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    Dimanche 16 juin 2002, 2 h 02.

    C’est là que l’imprévisible se produit. Un scooter déboule à toute vitesse de la gauche en grillant une priorité. Lorsque Jérém le voit, lorsqu’il appuie comme un malade sur la pédale de frein, c’est déjà trop tard. La collision est inévitable. La roue du scooter se plante dans l’aile de la voiture de Jérém qui vient de s’immobiliser. Le conducteur est éjecté de son siège, le choc fait trembler tout l’habitacle, et je le ressens jusque dans mon ventre. Sa tête casquée vient percuter le pare-brise, qui se déforme, se fragmente en mille éclats mais ne se brise pas. Le bruit sourd du coup me glace le sang dans les veines, tout comme le cri désespéré de Jérém :

    « NON !!! »

    Une fraction de seconde plus tard, je vois le corps atterrir sur le goudron, de l’autre côté de la voiture.
    Je suis sidéré. Jérém est sous le choc, il a clairement perdu pied.

    « Je ne l’ai pas vu, je ne l’ai pas vu ! » il répète en boucle.

    Tu t’appelles Jérémie Tommasi et depuis que tu as été rejeté par le monde du rugby professionnel, tu bois et tu fumes trop. Soudain tu repenses à ce qui t’est arrivé quelques jours plus tôt. Une nuit tu te fais arrêter par la Police en état d’ivresse manifeste, en marge d’une bagarre. Tu n’arrives pas à te calmer, tu insultes les agents qui essaient de te maîtriser. On te menotte, on t’amène au poste. Tu passes la nuit en cellule de dégrisement. Tu décuves, tu ne dors pas beaucoup. Et ça te laisse le temps de réfléchir. Tu te dis que tu dois te tenir à carreau, car tu ne veux plus jamais avoir affaire à ce genre de contrainte, à cette angoisse de privation de la liberté.

    Je regarde par la vitre et je vois le conducteur bouger, se mettre assis et se tenir le genou. Il n’a pas perdu connaissance, et cela est une chance immense. Il nous tourne le dos. Je sors de la voiture comme un fou, ma première pensée est celle d’éviter le suraccident. Par chance, il n’y a pas de voitures en vue. Je regarde Jérém, il est vraiment tétanisé.
    En une fraction de seconde, le tableau se dessine dans ma tête. Le type est vivant, ce qui est capital. L’accident s’est produit parce qu’il a grillé une priorité. Mais Jérém a bu et fumé du shit. Et son attention a certainement dû être détournée par le fait que nous étions en train de nous disputer. Soudain, je pense à quelque chose. Mais il faut faire vite, très vite.

    « Sors de la voiture Jérém !
    —    Quoi ? il fait, abasourdi, le regard paniqué. Nico, je suis dans une merde noire !
    —    Sors de la voiture, sors vite ! Et surtout ne dis plus rien, rien du tout ! »

    Jérém obéit machinalement. Et moi je vais voir le motard.

    « Bonjour. Vous allez bien ?
    —    J’étais bien mieux avant !
    —    Vous avez mal ?
    —    J’ai mal, j’ai mal, oui.
    —    Au genou ?
    —    Oui !!!!
    —    Et pas ailleurs ?
    —    L’épaule.
    —    Et la tête ?
    —    Non… »

    Dans cette étrange lucidité qu’est la mienne à cet instant, je me souviens du cours de secourisme que j’avais suivi au lycée.

    « La vue, ça va ? Tu vois clair ou brouillé ?
    —    Oui, ça va.
    —    Comment tu t’appelles ?
    —    Ouissem.
    —    Et tu sais quel jour on est, Ouissem ?
    —    Samedi ???
    —    Oui, on est bien samedi.
    —    Et quel mois et année ?
    —    Euh… juin… 2002…
    —    C’est ça !
    —    Aide-moi à enlever le casque…
    —    Attends un peu… laisse-moi appeler les urgences avant et voir ce qu’ils disent. »

    Je sors mon téléphone de la poche et je compose le 15.
    Je suis étonné d’arriver à garder le contrôle, alors que Jérém est hors de lui. Les mots sortent tout seuls, je mets mon plan à exécution avec un aplomb dont je me serais cru incapable.

    « Je m’appelle Nicolas Sabathé et je viens d’avoir un accident. Un scooter a surgi de la gauche et il s’est encastré dans ma voiture… oui, le conducteur du scooter est conscient… le nom de la rue… je ne le connais pas… »

    Ouissem me donne lui-même le nom de la rue, ce qui est plutôt rassurant.

    « Mais qu’est-ce que tu leur as raconté ? me lance discrètement Jérém dès que j’ai raccroché.
    —    Viens, je lui lance, tout en le prenant par le bras pour l’éloigner de Ouissem.
    —    C’est moi qui ai eu l’accident, pas toi ! il me crie tout bas.
    —    On s’en fiche, du moment que personne d’autre ne le sait à part toi et moi.
    —    Nico, j’aurais pu le tuer !
    —    Tais-toi, putain, Jérém ! Il n’est pas mort, il est juste blessé. Toi t’as bu et t’as fumé. Si on dit que c’était toi qui conduisais, tu vas vraiment être dans la merde. Moi je suis clean, le mojito remonte à longtemps…
    —    Mais c’est ma voiture !
    —    On s’en fout de ça ! J’ai mon permis, et tu as le droit de me la prêter !
    —    Tu peux pas faire ça !
    —    Si je peux, et je vais le faire. Je ne vais pas te laisser dans la merde, Jérém, c’est hors de question ! Il faut juste que tu me promettes de maintenir cette version quand la police te posera des questions. »

    Son regard terrorisé me touche et me rend tellement triste.

    « De toute façon, désormais j’ai dit que c’était moi, je lui lance. Si tu dis autre chose, c’est moi qui suis dans la merde ! Alors, t’as intérêt à pas déconner ! »

    Les secours arrivent quelques minutes plus tard, accompagnés par les forces de l’ordre. Ouissem est pris en charge. Un policier, la trentaine, très imposant et plutôt pas mal gaulé dans son uniforme, nous demande qui était le conducteur. Je déclare que c’était moi.
    Alors, on s’occupe de moi en premier. On me fait rentrer dans le fourgon, on me demande mes papiers, on me fait souffler dans une machine, saliver sur une bandelette. On constate que je suis clean. On me pose des questions sur l’accident, on me fait remarquer que la voiture est au nom de Mr Tommasi, on me fait redire que c’était moi qui conduisais. Je confirme, encore et encore, avec un aplomb dont je me serais cru incapable dans une telle situation. On me rend mes papiers et on me dit que je peux partir. Pourvu que Jérém ne me contredise pas !
    Je sors du fourgon comme sonné. Jérém y rentre en suivant. Les minutes s’étirent et je sens de plus en plus monter l’angoisse que mon bobrun mette à mal ma version. J’ai l’impression que c’est vachement long, et je commence à penser que quelque chose est en train de clocher. Ils ont vu que Jérém a bu et fumé, et ils doivent se poser, et lui poser, des tas de questions. Ils vont finir par le faire craquer. Merde !
    Soudain, un visage familier apparaît devant moi comme surgi de nulle part.

    « Salut, Nico.
    —    Mais comment… »

    T-shirt noir bien tendu sur son torse massif, les manchettes très près des biceps, short découvrant des beaux mollets solides, une fragrance de mec qui s’insinue dans mes narines et vrille illico mes neurones, beaux cheveux blonds et barbe bien fournie, le co-équipier de Jérém est là.

    « Jérém vient de m’appeler, coupe court Ulysse. Qu’est-ce qui s’est passé ?
    —    On a percuté un scooter…
    —    Ah merde. Et le type du scooter ?
    —    Il s’en sort pas trop mal, il est vivant.
    —    C’est déjà ça, et c’est le principal. »

    Je lui explique rapidement ma petite ruse pour couvrir Jérém.

    « C’est de ma faute cet accident.
    —    C’est toi qui conduisais ?
    —    Non…
    —    Alors, pourquoi tu dis que c’est de ta faute ?
    —    On était en train de nous disputer quand c’est arrivé…
    —    Il était en tort ?
    —    Non, je ne crois pas… le mec du scooter a grillé un STOP…
    —    Alors c’est lui qui est responsable…
    —    Mais s’il n’avait pas été énervé par notre dispute, il aurait pu l’éviter…
    —    Ou pas ! Tu sais, avec les si… »

    Jérém sort enfin du fourgon de Police. Il a l’air abasourdi.

    « Ça va ? je le questionne.
    —    Je suis KO.
    —    Comment ça s’est passé ?
    —    Je ne sais pas…
    —    Tu as maintenu ma version ?
    —    Oui, oui !
    —    Ça a pris beaucoup de temps…
    —    Ils m’ont posé beaucoup de questions.
    —    Eh, les gars, allez, on va chez moi, on sera mieux qu’ici, fait Ulysse.
    —    Mais j’ai pris une chambre à l’hôtel, je fais remarquer.
    —    Allez, venez à l’appart, on sera plus tranquilles. On va boire un verre ensemble. Enfin, sauf si vraiment vous préférez l’hôtel… je veux dire… faites comme vous le sentez, les gars. »

    Jérém a l’air sonné, perdu, Ulysse lui passe un bras autour du cou, le serre contre son épaule.

    « Allez, Jérém, fais pas cette tête, tout va bien. Tu t’es trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, c’est tout. Le type est juste blessé, et ça lui apprendra à faire davantage gaffe. »

    Ulysse est vraiment un gars rassurant, et quand il est là on a l’impression que tout va s’arranger. La perspective de profiter de sa présence me plaît. Je sens que ça va faire du bien à Jérém aussi. Alors, nous acceptons la proposition du beau blond.
    Après avoir attendu l’auto-dépanneuse avec nous (la voiture de Jérém n’est plus en état de rouler) et être passés chercher mes affaires à l’hôtel, Ulysse nous conduit chez lui. Il est 3h30 du matin.

    Son appart est plus grand que celui de Jérém. Dans le séjour, le clic clac laissé en mode lit me montre le quotidien de Jérém.
    Ulysse nous propose un verre, puis un autre. Nous discutons de l’accident. Parler fait du bien, Ulysse nous aide à dédramatiser. Un bon pote, c’est vraiment un trésor, en particulier dans les moments difficiles.
    Il est près de 5 heures lorsque le beau blond nous propose de dormir un peu.

    « Désolé de squatter chez toi, fait Jérém, l’air assommé par la fatigue et par le choc de l’accident.
    —    Ta gueule, mec. Vous êtes mes invités et ça me fait plaisir de vous rendre service. »

    Jérém s’assoit sur le bord du clic clac et en commençant à défaire son gilet.

    « Mais vous allez dormir dans la chambre cette nuit, fait Ulysse.
    —    Non, pas moyen.
    —    Je te dis que si. Sur le clic clac, vous n’allez pas bien dormir à deux. »

    Et sur ce, il ôte son t-shirt et se débarrasse de son short. Il se retrouve ainsi tout juste habillé d’un beau boxer noir. Avec toute la meilleure volonté du monde, je ne peux m’empêcher de regarder discrètement. Le tissu de son boxer moule parfaitement ses cuisses musclées et ses fesses rebondies, l’élastique est tendu de façon plutôt spectaculaire sur les plis de l’aine bien saillants, et la poche sur le devant est plutôt prometteuse. Son torse musclé et presque imberbe est magnifique. Ah, putain, le rugby, il n’y a que ça de vrai ! Puis, dans la foulée, cette somptueuse plastique masculine disparaît sous la couette.

    « Bonne nuit les gars ! il nous lance, alors que ses pecs et ses tétons sensuels dépassent toujours du drap.
    —    Je n’ai jamais le dernier mot avec toi, lâche Jérém sur un ton dépité.
    —    Non, et c’est pas cette nuit que ça va commencer, se marre Ulysse.
    —    Merci Uly… finit par lâcher Jérém, après un instant de flottement.
    —    Merci Ulysse, je fais à mon tour.
    —    Allez, filez, les gars, laissez-moi dormir, c’est assez tard ! »

    Il ne nous reste alors qu’à gagner la chambre, et à nous glisser dans le lit de l’adorable Ulysse.
    Ses draps portent la marque olfactive de leur propriétaire, un parfum bien mec, le même qui a percuté mes narines dès son arrivée sur les lieux de l’accident.
    Dans le noir, Jérém demeure silencieux et immobile. Je sens qu’il est toujours sous le choc, et je veux lu faire sentir que je suis là. Je m’approche de lui, je tente de le prendre dans mes bras et de l’embrasser.

    « Pas ici ! il lâche sèchement, tout en se dégageant brusquement.
    —    Et pourquoi pas ici ?
    —    Je suis pas à l’aise.
    —    Parce que c’est le lit de ton pote ?
    —    Fiche-moi la paix !
    —    Allez, même pas pour un bisou ?
    —    Arrête Nico !
    —    Tu fais chier, Jérém ! » je lui lance, en me tournant sur le côté, triste et déçu par sa réaction.

    Dans le noir, j’attends, sans vraiment l’attendre, mais sans pour autant me résigner à arrêter de l’attendre, bien au contraire, une réaction de sa part, un geste de tendresse. Mais les secondes s’enchaînent, et deviennent minutes, et rien ne vient. J’entends sa respiration, je ressens son angoisse. J’ai l’impression d’entendre ses pensées s’entrechoquer dans sa tête. Il doit être bien secoué, n’empêche. Alors je prends sur moi, et je sens ma contrariété s’évaporer. Je commence à connaître mon Jérém, et j’apprends à faire avec. Lorsqu’il ne va pas bien, il se referme sur lui-même comme un hérisson. Et dès que j’essaie de l’approcher, je me pique. Alors, autant attendre qu’il se détende tout seul.
    Apparemment, la stratégie est payante.

    « Désolé » je l’entends chuchoter au bout d’un long moment, après un long soupir, alors que ses bras se glissent enfin autour de mon torse et qu’ils me serrent contre le sien.

    « Je n’arrête pas d’entendre ce bruit, il m’explique. Et de voir le casque exploser la vitre de la voiture. Je sais qu’il est juste blessé, mais j’ai l’impression de l’avoir tué. Et ce bruit, et cette image… ça tourne en boucle là-dedans. C’est comme s’ils étaient dans mon ventre et dans ma tête, et j’ai l’impression qu’ils ne vont jamais me quitter…
    —    Je me sens autant coupable que toi… si je ne t’avais pas cherché, on ne se serait pas disputés, et…
    —    Merci, mille merci, Nico, il me coupe. Tu m’as sacrement sorti de la merde, ce soir…
    —    Je n’allais pas rester sans rien faire…
    —    Tu m’as épaté, mec ! Moi j’ai complètement perdu les pédales, alors que toi, t’étais si calme. Putain, je n’aurais pas cru que tu aurais autant de sang-froid !
    —    Sur le coup, j’ai été sonné. Mais une fois que j’ai vu que le gars était conscient, j’ai pensé à toi de suite. Je ne pouvais pas te laisser tomber. »

    Jérém me serre très fort dans ses bras et il pose quelques bisous dans mon cou.

    « Toi t’es un mec bien, t’es mon Ourson ! » il me glisse à l’oreille.

    Je fonds dans ses bras et sous ses bisous, je fonds en entendant ces mots. Je m’endors en pleurant de joie.

    Je me réveille un peu plus tard dans la nuit. Jérém dort à poings fermés, et en étoile de mer. Je me lève pour aller aux toilettes. En passant dans le couloir devant la pièce à vivre, je vois qu’Ulysse non plus ne dort pas. Il est assis sur le clic clac, torse nu, et il regarde la télé.

    « Ah, c’est toi. Tu ne dors pas non plus ? il me lance, lorsqu’il capte ma présence.
    —    Non, je viens de me réveiller en sursaut.
    —    C’est à cause de l’accident ?
    —    Je pense, oui.
    —    Et Jérém ?
    —    Il a l’air de dormir. Mais toi non plus tu ne dors pas.
    —    J’ai fait une sieste trop longue cet après-midi. Moi, je suis en vacances. »

    Ses beaux biceps, ses pecs, ses abdos saillants, ainsi que son regard clair et perçant aimantent mon regard. Je me fais violence pour ne pas laisser l’attirance happer mon attention. Je ne veux pas qu’il capte cette attirance.

    « Tu es arrivé quand ? il enchaîne.
    —    Cet après-midi.
    —    Jérém ne m’avait pas dit que tu devais venir.
    —    Il ne le savait pas. Il ne voulait pas que je vienne le voir. Mais moi, je n’en pouvais plus de ne pas le voir. Je sentais qu’il n’allait pas bien, et je ne pouvais pas rester les bras croisés, à 500 bornes, à me prendre la tête à longueur de journée.
    —    Tu l’aimes, hein ?
    —    Oui, énormément.
    —    Alors, tu as bien fait de venir le voir. Et tu l’as bien senti, il ne va pas très bien en ce moment.
    —    J’imagine que c’est à cause de son départ du Racing…
    —    Oui, c’est très dur pour lui.
    —    Mais qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi ça n’a pas marché ? Il a toujours été un très bon joueur à Toulouse. Pourquoi il n’y arrive pas à Paris ?
    —    Parce qu’ici, il a eu trop de pression. Il a dû faire ses preuves très vite, et en plus on ne peut pas dire qu’on lui a facilité la tâche. Si Léo ne l’avait pas fait chier tout au long de la saison, tout se serait passé autrement.
    —    C’est quoi encore cette histoire avec Léo ? Qu’est-ce qui s’est passé ?
    —    Rien de particulier. Mais il lui a mis une pression qui a fini par le déstabiliser. Et un sportif sans un mental d’acier n’est pas un bon sportif. J’ai essayé de l’aider, de le soutenir, mais j’ai échoué, et je m’en veux énormément. Et je m’en veux aussi de ne pas avoir pu éviter la bagarre….
    —    Quelle bagarre ?
    —    Jérém venait d’apprendre qu’il ne serait pas renouvelé. Ce con de Léo a encore voulu se payer sa tête. Et ton mec lui en a collé une en pleine figure…
    —    Mais il l’avait bien cherché !
    —    Évidemment qu’il l’avait cherché. Mais le coach a assisté à la scène et il a pensé que sa réaction était dictée par la jalousie, alors que ce n’était pas ça du tout. Et il lui a promis qu’il ferait tout pour qu’il ne joue plus dans aucune équipe pro de sa vie.
    —    Ah merde !
    —    Évidemment, ils lui ont retiré son appart. Alors, je lui ai proposé de le loger.
    —    Mais c’est vraiment si dur pour un sportif d’être gay ?
    —    T’as pas idée, Nico ! Gay, c'est malheureusement la dernière chose qu'il faut être dans cet environnement. On peut être macho, violent avec les nanas, le pire des salauds, bagarreur, alcoolique, junkie, mais jamais homo. Il a suffi qu’un seul connard fasse courir des bruits pour que ça mette à mal tous ses efforts. »

    Ulysse me paraît profondément bienveillant. Je me sens rassuré, et je m’en veux d’avoir imaginé des choses entre Jérém et lui.

    « J’aime bien Jérémie, c’est un gars sympa, un bosseur. Il ne méritait pas que ça se passe de cette façon pour lui. C’est un bon joueur, un sacré bon joueur, il aurait suffi qu’on lui foute la paix pour qu’il montre ce qu’il a dans le ventre. C’est un beau gâchis ! »

    Le lendemain, dimanche, Jérém dort jusqu’à tard, puis il part travailler dans la foulée. Evidemment, en présence d’Ulysse, pas d’effusions, même pas un bisou. La copine d’Ulysse débarque à l’appart un peu avant midi. Avant de partir à Dunkerque, dans sa famille, le beau blond me serre fort dans ses bras puissants et me glisse :

    « Tu peux rester autant que tu veux, je ne reviens pas avant plusieurs semaines. Sens-toi chez toi. Prends soin de Jérém, mais prends soin de toi aussi.
    —    Merci Ulysse, merci beaucoup, merci pour tout. Au fait, félicitations. Il parait que tu as signé avec le Stade.
    —    Je n’arrive toujours pas à y croire !
    —    C’est génial.
    —    Oui, je suis super content. Mais je n’ose pas trop le montrer devant Jérém, tu comprends…
    —    Je comprends, oui. »

    A midi, je me retrouve seul dans l’appart. Je ne sais pas quoi faire, je n’ai rien prévu. Je sors, je me balade dans Paris. Il y a mille choses à voir dans la capitale, mais je n’ai pas la tête à ça.
    Guidé par la nostalgie, je retourne à Montmartre, théâtre de notre première soirée parisienne. J’y vais comme en pèlerinage, sur les traces d’un moment de joie et d’amour parfait. J’étais si heureux à ce moment-là, car Jérém était si heureux, si plein de confiance en l’avenir, si bien dans sa peau. Et moi aussi j’avais confiance en l’avenir, celui de notre relation. Tandis qu’aujourd’hui, je ne sais plus trop quoi penser.
    Sa vie a été chamboulée pour cette aventure rugbystique avortée, et maintenant par cet accident. Je sens qu’il a apprécié que je sois là pour lui, et ce moment de tendresse au lit a été génial. Mais je sens qu’il est vraiment mal. Je voudrais pouvoir l’aider, mais je sais qu’il ne va pas m’en laisser la possibilité.
    Je déjeune au même petit restaurant où j’avais dîné avec lui, je repasse devant la maison de Dalida où il s’était moqué de moi, je revois son beau sourire, la joie et l’amour dans son regard. Et la solitude me pèse.
    Je passe voir Jérém à la brasserie en fin d’après-midi, il est très occupé. Il est sexy à mort avec sa chemise blanche rapprochée de son torse par un gilet noir, les deux boutons du haut ouverts.

    « Ça va ? je lui lance, dès qu’il passe suffisamment près de moi
    —    Oui, ça va, tu prends quoi ? il me lance, très speed.
    —    Un jus d’abricot.
    —    J’arrive.
    —    Jérém…
    —    Quoi ?
    —    Tu sais à quelle heure tu vas finir ?
    —    J’en sais rien, c’est le week-end, pas avant 2-3 heures.
    —    Tu me manques P’tit Loup !
    —    Tais-toi ! »

    Je le sens distant, de mauvais poil, la tête ailleurs. Je pars aux toilettes, et pendant que je me lave les mains j’entends un bruit de verre cassé, ainsi qu’une voix s’élever et gronder :

    « Mais c’est pas vrai, ça ! Qu’est-ce qu’il t’arrive Jérém ? T’as l’air complètement à l’ouest aujourd’hui. Ressaisis-toi et vite ! Et souris un peu, putain ! C’est pas la peine d’être aussi beau si c’est pour faire la gueule ! »

    Je reviens à ma table, je bois mon jus de fruit en regardant mon Jérém aller de table en table. Il a l’air fatigué, sur les nerfs, contrarié. Il transpire, et il souffle. J’ai de la peine pour lui. Visiblement, aujourd’hui il avait besoin d’une pause. C’est dommage que ce ne soit pas le cas.
    Ce soir-là, je dîne seul, et je passe la soirée encore plus seul. Je fais un tour en bateau mouche et je rentre à l’appart à 23 heures. Je suis fatigué, je n’ai pas trop dormi la nuit d’avant.
    Je me réveille à 3 heures du mat, toujours seul dans le lit. Je me lève, inquiet. Je m’apprête à l’appeler, lorsque je m’aperçois qu’il a de la lumière dans la pièce à vivre. Jérém est allongé sur le clic clac, il regarde la télé, tout en fumant un joint.

    « Salut Jérém.
    —    Salut.
    —    T’aurais pu venir dans le lit.
    —    Je ne voulais pas te réveiller.
    —    Tu peux venir maintenant, si tu veux, je suis réveillé.
    —    Je suis bien ici. De toute façon, je n’arrive pas à dormir, et je t’empêcherais de dormir aussi.
    —    Mais moi j’ai envie de te prendre dans mes bras…
    —    Je ne suis pas d’humeur…
    —    Je peux avoir un bisou, au moins ?
    —    Ouais… »

    Je me penche sur lui, je pose un bisou sur ses lèvres. Il le reçoit sans pratiquement de réaction, sans même quitter la télé des yeux. Je capte une haleine fortement alcoolisée.

    « J’ai envie de toi, Jérém.
    —    Pas ce soir.
    —    Même pas pour une gâterie ?
    —    Non, je suis trop naze.
    —    Tu penses toujours à l’accident ?
    —    Je n’ai pas envie de parler de ça.
    —    Mais tu n’y es pour rien et…
    —    Laisse-moi tranquille, tu veux ?
    —    Je t’aime, Jérém.
    —    Ok.
    —    C’est tout ? Ok ?
    —    Va au lit, s’il te plaît, j’ai besoin d’être seul. »

    C’est avec la mort dans le cœur que j’accepte de me plier à sa demande. Je ne veux pas me disputer avec lui. Mais je sens que le fossé qui nous sépare est encore en train de se creuser et que tous les ponts que j’essaie de bâtir pour relier nos deux rivages s’effondrent aussitôt. Pour bâtir un pont, il faut à minima deux appuis sur un sol stable. Et le « sol » de son côté, s’effrite à vue d’œil.

    Le lendemain, Jérém repart travailler. Il quitte l’appart sans pratiquement cracher un mot, il me quitte sans un seul geste de tendresse, ni même de complicité. J’arrive tout juste à lui arracher un bisou à la dernière seconde, alors qu’il a déjà la main sur la poignée de la porte. Si beau dans sa tenue de serveur, et si distant. J’ai terriblement envie de lui, mais j’ai surtout envie de le prendre dans mes bras et de parler de ce qui s’est passé. A moi aussi cette histoire pèse, je voudrais qu’on se soutienne mutuellement.
    Une nouvelle fois, je me retrouve seul dans l’appart d’Ulysse. Une fois de plus je sors, mais cette fois-ci, avec une destination précise. Je pars en banlieue, je passe une bonne partie de la journée à Versailles. Ça faisait longtemps que j’avais envie de visiter ce haut-lieu de l’Histoire de France et je me dis que cela occupera mon esprit pendant quelques heures.
    Pendant la visite guidée, je reçois un coup de fil de la police m’annonçant que Ouissem va bien, qu’il n’a pas de blessures graves, mis à part une lésion du ménisque qui nécessitera une opération pour récupérer la pleine fonctionnalité du genou. Je termine la visite du château, j’écourte celle du parc, je suis impatient d’annoncer tout ça à Jérém.
    En fin d’après-midi, je me pointe à la brasserie et je lui répète ce que le policier m’a dit au téléphone. Au fil de mes mots, je le vois se détendre, comme pousser un long soupir de soulagement. Je vois son émotion monter sur son visage, dans son regard, dans ses yeux émus, humides. Je sens qu’il a envie de pleurer et qu’il se fait violence pour se retenir.
    Je me fais violence à mon tour pour ne pas me lever de ma chaise et le prendre dans mes bras.

    « Ça va aller, P’tit Loup, ça va aller. »

    Je suis profondément touché par son émotion, et je m’autorise à espérer que le soulagement que cette nouvelle a semblé provoquer en lui l’aide à sortir de sa morosité. Le soir, la nuit suivante, j’attends son retour avec impatience. Je suis fatigué, mais je ne peux pas m’endormir. Je l’attends sur le clic clac, devant la télé. Je m’autorise à espérer que lorsqu’il rentrera de son service, je retrouverai le Ptit Loup que j’aime, celui de ma première visite à Paris, celui des séjours à Campan, celui des visites surprises à Bordeaux.

    Il n’en est rien. Jérém rentre encore plus soûl que la veille, encore plus stone.

    « Ça va, ptit Loup ?
    —    Arrête de m’appeler comme ça !
    —    Et tu veux que je t’appelle comment ?
    —    Jérém, c’est bien.
    —    T’es chiant ! Je comprends que tu sois affecté par ce qui s’est passé…
    —    Ecoute, Nico. Tu devrais rentrer…
    —    Mais Jérém !
    —    Nico, rentre chez toi. Je n’ai pas envie qu’on s’engueule et je n’ai pas envie de te dire des choses que je regretterais après. Pour l’instant j’ai besoin d’être seul.
    —    On se revoit quand, alors ?
    —    Je n’en sais rien, on verra.
    —    Encore "on verra" ? On en est à nouveau là ? Dès que quelque chose se passe mal pour toi, tu me jettes ?
    —    Ne me prends pas la tête à cette heure-ci, tu veux ?
    —    Mais Jérém ! Je t’aime et je veux être là pour toi !
    —    Je n’ai pas besoin de toi, je n’ai besoin de personne, j’ai besoin d’être seul, tu comprends ça ?
    —    Et moi il faut que je t’attende encore.
    —    Tu fais ce que tu veux.
    —    Je voudrais pouvoir faire quelque chose pour toi…
    —    Tu peux me faire une pipe si tu veux.
    —    J’avais très envie quand tu es rentré, mais là j’ai vraiment plus envie.
    —    Tant pis, je me débrouille… »

    Je n’arrive pas à croire que nous en soyons à nouveau là. Je pars dans la chambre, je passe une nuit horrible, je ne dors presque pas. Le lendemain matin, je suis réveillé par le bruit de la douche. Je suis vaseux, j’ai l’impression que tout mon corps est engourdi, et un mal de crâne épouvantable m’empêche de réfléchir. Mais pas de souffrir.
    Je me lève, je m’habille, j’ai besoin de voir Jérém avant qu’il parte travailler.

    « Bonjour, je lui lance en essayant de ne pas laisser transparaître ma souffrance.
    —    Salut » il lâche sèchement.

    Nous nous regardons pendant quelques instants. Dans ses yeux, sa tristesse me touche.

    « Demain, je ne bosse pas… »

    Pendant un instant, j’espère qu’un miracle va se produire.

    « Alors, ce soir je vais sortir avec des potes… »

    Non, pas de miracle. J’ai envie de pleureur.

    « Tu veux vraiment que je parte ?

    —    Je pense que ce serait mieux que tu rentres, oui » il finit par lâcher, après un instant de silence qui me paraît interminable, insupportable. Son regard est fuyant, et j’ai comme l’impression que ses yeux sont embués.

    « Mais Jérém…
    —    N’insiste pas. Tu ne vas pas rester ici à squatter avec moi l’appart de mon pote, alors que je n’ai pas le temps ni la tête pour être avec toi ? Je serais insupportable, et tu serais malheureux. On finirait par s’engueuler, et je ne veux pas qu’on s’engueule.
    —    Mais pourquoi c’est toujours si difficile entre nous ? Pourquoi il faut que j’apprenne ce qui se passe dans ta vie par ton ancien voisin, par ton colocataire, par Charlène ? Pourquoi tu ne me parles pas ? Pourquoi tu ne me fais pas confiance ?
    —    Je suis désolé, Nico. Je voudrais être différent, mais je n’y arrive pas. Je vois tout ce que tu fais pour moi, et ça me touche, vraiment. Mais c’est moi qui cloche, et je ne veux pas te faire du mal.
    —    Ce qui me fait le plus mal c’est de ne pas être avec toi alors que je sais que tu n’es pas bien ! »

    Ses mots me touchent. Je me retrouve dans une situation horrible, ne rien pouvoir faire pour aider le gars que j’aime, à part respecter son besoin d’être seul.

    « Tu veux vraiment que je parte ? » j’enchaîne après un autre silence lourd comme du plomb.

    Et là, pour toute réponse, Jérém se retourne. Ses yeux sont vraiment humides. Il me prend dans ses bras, il me serre très fort contre lui. Je ne peux retenir mes larmes, et j’éclate en sanglots.

    « Je suis désolé. Tu es un gars exceptionnel, tu mérites mieux que moi !
    —    Mais c’est toi que je veux !
    —    Laisse-moi un peu de temps, le temps que je me sorte de cette merde, le temps que je me retrouve. Et encore merci, vraiment merci, pour ce que tu as fait pour moi l’autre soir. »

    Je pleure dans ses bras, je l’embrasse fébrilement, je caresse ses cheveux, je respire le parfum de sa peau.

    « Je dois y aller » il enchaîne tristement.

    Il me semble inconcevable de devoir partir, alors que nous pouvons enfin être ensemble, alors que je suis libéré de mes contraintes de cours, et qu’il est libéré de ses contraintes « de milieu sportif ». Mais c’est ainsi, et je ne peux rien y faire.

    « Je vais rentrer aujourd’hui, je concède, comme dans un état second. J’ai l’impression de ne pas reconnaître ma voix, que mes mots sont ceux de quelqu’un d’autre.
    —    Tu rentres à Toulouse ?
    —    Oui.
    —    Si tu vois Thib, passe-lui le bonjour de ma part.
    —    Jérém… à propos de Thib… il ne faut vraiment pas que tu croies des choses. Je suis avec toi, et Thib c’est juste un bon pote.
    —    Et pourtant, tu serais tellement mieux avec lui qu’avec moi… »

    Ses mots me font mal comme un coup de poing dans le ventre. J’ai l’impression que Jérém baisse les bras, qu’il ne croit plus en notre histoire.

    « Dis pas ça !
    —    Lui il saurait t’aimer comme tu le mérites. Il ne te ferait pas autant de mal.
    —    Je n’en sais rien, et je n’ai pas envie de le savoir. C’est toi que j’aime, Jérémie Tommasi !
    —    Ourson…
    —    P’tit Loup… »

    Un instant plus tard, je sens son étreinte se délier. Jérém se retourne. Je sais qu’il pleure, et je sais qu’il ne veut pas que je voie ça. Je le prends dans mes bras, j’attire son dos contre mon torse, je couvre son cou de mille bisous. Mon cœur sanglote avec le sien.
    Je voudrais trouver les mots, les arguments pour le faire changer d’avis, pour qu’il accepte mon amour, ma main tendue. Mais je sais que tout mot serait le mot de trop et risquerait de gâcher ce moment. Je préfère qu’on se quitte de cette façon, en nous avouant que nous nous aimons même si nous n’arrivons pas à vivre cet amour. Je préfère quitter Jérém en larmes plutôt qu’en pétard.
    Je me sens étrangement en paix avec moi-même. Pour la première fois je me dis que j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir, et que désormais la balle n’est plus dans mon camp. Je me dis que tout ce que je pourrais faire de plus, ce serait de trop. Je repense à une chanson qu’écoutait Maman quand j’étais petit et que je trouvais très belle et triste à la fois. When all is said and done…





    Jérém quitte l’appart dans la foulée, sans me regarder. Je voudrais le retenir, mais je sais que ça ne servirait à rien. Je le regarde passer la porte et le battant se refermer derrière lui. Son image impressionne encore ma rétine, son parfum fait encore frémir mes narines, sa présence hante encore mon esprit. Et mes sanglots éclatent à nouveau, incontrôlables.

    Jérém vient de partir et je me retrouve seul comme s’il venait de me quitter. Ce n’est pas le cas, car je sais qu’il sait que mon amour est là. Je sais que le sien est là aussi. Mais, visiblement, l’amour ne suffit pas au bonheur, ni au mien, ni au sien. Le constat de mon impuissance face à son malheur me rend infiniment triste. Nous nous retrouverons peut-être un jour. Peut-être. Cette « date » indéfinie et hypothétique est un abysse devant lequel ma raison échoue, laissant une sensation d’immense désolation m’envahir. Les yeux embués de larmes, je rassemble mes affaires. Je quitte l’appart, je prends le métro et je prends le premier train au départ pour Toulouse, la mort dans le cœur.

    Tu t’appelles Jérémie Tommasi et ce matin, en partant à la brasserie après avoir demandé à Nico de partir, tu as envie de pleurer. Non, tu pleures. Tu t’en veux de l’avoir fait souffrir encore. Surtout après ce qu’il a fait pour toi après l’accident. Une fois dans la rue, tu aurais voulu trouver le courage de lui expliquer pourquoi tu te sens si mal vis-à-vis de lui. Tu as été tenté de faire demi-tour, d’aller le retrouver, de lui dire à quel point tu tiens à lui. Mais tu n’as pas pu. Comment arriver à exprimer clairement tes sentiments, alors que tu es si mal à l’aise dans ta tête ? Comment lui expliquer que ta déception et de ton amertume vis-à-vis de ta carrière avortée ce ne sont pas les seules raisons qui te mettent mal à l’aise dans votre relation ?

    La cohabitation avec ton co-équipier s’est révélée plus difficile que prévu. Le côtoyer au quotidien dans la proximité et promiscuité d’un petit appart, être confronté à sa présence, parfois à sa nudité décomplexée, à ses sous-vêtements traînant dans la salle de bain, tout cela exacerbe en toi des désirs que tu essaies de réprimer.
    Mais ce qui te bouleverse le plus, c’est d’être confronté à son intimité. Certes, ça fait des mois que tu es confronté à sa nudité presque quotidiennement, dans les vestiaires au rugby. Mais c’est une chose de le voir prendre une douche dans un vestiaire, entouré des autres gars, et c’en est une autre de le savoir en train de prendre une douche, seul, à quelques mètres de toi. Sa proximité attise ton désir. Comme la nuit, quand tu rentres du taf et que tu t’allonges sur le clic clac. Tu sais qu’il est là, dans la chambre, et qu’une simple cloison te sépare de lui. Après le taf, tu es crevé, et tu n’as pas envie de sortir. Mais dans le clic clac, tu as envie de te branler. Tu te branles en pensant à ton pote dans son lit. Tu te branles en t’imaginant aller le rejoindre. Une nuit, en te branlant, tu t’es même dit que tu allais le faire. Tu as bondi du clic clac. Tu as posé ta main sur la poignée de la porte du couloir. Mais tu n’as pas pu aller plus loin.
    Depuis que tu habites chez lui, tu es aussi confronté à sa vie sexuelle. Parfois, sa copine vient passer la nuit à l’appart, et elle ne vient pas que pour dormir. A travers la cloison fine, tu entends les soupirs, les frémissements du plaisir, le cri silencieux de l’orgasme. Tu te branles, en rêvant de le(s) rejoindre dans sa chambre, dans le lit. Tu accepterais même un plan à trois, pour pouvoir regarder Ulysse prendre son pied. Tu te contenterais même de le regarder baiser sa copine, tu te contenterais même de frôler sa peau, son corps « par accident », comme lors du plan à quatre avec Thib , et celui à trois, avec Nico.
    Ça, c’est ce que tu te dis pendant que tu te branles. Et pourtant, à l’instant où tu perds pied, où l’explosion de ton plaisir balaie toute raison laissant la vérité du désir éclater dans ta tête avec une évidence incontestable, tu sais que ce n’est pas d’un plan à trois dont tu as envie, mais de coucher avec Ulysse. Tu as envie de lui. Tu as envie de prendre ton pied avec lui, tu as envie de mélanger ton plaisir au sien. Tu as envie de te retrouver dans ses bras. Tu as l’impression que tu serais si bien dans ses bras forts et rassurants.
    Après l’amour, Ulysse vient parfois boire un truc. Il traverse le séjour discrètement, il fait gaffe à ne pas te réveiller. Il semble ignorer que tu ne dors pas. Tu le regardes discrètement, dans la pénombre. Et lorsque la lumière du frigo illumine le corps d’athlète de ce beau garçon qui vient tout juste de jouir, et alors que tu viens tout juste d’essuyer tes émois, tu ressens une frustration immense.

    « Tu ne dors pas ? il te questionne une nuit, alors que ta discrétion n’a pas fait le poids face à ton envie de le mater.
    —    J’ai pas sommeil.
    —    On t’a pas réveillé, au moins…
    —    T’inquiète… »

    Vos regards se croisent, se suspendent l’un l’autre pendant une fraction de seconde. Tu voudrais voir dans le sien le même désir qui te ravage. Tu crèves d’envie de lui. Mais son regard se détourne et tu l’entends lâcher un simple :

    « Bonne nuit mec. ».

    Et là, tu te sens à la fois rassuré et terriblement frustré. Et dès que tu entends la porte de sa chambre se refermer, tu te branles une nouvelle fois.

    Pendant les deux semaines suivantes, je n’ai presque pas de nouvelles de mon Jérém. Dans la maison de mes parents, j’étouffe. Mon père me fait toujours la gueule, et le fait d’avoir eu mes partiels haut la main n’a eu aucun impact sur son attitude à mon égard. Alors que je suis certain que si je m’étais loupé, il aurait su m’enfoncer encore davantage. Je passe de bons moments avec Maman, mais je me sens souvent seul.
    Je partirais bien à Gruissan ou ailleurs, n’importe où, avec ma cousine Elodie. Mais ce n’est pas possible. Entre son taf, sa vie de couple et sa grossesse, sa nouvelle vie l’accapare à 200%. J’ai envie de partir pour me changer les idées, mais je n’ai pas envie de partir seul.
    J’appelle Julien et je lui propose de nous voir. Il me demande de passer chez lui. Je ne le trouve vraiment pas en forme.

    « Ça va, mon pote ?
    —    J’ai connu mieux.
    —    Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu t’es fait plaquer par une nana que tu as trompée ? je plaisante.
    —    Je viens de perdre ma marraine.
    —    Ah, pardon, je suis désolé. Je te présente mes condoléances.
    —    C’était quelqu’un qui comptait beaucoup pour moi, vraiment beaucoup, il m’explique.
    —    Je suis certain que c’était quelqu’un de bien.
    —    C’était comme une deuxième mère pour moi. J’étais même davantage en confiance avec elle qu’avec ma propre mère. Avec Jeanne, je pouvais parler de tout, vraiment de tout. C’était quelqu’un de très intelligent et de très généreux. Elle avait l’intelligence du cœur. C’était un pilier dans la famille. Et ce pilier, il va sacrément manquer. Elle me manque énormément. Et en même temps, je n’arrive encore à réaliser que je ne la verrai plus.
    —    Je suis presque sûr que depuis là-haut elle doit veiller sur son filleul et être fière de lui.
    —    Je l’espère. En tout cas, encore plus qu’avant, je vais m’employer à être à la hauteur de l’exemple qu’elle m’a donné. J’aimerais tellement lui ressembler ! »

    Je sens que Julien est vraiment affecté par ce deuil. J’essaie de le réconforter, mais au final c’est lui, comme toujours, qui joue les clowns et qui me fait rire.

    Le lendemain, j’essaie de contacter Thibault. Hélas, il n’est pas sur Toulouse. Au téléphone, il m’explique qu’il est en Corse avec Nathalie, le petit Lucas, et un couple d’amis.
    Comme je lis la presse sportive, je sais que début juin, le Stade Toulousain est arrivé en demi-finale du Top 16 et qu’il a été arrêté dans son élan par Agen. J’ai vu pas mal de fois le nom de Thibault mentionné dans la presse, et à chaque fois dans des termes très élogieux. Je le félicite pour sa saison, je lui donne des nouvelles de Jérém, je lui apprends qu’il n’a pas été renouvelé dans son équipe. Je lui parle également de l’accident, et notre nouveau passage à vide. Du moins, j’essaie.
    En effet, plus je tente de lui expliquer pourquoi nous n'arrivons pas à nous retrouver, plus mes propos sont incohérents et contradictoires. Au fur et à mesure de mes explications, j’ai tour à tour l’impression de ne pas en faire assez, de ne pas être assez patient avec Jérém, ou bien de l’être trop, de trop accepter de Jérém, tous ses états d’âme et ses sautes d’humeur.
    Le fait est que l’amour ne s’explique pas, et que chaque situation est unique. Il faut vivre une relation de l’intérieur pour en connaître les tenants et les aboutissants. Et encore, là aussi, on ne sait pas tout, on ne maîtrise pas tout. Et surtout pas les pensées les plus enfouies de l’autre.
    Ainsi, il m’est impossible de lui rendre compte de cette situation dans laquelle nous nous aimons, et pourtant nous n’arrivons pas à être ensemble.

    « Tu as bien agi, je suis sûr qu’il a été très touché par ton geste, il finit par considérer. Laisse-le mijoter, il reviendra vers toi. Je vais essayer de l’appeler quand je rentre. »

    Au bout de deux semaines, Jérém me manque horriblement. Plus le temps passe, plus je le laisse « mijoter », plus la peur de le perdre à nouveau m’envahit.
    Le 12 juillet je me fais la réflexion qu’un an plus tôt, Elodie et moi étions à Londres pour le concert de Madonna. C’était magique. Ça me paraît à la fois si proche et si loin. Tant de choses ont changé en si peu de temps.
    Mi-juillet, après presque un mois de « mijotage », j’appelle Charlène.

    « J’imagine que tu m’appelles pour avoir des nouvelles de Jérémie…
    —    Tu lis dans mes pensées !
    —    Je l’ai eu il y a deux semaines environ.
    —    T’en as de la chance, toi ! Et il va comment ?
    —    Pas terrible. L’accident l’a beaucoup affecté. Il a été vraiment touché que tu le sortes du pétrin, il a même été impressionné, je dirais. Il m’a dit qu’il ne s’attendait pas à ce que tu prennes les choses en main comme tu l’as fait. Et surtout il ne s’attendait pas à ce que tu prennes autant de risques pour lui.
    —    Si seulement il pouvait mettre ça dans la balance de notre relation !
    —    Il te fait à nouveau la misère ?
    —    Ça fait pratiquement un mois que je n’ai pas de ses nouvelles, mis à part quelques messages.
    —    Tu sais, même avec moi il est distant. C’est toujours moi qui l’appelle.
    —    Mais au moins à toi il te répond !
    —    Il sait qu’il va prendre une volée de bois vert s’il ne me répond pas ! Et puis, je détiens un argument majeur pour le faire réagir. Il me suffit de prononcer le mot "Unico" pour qu’il rapplique illico !
    —    Tu crois que si je gardais ses chevaux je marquerais des points ?
    —    Il est possible…
    —    Je ne sais plus sur quel pied danser avec lui.
    —    Et moi je ne sais plus quel conseil te donner, Nico…
    —    Je dois te saouler…
    —    Non, tu ne me saoules pas. Le fait est que je ne veux pas te donner de faux espoirs. Je ne sais pas comment Jérém va évoluer dans les semaines, les mois qui arrivent. Au fond de moi, j’ai envie de te dire de t’accrocher, de ne pas lâcher l’affaire. Mais d’un autre côté, j’ai envie de te dire de te protéger, parce que tu risques d’en baver. Je n’aurais jamais imaginé dire ça un jour, mais je pense que le mieux pour toi dans l’immédiat ce serait de vivre ta vie sans Jérém, quitte à le retrouver plus tard, lorsqu’il aura vaincu ses démons.
    —    Je croyais que la meilleure façon d’aimer quelqu’un, c’était de l’aider à révéler la meilleure facette de lui-même…
    —    C’est une belle définition de l’amour en effet. Mais elle a ses limites lorsque la personne aimée refuse obstinément de se laisser apprivoiser. C’est une chose de faire des efforts pour comprendre l’autre, et je reconnais que tu en as fait beaucoup. Mais le mutisme de Jérém, son renfermement sur soi, son arc-boutement sur son amour-propre, son refus obstiné de partager ses doutes et angoisses avec toi, de te laisser le soutenir, tout ça rend aujourd’hui votre relation impossible. On peut "éventuellement" comprendre les raisons qui le font agir ainsi. Mais tu ne peux pas accepter ce genre de relation. Il est très difficile d’aimer quelqu’un qui ne s’aime pas lui-même. »

    Je soupire, je souffle, pendant que la peur de le perdre me prend à la gorge.

    « Alors, entre le conseil de t’accrocher et celui de prendre du recul et de la distance, je ne peux vraiment pas trancher, elle enchaîne.
    —    Si je décide de prendre de la distance, comment savoir que ça ne va pas nous éloigner à tout jamais ?
    —    Tu ne peux pas le savoir. Mais je pense qu’au fond de toi, tu sais ce qui est bon pour toi, suivant ta solidité émotionnelle et ta réserve de patience déjà rudement mise à contribution… »

    Charlène a raison, ma patience a été rudement mise à contribution. Trois mois déjà, trois mois sans coucher avec Jérém, sans tendresse, sans complicité. Jamais depuis notre première révision nous sommes restés si longtemps sans faire l’amour.
    Un peu après la mi-juillet, je crois qu’entre les deux solutions proposées par Charlène, j’ai enfin fait mon choix. Un vendredi soir, je décide de me secouer de ma morosité. Je me douche, je me sape. Je sors au B-Machine. Je cherche à m’amuser, à faire la fête, à danser, je cherche la compagnie de ceux qui me ressemblent et avec qui je me sens bien. Je cherche le contact avec le Masculin.
    Le lendemain, je sors à nouveau, au On Off. Je fais exprès d’arriver côté Canal pour ne pas trop approcher la rue de la Colombette. Je ne veux pas être assailli par les souvenirs, je ne veux pas affronter mes démons. Je ne veux pas arriver en boîte les larmes aux yeux. Jusqu’à tard dans la nuit, je mate des mecs, je goûte au frisson provoqué par l’exposition à la beauté masculine.
    A partir de ce moment, je sors pratiquement chaque soir dans le milieu. Je bois, je mate. Parfois, plus rarement, je me fais mater. Un soir, il m’arrive de concrétiser. Mais une fois le frisson de me sentir désiré envolé, une fois l’excitation passée, une fois l’orgasme consommé, je me sens mal, Jérém me manque encore plus.
    Un autre soir je décide d’affronter mes démons. Je décide de rentrer à la Ciguë. En lisant la plaque « Rue de la Colombette » depuis le boulevard Carnot, je suis percuté par un faisceau de souvenirs. Et je repense à nos adieux déchirants, c’est dur de penser à quel point je l’aime, de savoir qu’il m’aime aussi, et de rien pouvoir faire pour l’aider, pour faire avancer notre relation. J’ai choisi de suivre le conseil de Charlène de prendre du recul, de prendre de la distance. Est-ce que je le retrouverai un jour ? Où es-tu, mon Jérém ?

    Début août 2002.

    Mes sorties à répétition et mes grasses matinées n’arrangent pas la relation avec mon père, et finissent même par inquiéter Maman. Elle me demande pourquoi je sors autant, je ne sais pas quoi lui répondre. Elle me demande si tout va bien avec Jérémie, je lui réponds qu’il a pas mal de choses à régler en ce moment et que pour l’instant il n’a pas de temps pour moi. J’ai envie de pleurer et Maman le sait. Elle me prend dans ses bras et ça me réconforte.
    Je finis par en avoir marre des sorties, et de l’ambiance à la maison. Je décide de changer d’air, de partir quand-même quelques jours à Gruissan.
    A la plage, haut lieu d’étude de la bogossitude, j’arrive à plusieurs conclusions capitales au sujet du masculin.
    Première conclusion : la combinaison chromatique bogoss brun à la peau mate et bronzée/t-shirt blanc/short de bain rouge, c’est juste sublime. Ce bogoss inconnu à la plage qui happe mon regard avec ce physique et cette tenue hyper sexy à mes yeux, me fait penser à Jérém. Mon beau brun arborait quasiment la même tenue lorsque je l’avais croisé à la piscine Nakache l’an dernier à mon retour de Gruissan. J’étais en compagnie de ma cousine, il était accompagné d’une pouffe. Et on avait baisé dans une cabine des vestiaires. Ah putain, qu’est-ce que c’était ça avait été chaud !
    Première conclusion/bis : la combinaison bogoss brun à la peau mate et bronzée/torse nu, pecs et abdos dessinés et biceps saillants/short de bain rouge, c’est juste somptueux.
    Première conclusion/ter : la combinaison chromatique bogoss brun à la peau mate et bronzée/torse nu dessiné/short de bain rouge, le tout ruisselant à la sortie de l’eau, c’est juste à divin.
    Deuxième conclusion, tentative de réponse à une question « existentielle » : pourquoi le geste plus ou moins conscient d’un beau garçon qui passe nonchalamment sa main sous son t-shirt pour caresser ses abdos est chargé d’un érotisme à ce point insoutenable ?
    Peut-être parce que ce petit geste ressemble de très près à un acte d’autoérotisme. La main qui caresse et s’attarde sur cette région bien sensible, bien érogène, car située juste au-dessus du pubis, si proche de la zone du plaisir masculin, cache-t-elle d’autres envies ? Les doigts qui frôlent l’élastique du boxer ou du short de bain, ne manifestent-ils pas le désir d’aller plus loin dans la recherche du plaisir ?
    A quoi pense ce beau garçon en accomplissant ce geste ? A la dernière fois où il a joui ? A la dernière fois où il a baisé ? A la dernière fois où il s’est fait sucer ? A sa prochaine coucherie ? A sa dernière branlette ? A celle qu’il aurait envie de se taper là, tout de suite, si seulement il avait le pouvoir de se cacher des regards ? A celle qu’il va se taper dès qu’il le pourra ?
    Troisième conclusion, ou plutôt une observation : un jeune gars sexy passe et laisse sur son passage une traînée de parfum entêtante qui vrille mes neurones. Une traînée, une fragrance, une fraîcheur de jeune mec, une gifle olfactive insolente et insoutenable.

    Malgré la présence de beaux spécimens sur la plage et dans la ville, je finis par m’ennuyer. Je n’ai plus envie de sortir, je n’ai plus envie d’aventures qui ne m’apportent rien à part un frisson passager et une solitude encore plus épaisse après. Alors, au bout de quelques jours, je rentre à Toulouse.
    A Toulouse je m’ennuie tout autant, j’étouffe toujours autant. Je recommence à sortir pour tromper l’ennui, et je finis par m’engueuler avec mon père, le 15 août.

    16 août 2002

    Le lendemain, le jour du 44ème anniversaire de Madonna, je pars à Bordeaux. J’ai besoin de me retrouver seul, mais dans un environnement familier. Mon petit chez moi fera l’affaire. Mes propriétaires m’aideront à ne pas me sentir trop seul en attendant la reprise des cours. Les balades le long de la Garonne et les livres feront le reste.
    Le jour même, je me rends à la bibliothèque municipale pour trouver de quoi varier mes lectures. J’arpente longuement les immenses rayonnages. Et c’est au détour de l’un d’entre eux que l’imprévisible se produit à nouveau.

    « Salut Nico ! » il me lance avec un grand sourire, l’air vraiment content de me revoir. Je suis presque étonné qu’il se souvienne de mon prénom. Au fond, nous ne nous sommes vus qu’une seule et unique fois, et c’était il y a des mois. Je le regarde attentivement et je le trouve encore plus charmant que lors de notre première rencontre.
    Oui, le garçon se souvient de mon prénom. Et moi aussi je me souviens du sien.

    « Salut Ruben… »




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    Bonjour à toutes et à tous ! Bienvenue sur le site Jérém&Nico

     

     

     

    0208 Très chaud sous la couette, et petits mots sur l’oreiller.

     

     

     

    Il doit être minuit lorsque nous nous retrouvons en position « tête-bêche », en train de nous offrir du plaisir l’un l’autre ; un plaisir qui se prolonge jusqu’à ce que Jérém se dégage de ce cercle de bonheur, pour s’allonger sur le lit, les bras pliés, les mains croisées entre sa tête et l’oreiller, les aisselles finement poilues bien en vue, une étincelle bien coquine dans le regard.

     

    « T’as envie de quoi ? » je lui demande.

     

    « Refais-moi ce truc que tu m'as fait une fois… ».

     

    « Quel truc ? ».

     

    « Ce truc… tu sais… ».

     

    « Je t’ai fait tellement de trucs… ».

     

    « Ce truc-là était vraiment dingue… ».

     

    « Vas-y, raconte… » je le cherche, alors que j’ai ma petite idée de ce « truc » dont il est question.

     

    « Cette nuit-là… tu m’as sucé, tu m’as branlé, je ne sais combien de temps… tu me donnais envie de jouir, mais tu ne me laissais jamais venir… ».

     

    « Ah, oui, je vois… et alors, t’avais kiffé ? ».

     

    « Ah, putain, que oui… je crois que jamais je n’ai joui aussi fort de ma vie… tu ne peux même pas imaginer à quel point j’ai kiffé… ».

     

    « Alors, tu vas kiffer deux fois plus… ».

     

    Allongé sur le dos, la queue raide et insolente, une étincelle lubrique dans le regard qui mettrait le feu au soleil lui-même, Jérém attend que je vienne lui offrir une nouvelle fois ce plaisir dont il se souvient, et qui l’a marqué. Qu’est-ce que c’est bon de l’entendre dire à quel point il avait kiffé ce « truc », peut-être le premier truc que je lui avais proposé, et avec lequel je l’avais surpris, après de nombreuses « révisions » où il avait mené le « jeu » de bout en bout ! Et quel bonheur de l’entendre en redemander !

     

    Un bonheur qui se mélange très vite à un petit sentiment d’« inquiétude » : dans mon élan d’enthousiasme, je me suis peut-être un peu avancé ; j’espère pouvoir être à la hauteur de son souvenir, de ses attentes. Je me mets la pression tout seul : pourvu que cette pression ne coupe pas mes moyens.

     

    De toute façon, je n’ai pas le choix : chose promise, chose due ; et aussi, queue tendue, envie soutenue. Bref, je ne peux attendre plus longtemps pour aller m’occuper de mon bomâle brun.

     

    Je saisis son manche raide du bout des doigts, je l’enserre lentement, je le loge dans le creux de ma main. Ce simple, premier contact m’apporte un intense bonheur tactile, composé de multiples sensations : puissance, douceur, chaleur, virilité. Sa queue remplit parfaitement ma main refermée, comme si l’une était faite sur mesure pour l’autre, et vice-versa ; comme si nos anatomies étaient prévues l’une pour l’autre.

     

    Ma prise est assez relâchée, ma main coulisse lentement, elle excite autant qu’elle frustre : je caresse son manche, je cajole ses couilles, je titille son gland. Le bogoss frémit, il semble beaucoup apprécier.

     

    Sans cesser de le branler, je me penche sur lui, je l’embrasse, sur la bouche d’abord ; puis, mes lèvres descendent le long de sa mâchoire, de son cou, de ses pecs, de ses abdos ; elles glissent le long du petit chemin de poils bruns qui amènent à son pubis. Je frissonne, il frissonne.

     

    Je cesse alors de le branler, j’approche mon visage de ses bourses, que je renifle longuement, méthodiquement, dans chaque moindre recoin ; je renifle sa queue tout aussi longuement, laissant le bout de mon nez traîner, effleurer, exciter : je remonte jusqu’à effleurer le frein, contact qui fait sursauter le bogoss, de surprise et de plaisir.

     

    Voilà un long et délicieux voyage agrémenté d’une multitude de petites, délicieuse odeurs de mâle qui a déjà pas mal donné de sa puissance sexuelle, mais toujours débordant de testostérone : un mâle dont le torse ondule désormais sous l’effet d’une respiration excitée.

     

    Encouragé par ses réactions, j’attaque illico un deuxième tour, en me servant de mes lèvres ce coup-ci. J’accomplis le même voyage, tout en provoquant des frissons encore plus intenses : sa respiration haletante cède peu à peu la place à de petits gémissements, et à des mots d’encouragements :

     

    « Putain, Nico… tu me rends dingue… ».

     

    Je dois me faire violence pour ne pas céder à la tentation assommante de gober son gland gonflé à bloc et de provoquer au plus vite sa jouissance : la condition pour le faire jouir comme un malade, c’est de le frustrer ; le pendant, c’est de me frustrer avec lui.

     

    « Suce-moi… » je l’entends chuchoter, sur un ton assez ferme. Ça ne rigole plus.

     

    « Pas encore… » je le cherche.

     

    « J’ai trop envie… ».

     

    « Moi aussi… ».

     

    « Tu vas craquer, de toute façon… » il me nargue.

     

    « C’est toi qui vas craquer… ».

     

    « Jamais de la vie… » fait-il, la voix déformée par l’excitation.

     

    « Si au prochain tour je mets la langue, tu vas craquer… ».

     

    « Tu vas te jeter dessus avant… ».

     

    « Chiche… ».

     

    Troisième round, c’est au tour de ma langue de faire monter la pression chez le bobrun : elle s’emploie à lécher ses couilles, à chatouiller ses bourses ; elle remonte sa queue lentement, tantôt en lâchant des petits coups rapides, tantôt en traînant ; elle remonte jusqu’au frein, arrachant des frissons violents à ce petit Dieu à l’anatomie parfaite.

     

    La queue brûlante, le gland gonflé à bloc, le bogoss se plie pourtant à l’interminable attente d’un plaisir sans cesse annoncé et sans cesse repoussé. Je sais qu’il me fait confiance ; cependant, je sens que son impatience grandit de seconde en seconde. Ses inspirations et ses expirations sont longues, profondes, bruyantes ; le bogoss monte en pression, il est chaud, bouillant.

     

    A l’époque de nos premières révisions, à ce stade des opérations, il m’aurait déjà fourré la queue dans la bouche et il serait en train de la défoncer avec des coups de reins sauvages.

     

    Mais là, il se retient ; certes, il a un petit pari à gagner, mais il n’y a pas que ça. En fait, depuis nos retrouvailles, Jérém me fait l’amour tout en douceur, comme s’il avait peur de me manquer de respect en jouant au mâle domi qui était son rôle dans notre relation d’avant notre clash. J’adore le Jérém attentionné, adorable ; mais je n’ai pas envie pour autant de laisser ce dernier effacer le jeune mâle bien sûr de lui, à la virilité insolente, le mec un brin arrogant, un tantinet macho ; et infiniment, indiciblement craquant. Alors, ce Jérém « petit con », je vais aller le chercher là où il est, caché derrière la « peur » de ne pas être bien perçu.

     

    Je continue de titiller son frein avec des petits coups de langue : Jérém vibre de toute part, il souffle comme un petit taureau.

     

    Puis, à un moment, sans prévenir, ses abdos se contractent, son torse se relève ; et sa main vient se poser lourdement sur mon cou. C’est à ce moment-là que je sens que je vais gagner mon « pari » : le mouvement est lent, mais ferme, à la fois doux et sans appel ; Jérém m’oblige à gober son gland, puis, sa queue tout entière. Le bogoss a envie de se faire sucer, un point, c’est tout.

     

    « Ah, c’est bon… » je l’entends chuchoter, la voix éraillée par l’excitation, alors que son manche finit d’envahir mon palais.

     

    Sa queue porte un délicieux petit goût de sperme qui me rappelle à quel point il est « le mâle », et à quel point ce mâle est puissant, et fécond. Combien de fois a-t-il joui depuis ce matin ? Combien de fois m’a-t-il rempli de son jus ? Je ne m’en souviens même plus. Je nage dans un bonheur sensuel indescriptible.

     

    Oui, finalement, c’est Jérém qui craque : et c’est tellement bon de sentir sa queue entre mes lèvres, dans ma bouche, avant même de commencer à le sucer. J’adore me sentir envahi par son manche, par son envie de mec ; j’adore humer les odeurs qui se dégagent de sa peau, de ses poils pubiens ; j’adore me retrouver nez à nez avec son mur d’abdos, avec ce petit chemin de poils qui part de son nombril et qui semble me rappeler, si besoin était, la marche à suivre.

     

    « Allez… vas-y… suce… » fait-il, tout en imprimant à ma tête le mouvement qu’il attend d’elle.

     

    Il n’aura pas fallu chercher longtemps pour que le petit mâle en rut sorte de sa réserve. Et c’est un pur bonheur.

     

    Alors je le suce longuement, lentement, tantôt en m’attardant avec ma langue autour du gland, en le chatouillant par des touches légères, tantôt en le laissant glisser soudainement au fond de ma gorge et en le gardant bien au chaud, pendant de longs moments.

     

    J’amène son excitation à des sommets délirants, lui faisant sans cesse entrevoir la ligne d’arrivée de son orgasme, mais sans jamais le laisser l’approcher ; je tiens sa jouissance en suspension entre mes mains, dans ma bouche, pendant très longtemps, je le rends dingue, à la fois de plaisir et de frustration ; tout en essayant d’ignorer, avec de plus en plus de mal par ailleurs, cette brûlante, sauvage, insoutenable envie, qui est la mienne, de le laisser déverser dans ma bouche les longs traits chauds que je connais si bien, son jus de p’tit mec.

     

    Le bogoss est moite de transpiration, vibrant de plaisir : jusqu’à quand vais-je pouvoir le tenir dans cet état d’attente et de frustration ? La réponse vient du principal intéressé. Ainsi, sans prévenir, le bogoss se dégage se moi ; il descend du lit, il me lance :

     

    « Viens me pomper… ».

     

    Jérém est debout à côté du lit, adossé au mur ; son corps musclé et sa queue tendue n’attendent que moi, pour jouir. Un instant plus tard, je suis à genoux devant lui, en train de le pomper, ivre de la vision sublime de ce mâle qui me domine de toute sa taille, de toute sa puissance, de toute sa virilité, qui me regarde en train de lui offrir le plaisir qu’il exige ; ivre de sa bonne gueule de mec et de son regard brun qui crient au sexe, de son menton et de sa mâchoire recouverts de barbe brune ; ivre de ce torse tout en muscle et en jeunesse, ondulant au rythme de sa respiration excitée ; ivre de ce corps légèrement penché en avant, de sa chaînette de mec cherchant l’aplomb entre deux petites oscillations, de son grain de beauté toujours aussi adorable et sexy ; ivre de ses épaules et de son cou massif, de ses biceps rebondis, de ses tatouages sexy, de ses tétons à croquer, de cette profonde ligne médiane creusée dans le muscle saillant de ses pecs et de ses abdos de fou ; ivre de cette pilosité brune qui me fait craquer ; ivre de ce chemin de petits poils juste devant mon nez, ainsi que de ces redoutables plis de l’aine, les trois s’associant pour rabattre mon regard là où il a envie d’être ; bref, je suis ivre de cette mâlitude débordante, effrontée même lorsqu’elle ne l’est pas sciemment, insolente du simple fait d’exister.

     

    Vision du bas vers le haut ; du bas de ma position, à genoux, de mon admiration, mon adoration, ma soumission – soumission volontaire, jouissive – à la sexualité et au plaisir de mon mâle ; vers le haut de sa position debout, de son regard lubrique, de sa puissance physique, sexuelle, de son envie de jouir ; et, je le sais désormais, de me faire jouir avec lui.

     

    Qu’est ce que c’est beau et impressionnant, le corps masculin, lorsqu’on le regarde ainsi, du bas vers le haut ; et qu’est-ce qu’elle est excitante, étourdissante, la sexualité d’un mec debout, lorsqu’on y goûte pendant qu’on est à genoux.

     

    Je le suce lentement, repoussant encore et toujours sa jouissance. Puis, à un moment, le bogoss pousse une profonde expiration, sa main se lève, elle frôle ma nuque, mon cou, elle se retient ; je sens qu’il a envie de m’attraper la tête et me faite avaler sa queue d’une seule traite, mais il se retient toujours ; de justesse, mais il se retient. Il est à deux doigts de craquer, je le sens. Ce n’est qu’une question de secondes. Son excitation est à un tel niveau qu’il suffirait d’une petite étincelle pour le faire démarrer au quart de tour.

     

    La petite étincelle va être mon geste inouï, l’affront de quitter sa queue pour aller titiller son frein du bout de ma langue ; un instant plus tard, ses deux mains saisissent ma tête, et sa queue s’enfonce entre mes lèvres avec l’urgence d’une excitation extrême. Le bogoss n’attend pas une seconde de plus pour commencer à me pilonner la bouche sans répit, comme au bon vieux temps. Mon beau Jérém se lâche enfin : chassez le naturel, il revient au galop.

     

    Au rythme de ses coups de reins, mon nez s’enfonce dans ses poils pubiens, mon front cogne contre son mur d’abdos, ses petites odeurs de mâle remontent par mes narines et me mettent en orbite. Sa queue me défonce la bouche, mais pas au point de me faire mal, juste au point de me faire terriblement « mâle » : et ça, c’est délicieux.

     

    « Suce, vas-y, je sais que tu kiffes ça… tu kiffes ma queue… » fait-il, tout en m’enfonçant son manche bien profondément dans ma bouche.

     

    Je retrouve le Jérém domi. Je suis débordé par sa puissance virile, mais heureux.

     

    « Qu’est-ce que j’aime te sucer… » j’arrive à lui lancer, en sortant brièvement de mon apnée.

     

    « Ah, putain, c’est bon… tu suces comme un dieu… vas-y, montre-moi ce que tu sais faire… fais-moi monter le jus… » fait-il, tout en posant lourdement ses mains sur ma nuque et m’enfonçant à nouveau la queue jusqu’au bout de mon palais.

     

    Je brûle d’envie d’exaucer son vœux, d’exécuter son ordre ; mais en même temps, je ne veux pas que ça s’arrête aussi vite : je me dégage de la prise de ses mains et je quitte une nouvelle fois sa queue ; j’attrape ses hanches, je l’invite à pivoter sur lui-même, à se mettre face au mur. Après une première petite résistance, le bogoss se laisse faire ; je saisis ses fesses bien fermes et j’entreprends de lui faire une fellation de rondelle en bonne et due forme.

     

    Je le sens encore monter en température et en pression, je le sens monter vers une zone rouge très dangereuse. Ce qui explique la raison pour laquelle, malgré son kiff pour ce genre de plaisir, quelques instant plus tard à peine, le bogoss se retourne brusquement, il me fourre une nouvelle fois queue dans la bouche et recommence à envoyer de bons coups de reins. Ses gestes ont quelque chose de virulent, la virulence de son envie de jouir, au plus vite. Une virulence que je retrouve également dans les mots qu’il ne tarde pas à lâcher, la voix cassée par une excitation à son plus haut niveau :

     

    « Je vais jouir… et tu vas tout avaler… ».

     

    Je ressens alors un frisson qui manque de peu de me faire jouir sur le champ : car je reconnais instantanément les mêmes mots qu’il avait employés lors de notre première révision.

     

    J’ai sacrement envie de lui offrir ce qu’il demande ; mais en même temps, je lui ai promis un orgasme comme aucun autre ; ainsi, alors que le bobrun s’imagine jouir au plus vite dans ma bouche, je me déboite, et je recommence à titiller son gland sur le point de gicler.

     

    Un instant plus tard, tout s’emballe ; ses mains m’attrapent par les aisselles, m’obligent à me relever : le geste est rapide, brusque, animal ; la réaction en chaîne est amorcée, je ne peux plus l’arrêter, je perds le contrôle ; et c’est avec le plus grand bonheur que je me laisse faire. Je me retrouve à plat ventre, sur le lit ; Jérém crache sur ma rondelle, et il s’enfonce en moi d’une seule traite. Sa queue me pénètre, m’envahit, me transperce.

     

    « Oh, putain, qu’est-ce qu’il est bon ton cul ! » je l’entends grommeler, fou d’excitation.

     

    « Et ta queue, putain… qu’est-ce qu’elle est bonne ta queue ! ».

     

    Le bogoss n’a besoin que de quelques coups de reins pour atteindre enfin cet orgasme tant attendu, pour gicler une fois de plus en moi. Et pour me faire gicler à mon tour, sans même me toucher. Ma jouissance me percute avec la violence d’un coup de tonnerre, je perds pied, et j’ai l’impression que mon cœur a des ratés ; sa jouissance à lui, explose dans un cri retentissant, impressionnant, un cri à la fois de plaisir et de délivrance. Heureusement que nous sommes isolés et qu’il n'y a pas de voisin pour entendre le brame d’un jeune mâle en train de kiffer sa race.

     

    « T’as joui ? » il me demande dans la foulée.

     

    « Je viens de jouir, en même temps que toi… tu te rends compte de l’effet que tu me fais ? ».

     

    Mon beau Jérém s’abandonne sur moi de tout son poids ; il me serre fort contre lui, il pose de bisous sur mes épaules et mon cou ; il me fait sentir bien même en cet instant, après l’amour, où le désir sexuel déchaîné disparaît brutalement et laisse la place à un besoin de tendresse tout aussi violent.

     

    « Qu’est-ce que c’était bon… » je l’entends chuchoter à mon oreille.

     

    « Pareil pour moi… c’était trop trop bon… ».

     

    Ah, putain, qu’est-ce que ça fait du bien de me faire dominer par ce petit Dieu vivant, évoquant pour moi le mâle dans toute sa virilité, force et autorité ; qu’est-ce que c’est bon de le voir se lâcher à fond pendant le sexe ; et qu’est-ce que c’est bon après le sexe, tout aussi bon, si ce n’est plus encore, de retrouver les câlins, la tendresse ; et de me blottir, et me sentir protégé, dans ses bras puissants.

     

    Qu’est-ce que j’aime ce nouveau Jérém, cet être mi ange et mi mâle, toujours capable, pour peu qu’on le cherche, de jouer son petit macho pendant le sexe ; mais capable aussi, après l’amour, de laisser ressortir cet adorable petit mec qui a besoin de douceur tout autant que j’en ai besoin.

     

    « Qu’est-ce que j’aime quand tu es comme ça… » j’ai envie de lui dire, j’ai envie qu’il sache.

     

    « Comme ça, comment ? ».

     

    « Quand tu es chaud bouillant pendant le sexe… ».

     

    « Tu kiffes ça, hein ? ».

     

    « Grave ! Et aussi que tu t’inquiètes de mon plaisir à moi… ».

     

    « J’aime bien te voir jouir… ».

     

    « Je suis trop bien, là… ».

     

    « Moi aussi, je suis trop bien avec toi… »

     

    Dans la tanière, dans les bras de mon mâle brun, j'ai l'impression que rien ne peut m'arriver et que ce bonheur va durer à tout jamais. Et très vite, je m'endors.

     

     

     

    Lorsque je me réveille, il fait nuit ; dans la cheminée, le feu brûle toujours, la flamme est belle et vigoureuse ; pendant que je dormais, Jérém a dû se lever et remettre du bois, et peut-être fumer une cigarette. Qu’est-ce que c’est bon de me sentir en sécurité, de me sentir pris en charge, de ne devoir m’occuper de rien, à part d’être heureux avec le gars que j’aime.

     

    Mon bel étalon est endormi sur le dos, le haut de ses pecs et ses épaules dépassent de la couette, les bras pliés, les mains posées sur l’oreiller, de part et d’autre de sa tête, les aisselles délicatement poilues bien exposées à ma vue et à mon désir.

     

    Après de nombreux orgasmes en quelques heures, il se dégage de son corps, et notamment de ses aisselles, une odeur prégnante qui n’est pas que le souvenir de sa transpiration, mais comme une odeur de sexe, une odeur de mâle. L’odeur des corps change après l’amour ; l’entente sensuelle est aussi une question d’odeurs : et qu’est-ce qu’elle est bonne, cette entente, avec mon Jérém !

     

    Je suis irrépressiblement attiré par son aisselle la plus proche de moi ; je ne peux résister à la tentation de plonger mon nez dedans, de m’enivrer de ces délicieuses odeurs de jeune mâle.

     

    « Il faut que je me douche » fait Jérém, la voix pâteuse.

     

    « Tu sens tellement bon… ».

     

    « Je pue… ».

     

    « Tu sens l’amour… et le plaisir… ».

     

    Un instant plus tard, nos torses se frôlent, nos sexes aussi ; j’agace ses tétons, sa main saisit nos deux queues en une seule prise et commence à les branler ; la sensation de frottement de nos gland l’un contre l’autre est magique.

     

    Une nouvelle fois, nous faisons l’amour ; une nouvelle fois, il me remplit de sa semence ; et une nouvelle fois, il me prend dans ses bras musclés, devant le feu de la cheminée.

     

    « Qu’est-ce que j’aime, te faire l’amour… » il lâche tout bas.

     

    « Si tu savais comment j’aime, moi, quand tu me fais l’amour… ».

     

    « Vraiment, je n’ai jamais autant pris mon pied qu’avec toi… ».

     

    « J’adore t’entendre dire ça… ».

     

    « C’est qu’avec toi… avec toi… je suis en phase avec mes envies… ».

     

    « Tu me rends dingue, Jérém… ».

     

    « Toi aussi, Nico… ».

     

    Le bobrun me serre un peu plus fort dans ses bras, il couvre mon cou de bisous ; je me blottis un peu plus dans ses bras, je serre sa main, je la presse contre mon cœur : elle est douce et chaude ; je plaque ma main dessus, comme pour la retenir.

     

    « Je me suis toujours demandé ce que tu ressens quand je te fais l’amour… » je l’entends lâcher, après un petit moment de silence et de tendresse.

     

    « Et moi je me suis toujours demandé ce que tu ressens quand tu me fais l’amour… ».

     

    « C’est moi qui ai demandé en premier… » il me taquine.

     

    « C’est vrai, tu veux savoir ? ».

     

    « Oui… carrément… ».

     

    « Rien que le fait de te sentir venir en moi, et de t’avoir en moi me procure beaucoup de plaisir… après, quand tu commences à me faire l’amour, j’adore sentir tes coups de reins… sentir ta queue aller et venir en moi me rend dingue… j’adore sentir que tu te fais plaisir avec mon corps… ça aussi, c’est vraiment le pied… j’aime sentir que, pendant le sexe, tu es le mec…

     

    Et toi… tu ressens quoi quand tu me prends ? ».

     

    « Ce que j’aime le plus, c’est sentir que t’as très envie de moi… ».

     

    « Ça se voit à ce point ? ».

     

    « Oh, oui… c’est comme si ton corps tout entier irradiait cette envie… j’aime sentir que tu es impatient que je te prenne… j’aime te voir frissonner quand je pose mon gland sur ton entrée, t’entendre souffler quand je force, sentir tes muscles s’ouvrir, et voir ton corps se relâcher quand je viens en toi… ».

     

    « Et quand tu es dedans ? ».

     

    « J’aime sentir ma queue enserrée par ton trou… j’aime ressentir le contraste entre mon envie de te remplir et ton envie d’être rempli… j’aime la sensation de me sentir le « mec » dans l’acte… et voir le plaisir que ma queue te procure… ».

     

    « Et moi, j’aime te montrer que mon corps n’oppose aucune résistance, qu’il t’est complètement offert… j’aime te montrer le plaisir que je prends grâce à ta queue, à ta virilité… j’aime satisfaire tes envies de mec, m’offrir à toi sans conditions… j’aime me montrer soumis à ta puissance virile… j’adore sentir ton envie de me remplir, ça me fait immédiatement sentir à toi, complètement à toi… j’aime quand tu es en moi, bien excité, bien chaud, bien lancé vers ton orgasme : dans ces moments-là, tout mon désir sexuel et mon plaisir circulent entre mes fesses, mon trou, mes tétons…

     

    En fait, le plaisir de passif, c’est un plaisir autant physique que mental… quand tu me prends, je jouis autant dans le ventre que dans ma tête… et j’oublie carrément que j’ai une queue moi aussi… il y a eu des fois, comme tout à l’heure, où tu m’as tellement bien secoué que j’ai joui sans même me toucher… et même des fois où j’ai pris un plaisir fou, sans même avoir besoin de jouir… »

     

    « Mais tu aimes quand même jouir… comme un mec… je veux dire… ».

     

    « Oui, parfois, oui… quand tu me branles, ou quand tu me suces… mais quand tu me prends, mon plaisir est ailleurs… quand tu es en moi, je suis dans un autre monde… je suis tellement bien, je voudrais que ça ne s’arrête jamais… c’est paradoxal… quand tu es en moi, je suis à la fois impatient de te sentir jouir, et inquiet que ça arrive, que tes coups de reins s’arrêtent, que tu sortes de moi… déjà, quand tu te retires de moi juste pour changer de position, c’est insupportable… mais alors, quand tu jouis en moi, l’idée que tu sortes de moi est carrément insoutenable… je voudrais que tu ne sortes jamais de moi… ».

     

    « Je kiffe savoir que nos corps et nos plaisirs sont si complémentaires… ».

     

    « Moi aussi… si tu savais… »

     

    « J’aime t’entendre gémir de plaisir, te voir te cambrer sous mes coups de reins… j’aime sentir tes bras, tes mains qui s'enroulent autour de mes cuisses, de mes biceps, qui serrent mes pecs comme pour m'empêcher de ressortir… j'aime voir tes yeux qui s'ouvrent, inquiets quand je sors de toi… et lorsque je reviens, te voir sourire de plaisir, laisser échapper un gémissement…

     

    Et ça te fait quoi comme sensation quand je gicle en toi ? ».

     

    « Quand tu jouis, et que je reçois ton jus en moi, c’est pour moi le plus intense de tous les plaisirs… j’ai l’impression d’être fécondé par mon mâle… ».

     

    « Et moi, j’aime sentir qu’un peu de moi vient en toi… ».

     

    Puis, après une petite pause, le bogoss me questionne :

     

    « Pourquoi t’as autant envie de me faire jouir ? ».

     

    « Parce que t’es un putain de bogoss, parce que t'as un corps de malade, parce que t’as une queue d’enfer… et aussi, parce que t’es tellement viril dans tes attitudes, pendant que tu prends ton pied… et ça me fait un effet de dingue… tu as l’art et la manière de me faire sentir à toi rien qu’avec un regard… alors quand tu me touches… ou quand je te touche… je ne réponds plus de mes actions… j’ai vraiment besoin de me sentir possédé et rempli par toi… t’es vraiment un Dieu au pieu… ».

     

    « Si j’étais moins bon au pieu, tu ne me kifferais peut-être pas autant… » il se marre.

     

    « Tu sais… ton corps et ta queue me rendent dingue… mais avant ça, ce qui me rend dingue chez toi, c’est ce que tu es… un gars adorable… j’ai toujours pensé que derrière le petit frimeur macho de façade se cachait ce gars… ce gars c’est toi, le « toi » le plus vrai… ce gars, c’est le gars le plus spécial qui soit, à mes yeux… ».

     

    Nous nous faisons des bisous ; puis, Jérém se lève une nouvelle fois pour rajouter du bois dans la cheminée ; et il en profite pour s’allumer une cigarette et pour la fumer à côté du feu.

     

    « Est-ce que j’ai été le premier mec avec qui t’as couché ? » je ne peux me retenir plus longtemps de lui poser la question qui me brûle les lèvres. Le moment me paraît propice, Jérém me semble prêt aux échanges les plus intimes.

     

    Les volutes de fumée s’enchaînent avec une lenteur insupportable, et la réponse de Jérém tarde à venir : ce qui est déjà en soi une réponse à ma question, celle que je redoutais.

     

    « Tu veux vraiment parler de ça ? » il finit par lâcher, en se tournant de trois quart par rapport à moi, et en me caressant avec son regard brun.

     

    « J’ai envie de savoir, Jérém… je ne veux plus qu’il ait de non-dits… je ne veux plus de mauvaises surprises… j’ai besoin de te connaître… tu es trop important pour moi… ».

     

    « D’accord… » fait-il, la voix basse, le débit de parole lent, le regard dans le vide.

     

    « Tu n’as pas été le premier… » il continue « mais tu es le premier avec qui j’ai été aussi loin… ».

     

    « C'est-à-dire ? ».

     

    « Tu es le premier que j’ai sodo… et celui qui a été plus qu’un coup d’un soir… ».

     

    « Ce sont qui les autres gars ? ».

     

    « Le premier, c’était en camping à Gruissan, l’été dernier… ».

     

    Son regard est toujours perdu dans le vide, son profil est magnifique.

     

    « Et tu l’as rencontré comment, ce mec ? »

     

    « Il était au camping à la mer… il a commencé à me mater dès notre arrivée, il n’arrêtait pas… un soir il m’a demandé une clope… on est parti fumer ensemble, rien que tous les deux… et à la fin de la clope, il m’a proposé d’aller chez lui pour fumer un joint… on a fumé sur son lit… et quand j’ai été bien fait, il m’a sucé… il m’a fait jouir et il a avalé… j’ai toujours kiffé ça à mort… sur le coup, je n’ai pas réfléchi… j’ai joui et puis basta…

     

    Le lendemain, j’avais un peu la gueule de bois… mais je me suis dit que c’était les vacances, que j’avais déconné avec un inconnu que je ne reverrais jamais… je me suis dit que je ne risquais pas grand-chose… car c’était lui qui avait pris tous les risques… et je ne risquais pas que ça se sache non plus… et, surtout, je me suis dit que ce serait une fois et plus jamais… ».

     

    Jérém tire une nouvelle taffe sur sa cigarette, il inspire longuement, il expire tout aussi lentement.

     

    « Mais après, je n’ai pas arrêté d’y penser… j’avais trop kiffé… en arrivant sur Toulouse, j’avais envie de recommencer, de retrouver les mêmes sensations… alors, j’ai pensé à mon cousin Guillaume… j’ai toujours su qu’il me kiffait… je lui ai proposé de venir dormir à l’appart… je n’ai pas eu à insister longtemps pour qu’il me fasse la même chose que le mec du camping… ».

     

    Jérém marque une pause, il tire une nouvelle taffe sur la cigarette, et il continue :

     

    « L’hiver dernier, il y a eu un match contre Pau… dans l’équipe du 64 il avait un gars, Patxi… il est resté faire la fête sur Toulouse, et il a dormi chez moi… lui aussi il a voulu me sucer… il m’a demandé de le prendre, mais je n’étais pas prêt… ».

     

    La cigarette se termine enfin ; Jérém revient au lit, il me prend dans ses bras.

     

    « Après c’est toi… mais avec toi, c’était différent… ».

     

    « Différent comment ? ».

     

    « Différent parce que… très vite, j’ai ressenti autre chose que des envies sexuelles… avec toi, j’ai voulu jouer le serial baiseur, le petit macho à deux balles… comme avec les nanas… comme avec ces autres mecs… mais toi, toi tu m’as fait un truc que je m’attendais pas… ».

     

    « Qu’est-ce que je t’ai fait ? ».

     

    « Tu m’as chevillé au corps… ».

     

    « Si tu savais comment tu m’as chevillé au corps, toi… ».

     

    Je ne peux me retenir de lui faire plein de bisous.

     

    « Et après moi… ? » j’ai envie de savoir.

     

    « Les autres, tu les connais, tu étais là… ».

     

    « Ton cousin… ».

     

    « Oui, Guillaume… d’ailleurs, je n’ai pas revu après cette nuit-là… ».

     

    « Pourquoi tu m’as fait venir chez toi, ce soir-là ? ».

     

    « Je ne sais pas vraiment… ça faisait des mois que je ne couchais plus avec lui… et ce soir-là, je l’ai croisé en boîte… ce soir-là, j’avais bu… et j’avais envie de toi… ».

     

    « Et c’est pour ça que t’as ramené ton cousin pour le baiser… ».

     

    « Oui, j’étais bien paumé… mais quand il a été chez moi, j’ai eu encore plus envie de toi… j’avais envie que tu sois là… et aussi, j’avais le fantasme de coucher avec deux mecs qui se battraient pour me sucer et pour se faire baiser… ».

     

    « T’as pas été déçu… ».

     

    « Non, bien sûr que non… mais je regrette de t’avoir imposé ça… tu méritais davantage de respect… ».

     

    « Ça m’a fait bien chier de te voir coucher avec Guillaume… ».

     

    « Je sais, c’était nul… ».

     

    « Tout comme ça m’a fait chier de te voir coucher avec le type du On Off… ».

     

    « Une autre belle bêtise… » il se morfond.

     

    « Pourquoi t’as voulu aller au On Off cette nuit-là ? ».

     

    « Parce que ça m’avait saoulé de te voir partir avec ce mec de l’autoécole… ».

     

    « T’étais jaloux… ».

     

    « Il faut croire… ».

     

    « Et alors, t’as voulu te venger… ».

     

    « Je voulais te montrer que je pouvais emballer d’autres mecs… ».

     

    « Ça, je le savais déjà… ».

     

    « Tu m’avais énervé, je voulais te faire mal… ».

     

    « Et il s’est passé quoi avec les deux mecs dans la backroom ? ».

     

    « Rien… ».

     

    « Rien ? ».

     

    « Rien de chez rien… eux, ils voulaient, mais je n’ai pas pu… c’était trop glauque… en fait, j’avais envie de te rentrer avec toi… mais tu m’avais trop énervé… ».

     

    « Pourquoi tu as proposé à Romain de venir baiser avec nous ? ».

     

    « Ce type m’a cherché depuis le début… c’était la première fois que je ressentais un regard comme le sien… ».

     

    « Un regard comment ? ».

     

    « Le regard d’un mec qui voulait… me baiser… alors, j’ai eu envie de lui montrer qu’il se trompait, qu’il ne me baiserait pas… ».

     

    « C’est pour ça que tu lui as proposé de venir avec nous ? ».

     

    « Oui, c’est l’une des raisons… ».

     

    « Il y en a d’autres ? ».

     

    « Une fois de plus, je voulais te montrer que tu ne comptais pas pour moi… ».

     

    « T’as bonne mine, toi… une heure plus tôt tu m’avais fait un sketch parce que j’avais failli partir avec Martin… et une heure plus tard tu voulais me montrer que tu pouvais baiser d’autres gars… ».

     

    « J’ai été archinul, je sais… la vérité, c’est que tu comptais pour moi, et même beaucoup… sinon je n’aurais pas été jaloux de te voir partir avec ce type… tu vois… je n’ai jamais été jaloux des gars qui ont emballé les nanas que je me suis tapées avant eux… oui, tu comptais… et ça, ça me faisait peur… ».

     

    « Moi je crois que le gars avait davantage envie de coucher avec toi qu’avec moi… ».

     

    « Il a eu sa dose, le vilain… ».

     

    « Je crois qu’il avait envie de te prendre… ».

     

    « Je ne me fais pas prendre… ».

     

    « T’en as jamais eu envie ? ».

     

    « Non… ».

     

    « Même avec un beau gars comme lui ? ».

     

    « Pas une seconde… ».

     

    « Et même le fait de savoir qu’il en avait vraiment envie, ça ne t’a rien fait ? ».

     

    « Non… non… non… ».

     

    J’ai m’impression que derrière tous ces « non », subsiste une réticence, derrière laquelle il cache une partie de son intimité qu’il n’est pas prêt à partager avec moi ; ce que je ressens en revanche, comme je l’ai ressenti pendant cette fameuse nuit, c’est que ce Romain a vraiment troublé mon Jérém.

     

    Est-ce que cette nuit-là, mon Jérém avait simplement eu envie de mater un mâle qui l’avait défié sur le terrain de sa virilité ? Ou bien, si je n’avais pas été là, il se serait laisser aller à explorer d’autres horizons de plaisirs avec ce magnifique mâle brun ? Est-ce qu’il se serait « plié » à ses envies, au lieu de les détourner pour préserver son ego de mâle dominant ? Jusqu'à quel point il aurait pu aller ?

     

    « Ce mec m’avait vraiment mis en pétard… » il continue « et, en plus, il t’a fait des trucs que je ne t’ai jamais fait… ».

     

    « Mais quels trucs ? ».

     

    « Il t’a branlé… et t’avais vraiment l’air d’aimer… ».

     

    « C’était bon… mais c’était de toi dont j’avais envie… pourquoi, quand il a demandé si je pouvais le sucer, tu as dit que je ne suçais pas ? ».

     

    « Parce que je n’avais pas envie que tu suces un autre gars… et surtout pas lui… c’était moi qu’il avait chauffé, et on devait régler ça entre nous… ».

     

    « Et pourtant, tu l’as laissé me baiser… ».

     

    « Si j’avais dit non, j’aurais montré que j’étais jaloux… et ça, je ne voulais pas… je me suis laissé piéger à mon propre jeu… mais je n’aurais jamais laissé qu’il te prenne sans capote… ».

     

    « Mais t’as été jaloux de me voir coucher avec lui… ».

     

    « C’est vrai… ça a été très dur, en effet… pendant qu’il te baisait, il me narguait ce con… j’ai failli lui péter la gueule … ».

     

    « Mais t’as préféré dire que t’en avais rien à foutre que je couche avec lui, plutôt que d'avouer que ça te faisait chier… ».

     

    « Je me mettrais des tartes… ».

     

    « Quand il est parti tu as voulu que je reste… et tu étais si différent… ».

     

    « Ce mec m’avait mis hors de moi… j’avais besoin que tu restes, j’avais peur de te perdre… ».

     

    « Et il y a eu personne d’autre ? » je lance, prenant sur moi pour aller vers le sujet qui me hante. J’ai besoin de savoir ce qui s’est passé avec Thibault ; j’ai besoin que ça sorte, même si je dois encore avoir mal ; j’ai besoin que ça sorte parce que j’ai besoin de tourner la page, de lever toute ombre sur notre relation ; et pour ça, j’ai besoin de comprendre.

     

    « Si… » fait-il, tout en marquant une pause, avant de continuer : « le dimanche soir juste avant le bac, j’ai fait un plan avec un gars… ».

     

    « Sans blagues… et tu l’as levé où ? ».

     

    « A la Ciguë… ».

     

    Ah, ça alors, je ne m’attendais pas vraiment à ça, et surtout pas à ça : voilà ce qu’on appelle se prendre un coup de massue sur la tronche.

     

    « Ah, bon, tu fréquentes le milieu gay, maintenant ? » je le questionne, agacé.

     

    « C’est la seule fois que j’y suis allé… ce soir-là, j’étais vraiment pas dans mon assiette… c’était le dimanche après la première nuit qu’on avait passée ensemble, tu te souviens ? C’était la fois où je t’avais débarrassé de ce gars qui voulait te cogner dans les chiottes de l’Esmé… ».

     

    « Je m’en souviens très bien… et pourquoi tu n’étais pas dans ton assiette ? ».

     

    « Parce que je n’arrivais pas à arrêter de penser à toi, au fait que j’avais été odieux au réveil… en fait, je n’arrivais pas à arrêter de penser à toi, tout court… j’avais besoin de me changer les idées… et aussi, j’avais besoin de savoir si un autre mec me ferait autant d’effet que toi… ».

     

    « Et alors ? ».

     

    « Avec ce type, c’était nul… j’ai failli débander… j’ai dû penser à quelqu’un d’autre pour y arriver… ».

     

    « Une nana ? ».

     

    « Toi, banane ! ».

     

    La liste des mecs de Jérém s’allonge, et une poussée de jalousie me guette, à fortiori vis-à-vis de ce plan survenu à un moment où nos révisions avaient deja commencé. Et pourtant, ça fait un bien fou de l’entendre dire que pendant ce plan, il a pensé à moi.

     

    « Le jour où nous sommes clashés chez moi, tu m’as balancé que je n’étais pas le seul gars avec qui tu t’envoyais en l’air… ».

     

    « Je bluffais… je couchais avec aucun autre gars… avec des nanas, oui, mais avec aucun gars… je sais, ça n’excuse rien… si je t’ai balancé ça, c’est parce que je voulais te faire mal, assez mal pour que tu t’éloignes de moi… je n’avais pas le courage de te quitter directement, alors je voulais t’obliger à le faire à ma place… ».

     

    Le feu crépite doucement dans la cheminée, il accompagne la marche lente d’une nuit qui me paraît propice aux confidences.

     

    « Et Thibault ? » je décide d’y aller franco.

     

    Ma question est suivie par un silence qui semble durer une éternité, un instant où le temps semble comme suspendu, presque figé ; un moment pendant lequel j’ai le temps de me demander si cette question ne va pas être la fausse note qui va tout gâcher dans ce moment parfait.

     

    « Tu… sais ? » finit par lâcher Jérém.

     

    « Thibault m’a raconté quand tu étais inconscient à l’hôpital… ».

     

    « Je n’en suis pas fier, tu sais… ».

     

    Je cherche quelque chose à dire pour briser le silence qui s’installe seconde après seconde, en vain.

     

    « Tu dois me haïr… » il continue.

     

    « Je ne sais pas trop quoi penser… je voudrais juste comprendre… je voudrais juste savoir… pourquoi… c’était la première fois que vous… ».

     

    « Oui… enfin… non… ».

     

    « Oui ou non ? » je le presse de répondre.

     

    « Il s’était passé un petit truc quand on était ados… on était en camping, sous la même tente… un soir, on avait bu des bières… on a juste joué au touche pipi… ».

     

    « Et vous avez remis ça, après ? ».

     

    « Non… ».

     

    « Jusqu’à cette fameuse nuit ? ».

     

    « En fait, il a failli se passer un truc juste avant la finale du tournoi cet été… et le soir même de la finale aussi… il ne s’est rien passé d’important, juste des caresses, un peu d’excitation… mais ça a failli aller plus loin… un coup, c’est moi qui a freiné, un coup, c’est lui… ».

     

    « Et pourquoi ça a dérapé entre Thibault et toi, cette fameuse nuit ? ».

     

    Jérém prend une longue inspiration, avant de se lancer :

     

    « Cette nuit-là, je n’étais vraiment pas bien… j’avais bu, j’avais fumé, et tu me manquais horriblement… ».

     

    « Je te manquais ? ».

     

    « Oui, beaucoup… et l’idée de t’avoir fait souffrir me rendait fou… te quitter a été la chose la plus difficile et la plus stupide que j’ai fait de ma vie… ».

     

    « Et pourquoi tu l’as fait, alors ? ».

     

    « A ce moment-là, te quitter me paraissait la seule solution… je voulais nous éviter de souffrir davantage, autant toi que moi, quand je serais à Paris, et que nous ne pourrions plus nous voir… mais ça a été aussi douloureux pour toi que pour moi… ».

     

    « Tu crois ? ».

     

    « Le jour où nous nous sommes tapés sur la gueule, j’ai eu très mal en partant… t’étais en sang, et en larmes… et tout était de ma faute… j’avais une boule de feu dans le ventre… j’ai failli faire demi-tour et venir te serrer dans mes bras, j’avais envie de te demander pardon… mais je me suis dit que c’était le prix à payer pour te rendre ta liberté… et puis, ta mère était rentrée, je n’aurais pas osé, de toute façon… ».

     

    « J’avais le cœur en mille morceaux… ».

     

    « Je sais… moi aussi… alors, quelques jours plus tard, cette fameuse nuit, Thibault a senti que je n’allais pas bien… il est venu me prendre dans ses bras, dans le clic clac du salon où je dormais… je ne crois pas qu’il avait prévu de coucher avec moi… et moi non plus avec lui… je crois que cette nuit-là on avait besoin l’un de l’autre… ».

     

    « Et ça vous a fait du bien ? ».

     

    « Sur le moment, oui… après, Thib m’a pris dans ses bras, et j’étais bien… je me suis même endormi… je me suis réveillé dans la nuit, avec une seule envie, celle de me barrer… je me suis levé pendant que Thib dormait, j’ai pris mes dernières affaires et j’ai foutu le camps au beau milieu de la nuit, comme un voleur, sans la moindre explication… je n’ai pas été foutu d’assumer ce qu’on venait de faire, alors que j’étais autant d’accord que lui pour le faire…

     

    Après ça, tout a changé entre nous… du jour au lendemain, on s’évitait… surtout moi, je l’évitais… j’avais peur de ses sentiments, comme des tiens… je ne savais pas comment gérer ça… je ne savais pas comment le retrouver, après ça…

     

    Après, il y a eu l’accident… Thib est venu à l’hôpital quand je me suis réveillé… quand il est venu, mon père et Maxime étaient là aussi… Thib a pris sur lui, il a fait comme si de rien n’était… il a déconné avec Maxime, il a discuté avec mon père, il a eu des mots pour me remonter le moral… et pourtant, je sentais un malaise entre lui et moi…

     

    Quand j’ai quitté l’hôpital, je l’ai appelé… je voulais lui proposer de nous voir… je voulais m’excuser d’être parti comme un con cette fameuse nuit… je voulais lui dire à quel point son amitié comptait pour moi, à quel point je le portais haut dans mon estime et dans mon cœur… et que son amitié était pour moi plus importante que tout le reste… mais je n’ai pas réussi… à chaque fois qu’il y avait un blanc, et que j’étais sur le point de faire un pas vers lui, il repartait dans une autre direction… comme s’il voulait garder une distance… ».

     

    « Il fait la même chose avec moi… ».

     

    « Tu as eu de ses nouvelles, toi ? ».

     

    « Je l’ai appelé, moi aussi, cette semaine… mais il a coupé court… je pense qu’il m’en veut… je me suis mal comporté avec lui… ».

     

    « Pourquoi ça ? ».

     

    « Parce que j’ai été horrible avec lui à l’hôpital… quand il m’a raconté ce qui s’était passé entre vous, j’étais tellement blessé que je suis parti, je l’ai laissé tomber, sans essayer de comprendre… et pourtant, j’ai bien senti à quel point il se sentait mal… vis-à-vis de votre amitié, et aussi vis-à-vis de moi… de plus, il se sentait responsable pour ce qui t’était arrivé… ».

     

    « Il se sentait responsable de mon accident ? ».

     

    « Oui… il savait que depuis quelques temps tu n’allais pas bien… et il avait pressenti qu’à un moment ou à un autre tu risquais de partir en vrille… alors, il s’en voulait de ne pas avoir su veiller davantage sur toi… il s’en voulait pour ce qu’il s’était passé avec toi… parce qu’après ça, tu étais parti de chez lui et il n’avait pas pu être là pour toi… ».

     

    « Le pauvre Thib… il a morflé encore plus que je l’avais imaginé… et il doit toujours morfler… » fait Jérém, dépité ; et il continue : « vraiment, il ne faut pas en vouloir à Thib… c’est un gars en or, c’est la gentillesse en personne… je savais qu’il avait des sentiments pour moi, j’aurais dû faire davantage attention à lui… il avait toutes les raisons de craquer… c’est moi qui aurait dû être plus fort… je n’aurais pas dû coucher avec lui… ».

     

    Jérém se lève pour aller rajouter du bois dans la cheminée. Puis, il s’allume une clope ; il tire une longue taffe et il expire lentement la fumée. Son regard se pose dans le vide, comme perdu ; il a l’air tellement ailleurs qu’il en oublie même sa cigarette, coincée entre ses deux doigts, et qui brûle pour rien.

     

    « Je crois qu’entre Thib et moi ça ne sera plus jamais comme avant… » il rajoute au bout d’un long silence.

     

    Je ne peux m’empêcher de me lever à mon tour pour aller le prendre dans mes bras et lui faire des bisous.

     

    « Moi je crois que ça va finir par s’arranger… une amitié comme la vôtre ne disparaît pas comme ça… laisse-lui un peu de temps… ».

     

    « Heureusement que je t’ai toi… » il me chuchote, adorable.

     

    « Je me souviens d’un soir, au KL, où tu es parti avec Thibault et deux nanas… » j’enchaîne.

     

    « Une autre belle connerie signée Jérémie Tommasi… ».

     

    « Je me souviens qu’au moment tu m’as bien regardé pendant que tu embrassais l’une des filles… ».

     

    « Quand j’ai vu que tu étais là et que tu me matais, j’ai voulu savoir dans quel état te mettrait de me voir partir pour une partie de jambes en l’air… ».

     

    « J’en étais malade… ».

     

    « Je sais, je suis désolé… ».

     

    « Alors, comment s’est passé ? ».

     

    « On a passé le temps à baiser les nanas… et à nous mater l’un l’autre… cette nuit-là, j’ai bien capté que Thib ressentait plus que de l’amitié pour moi… ».

     

    « Tu crois qu’il avait déjà envie de coucher avec toi ? ».

     

    « Je crois, oui… ».

     

    « Et toi ? T’avais déjà envie de coucher avec lui ? ».

     

    « C’est la question que je me suis posée pendant toute cette fameuse nuit… est-ce que j’avais vraiment envie de coucher avec mon meilleur pote ? Il y avait une attirance, certes… mais peut-être pas au point de franchir le pas… de toute façon, je ne pouvais pas imaginer mettre en danger notre amitié à cause d’une coucherie… ».

     

    « Mais vous aviez déjà couché ensemble, au camping… ».

     

    « Mais c’était différent… nous n’étions que des gosses… à ce moment-là, on pouvait mettre ça sur le compte de notre bêtise… mais remettre ça après le plan avec les nanas, alors que nous étions « adultes », ça aurait eu une toute autre résonance… ».

     

    « C’est vrai… » j’admets.

     

    « Après que les nanas ont été parties, Thibault est resté dormir chez moi… cette nuit-là, il ne s’est rien passé de plus… à part que, dans son sommeil, Thib est venu me prendre dans ses bras… il ne sait pas que je m’en suis rendu compte… je n’ai pas voulu qu’il sache… je crois que ça l’aurait vraiment mis mal à l’aise… ».

     

    « Et après cette nuit ? ».

     

    « Après cette nuit, j’ai commencé à « réviser » avec toi… et je n’ai plus pensé à cette attirance pour Thib… ».

     

    « Mais ce n’était pas son cas à lui… » je considère.

     

    « Non… ».

     

    « Mais alors, pourquoi tu lui as proposé de coucher avec nous ? ».

     

    « Bonne question… ce soir-là, j’avais bu, et j’avais pas mal fumé aussi… mais ça n’explique pas tout, loin de là… déjà, c’était l’occasion de lui « avouer » ce qui se passait entre nous… ça faisait un petit moment que ça me trottait dans la tête… je me doutais bien qu’il savait… mais je ne savais pas comment m’y prendre… j’avais peur de sa réaction… ».

     

    « T’avais peur qu’il te rejette ? ».

     

    « Un peu oui… mais j’avais surtout peur de lui faire de la peine… cette nuit-là, je voulais lui montrer à lui aussi qu’entre toi et moi ce n’était qu’une histoire de cul… je me suis dit qu’en couchant avec nous, il comprendrait tout ça… que je n’avais pas de sentiments pour toi, parce que je n’étais pas pd… je me disais que ça lui ferait moins mal…

     

    Je voulais aussi te montrer, à toi aussi, qu’entre nous deux ce n’était que de la baise… je me suis dit que si je me montrais odieux avec toi, que si je te montrais que ça ne me faisait rien de te voir coucher avec mon pote, tu arrêterais de me demander autre chose… et je voulais me montrer à moi aussi qu’entre nous il n’y avait rien d’important… je voulais savoir si vraiment ça ne me faisait rien de te voir coucher avec mon pote… ».

     

    « Tu lui as pas proposé de rester aussi parce que t’avais envie de retrouver les sensations du plan à quatre ? ».

     

    « Si, bien sûr… c’était l’occasion de remettre ça… en plus, je me suis dit qu’en couchant entre mecs, on serait plus à l’aise qu’on l’avait été avec les deux nanas… 

     

    Ce que je n’avais pas prévu, c’est l’attitude que Thib allait avoir vis-à-vis de toi… ».

     

    « Quelle attitude ? ».

     

    « Celle que j’aurais voulu être capable d’avoir moi-même avec toi… celle d’un mec qui assumait, un mec qui te respectait… alors, j’ai été jaloux… jaloux de voir que tu avais aimé coucher avec Thib… car Thib t’avait apporté quelque chose que moi je n’étais pas capable de te donner… j’avais voulu qu’il te baise… il te faisait l’amour… comme je ne te l’avais jamais fait… comme je ne l’avais jamais fait à personne… ».

     

    « C’est parce que t’étais jaloux que t’es devenu de plus en plus brutal… ».

     

    « Oui, je crois… j’ai été trop loin… ».

     

    « Même Thibault a essayé de te calmer… ».

     

    « Ce gars est vraiment adorable… il m’a appris tellement de choses… et ce soir-là, il m’a même appris ce que c’est de faire l’amour… du coup, j’avais vraiment peur que tu prennes plus de plaisir avec lui qu’avec moi… ».

     

    « Je ne pourrais jamais prendre davantage de plaisir qu’avec toi… avec Thibault j’ai ressenti des trucs que j’aurais voulu ressentir avec toi… mais je n’ai pas pris davantage de plaisir avec Thibault qu’avec toi… je n’ai jamais pris davantage de plaisir qu’avec toi, avec personne… ».

     

    « Même pas avec ce type qui est parti en Suisse ? ».

     

    « Non, même pas avec Stéphane… ce mec m’a avant tout appris à m’accepter, à me respecter, à exiger d’être respecté… à m’assumer aussi… je ne dis pas que je n’ai pas pris de plaisir avec lui… mais avec toi, c’est autre chose… avec toi, c’est juste explosif… c’est comme si mon corps était fait pour le tien, et le tien pour le mien… alors, non, je n’ai jamais pris davantage de plaisir qu’avec toi… et non seulement parce que tu es un champion de la couette… mais parce que toi, t’es le gars que j’aime… ».

     

    « T’es mignon… ».

     

     « Et t’as reparlé de cette nuit avec Thibault ? La nuit que nous avons partagée tous les trois, je veux dire… ».

     

    « Jamais… je n’avais vraiment pas envie d’en parler avec lui… c’était déjà bien assez compliqué dans ma tête… je me demandais comment Thib avait vécu cette nuit… je me demandais aussi comment toi tu avais vécu cette nuit… je me demandais ce que Thib pensait de ma façon de me comporter avec toi… je me demandais même si Thib n’allait pas tomber amoureux de toi, et toi de lui… au final, peut-être qu’on aurait dû en parler… ça aurait peut-être évité ce qui s’est passé par la suite… ».

     

    « Avec les si… ».

     

    « Bref, c’était le bordel… ce plan a été une grosse erreur… il n’a amené que des problèmes… ».

     

    Quand j’y pense, je me dis que sur le moment, les conséquences immédiates de ce plan avaient été difficiles à assumer pour tout le monde, pour les gars de 18-19 ans que nous étions à l’époque.

     

    Pourtant, à distance de tant d’années, je suis désormais persuadé que cette nuit du plan à trois n’avait pas été l’erreur monumentale que semblait le considérer Jérém : car, à bien regarder, elle avait quand même permis de révéler au grand jour un certain nombre de non-dits qui avaient besoin de se confronter à la réalité ; et ceci, afin que tous les trois puissions aller de l’avant.

     

    Chez Jérém, cette nuit avait réveillé une nouvelle fois sa jalousie, et sous une forme inédite et particulièrement insidieuse : elle l’avait confronté à la douceur de Thibault, cette douceur dont j’avais besoin ; elle lui avait fait entrevoir la possibilité de me perdre, lui permettant de réaliser à quel point il tenait à moi.

     

    Quant à moi, cette nuit m’avait fait comprendre à quel point j’avais besoin d’une tendresse « à la Thibault », mais venant de mon Jérém ; une tendresse que je n’ai jamais arrêté de rechercher, une quête qui a provoqué pas mal de déconvenues, avant de me permettre de toucher le cœur de mon Jérém.

     

    Oui, cette nuit a probablement constitué la première maille d’un enchaînement d’évènements plutôt logique : d’abord, dans une certaine mesure, cette nuit avait provoqué l’évolution de ma relation avec Jérém pendant la semaine magique (comme si l’attitude de Thibault à mon égard pendant cette fameuse nuit avait porté ses fruits, et crée un cheminement dans la tête de mon bobrun) ; semaine magique qui avait d’une certaine manière conduit à notre clash violent, ce dernier préparant le terrain pour la coucherie entre Jérém et Thibault ; clash et coucherie qui, dans une certaine mesure, ont certainement joué un rôle dans l’accident de Jérém ; accident qui, enfin, a joué un rôle important dans le fait que Jérém soit revenu vers moi.

     

    Rien n’arrive par hasard, et tout a contribué, d’une façon ou d’une autre, à nous réunir, Jérém et moi, dans cette pette maison perdue dans la montagne, devant ce bon feu de bois, à nous mettre l’un dans les bras de l’autre. Voilà ce que je réaliserai plus tard.

     

    Ce que je réalisais déjà à ce moment-là, en revanche, c’est que le grand perdant de notre plan à trois, avait été Thibault. Chez le bomécano aussi, cette nuit avait dû réveiller une forme de jalousie, pourtant étouffée par son abnégation presque héroïque ; cette nuit, Thibault avait été témoin du fait que, malgré le comportement de Jérém à mon égard, ce dernier tenait vraiment à moi ; et que ce que je vivais avec Jérém, lui il ne l’aurait jamais.

     

    Et cette nouvelle coucherie avec son pote Jéjé avant l’accident, n’a rien dû arranger. L’accident, non plus. Et mon attitude à son égard, non plus. Thibault a raison de m’en vouloir. Dès que je rentrerai sur Toulouse, et avant de partir pour Bordeaux, je vais aller le voir. C’est urgent.

     

    Je réalise soudainement que la respiration de mon Jérém est devenue lente et profonde : je crois que mon bobrun vient de s’endormir.

     

    « Bonne nuit, mon amour… » je lui chuchote, persuadé qu’il ne m’entend déjà plus.

     

    « Il faut vraiment qu’on essaie de dormir un peu… demain on a une balade à faire… » il lâche, alors que le ralentissement de son débit de parole annonce que le sommeil est en train d’avoir raison de lui.

     

    « Oui… c’est vrai… ».

     

    « Je suis vraiment content que tu sois là… MonNico… ».

     

    Je sais à présent ce que ça veut dire « MonNico » : il n’y a pas besoin d’explications, ce n’est que du pur bonheur.

     

    « Toi aussi tu as bouleversé ma vie… » je l’entends lancer, la voix pâteuse.

     

    « De quoi ? » je fais, surpris.

     

    « Pendant que j’étais dans le coma, tu m’as dit que j’avais bouleverse ta vie… ».

     

    « Tu te souviens de ça ? ».

     

    « Je me souviens de tout… ».

     

     

     

     

     

    J’espère que ce nouvel épisode vous a plu. Voici quelques news de Jérém&Nico.

     

     

     

    1/ Tips et visionnage de clip musicaux

     

     

     

    Je tiens à remercier les tipeurs et autres mécènes qui, ponctuellement ou mensuellement, m’aident depuis bientôt 3 ans à mener cette belle aventure ; je tiens à remercier également les lecteurs qui ont pris une minute de leur temps pour regarder des vidéos musicales sur tipeee.com/jerem-nico-s1 : chaque visionnage me permet de gagner 3 centimes d’euro, sans que cela ne vous coûte rien, si ce n’est un peu de temps ; en un mois, environ 400 vues ont été cumulées, pour un total collecté de 12 euros.

     

    C’est un bon début.

     

    D’autres vidéos sont disponibles, n’hésitez pas à les ouvrir et à laisser tourner jusqu’à une minute, lorsque le visionnage est validé et les centimes crédités ; n’hésitez pas à revenir regarder ces vidéos.

     

     

     

    2/ Livre Jérém&Nico vol 1.

     

     

     

    Le travail de révision a été plus exigeant que prévu, d’autant plus que je développe la saison 2 en parallèle avec le livre.

     

    Le livre de 500 pages est terminé, il est actuellement en phase de relecture chez mon correcteur et commentateur en chef, j’ai parlé de FanB, que je remercie de tout cœur.

     

    La date de sortie du livre physique est repoussée au 15 juin 2019, dernier délai.

     

    Vous pouvez dès maintenant précommander votre copie livre ou numérique sur www.tipeee.com/jerem-nico-s1.

     

     

     

    Merci à vous tous.

     

    Fabien

     

     

     

     

     

    NOUVEAU ! Regardez une minute de vidéo pour m'aider sans dépenser un centime!

     

    Bonjour à tous, voici le nouvel épisode de Jérém&Nico. J’ai des retours très positifs de cette nouvelle phase de l’histoire, n’hésitez pas à me faire part de vos impressions.

     

    Comme toujours, si vous aimez mon travail écriture, vous pouvez m’aider en faisant un tip unique ou mensuel, à partir de 1 euro, sur tipeee.com/jerem-nico-s1.

     

    Depuis quelques semaines, il est également possible de me faire parvenir des tips sans débourser un centime, simplement en visionnant des vidéos musicaux. En vous rendant sur ma page tipeee.com/jerem-nico-s1. (il faut s’inscrire gratuitement), vous pouvez visionner des vidéos musicaux au choix ; au bout d’une minute de visionnage, le sponsor va m’envoyer quelques centimes d’euros ; vous pouvez renouveler le visionnage 1 fois par heure, pendant 24 fois : quand on pense qu’il y a 20.000 visionnages par mois sur jerem-nico.com, il y a de quoi faire de sacrés tips : et sans débourser un centime, en donnant tout simplement une minute de votre temps.

     

    Cliquez sur l'image suivante et suivez la direction de la flèche !

     

    Je compte sur vous. Merci d’avance. Fabien

     

     

     

    Bonjour à toutes et à tous ! Bienvenue sur le site Jérém&Nico

     

     

     

     

     

     

    Commentaires

     

    1
    Yann
    Dimanche 31 Mars 2019 à 09:28   Supprimer le commentaire

    Cet épisode est très dense en révélations. J & N tendent à devenir un couple qui ne se cache rien de leur vie passée et pendant les débuts tumultueux de leur relation. On découvre un Jerem qui se met à nu (au figuré car au propre c'est déjà fait depuis longtemps wink2 ). D'un seul coup dans cet épisode on comprend le pourquoi de ses attitudes passées et il n'en est pour moi que plus attachant alors que souvent je lui aurais bien mis des baffes. Si le personnage de Jerem a probablement perdu en mystère il y a par contre beaucoup gagné en sensibilité. Reste la question que posait Etienne sur l'épisode précédent comment va-t-il se comporter avec Nico devant les autres  pour leur sortie. Va-t-il le présenter comme un pote ou comme son amoureux ? Jusque là ils on vécu isolé du monde extérieur une sorte de lune de miel mais il va leur falloir affronter la réalité de la vie au quotidien avec le regard des autres mais aussi leur éloignement ; les études pour l'un le rugby pour l'autre.

    Je suis un peu triste pour l'amitié très forte entre Thibault et Jerem aussi avec Nico. Je ne pense pas qu'il soit le perdant de l'histoire à son cœur défendant, même si il éprouve depuis longtemps des sentiments pour son pote, il a tout fait pour pousser Jerem à voir la chance qu'il avait avec Nico qu'il a toujours soutenu dans sa relation houleuse avec Jerem. J'aimerai bien que Thibault fasse le premier pas d'une réconciliation avec J&N mais ce n'est pas moi qui écrit l'histoire et c'est aussi bien comme ça car j'aurais le plaisir de découvrir ce que Fabien à imaginé qui je n'en doute pas sera à la hauteur de ce qu'il a fait partager jusque là.

     

    2
    Perock
    Mercredi 24 Avril 2019 à 08:10   Supprimer le commentaire
    Quel enfoiré, il a intérêt à rappelé Thibault prochainement !

     

    3
    Ludovic
    Lundi 29 Avril 2019 à 11:07   Supprimer le commentaire

    À quand la suite ? TwT

     

    4
    Jeudi 11 Juin 2020 à 13:12   Supprimer le commentaire

     

    J’espère laisser un commentaire qui rende compte avec justesse ce que je pense de cet épisode qui est un des plus beaux de tous. 

     

    Je passe sur la scène sexuelle, qui est top, et qui se passe de commentaires.

     

    En cherchant à mettre des mots sur leur entente physique, Nico et Jérém battent en brèche certains lieux communs véhiculés par la mauvaise psychanalyse. L’idée qu’un homosexuel ne serait attiré que par sa propre image, sans avoir accès à l’altérité incarnée par l’autre sexe. Ils seraient des zombies, incapables de jouir, condamnés à chercher, sans jamais trouver, des partenaires susceptibles de les satisfaire. 

     

    L’autre reste un inconnu quelqu’en soi le sexe. Le masculin et le féminin est en nous, qu’on soit homme ou femme. Il y a beaucoup d’hétéro qui n’ont pas accès à l’altérité, ou qui ne la cherche surtout pas. Certainement qu’il y a des homo qui sont comme ça aussi. Je n’ai pas vraiment cette impression en ce qui concerne Jérémie et Nicolas ou même Thibaut.

     

    Soit dit en passant, si Nico pense que le plaisir passif est d’abord un plaisir mental, d’après ce que Jérém lui confie, le plaisir de l’actif l’est tout autant.

     

    La deuxième partie du chapitre est celle qui retient toute mon attention. En général, j’aime lire les réflexions de Nico sur les situations et sur lui-même. J’aime son ressenti, parce qu’il accepte de faire connaitre aux lecteurs ses pensées les moins nobles, comme la jalousie. Il nous fait part de son envie d’être reconnu par Jérém. On nous dit tellement que chercher de la reconnaissance, n’est que de l’égoïsme. C’est sans doute vrai, mais en partie seulement. 

     

    Vis à vis du lecteur, il ne se la raconte pas. 

     

    Il y a des moments qui me marquent plus que d’autres. Les rencontres, toujours ambiguë, Nico/Thibaut,  la scène ou Jérém croise Nico et Martin, l’appel que Jérém passe à Nico, la rencontre sous la Halle de Campan etc…Et puis donc, celle là.  

     

    Au coeur de la nuit, quand il trouve le bon moment, pour obtenir les réponses aux questions qui restent en suspens depuis le début de leur relation. Nico va être impressionnant de maitrise. 

     

    Sa question est limpide, mais plutôt ardue. 

     

     « J’ai envie de savoir, Jérém… je ne veux plus qu’il ait de non-dits… je ne veux plus de mauvaises surprises… j’ai besoin de te connaître… tu es trop important pour moi… ».

     

    En acceptant de s’expliquer Jérémie, se dévoile, comme il ne l’a pas fait depuis très longtemps, si tant est qu’il l’ai jamais fait un jour, avec Thibaut par exemple. Ensemble, ils vont égrainer les 6 mois passés, ce qui a été fait, en bien, mais souvent en mal. 

     

    L’impatience est un des défauts de Nico, qui ne laisse pas toujours à Jérémie le temps pour s’exprimer. 

     

    « Tu m’as manqué - Toi aussi tu m’as manqué, Je suis content de te voir - non c’est moi qui suis content » . On a envie de lui dire laisse le parler ! 

     

     Mais ce soir là, il sait attendre et entendre. Il est parfois ferme, il encourage, il ne juge pas et quand il est sceptique, il le garde pour lui. 

     

    Tous les mecs, tous les plans vont y passer. 

     

    J’imagine que la scène se passe dans le calme, les voix sont basses, parfois très basses. Sa détermination rend Nico très masculin. 

     

    De ce que je comprends, Nico est comme un taureau dont le corps est transpercé par les coups d’épée du toréador. Il est debout, vaillant, toujours prêt à faire face, mais pour trouver l’apaisement, il lui faut quand même guérir de ses blessures et c’est Jérémie qui peut le faire. Et il le fait en retirant les épées une à une.

     

    La franchise rend bobun encore plus beau. 

     

    Certes, ce n’est pas ce que Nico appelle « un bon gars ». Il se laisse dirigé par un égo fragile, il se déleste de ses peurs en les faisant supporter à un autre. Nico en a été la victime, mais aussi Thibaut, voir même les inconnus de passage. On a pas à le juger, mais c’est un constat. 

     

    Cela a donné des scènes cultes, excitantes, mais il a fait beaucoup de mal à Nicolas et il le savait. Bien sur, personne n’a imposé à Nico d’accepter de se laisser humilier, peut être même, en allant plus loin dans l’introspection, qu'on pourrait trouver dans l’attitude soumise de ce dernier, une rage de posséder à tout prix. Va savoir?  

     

    Jérémie est beau parce qu’il est vulnérable et que pour une fois il fait passer Nico avant lui. 

     

    Jérémie a un peu peur du jugement de Nico quand même. Il a peur de le perdre et il aurait bien évité le sujet Thibaut. Nico est impeccable dans sa démarche. Je crois qu’inconsciemment, il ne veut garder aucune rancune envers bobrun. 

     

    Thibaut est un second rôle dans leur histoire mais c’est un rôle indispensable dans leurs vies. Lui aussi est victime de la lâcheté d’un Jérém qui comprenait les enjeux de leur relation. Une fois encore, il a choisi la pire des solutions qui le conduit toujours à se sentir coupable et à avoir des remords.

     

    Du coté de Nico, je ne vois aucune colère envers Jérém. Receuillir la parole de Jérémie a sans doute été un exercice un peu dur par moment, mais au final, si il n’est pas trop bête, il a compris qu’il est quelqu’un d’important pour Jérémie. Certes, bobrun ne lui dit pas « je t’aime ». C’est joli d’entendre je t’aime mais sait-on vraiment ce que cela veut dire. 

     

    Jérémie ne lui dit-il pas que leur rupture avait été une souffrance aussi grande pour lui que celle qu'il a pu ressentir. Que dire de plus. 

     

    Que c’est-il passé pendant le 15 jours qui vont de l’accident à la nuit qu’ils sont en train de vivre. Saura t-on un jour ce qui s’est passé dans la tête de Jérém pour qu’il soit capable de faire tous les gestes qu’il fait depuis qu’ils sont ensemble? J’aimerais le savoir. 

     

    J’aimerais savoir comment on bascule d’une histoire d’adolescents qui découvrent les sentiments sans savoir les maitriser à plus que ça. 

     

    A la première lecture, je n’avais pas fait gaffe à la fin. On change de registre. Il fait plus que dire je t’aime, bien plus même. 

     

    En ce qui me concerne, à part en écoutant Diana Ross, Barbra Streisand ou Barbara, c'est rare que je ressente des frissons qui vont des avant-bras, au bord des yeux. Son ultime confidence, avant qu'il ne s'endorme, m'en a donné plein. 

     

     

     

      • Jeudi 22 Juillet à 12:43   Supprimer le commentaire
        Éditer Je viens de relire ce magnifique commentaire et je suis très touché

    4 commentaires
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    Printemps 2002


    Après ce deuxième passage à l’hôtel à Poitiers et le très agréable plan avec Jonas, les contacts avec Jérém s’espacent à nouveau. Les coups de fils deviennent de plus en plus rares. Je prends sur moi, j’essaie de respecter son besoin de tranquillité. J’essaie jusqu’à ce que le manque me pousse à l’appeler. Alors je lance son numéro, en espérant ne pas mal tomber, ne pas le déranger, qu’il puisse me répondre. Et qu’il ait envie de me répondre.
    La plupart du temps, je n’arrive pas à le joindre du premier coup. Et lorsque j’arrive enfin à l’avoir au téléphone, je le sens de plus en plus préoccupé, de plus en plus distant.
    « On se voit quand, Jérém ? je le questionne un soir, à la mi-mai, en profitant du fait qu’il ait décroché, et alors que notre dernière rencontre à l’hôtel date déjà de trois semaines.
    —    Je n’en sais rien.
    —    Tu me manques tellement !
    —    Toi aussi.
    —    Alors, laisse-moi venir te voir !
    —    Ecoute , Nico, c’est trop compliqué en ce moment. Laisse tomber, on se verra cet été.
    —    Cet été ? ».
    Je sais ce qui le tracasse, mais je n’ose plus lui en parler. A chaque fois que j’essaie, il élude le sujet.
    Et pourtant, j’ai besoin de savoir, j’ai envie de guetter le moindre signe d’amélioration dans le sort de son équipe et, par conséquent, dans notre relation.
    Moi qui n’ai jamais eu le moindre penchant pour le sport, je me surprends à acheter désormais le journal sportif pour connaître la progression du Racing. Hélas, semaine après semaine, je constate que ça ne s’arrange pas. D’ailleurs, dans les articles il est de plus en plus question de relégation et de renouvellement de l’équipe.
    Le 2 mai est une date importante à mes yeux. C’est le premier anniversaire de notre toute première révision dans l’appart de la rue de la Colombette. Ce jour-là, Jérém me manque tout particulièrement. Je voudrais qu’il s’en souvienne, je voudrais pouvoir fêter ça avec lui. Un petit resto, ou même une simple pizza, une nuit à faire l’amour, des câlins. Je voudrais qu’on se souvienne ensemble, qu’on évoque cet instant où Jérém et Nico sont devenus Jérém&Nico. Jérém n’a pas dû penser à cet anniversaire, il ne doit même pas savoir que cette date est Cette Date.
    Ce jour-là, j’essaie tout, sms, coup de fil entre midi et deux, coup de fil le soir, mais je n’arrive pas à l’avoir. Je passe la journée, la soirée et une partie de la nuit à me demander ce qu’il est en train de faire et à me passer les souvenirs de toute une année.
    La première fois où je suis rentré dans l’appart de la rue de la Colombette, sa demande de le sucer, les frissons que j’ai ressentis en découvrant sa virilité, son plaisir de mec, ses attitudes de jeune mâle. La première fois où il est venu en moi. Le jour où, en l’espace d’une heure à peine, j’ai pris conscience de ma sexualité, de mes désirs, de mes fantasmes. Grâce à Jérém.
    La première fois où il m’a demandé de dormir chez lui après un retour de boîte de nuit.
    La semaine magique où il est venu chez moi chaque après-midi.
    Son premier baiser sous la halle de Campan.
    L’amour dans la petite maison dans la montagne.
    Les soirées avec les cavaliers.
    Le jour où il m’a pris dans ses bras sur la butte devant la cascade de Gavarnie.
    La première fois où il m’a fait la surprise de venir me voir à Bordeaux.
    La première fois où je suis monté à Paris.
    Nos retrouvailles à Noël.
    La première fois où il m’a dit « je t’aime » au passage vers la nouvelle année.
    Sa nouvelle visite surprise à Bordeaux, après l’annonce de mon test HIV négatif.
    Les deux nuits que nous avons passées à l’hôtel à Poitiers.
    J’essaie de me concentrer sur les souvenirs heureux. D’ailleurs, ce ne sont qu’eux qui viennent à moi. La mémoire est sélective. Mais les souvenirs heureux sont à double tranchant. D’une part ils permettent de retrouver et, d’une certaine façon, de revivre le bonheur passé. Mais en même temps, ils font prendre conscience de la situation présente : en l’occurrence, un Jérém aux abonnés absents.
    Oui, je sais ce qui le tracasse, et pourtant je ne peux m’empêcher de me demander si sa distance actuelle ne vient que de ses soucis au rugby. Je me demande si son inquiétude au sujet de mon amitié avec Thibault n’y est pas pour quelque chose aussi. Je ne veux pas qu’il se fasse des idées, qu’il croit que je le vois dans son dos, qu’il se passe quelque chose entre nous. Je voudrais le rassurer, mais je n’ose pas aborder le sujet.
    En fait, il y a tellement de sujets tabous entre Jérém et moi que je ne sais plus vraiment de quoi lui parler. D’ailleurs, les semaines se succèdent et je n’ose même plus lui demander si on pourra se revoir bientôt.

    Tu t’appelles Jérémie Tommasi et depuis la dernière fois à l’hôtel, Nico te manque énormément. Mais plutôt que de lui demander de venir te voir, tu préfères te faire sucer par de parfaits inconnus. Car c’est plus facile de te faire vider les couilles par un « coup d’un soir » plutôt que de faire l’amour avec le gars que tu aimes. Tu n’as pas envie de soutenir son regard, et encore moins être confronté à ses questionnements.

    « Je ne comprends pas pourquoi Jérém fait ça, je lance à Albert un soir, alors que je suis invité à l’apéro.
    —    Et il fait quoi ?
    —    Il fait chier ! Après nos retrouvailles à Noel, j’ai essayé de lui faire promettre de ne plus me garder à distance lorsqu’il aurait des soucis. Visiblement, ça n’a pas marché. Je ne comprends plus rien. Je lui dis qu’il me manque, il me dit que je lui manque aussi. Mais quand je lui demande de nous voir, il me dit d’attendre cet été.
    —    Ce garçon, tu l’aimes, n’est-ce pas ?
    —    Oui, plus que tout au monde.
    —    Aimer vraiment, sincèrement, c’est apprendre à connaître l’autre. Et tout ce qu’on découvre n’est pas parfait. Le véritable amour, c’est reconnaître l'imperfection. Accepter la personne avec tous ses défauts. Je dirais que la meilleure façon d’aimer quelqu’un, ce n’est pas d’essayer de le changer, mais plutôt de l’aider à révéler la meilleure facette de lui-même . »

    Les mots de sagesse d’Albert m’apaisent. Mais Jérém me manque de plus en plus. Je lui envoie un message de temps à autre pour lui dire que je pense à lui, que j’ai envie de le prendre dans mes bras et de faire l’amour avec lui.
    J’essaie de m’occuper à autre chose, je plonge dans mes révisions pour les partiels du mois de juin. Je lis énormément. La bibliothèque devient ma deuxième maison, les livres des amis précieux car de bonne compagnie. Je me balade en ville. Je me laisse traîner le vendredi soir dans les soirées étudiantes. Raphaël est un fêtard aguerri, mais aussi un très bon pote. Ça me fait plaisir que mon coming out n’ait rien changé entre nous.
    Dans les soirées étudiantes, il y a souvent de beaux spécimens à mater. Je ne cherche pas l’aventure, mais certains garçons sont ni plus ni moins que des tentations sur pattes. Des provocations effrontées. On ne met pas un gosse à côté du pot de Nutella. On ne met pas un jeune gay de 19 ans dans une soirée remplie de jeunes garçons en fleur. J’essaie de contrôler mes regards, mais je ne peux pas. Je m’abreuve de mille nuances de sexytude masculine. On entend souvent que « ce n’est pas parce qu’on est rassasié qu’on n’a pas droit de regarder le menu ». Le fait est que je ne suis pas vraiment sexuellement et sensuellement rassasié. Malgré mes branlettes quotidiennes, j’ai la dalle. Le contact avec le corps de Jérém me manque, le plaisir me manque, son odeur me manque.

    Le mois de mai touche à sa fin, et ça fait désormais cinq semaines que je n’ai pas pu serrer mon beau brun dans mes bras. Alors, lorsqu’un vendredi soir, tard dans la soirée étudiante, mon regard croise le regard insistant et charmeur d’un gars un brin éméché, lorsque je me sens désiré, je ressens d’intenses frissons. Le gars n’est pas mal, assez « normal ». Et cette normalité, ainsi que son « accessibilité immédiate », sont des composantes non négligeables de son charme.
    Joris vient se présenter, me parler et me proposer un verre. Nous discutons pendant un bon moment, il est sympa. Il joue carte sur table, il me dit que le seul intérêt de cette soirée est l’importante densité de beaux garçons présents. Evidemment, je partage son point de vue. Joris me fait me sentir bien, en confiance. Alors, lorsqu’il me propose de le suivre aux chiottes, je ne sais pas lui dire non. C’est ainsi que je me retrouve à genoux à côté d’une cuvette en train de pomper un bel étudiant connu quelques minutes auparavant, pendant qu’il fume un bout de pétard. La position, lui debout, moi à genoux, le lieu, le pétard. Tout cela me fait penser à certaines pipes que j’ai pu faire à mon Jérém à des moments où notre relation n’était qu’une suite de baises bien excitantes .
    Le gars est chouette, il me prévient avant de venir. Son jus atterrit par terre, mais aussi sur mon t-shirt. Avant de remonter son pantalon, il a éteint son pétard et il me demande :
    « Tu veux jouir ?
    Et il me pompe à son tour jusqu’à me faire venir. Ce qui, vu mon étant d’excitation, ne prend pas beaucoup de temps.
    « Merci, c’était très sympa, il me lance, avant de quitter la cabine.
    Inutile d’essayer de le retenir, je sais que je ne le reverrai pas. Et c’est mieux ainsi. Je ne veux pas d’histoire, je ne veux pas m’attacher. Mon excitation est retombée et je culpabilise déjà.
    J’attends quelques instants avant de quitter la cabine à mon tour, des instants pendant lesquels je repense à d’autres pipes, avec mon Jérém, dans d’autres chiottes, celles du lycée, celles de la Bodega, ainsi que la cabine des vestiaires à la piscine Nakache. Je réalise que je viens de coucher avec un autre gars pour la première fois depuis que Jérém m’a dit « je t’aime ». Ca fait déjà six mois qu’il m’a dit « je t’aime », et il ne l’a pas vraiment redit depuis.
    Je me sens mal. Mais j’avais trop envie. Sucer est-il vraiment tromper ? Je n’ai pas pris de grand risque. Et c’était bon. Je sors de la cabine, je me lave les mains, je me rafraîchis le visage. Je repars dans la salle et je sens une douce fatigue monter en moi, dans mon ventre cette délicieuse chaleur qui suit un bel orgasme. J’ai envie de dormir. J’ai envie de pleurer.

    Début juin, le championnat de rugby se termine. L’équipe de Jérém échappe de peu à la relégation en Fédérale. J’arrive à avoir mon bobrun au téléphone, je le sens pourtant déçu et fuyant. Je lui demande comment ça va se passer pour lui, s’il a été renouvelé ou pas. Il me dit qu’il n’est toujours pas fixé et que tout ce qui compte pour l’instant c’est de se concentrer sur les partiels à venir.
    Évidemment, ce n’est toujours pas le bon moment pour envisager des retrouvailles.
    Mes partiels se passent bien, et le 14 juin je suis en vacances. Jérém me dit que les siens se sont bien passés aussi. Mais quelque chose dans le ton de sa voix me fait sentir qu’il n’est pas vraiment dans son assiette. Il se défile en prétextant une bricole à faire chez un voisin, il me raccroche presque au nez. Je voudrais lui poser mille questions, je voudrais savoir ce qu’il fait maintenant à Paris, alors que pour l’instant il n’a plus d’entraînements ni de révisions. Mais je ne le questionne pas, je ne lui demande rien. Je sens qu’il n’a pas envie d’être questionné. Ça fait presque deux mois que je ne l’ai pas vu. C’est vendredi soir, et l’idée d’un nouveau week-end loin de lui m’est insupportable. Alors, sans plus attendre, je mets quelques affaires dans mon sac de voyage.
    Le lendemain, samedi, je file à la gare de Saint Jean et je prends un billet de train pour Paris.

    Samedi 15 juin 2002, 17 heures.

    Après avoir été percuté par la haute densité de bogossitude de la capitale, je me retrouve devant l’immeuble aux Buttes Chaumont. Dans quelques instants, je vais retrouver Jérém. Je cherche son nom sur les étiquettes à côté des boutons de l’interphone, mais je ne le vois pas. Bizarre. Ce n’est pas grave, je me souviens de sa position. Je sonne. Une fois, deux fois, trois fois. Ca ne répond pas. J’essaie de l’appeler avec le portable, il ne décroche pas non plus.
    Un gars sort de l’immeuble, je profite de l’ouverture de la porte d’entrée pour me faufiler dans le hall d’entrée. Je monte jusqu’à son étage, j’avance jusqu’à la porte de son appart, et je sonne. Une fois, deux fois, trois fois, ça ne répond toujours pas. La sonnerie retentit dans le vide, elle fait un sacré boucan dans le couloir.
    C’est lorsque je sonne pour la quatrième fois que la porte s’ouvre. Mais pas celle de Jérém, celle du voisin d’en face.
    « C’est fini avec ce raffut ? me lance un homme d’une soixantaine d’années, l’air et le ton agacés.
    —    Désolé de vous importuner… je cherche Mr Tommasi…
    —    Tu peux arrêter de sonner, l’appart est vide !
    —    Quoi ?
    —    Il est parti il y a 15 jours.
    —    Mais je l’ai eu au téléphone hier et il m’a dit qu’il devait aider le voisin d’en face à faire une bricole… c’est vous le voisin d’en face, non ?
    —    Oui, c’est moi. Oui, il m’a aidé à repeindre l’appart, mais c’était le mois dernier. Il était bien sympa ce gosse, très serviable. Dommage qu’ils ne l’aient pas gardé dans l’équipe…
    —    Ils l’ont viré ?
    —    Oui, juste après le dernier match. Viré de l’équipe et de l’appart. Il était très déçu, il m’a fait de la peine.
    —    Et vous savez où il est parti ?
    —    Je ne sais pas, il m’a dit qu’il avait une solution pour quelques jours en attendant de se retourner.
    —    Merci monsieur.
    —    De rien. Si tu arrives à le joindre, envoie-lui le bonjour de ma part ! ».

    Je suis abasourdi par ce que je viens d’apprendre. Je reprends l’ascenseur, je quitte l’immeuble. Dès que je suis dans la rue, je rappelle Jérém, et je tombe encore sur son répondeur. Très inquiet, je lui laisse un message :
    « Jérém, rappelle-moi. Je suis venu à Paris pour te voir mais tu n’es pas à ton appart. J’ai vu ton voisin et il m’a dit que tu n’habitais plus là. Tu es où p’tit Loup, tu es où ? ».

    Les minutes passent et je suis de plus en plus inquiet. Je ne sais pas quoi faire, où aller. Je marche sans but, j’essaie de réfléchir. Au bout d’une demi-heure, je me souviens qu’il y a bien une personne qui pourrait m’aider. Elle est à mille bornes de là, mais elle est la plus à même de savoir et de me dire ce qui se passe. Je m’assois sur un banc, et je compose son numéro.
    « Salut, Nico, tu vas bien ? m’accueille chaleureusement Charlène.
    —    Oui… enfin, pas trop… Je suis monté sur Paris pour voir Jérém, mais je ne le trouve pas. J’essaie de l’appeler mais il ne me répond pas. Apparemment il a été viré de l’équipe et de son appart. Tu es au courant ?
    —    Oui, mon chou, je suis au courant. Je l’ai eu au téléphone il y a un peu plus d’une semaine.
    —    Et il t’a dit ce qu’il comptait faire ? Où il comptait aller ?
    —    Il m’a dit qu’il avait trouvé un job alimentaire et qu’il créchait chez un pote.
    —    Sur Paris ?
    —    Oui, il n’a pas envie de retourner à Toulouse pour l’instant. Je crois qu’il n’a encore dit à personne que ça s’est mal passé. Il a du  mal à encaisser cet échec. Il m’a même dit de ne rien dire aux autres pour l’instant.
    —    Il ne t’a pas laissé plus d’indications ?
    —    Non, je suis désolée.
    —    Je ne sais pas comment le retrouver. Je me retrouve là comme un con… attends… j’ai un double appel… putain, c’est lui… je raccroche, Charlène, je te tiens au courant.
    —    Ok, bon courage Ni…
    —    Allo ?
    —    C’est moi ».
    Sa voix me fait vibrer. Mon inquiétude se mélange à la joie, mon cœur s’emballe.
    « Tu es où ?
    —    Qu’est-ce que tu fous à Paris ?
    —    Figure-toi que j’avais envie de te voir !
    —    Je t’ai dit que je n’avais pas le temps !
    —    Tu n’as jamais le temps !
    —    T’aurais dû rester chez toi !
    —    Merci pour l’accueil ! T’es où ?
    —    Au boulot.
    —    Et tu fais quoi ?
    —    Comme à Toulouse. Serveur dans une brasserie.
    —    Où ça ?
    —    Près de la Madeleine.
    —    J’arrive.
    —    Ne viens pas, je suis occupé.
    —    Tu finis à quelle heure ?
    —    Tard.
    —    Je t’attends.
    —    Tu me gonfles !
    —    Toi aussi ! ».

    Il me faut insister lourdement pour qu’il me donne l’adresse de la brasserie. Je rappelle Charlène comme promis, puis je prends le métro pour rejoindre le gars que j’aime.
    En tenue de serveur, chemise blanche d’où dépasse le tatouage qui remonte jusqu’à son oreille, gilet soulignant le V de son torse, pantalon noir et chaussures de ville, mon Jérém est beau comme un Dieu.
    Je m’installe en terrasse et j’attends qu’il regarde dans ma direction pour lui faire un signe. Le bobrun vient me voir direct. Son regard est noir, tendu.
    « Salut. Comment ça va ? je lui lance.
    —    Tu veux boire un truc ?
    —    Moi aussi je vais bien, merci !
    —    Nico, j’ai pas le temps !
    —    Oui, je prends un mojito.
    —    Tu bois maintenant ?
    —    Oui, et c’est de ta faute !
    —    Quoi ?
    —    Il faut bien que je digère tout ce que je viens d’apprendre !
    —    Couillon, va !
    —    On peut se voir après la fin de ton service, non ?
    —    Je vais finir super tard.
    —    Pas de problème. J’ai tout mon temps. De toute façon, je ne vais pas repartir ce soir. Au fait, tu dors où ?
    —    Chez Ulysse ».
    Soudain, mon sang se met à bouillir. Je ressens une sensation de chute dans le vide, j’ai les mains et le dos moites. Une ancienne jalousie oubliée refait surface et me frappe avec la violence d’une trahison.
    « Ulysse ? je fais, interloqué.
    —    Oui, il m’héberge le temps que trouve le moyen de payer un loyer.
    —    Je vais chercher une chambre d’hôtel. Tu me rejoindras, hein ?
    —    Ouais, ouais, ouais ! il fait sur un ton agacé.
    —    Je cherche et je t’appelle pour te dire où.
    —    Allez, j’ai du taf ! » se dédouane le beau serveur, alors qu’un client vient de lui faire signe d’approcher.

    Une minute plus tard, Jérém m’apporte mon mojito et il le pose devant moi sans un mot, avant de repartir à toute vitesse vers une autre table. Je bois lentement la délicieuse boisson, tout en repensant à d’autres mojitos, pris en compagnie de ma cousine, et en me disant qu’elle me manque. Je le sirote tout en regardant mon bobrun voltiger entre les tables, en repensant à son premier taf comme serveur, dans la brasserie à Esquirol, et à cette semaine magique que j’ai connue l’été précèdent. J’ai la nostalgie de cette période où tout semblait si beau et naturel entre nous. Bien sûr, cette embellie nous avait amenés à notre première rupture. Mais je donnerais cher pour retrouver notre complicité de ces moments-là.
    Je termine mon verre et je me mets en chasse. A une époque où l’internet et le GPS de poche n’existent pas, un samedi soir, dans une grande ville que je ne connais pas vraiment, ce n’est pas une mince affaire que de trouver une chambre à un prix abordable. Un plan de la ville à la main, ce n’est qu’au bout de deux heures de pérégrinations dans les rues parisiennes, d’interpellations de vendeurs de journaux, de barmans et autres gérants de commerces que j’arrive à trouver un hôtel avec des tarifs en phase avec mon budget. La chambre est petite, elle pue la cigarette, tout est vieillot, du carrelage au plafond, et la fenêtre donne sur un puits de lumière par ailleurs plutôt sombre. Mais qu’importe, puisque cette nuit je serai avec Jérém, je le prendrai dans mes bras et je pourrai tenter de lui remonter le moral.
    J’ai trop envie de passer la nuit avec lui, mais j’ai aussi peur de ce qu’il peut se passer. Je l’ai senti préoccupé, distant, froid. J’ai la sensation d’avoir à nouveau perdu le contact avec le gars que j’aime. J’ai peur qu’Ourson n’arrive pas à retrouver p’tit Loup. J’ai peur de le perdre à nouveau.

    L’hôtel n’a pas de restaurant. Il est presque 21 heures, je crève la dalle. Je sors, je tombe sur une pizzeria et je commande une quatre saisons. Je l’avale en quelques bouchées.
    Quand je pense que Jérém dort chez Ulysse, je ne me sens pas tranquille. Je ne peux m’empêcher de me dire qu’il pourrait craquer pour ce gars comme il a craqué avec Thibault. Je me dis que la proximité et la promiscuité d’un appart peuvent créer l’occasion, et que la libido inassouvie peut mettre à profit cette occasion .
    Les moments de crainte alternent avec des moments où je me dis que je suis con, que je n’ai pas à m’en faire, que Jérém ne me trompera pas avec Ulysse. Car, même s’il l’envisageait, il ne pourrait pas, parce qu’Ulysse n’est pas gay. Mais est-ce qu’on peut rester de marbre face à un gars comme Jérém s’il manifeste de l’intérêt ?
    Après avoir réglé ma note, il me reste encore de longues heures avant de retrouver mon beau brun. Je me mets à marcher, sans but précis. Mais mon but devient très vite celui de revenir à la brasserie et d’attendre la fin de son service.
    Lorsqu’il capte ma présence, il me regarde de travers. Ce n’est qu’au bout de longues minutes qu’il vient me voir.
    « T’as trouvé ?
    —    Oui, mais ce n’est pas à côté.
    —    Ok. Tu bois quoi ?
    —    Un jus de pêche, s’il te plaît ».
    Un bon livre de Werber que j’ai laissé traîner dans ma poche est mon allié précieux pour affronter la longue attente, alors que la fatigue s’empare de moi et que l’envie de sommeil manque de me happer à plusieurs reprises.
    Il est 1 heure 30 passé lorsque les derniers clients se lèvent enfin. J’entends Jérém et son collègue expliquer aux derniers fêtards que l’établissement va bientôt fermer. Lorsque la dernière table se libère, je me lève à mon tour. Jérém vient me voir et m’annonce qu’il en a encore pour une demi-heure de ménage. Je tombe de sommeil, mais je tiens bon.
    « Je t’attends à l’abribus là-bas ».
    Je me pose sur le banc. Je m’appuie contre la paroi vitrée et je m’assoupis à moitié. C’est Jérém qui vient de me secouer de ma torpeur.
    « Eh, tu vas pas t’endormir ici !
    —    Désolé, je tombe de fatigue.
    —    Viens, on y va.
    —    J’ai tellement pas envie de marcher… je lance, alors que je me sens engourdi et que ma seule envie est de dormir.
    —    On va y aller en bagnole. Il faut que je bouge cette putain de voiture avant demain matin si je ne veux pas la retrouver à la fourrière ! ».

    Nous marchons de longues minutes avant de retrouver sa voiture. Jérém fume un joint et demeure silencieux. Mon engourdissement a en partie quitté mes membres mais pas mon cerveau. Je n’ai pas la force de le questionner sur quoi que ce soit, alors que des dizaines d’interrogations taraudent mon esprit.
    « Fait chier ! Encore un PV ! s’énerve Jérém en arrachant un petit papier de dessous son essuie-glace. Je crois que je vais la vendre, comme ça je vais arrêter le crédit, l’assurance, et les PV ! il rage, tout en démarrant la voiture.
    —    Tu veux vraiment tirer un trait sur le rugby ?
    —    Laisse-moi tranquille, tu veux ?
    —    Allez, parle-moi, Jérém !
    —    Mais qu’est-ce que tu veux savoir ? Tu sais deja tout ! Je me suis fait virer parce que je ne suis pas assez bon. Alors oui, le rugby c’est fini pour moi. Et maintenant je passe à autre chose. Je bosse comme serveur, et c’est tout. Ça ne paie pas des masses, mais parfois les clients donnent des pourboires. Il suffit de sourire et de leur lécher les bottes ! »
    Jérém s’arrête à un feu rouge et il s’allume une cigarette.
    « Je crois que tu te trompes, Jérém. Tu es très bon, c’est juste que tu n’as pas trouvé la bonne équipe.
    —    Non, c’est toi qui te trompes. Tu ne sais même pas de quoi tu parles !
    —    Mais pourquoi tu n’essaies pas de voir avec une autre équipe ?
    —    On ne rentre pas dans une bonne équipe comme chez McDo, avec un cv bidouillé et une lettre de motivation bidon ! Les sélectionneurs ont des piles de CV de joueurs. Pour rentrer dans une bonne équipe, il faut se faire remarquer. Et moi, cette saison, personne ne m’a remarqué ! Enfin, si, je me suis fait remarquer pour mes conneries. Alors, si c’est pour retourner en rugby amateur, ça ne m’intéresse pas. C’est assez humiliant comme ça, tu crois pas ?
    —    Je peux essayer. Mais je trouve que c’est un immense gâchis.
    —    C’est la vie, c’est comme ça.
    —    Et tes partiels ?
    —    J’en ai foiré la moitié, je n’ai même pas pu valider l’année. La fac aussi c’est fini pour moi. Cette année, j’ai tout raté !
    —    C’est dommage que tu laisses tomber les études !
    —    Je suis nul en rugby et archinul dans les études ! De toute façon, je n’ai plus les moyens de faire des études.
    —    Mais pourquoi tu ne demandes pas de l’aide de ton père ?
    —    Plutôt crever ! Je ne lui ai même pas dit que je me suis fait virer de l’équipe. Si je lui dis que je me suis fait virer et que je compte poursuivre mes études avec son argent, il va me mettre plus bas que terre. Et je n’ai vraiment pas besoin de ça, surtout pas maintenant. Je ne veux rien de lui. Je veux m’en sortir seul.
    —    Et Maxime est au courant ?
    —    Oui, mais il m’a promis de ne rien dire. »

    Tu t’appelles Jérémie Tommasi et ton rêve parisien s’est brisé un matin de juin lorsque ton entraîneur t’a annoncé froidement qu’il n’y avait plus de contrat pour toi pour la saison à venir. Tu le sentais venir, et pourtant t’as eu l’impression que le ciel te tombait sur la tête. Tu t’es tellement investi pour atteindre le niveau. Alors, le fait de voir tous tes efforts anéantis, ça t’a démoli.
    Tu es arrivé dans la capitale quelques mois plus tôt plein d’espoirs et de volonté de réussir. Tu as donné tout ce que tu avais dans le ventre, mais ça n’a pas suffi. Tu t’es confronté à un jeu qui n’était pas celui auquel tu étais habitué, à un entraîneur avec qui le courant ne passait pas, à des co-équipiers qui ne t’ont pas vraiment accueilli les bras ouverts. Peu à peu, ton élan a été ralenti. Tu as été confronté à une pression à laquelle tu ne t’attendais pas. La pression pour tes résultats sportifs, mais aussi la pression silencieuse de ton entourage t’enjoignant d’être comme les autres gars. Et de ne pas être comme tu es. Surtout pas ça.
    Tu as eu comme l’impression d’être comme lesté d’un poids qui t’empêchait d’exprimer tout ton potentiel. Il s’agissait d’un poids mental, un poids très lourd à porter. Ce poids est celui de ta peur d’être démasqué. La peur que ton secret s’ébruite. Tu as dû consacrer de l’énergie à faire attention à tes regards, à faire semblant d’être comme les autres gars de l’équipe., A faire semblant d’être celui que tu n’es pas. Et faire semblant, ça pompe énormément d’énergie. Et cette énergie tu n’as pas pu la mettre dans le jeu .
    Tu sais que cette dernière bagarre avec ce connard de Léo a été vraiment la fin de ton aventure dans le rugby. Et tu t’en veux de ne pas avoir su garder ton sang-froid. Ce minable a réussi ce qu’il avait entrepris dès ton arrivée dans l’équipe. Il a réussi à miner ton moral, à te faire sortir de tes gonds. Il était très fort pour mettre le doigt là où ça faisait mal. Il n’a jamais cessé d’insinuer que tu n’étais pas celui que tu prétendais être. T’avais beau te taper des nanas, tu sentais que les rumeurs à ton sujet ne cessaient jamais. Léo s’est employé à bien les entretenir. Cela t’a valu une certaine défiance de la plupart de tes coéquipiers et du coach. A part Ulysse, personne ne t’a vraiment offert de l’amitié, ou du moins de la complicité masculine. Tu ne t’es jamais senti intégré dans l’équipe, tu t’es toujours senti comme une pièce rapportée.
    Oui, Léo a réussi à t’isoler, à te déstabiliser. Et à te faire virer. Il a réussi à garder sa place d’ailier, même s’il est vraiment moins bon que toi. Il t’a poussé à bout, tu l’as cogné. Et qu’importe si tes coups il les a cherchés, et même bien mérités. Le fait est qu’il a été assez habile pour se poser en victime aux yeux du coach. Il t’a volé ton avenir sportif et t’a fait passer pour un sale bagarreur. Il a réussi à te faire perdre confiance en toi.
    Alors, tu as peur que toute cette pression, cette défiance, cette peur d’être démasqué recommencent ailleurs, dans n’importe quelle équipe. Et tu n’as pas envie de ça, vraiment pas.

    « Et tu veux rester à Paris ? je le questionne
    —    Je ne sais pas. Mais je ne reviendrai pas sur Toulouse pour l’instant.
    —    Pourquoi tu ne m’as pas dit tout ça avant ?
    —    Parce que c’est assez dur et humiliant comme ça, sans avoir à supporter ce regard.
    —    Quel regard ?
    —    Celui que tu as maintenant, le regard de pitié.
    —    Non, il n’y a pas de pitié dans mon regard. Il y a juste l’envie d’être là pour toi.
    —    Je fais pitié. Je suis un raté.
    —    Tu ne fais pas pitié et tu n’es pas un raté ! J’essaie de comprendre, et…
    —    Laisse-moi tranquille Nico ! Profite de ton été, amuse-toi.
    —    Mais moi je veux être avec toi !
    —    Moi je vais bosser tout l’été, je n’aurai pas de temps pour toi. J’ai des soucis d’argent, et il faut que j’arrange ça.
    —    J’ai un peu d’argent de côté, je peux t’aider…
    —    Non, je veux m’en sortir seul.
    —    Tu as parlé à Thibault de tout ça ?
    —    Tu le feras pour moi, il lâche, amer.
    —    Tu veux dire quoi par-là ?
    —    Maintenant, c’est toi qui es pote avec Thib, plus moi. Et apparemment vous vous entendez plutôt bien !
    —    Tu insinues quoi ?
    —    Rien ! Je n’insinue rien du tout ! » il aboie, tout en montant en pression.
    J’avais bien senti la dernière fois que Jérém avait un problème avec mon amitié pour Thibault. Visiblement, malgré mes tentatives de le rassurer, il n’a pas l’air de bien vivre le fait que je garde contact avec son ancien meilleur pote et qu’on se voie sans lui. Est-il simplement jaloux de mon amitié pour Thibault ou est-il jaloux d’autre chose qu’il s’imagine ?
    « Écoute, Jérém, je t’ai dit qu’il ne se passe rien avec Thibault, ok ?
    —    Je suis obligé de te faire confiance !
    —    Oui, c’est ça. Et jusqu’à preuve du contraire, c’est pas moi qui ai craqué avec lui !
    —    T’as bien kiffé te faire baiser par lui cette nuit-là, chez moi ! »
    J’ai l’impression qu’il cherche la bagarre, que c’est son amertume mélangée à la fumette qui parle. Je devrais désamorcer, mais ses mots sont trop blessants, je ne peux plus contrôler mes mots.
    « Moi aussi je suis obligé de te faire confiance en sachant que tu crèches chez Ulysse !
    —    Tu penses que je baise avec Ulysse ?
    —    Je n’en sais rien, je dis juste que je suis obligé de te faire confiance.
    —    Peut-être que tu ne devrais pas !
    —    Pourquoi, tu baises avec ?
    —    Peut-être ! »
    Je sens que cette escalade est gratuite, au fond de moi je sais que Jérém cherche juste à me provoquer, et que c’est la fumette qui le met dans cet état. Mais il a réussi à me pousser à bout.
    « Tu n’es qu’un connard !
    —    Va te faire foutr… »

    C’est là que l’imprévisible se produit. Un scooter déboule à toute vitesse de la gauche en grillant une priorité. Lorsque Jérém le voit, lorsqu’il appuie comme un malade sur la pédale de frein, c’est déjà trop tard. La collision est inévitable. La roue du scooter se plante dans l’aile de la voiture de Jérém qui vient de s’immobiliser. Le conducteur est éjecté de son siège, le choc fait trembler tout l’habitacle, et je le ressens jusque dans mon ventre. Sa tête casquée vient percuter le pare-brise, qui se déforme, se fragmente en mille éclats mais ne se brise pas. Le bruit sourd du coup me glace le sang dans les veines, tout comme le cri désespéré de Jérém :

    « NON !!! ».

    Une fraction de seconde plus tard, je vois le corps atterrir sur le goudron, de l’autre côté de la voiture.
    Je suis sidéré. Jérém est sous le choc, il a clairement perdu pied.
    « Je ne l’ai pas vu, je ne l’ai pas vu ! » il répète en boucle.

    Tu t’appelles Jérémie Tommasi et soudain tu repenses à ce qui t’es arrivé quelques jours plus tôt. Depuis que tu as été rejeté par le monde du rugby professionnel, tu bois et tu fumes trop. Une nuit tu te fais arrêter par la Police en état d’ivresse manifeste, en marge d’une bagarre. Tu n’arrives pas à te calmer, tu insultes les agents qui essaient de te maîtriser. On te menotte, on t’amène au poste. Tu passes la nuit en cellule de dégrisement. Tu décuves, tu ne dors pas beaucoup. Et ça te laisse le temps de réfléchir. Tu te dis que tu dois te tenir à carreau, car tu ne veux plus jamais avoir affaire à ce genre de contrainte, à cette angoisse de privation de la liberté.

    Je regarde par la vitre et je vois le conducteur bouger, se mettre assis et se tenir le genou. Il n’a pas perdu connaissance, et cela est une chance immense. Il nous tourne le dos. Je sors de la voiture comme un fou, ma première pensée est celle d’éviter le suraccident. Par chance, il n’y a pas de voitures en vue. Je regarde Jérém, il est vraiment tétanisé.
    En une fraction de seconde, le tableau se dessine dans ma tête. Le type est vivant, ce qui est capital. L’accident s’est produit parce qu’il a grillé une priorité. Mais Jérém a bu et fumé du shit. Et son attention a certainement dû être détournée par le fait que nous étions en train de nous disputer. Soudain, je pense à quelque chose. Mais il faut faire vite, très vite.
    « Sors de la voiture Jérém ! »
    —    Quoi ? il fait, abasourdi, le regard paniqué. Nico, je suis dans une merde noire !
    —    Sors de la voiture, sors vite ! Et surtout ne dis plus rien, rien du tout ! »
    Jérém obéit machinalement. Et moi je vais voir le motard.
    « Bonjour. Vous allez bien ?
    —    J’étais bien mieux avant !
    —    Vous avez mal ?
    —    J’ai mal, j’ai mal, oui.
    —    Au genou ?
    —    Oui !!!!
    —    Et pas ailleurs ?
    —    L’épaule.
    —    Et la tête ?
    —    Non… »
    Soudain, je me souviens du cours de secourisme que j’avais suivi au lycée.
    « La vue, ça va, tu vois clair ou brouillé ? »
    —    Oui, ça va.
    —    Comment tu t’appelles ?
    —    Ouissem.
    —    Et tu sais quel jour on est, Ouissem ?
    —    Samedi ???
    —    Oui, on est bien samedi.
    —    Et quel mois et année ?
    —    Euh… juin… 2002…
    —    C’est ça !
    —    Aide-moi à enlever le casque…
    —    Attends un peu… laisse-moi appeler les urgences avant et voir ce qu’ils disent. »
    Je sors mon téléphone de la poche et je compose le numéro des urgences.
    Je me sens étrangement lucide, je suis étonné d’arriver à garder le contrôle, alors que Jérém est hors de lui. Les mots sortent tout seul, je mets mon plan à exécution avec un aplomb dont je me serais cru incapable.
    « Je m’appelle Nicolas Sabathé et je viens d’avoir un accident avec ma voiture. Un scooter a surgi de la gauche et il s’est encastré dans ma voiture… oui, le conducteur du scooter est conscient… le nom de la rue… je ne le connais pas… »
    Ouissem me donne lui-même le nom de la rue, ce qui est plutôt rassurant.
    « Mais qu’est-ce que tu leur as raconté ? me lance discrètement Jérém dès que j’ai raccroché.
    —    Viens, je lui lance, tout en le prenant par le bras pour l’éloigner de Ouissem.
    —    C’est moi qui ai eu l’accident, pas toi ! il me crie tout bas.
    —    On s’en fiche, du moment que personne d’autre ne le sait à part toi et moi.
    —    Nico, j’aurais pu le tuer !
    —    Tais-toi, putain, Jérém ! Il n’est pas mort, il est juste blessé. Toi t’as bu et t’as fumé. Si on dit que c’était toi qui conduisais, tu vas vraiment être dans la merde. Moi je suis clean, le mojito remonte à longtemps…
    —    Mais c’est ma voiture !
    —    On s’en fout ! J’ai mon permis, et tu as le droit de me la prêter !
    —    Tu peux pas faire ça !
    —    Si je peux, et je vais le faire. Je ne vais pas te laisser dans la merde, Jérém, c’est hors de question ! Il faut juste que tu me promettes de maintenir cette version quand la police te posera des questions. »
    Son regard terrorisé me touche et me rend tellement triste.
    « De toute façon, désormais j’ai dit que c’était moi. Si tu dis autre chose, c’est moi qui suis dans la merde ! Alors, t’as intérêt à pas déconner ! ».

    Le prochain épisode :

    "0308 C'est là que l'imprévisible se produit"

    Dans peu de temps.

    Fabien

     

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  •  

    Lundi 22 avril 2002.

    Le lendemain, en cours, je n’arrive pas à cesser de penser au complexe faisceau d’émotions que j’ai ressenties pendant la rencontre avec Thibault. J’ai éprouvé beaucoup d’admiration et d’estime pour ce garçon qui a le courage d’assumer ses responsabilités si jeune, j’ai été ému de le voir si heureux avec son petit Lucas dans les bras. Mais j’ai aussi ressenti quelques craintes pour son avenir.
    Je repense à cette double image que je me fais de lui, à la fois adorable jeune papa comblé, mais aussi jeune garçon en quête de son bonheur sentimental et sensuel. Cette double image est touchante, attendrissante.
    Mais ce qui me trouble le plus, c’est ce « quelque chose » que j’ai une nouvelle fois ressenti entre nous. Un « quelque chose » qui est plus fort et plus complexe que l’amitié, sans être pour autant de l’amour. C’est une affinité dans laquelle il y a beaucoup d’affection, de bienveillance, d’estime réciproque. Mais aussi, pourquoi le nier, de l’attirance, du désir. Comment ne pas être ému, comment ne pas être « mis en émoi », comment ne pas être émoustillé par un gars aussi beau, aussi charmant, aussi charismatique, aussi bon, que mon pote Thibault ? Il faudrait être de marbre. Et encore…

    Du côté de Thibault, je ne sais pas vraiment ce qui le touche en moi. Peut-être qu’il voit en moi un gars qui n’a pas honte de se montrer tel qu’il est. Il apprécie peut-être la belle complicité née lors de notre première rencontre. Il se souvient peut-être du plaisir et de la sensualité que nous avons partagés lors de la nuit que nous avons passée ensemble chez Jérém il y a bientôt un an.
    Je suis à la fois flatté et ému par le fait qu’il puisse penser que dans une autre vie, dans un autre univers, il aurait pu se passer quelque chose entre nous. Et je ne peux pas dire sans mentir que, dans une autre dimension spatio-temporelle, cette possibilité ne m’aurait pas déplu. Malgré ce que je ressens pour Jérém, ce gars me touche et m’émeut au plus haut point, en tout point.

    Est-ce que l’on peut ressentir ce genre de sentiments pour un gars qu’on prétend être un pote lorsqu’on prétend également être amoureux de quelqu’un d’autre ? D’aucuns diront que non. Mais quand on a la chance de côtoyer un gars comme Thibault, je pense que la réponse est bien plus complexe à donner que ça.

    Mais au final, tous ces sentiments flottent dans une immense tendresse, et dans un respect de l’amitié qui fait bien de l’ombre à tout le reste.

    « Etes-vous fidèles ? me questionne Albert au détour d’une conversation pendant laquelle j’en suis venu à parler de mon P’tit Loup.
    —    Je peux parler pour moi… je le suis, depuis l’accident de capote… quant à Jérém, j’espère qu’il l’est aussi… il m’a dit "je t’aime ", alors je pense que… ».

    Tu t’appelles Jérémie Tommasi et dans cette grande ville qu’est Paris, dans la position où tu es, beau garçon évoluant dans un milieu sportif, tu attires les regards, tu attises les désirs. Tu les sens ces regards, dans les soirées, dans le stade, à la fac, dans la rue, partout où tu te balades. Les regards des nanas, tu y as été sensible très tôt. Quant aux regards des garçons, tu les as longtemps ignorés. D’abord, parce que tu ne les voyais pas, puis parce que tu ne voulais pas les voir. Jusqu’au jour où il t’est devenu impossible de les ignorer. Et plus ça va, moins tu arrives à les ignorer.
    Et tes regards, où vont-ils tes regards ? Vers les garçons qui te regardent, bien entendu. Et même, parfois, vers ceux qui ne te regardent pas. Pour toi qui n’as jamais eu de mal à emballer des nanas, pour toi qui as très tôt appris à te sentir irrésistible, c’est frustrant de te sentir ignoré par quelqu’un qui te fait envie. Tu as très vite remarqué qu’il y a des garçons sur lequel ton charme opère. Mais il y en a, hélas, et ce sont notamment ceux qui attirent ton regard, sur lequel ton charme n’a aucune prise. C’est le lot des gars comme toi, les gars qui aiment les gars et qui sont parfois, souvent, attirés par des gars qui ne sont pas comme eux.
    Tu essaies de rester discret, mais tes regards vont aussi vers les douches des vestiaires. Ils vont toujours vers les mêmes « cibles ». Car, si tu aimes les garçons, tu n’aimes pas tous les garçons. Et parmi ces « cibles », il y en a une qui t’émoustille en particulier. Tu sais qu’il ne se passera jamais rien entre lui et toi, mais tu ne peux t’empêcher de poser ton regard sur lui. Tu ne te lasses pas de le regarder, surtout lorsqu’il est nu. Son torse te fascine, son regard te transperce, sa chevelure et sa barbe blondes, tu trouves ça sexy à un point insoutenable. Tu le trouves vraiment beau, et tu trouves qu’il dégage une sensualité et un charme qui te font un effet de dingue.
    Est-ce que l’on peut ressentir ce genre de sentiments pour un gars qu’on prétend être un pote lorsqu’on prétend également être amoureux de quelqu’un d’autre ?
    Côtoyer un gars comme Ulysse peut rendre la question à cette réponse assez difficile à donner.

    « Je pense qu’on peut profondément aimer quelqu'un et ne pas savoir résister à une tentation » fait Albert .

    Alors, Mr Tommasi, et Nico, dans tout ça ?
    Quand tu es avec Nico, et même quand tu penses à Nico, tu es heureux. Car tu es bien avec lui. Et tu es bien avec Nico parce que tu sens qu’il t’aime malgré tes failles, ton inconstance et ton incapacité à t’assumer.
    Mais Nico n’est pas là. Tu voudrais parfois qu’il soit là. Mais tu sais aussi que tu ne pourrais pas assumer une vie commune, un quotidien, une routine. Et encore moins les regards. Et surtout pas les conséquences que cela entraînerait.
    Cette histoire d’invitation au mariage de la cousine de Nico t’a fait te poser des questions. Non, tu n’es vraiment pas prêt pour ça, pour la famille, les repas, les présentations. Est-ce que cette vie va te convenir un jour ? Est-ce qu’un jour tu vas arriver à t’assumer jusqu’au bout ?
    Tu te dis aussi que tu es encore trop jeune pour ça, et que tu n’es pas prêt à te caser, à renoncer à ta liberté.
    Quand tu lui as dit « je t’aime », tu avais certes un peu bu, mais tu savais ce que tu faisais, et tu le pensais vraiment, tu le ressentais vraiment. Quand tu es avec lui, tu ressens son amour, et celui que tu lui portes. Quand tu es avec Nico, tu oublies toutes tes peurs, et tu te sens vraiment bien.
    Mais quand tu es seul à Paris, tu n’es pas le même gars. La solitude te pèse, et elle te pèse encore plus depuis qu’au rugby ça ne se passe pas très bien pour toi, depuis que tu te sens sur la sellette, depuis que tu as l’impression de voir ta carrière sportive s’éloigner un peu plus chaque jour.
    Alors, tu as besoin de compenser, tu as besoin de respirer. Te sentir désiré ça te fait te sentir bien, ça remonte ton égo si malmené. Et te sentir désiré par des mecs, tu trouves désormais ça bien plus agréable que te sentir désiré par des nanas. Et renoncer à toutes ces tentations, à toutes ces sollicitations, c’est de plus en plus dur pour toi.

    « Moi je n’ai pas envie d’aller voir ailleurs… je réagis après un moment de flottement.
    —    Mais ton Jérémie doit être très sollicité à Paris, continue Albert.
    —    J’imagine…
    —    Ça te blesserait si tu savais qu’il va voir ailleurs ? Juste pour le cul, je veux dire…
    —    Je voudrais pouvoir dire que non… mais je crois que ça me blesserait, oui… ».

    Mr Tommasi, tu as été toi-même étonné de la piqûre de jalousie que tu as ressentie lorsque tu as réalisé comment le réceptionniste à l’hôtel à Poitiers matait ton Ourson. Parce que ça t’a rappelé le mal que ça t’avait fait de savoir qu’il avait eu cette aventure à Bordeaux.
    Non, tu ne veux pas savoir ce qui se passe dans sa vie quand il n’est pas avec toi. Tout comme tu ne voudrais pas qu’il sache ce qui se passe dans la tienne lorsque tu n’es pas avec lui. Non, tu ne voudrais pas qu’il apprenne ce qui s’est passé avec ce gars qui a voulu te sucer dans les chiottes de la fac, ni avec cet autre dont le regard a aimanté le tien en plein jour et en plein campus, et que tu as baisé en plein après-midi dans son petit studio dans la résidence universitaire.
    Tu culpabilises, mais tu ne peux pas t’empêcher de chercher le contact physique et le bonheur sensuel avec des garçons.
    Des tentations, tu en as partout, tout le temps. Et sans même connaître la célèbre phrase d’Oscar Wilde, tu sais qu’il y a un seul moyen d’en être délivré.

    « J’ai toujours pensé qu’il faut faire la part de l’affectif et du sexuel…
    —    Peut-être…
    —    Je pense que la fidélité n'est pas quelque chose de simple à assumer.
    —    J’imagine bien…
    —    Et l’infidélité non plus ».

    Le soir même, Jérém m’appelle et m’annonce qu’il aurait un créneau pour se voir le lendemain. Il me donne rendez-vous à 17 heures au même hôtel à Poitiers à côté du Futuroscope. Je suis tellement excité et heureux que j’ai du mal à trouver le sommeil. J’en oublie même de brancher mon téléphone pour le charger.

    Le lendemain, je prends la route en début d’après-midi. Je réalise que mon téléphone est presque en panne de batterie lorsque je suis déjà loin de Bordeaux. Je ne veux pas faire demi-tour, je ne veux pas prendre du retard, je ne veux pas faire attendre Jérém. Je ne veux pas me priver d’un seul instant en sa compagnie. Ils sont trop rares, trop précieux.
    Je suis sur place à 17 heures pétantes. Je cherche la voiture de Jérém sur le parking, mais je ne la vois pas. Apparemment, mon beau brun n’est pas encore arrivé. Je regarde mon téléphone pour voir s’il y a un message, mais il est éteint. Je me pointe à la réception, et je retrouve le beau Jonas et son regard fripon, son sourire charmeur, son aisance, ses gestes amples et décomplexés, sa bonne gouaille, son rire léger et sensuel. Sa chemise blanche lui va comme un gant et lui confère une élégance par ailleurs sublimée par sa sexytude naturelle.

    « Mr Tommasi a prévenu qu’il a été retardé, il m’annonce en me tendant la carte magnétique.
    —    Retardé comment ?
    —    A priori il prévoit d’être ici vers 20 heures.
    —    Ah zut…
    —    Ça vous fait un sacré moment à attendre !
    —    Ouais… je fais, un brin contrarié.
    —    C’est très calme à cette heure-ci. Je peux vous offrir un café ?
    —    Pourquoi pas. »

    Je le suis dans le coin bar et le gars commence à me raconter sa journée, ses péripéties avec les clients compliqués.

    J’adore l’entendre et le voir raconter, il a une façon de balancer qui attire l’attention, il est vraiment très drôle. Tout son corps participe au récit, il parle beaucoup avec ses bras et ses mains, il occupe bien l’espace, c’est beau à voir. Quant à son regard, pénétrant, fouilleur, il aimante l’attention. De plus, il sent terriblement bon. Il est vraiment craquant.

    « Je vous ai à nouveau attribué une chambre avec un grand lit… ça va aller ? il me lance, pendant que la machine expresso gronde son effort pour expulser la boisson chaude.
    —    Ça va aller, oui.
    —    Vous êtes très proches, Mr Tommasi et vous.
    —    Oui, c’est un très bon pote. »

    Jonas sourit, malicieux.

    « Ton pote ou… ton copain ? » il me balance sans détour, en passant soudainement au tutoiement.

    J’hésite un peu. Je souris de sa tentative de me faire craquer par le rire, en levant l’un de ses sourcils d’une façon à la fois marrante et plutôt sexy.

    « Allez, tu peux me dire ! C’est pas moi qui vais te faire la morale. Je suis comme vous, mec ! Je n’ai pas honte, parce qu’il n’y a pas à avoir honte !
    —    D’accord, c’est mon copain, oui. »

    Jonas sourit, coquin.

    « Vous êtes très beaux tous les deux !
    —    Merci !
    —    Mais moi j’ai de suite craqué sur toi !
    —    Sur moi ?
    —    Ça t’étonne ?
    —    Un peu… en général c’est sur Jérém que les mecs craquent…
    —    Je ne dis pas que c’est pas un beau mec, même un très beau mec, mais ce n’est pas vraiment mon style. J’aime pas trop les mecs genre « movie star », tu vois ? Je préfère les gars pas super musclés, j’aime les gars simples, naturels, mais grave charmants. Les gars comme toi, quoi…
    —    Tu m’en vois flatté…
    —    Et toi, tu me trouves comment ?
    —    Je ne sais pas, je lâche bêtement, pris de court par sa question très directe.
    —    Tu me kiffes pas ? il me lance, l’air faussement vexé.
    —    La question ne se pose pas…
    —    Pourquoi donc ?
    —    Parce que je viens de te dire que je suis avec Jérém…
    —    Et tu crois que lui à Paris il ne kiffe pas d’autres mecs ?
    —    Je ne sais pas, je ne veux pas savoir.
    —    T’as jamais fait d’écart ?
    —    Si, mais c’est fini maintenant…
    —    Si jeune et déjà si sage ?
    —    Eh ben, oui !
    —    Dommage…
    —    Dommage, quoi ? Je suis bien comme ça.
    —    Dommage pour moi ! Je suis bientôt en pause et je t’aurais bien tenu compagnie pendant une heure. J’ai une petite chambre au dernier étage.
    —    Je suis flatté, vraiment, tu sais. Tu es un très beau mec et, crois-moi, si j’étais célibataire, je ne dirais pas non, sûrement pas. Mais je suis désolé, c’est fini les bêtises pour moi.
    —    Tu ne sais pas ce que tu rates ! il fait, mi frimeur, mi fripon.
    —    J’imagine, mais je m’en remettrai, je plaisante.
    —    Bon, je n’insiste pas. J’accuse le râteau que tu viens de me mettre et il ne me reste qu’à aller soigner mon amour-propre blessé avant qu’il décide de se pendre…
    —    Arrête un peu ton cirque ! Bogoss comme tu es…
    —    Ah, maintenant tu me trouves bogoss ? il me coupe.
    —    Tu ne dois pas avoir de mal à t’amuser, je continue sans faire cas de sa boutade.
    —    En effet, on ne me dit pas souvent non.
    —    Ça t’arrive de coucher avec des clients ?
    —    Ça m’arrive, surtout quand je fais le soir.
    —    Allez, raconte.
    —    Il y a beaucoup de VRP qui crèchent à l’hôtel. Des hommes seuls qui parfois ne sont pas contre à un peu de compagnie dans leur lit.
    —    C’est toi qui les abordes ?
    —    Non, le plus souvent c’est eux. Les regards ne trompent pas, surtout tard le soir. J’ai aussi quelques habitués, des gars qui ne reviennent sûrement pas pour la cuisine dégueu de notre chef…
    —    Eh, ben, on ne s’ennuie pas à Poitiers !
    —    Et comment ! Tu veux voir ?
    —    Non, je te dis !
    —    Une pipe ça ne se refuse pas !
    —    Eh ben, si !
    —    Ton rugbyman n’en saura jamais rien !
    —    Je m’en bats les steaks ! Moi je saurais et je ne me sentirais pas bien. Je ne veux pas lui faire ça.
    —    Tu sais, je te kiffe vraiment bien !
    —    Ça, j’ai compris ! Ça me touche, vraiment, mais…
    —    Mais tu as un mec, et patati et patata. Bon, blagues à part, je respecte ça, t’inquiète. Et ça te rend encore plus sexy à mes yeux.
    —    Merci.
    —    Ceci dit, si jamais ton beau rugbyman ça le branche, je ne suis pas contre le fait de passer un moment avec tous les deux. Pour info, je finis à 23 heures… je dis ça, je dis rien ! »

    Un étrange mélange de sentiments s’agite en moi lorsque je me retrouve seul dans la chambre. Le rentre dedans de Jonas me flatte et me met mal à l’aise, ça m’excite et ça me fait peur, tout à la fois. Je suis à la fois satisfait de ma réaction et frustré par ma réaction. C’est difficile de refuser les avances d’un beau garçon.
    Quand je pense qu’il suffirait que je décroche le téléphone sur la table de chevet pour que le beau Jonas monte et qu’on s’envoie en l’air, je ne peux m’empêcher de commencer à me branler. L’excitation monte, et elle déforme ma volonté. Pourquoi je ne décrocherais pas ce téléphone ? Pourquoi je n’accepterais pas cette pipe offerte de si bon cœur ? Au fond, il a raison, si ça se trouve, Jérém ne doit pas être tout à fait sage à Paris.
    Mais non, je ne peux pas.
    Mais plus je me caresse, plus j’en ai envie. J’essaie de penser à Jérém, au bonheur de faire l’amour avec lui. Le souvenir de la dernière fois où il m’a fait l’amour avant de partir de ce même hôtel un mois et demi plus tôt remonte violemment à la surface de ma conscience, avec toute sa charge érotique, sensuelle. Je revis le plaisir de le sentir coulisser en moi, de me sentir à lui. Je revis son intense grognement de bonheur lorsqu’il est venu, lorsqu’il a fourré son jus en moi. J’ai envie de lui, j’ai envie de ça, de le sentir à la fois très mâle et si doux.
    Mais il n’est pas là.
    Jonas est là, sexy comme pas permis. Bandant. A quelques pas de moi. Et il n’attend que ça.
    Finalement, pourquoi pas un plan à trois avec Jérém ? Est-ce que vais-je oser le lui proposer ? De quelle façon ? Comment va-t-il le prendre ? Est-ce qu’il serait partant ? Est-ce que ça me ferait plaisir qu’il soit partant ou bien je préférerais qu’il dise non ? Est-ce qu’il va mal le prendre ?
    Si je continue à me branler, je vais jouir. Pas maintenant, pas deux heures avant l’arrivée de Jérém !
    Dans un sursaut de volonté j’arrête de me caresser, je referme ma braguette et j’allume la télé. Je zappe et je me fais violence pour ne pas recommencer. Mon excitation se calme un peu lorsque je réalise qu’il est 18h15, que désormais la pause de Jonas est terminée et qu’il m’est à nouveau inaccessible. L’émission de Ruquier m’aide à me distraire pendant une heure. Il est 19h15 lorsque je commence à avoir faim. Et j’ai toujours envie de jouir. Se sentir désiré par un beau mec ouvre l’appétit.

    Il est 20h15 lorsque j’entends la serrure de la porte se déverrouiller. Le battant s’ouvre aussitôt et Jérém apparaît dans l’encadrement. Il est beau comme un Dieu, avec son brushing de bogoss, les cheveux très courts autour de la nuque et sa belle chemise bleu électrique.
    Mais c’est son sourire qui me fait chavirer, son beau sourire à la fois sexy et doux, ce sourire qui me dit à quel point il est content de me retrouver. Je suis amoureux de ce sourire. Je bondis du lit et je le prends dans mes bras. Je le serre très fort contre moi et je l’embrasse, et je le caresse, et je me sens si heureux.

    « Qu’est-ce que je suis content de te voir !
    —    Moi aussi !
    —    T’as fait bon voyage ?
    —    Oui… désolé pour le retard.
    —    Ça fait rien. L’important est que tu sois là !
    —    J’ai essayé de te joindre…
    —    Désolé je n’avais plus de batterie.
    —    T’as eu mon message ?
    —    Oui, le réceptionniste m’a dit que tu avais appelé pour dire que tu avais été retardé.
    —    Ouais, il fait d’un air amer.
    —    Rien de grave ?
    —    Non, t’inquiète… »

    Et là, sans transition, il commence à m’embrasser dans le cou et à défaire ma braguette.

    « Ah, tu vois les choses de cette façon ! je plaisante.
    —    Ça fait depuis ce matin que j’ai envie de ça, il me chuchote.
    —    Ça fait depuis la dernière fois que tu m’as fait l’amour que j’ai envie de ça », je lui réponds.

    Le beau brun m’enlève le t-shirt d’un geste pressant, impérieux, et prend illico mon téton entre ses lèvres affamées. Sa langue musclée et bien mouillée me rend fou. Un instant plus tard, il est à genoux devant moi et il me pompe, alors que ses doigts prennent le relais pour agacer mes tétons, démultipliant ainsi mes sensations, mes frissons, mon délire. Le plaisir se diffuse dans mon corps et dans mon esprit à une vitesse délirante, me submerge.
    Le bonheur de ma queue se mélange au bonheur visuel de voir sa tête au brushing de bogoss s’affairer pour me faire plaisir. Je suis sous le charme de cette belle chemise qui lui va comme un gant, pas trop moulante, juste comme il faut pour mettre en valeur son beau torse. Mon regard essaie sans cesse de plonger au-delà du premier bouton ouvert, de déceler ses beaux poils bruns, la naissance de ses pecs. En attendant, j’apprécie la facture de cette chemise, le revers du col et de la boutonnière en tissu blanc, délicieux contraste avec le bleu électrique.
    Trop vite, je sens approcher l’apothéose de mon plaisir. C’est trop tôt, j’ai envie de donner du plaisir à mon Jérém avant de venir. Je me fais violence pour me retirer de sa bouche, pour me priver des caresses délicieuses de sa langue. Le bogoss avance aussitôt son torse, l’air avide de me reprendre en bouche, comme s’il était lui aussi déçu de cette soudaine privation, comme s’il voulait à tout prix me faire jouir.
    Je stoppe son mouvement en opposant mes mains à l’avancée de ses épaules solides, avant de les glisser sous ses aisselles.
    Jérém suit mon invitation, il se remet debout. Je le plaque contre le mur et je l’embrasse, sur la bouche, dans le cou, je plonge mon nez dans l’ouverture de sa chemise, à l’affût du parfum de sa peau, et je suis aussitôt assommé par la fragrance intense qui remonte dans mes narines et vrille ma conscience. Instinctivement, je plaque ma main contre sa braguette bien rebondie. C’est une envie irrépressible, complètement déraisonnable.
    Pendant que je l’embrasse comme un fou, je défais sa ceinture et sa braguette avec des mouvements fébriles. Je caresse le tissu chaud et rebondi de son boxer, je tâte la puissance de son érection. Je glisse ma main dans le boxer, j’empoigne son manche raide et brûlant, je le caresse, je le branle lentement, je laisse mon pouce traîner légèrement sur le frein pour le rendre dingue. Mon beau brun frissonne, ahane bruyamment. J’ai terriblement envie de le sucer. Mais avant cela, je ne peux renoncer au plaisir de défaire comme il se doit le délicieux emballage de sa plastique virile qu’est cette belle chemise bleue.
    Je suis impatient de le faire jouir, et il est impatient de jouir. Mais je sais que l’attente ne fera que décupler l’excitation et la puissance du feu d’artifice final.
    Alors, je décide de me faire plaisir.
    Le premier bouton déjà ouvert, ainsi que les quelques poils bruns que j’arrive à deviner, semblent demander avec insistance au regard, à mes narines, à ma bouche et à mes doigts de plonger bien plus profondément dans l’intimité du beau mâle.
    J’ouvre le deuxième bouton, je découvre le creux de son cou, ainsi qu’une pilosité un peu plus franche, délicieuse caresse visuelle. Une nouvelle note de son parfum intense me fait vaciller, troublante caresse olfactive.
    Le bouton suivant me laisse apercevoir sa chaînette posée sur la naissance de ses pecs, ainsi qu’une belle pilosité brune. Gifle visuelle. La mélodie de son parfum monte d’une octave, c’est une gifle olfactive qui me secoue de fond en comble.
    L’ouverture d’un autre bouton dévoile ses pecs en entier, me laisse deviner ses tétons. C’est un coup-de-poing visuel. De nouvelles notes tièdes de parfum mâle se dégagent, donnent l’assaut à mes narines sans pitié. C’est un coup-de-poing olfactif, asséné par cette fragrance qui me terrasse.
    C’est trop, je dois faire une pause pour ne pas basculer dans la folie. Je plonge mon visage entre les deux pans à moitié ouverts, je me shoote à la tiède et intense fragrance masculine qui se dégage de sa peau. Et mon bonheur explose comme un feu d’artifice lorsque je sens sa main caresser ma nuque, tout en pressant doucement mon visage contre ses pecs. Là, je me sens carrément perdre pied.
    Je reprends mon fabuleux voyage, et j’ouvre un nouveau bouton. Voilà ses abdos, un tsunami visuel. Les petites odeurs viriles qui se dégagent de cette région me mettent en état de KO olfactif.
    Bon soldat, je continue jusqu’au bout. Un bouton encore et je rencontre son nombril si sexy. Un dernier bouton et je tombe sur cet alignement de petits poils bruns qui semblent indiquer le chemin à suivre pour atteindre le bonheur ultime. L’élastique de son boxer me nargue. Je pose mon nez juste au-dessus, je l’écarte à peine, assez pour humer pleinement la douce tiédeur qui se dégage de sa belle bosse chaude encore enfermée dans sa prison de coton élastique.
    Désormais à genoux devant mon beau Jérém, je descends lentement son boxer. Sa belle queue raide se dresse fièrement devant mes yeux, devant mes lèvres. Je le prends délicatement en bouche et je commence à la pomper sans plus attendre.
    Au gré de mes va-et-vient, agrémenté par de petits coups de reins de sa part, les pans de sa chemise brassent l’air et convoient les effluves de sa peau mate vers mon nez.
    Je retrouve le souvenir d’une autre fois où j’ai eu le bonheur d’ouvrir sa chemise, et de le pomper dans cette tenue, tout en me laissant assommer par la fragrance de sa virilité. C’était dans l’appart de la rue de la Colombette, il y presqu’un an, et la façon de Jérém de prendre son pied à l’époque n’avait rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Il était dominant, et ses coups de reins étaient sauvages. Il est désormais tout aussi viril en étant bien plus doux avec moi, et bien plus attentionné.
    J’ai été fou d’un gars dominant, je suis fou amoureux d’un gars qui exprime désormais sa virilité de cette façon, sans avoir besoin d’en faire des tonnes, tout simplement en étant lui-même, en assumant son plaisir et son envie de faire plaisir.
    Je suis ivre, je suis stone de lui. Je le pompe comme si ma vie en dépendait.

    « Vas-y suce bien ! Je sais que tu adores ma queue ! » je l’entends lâcher dans un râle chargé d’excitation. J’adore sentir qu’il n’a pas perdu ses réflexes de petit mâle.
    Galvanisé par ses mots, je redouble d’efforts pour lui faire plaisir, je m’active comme il aime.

    « Comme ça c’est bon, allez pompe bien ! », il me souffle dans un grognement excité, alors que sa main vient de se poser sur ma nuque, légère mais ferme.
    Ses coups de reins augmentent d’intensité, jusqu’à s’arrêter d’un coup. Jusqu’à ce que je sente son corps se raidir, et que je l’entende me souffler :

    « Je vais jouir…. Et tu vas tout avaler… »

    Bien évidemment, je n’ai pas besoin de son encouragement pour cela. Depuis le temps que j’attends ça ! Mais j’adore toujours autant le sentir m’annoncer la couleur, le sentir exprimer ses envies de mec. Charmante réplique, qui me ramène elle aussi un an en arrière, le jour de notre première révision, l’instant magique et inoubliable où j’ai découvert le goût de son jus.
    Un premier jet puissant percute aussitôt mon palais. Puis un autre, et un autre encore. Je goûte, je savoure, j’avale lentement. J'adore le sucer, j'adore le goût, la chaleur, l’impatience de sa queue en érection, bien excitée. Mais encore plus j'adore le goût de son sperme, le garder dans ma bouche. Je ne sais pas même décrire cette sensation de bonheur que sa jouissance me procure, et surtout dans ma bouche. J'aime l'acte de l'éjaculation dans ma bouche ou sur moi. Et son goût, bien sûr son goût, le goût de l'amour et de la passion. Rien que d'y penser, j'ai envie de lui, tout le temps.
    Son orgasme est tellement puissant qu’il en tremble. Après le passage de la « tempête », le bogoss a l’air assommé de plaisir. Et qu’est-ce qu’il est beau !
    Après avoir repris son souffle, et alors que je viens de me relever pour poser de doux bisous dans son cou, le bogoss me fait me retourner, il crache dans ma raie et glisse sa queue entre mes fesses. Mes chairs s’ouvrent sans opposer de résistance à ce manche puissant qui leur a bien manqué. Sa queue glisse en moi, me remplit, m’envahit. Sa virilité m’assomme. Il commence à me pilonner, tout en me branlant d’une main et en caressant mes tétons de l’autre. Enveloppé par son torse, ses bras et sa virilité bouillonnante, mon orgasme est géant.

    Jérém part s’installer à côté de la fenêtre pour fumer sa clope, et je m’allonge sur lit pour récupérer de mes émotions. Le beau brun regarde par la fenêtre entrouverte. Et moi, je ne peux détacher mes yeux de lui, du gars dont je suis fou amoureux. Je me sens comme ivre du bonheur sensuel qu’il a su m’apporter.
    Mais une note dissonante vient trop vite se glisser dans mon bonheur. Plus je le regarde, plus j’ai l’impression que Jérém est quelque peu soucieux, pensif. Jusque-là, l’excitation avait fait écran. Mais désormais, en ce moment de nudité émotionnelle qui suit l’orgasme, j’ai l’impression de pouvoir lire dans son cœur comme dans un livre ouvert.

    « Ça va, mon Jérém ?
    —    Oui, très bien, il me répond machinalement, sans décoller le regard d’un point inconnu dans le parking de l’hôtel.
    —    A quoi tu penses ? je le questionne.
    —    A rien du tout…
    —    Non, je ne crois pas que tu ne penses à rien, je vois bien qu’il y a quelque chose qui te tracasse.
    —    Mais qu’est-ce que tu vas chercher ?
    —    C’est la raison qui t’a retardé cet après-midi qui te tracasse ?
    —    Lâche-moi, tu veux bien ?
    —    Allez, Jérém, tu sais que tu peux tout me dire ! »

    Il s’ensuit un long silence. Un silence ponctué, côté Jérém, par des taffes à rallonge, par d’interminables expirations. Je vois bien qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, mais je ne veux pas insister, je ne veux pas le braquer. Il m’en parlera peut-être plus tard.

    « Oui, je sais, il finit par lâcher, à ma grande surprise, en écrasant son mégot.
    —    Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
    —    Si je suis à la bourre, c’est parce que le coach m’a convoqué dans son bureau en début d’après-midi.
    —    Et il te voulait quoi ?
    —    Quand un coach te convoque, c’est rarement pour te féliciter. Il voulait me dire qu’il n’est pas content de moi.
    —    Pourquoi, ça se passe mal ?
    —    Ouais, mal. L’équipe n’arrive pas à remonter la pente et je n’arrive pas à jouer comme je voudrais. Ulysse n’arrête pas de me dire que je progresse chaque jour, mais moi, j’ai l’impression de jouer beaucoup moins bien que quand j’étais à Toulouse. En fait, j’ai l’impression que c’est de pire en pire. Plus ça se passe mal, plus je perds mes moyens.
    —    C’est vraiment si grave que ça ?
    —    Le coach m’a carrément dit que si je ne me ressaisis pas d’ici la fin de la saison, il n’y aura plus de place pour moi dans l’équipe la saison prochaine. Je fais tout ce que je peux, je m’entraîne jusqu’à l’épuisement, j’essaie de faire attention à tout, mais ça ne suffit pas, ça ne suffit jamais, il y a toujours des ratés.
    —    Il ne faut pas que tu te décourages. C’est une période de transition, tu dois prendre tes marqu…
    —    Arrêtez tous de dire ça ! Ça fait toute une saison que je cherche mes marques et que je ne les trouve pas ! La vérité est peut-être ailleurs. La vérité est peut-être que je ne suis pas si bon que ça. Peut-être que je devrais tout laisser tomber et me trouver un vrai taf.
    —    Je ne connais pas grand-chose au rugby, certes, mais j’en sais assez pour savoir que tu es un bon, et que tu ne dois pas renoncer à ton rêve. Je sais que tu peux y arriver.
    —    En plus, si je me sors de cette merde, on pourra se voir plus facilement.
    —    Mais je m’en fous de ça ! Bien sûr que je voudrais te voir plus souvent, mais je veux avant tout que tu sois heureux, tu entends ? Et je veux savoir que tu es heureux parce que tu poursuis ton rêve. Je veux te voir te battre jusqu’au bout, je ne veux pas que tu aies des regrets. Tiens bon mon amour, tiens bon. Je crois en toi, je suis ton plus grand fan.
    —    Eh, je ne suis pas Madonna !
    —    Mais tu es le gars que j’aime. Les efforts vont finir par payer, et je suis sûr qu’il y a quelque part un entraîneur et une équipe qui sauront tirer le meilleur de toi.
    —    C’est ce que dit Thibault aussi. Mais c’est facile pour lui de dire ça, pour lui tout marche comme sur des roulettes. Il est dans une grande équipe qui va sûrement gagner le championnat. T’imagines l’exploit ? Il a des chances de soulever le Brennus dès sa première année de titularisation, à tout juste 20 ans ! Son coach, il l’a dans la poche, lui. Moi, je suis dans une équipe de pro D2 qui risque de se retrouver en Fédérale l’année prochaine et je suis quasi certain que je ne serai pas renouvelé…
    —    Tu ne peux pas renoncer au rugby, tu l’aimes trop !
    —    Oui, j’adore le rugby, mais je ne me suis jamais senti autant à côté de mes pompes que cette année. A Toulouse je me sentais bien, j’étais presque une star. Ici, je me sens sans cesse mis à l’épreuve, sur le banc de touche, sur un siège éjectable. Je me sens constamment observé, jugé, je sens qu’on ne me fait pas confiance, et qu’on ne m’apprécie pas vraiment.
    —    Il y a d’autres équipes…
    —    Je n’ai pas envie d’essayer…
    —    Si tu sors du circuit maintenant, tu dis adieu au rugby professionnel !
    —    J’ai l’impression d’entendre Thib ! Vous vous êtes donné le mot ou quoi ?
    —    D’une certaine façon…
    —    Tu lui as parlé ?
    —    Je l’ai vu.
    —    Ah bon ? Et quand ça ?
    —    Pas plus tard que ce dimanche. Tu sais, j’étais au mariage de ma cousine à Toulouse. Et j’avais promis à Thibault de passer le voir quand il m’avait appelé pour m’annoncer qu’il était papa…
    —    Il va bien ?
    —    Il a l’air très heureux d’être papa.
    —    Et son gosse ?
    —    Vraiment très mignon !
    —    Et avec Nath ?
    —    Avec Nath, c’est plus délicat. Thibault a envie d’aller vers les garçons, mais il a peur.
    —    Sa situation est compliquée.
    —    Heureusement, Nath est au courant et elle s’est montrée très ouverte d’esprit.
    —    Il lui a dit ?
    —    Oui…
    —    Et avec toi ?
    —    Avec moi… quoi ?
    —    Il est comment Thib avec toi ?
    —    Il est très sympa, on a une belle amitié.
    —    Et c’est tout ?
    —    Quoi d’autre ?
    —    Il te kiffe, non ?
    —    Je ne sais pas…
    —    Allez Nico, je te rappelle que nous avons fait un plan tous les trois. Je sais que tu le kiffes et je sais qu’il te kiffe…
    —    Quand on a couché avec quelqu’un, il est difficile de ne pas y penser. Mais je suis heureux avec toi et je n’ai aucune intention de gâcher ce que nous vivons.
    —    Vraiment, tu n’as rien ressenti de plus de sa part ? »

    Je ne veux pas lui mentir.

    « Ecoute, Jérém. Oui, entre Thibault et moi il y a quelque chose qui est plus fort que l’amitié. Je ne vais pas te mentir, je l’apprécie beaucoup. Et si je n’étais pas fou de toi, il aurait peut-être pu se passer quelque chose entre lui et moi. Mais je suis avec toi, et je suis bien avec toi. Et Thibault le sait. L’autre jour, il a été très correct, comme toujours. Et comme toujours il a essayé de me rapprocher de toi.
    —    Mais il te kiffe. Et un jour, il risque de craquer avec toi, comme ça s’est passé avec moi ! Et toi tu vas craquer avec lui !
    —    Je te promets que je vais faire attention. De toute façon, Thibault respecte trop ce qu’il y a entre nous, il respecte trop notre amitié et votre amitié. Et puis, après ce qui s’est passé entre vous, je pense qu’il a appris que mélanger le sexe à l’amitié ça peut faire de gros dégâts, et que ça ne le mène nulle part…
    —    Si j’ai mis de la distance entre lui et moi, c’est aussi pour ne pas craquer. Et je pense que tu devrais en faire de même. »

    Tu y penses souvent, Mr Tommasi. Thib était ton meilleur pote, jusqu’à ce que le sexe vous éloigne. Il s’est passé presque un an depuis ce soir d’été, et ça n’a plus jamais été comme avant. Tu sais que ça a été un bon moment, parce que vous en aviez envie tous les deux. Mais après, tu as eu l’impression d’avoir profité de l’ascendant que tu avais sur lui, et tu t’en es voulu d’avoir quelque part « joué » avec ses sentiments. Tu n’avais rien à lui proposer, à part du sexe. Et tu sais qu’il avait besoin de plus. Tu sais qu’il a beaucoup morflé . Et tu n’arrives toujours pas à te débarrasser de ce sentiment de culpabilité.
    Tu as repris contact avec lui depuis, mais ce n’est toujours pas comme avant. Et tu n’as jamais eu le courage de lui parler de ce qui s’était passé ce soir d’été sur son clic clac. Lui parler, pour lui dire quoi ? En attendant, le malaise persiste, et la distance avec.
    Thib est toujours le gars que tu admires le plus au monde, celui qui t’a rendu le sourire lorsque ton enfance était en train d’être abîmée par les adultes, le gars qui t’a permis de devenir celui que tu es aujourd’hui. Mais Thib est aussi le gars qui te fait le plus peur vis-à-vis de Nico. Car tu y penses depuis la nuit que vous avez passée ensemble, Thib pourrait craquer pour Nico, et Nico pourrait craquer pour lui. Et ça, tu ne le supporterais pas, vraiment pas. Et si ça te fait peur, c’est parce que tu t’es parfois dit que Thib serait un bon gars pour Nico, sûrement mieux que toi.

    « Thib est un très bon pote, certainement mon meilleur pote, et j’ai envie de continuer à le voir.
    —    Promets-moi de ne jamais coucher avec lui !
    —    Jérém !
    —    Nico, pas touche à Thib, s’il te plaît. Pas Thib !
    —    Tu es mal placé pour me demander ça !
    —    Je sais. Et je ne suis pas fier de ce qu’il s’est passé. Je n’aurais pas dû, vraiment pas, je lui ai fait trop de mal, et il n’a pas besoin de morfler encore.
    —    Je te promets, je finis par céder. Mais tu n’as rien à craindre de Thibault. Vraiment.
    —    Allez, on va manger un bout avant que le resto ferme », il change de sujet sans transition.

    Je ne veux pas qu’il se fasse des idées, je ne veux pas qu’il se mette à douter, qu’il s’inquiète. Je veux dissiper tous les doutes.
    « Jérém ! Tu as entendu ce que je viens de dire ? j’insiste, tu n’as rien à craindre, aucun souci à te faire ! j’insiste.
    —    Ouiiiiiiiiiiiiiii, on va manger maintenant ! » il coupe net.

    Lorsque nous passons devant la réception pour aller au resto, Jonas nous regarde de façon appuyée, tout en glissant son plus beau sourire fripon, comme une promesse de plaisir. Je sais à quoi il pense, je sais ce qu’il attend. Je suis un tantinet mal à l’aise. D’autant plus que Jérém ne manque pas de remarquer l’insistance de son regard et d’y opposer un regard noir de bobrun contrarié.

    « Il n’arrête pas de te mater, il me lance dès que nous sommes attablés.
    —    Je ne sais pas… enfin… je crois, oui… mais ça n’a pas d’importance.
    —    S’il n’arrête pas je vais lui mettre les pendules à l’heure ! »

    Ça te va bien, Mr Tommasi, de te montrer jaloux. Et pourtant, tu ne peux pas t’en empêcher.

    Est-ce que je vais oser lui parler de sa proposition de plan à trois ? Comment m’y prendre ?

    « Tu le trouves comment ?
    —    Qui donc ?
    —    Le mec de la réception…
    —    Gonflant !
    —    A part ça… je veux dire… il est pas mal, non ?
    —    Vite fait…
    —    Allez, dis-moi !
    —    Il est pas mal… dans son genre…
    —    Et toi, tu kiffes "ce genre" ? »

    Evidemment que tu le kiffes, Mr Tommasi. C’est tout à fait le genre de mec, une bonne tête à claques qui a besoin d’un bon coup de queue pour se calmer, que tu as envie de baiser.

    « Tu veux le baiser ou quoi ?
    —    Je dis juste qu’il n’est pas mal. On a le droit de regarder, non ?
    —    Ouais…
    —    Ça pourrait être sympa d’échanger à propos des mecs qu’on kiffe…
    —    Oui, mais non… »

    Jérém a l’air plutôt fermé à ce sujet. Ça me décourage d’aller plus loin. De toute façon, je ne me sens pas à l’aise pour un nouveau plan à trois. Car si ce genre d’expérience peut paraître marrante sur le papier, elle peut avoir des conséquences fâcheuses. Pour l’avoir expérimentée à plusieurs reprises avec Jérém, on ne sait jamais jusqu’où elle peut nous amener. Et je n’ai franchement pas envie de le découvrir, surtout maintenant que nous ne sommes désormais plus que des simples sex friends.
    Le serveur vient prendre nos commandes et Jérém change aussitôt de sujet. Nous passons tout le dîner à parler de choses et d’autres et je ne me sens pas le cœur de revenir sur le sujet « Jonas ».

    En sortant du resto pour revenir à notre chambre, nous passons à nouveau devant la réception. Jonas est toujours en poste, et il nous souhaite une bonne soirée. Je le remercie et je la lui souhaite à mon tour. J’espère qu’il va se contenter de ça, qu’il va comprendre que mon silence vaut rejet de sa proposition. Mais juste avant que les portes de l’ascenseur ne se referment, je l’entends lancer :

    « Peut-être à tout à l’heure…
    —    Qu’est-ce qu’il vient de dire ? » me lance Jérém dans la seconde, alors que les portes de l’ascenseur se referment.

    Belle façon de ce petit con de Jonas de forcer les choses. Mince, là, il faut que je sois clair avec Jérém.

    « Il faut que je te dise un truc…
    —    Quel truc ?
    —    Au sujet du réceptionniste.
    —    C’est quoi ?
    —    Attends qu’on soit dans la chambre, je vais tout te dire. »

    La porte de la piaule claquée derrière nous, Jérém revient aussitôt à la charge.

    « Il veut baiser avec toi ?
    —    Disons qu’il m’a branché… mais je l’ai vite découragé. Je lui ai dit que je n’avais aucune envie d’aller voir ailleurs.
    —    Tu lui as dit qu’on était ensemble ?
    —    De toute façon, il nous avait repérés la dernière fois.
    —    J’espère qu’il a compris, alors.
    —    Oui… et non…
    —    C'est-à-dire ?
    —    Quand je lui ai dit que je ne voulais pas coucher avec lui, il m’a proposé autre chose…
    —    C’est quoi "autre chose" ?
    —    De nous rejoindre… ce soir… dans cette chambre…
    —    T’es sérieux ?
    —    Oui… il m’a dit qu’il finit à 23 heures et que si on veut…
    —    Et tu lui as dit quoi ?
    —    Mais rien ! Je ne pouvais pas prendre ce genre de décision sans t’en parler avant… »

    Le beau brun réfléchit avec sa cigarette entre les lèvres. Je ne sais pas à quoi il pense, je n’arrive pas à lire dans les émotions contradictoires qui semblent se succéder dans son regard fuyant.

    « Et tu en as envie ? il me glisse après un long silence.
    —    Seulement si tu en as envie toi aussi.
    —    Tu le kiffes ?
    —    Il n’est pas moche, non ?
    —    Ouais…
    —    Il t’inspire quoi ce gars ?
    —    De quoi ?
    —    Je veux dire… s’il était là avec nous… tu aurais envie de lui faire quoi ?
    —    Je ne sais pas…
    —    Allez, dis-moi ! »

    Les mots ne viennent pas mais c’est son corps qui parle en leur place. Sa main caresse sa bosse rebondie. Je le rejoins, j’ouvre sa braguette et je commence à le pomper.

    « Dis-moi ce que tu as envie de lui faire !
    —    Suce et tais-toi ! »

    Je le suce avec bon entrain, il frissonne de plaisir.

    « Allez dis-moi !
    —    Suce ! il m’intime en posant sa main sur ma tête et en m’obligeant à retourner m’occuper de sa queue.
    —    Je veux savoir, dis-moi ! » j’insiste, en me faisant violence pour rompre le contact entre mes lèvres et sa queue, tout en le branlant lentement.

    Pour toute réponse, il dégage ma main de son manche et le fourre à nouveau dans ma bouche.
    Je l’avale jusqu’à la garde. Mon beau brun lâche un intense grognement de plaisir. C’est le frisson magique qui le décide enfin à se lâcher.

    « Je voudrais qu’il nous suce… tous les deux…
    —    Oui… et après ? je le questionne, en quittant sa queue pendant tout juste une fraction de seconde et en y revenant aussitôt.
    —    Je kifferais te mater en train de le baiser… Et puis le baiser, moi… j’aimerais aussi que tu me mates en train de le baiser », il lâche, la voix étranglée par l’excitation.

    Et là, il me fait me relever, il se met à genoux devant moi, il défait ma braguette avec une précipitation sauvage et il me pompe. Une tempête de frissons secoue mon corps tout entier.

    « Et toi, alors… tu voudrais faire quoi avec ce type ? » je l’entends me lancer entre deux va-et-vient sur ma queue.

    Je suis trop heureux qu’il accepte de se prêter à ce petit jeu. Je trouve cela extrêmement excitant. Et je me laisse aller avec un bonheur non dissimulé.

    « Je kifferais trop le regarder en train de te pomper… et aussi le sucer pendant que tu me baises… ou me faire sucer pendant que tu le baises, et nous embrasser pendant que nous sommes tous les deux en lui… »

    Je sens mon excitation monter en flèche, je me sens approcher dangereusement de l’orgasme.

    « T’as pas envie qu’il te baise ? m’assomme Jérém.
    —    Bien sûr que j’en ai envie… »
     
    S’il continue de me parler et de me pomper comme ça, je vais venir très vite…
    Et là, soudainement, Jérém quitte ma queue sur le point de jouir. Juste à temps.

    « Appelle-le ! » il me lance, tout en remontant son boxer, en cachant sa queue tendue dans le coton souple, et en partant fumer une cigarette.

    Je me retrouve comme un con, la queue en feu, frustré de ne pas avoir joui. Je suis tellement excité que tous mes questionnements et mes doutes au sujet de l’opportunité et des conséquences possibles de ce genre de plan semblent s’être évaporées de mon esprit comme si elles n’avaient jamais existé. A cet instant précis, j’ai juste envie de prendre mon pied.
    J’attrape le combiné sur la table de nuit et je compose le numéro de la réception.

    « Hôtel du Plan à Trois, bonsoir ! fait Jonas en décrochant, en ayant visiblement reconnu le numéro de la chambre.
    —    Ah ah, très drôle.
    —    Merci. J’imagine que si tu appelles, c’est que c’est bon…
    —    En effet…
    —    Cool ! C’est très calme ce soir, je devrais finir un peu avant.
    —    Ne tarde pas trop…
    —    Vous avez commencé à vous chauffer, si je comprends bien.
    —    Dépêche-toi !
    —    Donne-moi dix minutes !
    —    Ok, à tout.
    —    Gardez vos ardeurs les mecs !
    —    Ouais… »

    En raccrochant le combiné, j’ai le cœur qui tape à mille. Jérém revient de la clope et s’installe sur le lit à côté de moi, en silence. Il attrape la télécommande et allume la télé. Il fait trois fois le tour des chaînes avant de s’arrêter sur une chaîne sport qui parle de rugby. Ses gestes sont nerveux, je le sens tendu. Le coton du boxer aussi est toujours tendu, sa bosse bien rebondie. Il déboutonne la chemise et l’envoie sur une chaise devant le lit. Il dévoile son torse de fou. J’ai tellement envie de le pomper, de l’avoir en moi, de le faire jouir.
    Comment va se passer ce plan ? Pourquoi a-t-il fallu que je me laisse embarquer dans cette histoire ? On ne serait pas mieux rien que tous les deux, à faire l’amour, à nous aimer ? Mais maintenant que les dés sont lancés, on ne peut plus les arrêter. On ne peut qu’attendre pour voir quelles faces vont sortir.
    Le parfum de sa peau dénudée se fraie un chemin jusqu’à mes narines et me rend dingue. Je ne peux me retenir, je me glisse sur lui, je l’embrasse partout, sur la bouche, sur le cou, sur les joues, sur le front, ivre de lui. Nos deux virilités tendues se frottent l’une à l’autre, et nos excitations ne font que monter en puissance.
    Les secondes s’égrènent, et je sens monter en moi une irrépressible envie de me faire prendre par Jérém, de le sentir en moi, de le voir et de le sentir jouir en moi. Je glisse mes fesses sur son paquet, je sens sa queue comprimée par le coton de son boxer frotter sur ma raie cachée par mon boxer. C’est à la fois terriblement frustrant et incroyablement excitant. C’est à la limite du supportable.

    « Prends-moi Jérém, gicle-moi dans le cul, je sais que tu en as envie ! »

    Le beau mâle réagit au quart de tour. En une fraction de seconde, je me retrouve allongé sur le ventre. Le bobrun se débarrasse de son boxer en un éclair, je le vois atterrir sur un oreiller. Je sens ses mains descendre le mien tout aussi précipitamment, puis écarter mes fesses. Je l’entends cracher dans ma raie, je sens son gland mettre ma rondelle en joue. Je me prépare à le sentir s’enfoncer en moi, je me prépare à me laisser défoncer, à me laisser remplir. Je me prépare à ce que son orgasme arrive vite, car je sais que dans l’état d’excitation dans lequel il est, il ne va pas tarder à gicler.

    C’est alors que j’entends tapoter à la porte.

    « C’est Jonas… »

    Jérém retire aussitôt sa queue de ma raie, il remonte mon boxer, il passe le sien et il se rue sur la porte J’ai tout juste le temps de changer de position, de me mettre assis sur le lit, lorsque le battant s’ouvre.

    « Rentre…
    —    Bonsoir beau mec… » fait Jonas en s’attardant sur la plastique largement dénudée de mon beau brun.

    Jérém referme aussitôt la porte derrière lui.

    « Eh, ben, les gars, je constate que vous avez commencé sans moi…
    —    On n’allait pas t’attendre, fait Jérém en s’allumant un pétard.
    —    Toi c’est Jérémie, c’est ça ?
    —    Ça n’a pas d’importance.
    —    Bah, si, j’aime bien connaître le prénom des mecs avec qui je vais coucher…
    —    Bon, et après ? fait mon bobrun en expirant longuement la fumée de son tarpé.
    —    Je dirais qu’on va passer aux choses sérieuses sans plus attendre. »

    Sur ce, Jonas ôte sa chemise blanche, ce qui a pour résultat de dévoiler un beau petit corps imberbe, délicieusement élancé, finement musclé. Jérém semble lui aussi sous le charme, puisque, l’air de rien, il n’arrête pas de le détailler du regard.
    Une fois à poil, Jonas vient direct sur le lit, se glisse sur moi, et m’embrasse ardemment. Sa langue gourmande et ses lèvres habiles descendent lentement le long de mon torse, s’attardent sur mes tétons, les excitent à mort. Elles descendent encore, jusqu’à la lisière de mon boxer, s’y attardent là aussi. Ce gars a décidé de me rendre dingue. Jérém m’avait mis dans un état d’excitation indescriptible. Et Jonas prend brillamment le relais. Je bande comme un âne. Mon envie de jouir tourne à l’obsession.
    Le beau réceptionniste glisse ses deux doigts dans mon boxer, le fait glisser lentement le long de mes cuisses, il libère ma queue de sa prison de coton. Délicieuse sensation que de sentir mon manche tendu enfin à l’air libre. Jonas fait glisser mon boxer le long de mes jambes, puis le jette derrière lui sans regarder et commence à me pomper lentement, d’une façon très sensuelle. Il ne semble pas pressé, il semble au contraire bien décidé à bien faire durer le plaisir.
    Jérém me regarde, visiblement excité. Il finit sa clope et il vient s’installer sur le lit, bite en l’air, juste à côté de moi.

    « Vas-y pompe le bien ! » fait Jérém, tout en posant sa main sur la nuque du beau Jonas et en secondant ses mouvements de va-et-vient.

    Les secondes passent, puis deviennent des minutes. Jonas s’affaire inlassablement sur ma queue, sur mes tétons, sur ma bouche. Jérém essaie à plusieurs reprises de le détourner de son labeur acharné, de lui faire changer de queue. Il l’attrape tour à tour par l’épaule, par le biceps, par le cou, mais le beau réceptionniste ne se laisse pas faire. Il continue de me pomper, comme si on n’était que tous les deux. Le beau brun se branle à côté, l’air excité à l’idée de découvrir jusqu’où ce petit con de Jonas est prêt à aller. Je trouve cela terriblement excitant, mais Jonas semble toujours l’ignorer.
    Jonas a beau y aller doucement, je sens que s’il continue, je vais vite jouir. Pas encore, j’ai envie de varier les plaisirs, d’assouvir quelques fantasmes.

    « Vas-y, suce-le lui ! » je lance à Jonas.

    Et là, le beau réceptionniste consent enfin à s’occuper un peu de Jérém aussi. Mais sans pour autant me délaisser complètement. En fait, il nous pompe et nous branle à tour de rôle. Et pourtant, j’ai toujours l’impression qu’il a surtout envie de s’occuper de moi, car ses lèvres semblent davantage aimantées par ma queue que par celle de Jérém. Je décide alors de m’activer pour rééquilibrer les plaisirs.
    C’est là le départ d’un jeu sensuel qui nous amène à explorer toutes les combinaisons du plaisir.
    Je suce Jérém pendant que Jonas me suce.
    Je pompe Jonas pendant qu’il pompe Jérém, et alors que ce dernier lui baise bien la bouche comme pour se rattraper d’avoir été trop longtemps délaissé.
    Je suce Jonas pendant que Jérém me suce.
    Je pompe Jérém pendant qu’il pompe Jonas.
    J’essaie de sucer Jonas pendant qu’il suce Jérém et que ce dernier me suce.
    J’essaie de pomper Jérém pendant qu’il pompe Jonas et que ce dernier me pompe.
    Ces deux dernières ne sont pas les expériences les plus folles, car elles demandent beaucoup de souplesse et de coordination. Mais c’est plaisant d’essayer et d’entendre le fou rire contagieux de Jonas qui détend l’ambiance et rend ce plan bien plus fun que je ne l’avais imaginé.
    Oui, nous explorons toutes les combinaisons du plaisir autour de la pipe. Jusqu’à ce que nous ayons envie d’explorer d’autres horizons. Et c’est Jonas qui donne le « là ».

    « J’ai envie de toi ! » il me lance de but en blanc.

    Un instant plus tard, Jonas est à quatre pattes sur le lit. Jérém sort une capote de son sac de sport – je renonce à me questionner sur le pourquoi Jérém a toujours des capotes dans son sac de sport – il me la passe en me regardant avec un air à la fois excité et complice. Je déchire le petit emballage et je la déroule sur ma queue.
    Quand on pense à des fantasmes avec un inconnu, comme nous l’avons fait avec Jérém un peu plus tôt dans la soirée, on pense rarement à des capotes. Mais lorsque la mise en pratique de ces mêmes fantasmes se concrétise, il faut impérativement penser à se protéger. C’était vrai en 2002, et ça l’est toujours, malgré les progrès des soins des MST, et du SIDA en particulier.
    Je me laisse glisser dans le beau réceptionniste et je commence à le pilonner sous le regard aimanté et lubrique de Jérém, Jérém qui est à nouveau assis à côté de la fenêtre, qui est à nouveau en train de fumer son bout de pétard et de se branler, tous pecs et abdos et tatouages et peau mate dehors. J’ai envie de baiser Jonas, mais j’ai aussi et surtout envie de me faire baiser par mon beau brun. Quand je le vois affalé sur cette chaise en train d’astiquer son manche, je me dis qu’il va peut-être se faire jouir tout seul, et ça, j’ai du mal à l’accepter. Je voudrais tellement lui offrir du plaisir ! Mais peut-être que je lui en offre, en réalisant son fantasme de me regarder en train de baiser un autre gars.
    Je prends mon pied, un plaisir décuplé par le regard insistant et excité de Jérém. Jonas aussi semble prendre son pied, preuve en sont ses ahanements appuyés et ses exhortations à y aller franco, ainsi que des mots assez crus exprimant le bonheur de se faire défoncer par « un gars aussi sexy que moi ».
    Jérém me regarde faire pendant un petit moment. Puis, après avoir une nouvelle fois éteint son joint, il vient se faire sucer par le beau réceptionniste, alors que je le baise toujours, et il m’embrasse.
    Je me sens perdre pied. Et pile au moment où je sens mon excitation s’envoler vers des sommets extrêmes et appeler mon orgasme, Jérém se retire de la bouche de Jonas, et il vient se glisser derrière moi. Il cale sa queue raide dans ma raie, il colle son torse contre mon dos, il pose des baisers légers sur mon cou, à la base de ma nuque. Je ressens son souffle sur ma peau, le léger frottement de sa barbe, et je l’entends me souffler, de la façon la plus sensuelle qui soit : « prends ton temps ». Et, ce disant, il entreprend de caresser mes tétons, alors que son gland effleure ma raie de façon de plus en plus appuyée. Tout cela a pour effet de ralentir mes coups de reins. Mais certainement pas l’envolée de mon excitation. Je sens que je ne vais plus pouvoir me retenir longtemps.

    « Je ne vais pas pouvoir me retenir plus, je laisse échapper à voix haute, alors que mes sens sont sur le point de s’embraser.
    —    Vas-y, fais-toi plaisir beau mec ! j’entends Jonas me lancer tout haut.
    —    Gicle dans mon cul ! » j’entends Jérém me glisser tout bas, dans un chuchotement chargé d’une sensualité extrême.

    Rien ne pourrait me faire plus plaisir que cette demande de mon Jérém.
    Le beau brun s’allonge à coté de Jonas, et comme lui se met sur le ventre. Je me retire illico du cul du beau réceptionniste, je me débarrasse de ma capote, et je me laisse glisser entre les fesses musclées de mon rugbyman. Je sens tout de suite que je ne vais vraiment pas tarder à jouir. En effet, même avant de commencer mes va-et-vient, rien qu’en sentant sa rondelle se contracter autour de ma queue, je me sens perdre pied.

    « Ça ne va pas vraiment être long, désolé, je le préviens.
    —    Je m’en fous, fais toi plaisir ! »

    Je m’allonge sur lui et je commence à le limer doucement, en me concentrant davantage sur le bonheur d’embrasser son cou et sur sa nuque que sur le plaisir de ma queue. Mais un frottement inattendu de mes tétons sur son dos a raison de ma raison. Je perds définitivement pied et je ne peux plus rien pour me retenir. Je viens, je sens de nombreuses giclées jaillir de ma queue et aller se loger dans le cul de mon beau brun.
    Un instant plus tard, Jérém se déboîte de moi et lance à Jonas :

    « Vas-y, mets-toi sur le dos…
    —    J’aime quand on sait me parler… »

    Jonas s’exécute, tandis que Jérém sort une autre capote de son sac de sport et la passe sur sa queue. Ses va-et-vient ont quelque chose de sauvage, d’animal. Son attitude est très virile, sa beauté est aveuglante. Il baise Jonas sans pratiquement jamais me quitter du regard.
    Jonas, quant à lui, semble ravi de se faire démonter par mon beau brun. Il ne cesse de manifester son plaisir, que ce soit par des ahanements bruyants, ou en tâtant fébrilement les pecs et les biceps de mon Jérém, comme pour se convaincre qu’ils sont bien réels.

    « Arrête de me tripoter, lui lance sèchement mon beau brun à un moment.
    —    Pardon, beau mec ! fait Jonas, taquin. Vas-y, défonce-moi ! »

    Mon beau brun augmente aussitôt la cadence et la puissance de ses coups de reins. Et il ne tarde pas à jouir. Voir sa belle petite gueule traversée par la vague de l’orgasme, voir son corps secoué par l’onde de choc du plaisir est toujours un spectacle magnifique, même lorsque sa jouissance ne vient pas de moi, ni en moi.
    Jonas, quant à lui, profite des derniers instants de la présence de la virilité de Jérém en lui pour se branler vigoureusement et jouir à son tour.

    Jérém reprend son pétard, et le partage avec Jonas et moi.

    « Vous êtes chauds les gars ! lance le beau réceptionniste.
    —    Si tu le dis ! fait Jérém, peu bavard.
    —    Je le dis et je l’affirme ! Au fait, vous voulez boire quelque chose ?
    —    Tu proposes quoi ? fait Jérém, soudainement intéressé.
    —    Ce que propose le bar de l’hôtel. Sodas, bières, alcools plus forts…
    —    Une bière fera l’affaire.
    —    Ok, et toi, Nicolas ?
    —    Un coca pour moi, merci. »

    Jonas se rhabille et quitte la chambre pour aller chercher les boissons. Jérém demeure silencieux.

    « Ça va ? je le questionne.
    —    Il a raison, c’était sacrément chaud ! il me lance, sans détours, avec un sourire complice.
    —    C’est clair ! »

    Ça me fait plaisir qu’il ait aimé. Et que notre complicité demeure intacte.
    Jonas revient une minute plus tard avec les boissons et des chips. Nous buvons, nous fumons, nous grignotons. Et nous discutons. Jonas est vraiment sympa, et marrant en plus. Son humour arrive même à entraîner Jérém, d’habitude plutôt peu démonstratif avec les « outsiders » des autres plans auxquels j’ai eu l’occasion de prendre part. Je pense à son cousin Guillaume, je pense au beau barbu Romain qu’on avait levé au On Off. Ce n’était que de la baise pure. Mais depuis que Jérém assume son plaisir, tout va mieux dans sa tête. Et la bonne humeur contagieuse de Jonas n’y est pas pour rien non plus.

    « En tout cas, vous êtes mes meilleurs clients-amants depuis longtemps ! lâche Jonas au détour de la conversation.
    —    Ça t’arrive souvent de baiser avec des clients ? le questionne Jérém, tout comme je l’ai fait un peu plus tôt dans la journée.
    —    Pas si souvent. Ça m’arrive, mais c’est rarement aussi bon.
    —    T’as bien kiffé de te faire baiser… le cherche Jérém.
    —    Et comment ! Au point que je pourrais affirmer que je ressens comme un petit goût de "reviens-y"…
    —    Je crois que nous avons tous les trois dans le boxer un petit goût de "reviens-y" », je considère.

    Considération qui fait marrer Jonas et Jérém aussi.

    Quelques instants plus tard, je suis allongé sur le lit, sur le dos, et je me fais baiser par Jonas. Jérém me regarde, tout en se branlant. Jonas est un bon amant, à la fois fringuant et respectueux. Il prend son pied, je prends mon pied. Et Jérém prend le sien aussi, en me regardant me faire baiser par ce gars.
    Lorsque Jonas jouit, je me délecte de sa façon d’affronter l’onde de choc de l’orgasme, avec de longs soupirs, le corps traversé par des spasmes. Lorsqu’il se déboîte de moi, j’ai le réflexe de regarder si la capote a tenu le coup. Heureusement, c’est bien le cas.
    Puis, Jérém vient à son tour en moi. Il me remue avec ses gros bras, il me prend avec son manche puissant et il commence à me pilonner avec une ardeur intense. Les ondulations de son bassin ont quelque chose de profondément érotique. Quant aux ondulations de son torse, c’est beau à en pleurer. Je caresse et j’agace ses tétons, je veux le rendre dingue. Mais ce sont ses biceps qui aimantent mes doigts. Ils sont tellement puissants, ces biceps.

    « A lui tu ne lui dis pas de ne pas te tripoter ! se marre Jonas.
    —    Lui, il sait y faire, alors il a le droit !
    —    Mais quel petit con tu fais !
    —    Ferme ta gueule, tu me déconcentres ! » gronde Jérém.

    Et là, pour toute réponse, je vois Jonas se placer derrière mon beau brun, et glisser ses mains sous ses aisselles pour atteindre ses tétons. Jérém est d’abord surpris, puis il semble ravi de ce bonheur inattendu qui a pour effet de précipiter son orgasme. Quelques coups de reins encore, et il lâche tout son jus en moi.

    « Vraiment, vous n’êtes pas croyables, les gars ! fait Jonas en revenant de la douche. Si vous repassez à l’hôtel, et si ça vous fait envie, surtout n’hésitez pas à me sonner ! il nous lance en se rhabillant.
    —    Mets ça sur la note, fait Jérém en indiquant les boissons.
    —    Mais non, tu plaisantes ? Ça, c’est pour moi.
    —    Merci alors !
    —    Ça a été un plaisir ! »

    La porte vient de se refermer derrière le beau réceptionniste et Jérém vient aussitôt me rejoindre sur le lit. Il se glisse sur moi et m’embrasse doucement.

    « Alors, c’est quoi que t’as kiffé le plus ? je le questionne.
    —    Quand tu m’as baisé après t’être bien chauffé avec lui…
    —    Ah, c’était bon ça…
    —    J’ai aimé tout autant que gicler dans ton cul après qu’il t’a baisé …
    —    Et le gars ?
    —    Ça m’a excité… mais c’est pas lui qui m’a excité le plus ! Tu es un sacré coquin, toi !
    —    Moi aussi j’avais surtout envie de faire l’amour avec toi.
    —    Coquin, va !
    —    Et toi non ! »

    Je suis tellement bien dans les bras de mon Jérém, bercé par les bisous légers qu’il glisse dans mon cou, de plus en plus légers au fur et à mesure que le sommeil le rattrape.
    J’avais peur de découvrir jusqu’où un nouveau plan pouvait nous amener. Et ce que je viens de découvrir m’enchante.
    Ourson sait qu’il n’a jamais fait l’amour comme il le fait avec P’tit Loup depuis les retrouvailles à Campan après le clash de l’été dernier. Même pas avec Stéphane, même pas avec Thibault lors du plan à trois. Et il a vu de ses propres yeux que P’tit Loup n’était pas le même avec le Renardeau Jonas qu’avec lui.
    Oui, Ourson et P’tit Loup ont une façon de faire l’amour entre eux qui est unique. Car non seulement l’alchimie entre leurs corps est unique, mais celle entre leurs esprits l’est tout autant.
    Et je m’endors avec la rassurante certitude que quoi qu’il arrive, définitivement Ourson et P’tit Loup font bande à part.

    Le lendemain matin, je me réveille en sursaut à cause du réveil on ne peut plus sonore du téléphone de Jérém. Il est 5h30 et le bobrun bondit du lit comme une sauterelle. Après une nuit d’amour avec le gars qu’on aime, le matin arrive toujours trop vite. Jérém passe à la douche en vitesse et revient en boxer pour finir de se rhabiller. Sa presque nudité et ses cheveux bruns encore humides me vrillent les neurones de bon matin.

    « Je t’ai réveillé, désolé, il me lance, alors que je suis déjà habillé et prêt à l’accompagner au petit déj.
    —    Ton réveil tirerait du sommeil une bûche !
    —    Désolé !
    —    C’est pas grave, ça me fait plaisir de t’accompagner au petit déj. Tu as le temps de prendre ton petit déj, hein ?
    —    Oui, j’ai le temps, je dois être à l’entraînement à 10 heures.
    —    Cool ! Viens faire un bisou ! »

    Jérém finit de faire disparaître sa plastique de fou sous le tissu brillant de sa belle chemise et se penche sur moi pour m’embrasser.

    Lorsque Jérém sort de la douche et se rhabille après une nuit d’amour, et alors que mon cœur se serre à l’idée de le quitter, ça fait du bien de me rappeler qu’il nous reste encore ce moment magique du petit déjeuner à partager. Une façon de jouer les prolongations. Chaque instant gagné en compagnie de mon Jérém est une petite victoire.
    Ces rencontres à l’hôtel sont des moments uniques. Dans cette chambre, nous sommes loin de tout et de tous. Nous ne sommes que tous les deux, et tout disparaît autour de nous. Pendant quelques heures rien ne semble pouvoir nous atteindre, et tous les soucis disparaissent.
    Mais l’attente entre chaque retrouvaille est si longue, et les moments passés ensemble filent si vite ! Tellement vite que je ne suis jamais rassasié de lui, de sa présence. Mais c’est peut-être justement le propre de l’amour, le fait de ne jamais être rassasié de la présence de l’Autre.
    Nous sommes les clients les plus matinaux, la salle du petit déj est vide à notre arrivée. Nous nous servons au buffet et nous nous asseyons à l'une des petites tables du resto, les yeux pas complètement en face des trous, fatigués à cause d’une nuit tout aussi courte qu’intense. Jérém ne parle pas, il n’est pas très bavard le matin.
    Les écrans sans son aux quatre coins de la salle régurgitent des infos passées en boucle par une chaîne spécialisée. Mon beau Jérémie est assis en face de moi, tout beau, bien habillé, le brushing de bogoss, dégageant une fragrance d’une fraîcheur déroutante. Je le regarde enchaîner les tartines de pain grillé et confiture, de boire son café, et je ne peux m’empêcher de penser que dans quelques minutes il va repartir dans la vie, sans moi.

    « Ça va ? je le questionne en le voyant le regard perdu dans un coin de la pièce.
    —    Si tu savais comment je n’ai pas envie d’aller à l’entraînement ! Je n’aurais jamais cru que je dirais ça un jour. J’ai tellement aimé le rugby…
    —    Mais tu l’aimes toujours…
    —    Alors c’est lui qui ne m’aime plus…
    —    Si, vous traversez juste une crise…
    —    La fameuse crise des 7 ans ?
    —    On va dire ça, oui… »

    Je déteste ces adieux dans la chambre d’hôtel, au pied du lit où nous avons fait l’amour. Et pourtant, ces adieux sont si doux. Avant de nous quitter, nous nous prenons dans les bras l’un de l’autre, et tout autant moi que Jérém semblons avoir un mal de chien à quitter cette dernière étreinte. Je pose ma joue dans le creux de son cou, je cherche à m’enivrer une dernière fois de la chaleur et du parfum de sa peau. Ses baisers et ses caresses sont intarissables. Les miens aussi. Je ne me lasse pas de lui poser des petits bisous dans le cou, je ne suis jamais rassasié de caresser ses cheveux, la peau douce de son cou, ou de laisser mes doigts se balader sous sa chemise et caresser la région entre ses omoplates, une caresse qu’il affectionne tout particulièrement.
    Mais j’ai beau le caresser et l’embrasser, mon esprit ne s’apaise pas. Se quitter après s’être fait autant de bien en si peu de temps est très dur, autant pour lui que pour moi. De plus, je le sens toujours tendu, soucieux, en plein questionnement sur lui-même et sur son avenir, et ça me rend triste de ne rien pouvoir faire de concret pour l’aider. Alors, oui la tristesse est bel et bien là, elle submerge mon esprit, et je ne peux rien faire pour l’en empêcher.

    « Rentre bien, P’tit Loup…
    —    Toi aussi, Ourson ! »

    Lorsque la porte se referme derrière P’tit Loup, Ourson a envie de pleurer. Pourvu que la prochaine rencontre arrive vite.

    Hélas, ce ne sera pas le cas.


     


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  • Je rentre de la fête au petit matin. Je n’ai pas eu de nouvelles de Jérém depuis jeudi soir. J’ai essayé de l’appeler après le passage en mairie, mais je n’ai pas pu l’avoir. Il me manque à en crever.
    Je me réveille plusieurs heures plus tard, en tout début d’après-midi. Je grignote un peu et pense à ma promesse faite à Thibault de passer voir son gosse. Aujourd’hui, c’est jour de match. Je ne veux pas le déranger, je lui envoie un message pour lui proposer de passer le voir dans la soirée, s’il est disponible.
    Je passe l’après-midi à comater, à penser à Jérém, à avoir envie de ne rien faire, à broyer du noir. La fatigue est un catalyseur de tristesse. Heureusement, un rayon de lumière vient illuminer la fin de journée. En même temps que les infos sportives à la télé annoncent que cet après-midi le Stade Toulousain a remporté la victoire haut la main contre Montferrand, je reçois un message de Thibault qui me propose de passer pour une soirée pizza.
     
    Sur le coup, je suis étonné que Thibault m’invite chez lui un soir après un match victorieux. Quid de la troisième mi-temps ? Mais très vite, je me dis que le jeune papa doit avoir d’autres priorités en ce moment. L’ex-mécano n’a pas précisé si Nathalie sera là ou pas. J’imagine que trois semaines après l’accouchement, elle n’a pas encore dû reprendre le boulot  , et que par conséquent elle sera présente. J’espère que ça va bien se passer, j’espère qu’elle ne va pas me regarder de travers. J’espère que je ne vais pas me sentir mal à l’aise. De toute façon, j’ai décidé de ne pas tenir compte de ce dont elle m’a parlé lorsque Thibault était KO après son accident à AZF. Non, je ne vais pas couper les ponts avec Thibault pour ne pas la froisser, pour qu’il puisse rester dans le droit chemin de l’hétérosexualité. Thibault est mon pote. Et même s’il y a de la tendresse entre nous, je ne ferai rien qui puisse le déstabiliser.
    Lorsque je débarque à l’appart des Minimes, l’ancien mécano m’accueille avec la chaleur bienveillante que je lui connais. Thibault est un gars très démonstratif, et il sait montrer à quel point la visite d’un pote lui fait plaisir. Il me prend dans ses bras, il me claque la bise. Même devant sa copine.
    « Tu connais Nathalie…
    — Oui, bien sûr !
    — Salut Nico, ça gaze ? » m’accueille cette dernière, en me claquant la bise à son tour. Elle a l’air de bon poil, ça fait plaisir .
    « Ça va bien. Mais c’est plutôt à toi qu’il faut le demander… d’ailleurs, félicitation la nouvelle maman !
    — Merci, merci !
    — Viens, je vais te présenter Lucas ! » fait l’adorable Thibault .
    Il a l’air vraiment heureux. Ça me fait un plaisir fou de le voir si joyeux.
    «  Fais gaffe, il vient de s’endormir, j’ai eu un mal fou à le calmer, glisse la jeune maman.
    — Yes ! »
    Le jeune rugbyman m’amène dans la chambre, sa chambre, puisque l’appart n’en comporte pas d’autres. A côté d’un grand lit, un berceau est installé. Lucas est là, tout petit, tout fripé comme un nourrisson, dormant à poings fermés, les quatre fers en l’air. La vision de cette petite vie qui commence provoque en moi une intense émotion. Parce que cette petite vie provoque chez son papa un bonheur infini, et son papa mérite vraiment d’être heureux. Mais aussi parce que cette petite vie va bouleverser celle de son papa, pour qui plus rien ne va être comme avant. Parce que j’ai toujours du mal à réaliser que ce gars avec qui j’ai fait l’amour une nuit n’est plus seul, mais qu’il y a désormais un petit être qui dépend de lui. Et c’est une grande responsabilité.
    « Ça va, Nico ? s’inquiète le beau pompier.
    — Tu ne peux pas savoir comment je suis heureux pour toi, mon grand ! » je lui répète bêtement .
    Je ne trouve pas d’autres mots pour exprimer le mélange de sentiments que je ressens en moi.
    « Tu es adorable, Nico, fait le jeune papa, tout aussi ému, en me serrant très fort dans ses bras.
    — Alors, vous allez les chercher ces pizzas ? » nous lance Nathalie qui vient de nous rejoindre.
     
    Depuis sa petite mise au point quelques mois plus tôt, je pensais que Nath ne me portait pas vraiment dans son cœur, car je représentais à ses yeux un danger pour la stabilité de son couple. Pendant mon trajet vers les Minimes, j’avais craint qu’elle ne m’accueille froidement, que ce soit pénible, et que ça gâche cette soirée de retrouvailles avec mon pote.
    Contre toute attente, l’ambiance du repas est bien sympathique, malgré la présence de Nathalie. Je dirais même grâce à la présence de Nathalie. Ce soir, elle me parle comme si on se connaissait depuis toujours, alors que nous ne nous sommes croisés qu’une seule et unique fois, et que notre échange n’a pas été des plus engageants. Ce soir, c’est comme si cet échange n’avait jamais existé. Elle s’intéresse à moi, me met à l’aise. Au final, je découvre une nana plutôt rigolote, avec beaucoup d’humour, de l’autodérision, de l’éducation, et une belle intelligence. Ça me fait plaisir que ça se passe bien et je me laisse embarquer dans ce moment sympa entre potes.
    Lors d’une digression dans le thème « Bébé », thème qui monopolise en grande partie la conversation de la soirée – les jeunes parents ont souvent l’impression que, puisque leur rejeton est le centre de leur monde, il doit forcément l’être pour tout leur entourage aussi – j’arrive à féliciter Thibault pour la victoire de l’après-midi et à lui demander des nouvelles de sa blessure au genou.
    « Ça va, j’ai bien récupéré, le chirurgien a bien réparé la pièce, il a fait une révision complète, je suis reparti pour 30 000 km » il plaisante.
    Je suis sur le point de lui demander s’il a des nouvelles de Jérém, s’il est au courant du fait qu’il traverse une mauvaise passe avec son équipe, mais déjà le petit Lucas attire à nouveau toute l’attention.
    « C’est l’heure du bib, fait Nath, qui a l’air épuisée.
    — Tu as l’air très fatiguée, je lance.
    — J’y vais, fait l’adorable rugbyman.
    — Fatiguée , c’est faible comme mot ! Je suis sur les rotules. Je te raconte pas les nuits blanches à essayer de calmer le petit monstre ! Heureusement que tu m’aides, mon chéri ! » elle ajoute à l’intention de Thibault qui vient de se lever de table et qui est déjà en train de préparer le biberon.
    Nous le suivons dans la chambre. Et là, je le vois attraper le petit Lucas avec une attention infinie, une délicatesse qui contraste avec la vision de ses grosses paluches. J’ai l’impression que le bébé tiendrait presque entièrement dans une de ses grandes mains. Thibault dépose le petit Être en équilibre entre son avant-bras et son torse, la tête délicatement posée sur son biceps rebondi. Lucas se calme vite, comme s’il se sentait bien, en sécurité, protégé. Je te comprends, petit Lucas, je sais combien il fait bon de se retrouver dans les bras de ton papa. L’image de Thibault donnant le biberon à son gosse est d’une beauté émouvante. Le petit glouton termine vite son repas et lâche un petit rot qui rassure ses jeunes parents.
    Le biberon est terminé, mais Thibault ne semble pas pressé de poser Lucas dans son berceau. Le demi de mêlée est vraiment touchant avec ce bébé dans les bras. Il ne le quitte pas des yeux, il lui fait des papouilles, il fait le zouave pour essayer de le faire sourire.
    « Tu vas être un papa gâteau… je lance.
    — Un papa gaga, oui !
    — En tout cas, il est vraiment mignon… »
    Et là, Thibault va me faire une proposition qui me trouble. Je la voyais venir, et je la redoutais.
    « Tu veux le tenir ? »
    Qui, moi, si maladroit, prendre Bébé dans mes bras ? Mais je ne sais pas comment le tenir ! Je n’ai jamais tenu un bébé ! Et si je lui fais mal ? Et puis… est-ce que Nath est d’accord ?
    « J’ai peur de ne pas savoir le tenir…
    — Mais c’est simple, fait Nathalie, tu l’allonges sur ton bras, la tête un peu relevée ».
    Je ne suis toujours pas rassuré, mais déjà l’avant-bras de Thibault frôle le mien pour la passation de « témoin ». Je me retrouve ainsi avec le petit Lucas dans mes bras, ses mains dans le vide, ses yeux écarquillés plantés dans les miens et qui semblent demander : « mais c’est qui cet abruti-là ? Il a l’air d’une poule devant un couteau ! Papa, au secours  ! »
    « Vas-y, pose-le sur ton bras, contre ta poitrine, fait Nath.
    — J’ai peur de lui faire mal…
    — Mais il n’est pas en sucre. Il est plutôt en caoutchouc ! » s’amuse Thibault.
    Les jeunes parents ne semblent pas inquiets le moindre du monde. Mais moi, je ne suis toujours pas à l’aise. J’ai du mal à tenir ce bébé dans les bras. Il a l’air si fragile ! Et puis, ses grands yeux ne cessent de me dévisager . Comme s’ils me questionnaient. Comme s’ils me demandaient : et toi, tu vas avoir un jour un bébé comme moi avec qui je pourrais jouer ? Peut-être que tu ne m’offriras jamais un pote avec qui jouer parce que tu n’es pas normal. Tu as encore le temps pour changer. Tu ne veux pas rater ta vie, hein ? Te retrouver à 50 piges en te disant que tu t’es trompé ?
    J’ai de plus en plus de mal à supporter ce regard à la fois innocent et « accusateur » malgré lui.
    Comment un être si minuscule et sans défenses peut-il autant me perturber par sa simple présence ? Peut-être parce que le regard innocent d’un nourrisson est un miroir qui oblige à se regarder en face et à se poser des questions sur soi .
    Le petit Lucas commence à s’impatienter, je crois qu’il va bientôt commencer à chialer. Non, pas ça ! Je m’empresse d’écouter les conseils de ses parents et j’arrive enfin à trouver une position rassurante pour lui.
    « Tu vois, rien de compliqué ! fait Thibault.
    — Mais attends… il enchaîne en approchant son nez de la couche du bébé, je crois qu’il faut le changer.
    — Encore ? fait Nath, l’air à bout de forces.
    — Si tu nous prépares un café je m’en occupe.
    — Si tu t’en occupes je vais t’en faire 10 des cafés ! »
    Nathalie disparaît dans le séjour et Thibault récupère le gosse de mes bras, le pose sur une table à langer et commence à défaire la couche avec des gestes assurés. Je le regarde essuyer, soigner, caresser, incapable de quitter son gosse du regard.
    Puis à un moment, il se retourne vers moi, les yeux humides et il me lance, la voix cassée par une intense émotion :
    « Je n’arrive toujours pas à réaliser que ce beau petit gars est le mien ! »
    Son émotion est contagieuse et je ne peux m’empêcher de le prendre dans mes bras et de le serrer très fort contre moi.
    « Il a tellement de chance, ce gosse ! »
     
    Ça me fait toujours bizarre de voir Thibault avec un gosse. C’est beau, émouvant et déroutant, tout en même temps. Parce que le jeune rugbyman n’a qu’un an de plus que moi, parce que je l’ai connu faisant partie de la bande de Jérém, une bande de jeunes mecs célibataires qui avaient l’air de vouloir profiter de leur jeunesse , de leur insouciance, et pour qui les priorités dans la vie ne semblaient être autres que le rugby, les potes, les soirées en boîte, les nanas. Tout s’est passé si vite, tout a changé si vite. Trop vite. Je n’ai pas eu le temps de m’y préparer. Est-ce qu’il a eu le temps de s’y préparer ? Parce que je sais que ce gosse, qui est arrivé « par accident » va changer toute sa vie, en dévier le « cours naturel ». Je sais que Thibault vient de découvrir qui il est, et s’engager avec une femme et un gosse va le ralentir dans la quête de son identité et de son épanouissement. Même si le voir si heureux me rend heureux aussi, j’ai peur que cela ne dure. Je sais que Thibault aspire à aller vers les garçons. Comment va-t-il faire pour faire cohabiter en lui ce désir avec l’envie d’être un papa pour Lucas et un compagnon pour Nathalie ?
    J’espère qu’il va être heureux, je lui souhaite d’être heureux tous les jours de sa vie comme ce soir. Il le mérite vraiment, ce petit mec.
     
    Après le café, Thibault s’isole quelques minutes pour répondre à un coup de fil d’un co-équipier. Ce qui me laisse en tête à tête avec Nathalie. Le coup de fil s’éternise et je ne suis pas à l’aise. Même si ce soir elle s’est montrée aimable avec moi, je crains qu’elle profite de ce moment pour remettre sur la table le sujet de mon amitié avec Thibault. Je voudrais remplir le vide, mais je ne sais pas de quoi lui parler et le silence s’installe.
    « Je voulais te dire, Nico… »
    Aïe, aïe, on y est…
    « Je voulais m’excuser pour ce que je t’ai dit la dernière fois. »
    Ah, si je m’étais attendu à ça…
    « Je n’ai pas le droit de gérer la vie de Thib, elle enchaîne. Il a le droit de voir qui il veut. Tu as bien fait de ne pas m’écouter. J’étais un peu sur les nerfs à ce moment-là et c’est tombé sur toi.
    — Je ne t’en veux pas.
    — Merci.
    — Thibault est vraiment un ami pour moi.
    — Je sais. Et je sais aussi ce qui s’est passé entre vous.
    — Il te l’a dit ?
    — Oui. Un soir, il m’a tout dit. Qu’il a couché avec toi et avec Jérém. Et il m’a dit aussi qu’il est toujours attiré par les mecs.
    — Ah, ok… et… tu en penses quoi ?
    — Je pense que je ne peux rien faire pour changer les choses… tu sais, Nico, Thib, je l’aime, vraiment. Je n’ai jamais rencontré un gars aussi chouette. Je voudrais faire ma vie avec lui, faire d’autres gosses avec lui. Mais je sais qu’il aspire à autre chose. Je sais que son bonheur ne sera pas avec moi. Il sera un excellent papa, mais malgré tous les efforts qu’il pourra produire, il ne sera jamais un homme heureux avec moi. Et s’il n’est pas heureux, je ne le serais pas non plus. Je ne regrette rien, tu sais ? Je ne regrette pas d’avoir fait un gosse avec lui, même si ce n’était pas prévu… ».
     
    Tu t’appelles Nathalie Rouget et tu es folle amoureuse de Thibault Pujol depuis la première fois que tu lui as parlé en boîte deux ans plus tôt. Tu l’as trouvé sympa, rassurant, touchant. Il faisait déjà tellement « mec » que tu ne l’as pas cru quand il t’a dit qu’il n’avait que 18 ans. Et pourtant, c’était bien le cas. Tu t’es dit : il est un peu jeune pour toi, cinq ans d’écart ça commence à faire. D’autant plus que tu as toujours aimé les garçons plus âgés. Tu as toujours trouvé qu’avant 25 ans, un gars c’est juste bon pour le sexe. Car, côté intellectuel et affectif, la plupart du temps, il reste du câblage à faire à cet âge-là. Mais bon, ce petit mec tout en muscles et au regard apaisant avait l’air tellement plus mûr que les gars de son âge. Il t’a surpris par sa droiture, par sa douceur, par son esprit. Tu as fait l’amour avec lui. Il t’a fait l’amour comme aucun gars ne te l’avait fait auparavant. Il avait voulu te donner du plaisir, il avait voulu te faire te sentir bien. Et tu n’as pas pu t’empêcher de tomber amoureuse de lui. Plus que ça, même. Tu t’es rendu compte que tu l’aimais comme tu n’avais jamais aimé personne d’autre .
    Mais entre ton travail, son bac, son boulot au garage, le rugby, ses potes, et le fait que vous n’habitiez pas ensemble, ce n’était pas facile d’avoir une relation suivie. Vous vous aimiez, vraiment, mais en pointillés. A chaque fois que tu faisais l’amour avec lui, c’était un pur bonheur. Car il te respectait, il te montrait que tu comptais pour lui, il te faisait te sentir belle, désirable, importante. Et ce gars généreux, bienveillant, fougueux, attentionné, protecteur, tu l’aimais de plus en plus.
    Mais au fil du temps, tu as senti que quelque chose se passait en lui. Tu as capté ces regards  qu’il posait sur certains mecs. Tu as voulu les ignorer. Mais un doute avait commencé à s’installer en toi. A partir d’un certain moment, tu as commencé à le sentir de plus en plus soucieux, comme si quelque chose le tracassait. Tu lui as demandé ce qui se passait, il t’a dit que ce n’était rien. Tu as fait semblant d’y croire, mais tu savais qu’il y avait autre chose. C’était au printemps précèdent. Tu avais senti que Thibault avait besoin de prendre l’air et tu as accepté d’espacer vos rencontres pour le laisser respirer. Ça a été dur, mais tu as pris sur toi, et tu lui as rendu sa liberté.
    Tu l’as revu un soir en boîte, tu es tombée sur lui presque par hasard. Ce soir-là, Thibault avait vraiment l’air d’être à coté de ses pompes. Tu lui as proposé de prendre un verre et il t’a raconté que son pote Jéjé venait de se bagarrer avec un type dans les chiottes de la boîte et qu’il venait de rentrer avec un pote. Il t’a dit qu’il avait envie de rentrer mais qu’aucun de ses potes ne voulait décoller. Tu lui as proposé de rentrer et de le déposer. Mais tu es montée dans son appart et vous avez fait l’amour. C’était toujours aussi bon, mais ce n’était pas comme avant. Tu avais l’impression que pendant qu’il te faisait l’amour, c’était à quelqu’un d’autre qu’il pensait.
    Pendant des semaines, tu n’as pas eu de ses nouvelles, à part quelques échanges de SMS. Puis, un jour, c’est ton corps qui t’en a données. Tes règles n’ont pas été au rendez-vous. Ça t’était déjà arrivé, alors ça ne t’a pas surpris plus que ça. Mais le retard a fini par devenir « suspect » et tu as fini par faire le test. Positif. Aucun doute sur la paternité. Thib était le seul garçon avec qui tu avais couché depuis des mois.
    La nouvelle t’avait bouleversée. Pendant un temps, tu avais pensé à Thibault comme au futur papa de tes enfants. Mais plus depuis que tu l’avais senti s’éloigner de toi.
    Tu ne savais pas vraiment quoi faire. Peu d’options se présentaient à toi. Avorter aurait été la plus simple. Mais pour toi ça n’en était pas une. Tu t’es imaginé élever ton enfant en mère célibataire, sans impliquer le père. Tu as hésité, et puis tu t’es dit que tu ne pouvais pas lui faire ça. Tu devais le lui dire. Il avait le droit de savoir. Tu as attendu quelques semaines pour être sûre et tu le lui as annoncé.
    Après avoir accusé le coup d’une nouvelle à la fois aussi inattendue et bouleversante, Thibault a sauté de joie. Il t’a pris dans ses bras musclés qui t’ont toujours donné tant de bonheur et il a pleuré avec toi.
    Et tu as su que tu avais fait le bon choix en décidant de l’impliquer.
    C’est à ce moment-là que tu as voulu avoir une conversation avec lui. Tu sentais qu’il en avait envie, qu’il en avait besoin. Toi aussi tu en avais besoin. C’est cette nuit-là qu’il t’a parlé de son attirance pour les garçons, et en particulier pour son pote Jéjé.
    Même si tu t’y attendais un peu, ça t’a fait un choc d’entendre cela par le gars dont tu attendais ton enfant.
    Il t’a dit qu’il ne pourrait jamais assumer le fait d’être homo. Et surtout, surtout, surtout maintenant qu’il allait être papa. Il t’a dit qu’il renfermerait tout ça dans un coin de sa tête et que tout ce qui comptait c’était cet enfant qui arrivait et qu’il voulait l’assumer, qu’il voulait être à tes côtés. Tu l’as cru, tu as voulu lui faire confiance.
    Mais lorsque Nico était venu le voir après son accident dans les décombres d’AZF, lorsque tu avais capté le regard que le futur papa de ton enfant posait sur ce pote, tu t’es sentie trahie. Alors, tu t’es montrée possessive, jalouse, autoritaire, menaçante même.
    Chose que tu as vraiment regretté depuis.
    Alors, quelques temps après la venue de Nico, en regardant Thibault immobilisé sur le canapé à cause de ses blessures, tu as ressenti une profonde tendresse s’emparer de toi. Tu t’es assise à côté de lui et tu lui as dit qu’il ne devait pas renoncer à être heureux, que tu l’aimais toujours et que tu savais qu’il t’aimait lui aussi. Tu lui as dit aussi qu’il est ton plus grand amour et peut être l’amour de ta vie. Tu lui as dit que cet enfant était un enfant d’amour, et que tu ne lui empêcherais jamais de le voir grandir, quoi qu’il arrive .

    « Ça va pas être facile de gérer tout ça… je considère.
    — Non, mais nous allons tout faire pour que les choses se passent bien, fait Nathalie. Pour l’instant, nous n’allons rien changer. Nous sommes tous les trois et nous sommes bien. Je vais bientôt recommencer à travailler, et nous allons nous organiser pour nous occuper de Lucas.
    — Et s’il rencontre quelqu’un ? Et si toi tu rencontres quelqu’un ?
    — On avisera. Mais même si demain nous ne vivons plus ensemble, je ne l’empêcherai pas de voir son gosse grandir. Je pense à une garde partagée avec beaucoup, beaucoup de souplesse et de bienveillance .
    — Je t’avais mal jugée Nath, tu es une bonne personne.
    — Il arrive … »
     
    « Désolé, Nico. C’était Loris, un mec du rugby, un véritable moulin à paroles. Nath, ça t’embête pas si je sors prendre un dernier verre avec Nico ?
    — Mais pas du tout ! Après avoir changé la couche de Lucas tu peux prendre ta semaine ! elle plaisante.
    — Une heure suffira.
    — Oui, c’est ça… quand un rugbyman qui sort prendre un verre te dit " je reviens dans une heure  ", ça veut dire le lendemain matin. Alors, comme je serai couchée depuis longtemps, Nico, bonne chance pour tes études, et au plaisir de te revoir.
    — Merci, bon courage à toi aussi, avec le taf et avec le petit Lucas ! »
     
    En terrasse d’un bar de la rue Péri, Thibault me demande comment ça se passe entre Jérém et moi. Je lui parle de nos rencontres depuis Noël, de ses visites surprises à Bordeaux, de notre nuit à l’hôtel à Poitiers. Et aussi de cette dernière période où il ne trouve plus le temps pour me voir à cause du stress de la fin de saison.
    « Il ne te ment pas, tu sais. A la fin de la saison, le management nous met une pression de fou. On est fatigués de tous ces mois de compétition et il faut donner encore plus. C’est dur ! »
    — Je le sais, mais c’est dur aussi de ne pas le voir. Mais j’attendrai ce qu’il faut. Ce qu’il faut.
    — Et, toi, Thib, tu en es où dans ta vie ? j’enchaîne .
    — Je suis papa…
    — Ça je sais, mais je te parle du reste.
    — J’ai envie d’aller vers les mecs. Mais je n’ose pas sauter le pas.
    — Par rapport à Nath ?
    — Un peu. Mais pas tellement. Nous venons de mettre les choses à plat entre nous. Tu sais, je lui ai tout dit et elle me soutient. J’ai beaucoup de chance d’être tombé sur une nana comme elle. Non, je suis surtout mal à l’aise par rapport au mon petit bout de chou. Je me demande ce qu’il penserait de moi…
    — Je pense qu’il voudrait que son papa soit heureux…
    — Je le pense aussi. Mais il y a autre chose qui me tracasse.
    — C’est quoi ?
    — Le fait même de coucher avec un gars…
    — Mais c’est pas ta première fois, non ? Je veux dire, toi, Jérém et moi, cette nuit…
    — Avec Jé et toi, ce n’était pas pareil. C’était nous trois, tu vois… nous trois… »
    Parce que c’était vous, parce que c’était nous, je paraphrase une célèbre citation dans ma tête.
     
    Tu t’appelles Thibault Pujol. Et tu sais désormais que ce sont les garçons qui attirent ton attention et attisent ton désir. Au fond de toi, tu le savais depuis longtemps. Depuis un soir en camping, l’été de tes 13 ans, lorsque tu as fricoté avec Jé, ton meilleur pote. Depuis ce soir-là, et certainement même avant, tu as été amoureux de lui. Mais ton amour était un amour secret, parce que tu as voulu faire passer l’amitié avant l’attirance, avant tes sentiments. L’amitié avant tout. De toute façon, tu ne voulais pas non plus ressentir ces choses-là pour un garçon. Tu as essayé de ne pas y penser, mais ce truc te taraudait sans cesse, sans pitié.
    Avec le temps, tu t’étais accommodé tant bien que mal de cette amitié derrière laquelle tu cachais ta souffrance. Mais quand Nico est arrivé dans la vie de ton pote, quelque chose a basculé dans ta tête. Et la nuit que vous avez passée tous les trois ensemble, ça a réveillé en toi des démons que tu avais essayé d’enfouir depuis des années au plus profond de toi.
    Puis, après cet accident où tu as vraiment cru perdre ton pote, tu as décidé de lâcher prise. Ça a été dur, ça a été au prix de mettre une grande barrière entre lui et toi, mais tu as réussi à aller de l’avant. Cette épreuve a eu le mérite de t’ouvrir les yeux sur le fait que toi, Thibault Pujol, tu aimes les garçons et que tu as envie d’aller vers eux.
    Ça t’avait fait un bien fou d’acter cet état de choses, même si tu ne savais pas encore comment tu allais l’assumer. Et pile au moment où tu arrivais enfin à voir clair dans ton esprit, ta vie a été une nouvelle fois retournée par un évènement inattendu et bouleversant. Nathalie t’a annoncé qu’elle attendait un enfant de toi.
    Ça fait deux ans que tu as rencontré Nathalie. Votre relation n’a jamais été vraiment une relation de couple. Vous vous êtes trouvés, vous vous êtes fait du bien, de temps en temps. Vous étiez amis, confidents, amants. Tu ressens une profonde affection pour elle et tu sais que tu comptes beaucoup pour elle. Vous ne vous êtes jamais rien promis, ni rien interdit. Vous aviez chacun une bande de potes, et des aventures chacun de votre côté. Et vous vous retrouviez parfois, pour vous faire du bien.
    Mais cette belle relation est devenue plus difficile quand tu as réalisé que les sentiments de Nathalie pour toi avaient changé, et qu’elle était vraiment amoureuse de toi. Ça t’a fait peur, et tu as voulu prendre un peu de recul. Tu sais que tu lui as fait de la peine, et tu t’en veux. Mais tu n’as pas pu faire autrement. Tu as voulu être sincère avec elle, tu lu as dit que tu ne ressentais pas les mêmes sentiments qu’elle ressentait pour toi. Tu avais quelqu’un d’autre en tête, et ce quelqu’un c’était Jé. Et même si tu savais que c’était un amour impossible, tu n’arrivais pas à t’en faire une raison.
    Vous êtes restés plusieurs mois sans vous voir, Nathalie et toi. Et tu es retombé sur elle, une nuit, en boîte, où tu avais le moral dans les chaussettes. Tu venais d’apprendre que ton pote Jé venait de se battre dans les toilettes de la boîte avec un autre gars, son t-shirt blanc était souillé de sang. Tu venais de le voir repartir de boîte avec Nico, son camarade de lycée, et tu savais que cette nuit-là ils allaient faire l’amour. Tu étais heureux pour eux, mais au fond de toi, tu étais malheureux comme jamais. Car Nico avait pris la place que tu voulais auprès de ton Jé.
    C’est à ce moment-là que tu es retombé sur Nathalie. Tu avais le cœur en miettes et elle a su te réconforter. Ce soir-là, tu es rentré avec elle. Et vous avez fait l’amour. Tu lui as fait l’amour. Mais ce n’était pas comme d’habitude. Ton corps était avec le sien, mais ton esprit était ailleurs. Tu n’arrivais pas à cesser de penser à Jé, à Nico. Nathalie s’est rendu compte que tu n’étais pas vraiment avec elle. Elle t’a questionné. Tu n’as rien voulu lui cacher. Elle a été très chouette avec toi. Elle t’a dit qu’elle t’aimait et qu’elle voulait que tu sois heureux, même si ce n’était pas avec elle.
    Trois mois plus tard, elle t’a annoncé que tu allais être papa.
    Tu étais super heureux de devenir papa. Mais quelque chose te tracassait. Cette attirance pour les garçons qui t’empêcherait d’être un bon compagnon. Vous avez parlé, et elle t’a dit que tu avais le droit de vivre ta vie comme tu l’entendais, que tu avais le droit d’être heureux. Et qu’elle te laisserait jouer ton rôle de papa sans te poser d’obstacles. Cette discussion t’a enlevé un grand poids du cœur. Depuis, tu te sens mieux. Tu te sens libre. Tu laisses enfin parler tes envies. Et ce sont des envies de sensualité et de plaisir avec un garçon que tu ressens. Ça fait des mois que tu n’as pas touché un garçon, senti un corps masculin contre le tien. Depuis que tu as couché avec ton pote Jé, quelques jours avant son accident. Ça commence à faire un bail. Alors tu as envie de ça, très envie. Mais aller trouver d’autres gars…
     
    « Mais aller trouver d’autres gars… je n’arrive pas à franchir le pas. J’ai l’impression que si je couchais avec un gars ma vie basculerait, et que je ne pourrais plus jamais revenir en arrière, continue le jeune pompier.
    — Ça te fait peur d’être homo, c’est ça ?
    — Ouais. Tu sais, autour de moi, dans les vestiaires, sur le terrain, je n’entends que des moqueries et des insultes vis-à-vis des gars comme nous… »
     
    Oui, tu t’appelles Thibault Pujol et tu es quotidiennement confronté à une mentalité machiste et homophobe. « Sale pédé » est une expression utilisée à tort et à travers pendant les entraînements. Tu trouves de plus en plus dérangeant le fait qu’elle remplace un simple « tu as fait une erreur de jeu » ou toute autre invective vis-à-vis de l’autre en cas de désaccord. Tu n’arrives pas à comprendre pourquoi le mot « pédé » est utilisé comme la plus polyvalente et méprisante des insultes. Tu n’arrives pas à comprendre en quoi pédé doit être une insulte. Tu te demandes pourquoi cette haine est enracinée si profondément et comment elle se transmet d’une génération à l’autre.
    Tu te souviens avoir été invité par l’un de tes co-équipiers à assister à un match de foot de l’équipe dans laquelle jouait son petit frère de 8 ans. Tous les gamins avaient entre 7 et 10 ans. Dès les premières minutes du match tu as assisté à quelque chose qui t’a frappé.
    Tu te souviens avoir vu des petits gars jouer les machos avant l’heure, singer les attitudes, répéter bêtement les expressions de leurs frères aînés ou de leurs pères. Il y avait ceux qui veulent être les leaders, ceux qui veulent attirer l’attention, les agressifs, et puis il y avait les souffre douleurs. C’était plutôt caricatural, et ça t’aurait fait sourire, si seulement tu n’avais pas vu le regard des petits gars qui subissaient ce grossier jeu de rôles. Si seulement tu ne t’étais pas dit que cela annonçait les futurs comportements de certains et les futures souffrances pour d’autres.
    Tu te souviens que le petit Alex avait reçu le ballon et tu te souviens de sa démarche hésitante, de son regard apeuré par deux gars plus grands qui fonçaient sur lui et qui n’auraient pas hésité à le bousculer pour récupérer le ballon. La collision était inévitable. Alex avait pris peur. Il s’était débarrassé du ballon juste avant que les deux mecs ne le dégomment. Son coup de pied était faible, le ballon était parti en sucette, et Alex était tombé.
    « Tu joues comme un pédé ! » tu avais entendu fuser.
    Ce ne sont que des mots, et personne ne les avait relevés. Ni l’entraîneur, ni les parents autour du terrain. Personne ne s’était insurgé contre ces mots stigmatisants. Ce ne sont que des mots, mais ils t’ont profondément touché, comme ils ont touché le petit Alex.
    Tu aurais voulu intervenir et dire : « Eh, il a juste raté un coup ! C’est pas ça être pédé ! Être pédé, c’est un gars qui aime un autre gars. Et ce n’est pas une insulte, en aucun cas. Car on a tous le droit d’aimer qui on veut ! » Mais ce n’était ni le lieu ni le moment. Tu n’avais aucune autorité sur ces gamins. Ils étaient à fond dans le match et personne ne t’aurait écouté. Mais si tu avais été leur entraîneur, tu aurais arrêté le jeu sur le champ et tu aurais fait une saine mise au point.
    « Tu joues comme un pédé  ! »
    Oui, ce ne sont que des mots, mais tu sais que ce sont les mots qui enracinent le rejet, la haine et la honte de demain. Un enracinement qui survient très tôt, trop tôt. Tu t’es dit qu’il faut que ce cycle infernal soit cassé. Parce que l’homophobie est ni plus ni moins que du racisme.
    Ce rejet, cette haine, cette honte, tu les ressens chaque jour dans les vestiaires. Tu fais genre plutôt hétéro et ça t’arrange bien. Tu as une copine, et maintenant un gosse, tu joues bien le rôle qu’on veut te voir jouer. Mais tu sais que tout ça ce n’est pas toi, que ce n’est pas « tout » toi. Tu es attiré par les gars et tu voudrais faire des rencontres. Mais tu as peur. Ton visage commence à être placardé sur les affiches des matches, et tu as peur qu’on te reconnaisse.
    Tu sais qu’il y a une partie de toi que tu dois taire, au risque de tout perdre. Si « ça se savait », tu sais qu’on te pousserait à bout, on te pousserait à partir et à renoncer à ta carrière sportive.
    Tu entends des insultes qui t’affectent parce qu’ils laissent entendre qu’un pédé mérite la double peine d’être considéré comme un malade et d’être puni pour sa maladie. La banalisation de la haine contre les gays te révolte, mais tu ne peux pas vraiment t’insurger , sous peine de te faire remarquer et être pris pour cible. Pas une fois, tu as entendu un discours positif sur les homos. Pas de la part d’un coach, d’un président, n’importe qui dans le staff. Personne .
    Tu sais qu’il n'y a pas de place pour un homo dans les sports d'équipe. Cacher sa sexualité est une source de peur constante. Faire semblant tout le temps est fatiguant. Ça te prend de l’énergie et ça mine ton mental. Et ça, ce n’est pas bon, pas bon du tout.
    Tu as l’impression de jouer ton avenir sportif à chaque entraînement. Cela est source de stress et tu ne dors plus aussi bien qu’avant. C’est difficile de se reposer sans être en paix avec soi-même.
    Dans un sport comme le rugby, c’est le mental qui détermine si tu perces ou pas. La performance sportive est avant tout un exploit mental.
    Tu as passé les six derniers mois à avoir peur. Et maintenant, depuis que le petit Lucas est arrivé, tu te prives parce que tu veux être un papa « digne ». Mais Nico a raison, Lucas ne voudrait pas savoir que son papa se rend malheureux par peur de son jugement. Lucas voudrait que son papa soit heureux. Car un papa heureux, est un papa meilleur .
    Alors, ce soir, assis à cette table avec Nico, tu décides de dire adieu à ta honte et ta peur. Tu as la chance inouïe d’avoir le soutien de la mère de ton enfant. Tu ne veux pas que ton bout de chou te voie malheureux. Quant au rugby, tu l’aimes comme peu de choses dans la vie, ça t’apporte beaucoup de bonheur. Mais tu sais désormais que tu n’es pas prêt à sacrifier ton bonheur, tes bonheurs, tes autres bonheurs, pour le ballon ovale.
    Alors, ce soir, tu décides de vivre ce que tu as à vivre, sans tenir compte du regard des autres. Tu feras tout ce que tu pourras pour être un bon joueur, un bon coéquipier, un bon pote, un gars sur qui on peut compter. Tu seras irréprochable. Tu ne crieras pas sur les toits qui tu es. Mais si on te pose des questions, tu seras franc. Si des ragots circulent, tu mettras les choses au point. Tu diras haut et fort que tu aimes les garçons et que cela ne fait pas de toi un pestiféré. Tu diras à tes coéquipiers que tu ne feras rien pour les mettre mal à l’aise, mais que tu mérites leur respect, et ta place dans l’équipe. Et que tu as le droit de jouer comme eux tous.
    Et si malgré tout ils te rejettent toujours, si tes qualités sportives et humaines ne font plus le poids, tu partiras. Tu seras pompier, ou mécano, ou autre chose. Mais tu seras un papa et un homme épanoui. Et ça, c’est non négociable.
     
    « C’est pas facile d’être homo, et encore moins dans un environnement comme celui du sport de haut niveau. Jérém a les mêmes peurs, et je comprends la pression qui pèse sur vous, je considère.
    — Jérém a la chance de t’avoir, je suis sûr que ton soutient est précieux pour lui. Et moi j’ai la chance d’avoir Nath, car son soutient est précieux pour moi.
    — Au fait, tu as dit à Jérém que tu es papa ? » je lance, sans transition.
    Je sais qu’il a appelé Jérém, car ce dernier m’en a parlé vite fait un soir au téléphone. Jérém ne s’étant pas vraiment épanché à ce sujet, j’ai envie de connaître le ressenti de Thibault.
    « — Oui, je l’ai appelé.
    — J’imagine qu’il était heureux pour toi…
    — Il l’était. Mais c’était un peu bizarre.
    — Bizarre comment ?
    — C’était bizarre de reprendre contact après tous ces mois, de lui annoncer que je venais d’être papa après ce qui s’était passé entre nous, après ce que j’ai ressenti pour lui pendant si longtemps. J’ai eu l’impression qu’il était gêné, et moi aussi je l’étais. J’ai aussi eu l’impression que nous n’étions plus en phase, comme si nous étions maintenant à différents stades de notre vie. Tu comprends ce que je veux dire ?
    — Je crois, oui. Tu as désormais des responsabilités qui te font revoir tes priorités alors que ce n’est pas le cas de Jérém.
    — C’est ça !
    — Il t’a parlé de son équipe ?
    — Oui, et ça a été l’autre sujet compliqué à aborder…
    — Parce que pour toi et ton équipe ça se passe plutôt bien… je m’avance.
    — Et que lui et son équipe galèrent sévère en ce moment… il complète.
    — Ça l’affecte beaucoup…
    — Il pense qu’il ne sera pas renouvelé pour la saison prochaine… je n’ai même pas osé lui dire que moi, je le suis déjà…
    — Tu crois qu’il pourrait trouver une autre équipe ?
    — Je ne sais pas, mais je ne l’ai pas senti motivé pour chercher.
    — Tu crois qu’il pourrait laisser tomber le rugby ?
    — J’ai l’impression qu’il est tellement déçu qu’il pourrait tout envoyer chier sur un coup de tête, oui. Il en est tout à fait capable. Le fait est que s’il sort du circuit maintenant, c’est fichu. Il faut qu’il tienne bon. Jé est un super bon joueur, et ce n’est pas parce qu’il n’a pas trouvé comment s’intégrer dans une équipe qu’il est moins bon. Il n’a peut-être pas rencontré les bonnes personnes, les bons joueurs, les bons entraîneurs. « Bons », dans le sens où ils sauraient mettre en valeur son talent. Parce que du talent, Jé il en a à revendre. Mais il faut qu’il ait en face quelqu’un qui sache le canaliser.
    — Et tu lui as dit tout ça ?
    — Bien sûr que je le lui ai dit. Mais j’ai l’impression que cette saison et cette équipe ont sapé son moral et sa confiance en lui. Je l’ai connu davantage battant que ça. J’ai essayé de le secouer, mais j’ai senti qu’il était moins réceptif qu’avant. Si nous jouions dans la même équipe, si on se voyait chaque jour, si je connaissais en détail les problèmes qu’il a rencontrés, ce serait différent, je pourrais l’aider. Mais là, à l’aveugle, c’est difficile de taper juste.
    — Je voudrais pouvoir faire quelque chose pour arranger les choses.
    — Ça fait longtemps que tu ne l’as pas vu ?
    — Plus d’un mois. Il n’a pas le temps.
    — Je pense qu’il n’a surtout pas la tête à ça. Mais ça lui ferait du bien de te revoir.
    — Il faut que je monte à Paris.
    — Je pense, oui.
     
    Thibault est un garçon intéressant, avec une conversation agréable et variée, agrémentée d’une bienveillance de chaque instant qui me fait me sentir meilleur et qui me tire vers le haut. Il y a des gens comme ça, qui savent tirer le meilleur de chacun. Et Thibault est de ces personnes-là, des personnes rares et précieuses. Nous parlons longtemps et je ne vois pas le temps passer. Lorsque la fatigue commence à se faire sentir et que je regarde enfin l’heure, il est déjà deux heures du matin passé.
     
    « J’adore discuter avec toi, Thibault, mais là je dois vraiment y aller. Demain je dois rentrer à Bordeaux, et le réveil va sonner de bonne heure.
    — Ça marche, Nico. En tout cas, ça m’a fait vraiment plaisir de te revoir. Tu passes quand tu veux, tu es toujours le bienvenu ! ».
    Au moment de nous quitter, en bas des allées Jean Jaurès, je sens que nous n’en avons pas envie, ni lui, ni moi. Dans ses regards, dans son attitude, je retrouve cette tension, ces non-dits qui m’ont beaucoup troublé la dernière fois.
    « Je le sais, merci, je finis par lui répondre après un instant de flottement. Et toi aussi tu es le bienvenu chez moi à Bordeaux. Si un jour tu passes par là…
    — Je passerai avec grand plaisir !
    — Prends soin de toi, mon grand ! » fait l’adorable demi de mêlée tout en me prenant dans ses bras et en me plaquant contre son torse musclé.
    Cette douce et chaude accolade se prolonge, chaque instant est plus troublant que le précédent et moins que le suivant. C’est plus fort que moi, le contact avec ce gars me fait un effet de dingue. Ses bras puissants sont si rassurants et sa douceur est attendrissante. Beau jeune papa, comme tu es jeune pour avoir tant de responsabilité sur tes épaules ! Elles sont si solides, mais elles sont tellement chargées. Tiendras-tu sur la durée ? Bonne chance, mon pote Thibault.
    Dans cette étreinte où se mélangent amitié, émotion, tendresse, sensualité, je me dis, j’en suis certain, que dans une autre vie, sur une autre planète, dans une autre dimension, nos destins et nos cœurs auraient pu marcher ensemble. Et dans les mots que Thibault me glisse tout bas, pendant que notre étreinte se défait doucement, je trouve un écho saisissant à mes pensées.
    « Si on s’était rencontrés dans d’autres circonstances, si on n’avait pas été fous du même gars, peut-être que toi et moi… » il souffle tout bas dans mon oreille, alors que ses lèvres effleurent mon lobe provoquant d’intenses frissons en moi.
    Je suis à la fois flatté, touché, et gêné par ses propos. Mais je ne peux pas ne pas être aussi sincère avec lui qu’il vient de l’être avec moi.
    « Tu sais, Thib, j’y ai pensé aussi.
    — Qu’est-ce que j’ai aimé, cette nuit-là !
    — Moi aussi j’ai aimé.
    — Ça a été un déclic pour moi.
    — Je pense que ça l’a été pour tout le monde.
    — Bon courage mon grand » il me glisse, tout en me claquant une double bise sonore. Une bise amicale, suivie par deux petits bisous légers dans le cou que je reçois comme une douce notification de ce quelque chose qu’il y a entre nous et qui ne saura pas éclore.

     

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