —    Merci pour l’accueil ! T’es où ?
    —    Au boulot.
    —    Et tu fais quoi ?
    —    Comme à Toulouse. Serveur dans une brasserie.
    —    Où ça ?
    —    Près de la Madeleine.
    —    J’arrive.
    —    Ne viens pas, je suis occupé.
    —    Tu finis à quelle heure ?
    —    Tard.
    —    Je t’attends.
    —    Tu me gonfles !
    —    Toi aussi ! ».

    Il me faut insister lourdement pour qu’il me donne l’adresse de la brasserie. Je rappelle Charlène comme promis, puis je prends le métro pour rejoindre le gars que j’aime.
    En tenue de serveur, chemise blanche d’où dépasse le tatouage qui remonte jusqu’à son oreille, gilet soulignant le V de son torse, pantalon noir et chaussures de ville, mon Jérém est beau comme un Dieu.
    Je m’installe en terrasse et j’attends qu’il regarde dans ma direction pour lui faire un signe. Le bobrun vient me voir direct. Son regard est noir, tendu.
    « Salut. Comment ça va ? je lui lance.
    —    Tu veux boire un truc ?
    —    Moi aussi je vais bien, merci !
    —    Nico, j’ai pas le temps !
    —    Oui, je prends un mojito.
    —    Tu bois maintenant ?
    —    Oui, et c’est de ta faute !
    —    Quoi ?
    —    Il faut bien que je digère tout ce que je viens d’apprendre !
    —    Couillon, va !
    —    On peut se voir après la fin de ton service, non ?
    —    Je vais finir super tard.
    —    Pas de problème. J’ai tout mon temps. De toute façon, je ne vais pas repartir ce soir. Au fait, tu dors où ?
    —    Chez Ulysse ».
    Soudain, mon sang se met à bouillir. Je ressens une sensation de chute dans le vide, j’ai les mains et le dos moites. Une ancienne jalousie oubliée refait surface et me frappe avec la violence d’une trahison.
    « Ulysse ? je fais, interloqué.
    —    Oui, il m’héberge le temps que trouve le moyen de payer un loyer.
    —    Je vais chercher une chambre d’hôtel. Tu me rejoindras, hein ?
    —    Ouais, ouais, ouais ! il fait sur un ton agacé.
    —    Je cherche et je t’appelle pour te dire où.
    —    Allez, j’ai du taf ! » se dédouane le beau serveur, alors qu’un client vient de lui faire signe d’approcher.

    Une minute plus tard, Jérém m’apporte mon mojito et il le pose devant moi sans un mot, avant de repartir à toute vitesse vers une autre table. Je bois lentement la délicieuse boisson, tout en repensant à d’autres mojitos, pris en compagnie de ma cousine, et en me disant qu’elle me manque. Je le sirote tout en regardant mon bobrun voltiger entre les tables, en repensant à son premier taf comme serveur, dans la brasserie à Esquirol, et à cette semaine magique que j’ai connue l’été précèdent. J’ai la nostalgie de cette période où tout semblait si beau et naturel entre nous. Bien sûr, cette embellie nous avait amenés à notre première rupture. Mais je donnerais cher pour retrouver notre complicité de ces moments-là.
    Je termine mon verre et je me mets en chasse. A une époque où l’internet et le GPS de poche n’existent pas, un samedi soir, dans une grande ville que je ne connais pas vraiment, ce n’est pas une mince affaire que de trouver une chambre à un prix abordable. Un plan de la ville à la main, ce n’est qu’au bout de deux heures de pérégrinations dans les rues parisiennes, d’interpellations de vendeurs de journaux, de barmans et autres gérants de commerces que j’arrive à trouver un hôtel avec des tarifs en phase avec mon budget. La chambre est petite, elle pue la cigarette, tout est vieillot, du carrelage au plafond, et la fenêtre donne sur un puits de lumière par ailleurs plutôt sombre. Mais qu’importe, puisque cette nuit je serai avec Jérém, je le prendrai dans mes bras et je pourrai tenter de lui remonter le moral.
    J’ai trop envie de passer la nuit avec lui, mais j’ai aussi peur de ce qu’il peut se passer. Je l’ai senti préoccupé, distant, froid. J’ai la sensation d’avoir à nouveau perdu le contact avec le gars que j’aime. J’ai peur qu’Ourson n’arrive pas à retrouver p’tit Loup. J’ai peur de le perdre à nouveau.

    L’hôtel n’a pas de restaurant. Il est presque 21 heures, je crève la dalle. Je sors, je tombe sur une pizzeria et je commande une quatre saisons. Je l’avale en quelques bouchées.
    Quand je pense que Jérém dort chez Ulysse, je ne me sens pas tranquille. Je ne peux m’empêcher de me dire qu’il pourrait craquer pour ce gars comme il a craqué avec Thibault. Je me dis que la proximité et la promiscuité d’un appart peuvent créer l’occasion, et que la libido inassouvie peut mettre à profit cette occasion .
    Les moments de crainte alternent avec des moments où je me dis que je suis con, que je n’ai pas à m’en faire, que Jérém ne me trompera pas avec Ulysse. Car, même s’il l’envisageait, il ne pourrait pas, parce qu’Ulysse n’est pas gay. Mais est-ce qu’on peut rester de marbre face à un gars comme Jérém s’il manifeste de l’intérêt ?
    Après avoir réglé ma note, il me reste encore de longues heures avant de retrouver mon beau brun. Je me mets à marcher, sans but précis. Mais mon but devient très vite celui de revenir à la brasserie et d’attendre la fin de son service.
    Lorsqu’il capte ma présence, il me regarde de travers. Ce n’est qu’au bout de longues minutes qu’il vient me voir.
    « T’as trouvé ?
    —    Oui, mais ce n’est pas à côté.
    —    Ok. Tu bois quoi ?
    —    Un jus de pêche, s’il te plaît ».
    Un bon livre de Werber que j’ai laissé traîner dans ma poche est mon allié précieux pour affronter la longue attente, alors que la fatigue s’empare de moi et que l’envie de sommeil manque de me happer à plusieurs reprises.
    Il est 1 heure 30 passé lorsque les derniers clients se lèvent enfin. J’entends Jérém et son collègue expliquer aux derniers fêtards que l’établissement va bientôt fermer. Lorsque la dernière table se libère, je me lève à mon tour. Jérém vient me voir et m’annonce qu’il en a encore pour une demi-heure de ménage. Je tombe de sommeil, mais je tiens bon.
    « Je t’attends à l’abribus là-bas ».
    Je me pose sur le banc. Je m’appuie contre la paroi vitrée et je m’assoupis à moitié. C’est Jérém qui vient de me secouer de ma torpeur.
    « Eh, tu vas pas t’endormir ici !
    —    Désolé, je tombe de fatigue.
    —    Viens, on y va.
    —    J’ai tellement pas envie de marcher… je lance, alors que je me sens engourdi et que ma seule envie est de dormir.
    —    On va y aller en bagnole. Il faut que je bouge cette putain de voiture avant demain matin si je ne veux pas la retrouver à la fourrière ! ».

    Nous marchons de longues minutes avant de retrouver sa voiture. Jérém fume un joint et demeure silencieux. Mon engourdissement a en partie quitté mes membres mais pas mon cerveau. Je n’ai pas la force de le questionner sur quoi que ce soit, alors que des dizaines d’interrogations taraudent mon esprit.
    « Fait chier ! Encore un PV ! s’énerve Jérém en arrachant un petit papier de dessous son essuie-glace. Je crois que je vais la vendre, comme ça je vais arrêter le crédit, l’assurance, et les PV ! il rage, tout en démarrant la voiture.
    —    Tu veux vraiment tirer un trait sur le rugby ?
    —    Laisse-moi tranquille, tu veux ?
    —    Allez, parle-moi, Jérém !
    —    Mais qu’est-ce que tu veux savoir ? Tu sais deja tout ! Je me suis fait virer parce que je ne suis pas assez bon. Alors oui, le rugby c’est fini pour moi. Et maintenant je passe à autre chose. Je bosse comme serveur, et c’est tout. Ça ne paie pas des masses, mais parfois les clients donnent des pourboires. Il suffit de sourire et de leur lécher les bottes ! »
    Jérém s’arrête à un feu rouge et il s’allume une cigarette.
    « Je crois que tu te trompes, Jérém. Tu es très bon, c’est juste que tu n’as pas trouvé la bonne équipe.
    —    Non, c’est toi qui te trompes. Tu ne sais même pas de quoi tu parles !
    —    Mais pourquoi tu n’essaies pas de voir avec une autre équipe ?
    —    On ne rentre pas dans une bonne équipe comme chez McDo, avec un cv bidouillé et une lettre de motivation bidon ! Les sélectionneurs ont des piles de CV de joueurs. Pour rentrer dans une bonne équipe, il faut se faire remarquer. Et moi, cette saison, personne ne m’a remarqué ! Enfin, si, je me suis fait remarquer pour mes conneries. Alors, si c’est pour retourner en rugby amateur, ça ne m’intéresse pas. C’est assez humiliant comme ça, tu crois pas ?
    —    Je peux essayer. Mais je trouve que c’est un immense gâchis.
    —    C’est la vie, c’est comme ça.
    —    Et tes partiels ?
    —    J’en ai foiré la moitié, je n’ai même pas pu valider l’année. La fac aussi c’est fini pour moi. Cette année, j’ai tout raté !
    —    C’est dommage que tu laisses tomber les études !
    —    Je suis nul en rugby et archinul dans les études ! De toute façon, je n’ai plus les moyens de faire des études.
    —    Mais pourquoi tu ne demandes pas de l’aide de ton père ?
    —    Plutôt crever ! Je ne lui ai même pas dit que je me suis fait virer de l’équipe. Si je lui dis que je me suis fait virer et que je compte poursuivre mes études avec son argent, il va me mettre plus bas que terre. Et je n’ai vraiment pas besoin de ça, surtout pas maintenant. Je ne veux rien de lui. Je veux m’en sortir seul.
    —    Et Maxime est au courant ?
    —    Oui, mais il m’a promis de ne rien dire. »

    Tu t’appelles Jérémie Tommasi et ton rêve parisien s’est brisé un matin de juin lorsque ton entraîneur t’a annoncé froidement qu’il n’y avait plus de contrat pour toi pour la saison à venir. Tu le sentais venir, et pourtant t’as eu l’impression que le ciel te tombait sur la tête. Tu t’es tellement investi pour atteindre le niveau. Alors, le fait de voir tous tes efforts anéantis, ça t’a démoli.
    Tu es arrivé dans la capitale quelques mois plus tôt plein d’espoirs et de volonté de réussir. Tu as donné tout ce que tu avais dans le ventre, mais ça n’a pas suffi. Tu t’es confronté à un jeu qui n’était pas celui auquel tu étais habitué, à un entraîneur avec qui le courant ne passait pas, à des co-équipiers qui ne t’ont pas vraiment accueilli les bras ouverts. Peu à peu, ton élan a été ralenti. Tu as été confronté à une pression à laquelle tu ne t’attendais pas. La pression pour tes résultats sportifs, mais aussi la pression silencieuse de ton entourage t’enjoignant d’être comme les autres gars. Et de ne pas être comme tu es. Surtout pas ça.
    Tu as eu comme l’impression d’être comme lesté d’un poids qui t’empêchait d’exprimer tout ton potentiel. Il s’agissait d’un poids mental, un poids très lourd à porter. Ce poids est celui de ta peur d’être démasqué. La peur que ton secret s’ébruite. Tu as dû consacrer de l’énergie à faire attention à tes regards, à faire semblant d’être comme les autres gars de l’équipe., A faire semblant d’être celui que tu n’es pas. Et faire semblant, ça pompe énormément d’énergie. Et cette énergie tu n’as pas pu la mettre dans le jeu .
    Tu sais que cette dernière bagarre avec ce connard de Léo a été vraiment la fin de ton aventure dans le rugby. Et tu t’en veux de ne pas avoir su garder ton sang-froid. Ce minable a réussi ce qu’il avait entrepris dès ton arrivée dans l’équipe. Il a réussi à miner ton moral, à te faire sortir de tes gonds. Il était très fort pour mettre le doigt là où ça faisait mal. Il n’a jamais cessé d’insinuer que tu n’étais pas celui que tu prétendais être. T’avais beau te taper des nanas, tu sentais que les rumeurs à ton sujet ne cessaient jamais. Léo s’est employé à bien les entretenir. Cela t’a valu une certaine défiance de la plupart de tes coéquipiers et du coach. A part Ulysse, personne ne t’a vraiment offert de l’amitié, ou du moins de la complicité masculine. Tu ne t’es jamais senti intégré dans l’équipe, tu t’es toujours senti comme une pièce rapportée.
    Oui, Léo a réussi à t’isoler, à te déstabiliser. Et à te faire virer. Il a réussi à garder sa place d’ailier, même s’il est vraiment moins bon que toi. Il t’a poussé à bout, tu l’as cogné. Et qu’importe si tes coups il les a cherchés, et même bien mérités. Le fait est qu’il a été assez habile pour se poser en victime aux yeux du coach. Il t’a volé ton avenir sportif et t’a fait passer pour un sale bagarreur. Il a réussi à te faire perdre confiance en toi.
    Alors, tu as peur que toute cette pression, cette défiance, cette peur d’être démasqué recommencent ailleurs, dans n’importe quelle équipe. Et tu n’as pas envie de ça, vraiment pas.

    « Et tu veux rester à Paris ? je le questionne
    —    Je ne sais pas. Mais je ne reviendrai pas sur Toulouse pour l’instant.
    —    Pourquoi tu ne m’as pas dit tout ça avant ?
    —    Parce que c’est assez dur et humiliant comme ça, sans avoir à supporter ce regard.
    —    Quel regard ?
    —    Celui que tu as maintenant, le regard de pitié.
    —    Non, il n’y a pas de pitié dans mon regard. Il y a juste l’envie d’être là pour toi.
    —    Je fais pitié. Je suis un raté.
    —    Tu ne fais pas pitié et tu n’es pas un raté ! J’essaie de comprendre, et…
    —    Laisse-moi tranquille Nico ! Profite de ton été, amuse-toi.
    —    Mais moi je veux être avec toi !
    —    Moi je vais bosser tout l’été, je n’aurai pas de temps pour toi. J’ai des soucis d’argent, et il faut que j’arrange ça.
    —    J’ai un peu d’argent de côté, je peux t’aider…
    —    Non, je veux m’en sortir seul.
    —    Tu as parlé à Thibault de tout ça ?
    —    Tu le feras pour moi, il lâche, amer.
    —    Tu veux dire quoi par-là ?
    —    Maintenant, c’est toi qui es pote avec Thib, plus moi. Et apparemment vous vous entendez plutôt bien !
    —    Tu insinues quoi ?
    —    Rien ! Je n’insinue rien du tout ! » il aboie, tout en montant en pression.
    J’avais bien senti la dernière fois que Jérém avait un problème avec mon amitié pour Thibault. Visiblement, malgré mes tentatives de le rassurer, il n’a pas l’air de bien vivre le fait que je garde contact avec son ancien meilleur pote et qu’on se voie sans lui. Est-il simplement jaloux de mon amitié pour Thibault ou est-il jaloux d’autre chose qu’il s’imagine ?
    « Écoute, Jérém, je t’ai dit qu’il ne se passe rien avec Thibault, ok ?
    —    Je suis obligé de te faire confiance !
    —    Oui, c’est ça. Et jusqu’à preuve du contraire, c’est pas moi qui ai craqué avec lui !
    —    T’as bien kiffé te faire baiser par lui cette nuit-là, chez moi ! »
    J’ai l’impression qu’il cherche la bagarre, que c’est son amertume mélangée à la fumette qui parle. Je devrais désamorcer, mais ses mots sont trop blessants, je ne peux plus contrôler mes mots.
    « Moi aussi je suis obligé de te faire confiance en sachant que tu crèches chez Ulysse !
    —    Tu penses que je baise avec Ulysse ?
    —    Je n’en sais rien, je dis juste que je suis obligé de te faire confiance.
    —    Peut-être que tu ne devrais pas !
    —    Pourquoi, tu baises avec ?
    —    Peut-être ! »
    Je sens que cette escalade est gratuite, au fond de moi je sais que Jérém cherche juste à me provoquer, et que c’est la fumette qui le met dans cet état. Mais il a réussi à me pousser à bout.
    « Tu n’es qu’un connard !
    —    Va te faire foutr… »

    C’est là que l’imprévisible se produit. Un scooter déboule à toute vitesse de la gauche en grillant une priorité. Lorsque Jérém le voit, lorsqu’il appuie comme un malade sur la pédale de frein, c’est déjà trop tard. La collision est inévitable. La roue du scooter se plante dans l’aile de la voiture de Jérém qui vient de s’immobiliser. Le conducteur est éjecté de son siège, le choc fait trembler tout l’habitacle, et je le ressens jusque dans mon ventre. Sa tête casquée vient percuter le pare-brise, qui se déforme, se fragmente en mille éclats mais ne se brise pas. Le bruit sourd du coup me glace le sang dans les veines, tout comme le cri désespéré de Jérém :

    « NON !!! ».

    Une fraction de seconde plus tard, je vois le corps atterrir sur le goudron, de l’autre côté de la voiture.
    Je suis sidéré. Jérém est sous le choc, il a clairement perdu pied.
    « Je ne l’ai pas vu, je ne l’ai pas vu ! » il répète en boucle.

    Tu t’appelles Jérémie Tommasi et soudain tu repenses à ce qui t’es arrivé quelques jours plus tôt. Depuis que tu as été rejeté par le monde du rugby professionnel, tu bois et tu fumes trop. Une nuit tu te fais arrêter par la Police en état d’ivresse manifeste, en marge d’une bagarre. Tu n’arrives pas à te calmer, tu insultes les agents qui essaient de te maîtriser. On te menotte, on t’amène au poste. Tu passes la nuit en cellule de dégrisement. Tu décuves, tu ne dors pas beaucoup. Et ça te laisse le temps de réfléchir. Tu te dis que tu dois te tenir à carreau, car tu ne veux plus jamais avoir affaire à ce genre de contrainte, à cette angoisse de privation de la liberté.

    Je regarde par la vitre et je vois le conducteur bouger, se mettre assis et se tenir le genou. Il n’a pas perdu connaissance, et cela est une chance immense. Il nous tourne le dos. Je sors de la voiture comme un fou, ma première pensée est celle d’éviter le suraccident. Par chance, il n’y a pas de voitures en vue. Je regarde Jérém, il est vraiment tétanisé.
    En une fraction de seconde, le tableau se dessine dans ma tête. Le type est vivant, ce qui est capital. L’accident s’est produit parce qu’il a grillé une priorité. Mais Jérém a bu et fumé du shit. Et son attention a certainement dû être détournée par le fait que nous étions en train de nous disputer. Soudain, je pense à quelque chose. Mais il faut faire vite, très vite.
    « Sors de la voiture Jérém ! »
    —    Quoi ? il fait, abasourdi, le regard paniqué. Nico, je suis dans une merde noire !
    —    Sors de la voiture, sors vite ! Et surtout ne dis plus rien, rien du tout ! »
    Jérém obéit machinalement. Et moi je vais voir le motard.
    « Bonjour. Vous allez bien ?
    —    J’étais bien mieux avant !
    —    Vous avez mal ?
    —    J’ai mal, j’ai mal, oui.
    —    Au genou ?
    —    Oui !!!!
    —    Et pas ailleurs ?
    —    L’épaule.
    —    Et la tête ?
    —    Non… »
    Soudain, je me souviens du cours de secourisme que j’avais suivi au lycée.
    « La vue, ça va, tu vois clair ou brouillé ? »
    —    Oui, ça va.
    —    Comment tu t’appelles ?
    —    Ouissem.
    —    Et tu sais quel jour on est, Ouissem ?
    —    Samedi ???
    —    Oui, on est bien samedi.
    —    Et quel mois et année ?
    —    Euh… juin… 2002…
    —    C’est ça !
    —    Aide-moi à enlever le casque…
    —    Attends un peu… laisse-moi appeler les urgences avant et voir ce qu’ils disent. »
    Je sors mon téléphone de la poche et je compose le numéro des urgences.
    Je me sens étrangement lucide, je suis étonné d’arriver à garder le contrôle, alors que Jérém est hors de lui. Les mots sortent tout seul, je mets mon plan à exécution avec un aplomb dont je me serais cru incapable.
    « Je m’appelle Nicolas Sabathé et je viens d’avoir un accident avec ma voiture. Un scooter a surgi de la gauche et il s’est encastré dans ma voiture… oui, le conducteur du scooter est conscient… le nom de la rue… je ne le connais pas… »
    Ouissem me donne lui-même le nom de la rue, ce qui est plutôt rassurant.
    « Mais qu’est-ce que tu leur as raconté ? me lance discrètement Jérém dès que j’ai raccroché.
    —    Viens, je lui lance, tout en le prenant par le bras pour l’éloigner de Ouissem.
    —    C’est moi qui ai eu l’accident, pas toi ! il me crie tout bas.
    —    On s’en fiche, du moment que personne d’autre ne le sait à part toi et moi.
    —    Nico, j’aurais pu le tuer !
    —    Tais-toi, putain, Jérém ! Il n’est pas mort, il est juste blessé. Toi t’as bu et t’as fumé. Si on dit que c’était toi qui conduisais, tu vas vraiment être dans la merde. Moi je suis clean, le mojito remonte à longtemps…
    —    Mais c’est ma voiture !
    —    On s’en fout ! J’ai mon permis, et tu as le droit de me la prêter !
    —    Tu peux pas faire ça !
    —    Si je peux, et je vais le faire. Je ne vais pas te laisser dans la merde, Jérém, c’est hors de question ! Il faut juste que tu me promettes de maintenir cette version quand la police te posera des questions. »
    Son regard terrorisé me touche et me rend tellement triste.
    « De toute façon, désormais j’ai dit que c’était moi. Si tu dis autre chose, c’est moi qui suis dans la merde ! Alors, t’as intérêt à pas déconner ! ».

    Le prochain épisode :

    "0308 C'est là que l'imprévisible se produit"

    Dans peu de temps.

    Fabien

     

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  • Commentaires

    1
    Fefe
    Dimanche 19 Septembre à 11:04
    Juste pour te dire que c'était un super épisode, je ne commenté pas beaucoup mais je lis toujours avec beaucoup d’intérêt.
    2
    Colinette
    Dimanche 19 Septembre à 19:46

    J'attendais cet épisode avec impatience, et franchement, je ne suis pas déçue. Tous ces rebondissements auxquels je ne m'attendais pas du tout. Ce gentil Nico toujours prêt à tout supporter et tout encaisser pour son Jerem... Merci. Hâte de connaitre la suite !!!!

    3
    Yann
    Lundi 20 Septembre à 08:34

    Cet épisode est vraiment chargé de beaucoup d'émotions.  

    Communiquer, se livrer, échanger dans l'intimité, c'est le rêve de Nico. Hélas, Jérém a bien du mal quand il se retrouve en situation difficile comme celle-ci. 

    J&N ne forment pas encore un couple au sens de tout partager. De ce point de vue, leur relation est encore fragile. Leur complicité en amour est totale, mais l'intimité créée par la sexualité a pris toute la place au point qu'ils n'ont pas appris à se parler ni à se confier en profondeur quand ils rencontrent des difficultés.  

    C'est surtout vrai pour Jérém qui n'a pas l'habitude d'exprimer ses sentiments. Tout comme quand il a découvert qu'il aimait les garçons, il vit son renvoi de l'équipe comme une humiliation. Sa peur de décevoir ses proches, surtout Nico, le fait se replier sur lui-même et faire le vide autour de lui. Cette "fermeture émotionnelle" est pour lui une sorte d'auto-défense.  

    Ce sont souvent les personnes les plus sensibles qui adoptent ce mécanisme d’auto-défense et ferment leur cœur, se barricadent derrière la distance et la froideur pour ne pas laisser les autres rentrer dans leur monde afin de ne pas exposer leurs sentiments qu'ils pensent être une vulnérabilité. Faut-il y voir une explication avec la blessure laissée par l'abandon de sa mère qu'il aimait le plus au monde ? Jérém l'a ressenti comme s'il n’était pas digne d’amour. Depuis l'enfance, il a toujours fait le choix de se débrouiller seul, il ne compte que sur lui-même, refusant le soutien des autres même de ceux qui l'aiment. Ne pas laisser sortir sa souffrance, ne pas l'exprimer, la cacher aux autres, c'est sa façon à lui de fermer son cœur pour cesser de ressentir les choses.

    Je regrette que Maxime et Charlène, qui étaient dans la confidence, n'aient pas songés à se rapprocher de Nico.

    Merci Fabien, moi aussi j'ai hâte de lire la suite.

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