• 0220 Saudade.

     

    Après l’amour, je me suis endormi assez rapidement. Je crois que j’ai passé une bonne partie de la nuit dans les bras de mon bobrun. Dans ses bras, mon sommeil était plus apaisé.

    Lorsque j’émerge, le radio-réveil indique 6h52. Je n’ai dormi que 4 heures. Jérém n’est déjà plus au lit.

    Peu à peu, le souvenir de son départ imminent remonte à mon esprit. Mais, très vite, ce sont les souvenirs des images horribles de la veille qui accaparent ma conscience.

    Et avec eux, les questionnements sur l’avenir. Pourquoi se lever ce matin ? Pourquoi se quitter, alors que plus rien n’a de sens ? Pourquoi ne pas tout envoyer valser et rester ensemble, tant qu’on est vivants ? Comment et pourquoi reprendre la vie après ça ? A quoi bon ?

    Et pourtant, la vie a déjà repris autour de moi.

    Un beau feu crépite dans la cheminée. La cafetière chauffe sur la plaque en fonte. Le café est en train de monter avec ce bruit si particulier, accompagné de cet arôme intense qui remplit la pièce, et qui sent le bonheur du réveil aux côtés du gars que j’aime. Un nouveau jour va bientôt se lever.

    Je n’ai pas besoin de chercher Jérém comme la veille. Je reconnais le doux bruit de l’eau de la douche, le délicieux parfum de son gel-douche qui vient titiller mes narines. Puis, c’est le parfum de son déo qui vient exciter mon odorat.

    Quelques instants plus tard, le bogoss déboule de la salle de bain avec un brushing au gel encore humide, la barbe bien taillée, aux contours nets et réguliers, le torse enveloppé par un t-shirt blanc soulignant le relief de ses pecs, la carrure de ses épaules, la puissance de ses biceps, la couleur mate de sa peau, la couleur sombre de ses tatouages. Il traverse la petite pièce bien à l’aise dans son beau boxer orange moulant divinement ses cuisses et ses fesses musclées.

    Tout peut s’effondrer autour de nous, il y a un truc qui ne change pas. C’est la beauté surnaturelle de mon bobrun. Ah, putain, qu’est-ce qu’il est sexy !

    Mais il y a autre chose qui, apparemment, n’a pas changé : c’est son envie de me faire des câlins.

    Me voyant réveillé, il vient dare-dare me faire un bisou.

    « T’as bien dormi ? » il me demande.

    « Dans tes bras, je dors toujours bien ».

    Le bogoss amorce un petit sourire aussi beau que le plus beau des levers de soleil.

    « Et toi, t’as bien dormi ? ».

    « Pas beaucoup ».

    « Ca va aller pour la route ? ».

    « Oui, je vais faire des pauses ».

    « Tu sais où tu vas dormir ce soir ? ».

    « On m’a donné l’adresse d’un hôtel » fait le bobrun, tout en commençant à ramasser ses fringues et en les fourrant en vrac dans son grand sac de sport.

    Je le regarde faire et j’ai envie de pleurer. Le moment de nous séparer approche à grand pas. Les « gestes de l’adieu » s’accomplissent devant mes yeux et j’ai l’impression que je vais crever. Une partie de moi tente toujours de lutter contre l’inéluctable, elle cherche toujours le moyen de ne pas être séparée du gars que j’aime plus que tout au monde. Non, je n’arrive pas encore à accepter le fait que dans une heure ou deux je ne pourrai plus le voir, lui parler, le toucher, le câliner, faire l’amour avec lui.

    Comment arriver à accepter, et même à concevoir, l’idée de me séparer de lui, alors que le seul endroit au monde où je me sens vraiment bien, et où je me sens désormais en sécurité, c'est dans le creux de ses bras ?

    Je n’ai pas envie de me lever, j’ai l’impression que si je reste au lit, je peux arrêter le temps. J’ai besoin d’arrêter le temps. Mais mon bobrun ne semble pas partager ce besoin. Pour lui, tout a l’air de se dérouler normalement, selon « les plans » :

    « Tu passes à la douche, Nico ? ».

    « Ouais… » je fais, avec tristesse.

    « Vas-y, alors, après je vais faire un peu de ménage ».

    Je prends une profonde inspiration, et je prends surtout bien sur moi pour quitter les draps. Je me lève d’un bond, je me dirige vers la salle de bain comme un robot, sans regarder en arrière, me faisant violence à chaque pas pour ne pas faire demi-tour.

    J’ouvre l’eau de la douche, je laisse couler. Je lance un regard dans la petite pièce, j’essaie de m’imprégner de chaque détail de cette petite maison du bonheur que je vais quitter d’ici peu. Je fixe mon regard sur chaque objet me parlant de lui. Sa serviette humide accrochée au mur, son t-shirt gris de la veille juste à côté, son boxer abandonné au sol, le gel pour cheveux, le rasoir, le déo posés en vrac sur le rebord du lavabo. J’essaie de m’imprégner de cette « scène du quotidien » partagé avec mon bobrun, j’essaie de graver dans ma mémoire les moments de bonheur que j’ai eu la chance de vivre pendant ces quelques jours. Est-ce que je vais en connaître de semblables à Paris ?

    Je me fais une nouvelle fois violence pour passer sous la douche. Le bruit de l’eau couvre celui de mes sanglots. Après la douche, ma serviette se charge d’éponger tout autant mon corps que mes larmes incessantes. Avant de regagner le petit séjour, j’essaie de me maîtriser. Je ne veux pas gâcher ces derniers moments ensemble avec ma tristesse.

    Lorsque je le rejoins, Jérém est en train de dévorer une épaisse tartine pleine de confiture tout en buvant de bonnes gorgées de café fumant. Oui, définitivement, la vie a repris en ce 12 septembre 2001.

    « Dis-donc, t’avais faim ! ».

    « Grave ! Pas toi ? » il me lance, sur un ton presque insouciant.

    « Si… ».

    Oui, moi aussi j’ai faim. Car la veille nous n’avons pas dîné.

    Alors, je mange, beaucoup, malgré la boule au ventre qui grossit de minute en minute. Je sais que je suis en train de vivre notre dernier réveil, notre dernier petit déjeuner ensemble. Je cherche désespérément le moyen d’en profiter un max, de ne pas me laisser gâcher ce moment par ma tristesse. Je cherche, sans trouver. Jérém ne parle pas, moi non plus.

    Je réalise qu’à l’approche d’une séparation, les derniers instants ensemble sont les plus durs et ils sont de plus en plus durs au fur et à mesure que le moment de se quitter approche.

    Les voir glisser sur le silence est tellement frustrant, tellement dur à vivre, tellement cruel qu’une partie de moi commence à souhaiter que ça se termine le plus vite possible.

    Je sais que je regretterai ce souhait dès l’instant où je serai séparé de mon Jérém. Mais là, j’ai juste envie d’être seul et de pleurer son départ.

    Après le petit déjeuner, le bogoss s’attaque au ménage. Je l’aide à ranger, balayer, nettoyer. La pièce étant petite, à plusieurs reprises nous nous encombrons l’un l’autre. Nos épaules se frôlent, nos mains s’effleurent, nos regards se croisent, nos lèvres se cherchent. Je ne suis pas un grand fan du ménage, mais j’adore ce moment, car c’est l’un des derniers que nous partagerons tous les deux avant longtemps. Ce ménage me met presque de bonne humeur. Mais lorsqu’il se termine, je sens une nouvelle tristesse m’envahir.

    Après un tour dans la salle de bain pour ramasser ses affaires, Jérém passe un beau jeans délavé et déchiré par endroits. Sexy à mort. Et là, il a ce geste inouï de soulever son t-shirt blanc, de le coincer au milieu de ses abdos pour être plus à l’aise pour boutonner sa braguette.

    Définitivement, mon Jérém est un véritable petit Dieu, un petit Dieu d’une beauté et d’une sexytude aveuglantes. Et ce t-shirt blanc si bien porté, couplé avec ce jeans, il n’y a pas tenue plus sexy à mes yeux. Définitivement, dès qu’il va descendre de sa voiture à Paris, les nanas et les mecs vont lui sauter dessus.

    Je le regarde boucler les boutons de sa braguette et je sens une envie violente s’emparer de moi. Une envie rendue carrément obsédante par une voix au fond de moi qui me dit que c’est peut-être la dernière fois que je pourrai profiter de ce petit Dieu. La dernière avant longtemps. Ou la dernière tout court.

    Non, non, non, je ne peux pas le laisser partir comme ça, sans lui faire une dernière pipe, sans lui offrir un dernier intense orgasme en guise de souvenir de moi, sans goûter une dernière fois à son jus divin.

    Je m’approche de lui presque d’un bond, juste à temps pour lui empêcher de fermer le dernier bouton.

    Je glisse deux doigts derrière la braguette, je caresse doucement sa queue au repos.

    « On n’a pas le temps ».

    « T’es tellement, tellement, tellement sexy avec ton t-shirt blanc moulant… tu me rends dingue… ».

    Sans prêter attention à ses mots, je laisse mes doigts défaire le deuxième bouton, puis descendre un peu plus le long du coton élastique, effleurer la bête encore endormie.

    « Nico… » fait Jérém, sans pour autant rien entreprendre pour m’en empêcher.

    « On a bien cinq minutes » je lui chuchote, alors que mes doigts ont trouvé son gland et commencent à le caresser à travers le tissu fin. Et alors que la bête tapie sous le coton fin commence à donner des signes de réveil imminent.

    Et là, pour toute réponse, je l’entends pousser une bonne expiration.

    « On a cinq minutes, alors ? » je m’enhardis.

    « Tu sais que je ne sais pas résister ».

    « Je sais ».

    L’idée de lui faire une pipe dans cette tenue me donne le tournis.

    Un instant plus tard, le bogoss a trouvé un bout de mur auquel appuyer ses épaules. Et moi, je suis à genoux devant sa braguette entrouverte, devant son boxer orange, devant son t-shirt blanc moulant tous ses muscles.

    Je défais à nouveau les boutons du bas, j’ouvre grand sa braguette. Je fais glisser le jeans sur ses cuisses, je pose mon nez et mes lèvres sur le tissu orange. Je suis immédiatement frappé par le bonheur olfactif dont il est imprégné, un délicieux mélange de petites odeurs de lessive, de queue fraîchement douchée, de mâlitude. Je suis assommé par la douceur du tissu, par la chaleur radioactive de sa virilité. Mes lèvres et mon nez ne peuvent s’empêcher de faire des petits mouvements pour capter un peu plus de ce bonheur olfactif et tactile qui les enivre.

    Et le bonheur suprême c’est de sentir sa queue palpiter, gonfler rapidement, prendre de l'ampleur et déformer le tissu élastique. C’est la sentir impatiente de s’échapper, de se déployer dans toute sa splendeur, dans toute sa puissance, belle, raide, fière, conquérante, n'attendant que d’être avalée.

    Et lorsque sa main se pose sur ma nuque pour presser un peu plus mon visage contre sa belle bosse de mec, je crois que je vais disjoncter. En une fraction de seconde, je me revois à genoux devant lui le jour de notre première « révision » pour le bac. Lui, avec son t-shirt blanc moulant et avec un simple jeans, la braguette ouverte, les deux pans de tissu ballants avec les bouts de sa ceinture de mec, prêt à se faire sucer. Comme ce matin. Je me rappelle de sa main sur ma tête, comme ce matin.

    Sa tenue est la même, ma position aussi. La position de sa main aussi. Mais l’intention de cette dernière est bien différente que celle d’autrefois.

    En ce jour de printemps déjà lointain, son but était de rapprocher un peu plus mon visage de sa virilité, de m’expliquer sans détours qui était le mâle. Alors que ce matin, si le geste n’a rien perdu de son côté excitant, son but semble être avant tout de caresser, d’apaiser.

    C’est la première fois que ça m’arrive d’être à la fois excité et ému. Je ressens à la fois une violente envie de le pomper jusqu’à le faire jouir, et une immense tristesse qui me donne envie de pleurer, pleurer, pleurer.

    Je tente de me ressaisir, d’aller au bout de cet « adieu sexuel » que j’ai voulu. Je glisse mes doigts entre l’élastique du boxer et sa peau, j’amorce le mouvement pour faire descendre ce dernier rempart dissimulant la vue de sa virilité déformant le coton doux.

    Mais ma tristesse a raison de mon excitation. Et malgré mes efforts pour la retenir, cette dernière s’envole, me laissant face à face avec la première.

    Je n’aurai jamais cru un jour éclater en sanglots devant la queue raide de mon bobrun. Je me sens con, je n’aurais pas dû lui proposer ça. Je lui ai un brin forcé la main pour lui faire une dernière gâterie et maintenant qu’il bande dur, je ne vais pas pouvoir arriver au bout de mes intentions. Quel gâchis ! Et quel numéro de guignol ! J’ai l’impression de me ridiculiser comme jamais à ses yeux. J’ai l’impression que je suis en train de gâcher nos adieux. Je ne sais pas comment je vais pouvoir le regarder dans les yeux après ça.

    Je m’enfonce à vitesse grand V dans ces réflexions destructrices lorsque je sens ses mains glisser sous mes aisselles, m’invitant à me remettre debout. Le bobrun me prend dans ses bras, me serre contre son torse chaud, il caresse ma nuque avec une douceur adorable.

    « Je… suis… dé… solé… » je marmonne entre deux sanglots.

    « Ca va aller, ça va aller ».

    « Je voulais te faire plaisir une dernière fois ».

    « C’est pas grave, on remettra ça plus tard » il me chuchote, avec une vibration de mâle dans sa voix qui a le pouvoir de m’apaiser.

    Le bobrun me câline longuement. Ses caresses et ses bisous ont une délicatesse, une pudeur, une douceur dans lesquelles je ressens la mélancolie qui est la sienne, une mélancolie qui ressemble à la mienne, même si elle se manifeste de façon moins explicite.

    Le contact avec son corps, l’étreinte de ses bras, ses caresses, ses bisous, son empreinte olfactive, la chaleur de sa peau : sa présence a le pouvoir de m’apaiser. Je voudrais que cette étreinte ne se termine jamais.

    Mais l’heure tourne hélas. Et à un moment j’entends le bobrun lâcher :

    « Il va falloir y aller ».

    Un instant plus tard, après un dernier bisou, notre étreinte se relâche.

    Je le regarde reboutonner sa braguette, non sans mal, vu la proéminence toujours remarquable de sa bosse. Je le regarde boucler sa ceinture. Ses gestes sont rapides, assurés, ils ont quelque chose de très viril. Je le regarde passer ses baskets rouges, passer une main dans ses cheveux pour les arranger.

    Sa façon de porter le t-shirt moulant est juste scandaleuse.

    Et alors que je m’attends à voir disparaître le coton blanc aveuglant sous un pull à capuche, je vois Jérém fouiller dans son sac de sport et passer le maillot de rugby que je lui ai offert. Cela me touche. Mais pas autant que son clin d’œil complice qui semble signifier : « comme je te l’ai dit une nuit sur l’oreiller, ce maillot représente quelque chose d’important à mes yeux. C’est un cadeau précieux parce que c’est toi qui me l’as offert ».

    Un instant plus tard, le bogoss complète sa tenue avec le pull capuche rouge avec des inscriptions blanches qu’il m’avait prêté la veille pour monter à Gavarnie. Le bas du t-shirt blanc dépasse du pull, couvrant une partie de sa braguette.

    Il est tellement sexy que ça me fait regretter encore plus de ne pas avoir réussi à le faire jouir une dernière fois dans ma bouche. J’ai presque envie de lui proposer à nouveau. Mais les minutes se succèdent impitoyablement, et je sais qu’il n’a pas la tête à ça ce matin. Car sa tête est déjà en voyage pour Paris.

    Je m’habille à mon tour. Je ramasse mes affaires en silence, tout en regardant le bobrun boucler son sac de sport. Je le regarde emballer sa vie pour pouvoir la transporter ailleurs, loin. Le geste de faire ses bagages prend alors toute une symbolique à mes yeux, la symbolique du départ, du changement, comme s’il apprêtait à devenir quelqu’un d’autre, ailleurs. Loin de moi. J’ai l’impression que je ne pourrai jamais suivre le changement qui va s’opérer dans sa vie et que je serai vite déphasé. Que je ne reconnaîtrai pas mon Jérém lorsque je le reverrai.

    L’idée de la séparation imminente me rend triste comme les pierres, m’envahit jusqu’à me couper le souffle, jusqu’à me donner mal au ventre, jusqu’à me rendre fou.

    Jérém vient de fermer son sac de sport dans un grand bruit de zip. Je le regarde se diriger vers la cheminée, jeter de l’eau sur les braises pour éteindre le feu. La flamme disparaît d’un coup, dans un grand nuage de fumée blanche.

    C’est fini, petite maison à la montagne. Nous allons te quitter. Quitter le bonheur immense que tu nous as offert pendant une poignée de jours magiques. Est-ce que je reverrai un jour cette cheminée allumée ? Est-ce que je retrouverai un jour ce bonheur ?

    Quelques instants plus tard, nous sommes dehors, sous le petit appentis. Nous nous faisons face. C’est toujours violent de croiser son regard brun, et ça l’est encore plus lorsque je réalise qu’il retient la même émotion que la mienne.

    « T’as rien oublié ? » il me demande, la gorge visiblement nouée.

    « Non, je ne crois pas… je ne sais pas… » je bafouille, complètement perdu et dépassé par les événements.

    Si, j’ai oublié un truc : une partie de mon cœur. Car elle est restée coincée dans cette maison à la montagne, dans ces montagnes, dans son lit, dans ses bras, et je sais que je ne pourrai jamais la récupérer.

    J’ai envie de pleurer, j’ai envie de crever. Nous nous échangeons des bisous enfiévrés.

    « C’est ici qu’on se quitte ? » je lui demande.

    « Je… je vais passer dire au revoir à Charlène et aux chevaux. Tu viens avec moi ? ».

    Ce petit sursis est à la fois le bienvenu, mais également une prolongation annoncée de ces instants d’adieu de plus en plus pénibles. Et pourtant, j’accepte sans hésitation.

    Jérém monte dans sa voiture, je monte dans la mienne. Je claque la porte et je suis une nouvelle fois en larmes. Je regarde une dernière fois la petite maison laissant échapper un filet de fumée mourant de sa cheminée et je me sens mourir à l’intérieur.

    Je regarde la 205 rouge démarrer, quitter la petite cour, s’engager sur la route, je la suis. J’ai la gorge nouée, la tête proche de l’explosion.

    Lorsque nous arrivons au petit centre équestre, Charlène est en train de petit déjeuner.

    « Je n’arrive pas à décoller ce matin » elle nous confie, alors que la télé repasse en boucle les images des attentats de la veille.

    Après avoir pris un café en sa compagnie, nous descendons au pré pour dire un vrai revoir aux chevaux, chose que nous n’avions pas eu la tête ni le cœur de faire la veille.

    Tzigane et Tequila sont postés devant le fil, ils nous attendent de pied ferme. Bille aussi. Le petit cheval en forme de boule semble très en forme ce matin, il nous accueille en se roulant sur le dos tout en poussant de courts hennissements. Il a l’air heureux. Cette attitude est sa façon à lui de nous faire partager son bonheur.

    Comme je t’envie, petit cheval, comme je vous envie, Tzigane et Téquila, vous qui ne savez pas que votre maître va partir et que vous ne le reverrez pas avant longtemps ! Si vous saviez comme je vous envie de ne pas pouvoir pleurer !

    Je regarde mon Jérém faire des papouilles à ses trois équidés. C’est touchant, émouvant.

    Lorsque nous remontons au centre équestre, Charlène est en train de s’éloigner en tracteur, une botte de foin piquée sur la fourche frontale.

    « Elle va revenir dans quelques minutes » fait Jérém, tout en s’allumant une clope.

    Mais un instant plus tard, après avoir tiré deux taffes à peine, il la jette par terre, l’écrase sous son pied.

    « Viens-là » il me lance, tout en m’entraînant dans la sellerie et en refermant et en verrouillant la porte derrière nous. Dans son regard, une étincelle lubrique qui me met instantanément en fibrillation.

    Dans le petit espace, le bogoss me prend dans ses bras et me couvre de bisous.

    Un instant plus tard, il se laisse glisser à genoux devant moi, il défait ma braguette, descend mon boxer et commence à me sucer. Chaque va-et-vient de ses lèvres, chaque caresse de sa langue m’apporte un frisson inouï qui me fait vibrer de la tête aux pieds. Le plaisir a le pouvoir d’éloigner ma tristesse.

    Dans un premier temps, le bobrun s’y prend avec douceur et c’est terriblement bon. Mais très vite, ses va-et-vient se font plus rapides. Et je sens mon orgasme venir à grand pas.

    Mais avant que cela se produise, j’ai besoin de l’avoir moi aussi en bouche une dernière fois. Après ce qui s’est passé tout à l’heure, j’avais renoncé à l’idée de lui faire une dernière pipe. Mais désormais, après cette gâterie impromptue, mon excitation a rejailli. J’ai horriblement envie de lui, de lui donner du plaisir, de le faire jouir une dernière fois. Je ne veux pas rester sur l’« échec » de tout à l’heure. Non, je ne peux pas ne pas le sucer, ne pas le faire jouir, ne pas retrouver son goût de petit mâle sexy une dernière fois.

    Alors je passe mes mains sous ses aisselles, l’invitant à se remettre debout. Le bogoss ne se fait pas prier. Un instant plus tard, il me fait face, m’embrasse. Il défait la zip de son pull. Le maillot se dévoile, avec le bas du t-shirt blanc qui dépasse toujours sur sa braguette.

    A genoux devant lui, je contemple sa bosse bien rebondie, devinant précisément la position de sa queue tendue. J’ai envie de hurler tellement je suis happé par sa virilité dissimulée.

    Mais le bogoss me réserve une surprise. Apparemment, il a bien retenu mes mots de tout à heure. Et il veut me faire plaisir. Il tombe le pull à capuche, ainsi que le maillot, dévoilant le t-shirt blanc dans toute sa splendeur.

    Pendant longtemps, on a cru que dans ce spectacle barbare qu’on appelle corrida, c’était la couleur rouge de la muleta qui excitait les taureaux, victimes de la bêtise humaine. C’était faux, mais on l’a cru.

    En revanche, ce qui n’est pas faux du tout, c’est que la couleur blanche d’un t-shirt moulant un beau torse de mec, et à fortiori celui de Jérém, excite le Nico au plus haut point. Elle lui fait perdre toute raison. Elle embrase instantanément et violemment son désir, son instinct animal, car elle démultiplie à ses yeux la sexytude masculine.

    Je regarde mon bobrun en train de défaire sa braguette, tous pecs dehors. Devant ce t-shirt blanc si magnifiquement porté, je capitule.

    Et à l’instant précis où sa virilité jaillit de son boxer, à l’instant où j’enveloppe sa queue avec mes lèvres, où je l’entends pousser ce premier soupir de bonheur et de satisfaction, j’ai l’impression que tant de bonheur sensuel va avoir raison de moi, et que mon cœur va s’arrêter. La chaleur, la raideur, le gabarit, les va-et-vient de sa queue entre mes lèvres envahissent ma bouche et me font me sentir bien. Tout comme ses doigts enfoncés dans mes cheveux. Car ils me font me sentir non seulement désiré, mais aussi et surtout aimé.

    Je le pompe lentement, tout en appréciant à sa juste valeur cette occasion de lui offrir du plaisir, de le faire jouir, qui sera la dernière avant longtemps. Je pourrais le sucer pendant des heures, des jours entiers, si seulement je pouvais le retenir, ou plutôt retenir le temps. J’ai envie de retarder le plus possible son orgasme, faire monter son désir et son excitation à des sommets inouïs, insupportables, avant de le voir capituler face à une jouissance délirante, et qui le marquerait pour longtemps.

    Hélas, le temps nous est compté. Mais il n’y a pas que ça. La situation atypique nous expose à des risques.

    D’ailleurs, un bruit de voiture nous signale l’arrivée potentielle d’un cavalier venu monter son cheval. Et qui, tôt ou tard, va essayer de pénétrer dans la sellerie.

    Je continue à pomper mon bobrun en redoublant d’entrain pour accélérer son orgasme.

    Je ne m’y suis pas trompé. En effet, nous ne tardons pas à entendre les voix bien connues de JP, de Carine et de Satine. Elles approchent rapidement de là où nous sommes.

    « On va chercher les selles d’abord » j’entends annoncer par JP.

    Soudain, je retrouve le souvenirs de pipes faites dans les chiottes du lycée, ou à la Bodega, ou au KL, ou dans l’entrée de l’immeuble rue de la Colombette, ou dans la 205 garée dans la rue au petit matin, des moments rendus encore plus excitants par le danger de se faire gauler

    JP vient de saisir la poignée de la porte et de tirer dessus. Soudain, j’arrête de sucer le bobrun. La porte claque contre son cadre dans un bruit assourdissant. Mais son intention rencontre la résistance du verrou.

    « C’est fermé ? » j’entends Carine le questionner.

    « On dirait bien. Charlène a du oublier d’ouvrir ce matin ».

    « Je ne l’ai pas vue en arrivant. J’espère qu’elle n’est pas partie faire ses courses ».

    « Non, elle doit être en train de s’occuper des chevaux au pré avec Jérémie et Nico. Les voitures immatriculées 31 sont les leurs » fait JP, l’homme de bon sens « en attendant, on peut aller chercher les chevaux ».

    Les deux femmes semblent se ranger à son avis et j’entends leurs voix s’éloigner.

    Je lève le regard, Jérém me sourit. Et sa main sur ma nuque imprime une petite poussée bien virile, m’indiquant de reprendre ce que j’ai laissé en plan. Sa queue raide et humide me nargue, me happe.

    Je la reprends en bouche illico et une petite surprise m’attend. Fait rare chez mon bobrun, il se dégage de son gland un petit délicieux goût de mouille d’excitation que j’adore, que je ressens et je reçois comme un petit cadeau d’adieu.

    Ses petits coups de reins se font plus rapides. Le bas de son t-shirt blanc ondule au gré des va-et-vient, effleure mon front, mon nez, m’enivre avec ce parfum de lessive et de propre qui me rend dingue.

    Mon excitation grimpe à des niveaux délirants. Je suis à deux doigts de lui proposer de me relever, de me retourner, de me prendre, de jouir en moi, lorsque je réalise que je suis en passe de me laisser dépasser par les événements.

    Le bobrun prend une profonde inspiration, il arrête ses coups de reins. Je sens son corps tout entier se relâcher, ses muscles se relâcher. Et alors que je continue de le pomper, une longue séquence de giclées chaudes et épaisses atterrit sur ma langue, sur mon palais, remplit ma bouche. Son goût de petit mâle, un goût un peu fort mais doux, délicieux, rassurant envahit ma bouche et mon esprit. Et ça m’apaise.

    Définitivement, sentir ce petit Dieu vibrer de plaisir, le voir jouir, voir sa petite gueule déchirée par l’orgasme, est le plus beau spectacle de l’Univers. Un spectacle qui n’a de pareil que dans celui de le voir juste après, assommé par le plaisir, le visage levé vers le ciel, la bouche entrouverte pour chercher son souffle, le torse moulé dans le coton blanc ondulant sous l’effet d’une respiration accélérée par l’effort sexuel.

    Un instant plus tard, Jérém passe ses mains sous mes aisselles, me fait relever. Il me fait retourner, il enfonce sa queue toujours raide comme l’acier en moi. Puis, il commence à envoyer des petits coups de reins tout en me branlant. Et un instant plus tard, je jouis sur le sol jonché de brindilles de paille, en manquant de justesse de souiller un harnachement abandonné dans un coin.

    Le bogoss se retire de moi. Je le regarde remontrer son boxer, reboutonner sa braguette. Le silence après du Mozart, c’est encore du Mozart. Et regarder un gars qui se rhabille après l’amour est tout aussi excitant que de le regarder se dessaper et prendre son pied.

    Jérém se rapproche de la porte, ouvre le verrou, entrebâille le battant, il tend l’oreille. Et il me sourit.

    « C’est bon, on peut y aller » il me lance, alors qu’on entend au loin les voix des trois cavaliers s’approcher à nouveau, accompagnées par le bruit cadencé des sabots des chevaux.

    Je sors à mon tour de la petite pièce et je me laisse entraîner par Jérém dans un petit détour pour éviter de tomber nez à nez avec la petite bande.

    Nous les retrouvons une minute plus tard, alors qu’ils sont en train de discuter du sujet qui est sur toutes les lèvres depuis 24 heures.

    « Salut les gars, comment ça va ce matin ? » nous demande JP, sur un ton chaleureux, tout en nous faisant la bise. Sa barbe est douce, sa gentillesse exquise.

    « Ca va, ça va » fait Jérém « je pars à Paris ce matin. Ils ont fini par m’appeler ».

    « Ah, ça c’est une grande nouvelle ! ».

    « Oui ».

    « C’est un petit oui, ça… ».

    « Ca va, ça va… ».

    « Je sais que ce n’est pas facile de partir ou de regarder partir quand on est bien avec quelqu’un » fait JP, en regardant Jérém et moi à tour de rôle.

    « Oui, c’est dur » fait Jérém « très dur ».

    Ça me fait plaisir de lui entendre dire, avec ses mots, de l’entendre dire autour de lui. De l’entendre « dire » que c’est dur de partir alors qu’il est bien avec moi.

    « Mais Paris n’est pas à l’autre bout du monde. Et quand deux esprits sont faits pour être ensemble, ils finissent toujours par se retrouver, peu importe la distance, peu importe les circonstances ».

    Ses mots me font du bien.

    « Il faut profiter de la vie, il ne faut pas baisser les bras, il faut croire à l’avenir » continue JP.

    « Pas facile après ce qui s’est passé hier » fait Satine.

    « C’est quand même incroyable qu’on ait pu faire ça, il faut être de sacrés tarés. C’est de la violence gratuite » enchaîne Carine.

     « Ces attentats n’ont absolument rien de gratuit. Au contraire, ils ont une dimension éminemment politique. Dans leur horreur, ils ont une portée historique. Et dans l’histoire, chaque événement survient pour une raison bien précise, même si nous n’arrivons pas à la saisir, ou à la comprendre ».

    « Moi j’ai peur qu’il y ait une troisième guerre mondiale » fait Satine.

    « La réponse à ces attentats va être violente, c’est inévitable. L’Amérique a été attaquée. Elle fera tout pour laver cette offense. Comme après Pearl Harbor, avec Hiroshima et Nagasaki ».

    « Tu penses qu’elle va faire usage de l’arme nucléaire ? ».

    « Non, je ne pense pas qu’elle ira jusqu’à là, car d’autres puissances possèdent l’arme nucléaire aujourd’hui et cela pourrait engendrer une escalade incontrôlable. Il en va de la survie même de l’Humanité. Mais la riposte sera longue et déterminée ».

    « Bush l’a dit hier soir dans son discours » ajoute Carine.

    « Mais la violence n’arrangera rien. Elle tuera des terroristes, certes, mais aussi des innocents. Mais elle ne tuera pas le terrorisme. Elle ne fera qu’engendrer encore plus de haine, et cette haine nourrira le terrorisme. On ne pacifie pas avec les armes. On ne fait que préparer les conflits de demain ».

    « Mais qu’est-ce que nous pouvons faire contre cela ? ».

    « Il ne faut pas céder à la peur. Il ne faut surtout pas faire le jeu de ceux qui tentent de la propager. Il ne faut pas faire le jeu de ceux qui veulent terroriser pour appeler la violence. Il faut rester soudés. Et continuer à vivre ».

    La sagesse de JP est une lumière d’espoir dans le brouillard confus de la peur qui m’a envahi depuis la veille. Pourquoi ce ne sont pas des JP qui nous gouvernent ? Le monde irait tellement mieux, je pense.

    « Il va falloir que j’y aille » fait Jérém, tristement.

    « Je te souhaite un bon démarrage à Paris et une belle carrière pleine de succès » fait JP en serrant très fort mon Jérém dans ses bras.

    « Sois heureux là-bas mais n’oublie jamais ce qui te rend vraiment heureux. N’oublie pas que tu as un gars qui t’aime et aussi des amis qui seront toujours là pour toi ».

    Lorsque l’étreinte prend fin, Jérém est visiblement ému, il retient ses larmes de justesse.

    « Viens là, petit con » fait Charlène, émue elle aussi « je suis tellement heureuse pour toi. Mais tu vas me manquer ! ».

    « Vous aussi vous allez me manquer. Mais je reviendrai, je reviendrai bientôt » fait-il, la voix cassée par l’émotion.

    « Toi aussi, Nico, tu vas nous manquer » fait JP « tu reviendras nous voir avec Jérémie, ok ? ».

    « Ok, c’est promis ».

    C’est dur de partir, de quitter ces amis dont la présence nous fait tant de bien. Nous devons nous faire violence pour nous retourner et repartir vers nos voitures.

    « Tu viens avec moi dire au revoir à Martine ? » je l’entends me lancer.

    J’ai envie de le prendre dans mes bras, de mélanger nos émotions, de nous offrir un dernier instant de douceur. Mais Jérém trace tout droit, il semble pressé d’en finir avec cette torture.

    Nous approchons des voitures, le moment de nous séparer approche à grand pas. Non, il n’y aura pas d’autre final pour notre histoire. Le compte à rebours continue, impitoyable. Tout va si vite, c’est si violent. C’est insupportable. J’en ai le souffle coupé, la tête qui tourne, j’ai l’impression que mes jambes vont me faire défaut.

    « Jérém », je l’appelle, alors qu’il a déjà saisi la poignée de la porte de la 205 rouge.

    « Jérém, s’il te plaît » j’insiste, alors que le bobrun ne semble pas réagir à mon premier appel, alors que mes larmes coulent sur mes joues.

    Jérém se retourne et me prend dans ses bras et il me serre très fort contre lui. La puissance de son étreinte, la chaleur de son corps, sa présence olfactive ont une fois de plus le pouvoir de me rassurer et de m’apaiser instantanément.

    C’est doublement dur de le quitter alors que le monde que nous connaissions jusqu’à là s’effondre, alors que la peur se mélange à la tristesse. Est-ce que je serai en sécurité Bordeaux ? Est-ce qu’il sera en sécurité à Paris ? J’ai l’impression que nous ne serons en sécurité que si nous sommes ensemble, pour veiller l’un sur l’autre.

    Je pleure, tout en caressant son cou, sa nuque, ses beaux cheveux bruns.

    « Ne pleure pas, Ourson » je l’entends me chuchoter « sinon tu vas faire pleurer Petit Loup aussi… ».

    « Tu aimes, alors, Petit Loup ? ».

    « J’aime beaucoup ».

    « Je ne veux pas qu’on soit séparés ».

    « On se reverra, Ourson, et on s’appellera… ».

    « Mais qui sait quand… ».

    « Bientôt, bientôt ».

    « Ne m’oublie pas Jérém ».

    « Je ne t’oublierai pas ».

    Pendant le court trajet vers le village, je n’arrive pas à contrôler mes sanglots.

    Après avoir annoncé à Martine la nouvelle du départ de Jérém pour Paris, nous sommes confrontés à des nouveaux adieux émouvants.

    En sortant de l’épicerie, alors que Martine est accaparée par un client, Jérém se saisit de l’un des beaux briquets métalliques exposés au comptoir. Avec un geste assuré et est très viril, il ouvre le capuchon, produisant un intense cliquetis métallique, ainsi qu’une belle flamme puissante.

    Pendant un instant, je crois que Jérém va l’acheter. Mais je me trompe. Un instant plus tard, le bogoss coupe la flamme en refermant le capuchon, deuxième geste bien viril. Et il pose à nouveau le beau briquet à côté des autres.

    Et alors qu’il sort dans la rue tout en s’allumant une nouvelle clope, je lui lance un « J’arrive » et je m’attarde encore quelques instants dans l’épicerie.

    Lorsque je le rejoins, Jérém est sous la halle, au même endroit où il se trouvait le jour où ce week-end magique a commencé. La halle des retrouvailles. La halle de son premier bisou. La halle du bonheur. Et, désormais, la halle de nos adieux.

    « Qu’est-ce qui va se passer maintenant ? » je l’entends me demander, l’air inquiet.

    Je trouve son attitude terriblement touchante.

    « Je ne sais pas. Mais on va y arriver » je m’entends lui répondre.

    Je m’approche de lui et je le prends dans ses bras.

    « Toi non plus, ne m’oublie pas » je l’entends me chuchoter, la voix étranglée par l’émotion.

    Ses mots et sa tristesse me touchent au plus profond de moi. Je sais désormais que je suis quelqu’un de spécial pour lui. Et pourtant, une partie de moi a envie de lui poser mille questions. Est-ce que nous sommes ensemble pour de bon ? Est-ce que nous sommes un couple ? Qu’est-ce que nous sommes en droit d’attendre l’un de l’autre ?

    Mais je n’ai pas le cœur à ça.

    A l’autre bout de la halle, une femme trace son chemin. Je reconnais en elle la même qui, le jour de nos retrouvailles nous voyant nous embrasser, nous avait regardés de travers. Aujourd’hui, elle nous regarde à nouveau. Et pourtant, son regard me semble moins dur, j’ai presque l’impression que notre émotion la touche aussi.

    « Comment je pourrais t’oublier, Jérém ? Tu es l’amour de ma vie » je finis par lui répondre.

    Et là, je vois le bobrun pencher la tête vers l’avant, porter ses deux mains derrière le cou, et décrocher sa chaînette de mec.

    « Tiens, prends-la avec toi ».

    « Tu rigoles ou quoi ? Je ne peux pas… » je fais, bouleversé par son geste.

    « J’insiste ».

    « Non, Jérém… je sais ce qu’elle représente pour toi ».

    « Je veux que tu la gardes ».

    Je suis déboussolé par ce cadeau. Je ne veux pas qu’il se prive de ce souvenir, de cet objet si symbolique.

    « Tu vas la prendre, c’est tout » fait le bobrun, en avançant vers moi, en passant derrière mon dos et en passant le précieux bijou autour de mon cou.

    Je sais que je n’aurai pas gain de cause cette fois-ci non plus. De toute façon, je n’ai ni la force ni l’envie de me « bagarrer » avec mon Jérém.

    Le poids et la chaleur du métal me font du bien. J’ai déjà la chance de la porter en une autre occasion, après que Jérém l’avait perdue chez moi lors de la semaine magique. C’était avant notre séparation brutale à Toulouse. Le poids me parle de sa présence. Mais c’est la première fois qu’elle m’apporte la chaleur de sa peau mate. Et ça me donne mille frissons. Décidemment, cet objet est magique. Ensorcelé à tout jamais par des années au contact avec la mâlitude de mon Jérém.

    « Comme ça je serai toujours avec toi » je l’entends me chuchoter, alors que ses doigts frôlent à plusieurs reprises la peau de ma nuque en essayant de boucler le maillon de raccord.

    « Merci, Jérém, merci ».

    Je suis tellement touché par son geste que, pour un peu, j’en oublierais de lui donner le petit cadeau que j’ai prévu pour lui.

    « Moi aussi j’ai quelque chose pour toi » je lui annonce, en lui tendant le gros briquet en métal qu’il avait essayé en sortant de l’épicerie.

    « C’est quoi, ça ? ».

    « Un petit cadeau. Comme ça, tu penseras souvent à moi ».

    « T’es fou, toi, c’est cher ! ».

    « Ca me fait plaisir, j’ai vu qu’il te faisait envie ».

    Le bogoss saisit le petit mais lourd objet. Ce nouveau contact de ses doigts avec les miens me donne des frissons. Une nouvelle fois, sous l’effet d’un geste rapide et assuré, le capuchon saute, en produisant le cliquetis rapide et bien caractéristique, ainsi qu’une belle flamme jaune et bleue.

    « Je n’en ai jamais eu un de si beau ! » fait-il, tout en me serrant très fort dans mes bras et en plongeant son visage dans le creux de mon épaule.

    « Je sais que tu veux en finir avec les clopes. Mais en attendant… ».

    « Tu sais, je crois que je ne suis pas près d’arrêter ».

    « Pourquoi ça ? ».

    « Je stresse, j’ai peur de ne pas y arriver ».

    « Bien sûr que tu vas y arriver, tu es un champion, je crois très fort en toi » je tente de le rassurer, en portant une main sur son épaule charpentée.

    Jérém s’approche de moi et me fait un bisou.

    « Merci Nico ! C’est un très beau cadeau. Mais, tu sais, je n’ai pas besoin de ça pour penser souvent à toi » il me chuchote.

    Nous nous retrouvons dans la même position qu’à Gavarnie, front contre front, nez contre nez, en train de nous échanger des bisous légers, en silence, en retenant nos larmes de justesse. C’est notre façon de nous dire l’un l’autre que nous n’avons pas envie de nous quitter. C’est notre façon de sentir la présence de l’autre le plus intensément possible, comme pour nous en imprégner, pour la porter avec soi malgré la distance.

    Ce sont vraiment nos derniers instants ensemble. J’ai envie de crever. Je souffre déjà le martyre en pressentant le désespoir qui m’envahira dès l’instant où je serai séparé de l’amour de ma vie. Pendant un instant, je suis à deux doigts de lui demander de ne pas partir, de ne pas me quitter.

    Et pourtant, je suis tellement heureux pour ce petit mec qui s’apprête à accomplir son rêve. Heureux et fasciné.

    En effet, qu’est-ce qu’il est craquant ce petit mec qui semble avoir trouvé sa voie, qui s’en va accomplir son destin, qui a les couilles de partir loin, de partir d’une certaine façon « à l’aventure », de quitter sa ville, ses potes, ses repères, de se jeter dans un monde inconnu. J’admire son choix, son courage. Qu’est-ce que je suis fier de lui !

    Et pourtant, en pensant à son départ, je me dis aussi que je ne fais pas le poids face à ses rêves de gloire, que ce qui compte pour lui avant tout c’est sa future carrière, et qu’il serait prêt à tout y sacrifier. Je serais presque sur le point de l’accuser d’égoïsme, et de lui en vouloir.

    Mais est-ce que je peux seulement lui en vouloir d’avoir envie de réaliser son rêve ? De quel droit pourrais-je ne serait-ce qu’imaginer un seul instant lui demander d’y renoncer pour moi ? Aimer, n’est-ce pas être heureux du bonheur de l’autre avant de lui demander de nous rendre heureux de la façon dont nous avons besoin ?

    Quand on aime, on ne peut pas demander de choisir entre l’amour et son rêve. Déjà, parce on ne peut jamais être certain du choix de l’autre. Aussi, je m’en voudrais de l’empêcher de réaliser ses rêves. Lui aussi il m’en voudrait. Il m’en voudrait pour le fait même de le lui demander. De toute façon, il partirait quand même. Et ma tentative désespérée de le retenir gâcherait quelque chose pour tous les deux.

    Pour moi, car je serais confronté à un « non », à un choix qui n’est pas celui que j’attends. Pour lui, car ça lui montrerait que je fais passer mon bonheur avant le sien.

    Alors, pour douloureuse que cette séparation puisse paraître, elle est inévitable. Je n’ai aucun pouvoir de l’empêcher, et il vaut mieux que je ne fasse rien pour l’empêcher.

    Garder un fauve en cage est un geste égoïste. Car c’est précisément sa liberté, son indomptabilité qui nous fascine. Un fauve en cage est triste et malheureux.

    J’ai envie de croire que notre belle histoire ne se finira pas, que ces derniers instants à la montagne ne sont pas un adieu, mais juste un « au revoir ». Non, ça ne peut pas être un adieu, nous sommes trop bien ensemble, notre amour est trop fort, on doit arriver à s’aimer malgré la distance.

    Je tente de me rassurer, de penser positif, mais c’est dur, dur, dur.

    Jérém me regarde droit dans les yeux.

    « Merci encore d’être venu, Nico ».

    « Merci à toi, Jérém, de m’avoir appelé. Ces derniers jours ont été les plus beaux de ma vie ».

    « Ces quelques jours avec toi ont été géniaux ».

    « Je n’aurais jamais pu espérer un meilleur cadeau pour mon anniversaire » je lâche, en réalisant soudainement à quel point j’aurais envie de fêter cette échéance imminente avec lui et à quel point il va me manquer ce jour-là.

    « C’est quand ton anniversaire ? ».

    « Le 15 septembre ».

    Jérém hoche de la tête, il plisse les yeux d’une façon hyper sexy, il amorce un petit sourire plein de tendresse.

    A cet instant précis, j’ai très envie de lui dire je t’aime.

    « Jérém… » je me lance.

    « Quoi ? » fait-il, avec beaucoup de douceur.

    « Je t’aime, Jérém Tommasi ! ».

    Jérém, JTM : comme une évidence, un pléonasme bâti autour d’une simple petite consonne.

    Comme d’habitude, sa seule réponse à mes trois petits mots, les trois petits mots les plus beaux de l’Univers, est de me faire des câlins et des bisous.

    Je sais que je suis quelqu’un de très spécial pour lui. Pendant ces quelques jours, je l’ai senti, il me l’a montré, et il me l’a dit plein de fois. Mais ça me ferait un bien fou de lui entendre dire ces trois petits mots à son tour.

    Je le sais, il m’aime lui aussi, à sa façon. Mais j’ai besoin de lui entendre dire. J’en ai besoin maintenant. Ça me rassurerait, ça m’aiderait à apaiser la tristesse de cette séparation qui me happe comme dans un précipice sans fin. Est-ce qu’un jour j’aurai le bonheur de l’entendre me dire ces trois petits mots magiques ?

    Un simple « moi aussi » ferait l’affaire.

    « Je va vraiment falloir que j’y aille maintenant ».

    Un dernier bisou volé sous la halle, et j’accompagne Jérém à la 205 rouge garée dans la rue.

    « Fais attention sur la route » je lui lance, comme un dernier « je t’aime » déguisé, alors qu’il a déjà ouvert la porte et qu’il s’apprête à s’asseoir au poste de conduite.

    « Toi aussi fais attention à la route, jeune conducteur ».

    Je tends la main vers lui pour caresser une dernière fois ses cheveux bruns. Ses lèvres caressent mes doigts. J’ai l’impression que je vais m’effondrer d’un instant à l’autre.

    « Je t’envoie un message quand j’arrive, si c’est pas trop tard ».

    « Envoie quand même, même si c’est très tard ».

    « Au revoir, Nico ».

    « Au revoir, Jérém ».

    La porte de la voiture se referme dans un claquement sourd et définitif, sans appel. Le moteur démarre.

    Voilà, l’instant de notre séparation est arrivé. Il est là, devant moi. Rien ne peut le repousser. Ainsi se terminent ces petites vacances magiques. Tout simplement. Impitoyablement. Sans musique poignante, sans ralenti d’image qui soulignerait le côté dramatique du moment, sans chute spectaculaire, sans coup de théâtre imprévu qui changerait le scénario écrit d’avance. L’instant d’avant on était encore ensemble, l’instant d’après on est séparés.

    Je regarde la 205 rouge quitter le parking et rouler droit devant elle, les larmes aux yeux. Je la regarde s’éloigner, devenir de plus en plus petite au fur et à mesure qu’elle prend de la distance. La 205 rouge s’en va, elle amène loin le gars que j’aime, loin de moi.

    Je suis pétrifié de peurs. La peur de le perdre, la peur qu’il lui arrive quelque chose, la peur de ne plus jamais le revoir.

    J’ai envie de l’appeler, de lui dire de faire demi-tour, de m’amener à Paris avec lui. Mais je ne le fais pas. Qu’est-ce que je ferais à Paris avec lui ? Est-ce qu’il voudrait de moi à Paris ?

    Le ciel est couvert, il fait froid. Lorsqu’il fait gris, le paysage de la montagne s’habille de couleurs ternes. Et cela s’emmêle à ma tristesse, lui offrant un terreau fertile.

    Je regarde la 205 jusqu’à ce qu’elle disparaisse de ma vue, engloutie par le brouillard. Et même après, il se passe un long moment avant que j’arrive à quitter la rue des yeux.

    Je suis son ourson, il est mon petit loup, j’ai sa chaînette, je ne la quitterai jamais. Il a mon briquet, il pensera à moi à chaque fois qu’il allumera une clope. Je m’accroche à cela pour empêcher la douleur de me terrasser.

    Je me dirige vers ma voiture, mais je n’ai pas envie de prendre la route. Ce petit village où j’ai passé les moments les plus heureux de ma vie semble me retenir.

    Je ne peux m’empêcher de faire un dernier tour à l’épicerie. Sous prétexte d’acheter un truc à boire, j’ai envie de prolonger un peu plus mon séjour à la montagne.

    « Oh, Nico, t’as l’air à ramasser à la petite cuillère » fait Martine, sans détour.

    « C’est dur de le voir partir ».

    « Mais vous allez vous revoir, j’en suis certaine ».

    « Alors, il a aimé le briquet ? » elle enchaîne.

    « Je crois que oui ».

    « Ca m’a fait plaisir de te rencontrer Nico, et je suis certaine que ceci n’est qu’un au revoir et que nous reverrons bientôt ».

    Les mots et l’accolade de Martine me font un bien fou. Je trouve enfin le courage de rejoindre ma voiture et de quitter ce petit Paradis sur terre.

    A la sortie du village, le brouillard m’enveloppe. Il fait gris, il fait humide, il fait hiver. A l’horizon, les nuages et le brouillard se confondent, la terre et le ciel se mélangent.

    Mon regard est une dernière fois happé par les éléments simples et puissants, immuables, l’eau, la roche, par la nature indomptée de la montagne, une nature qui force le respect et remet à sa place. Une nature qui impressionne et qui ramène à l’humilité.

    Les larmes aux yeux, je zappe la radio. J’ai besoin de musique pour me changer les idées, pour m’empêcher de penser à cette séparation, pour ne pas devenir fou. Je zappe jusqu’à capter les rares fréquences qui passent entre ces montagnes.

    Mais à chaque fois je tombe sur des émissions qui parlent d’une seule et unique info, les horribles événements de la veille.

    En roulant, je regarde les maisons, les arbres, les rues, les villages, les commerces, les voitures, les passants. Tout me paraît étranger, comme si je revenais après un très long voyage et que tout avait changé pendant mon absence. J’ai l’impression que depuis 24 heures, il s’est écoulé un siècle. En écoutant les infos, je réalise que je vais retrouver un monde qui n’est plus celui que j’avais quitté en montant quatre jours plus tôt.

    J’écoute juste quelques instants, pour m’assurer que rien de nouveau ne s’est produit pendant la nuit. Je suis soulagé de savoir qu’il ne s’est rien passé de plus, à part l’effondrement d’un nouvel immeuble à Manhattan, touché par la chute des deux tours jumelles.

    Mais je n’ai pas envie d’entendre les détails macabres de la catastrophe. Je vais assez mal, j’ai assez peur, je n’ai pas la force d’en rajouter. Alors je continue de zapper. Je fais plusieurs fois le tour de la bande FM, avant de tomber sur une voix que je reconnais instantanément. C’est la voix féminine qui racontait l’histoire de Starmania dans l’émission passionnante sur laquelle j’étais tombé la veille en montant vers Gavarnie avec Jérém.

     

    [« Et maintenant, la suite de notre émission consacrée à Starmania. L’opéra-rock fourmille de thèmes toujours d’actualité. On pourrait songer à l’omniprésence du béton et des matières artificielles, aux villes tentaculaires aux gratte-ciels vertigineux, à ce numéro sur le dos évoqué dans la chanson Monopolis, désormais concrétisé par ce numéro de portable que chacun traîne avec soi et qui permet de nous tracer, de nous surveiller.

    On peut penser au pouvoir de la télévision (et désormais d’Internet) dans un monde hyper-médiatisé, à son rôle dans la manipulation de l’information, à sa contribution dans la création du consensus autour d’une classe dirigeante qui mène des politiques qui vont souvent à l’encontre de l’intérêt général, au profit d’une poignée de nantis amis du pouvoir qui tirent les ficelles. A l’opposition entre le monde Occidental, garant de la liberté, et le Tiers Monde obscurantiste.

    Le monde dépeint par Starmania semble oppressé, dominé par la consommation et dénué de liberté d’expression. La société elle-même semble soigneusement structurée et organisée, ne laissant guère de place à des idées différentes, ou autre chose que ce qui est déjà programmé par la pensée unique.

    Tout cela est bien représenté par le discours électoral de Zéro Janvier, frappant de similarité avec les pires paroles politiques d’aujourd’hui : »].

     

    Pour enrayer la nouvelle vague terroriste/Nous prendrons des mesures extrémistes

    Nous imposerons le retour à l'ordre/Si on ne peut pas vivre dans la concorde

    Nous mettrons la capitale/Sous la loi martiale

    (…)

    Si on veut éviter de faire que la terre/Devienne un jour un seul pays totalitaire

    L'Occident doit fermer ses frontières/A toute influence étrangère

    (…)

    Cessons de nous ruiner pour le tiers-monde/Qui nous remerciera bientôt avec des bombes

    Assurons d'abord notre survivance/Je suis pour l'Occident l'homme de la dernière chance

     

    [« Zéro Janvier n’est qu’un avatar de tous les hommes politiques autoritaires qui se transforment en dictateur, tant en mots qu’en apparence. Ses chances de gagner sont assurées car, en plus d’être probablement le plus riche homme de l’Occident, il n’hésite pas à se marier à Stella Spotlight, star en pleine déchéance, pour assurer son image dans le show-business. Autant de choses qui, réunies dans une seule main, peuvent mener à la dictature.

    Face à ce danger, les Étoiles Noires font donc rapidement figure d’anarchistes, de bandes de jeunes voulant seulement perturber l’ordre public, cherchant à combattre la société en place qui n’œuvre pas pour le bonheur du plus grand nombre.

    Ils projettent de commettre un attentat contre le candidat favori des élections. Mais Sadia retourne sa veste en révélant ce projet à Zéro Janvier, pour qui elle travaillait depuis le début.

    Sadia est probablement l’un des personnages les plus intéressants de l’opéra-rock. Son but n’aura été que de pousser les Étoiles Noires à répandre la terreur dans la population, pour mieux assurer une victoire électorale à l’Etat policier de Zéro Janvier »].

     

    L’histoire développée dans Starmania a un écho particulier après les événements de la ville. J’en ai des frissons dans le dos.

     

    [« L’opéra-rock interpelle forcément » continue l’animatrice « car les thèmes de Starmania sont intemporels et, on peut le dire, visionnaires. Nous les vivons tous les jours. Starmania est une réflexion sur nos vies, si riches de choses matérielles, mais si pauvres et vides à bien des égards. Car, au final, seul l'amour compte. Starmania dit tout cela.

    D’ailleurs, la solitude est l’un des thèmes principaux de l’opéra rock »].

     

    On dort les uns contre les autres/On vit les uns avec les autres

     

     

    On se caresse on se cajole/On se comprend on se console

    Mais au bout du compte/On se rend compte

    Qu'on est toujours tout seul au monde

    On danse les uns avec les autres/On court les uns après les autres

    On se déteste on se déchire/On se détruit on se désire

    Mais au bout du compte/On se rend compte

    Qu'on est toujours tout seul au monde

     

    […]

     

    Nos planètes se séparent/Aujourd'hui pour toujours

     

     

     

    Faut pas me retenir, m'en vouloir/Si je pars

    Nos planètes se séparent/Comme la nuit et le jour

    […]

    A quoi sert de vivre/S'il faut vivre/Sans amour

     

    Evidemment, les couplets de cette chanson ont une résonance particulière en moi. Mille questions ressurgissent à mon esprit. Quelle va être la suite de notre histoire ? Est-ce que nous arriverons à nous voir régulièrement ? Est-ce que la distance physique ne mettra pas de la distance entre nos sentiments ? Comment Jérém voit les choses, notre avenir, qu’est-ce qu’il est vraiment prêt à assumer ? Est-ce qu’une fois qu’il sera à Paris, il se souviendra de qu’on a vécu à Campan dans la petite maison en pierre ?

    Je ne lui ai pas demandé tant qu’il était temps de le faire et maintenant c’est trop tard. Est-ce qu’il m’aurait répondu seulement ? Et de quelle façon ?

    J’ai tellement envie de pleurer.

     

    [« Et c’est une nouvelle fois la lucidité de Marie-Jeanne, la serveuse automate, que nous retrouvons dans le grand final de l’opéra »] annonce l’animatrice de l’émission.

     

    J'ai la tête qui éclate/J'voudrais seulement dormir/M'étendre sur l'asphalte/Et me laisser mourir

     

     

     

    Stone/Le monde est stone/Je cherche le soleil/Au milieu de la nuit

    (…) J'ai plus envie d'me battre/J'ai plus envie d'courir

    Comme tous ces automates/Qui bâtissent des empires

    Que le vent peut détruire/Comme des châteaux de cartes

    Stone/Le monde est stone

    (…) J'sais pas si c'est la terre/Qui tourne à l'envers

    Ou bien si c'est moi/Qui m'fais du cinéma/Qui m'fais mon cinéma

     

    J’ai envie de pleurer et je pleure à chaudes larmes.

    L’émission se termine, suivie d’une longue page de pub que je gobe pendant un long moment avant de trouver le courage de recommencer à zapper.

    Je zappe longuement en évitant les infos omniprésentes, je zappe jusqu’à tomber sur une chanson dont je ne comprends pas les mots mais dont la musique, la voix et la mélancolie s’accordent bien à ma propre mélancolie.

     

     

    [« Saudade est un mot portugais, du latin solitas » explique l’animateur « qui exprime un sentiment complexe où se mêle mélancolie, nostalgie et espoir. Saudade est un mot portugais difficile à traduire.

    Le dictionnaire français Larousse le définit comme « sentiment de délicieuse nostalgie, désir d'ailleurs » mais il n'y a pas de mot exact qui correspond à Saudade en français.

    La saudade est une « tension entre contraires » : d'une part le sentiment d'un manque, d'autre part l'espoir et le désir de retrouver ce qui nous manque. L'objet du manque peut-être un passé heureux, une personne ou encore un lieu. Lors des conquêtes portugaises en Afrique, la saudade exprimait notamment le désir des colons de retrouver leur pays.

    Ce sentiment met en jeu une certaine relation au temps : c’est une manière « d’être présent dans le passé, ou d’être passé dans le présent »].

     

    C'est exactement le sentiment qui m'habite à cet instant précis.

    Dans ma tête prennent forme des couplets que j’écrirai dès mon retour sur Toulouse le soir même.

     

    Saudade, quand ta voiture s’éloigne

    Et je ne sais pas quand on se reverra

    Saudade, quand la distance devient injustice

    Car je voudrais que tu sois dans mes bras

    Saudade, une solitude dans laquelle tu es bien présent

    Avec nos rires, ta voix qui me touche et me fait vibrer

    Saudade, me demander quand tu reviendras, si tu reviendras

    Repenser à tes mots, « on se reverra, ourson », qui font chaud au cœur

    Saudade, lorsque j’appelle ton nom jusqu’à en perdre le souffle

    Et je pleure en comptant chaque minute qui nous sépare

     

    Il est 22 heures passées, je viens de griffonner sur un papier ces quelques mots, allongé sur mon lit, dans la pénombre de ma chambre. Et mon portable se met à couiner. Mon cœur fait une accélération digne d’un moteur de Ferrari. Pendant un instant, je fixe mon téléphone, incapable de le saisir. Je me demande ce que je vais trouver dans ce message qui vient d’arriver.

    Mais très vite, je succombe à l’impatience de savoir.

    « Je sui bien arrive. Tu me manque ».

    Et je pleure à chaudes larmes.

     

    Cher lecteur,

    après cet épisode, je vais prendre une petite pause. En décembre, il n'y aura pas d'épisode. Je prends quelques semaines pour me reposer un peu et pour avancer dans l'écriture de la suite.

    Merci de ta fidelité et de ta comprehension.

    Un merci particulier à ceux qui laissent des commentaires.

    Fabien

     

    0216 L’amour ne vit plus ici.


    Pour ceux qui voudraient acheter le livre Jérém&Nico ou contribuer au financement de l’écriture de cette histoire sans avoir à rentrer ses propres données sur tipeee, de façon sécurisée et SANS frais, il est désormais possible d’envoyer des contributions via PAYPAL, en cliquant sur ce bouton :

    Bouton Faire un don
     

    Même un petit, chaque geste est le bienvenu.


  • Commentaires

    1
    Yann
    Jeudi 21 Novembre à 18:50

    Comme on pouvait s'y attendre, cet épisode est poignant, bouleversant. C'est aussi un magnifique cadeau avant l'heure car les sentiments partagés de Jerem et Nico entre tendresse, sensibilité, tristesse sont tellement bien racontés. Ces épisodes qui racontent ces quelques jours à Campan marquent  un "sommet" dans toute cette histoire. Vivement leurs premières retrouvailles ...

    Yann

    2
    GEBL
    Jeudi 21 Novembre à 21:32

    Simplement MERCI

    3
    Lundi 25 Novembre à 21:59

    Merci et Hâte de lire la suite

    A en janvier :)

    4
    Arnaut
    Mercredi 27 Novembre à 07:39
    Très belle histoire parfois dure mais tellement réaliste. Merci au talent du narrateur. Vivement la suite.
    5
    lolo1965
    Mercredi 27 Novembre à 20:45
    Comme on s'y attendait la séparation est douloureuse vive et poignante et tellement bien racontée que l'on souffre avec eux
    Pourvu que leurs retrouvailles soient de la même trempe car on a envie de connaitre la suite et de vivre de nouvelles belles aventures avec nos 2 petits choux
    Merci à toi Fabien pour nous faire partager cette magnifique histoire
    Profites bien de se repos bien mérité
    Passes de belles fêtes de Noël et profites de cette ambiance festive et douce pour donner un bel élan à ton histoire pour bien démarrer 2020 avec de bonnes vibrations car nous en avons tous besoin je pense
    6
    Florentdenon@hotmail
    Lundi 2 Décembre à 21:42
    C'est un recit tellement empli de verite que l'on peut etre triste avec le narrateur. Merci encore pour ces emotions. J'espere que Nico/Fabien reste avec nous.
    7
    Etienne
    Mardi 10 Décembre à 21:48

    Whaou !!! Merci Fabien pour cette escapade à la montagne. Toutes ces émotions si bien décrites.

    Profite toi aussi du temps qui passe avec celui, ceux, que tu aimes.

    ... et vivement janvier !

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :