• Dans le train qui me ramène de Paris à Bordeaux, un gars plutôt charmant semble s’intéresser à moi. Il est accompagné par un chiot labrador sable dont l’adorable tête dépasse par moments du haut d’un grand sac.
    Pourquoi ce genre d’occasion ne m’est pas arrivé un an plus tôt, quand j’étais encore célibataire ?
    Peut-être pour ne pas dévier de ma trajectoire de vie qui m’a conduit vers Jérém.
    Pourquoi cela m’arrive-t-il maintenant ?
    Peut-être que cela arrive pour me mettre à l’épreuve, pour tester la solidité de mon amour pour Jérém.
    Il faut à tout prix que je tienne bon.
    Lorsque le train s’arrête en Gare St Jean, je décide de rester le nez plongé dans mon bouquin jusqu’à ce que le gars quitte la rame, qu’il s’éloigne, rendant impossible tout contact ultérieur, toute tentation ultérieure.
    Mais en partant, le gars me glisse un petit mot griffonné sur une page blanche arrachée au livre qu’il était en train de lire.
    Et ce n’est qu’au bout de nombreuses, longues secondes que, les mains tremblantes, j’arrive enfin à déplier le petit papier et à en lire le contenu.
    « Tu me plais beaucoup. Benjamin 06 19 65…. PS : le chiot s’appelle Simba ».

    [Oui, je sais, à l’origine le gars du train ne s’appelait pas Benjamin. Mais j’ai finalement décidé de l’appeler ainsi, donc à partir de maintenant le gars du train ce sera Benjamin, lol]

    Je replie le papier, je reste scotché à mon siège, le corps secoué par des décharges d’adrénaline successives, incapable de faire le moindre mouvement, observant hagard les derniers passagers quitter le train. Je n’arrive pas à croire que le gars ait osé ça, j’ai dû rêver. Je rouvre le papier, mais les mots sont bien là, noir sur blanc.
    « Tu me plais beaucoup. Benjamin 06 19 65…. PS : le chiot s’appelle Simba ».
    J’ai bien lu, je n’ai pas rêvé.
    Le wagon est désormais complètement vide lorsque j’arrive enfin à me décider de me lever et de le quitter à mon tour.
    En me levant, en marchant, le souvenir des coups de reins de Jérém se manifeste très vivement. Ah putain, qu’est-ce que c’était bon ! Ce sont des courbatures qui me rappellent, si besoin était, que non seulement je suis fou amoureux de ce gars, mais que le sexe avec lui est vraiment magique.
    Et pourtant, en descendant du train, je ne peux m’empêcher de chercher Benjamin du regard. Des sentiments contradictoires s’entrechoquent dans ma tête. J’ai à la fois peur et envie qu’il soit parti ou qu’il m’attende quelque part. S’il était encore là, je voudrais aller le voir et lui dire que je suis flatté par sa proposition, mais que je ne suis pas célibataire et que je ne pourrais pas aller plus loin avec lui. Je voudrais dissiper tout malentendu. Certes, je n’ai pas pu m’empêcher de le mater dans le train. Mais ça s’arrête là. Est-ce que je saurais être si fort ?
    Mais Benjamin a disparu, il a continué son chemin. Il m’a peut-être attendu pendant quelques instants, mais ne me voyant pas descendre, il a tracé sa route.
    Mais, à l’instar du Petit Poucet, il a laissé derrière lui une dizaine de « petits cailloux numériques » pour que je puisse le retrouver. Pour la première fois de ma vie, la balle est entièrement dans mon camp. C’est une sensation à la fois grisante et effrayante.
    Dans le bus qui me conduit près de mon studio, j’ai l’impression de planer. Se sentir désiré fait vraiment l’effet d’une drogue. J’ai encore du mal à réaliser qu’il me suffirait de composer les dix chiffres griffonnés sur le petit papier pour retrouver ce un gars que je trouve très sexy, et peut-être coucher avec lui ce soir même.
    Mais je ne le veux pas. Car je ne veux pas tromper Jérém.
    Je comprends enfin ce que doit ressentir bien souvent mon bobrun. Le fait de se sentir désirés nous place sur un plan incliné et savonné qui, si on n’y prend pas garde, nous ferait très facilement glisser vers des tentations dangereuses.
    La meilleure des choses à faire, la plus définitive et la plus sûre, est de jeter le petit papier, tout de suite, avant de le rouvrir une nouvelle fois et de risquer d’imprimer dans ma mémoire, très portée sur les chiffres, la fameuse séquence pour le joindre.
    Allez, jette ce papier, Nico ! Pense à cette fameuse trajectoire qui t’amène vers Jérém, elle est belle mais fragile, surtout ne fais rien qui pourrait la dévier !
    D’un autre côté, l’idée de jeter le papier sans donner aucun signe me paraît indélicate. Benjamin semblait bien s’intéresser à moi. Et comme je l’ai maté à mon tour, il s’est dit que c’était réciproque, et il s’attend à ce que je le rappelle. Peut-être que je devrais lui envoyer un message pour lui expliquer que je ne tromperai pas le gars que j’aime.
    Oui, je trouve très excitant le fait d’avoir avec moi le sésame pour joindre un gars charmant. Mais à bien regarder, ce que je trouve grisant par-dessus tout, c’est l’idée même d’avoir la possibilité de décider quoi faire de cette proposition, de pouvoir faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre.
    Puis, soudain, quelque chose se passe dans ma tête. Les souvenirs des moments magiques avec Jérém à Paris, la balade à Montmartre, ses câlins, ses mots adorables remontent à ma conscience. Et je me dis que je suis tellement bien avec lui.
    Alors, non, c’est décidé, je n’appellerai pas Benjamin. Je ne vais pas ramener le petit papier chez moi. Je ne vais pas non plus lui écrire un sms pour lui dire que je suis touché par son invitation mais que je ne peux pas l’accepter. Je renonce à cette politesse parce que je me dis que dès le premier message envoyé, il aura mon numéro et ce sera la porte ouverte à la tentation, au danger. La tentation doit être extirpée à la racine si on veut s’en débarrasser pour de bon.
    Alors, en arrivant à l’abribus, je déchire enfin le petit papier et je jette les confettis dans une poubelle juste à côté.
    Je viens de faire ce que j’estime juste et je ressens comme un soulagement. Je sais que j’ai fait le bon choix. Je me sens plus fort. Jérém me semble moins lointain. Dans deux jours c’est son anniversaire, je pourrai le lui souhaiter sans avoir ce truc dans la tête.
    En rentrant chez moi, j’envoie un message à Jérém.
    « Bonne nuit mon chéri ».
    Ce soir, je me sens bien, car je suis bien avec moi-même

    Le lendemain, au réveil, mes courbatures sont toujours là, et elles sont bien plus vives que la veille. J’ai demandé à Jérém de ne pas me ménager, de me tringler avec toute la puissance dont il était capable, j’en ai eu pour mon « argent ». Je voulais amener avec moi le souvenir de ses coups de reins, je n’ai pas été déçu.
    Je retrouve la fac et les cours avec bonheur, car cela m’aide à me changer les idées. Ma « petite bande » est au grand complet. Raphaël est toujours aussi pétillant et taquin, Monica toujours aussi souriante, Fabien toujours aussi sarcastique. Quant à Cécile, j’ai l’impression qu’elle est de plus en plus proche de moi et collante vis-à-vis de moi. Raphaël a vu juste, elle me kiffe. Je ne peux pas la laisser plus longtemps se faire des illusions.
    Le problème c’est que je ne sais pas comment faire. J’ai peur qu’elle le prenne mal. Ne connaissant pas grand-chose à la psychologie humaine, et encore moins à la psychologie féminine, je décide de prendre un avis d’expert. Ou d’experte, plus précisément. Je sais à qui demander, il faut juste que je trouve le moment pour lui en parler discrètement.
    La chance me sourit en fin d’après-midi, pendant la demi-heure d’attente avant le dernier cours, cours que Monica et moi sommes les deux seuls de notre bande à suivre.
    « Je voulais te demander un conseil » je la branche.
    « Oh là » elle se marre « Je ne sais pas si je serai en mesure de te répondre, mais dis toujours ».
    « Raphaël m’a dit que Cécile en pince pour moi ».
    « C’est vrai, elle m’en a même parlé ».
    « Elle t’a dit quoi ? ».
    « Elle te trouve très sympa et très gentil. Et tu lui plais beaucoup ».
    C’est étonnant d’entendre à nouveau cette formule. Alors qu’une autre version de la même formule, écrite sur une page de livre arrachée par un gars qui me fait vraiment envie, brûle dans ma poche depuis le matin et accapare une grande partie de mes pensées.
    « Ah… ».
    « Tu as l’air surpris… ne me dis pas que tu n’as pas vu qu’elle s’est rapprochée de toi… ».
    « Si… si… mais… ».
    « Mais elle ne te plaît pas ? ».
    « Ce n’est pas la question ».
    « Tu veux dire quoi ? ».
    « Je veux dire que… je ne suis pas vraiment intéressé par les filles. Pas de cette façon-là du moins ».
    « Ah, tu veux dire que tu es gay ? ».
    « Oui, je suis gay ».
    « C’est vrai qu’à un moment j’ai eu l’impression que tu regardais beaucoup Raphaël ».
    « Et comment ! Je le trouve sexy à mort ».
    « Ah bah, moi aussi ».
    Je souris intérieurement de la nouvelle complicité que ce coming out vient d’ouvrir entre Monica et moi. Permettre aux autres de mieux nous connaître est très utile pour tisser des liens. L’amitié se bâtit plus solidement sur du vrai que sur des apparences.
    « Par contre j’aimerais autant qu’il ne le sache pas pour l’instant » je tiens à préciser.
    « Pourquoi, tu as des vues sur lui ? ».
    « Non, pas du tout, je sais qu’il aime les nanas et qu’il ne se passera jamais rien entre nous. De toute façon, je ne suis pas célibataire. Mais je ne le connais pas assez pour prévoir sa réaction ».
    « Ah, ok, c’est vrai que parfois les mecs peuvent être cons avec ça ».
    « Je le lui dirai probablement un jour, mais ça ne presse pas. Si j’ai voulu t’en parler, c’est parce que tu me sembles une nana très ouverte d’esprit, pour qui ce genre de choses n’est qu’un fait comme un autre… ».
    « Tu as vu juste. Je pense que chacun a le droit d’être heureux comme il l’entend. Et bien évidemment cela ne change rien à notre amitié ».
    « J’étais sûr que tu réagirais de cette façon. Maintenant, puisque nous sommes toujours potes, j’ai besoin de tes lumières ».
    « Tu me flattes… » elle se marre.
    « Comment dire ça à Cécile sans trop la blesser, si elle en pince pour moi ? ».
    « Tu ne peux pas. Tu vas forcément la blesser. Mais elle s’en remettra. Mais tu dois le lui dire au plus vite. Plus tu laisses couler, plus la claque que tu vas lui mettre va lui faire mal ».
    « Oui, mais comment je vais m’y prendre ? Je veux dire… j’attaque frontalement en lui disant : bonjour, Cécile, j’ai quelque chose à te dire : je suis gay ? ».
    « Mais non, voyons. Il faut être plus subtil. Commençons par le commencement. Tu as quelqu’un si j’ai bien compris… ».
    « Oui ».
    « Et c’est sérieux ? ».
    « Je crois, oui ».
    « Comment il s’appelle ? ».
    « Jérémie ».
    « Tu l’as vu ce week-end ? ».
    « Oui, à Paris ».
    « A Paris ? ».
    « Oui, il est joueur de rugby pro au Racing ».
    « Ah, tu caches bien ton jeu, petit filou. Tu te tapes un rugbyman ! ».
    Ses mots me font sourire.
    « C’est ça, et pas le plus moche non plus ! ».
    « Veinard, va. Et ça se passe bien entre vous ? ».
    « Oui, je l’aime ».
    « Alors, dès demain, parle à Cécile de ton week-end à Paris avec Jérémie. Et profites en pour lui glisser à quel point tu es bien avec ce gars. Elle va finir par comprendre et te poser des questions. Répondre à des questions ce sera plus facile que d’avoir à donner des explications à l’aveugle ».
    « Et si elle ne pose pas de questions ? Si elle fait juste la gueule ? Tu le sais comme moi, elle n’est pas du genre bavard… ».
    « Eh, bien, tu lui dis carrément que tu es avec ce gars et que tu es heureux avec lui ».
    « Ça paraît simple ».
    « Ne te casse pas la tête. Sois toi-même et tout se passera bien ».

    De retour à l’appart, je croise Albert et Denis dans la petite cour au sol rouge.
    « Alors, ce week-end parisien ? » me questionne ce dernier.
    « Fabuleux ».
    « Les retrouvailles ont dû être bien chaudes ? ».
    « Je ne vous le fais pas dire ».
    « A votre âge, c’est matin, midi et soir, sans compter les en-cas… heureuse jeunesse… » fait Albert « En tout cas, je suis content pour toi, pour vous. Et tu as pu voir un peu les mecs avec qui il traîne ? » ajoute Denis.
    « Oui, on est sortis en boîte avec ses co-équipiers ».
    « C’est important ça, avoir un œil sur son entourage ».
    « Il m’a présenté comme son cousin ».
    « Il doit être sur le qui-vive pour ne pas se faire remarquer ».
    « Ouais… ».
    « Il ne faut pas lui en vouloir, le rugby, comme tout l’univers du sport, n’est pas un monde très tolérant ».
    « Je sais, et je le comprends ».
    « Alors, il a tenu bon ton rugbyman ? ».
    « Je crois, oui. Il m’a dit qu’il ne veut pas aller voir ailleurs ».
    « Et je suis sûr qu’il le pensait vraiment à l’instant où il te l’a dit » commente Albert « Mais avec le temps et la distance ce vœu va perdre de sa solennité. Il finira par craquer. Tant que vous êtes loin l’un de l’autre, tu ne pourras pas l’en empêcher. Mais tant que vous êtes bien ensemble, des petits égarements ne vous feront pas oublier que vous êtes spéciaux l’un pour l’autre. Mais il faut faire gaffe ».
    « Je lui ai dit de se protéger au cas où ».
    « Tu as bien fait. C’est le plus important. Tu vois, Nicolas, Denis et moi on en est passé par là et on est toujours ensemble après tant d’années. Je pense même que c’est l’une des raisons qui ont fait que nous sommes toujours ensemble ».

    « Ourson ».
    C’est dingue comme ce simple petit mot, prononcé sur un ton plein de tendresse, a le pouvoir de me donner le frisson d’une caresse. Et d’apaiser toutes mes angoisses. Qu’est-ce que j’ai bien fait de jeter le petit papier de Benjamin !
    « Tu me manques p’tit loup ! ».
    « Toi aussi tu me manques ».

    Mardi 16 octobre 2001.

    Le lendemain, je me réveille de très bonne heure. Car c’est le grand jour. Aujourd’hui, mon Jérém a 20 ans. Comment je voudrais passer cette journée, ou du moins la soirée, avec lui !
    En remuant dans mon lit, je retrouve encore et toujours l’écho de ses coups de reins imprimés dans ma chair. C’est terriblement excitant. Ma trique du matin s’en trouve décuplée. Je ne peux m’empêcher de me branler en pensant à nos ébats, au plaisir de l’avoir en moi, et d’être en lui. Je jouis et je me rendors brièvement.
    A 7 heures pétantes, je lui envoie un sms.
    « Bon anniversaire chéri ».
    Je pars à la douche, je prends mon petit déj, tout en guettant mon téléphone. Je quitte l’appart, je me dirige vers l’abribus, lorsque le son de notification de messages de mon portable retentit.
    « Merci ourson ».
    « Je ne pourrais jamais oublier ça ».

    En cours, Cécile continue sur sa lancée. Ses regards sont de plus en plus caressants, son attitude de plus en plus claire et gênante pour moi. Je veille à ne jamais rester seul avec elle, de peur qu’elle se lance à me déclarer sa flamme avant que je ne trouve le moyen de l’éteindre.
    S’il est bien vrai que se sentir désiré est toujours flatteur, même par une nana (et là aussi, je comprends Jérém), sentir « de près » le désir de Cécile est limite angoissant. Car j’ai peur de la faire souffrir et je ne veux pas ça.
    La journée passe sans que j’aie trouvé le moment et l’occasion de prendre Cécile entre quatre yeux et lui parler.
    Le coup de fil du soir de Jérém me fait un bien fou. Du moins le début. Car il se conclut assez vite, et sur une note qui ne me réjouit pas vraiment. Ce soir mon bobrun n’a pas trop le temps, car ses potes ont prévu une soirée pour fêter son anniversaire.
    La distance est une sale bête quand on aime. Je pense à la distance physique, mais aussi à la distance sociale. Si j’étais à Paris, qu’est-ce qu’il choisirait ? De fêter son anniversaire avec moi ou avec ses potes ? Est-ce que j’aurais ma place dans ce jour spécial ?
    Est-ce que si j’habitais Paris et que nous pouvions nous voir au quotidien, il accepterait de m’avoir régulièrement à ses côtés ? Qu’en penseraient ses potes ? Comment vivre une vie épanouie quand on est condamnés à rester discrets ?
    A Paris, Jérém a tout à prouver. Qu’il est un bon joueur, qu’il est un bon pote, et qu’il est hétéro. La pression sur ses épaules est énorme. J’ai peur que tout cela ait comme résultat de le pousser à vouloir à nouveau se conformer, à garder les apparences, à faire comme les autres. A me laisser moins de place dans sa vie. J’ai peur que la nouvelle vie de Jérém ne facilite en rien notre histoire.
    Mais putain, pourquoi être gay doit-il être si compliqué ? En quoi ce que nous ressentons l’un pour l’autre concerne ses potes, ses co-équipiers, la direction de l’équipe, les supporters ? Est-ce qu’un jour nous pourrons vivre enfin tranquilles ?

    Le lendemain, mercredi, je retrouve le bel inconnu du bus. Et je le retrouve plus sexy que jamais. Car il s’est rasé la barbe, ce qui change pas mal son visage, et plutôt à son avantage. Je le trouvais déjà très sexy avec barbe. Mais sans, il est carrément mignon, plus encore que je ne le croyais.
    Et contrairement à certains mecs pour qui ce changement de look change vraiment tout (certains mecs sont canons sans barbe, mais beaucoup moins avec ou l’inverse), lui les deux looks lui vont bien. La barbe ça lui donne un côté viril un brin macho, et sans barbe il fait plus timide, plus doux.
    En arrivant à l’arrêt du bus, il me lance son plus beau « bonjour », accompagné d’un grand sourire. Et là, une nouvelle surprise m’attend. Le gars me tend la main et serre la mienne dans une bonne prise de mec, à la fois ferme et douce.
    Le bus arrive, le gars se dirige vers le fond, et moi aussi. Il s’assied, et moi aussi, en face de lui. Je cherche en vain des sujets pour entamer une discussion, mais le gars ouvre son journal et il ne me calcule plus.

    Cécile n’est pas là aujourd’hui, ce qui me permet de suivre les cours avec une sérénité retrouvée. Néanmoins, je me dis qu’avant la fin de la semaine il faut que je trouve le moyen de régler cette affaire.
    Pendant son coup de fil du soir, Jérém me parle de sa soirée de la veille. Apparemment, il s’est bien amusé avec ses potes. Ils ont changé trois fois de boîte, ils sont rentrés aux aurores, ils ont pas mal picolé. Apparemment, c’est leur façon de fêter l’anniversaire de l’un des leurs.
    Je l’écoute parler, tout en repensant pour l’énième fois à cette histoire de nana avec qui il aurait couché ou pas le week-end avant ma venue sur Paris.
    Même si je pense qu’il a dit vrai, jusqu’à quand tiendra-t-il bon ? Est-ce que je dois vraiment me faire à l’idée d’accepter qu’il aille voir ailleurs, que ce soit par envie ou par la pression de son milieu et de son entourage ?

    Jeudi, pas d’inconnu du bus à l’horizon. Son absence me fait ressentir une certaine frustration, comme une sorte de manque. Ce petit « rendez-vous » du matin avec son « bonjour » et son beau sourire est quelque chose de rafraîchissant.
    Ce week-end, j’aimerais tellement remonter sur Paris. Mais je sais que ce n’est pas possible. Je ne peux pas y aller toutes les semaines. Déjà, mon budget ne me le permet pas. Et de toute façon, je suis certain que Jérém ne serait pas partant. Alors, je ne lui en parle même pas. Je me réserve pour le week-end prochain. Si jamais il a envie de me voir, il n’a qu’à le dire.

    Vendredi, l’inconnu du bus se pointe à l’abribus une minute après moi. Je le regarde, il me regarde, je lui dis bonjour. Et là, le type me lance un « bonjour » à son tour, agrémenté d’un super joli sourire. Genre, si je me faisais des films, je penserais qu’il est content de me voir. A nouveau il me serre la main avec fermeté.
    Hélas, comme d’habitude, une fois dans le bus, notre bonjour bien que chaleureux n’a toujours pas de suite. Je trouve une place, il reste debout, pas très loin de moi, l’épaule appuyée contre une paroi du bus, le regard plongé dans son immanquable journal sportif.
    Mais ce matin, une belle surprise m’attend. A l’un des arrêts, un contrôleur embarque dans le bus. Le mec est plutôt pas mal, les cheveux châtain clair, la petite trentaine, des beaux yeux pétillants. Et l’uniforme lui donne un cachet qui le rend craquant. En quelques minutes, la plupart des passagers sont contrôlés. Me trouvant à l’arrière du bus, je suis parmi les derniers.
    En approchant de moi, j’ai l’impression que le contrôleur lance un grand sourire dans ma direction. Je ne peux pas croire que ce sourire charmant m’est destiné. Est-ce qu’il a remarqué que je le mate et que c’est le genre de gars à qui ce type d’attention fait plaisir même venant d’un autre gars ?
    « Bonjour Monsieur » fait-il avec sa voix bien mec, chaude, ferme mais très polie, tout en saisissant le ticket que je lui tends.
    « Merci Monsieur » il conclut, en me rendant le petit bout de carton.
    Le gars continue sur sa lancée et un instant plus tard je l’entends lancer un :
    « Hey, Justin, ça faisait un bail qu’on ne s’était pas vus. Tu vas bien ? ».
    Je réalise ainsi que son beau sourire ne m’était pas destiné. En fait, le contrôleur souriait au bel inconnu du bus. Un inconnu qui n’est plus vraiment tel, car je viens d’apprendre son prénom. Il s’appelle donc Justin. Justin, très beau prénom de mec. Un prénom qui lui va très bien, je trouve.
    « Hey, Bruno, ça fait un bail ».
    Beau prénom pour le petit contrôleur aussi. La bogossitude possède la faculté de donner de l’éclat à n’importe quel appellatif.
    « Alors, qu’est-ce que tu deviens, depuis le temps ? » demande le contrôleur.
    « Bah, rien de bien folichon, toujours sur les chantiers à droite et à gauche ».
    « Et tu vas toujours au rugby ? ».
    « Oui, deux soirs par semaine et le match le week-end ».
    J’avais vu juste, c’est un sportif. Un rugbyman. Encore un.
    « Je suis jaloux. Toi et les autres potes vous me manquez. Nos bringues me manquent » fait le contrôleur.
    « Ça fait depuis combien de temps que tu as arrêté ? ».
    « Depuis un peu plus d’un an, depuis que mon fils est né. Les nuits sont tellement courtes que je cherche à m’économiser par tous les moyens. Tu verras quand ça t’arrivera avec Alice ».
    Et voilà la claque qui me pendait au nez. PAF ! Justin est hétéro ! Je m’en doutais un peu, un peu beaucoup, mais je ne peux m’empêcher de ressentir une sorte de désillusion assez cuisante.
    « Ça ne risque pas de m’arriver de sitôt » j’entends Justin répondre.
    « T’es plus avec ? ».
    « C’est compliqué en ce moment ».
    « Mais vous deviez emménager ensemble, si je me souviens bien… ».
    « Ça ne s’est pas fait ».
    « Qu’est-ce qui s’est passé ? ».
    « J’ai voulu prendre le temps. J’avais l’impression que ça allait trop vite. Et elle avait l’impression que ça n’allait pas assez vite ».
    Le bus s’arrête et je dois impérativement descendre car je suis déjà à la bourre. Sinon j’aurais bien continué le trajet pour connaître la suite de cette conversation qui m’aurait peut-être permis d’apprendre des choses intéressantes sur le beau Justin.

    Ce vendredi, le dernier cours se termine à 15 heures. Et alors que Monica, Raphaël et Fabien s’empressent de partir, Cécile me propose de réviser dans une salle libre pour reprendre certains points du dernier cours de géodynamique qu’elle a du mal à assimiler. Sur le coup, je me sens pris au dépourvu. Car je ne me sens pas vraiment prêt à m’ouvrir à elle. Mais très vite, je me dis que l’occasion que je cherchais pour lui parler seul à seul se présente enfin. De toute façon, je ne serai jamais vraiment prêt. Alors autant y aller.
    Dans la petite salle, nous ne sommes que tous les deux. J’essaie de reprendre les points clés des derniers cours de géodynamique, mais j’ai du mal à me concentrer. Je sens sur moi le regard lourd de Cécile et cela me met mal à l’aise.
    Bizarrement, cette première révision m’en rappelle une autre, avant le bac, avec Jérém, dans son appart de la rue de la Colombette. Lors de cette première révision toulousaine, j’étais tout autant incapable de me concentrer qu’aujourd’hui, et toujours à cause d’un regard charmeur. A une différence près. Le malaise de jadis était la conséquence d’un désir brûlant. Alors que l’actuel n’est que le résultat de la peur de décevoir et de blesser.
    Minute après minute, alors que je survole mes notes sans vraiment m’y attarder, mon malaise ne fait que grandir. J’entends mes mots comme venant de l’extérieur, comme s’ils sonnaient faux.
    A un moment, alors que je suis en train de corriger une note sur le carnet de Cécile, cette dernière pose une main sur la mienne. Je suis comme tétanisé. Instinctivement, je me tourne vers elle. Son regard plonge dans le mien, ses grands yeux un peu tristes semblent vouloir happer mon esprit, et lire en moi quelque chose qui n’existe pas.
    Nos visages ne sont qu’à quelques centimètres. Je ne sais pas quoi faire, comment réagir. Cécile finit par claquer un baiser sur mes lèvres figées. Un baiser que je ne peux pas, je ne veux pas lui rendre. Un baiser qui est suivi d’un deuxième, puis d’un troisième. Mais mes lèvres restent immobiles.
    Car je ne ressens rien. Pour la première fois de ma vie je viens d’embrasser (ou plutôt de me faire embrasser par) une nana et je ne ressens absolument rien. Si j’avais encore des doutes au sujet de mon orientation sexuelle, voilà la preuve qui fait la certitude.
    « Je suis désolée » fait Cécile, dérouté par mon manque de réaction.
    « Non, tu ne dois pas être désolée ».
    « Je ne te plais pas ? ».
    « Non, c’est pas ça… ».
    « Tu as une copine ? ».
    « Oui, enfin, non, pas vraiment… ».
    « Ça veut dire quoi, ça ? ».
    « Cécile, je ne suis pas attiré par les filles ».
    Eh beh voilà c’était pas si difficile !
    « Tu es gay ? ».
    « Oui… ».
    « Ça alors, je ne l’avais pas vu venir ».
    « Tu t’en es jamais douté ? ».
    « Non… je croyais que les gays étaient plus… ».
    « Efféminés ? ».
    « Peut-être, oui ».
    « Si tu voyais mon mec, alors, tu tomberais vraiment des nues ».
    « Il est beau ? ».
    « Ouf, plus que ça même ».
    « Tu es amoureux ? ».
    « Depuis le début du lycée ».
    « Tant mieux pour toi. Et tant pis pour moi. Pour une fois que je me sens bien avec un gars, il faut qu’il soit gay… je n’ai pas de chance ».
    « Cécile, tu es une nana très intelligente et tu es quelqu’un de bien. Tu trouveras le bon gars, mais ce gars ça ne peut pas être moi ».
    Nous essayons de recommencer à réviser, mais le malaise est installé, et nous n’y arrivons plus.
    « Je me sens un peu fatiguée » elle me lance au bout d’une poignée de minutes « je crois que je vais rentrer et reprendre tout ça demain à tête reposée.

    Je viens de quitter Cécile et je ressens enfin ma tension retomber. Je n’arrête pas de repenser à sa réaction, et au malaise que ça a créé entre nous. Je l’ai sentie bien déçue. Je n’aurai pas dû attendre jusqu’à ce baiser. Mais désormais c’est fait et je ne peux pas revenir en arrière. Au moins, je lui ai dit la vérité. Et elle va cesser de se faire des faux espoirs. Et je me suis enlevé un poids du cœur.
    Le soir, j’appelle Jérém. Il décroche mais notre conversation est écourtée à cause d’un double appel. « Nico, on m’appelle pour ce soir. Je t’appelle demain » je l’entends me sortir sur un ton plutôt pressé, avant de raccrocher.
    De suite, j’imagine que « On », ça doit être son pote Ulysse, le talonnant pour sortir.

    Une semaine après le week-end à Paris.

    Le lendemain, samedi, mon premier sms de 9h00 : « Bonjour, tu vas bien, chéri ? » reste sans réponse, tout comme celui du début d’après-midi pour lui souhaiter bon match. Pendant toute la journée, j’attends un coup de fil ou un sms qui ne viennent pas.
    En début de soirée, j’appelle ma cousine. Je lui raconte mon week-end parisien. C’était il y a tout juste une semaine, mais il me paraît déjà si loin !
    J’ai besoin de me confier, mais je n’arrive pas à lui parler de mes inquiétudes. Ça ne sort pas. Comme si le fait d’en parler les rendait plus réelles. Je n’ai pas non plus envie de l’embêter encore avec mes histoires. Entre ses problèmes d’audition suite à la catastrophe d’AZF et son mariage à organiser, elle a d’autres chats à fouetter.
    Je viens tout juste de raccrocher d’avec Elodie, lorsque je reçois enfin un sms de Jérém dans lequel il me souhaite la bonne soirée me précisant qu’il est déjà avec ses potes.
    Je passe la soirée à me balader dans Bordeaux et à cogiter. Il y a une semaine, il m’a dit qu’il ne veut pas aller voir ailleurs. Mais à force de sortir avec ses co-équipiers, ça finira par arriver. Tous ces gars sont très sollicités et ont des aventures. Pourquoi il n’en aurait pas ? Je me dis que s’il le faut, Jérém a déjà été voir ailleurs.
    Je rentre au studio peu après minuit, après une longue balade. Jérém me manque à en crever. Et je réalise que ce qui me manque le plus, au fond, c’est sa présence. Je donnerais cher, et je serais même prêt à renoncer au sexe, pour pouvoir le serrer dans mes bras ne serait-ce que pendant une heure.

    Pendant toute la journée de dimanche je n’ai pas de ses nouvelles. Je me sens seul et triste. A plusieurs reprises, j’ai envie de pleurer. Je n’ose pas trop l’appeler de peur de le déranger quand il est avec ses potes. Le problème c’est que j’ai l’impression qu’il est tout le temps avec ses potes.
    Heureusement, mes deux voisins ont la bonne idée de m’inviter à déjeuner avec eux, ce qui me change les idées pendant quelques heures.
    Le soir, sur le coup de 22 heures, à ma grande surprise, la sonnerie de mon téléphone retentit. En quelques dixième de seconde, les battements de mon cœur se tapent un sprint digne d’un avion au décollage. Ça secoue.
    « Ourson ».
    Aaaah, comment je vibre à chaque fois au son de sa voix et de ce simple mot, un tout petit mot qui contient toute la tendresse, toute notre complicité de Campan.
    « Ah, tu t’es rappelé que j’existe » je lui lance sur un ton que j’essaie de rendre taquin, mais qui doit sonner comme un reproche.
    « J’ai été très occupé ».
    Je sens au ton de sa voix que ça ne va pas très fort.
    « Le match s’est bien passé ? ».
    « Pas vraiment ».
    « Qu’est-ce qui s’est passé ? ».
    « Ça a été une cata ».
    « Vous avez perdu ? ».
    « On s’est fait dominer 12-24 ».
    Je sens dans ses mots que mon bobrun est triste et démoralisé. Alors, malgré ma propre tristesse et malgré toutes les questions qui remplissent ma tête et gonflent mon cœur, je prends sur moi et j’essaie de le réconforter.
    « Il ne faut pas t’en faire, c’est juste un match parmi d’autres. Vous en avez gagnés pas mal et vous allez en gagner bien d’autres ».
    « J’ai eu des occasions de marquer des points et j’ai tout raté ».
    « Ça ne peut pas toujours marcher ».
    « Je ne sais pas si je vais y arriver ».
    « Mais si, tu vas y arriver ».
    « Comment tu peux en être sûr ? Tu ne connais pas grand-chose au rugby ».
    « C’est vrai. Je ne connais pas grand-chose au rugby, mais je crois en toi et à ton talent ».
    « Je voudrais y croire autant que toi ».
    « Je ne suis pas le seul à y croire, tu sais ? Samedi dernier, quand j’étais au stade, j’ai entendu deux mecs derrière moi dire que toi et Ulysse vous formez un bon tandem ».
    « C’est vrai ? ».
    « Oui, ils disaient que vous allez aller loin ».
    « Aujourd’hui, Ulysse m’a donné plein d’occasions, mais j’ai tout raté ».
    « Tu feras mieux la prochaine fois. C’est en faisant des erreurs qu’on progresse. Tu débutes, tu as le temps ».
    « Ah, non, pas vraiment. Si je ne suis pas rapidement au top, l’année prochaine ils ne renouvèleront pas mon contrat ».
    « Jérém, je sais que tu vas faire une belle carrière ».
    Pendant que je parle, j’entends une voix derrière Jérém.
    « Mr Tommasi, vous pouvez partir, n’oubliez pas vos anti-inflammatoires ».
    « Merci docteur » j’entends mon Jérém répondre.
    « Nico, t’es toujours là ? ».
    « Oui, mais t’es où, Jérém ? ».
    « Je sors de l’hôpital ».
    « Qu’est-ce que tu fous à l’hôpital ? ».
    « Pendant le match, un gars m’est rentré dans l’épaule et j’ai vu des étoiles ».
    « Tu as fait une radio ? ».
    « Oui, y a rien de grave, mais ça fait très mal ».
    « Fais attention à toi, p’tit loup. Soigne-toi bien ».
    « Demain je suis excusé d’entraînement. On verra si je reprends mardi ou mercredi. De toute façon, pour ce que ça change… ».
    « Jérém ! Ne dis pas de bêtises ! Il ne faut pas t’en faire pour un match raté. Pour l’instant, tu dois te reposer. Demain tu verras les choses autrement ».
    « Tu as raison, j’ai besoin de dormir. Bonne nuit, ourson… et merci… ».
    « Merci de quoi ? ».
    « De m’avoir remonté le moral ».
    Tenter de réconforter mon Jérém me fait plaisir et me fait du bien. L’entendre dire que mes mots lui ont remonté le moral, ça me redonne confiance. J’ai l’impression que cela nous rapproche. Je pense avoir fait ce qu’il fallait.
    Même si je suis triste pour son accident, ce petit coup de fil a le pouvoir d’apaiser un peu mes angoisses. En fait, même s’il ne m’appelle pas tous les jours, Jérém pense à moi. Et il sait que je suis là et que je le soutiendrai quoi qu’il arrive. Ce soir ça ne va pas fort et il vient chercher du réconfort auprès de moi. C’est génial.

    Le lendemain matin, lundi, malgré le temps maussade, je me sens de meilleure humeur que la veille. J’ai l’impression que hier soir j’ai un peu retrouvé la complicité avec mon Jérém. Que j’ai pu lui laisser entrevoir que mon épaule est assez solide pour qu’il puisse s’y appuyer en cas de besoin.
    En arrivant à l’arrêt de bus, je retrouve le bogoss Justin. Une cigarette à la main, le journal sportif dans l’autre, il me lance l’habituel « bonjour », accompagné d’un nouveau, large sourire. Sa barbe commence à bien repousser, et putain, comment c’est sexy cette barbe de quelques jours !
    Justin me serre la main avec son habituelle prise puissante et virile. Un premier contact qui me met de bonne humeur et qui me donne envie de tenter une conversation. Une envie qui reste sans suite, car le mec replonge direct dans la lecture, comme d’hab, décourageant ainsi mon élan.
    En cours, la bonne humeur semble au beau fixe. Monica est de bonne humeur parce que Fabien l’a emmenée en week-end, Fabien est de bonne humeur parce que Monica est partie en week-end avec lui. Raphaël est de bonne humeur parce qu’il s’est tapé deux nouvelles nanas, l’une levée dans une soirée étudiante le vendredi et l’autre draguée dans un bar le samedi.
    Moi aussi j’ai des raisons d’être de bonne humeur, la principale d’entre elles étant le coup de fil de mon Jérém de la veille. Avec la perspective de cet autre que je vais lui passer ce soir pour savoir comment vont son épaule et son moral.
    La seule qui a l’air pas vraiment de bonne humeur, c’est Cécile. Elle nous dit tout juste bonjour, puis s’installe deux rangées devant nous, sous prétexte de mieux entendre le cours.
    Pendant toute la journée, elle ne nous adresse presque pas la parole. Elle ne vient même pas manger avec nous au resto U à midi. Mais c’est avec moi qu’elle est la plus distante. Un malaise évident s’est installé entre nous depuis que je lui ai parlé. Un malaise que Raphaël ne manque pas de relever.
    « Je me trompe ou Cécile te fait la tête ? » il ne tarde pas à me questionner.
    « Non, pourquoi tu dis ça ? ».
    « Jusqu’à vendredi, elle était tout le temps collée à tes basques et là on dirait qu’elle est devenue allergique à ta présence ».
    « N’importe quoi ! ».
    « Si elle t’a adressé deux mots depuis ce matin, c’est un grand maximum ! ».
    « Allez, fiche-moi la paix ! ».
    « Vous ne deviez pas réviser ensemble ce week-end ? ».
    « Si ».
    « Vous avez révisé ? ».
    « Oui, oui » je fais, sur un ton agacé.
    « Qu’est ce qui s’est passé ? ».
    « Rien ! ».
    « C’est peut-être justement là le problème ! ».
    Comme souvent, Raphaël vise juste.
    « Tu ne l’as pas baisée ? » il enchaîne.
    « Occupe-toi de tes oignons ! ».
    « T’as eu une panne ? » il se moque.
    « Mais ferme-la ! ».
    « Elle ne te plait pas Cécile ? ».
    Je me retiens de lui répondre, je ne veux pas rentrer dans son jeu.
    « Pourtant, c’est une très belle nana » il poursuit « pas très avenante, je te l’accorde, mais pas dénuée de charme. Et pour une raison que j’ignore elle a posé ses yeux sur toi plutôt que sur moi ».
    « Ce n’est pas là la question… ».
    « Elle est où la question alors ? ».
    « La question c’est que… en fait, il n’y a pas de question. Ce n’est pas mon style, c’est tout ».

    Le soir j’essaie d’appeler mon Jérém mais je n’arrive pas à le joindre. J’appelle trois fois et par trois fois je tombe sur son répondeur. Je lui laisse un message pour savoir comment va son épaule. Mais le soir avance, les journaux du soir se terminent, les émissions de début de soirée démarrent et se terminent à leur tour sans que mon téléphone ne sonne.
    A 23 heures je me dis que je ne dois pas me prendre la tête, que peu importe si pendant un soir ou deux je n’ai pas de ses nouvelles, ce qu’il y entre nous est spécial et le restera. Ce soir il doit être avec ses potes, mais demain soir il me rappellera, c’est sûr !
    En attendant, ce soir j’ai besoin de serrer sa chemise dans le noir, de humer son empreinte olfactive qui me fait du bien, même si elle accentue le sentiment de manque.

    Le soir suivant, mardi, j’attends en vain un coup de fil de Jérém. Depuis deux jours je n’ai pas de ses nouvelles. Et mes inquiétudes recommencent à trotter dans ma tête.
    C’est un fait, nous habitons loin l’un de l’autre, nous évoluons dans des milieux très différents. Jérém évoluera dans un milieu où le coming out n’est pas vraiment bien vu. Il essayera de rester caché. Chose que je ne peux pas lui reprocher, évidemment.
    Nous pouvons espérer nous voir un week-end par-ci, un week-end par-là, toutes les 2… 3 semaines ? Est-ce que nous serons ensemble à Noël ? Pour le jour de l’an ? Pour la Saint Valentin ?
    Cette situation n’est pas simple et malheureusement elle est destinée à perdurer. Est-ce que cet état de choses est vivable sur la durée, surtout sur une si longue durée ? Est-ce que ce genre de relation me suffit ? Est-ce qu’elle me rend heureux ?
    Aussi, est-ce que cette situation va convenir à Jérém ? Comment va-t-il la vivre ? Lui qui m’a demandé de ne pas l’oublier, est-ce qu’il ne m’oubliera pas ? Comment entretenir la passion, l’amour et ses promesses, malgré la distance ?
    Pour gérer une relation à distance, il faut de la volonté et il faut être deux à l’avoir. On ne sait pas ce qui se passe dans la vie et dans la tête de quelqu’un qu’on ne voit pas. Déjà que quand on se voit c’est difficile, mais quand on est loin, c’est pire.
    Si j'étais à côté de lui, il me suffirait de voir son regard pour savoir comment il va. Et je pourrais lui faire sentir ma présence, mon soutien. Je pourrais le réconforter face au doute, l’encourager face à la difficulté, le féliciter face à la réussite.
    Mais avec la distance ce n'est pas du tout pareil. Qu'est-ce que j'ai à lui offrir pour l’avenir et comment le lui offrir sans quotidien commun, sans vie commune ? L'amour à distance est-il viable ?
    Pourquoi nous sommes partis de Campan ? Ce long week-end à la montagne, c’était vraiment le Paradis sur terre. Et ce Paradis semble si loin maintenant.
    J’aime le Jérém que j’ai trouvé à Campan. Et celui que j’ai retrouvé à Paris. J’aime sa façon de me faire sentir spécial, j’aime son regard amoureux. Mais j’aime également ses doutes, ses peurs, ses erreurs, ses maladresses.
    J’aime nos moments de tendresse, nos câlins au lit. J’aime me sentir dans ses bras. Et j’aime le sentir dans les miens. Et je sais qu’il aime tout autant me sentir dans ses bras que se sentir dans les miens.
    J’aime le voir heureux, le sentir apaisé. Je suis bien quand il est bien et je suis prêt à tout faire pour qu’il le soit le plus souvent possible.
    Je repense à son regard heureux lorsqu’il a découvert les photos de Campan et je sens une intense émotion m’envahir. J’ai du mal à retenir mes larmes.
    Car je l’aime, ce petit mec. Et je sais qu’il m’aime aussi. Même s’il ne me l’a jamais dit directement.
    Ce soir, je fais une insomnie. A une heure du mat, je suis toujours réveillé. En zappant à la radio, je tombe sur une émission animée par une voix féminine à la fois douce et grave, une voix très singulière, mais rassurante et bienveillante comme celle d’une copine.
    « Pas toujours facile de savoir si l'autre nous aime, surtout lorsqu'il ne nous le dit pas » s’inquiète un auditeur au téléphone. Une affirmation qui fait évidemment écho à mes ressentis.
    « Je crois que l’absence de déclaration ne signifie pas qu'il y a une absence de sentiments » lui répond l’animatrice avec sa voix à la fois douce et rocailleuse « Elle révèle une peur que le temps n'apaise pas. La peur de s'exposer et d'être vulnérable, la crainte que l'autre s'empare du "Je t'aime" comme d'un trophée, pour dominer. Il peut aussi montrer une certaine timidité et un manque de confiance en soi.
    Heureusement, il y a d’autres façons pour savoir si un homme est amoureux. Il y a des regards et des petits gestes qui disent plus que mille phrases, encore faut-il savoir les décoder ».
    C’est vrai, il faut savoir décoder. Je repense à ses mots à la gare à Paris, juste avant de nous quitter :
    « Avant de te rencontrer, je ne savais pas ce que c’était d’être heureux. Et pour ça, tu es quelqu’un de très spécial pour moi ».
    Ou à Campan, lors de nos retrouvailles :
    « Merci d’être là ».
    « Je ne te mérite pas ».
    « Je t’ai fait trop de mal ».
    « Je ne veux plus te faire du mal ».
    Toujours à Campan, avant de nous quitter :
    « Ne m’oublie pas, Nico ».
    Si ça ce ne sont pas des mots d’amour…
    Au fond de moi, je sais que c’est certainement sa façon de me dire « je t’aime ». Mais aussi peut-être une façon de me parler de sa vulnérabilité, de me dévoiler.
    Dans tous ces mots, ne m’a-t-il pas dit également : « Aime-moi comme je suis, aime-moi, malgré moi, aime-moi malgré ce que je t'ai fait, et malgré ce que j'ai peur de te faire encore. Et quoi que je fasse, quoi qu’il arrive, ne m’abandonne pas » ?
    « Qu’il soit dit avec les mots ou les actes, un « je t’aime » veut parfois dire « aime-moi »… » j’entends cette phrase fuser dans l’émission radio.
    Au fil du temps, Jérém a changé pour moi. Il m’a laissé rentrer dans sa vie. Il m’a montré ses fêlures, son humanité, ce qui le rend encore plus viril et touchant à mes yeux. Car il faut du courage, des couilles et de la confiance en l’autre pour montrer et assumer ses failles, ses limites, ses peurs.
    A Campan, il m’a présenté à ses amis, il a même fait son coming out. Depuis Campan, il me fait l’amour, il se préoccupe de mon plaisir. Il est tellement en confiance qu’il a même pu se donner à moi.
    Et maintenant, qu’est-ce que j’attends de notre relation ? Qu’est-ce que j’attends de lui ? Qu’est-ce que je peux attendre de façon réaliste ? De quoi ai-je besoin pour me sentir épanoui dans cette relation ?
    De quoi a-t-il besoin mon Jérém pour se sentir bien avec moi ? Qu'est-ce qui fera qu'il voudra rester avec moi ?
    « Je ne sais pas toujours ce que ça veut dire aimer quelqu’un » lance un auditeur.
    « Aimer un homme ou une femme n’est pas une tâche aisée » commente l’animatrice « Il faut d’abord apprendre à connaître notre partenaire, et à connaître ses besoins, ses ressorts émotionnels. Pour aimer quelqu’un, il faut d’abord respecter son indépendance, tout autant que la nôtre ».
    « Pour montrer qu’on aime, est ce qu’on doit faire passer le bonheur de l’autre avant le sien ? » relance le même auditeur.
    C’est ça donc la clé pour aimer mon Jérém ? Le laisser respirer, lui laisser son indépendance sans lui prendre la tête ? Lui laisser faire ce dont il a envie ? Lui laisser préférer ses potes à moi ? Le laisser coucher avec des nanas pour faire bonne impression ?
    Est-ce que le moment où j’ai aimé le plus Jérém n’est-il pas le jour après notre clash où j’étais prêt à renoncer à lui s’il était plus heureux sans moi ?
    « Jusqu’où on peut aller dans cette logique ? Où placer les limites ? » réplique alors l’animatrice.
    Et voilà. Où se situe donc la limite entre envie de bonheur de l’autre et mon bonheur à moi ? Jusqu’où je peux aller, jusqu’où je peux accepter de lui avant de craquer ?

    Le lendemain, mercredi, Justin est à l’arrêt de bus. Sa barbe a presque retrouvé sa longueur d’avant rasage intégral, ce qui, décidemment, lui donne un côté viril qui lui va super bien.
    Aujourd’hui il fait plutôt froid, et le bogoss porte une veste de jogging à capuche, avec cette dernière rabattue sur la tête, avec une casquette dessous. Dommage qu’il ait mis la capuche, j’aurais bien voulu le voir juste avec la casquette, je suis sûr que ça lui va super bien et qu’il est super sexy avec. Avec son pull à capuche et sa bonne bouille il a l'air tout gentil, tout câlin.
    Comme d’habitude, notre « rencontre » du matin se résume à un échange de « Bonjour », à un beau sourire de sa part, à une solide poignée de main, mais toujours pas de conversation.

    Le soir, Jérém me rappelle enfin.
    « Ourson ».
    J’ai beau me faire un sang d’encre en attendant son coup de fil pendant des jours, me dire que je ne peux pas tout lui laisser passer, j’ai beau avoir envie de lui prendre la tête, lorsque j’entends sa voix mâle prononcer le mot « Ourson », je fonds.
    « Hey, p’tit loup, je croyais que tu m’avais oublié ».
    « Pourquoi ? ».
    « J’ai essayé de t’appeler plusieurs fois, je t’ai laissé un message, tu n’as pas répondu ».
    « Nico, quand je suis avec mes potes je ne peux pas te répondre. Après, si je rentre tard, je ne vais pas t’appeler à une heure du mat ».
    « Tu peux ».
    « N’importe quoi ».
    « Moi j’aime bien te parler le soir, t’entendre me raconter ta journée ».
    « C’est toujours la même chose, tu sais… muscu, entraînements, matchs de préparation. Et les cours aussi ».
    « Et les sorties en boîte ».
    « Ça aussi ».
    « Mais pas le temps pour un petit coup de fil » je ne peux m’empêcher de lui lancer.
    « C’est pas grave si on ne s’appelle pas tous les jours, si ? ».
    « Non… mais… déjà qu’on ne se voit pas tous les jours… les coups de fil et les messages c’est tout ce qui nous reste ».
    « Mais moi je ne sais pas quoi te raconter tous les jours ».
    « Tu crois qu’on peut se voir ce week-end ? » je vais droit au but.
    « Ce week-end… je ne sais pas ».
    « Comment… tu ne sais pas ? ».
    « Ce n’est pas une bonne idée. Dimanche on a un match très important et il ne faut pas qu’on se rate… déjà que mon épaule en fait des siennes… ».
    « Au fait, elle va comment ton épaule ? ».
    « Ça va, j’ai repris l’entraînement ce matin, mais j’ai toujours mal ».
    « Alors ce week-end on ne se voit pas ».
    « Pas ce week-end, en plus je n’aurais pas vraiment de temps pour rester avec toi ».
    « Mais tu me manques trop ».
    « Nico, essaie de comprendre ».
    Je n’insiste pas, je ne veux pas lui prendre la tête.
    Oui, j’essaie de comprendre mais j’ai mal. Après ce coup de fil, je sens qu’une nouvelle insomnie se prépare. Après deux films sans intérêt sur deux chaines différentes, j’allume la radio peu après une heure du matin.
    Hâte de retrouver cette voix qui est en passe de devenir une présence quotidienne rassurante, une présence tout particulièrement bienvenue la nuit, le moment où la solitude et les tourments de l’amour sont les plus durs à supporter.
    Ce soir, une « sans-sommeil » comme moi se pose la question sur comment aider un homme qui paraît s’éloigner quand il a des problèmes.
    « Les hommes, pour la plupart, n'aiment pas évoquer les choses qui les préoccupent sur le moment, ils ont besoin de temps pour réfléchir et trouver une solution tout seul. Souvent, ils ont juste besoin d’une oreille attentive. L'écoute est souvent plus importante que la parole. L’écoute est une qualité que tout le monde ne possède pas, mais qui peut être développée ».
    Je crois savoir ce qui tracasse mon Jérém. La peur d’échouer au rugby, et la peur que ses potes découvrent qu’il est gay. En fait, il a peur d’être rejeté. Je pense qu’il a peur aussi que je le laisse tomber.
    Comment le rassurer quant à la sincérité et à la solidité de mon amour, comment lui faire comprendre que jamais je ne l’abandonnerai, sans lui donner l’impression d’une dépendance amoureuse de ma part qui pourrait l’effrayer ?

    Le jeudi, je n’ai pas le moral. Deux semaines déjà que je n’ai pas revu mon Jérém. Son refus de me recevoir chez lui à Paris le week-end qui arrive n’a fait qu’exacerber mes inquiétudes.
    En cours, Monica remarque que je ne suis pas bien. Je prétexte une mauvaise nuit de sommeil pour faire cesser les questions.
    Le soir même, je me laisse traîner à une soirée étudiante.
    « Ça te changera les idées » me lance Raph pour me convaincre à l’accompagner.


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  • Jérém et moi sommes en boîte de nuit à Paris avec ses coéquipiers lorsqu’une nana traverse la salle et attire l’attention de toute la tablée.
    « Alors, tu vas pas lui dire bonjour ? » j’entends l’un des gars lancer à mon Jérém, un gars que j’ai entendu appeler Léo à plusieurs reprises pendant la soirée.
    Jérém ne lui répond pas, préférant lancer un sourire gêné, boire une gorgée de bière et allumer une nouvelle cigarette.
    Mais Léo revient à la charge et, avec son plus beau sourire, il balance un truc que je reçois comme un coup de poing en plein ventre :
    « T’as du bien t’amuser le week-end dernier avec elle ».

    Stop ! Arrêt sur image. Qu’est-ce qu’il vient de dire Léo ? Que mon bobrun s’est tapé une pintade quelques jours plus tôt ? Que ses câlins, ses bisous, ses « tu m’as manqué » ne sont là que pour me rassurer et mieux cacher ses escapades ? Comment peut-il me faire ça, après Campan et ses promesses ? Comment peut-il coucher avec des nanas ?
    En fait, nous n’avons jamais parlé de cette éventualité. Certes, il m’a dit qu’il n’avait pas couché avec des mecs, mais il ne m’a jamais dit qu’il n’avait pas couché avec des nanas. Est-ce que son besoin de faire et d’être comme ses potes, pour mieux s’intégrer à son nouveau monde, couplé à ses besoins de mec, est plus fort que ce truc qu’il y a entre nous et sur lequel il est toujours incapable de mettre des mots ? Ou est-ce que tout simplement il se fiche de ma gueule ?
    Soudain, j’ai l’impression que le monde s’effondre autour de moi. Mes illusions quant à la fidélité de Jérém se fracassent sur l’écueil de la dure réalité. J’ai choisi de lui faire confiance et voilà que je tombe de haut, de haut, de haut. Et ça fait mal, putain que ça fait mal !
    Pendant un court instant, je croise son regard, mais il le détourne très vite.
    Je me sens comme si on m’avait assené un coup de poing en plein ventre par traîtrise. J’ai la tête qui tourne. Je sens la bière tanguer dans mon ventre. J’ai envie de vomir, j’ai envie de me casser d’ici.
    Lorsque j’arrive enfin à décrocher mes yeux de Jérém, happé par le besoin de regarder ailleurs pour reprendre mon souffle et mes esprits, je croise celui d’Ulysse. Et j’ai comme l’impression que ses yeux se baladent sans cesse de Jérém à moi et de moi à Jérém, et qu’ils semblent lire dans ma jalousie, dans le malaise de Jérém, et nous mettre complètement à nu.
    « Au risque de te décevoir, Léo, il ne s’est rien passé avec elle » j’entends mon bobrun se défendre.
    « A d’autres… ».
    « J’ai une copine ».
    « L’un n’empêche pas l’autre ».
    « Je ne suis pas comme ça ».
    « T’es sérieux, mec ? ».
    « Je te dis que oui ».
    « Je ne te crois pas ».
    « Casse pas les couilles » finit par lâcher Jérém sèchement.
    « Eh, ne me cherche pas » fait Léo, visiblement à moitié ivre, en se levant d’un air menaçant.
    « Change de disque, Léo, tu as trop bu, tu es relou » j’entends Ulysse lâcher, sur un ton tout aussi taquin que ferme, tout en posant un regard bienveillant sur Jérém. Ulysse qui vient d’attraper l’avant-bras de Léo, l’obligeant à se rasseoir.
    Ce dernier se mure dans un silence énervé et la conversation de la tablée repart illico sur un autre sujet.
    Quant à Jérém, lui aussi visiblement chauffé, il n’a plus du tout l’air à faire la fête.
    « Allez, les gars, on vous abandonne. Le métro va bientôt fermer » je l’entends lancer de but en blanc au bout d’une poignée de minutes seulement, en se levant.
    « Tu te couches avec les poules » se moque un autre jeune joueur.
    « C’est pour ça qu’il a une meilleure progression que la tienne » lui lance Ulysse.
    Quelques instants plus tard, nous nous retrouvons dans l’air frais de la nuit parisienne. Mille questions se bousculent dans ma tête. Ce sont des questions qui peuvent fâcher, qui peuvent tout faire basculer entre Jérém et moi. Ce sont des questions dont les réponses me font peur, c’est pourquoi je n’arrive pas à les poser et que je me mure dans un silence qui devient vite oppressant.
    « Tu fais la tête ? » finit par m’interroger Jérém.
    « Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? ».
    « Ce qui te tracasse ».
    « Dans ce cas, allons y. Tu as couché avec cette nana ? ».
    « Non ».
    « Et pourtant Léo semblait bien sûr de son coup ! ».
    « Ecoute-moi, Nico » fait Jérém en s’arrêtant subitement de marcher et en saisissant mes avant-bras pour m’arrêter « je n’ai pas couché avec cette nana, ni avec aucune autre ».
    « Et pourquoi il a sorti ça, alors ? ».
    « Parce qu’il m’a vu partir avec elle, c’est tout. Samedi dernier, cette nana m’a collé toute la soirée. Oui, on est parti de la boîte ensemble. Mais on n’a jamais couché ensemble. Elle voulait venir chez moi. Je lui ai dit que j’avais une copine à Bordeaux, mais elle voulait quand-même. Je lui ai dit que j’étais un gars fidèle. Elle s’est foutue de ma gueule et on s’est quittés. Mais je n’ai rien dit aux gars avant ce soir. Ils ont imaginé ce qu’ils ont voulu. Le seul qui m’a demandé c’est Ulysse ».
    « Pourtant, Léo avait l’air très sûr de lui… ».
    « Mais il se trompe. Nico… je… ».
    « Eh, ça va les gars ? » j’entends une voix nous interpeller.
    Je me retourne en même temps que mon Jérém. Guérin, le préparateur sportif est juste derrière nous.
    « Je prends le métro avec vous, je vais dans la même direction » il nous explique.
    Le métro est presque vide, la rame pratiquement déserte. Je m’assois à côté de Jérém, Guérin s’assoit en face de nous. Nous restons en silence pendant tout le voyage, jusqu’à ce que le préparateur sportif nous annonce :
    « Je descends à la prochaine gare ».
    « Ça va, Jérém ? » je tente d’engager la conversation dès que nous sommes seuls.
    « Ouais » il lâche.
    Dès que nous quittons la rame, Jérém allume une cigarette qu’il fume nerveusement.
    A l’appart, la fougue qui avait aimanté nos corps jusqu’à il y a quelques heures plus tôt a laissé la place à un silence pesant. Collé à la petite fenêtre, mon bobrun fume cigarette sur cigarette, le regard perdu dans la nuit parisienne.
    « Tu viens pas te coucher, Jérém ? ».
    « Je n’ai pas sommeil ».
    « Jérém ».
    « Quoi ? ».
    « Tout à l’heure, avant que Guérin nous rejoigne, tu allais me dire quelque chose ».
    « Je sais plus ».
    « Quand tu me disais que tu n’avais pas couché avec cette nana ».
    « Je n’ai pas couché avec cette nana ! » il me lance avec emportement.
    « Je te crois ».
    « Mais j’ai failli ».
    C’est dur d’entendre ça.
    « Et qu’est-ce qui se passera la prochaine fois qu’une nana voudra coucher avec toi ? ».
    « Je ne sais pas, je n’en sais rien. Je vais continuer avec l’histoire de la copine tant que je pourrais. Mais je ne pourrai pas leur faire gober ça éternellement ».
    Je sais que c’est le bon moment pour lui parler de ce sujet qui me tracasse depuis bien longtemps. Mais les mots restent bloqués au fond de ma gorge, retenus par la peur. J’ai l’impression d’être au bord d’un précipice et de devoir accomplir un numéro d’équilibriste extrêmement périlleux.
    « Jérém, je ne veux pas t’obliger à me mentir » je finis pourtant par lancer.
    « Je ne te mens pas ».
    « Ce que je veux dire c’est… que… si un jour tu craques… je voudrais juste être sûr que tu te protèges… ».
    « Mais je ne veux pas craquer ».
    « Je ne veux pas non plus que tu craques… je ne veux surtout pas que tu craques ».
    « C’est dur de te dire ça » je me force à continuer, alors que j’ai l’impression que ma gorge se sèche et se paralyse « mais si un jour ça devait arriver, je veux que les choses soient claires. Entre nous, on fait sans capote. Mais si on va voir ailleurs, on se protège ».
    « Tu veux aller voir ailleurs ? ».
    La petite note d’inquiétude que je crois déceler dans la précipitation de sa question me touche et me rassure d’une certaine façon.
    « Mais non, pas du tout, pas du tout. C’est toi que j’aime et je n’ai aucune envie de coucher avec un autre gars. Je le répète, je n’ai pas du tout envie d’aller voir ailleurs et non je n’ai pas envie que tu ailles voir ailleurs non plus. Mais si ça devait arriver, je ne veux pas qu’on prenne le moindre risque. Les MST ça peut être grave. Aussi, si ça devait arriver, je te demande trois choses. D’abord, protège-toi, protège-nous. Ensuite, je ne veux pas savoir. Ne laisse rien traîner, protège-moi de ce côté-là aussi. Et enfin, Jérém… surtout, surtout, surtout, ne tombe pas amoureux ».
    « Nico… » fait le bobrun, en me rejoignant enfin au lit, en me serrant fort dans ses bras musclés et en plongeant son visage dans le creux de mon épaule.
    « Promets-moi, Jérém ».
    « Je te le promets ».
    « Moi aussi je te le promets ».
    « Tu es tellement important pour moi, Jérém. Je suis tellement heureux avec toi, surtout depuis Campan » je lui chuchote, tout en caressant doucement ses cheveux.
    « Moi aussi je suis bien avec toi ».
    Ses mots me rassurent. Sa tendresse me rassure. Son besoin de câlins me rassure.
    On peut fantasmer sur tous les bogoss du monde, et c’est même inévitable. Mais il n’est rien de plus précieux que d’avoir quelqu’un dans sa vie qui compte pour nous et pour qui on compte.
    Nous restons ainsi, enlacés, mon bobrun blotti dans mes bras, jusqu’à ce que le sommeil nous happe, alors que la pluie a recommencé à tomber dehors.

    Dimanche 14 octobre 2001.

    Lorsque je me réveille, Jérém dort encore. Le petit réveil sur la table de nuit indique 10h17. Ce n’est pas tôt, mais j’en avais besoin. De toute façon, rien ne presse. Bien sûr, c’est ma première fois à Paris et une partie de moi trouve dommage de ne pas en profiter pour visiter un peu plus. Mais, une fois encore, je me dis que le plus important pour l’instant est de passer du temps avec mon bobrun et que pour visiter Paris j’aurais d’autres occasions.
    Les souvenirs de la veille remontent peu à peu à mon esprit. Les mots de Léo. Le regard d’Ulysse. Notre départ de la boîte de nuit. Jérém qui me dit qu’il ne s’est rien passé. Ses mots : « mais je ne veux pas craquer ». Oui, j’ai envie de le croire. C’est beaucoup plus rassurant de le croire.
    Est-ce que ma trique du matin me pousse à être trop confiant ? La proximité de mon beau mâle brun me met dans tous mes états. Comme chaque fois au réveil, j’ai horriblement envie de lui.
    Une fois n’est pas coutume, mon bobrun ne dort pas sur un flanc ou sur le dos, mais il est à plat ventre, l’oreiller coincé en travers entre le matelas, son épaule et son visage. Le drap descendu à hauteur de ses reins me permet d’admirer la beauté sculpturale de son dos, de ses épaules, de son cou, ainsi que la sexytude insoutenable de ses tatouages de mec.
    Soudain, je me rappelle qu’il va avoir 20 ans dans deux jours. Et je constate une fois de plus à quel point il est beau comme un dieu.
    Pour assouvir mon envie, qui va devenir aussi son envie, je dois d’abord le réveiller. Je vais m’y prendre tout en douceur.
    Je commence par poser quelques bisous légers à la base de sa nuque. Le bobrun frémit dans son sommeil. Je laisse glisser mes lèvres le long de son cou à la peau mate. Il pousse un petit grognement de plaisir qui m’encourage à continuer mon petit programme de réveil sensuel.
    Je passe lentement la langue dans le creux de ses omoplates, je descends délicatement le long de sa colonne vertébrale, jusqu'au creux de ses reins. Le bogoss se remue un peu, s’étire, mais ne change pas de position. Les profondes inspirations que je l’entends prendre me disent qu’il semble apprécier le traitement.
    J’arrive ainsi à la limite de sa nudité. Pour aller plus loin, je dois d’abord tirer ce drap qui recouvre ses fesses bombées, ses cuisses musclées. Là aussi, j’y vais lentement. Le glissement du drap sur la peau de ses fesses provoque en lui une sorte de frisson intense que j’ai l’impression de ressentir également en moi. Je sens que l’excitation est en train de gagner son corps et son esprit.
    Je m’enhardis, je me faufile entre ses jambes. J’envoie ma langue exciter une nouvelle fois le creux de ses reins, ce qui provoque un nouveau frisson. Puis, je la laisse descendre lentement, jusqu’au délicat début de sa raie. Et là, alors que mes mains écartent ses globes, je la laisse glisser doucement dans le sillon de ses fesses. Le bogoss se cambre légèrement, il écarte un peu plus ses cuisses. Je vais directement au but, j’excite son trou avec entrain, animé par l’envie de lui faire plaisir comme jamais.
    Très vite, le bogoss plie ses genoux, relève le bassin pour offrir totalement et impudiquement sa rondelle à la caresse gourmande et insatiable de ma langue qui cherche à le fouiller de plus en plus profondément, tout en lui arrachant gémissements et soupirs de plaisir.
    Jérém se branle en même temps. Je ne serais pas contre le faire jouir de cette façon. Mais le bobrun a d’autres projets. Après un bon petit moment et de nombreux frissons, il se retourne, me fait basculer sur le matelas, sur le dos, il s’allonge sur moi, torse contre torse, il m’embrasse. Puis, il lèche longuement mes tétons, tout en saisissant nos deux queues dans sa main et en les branlant, gland contre gland. Les va-et-vient de sa main sont lents, doux, et c’est divinement bon.
    Tellement bon que je sens très vite mon orgasme arriver.
    « Je vais jouir » je lui annonce.
    « Moi aussi » il me répond, tout en m’embrassant.
    Une pluie de giclées chaudes atterrit sur mon torse, nos semences se mélangent sur ma peau, jusqu’à mes pecs, jusqu’à mon menton.
    Après m’être essuyé, je retrouve les bras puissants et chauds de mon mec. Et une nouvelle fois, bercé par ce bonheur mâle, je me sens glisser dans le sommeil.

    Lorsque j’émerge à nouveau, il est presque midi. Jérém n’est plus au lit mais je retrouve facilement sa trace en percevant le bruit de l’eau dans la douche. Lorsqu’il sort de la salle de bain habillé uniquement d’un boxer blanc à la bosse on ne peut plus tentante, ainsi que d’un t-shirt bleu ciel moulant ses pecs et ses épaules, j’ai envie de lui sauter dessus.
    « Bonjour toi » je lui lance « t’as bien dormi ? ».
    « Ça va, et toi ? ».
    « Pas mal du tout ».
    « Tu passes à la douche, j’ai faim ! ».
    Je prends ma douche, mais pas avant m’être shooté pendant quelques instants au bouquet viril et oh combien érotique qui se dégage à la simple ouverture de son sac de sport. Je prends ma douche comme dans un état second, enivré par l’air chargé d’une humidité saturée par le mélange des fragrances de son gel douche et de son déo.
    Dès que je suis prêt, nous quittons l’appart et nous prenons le métro direction le Champ de Mars. Le bogoss a remis son beau blouson d’étudiant et il est sexy à mort.
    Nous déjeunons dans un bistrot non loin de la Tour Eiffel. Pendant que nous attendons le dessert, Jérém me propose de monter sur la Dame de fer après le déjeuner.
    « Ça vaut le coup » il m’annonce.
    « Tu y es déjà monté ? ».
    « Oui, avec des potes ».
    « Avec Ulysse ? ».
    « Oui, il connaît cette ville par cœur ».
    « Vous avez l’air de bien vous entendre ».
    « Entre lui et moi le courant est passé depuis le premier jour. C’est le premier gars qui est venu me parler, c’est lui qui m’a présenté à tous les autres, c’est lui qui m’a invité aux soirées, et qui m’a fait me sentir bien. Ce gars est un type bien, il m’aide beaucoup à progresser. Il a beaucoup d’expérience et il sait en faire profiter ».
    « Mais au fait, il a quel âge ? ».
    « Je crois qu’il a 27 ans ».
    Ah, oui, 27 ans. Je m’étais dit qu’il faisait plus âgé et plus mûr que mon Jérém.
    « Il est arrivé au Racing il y a deux ans. Avant il jouait à La Rochelle ».
    « D’où la copine là-bas ».
    « Ulysse est quelqu’un qui a vraiment l’esprit d’équipe, du rugby » il continue « Il est généreux, c’est un véritable pote. Et en plus, il est marrant. Et puis, il sait toujours garder la tête froide, il sait motiver les troupes, c’est le genre de gars qui t’oblige à aller chercher le meilleur de toi-même pour mériter son amitié ».
    « C’est drôle, quand je t’entends parler de lui, j’ai l’impression que tu parles de… ».
    « Thib » il finit ma phrase.
    « Et voilà, c’est bien ça. Dès que je l’ai vu, je me suis dit : voilà un « Thibault » en version blond » je confirme.
    « Ce gars est mon garde-fou comme l’était Thib. Je sais qu’il sera toujours là pour moi et qu’il saura me rappeler à l’ordre si je déconne ».
    Les mots de Jérém ne font que confirmer l’impression que j’avais eue dès le départ au sujet d’Ulysse, le fait que ce dernier a un véritable ascendant sur lui, qu’il l’a pris sous son aile, comme Thibault l’avait fait à une autre époque.
    « Au fait, tu as des nouvelles de Thib ? » il me demande.
    « Je l’ai eu au téléphone le week-end dernier. Nous n’avons pas pu beaucoup parler, parce qu’il était dans sa belle-famille dans le Gers. Mais il a l’air d’aller mieux. Apparemment, les médecins sont optimistes, il devrait pouvoir recommencer à jouer avant la fin de l’année ».
    « Ça me fait plaisir ».
    « Ce que tu as fait pour lui, les retrouvailles entre potes, je pense que ça lui a vraiment fait du bien ».
    « J’espère ».
    « C’est bien que vous ayez pu vous reparler ».
    « Je me sens mieux depuis ».

    A la tour Eiffel, il y a de l’attente. Jérém commence à s’impatienter mais nous finissons par pouvoir engager la montée au premier palier par les escaliers. Vue de près et de l’intérieur, la structure métallique de la Dame est impressionnante. Une prouesse architecturale et artistique. Au premier étage, la vue sur Paris est déjà intéressante. Mais nous savons pertinemment qu’il y a mieux.
    Nous nous sentons motivés pour continuer la montée par les escaliers. Les muscles fatiguent mais la détermination ne faiblit pas. Au deuxième étage la vue est saisissante. Dans sa vue imprenable à 360 degrés, je peux admirer la perspective du Champ de Mars, de l'Ecole Militaire, de la tour Montparnasse et du dôme des Invalides. Mais aussi la Seine, ses ponts, ses péniches.
    Je regrette de ne pas avoir pensé à prendre un appareil photo.
    Nous empruntons l’ascenseur pour atteindre le dernier étage. Au troisième palier, la vue est impressionnante. Il y a du vent et le sommet de la tour oscille de façon perceptible donnant à la plateforme un léger mouvement de berceau.
    Il est 16h00 lorsque nous redescendons.
    « Il est à quelle heure ton train ? » me demande Jérém.
    « 18h58 ».
    « Tu veux encore te balader ? ».
    « Non, je veux rentrer à l’appart pour te serrer contre moi ».
    Le bogoss sourit. Ma réponse a l’air de lui plaire et d’aller dans le sens de sa question.
    A l’appart, dès la porte d’entrée claquée derrière nous, nos mains respectives se glissent impatiemment sous le t-shirt de l’autre. Très vite, ces derniers remparts de tissu finissleent par sauter, permettant aux mains et aux bouches de se promener librement sur les pecs, les épaules, les cous.
    Jérém me fait l’amour une dernière fois, puis me pompe jusqu’à me faire jouir à mon tour.
    Nous venons de nous offrir du plaisir mutuellement. A cet instant précis, j’ai juste envie de m’endormir à côté de mon bobrun et de me réveiller le lendemain toujours à côté de lui.
    Hélas, l’heure tourne et il est temps pour moi de bouger si je ne veux pas rater mon train pour Bordeaux.
    Je n’ai tellement pas envie de partir. Surtout que dans deux jours c’est son anniversaire et que je voudrais bien le lui fêter avec lui comme il se doit.
    Mais une nouvelle semaine arrive, une semaine de cours à la fac pour moi, une semaine d’entraînements et de cours aussi pour mon Jérém. Je sors de la douche, je m’habille et, avant de partir, je sors les deux petits paquets de mon sac et je les lui donne.
    « C’est quoi ça ? ».
    « C’est pour ton anniversaire ».
    « Oh, Nico, il ne fallait pas » il me lance, l’air très touché « merci beaucoup ».
    « Avant de me remercier, ouvre-les ! Peut-être que tu vas pas aimer ».
    « Je suis sûr que si… ».
    Le bogoss ouvre le premier paquet, contenant les photos de Campan.
    « Bon anniversaire Jérém, avec un peu d’avance… ».
    « Ah, des photos ! De nous deux… à cheval… à Campan… on a passé vraiment des beaux moments avec cette bande de fous. J’ai passé vraiment des bons moments avec toi » je l’entends dire, en feuilletant rapidement le petit paquet d’images.
    « Moi aussi j’ai passé un moment génial là-haut, avec toi ».
    « On est beaux tous les deux » je l’entends s’exclamer en recommençant un nouveau diaporama.
    « Grave ! » je confirme.
    « Ça se voit qu’on est bien ensemble » j’ajoute.
    « Merci, merci beaucoup, Nico ».
    Jérém a l’air vraiment touché. Emu.
    « De rien, de rien » je lui réponds, en essayant de contenir mon émotion.
    Jérém pose les photos sur la table, vient vers moi et il me serre très fort dans ses bras. Le contact avec son torse, ses bras, son visage est pour moi une source de bien-être absolu et de bonheur immense.
    « Merci d’être là. J’ai de la chance de t’avoir rencontré… si je n’avais pas fait le con dans mon premier lycée, je ne t’aurais jamais croisé ».
    « Ne m’oublie pas Jérém ».
    « Ça ne risque pas » il réagit, tout en décollant son torse du mien, en me regardant droit dans les yeux et en me donnant un bisou.
    « Il reste un petit cadeau » je lui lance, pour faire diversion et cacher mes larmes.
    « T’es fou, Nico ! » fait-il, tout en ouvrant le deuxième paquet.
    « Je ne sais pas si tu vas aimer, mais tu peux la changer à Toulouse si tu veux ».
    Le bobrun ouvre la petite boîte et il en extrait la chaînette de mec que j’ai achetée quelques jours plus tôt.
    « Mais-elle-est-magnifique ! » il s’exclame, en détachant bien les mots, comme pour mieux me montrer à quel point il apprécie mon cadeau.
    « J’espère qu’elle est à ta taille ».
    « Il n’y a qu’un moyen de le savoir » fait-il, en me tendant le petit bijou et en se retournant pour que je puisse la lui passer autour du cou.
    Les doigts tremblants, je la fais glisser autour de son cou puissant, et je l’agrafe. Jérém m’attrape par la main et m’amène vers la petite salle de bain. Il s’arrête devant le miroir, il contemple sa nouvelle chaînette calée sur son t-shirt bleu ciel, à hauteur de ses pecs moulés par le coton doux.
    Je ne suis pas peu satisfait de mon coup. Car je trouve que la longueur, la taille de la maille, sa forme, son éclat, tout est parfait. Je trouve que ça lui va comme un gant. Je trouve que ça ajoute encore de l’éclat à une sexytude déjà insupportable. Je l’imagine déjà, en train de me faire l’amour, cette chaînette ondulant autour de son cou au gré de ses va-et-vient. Je regrette de ne pas lui avoir donné plus tôt dans le week-end, pour pouvoir la voir en action pendant l’amour. J’ai encore envie de lui.
    Cependant, j’attends son verdict avec un peu d’appréhension. Mais il ne se fait pas attendre.
    « Elle est parfaite ».
    « C’est vrai, tu l’aimes ? ».
    « Elle est très belle… mais il ne fallait pas ».
    « Si, il le fallait. Tu m’as donné la tienne, et ça manquait à ton cou ».
    Pour toute réponse, le bobrun glisse ses doigts dans l’arrondi de mon t-shirt et il en extrait son ancienne chaînette.
    « Elle est à toi maintenant. Comme ça, je suis toujours un peu avec toi » fait-il, en touchant ma chaînette.
    « Et maintenant, tu es toujours un peu avec moi » il enchaîne, en touchant mon cadeau.
    « A nouveau, merci beaucoup Nico » fait-il, en me serrant une nouvelle fois dans ses bras.
    « Jérém… je suis désolé. Je voudrais ne jamais partir, mais l’heure approche ».
    « Ah oui, tu as raison ».
    « C’est maintenant qu’on se quitte » je lui lance.
    « Non, parce que je vais t’accompagner à la gare » fait-il, en attrapant son blouson d’étudiant sexy et en le passant par-dessus son beau t-shirt bleu ciel agrémenté d’une nouvelle chaînette tout aussi sexy.
    « Mais tu vas pas te taper plus d’une heure de métro juste pour m’accompagner ».
    « Tu me connais mal » fait le bobrun, en s’avançant vers moi d’un pas rapide, et en me collant contre le mur comme s’il voulait me faire l’amour sauvagement. Mais au lieu de quoi, il attrape mon visage entre ses deux mains, et il m’embrasse fougueusement. Des baisers tellement chauds qui ont le pouvoir de me faire bander sur le champ.
    « Allez, on y va » il lance, en se décollant de mes lèvres.
    « T’as raison, maintenant que je bande comme un âne ».
    Le bobrun revient vers moi, il presse sa bosse bien tendue contre la mienne, contact qui me procure un frisson intense qui me fait sursauter.
    « Toi aussi tu bandes » je constate, dans un état second.
    « Beau p’tit mec » il lance, l’air aussi excité que moi.
    « C’est toi qui es beau comme un Dieu ».
    « Si on avait le temps » il enchaîne en me chuchotant à l’oreille « je te boufferais bien le cul jusqu’à te rendre dingue, avant de te défoncer jusqu’à ce que tu demandes pitié ».
    « Et tu me remplirais de ton jus chaud ? ».
    « Oh, que oui, et tu partirais fourré comme jamais ».
    En quelques baisers enflammés, en quelques mots allumeurs, le bobrun a réussi à provoquer en moi un incendie de désir. Un incendie qui s’est propagé d’un corps à l’autre et qui nous ravage désormais d’envies sensuelles. J’ai tellement envie de lui que je serais prêt à rater mon train.
    Je regarde ma montre. Je me dis que j’ai bien dix minutes pour me faire défoncer une dernière fois par mon beau mâle, avant je ne sais pas combien de temps.
    Je le regarde droit dans les yeux, et dans les siens je lis le même désir qui est le mien. Sans ciller, je défais sa ceinture et sa braguette.
    Le bogoss me regarde faire, excité à mort.
    « Nous n’avons que dix minutes » je lui lance.
    « Ce sera largement suffisant pour te faire grimper au rideau ».
    Et là, je le vois se débarrasser de son blouson d’étudiant en le jetant nonchalamment sur le lit, baisser son pantalon et son boxer avec des mouvements précipités, s’avancer vers moi, m’attraper par les épaules avec un geste très ferme, me faire pivoter en me positionnant face au mur.
    Et là, tout en squeezant le passage « je te boufferais bien le cul jusqu’à te rendre dingue » par manque de temps, j’entends le bogoss cracher dans sa main, se badigeonner rapidement la queue, puis mon trou.
    Un instant plus tard, son gland se faufile dans le sillon de mes fesses, visant pile à l’entrée de mon trou de bonheur. Le bobrun s’enfonce en moi, glisse en moi, prend possession de moi. Il commence à me tringler, tout en envoyant ses doigts caresser habilement mes tétons.
    « Vas-y, défonce-moi bien beau brun ! » je lui lance, fou de plaisir.
    « Oh oui, je vais bien te défoncer » fait-il, en envoyant ses coups de reins avec une puissance décuplée.
    « Fais-toi plaisir, mec » je le chauffe encore « n’aies pas peur de m’éclater le cul, je veux sentir tes coups de bite jusqu’à Bordeaux, je veux me souvenir de ta puissance de mec pendant des jours ».
    Et là, je sens ses mains empoigner mes hanches si fort que j’en ai presque mal. Le jeune mâle fougueux, chauffé à bloc, me défonce en mode marteau piqueur. J’ai l’impression que son gland tape si fort et si loin comme jamais auparavant. Ses couilles frappent les miennes comme des coups de martinet. Au début, ça me fait même un peu mal. Mais avec la montée de l’excitation, ça en devient une partie du plaisir.
    Ses va-et-vient sont si puissants et rapides, les glissements de son manche raide dans ma chair si nombreux que, peu à peu, je sens une brûlure s’installer à l’entrée de mon trou. Une brûlure qui n’est pas encore désagréable, et qui est exactement ce que je cherchais, une brûlure qui va me suivre pendant des jours, comme lors de nos premiers ébats dans l’appart de la rue de la Colombette à Toulouse, une brûlure qui va se réveiller à chaque fois que je vais marcher, rester assis pendant longtemps, ou simplement contracter mon trou. Une brûlure que je vais sentir pendant que je me branle, pendant que je jouis. Une brûlure qui va me rappeler la puissance de mon mâle, qui va me faire sentir bien à lui, et pendant longtemps.
    « Ah putain Jérém, tu me baises tellement bien ! ».
    « Tu la kiffes ma queue, hein ? ».
    « Elle me rend fou, elle est tellement bonne ! ».
    « Je t’éclate bien le cul, hein ? ».
    « Tu me fais plaisir à un point que tu ne peux même pas imaginer ».
    « Je vais te remplir, mec… » je l’entends souffler, la voix coupée par l’orgasme qui submerge déjà son esprit.
    Et là, je sens ses coups de reins ralentir jusqu’à presque s’arrêter. Sa queue bien enfoncée en moi ne donne plus que des petits coups espacés, des petits coups synchros avec des soupirs profonds sortant de sa cage thoracique, chacun d’entre eux me notifiant une nouvelle bonne giclée de sperme de mâle brun fourrant bien profondément mes entrailles.
    Je suis tellement excité que je peux m’empêcher, une fois que le bobrun se retire de moi, de me mettre à genoux devant lui, de prendre en bouche sa queue toujours raide, d’astiquer son gland jusqu’à retirer la moindre trace de cette boisson divine qui m’enivre comme une drogue.
    Lorsque je me relève, aidé par ses mains qui se faufilent sous mes aisselles et m’aident à me mettre debout, je prends Jérém dans mes bras et je le serre très fort contre moi.
    « C’était trop bon » je lui chuchote.
    « C’était un truc de malade. Je t’ai pas fait mal ? ».
    « Non, tu m’as fait trop de bien ».
    Je lui fais plein de bisous dans le cou, insatiable d’effusions vis-à-vis de ce corps, de ce mec qui m’a offert tant de plaisir.
    « Il faut y aller, Nico ».
    « Pffff, j’ai pas envie ».
    Le bogoss sourit.
    Je commence à remonter mon boxer et mon jeans, lorsque je réalise quelque chose que je n’avais pas remarqué jusqu’à maintenant. L’un et l’autre sont souillés de taches humides. Je touche mon gland, il est humide aussi. Je réalise que j’ai joui sans même m’en rendre compte. Le plaisir provoqué par sa queue me limant avec une puissance de dingue, ainsi que le bonheur de le sentir jouir en moi a dû happer mon esprit jusqu’à m’empêcher de sentir mon propre orgasme.
    Je suis obligé de rouvrir ma valise, de me changer, sous le regard amusé de mon bobrun qui a allumé une clope.
    Je regarde la montre. Il n’y a plus une minute à perdre. Nous nous échangeons un dernier bisou et nous quittons l’appart. Dès la porte refermée derrière nous, cet appart me manque déjà. J’espère le revoir bientôt. Si j’avais les moyens, j’y reviendrais déjà le week-end prochain. Au pire, je reviendrai dans deux semaines. Je me dis qu’il faut que je revienne au moins toutes les deux semaines.
    Nouveau métro, un peu plus peuplé en ce dimanche soir. Le Parisien revient au bercail avant le début de la nouvelle semaine.
    Comme toujours, en quelques images furtives, un geste, un regard, un sourire, un jeans bien porté, un t-shirt ajusté, une barbe, une traînée de parfum, le métro me plonge dans cette multitude tourbillonnante, bouillonnante, enivrante et infinie de tout ce qu’une ville comme Paris peut compter de charmes masculins. Des sexytudes à la fois captivantes, ensorcelantes, incandescentes, allant du bogoss viril et ténébreux, mâle alpha, au choupinou à couvrir de câlins, une multitude multicolore se renouvelant à chaque minute, presque chaque seconde, à chaque couloir, à chaque station de métro.
    Je ne peux pas ne pas ressentir une sorte de vertige en essayant vainement de saisir toutes ces nuances de bogossitudes, en essayant de prolonger par mon regard aimanté cet instant trop bref où j’ai été d’un coup percuté par la jeunesse, la bogossitude aveuglante d’un p’tit con ou d’un beau barbu.
    C’est terriblement frustrant de ressentir ce sentiment paradoxal de se trouver au milieu de l’effervescence de tant de vies, mais d’en rester à l’extérieur. Et je ressens comme une envie de me diluer dans la foule, comme un fluide, comme un brouillard, pour pouvoir toucher, caresser, sentir toute cette jeunesse et ces bogosses dans leur entièreté, dans leur totalité, pour pouvoir tout savoir de tous.
    Oui, dans une ville nommée Paris, il y a un endroit appelé métro, une ville sous la ville composée d’un complexe réseau de couloirs et de gares, mais aussi par un encore plus inextricable réseau de vies, de destins, d’émotions, de frustrations.
    Parfois je me demande pourquoi je ressens tous ces frissons, et à quoi bon me poser toutes ces questions. D’autant plus en présence du garçon que j’aime.
    Et puis l’instant d’après, je me dis que je ne pourrais pas renoncer à cet aspect de ma vie intérieure, à cette partie de moi. Même si je suis heureux dans ma vie sentimentale.
    Je peux m’empêcher de coucher avec un beau mec. Ce qui est d’ailleurs très simple la plupart du temps, car l’immense majorité des beaux mecs que je croise m’est inaccessible. Mais je ne pourrais jamais s’empêcher d’éprouver un frisson, de fantasmer sur ces mêmes beaux mecs. Car la bogossitude fait appel à un instinct primaire qui échappe définitivement à mon contrôle. Alors, apprécier la bogossitude est un besoin primaire comme respirer, boire, manger, dormir.
    A la Gare Montparnasse, Jérém m’accompagne jusqu’au quai. Au moment de nous quitter, j’ai l’impression qu’il est ému.
    « Je voudrais tant être capable de te rendre heureux » je l’entends lâcher tristement.
    « Mais tu me rends heureux ! Tu ne peux même pas imaginer à quel point ! ».
    « Tu n’as pas à t’inquiéter pour ce dont on a parlé cette nuit. Je n’ai pas du tout envie d’aller voir ailleurs » il enchaîne, adorable.
    « Moi non plus je n’en ai pas envie. Je t’aime Jérém ».
    J’ai du mal à retenir mes larmes.
    « Monte ! » je l’entends me lancer.
    Sans savoir ce qu’il a en tête, je m’exécute. Et là, après avoir regardé autour de nous qu’il n’y ait personne dans les parages, il me claque un dernier bisou volé au temps et aux regards. Nos lèvres viennent tout juste de s’éloigner lorsqu’un type rentre dans le train derrière nous.
    « Avant de te rencontrer, je ne savais pas ce que c’était d’être heureux. Et pour ça, tu es quelqu’un de très spécial pour moi » il me glisse discrètement « C’est ça que je voulais te dire hier soir quand Guérin nous a interrompus ».
    Ah putain, qu’est-ce que j’aime ce Jérém !
    « Moi aussi je suis tellement heureux de t’avoir rencontré ! Tu vas me manquer ! ».
    « Toi aussi tu vas me manquer, ourson… ».
    « Je viendrai te revoir bientôt, ptit loup ! ».
    « Envoie-moi un message quand tu es arrivé à Bordeaux ».
    « Ok, Jérém, on s’appelle. Et on se revoit bientôt ».
    Le bogoss sourit et descend tout juste une poigné de secondes avant que les portes ne se referment. Je le regarde, il ne me quitte pas des yeux. Nos regards s’aimantent jusqu’à ce que l’avancement du train les arrache brutalement l’un de l’autre.
    Quitter Jérém est une déchirure. J’ai tellement envie de pleurer. C’est horrible à quel point il me manque déjà. C’est comme si son corps était une partie du mien, comme si son âme était une partie de la mienne. La séparation, je la vis comme une violence extrême, comme une injustice, comme une mutilation de mon cœur, de mon âme.
    Il me faut de longues minutes pour me décider à quitter le passage entre wagons pour aller chercher une place assise. Le train étant à moitié vide, je peux choisir une place sans personne autour.
    Je ferme les yeux et je repense au week-end qui vient de se terminer. Je repense aux bons moments avec Jérém. A nos retrouvailles, à sa façon de me faire l’amour. Je repense à notre soirée à Montmartre et sur la Seine, magique. A quand nous avons fait l’amour au son de la pluie.
    Et je ne peux m’empêcher de repenser à notre sortie au « Pousse au Crime ». Et aux mots de Léo quant à cette nana que Jérém aurait ramenée chez lui le week-end d’avant. J’ai choisi de croire Jérém quand il m’a assuré qu’il ne s’était rien passé. Et pourtant, en m’éloignant de lui, je recommence à douter. Et si Jérém m’avait menti pour me ménager ? Et s’il avait vraiment couché avec cette nana ? Et s’il l’avait fait pour faire ses preuves aux yeux de ses nouveaux potes ? Ou bien parce qu’il ne peut pas tenir trois semaines sans coucher ? Ou parce que son égo a besoin d’être rassuré ?
    Je repense aussi aux mots de Julien et du sage Albert, quant au fait que je ne pourrai pas lui empêcher d’avoir des aventures. Ça me fait horriblement mal d’imaginer mon bobrun au lit avec une nana, même si c’est juste pour se soulager et pour montrer à ses potes qu’il est l’un des leurs. Et pourtant, je devrais peut-être l’accepter. Tant que je suis spécial à ses yeux, tant que je suis le seul à lui offrir son véritable plaisir, le seul avec qui il fait l’amour, le seul avec qui il couche sans se protéger, cela devrait me suffire. Cette histoire de nana, qu’elle soit vraie ou pas, a quand même un côté positif : elle nous a permis d’aborder le sujet de la protection et cela devrait me rassurer d’une certaine façon.
    Même si, d’un autre côté, le fait d’avoir parlé prévention a un revers de la médaille qui me donne déjà des sueurs froides. Je ne veux pas que maintenant que nous avons parlé de cela, Jérém se sente libre d’aller voir ailleurs en se disant que, peut-être je vais voir ailleurs aussi. Je repense à sa réaction vive lorsque je lui ai dit que nous devons nous protéger en cas d’aventures. J’ai eu l’impression que l’idée que je puisse coucher avec un autre gars l’a fait tiquer.
    Ce qui me pourrait vraiment me rassurer, c’est de l’avoir entendu dire « qu’il ne veut pas craquer ». Et ce serait le cas, si seulement dans ces mots je n’avais cru déceler un déchirement, le déchirement entre la volonté de rester fidèle à son engagement vis-à-vis de moi, de ne pas me faire du mal et la tentation à laquelle il est exposé et vers laquelle la pression sociale le pousse avec insistance.
    Plus je m’éloigne de Paris, plus j’ai l’impression que le tableau s’assombrit. Peut-être bien que Jérém a tenu bon jusqu’à maintenant. Mais qu’en sera-t-il pour l’avenir ? Jusqu’à quand pourra-t-il résister à la tentation et à la pression de ses nouveaux potes ? Quand allons-nous nous revoir ?
    Dans ce tableau, il y a un personnage qui vient de débouler au tout premier plan : Ulysse.
    Ce gars a un ascendant fou sur Jérém, qui semble lui vouer une véritable admiration. Comme c’était le cas pour Thibault, mais d’une façon encore plus entière. C’est peut-être du fait de son âge, de son expérience, mais en présence de ce gars, mon Jérém d’ordinaire très sûr de lui, semble complètement subjugué, conquis, fasciné, captivé par sa personnalité. Jérém a besoin d’être rassuré et ce gars semble remplir ce rôle à merveille.
    Ulysse semble vouloir « protéger » Jérém, le dernier arrivé, son nouveau pote, qu’il a pris sous son aile ou plutôt sous son biceps puissant. Il semble vouloir aider le jeune rugbyman débutant à exprimer son potentiel.
    Pourvu que ce gars n’ait pas de vues sur mon Jérém ! Parce que si jamais Jérém tombe sous le charme d’un gars comme cet Ulysse, je ne pense pas que je ferais le poids. Les nanas, au fond, ne me font pas peur. Mais un gars comme Ulysse…
    Arrête, Nico, tu te fais du mal.
    Est-ce que Ulysse a vraiment compris pour Jérém et moi comme je l’ai cru pendant la soirée en boîte ou est-ce que je me suis fait des idées ? J’ai choisi de ne pas en parler avec Jérém. Est-ce que j’aurais dû ? Est-ce que je devrais ? Est-ce que si c’est vraiment le cas, Ulysse va en parler à Jérém ?
    A force de me poser de questions sans réponse, j’ai l’impression que ma tête va exploser. Je ferme les yeux pendant quelques instants, j’essaie de me calmer. Lorsque je les rouvre, j’essaie de me distraire en lançant un scan de bogossitude dans ma rame.
    La recherche n’ayant donné aucun match remarquable, j’en profite pour avancer dans mon bouquin d’Harry Potter. Les kilomètres s’enchaînent, les pages aussi. A Poudlard c’est déjà Noël lorsque le train s’arrête en gare de Poitiers. Un arrêt de quelques minutes, pendant lequel je suis distrait de ma lecture par les mouvements des passagers qui se préparent à descendre et par ceux qui s’installent. Le remue-ménage cesse enfin, le train repart vers la gare suivante.
    Je me dis que je vais enfin pouvoir me replonger dans mon livre, lorsque quelque chose de remarquable attire mon attention.
    Un mec vient de rentrer dans la rame. Il est assez grand, il a les cheveux châtain clair, des yeux clairs entourés par des lunettes fines qui lui donnent un regard un peu intello. Il doit avoir genre 25 ans, et il est habillé d’un jeans et d’une chemise à tout petits carreaux bleu et blanc. Et il n’est pas mal du tout. Il n’a pas de bagage, mais il se trimballe un sac en plastique du genre carré et assez costaud, comme ceux qui sont en vente aux caisses des supermarchés, Un sac qui m’intrigue, parce qu’il a l’air de… bouger tout seul.
    Le mec avance dans ma direction et finit par s’installer trois rangées plus loin, de l’autre côté du couloir, pile dans mon champ de vision. Il est vraiment pas mal. Il est même plutôt sexy. Il a un regard pétillant qui attire la lumière et le désir. J’essaie de le mater discrètement pour ne pas me faire repérer.
    Mais très vite, le gars accroche mon regard. Et une fois accroché, il le ferre avec un putain de sourire à me faire tomber de mon fauteuil.
    C’est la première fois que cela m’arrive, qu’un gars inconnu me mate de cette façon, sans détours. Et c’est la première fois que j’ai la presque certitude que son regard dit ce que je pense bien qu'il dit. Le gars n’arrête pas de me mater et me lancer des petits sourires plutôt charmeurs. Dès que je lève le nez de mon bouquin, son regard est là, il semble m’attendre.
    Je ne peux m’empêcher de chercher ce contact, flatteur, intriguant, excitant avec son regard. D’autant plus qu’un autre truc m’intrigue chez ce gars : c’est le fameux sac qu’il a posé sur le siège à côté du sien. Un sac qui ne cesse de bouger bizarrement.
    Ma curiosité ne tarde pas à être satisfaite. Le « sac » émet un petit couinement. Le gars se penche sur son « bagage » et une boule de poil couleur sable pointe le bout de sa truffe par-dessus le bord. Il s’agit d’un chiot labrador, j’en suis presque certain.
    Je suis touché par cette image, un bogoss transportant un petit chiot. Je ne peux les quitter des yeux, touché tout autant par l’homme que par l’animal. Ainsi, je croise à nouveau le regard du mec, illuminé par un beau sourire. Une fois de plus, je me refugie dans mon bouquin.
    Je suis conscient de jouer avec le feu. Se sentir désiré est tellement flatteur, et a fortiori quand cela vient de quelqu’un par qui on est également attirés. Flatteur et excitant. Une excitation qui est comme une drogue, qui nous ôte le contrôle de nous-même et qui est tout à fait capable de nous pousser à faire des bêtises si on n’y prend pas garde suffisamment tôt.
    Je décide de me ressaisir. Je reviens à ma lecture, et je me promets de ne plus la quitter jusqu’à ce que le gars quitte le train et disparaisse à nouveau dans sa vie.
    Du coin de l’œil, je remarque que le gars lit lui aussi. Ce qui rend plus facile l’effort de tenir la tentation à distance. Un effort hélas en partie compromis par la présence du petit labrador. Car, de temps en temps, le chiot passe sa tête par-dessus le bord du sac et le gars le caresse, lui fait des papouilles. Un beau gars attendri par un animal sans défenses, c’est beau et touchant. Et ça attire mon attention d’une façon irrépressible. Nos regards se croisent à nouveau. Et dans le sien, je décèle un intérêt clair et non dissimulé. Ça m’attire et ça me fait terriblement peur.
    De toute façon, le gars va descendre à un moment ou à un autre et ce petit jeu se terminera par la force des choses.
    Mais le mec ne descend ni en gare d’Angoulême ni en gare de Libourne. Il va donc à Bordeaux lui aussi !
    Dans quelques minutes, nous allons descendre à la même gare, et nous éloigner, sans savoir rien l’un de l’autre, à part le fait que nous nous sommes plus. Le fait est que cette fois-ci, pour la première fois de ma vie, ça ne tient qu’à moi que ça aille plus loin ou pas. Le gars m’a clairement montré que je lui plais, il n’y a pas photo, il a même insisté. C’est moi qui le fuis. Si j’étais célibataire, je foncerais…
    Mais je ne le suis pas et je ne veux pas tromper le gars que j’aime, le gars adorable qui m’a dit qu’il ne veut pas me tromper et que je vais lui manquer, le gars qui a tant changé pour moi, qui sait désormais me prendre dans ses bras, me couvrir de bisous et de tendresse, le gars avec qui je me sens si bien que chaque instant passé loin de lui est une privation, une petite souffrance. Mais aussi le gars qui quelques heures plus tôt m’a défoncé comme un Dieu, dont le souvenir de sa queue puissante demeure bien vif entre mes cuisses, dont le sperme est encore en moi.
    Et pourtant, ça fait quand même bien chier de devoir dire non à un gars qui me plaît.
    Pourquoi ce genre d’occasion ne m’est pas arrivé un an plus tôt, quand j’étais encore célibataire ?
    Peut-être pour ne pas dévier ma trajectoire de vie qui m’a conduit vers Jérém.
    Pourquoi cela m’arrive maintenant ?
    Peut-être parce que quand on est amoureux, le bonheur de notre esprit irradie à l’extérieur de nous et nous rend plus attirants.

     Peut-être que cela arrive pour me mettre à l’épreuve, pour tester la solidité de mon amour pour Jérém.
    Il faut à tout prix que je tienne bon.
    Lorsque le train s’arrête en Gare St Jean, je décide de rester le nez plongé dans mon bouquin jusqu’à ce que le gars quitte la rame, qu’il s’éloigne, rendant impossible tout contact ultérieur, toute tentation ultérieure.
    Le wagon se vide peu à peu. Et alors que je m’attends à ce que l’inévitable se produise, le voir partir et disparaître dans sa vie inconnue comme chacun des gars sexy croisés au hasard du quotidien, quelque chose d’étonnant se produit.
    Du coin de l’œil, j’arrive à voir qu’il ne semble pas pressé de descendre non plus. Je le regarde et je le vois noter quelque chose dans l’une des dernières pages de son livre.
    Nos regards se croisent. Il me sourit à nouveau. Mon cœur tape à mille dans ma poitrine.
    Le gars arrache la page du livre et la plie en deux, et encore en deux. Il referme son bouquin, le glisse dans la poche de son blouson, tout en gardant à la main la feuille arrachée. Puis, il attrape le sac à labrador, il se lève.
    Et bien que la sortie de l’autre côté soit nettement plus proche pour lui et nettement plus dégagée, il choisit de s’engager dans le couloir dans ma direction.
    Je le regarde approcher, sans arrêter de me mater. Arrivé à ma hauteur, il me balance un clin d’œil très sexy, tout en laissant glisser la fameuse feuille pliée dans l’ouverture de mon livre. Sa main libre enserre furtivement mon épaule. Ce simple contact me donne des frissons.
    « A bientôt, espère » je l’entends me lancer, avant de quitter le wagon.
    Mes battements cardiaques s’accélèrent encore, j’ai l’impression que mon cœur tape dans ma gorge et que mes tempes vont exploser. J’ai le souffle coupé, la tête qui tourne.
    Et ce n’est qu’au bout de nombreuses, longues secondes que, les mains tremblantes, j’arrive enfin à déplier le petit papier et à en lire le contenu.
    « Tu me plais beaucoup. Benjamin 06 19 65…. PS : le chiot s’appelle Simba ».

     

    [Oui, je sais, à l’origine le gars du train ne s’appelait pas Benjamin. Mais j’ai finalement décidé de l’appeler Benjamin, donc à partir de maintenant le gars du train ce sera Benjamin, lol]


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  • Samedi 13 octobre 2001

    Le matin suivant cette belle soirée à Montmartre et cette magique nuit d’amour, je me réveille à côté de mon bobrun. A vrai dire, je me réveille aussi à cause de mon bobrun. Ce sont ses bras qui m’enserrent, ce sont des bisous légers posés sur mon cou qui me font émerger de mon sommeil.
    Et pourtant, mes oreilles m’apportent le bruit familier de la respiration de son sommeil à lui. Ainsi, tout en dormant, mon bobrun a eu envie de me faire un câlin. N’est-ce pas le geste, l’envie, le besoin d’un gars amoureux ? Comment pourrait-il aller voir ailleurs alors qu’il a l’air si heureux avec moi ?
    La lumière remplit déjà le petit appart. Je me lève, j’attrape mon portable, il est 8h20. Je vais faire un tour aux toilettes.
    Lorsque je reviens, mon Jérém a changé de position. Il est désormais allongé sur le dos, ses pecs et ses tétons dépassent du pli du drap, ses bras écartés dominent toute la largeur du petit lit.
    Je m’approche de lui, je l’embrasse. Le bel au lit dormant se remue, il sort peu à peu du sommeil. Ma bouche quitte la sienne pour aller embrasser son cou, doucement, lentement. Jérém renverse sa tête en arrière et ma langue glisse de son cou vers ses pecs. Mes doigts saisissent le drap et le descendent petit à petit, ils dégagent le chemin à la lente mais inexorable descente de mes lèvres le long de son torse.
    Je m’enivre des petites odeurs tièdes de sa peau, je sens ses doigts se glisser dans mes cheveux. C’est d’abord une caresse douce, qui devient ferme, puis directive, puisqu’elle guide ma tête vers ses tétons que je vais mordiller pendant quelques instants. Jusqu’à ce qu’elle exerce une nouvelle pression, invitant ainsi mes lèvres et ma langue à aller voir plus bas, vers ses abdos, vers le chemin de bonheur qui conduit à sa virilité.
    Mes doigts cessent de descendre le drap lorsque celui-ci se trouve à la lisière des poils de son pubis. Je pose mon nez sur le tissu qui cache encore ses attributs masculins. Je suis comme un fou, je m’enivre de l'odeur de sa bite déjà tendue par une belle érection.
    J’adore faire durer, j’adore savourer et profiter de cet instant où tout est possible et rien n’est encore ébauché, où nos désirs sont encore intacts. J’adore sentir son désir, son envie, son excitation, son impatience.
    Quant à mon impatience à moi, elle fait qu’à peine quelques instants plus tard je libère sa queue, que je la découvre bien droite, fière, palpitante, frémissante. Je la regarde, la contemple, l'admire. J’hésite entre me jeter dessus direct et l'avaler d’une seule traite, jusqu'à la garde, ou bien prendre mon temps, la titiller, la goûter petit à petit avec ma bouche, millimètre par millimètre, de la parcourir lentement depuis le gland d'où perle déjà une goutte cristalline de nectar, jusqu'à la naissance des bourses, jusqu’à frôler ses poils avec le bout de mon nez et m'enivrer de son odeur virile.
    Je choisis la voie lente, la dégustation de gourmet plutôt que la frénésie de gourmand. Je titille son gland, je me rends ivre de ce petit goût qui ne cesse de suinter de son frein au gré des caresses du bout de ma langue.
    Mon bobrun frémit de bonheur. J’aime tellement lui faire plaisir. Et j’adore son petit sourire canaille juste avant que ma bouche ne s'enroule enfin autour de son gland, se referme, l'emprisonne. Et j’adore tout autant ce long gémissement de plaisir que ma bouche arrive à lui arracher lorsqu’elle descend lentement, inexorablement, le long de son manche raide, ne lui laissant d’autre choix que de s’abandonner totalement à mes caresses. Et lorsque ses doigts se crispent dans mes cheveux, pile au moment où mes lèvres atteignent la garde de sa queue, je sens mon excitation et mon bonheur exploser.
    Pendant un bon petit instant, je garde sa queue bien au chaud dans ma bouche. Puis, guidé par les mains de Jérém toujours accrochées à mes cheveux, je fais remonter les lèvres et ma langue en sens inverse, je prends le temps de goûter à toute la puissance et à toute la saveur de cette queue magnifique.
    « Putain, Nico, c'est trop bon, continue, vas-y suce moi, putain suce-moi ! » je l’entends lâcher, comme une supplication.
    Ce qui me donne des frissons, c'est d'imaginer l'onde de plaisir se propager dans son corps de petit Dieu, et de savoir que cette onde est provoquée par le contact de nos corps, de nos désirs. C’est l’escalade vers le précipice de la jouissance, une avancée lente, insupportable, insoutenable. C’est de voir sa petite gueule se crisper pendant l'orgasme, lorsqu'il perd tout contrôle (même si le contrôle, il l'a perdu depuis longtemps, quand ses lèvres sont entrées en contact avec les miennes), comme si l'instant se prolongeait dans le temps, comme si ça se passait au ralenti.
    Ce qui me rend carrément dingue, c'est de me focaliser sur ses giclées que je reçois dans la bouche et que j’avale lentement, comme si c'était une sorte d'élixir. Et de savoir que c’est moi qui lui ai offert ce nouvel orgasme.
    Après cette bonne pipe du matin, Jérém me fait m’allonger à mon tour sur le lit. Et alors que ses lèvres et sa langue excitent l’un de mes tétons, sa main empoigne doucement ma queue et entreprend de la branler. En ciblant mes points érogènes majeurs, le bobrun n’a pas besoin de me caresser longtemps pour me faire venir à mon tour.
    Après m’être essuyé, je le prends dans mes bras et nous nous faisons des câlins. Mais très vite, la beauté de son corps, sa proximité, son goût viril qui persiste dans ma bouche, cette légère odeur de transpi qui se dégage de ses aisselles, tout conduit à nouveau à faire monter mon excitation. Mes caresses câlines ne tardent pas à se transformer en caresses coquines autour de ses tétons.
    « Allez, on se lève » fait le bobrun, en bondissant du lit.
    « Déjà ? » je fais, alors que je serais bien resté un peu plus au lit et que j’aurais bien recommencé une nouvelle galipette.
    « Si on se lève pas, on va recommencer ».
    « Et alors, c’est grave ? ».
    « Il vaut mieux qu’on aille faire un tour ».
    « Pourquoi ça ? ».
    « Parce que j’ai match cet après-midi ».
    « Et donc ? ».
    « Notre préparateur sportif dit que pour être au top sur le terrain, il ne faut pas trop baiser les jours de match ».
    « S’il le dit… ».
    Le rugby me prive ainsi d’un nouveau moment de plaisir avec mon bobrun. Mais c’est pour la bonne cause, et je me dis que je ne perds rien pour attendre.
    Nous allons petit-déjeuner dans un bar proche de l’appart. Le jus de fruit est bien frais, le croissant croustillant, le café bien corsé. La présence de mon Jérém juste magique. Je vis comme dans un rêve où tout me rend heureux.
    Après le petit déj, nous repartons pour un nouveau tour dans Paris. Nous n’avons qu’un temps limité, Jérém doit être dans les vestiaires à 14 heures pétantes.
    Nouveau trajet, nouveau métro. Nouvelle incursion dans cette ville souterraine qui est le double de la ville de surface mais en plus frénétique. Une deuxième ville de vitesse, de gens pressés, de pas perdus. Une ville qu’on a tout autant envie de retrouver pour se déplacer que de quitter une fois arrivés à destination.
    Tout Paris est à portée en un coup de métro. Ainsi, par la magie des croisements de lignes, nous quittons le ciel aux Buttes Chaumont et nous ne le retrouvons qu’en émergeant à côté de l’Arc de Triomphe.
    Nous remontons les Champs Elysées jusqu’à la place de la Concorde. Nous traversons la cour du Louvre, avec sa Pyramide parachutée au beau milieu de ses ailes imposantes. J’aimerais tant avoir le temps de visiter le Musée, mais je commence fortement à douter que ce ne sera pas pour cette fois-ci. Je suis un peu frustré mais je me dis qu’il y a des priorités dans la vie, et que passer du temps avec mon bobrun est ma priorité absolue pour ce week-end. Et alors que nous quittons déjà l’esplanade devant le Palais Royal pour continuer notre balade, je me dis que j’aurai le temps de visiter le Musée le plus connu au monde à d’autres occasions.
    La rue de Rivoli avec ses porches nous conduit à l’Hôtel de Ville, majestueux.
    La première fois qu’on débarque à Paris on est impressionnés par la Grandeur. La grandeur des espaces urbains, la grandeur architecturale des bâtiments historiques, la grandeur artistique des monuments, la grandeur de son projet architectural et urbanistique. On est touchés par la beauté d’une ville où tout semble conçu pour en mettre plein la vue, sans répit.
    Mais il est un endroit qui, de par son histoire, l’une des plus anciennes de la capitale, et de par son allure, une beauté à la fois austère mais indémodable, met tout le monde d’accord pour en faire l’un des symboles incontestables de la ville.
    Dès que l’image des deux clochers carrés de la cathédrale de Notre Dame traverse ma rétine, je suis saisi par une émotion esthétique qui me bouleverse.
    Plus j’approche, plus je suis happé par sa silhouette imposante. Sur le parvis, je suis complètement sous le charme. Devant Notre Dame, je me sens tout petit. Car « du haut de ses clochers, plus de huit siècles me contemplent ». Huit siècles, mais aussi le génie de bâtisseurs hors normes, le travail acharné de milliers d’hommes et de femmes qui ont rendu cela possible. L’immense bâtisse semble vibrer encore de l’énergie des esprits qui l’ont conçue et voulue, du bruit des chantiers pharaoniques qui l’ont faite sortir de terre, des pleurs, des cris, des souffrances, des espoirs des hommes que ses pierres ont côtoyés et vu disparaître au travers des son histoire.
    J’ai toujours été fasciné, ébloui, impressionné par le travail de ces hommes qui, au travers des siècles, ont bâti les cathédrales, des œuvres qui figurent parmi les merveilles absolues de notre civilisation. Je ressens une admiration infinie pour ces bâtisseurs initiaux qui ne disposaient ni des techniques, ni du matériel moderne, et pour les architectes dont les connaissances n'étaient pas celles d'aujourd'hui, qui ne disposaient d'aucun moyen de calculs pour vérifier à l'avance la solidité de l'ouvrage, et qui pourtant ont réalisé cette prouesse exceptionnelle.
    Mais parmi toutes les grandes cathédrales, Notre Dame a toujours eu une place particulière dans mon cœur. Peut-être parce que, grâce à un film d’animation qui a bercé mon adolescence, j’ai l’impression de la connaître mieux que toutes les autres.
    En la voyant si imposante, comme un bateau de pierre qui a traversé les siècles, qui a survécu à la révolution, aux guerres, qui a connu une deuxième jeunesse grâce à un livre de génie dont le dessin animé de mon adolescence est une adaptation, il m’est bien évidemment impossible d’imaginer que dans moins de vingt ans elle manquera de peu de disparaître dans un affreux brasier. Et pourtant, ainsi va l’Univers. Les choses, comme les Êtres, naissent, vivent, passent. Il suffit d’un moment de distraction, d’un agent de sécurité formé à la va vite, peut-être d’un mégot jeté négligemment ou d’un câble électrique mal isolé, pour risquer d’anéantir le travail de centaines d’années, de milliers d’hommes. Et de priver l’Humanité d’une présence qui lui rappelle ce que le génie des Hommes peut faire de meilleur.
    Mais pour l’heure, la Dame de Pierre conserve toute son allure, sa beauté, sa grâce, sa superbe.
    « Allez, on y va ? » j’entends mon bobrun me lancer, tout en allumant une nouvelle clope.
    « Je voudrais faire un tour à l’intérieur ».
    « Vas-y, mais ne tarde pas, on doit rentrer ».
    Pénétrer dans un pareil lieu augmente encore le sentiment de me trouver face à quelque chose de grand, d’immense, quelque chose qui me dépasse. Je me sens encore plus petit que sur le parvis, encore plus happé par la force qui se dégage de ces pierres presque millénaires. Car l’intérieur de la cathédrale, avec ses voûtes à des dizaines de mètres du sol, ses piliers impressionnants, ses arcades gothiques, ses vitraux colorés, ses rosaces immenses, sa lumière tamisée, apaisante, son silence lourd et son écho vibrant, son ambiance si particulière dans laquelle le temps semble comme suspendu, ne fait que confirmer et amplifier encore mon admiration et ma fascination. Définitivement, ces pierres imposent le respect.
    Cette sensation d’avoir été confronté à quelque chose de grand qui me dépasse et m’interpelle me suit en dehors de la cathédrale, pendant un long moment.
    Nous continuons notre balade jusqu’à tomber sur le Centre Pompidou. Là aussi j’aimerais pouvoir visiter. Là aussi, je me dis que j’aurai le temps de le faire plus tard.
    Nous venons de laisser derrière nous le bâtiment à la façade faite de bric et de broc, lorsqu’un panneau pointé droit devant nous attire mon attention. « Marais ».
    J’avais entendu parler de ce quartier parisien gay-friendly, mais je n’avais pas fait jusque-là le rapport avec la vie de Jérém dans la capitale. Mais à cet instant précis, je réalise qu’avec la présence de ce quartier, Paris offre comme aucune autre ville en France la possibilité de faire des rencontres.
    « C’est ici le Marais ? » je ne peux m’empêcher de me demander à haute voix.
    « Je crois, oui… » fait Jérém.
    « Tu es déjà venu ici ? ».
    « Non, jamais. Ni en balade, et encore moins pour draguer des mecs, si c’est le sens de ta question » il se moque de moi.
    « Je n’ai rien dit ».
    « Je préfère que les choses soient claires ».
    « Je te crois, Jérém ».
    Nous traversons le Marais, quartier tantôt chic, tantôt monumental, avec ses bâtiments aux façades en pierre et en brique, aux toits en ardoise, tantôt aux allures de village, avec des ruelles et des passages de conte de fée. Et souvent très gay aussi, avec ses saunas, ses bars, ses magasins aux couleurs de l’arc en ciel bien foncé.
    En arrivant aux Buttes Chaumont, nous nous arrêtons dans un petit bistrot pour manger un bout. Lorsque nous rentrons à l’appart, Jérém prends une douche et se prépare à partir pour le match.
    Mon bobrun revient de la salle de bain habillé d’un t-shirt noir parfaitement coupé mettant en valeurs ses épaules, ses biceps et le V de son torse, d’un short en jeans mettant en valeur son beau cul musclé. Sa tenue est complétée par une casquette, à l’envers bien entendu, avec mèche de cheveux bruns qui dépasse de l’espace au-dessus de la languette de réglage, casquette lui donnant une parfaite allure de petit con de compétition. J’ai trop envie de lui.
    « Ça me fait plaisir que tu viennes au match » il me lance, l’air plutôt fier.
    « Ça me fait plaisir aussi de venir te voir jouer… même si je préfèrerais te voir jouir… ».
    « T’es vraiment un coquin, toi ! » il me répond, tout en plantant son regard brun dans le mien, comme s’il voulait aspirer mon âme.
    « C’est de ta faute, t’as qu’à pas être aussi sexy ! ».
    « Allez, on y va, j’ai un match à jouer ! » me lance le bogoss, en attrapant son sac de sport, le sac du trésor Mâle.
    Mon Jérém semble bien parti pour quitter l’appart, lorsque je le vois s’arrêter net, se retourner, me regarder bien dans les yeux, le regard empli d’une flamme des plus coquines. Le bogoss laisse tomber son sac de sport à terre, il s’avance vers moi, il m’attrape par les épaules, il me fait tomber sur le lit. Et il entreprend de m’embrasser fougueusement, pendant que ses mains se glissent sur mon t-shirt pour aller agacer mes tétons.
    « Je croyais qu’on n’avait pas le temps » je le taquine.
    « Et je croyais que tu ne devais pas faire de sexe avant le match » j’insiste, alors que le bobrun continue de me couvrir de bisous et de m’exciter.
    « Ferme ta bouche… » il lâche, la voix traînante.
    « Si tu continues comme ça, c’est sûr que je vais te faire jouir » je le préviens, alors que je sens mon érection monter à grand pas.
    « Qui a dit que j’ai envie de jouir ? ».
    Et ce disant, il défait ma braguette, il descend mon short et mon boxer et il commence à me sucer. C’est bon à en perdre la raison. Le bogoss me pompe avec entrain, comme s’il voulait précipiter mon orgasme. Le temps presse. Mais quelques instants plus tard, alors que je commence à ressentir les premiers frissons annonciateurs de l’explosion de mon plaisir, sa bouche quitte ma queue. Le bogoss défait sa braguette, il ôte son short et son boxer. Sa belle queue se dresse fièrement devant moi. Il ôte également son t-shirt noir, son torse musclé et velu, ainsi que ses beaux tétons saillants se dévoilent à moi, tellement sensuels, tellement tentants. Mais alors que je m’attends à sentir sa queue s’enfoncer en moi, à me sentir envahi et possédé par sa virilité puissante, le bogoss s’allonge sur le lit, sur le dos, à côté de moi et me lance :
    « J’ai envie de toi ».
    Voilà comment je me retrouve une nouvelle fois à faire l’amour à mon beau rugbyman, juste avant un match important. La sensation de me sentir glisser en lui, le frisson apporté par chacun de mes va-et-vient entre ses fesses musclées, ce sont des bonheurs inouïs. Quant au fait de voir mon bobrun prendre son pied, le sentir ahaner de plaisir, gémir de plaisir, voir et sentir ses mains parcourir fébrilement mon torse, enserrer mes biceps, mes épaules, mes pecs, mes tétons, cela décuple mon excitation et m’approche très vite et dangereusement de l’orgasme. J’ai très envie de jouir en lui, mais j’essaie de me retenir.
    Cette fois-ci, l’étincelle qui va embraser mes sens est apportée par sa main se glissant délicatement entre nos deux bassins et caressant mes couilles. Dès que le bout de ses doigts entre en contact avec mes bourses, et alors que j’entends le bogoss me chuchoter, comme dans un état second :
    « Je sens que tu vas bien gicler, mec ».
    A cet instant précis, je me sens perdre pied.
    « Je viens, Jérém ».
    « Fais toi plaisir p’tit mec ».
    Qu’est-ce que ça m’excite sa façon de m’appeler p’tit mec !
    Mon orgasme est tellement intense que, pendant les derniers coups de reins qui accompagnent mes giclées, pendant que mon esprit s’évapore sous l’action d’un plaisir qui dépasse l’entendement, je ressens le besoin impérieux de m’abandonner sur son torse et d’enfoncer mon visage dans le creux de son épaule. Le bogoss m’enlace de ses bras puissants et glisse ses doigts fébriles dans mes cheveux. Et alors que je sens sa queue raide compresser mes abdos, je suis surpris par une sensation on ne peut plus excitante, la sensation d’une chaleur qui se répand sur mon torse. Mais ce n’est pas la chaleur qui embrase le ventre pendant l’orgasme. C’est une chaleur qui se diffuse sur ma peau. Les ahanements profonds et excités de mon beau mâle m’indiquent qu’il est en train de jouir à son tour.
    « T’as joui finalement… » je lui lance, alors que nos torses moites de jus de bogoss viennent de se décoller.
    « Je n'ai pas pu retenir, c'était trop bon ».
    « M’en parle pas, c’était fou ».
    « Tu y prends goût, p’tit mec ! » il me lance, avec un grand sourire, ses doigts jouant doucement avec mon oreille.
    « Toi aussi tu y prends goût ».
    « C’est juste pour te faire plaisir » il me glisse, tout en se marrant dans la moustache.
    « C’est ça, à d’autres. Le coup de bite, quand on y a gouté, on ne peut plus s’en passer ! » je le taquine.
    « Mais ta gueule ! Regarde-toi un peu dans quel état tu es, va donc prendre une douche ! ».
    « Et toi donc ! » je le taquine à mon tour.
    Je vais à la douche en premier, Jérém y revient après moi. Pendant que je m’habille, je ressens dans mon ventre la douce chaleur qui suit un bel orgasme. En repensant à l’incroyable moment de plaisir que je viens de partager avec mon bobrun, je me dis que même si ce n’est pas la première fois que Jérém me demande de le prendre, je trouve toujours tout autant incroyable ma chance de pouvoir goûter à l’intimité ultime d’un Dieu Mâle comme Jérém. Après ce partage sensuel, après cette marque de confiance qu’est le fait de se donner à moi sans protection, je me sens rassuré. Et je me dis que sa fougue, son désir, sa façon de se donner à moi, sont autant de marques qui doivent à tout jamais me rassurer vis-à-vis des doutes et des questionnements qui m’ont assailli lorsqu’on a traversé le Marais. Non, Jérém ne couche pas ailleurs.
    « Allez, on y va, je suis déjà en retard ».
    « A qui la faute ? » je le cherche.
    « A toi, t’es un obsédé du cul ».
    « Et toi non… ».
    Lorsque nous arrivons au stade, nous sommes obligés de nous séparer. Jérém se dirige vers l’entrée des joueurs, vers les vestiaires. Quant à moi, je vais au guichet, je donne mon nom et je rentre directement dans l’enceinte du stade. Jérém a pu m’obtenir une place au bord du terrain.
    Je ne m’intéresse pas vraiment au rugby, et la simple idée de me déplacer pour voir un match ne me traverserait même pas l’esprit si ce n’était pas pour la raison que mon bobrun y joue. Mais il faut bien admettre qu’il règne dans les tribunes une ambiance festive qui donne la pêche, une ambiance saturée de testostérone qui fait vibrer pas « mâle » de cordes sensibles en moi. Car il y a pas mal de beaux mecs dans les tribunes. Le plus souvent sans copines, entre potes, ce qui leur permet d’exprimer tout leur potentiel d’hétéros de base se passionnant pour le sort d’un ballon ovale et pour les bières.
    Le match va bientôt démarrer, les deux équipes déboulent sur le terrain.
    Je cherche mon Jérém du regard, je le trouve facilement. Il est tellement sexy dans son maillot blanc et bleu ciel, il le porte divinement. Sur le terrain, on ne voit que lui. Je ne vois que lui.
    Le jeu démarre et je ne peux pas le quitter du regard. Mon bobrun a l’air de s’éclater et c’est beau à voir. A la faveur du jeu, il s’approche suffisamment de moi pour que nos regards se croisent. Je suis presque certain qu’il me cherchait. Je suis carrément sûr de lui avoir vu esquisser un petit sourire en me voyant.
    A la quinzième minute de jeu, Tommasi marque son premier essai. Ses co-équipiers le félicitent. Mais il en est un qui le félicite plus longuement que les autres, qui le prend dans ses bras et semble lui chuchoter quelque chose à l’oreille qui a l’air de bien le faire marrer. C’est le co-équipier auteur de la passe que mon bobrun a transformé en essai.
    Le gars est assez loin, mais suffisamment proche pour que je détermine qu’il s’agit d’un mec blond, avec une chevelure fournie qui, reliée avec une barbe drue d’au moins une semaine, forme une sorte de crinière virile qui a l’air très douce. Le mec n’est pas très grand mais il a l’air sacrement bien bâti. A lui aussi le maillot ciel et blanc lui va comme un gant.
    D’entrée, sa carrure me rappelle une autre carrure bien connue, celle de mon pote Thibault. D’ailleurs il porte le même maillot, le numéro 9, celui du demi de mêlée, que mon pote toulousain.
    Un besoin pressant prend instantanément forme dans mon esprit : il faut que je voie ce gars de près. Un vœu qui, à la faveur des déplacements de l’action de jeu, ne tarde pas à être exaucé.
    Le boblond finit par se retrouver à quelques mètres de moi. De dos, d’abord. C’est un dos massif, surmonté par un cou puissant, entouré par des beaux biceps rebondis à souhait. Mais aussi un cul d’enfer, ainsi que des cuisses et des mollets solides.
    Le gars possède un profil bien barbu, bien mec, bien viril, bien sensuel. De plus, sa simple présence respire la virilité, ainsi que l’autorité naturelle.
    C’est dans sa façon de se planter au milieu du terrain, les jambes un peu écartées, les pieds bien plantés au sol, les bras croisés, les épaules vers l’arrière, le cou très droit. C’est dans sa façon de tenir la truffe en l’air en permanence, humant l’air du jeu, très attentif à tout ce qui se passe, comme un lévrier à l’affut de sa proie, comme s’il tentait tout le temps d’anticiper pour avoir un coup d’avance. C’est dans sa façon de chercher sans cesse à coordonner l’action de son équipe. Le mec est un meneur, ça ne fait pas un doute.
    Le jeu vient de s’arrêter, l’un des joueurs de l’équipe adverse tente de transformer un essai. Le boblond est peut-être à dix mètres de là où je me trouve. Une distance relativement rapprochée qui me permet de réaliser qu’en même temps que cette virilité bien marquée qui en impose, le gars dégage une sorte de douceur qui me fait craquer. Ça doit venir de ses cheveux blonds qui donnent des envies d’infinies caresses. De sa peau claire qui donne des envies de bisous. De ses petites oreilles prises entre les cheveux et la barbe qui donnent des envies de mille câlins.
    La transformation est ratée, le boblond exulte de bonheur. Même sa façon de manifester sa joie, en sautillant sur place et en levant les bras a quelque chose de profondément sexy.
    Je me demande quel est le prénom d’une telle bombasse mâle. Soudain, une intuition s’impose à moi, comme une évidence. Et si c’était lui, le fameux…
    « Ulysse ! Ulysse ! Tu es le meilleur ! » j’entends une nana crier pas très loin de moi.
    Et là, je vois le boblond se retourner et lâcher l’un des sourires les plus incendiaires que je n’ai jamais croisés de ma vie.
    J’ai toujours cru que le plus incendiaire des sourires ne pouvait venir que d’un bobrun. Le gars me fait revoir ma copie avec un argument de taille. Avec ses yeux gris, clairs, limpides et lumineux comme le diamant, son visage entouré par ces cheveux blonds et cette barbe dans laquelle son petit menton tout mignon semble noyé ; avec sa peau claire, les joues et le front marqués par la rougeur de l’effort, le gars ressemble à un véritable ange viril. Et son sourire est beau à se damner.
    Ainsi le voilà, le fameux Ulysse, le nouveau meilleur pote de mon Jérém. Je l’avais imaginé brun, aussi grand que Jérém. Même genre de mec, quoi. Il n’en est rien. Je l’avais également imaginé du même âge que Jérém. Là aussi je me suis planté lamentablement. Car le gars doit facilement avoir cinq ou six ans de plus.
    Bref, je réalise à quel point j’avais tout faux sur ce gars. Sauf le fait qu’il est bogoss. Mais j’étais loin d’imaginer que derrière ce prénom si atypique, si rare, si mythique, se cacherait une telle bombasse mâle, une bombasse blonde, un gars beau comme un Dieu et armé d’un putain de charme qui défriserait même les statues de Notre Dame.
    Le fait d’imaginer que mon bobrun puisse côtoyer un tel gars au quotidien, qu’ils soient très proches suffit à provoquer en moi une intense poussée de jalousie.
    Et si, entre ces deux-là…
    Non, Nico, arrête un peu tes délires. Le gars n’a pas du tout l’air d’être homo…
    Jérém non plus, et pourtant…
    Arrête un peu, tu veux ? Tous les beaux rugbymen ne sont pas gay…
    Mais rien que le fait de côtoyer un gars comme Jérém peut donner des envies, susciter des vocations, faire naître des besoins… quant au fait de côtoyer un gars comme cet Ulysse…
    Mais ta gueule, Nico ! Jérém t’aime, il t’aime tellement qu’il a surmonté plein de tabous pour toi, il te reçoit à Paris, il te fait l’amour, il se donne à toi…
    Le ballon ovale repart vers la ligne de but de l’équipe adverse. Comme un lévrier ayant enfin levé sa proie, Ulysse détale comme une fusée, il se mélange aux autres joueurs.
    Au gré des errances du ballon, d’impressionnants mouvements de joueurs se produisent. Voir trois dizaines de mecs bien costauds courir sur un terrain, dans la même direction, voir tant de muscles, de fougue, de puissance, de vitesse, de gnaque, de testostérone en action, ça fait toujours son bel effet.
    A la base, je trouve le rugby un sport particulièrement disgracieux. Voir tant de mâles se mettre des coups de malade, chercher la confrontation physique brutale, en risquant des blessures, parfois graves, et tout ça pour obtenir le contrôle d’un ballon, je trouve cela complètement idiot.
    Et pourtant, il faut bien admettre que le rugby possède son charme. Un charme qui, en ce qui me concerne, tient exclusivement à ses joueurs. A mes yeux, le rugby est avant tout et surtout une incroyable vitrine de beaux mâles. Ainsi, le gars qui a eu l’idée du calendrier des Dieux du Stade n’a fait que trouver la plus belle des façons de mettre à l’honneur ce que le rugby a de plus beau à montrer. Non pas son jeu, mais ses joueurs.
    Le rugby, comme les autres sports co, présente cependant un autre atout majeur, bien plus noble que le jeu lui-même : il rend possibles de magnifiques aventures humaines. Pour prendre conscience de cela, il suffit de parcourir les biographies souvent passionnantes d’anciens joueurs.
    Ainsi, le fait que le rugby a le pouvoir de façonner des corps de dieux grecs et des belles histoires humaines ferait presque oublier à quel point c’est un sport inélégant.
    L’action se poursuit, le ballon ne cesse de parcourir le terrain dans tous les sens. Je tente de faire un inventaire rapide des charmes masculins en présence. Dans chacune des équipes y a un certain nombre de bogoss avec des corps et des petites gueules à faire naître illico l’envie de leur donner la bonne pipe sans protection (alors qu’il faut quand même se protéger, car une bonne petite gueule et un corps de Dieu ne valent pas garantie de cleanitude, et le risque est trop grand).
    Oui, les bombasses mâles ne manquent pas, mais mon regard ne cesse de revenir sans cesse auprès des deux charmes masculins qui agissent sur moi comme deux aimants entre lesquels mon esprit balance et se déchire.
    Jérém, Ulysse, Ulysse, Jérém, le bobrun, le boblond. Au milieu de la foule, on ne voit qu’eux, je ne vois qu’eux. Car l’un comme l’autre, et chacun dans son style très différent, ils dégagent une aura virile, un truc de dingue. Les avoir tous les deux dans le même coup d’œil, est une expérience extrême. Excès de bogossitude, surchauffe de neurones.
    A force de mater, l’inévitable finit par se produire. Lorsque l’action amène le boblond vers le coté du terrain proche de la tribune où je suis installé, je finis par croiser son regard. Et c’est un regard clair, profond, viril, un peu sévère mais terriblement charmant, un regard dans lequel on a envie de se noyer, un regard qui happe mon esprit, qui semble me mettre à nu, et lire direct dans mes pensées. Un regard qui fait vibrer toutes mes cordes sensibles sur l’intense « fréquence » du Masculin. Un regard tellement intense et pénétrant que je suis incapable de le soutenir pendant plus d’une seconde.
    Une seconde pendant laquelle je me demande si le gars n’a pas capté que je le mate. Quand je dis que le boblond est à l’affût de tout ce qui se passe…
    Le boblond s’éloigne à nouveau très vite, happé par l’action de jeu. Une seule petite seconde, et pourtant je suis secoué par ce simple contact, car le frisson provoqué par son regard résonne toujours en moi comme une douce ivresse.
    Le jeu s’emballe, je sens que quelque chose d’important va se produire. Ulysse récupère le ballon et, après quelques enjambées, juste avant qu’un joueur adverse ne fonce sur lui, il s’en sépare. Sa passe est parfaitement calculée et maîtrisée. Car Jérém est bien placé, et il reçoit le ballon à pleines mains, en pleins abdos. Puis, il détale comme un lapin, il glisse sur la ligne de jeu comme une fusée. Plusieurs joueurs de l’autre équipe tentent de lui barrer le chemin, mon bobrun arrive à chaque fois à les éviter ou à les dégommer sans ralentir. Comme quoi, le sexe avant le match ne nuit en rien à la performance sportive.
    Jérém fonce droit devant lui et finit par marquer un essai spectaculaire. Un essai qui, à quelques minutes de la fin du match, assure un avantage irrattrapable pour son équipe. Grâce au tandem Jérém/Ulysse, la victoire est dans la poche.
    « Klein et Tommasi sont en train de créer un sacré duo de choc ! » j’entends un mec lancer juste derrière moi.
    « C’est vrai, depuis trois matchs qu’on les voit jouer, leur complémentarité de jeu est de plus en plus marquée ».
    « Ils vont aller loin ces deux-là ».
    Quelques instants plus tard, l’arbitre annonce la fin du temps de jeu. L’équipe de Jérém et Ulysse a gagné.
    Une fois de plus, je vois le bobrun et le boblond se féliciter mutuellement, se prendre dans les bras, pecs contre pecs. Ah qu’elle est belle cette étreinte virile. Ah putain que c’est beau ce contact entre beaux mâles en sueur, le brun et le blond, le Yin et le Yang, deux éléments qui se complètent à la perfection.
    Ah comme ça m’est insupportable de les imaginer plus intimes que ça…
    Mais tais-toi, Nico !
    Les joueurs sortent du terrain, direction les vestiaires. Rien que le fait d’imaginer tous ces beaux mâles se déshabiller les uns à côté des autres, passer aux douches me donne des frissons à la fois d’excitation et d’inquiétude. Je me souviens des mots de Thibault, lorsqu’il m’a raconté comme il ne pouvait pas s’empêcher de mater certains gars sous les douches, et en particulier Jérém… est-ce que Jérém mate Ulysse ? Est-ce qu’Ulysse mate mon Jérém ? Que pensent-ils l’un de l’autre ? Dans la vie ? Dans le jeu ? Sous la douche ?
    J’ai-dit-ferme-la-Nico !
    Une bonne demi-heure plus tard Jérém sort du stade, tout beau, tout propre, les cheveux encore humides, sentant bon le déo de mec, le corps encore chaud de l’effort fourni pendant le match. Il porte le sac de sport aux couleurs de l’équipe par-dessus l’épaule et il me rejoint sur le parking où il m’avait donné rendez-vous en arrivant.
    « Félicitation, champion ! » je lui lance.
    « Merci ! Mais ce n’est pas moi qui ai gagné, c’est l’équipe. Le rugby est un sport d’équipe, sans les autres gars, on n’est rien ».
    « Vous vous complétez bien avec… Ulysse ».
    « C’est un très bon joueur ».
    « Hey, Jérém ! » j’entends une voix appeler mon bobrun.
    Jérém se retourne et je me retourne en même temps que lui, attiré par la voix mâle qu’on vient d’entendre. C’est une voix posée, thoracique, une voix qui me fait frissonner.
    Ulysse porte un t-shirt rouge et un jeans, et il vient vers nous, lui aussi avec son sac de sport aux couleurs de l’équipe par-dessus l’épaule.
    « Tu viens boire un coup ? » il lance à Jérém.
    « Non, je ne pense pas. Mon… cousin est venu me voir pour le week-end et je vais lui faire faire un tour en ville. Au fait… Ulysse, voilà Nico mon cousin… Nico, voilà Ulysse… ».
    « Enchanté » je lui lance, tout autant décontenancé par ce « cousin » que Jérém a sorti de je ne sais pas où que par la musculature du boblond mise en valeur par ce beau t-shirt.
    « Tu étais au match, dans les premiers rangs… » il me lance, en me regardant droit dans les yeux avec son regard clair et blond. Un regard qui, vu de si près, est carrément aveuglant. Sa poignée de main est solide. En ça aussi ce gars me rappelle mon pote Thibault.
    « Oui… » je fais, un peu inquiet que le boblond puisse lâcher devant mon Jérém que je l’ai maté pendant le match.
    « J’ai trouvé le match très intéressant. Vous formez une bonne équipe » j’enchaîne, pour changer de sujet.
    « Il y a encore du taf, mais on y travaille » il me lance.
    « Venez tous les deux, on va au Pousse au Crime » il enchaîne, en s’adressant à Jérém.
    « Sans façon, Ulysse. Nico n’est là que pendant le week-end et je tiens à qu’il garde une bonne opinion de son cousin ».
    « Comme tu voudras. Mais ce soir on fait péter le champ ! » fait le boblond en nous quittant pour aller rejoindre d’autres joueurs.
    « Ton cousin, hein ? Celle-là je ne l’avais pas vue venir » je le taquine, dès qu’Ulysse est assez loin.
    « Ne le prends pas mal, Nico, je préfère rester discret. Dans les vestiaires, les blagues sur les pd fusent dans tous les sens. Le rugby est un monde très macho. Je commence juste à m’intégrer, je commence tout juste à faire mes preuves. Je n’ai pas envie qu’on se moque de moi, qu’on me traite comme une merde. Tu comprends ça, Nico ? ».
    « Je comprends, oui ».
    « Mais ça ne change rien à ce qu’il y a entre nous… ».
    « Il y a quoi entre nous ? ».
    « Tu sais bien ce qu’il y a ».
    « J’aimerais bien l’entendre ».
    « Je ne sais pas dire ce genre de choses. Mais je crois que je te l’ai montré depuis Campan. J’ai beaucoup changé pour ne pas te perdre ».
    « C’est vrai, Jérém, et j’apprécie vraiment beaucoup ».
    Si nous n’étions pas en public, je le couvrirais de bisous. Mais nous ne sommes pas seuls, et je dois me faire violence pour maîtriser mon amour débordant.
    J’adore me balader dans Paris avec mon bobrun. J’ai l’impression de marcher dans une dimension où notre amour ne dérange personne, en tout cas aucun des inconnus que nous croisons. Non pas que nous nous affichions, mais je me sens bien, en paix avec moi-même et avec le monde. Personne ne nous connaît et cet anonymat est tellement agréable. Jérém semble lui-aussi toujours aussi bien dans ses baskets. C’est bon de visiter Paris tout en ayant sans cesse envie de lui faire des bisous. C’est bon de découvrir des merveilles, tout en me disant : dans une heure, je ferai l’amour avec lui. Et en me disant aussi que Jérém en a tout autant envie que moi.
    Paris le jour possède une beauté insolente. Mais Paris la nuit révèle un charme inouï. Nous dînons dans une brasserie non loin de la place de la Concorde. J’adore aller au resto avec Jérém, me retrouver en tête à tête avec lui, au milieu de tant de gens qui sont les témoins inconscients de notre amour discret.
    Il est dix heures lorsque nous rentrons à l’appart des Buttes Chaumont. C’est l’heure parfaite pour lui montrer à quel point ses mots de tout à l’heure m’ont touché. C’est l’heure parfaite pour le couvrir enfin de bisous, et pour refaire l’amour. Ce dont nous ne nous privons pas, pas du tout. Je fais l’amour avec un mec beau comme un Dieu, un grand rugbyman en devenir. Ah, putain, qu’est-ce que j’ai comme chance !
    Après le plaisir dans l’appart plongé dans une semi-obscurité faiblement éclairée par la petite lampe de chevet, nous nous assoupissons dans les bras l’un de l’autre.
    Il est un peu plus de onze heures lorsque je suis tiré de mon premier sommeil par une sonnerie de téléphone qui n’est pas la mienne.
    Jérém se réveille en sursaut, il se penche par-dessus le matelas pour récupérer son jeans nonchalamment abandonné au sol avant nos ébats. Il sort le téléphone de la poche et regarde l’écran.
    « Ils font chier ! » il souffle, agacé, la tête dans le coltard.
    « Qu’est-ce qui se passe ? ».
    « Ce sont mes potes » il me répond, alors que la sonnerie vient de cesser.
    « Ulysse ? ».
    « Oui ».
    « Qu’est-ce qu’il te veut à cette heure-ci ? ».
    « Je suis sûr qu’il est avec les autres gars, et qu’ils veulent que j’aille faire la bringue avec eux ».
    Sur ce, le téléphone se met à sonner à nouveau.
    « Putain… ils ne vont pas me lâcher, surtout après une victoire ».
    « Tu veux faire quoi ? » je l’interroge.
    « Dis… » il me lance, après un instant de flottement « ça t’embête si on va prendre un verre avec eux ? ».
    La sonnerie vient de s’arrêter à nouveau. Je suis un peu pris au dépourvu par la proposition de Jérém. Je suis dans le lit du gars que j’aime, et je venais de m’assoupir. Je suis partagé entre l’envie de rester au chaud et m’endormir pour de bon à côté de Jérém et la curiosité de connaître un peu plus ses potes. Notamment Ulysse.
    « Non, on peut y aller si tu veux » je finis par lui répondre, car je sens qu’il en a envie aussi, sinon il ne l’aurait pas proposé.
    « Merci, Nico » fait mon Jérém, en accompagnant ses mots par un bisou sur ma joue.
    Un instant plus tard, il rappelle Ulysse.
    « Hey, mec, ça va ? » il fait, avec un sourire radieux.
    Il s’en suit une conversation de deux ou trois minutes pendant laquelle mon bobrun ne cesse de sourire, de rire, de se marrer. Ce que lui raconte son pote doit être plutôt drôle.
    « Ok, ok, je viens, je viens, fais pas chier ! » j’entends mon bobrun lâcher juste avant de raccrocher.
    « Merde, il va falloir se doucher et s’habiller à nouveau » il souffle en raccrochant.
    « On va où ? »
    « Dans une boîte où nous avons nos habitudes. Par contre… tu es toujours mon cousin, ok ? ».
    « Mais oui !!!!!!!!!!!! ».
    Le métro, la nuit, a des allures de paysage lunaire. A cette heure tardive, la ville souterraine est certes moins densement peuplée, mais non pas dépourvue de bogossitudes filantes.
    Une demi-heure plus tard, nous franchissons la porte du fameux Pousse au Crime, une boîte branchée du centre-ville. Je suis heureux que Jérém ne veuille pas me cacher, qu’il me présente à ses amis, même si ce n’est qu’en tant que cousin.
    La boîte pullule de bogoss plutôt bien bâtis. En fait, c’est un repère à rugbyman. Ce lieu serait donc un aperçu du Paradis si la bogossitude ne s’accompagnait pas d’un corollaire bien moins attirant, à savoir, une importante présence féminine attirée par l’imposante présence masculine.
    Nous venons de rentrer lorsque je vois un mec blond faire de grands gestes à notre encontre, un mec dans lequel je reconnais le bel Ulysse. Le gars est assis à une table dans un coin avec plusieurs autres mecs, chez qui je reconnais autant de co-équipiers, et deux nanas. Ulysse fait une place à Jérém à côté de lui, je m’assois à côté.
    En le voyant ainsi de près, assis, je peux détailler le spécimen comme il se doit. Je peux apprécier une nouvelle fois ses beaux cheveux qui ont vraiment l’air terriblement doux, tout comme sa barbe, une barbe bien taillée, avec les bords bien nets, qui entoure son visage.
    Ulysse porte une chemise vert « camouflage » complètement ouverte sur le même t-shirt rouge de tout à l’heure, t-shirt mettant bien en évidence ses pecs de fou, sur lequel est désormais posée une belle chaînette de mec. Les manches de la chemise sont retroussées sur ses biceps saillants. Une belle montre massive est accrochée à son poignet gauche, tandis qu’une gourmette brillante est attachée à son poignet droit.
    Définitivement, avec sa gueule d’ange viril, le boblond barbu est sexy à mort. Une sexytude encore décuplée par les quelques marques au nez et aux joues dues aux coups reçus pendant le match. Mais comment on peut cogner une petite gueule comme la sienne qui ne demande qu’à recevoir des bisous ?
    Les tournées de bières et autres boissons alcoolisées s’enchaînent sans que je puisse suivre le rythme. Les mecs déconnent entre eux et je ne peux faire qu’écouter leurs conversations portant essentiellement sur les deux grands sujets autour desquels gravite l’Univers tout entier, à savoir, le rugby et les nanas. Jérém discute et rigole avec tous les gars, et j’ai l’impression que les gars l’apprécient bien. Il a l’air de s’être vraiment bien intégré au groupe, son nouveau monde. Mais le mec avec lequel il semble avoir la plus grande complicité est définitivement le bel Ulysse. D’ailleurs, ils n’arrêtent pas de se marrer dans leur coin.
    Je me sens un peu exclu de ce petit monde, et je commence à me dire qu’au-delà de l’aspect bogossitude, ce genre d’ambiance hétéro ne m’attire pas vraiment.
    Une nouvelle tournée de boissons vient d’être servie, lorsque les gars décident d’organiser un petit tournoi de bras de fer. Deux co-équipiers de Jérém s’y lancent, puis deux autres. Après quoi, des voix se lèvent pour demander un duel entre Jérém et Ulysse. Il y en a qui parient que mon bobrun va dégommer le boblond et d’autres prêts à parier l’exact contraire.
    « Celui qui perd paie une tournée à tout le monde ! » lance l’un des gars, suivi d’une ovation d’approbation du groupe.
    « Eh les gars, vous ne devriez pas jouer à ce genre de conneries, ça c’est bon pour se fracturer le radius et le cubitus ou encore le poignet, et pour louper une saison entière » fait l’un des gars.
    « Eh, Guérin, si tu es aussi rabat-joie avec ta meuf, je la plains » fait Ulysse, taquin.
    « Je ne suis pas le préparateur sportif de ma meuf, mais le vôtre, bande de petits cons ! ».
    Les deux potes s’installent face à face, prennent position. Les deux coudes se posent sur la table, les mains se joignent, les avant-bras se touchent, les biceps se gonflent. Le contraste entre la peau bien mate de mon bobrun et la peau claire du boblond est saisissant.
    « C’est pas juste ça » j’entends Ulysse rouspéter.
    « De quoi tu parles ? » fait Jérém.
    « Regarde ça » fait le boblond, tout en empoignant l’avant-bras de Jérém d’une main et le caressant avec l’autre « regarde-moi cette saloperie d’italo-toulousain, avec la peau bronzée à toute saison ».
    « Mais ta gueule ! » lâche Jérém, tout en dégageant son avant-bras de la prise d’Ulysse « dis plutôt que t’as la trouille que cet avant-bras ne fasse qu’une bouchée du tien ».
    « C’est ça ! » fait le boblond, sur un ton de défi, tout en posant lourdement son coude sur la table et en présentant sa main ouverte.
    Jérém en fait de même, et les doigts des deux potes s’entrelacent. Un instant plus tard, le bras de fer s’engage, sous les encouragements bruyants des autres gars. Le duel est serré, les biceps en présence semblent développer une puissance sensiblement identique. Très vite, il paraît évident que cela ne se jouera pas à la puissance, mais à l’endurance.
    Les secondes s’enchaînent, les deux gars chauffent, mais rien ne se passe, les mains oscillent mais ne penchent ni dans un sens ni dans l’autre.
    Les deux compétiteurs sont entourés par les encouragements des coéquipiers ainsi que d’une petite foule qui s’est attroupée autour de l’action.
    Puis, à un moment, mon bobrun semble peu à peu prendre le dessus. Les mains commencent peu à peu à pencher du côté de sa victoire. Ceux qui ont parié sur Jérém, se félicitent de façon plutôt sonore. Les autres encouragent le boblond à ne pas se laisser faire.
    L’avantage de Jérém semble désormais acquis. Mais c’est sans compter avec la ressource physique du boblond. Ce dernier rassemble toutes des forces et les envoie contrattaquer. La progression de Jérém est stoppée net. La remontée d’Ulysse est spectaculaire, en quelques secondes, les mains reviennent à la position initiale. Puis, petit à petit, l’avantage commence à s’inverser. Le moral des troupes change de signe instantanément. Ulysse est félicité, Jérém est encouragé
    Mon Jérém a beau tenter de résister, la progression du boblond semble inarrêtable. Au prix d’un dernier effort, dont l’intensité est rendue par la grimace de douleur qui déforme sa belle gueule, Jérém arrive à bloquer la progression de son adversaire alors que les bras penchent à près de 45 degrés. Mais un instant plus tard, il est obligé de lâcher, l’effort étant devenu insoutenable pour lui. Sa main heurte bruyamment la table et Ulysse se lève d’un bond, l’attitude triomphante.
    Jérém a l’air déçu. Jérém n’a jamais aimé perdre. Mais Ulysse a la victoire « amicale ».
    « Eh, Jérém, tu as vraiment failli m’avoir. Putain, tu m’as vraiment chauffé. On se fera la revanche le week-end prochain et s’il le faut, tu vas me mettre une branlée ».
    Il est près d’une heure lorsque la « tournée du perdant » est commandée. Les gars continuent à discuter de chose et d’autre, et ils ne semblent vraiment pas pressés de partir.
    Plus j’observe Ulysse, plus la sensation que j’avais ressentie pendant le match semble se confirmer. Le gars est très charismatique, c’est un vrai meneur. Il y a une sorte de magnétisme qui se dégage de son regard intense, qui impose le respect, mais aussi de sa voix basse, virile, de son débit de parole lent, posé, de sa façon d’être, de son attitude assurée et rassurante. Un magnétisme qui en fait un leader naturel, un gars qu’on écoute dès qu’il l’ouvre.
    Définitivement, que ce soit de par sa taille, sa carrure, son charisme, son rôle dans l’équipe et cette virilité tranquille qui le caractérisent, ce gars me fait penser à Thibault. Et cela est vrai également pour l’ascendant qu’il semble avoir sur Jérém. Jérém qui semble boire chacun de ses mots et qui semble porter sur ce gars un regard très admiratif. A croire que mon bobrun a besoin d’avoir un pote pour qui il a de l’estime, un pote qui le guide, qui le rassure.
    Pourvu que ça s’arrête là et que ça ne dérape jamais comme ça a dérapé avec Thibault…
    Nico, ta gueule !
    A un moment, Jérém part faire un tour aux toilettes. Pendant quelques minutes, je me retrouve seul avec un verre à nouveau plein que je n’ai plus du tout envie de boire.
    « Ça va, le cousin ? » j’entends Ulysse me demander à brûle-pourpoint, la voix traînante, l’haleine agréablement alcoolisée.
    « Ça va, ça va ».
    « Et sinon, tu fais quoi dans la vie, le cousin ? ».
    « Je fais des études à Bordeaux ».
    « C’est bien ça » il commente, sans chercher à en savoir plus, l’esprit nageant entre les degrés d’alcoolémie.
    Puis, comme s’il reprenait ses esprits, il enchaîne :
    « Toi aussi t’es à Bordeaux, comme la copine de Jérém ».
    « Euh… oui, c’est ça » je confirme, en me souvenant que Jérém avait emprunté la belle voiture d’Ulysse pour venir me voir à Bordeaux en prétextant une copine.
    Soudain, j’ai l’impression que ça façon de m’appeler « le cousin » en détachant bien ces mots du reste de la phrase est une façon de me faire comprendre qu’il ne croit pas à l’explication de Jérém quant à notre relation et qu’il se doute de quelque chose. L’alcool délie sa langue, mais le gars a l’air bien perspicace. Mais je me fais peut-être des films.
    « Et toi, tu es de la région ? » je tente de faire diversion.
    « Non, moi je suis un ch’ti ! Je suis originaire de Dunkerque ».
    « Ah, oui, c’est bien ch’ti, ça ! » je commente bêtement, alors que je réalise que le gars a un petit accent qui le rend encore plus charmant.
    « Ah, l’autre cousin vient de revenir ».
    Il est près de deux heures et une nouvelle tournée est commandée. Je me sens fatigué, et je n’ai plus qu’une envie, celle de me retrouver dans le lit de mon Jérém, blotti dans ses bras.
    La conversation porte sur une nana qu’Ulysse se serait tapée le week-end précédent. Les gars le taquinent à cause de sa copine « officielle » de la Rochelle. Mais le boblond a du répondant, et l’alcool le rend très joueur.
    Puis, soudain, je vois la tablée échanger des regards complices, chuchoter des mots apparemment drôles. Je comprends qu’il se passe quelque chose, car tout le monde semble sourire sous la moustache et changer d’attitude. Je suis les regards des gars et je réalise qu’ils convergent vers une nana brune qui est en train de traverser la salle accompagnée d’une copine. Elle est bien gaulée, bien habillée, bien maquillée, elle a un regard profond et charmeur. Bref, elle flirte avec la vulgarité tout en y échappant de justesse.
    En passant à un mètre de notre tablée, elle lance un « Bonjour » plutôt hautain, auquel tous les gars s’empressent de répondre, presque à l’unisson. Tous sauf Ulysse et Jérém.
    « Alors, tu vas pas lui dire bonjour ? » j’entends l’un des gars lancer à mon Jérém, un gars que j’ai entendu appeler Léo à plusieurs reprises pendant la soirée.
    Jérém ne lui répond pas, préférant lancer un sourire gêné, boire une gorgée de bière et allumer une nouvelle cigarette.
    Mais Léo revient à la charge et, avec son plus beau sourire, il balance un truc que je reçois comme un coup de poing en plein ventre.
    « T’as du bien t’amuser le week-end dernier avec elle ».


    Prochain épisode, dans 15 jours.

     

     

     

     

     


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    Dimanche 1er juillet 2001, apart des Minimes, 24 heures après la nuit commencée à quatre et terminée à deux dans le lit rue de la Colombette…

     

     

     

    Une main puissante se pose sur un sexe bien tendu… il est tard et le sommeil tarde à venir pour le beau mécano… les doigts commencent à caresser lentement la queue… tout garçon, hétéro ou homo qu’il soir, le sait bien, rien de mieux qu’une bonne branlette pour faire dodo vite et bien… Thibault ne déroge pas à la règle… et pendant que l’excitation monte, la fantaisie vague, le fantasme a bon train, les envies qu’on essaie d’ignorer deviennent visibles et des souvenirs anciens qu’on essaie d’oublier refont surface… au final, c’est juste nos envies profonde, si refoulés soient-elle, qui viennent à nous lors d’un petit plaisir solitaire… car c’est non… non, on ne peut pas se mentir à soi même pendant une branlette…

     

    Souvenirs anciens… ses doigts qui se posent sur mon sexe… une main qui saisit ma queue et qui entame des mouvements lents de va et viens… une langue qui me procure les plus délicieuses des sensations… c’est lorsqu’elle glisse sur mon gland… (glisse… gland… remarquable assonance, voilà des mots qui vont très bien ensemble)… une bouche qui avale ma bite, des lèvres qui la caressent sur toute sa longueur… sentir mon gland dans sa bouche, cet endroit chaud et humide… sentir son entrain, ses allers retours, comme ma main pendant la branlette, mais en mille fois mieux… ma première fois, le sexe partagé, après les « entraînements en solitaire » dans ma chambre d’ado… le plaisir qui monte, prêt à exploser…

     

    La bouche qui lâche ma bite, terrible frustration, la main qui reprend aussitôt les va et viens… sentir venir la vague du plaisir, monter, monter, monter encore, atteindre le point de non retour… me sentir partir, happé par une puissance qui me submerge, qui me déborde, qui m’aspire… et… jouir… jouir très fort sous les caresses de sa main… plaisir interdit, et terriblement excitant…

     

    Sentir mon jus retomber par à coups sur mon torse… la main qui s’arrête… reprendre le souffle… avoir envie de lui rendre la pareille… ma main qui à son tour saisit son manche raide… sensation intense et terriblement excitante… le branler, l’entendre respirer fort… bien le branler… se laisser guider par ses gémissement silencieux… voir tout son corps frissonner, se crisper… son plaisir qui monte, comme le mien, aussi puissant… je sais désormais ce que ça fait, grâce à lui, et je veux lui donner le même bonheur… d’autant plus que c’est sa première fois à lui aussi… ma main inexperte qui donne tout ce qu’elle peut… sa queue qui jouit rapidement… le voir venir, l’entendre venir… sensation de bonheur dépassant l’entendement…

     

    Souvenirs anciens, qui se mêlent à d’autres bien plus récents…

     

    Le frisson du premier contact avec sa peau, avec ses épaules… inattendu, puissant… est-ce que Jéjé a ressenti la même chose ? Les têtes se tournent discrètement, presque au même instant ; les regards se cherchent, se croisent… les épaules nues se frôlent encore, encore et encore… les hanches se touchent, les cuisses se frottent, les genoux se caressent, les doigts s’effleurent…

     

    Regarder Jéjé en train de prendre son pied tout en prenant le mien… excitant, terriblement excitant, et plus encore que je ne l’aurais imaginé… c’est bien pour cela que j’ai accepté ce plan à quatre, le genre de plan sur lequel je n’ai jamais vraiment fantasmé, mais qui devient nécessaire car Jéjé est de la partie… oublier la nana que je suis en train de baiser, n’avoir envie que de le mater, lui, mon pote... son plaisir, mon plaisir… nos deux corps moites qui se touchent, se caressent… nos excitations qui se mélangent, alchimie explosive… et lorsque Jéjé jouit, je viens aussi, comme si on était connectés…

     

    Le silence après l’orgasme est lourd, gênant… le torse dessiné de Jéjé ondulant au rythme d’une respiration encore haletante, son front dégoulinant de sueur… qu’est ce qu’il est sexe ce mec… c’est terriblement beau et excitant de voir un garçon à poil en train de prendre son pied… et c’est sacrement craquant qu’un beau garçon qui vient de jouir… surtout lorsqu’il s’agit de mon Jéjé…

     

    Le joint en terrasse arrive à nous donner un semblant de contenance… le malaise devant sa demande sans appel de prendre les nanas par derrière… c’est à cause de sa façon de balancer ses mots, avec son assurance culottée de ptit coq… le malaise de faire ça « avec » lui… devant lui… ce truc que je n’ai encore jamais fait de ma vie… son sourire sexy et coquin lorsque les nanas cèdent…

     

    C’est trop bandant regarder la blonde qui suce Jéjé en terrasse dans la pénombre… le voir s’impatienter et  son envie de jouir encore… et l’entendre balancer : « Maintenant on baise ! »… croiser son regard… son sourire en guise d’encouragement… et ses mots : « Tu vas voir comment c’est bon… »…

     

    La sodomie, un truc que j’ai accepté d’essayer pour lui faire plaisir… un truc que je finis par aimer très vite… pour le plaisir physique déjà… c’est si serré un petit trou, ça fait des sensations si différentes par rapport à une chatte… ensuite, pour son coté « interdit »… et surtout, surtout, surtout… car cette pratique évoque pour moi des fantasmes refoulés depuis si longtemps…

     

    et puis, à bien regarder, l’aspect le plus excitant de cette position, c'est le fait de nous permettre, maintenant que les nanas ne peuvent plus nous voir, de nous sentir plus libres dans les regards, dans le contact de nos corps… les épaules se frôlent avec plus de facilité, les hanches se frottent avec plus d’intensité, les cuisses se caressent, les genoux s’appuient l’un contre l’autre, les doigts se rencontrent… des contacts qui ce coup-ci n’ont plus rien d’accidentel, comme des envies silencieuses se dévoilant avec de moins en moins de retenue…

     

    Le plaisir monte, la jouissance approche… le corps et l'esprit secoués par ce plaisir inédit et intense, j’en frissonne, j’en tremble presque… lorsque Jéjé me regarde (et il ne s’en prive pas), je trouve ça incroyablement excitant…

     

    Je me sens violemment attiré par lui… j’ai envie de le serrer dans mes bras, de le caresser, envie de sentir mon torse contre le sien, les tétons se frôler, les bassins se rencontrer, les queues se mélanger, envie de me perdre dans cette intimité de mecs… 

     

    Repenser à un dimanche après un match, à cet « accident » troublant… l’attention toute consacrée à la déconnade, Jéjé ôte la serviette autour de sa taille avant de commencer à s’habiller… sans vraiment y prêter attention, à un moment je pivote pour attraper mes affaires… au même moment, tout en discutant avec un autre coéquipier, Jéjé se déplace sans prêter attention… et là, ma main effleure accidentellement le bout de sa queue… très gêné, je m’excuse discrètement, tout en laissant traîner un long regard… et son regard à lui, mi surpris, mi… je n’en sais rien… il me lance un petit sourire, beau au possible…

     

    C’est trop bon de le mater en train de prendre son pied… je sens l’orgasme approcher… et c’est là qui arrive ce truc incroyable, ce geste inattendu… le bras de Jérém se lève, sa main se pose sur mon cou à la base de ma nuque, ses doigts s’enfoncent dans mes cheveux comme une caresse douce, sensuelle et excitante a la fois ; ah, si c’est bon cette caresse… sa main chaude à la base de ma nuque, c’est bon, incroyablement bon… son regard terriblement sensuel, un regard de mâle en rut… altération de conscience dans l’attente du plaisir…

     

    J’ai l’impression de sentir en moi sa propre excitation, son propre plaisir… j’ai l’impression que nos désirs se rencontrent, se reconnaissent, l’impression que nos corps et nos plaisirs se mélangent… je ferme les yeux et pendant un instant… ce n’est plus une nana que je suis en train de limer… putain qu’est ce que j’ai envie de jouir… j’ai envie de jouir avec lui… j’ai envie de… j’ai envie de l… j’ai envie de jouir… en l… altération de conscience dans l’attente du plaisir…

     

    J’essaie de me maîtriser, j’essaie de chasser des images terriblement excitantes mais terrifiantes… comment imaginer un seul instant des trucs pareil ? Je rouvre les yeux, je mate les cheveux blond de la nana que je suis en train de limer… je n’arrive pas à fixer mon attention sur elle… mon plaisir monte… le contact de sa main sur mon coup se prolonge, ses doigts m’offrent une multitude de petites caresses légères… je frissonne, j’en ai la chair de poule… c’est trop trop bon… jamais je n’ai ressenti un truc pareil… et je sais, je ne sais que trop bien que la main de Jéjé y est pour beaucoup…

     

    Alors j’ai envie de lui montrer à quel point j’aime, envie d’essayer de lui apporter le même frisson… alors, après la surprise de ce geste, après une petite hésitation, mon bras se lève à son tour pour se poser sur son cou… nos bras se touchent sur toute leur longueur et, dès le contact établi, dès que me doigts se posent dans cette région merveilleusement sensible à la base de ses beaux cheveux bruns, j’assiste à un spectacle d’une beauté saisissante… à l’instant même, je vois ses paupières retomber, sa respiration devenir profonde et bruyante, j’assiste à un changement de rythme de ses coups de rein… jolie notification, en son et images, des sensations que ce contact lui procure…

     

    Ce double contact, ce contact réciproque fait des étincelles… sur nos peau, dans nos cerveaux, dans nos organes de mecs… double contact, le circuit est fermé… le courant passe plein pot… échange d’énergie pure… énergie… sexuelle… le courant de nos excitations respectives monte en puissance, c’est beau, c’est bon… je vois qu’il est prêt de jouir… je le vois et je le sens, c’est comme si je le sentais en moi grâce à ce double contact… je sens les prémices de l’orgasme me submerger… une intense chaleur qui monte de cette région entre le nombril et le sexe, qui se répand entre les fesses, qui remonte mon sexe et qui explose dans le gland…

     

    Quelques coups de reins encore, un échange de regards complices, excités au possible, et je ne peux pas me retenir plus longtemps… je jouis… je jouis très fort… je jouis comme jamais j’ai joui… si fort que je crois m’évanouir… si fort, si incroyablement beau… si puissant… d’autant plus fort que cette fois c’est mon orgasme qui précipite celui de Jéjé… comme si on était connectés… au fait, on est connectés, sensuellement connectés, physiquement connectés…

     

    Prendre notre plaisir « ensemble », capter son regard qui m’avait semblé chargé de désirs non exprimés, les mêmes que les miens… comme si cette idée de Jéjé de faire un plan à quatre ce n’était qu’une astuce pour un rapprochement entre garçons… mais là encore, assurément, altération de conscience dans l’attente du plaisir…

     

    Une fois de plus connaître le bonheur de prendre ensemble notre plaisir de mecs… un bonheur découplé par le contact de nos bras, de nos doigts caressant nos cous… on jouit presque au même instant… et lorsque je vois sur son visage les grimaces de l’orgasme qui est en train de le secouer, j’ai vraiment l’impression de sentir en moi son plaisir… c’est beau à un point que ça me donne presque envie de pleurer… cette image est à cet instant à mes yeux le plus beau spectacle du monde…

     

    Hélas, une fois le plaisir venu, passé, l'excitation retombée, le contact de la main de Jéjé s’évapore instantanément… et ce contact de peau va bien vite me manquer
    Jérém qui me propose de rester dormir… j’hésite… je me dis que si jamais nos corps se frôlent dans le lit, ça ne va pas être facile de trouver le sommeil… je finis par accepter mais une fois les nanas parties, le sentiment de malaise s’installe entre nous… le silence devient gênant…
     

     

    Le sommeil finira par nous gagner, mais le réveil sera troublant pour moi…c’est lorsque je me rends compte que mes bras, mon torse, mes jambes sont en train d’enlacer le corps chaud de Jéjé, que l’agréable et douce chaleur que je ressens dans mon ventre vient du contact avec le dos de mon pote… que la sensation de douceur que je ressens sur ma joue, vient du contact avec ses cheveux bruns… 

     

    Long moment d’angoisse pour tenter de me retirer de cette position embarrassante sans réveiller Jéjé… je la joue fine, un geste après l’autre j’arrive à me dégager, Jéjé n’a pas quitté sa respiration calme et régulière… ouf, il est toujours dans les bras de Morphée… 

     

    Mais comment ça a-t-il pu arriver ? Je ne l’ai pas voulu… mais il faut bien admettre que cet épisode semble exprimer une envie bien présente en moi et longtemps refoulée…

     

    oui, en y repensant à tête froide, une fois la panique évacuée, je dois admettre que, par-dessus tout j’ai adoré ressentir contre moi la chaleur de son corps, ainsi que le contact avec ce bon paquet de muscles qui constitue son torse… de ma peau contre la sienne… et, au delà de son nouveau parfum, de cette nouvelle fraîcheur qui fait vibrer mon odorat, c’est la sensation apaisante et enivrante de sentir l’odeur de sa peau au delà de tout parfum; c’est son odeur de « mec », une sorte de fragrance masculine naturelle se dégageant de son corps, cette odeur qui possède quelque chose de familier et de rassurant  et qui me fait sentir bien, à ma place, en accord avec les envies de mon être profond... c’est une sensation de bien être absolu qui relève d’un besoin de contact et de partage avec l’intimité d’un corps et d’un esprit qui ressemblent au mien… c’est une sensation de bien être absolu qui relève d’un besoin de contact et de partage avec l’intimité du corps et de l’esprit de mon Jéjé…

     

    Je me surprends à éprouver une profonde tendresse en écoutant sa respiration dans le sommeil, en regardant ce beau garçon dormir… 

     

    Pas facile le lendemain matin, se retrouver au petit déjeuner… le bruit de la télé aide à camoufler un manque de conversation embarrassant, des non dits lourds à assumer. Pas la moindre allusion à ce qui s’est passé avec les deux nanas et encore moins à ce qui s’est passé au petit matin… il faut croire qu’il ne s’est vraiment rendu compte de rien… ouf, je me sens soulagé, soulagé et… frustré… j’aimerais tellement qu’il se soit rendu compte de cela et qu’il ait aimé, qu’il se soit retourné pour me faire un câlin à son tour… hélas, cela n’arrivera jamais…

     

    Souvenir ancien, l’été de nos 13 ans, souvenir récent, la veille au soir… l’excitation monte… le plaisir explose enfin, emportant tout sur son passage… des giclées denses et chaudes s’abattent sur mon torse… le corps détendu, chaud, repu… la tête vide, mon esprit ressemble à une page blanche… je sens les paupières tomber et  je tombe vite dans le sommeil, l’esprit trouve l’apaisement dans cette petite mort qui m’aidera à traverser une nuit peuplée de fantasmes et d’envies inavouables…

     

    Plaisir du corps suivi de tristesse… nostalgie… frustration… dépit… car ce que je voudrais qui se passe avec Jéjé, n’arrivera hélas jamais…

     

     

     

    Vendredi 6 juillet 2001, fin d’après midi…

     

     

     

    « Salut toi… » me lance le beau mécano sur un ton presque enjoué, lorsqu’il met le pied sur le trottoir.

     

    « Salut » je lui réponds pendant qu’il me serre la main avec sa prise puissante de mec… et lorsqu’il balance un nouveau sourire qui donne tout leur éclat à ses yeux vert marron magnifiques, je suis conquis et je sais déjà que j’ai perdu tous mes moyens… je ne saurais pas lui reprocher quoi que ce soit… je suis vraiment trop sensible au charme masculin… et là c’est bien ainsi, car je n’ai pas à lui reprocher quoi que ce soit… j’ai surtout besoin de l’apprivoiser et d’en faire un pote, et un allié…

     

     « Alors, t’as fini ta journée ? » j’arrive à enchaîner, malgré l’onde de choc provoquée par son sourire ravageur, doux et charmant à la fois, et par sa poignée de main… un contact visuel et un autre physique, l’un comme l’autre, ferme, marquant.

     

    « Ma journée et ma semaine… » il relance « j’adore ce taf mais quand le week-end arrive, je suis HS… ».

     

    « C’est dur comme taf… » je commente.

     

    « Ca va, mais ce n’est pas de tout repos non plus… » il répond.

     

    « C’est le taf que t’as toujours voulu faire ? » j’enquête, m’enfonçant dans une question qui baigne dans l’évidence. On le voit bien qu’il est tombé dans le chaudron du cambouis magique lorsqu’il était petit, et qu’il est comme un poisson dans l’eau… on voit qu’il adore ça… un vrai taf de petit mec… je le regarde et soudainement une image s’affiche dans ma tête, une image « imaginaire » mais que je sens assez plausible…  le petit Thibault, pas plus grand que la hauteur de deux pommes, qui joue aux legos et au mécano sous les yeux enchantés et fiers de son papa qui est en train de penser « il sera mécano plus tard »…

     

    « Un jour j’aimerais ouvrir ma propre boite… » je l’entends dire pendant que l’image de Thibault enfant imaginée et celle du Thibault jeune étalon que j’ai sous les yeux se mélangent dans mon esprit, rendant le « personnage » d’autant plus craquant à mes yeux…

     

    Je souris. Ça c’est vraiment un bon gars. Bosseur, passionné.

     

    « Tu veux boire un truc ? » il me balance de but en blanc.

     

    Ah, il fallait s’y attendre à celle là… je réalise que franchement je n’ai pas envie de retraverser la moitié de la ville pour aller me planter en terrasse rue de Metz et me retrouver en présence de Jérém qui va certainement me regarder de travers… et puis, je n’ai franchement pas envie de me retrouver à discuter avec les deux mecs qui se sont tapés un plan à quatre pendant que je cuisais dans mon humiliation… un à la fois ça va, mais pas deux, et surtout pas le « cerveau » de ce plan que je n’ai toujours pas vraiment « digéré »… pas encore…

     

    « Eh bien… » je m’avance, sans trop savoir comment présenter la chose « … c'est-à-dire que je n’ai pas trop le temps d’aller jusqu’à… ».

     

    « On n’a pas besoin d’aller rue de Metz… » il me coupe, lisant littéralement dans mes pensées « il y a des bars sympa par ici… ».

     

    Je crois que Thibault a compris que je n’ai pas envie de voir Jérém, et je crois qu’il a même compris pourquoi. En tout cas, c’est mignon de sa part de tenir compte de mon ressenti.

     

    « Alors je te suis… » je lui réponds, rassuré et un peu plus à l’aise.

     

    Nous marchons quelques minutes jusqu'à que ce charmant Thibault s’arrête devant la petite terrasse d’un bistrot avec des parasols pour donner de l’ombre.

     

    « C’est ici… » m’annonce-t-il « ça ira ? »

     

    « Parfait ! » je lui réponds.

     

    Nous nous installons à une table et nous commandons. Nos bières arrivent rapidement. Oui, j’ai commandé une blanche. On ne peut pas discuter d’« affaires importantes » en tournant au Coca. Ca ne fait pas sérieux…

     

    « Alors, ce bac… mention ou pas mention ? » me branche-t-il, dès que le serveur s’éloigne.

     

    « Mention très bien… » je lui réponds, un peu gêné de passer une fois de plus pour le bon élève coincé de service.

     

    « Félicitations… Jérém me l’avait dit que t’étais une tronche… ».

     

    Allez, ma réputation n’est plus à faire. Eux les mecs… moi la tronche… nos planètes nous séparent…

     

    « Tu lui a parlé cette semaine ? » je me renseigne.

     

    « Oui, lundi en début d’après midi. Il était plutôt content de l’avoir eu… je crois qu’il n’y croyait pas vraiment… »

     

    Ainsi il a été lui aussi à l’affichage… évidemment… tout simplement il y a été un peu plus tard que moi...

     

    « Je le crois aussi… » je commente « en tout cas, je suis content qu’il l’ait eu… »

     

    « C’est un peu grâce à toi… » il me lance.

     

    Oui, Thibault, c’est grâce à moi qu’il est arrivé au bac les burnes bien vides, prêt pour se concentrer… car c’est à ça qui servaient nos révisions…

     

    Pendant qu’il parle, assis pile en face de lui, à un mètre à peine de son visage, j’ai l’occasion de mater sans ménagement ses beaux yeux verts marrons à la lumière du jour… et ils sont encore plus beaux que dans mon souvenir… des yeux magnifiques d’où se dégage un regard à la fois puissant, un vrai regard de mec mais doux, gentil…

     

     « Oui, un tout petit peu grâce à moi… » je finis par lui répondre.

     

    Je bois une gorgée de bière pour essayer de trouver le bout par lequel commencer, mais rien ne me vient… j’ai envie de lui poser mille questions… tu t’es bien amusé avec ton pote, espèce de saligot ? C’était comment ? Vous avez fait quoi ? Vous avez joui comment ? Combien de fois ? T’as bien pris ton pied ? Il a bien pris le sien ?

     

    Oui, j’ai envie de lui poser mille questions, mais son regard vert et transparent, la douceur de sa voix, m’empêchent de franchir le pas… et puis je me dis qu’au fond, de lui poser toutes ces questions, en admettant qu’il veuille bien y répondre, ça ne servirait à rien à part me faire du mal… alors à quoi bon ? 

     

    Le silence commence à s’installer entre nous, gênant. Je ne sais plus bien pourquoi j’ai voulu le voir. Je ne sais pas exactement ce que j’attends de lui. Peut-être qu’il me dise que Jérém est secrètement amoureux de moi et qu’il me donne la recette pour accéder à son cœur… et quoi encore… le tiercé gagnant pour la prochaine course à l’hippodrome de la Cépière ? Je suis con, je n’aurais pas du aller brancher Thibault, ça ne sert à rien…

     

    Vite finir ma bière et trouver une excuse pour me sortir de ce pétrin.

     

    C’est lui qui brise le silence. En mettant carrément les pieds dans le plat.

     

    « Ca a été ta soirée au KL?... je ne t’ai plus revu après qu’on s’est parlé, tu es parti de bonne heure, non ? ».

     

    Bah, oui, c’était une très bonne soirée, une magnifique, somptueuse soirée de merde… le genre de soirée que j’affectionne tout particulièrement au point de la vivre jusqu’au bout, dans mon coin… et non, je n’étais pas encore parti quand vous êtes tirés pour aller tirer les deux pouffes, j’ai bien assisté à toute la scène, tapi dans l’ombre, si tel est le sens de ta question, mon grand…

     

    « Ouais, ça a été » je lui réponds en prenant sur moi, mais laissant traîner quand même une petite accroche pour une mise au point qui me taraude « je suis parti après vous… »…

     

    Est-ce que je me trompe ou c’est bien un petit malaise que je décèle dans son regard à ce moment là ? Je profite du blanc que mon propos a causé (non ce n’est pas un ange qui passe, mais bien un petit malaise) et je ne peux m’empêcher de céder à la tentation de mettre les pieds dans le plat à mon tour :

     

    « Vous êtes partis accompagnés… » je laisse échapper en regrettant mes mots au moment où ils sortent de mes lèvres…

     

    Putain, Nico, tu ne pourrais pas te taire ? Désolé, Nico, ça a été plus fort que moi, fallait que ça sorte… ça montait tellement en moi, la tension était tellement insupportable c’était comme un orgasme émotionnel, il fallait que ça explose pour me calmer… il fallait qu’il sache, il fallait que je lui dise…

     

    Il me regarde dans les yeux, l’air un peu surpris. Le blanc qui suit mes mots commence à être long. Je commence à avoir du mal à soutenir son regard… et puis il sourit… ah putain… le sourire… qu’est-ce qu’il est beau ce mec quand il sourit… ça alors, ce genre de mec est comme une bombe à retardement… mal maîtrisé, ou maîtrisé à des fins malhonnêtes, ce genre de sourire peut faire des dégâts d’une ampleur imprévisible… sans compter l’aspect « fonte de la banquise », dans l’intérêt de l’ordre public, ça devrait être interdit des sourires pareil… tu ne peux pas t’énerver après eux, ce n’est pas possible… plus fort que l’immunité diplomatique, c’est l’immunité du bogoss impuni… car leur sourire leur donne accès à tout, à tout…

     

    « Oui… » il finit par répondre sobrement.

     

    Ah, putain, il passe aux aveux. Il se met à table. Je vais le cuisiner. J’ai à nouveau envie de lui poser mille questions… alors, c’était comment, espèce de petit voyou ? Vous avez baisé comme des lapins toute la nuit ? Jérém était comment ? Il a fait son macho excessivement viril, insolemment sexy? Tu l’as bien maté en train de prendre son pied ? T’as aimé, hein ? Il a bien pris son pied avec ces deux pouffes ? Autant qu’avec moi ?

     

    Je sens une légère, grandissante, intense contrariété, doublée d’une certaine colère, ou plutôt d’une colère certaine, avancer à grand pas dans mon esprit et me mettre en pétard… j’ai envie de lui rentrer dedans (au sens figuré, certes… car au sens propre, faut bien avouer que c’est plutôt l’inverse qui me fait envie) et de lui demander pourquoi… pourquoi il m’a fait ça, alors qu’on commence à être potes… ce sont les mots de ma cousine retentissant dans mes oreilles qui m’empêchent d’aller plus loin dans mon questionnement…

     

    Mieux que ça, ils ont le pouvoir de faire retomber ma colère de plusieurs crans… je repense notamment aux arguments avec lesquels elle a tenté d’apaiser ma colère, ma tristesse et mon désarroi pendant le retour du KL, en m’expliquant que malgré ce qui venait de se passer…

     

    … « Ca n’empêche pas que Thibault soit un très bon gars… et je pense vraiment qu’il a envie de devenir ton pote… et à ta place, moi j’accepterais son amitié sans réserves…»

     

    Car…

     

    « … si tu veux avoir une chance de garder un peu plus longtemps ton con de brun, t’as tout intérêt à saisir la main que Thibault est en train de te tendre… Thibault est peut-être la personne qui connaît le mieux Jérém au monde, et apparemment il ne se fait pas prier pour te faire profiter de son savoir… là tu tiens un allié de taille pour mieux cerner ton serveur… de plus, je suis sure qu’il sait tout de vous deux et que tu peux dès maintenant lui parler franco… à contrario, si tu te fâches avec lui à cause de ce genre de conneries, je suis sur que tu vas passer à coté de quelque chose et tu vas le regretter…

     

    Alors je ne vais pas sévir devant son « aveu » car, péché avoué, à moitié pardonné… et l’autre moitié du pardon tenant à son sourire… alors je continue, pudiquement…

     

    « Je vous ai vus partir… ».

     

    « Ah… » il s’étonne.

     

    Je ne trouve plus rien à dire. Soudainement je me sens triste. J’ai beau essayer de prendre du recul par rapport à tout ça, le fait d’en parler me remue les tripes. Thibault s’en rend compte.

     

    « C’était pas prévu, tu sais… ».

     

    « T’as pas à te justifier… » j’essaie de me dédouaner.

     

    « Je vois bien que ça te pose problème… ».

     

    « Et pourquoi ça me poserait problème ? ».

     

    « Nico… »

     

    « Quoi Nico? » je commence à m’échauffer…

     

    « Je vois bien que ce qui s’est passé samedi soir… ça t’embête… ».

     

    « Mais pas du tout… » je mens.

     

    Il sourit. Il se moque de moi. Il est beau à craquer. Il est charmant à ne pas pouvoir l’exprimer. Et en plus il touche juste. Il m’énerve. Je vais le tuer.

     

    « Nico… Jérém est mon ami… ».

     

    « Oui, et alors ? » je tente l’esquive car j’entrevois très bien où cette conversation va nous mener…

     

    « Je le connais un peu… » m’informe-t-il.

     

    « Oui… » je réponds à mi voix, en redoutant un brin ce qui va suivre. Je ne me trompe pas…

     

    « Alors je sais depuis longtemps que toi… et lui… ».

     

    Je me tais, je suis officiellement démasqué. Je ne sais pas comment réagir. Je garde les yeux rivés sur mon verre autour duquel mes doigts s’enroulent nerveusement.

     

    Soudainement je me rends compte que je viens de faire mon premier coming out… certes Elodie est au courant depuis un certain temps… mais Elodie ne compte pas, elle est hors compétition, on pourrait tenter de lui cacher un truc sur Mars qu’elle le capterait… alors, oui, en ce jour de juillet 2001, je viens de faire mon premier coming out… et rien de moins qu’auprès du meilleur pote de Jérém…

     

    C’est un coming out "en douceur", comme une évidence, puisque c'est Thibault lui-même qui m’a amené à me livrer. Il a juste su me mettre en confiance. Bien sur, il le savait déjà, ça n'a été qu'une simple "évidence" de le dire ce jour-la, a ce moment-la, car ça devait être dit tout simplement.

     

    Je savais que ce moment allait arriver, mais maintenant que c’est fait, j’ai l’impression que cela marque un tournant dans ma vie… le signe que quelque chose s'est terminé, comme si une page d'un livre collée aux autres venait de se tourner, qu'une étape est franchie et que désormais rien ne sera plus comme avant.

     

    C'est un sentiment étrange: un soulagement d'abord, et un sentiment bizarre de nostalgie pour ma vie "secrète" d'avant, quand personne ne savait. Cette vie secrète qui me rendait malheureux du fait de ne pouvoir me confier à personne, mais qui était aussi mon jardin secret, une partie de moi à qui je m’étais habitué tant bien que mal et à qui je tenais au fond… certes, j’ai rêvé de ne plus devoir me cacher, de pouvoir être moi-même, de me moquer du regard des autres…

     

    Et voilà que quand le moment tant attendu de me dévoiler arrive, je me surprend à éprouver cette sensation bizarre, une sensation qui me ferait presque regretter « mon monde d’avant », fait de cachotteries envers la terre entière... c’est comme si ce « truc », ce quelque chose de si différent en moi, ce truc qui était la partie la plus sombre de moi, la partie que je me suis employé pendant tout ce temps à cacher de toutes mes forces… oui, c’est comme si ce truc, une fois sorti de l’ombre et porté en pleine lumière, perdait toute sa valeur et ressemblait à quelque chose de tellement commun et banal… est donc si terrible d’être pd ? Ca valait dont tous les efforts produits et la solitude intérieure endurés pendant tout ce temps ?

     

    A ce moment, je me dis que j’ai franchi un cap et que je ne pourrais plus faire marche arrière, et que mon histoire avec Jérémie aussi va prendre une direction en quelque sorte inéluctable. Thibault est désormais dans la confidence et ça va forcement changer beaucoup de choses…

     

    Je ressens un mélange de gêne et de soulagement… peu à peu ce dernier prends le dessus, j’ai l’impression que dans ma vie quelque chose arrive enfin a son terme, a sa conclusion logique…

     

    « Nico… » je l’entends dire pendant que je suis saisi par l’agréable et touchante surprise de sentir la chaleur du contact de sa main sur la mienne, contact qui m’oblige à lever le regard et à rencontrer le sien ; et il continue : « t’as pas à être gêné… avec moi… ».

     

    Oui, je suis démasqué. Quelque part j’avais désirée cette conversation… je l’avais crainte… mais maintenant que c’est parti, je me sens soulagé. L’espace d’une seconde, j’ai basculé dans une nouvelle dimension où Thibault est devenu un confident, un ami. A qui j’ai envie de me livrer.

     

    « C’est pas facile, tu sais… » je finis par lâcher, comme sortant d’une apnée émotionnelle qui avait trop duré.

     

    « Je sais que c’est pas facile, ni pour toi, ni pour lui… » il tente de me rassurer.

     

    Ah, Thibault a l’air de savoir des choses… je m’emballe très vite…

     

    « Il t’a parlé, il t’a dit quoi ? » je m’enquête, curieux et impatient.

     

    « Il ne m’a rien dit… mais je sais pour vous… » precise-t-il

     

    « Comment tu sais ? » je demande, intrigué mais m’attendant quelque part à la réponse qui allait suivre.

     

    Il me regarde droit dans les yeux et… putain… il a vraiment des yeux à se perdre dedans… alors je m’y perds et à force de les regarder, un petit détail finit par frapper ma conscience… je l’ai déjà remarqué en d’autres circonstances, mais lorsqu’il sourit, on dirait que les paupières inférieures dessinent de charmants petits bourrelets tous mignons sous les yeux… c’est un truc gracieux que l’on voit le plus souvent chez les enfants ou les ados, lorsqu’ils sourient… ce petit détail donne quelque chose d’enfantin à son visage par ailleurs bien viril, avec une mâchoire carré et un duvet de barbe bien sombre, malgré qu’il soit en permanence rasé de près… et il est à craquer !!! 

     

    « Je l’ai su la première fois que je t’ai croisé sur son palier un soir que tu venais réviser chez lui… je me souviens d’avoir eu l’impression qu’il était très impatient que tu arrives, que ça lui tardait que je parte… et quand je t’ai vu arriver comme une furie, je me suis dit que tout cet entrain ne pouvait pas être que pour des révisions… par la suite, sans que Jéjé me parle vraiment de toi, à part du fait que vous révisiez ensemble, j’ai quand même eu l’impression assez nette que ta présence dans sa vie lui apportait quelque chose de positif… c’était bien la première fois que je voyais Jéjé prendre des études au sérieux… ».

     

    Pendant qu’il parle et que je bois ses mots, des mots que je reçois comme une caresse sur mon esprit ému, je réalise un truc que j’avais déjà remarqué par moments mais que à cette occasion, dans cette conversation loin du bruit de la boite de nuit, j’arrive à capter plus régulièrement… le beau mécano a un tout léger défaut de diction : c’est léger mais on l’entend quand même, comme si sa langue se posait tout le temps trop au fond du palais… ça se rapproche de l’expression « avoir un cheveux sur la langue » mais c’est très très léger et, une fois de plus, très mignon… je me fais la réflexion que les petits défauts de ce genre ont le pouvoir de rendre ce style de mec encore plus craquant… d’autant plus que, à coté de ça, sa voix est puissante, son débit de parole est celui d’un petit mec affirmé mais tout en retenue, le tout saupoudré d’une gentillesse de chaque instant… alors voilà, ce petit défaut lui donne un coté mignon, touchant et fragile en contraste avec sa virilité de jeune mâle… et ça, ça fait définitivement un mélange explosif…

     

     « Ensuite… » il continue «… j’ai commencé à te voir apparaître en boite lors de nos sorties… je t’ai vu parfois partir seul avec lui… je me souviens tout particulièrement du soir sur le parking de l’Esmé… je ne savais pas ce qui s’était passé ce soir là dans les chiottes, pourquoi il s’était battu, mais le fait qu’il ne veuille pas m’en parler m’a fait me poser plein de questions… ».

     

    J’ai l’impression que sa dernière phrase est autant une affirmation qu’un questionnement à mon adresse. Allez, le mec est en train de jouer cartes sur table, je lui dois bien ça…

     

    « Ce soir là… » je le coupe avec un petit sourire « … il est arrivé au bon moment… il y avait un mec bourré qui me cherchait des noises… il était plein comme une barrique et il voulait une gâterie… moi je ne voulais pas et si Jérém ne l’avait pas remis à sa place, il m’aurait cogné… il a été génial… fallait voir comment il l’a envoyé valser ce gros nul… il n’a même pas eu de mal… le sang sur son t-shirt venait du rapprochement entre le nez du mec et d’une porte de chiottes… ».

     

    « D’accord… » fait Thibault en affichant un air satisfait de connaître enfin la réponse à ses questions sur ce sujet.

     

    « Après… » continue le beau mécano «  … j’ai eu l’occasion de te côtoyer un peu… et j’ai senti à quel point Jéjé compte pour toi… j’ai vu comment t’as couru le voir à son job juste après qu’on s’est croisés la semaine dernière… je t’ai vu essayer de te cacher dans l’abribus pour le mater de loin… j’ai trouvé ça super mignon… et j’ai vu aussi Jérém heureux de te voir débarquer lors de son premier jour de travail… tout comme ça lui a fait plaisir quand samedi soir je lui ai annoncé sur la route du KL que très probablement tu allais être là… car je savais que tu allais y être… ».

     

    Ah, ce charmant Thibault… je réalise à ce moment ce qu’il a du ressentir le soir sur le parking de l’Esmé, lorsqu’il nous a regardé partir tous les deux… et, qui plus est, même pas pour un plan à quatre… ce soir là Thibault savait pertinemment que son pote et moi nous allions coucher ensemble… et je m’imagine bien ce qu’il a du ressentir, surtout si l’envie de partager une petite galipette avec son pote lui chatouillait l’esprit… je me rends compte que je n’ai pas de raison de lui en vouloir pour samedi dernier, car il n’a fait que côtoyer Jérém pendant une bonne baise… du moins c’est ce que j’espère… en tout cas ce garçon me touche… profondément…

     

    D’autant plus que ce jeune mec possède une qualité très rare à son âge, la capacité d’être en permanence à l’écoute des autres… son regard est sensible, pénétrant… j’ai l’impression que rien de ce qui se passe autour de lui ne lui échappe, son esprit est fin, perspicace… oui, ce mec voit tout, et c’est pour en faire le meilleur usage… tout dans son attitude est bienveillance, le mec semble naturellement attentif et attentionné vis-à-vis de son prochain, quel qu’il soit ce prochain… que ce soit Jérém (il est comme un frère avec lui), un pote (je l’ai vu avec des potes en soirée) ; que ce soit une connaissance comme je le suis, ou que ce soit un inconnu, j’imagine…, ce mec est toujours gentil, aimable, avenant, avisé, réfléchi, serviable… il sais observer, s’intéresser et s’adapter à chacun, il sait mettre à l’aise… il a toujours dans son escarcelle le sujet de conversation qui va bien… et un gars comme ça, ça vaut plus que son pesant d’or…

     

    En attendant, me voilà démasqué. Que faire maintenant ? Continuer à cartes sur table ou respecter le fait que son meilleur pote n’ait pas voulu lui parler de notre relation ? Je n’en sais rien… je meurs d’envie de me confier à lui… et puis de toute façon il sait déjà presque tout, alors je craque :

     

    « On ne peut rien te cacher à toi… » je finis par lâcher avec un petit sourire un peu intimidé en pièce jointe.

     

    Il sourit, l’air amusé de m’entendre mettre cela sur le ton de la rigolade… c’est un sourire qui a quelque chose de léger et enfantin, un sourire qu’il laisse gentiment rouler au fond de sa gorge, un sourire qui devient alors une pure caresse pour les oreilles et pour l’esprit… j’ai déjà dit que ce mec a quelque chose de profondément touchant ?

     

    « Depuis que vous… » il cherche ses mots, avec un léger malaise.

     

    « Depuis qu’on révise… » je l’aide.

     

    « Oui » il percute et enchaîne instantanément sur ma petite formule politiquement correcte « depuis vos révisions Jérém a changé… même s’il ne m’en a pas parlé, j’ai bien vu qu’il y avait du nouveau dans sa vie… je trouve que depuis quelques mois il a l’air mieux dans ses baskets… disons que sa vie est… comment dire… un peu plus rangée… du moins autant que ça peu l’être pour un mec dans son genre… j’aime autant le voir rentrer avec toi que le voir picoler toute la nuit… à coté de ça, je vois bien qu’il a du mal à composer avec ce qui lui arrive… je crois que ce qui se passe entre vous, il ne l’a pas vu venir… ça lui est tombé sur la tête et il en est encore un peu assommé… le fait qu’il n’ait jamais eu envie de m’en parler, alors qu’il m’a toujours tout dit, me laisse penser qu’il doit vraiment avoir du mal avec tout ça… ».

     

    Je ne me lasse pas d’entendre le son de sa voix et de recevoir la tendresse de ses mots. Ah que ça me fait plaisir d’entendre à travers la bonne parole de Thibault, que j’ai apporté quelque chose dans la vie de Jérém, même si ce dernier n’arrive ni à le formuler ni à l’assumer.

     

    Ah, ce petit, charmant Thibault… un petit mec de tout juste 19 ans, pourtant il émane de sa personne un charisme et une autorité qui s'expriment dans le moindre de ses gestes… alors, j’ai vraiment envie de croire à ses mots…

     

    « Je voudrais vraiment pouvoir penser que je représente quelque chose pour lui… » je finis par lâcher.

     

    « Il t’aime bien, Nico, je pense juste qu’il a du mal à l’admettre… ».

     

    « J’en sais rien… moi, tout ce que je vois, c’est qu’il m’appelle quand ça l’arrange et qu’il me jette quand ça lui chante… »

     

    « Tu ressens quoi pour lui ? » me demande-t-il à brûle pourpoint sans apparemment prêter attention à mes mots.

     

    Aaaahhh… voilà la question qui tue, simple, claire, sans détours, directe à l’essentiel, du pur Thibault… comment répliquer à cette question… ? Y répondre, équivaut à aller chercher et à raviver un ressenti que je tente d’enfouir depuis une semaine…  répondre à cette question va m’obliger à replonger dans « Le monde de Jérémie » à clore définitivement « La parenthèse inattendue avec Stéphane »… un bien, un mal, je ne sais pas…

     

    Tout ce que je sais c’est que, maintenant que j’ai mis le doigt dans l’engrenage, je vais être aspiré. Je vais devoir affronter mes démons, mon magnifique démon Jérémie… j’ai beau essayer de ne pas penser à mon beau brun, tant que je serai sur Toulouse, tant qu’il sera sur Toulouse, et maintenant que Stéphane sera loin, la proximité physique entre nos deux corps fera que je ne pourrais pas passer à autre chose… tiens, rien que cette ruse ridicule de passer et repasser en bus devant son taf juste pour le mater… si c’est pas con ça, ça donne quand même l’ampleur de ma maladie…

     

    Et encore, comment répondre à la question posée par Thibault, comment négocier pour sauver la chèvre et le chou, quand je repense aux mots d’Elodie… « … il y a juste un truc qui pourrait clocher… Thibault va être ton allié, à moins qu’il en pince lui aussi pour son pote… ». 

     

    Allez, Nico, balaie tout ça de ta tête et essaie d’avancer… répond à sa question, et sois franc avec ce mec… sois franc avec toi-même… 

     

    « Je ne sais pas par où commencer… » je concède. 

     

    « Tu es amoureux de lui ? »  

     

    Droit au but, juste, sans fioritures, comme une action de rugby. Le mec veut transformer l’essai. Oui, du pur Thibault. Encore. J’adore. Je respire profondément… j’ai du mal à me laisser aller…  

     

    « Je ne sais pas si je peux parler de ça avec toi… je pense que si Jérém ne t’en a pas parlé, c’est qu’il n’est pas prêt… tu es son meilleur ami, il t’adore… mais… ».

     

    « Je te demande juste ce que tu ressens… toi… pour lui… » il tranche net, le ton ferme, calme, rassurant, sa main se resserrant un peu plus fermement sur la mienne.

     

    Présenté comme ça, ça me parait déjà mieux… je sens que la tempête dans ma tête se calme un peu, que mes pensées se posent, arrêtent de s’entre choquer… oui, ma langue est prête à se délier… et au fond, elle n’attend que ça…

     

    « Je… » je n’irai pas plus loin, car son portable sonne. Le contact de sa main avec la mienne est rompu, et j’ai l’impression que la magie est partie. Le contact de ses mains puissantes me manque déjà… surprenante sensation qui n’est pas sans m’en rappeler une semblable sous certains aspects, la sensation d’abandon qui me saisit lorsque Jérém se dégage de mon intimité après avoir joui en moi…

     

    « Excuse-moi, je dois répondre, c’est important… » me lance-t-il tout en décrochant.

     

    « Allo… ». Affirmé mais cordial. Je pense qu’un de ces jours je vais l’appeler juste pour le plaisir d’entendre cet « Allo ! ». Hélas, lorsque je l’appellerai quelques semaines plus tard, ce ne sera pas pour de pareils bêtises, mais pour un sujet bien plus grave.

     

    Il parle avec un pote, ils parlent rugby, de la finale du tournoi, contre Blagnac, prévue pour le dimanche d’après. Il sourit, il blague, son visage s’illumine sous l’effet du bien être inconscient mais bien réel que lui apporte cette entente entre potes, cette complicité qui ressort même d’une conversation au tel dont je n’entends que la moitié des répliques… je vois, j’entends, je ressens deux potes qui se captent au quart de tour… et je trouve ça beau…

     

    Pendant qu’il est au téléphone, je profite pour encore mieux le détailler… décidemment sous son marcel gris qui a du connaître pas mal de passages à la machine, son torse massif ressort vraiment d’une façon plutôt spectaculaire… sans parler de ces quelques poils qui pointent au dessus de l’arrondi assez profond du marcel… et qu’est-ce que c’est beau aussi ces épaules découvertes se prolongeant dans des biceps à la musculature saillante, ces derniers supportant des bras puissants, aux veines apparentes, des avant bras à la peau finement poilue… et lorsque mon regard glisse jusqu’à sa main posée sur la table, il se laisse impressionner par sa grosse paluche de droite abandonnée à coté de sa bière, la gauche appuyant fermement le portable à son oreille…

     

    Et cette main puissante et harmonieuse, nonchalamment abandonnée sur la petite table, cette main qui me fait penser à celle du David de Miquel Ange, résume pour moi à elle seule la morphologie carrée et puissante du personnage… un physique tout en puissance mais en retenue, animé par un naturel gentil, sensible, touchant, voilà qui résume Thibault en quelques mots…

     

    Je repense à la blague de ma cousine lorsqu’elle m’a conseillé d’aller me confier à Thibault en me demandant si ça ne me « plairait pas de pleurer dans les bras musclés de Thibault plutôt que dans les bras frêles de ta cousine… »… ah, si Elodie, je confirme, j’aimerais bien me retrouver un de ces jours enserré dans ses bras puissants…

     

    Et puisque mon regard subjugué s’attarde sur sa main portant encore quelques traces légères de cambouis, je finis par remarquer une vieille cicatrice sur l’extérieur de l'index courant sur presque toute la longueur du doigt… ça, à mes yeux, c’est le genre de détail capable de rendre un garçon encore plus charmant, car un peu plus… mystérieux… oui, qu’est ce qui t’es arrivé, beau Thibault, ce jour là ? De quand date-t-elle cette cicatrice ? Un tout petit détail, parmi les nombreuses choses que j’ignore et que j’aimerais savoir de lui…

     

    La conversation au téléphone continue, le mot « Jéjé » est lâché à maintes reprises dans des phrases traitant de jeu de rugby que je ne comprends qu’à moitié… Jéjé… ainsi c’est sous ce petit diminutif que mon Jérém est connu de ses coéquipiers… ce n’est pas qu’un truc propre à Thibault… Jéjé est le mot de passe de mon beau brun dans la grande meute de leur équipe… Jéjé est le titre du mâle alpha… c’est un des éléments de leurs relations de mecs, d’une complicité que j’entrevois et qui me laisse rêveur…

     

     « Attend mec, j’attrape de quoi écrire » je l’entends dire à un moment. Et, ce disant, Thibault incline la tête pour coincer le portable entre l’oreille et l’épaule, ce qui fait ressortir encore davantage sa musculature du coté ou le cou est étiré… le beau mécano plonge sa main gauche dans la poche de son short et il en sort un petit calepin qu’il pose sur la table pour y noter ce qui ressemble à un numéro de téléphone…

     

    Et là, surprise… je remarque un autre petit détail qui a pour moi une importance presque capitale… voilà… le beau Thibault est gaucher, un détail qui, pour une raison inexplicable, le rend encore plus sexy à mes yeux… un petit détail, qui revêt pour moi l’importance d’un trait essentiel qui compose l’univers inconnu de ce garçon…

     

    La conversation au téléphone prend fin, et le beau mécano replonge son regard vert marron dans le mien. Je fonds.

     

    « Excuse-moi… » me chuchote-t-il en remettant ses mains autour des miennes. Il attend que j’aille au bout de ce que j’avais entrepris. Je décide d’y aller franco. Advienne ce qui peut.

     

    « Je suis fou de lui… ».

     

    Une simple question, une réponse simple. Et mon cœur se fend. C’est lâché. Je suis fou de lui. Je le suis toujours. Je passe aux aveux. Devant Thibault. Et devant moi avant tout. La tristesse m’envahit. Une partie de moi savait que c’était une bêtise d’aller à la rencontre de Thibault. Au fond je savais que cette conversation allait avoir lieu. Et je savais qu’elle allait me replonger dans le gouffre sans fond de cette relation malheureuse… je savais que la lancée et la détermination du dimanche après midi auraient étés éclipsés par la lumière aveuglante de mes sentiment pour le beau brun une fois que ces derniers auraient été déterrés par une question de ce genre… une simple question et tout remonte en moi… une simple réponse et je me sens replongé dans l’angoisse d’un amour impossible…

     

    Si dur, si frustrant, si humiliant d’admettre que malgré ma colère face à son comportement à la con de samedi dernier ; malgré ce dimanche après-midi où j’ai cru découvrir un nouveau moi, envisager un nouveau demain sans Jérém, découvrir une tendresse qui m’a fait tant de bien, des câlins qui m’ont comme fait renaître, des mots qui m’ont donné des ailes : oui, malgré tout ce qui s’est passé depuis une semaine, mes sentiments pour Jérém sont toujours là, aussi vifs et puissant que jamais… j’en suis secoué… j’ai envie de pleurer car je suis en train de tourner le dos à l’amour que Stéphane m’a offert. Je trahis tout le bonheur de dimanche dernier. Je trahis Stéphane. Je me trahis moi-même… cette fois-ci c’est définitif…

     

    Rien ne passe inaperçu au charmant Thibault. Ses mains se resserrent un peu plus autour des miennes, elles disparaissent carrément dans les siennes. La chaleur de ses paumes irradie sur ma peau et ça me donne du courage.

     

    « C’est ton premier ? » finit-t-il par me demander.

     

    « Oui, mon premier… » j’admets, touché et ému.

     

    « Tu es heureux, Nico ? » me demande-t-il, direct, adorable.

     

    « Je n’en sais rien… » je marque une pause pendant la quelle je parviens si bien que mal à retenir mes larmes et je continue « quand je suis avec lui, je suis bien, mais lui il veut juste coucher avec moi… ».

     

    « Et toi tu voudrais plus… » devine-t-il.

     

    « Pas me marier avec, mais un peu de… » je ne sais pas comment définir ce que j’attends de Jérém, surtout devant Thibault.

     

    « Un peu de tendresse ? » il me devance.

     

    « Oui… juste pas me faire foutre à la porte dès que c’est fini… quand je suis avec lui, je suis bien, mais quand je rentre chez moi, je me sens mal… tu comprends… »

     

    « Oui, très bien… » et il continue « … malgré tout, tu sais, Nico, je crois vraiment que Jérém t’aime… bien… à sa façon, certes, mais il t’aime bien… il ne me l’a jamais dit, mais je sais que tu comptes pour lui… je le connais un peu et certaines choses me sautent aux yeux… ».

     

    « Bah, il devrait le montrer un peu plus alors, car moi je ne vois qu’un mec qui a envie de tirer son coup et qui me jette juste après… »

     

    « Je comprends, ça ne doit pas être facile à vivre pour toi… »

     

    « Non, je te confirme… » je lâche ; un instant plus tard, je coupe court « de toute façon il va partir, alors c’est pas la peine de continuer à se faire du mal… ».

     

    « Putain… ça, oui… je te jure… » assène-t-il en prenant un ton soudainement emporté « … c’est vraiment trop con qu’il veuille partir… ».

     

    Ah, si c’est pas touchant ce beau Thibault qui me fait cette sortie inattendue venant tout droit du profond du cœur, un grand cœur que je découvre touché, blessé. Je suis surpris. Je croyais que dans sa tête c’était réglé. Mais je suis con, bien sur, ils sont potes depuis l’enfance, bien sur que leur amitié va lui manquer… comment j’ai pu ne pas penser à cela… l’amitié et l’amour, deux sentiments si proches… entre l'amour et l'amitié… il n'y a qu'un lit de différence…

     

    Il fallait entendre comment il a appuyé sur le mot « vraiment » avec un ton presque enfantin, comme un gosse qui s’exclamerait « c’est pas juste », un gosse confronté à une injustice qui le prend aux tripes et qu’il se sent cruellement impuissant à l’éviter, un gosse mis devant des événements qu’il est condamné à subir… si c’est pas mignon ce contraste entre son physique de beau mâle puissant et cette sensibilité à fleur de peau, cette angoisse de perdre le pote qui représente tellement à ses yeux, tellement que c’en est émouvant…

     

    Il marque une pause, le temps d’évacuer la colère sans cible véritable que j’ai sentie surgir de ses derniers mots ; et il continue, sur un ton un peu plus apaisé mais ému :

     

    « Putain… il va vraiment vraiment me manquer ce petit con, si tu savais… Jérém n’est pas qu’un pote pour moi…

     

    [Je sens soudainement la panique submerger mon esprit, l’alarme rouge d’alerte maximale retentit dans ma tête… tu veux dire quoi par là, Thibault ? Elodie a donc raison ? Toi aussi tu en pinces pour lui ? Vous n’avez quand même pas couché ensemble ? Calme toi, Nico, calme toi… laisse le parler… laisse lui le temps…].

     

    « … Jérém est comme un frère pour moi, un jeune frère, même si on a le même âge… [aaahhh, j’aime déjà mieux ça…]… on a tout vécu ensemble, depuis la toute première enfance jusqu’à aujourd’hui… on a connu de bons moments, mais aussi des moments difficiles… c’est vraiment mon meilleur pote et il compte énormément pour moi… et ça me fait chier, chier, chier… si tu savais, de penser que je ne vais plus le voir tous les jours, et qu’on va peut-être se perdre de vue… ».

     

    Il boit une gorgé de bière et il continue :

     

    « Je sais que Jérém est un homme désormais… un homme qui n’a besoin de personne pour vivre sa vie… mais moi je sais que ce petit bout d’homme a tendance à perdre pied lorsque ses démons refont surface… un verre de trop et tout peut partir en vrille… quand il sera loin, je ne pourrai plus l’empêcher de boire le verre de trop, l’empêcher de conduire quand il l’a quand même bu, ce verre … je ne pourrai plus l’empêcher de se bagarrer… car lorsqu’il est un peu rond, Jérém est le genre de mec qu’on a pas besoin de trop chercher pour le trouver… j’ai longtemps espéré qu’il trouve une fille assez forte pour le garder, une fille capable de le driver… mais Jérém n’est pas facile à vivre… et surtout ce n’est pas le genre de mec qui se fixe, surtout pas si jeune… ».

     

    Je lui souris timidement. Je suis vraiment touché par ses mots. Il marque une pause, il respire profondément et il finit par continuer :

     

    « Et puis, un jour t’es arrivé… et là j’ai vu Jérém retrouver petit à petit les commandes de sa vie… c’est pour ça que j’ai été content quand j’ai compris ce qui se passait entre vous… tu sais, jamais je ne l’ai vu… réviser… aussi longtemps avec la même personne… ».

     

    Aaaaahhhh, je sais… je me rappelle maintenant pourquoi je me suis dit que je devais aller voir Thibault, et j’ai eu raison ! Je suis touché… presque coulé… ses mots me font un bien fou…

     

    « Ce que tu me dis me fait chaud au cœur… » je lui réponds « mais ce mec est ingérable… je ne sais jamais s’il a envie de me voir, comment il va réagir… tiens, l’autre jour lorsque tu m’as appris qu’il bossait rue de Metz, j’ai de suite eu envie d’aller le voir… mais j’avais super peur qu’il m’envoie bouler en me voyant arriver… si tu ne m’avais pas gaulé à l’abribus, je me serais contenté de le regarder bosser… ».

     

    « T’es vraiment bien atteint… » il rigole avec un sourire à la fois lumineux et ému qui me donne des frissons.

     

    « Je te l’ai dit… je suis grave… » j’admets, toujours entre gêne et soulagement.

     

    « Tu sais… » enchaîne-t-il un peu plus sérieusement «  Jéjé peut se comporter comme un parfait petit con… je le sais… mais au fond c’est un bon gars… ».

     

    « Je le pense aussi… mais c’est dur, trop dur de l’aimer… »

     

    « Tu l’aimes vraiment, Nico ? »

     

    « Oui, je crois que je l’aime vraiment… mais je n’ai pas le droit de le lui monter… dès que je lui montre un peu d’affection, il me jette comme du poisson pourri… et ça me fait un mal de chien…».

     

    « Je te comprends, Nico… »

     

    « J’en peux plus, je suis à bout de forces… » je finis par balancer.

     

    « Je sais qu’il peut être très dur, même méchant, qu’il fait souvent n’importe quoi… je pense qu’il ne veut pas que tu t’attaches car il a surtout peur de s’attacher à son tour… d’abord… un mec comme lui, un mec qui a tombé plus de nanas qu’il peut en contenir son répertoire téléphonique, si seulement il prenait la peine de le faire… un mec dont la réputation n’est plus à faire, et qui se découvre un penchant pour un autre mec… ».

     

    « Je vois, oui… » j’admets.

     

    « Ensuite… » il continue « …je crois que je t’en ai déjà un peu parlé… Jérém a trop souffert du sentiment de l’abandon de sa mère, et aujourd’hui encore il ne sait pas s’attacher aux gens, il ne veut pas, au fond de lui il doit avoir peur de les perdre… ».

     

    Jérém en fait applique un précepte de Maître Yoda, lorsqu’il dit a Luke : "Apprends a renoncer a ce que tu as peur de perdre"…

     

    « Bien sur… » continue le beau mécano « tu es un mec, ce qui complique encore la tache, mais si ça peut te consoler, jamais je ne l’ai vu amoureux d’une nana… jamais… et jamais une de ses relations n’a duré autant que la votre, si houleuse soit-elle… je sais qu’il tient à toi, Nico, et je pense qu’il serait réellement malheureux s’il devait te perdre… ».

     

    Ça y est Thibault, c’est ce que tu voulais ? Voilà, t’as réussi à me faire chialer…

     

    J’ai la gorge nouée, je n’arrive plus à parler. Une de ses mains se décolle de l’étreinte autour des miennes, son pouce se pose tout doucement juste en dessous de mes paupières, l’une après l’autre, pour essuyer le flot de larmes qui glissent sur mes joues… ce petit contact est aussi doux que s’il m’avait serré dans ses bras… d’ailleurs, je suis à deux doigts de me lever et de me jeter vraiment dans ses bras… je ne sais pas ce qui me retient, à part peut-être le fait que nous ne sommes pas seuls en terrasse…

     

    Il me sourit, son regard est ému, ses lèvres ont l’air de trembler… ses yeux aussi… j’ai l’impression qu’il se retient de justesse… un instant plus tard il me chuchote :

     

    « Ne pleure pas, Nico, s’il te plait… ».

     

    Il reboit une gorgée de bière et il enchaîne :

     

    « Tu comptes beaucoup pour lui, beaucoup plus qu’il ne te le montre ou qu’il veuille l’admettre à lui-même… cette relation qui au départ, dans sa tête, je pense, ne devait être que… physique, a pris petit à petit des proportions inattendues… il est débordé par ce qui se révèle en lui… ».

     

    « De toute façon, il m’oubliera vite… je crois bien qu’il a déjà commencé à m’oublier… ».

     

    « J’en suis pas si sur… je pense que ça doit trotter dans sa tête aussi… ».

     

    « Quoi donc ? ».

     

    « Ton départ, son départ… ».

     

    Je frissonne. Je tremble comme si j’étais en t-shirt en Sibérie. Si seulement il pouvait dire vrai.

     

    « Jérém n’est pas un mec très expressif, tu sais… » il finit par enchaîner « et quand il a mal, au lieu d’en parler, il cogne d’abord… je veux dire, il devient mauvais… ça peut paraître con, mais c’est sa façon de se protéger… il est perdu en ce moment… il se cherche… mais il a vraiment besoin de toi… ».

     

    « C’est pour ça que samedi il m’a jeté et qu’il a préféré se faire ce plan avec… » je m’insurge.

     

    « Tu sais, Nico… » me coupe-t-il net avant que je termine ma phrase « … je crois vraiment que ce qui s’est passé montre à quel point il se cherche, à quel point il se voile la face… ».

     

    « Je l’ai vraiment dans la peau, mais il y a des fois où il me fait trop mal… »

     

    « Je te promet que ce gars en vaut la peine… ».

     

    « Je sais pas… » c’est tout ce que je trouve comme réponse.

     

    « Si tu l’aimes vraiment, tu ne dois pas baisser les bras… c’est vrai qu’il va peut-être partir à la rentré, et toi aussi, mais il vous reste deux mois pour vous faire du bien… ce serait dommage de gâcher ce temps… ».

     

    « Oui, je l’aime vraiment… » je finis par admettre.

     

    Voilà, j’ai répondu à sa question. A ses questions. Je ne voulais pas le dire, car dès que l’on énonce quelque chose, il devient plus vrai. Je me suis fait avoir. Bien joué Thibault, petit coquin… Mais comment me contenter de répondre à cette question sans avoir envie de poser la même question dans l’autre sens au cas où le beau mécano en saurait ou il en devinerait quelque chose des sentiments que Jérém pourrait avoir pour moi…

     

    Thibault a affirmé à plusieurs reprises que Jérém tient à moi, et qu’il n’est peut-être même pas conscient à quel point… que je pourrais lu manquer si nos vies se séparent… qu’il cogite sur notre éloignement à venir… tout cela me fait si chaud au cœur… et voilà que cette sensation de bien être, cet espoir, cette force que le beau mécano a su imprimer en moi, font que je n’ose plus poser LA question qui brûle mes lèvres… une question pour laquelle il n’aurait par ailleurs pas la réponse, étant donné que même le direct intéressé ne doit pas l’avoir non plus…

     

    Alors, voilà, mon petit Thibault, je ne te poserai pas la question qui me tourmente l’esprit par-dessus toutes, la question de savoir qu’est ce que Jérém ressens pour moi… et je ne te poserai pas non plus, pas aujourd’hui du moins, une autre question dont la réponse pourrait se révéler fâcheuse pour notre amitié naissante… à savoir… et toi, beau Thibault, tu ressens quoi au juste pour ton pote Jéjé ?

     

    « Tu es vraiment touchant, Nico, Jéjé a de la chance de t’avoir… » me rassure Thibault. Le contact de la paume de ses mains avec le dos des miennes, le contact avec cette chaleur d’homme a le même effet sur moi qu’un feu de cheminée… elle me chauffe le cœur, elle m’apaise…

     

    « Tu parles… » j’essaye de me défendre  « … je ne sais même pas comment un mec aussi beau peut s’intéresser à moi… » je lui confie.

     

    « Mais t’es beau garçon, Nico et t’es adorable… ».

     

    « Merci, toi aussi t’es beau garçon… et en plus tu es un mec bien… » je laisse échapper.

     

    Nos regards s’accrochent, s’aimantent l’espace d’un instant, un instant d’éternité… aaaahhh… qu’il est beau et sexy et sensuel et adorable ce garçon… il émane de lui une « virilité tranquille » dans laquelle on a envie de se perdre… 

     

    Et puis, à un instant, j’ai comme l’impression que son regard pénétrant arrive à lire au plus profond de moi, à percevoir l’attirance que je ressens pour lui… je suis sur le point de couper le contact, de décrocher mon regard du sien lorsque je crois voir dans le sien quelque chose de troublant… se yeux me fixent intensément, avec une douceur qui me fait fondre… et je ne sais plus comment me sortir de ce doux malaise… 

     

    « Je dois y aller… » finit par couper court le beau mécano, avec un sourire tout gentil et lumineux.

     

    « Moi aussi… » je réponds.

     

    Il relâche l’étreinte autour de mes mains, il finit la dernière gorgée de sa bière et il me lance :

     

    « Ça me fait plaisir que tu sois venu me parler… je te trouve sympa comme mec… j’aimerais bien qu’on devienne amis… »

     

    « Le plaisir est pour moi… moi aussi je te trouve sympa… on se reverra, t’inquiète… ».

     

    « Tu y seras demain soir, à la soirée du bac ? » me lance-t-il.

     

    Il sait tout. Les deux potes parlent entre eux.

     

    « Oui… » je lui confirme.

     

    « Je ne sais même pas si Jérém va y être, il ne bosse pas ? ».

     

    « Il va y être… cette semaine il a fait un tas d’extras pour avoir sa soirée… » me répond-il.

     

    Ah, il va être là… c’est officiel… je me sens piqué à vif… je sens mon inquiétude me rattraper, grandir, me déborder… ça doit se voir, je ne sais pas cacher mes ressentis… mais le beau mécano est là, avec le mot juste, comme d’hab…

     

    « Nico… ne te prends pas la tête… ne pense pas à comment ça va se passer, de toute façon ça ne se passera jamais comme tu l’as imaginé… détends toi, écoute ton coeur, sois toi-même… tu sauras comment tu dois faire quand le moment se présentera… ».

     

    Quand je dis que ce garçon est pétri d’une sagesse incroyable pour son jeune âge…

     

    « Tu as raison… » je finis par lâcher.

     

    « Je sais que tu sauras gérer… » et il enchaîne, un beau sourire, un de plus, en bonus « … je crois en toi, Nico… ».

     

    Je souris, touché.

     

    « On se verra à l’Esmé, alors… » m’informe-t-il.

     

    C’est cool si Thibault va être de la partie… je sens que si Thibault est là, ça devrait mieux se passer…

     

    « Ce serait cool… » je réponds.

     

    Thibault est déjà debout. Je bois la dernière gorgée de ma bière et je me lève à mon tour. Il me serre la main. Et au même temps, voilà que son autre main se lève et me tape deux fois sur l’épaule, fermement, chaleureusement, amicalement… sensuellement. Son regard se pose dans le mien. Je me sens dériver. Je me noie dans ce regard vert marron, je me perds dans ces pupilles transparentes, je me mets à rêver devant ce regard derrière lequel se cache tout un monde merveilleux, les envies, les craintes, les désirs, les peurs, les espoirs, les joie et les tristesses, en un mot, tout ce que compose la vie toute entière, mystérieuse et inconnue, captivante d’un beau garçon.

     

    Et puis, surprise… tout se passe très vite, au point qu’il me faut un instant pour comprendre ce qui m’arrive… rien de très grave, mais assez fort pour provoquer en moi un frisson puissant… sa main se resserre autour de mon épaule, je vois son buste avancer, je sens un léger parfum de déo de mec mélangé à l’odeur d’un savon dégraissant envahir mes narines… Thibault se penche vers moi, son visage s’approche du mien, ses lèvres se posent sur ma joue, puis sur l’autre… une bise… la chaleur de son visage, combiné à la sensation très virile de sa barbe naissante me fait vibrer…

     

    « On est potes maintenant… » il me chuchote à l’oreille, comme pour me rassurer et pour me mettre à l’aise une fois de plus.

     

    Oui, on est potes, mais là tu prends un risque sérieux, mon Thibault, le risque que je te saute dessus sans autre forme de procès !!! Tu ne te rends même pas compte…

     

    Ahhhh, la bise, ce geste qui se veut si anodin, si virilement affectueux, entre potes… et qui l’est en effet, la plupart du temps… c’est un geste que j’ai vu s’échanger parfois entre beaux gosses, nonchalamment, le plus naturellement du monde, des beaux gosses bien dans leurs baskets et que personne ne songerait à traiter de « pd » pour cela ;  un geste d’amitié et de complicité virile entre garçons, un geste qui a cependant toujours été pour moi très évocateur, qui a souvent fait remonter en moi des fantasmes de promiscuité, d’ambiguïté entre bogosses me laissant imaginer toute une complicité sensuelle qui s’y cacherait derrière… oui, la bise, voilà un geste que jamais je n’aurais le cran de proposer à qui que ce soit de mon même sexe… de peur qu’on puisse justement me traiter de « pd »…

     

    C’est la première fois que je reçois la bise de la part d’un garçon. Et d’un beau garçon, qui plus est. Et ça me file des frissons… tout comme sa petite phrase « On est potes maintenant… » qui me va droit au cœur…

     

    « A samedi… » il me lance en me quittant avec un sourire à faire fondre la banquise.

     

    « A samedi… » je lui retourne, abasourdi.

     

    « Ne le lâche pas, Nico… » il me chuchote en partant.

     

    Je lui souris, sans trop savoir quoi lui répondre.

     

    Je le regarde s’éloigner en direction de la gare en repensant toujours et encore aux mots de ma cousine… je me dis que, comme toujours, elle a raison… avoir un pote comme Thibault, loyal, solide, gentil et attentionné, va me faire un bien fou…

     

    Je rentre chez moi, je prends une douche, je dîne vite fait. J’écoute de la musique, je zappe un peu sur les 5 chaînes télé et je me laisse brancher par la finale de Loft Story… de niaiserie en niaiserie, de pub en pub, le temps de voir Loana et Christophe remporter cette première saison, la soirée m’est glissée entre les doigts. Je me mets au lit vers minuit.

     

    Les longues heures de course sur le Canal ont un effet bénéfique sur mon corps. Mes muscles sont épuisés, je sens une douce fatigue s’emparer de mes membres… ça commence dans mes jambes, ça remonte dans mon ventre, ça avance jusqu’à mes épaules, ça redescend au long de mes bras et ça finit par atteindre mon cerveau, mon esprit… mes yeux deviennent lourds, je sens que le marchand de sable arrive à grand pas, je pense que je vais m’endormir vite…

     

    La rencontre avec Thibault a, quant à elle, un effet bénéfique sur mon esprit… ses mots, ses regards et ses gestes ont provoqué en moi tout un ensemble d’émotions qui m’ont secoué en profondeur… je me sens serein, presque heureux… car je vais m’endormir en m’accrochant à la rassurante sensation d’avoir un pote maintenant… et pas n’importe quel pote… le meilleur ami du mec que j’aime et qui semble bien intentionné à me soutenir, à m’aider… à nous réunir… c’est bon de penser que je peux compter sur quelqu’un pour me guider dans le voyage, dans l’odyssée qui m’attend avant d’atteindre mon Ithaque à moi, ce lieu lointain et dont la route est semée d’embûches, qu’est le cœur du beau brun…

     

    Mon beau brun… la rencontre avec Thibault n’a fait que jeter de l’essence sur un feu qui ne s’est jamais éteint dans mon cœur… j’ai cru pendant un temps que je pourrai arriver à le contenir, à l’éteindre… mais mon amour pour Jérém est le genre de brasier si débordant que le seul moyen de l’éteindre, c’est de le laisser flamber et se consumer tout seul… à rien ne sert de tenter de l’étouffer, il ne s’arrêtera que le jour où il n’y aura plus rien à brûler… et pour l’instant, je sens que ça brûle toujours et encore et que ce n’est pas prêt de s’éteindre au fond de moi…

     

    Ou est donc passé le « feu sacré » de ce dimanche soir qui sur le moment a m’a semblé balayer tout sur son passage ? Ou sont donc partis mes propos de ne plus me laisser faire, de reprendre le contrôle de ma vie ?

     

    En commençant à me branler dans mon lit, je retrouve dans ma tête le tourbillon images qui m’a cueilli la veille à la gare lorsque je buvais mon café assis sur un banc dans le hall devant le tableau d’affichage des trains… Stéphane, Jérém, Jérém, Stéphane…

     

    Stéphane, l’adorable garçon qui m’a fait découvrir ce qu’est faire l’amour… Jérém qui m’a fait découvrir le plaisir de la baise avec un étalon dominant… Stéphane qui m’a montré que les câlins c’est trop bon… Jérém qui refuse toute tendresse… Stéphane le mec qui m’a appris que j’aime jouir comme un mec, Jérém le mec qui m’a appris à quel point c’est bon de me faire baiser… Stéphane que je trouve touchant, Jérém que j’ai dans la peau… Stéphane charmant et adorable, Jérém le petit con ultrasexy à gifler… Stéphane calme et posé, gentil, rassurant… Jérém impulsif et sanguin, imprévisible, parfois agressif… Stéphane attentionné, doux, Jérém dur, parfois brutal… Stéphane avec qui l’amour est partage, Jérém pour qui il n’y a que son plaisir qui compte… Stéphane sexy et adorable, fougueux et généreux, Jérém sexy et odieux, macho et égoïste… Stéphane avec qui tout parait possible, Jérém avec qui il n’y a que la baise de possible… Stéphane qui me respecte, Jérém qui fait de moi ce qu’il veut… le regard doux et bienveillant de Stéphane, le regard viril et fuyant de Jérém… Jérém la baise, Stéphane l’amour, Stéphane la balade au Jardin des plantes, Jérém la baise à la piscine… le risotto… la baise au terrain de rugby… le dvd d’Aladdin… la baise dans les chiottes du lycée… me sentir bien dans les bras chauds de Stéphane, me sentir bien défoncé par la queue bien chaude de Jérém… le t-shirt blanc de Jérém… la serviette verte de Stéphane… Jérémie qui provoque mes larmes, Stéphane qui tente de soigner mes larmesles images s’enchaînent et s’accélèrent dans ma tête, ça va si vite que j’ai du mal à gérer… je me perds, j’en ai la tête qui tourne… Stéphane (où est-t-elle passé la magie de dimanche dernier ?), Jérém (il y a quoi au juste entre Thibault et Jérém ? - cette fois-ci le disque de ma mémoire a sauté l’espace d’un instant sur une scène dans la section bonus, avant de revenir dans la lecture principale) Stéphane, Jérém… Jérém, Stéphane et…  

     

    Paf !

     

    Ça bogue méchamment… tout se bloque à nouveau dans ma tête, les images s’arrêtent, plus de signal, l’écran est noir, comme si le disque était endommagé et que la lecture plantait toujours au même point… c’est là que je retrouve la petite voix se fraye un chemin dans ma tête… elle chuchote quelque chose… c’est un tout petit message, mais il est si dur à admettre… je secoue la tête, je tente de la faire taire… je me lève, je marche, j’arrive à la distancer un peu, mais elle me suit de près… je fais semblant de ne pas l’entendre, mais elle ne me lâche pas… j’ai passé toute cette journée de vendredi à essayer de la fuir, mais le petite voix a pris du coffre et maintenant elle crie presque dans ma tête… et la rencontre avec Thibault a vraiment remis de l’essence sur les braises…

     

    Oui, ce qu’elle me dit, cette petite voix, c’est que tout ce qui s’est passé dimanche dernier, est si fort, si beau, que je n’ai vraiment pas envie de l’oublier… ça, je n’ai pas de mal à l’admettre…

     

    En revanche, là où j’ai plus de mal, c’est lorsque cette petite voix insiste à dire, redire et à répéter qu’au final, ce que j’ai vécu avec Stéphane, j'aurais tellement voulu le vivre tel quel avec Jérém… 

     

    Oui, c’est en jouissant qu’on voit enfin cette vérité qui nous fait peur, cette vérité en images que l’on s’entête naïvement à essayer de cacher à nous même mais qui nous lâche pas d’une semelle tant qu’on ne l’aura pas acceptée. 

     


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    Elodie et moi, nous voilà dans la salle disco. Changement de décor, changement de musique. Radical.

     

    You're just too good to be true/Can't take my eyes off of you/You'd be like heaven to touch/I wanna hold you so much/At long last love has arrived/And I thank God I'm alive/You're just too good to be true/Can't take my eyes off of you…

     

    Vas y Gloria, fais nous rêver, toujours et encore… Là, pour le coup, impossible de ne pas se ruer sur la piste de danse, il faut vraiment être mec hétéro pour se faire violence à ce point, pour résister à l’ensorcellement que cette musique opère sur nos jambes, ôtées à notre contrôle et transformées en prolongement de cette rythmique insoutenable dans son genre, comme le sourire d’un beau garçon l’est dans un autre registre. Quoique, à bien réfléchir, entre une musique entraînante, un parfum troublant, un sourire charmant, tout est question d’émotion, de sensualité, d’emportement, d’étourdissement de la raison ; c’est l’instinct, le plaisir qui prend le dessus sur la discernement, qui nous fait perdre le contrôle et nous enivre d’une chaude douceur à qui on a envie de s’abandonner, de se laisser emporter vers l’inconnu.

     

    Certes, comme on pouvait s’y attendre, la moyenne d’âge dans cette salle apparaît légèrement supérieure à celle de la salle techno, mais on y retrouve quand même de beaux mâles… postés au bord de la piste, le verre à la main…

     

    Oui, on n’avait pas tout à fait franchi le sas de la salle disco, que la voix de Gloria nous rabattait vers la piste.

     

    …you're just too good to be true/Can't take my eyes off of you/Pardon the way that I stare/There's nothing else to compare/The sight of you leaves me weak/There are no words left to speak/So if you feel like I feel/Please let me know that it's real/You're just too good to be true/Can't take my eyes off of you…
    Gloria, as-tu connu un mec comme Jérém, un mec duquel on ne peut plus décoller les yeux, trop beau pour être réel ? Ou un mec comme ce type musclé au débardeur outrageusement blanc et tendu sur ses épaules et sur ses pecs qui dansait comme un Dieu sur la piste de danse de la salle techno ? Oui, on se comprend Gloria, you’re just too good to be true…

     

    Putain, ce regard… je n’arrivais pas à me l’enlever de la tête… ses yeux, j’en étais comme aveuglé,  étourdi… Ce regard m’avait tellement marqué que je n’arrivais même plus à penser à Jérémie… Jamais Jérém ne m’avait regardé ainsi. En général Jérém ne me regardait même pas. Il me permettait de l’approcher quand il en avait envie, il se rendait inaccessible le reste du temps. Quand je croisais son regard, c’était de la domination que je voyais, le plaisir de me voir soumis à tous ses caprices : ce n’était pas du désir, c’était de l’envie, l’envie de se faire soulager les couilles, de conforter la suprématie de sa virilité. Et son ego avec.

     

    Le regard de ce mec était autre chose… jamais je n’avais croisé un regard semblable… on aurait dit que je lui plaisais et qu’il voulait un gros câlin, mais pas comme Jérém, un câlin qui pouvait être autre chose… dans un autre rapport de force, peut être plus équilibré, peut être plus doux… oh combien d’infos peuvent passer par le regard… en voulait-t-il donc ? avais-je une touche ? avec un mec si canon ? ça se voit autant que je suis pd ? se moquait-t-il de moi ? Et même si c’était le cas, même s’il voulait aller plus loin, comment faire ? Comment l’approcher sans me faire repérer par cette moitié du lycée qui était en boite ce soir là ? Comment m’adresser à lui ? Lui dire quoi ? Quels mots ? Je n’avais jamais dragué de ma vie… comment l’approcher alors qu’il était entouré de toutes ces nanas… il avait l’air si complice avec elles… et si bien… aller où ensuite… partir avec ? aller aux chiottes comme Jérém ? Autant de questions qui me tourmentaient l’esprit et qui n’avaient pas de réponse…

     

    J’étais déçu de moi-même et frustré… une succession d’images dérangeantes commençaient à me saper le moral : l’idée de Jérém se faisait sucer par la blondasse de tout à l’heure ; la complicité avec Thibault ; tous ces trucs que ce dernier devait savoir de lui et que je connaîtrai sûrement jamais ; toute cette vie de Jérém qui m’échappait et que j’avais de plus en plus envie de découvrir ; cette phrase de Thibault : « tu sais, Jérém n’a pas toujours été heureux » qui tournait en boucle dans ma petite tête ; cette occasion manquée avec débardeur blanc ; l’idée de ne pas savoir lire dans le jeu de ce mec alors que lui il lisait apparemment en moi comme dans un livre ouvert ; l’idée de ne pas oser, de ne pas avoir le cran de soutenir son regard et aussi l’idée de ne pas oser faire ça à Jérém, comme si lui il se privait de son coté et comme si le fait de lui être fidèle représentait une quelconque valeur à ses yeux.

     

    Pris dans le tourbillon de ces pensées, j’avais besoin de réconfort, et Gloria était là pour moi. La musique Disco, du réconfort sur vinyle…

     

    Après un bridge à l’harmonie parfaite et au rythme sans pareil flairant bon les seventies, Gloria parachevait son message en ajoutant:

     

    …I love you baby and if it's quite all right/I need you baby to warm the lonely nights/I love you baby, trust in me when I say/Oh pretty baby, don't bring me down I pray/Oh pretty baby, now that I've found you stay/And let me love you baby, let me love you…

     

    Oui, la musique disco, du pansement pour l’esprit, un produit antidépresseur, comme le labrador. Et à ce titre, une compilation seventies autant qu’un labrador devraient rentrer dans le catalogue des produits remboursés de la sécurité sociale. Gloria terminait d’enfoncer le clou avant de laisser place à la voix savamment mélangée de Frida e Agnetha qui allaient nous parler de la reine de la danse… c’est ça le disco, du bonheur sur vinyle…

     

    You can dance, you can jive/Having the time of your life/See that girl, watch that scene/Dig in the Dancing Queen 

     

    Emportés par ces standards musicaux, bercés par la beauté absolue de cette musique intemporelle, Elodie et moi avons dansé comme de petits fous pendant un très long moment. J’étais bien parti pour me laisser emporter par ce son envoûtant jusqu’au fond de la nuit, cédant aux sirènes enchanteresses des Staying Alive, Daddy Cool et autres Born to be alive, quand ma cousine décréta qu’il fallait revenir à la salle techno pour voir ce que foutaient les autres. J’acceptai de la suivre un peu à contrecoeur alors que les premières mesures de River of Babylon dévalaient dans la piste… putain cousine, comment partir dignement alors que cette chanson est jouée ? Ca frôle l’outrage…

     

    Je la suis quand même et on passe le sas de la salle techno. Le contraste est saisissant : on quitte Boney M pour retrouver les oreilles agressées par une musique assourdissante et monotone. Quand on a goûté à du foie gras, manger des pâtes parait insipide. Bon, si le son était décevant, l’image était parfaitement en mesure d’occuper mon esprit tout entier. Premier fait remarquable : la disparition de débardeur blanc des écrans radar. Merde, j’avais espéré le retrouver… Le fait qu’il ne soit pas là est en même temps une déception et un réconfort… sa beauté me manque, mais le fait de savoir que j’oserai jamais l’approcher me frustrerait de façon insupportable. Son absence fait que mon esprit retrouve un état d’apaisement que je trouve reposant.

     

    Hélas, je dois avoir un coté maso… car à peine mon esprit calmé, je cherche à l’exciter à nouveau en faisant un tour d’horizon bien ciblé dans le moindres recoins de la salle. Tiens tiens, les voilà les deux… Jérém et Thibault, ils sont en compagnie d’autres mecs de la meute, assis sur des fauteuils dans un coin un peu éloigné de la piste, en train de déconner. Jérém et Thibault toujours côte à côte. Quand je regarde Jérém avec Thibault, je le trouve souriant, déconneur, joueur, une attitude qui contraste farouchement avec celle dure et dominatrice qui est la sienne pendant nos séances de baise.

     

    Et vas y que ça s’attrape par le cou, voilà que ça rigole, vas y que l’alcool libère les mœurs, voilà que le mec sur son 31 du début de soirée laisse place au garçon débraillé de nuit avancée qu’on imagine bien avoir des besoins bien précis dans son caleçon, une tension sexuelle inexprimée qui semble s’exprimer et se défouler au travers de cette complicité de males, une complicité socialement acceptée mais qui, pour l’esprit excité d’un Nico de 18 ans, a un parfum assez persistant de sexualité aux forts relents de testostérone…

     

    Quand je vois cette complicité, mon esprit frustré de ne pouvoir la partager trouve un étrange consolation dans la fuite… mon esprit divague, divague, divague… Et quoi penser, quand on les voit ensemble en soirée, avec cette complicité insolente et ambiguë... Ah, que ça me fascine….cette proximité de ces p'tits mecs hétéros, ça en devient presque louche, ça laisse la porte ouverte à toutes les spéculation, ça laisse rêveur... Ca se la joue macho et hétéro pur jus, mais ça se fait des chatouilles, ça a des gestes l’un envers l’autre parfois plus tendres que virils… des trucs que jamais je n’oserai avec un mec, même avec mon meilleur pote, de peur de me faire traiter de pédé.

     

    Ah, cette complicité des mecs hétéro, ça laisse souvent rêveur… Potes hétéro, ouais, mon œil… Surtout quand on a l’impression qu’il y a un truc un peu ambigu entre deux mecs, évidemment parfois ce n’est que le fruit de notre imagination, pas très objective, mais quand même des fois, on se dit : ces deux la, ils doivent avoir des pensées lubriques et sexuelles l’un envers l’autre, est-ce que ça leur est déjà arrivé de se branler en pensant a l’autre, se sont-ils vus à poil et qu’ont-il pensé ?

     

    Jérémie et Thibault, choupinous en diable et totalement inséparables. En soirée ou sur un terrain de rugby, on ne peut pas croiser l’un sans l’autre et leur complicité est vraiment touchante. Apres, sont-ils plus que potes, l’un éprouve-t-il quelque chose pour l’autre… peut-être que l'un des deux en pince pour l'autre et qu'il n'ose pas lui dire... qui ferait le mec et qui goûterait à la virilité de l'autre... des potes hétéros qui franchissent enfin le pas, qu'est que c'est beau cette image... C'est beau à en chialer, n’est-ce pas ???? On peut tout imaginer, non?

     

    Comme le disait Henri Tachan : « entre l’amour et l’amitié, il n’y a qu’un lit de différence».

     

    ... deux chemises ouvertes... des abdos, des pectoraux qui se frôlent, des lèvres qui se touchent, des langues qui se mélangent... Humm…. doucement, très sensuellement, insoutenablement érotique et sensuel…… les pantalons ont volé, avec les sous vêtements; les queues se rencontrent... Hummmmm... une main approche les deux sexes et les enserre dans la même étreinte... la main commence des mouvements de va et vient, les deux garçons frissonnent au même temps... c'est la main de Jérém? celle de Thibault? Ou alors branle réciproque, debout, les yeux dans les yeux, brûlants de désir... les glands s'excitent, la main continue ses allées venues... la jouissance monte... allez, faites vous jouir, il n'y a rien de mieux dans la vie, faire jouir un beau gosse!

     

    Un premier jet jaillit allant s'abattre sur le relief des pectoraux de Jérém... c'est la semence à qui? Un autre jet part, c'est l'autre queue qui crache, et ça continue ainsi, un jet après l'autre, jusqu'à que les deux garçons se sont vidés de leur semence, jusqu'à que la pression dans leurs couilles soit relâchée, jusqu'à que deux beaux torses soient complètement trempés... les langues ne se sont pas séparées et les torses se rapprochent à nouveau, mélangent les jus des deux petits mâles. Et puis, c'est inévitable... un des deux garçons se penche pour lécher le torse de l'autre et goûter à ce magnifique cadeau viril... les rôles s'inverseront un peu plus tard... les queues seront à nouveau excitées à ne pas en tenir... cette histoire se finira avec un magnifique 69, qui se finirait, lui, avec chacun remplissant la bouche de l’autre et un baiser ou ils se mélangeraient leur jus… Et pourquoi pas une belle sodomie? Je ne sais pas qui je préférais dans un rôle ou l’autre... mais je les imagine assez aisément inverser les rôles, jouir l'un dans l'autre à tour de rôle... Je les imagine, l’un comme l’autre a genoux entre les cuisses de l’autre, la bouche pleine de sa queue, le mec qui se fait sucer tenant fermement la tête du suceur et lui imposant le rythme de la pipe, s’enfonçant jusqu'à la garde, le sucé gémissant « putain c’est boooon »….. et puis je les imagine après avoir fait l'amour, vidés, repus, après des ébats torrides, s’abandonner enfin dans les bras l'un de l'autre, la queue encore luisante de sperme.

     

    Avant de s'endormir, dans le noir, les caresses seront douces et sensuelles. Le matin se lèvera à travers les baies vitrées de la porte fenêtre de la chambre de Jérémie, projetant ses rayons lumineux sur un grand lit où deux garçons dorment toujours, l'un enlaçant l'autre dans le creux de ses bras, le visage enfoui dans ses cheveux.

     

    Oui, à défaut de baiser avec eux, les voir baiser ensemble, ça peut le faire aussi !!!!! Et on peut toujours rêver, rêver, rêver...

     

    Ah, ces deux jeunes loups si proches, si pleins de charme et de jeunesse… aurai-je un jour le privilège de satisfaire leurs envies de jeunes mâles, comme Jérém avais semblé l’envisager pendant l’un de nos ébats ? Je ne pouvais pas encore le savoir, au moment où j'ai croisé Thibault.

     

    Eh oui, il y a plusieurs types de mecs, et ce soir là j'en avais eu sous les yeux deux espèces bien différentes: d'abord le « Jérémie », le p’tit con label rouge, AOC, la tête à claques dont l'arrogance et l'abus dans l'utilisation de ses atouts sont la clef de voûte d'un charme dévastateur; ensuite le « Thibault », des mecs dont le charme est beaucoup plus discret, situé à l’opposé des premiers, des mecs qui sont si mignons, que ce soit dans l’inconscience de leur charme, ou bien dans la sous estime de leur pouvoir de séduction: deux attitudes contraires, deux chemins qui mènent enfin au même endroit, à un charme à damner non seulement un Saint, mais carrément un Dieu (grec de préférence).

     

    Le pire avec lui, c'est qu'il était beau, incontestablement beau, mais on avait l'impression qu'il ne s'en rendait pas du tout compte !!! Contrairement a ces p'tits cons qui se la pétent et se la jouent parce qu'ils savent qu'ils sont sexy (c'est d'ailleurs une des raisons qui font qu’ils m’excitent), lui il avait vraiment l’air de ne pas être du tout conscient de ça... il était juste beau et ne se rendait pas compte de comment il affolait les nanas et certainement pas mal de mecs... il était là, posé, bien dans ses baskets, juste craquant.

     

    Oui, Jérémie et Thibault, c'était si beau de les voir évoluer ensemble, avec cette complicité de jeunes loups appartenant à la même meute, presque issus de la même portée, si inséparables... c'est d'autant plus frappant et plus étonnant de penser qu'un jour ils seraient fâchés et leurs existences séparées à jamais... Mais à ce point de l'histoire ils sont toujours les meilleurs copains du monde et les voir ensemble donne à ce jeune homme curieux et surexcité que j'étais des idées lubriques spectaculaires...

     

    Regarder Thibault et Jérém, surtout Jérém me fait oublier tout le reste. Oublier le débardeur blanc. Et la frustration. C’est fou comme la vision de Jérémie a le pouvoir d’apaiser mon esprit et de le transporter ailleurs, de me faire oublier mon quotidien et de me faire planer.

     

    Ma cousine me propose de prendre un dernier verre avant de partir. Je lui dis de commander pour moi pendant que je vais faire un tour aux toilettes. Je contourne de la piste et je m’engouffre dans le petit couloir qui mène aux chiottes. Plus je m’approche, moins ça sent bon… Je pousse la porte sur laquelle est marqué « Hommes » et je me retrouve devant un alignement de portes de cabinets. Je continue sur ma gauche, direction le coin des urinoirs muraux, situé dans un recoin un peu reculé.

     

    Aucun bruit dans la pièce, sauf quelques sifflement de trop plein à l’étanchéité approximative, alors je m’étais imaginé être seul au monde. Au point d’oser un truc qui me rebuté dès que quelqu’un d’autre est là : faire pipi aux urinoirs. Ma surprise fut plutôt de taille quand, une fois arrivé devant l’alignement des urinoirs, je remarquai que quelqu’un d’autre était en train de se soulager. Je sentis mon cœur bondir dans ma poitrine et pousser sur le coton de mon t-shirt. Putain, je ne pouvais pas croire à mes yeux…

     

    Débardeur blanc. Himself. Je suis dérouté, j’ai envie de faire demi tour, de disparaître avant qu’il ne me voie. Mes jambes n’obéissent plus à ma volonté, par ailleurs absente, et le temps que je trouve la force de me faire violence pour partir, le mec s’est retourné et a capté ma présence. Putain qu’est ce qu’il est beau, un petit regard malicieux et coquin, un petit piercing à l’arcade surcilliaire… et ce débardeur blanc à hurler… ouf, à provoquer une crise cardiaque… d’ailleurs j’avais l’impression d’en vivre une tellement je sentais mon cœur s’emballer…

     

    Putain, il m’a attrapé du regard, il ne me lâche plus, il a un truc tellement magnétique dans ses yeux, je ne peux plus m’en détacher… can’t take my eyes out of you…

     

    Et il sourit. Ahhhhhh, ce sourire. Cette arme redoutable. Ce concentré de séduction qui ferait capituler n’importe qui, qui ferait fondre un mur en béton armé.

     

    Toujours face à l’urinoir, à deux mètres de moi, je le vois reculer à peine et tourner son bassin dans ma direction. Avant de croiser son regard, avant d’envisager ma fuite ratée, je m’étais approché d’un autre urinoir, mais j’étais tellement ensorcelé par ce regard que je n’avais pas eu le réflexe de défaire ma ceinture. Putain de mec… sa queue était là devant moi, droite, plutôt bien foutue, jolie et circoncise…dans un début de prise de forme plutôt prometteur…

     

    Débardeur : T’as envie ?

     

    Moi : Je ne sais pas …

     

    Déb : T’as envie ou pas… ?

     

    Moi : Si j’ai envie, mais…

     

    Déb : Tu suces ou tu te fais sucer… ?

     

    Moi : Je suce plutôt…

     

    Déb : On va là… - suggère-t-il en indiquant la porte d’un cabinet…

     

    Moi : Je ne peux pas mec, je suis attendu…

     

    Déb : Moi aussi je suis attendu, on va faire vite…

     

    Je regardais sa queue dans sa main, je la trouvais vraiment belle et invitante.

     

    Moi : J’ai trop envie mais je ne peux pas…

     

    Déb : allez, rentre dans une cabine…

     

    Moi : en plus c’est tout ce que j’aime…

     

    Déb : Alors on y va, cinq minutes…

     

    Putain qu’il me faisait envie ce mec… J’étais à deux doigts de craquer.

     

    Moi : Tu as une capote ?

     

    Déb : Non, mais c’est que de la suce…

     

    Ouais, que de la suce… toujours la peur dans le ventre… sucer un inconnu sans capote… pourtant, putain de putain qu’est ce qu’il me faisait envie… plus les secondes passaient, plus je sentais mes jambes flageoler… j’avais peur, peur de quoi… je ne sais pas… mais je me sentais pas rassuré…

     

    Moi : désolé mec, désolé…

     

    Je pris mes jambes au cou et je sortis presque en courant des toilettes…

     

    Sans m’être soulagé, je me précipitai vers ma cousine. Elle n’avait pas bougé de place, elle discutait avec Benjamin et sa copine. Quant à Jérém et sa clique, disparus, envolés : les places où ils étaient assis cinq minutes plus tard étaient vides.

     

    Plus de débardeur blanc, que je fuyais, plus de Jérém, plus de Thibault, la salle était sans intérêt à mes yeux. Et la techno me tape sur les nerfs à la longue ! Quand je suis énervé ou angoissé, me fait d’la bonne musique ! Sans attendre plus longtemps et sans autre forme de procès, me forçant à afficher une attitude joyeuse et taquine capable d’empêcher toute objection éventuelle de sa part, je l’entraînai à nouveau sur la piste de la salle disco ; choix heureux, car à notre arrivée, nous nous retrouvâmes à danser sur les basses puissantes et entraînantes de Gimme ! Gimme ! Gimme !… a man after midnight dont l’intro rythmique, reconnaissable entre mille, s’annonçait dans la puissance des enceintes, faisant vibrer toutes les fibres de mon corps. Pouvoir de la musique d’adoucir les mœurs, pouvoir de la danse de libérer les tensions, de défouler la frustration, de vider l’esprit.

     

    Frustré et nerveux, j’étonnai ma cousine quant à ma descente vis-à-vis de la bière qu’elle m’avait commandée, moi qui ne boit jamais plus d'une bière et ne tiens pas l'alcool. Les basses de la musique disco qui pulsait inlassablement des enceintes me faisaient vibrer et m’étourdissaient, l'alcool me détendait. La nuit avançait à grand pas, il serait bientôt temps de partir. La copine qui était seule à l’arrivée était partie depuis belle lurette avec le mec de tout à l’heure ; Benjamin et sa copine nous attendaient au bord de la piste. Fatigués, les jambes fauchées, dégoulinants de sueur, le nez saturé de la fumée de cigarette, nous décidâmes de les rejoindre pour un dernier tour dans les autres salles du KL juste avant de partir. Il était plus de trois heures et la boite ne désemplissait pas : la foule était toujours aussi dense qu’à notre arrivée, voir davantage… ah, la folle nuit toulousaine, avec ses troupeaux de mâles de l’espèce Homo rugbys aux muscles si saillants déambulant en mode chasseur, éméchés par l’alcool et aux besoins sexuels si évidents en cette fin de soirée…

     

    Je me faisais ce genre de réflexions, j’admirais la plastique de dingue de quelque jeune spécimen quand je sentis une main m'attraper par l'épaule…

     

    Salut…

     

    Putain de sourire à tomber. C'était lui. Je m’étais arrêté, sans prêter attention au fait que ma bande avait continué à filer, insouciant de les perdre et de passer le reste de la nuit à les chercher… Je m’étais arrête, le cœur prenant une accélération soudaine, sentant mes jambes défaillir, les yeux rivés sur ce t-shirt noir moulant, sur sa chaînette posée dessus, presque une déclaration criante de virilité, hypnotisé par ce brassard tatoué, par sa coupe de cheveux de jeune loup sexy… putain de Jérém, il était passé chez le coiffeur… qu’est ce que c’est sexy un beau mec aux cheveux courts… et quand je me rends compte qu’il sont plus courts que la veille car entre temps il est passé sous les ciseaux du coiffeur, eh bien, ça me fait un effet dingue. Putain, l’alcool aidant et désinhibant ma volonté, je me surprends à me dire que j’ai une envie folle de me coller contre lui, de l’embrasser et de lui caresser ces putain de cheveux bruns, de le serrer dans mes bras… avec un sourire encore plus appuyé et charmeur, un sourire puisant sa force dans le désir que mes yeux devaient trahir à cet instant encore plus qu’à l’ordinaire, il me coupa net dans mes fantaisies…

     

    Tu sors en boite maintenant ?

     

    Ça m'arrive, oui…

     

    Je ne t'y ai jamais vu…

     

    Je ne suis jamais venu ici, c'est ma cousine qui m'y a amené…

     

    Mes mots sortaient tout seuls, comme propulsés par l’état second dans lequel les séquelles de mes beuveries inaccoutumées m’avaient mis.

     

    Je vais rentrer… - m’annonça-t-il - tu veux que je te ramène ?

     

    T’es pas avec tes potes ?

     

    Si, mais eux ils vont rester…

     

    Sans mentionner ni même penser au fait que j’étais en voiture avec Elodie, je m’entendis oser d’un ton excessivement désinvolte:

     

    Ouais, si la course fait étape dans ta chambre…

     

    Naaan, pas ce soir, mon frère dort à l'apart…

     

    Dommage…

     

    Il sourit d’un air tellement coquin que j’eus envie de le frapper. Un quart d'heure plus tard, après avoir envoyé un sms à Elodie pour lui dire que je rentrais par mes propres moyens, la voiture de Jérém garée à 100 mètres de la maison de mes parents, je payais ma course en me penchant sur sa braguette bien rebondie ; je défaisais les boutons un à un, impatient de sortir sa poutre raide du boxer où elle dépassait déjà ; je me penchais sur son entre jambe, sur ce sexe qu’une bouche de nana avait déjà fait jouir un peu plus tôt dans la soirée… sa queue avait goût de sperme mélangé à une léger relent d'urine, du vrai bonheur, quoi…

     

    Quelques instant plus tard je soldais le restant du de la note pour mon rapatriement en voiture en avalant goulûment les giclées que sa queue envoyait au fond de mon palais.

     

    Voilà comment je me suis trouvé dans la caisse de Jérémie à 4 heures du mat en train de sucer sa queue.

     

    J'avais trouvé cette expérience dans la voiture particulièrement excitante.

     

    Quand il eut estimé que ma langue avait assez ouvré sur sa queue, il entreprit de se contorsionner sur son siège pour remonter le boxer et le pantalon, reboutonner la braguette et agrafer sa ceinture, la cigarette toujours pincée entre ses lèvres. Le voilà à nouveau tranquillement assis, le coude appuyé à la vitre, affalé sur le siège, l’autre bras abandonné au long de son corps, le cou nonchalamment incliné, la nuque lourdement posée sur l’appuie tête, l’ensemble décrivant cet état typique du mec en fin de soirée, un mec qui est fatigué, un mec qui a pas mal bu et qui a enfin joui : il est détendu, sa volonté dans un état d’abandon presque total, la cigarette est sa dernière amie de la soirée, avant que le contact avec ses draps lui offre le refuge ultime. En attendant, il est là, et moi à côté de lui, il finit de fumer sa cigarette, ses inspiration sont comme ralenties, son esprit comme parti ailleurs.

     

    La dernière taffe tirée sur ce qui restait de sa cigarette, il balança nonchalamment le mégot par l’ouverture de la vitre.

     

    Faudrait y aller mec, je vais rentrer…

     

    Jérém tournait la clef sur le contact quand je m’entendis lui lancer :

     

    Dis-moi, Jérém, pourquoi Guillaume ?

     

    Quoi Guillaume…

     

    Ton cousin…

     

    On fait des conneries quand on a bu… il aurait pas fallu…

     

    Je le regardais fixement, l’alcool agissant toujours sur ma pudeur.

     

    Quoi – fit-t-il – j’étais saoul, il était saoul...

     

    Il n'était pas sou, ce n'était qu'une ruse, et tu t’es bien fait avoir, mon mignon - je brûlais de lui jeter à la figure, mon sens profond de solidarité entre salopes m'empêchant de vendre la mèche.

     

    Tu l’as laissé faire…

     

    Tais toi, ça te regarde pas…

     

    Pourquoi tu m’as appelé ? Tu n’aurais pas pu le baiser sans m’imposer ça ?

     

    Bah, je ne sais trop quoi te dire, j’étais bourré, je n’ai pas réfléchi…

     

    Tu vas le revoir ? Le baiser encore ?

     

    L’alcool moins que la jalousie enchaînait mes mots.

     

    J’ai pas de comptes à te rendre, mec… c’est notre deal…

     

    Mouais, je pensai dans ma tête, un deal dont tu as écrit toutes les clauses que tu changes d'ailleurs à ta guise et sans prévenir...

     

    Vas y mec, je vais rentrer.

     

    Merci pour la course…

     

    Il ne répondit pas et je claquai la porte pendant qu’il démarrait le moteur. La voiture disparut rapidement au coin de la rue et je restai immobile sur le trottoir jusqu’à que le bruit du moteur se dissipe dans la nuit silencieuse. Ce petit en cas inattendu avec Jérém m'avait vraiment mis de bonne humeur. Ce moment que j’avais passé dans la voiture, cette gâterie sur sa queue qui dépassait juste de sa braguette, putain quel bonheur !

     

    J’étais heureux et soulagé : apparemment mon baiser de la semaine dernière ne l’avait pas affecté plus que ça. J’étais toujours un coup envisageable à ses yeux. Une seule ombre au tableau… Ce putain de Guillaume. Jérém ne lâchait rien. Allait-t-il le revoir et coucher avec lui sans moi ? L’idée de le savoir au pieu avec son cousin m’excitait et me rendait fou de jalousie au même temps.

     

    Je passai le dimanche à me branler en me repassant les images de Jérém prenant son pied dans le cul de Guillaume. Et Thibault… putain qu’il sentait bon en boite, ce beau gosse de Thibault…

     

    Jérém, Thibault… Thibault, Jérém… deux mecs, deux potes, si différents, pourtant si proches…

     

     

     

    It's so easy now, cos you got friends you can trust/Friends will be friends/When you're in need of love they give you care and attention/Friends will be friends/When you're through with life and all hope is lost/Hold out your hand cos friends will be friends right till the end.

     

     

     

    Voilà, c’est fini pour cette année… avant de commencer 2014 avec d’autres moments coquins entre nos deux futurs bacheliers, avant d’assister à des évolutions assez spectaculaires dans leur relation, voici mes meilleurs vœux pour que l’année 2015 soit un cru d’exception pour vous tous. Merci de votre soutien et de votre fidélité. Un seul souhait pour la nouvelle année, le même avec lequel Florence Foresti termine son dernier spectacle… « Tachez de tomber amoureux ».

     


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