• Cette séquence est un extrait (non corrigé) du livre "Jérém&Nico - Livre2 - Apprivoiser un beau brun" qui sortira en mars/avril 2021.

     

     71 Duel de bites fort bien tendues.


    Je rentre en dernier dans l’appart et je referme la porte derrière moi. Mon regard parcourt ces quatre murs sans lesquels rien de ce qui s’est passé entre Jérém et moi depuis des mois n’aurait été possible. S’il avait créché chez ses parents, jamais je n’aurais osé lui proposer de réviser ensemble. Et du coup, toutes nos baises n’auraient certainement pas eu lieu. Ni celles consommées ici, ni très probablement celles dans d’autres endroits, chiottes du lycée, piscine, vestiaire du rugby. Non, sans le premier théâtre de nos « révisions », tout le reste ne serait pas arrivé. Sans ce lieu pour les révisions, il n’y aurait pas eu de « révisions ».
    Je me suis toujours demandé comment se passaient dans la tête de Jérém les véritables moments de révision (car il y en a bien eu quand même). A quoi pensait Jérém à ces moments-là ? Est-ce qu’il ne pensait qu’a la partie de baise qui allait suivre ou qui venait juste de se passer, ou bien, est-ce qu’il appréciait un tant soit peu ma compagnie, même s’il ne le montrait pas ?

    Sans un mot, Jérém avance droit vers le frigo, l’ouvre, il en sort trois bières. Le regard fuyant, il en tend une au beau Romain. Ce dernier l’accepte en la troquant contre un sourire incendiaire, un smiley sexy en diable et éminemment canaille que Jérém fait mine de ne pas remarquer.
    La troisième bière est pour moi. Jérém me la tend de la même façon, sans me regarder.
    D’un geste anormalement précipité, il dévisse la capsule de la sienne et la balance négligemment dans l’évier. Il porte le goulot entre ses lèvres, il bascule la tête vers l’arrière et il en boit une bonne rasade. Sa pomme d’Adam s’agite nerveusement sous l’effet d’une déglutition rapide. En quelque secondes, la moitié du contenu de la petite bouteille a disparu.
    Je ne me sens pas à l’aise et j’ai l’impression que Jérém aussi est tendu, et ses yeux sont toujours aussi fuyants. Est-ce qu’il ne serait pas en train de demander à l’alcool de lui venir en aide pour se détendre et oser ce plan qui semble le mettre tout aussi mal à l’aise que je le suis ?
    Romain est le seul de nous trois qui a vraiment l’air très bien dans ses baskets. Il boit sa bière par petites gorgées, le regard fixement ancré sur mon beau brun, l’air d’un lion qui guette sa proie et qui est prêt à bondir quand le bon moment va se présenter.
    Jérém, quant à lui, il a l’air dérouté devant ce mec plus âgé affichant cette insupportable assurance. Il s’allume une clope et part la fumer sur la terrasse.
    Le « lion » Romain, magnifique et puissant félin mâle, lui emboîte le pas. La chasse est ouverte.
    A cet instant précis, je ressens en moi un mélange de sensations et de sentiments complètement explosif. D’une part, je suis affreusement jaloux. Je sais qu’il va se passer un truc très sexuel entre Jérém et Romain, et ça me met hors de moi.
    Mais la situation dégage un côté terriblement excitant. J’ai l’impression que Romain se pose clairement en mode « mâle alpha » et que le côté dominant de Jérém, celui que j’ai ressenti sur moi depuis toujours et que je croyais inébranlable, est en train de perdre de sa superbe dans la confrontation avec ce barbu.
    Oui, j’ai l’impression que finalement mon beau brun est intimidé par l’assurance et le charisme indéniable de ce beau barbu. L’impression que tout compte fait, il ne sait plus trop comment gérer ça.
    Le fait de voir mon beau brun un tantinet perdu, dépassé par la situation, a pour résultat de le rendre particulièrement touchant à mes yeux.
    Mais en même temps, je suis impatient de découvrir comment tout ça va se décanter, de quelle façon les « rôles » vont se distribuer, comment leurs virilités vont se rencontrer, se confronter, se jauger, se mélanger, s’affirmer, ou se dérober.
    Pendant que je me perds dans l’univers de mes fantasmes, je jauge les deux beaux bruns appuyés contre la rambarde de la terrasse, en train de siroter leurs bières. Dans mon champ de vision, t-shirt blanc moulant et t-shirt noir cintré. J’ai l’impression que toute la beauté du monde est sous mes yeux cette nuit.
    L’un transpire un calme insolent, alors que l’autre dégage une nervosité de plus en plus évidente. Oui, j’ai la sensation de plus en plus nette que la détermination de mon Jérém est en train de vaciller. Par ailleurs, j’ai également l’impression que Romain a lui aussi bien capté cet état des choses et qu’il sait que cela lui donne un certain avantage. Ainsi, au fur et à mesure que mon Jérém semble perdre pied, l’assurance de Romain semble triompher.
    Les rafales de vent font remonter de la rue les voix alcoolisées des derniers « fais-tard » du samedi soir. A côté de cela, un petit chant d’oiseau au loin s’insinue dans le vent et semble parler de l’été naissant, et de toutes ses promesses de vacances, de liberté, de plaisir.
    Mais sur la terrasse au premier étage du petit immeuble rue de la Colombette, le silence se prolonge. Et il commence à se faire carrément gênant, traduisant une tension palpable.
    C’est le beau Romain qui se charge de le briser.
    « Au fait, on ne s’est pas présentés. Moi c’est Romain » il lâche, tout en se retournant vers Jérém et en posant franchement son regard sur lui, alors que ce dernier semble toujours complètement ailleurs.
    Bah, ça on sait. On a entendu tes groupies t’appeler par ton beau prénom, tout à l’heure, avant de rentrer au On Off.
    Jérém avale la dernière gorgée de sa bière. Son bouclier liquide vient de s’évaporer. Mon beau brun est à découvert, il est « à poil » devant le regard pénétrant du beau barbu Romain. Il n’y a plus d’échappatoire, il va falloir y aller, mon gars.
    « Jérém » il finit par lâcher, le regard toujours fuyant.
    « Et moi c’est Nico » je me manifeste.
    Et là, ce n’est pas un regard de beau brun que je capte, mais deux. Ah quand-même, ça fait plaisir que vous vous souveniez que je suis là !
    Le regard de Jérém repart très vite ailleurs. Et celui de Romain atterrit très vite à nouveau sur mon bobrun. Et c’est un regard lourd, sensuel, concupiscent. Un regard tellement magnétique qu’il est capable d’harponner celui résolument évasif de ce dernier.
    Je suis bien placé pour savoir que s’il y a une chose capable par-dessus tout d’indisposer mon Jérém, c’est le fait de sentir « bousculé », ne serait-ce que par un regard insistant. Alors, je ne suis guère étonné par le regard dur, froid, distant, glacial, presque agressif qu’il lance en retour au beau barbu Romain. C’est sa stratégie de défense, une défense de beau brun ténébreux.
    Le vent caresse mon visage, mes bras, mon cou, s’insinue au travers du tissu de ma chemise, caresse mon torse, affole mes tétons. La tension érotique est palpable, je sens le désir monter en moi, je me sens bander. J’ai envie de m’étourdir de sexe. J’ai envie de voir comme tout cela va se dénouer.
    Mais mon Jérém ne semble pas du tout pressé à en découdre. Il allume une nouvelle clope. Mais alors, que t’arrive-t-il, cette nuit, mon beau brun,? Toi d’habitude si à l’aise avec ta sexualité, toi qui ne penses qu’à baiser ?
    Alors, c’est encore Romain qui ose. Qui ose lever poser sa main sur le biceps de mon beau brun, et qui ose balancer :
    « Il est beau ton tatouage. Il est très sexy » tout terminant par un « eh ben… ».
    Oui, mec, « eh, ben », comme tu le dis. C’est du muscle de rugbyman, et c’est super ferme, oui. Alors que la peau est si douce.
    Jérém finit par sourire, mais son sourire est crispé. Il écrase sa cigarette dans la foulée, et, sans un mot, il avance pour rejoindre le séjour.
    Je m’écarte légèrement pour le laisser circuler, mais il passe tellement près de moi que je sens non seulement l’odeur de son deo, mais aussi bien la chaleur de son corps irradier contre le mien.
    Une fois à l’intérieur, je le vois se diriger vers le frigo, l’ouvrir à nouveau, attraper de nouvelles bières. Entre temps, Romain est également rentré dans le petit séjour en passant devant moi sans même me calculer. Deuxième proximité de beau brun, deuxième traînée de parfum à vriller mes neurones.
    Jérém lui tend une nouvelle bière. La réaction de Romain est un simple sourire à la fois amusé, limite railleur et puissamment charmeur. Et là, au lieu d’accepter la bière qui lui est offerte, je l’entends balancer :
    « Eh, mec, on n’est pas venu ici que pour boire des bières ».

    Accompagnant le geste à la parole, Romain ôte tout simplement son t-shirt noir. Il s’y prend de cette façon moins usuelle, en l’attrapant par l’arrière du cou et en tirant vers le haut. Sa demi-nudité dévoile des tablettes de chocolat parfaitement dessinés, ainsi que des pectoraux rebondis et fermes, le tout donnant lieu à un torse harmonieux et puissant, sur lequel une belle pilosité mâle ne fait qu’ajouter encore de l’intensité à une sensualité déjà incandescente.
    Torse nu, avec son joli jeans tenu par une épaisse ceinture de mec mais porté assez bas pour laisser entrevoir la naissance à l’angle outrageusement saillant du pli de l’aine, Romain est terriblement sexy.
    Le départ de ces deux lignes anatomiques inclinées qui séparent l’abdomen du bassin et qui convergent tout droit vers le sexe, conduisent l’œil et l’esprit à s’interroger au sujet d’une virilité encore tout juste suggérée mais déjà capable d’enflammer le désir le plus explosif.
    Et si on ajoute à cela la présence d’un délicieux chemin de poils qui part de son nombril et qui descend tout droit vers sa virilité, voilà que ce mec habillé de sa demi-nudité, avec en prime cet air hyper à l’aise, est juste à craquer.
    Ainsi, le t-shirt noir vole en premier, dévoilant ainsi un « manifeste de virilité » qui appelle une riposte tout aussi haute en sensualité.
    « Non, je ne pense pas » j’entends mon Jérém réagir.
    Et là, joignant le geste à la parole, il repose illico les bières et referme la porte du frigo restée ouverte pendant quelques instants d’égarement. Les mains ainsi libérées, il riposte à l’attaque sensuelle de son hôte avec les mêmes armes. Une seconde plus tard, c’est au tour du t-shirt blanc de voler.
    Jérém, son truc, sa technique pour se débarrasser de son t-shirt, c’est la plus classique, qui est également la plus « mec » qui soit à mes yeux. A savoir, celle qui consiste à croiser les avant-bras contre les abdos, puis attraper le bas du t-shirt de chaque côté, le soulever d’un geste rapide et presque machinal. Le coton glisse le long du torse et une demi-seconde plus tard se retrouve retourné, glisse le long de ses bras, et se retrouve tenu entre ses doigts.
    Et voilà, le t-shirt blanc a volé à son tour. Et son retrait, tel un rideau qui s’ouvrirait pour montrer le plus beau spectacle du monde, permet de déballer une nouvelle tablette de chocolat si bien dessinée que Michel-Ange et Léonard se la seraient disputé pour la croquer.
    Torse nu, avec son joli jeans tenu par une épaisse ceinture de mec mais porté assez bas pour laisser entrevoir la naissance à l’angle outrageusement saillant du pli de l’aine, Romain est terriblement sexy.
    Le départ de ces deux lignes anatomiques inclinées qui séparent l’abdomen du bassin et qui convergent tout droit vers le sexe, conduisent l’œil et l’esprit à s’interroger au sujet d’une virilité encore tout juste suggérée mais déjà capable d’enflammer le désir le plus explosif.
    Et si on ajoute à cela la présence d’un délicieux chemin de poils qui part de son nombril et qui descend tout droit vers sa virilité, voilà que ce mec habillé de sa demi-nudité, avec en prime cet air hyper à l’aise, est juste à craquer.
    C’est drôle, j’ai l’impression d’avoir déjà vu ça quelque part…
    Un peu plus tôt dans la nuit je m’étais dit que le contraste entre t-shirt blanc et t-shirt noir n’allait pas tarder à s’estomper pour laisser la place à un contraste bien plus nuancé de peaux mâtes. Et entre ces deux torses nus de beau brun à la peau mate, il y a de quoi perdre la raison.
    Car là, on s’élève à des sommets de beauté masculine où les mots n’ont plus cours, où le verbe se retrouve complètement insuffisant et impuissant à exprimer cela. Une telle « canonitude » ne se décrit pas, ne se raconte pas, car elle est tout bonnement impossible à figer avec des mots. Elle se vit, se respire, se ressent comme le plus exquis des plaisirs.
    Oui, la tension sexuelle est palpable. Les deux mâles bruns se toisent, se défient dans un duel à la testostérone où chacun possède sa propre stratégie d’attaque. Le regard de Jérém est noir, ténébreux, alors que celui de Romain est illuminé par un sourire impertinent, un brin arrogant.
    Jérém s’est planté à côté de la porte d’entrée, le genou plié, la pointe du pied appuyée contre le mur. La tête fièrement remontée, le sourcil un tantinet froncé, un regard de charmeur sensuel.
    J’ai l’impression que mon Jérém est en train de se ressaisir, de retrouver ses marques ponctuellement égarées à cause d’un élément perturbateur appelé Romain. Oui, je sens que le Jérém que je connais ne va pas tarder à refaire surface. J’attends avec hâte de connaître le prochain « coup sensuel » de cette partie d’échecs entre beaux bruns.
    C’est encore Romain qui dégaine le premier. Avec un geste calme et méthodique, il ouvre sa ceinture, déboutonne sa braguette et dévoile un slip rouge et blanc du meilleur effet, déformé par une jolie bosse, elle aussi du meilleur effet.
    Et son regard, mon Dieu ce regard ! Un regard intense, lourd comme une massue, accroché à la superglue à mon Jérém, dégageant une sensualité presque radioactive.
    Je ne sais pas comment Jérém peut résister à ce petit geste combiné de la tête et du cou que le beau Romain lui balance à un moment, signe évident de ce qu’il attend de lui.
    Les forces en présence commencent à découvrir leurs positions. Non, Romain n’est pas venu pour boire des bières. Ni pour sucer mon beau brun. Il est venu ici pour se faire sucer par mon beau brun.
    Et lorsque Jérém décolle les épaules du mur, lorsque son bassin semble remuer pour préparer ses jambes à avancer en direction de Romain, j’ai l’impression qu’il va bondir de ma poitrine. Putain, il va le faire !
    Mais non, son petit mouvement n’a servi qu’à reprendre appui avec son pied contre le mur. Désormais mon beau brun semble avoir retrouvé de l’assurance, et même beaucoup d’assurance. Et dans son regard j’ai l’impression de capter une étincelle résolument insolente.
    Je ne sais pas exactement à quel moment tout ça s’est remis en place dans sa tête. Peut-être lorsque le beau barbu, impatient de conclure, a dévoilé en premier ses pions, ses attentes.
    Quoi qu’il en soit, j’ai l’impression que mon Jérém vient de retrouver ses marques. Je le vois dans son attitude, je le vois dans ce regard qu’il fronce jusqu’à que ses yeux ne soient plus que deux fentes dégageant une virilité puissante et insolente.
    Et j’ai la confirmation définitive de cet état de choses, de cet état d’esprit, lorsque je le vois ouvrir sa ceinture à son tour. Le mouvement est lent, tellement lent qu’il me laisse le temps de bouillir d’impatience. La braguette s’ouvre bouton après bouton, dévoilant son boxer déformé par sa jolie poutre déjà bien raide.
    L’attitude de petit con de Jérém a réussi à ravir un petit sourire au beau Romain. Romain qui, une seconde plus tard lui balance sans détour :
    « Allez, viens me sucer ».
    Et après avoir marqué un petit silence brûlant d’érotisme, il assène le coup de grâce : « je sais que t’en as envie ».
    Ça c’est une réplique que j’ai déjà entendue. C’est une réplique de mâle dominant qui a été lancée à mon attention, dans cette pièce même, bien de fois dans le courant des semaines de nos « révision ». Décidemment, le lexique de mâle dominant possède un vocabulaire universel qui lui est propre.
    Jérém accuse le message de Romain en lançant un nouveau sourire, un sourire amusé de pur défi de p’tit con. Non, Jérém n’a pas envie de sucer ce mec. Il attend autre chose de lui.
    Romain commence à avoir l’air de s’impatienter. Jérém, au contraire, semble avoir retrouvé toute son assurance et, avec elle, un calme insolent et résolument provocateur.
    Difficile de dire quelle serait ma préférence, entre le plaisir de voir mon beau couillu triompher de la virilité de Romain, ou plutôt celui de voir ce beau barbu, un peu plus âgé que mon Jérém, faire découvrir à ce dernier le plaisir de se soumettre à sa puissance sexuelle.
    D’un côté, l’idée que Jérém puisse avoir cette envie, me rend dingue. Mais d’un autre côté, je pressens que cette expérience pourrait à terme se révéler dangereuse.
    Car cette deuxième option risquerait de perturber l’attitude de Jérém, déjà bien instable par ailleurs, vis-à-vis de moi. Peut-être que sur le moment il serait capable de prendre son pied avec ce gars. Mais est-ce qu’il l’assumerait, après ? Et le fait que j’en sois témoin, que j’assiste à sa « chute » du rôle de « male alpha », pourrait bien encore compliquer les choses, et lui rendre ma présence insupportable à l’avenir.
    Il y aurait une troisième issue à cette situation : que Jérém se dégonfle et qu’il foute à la porte le beau barbu. J’en serais vraiment frustré et déçu, mais cela présenterait l’avantage de laisser mes fantasmes intacts et d’avoir cette nuit mon beau brun rien que pour moi. Mais je sais que sa fierté de mâle est incapable de reculer, et surtout pas après s’être engagée si loin.
    Oui, Romain a l’air de commencer à s’impatienter, mais Jérém ne bouge pas d’un poil. Et, tout en le regardant fixement dans les yeux, il allume une nouvelle cigarette avec des mouvements lents, contrôlés. Oui, c’est officiel, le petit con a remis le pied à l’étrier.
    Jérém n’a pas le temps de tirer sa première taffe que le beau Romain s’approche de lui, en s’arrêtant si proche qui pourrait l’embrasser juste en pliant son cou. Mon beau brun ne se gêne pas pour terminer d’expirer lentement la fumée de sa clope.
    Et là, Romain lui arrache la cigarette des doigts, la glisse ensuite entres ses lèvres, il en tire une bonne taffe et la balance enfin dans l’évier juste à côté. Un instant plus tard, il expire lentement la fumée à la figure de Jérém comme ce dernier vient de le faire avec lui.
    Romain s’approche un peu plus encore de mon Jérém. Bientôt les deux torses musclés vont se frôler. Bientôt leurs bouches vont se rencontrer.
    Ah, non, pas ça ! S’il permet à ce mec de l’embrasser, alors qu’il n’a jamais accepté que je l’embrasse, je vais péter un câble.
    Mais le beau barbu a prévu autre chose. Il relève les bras, il appuie les paumes des deux mains contre le mur d’une part et d’autre de la tête de Jérém. Il plie ensuite son cou et il approche ses lèvres vers son oreille gauche, qu’il commence à mordiller.
    Mon beau brun frémit. Je sais à quel point il est sensible à ce genre d’effusion. Cependant, il ne réagit pas, il se laisse juste faire.
    Romain décroche une main du mur pour la poser derrière le cou de mon beau brun, tout en amorçant un geste exprimant l’évidente intention de le faire mettre à genoux. Le beau barbu semble très sûr de son coup. Mais Jérém lui tient tête.
    Romain ne renonce pas, il tente de faire plier mon beau brun en lâchant tout bas :
    « Allez… ».
    Un instant plus tard, Jérém décolle ses épaules du mur, avance vers Romain presque d’un bond, il porte ses deux mains sur ses pecs, le repousse. Puis, tout en le regardant fixement dans les yeux, lui balance :
    « Suce-moi ! ».
    Bam, du pur Jérém. C’est beau.
    « Naaaan, mec, moi je ne suce pas. Ce sont les autres qui me sucent » fait le beau Romain, sans se laisser intimider par l’injonction de Jérém.
    Et là, sans se démonter, avec ce sourire de parfait petit con qui ne le quitte plus, Jérém tranche net :
    « Moi non plus je ne suce pas. Alors, soit tu suces, soit tu dégages ».
    Décidemment, mon Jérém n’a pas froid aux yeux. Je sais pourquoi ce mec m’impressionne autant.
    La tension monte encore d’un cran. Et, à ma grande surprise, c’est encore Romain qui désamorce. Décidemment, le rapport de forces a changé de camp.
    « Et lui, il peut pas sucer ? » il balance en me désignant avec un geste désinvolte de la tête, sans même m’adresser ne serait-ce que la moitié d’un regard.
    Oh que si, oh, que si, je peux sucer, et plutôt deux bruns qu’un. Mais alors que je me sens prêt à accepter son invitation et à me « sacrifier » pour mettre mes compétences au service de la paix entre beaux mâles en rut, j’entends mon beau couillu balancer sèchement :
    « Non, il suce pas ».
    Ah, merde. Et dire que j’avais justement envie de sucer. Je suis à la fois vexé et excité de cette façon de Jérém de diriger le jeu.
    « Si personne ne suce, ça ne sert à rien de continuer à se chauffer » conclut sèchement le beau Romain.
    « C’est ça » confirme Jérém, avant d’ajouter, froidement « alors, à toi de voir ».

    Un instant plus tard, un beau brun à la peau mate est à genoux devant un autre beau brun à la peau mate. Un mâle dompté par la virilité d’un autre mâle, et qui ne semble vraiment pas bouder son plaisir.
    Le beau brun debout a l’air de prendre sacrément son pied dans la bouche de l’autre. Les épaules appuyées contre le mur, le bassin avancé,
    il ne quitte pas des yeux son manche disparaissant dans la bouche de l’autre et réapparaissant au grés des mouvements alternés d’une fellation intense.
    Tout est excitant. La proximité des corps magnifiques, le contact de la bouche de l’un avec le sexe de l’autre, la rencontre de leurs plaisirs enfin accordés.
    Excitante même cette « humiliation », le fait que mon beau couillu pousse le bouchon jusqu’à m’imposer de le regarder découvrir de nouveaux plaisirs avec un autre. Lui qui me fait des sketchs de jalousie alors que je me fais tout simplement draguer. Sacré petit con, va !

     

    72 Jérém prend son pied. Romain aussi. Et moi…


    Le chemin du bonheur, cette délicieuse ligne de poils tout doux qui prend naissance dans le nombril des garçons, s’étire le long de la région vallonnée des abdos, qui descend jusqu’à la source de la virilité.
    Oui, le chemin du bonheur, ainsi appelé, j’imagine, car c’est un grand bonheur, lorsqu’on tient le sexe d’un beau garçon entre les lèvres, que de le voir courir devant nos yeux…
    C’est sur cette ligne de poils bruns posée sur un paysage d’abdos au dessin parfaitement ciselé, un bas-relief que je connais si bien pour l’avoir vu souvent de très très près, que mon esprit bloque à un instant, débordé par l’image insoutenable de mon Jérém en train de se faire sucer par le beau Romain.
    A l’instant où les lèvres du beau barbu, sont rentrées en contact avec la queue de mon Jérém, j’ai ressenti un frisson de jalousie. Mais très vite, j’ai trouvé ça terriblement excitant.
    Le torse animé par les vagues d’une respiration profonde de mec excité, le corps parcouru par une tempête de frissons, le visage balayé par expressions typiques du bonheur sexuel, mon beau brun semble prendre sacrement son pied.
    C’est divinement beau à voir, mais au même temps, une question évidente me taraude l’esprit. Est-ce qu’il prend autant de plaisir qu’avec moi, moins ou bien davantage ?
    Le fait est qu’en plus du plaisir physique, ce petit con doit être en train de goûter au plaisir ultime de se faire sucer par un mec viril « qui ne suce pas », un mec qu’il a fait plier devant sa virilité. Et lorsque la fierté de mâle s’en mêle, la perception du plaisir peut s’en trouver faussée.
    J’adore regarder mon Jérém se faire sucer par ce Romain, ce bogoss si arrogant. Et pourtant, je trouve également quelque chose d’assez inquiétant à cela. Si Jérém prend conscience qu’il peut se taper des mecs aussi canons, comment peut-t-il se contenter de moi à l’avenir ? Je donnerais cher pour savoir ce qui se passe dans sa tête à cet instant précis…
    Je donnerais cher aussi pour savoir ce qui s’est passé dans la tête du beau Romain lorsqu’il a vu que Jérém lui tenait tête. A quel moment son désir a basculé en lui, à quel moment il a compris que malgré son expérience, il n’avait pas le choix que de céder aux envies d’un petit con bien plus jeunes que lui. Que c’était ça ou rien, ça ou la porte.

    Je déboutonne ma chemise, j’ouvre mon jeans, je fais glisser mon boxer le long de mes cuisses, j’empoigne ma queue, j’envoie une main caresser mes tétons. Je me branle dans mon coin, en essayant de régler la progression de mon plaisir sur la progression de celui de mon beau brun.
    Ce que j’aimerais par-dessus tout, c’est d’arriver à me maîtriser pour jouir au même temps que lui, pour jouir en le regardant jouir.
    Suprême puissance de la branlette, capable de bien d’exploits. En la pratiquant, tout devient supportable. La montée de mon plaisir m’isole momentanément de ma jalousie, ce sentiment somme toute naturel dans une telle situation.
    Jérém prend son pied. Romain aussi. Et moi, je me branle en comptant les points.
    Dans un premier temps, Jérém se laisse faire, acceptant avec bonheur les caresses apportées par des nouvelles lèvres, par une nouvelle langue. Mais il ne va pas tarder à porter les mains sur la tête de Romain, à enfoncer les doigts dans ses cheveux bruns et à prendre la main dans cet échange de bonheur sexuel.
    Un instant plus tard, Romain se retrouve la tête coincée entre le mur et le magnifique mur d’abdos de mon beau brun, tout en encaissant sans broncher ses coups de reins de plus en plus rapides, de plus en plus puissants. Je me demande comment le mec « qui-ne-suce-pas » arrive à encaisser tout ça. Si ce mec n’a jamais sucé, moi je suis hétéro.
    D’ailleurs, à un moment Romain met un frein aux ardeurs de mon beau brun, en le repoussant de façon plutôt musclée.
    Visiblement essoufflé par les assauts de mon beau couillu, il lâche :
    « T’es très sexy, mec. Mais vas-y mollo ».
    Et là, en le regardant droit dans les yeux, en le dominant du haut de son mètre quatre-vingts, de toute la puissance de son torse et de sa queue bien tendue à tout juste quelques centimètres de son nez, Jérém lui balance :
    « Suce… ».
    Romain reprend à sucer, et mon Jérém renonce à son « animalité ». C’est moins brutal, mais pas pour autant moins sensuel. Bien au contraire.
    Et là, en voyant mon beau brun dans cette position, les mains appuyées contre le mur, le dos incliné vers l’avant, les fesses bien en vue, je ne peux résister à la tentation de m’approcher du feu de l’action pour y prendre partie.
    Je m’approche de ses fesses musclées et je les saisis. Le beau brun ne m’a pas vu venir et accuse la surprise par un petit frisson. Mais il comprend très vite où je veux en venir et j’ai même l’impression qu’il cambre un peu plus ses reins pour m’inviter à aller au bout de mes intentions.
    Et alors, j’y vais, au bout de mes intentions. J’écarte ses fesses et j’envoie ma langue titiller son trou, décupler les plaisirs, le sien, le mien.
    « Vas-y, mec, c’est bien comme ça, vas-y, suce bien » j’entends mon Jérém lâcher, la voix déformée par l’excitation, comme dans un état second.
    Le beau brun bascule sa tête vers l’arrière, lève son visage vers le ciel. Ses ahanements se font de plus en plus bruyants. Ce sont autant de signes qui ne trompent pas l’expert que je suis. Je sens qu’il va jouir, je sais que ça va arriver, bien avant qu’il l’annonce avec un laconique :
    « Vas-y, je viens ».
    Et là, aucune remontrance de la part du beau barbu. Au contraire, ses va-et-vient autour de sa queue se font encore plus rapides, plus vigoureux. Romain semble bien décidé à laisser mon beau couillu jouir dans sa bouche.
    Mais là, Romain arrête soudainement de le pomper, sa bouche quitte carrément sa queue. Jérém a un geste de surprise, il redresse son dos, recule son bassin, m’obligeant à cesser d’exciter son trou.
    Pourquoi Romain fait ça, pourquoi s’arrête-t-il si près du but ? La réaction de Jérém risque d’être musclée…
    D’ailleurs, sa main se raidit presque instantanément derrière la nuque du beau barbu pour lui intimer de ne pas s’arrêter en si bon chemin. Ce dernier oppose une résistance, il dégage carrément sa main. Et, tout en le regardant droit dans les yeux avec un air de défi, il entreprend de le branler tout doucement, tenant ainsi le plaisir de mon bobrun sur un mince fil de rasoir.
    « Putain, suce, ça vient » j’entends ce dernier lâcher sur un ton presque suppliant. Il n’en peut plus, il en veut plus, il veut jouir.
    Pourtant, ce coup-ci Romain ne semble pas décidé à lui offrir plus. Romain le fait languir, sans pitié. Et voilà qu’à cet instant précis, tout semble basculer à nouveau. Jérém le « dominant » semble désormais complètement à la merci de Romain le « soumis ».
    Ce qui est en train de se passer me fait repenser à la fois ou je l’avais branlé longuement, en repoussant sans cesse le moment de sa jouissance, jusqu’à le rendre dingue, jusqu’à anéantir sa volonté par la montée du plaisir, un plaisir tenu, au sens propre comme au sens figuré, dans la main d’un autre.
    Alors, qui domine l’autre, à cet instant précis ? Qui, de celui qui détient le pouvoir ultime de faire exploser ou de retenir la jouissance d’un beau garçon, ou bien de celui qui est sur le point de jouir sans pouvoir gérer cette jouissance, est le soumis au final ?
    La chute de cette scène à haute tension, c’est Jérém qui va l’écrire. Et alors que je viens tout juste de saisir ses fesses pour y glisser une nouvelle fois ma langue pour tenter de décupler l’intensité de son orgasme tout proche, mon Jérém se dégage de l’emprise de Romain. Il pivote sur lui-même et me fourre sa queue dans la bouche.
    Sentir sa queue coulisser entre mes lèvres, sentir son orgasme si près, c’est fabuleux. Et même si je sais que cela va très vite se terminer, je profite de chaque instant, de chaque va-et-vient, de chaque ondulation du coton blanc sexy de son beau t-shirt comme d’un cadeau précieux. Et lorsque je glisse les mains entre le coton élastique et son mur d’abdos, lorsque mes doigts atteignent ses tétons saillants, je sens le plaisir de mon beau mâle brun s’embraser.
    Son corps se raidit, ses poumons lâchent une profonde inspiration, ses coups de reins ralentissent, et je l’entends lâcher, ivre de plaisir :
    « Vas-y… avale… t’es une bonne salope, toi… ».
    Quelques instants plus tard, une longue succession de râles étouffés vient ponctuer son orgasme puissant, alors que de bonne giclées de jus chaud viennent percuter mon palais, atterrissent sur ma langue et glissent lentement en moi.

    Sans un mot, il remonte son boxer et son froc, il part en terrasse et s’allume une clope. Romain en fait de même, s’installe à côté de lui dans la pénombre. Je les rejoins à mon tour, impatient d’assister à la suite.
    Accoudé à la rambarde, les jambes légèrement écartées, le bassin vers l’avant, Jérém est ailleurs, il a l’air bousculé comme s’il venait de se faire secouer par une décharge électrique. Il affiche cet air que je lui connais très bien et qui me rend dingue de lui, cet air de mâle comblé, de mâle repu qui lui va à merveille.
    Et pourtant, au fond de moi, je ne peux m’empêcher de ressentir une frustration certaine vis-à-vis du fait que ce n’ait pas été moi qui lui a offert cet orgasme. Du moins pas dans son intégralité.
    A quoi pense-t-il à cet instant précis ? Au plaisir de dingue qu’il vient de prendre dans la bouche et dans la main du beau barbu ?
    Je donnerais cher pour savoir où il place le bonheur sensuel que Romain vient de lui offrir par rapport à celui que j’ai pu lui offrir lors de nos nombreuses « révisions ».

    Sa cigarette prend fin, et dans le petit espace à ciel ouvert, le silence demeure. Les regards sont fuyants, figés, vidés.
    Romain, qui n’a tiré sur sa clope que deux ou trois petites taffes, l’écrase à son tour. Il semble avoir une idée derrière la tête. Je le vois rentrer dans l’appart en devançant mon beau brun. Il se débarrasse de son jeans et de son beau slip rouge et blanc.
    Puis, il s’installe sur le lit, le dos calé contre un oreiller, tous pecs rebondis, la queue raide et appétissante pointant le zénith.
    Le message est clair. Le beau barbu a accepté de faire plaisir à mon beau couillu. Et maintenant il s’attend à que ce dernier vienne lui rendre la pareille.
    Ou bien, est-ce qu’il attend que j’aille finalement le sucer, malgré le veto opposé un peu plus tôt par Jérém ? Puisque mon Jérém s’est fait sucer par ce gars, je me sens désormais tout à fait légitime à m’occuper de lui s’il ne souhaite pas s’en charger.
    Planté sur le seuil de la porte fenêtre, Jérém demeure silencieux et immobile, le regard figé sur le beau barbu.
    Que ressent il en matant ce beau gars demi allongé sur son propre lit, les abdos saillants, la queue en l’air, bien tendue, en train de se branler tout doucement, avec toute l’attitude du mec qui veut se faire sucer ?
    Leurs regards s’entrechoquent en silence, un silence lourd comme du plomb.
    « Allez, maintenant c’est à toi » finit par lâcher le beau Romain en direction de Jérém « viens me sucer, mec ».
    Ah, c’est donc bien de ça qu’a envie le beau barbu…
    Mais Jérém ne réagit guère. Il demeure immobile, autant dans le corps que dans le regard, un regard toujours aussi inexpressif. Un moment de flottement qui se traîne sur plusieurs longues, très longues secondes, jusqu’à ce que…
    Jusqu’à ce que ses jambes se mettent en branle. Il approche lentement du lit, sans quitter le beau barbu des yeux. Dans ma tête tout s’affole, je ressens tout et son contraire. Putain, il va le faire !
    Les genoux de Jérém frôlent le bord inférieur du lit. Le bogoss déboucle sa ceinture, ouvre sa braguette. Il se débarrasse de ses baskets, de son jeans, de ses chaussettes et de son boxer.
    Les secondes défilent et mon beau brun se tient là, debout, devant le beau Romain. Il bande à nouveau.
    Le beau barbu finit par s’impatienter et lui balancer :
    « Allez, viens ».
    Jérém respire un bon coup. Il pose un genou et puis l’autre sur le lit, et il avance ainsi dans l’espace entre les cuisses écartées du beau Romain. Il s’approche lentement de sa queue à la peau bien sombre.
    Agacé par tant de tergiversation, Romain saisit sa main et l’attire vers son manche raide. Elle s’y pose d’abord de façon incertaine, comme si elle avait peur ou dégoût de ce contact. Puis, après un instant d’hésitation, elle commence à amorcer le genre de mouvements alternés qui plaisent à un garçon.
    Et dans le regard du beau barbu je lis les prémices de l’extase.
    Les yeux de mon beau brun semblent aimantés par cette queue bien tendue à laquelle sa main apporte désormais un bonheur entier. Je vois sa pomme d’Adam s’agiter nerveusement, ses lèvres frémir. Et je ne peux m’empêcher de me dire que son attitude, son hésitation, son agitation traduisent un désir refoulé.
    Je pense que Jérém en a envie. Mais un combat se joue dans sa tête, entre le désir puissant de céder à cette pulsion et le désir tout aussi fort de garder son ego intact. Pas facile de franchir le pas. Notamment lorsqu’on s’appelle Jérémie T., et pour qui ce pas ressemble à un saut dans le vide.
    Quant à moi, je suis une fois de plus à la fois bien excité et inquiet vis-à-vis de ce qui semble sur le point de se révéler en lui. Vous est-il déjà arrivé de vous sentir à la fois rassurés et inquiets face à un même évènement ? C’est mon cas cette nuit.
    Face à un Jérém semblant prendre de plus en plus goût à l’amour physique entre garçons, j’ai du mal à imaginer qu’il ait encore envie de courir les nanas. Ce qui n’est pas fait pour me déplaire, bien entendu.
    Alors, je trouve beau de voir ses désirs profonds se manifester, même si c’est au contact d’un autre gars. Oui, je trouve très beau de le voir avancer vers le « bon côté de la force ».
    Mais en même temps, je suis inquiet. Car, si ces nouveaux désirs se manifestent en lui, leur assouvissement pourrait l’éloigner de moi.
    Et pourtant, les quelques dizaines de centimètres qui séparent ses lèvres de la queue du beau Romain doivent lui apparaître comme une distance insurmontable. J’ai presque l’impression de voir clairement dans son attitude cette lutte intérieure qui l’agite, qui le déchire.
    Le beau barbu, quant à lui, semble confiant dans le fait que mon bobrun parvienne à assumer ses envies. Romain a donné en premier, et il attend désormais à ce que mon Jérém lui renvoie l’ascenseur. Mais jusqu’où ce dernier est-il prêt à aller avec ce beau barbu, notamment après avoir joui une première fois ?
    « Allez, vas-y, beau mec, suce-moi » finit par lâcher Romain avec un ton ferme, avec une voix basse et chaude qui ferait vibrer une montagne.
    Pour tout réponse, Jérém arrête de le branler. Il relève son buste, alors qu’son sourire insolent fait son apparition au coin de ses lèvres. Romain le fulmine du regard. Celui de mon beau brun vient chercher le mien. Et c’est un regard comme… « complice ». Je le vois lever un sourcil, accomplir ce petit geste qui me fait carrément craquer chez lui, et qui donne encore plus d’ampleur à son sourire coquin. Il est beau à gifler, sexy à se damner.
    Mais qu’est-ce qu’il cherche ce petit con ? Qu’est-ce qu’il cherche avec ce regard qui accroche les mien pendant qu’il défie ouvertement le beau barbu ?
    « Allez viens sucer ! » intime Romain, ne voyant désormais aucune autre issue possible à ce plaisir proche dont les premiers échos font déjà vibrer son corps musclé.
    Et là, le fixant droit dans les yeux avec un air de défi insolent, Jérém se remet à le branler vigoureusement comme pour précipiter son orgasme. Je regarde ses biceps se gonfler sous l’effort : c’est beau et puissant, inédit et bouleversant.
    Submergé par ce plaisir intense, Romain semble oublier carrément son envie de se faire sucer par mon beau brun. Il sent qu’il ne va pas tarder à jouir, et à cet instant là c’est tout ce qui compte pour lui.
    Mais Jérém c’est Jérém, et il n’est jamais là où on l’attend.
    Alors, rien d’étonnant si quelques instants plus tard, alors qu’il semble lancé en si bon chemin, il lâche à nouveau et soudainement l’affaire.
    « Tu fais quoi ? » fait Romain, le sexe en feu, l’air ahuri, tout près de venir.
    Et là, sans un mot, Jérém se contente de renouveler son sourire sexy et insolent. Je trouve terriblement excitante sa solidité de jeune male qui ne se laisse pas démonter face à un mec aussi viril que ce Romain, et plus âgé. Je suis de plus en plus impatient de voir comment va se dénouer ce charmant duel entre mâles.
    « Je sais que t’en as envie » se ressaisit le beau Romain, en essayant d’amadouer mon Jérém « Il faut juste lâcher prise. Tu vas voir, tu vas aimer ça ».
    Moi aussi, comme Romain, je pense que mon beau brun « en a envie », qu’il « faut juste lâcher prise », et qu’il « va aimer ça ».
    D’autant plus que ce Romain est vraiment un beau mec, et qu’il est si possible encore plus sexy dans cette attitude, mélange d’excitation et d’agacement. Ses abdos saillants, sa belle queue raide donnent vraiment envie. Non, je ne sais même pas comment on peut résister à l’envie de le prendre en bouche.
    Mais, visiblement, Jérém le sait. Et lorsque le beau barbu, ne voyant venir aucune réaction, attrape une fois de plus son poignet, Jérém se dégage avec un geste brusque, presque violent. Son sourire effronté est parti, remplacé par un regard menaçant. Il ne faut pas le chercher, mon beau brun.
    Le beau barbu a un mouvement de recul face à la réaction de Jérém. Les deux mâles se font face, les regards sont très noirs. A force de se chercher mutuellement, les gars ont fini par bien se chauffer. Je commence à craindre que cette histoire puisse se terminer en bastons.
    Surtout pas ça ! Malgré la jalousie et la frustration qui se mélangent à mon excitation, je préfère encore que ça se termine en baise entre beaux gosses, dans n’importe quelle configuration, plutôt qu’en baston. Si des coups doivent être mis, je préfère encore que ce soient des bons coups de reins que des coups sur des visages ou des corps si magnifiques. Faites comme les bonobos, faites l’amour, pas la guerre !
    Deux étalons se font face, deux beaux mâles musclés, deux couillus se défient farouchement du regard. Deux queues bien tendues s’affrontent comme en duel à distance rapprochée Deux fiertés, deux virilités de jeune mâle s’opposent, se chargent, se frottent violemment « l’une contre l’autre ». La tension sexuelle est si intense que j’ai l’impression de voir des étincelles de testostérone jaillir dans la pièce.
    Leurs regards s’entrechoquent longuement en silence. Jusqu’à ce que mon Jérém pose sa main à plat entre les pectoraux du beau Romain. Elle avance lentement mais assurément. Et le torse su beau barbu s’incline sans quitter mon bobrun du regard.
    « Je vais plutôt te baiser » il lance, avec une assurance virile qui me fait vibrer.
    « Je sais que t’en as envie » il ajoute, avec une insolence qui atteint des sommets ultimes, en faisant écho aux mots de Romain un peu plus tôt.
    Je suis scié par son culot. Je me dis que cette fois c’est bon, que Romain va l’envoyer chier. Mais à ma grande surprise, ce dernier ne cille pas, se contentant de lâcher un petit sourire. Un sourire où semblent se mélanger un certain amusement vis-à-vis de l’attitude si insolente de la part de ce mec plus jeune que lui, ainsi qu’une excitation certaine. L’envie de se faire prendre par un aussi beau mec que Jérém doit avoir le pouvoir de mettre momentanément en veille son égo de mâle dominant.
    Un instant plus tard, Romain est allongé sur le lit. Jérém décolle sa main de son torse pour la plonger dans le tiroir entrouvert de la table de chevet. Il en pioche un petit chapelet de capotes, il en détache une et la lâche sur les abdos du beau Romain. Ses doigts frôlent la peau du beau barbu pour récupérer le petit emballage, avant d’entreprendre de le déchirer.
    Et là, Romain se relève une nouvelle fois, mais avec un mouvement aussi rapide que soudain. J’ai peur qu’il se rebiffe, j’ai peur qu’il tape sur la gueule de mon Jérém. Fais gaffe, beau brun !
    Mais mon Jérém a l’air complètement détendu et à l’aise avec sa queue en l’air. Face au mouvement de Romain, il ne bouge pas le moindre cheveu. Est-ce qu’il a vu dans le regard de Romain quelque chose que moi je n’ai pas vu ? Comme son désir, son impatience à franchir ce pas ?
    Un instant plus tard, le beau Romain arrache la capote des mains de Jérém, et s’affaire pour la dérouler le long de son mât tendu. L’image est belle, chaude à souhait.
    Romain fait désormais face à mon beau brun. Et là, quelque chose se produit. J’ai fantasmé que ça puisse arriver. Et Romain va le faire. Son buste avance lentement vers celui de mon beau brun, son visage approche du sien, ses lèvres se posent sur les siennes. Décidemment, ce beau barbu ne sait pas où il s’aventure.
    Et là, contre toute attente, mon beau brun se laisse faire. Romain entreprend de poser des baisers légers, répétés, pleins de désir. Des baisers auxquels mon beau brun ne répond pas, mais qu’il ne rejette pas non plus. Quand je pense à comment je me suis fait jeter pour moins que ça !
    Peut-être qu’il faudra que je tente ça, baisers et câlins, « à queue tendue ». Car visiblement c’est à ce moment-là que mon beau brun semble mieux tolérer ce genre d’« affront ».
    Dans la foulée, les lèvres du beau barbu partent à l’assaut du creux de l’épaule de mon Jérém, remontent doucement le long de son cou, jusqu’à son oreille. Je me dis que lorsqu’une belle barbe drue comme celle du beau Romain se frotte contre un duvet brun de quelques jours comme celui de mon beau brun, ça doit déclencher la même réaction qu’une allumette sur un grattoir. Oui, j’ai l’impression que l’étincelle va bientôt jaillir, que l’embrasement est proche.
    C’est un spectacle sans pareil que de voir le beau Romain faire des câlins sensuels à mon beau brun. Un spectacle qui prend fin lorsque ce dernier pose une nouvelle fois sa main à plat sur ses pecs (ça c’est un geste qui me rend dingue, la main de mon beau brun sur les pecs musclés du beau Romain).
    Visiblement, mon beau brun a envie de passer aux choses « sérieuses ».
    Secondant ses intentions, Romain se retourne, s’allonge sur le ventre, écarte ses cuisses, offrant ses fesses rebondies et musclées à mon étalon brun. L’image de ce beau mâle barbu qui se donne docilement à mon beau brun de plusieurs années son cadet est complètement dingue.
    Jérém crache sur ses doigts, il enduit l’entrejambe offerte. Le bout de son engin capoté se faufile entre les fesses du beau barbu. Ce dernier frémit. Jérém appuie plus fort. Romain grimace plus fort. Jérém s’y reprend jusqu’à ce que son manche arrive à se frayer un chemin dans le beau cul musclé. Les frémissements du visage du beau Romain indiquent clairement que son corps accuse la venue du bel engin.
    « On te sent bien passer, toi » fait le mec, le souffle soudainement coupé.

    Il y a quelque chose d’extrêmement excitant dans le fait de voir le beau Romain abdiquer provisoirement de son statut de « mâle dominant », de le voir accepter de s’offrir au plaisir d’une autre mâle « dominant ».


    73 Dans le creux de ses pecs.


    C’est beau de voir ce beau Romain se décrisper au fil des va-et-vient de mon Jérém. C’est beau de le voir passer du mode « maîtriser les assauts » au mode « jouir des assauts » de la queue de mon beau brun.
    Oui, peu à peu les grimaces disparaissent, et l’extase illumine son visage. Ses ahanements se font plus bruyants, puis deviennent des gémissements étouffés.
    « Tu la sens bien là, hein ? » j’entends lâcher mon Jérém. Plus insolent, plus petit con, plus macho, on ne pourrait pas faire.
    « C’est bon, mec ! ».
    « Tu kiffes, ça hein… le mec « qui ne suce pas » ? ».
    « Ferme-là et baise-moi, mec ».
    Même si le spectacle est terriblement excitant, je ne peux m’empêcher d’être surpris par la rapidité avec laquelle cet autre « sérial baiseur » rencontré devant l’entrée du On Off, a fini par accepter de se plier d’abord à une pipe, puis de se retrouver quelques minutes plus tard sur ce lit, les jambes écartées, le trou limé par le passage de la queue d’un inconnu, mon Jérém, si bogoss soit-t-il.
    Comment un mec qui a commencé sa soirée en annonçant fièrement :
    « Moi je ne suce pas », arrive quelques minutes plus tard à lâcher : « Baise-moi, mec » ?

    « T’aime ça, hein ? » j’entends Jérém revenir à la charge, sur un ton bien macho.
    « Oh, oui… toi aussi tu vas aimer, le jour où tu te feras sauter » répond Romain du tac au tac.
    « Ça ne risque pas » réagit mon beau brun sur un ton péremptoire, tout en continuant à marteler le cul du beau barbu.
    Et là, malgré une élocution entravée par les vagues de plaisir qui traversent son corps, ce dernier arrive quand même à lâcher, avec la puissance d’un coup de massue :
    « Toi aussi un jour tu réclameras un bon coup de bite ».
    Romain a beau se faire éclater le cul par Jérém, il n’est pas devenu sa chose pour autant. Visiblement, s’il a accepté d’endosser le rôle de passif, il ne s’est pas transformé en « soumis » pour autant. Car il a moins cédé aux envies de mon Jérém qu’à son propre plaisir.
    « Ta gueule » fait ce dernier, visiblement agacé.
    Je le vois prendre une profonde inspiration. Son regard est soudainement devenu noir et menaçant comme dans les mauvais jours. Mon Dieu, qu’est-ce qu’il est beau quand il est énervé ! Et lorsqu’il est énervé ET en train de baiser, alors là, ça frôle le divin.
    Pendant un instant, j’ai peur qu’il puisse cogner le beau barbu. Mais je finis vite par me dire qu’il ne va pas faire ça, pas si près de l’orgasme. Et pourtant j’en suis persuadé, si Romain lui avait balancé ça dans d’autres circonstances, Jérém lui aurait déjà envoyé un coup de poing dans la gueule.
    Mais pour l’heure, les seuls coups qu’envoie mon bobrun, ce sont des coups de reins désormais chargés d’une certaine dose de brutalité. Comme s’il voulait montrer toute l’envergure de sa puissance virile, une sorte de revanche « sexuelle » après l’insolence du beau barbu. Comme si les mots de ce dernier avaient touché quelque chose de sensible au plus profond de lui.

    Puis, nos regards finissent par se croiser. Et le sien me laisse entrevoir son esprit embrumé par l’alcool, la fumette, l’excitation sexuelle, la proximité de sa jouissance. Son regard tombe et s’attarde sur ma main posée sur ma queue. Et là, sans discontinuer ses puissants coups de reins, il balance à Romain :
    « Maintenant tu vas le sucer, pendant que je te baise ».
    Ah, voilà une bonne idée. Enfin quelqu’un s’est rendu compte que je suis là, c’est cool ! Et l’idée de me faire sucer par Romain pendant que mon bobrun le défonce, l’idée de cette proximité de mon Jérém en train de baiser, l’idée de voir l’orgasme fuser sur sa belle petite gueule, ce sont autant de perspectives qui m’enchantent. Je n’aurais jamais osé y penser. Mais mon Jérém, si.
    Qui sait où cette proximité et cette situation inédite peut nous amener. Peut-être que dans le feu de l’action et de l’excitation je vais pouvoir le toucher, l’embrasser, peut-être qu’il ne me refusera pas ça. Je suis vraiment impatient de le découvrir.
    Romain ne réagit pas, continuant à ahaner de plaisir sous les coups de reins de mon beau brun.
    Jérém me fait un signe de la tête pour m’indiquer d’approcher. L’idée de me faire sucer par un si beau gars m’excite au plus haut point, et pourtant j’hésite à rentrer dans ce jeu de mâles. Je n’ai surtout pas envie d’« imposer » un truc dont le mec n’aurait pas envie.
    Un deuxième signe de la tête assorti d’un « Allez ! » me fait enfin me décider. Un instant plus tard, ma queue disparaît dans la bouche du beau barbu.
    Me voilà face à mon Jérém, sa belle gueule de mec balayée par les frissons provoqués par le plaisir montant. Sa chaînette s’agite entre ses pecs, son odeur de mec est à portée de narines, le parfum du déo se mélangeant à une légère odeur de transpiration, ainsi qu’à une autre « odeur de mâle Jérém », une note qui semble être le pendant olfactif de sa virilité en action et qui me fait tourner la tête.
    Secoué par les coups de reins de mon beau brun, Romain n’a pas vraiment l’amplitude pour me sucer. C’est lorsque je sens ses mains se poser sur mes fesses et amorcer des mouvements de va-et-vient que je comprends la marche à suivre. J’entreprends alors de lui limer doucement la bouche, en étant davantage préoccupé de ne pas lui faire mal que de prendre mon plaisir.
    Aussi, la proximité de Jérém m’impressionne. Je ne peux pas résister à la tentation de me pencher vers lui et de lécher ses beaux tétons. Il frissonne. Et pour mon grand bonheur, il porte les deux mains sur ma nuque, m’obligeant à y aller franco.
    Ma queue dans la bouche du beau Romain, mes lèvres enivrées par la peau chaude et douce de mon bobrun, le nez grisé par le délicieux bouquet olfactif qui se dégage de son torse, je suis au Paradis. Quoi demander de mieux ? A part, peut-être, de me faire sauter par Jérém à la place de Romain…
    Et pourtant, il faut admettre que cette configuration a quelque chose de résolument excitant. Fou de plaisir, je quitte le bonheur du contact avec ses tétons, je relève mon cou, je croise son regard. Le plaisir me rend dingue. Je ne réponds plus de mes actes. Sa bouche est si proche. Ses lèvres entrouvertes pour laisser libre passage à ses halètements de mâle en rut me narguent. J’ai envie de l’embrasser, j’ai besoin de l’embrasser.
    Alors, je fais fi du danger qui me guette, et je me penche tout doucement pour approcher mes lèvres des siennes. Et là, bonheur absolu, non seulement je ne me fais pas jeter, mais je vois Jérém incliner à son tour le torse vers le mien. Et au final, ce sont ses lèvres qui se posent sur les miennes.
    Oui, à cet instant précis, Jérém m’embrasse. Plus que ça, même, il me roule carrément une pelle en bonne et due forme. Et de son propre chef ! Puis, sa langue se glisse entre mes lèvres qui s’ouvrent avec bonheur. Comment pourraient-elles résister ? Elle s’insinue dans ma bouche, puissante, fougueuse, virulente. J’ai l’impression de me faire pénétrer par cette langue, presque aussi puissante et fougueuse que sa queue.
    Je découvre avec bonheur la saveur de sa bouche, un mélange d’arrière-goût de cigarette, de bière, un ensemble un peu sucré qui me donne envie de ne jamais quitter ses lèvres.
    Chose que je ne pourrais pas faire de toute façon, car mon beau brun a pris le soin de porter à nouveau ses deux mains derrière ma tête pour m’attirer fermement à lui, et pour me retenir dans cette étreinte. Peut-être pour m’empêcher de me dérober, si tant que l’envie m’en prenait. Précaution inutile, évidemment. Mais il me faut admettre que le contact de ses mains sur ma tête contribue à l’excitation et au bonheur de cet instant.
    A cet instant précis, je m’en fous de jouir. A cet instant précis, je n’ai qu’une envie, celle d’embrasser par mon beau brun, si fougueux, si chaud, si sensuel. Si « tout-ce-dont-j-ai-besoin-et-envie ». Oui, à cet instant précis, j’ai juste envie que ce beau Romain disparaisse par enchantement et que je puisse me retrouver seul à rouler des pelles à mon Jérém pour une durée indéterminée.

    Lorsque l’étreinte de ses mains derrière ma nuque se défait, lorsque sa langue quitte ma bouche, lorsque ses lèvres quittent les miennes, je me retrouve à bout de souffle. Je suis resté en apnée pendant un bon moment, je suis retourné comme une chaussette. Sacré Jérém, capable de me faire voyager quand je m’y attends le moins. Et dans ce cas le voyage a été aussi inattendu que bouleversant.
    Lorsque je retrouve enfin mes esprits, je me rends compte que chez mon beau brun l’orgasme c’est vraiment pour bientôt.
    J’ai envie de jouir avec lui. J’ai envie que Romain me fasse jouir. J’ai envie de sentir mon jus quitter ma queue et atterrir dans sa bouche. Incroyable et galvanisante perspective de me sentir pendant un instant, « le mâle » à qui l’autre se soumet en acceptant de recevoir son sperme dans sa bouche. Je sens l’orgasme approcher à grand pas et déformer ma pensée, la polariser vers un seul et unique désir, presque une obsession. Je me surprends à avoir envie que le beau barbu avale.
    Ainsi c’est cette sensation que ressent mon Jérém quand il sent qu’il va jouir dans ma bouche. La sensation d’être « le mâle », cette sensation qui, en parallèle de l’orgasme du corps, en provoque un deuxième, celui de son égo de mec.
    L’approche de l’orgasme dégage une énergie puissante. Une énergie à laquelle il ne faut jamais laisser occulter la nécessité de se protéger.
    Non, je ne peux pas jouir dans la bouche d’un inconnu. J’en ai furieusement envie, mais je ne peux pas. De toute façon, j’imagine qu’il ne me laissera pas faire.
    Je croise le regard de mon beau brun. Je sais qu’il a compris que je ne vais pas tarder à venir. Et là, délicieuse surprise, ses doigts viennent pincer mes tétons, ce qui a pour effet de précipiter encore l’inéluctable. Jérém qui veut me faire plaisir, qui s’active pour me faire jouir encore plus fort. Je suis fou.
    « Je vais jouir » je finis par balancer, la voix coupée par l’orgasme qui commence à me submerger.
    Au bord de l’orgasme, je me fais violence pour m’obliger à quitter la bouche du beau barbu avant que ça vienne.
    Romain entreprend alors à me branler vigoureusement. Et c’est presque instantanément que j’atteins le point de non-retour.
    Et ça vient. C’est tellement intense que j’en tremble. Et je jouis dans la main d’un super bogoss pendant que mon Jérém agace mes tétons avec une adresse surprenante.
    C’est tellement c’est bon que j’ai l’impression de devenir fou. Mon corps est traversé par une décharge électrique tellement puissante que je perds le contrôle de mes jambes, de mon équilibre. Je me sens partir vers l’avant. Je me rattrape en portant mes bras sur les épaules de mon Jérém et en appuyant mon front dégoulinant de transpiration dans le creux ferme et parfumé de ses pectoraux.
    Je tente de me redresser, mais je n’y arrive pas. Car une de ses mains vient promptement se poser à l’arrière de ma nuque pour maintenir et appuyer encore plus fermement mon front dans le creux de ses pectoraux. C’est fou, c’est tout simplement incroyable.
    Et je finis de jouir en sentant la chaleur de sa peau dans les paumes de mes mains, les tétons caressés par ses doigts habiles, mon visage plongé dans la proximité moite et délicieusement odorante de ses pecs, sa main appuyée en bas de ma nuque, l’une des régions les plus sensibles de mon corps. Je jouis en mélangeant ma transpiration à la sienne, les battements de mon cœur aux siens, ma respiration à la sienne. Je jouis dans une étreinte que je ne voudrais jamais voir se défaire.
    J’ai envie de pleurer tellement c’est bon, beau et inattendu. Tout ce qui compte à cet instant est ma complicité sensuelle avec mon beau brun, cette étreinte, cette main qui m’empêche de partir. Je suis bouleversé par ce geste qui ressemble à un câlin. Un câlin au milieu d’une baise insensée, certes, mais un câlin quand même. Un câlin de la part de Jérém. Ce n’est pas rien, quand même…

    Lorsque je retrouve mes esprits, lorsque la main de mon beau brun relâche son appui sur ma nuque, je me relève et je le regarde dans les yeux. Il est beau. Et après ce qu’il vient de faire pour découpler mon bonheur, j’ai encore envie de l’embrasser. De plus en plus envie. Une envie déchirante.
    Un instant plus tard, ses mains agrippées à mes épaules, il recommence à envoyer de bons coups de reins dans le cul du beau barbu.
    Ce dernier, sentant que l’essai sexuel de mon beau brun va bientôt être transformé, la voix haletante d’excitation, l’encourage :
    « Vas-y, mec, fais toi plaisir ».
    Je me prépare à voir passer sur son visage ce bouleversement que je lui connais si bien, notifiant le moment où le plaisir explose dans son bas ventre et fait momentanément évaporer son esprit.
    Mais mon beau brun s’arrête soudainement. Je le vois fermer les yeux, inspirer, retenir sa respiration, essayer de maîtriser son beau corps. Je pense qu’il essaie de se retenir de venir. Si ce n’est pas beau ça, si ce n’est pas du grand art, notamment pour un mec de 19 ans !
    Et alors que je m’attends à le voir entreprendre la dernière série de coups de reins qui l’amèneront tout droit à l’orgasme, je le vois se dégager du cul de Romain. Ce dernier est secoué par un intense frisson.
    Un instant plus tard, le petit bout de caoutchouc quitte sa queue.
    Mon Jérém semble fixer avec insistance les fesses qu’il vient de quitter. C’est là que je suis cueilli par un double frisson, d’excitation et d’inquiétude. Mais il ne va quand même pas faire ça, il ne va pas tremper sa queue « à cru » dans cet inconnu, si canon soit-t-il, et prendre un tel risque juste parce qu’il ne sait pas résister à la tentation de fourrer son jus !
    Mais comment faire pour l’en empêcher s’il a décidé, ou si l’alcool et le joint ont décidé à sa place, qu’il en serait ainsi ?
    J’ai le cœur qui bat à mille. Il faut que je trouve le moyen de l’empêcher de faire ça. Jérém ! Ne sais-tu donc pas que faire ça c’est très très très risqué !?!?!?!?!?
    Je dois l’en dissuader. Je cherche mes mots, je cherche le ton, le courage. Le temps presse, car je sais que lorsqu’il sera bien au chaud dans le cul du beau barbu, ce sera trop tard. J’inspire très fort, et soudain un seul mot s’affiche en lettre capitales dans ma tête : « NON !!! ».
    Un mot qui est prêt à être éjecté de ma cage thoracique pour exploser dans le petit appart. Un mot qui reste coincé au fond de ma gorge, lorsque je le vois soudainement tourner la tête dans ma direction, lorsque je capte à nouveau son regard, un regard empreint d’un érotisme brûlant, une étincelle bien lubrique au fond de ses yeux. Il va le faire. Et je ne vais pas pouvoir l’en empêcher.
    « Eh, mec, tu comptes faire quoi, là ? » j’entends alors le beau barbu « venir à mon secours », tout en se retournant et en fixant la queue « nue » de mon Jérém.

    74 Changement de programme.


    Et là, mon beau brun se contente de lui répondre par un petit sourire canaille. Puis, il il me lance :
    « Vas-y, allonge-toi ».
    Lorsque je comprends enfin ses intentions, je ressens un intense bonheur s’emparer de moi.
    « Allez, pousse-toi un peu » fait mon Jérém au beau barbu.
    Un instant plus tard, je me retrouve allongé sur le dos, à côté de Romain, et à la place de Romain. Je croise le regard de ce dernier, un regard brûlant d’envie et de frustration. Mais je n’ai pas le temps de m’apitoyer sur son sort, sur la privation de son bonheur. Car mon bonheur à moi m’attend, puissant, intense, lorsque mon mâle prend possession de moi, lorsque son manche se faufile entre mes fesses avec un mouvement direct, précis, une visée sans hésitation.
    Ça fait une semaine que je ne l’ai pas eu en moi. J’ai terriblement envie de lui. Alors, que ce soit parce qu’il a envie vraiment de jouir en moi, comme une espèce de continuité avec la parfaite complicité des sens trouvée dans le creux de ses pecs ; ou bien parce qu’il a juste envie de jouir sans capote, et sans risque, peu importe la raison qui l’amène à avoir ressenti le besoin de se finir en moi. Venir en moi pour jouir est un cadeau qu’il me fait, un cadeau d’autant plus précieux parce qu’inattendu, un cadeau que j’apprécie à sa juste valeur.
    A cet instant, je ressens une parfaite complémentarité de nos corps, de nos sexualités, de nos envies et de nos plaisirs, une complémentarité si parfaite qu’elle m’en donne le tournis. Et j’ai l’impression de ressentir la même chose du côté de mon beau brun.
    J’ai vraiment l’impression que ce plaisir ultime, si intense, si parfait, n’appartient qu’à nous. Et que, malgré le fait d’avoir goûté aux coups de rein de mon Jérém et d’en avoir retiré un plaisir certain, ce plaisir ultime Romain n’aura pas pu nous le voler. Tout comme j’adore penser que mon beau brun, tout fier qu’il soit d’avoir fait le cul à un mec qu’au départ voulait lui faire le sien, ne pourra jamais trouver dans ce barbu, ni dans personne d’autre, un corps et un esprit aussi dévoué que le mien à son propre plaisir.
    Les secondes passent et Jérém semble bien décidé à faire durer cette connexion sexuelle, ce frisson sensuel qui se passe de tout, y compris de coups de reins. Mon corps envahi par sa queue, le désir suspendu et languissant dans l’attente de sentir l’expression de sa puissance virile, je suis comme jamais à l’écoute de mon corps, à l’affût de la moindre stimulation.
    Ses mains se referment un peu plus sur mes hanches. Ses doigts semblent se crisper, presque pincer ma peau. Je l’entends inspirer bruyamment.
    « Alors, tu le baises ou quoi ? » j’entends Romain lui balancer.
    « Ferme ta gueule ! ».
    Romain se contente le lâcher un petit sourire amusé.

    Jérém commence à me limer, d’abord tout doucement. Sa présence en moi met le feu à mon corps, ses va-et-vient embrasent mon plaisir. Je suis happé par son torse musclé, par sa belle gueule de jeune mâle, par la vision de sa chaînette de mec qui ondule sous l’effet des oscillations de son bassin.
    La progression de ses assauts me rend dingue. Je sais que ça va bientôt être le dernier tour de piste avant le bouquet final, mais qu’importe, je profite de chaque instant.
    Quelques coups de reins encore et il jouit, il se répand au plus profond de moi en étouffant de justesse un grand râle de plaisir masculin.
    Je ressens comme une intense vague d’énergie et de chaleur circuler entre nos corps. J’ai l’impression de sentir carrément la vibration de son orgasme. Jérém jouit en moi et j’ai la sensation que sa virilité est alors insufflée, injectée dans mon corps, jusqu’à mon esprit. J’ai presque l’impression de la sentir bouillonner en moi.

    Sa peau moite et brûlante se presse contre la mienne, son front trempé de sueur vient se caler dans le creux de mon épaule. C’est un véritable bonheur que de le voir s’abandonner sur moi, assommé de plaisir. Ivre du plaisir que nous venons de partager, je ne peux m’empêcher de passer mes bras derrière son dos et de le serrer très fort contre moi. Le beau brun se laisse faire. Il prend plusieurs longues inspirations, il a l’air d’apprécier.
    Mais déjà quelques instants plus tard, il relève son buste, recule son bassin, se déboîte de moi. Il passe une main sur son front pour essuyer la transpiration qui fait briller sa peau mate jusque dans le creux de ses pectoraux.
    C’est beau un mec qui vient de jouir. Presque autant qu’un mec qui est train de jouir. Et tout comme un mec qui est sur le point de jouir.
    Ce n’est que lorsqu’il disparaît dans la terrasse pour aller fumer sa cigarette, et lorsque je reviens suffisamment à moi pour me rappeler de la présence de Romain, que je réalise que ce dernier, installé le dos calé contre la tête de lit, me regarde en se caressant la queue. En fait, il n’a toujours pas joui.
    Son regard harponne le mien, son désir silencieux pénètre mon esprit. Je sais qu’il a envie que je le suce. Le « moi sexuel » a bien envie de le satisfaire, de lui faire plaisir. Mais le « moi amoureux » a de toutes autres envies, la plus puissante de toutes étant celle de me retrouver seul avec mon Jérém, de le prendre dans mes bras et de le câliner jusqu’au matin.
    Je suis dans un équilibre instable entre désir, tentation et besoin de tendresse. La vision rapprochée avec cette queue frémissante ravive instantanément mon excitation.
    C’est là que je capte le regard de mon beau brun. Désormais posté sur le seuil de la porte fenêtre, l’épaule appuyée contre le mur, toujours en train de fumer sa cigarette, il nous regarde. Il me regarde. Qu’est-ce qu’il ressent à cet instant précis ?
    « Allez, suce » j’entends le beau barbu me lancer sur un ton ferme qui fait vibrer des cordes sensibles en moi.
    « Eh, tu fais quoi, là ? » j’entends Jérém lui balancer sur un ton agressif.
    « Je me fais sucer » fait Romain sans se démonter.
    Mon Jérém semble désarçonné face à la détermination du beau barbu, mais son regard soudainement assombri n’en dit pas moins.
    « Pourquoi, ça pose un problème ? » il enchaîne « je croyais que c’était un plan à trois, non ? ».
    « Ça l’est ».
    « Alors il va me sucer, je sais qu’il en a envie ».
    Bien sûr que j’en ai envie. Le « moi sexuel » en a très envie. Et comment ça pourrait en être autrement, comment pourrais-je ne pas avoir envie de faire plaisir à ce superbe mâle brun gaulé comme un Dieu, un Dieu avec une très sensuelle pilosité virile, un Dieu à la peau mate, aux abdos et au pli de l’aine saillants, et avec cette belle queue tendue ?
    Oui, ce Romain me fait envie, sa queue me fait envie. Mais le « moi amoureux » pourrait bien y renoncer. Ce moment de complicité sensuelle avec Jérém m’a bouleversé, et je crois que je n’ai besoin de rien de plus.
    Mais le beau barbu est là, la queue en feu, et ce n’est pas Jérém qui va lui faire plaisir. Et puis, Romain a raison, c’est un plan à trois, et le principe même du plan à trois est de tester toutes les combinations possibles. Et jusque-là, Jérém en a testé bien plus que moi…
    Alors, pourquoi n’aurais-je le droit de me faire plaisir à mon tour avec ce beau barbu ?
    J’ai l’impression que Romain triomphe du trouble qu’il a su instiller dans la tête de Jérém avec une poignée de mots bien choisis.
    Je me demande de quelle façon mon beau brun va réagir. Certes, nous sommes chez lui. Et, en tant que maître des lieux, il a quand même un droit de regard vis à vis de ce qui se passe dans son lit. Il pourrait se mettre en pétard, nous foutre tous les deux à la porte. Mais de quel droit m’interdirait-t-il de continuer ce plan à trois qu’il a voulu et pratiqué ? Et même s’il s’y essayait, ce serait admettre qu’un rapprochement sensuel entre Romain et moi le dérange, à admettre que ça le rend jaloux. A contrario, accepter ce rapprochement, équivaut à affronter sa jalousie…
    Et avant que mon beau brun ait pu réagir, le beau Romain balance un autre projectile verbal redoutable :
    « A moins que tu sois jaloux de ton chéri ».
    Bam ! Le beau barbu n’y va pas avec le dos de la cuillère.
    Une fois de plus, il joue la carte de la provocation vis-à-vis de mon beau brun, en appuyant exactement là où il y a un point sensible.
    Son chéri… c’est la première fois que quelqu’un insinue d’une façon si claire et directe que nous pourrions être ensemble, et même qu’il y aurait plus que du sexe entre nous. « Ton chéri », je trouve que ça sonne très bien.
    L’incapacité de Jérém à assumer notre relation est son point faible. Et le beau Romain l’a bien compris. De plus en plus insolent face le silence malaisé de mon beau brun, il enfonce le pieu :
    « C’est ça, alors votre deal ? » il me balance, tout en me regardant droit dans les yeux « lui il a le droit de baiser comme il veut, alors que toi t’as besoin de sa permission ? ».
    Ce mec est un véritable petit salopard. Pourtant, il faut admettre que sa question est légitime.
    Mon Jérém demeure muré dans son silence hostile. Je crains plus que jamais une réaction violente de sa part.
    Mais en même temps…

    Poor is the man whose pleasure depends to by permission of another

    … je veux pas être le mec dont le plaisir dépend de la permission de quelqu’un d’autre, et surtout pas dans un plan à trois, voulu par mon Jérém et dans lequel ce dernier a bien profité sans jamais demander mon avis.
    Et ce, alors qu’une partie de moi rêve d’un nouveau sketch de Jérém se montrant jaloux, foutant le beau barbu à la porte et m’avouant ensuite à grand renfort de baisers fougueux et de tendres câlins qu’il est amoureux de moi et qu’il ne me fera plus jamais souffrir. Mais nous ne sommes pas dans un Disney, et Jérém n’est pas ce qu’on appelle un prince charmant.
    Car, déjà, un prince charmant ne ferait pas de plans à trois, il ne coucherait pas avec un autre gars sous les yeux de son prince charmant à lui. Et surtout, confronté à une situation où son « beau » est convoité par un autre mâle, il ne balancerait pas, entre deux taffes de cigarette :
    « Vous avez qu’à baiser, rien à foutre ! ».
    Aaaaahhh. Pour le prince charmant, on repassera !
    Je suis déçu. J’aurais mal vécu qu’il s’oppose à ce que je couche avec Romain. Et pourtant, je suis triste qu’il l’accepte.
    Et là, sans plus attendre, Romain vient se mettre à cheval de mon torse et approche son manche tendu de mes lèvres. Un intense bouquet viril percute mes narines, met en fibrillation mon cerveau, me donne des furieuses envies.

    Tenir un pareil mâle dans la bouche, le sentir frissonner sous mes caresses, me laisser hypnotiser par les ondulations de ses abdos, par le mouvement nonchalant et absolument érotique de son bassin : c’est une expérience envoûtante que je redécouvre à chaque fois avec un enchantement intact.
    Le beau barbu se penche à son tour vers la table de nuit, il attrape une capote. Il déchire l’emballage, se dégage de ma bouche et se prépare à me baiser.
    Là encore, je me surprends à me demander quelle va être la réaction de Jérém, Jérém qui n’a pas bougé de l’encadrement de la porte fenêtre et qui assiste toujours à la scène, l’air de plus en plus défait.
    Un frisson de malaise parcourt mon corps et mon esprit. Est-ce que je devrais renoncer ? Est-ce que je devrais dire non à Romain ?
    Mais pourquoi renoncerais-je à baiser avec ce mec qui me fait bien envie, alors que Jérém a baisé avec lui à deux reprises ?
    D’autant plus que Jérém n’y voit apparemment aucun inconvénient. « Rien à foutre ».
    Et pourtant, lorsque je le regarde, lorsque je capte son regard noir, j’ai l’impression que, contrairement à ce qu’il a balancé, mon Jérém n’en a pas « rien à foutre ». Mais il ne l’admettra jamais, préférant avoir à assumer sa jalousie plutôt que d’admettre qu’il ressent quelque chose pour moi.
    Une poignée de secondes plus tard, le beau Romain se laisse glisser en moi. Et il commence illico à me pilonner.
    Soudain, je me souviens de m’être dit tout à l’heure, à la sortie du On Off, que ce gars ne me baiserait pas ce soir.

    Sous le feu des coups de reins du beau barbu, je prends mon pied, mais j’essaie de rester dans la retenue. Jérém continue de fumer et nous mater. Sans oser affronter directement son regard, je sens qu’il est jaloux.
    Je ne veux pas le provoquer, juste lui montrer qu’il n’a pas le droit de m’interdire ce que lui-même s’autorise. Mais aussi que son « rien à foutre » m’affecte. C’est facile d’exprimer tout et son contraire, sans mots, et dans une telle situation…
    « Alors, toujours rien à foutre, espèce de petit con sexy ? » je me retiens de justesse de lui balancer.
    Et pourtant, sa jalousie me touche. Il me tarde que ça se finisse, il me retarde de me retrouver seul à seul avec lui.
    Et puis tout s’arrête, d’un seul coup. Le beau barbu se raidit au fond de moi, sa respiration semble se bloquer. Un seul gémissement jaillit de sa gorge. Et il jouit.

    75 Beau brun VS beau barbu.


    Romain se dégage de moi, il enlève sa capote, lui fait un nœud et la pose par terre juste à côté de la table de chevet.
    « J’ai besoin prendre une douche » il lance.
    « Ouais » fait Jérém, sans même le regarder.
    Romain disparaît dans la salle de bain, et je réalise que j’ai très soif.
    « Je peux prendre une bière ? » je questionne mon beau brun, avant qu’il ne disparaisse à nouveau dans la semi-obscurité de la terrasse.
    « Ouais ».
    Visiblement, c’est le même tarif pour tout le monde.
    Je rejoins Jérém sur la terrasse. Je bois ma bière par petites gorgées, tout en regardant mon beau brun fumer en silence et en écoutant l’eau de la douche tomber et glisser sur le corps du beau barbu.

    Romain revient de la salle de bain et se rhabille en silence. Avant que le t-shirt noir retrouve sa place, je pose un dernier regard sur son torse magnifique à la peau mate et velue. Son aisance avec sa nudité m’impressionne. Et je me fais une fois de plus la réflexion qu’un bogoss torse nu, juste habillé d’un beau jeans, avec cette ligne de poils qui indique la direction de sa braguette, c’est juste divin.
    Le beau t-shirt noir finit par glisser sur ce torse de sculpture classique, avec pour résultat de cacher, ou plutôt de révéler autrement, ses proportions d’une beauté presque divine. C’est là que mon Jérém approche enfin, le regard hostile. Je crois qu’il en veut à Romain de m’avoir baisé.
    Je ne suis pas du tout rassuré. Je sens qu’il suffirait d’un seul mot de travers de la part du barbu pour que ça parte en vrille. Y il a comme de l’électricité dans l’air.
    « Au fait. T’as quel âge ? » lance Romain à l’attention de Jérém alors qu’il passe ses chaussures.
    Ouf… ça va, ses intentions ne sont pas « belliqueuses ».
     « 19 » répond laconiquement mon beau brun.
    « Allez, dis-moi ton âge » insiste Romain, l’air incrédule.
    « 19 » répète mon beau brun, alors qu’une pointe d’agacement commence à poindre dans sa voix.
    « C’est pas possible, t’as pas que 19 ans ».
    « Si » je laisse échapper nerveusement, peut être avec l’intention inconsciente d’éviter à mon beau brun de devoir répondre à nouveau à cette question et de voir son agacement se transformer en énervement.
    « 19 ans ? » semble tenter de se convaincre non sans mal le beau barbu.
    « Quoi ? Qu’est-ce que t’as avec mon âge ? » fait Jérém sur un ton qui commence à se faire agressif.
    « Rien, rien… c’est juste que je croyais que tu avais style 23-25 ans. Le fait est que… ».
    « Que ? » veut savoir mon Jérém.
    « Bah, le fait est que tu fais vraiment mec, quoi » enchaîne Romain.
    Jérém semble satisfait de sa réponse, il semble apprécier le regard que le beau barbu porte sur lui.
    « Et toi, tu as quel âge ? » je le questionne à mon tour.
    « 29 » il lance, avant d’enchaîner « et ça faisait un moment que je n’avais pas couché avec deux ados ».
    « Ecoute, mec, arrête de faire chier et dégage le plancher ! » j’entends Jérém lui balancer.
    Bam, encore du pur Jérém ! Je l’avais « dit » qu’il ne fallait pas le chercher. Pourvu que Romain ne prenne pas trop mal la sortie abrupte de mon beau brun.
    « T’es un super beau mec, et t’est aussi un bon coup. Mais t’es vraiment un sale con, Jérémie » j’entends Romain balancer en se levant, prêt à partir.
    Et là, ce que j’avais redouté se produit. Jérém se rue sur lui, l’attrape par le beau t-shirt noir, juste en dessus du col, et le plaque contre le mur.
    Le geste est si soudain que le claquement du dos musclé du beau barbu contre la cloison produit un bruit sourd.
    « Tu veux mon poing sur ton nez ? » je l’entends lui crier dessus, les yeux dans les yeux, son regard fulminant de colère, les muscles tendus et bagarreurs.
    Mais le regard insolent et provocateur du barbu ne change pas d’un poil.
    « Ça va, ça va, mec, ne t’énerve pas » fait Romain, tout en se marrant sous la moustache.
    « Garde-le bien au chaud ton chéri » il ne se démonte pas « Tu aurais bien de mal à en trouver pas un autre aussi docile ».
    « Tu vas la fermer, oui ou merde ? » s’énerve Jérém en bousculant un peu plus encore le beau Romain.
    Je crois que je n’ai encore jamais vu mon beau brun aussi hors de lui qu’à cet instant précis. Même pas au Shangay, avec le mec qu’il avait remis à sa place dans les toilettes.
    Car, à cet instant précis, Jérém ressemble à une bête enragée, piquée à vif. Sa virulence me fait peur. Dans ma tête, je retrouve l’écho des mots de Thibault me confiant son inquiétude vis-à-vis de la tendance de Jérém à se lancer dans la bagarre sur un coup de tête, sans tenir compte des risques.
    J’ai peur qu’à un moment le beau barbu réagisse violemment et que ça dérape en véritable baston. J’ai peur que des coups de poing puissant s’abattent sur ces beaux corps ou sur ces beaux visages.
    Deux beaux t-shirts sont en train de se déformer sous les ardeurs des deux mâles bagarreurs. Romain tente de repousser mon Jérém, le bouscule. Ce dernier recule un peu, manque de perdre son équilibre, mais se rattrape et ne lâche pas sa prise.
    Son avant-bras appuie encore plus fort sur la glotte du beau barbu, le faisant grimacer de douleur, l’amenant à renoncer provisoirement à ses intentions de riposte.
    « Maintenant tu vas m’écouter, espèce de connard » il lui balance sur un ton tellement énervé que j’ai l’impression qu’il va le bouffer « quand je vais te lâcher tu vas te tirer d’ici plus vite qu’en courant. Sinon je vais te démonter la gueule. C’est compris ? ».
    Mon Jérém a tout juste le temps de terminer sa phrase lorsque le barbu arrive à se dégager et à le repousser pour de bon. Un instant plus tard, il revient à la charge. Mais il ne revient pas à l’attaque. Il y revient en se servant de la plus blessante des armes, la parole, qu’il affûte en la passant sur la redoutable meule de la vérité :
    « Arrête un peu de te la péter et de faire ton macho à deux balles » il balance sans se démonter face à l’agressivité de mon Jérém « même lui il ne va pas se laisser faire éternellement. Il est fou de ta queue, ce qui se comprend, je ne dirai pas le contraire. Et il est peut-être même fou de toi tout court, ce qui s’explique à mon sens beaucoup plus difficilement. Mais fais gaffe quand même. Un jour il faudra que tu lui offres mieux que ta queue si tu veux le retenir ».
    « Ta gueule, connard ! » riposte mon beau brun.
    Jérém de plus en plus énervé, il semble souffler du feu et des flammes des yeux et des narines. Et qu’est-ce qu’il est sexy quand il est à ce point hors de lui ! Je trouve étonnant qu’il ne se rue une nouvelle fois sur le beau barbu. J’ai l’impression que son corps accuse la fatigue et qu’il renonce à se battre parce qu’il réalise qu’il n’est pas en mesure de le faire comme il le voudrait.
    « Dégage de chez moi, connard » il rugit, à bout de forces, de souffle et d’arguments.
    « C’était bien mon intention ».
    Et là, en attrapant la poignée de la porte d’entrée, il ajoute :
    « Bonne soirée les amoureux ».
    « Dégage connard ! ».
    En sortant de l’appart, le beau barbu trouve encore le moyen de glisser, comme un dernier pied de nez :
    « Tu ne pourras pas toujours échapper à tes démons, mec. Un jour ou l’autre, il faudra avoir les couilles de les affronter ».
    La porte claque bruyamment derrière la sortie de scène fracassante du beau barbu. Jérém attrape la poigné de la porte comme une furie, bien décidé à le rattraper pour lui régler son compte une fois pour toutes.
    « Jérém » je l’appelle, tout en l’attrapant par le poignet « je t’en supplie, ne fais pas ça. Ce mec est un connard, il n’en vaut pas le coup ! ».
     « Lâche moi » il aboie « lâche moi ou… ».
    « Ou quoi ? Tu vas me cogner ? Jérém, tu ne vois pas qu’il te cherche ? Ne rentre pas dans son jeu, pitié ! ».
    Le beau brun hésite, partagé entre la voix de son ego blessé qui crie vengeance et la raison que j’essaie de réveiller en lui et qui doit faire écho à la fatigue qui ralentit son jeune corps surmené.
    « Connard de mec !!! » je l’entends proférer alors que sa main abandonne petit à petit la prise sur la poignée de la porte.
    « On est bien d’accord » je le seconde, tout en essayant de désamorcer sa colère « il a tellement une tête à claques que si tu commences à lui en mettre, t’auras mal à la main avant qu’il ait mal à la gueule ».
    « Bon débarras » je l’entends balancer en lâchant définitivement la poignée, en faisant demi-tour et se dirigeant vers la terrasse pour allumer une énième cigarette.
    Je me retiens de justesse de lui dire que c’est lui qui a ouvert sa porte de son appart au beau barbu. Mais bon, ce n’est pas le moment pour ça. Ce n’est pas le moment non plus pour lui faire remarquer qu’il a quand même pris son pied en le baisant. Ou le fait qu’il fume bien trop de cigarettes…
    Je sors à mon tour sur la terrasse et je m’installe à ses côtés les reins appuyés contre la rambarde. Je tente de tromper le silence entre nous en avalant ma bière par petites gorgées.
    Et en le matant. Le torse incliné vers l’avant, les avant-bras appuyés à la rambarde, la petite chaînette qui pendouille dans le vide, le regard perdu dans la rue, Jérém fume sans un mot, sans un regard à mon attention. Le silence qu’il impose est très pesant. On dirait qu’il fait à nouveau la gueule. Je cherche désespérément un sujet pour lancer une discussion, mais je ne trouve rien de sympa à dire.
    C’est lui qui va se charger d’engager la conversation. Sans bouger le regard de ce point indéfini dans la rue qui semble polariser toute son attention, il me balance :
    « Alors, t’as pris ton pied avec ce bouffon ? ».
    Ah, cash, sans transition. Et là, en résistant de justesse à la tentation de lui rappeler qu’il a quand même donné le feu vert pour que je baise avec le barbu, avec son délicat « rien à foutre », je lui balance du tac-au-tac :
    « Et toi, t’as pris son pied avec ce bouffon ? ».
    « Pfffffff ! ».
    « Et avec les deux gars au On Off ? » j’insiste.
    « Ta gueule ».
    « Dis-moi ! »
    « Non ! » il me crie dessus.
    « Non… quoi ? ».
    « T’as pas aimé ou tu n’as pas… ».
    « J’ai pas baisé avec eux, ok ? » il me coupe, bien agacé.
    « Pourquoi tu n’as pas couché ? » je veux savoir.
    « Mais tais-toi ! ».
    « Je veux savoir ».
    « Il n’y a rien à savoir ».
    « Si. Je veux savoir pourquoi tu n’es pas allé au bout de ça. Tu m’avais dégagé pour draguer, et ces gars voulaient coucher avec toi. Et ils étaient plutôt pas mal. Alors, pourquoi ? ».
    Jérém ne dit rien, il regarde ailleurs.
    « Tu n’étais pas à l’aise, dans cet endroit ? » j’insiste « Ou alors tu n’as pas eu envie de faire confiance à ces deux mecs ? Ou alors… il y a une autre raison… ».
    « Quelle autre raison ? ».
    « Je ne sais pas, à toi de me dire ».
    « Tu me casses les couilles ».
    « Ecoute, Jérém. Tu comptes beaucoup pour moi, vraiment beaucoup. Je ne sais toujours pas ce que je suis pour toi, mais je sais que tu n’es pas qu’un plan cul pour moi » je finis par ajouter, sans savoir si cela va arranger ou empirer ma côte vis-à-vis de mon beau brun. Je ne veux pas lui faire peur, je ne veux pas le brusquer, mais j’ai besoin de le lui dire.
    Pendant un long moment, j’attends une réaction de sa part qui ne vient pas. Lorsqu’on se met à nu, on s’attend à une certaine réaction de la part de l’autre. Et quand cette réaction est autre que celle escomptée, ou quand elle ne vient pas, le malaise et le sentiment d’humiliation deviennent vite très forts.  Je sens que je commence à lui en vouloir. Il est tard, je suis fatigué, je ne me sens pas la force de me « battre ». Alors, avant de lâcher des mots que je pourrais regretter par la suite, je décide de lâcher l’affaire.
    « Allez, il est tard. Je vais y aller moi aussi » je finis par conclure, la mort dans le cœur.
    Joignant le geste à la parole, je décolle le dos de la rambarde et j’amorce le mouvement pour rentrer dans le petit séjour, avec l’intention de me doucher et de quitter l’appart au plus vite.


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  • 31 décembre 2002, 18h56

    [« Je te fais la promesse que le prochain réveillon ce sera à Campan, et avec les cavaliers ».
    « J’adore l’effet que Campan a sur toi, Jérém ».
    « Quel effet ? ».
    « Il fait ressortir ta véritable personnalité. Et tu es si adorable ! »
    « Campan n’est qu’à nous ! » il s’exclame.
    « Oui, c’est notre refuge »].

    Sous la douche, je repense à ce rendez-vous manqué avec les cavaliers à cause de la neige qui nous avait bloqués à la petite maison, sans électricité, sans beaucoup de provisions. Je repense à cette omelette avec laquelle on avait fait un repas de fête. Ce soir-là, il n’y avait que la cheminée, une omelette et notre amour, et ça nous suffisait pour être heureux.
    Je me souviens de chacun des instants du réveillon d’il y a an, de chacune de mes sensations, de toutes les nuances de bonheur que m’apportait sa présence. Je me souviens de chacun de ses regards, de chacun de ses sourires, de chacun de ses mots. Et surtout de ces trois petits mots dont il m’avait fait cadeau juste après avoir fait l’amour une dernière fois, à l’approche de minuit.
    « Je t’aime ».
    Trois petits mots sur l’oreiller, trois mots, un monde entier.
    Longtemps j’avais rêvé d’entendre ces mots de sa bouche, sans pour autant espérer que cela arrive. Et ce cadeau était enfin venu, à l’instant même où une année se terminait et une autre prenait le relais. C’était le plus beau cadeau qu’on ne m’ait jamais fait.

    L’eau chaude de la douche glisse sur ma peau, elle me fait du bien. Elle revigore mon corps qui, après un après-midi passé à faire l’amour, demanderait plutôt à rester tranquille qu’à faire la fête.
    Mais ce soir c’est le réveillon, un autre, et je n’ai pas le temps de me reposer. Dans une heure, je vais être assis à table avec nos invités, et pendant une longue soirée. Car ce soir, l’année 2002 va se terminer, et une nouvelle va commencer. Et il faut fêter ça, le temps qui passe.
    J’arrête l’eau, je me sèche, je m’habille. J’arrange mes cheveux et je quitte la salle de bain pour aller rejoindre le gars qui me fait du bien, qui égaie ma vie, qui comprend mon besoin d’être aimé et rassuré, et qui sait pardonner mes erreurs.
    Je le retrouve dans la cuisine, il est en train de terminer le repas pour ce soir. Il est vraiment doué aux fourneaux.
    Je le regarde en train de cuisiner et je ne peux résister à l’envie de m’approcher doucement de lui, de glisser mes bras autour de sa taille, de le serrer contre moi, de lui faire plein de bisous dans le cou.
    Il tourne la tête, et je croise son regard plein d’amour, de l’amour à donner, de l’amour à recevoir. Ce gars est un véritable puits à câlins.
    Après avoir éteint la plaque chauffante, il se tourne vers moi, et nous nous enlaçons, nous nous embrassons.
    J’adore laisser glisser mes doigts dans ses beaux cheveux châtains, j’adore me noyer dans ses yeux verts, dans son regard doux et timide.
    La vie est faite de surprises. Je n’aurais jamais pensé qu’on se retrouverait un jour tous les deux.
    « Tu es très beau, Nico » il me lance, adorable.
    « Toi aussi, tu es beau, Ruben ».

     


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  • Après un petit déj avec Charlène et un nouveau coup de main pour nourrir la troupe d’équidés, nous passons chez Martine pour faire quelques courses, avant de gagner la petite maison.
    Un beau soleil nous accompagne ce matin, et la petite construction est à moitié ensevelie par la neige. Nous commençons par déblayer les fenêtres et la porte d’entrée.
    La maison est froide et humide et elle sent la pièce restée longuement fermée. C’est une ambiance très différente de celle, chaleureuse et réconfortante, avec laquelle elle m’avait accueilli quelques mois plus tôt. Un grand feu brûlait alors dans la cheminée, dans l’âtre maintenant sombre, muet et froid.
    Mais mon Jérém, le maître du feu est là, et je sais que le miracle va bientôt se répéter. Je l’aide à ramener le bois que Charlène nous a donné pour démarrer la flamme. Il nettoie le foyer des cendres qui l’encombrent. Puis, il fait un petit tas de bois fin, et il ajoute du papier. Il sort le briquet de sa poche et il fait démarrer la magie. Je regarde la flamme prendre peu à peu, tandis que mon bobrun approche une cigarette pour l’allumer.
    « Viens là » il me lance, m’invitant à le rejoindre près du feu.

    Les heures, les jours et les nuits qui suivent sont le récit d’un bonheur parfait. Nous sommes un vrai petit couple qui vaque aux corvées du quotidien – repas, ménage, feu – en parfaite harmonie.
    Les gestes du quotidien ont un charme particulier en présence de mon Jérém. Je le regarde en train de cuisiner – il est vraiment doué aux fourneaux, et la cuisine le rend très sexy – et je ne peux résister à l’envie de m’approcher doucement de lui, de glisser mes bras autour de sa taille, de le serrer contre moi, de lui faire plein de bisous dans le cou. Le bobrun se retourne, je croise son regard brun et doux. Un regard plein d’amour, de l’amour à donner, de l’amour à recevoir. Lorsqu’il tombe son armure, ce gars est un véritable puits à câlins.
    Parfois, c’est moi qui essaie de faire à manger. Et c’est Jérém qui se glisse derrière moi, qui me serre contre lui et qui m’enivre de bisous.
    Le temps passé avec Jérém est tellement magique que j’arrive presqu’à oublier l’« accident », l’attente du test, l’angoisse. La prise de mon traitement devient presque un geste mécanique, accompli entre deux moments de bonheur et cesse peu à peu d’être le sombre pivot de mes journées.

    L’un des moments que je préfère, ce sont les instants avant de m’endormir, lorsque je me retrouve blotti bien au chaud sous ses draps et dans ses bras. Pendant ces instants, je me sens tellement bien, tellement en sécurité. Je voudrais ne pas m’endormir, je voudrais passer la nuit à profiter de son étreinte, de la chaleur de son corps, de sa respiration silencieuse et calme.
    Cette petite maison est un nid de bonheur. Je n'ai besoin de rien de plus.
    Un autre moment que je chéris tout particulièrement, c’est le réveil à ses côtés. Ce que j’aime, c’est émerger un peu avant lui et me dire « il est là, avec moi, la vie me fait le cadeau d’une nouvelle journée en compagnie du gars que j’aime ». J’aime me réveiller avant lui pour avoir le temps de nettoyer la cheminée, aller chercher du bois, faire repartir le feu, et préparer le café. Bref, de faire de cette maison ce nid douillet que j’aime tant.
    J’adore voir mon bobrun se laisser doucement réveiller par le bruit de la cafetière italienne et par l’arôme de la boisson chaude qui monte. J’adore lui apporter son café au lit, le voir émerger des draps, le regard encore un peu vaseux, mais touché par mon geste. Et j’adore recevoir des bisous, des caresses, et beaucoup de tendresse.
    J’aime regarder le bogoss boire son café par petites gorgées, le regard dans le vide, se réveiller peu à peu. Et lorsqu’il pose sa tasse vide par terre, et que la mienne atterrit juste à côté, j’adore m’allonger à côté de lui, et poser ma tête sur son épaule, sur ses pecs ou ses abdos.
    Parfois, Jérém me prend dans ses bras, et il pose mille bisous dans mon cou. Nos lèvres se cherchent, nos doigts s’enlacent. Bien entendu, j’aime aussi le réveiller avec une gâterie matinale. Mais c’est tellement bon de prendre un café et de faire des câlins… d’abord.

    La situation me rend inventif. Ne pouvant pas vraiment lui faire plaisir avec ma bouche à cause de la capote, j’innove. Je me glisse derrière lui, je l’enserre dans mes bras, je me blottis contre son torse solide. Être si proche de son cou puissant, de ses tatouages, de ses épaules, de ses cheveux bruns, de ses beaux biceps, des petites odeurs tièdes qui se dégagent de sa peau mate, ça me fait vraiment un effet de dingue.
    Je pose des bisous dans son cou, j’envoie ma langue titiller ses oreilles. Elles m’excitent terriblement et elles sont également, je le sais, un point très érogène chez mon bobrun. J’arrive ainsi à lui arracher un premier frisson.
    Je glisse ma main sous son t-shirt, je conduis mes doigts à l’aveugle mais en sachant parfaitement où les envoyer. Ils suivent les creux de ses abdos, remontent lentement le long de la ligne médiane de son torse, s’énivrent au contact du reliefs saillant de ses pecs, apprécient toutes les nuances du contraste entre la puissance de ses muscles et la douceur de sa peau, de ses poils. Je sens son excitation monter en flèche.
    Et là, et seulement là, je glisse ma main sur sa queue déjà raide, je la saisis délicatement et je commence à la branler doucement.
    J’adore sentir ses ahanements de tout près, ses petits spasmes d’excitation, voir sa tête basculer en arrière sous le frisson du plaisir, et profiter de cette proximité pour mordiller ses oreilles.
    J’adore sentir la vibration de son bonheur sexuel se propager dans mon corps grâce à ce contact si rapproché. J’adore sentir que je tiens mon beau mâle dans mes bras, son plaisir entre mes deux mains, j’adore sentir son orgasme retentir partout en moi.

    Le lendemain de notre arrivée, nous sommes conviés au relais pour une soirée fondue organisée par JP et Carine.
    C’est avec un plaisir intact que je retrouve Arielle, toujours aussi peu douée pour la cuisine – sa tarte salée est un affront aux papilles, Martine – sa bonne humeur est toujours aussi pétaradante et contagieuse, Carine – sa curiosité et sa minauderie jamais démenties, Jean Paul – la bienveillance personnifiée, mais habillée d’un humour fin et poilant, Nadine au rire tonitruant et implacable, Marie Line et Bernard – un couple dont la simple présence dégage une zénitude incroyable, Ginette et son mari – autre couple légendaire, que ce soit pour leur belle complicité après tant d’années de vie commune, ou pour leur infinie gentillesse.
    Je retrouve également Loïc, et cette fois-ci sans Sylvain – Satine m’expliquant en aparté que leur idylle serait bel et bien terminée, Charlène ajoutant que Fabien, l’ex de Loïc, chez qui nous sommes allés prendre un verre au détour d’une balade, aurait depuis quelques temps un nouveau compagnon avec qui il filerait le parfait bonheur.
    Mais aussi Daniel et sa Lola, Daniel et sa grande gueule, Daniel et son humour détonnant, Daniel et ses grimaces à la « De Funes », Daniel et ses blagues de cul. Mais surtout, Daniel, sa guitare et sa voix.
    Une guitare et une voix qui nous font voyager et qui nous portent loin dans la nuit sur des airs populaires, dans une ambiance bon enfant qu’on a envie de faire durer encore, encore et encore. Même au-delà de cette vingtième fois où ce fou chantant nous annonce sans y croire, et sans le souhaiter vraiment, que « mesdames et messieurs, ceci sera mon dernier rappel ».
    La nuit s’étire dans la bonne humeur, dans cette ambiance déjantée qui réchauffe le cœur, dans le partage de l’un de ces moments de convivialité que je n’ai trouvé ailleurs que dans ce village, dans cette salle, avec ces cavaliers. Et des moments comme ça, ça fait tellement de bien.
    D’autant plus que, dans cette ambiance magique, mon Jérém a l’air tellement heureux. Définitivement, c’est ici à Campan que je retrouve le Jérém que j’aime.
    Daniel est en train de tout donner sur « L’amour c’est comme une cigarette », lorsque je vois mon bobrun se lever et se diriger vers la cheminée pour, justement, fumer une cigarette.
    Une autre chanson démarre, et Jérém est seul à côté du feu, l’air pensif. Je ne peux m’empêcher d’aller le rejoindre et de lui demander :
    « Ça va ? ».
    « Je suis heureux » il me lance, sans quitter le feu des yeux.
    « Moi aussi je suis heureux ».
    « C’est ça que j’aime te proposer, pas ce que je peux te proposer à Paris » fait mon Jérém, sa main cherchant la mienne.
    « Je sais, je sais ».
    « OOOOOh les amoureux » j’entends Satine nous charrier.
    Puis, une seconde plus tard, un chœur composé de toutes les nanas et de quelques gars également, et certainement de la somme de tous les verres descendus depuis le début de la soirée, répétant à tue-tête :
    « Le bisou, le bisou, le bisou, le bisou, le bisou ».
    Jérém a l’air surpris, mais très vite je le vois lâcher un magnifique sourire canaille, craquant à souhait.
    « Ok, nous allons nous embrasser » je l’entends annoncer « mais à condition que tous les couples se roulent une pelle en même temps que nous ».
    « Chiche ! » fait JP.
    « Oui, chiche ! » fait Daniel.
    « Et ceux qui sont célibataires ? » s’insurge Satine.
    « Tu cherches un célibataire et tu lui roules une pelle » fait Jérém, joueur.
    « On va se contenter d’une bise ».
    « Allez, au trois, tout le monde s’embrasse » fait mon bobrun, avant de poser ses lèvres sur les miennes .

    Pendant la semaine entre Noël et le jour de l’an nous nous penchons sur nos révisions pour les partiels. Je découvre un Jérém en mode « étudiant », à la fois sexy et touchant. Un Jérém appliqué, motivé, qui me demande parfois de l’aider à comprendre certains passages, avec une attitude de gosse qui interpelle son prof, comme si ça le gênait de me déranger ou de montrer ses faiblesses.
    Je n’avais jamais réalisé que sa dyslexie compliquait à ce point son apprentissage. Il faut dire que je ne l’avais jamais vraiment vu bosser auparavant. Nos « révisions » rue de la Colombette étant plus « récréatives » que studieuses.
    Je suis ému de le voir autant d’énergie pour lire et comprendre un texte, butant parfois longtemps sur un mot, le plus souvent des mots « abstraits ».
    Mais sa motivation, sa persévérance et son courage me touchent, et suis heureux de pouvoir l’aider. J’essaie de l’encourager pour qu’il se sente à l’aise à m’interpeller autant que nécessaire, et ça finit par devenir un jeu, un plaisir partagé.

    Nous retrouvons les cavaliers deux jours avant le réveillon de fin d’année pour une journée ski. Au menu, pistes bleues et noires pour les plus expérimentés, rouges et bleues pour les débutants comme moi. Sur le papier, une belle journée en vue.
    Mais tout ne va pas se passer pour le mieux. Déjà, la première journée de ski de ma vie commence mal. Je réalise trop tard, c'est-à-dire une fois sur la piste, que mes chaussures de ski sont trop petites. Du coup, je ne suis pas à l’aise dedans, ce qui me déconcentre.
    Heureusement, comme ça avait déjà été le cas pour le cheval, Jérém ne me lâche pas d’une semelle – là encore, mention spéciale pour le panache avec lequel il arrive à porter ce bonnet improbable, à pompon et multicolore, qu’il a pu se procurer au magasin de location de skis, le sien étant resté à la petite maison. Alors que moi, avec un bonnet semblable, acheté dans le même rayon, j’ai vraiment une tête de con.
    Le bobrun m’apprend les rudiments de la glisse – évidemment, en plus d’être rugbyman pro, cavalier expérimenté, très bon nageur, il sait aussi bien skier – et il fait preuve d’une patience remarquable. Et comme ça avait été également le cas pour le cheval, Charlène et JP apportent chacun leur contribution à mon apprentissage « sur le tas ».
    Malgré cela, j’enchaîne les maladresses, les chutes, les déchaussements de skis. Une fois, alors que je viens de déchausser à nouveau au beau milieu d’un virage, je n’arrive pas à me relever tout de suite. Et là, je vois mon ski commencer à glisser dans le sens de la pente. Je le regarde, impuissant, en train de se diriger vers la falaise boisée hors-piste.
    Et là, je vois Jérém arriver comme une fusée et rattraper le ski de justesse, juste avant qu’il se perde dans le grand blanc.
    « Mais qu’est-ce que tu fiches ? » il me gronde gentiment, tout en se marrant « tu pouvais pas appeler ? T’as failli perdre ton ski ».
    « Je pensais que j’arriverais à le rattraper ».
    Jérém m’aide à me relever et à rechausser mon ski. Nous reprenons la descente. Le bobrun repart à l’aise. Quant à moi, on dirait un canard dans le désert. Je suis peureux et donc maladroit et empatté.
    Régulièrement, des skieurs chevronnés passent tout près de moi, lancés comme des fusées. Le bruit de leur vitesse, presque un vrombissement, m’impressionne. Leur arrivée et leur passage me surprennent, me font peur. J’ai l’impression que leur vitesse m’aspire, comme lorsqu’on double un semi-remorque sur l’autoroute. Je perds toute concentration, je me raidis, mon équilibre précaire est mis à rude épreuve.
    Mais à force de persister et de prendre sur moi, peu à peu j’arrive presque à trouver un début d’assurance. Je reprends la descente et je commence à avoir l’impression de m’en sortir un peu mieux. Déjà, je ne tombe plus. Et ce, depuis plusieurs… secondes !
    Mais ça ne va pas durer.
    Au milieu de la descente, je finis par tomber à nouveau. Je me sens de plus en plus épuisé, et j’ai vraiment du mal à me relever. Jérém est déjà en bas de la piste et il ne peut plus venir m’aider. Je serre les dents, et c’est au prix d’un grand effort que j’arrive à me remettre debout. Une fois d’aplomb, je tiens péniblement sur mes jambes et sur mes genoux déjà bien fatigués.
    Je regarde en bas, Jérém a disparu. Je pense qu’il a dû repartir au télésiège pour remonter et venir me rejoindre. Je prends une grande inspiration et je m’apprête à reprendre la descente. Et là, un skieur en combi rouge feu passe si près de moi qu’il m’effleure. Le contact est tout léger. Mais rien qu’à cause de la surprise, je tombe à nouveau.
    « Mais quel connard ! » j’entends Jérém pester quelques instants plus tard, tout en m’aidant à me relever.
    « Je ne pense pas qu’il ait fait exprès ».
    « Il n’a pas fait attention non plus ce con ! ».
    Cette fois-ci, Jérém m’accompagne, il descend à mon rythme, c'est-à-dire au ralenti. Ce n’est que vers la fin de la piste, lorsque la pente se fait plus douce, que j’arrive enfin à retrouver confiance et à glisser avec un peu plus d’aisance.
    « Ça te dit de refaire cette piste ? » me questionne le bobrun.
    « Oui, je veux bien » je lui réponds, boosté par ma réussite sur les dernières longueurs de la descente.
    Le télésiège est à l’arrêt, et il y a quelques skieurs en train d’attendre. Parmi eux, on ne voit que la combi rouge feu.
    « Tiens, le voilà, lui » j’entends Jérém lâcher « je vais aller lui expliquer un truc ».
    « Non, Jérém, laisse tomber, je ne pense vraiment pas qu’il l’ait fait exprès » je tente de l’en dissuader, en craignant l’approche de Jérém, la réaction du mec, et une bagarre en vue.
    Mais évidemment, Jérém n’en fait qu’à sa tête.
    « Eh mec ! » il lui lance sur un ton agressif.
    Le mec se retourne, il nous toise et il lâche :
    « C’est à moi que tu causes ? ».
    « A toi, oui » fait Jérém, sur un ton bagarreur.
    « Tu me veux quoi, toi ? ».
    « Tu devrais faire plus attention aux autres skieurs ».
    « Mais de quoi je me mêle ? ».
    « Tu as fait tomber mon pote ».
    « S’il ne sait pas skier, il a qu’à faire du fond ».
    « Si tu veux aller vite, t’as qu’à faire des pistes noires ».
    « C’est ton œil qui va être noir si tu n’arrêtes pas de me casser les couilles ».
    « Tu veux voir ? » fait mon bobrun, remonté à bloc.
    « Oui, je veux bien voir » fait le gars, de plus en plus insolent et provocateur.
    « Arrête Jérém, ça ne fait rien ».
    « Tu dois vraiment bien l’aimer ton pote si tu es prêt à te faire casser la tronche pour lui ».
    Soudain, j’ai peur. J’ai peur parce que je sens la bagarre venir. Soudain, je repense à une autre occasion où j’ai vu Jérém monter en pression. C’était dans les chiottes de la boîte de nuit à Toulouse, la nuit où il m’avait débarrassé d’un type saoul qui voulait me cogner. Ça m’avait profondément touché qu’il vienne à mon secours. Mais j’ai tellement peur de la bagarre, et des dangers qu’elle comporte. La violence et l’affrontement me tétanisent. Je ne me suis jamais battu de ma vie, et je m’en passe bien.
    Aujourd’hui comme lors de cette nuit déjà lointaine, je sens cette escalade entre jeunes coqs monter en puissance et atteindre un point de non-retour. Je me sens bloqué, je suis incapable d’intervenir. Et j’ai terriblement peur qu’il puisse arriver malheur à mon bobrun.
    « Tu fermes un peu ta gueule, connard ou c’est moi qui vais te la fermer » j’entends Jérém atteindre le point de non-retour, le regard noir comme le ciel qui annonce un violent orage d’été.
    Et là, je vois le gars s’avancer vers mon bobrun, l’air vraiment belliqueux. Sa carrure est massive, son attitude impressionnante.
    « Oh, les gars, vous arrêtez ça tout de suite ! ».
    C’est une voix familière et ô combien rassurante qui vient à notre secours. Je me retourne et je vois JP et Martine ralentir sur leurs skis et s’arrêter tout près de nous. La voix de cette dernière, ferme, autoritaire, suffit à bloquer l’énergumène dans son élan.
    « T’es sa mère, toi ? ».
    « Non, je ne suis personne, mais si vous vous battez j’appelle le type des remontées et votre journée ski à tous les deux est finie sur le champ. C’est ça que vous voulez, les gars, pour cette journée ensoleillée, parfaite pour skier, vous faire jeter à 15 heures ? ».
    « C’est pas moi qui ai commencé » fait le type.
    Jérém ne dit rien, mais il conserve son regard bien noir et menaçant, et il est sexy à mort.
    « Mais t’as quel âge ? » se moque Martine.
    « Allez, on ne va pas se fâcher pour ça. Désolé pour l’incident. Tu as raison, je ferais mieux d’aller sur des pistes de mon niveau » fait le gars, en changeant d’attitude du tout au tout, visiblement intimidé par la présence et le caractère de Martine.
    Mais avant de partir, il glisse à Jérém :
    « T’as pas intérêt de croiser ma route une deuxième fois ».
    « Toi non plus, je t’assure ».

    « Regarde ce gars, le pauvre. Tu lui as foutu la frousse, Martine » fait JP, moqueur.
    « Grand bien lui fasse ».
    « Tu sais que tu m’as fait peur à moi aussi ? » il continue, taquin.
    « N’importe quoi ».
    « Je t’assure, j’ai les poils des bras qui se sont dressés ».
    « Mais qu’est-ce qui s’est passé ? » elle nous questionne.
    « Le gars descendait vite, et il m’a effleuré. Mais comme je ne suis pas très assuré, ça m’a fait tomber » j’explique.
    « Il n’a pas du tout fait attention, on aurait dit que la piste n’était que pour lui » fait Jérém, sur un ton très irrité.
    « Et ça c’est une raison pour en venir aux mains ? ».
    « Je n’avais pas besoin de ton aide ».
    « Non, c’est sûr, tu n’avais pas besoin de mon aide pour te battre. Mais tu avais besoin de mon aide pour ne pas te battre. Et ne pas se battre est toujours mieux ».
    « Il doit vraiment t’aimer pour aller s’attaquer à un type plus solide que lui » me glisse Martine pendant que nous attendons le télésiège.

    Il faut plusieurs remontées et plusieurs descentes à Jérém pour se calmer.
    « Ca me touche beaucoup ce que tu viens de faire » je trouve le cran de placer, pendant une nouvelle remontée en télésiège « mais je ne veux pas que tu te mettes en danger pour moi. J’ai trop peur qu’il t’arrive quelque chose. Je tiens trop à toi »
    « Je n’aurais pas dû chercher ce type. Mais je ne supporte pas qu’on te fasse du mal » finit par admettre Jérém, avant d’ajouter « Si je m’écoutais, j’irais à Bordeaux chercher ce type qui n’a pas voulu se faire dépister et je lui casserais la tête ».
    « Mais ça ne servirait à rien ».
    « Je sais ».
    Jérém ayant retrouvé le sourire et sa complicité avec Martine, la journée se termine ainsi dans la bonne humeur. Le soir, nous nous retrouvons pour une soirée raclette au relais.
    Une nouvelle fois, l’ambiance bon enfant réchauffe la grande salle au même titre que le feu qui brûle dans la grande cheminée. Une nouvelle fois, la guitare de Denis a le dernier mot pour clore un délicieux moment entre potes.
    Charlène insiste pour que nous restions à nouveau dormir chez elle, « vous n’allez pas rentrer à cette heure dans une maison glaciale, de toute façon, je n’ai pas enlevé les draps dans la chambre d’amis ». Ce soir nous sommes bien fatigués, car le ski est un sport très physique. Ce soir, nous ne faisons pas l’amour. Nous nous contentons de tendresse, de câlins, et du bonheur apaisant de sentir le contact du corps chaud de l’autre contre le sien. Et dans notre étreinte, c’est notre amour réciproque que nous ressentons, sans besoin d’ajouter le moindre mot.

    Pendant ces derniers jours de l’année, le sexe ponctue nos journées, notamment nos pauses entre révisions, et nos nuits. Peu à peu, nous nous habituons à cet « intrus » en latex qui s’invite de force entre nous à chaque fois que nous avons envie de faire l’amour.
    Le fait de se protéger devient un automatisme, et je finis par trouver les gestes de chausser la capote avant l’amour et de la retirer après, bien pleine, à la fois terriblement frustrants mais aussi terriblement érotiques.
    La capote ne fait pas qu’imposer sa présence, elle impose également ses temps. Jérém est bien plus long à jouir avec le préservatif. Mais ce n’est pas plus mal, c’est même très plaisant. Il n’est plus dans la « performance », ni dans le « timing », ni dans l’étalage de sa puissance virile. Désormais, il prend son temps, il prend son pied, avec moi, et c’est délicieux.

    Un soir nous sommes invités avec quelques autres cavaliers à dîner chez Ginette et son mari. La soirée se termine vers 2 heures du mat. Jérém a un peu bu et il me passe les clefs de sa voiture. A vrai dire, je ne me sens pas très à l’aise à l’idée de conduire sa voiture dans le chemin étroit et verglacé qui conduit à la petite maison. Mais mon bobrun a l’air assez éméché, alors je prends sur moi et j’accepte de prendre le volant.
    Oui, mon bobrun a l’air un tantinet saoul, ce qui, le connaissant un peu, laisse présager une fin de soirée très fougueuse.
    Je ne m’y suis pas trompé. A la petite maison, dès la porte refermée derrière nous, le bobrun se jette sur moi, ses lèvres et sa langue comme affamées de mes lèvres, de ma peau, de mes oreilles, ses mains avides de caresser mes cheveux, de se glisser sous mon t-shirt, et dans ma braguette.
    Très vite, nous nous retrouvons nus, sous la couette, nos corps cherchant fébrilement dans celui de l’autre à faire monter l’excitation, à provoquer le frisson qui appelle le plaisir.
    Je me retrouve à faire glisser ma langue dans la ligne médiane de son torse, cette délicate vallée courant au beau milieu du double relief de ses pecs, descendant jusqu’à ses abdos, cette « plaine » creusée par ailleurs par d’autres délicieux sillons transversaux, un bas-relief magnifique, expression d’une musculature parfaite.
    Nos mains et nos doigts caressent et excitent nos tétons respectifs. Je sens son excitation, elle nourrit la mienne, la mienne nourrit la sienne. Nous sommes embarqués dans une spirale qui nous mène tout droit vers une dimension de désir inouï.
    Après l’avoir longuement branlé, tout en agaçant ses tétons avec ma langue, je me retrouve à cheval sur son bassin, sa queue calée entre mes fesses, mes reins ondulant lentement pour provoquer de légers frottements de son gland dans ma raie et décupler encore son excitation. Je sais que je vais devoir mettre une capote. Mais j’ai envie de faire durer cet instant d’excitation.
    Le bobrun me fait basculer avec ses bras puissants, et je me retrouve allongé sur le dos, dominé par son corps musclé. Son haleine alcoolisée et sa fougue rajoutent de l’excitation à cet instant de pur bonheur sensuel.
    Jérém se faufile entre mes cuisses, et je sens son gland glisser dans ma raie et amorcer des petits frottements très excitants. Une excitation qui se teinte d’inquiétude lorsque je réalise qu’il vise précisément mon trou, et qu’il vise à le pénétrer « à cru ».
    Ça m’excite terriblement, car j’en ai sacrement envie aussi. Mais la peur est plus forte que l’envie. Dans ma tête, les mots du médecin lors de la deuxième consultation, résonnent toujours avec la même cinglante intensité : « Surtout, surtout, si vous avez des rapports, que vous soyez actif ou passif, protégez-vous et protégez votre partenaire. N’oubliez pas le préservatif sous aucun prétexte »
    « Non, Jérém, pas comme ça, il faut une capote ».
    « Allez… j’en peux plus des capotes… j’ai envie… de te gicler dans le cul » fait-il avec une voix ralentie par un mélange d’alcool et d’excitation.
    Rien que ses derniers mots ont le pouvoir de provoquer en moi une montée d’excitation qui me ferait presque perdre de vue le fait que je dois continuer à nous protéger. Mais j’arrive quand-même à garder raison.
    « Non, on ne peut pas, on ne peut pas ».
    « Allez, laisse-toi aller, ça va aller » il insiste.
    « On ne peut pas faire ça comme ça ».
    « Allez ! S’il te plaît… juste une fois » il persiste, tout en continuant à forcer son gland sur ma rondelle.
    Je sens que la pression qu’il exerce va vite vaincre la résistance de mes muscles.
    « Non, Jérém ! » je m’entends lâcher brusquement, tout en saisissant ses biceps si développés que mes mains n’arrivent pas à en faire le tour, et en le faisant basculer sur le côté.
    « Tu fais chier ! Bordel ! » il me balance, en quittant le lit comme un ressort qui vient d’être relâché. Il passe un t-shirt et un boxer. Il attrape son paquet de cigarettes et il part en fumer une à côté du feu. Ses gestes sont brusques, ils traduisent son agacement.
    « Moi aussi j’ai envie de toi sans capote » je lui explique en m’installant à côté de lui « si tu savais comment j’ai envie de te sentir jouir en moi ! ».
    « Désolé » je l’entends chuchoter, soudainement ravisé « c’est toi qui as raison ».
    « Je ne veux pas t’exposer au moindre risque. J’ignore comment tout ça va se finir, si je vais être négatif ou bien si… ».
    « Ne dis pas de bêtises, tu seras négatif ! » il me coupe, tout en me serrant fort contre lui.
    « Mais je sais que si jamais je te contaminais » je continue, ému « je ne m’en remettrais pas ».
    « C’est de ma faute tout ça, si tu savais comment je m’en veux ».
    « Je te le répète, ce n’est pas de ta faute. C’est la faute à pas de chance. Ne laissons pas cet accident gâcher ces moments. L’important c’est que nous soyons ensemble, et que nous soyons heureux ensemble. C’est ce qui compte le plus pour moi ».
    « Je ne te mérite pas ».
    « Maintenant c’est toi qui dis des bêtises ».
    Mes mots sont suivis pas un long moment de silence. Pendant de longs instants, j’ai l’impression que Jérém veut me dire quelque chose sans y parvenir, comme si les mots restaient bloqués au fond de sa gorge. C’est une impression qui me vient d’après sa respiration agitée, ponctuée par des inspirations qui ressemblent à celles qu’on prend juste avant de parler.
    Je voudrais lui demander de me parler, je voudrais savoir qu’est-ce qui est si difficile à dire. Mais je n’ose pas, je ne veux pas le forcer, je ne veux pas gâcher la magie de cet instant. Mais ma curiosité travaille à bloc, et pendant ce temps mon cœur tape à mille.
    J’attends un mot, mais ça ne vient pas. Ce qui vient en revanche, c’est une pluie de câlins et de la tendresse.
    De retour au lit, nous recommençons ce que nous avons interrompu un peu plus tôt. Jérém passe une capote, et nous faisons l’amour. Et, en dépit de cette protection, c’est divinement bon. Nous nous aimons, nous nous respectons, nous nous protégeons.
    Tous mes sens sont envoûtés.
    La vue, par la beauté de son corps et sa présence, ses attitudes de mec viril et amoureux.
    L’odorat, par l’empreinte olfactive de sa présence, la fragrance tiède de la peau et de sa virilité.
    L’ouïe, captivée par le crépitement du feu dans la cheminée, par la sensualité de sa respiration, le frottement de nos corps, et par les innombrables claquements de nos bisous.
    Le goût, celui de sa peau, et celui de sa bouche que je ne cesse d’embrasser.
    Et le toucher, mon Dieu comment le toucher est un feu d’artifice pendant l’amour avec Jérém ! Le contact de nos corps, de nos torses, la présence de sa queue en moi, les caresses de ses mains, de ses doigts habiles, de sa langue adroite, la chaleur virile et sensuelle de son corps de mâle.
    Oui, tous mes sens sont concernés par les bonheurs de l’amour. Un plaisir qui ne tarde pas à s’embraser, provoquant mon orgasme. Et ce, sans le moindre contact sur ma queue, juste en regardant, en sentant mon beau mâle brun coulisser lentement et sensuellement en moi.
    Je jouis en premier. Et là, je vois Jérém relever son torse, et me dominer avec toute l’envergure de son torse musclé. Ses coups de reins prennent de l’ampleur. Sentant son orgasme approcher, j’envoie mes doigts caresser et agacer ses tétons pour amplifier encore son plaisir.
    Une poignée de va-et-vient plus tard, il jouit à son tour, lentement, longuement, assommé par le plaisir. Et, à en juger de l’expression se son visage, je dirais qu’il vient de vivre l’un des orgasmes les plus intenses de sa vie. Tout comme ça a été mon cas quelques instants plus tôt.

    Une autre nuit, Jérém veut que je le prenne. Bien sûr, ça commençait à me manquer. Et pourtant, je suis mort de trouille. J’ai trop peur que quelque chose se passe mal, que la capote casse, je suis tétanisé.
    « Tu n’as pas envie ? » il me questionne, face à mon hésitation.
    « Bien sûr que j’ai envie mais j’ai trop peur qu’il y ait un accident ».
    « Tu vas faire doucement et il ne va rien arriver ».
    Je finis par me laisser convaincre. Je rentre en lui, mais la peur me fait débander. Mais Jérém ne s’avoue pas vaincu. Il s’occupe de moi, il excite mes points sensibles, jusqu’à ce que je rebande.
    Un brin rassuré, reboosté par ses caresses, je ressaie, je me laisse à nouveau glisser en lui. Et pendant que je coulisse doucement entre ses cuisses musclées, j’ai l’impression que le plaisir que mon bobrun retire pendant que je lui fais l’amour n’a jamais été aussi intense.
    « Qu’est-ce que tu m’excites, beau mec ! » je l’entends me lancer, rugissant d’excitation, tout en empoignant mes pecs et mes tétons avec ses mains avides de contact sensuel.
    « Tu aimes ça, hein ? » je me surprends à prendre plaisir à jouer au mec sûr de lui.
    « Je kiffe grave ».
    « Je vais jouir… ».
    « Fais-toi plaisir, beau mec ! ».
    Lorsque je jouis, Jérém jouit à son tour, presque en même temps que moi, parsemant son torse puissant de traînées brillantes et odorantes.
    Après l’apothéose du plaisir, je me sens comme lessivé. Je me retire vite, pressé de vérifier la tenue de ma capote. Tout va bien de ce côté.
    Jérém vient de s’essuyer, et je me colle contre son torse, je m’enivre des petites intenses odeurs de mâlitude qui se dégagent de son corps après l’amour. Mon bobrun me prend dans ses bras et je me laisse happer par cet abandon des sens, par cette petite absence qu’est le contrecoup des plus beaux orgasmes.
    « C’était très bon » je l’entends me chuchoter à l’oreille.
    « Faire l’amour avec toi, c’est toujours bon, et plus que ça même ».
    « Tu y prends goût à jouer les petits mecs ».
    « C’est pas faux ».
    « Et tu te débrouilles plutôt pas mal ».
    « J’essaie, je découvre ».
    « Tu prends de l’assurance ».
    « Tu trouves ? Je me trouve toujours maladroit ».
    « Ah, non, tu es même plutôt sexy quand tu fais le « mec »… ».
    « J’ai un bon prof depuis sept mois ! ».
    Le bogoss sourit, avant d’ajouter :
    « Au début, j’étais attiré par toi justement parce que tu n’étais pas très viril. Je te voyais comme un mec passif, soumis, qui adorait mon corps et ma queue et qui ne me refuserait jamais rien. Au début, je croyais que c’était ça qui me faisait de l’effet. Mais en fait, c’est pas ça. En tout cas, ce n’est plus ça ».
    « Et c’est quoi alors ? ».
    « Plus tu gagnes de l’assurance, plus tu deviens « mec », plus je te trouve bandant ».
    « Parce que je te fais l’amour ? ».
    « Aussi. Mais ce sont tes attitudes que je trouve très excitantes. Le fait que tu me tiennes tête. Et cette petite barbe que tu te laisser pousser, putain, je kiffe vraiment ! ».
    « Merci ».
    « Avant de coucher avec toi » il ajoute après s’être allumé une cigarette « je pensais que les types qui se font prendre n’étaient que des pd qui aiment faire plaisir aux mecs ».
    « Ah, tu avais une sacrée image de moi » je plaisante.
    « Mais en couchant avec toi, je me suis rendu compte que tu prenais beaucoup de plaisir à ça » il enchaîne « Et ça a commencé à m’intriguer. Mais c’était pas simple à assumer.
    En étant exclusivement actif, c’était facile de continuer à me dire que je n’étais pas vraiment gay, que je ne faisais que baiser un gars qui kiffait ça.
    Et je me disais qu’au moment où je me laisserais prendre, je ne pourrais plus revenir en arrière, et je devrais accepter le fait que j’étais vraiment gay ».
    « C’est bizarre, parce que tu étais le seul gars avec qui je me voyais tenter cette expérience » il continue, après avoir jeté son mégot dans le feu « mais en même temps, je pensais que si je te montrais que j’avais ce genre d’envie, ton regard sur moi changerait. Et je ne pouvais pas accepter ça ».
    « Et pourtant, c’est exactement l’inverse que je ressens. Je ne t’ai jamais trouvé autant couillu que depuis que tu acceptes tes envies, toutes tes envies ».
    « Je ne voyais pas les choses comme ça. Je me disais que si je cédais à ça, je ne serais plus jamais un vrai mec.
    Je sentais que tu en avais envie depuis un certain temps, mais jamais tu m’as mis la pression. Et quand le moment est venu, tu as été très doux. Tu as su rendre ça beau et sensuel. C’était juste parfait ».
    « Et depuis, tu kiffes… » je considère.
    « Je kiffe, c’est sûr. Quand tu es là avec moi, tout ça me paraît tellement naturel. Mais quand tu es loin, tout se complique dans ma tête ».

    Nous avions prévu de faire le réveillon du nouvel an chez Charlène, avec une partie de la petite bande de cavaliers, et de rester dormir une nouvelle fois au centre équestre.
    Mais la météo vient d’en décider autrement. En fin d’après-midi, alors que nous venons de faire l’amour une nouvelle fois et que nous nous apprêtons à bouger, une puissante tempête de neige vient ajouter plusieurs dizaines de centimètres de poudreuse, rendant la petite route impraticable et provoquant de surcroît une coupure d’électricité.
    Nous voilà isolés du monde, un soir de 31 décembre.
    Nous nous arrangeons avec les quelques provisions restantes pour préparer un semblant de repas de réveillon. En fait, il reste des œufs, du râpé, de la salade. Une omelette en guise de repas du nouvel an, c’est original. C’est pas le luxe, mais c’est mieux que rien. Et puis, tout est délicieux du moment que c’est partagé avec le gars que j’aime.
    Après ce mémorable « banquet », nous nous réchauffons devant la cheminée. Jérém est blotti dans mes bras, sa main caresse doucement mon avant-bras. J’ai l’impression que nos cœurs ont rarement été aussi proches. Et alors que je suis sur le point d’amorcer la discussion concernant notre avenir, une discussion qui, malgré tout, m’angoisse toujours, j’entends le bobrun me lancer :
    « C’est qui ce gars avec qui tu as couché à Bordeaux ? ».
    « Un mec qui m’a abordé dans le train ».
    « Et c’était quoi entre vous ? ».
    « C’était une distraction, rien de plus. Tu me manquais à en crever et ce gars me changeait les idées ».
    « Je t’ai laissé tomber, et je n’aurais pas dû ».
    « J’ai mes torts aussi. Mais le passé est passé, et on ne peut pas le changer. Ce qui est important, maintenant, c’est ce qui va se passer quand tu vas rentrer à Paris et moi à Bordeaux ».
    « Maintenant j’ai une voiture, et je pourrai bouger plus facilement ».
    « Mais tu n’as pas le temps de venir à Bordeaux ».
    « C’est vrai. Mais nous pourrions nous retrouver quelque part à mi-chemin, genre à Tours ou à Poitiers. Je serai loin de Paris et je serai plus serein. Nous pourrions prendre un hôtel, si tu peux te libérer quand j’ai un après-midi off. Tiens, je ne suis jamais allé au Futuroscope. Il paraît que c’est génial, nous pourrions y aller tous les deux ».
    « Ce serait merveilleux ».
    « Et ça le sera. Je ne veux plus qu’on se perde, je ne veux plus rester des mois sans te voir ».
    « Moi non plus je ne veux plus rester des mois sans te voir, plus jamais ça ! ».
    « Mais pour le reste, on va faire comment ? » j’enchaîne, tant que nous sommes dans les perspectives d’avenir « Je veux dire… tu vas continuer à te taper des nanas pour garder les apparences ? ».
    « Je pense que je leur ai suffisamment montré de quoi j’étais capable. Et puis, j’ai désormais un allié de taille ».
    « Un allié ? ».
    « J’ai parlé à Ulysse ».
    « Tu lui as parlé… de quoi ? » je fais, interloqué.
    « De moi. Je lui ai dit qui je suis ».
    « Tu lui as parlé de… ».
    « De toi, de nous ».
    Je suis scié. Jérém a fait un coming out auprès de son co-équipier.
    « Le soir avant mon départ pour Toulouse, il y a deux jours, je n’allais vraiment pas bien » il me raconte « il m’a fait parler. Il a fini par me demander si je voyais toujours ma copine de Bordeaux ».
    « Et tu lui as répondu quoi ? ».
    « Que c’était compliqué. Alors il a voulu savoir pourquoi c’était si compliqué. Et là, je lui ai dit que ça l’était parce que ce n’était pas une copine mais un copain… un petit copain ».
    « Et il l’a pris comment ? ».
    « Bien, très bien ».

    [« Tu sais, Jérém, ça ne change rien pour moi. Tu es mon pote et je prends comme tu es ».
    Les mots d’Ulysse lui avaient ôté un grand poids du cœur, et il s’était senti comme revivre.
    « Je m’en voulais de te mentir ».
    « Tu m’en as parlé quand tu t’es senti prêt à le faire ».
    « Ça me soulage que tu le prennes comme ça ».
    « Vraiment, je veux que ce soit clair, ça ne change rien entre nous. Au contraire, ça me touche que tu me fasses confiance. Et tu peux me faire confiance. Bien entendu, ça restera entre nous, je n’en parlerai à personne, même pas à ma copine. Et tu peux compter sur moi si tu as besoin de quoi que ce soit.
    Mais arrangez-vous pour vous voir en dehors de Paris. Bordeaux c’est loin, mais vous pouvez peut être vous retrouver quelque part à mi-chemin. Vous serez plus tranquilles, vous serez mieux ».
    « Merci beaucoup, je ne sais pas quoi dire… tu es un vrai pote… ».
    « Je ne t’en ai jamais parlé, mais mon petit frère est gay lui aussi. Nous sommes très proches, et je sais à quel point c’est compliqué d’être heureux quand on est différent des autres. Ce que je regrette, c’est de ne pas le voir plus souvent, et de ne pas être là pour le soutenir, pour l’aider.
    Tu sais, si je me suis autant rapproché de toi, c’est parce que d’une certaine façon, tu me fais penser à lui. Tu as à peu près le même âge que Dylan, et tu es un gars génial, tout comme lui. Le fait de pouvoir être là pour toi me donne l’impression de me rattraper, et apaise mon regret de ne pas pouvoir être présent pour lui »].

    « Ulysse est un vrai pote. Ça m’a fait du bien de lui en parler ».
    « C’est une bonne chose qu’il ait bien réagi. Et alors, il se doutait de quelque chose ? ».
    « Il m’a dit qu’il avait eu un doute la première fois qu’il t’avait vu, au Pousse. Surtout quand Léo avait parlé de cette nana avec qui il disait que j’avais couché. Il a eu un doute parce que tu faisais la tête. Après, quand il t’a vu te pointer chez moi par surprise, il a compris ».
    « Je n’aurais peut-être pas du débarquer de cette façon ».
    « Quand tu as débarqué à l’appart, j’étais contrarié parce qu’Ulysse était là. Mais ça m’a fait super plaisir que tu sois venu, même si je t’avais dit de ne pas venir. Ou justement parce que tu es venu malgré mon refus. Dès que je t’ai vu, j’ai eu envie de te serrer dans mes bras, et de te faire l’amour. Ta présence me fait du bien ».
    « C’est la même chose pour moi. Je me sens plus fort quand je suis avec toi ».
    « Je voudrais ne plus te faire souffrir ».
    « Je voudrais que tu me parles davantage quand ça ne va pas ».
    « Je ne suis pas habitué à me sentir aimé et ça me fait peur ».
    « Qu’est-ce qui te fait peur, au juste ? ».
    « Tes sentiments, ton attachement ».
    « Et pourquoi, ça ? ».
    « Au début, tes sentiments me faisaient peur parce que ça rendait nos baises trop… « pd ». Et puis, tu m’as obligé à cesser de me mentir. Mais c’était dur d’admettre la vérité ».
    « Et quelle était cette vérité ? ».
    « La vérité c’est que je m’attachais trop à toi. Et que je n’arrête pas de me dire qu’un jour tu en auras marre de moi et que tu me laisseras tomber. Et je ne peux pas supporter l’idée qu’on me laisse tomber. J’ai trop souffert de l’abandon pendant mon enfance, j’ai trop peur de revivre ça ».
    La peur, encore la peur. Tant de fois j’ai entendu parler Jérém de peur, et je me suis entendu moi-même parler de peur. En fin de compte, c’est la peur avant toute chose qui nous empêche d’être heureux.
    « Tu sais, Jérém, moi aussi j’ai peur de te perdre. Tout le temps, et depuis toujours. J’avais déjà peur de te perdre quand nous n’étions même pas encore ensemble. J’avais peur de te perdre quand on ne faisait que baiser chez toi, et que tu me disais que tu ne voulais rien de plus. A chaque fois que je repartais de chez toi, je me disais que je ne te reverrais probablement plus jamais.
    J’avais peur de te perdre même avant qu’on commence à coucher ensemble. En fait, j’ai eu peur de te perdre dès le premier jour du lycée, dès que je t’ai vu dans la cour avec tes potes, dès que j’ai croisé ton regard ».
    « Et comment tu arrives à gérer cette peur ? ».
    « Je pense qu’aimer quelqu’un, c’est lui donner la clé de son propre cœur, de son propre bonheur. Oui, aimer, c’est s’exposer au risque de souffrir. Mais quand on aime, on est tellement heureux. Je pense qu’on ne connaît le vrai bonheur que lorsqu’on connaît l’amour.
    Alors, est-ce qu’il faut s’empêcher d’aimer pour écarter le risque de souffrir, et ne jamais connaître non plus le vrai bonheur, ou bien faut-il prendre le risque ? ».
    « Je n’en sais rien ».
    « Moi, perso, je prends le risque. Je prends le risque parce que dans tes bras je me sens bien. Dans tes bras, je me sens chez moi. Alors, si toi aussi tu te sens bien dans mes bras, c'est qu’il y a quelque chose de spécial entre nous. Et qu’il vaut le coup de le vivre, malgré les difficultés et les peurs.
    Si tu me laisses une place dans ta vie, même quand tu es à Paris, même quand ça ne va pas fort, si tu me parles, si tu me fais confiance, je te promets que je ne te laisserai pas tomber, Jérém, jamais ».
    « Et toi, tu vas gérer comment avec les gars qui te draguent à Bordeaux ? ».
    « Je ne me fais pas non plus draguer à chaque coin de rue ».
    « Tu es beau mec, Nico, et tu attires des beaux mecs ».
    « Quand ça va bien entre toi et moi, je n’ai aucune envie de coucher avec d’autres gars. Je suis attiré, je ne dis pas le contraire, mais je ne franchirai pas le pas.
    Bien que nous soyons loin, je n’ai pas l’intention de vivre la vie d’un célibataire Je ne vais pas saisir toutes les occasions qui se présentent, et encore moins provoquer les rencontres. Je ne vais pas sortir dans le milieu, ni traîner dans les lieux de drague.
    Après, la vie est imprévisible. Tu peux faire des rencontres, je peux faire des rencontres. Ça peut arriver.
    Mais comme tu l’as dit, rien ni personne ne pourra changer ce qu’il y a entre nous, jamais ».
    Je sens mon Jérém touché. Soudain, son téléphone émet un petit son. Ce qui crée une diversion et casse la magie du moment.
    « C’est Maxou, il nous souhaite la bonne année ».
    « Ah, mince, je n’ai pas fait gaffe. Il est presque minuit » je considère.
    « A l’heure qu’il est on devrait être en train de triquer avec les cavaliers » il ajoute.
    « Tu es déçu de ne pas être avec eux ? ».
    « Non, parce que je suis avec toi ».
    « Je te fais la promesse » il enchaîne « que le prochain réveillon ce sera à Campan, et avec les cavaliers ».
    « J’adore l’effet que Campan a sur toi, Jérém ».
    « Quel effet ? ».
    « Il fait ressortir ta véritable personnalité. Et tu es si adorable ! »
    « Campan n’est qu’à nous ! » il s’exclame, l’air heureux.
    « Oui, c’est notre refuge ».

    Nous refaisons l’amour, et c’est doux, tendre. Ce petit gars viril au regard amoureux est tellement touchant. Lorsqu’il jouit, je jouis avec lui.
    « Bonne année, ourson » je l’entends me glisser, le visage dans le creux de mon épaule.
    « Bonne année, p’tit loup ».
    Et là, tout comme le soir de retour de la soirée chez Ginette, après que je l’ai empêché de me prendre sans capote, je sens que mon bobrun veut me dire quelque chose mais qu’il n’y arrive pas. Je perçois la même respiration agitée, ponctuée par des inspirations qui ressemblent à celles qu’on prend juste avant de parler.
    Mon cœur s’emballe, l’attente est insupportable. Je suis sur le point de lui lancer : « Parle-moi, Jérém, parle-moi », lorsque mon bobrun se lâche enfin.
    « Ourson… ».
    « Oui, p’tit loup ? ».
    Et là, après un court mais interminable instant de silence pendant lequel j’ai l’impression que nos cœurs vont exploser, je l’entends me glisser tout doucement :
    « Je t’aime, ourson ».
    Trois mots sur l’oreiller, trois petits mots, un monde entier.

    0242 Une année peut en cacher une autre.


    Après un petit déj avec Charlène et un nouveau coup de main pour nourrir la troupe d’équidés, nous passons chez Martine pour faire quelques courses, avant de gagner la petite maison.
    Un beau soleil nous accompagne ce matin, et la petite construction est à moitié ensevelie par la neige. Nous commençons par déblayer les fenêtres et la porte d’entrée.
    La maison est froide et humide et elle sent la pièce restée longuement fermée. C’est une ambiance très différente de celle, chaleureuse et réconfortante, avec laquelle elle m’avait accueilli quelques mois plus tôt. Un grand feu brûlait alors dans la cheminée, dans l’âtre maintenant sombre, muet et froid.
    Mais mon Jérém, le maître du feu est là, et je sais que le miracle va bientôt se répéter. Je l’aide à ramener le bois que Charlène nous a donné pour démarrer la flamme. Il nettoie le foyer des cendres qui l’encombrent. Puis, il fait un petit tas de bois fin, et il ajoute du papier. Il sort le briquet de sa poche et il fait démarrer la magie. Je regarde la flamme prendre peu à peu, tandis que mon bobrun approche une cigarette pour l’allumer.
    « Viens là » il me lance, m’invitant à le rejoindre près du feu.

    Les heures, les jours et les nuits qui suivent sont le récit d’un bonheur parfait. Nous sommes un vrai petit couple qui vaque aux corvées du quotidien – repas, ménage, feu – en parfaite harmonie.
    Les gestes du quotidien ont un charme particulier en présence de mon Jérém. Je le regarde en train de cuisiner – il est vraiment doué aux fourneaux, et la cuisine le rend très sexy – et je ne peux résister à l’envie de m’approcher doucement de lui, de glisser mes bras autour de sa taille, de le serrer contre moi, de lui faire plein de bisous dans le cou. Le bobrun se retourne, je croise son regard brun et doux. Un regard plein d’amour, de l’amour à donner, de l’amour à recevoir. Lorsqu’il tombe son armure, ce gars est un véritable puits à câlins.
    Parfois, c’est moi qui essaie de faire à manger. Et c’est Jérém qui se glisse derrière moi, qui me serre contre lui et qui m’enivre de bisous.
    Le temps passé avec Jérém est tellement magique que j’arrive presqu’à oublier l’« accident », l’attente du test, l’angoisse. La prise de mon traitement devient presque un geste mécanique, accompli entre deux moments de bonheur et cesse peu à peu d’être le sombre pivot de mes journées.

    L’un des moments que je préfère, ce sont les instants avant de m’endormir, lorsque je me retrouve blotti bien au chaud sous ses draps et dans ses bras. Pendant ces instants, je me sens tellement bien, tellement en sécurité. Je voudrais ne pas m’endormir, je voudrais passer la nuit à profiter de son étreinte, de la chaleur de son corps, de sa respiration silencieuse et calme.
    Cette petite maison est un nid de bonheur. Je n'ai besoin de rien de plus.
    Un autre moment que je chéris tout particulièrement, c’est le réveil à ses côtés. Ce que j’aime, c’est émerger un peu avant lui et me dire « il est là, avec moi, la vie me fait le cadeau d’une nouvelle journée en compagnie du gars que j’aime ». J’aime me réveiller avant lui pour avoir le temps de nettoyer la cheminée, aller chercher du bois, faire repartir le feu, et préparer le café. Bref, de faire de cette maison ce nid douillet que j’aime tant.
    J’adore voir mon bobrun se laisser doucement réveiller par le bruit de la cafetière italienne et par l’arôme de la boisson chaude qui monte. J’adore lui apporter son café au lit, le voir émerger des draps, le regard encore un peu vaseux, mais touché par mon geste. Et j’adore recevoir des bisous, des caresses, et beaucoup de tendresse.
    J’aime regarder le bogoss boire son café par petites gorgées, le regard dans le vide, se réveiller peu à peu. Et lorsqu’il pose sa tasse vide par terre, et que la mienne atterrit juste à côté, j’adore m’allonger à côté de lui, et poser ma tête sur son épaule, sur ses pecs ou ses abdos.
    Parfois, Jérém me prend dans ses bras, et il pose mille bisous dans mon cou. Nos lèvres se cherchent, nos doigts s’enlacent. Bien entendu, j’aime aussi le réveiller avec une gâterie matinale. Mais c’est tellement bon de prendre un café et de faire des câlins… d’abord.

    La situation me rend inventif. Ne pouvant pas vraiment lui faire plaisir avec ma bouche à cause de la capote, j’innove. Je me glisse derrière lui, je l’enserre dans mes bras, je me blottis contre son torse solide. Être si proche de son cou puissant, de ses tatouages, de ses épaules, de ses cheveux bruns, de ses beaux biceps, des petites odeurs tièdes qui se dégagent de sa peau mate, ça me fait vraiment un effet de dingue.
    Je pose des bisous dans son cou, j’envoie ma langue titiller ses oreilles. Elles m’excitent terriblement et elles sont également, je le sais, un point très érogène chez mon bobrun. J’arrive ainsi à lui arracher un premier frisson.
    Je glisse ma main sous son t-shirt, je conduis mes doigts à l’aveugle mais en sachant parfaitement où les envoyer. Ils suivent les creux de ses abdos, remontent lentement le long de la ligne médiane de son torse, s’énivrent au contact du reliefs saillant de ses pecs, apprécient toutes les nuances du contraste entre la puissance de ses muscles et la douceur de sa peau, de ses poils. Je sens son excitation monter en flèche.
    Et là, et seulement là, je glisse ma main sur sa queue déjà raide, je la saisis délicatement et je commence à la branler doucement.
    J’adore sentir ses ahanements de tout près, ses petits spasmes d’excitation, voir sa tête basculer en arrière sous le frisson du plaisir, et profiter de cette proximité pour mordiller ses oreilles.
    J’adore sentir la vibration de son bonheur sexuel se propager dans mon corps grâce à ce contact si rapproché. J’adore sentir que je tiens mon beau mâle dans mes bras, son plaisir entre mes deux mains, j’adore sentir son orgasme retentir partout en moi.

    Le lendemain de notre arrivée, nous sommes conviés au relais pour une soirée fondue organisée par JP et Carine.
    C’est avec un plaisir intact que je retrouve Arielle, toujours aussi peu douée pour la cuisine – sa tarte salée est un affront aux papilles, Martine – sa bonne humeur est toujours aussi pétaradante et contagieuse, Carine – sa curiosité et sa minauderie jamais démenties, Jean Paul – la bienveillance personnifiée, mais habillée d’un humour fin et poilant, Nadine au rire tonitruant et implacable, Marie Line et Bernard – un couple dont la simple présence dégage une zénitude incroyable, Ginette et son mari – autre couple légendaire, que ce soit pour leur belle complicité après tant d’années de vie commune, ou pour leur infinie gentillesse.
    Je retrouve également Loïc, et cette fois-ci sans Sylvain – Satine m’expliquant en aparté que leur idylle serait bel et bien terminée, Charlène ajoutant que Fabien, l’ex de Loïc, chez qui nous sommes allés prendre un verre au détour d’une balade, aurait depuis quelques temps un nouveau compagnon avec qui il filerait le parfait bonheur.
    Mais aussi Daniel et sa Lola, Daniel et sa grande gueule, Daniel et son humour détonnant, Daniel et ses grimaces à la « De Funes », Daniel et ses blagues de cul. Mais surtout, Daniel, sa guitare et sa voix.
    Une guitare et une voix qui nous font voyager et qui nous portent loin dans la nuit sur des airs populaires, dans une ambiance bon enfant qu’on a envie de faire durer encore, encore et encore. Même au-delà de cette vingtième fois où ce fou chantant nous annonce sans y croire, et sans le souhaiter vraiment, que « mesdames et messieurs, ceci sera mon dernier rappel ».
    La nuit s’étire dans la bonne humeur, dans cette ambiance déjantée qui réchauffe le cœur, dans le partage de l’un de ces moments de convivialité que je n’ai trouvé ailleurs que dans ce village, dans cette salle, avec ces cavaliers. Et des moments comme ça, ça fait tellement de bien.
    D’autant plus que, dans cette ambiance magique, mon Jérém a l’air tellement heureux. Définitivement, c’est ici à Campan que je retrouve le Jérém que j’aime.
    Daniel est en train de tout donner sur « L’amour c’est comme une cigarette », lorsque je vois mon bobrun se lever et se diriger vers la cheminée pour, justement, fumer une cigarette.
    Une autre chanson démarre, et Jérém est seul à côté du feu, l’air pensif. Je ne peux m’empêcher d’aller le rejoindre et de lui demander :
    « Ça va ? ».
    « Je suis heureux » il me lance, sans quitter le feu des yeux.
    « Moi aussi je suis heureux ».
    « C’est ça que j’aime te proposer, pas ce que je peux te proposer à Paris » fait mon Jérém, sa main cherchant la mienne.
    « Je sais, je sais ».
    « OOOOOh les amoureux » j’entends Satine nous charrier.
    Puis, une seconde plus tard, un chœur composé de toutes les nanas et de quelques gars également, et certainement de la somme de tous les verres descendus depuis le début de la soirée, répétant à tue-tête :
    « Le bisou, le bisou, le bisou, le bisou, le bisou ».
    Jérém a l’air surpris, mais très vite je le vois lâcher un magnifique sourire canaille, craquant à souhait.
    « Ok, nous allons nous embrasser » je l’entends annoncer « mais à condition que tous les couples se roulent une pelle en même temps que nous ».
    « Chiche ! » fait JP.
    « Oui, chiche ! » fait Daniel.
    « Et ceux qui sont célibataires ? » s’insurge Satine.
    « Tu cherches un célibataire et tu lui roules une pelle » fait Jérém, joueur.
    « On va se contenter d’une bise ».
    « Allez, au trois, tout le monde s’embrasse » fait mon bobrun, avant de poser ses lèvres sur les miennes .

    Pendant la semaine entre Noël et le jour de l’an nous nous penchons sur nos révisions pour les partiels. Je découvre un Jérém en mode « étudiant », à la fois sexy et touchant. Un Jérém appliqué, motivé, qui me demande parfois de l’aider à comprendre certains passages, avec une attitude de gosse qui interpelle son prof, comme si ça le gênait de me déranger ou de montrer ses faiblesses.
    Je n’avais jamais réalisé que sa dyslexie compliquait à ce point son apprentissage. Il faut dire que je ne l’avais jamais vraiment vu bosser auparavant. Nos « révisions » rue de la Colombette étant plus « récréatives » que studieuses.
    Je suis ému de le voir autant d’énergie pour lire et comprendre un texte, butant parfois longtemps sur un mot, le plus souvent des mots « abstraits ».
    Mais sa motivation, sa persévérance et son courage me touchent, et suis heureux de pouvoir l’aider. J’essaie de l’encourager pour qu’il se sente à l’aise à m’interpeller autant que nécessaire, et ça finit par devenir un jeu, un plaisir partagé.

    Nous retrouvons les cavaliers deux jours avant le réveillon de fin d’année pour une journée ski. Au menu, pistes bleues et noires pour les plus expérimentés, rouges et bleues pour les débutants comme moi. Sur le papier, une belle journée en vue.
    Mais tout ne va pas se passer pour le mieux. Déjà, la première journée de ski de ma vie commence mal. Je réalise trop tard, c'est-à-dire une fois sur la piste, que mes chaussures de ski sont trop petites. Du coup, je ne suis pas à l’aise dedans, ce qui me déconcentre.
    Heureusement, comme ça avait déjà été le cas pour le cheval, Jérém ne me lâche pas d’une semelle – là encore, mention spéciale pour le panache avec lequel il arrive à porter ce bonnet improbable, à pompon et multicolore, qu’il a pu se procurer au magasin de location de skis, le sien étant resté à la petite maison. Alors que moi, avec un bonnet semblable, acheté dans le même rayon, j’ai vraiment une tête de con.
    Le bobrun m’apprend les rudiments de la glisse – évidemment, en plus d’être rugbyman pro, cavalier expérimenté, très bon nageur, il sait aussi bien skier – et il fait preuve d’une patience remarquable. Et comme ça avait été également le cas pour le cheval, Charlène et JP apportent chacun leur contribution à mon apprentissage « sur le tas ».
    Malgré cela, j’enchaîne les maladresses, les chutes, les déchaussements de skis. Une fois, alors que je viens de déchausser à nouveau au beau milieu d’un virage, je n’arrive pas à me relever tout de suite. Et là, je vois mon ski commencer à glisser dans le sens de la pente. Je le regarde, impuissant, en train de se diriger vers la falaise boisée hors-piste.
    Et là, je vois Jérém arriver comme une fusée et rattraper le ski de justesse, juste avant qu’il se perde dans le grand blanc.
    « Mais qu’est-ce que tu fiches ? » il me gronde gentiment, tout en se marrant « tu pouvais pas appeler ? T’as failli perdre ton ski ».
    « Je pensais que j’arriverais à le rattraper ».
    Jérém m’aide à me relever et à rechausser mon ski. Nous reprenons la descente. Le bobrun repart à l’aise. Quant à moi, on dirait un canard dans le désert. Je suis peureux et donc maladroit et empatté.
    Régulièrement, des skieurs chevronnés passent tout près de moi, lancés comme des fusées. Le bruit de leur vitesse, presque un vrombissement, m’impressionne. Leur arrivée et leur passage me surprennent, me font peur. J’ai l’impression que leur vitesse m’aspire, comme lorsqu’on double un semi-remorque sur l’autoroute. Je perds toute concentration, je me raidis, mon équilibre précaire est mis à rude épreuve.
    Mais à force de persister et de prendre sur moi, peu à peu j’arrive presque à trouver un début d’assurance. Je reprends la descente et je commence à avoir l’impression de m’en sortir un peu mieux. Déjà, je ne tombe plus. Et ce, depuis plusieurs… secondes !
    Mais ça ne va pas durer.
    Au milieu de la descente, je finis par tomber à nouveau. Je me sens de plus en plus épuisé, et j’ai vraiment du mal à me relever. Jérém est déjà en bas de la piste et il ne peut plus venir m’aider. Je serre les dents, et c’est au prix d’un grand effort que j’arrive à me remettre debout. Une fois d’aplomb, je tiens péniblement sur mes jambes et sur mes genoux déjà bien fatigués.
    Je regarde en bas, Jérém a disparu. Je pense qu’il a dû repartir au télésiège pour remonter et venir me rejoindre. Je prends une grande inspiration et je m’apprête à reprendre la descente. Et là, un skieur en combi rouge feu passe si près de moi qu’il m’effleure. Le contact est tout léger. Mais rien qu’à cause de la surprise, je tombe à nouveau.
    « Mais quel connard ! » j’entends Jérém pester quelques instants plus tard, tout en m’aidant à me relever.
    « Je ne pense pas qu’il ait fait exprès ».
    « Il n’a pas fait attention non plus ce con ! ».
    Cette fois-ci, Jérém m’accompagne, il descend à mon rythme, c'est-à-dire au ralenti. Ce n’est que vers la fin de la piste, lorsque la pente se fait plus douce, que j’arrive enfin à retrouver confiance et à glisser avec un peu plus d’aisance.
    « Ça te dit de refaire cette piste ? » me questionne le bobrun.
    « Oui, je veux bien » je lui réponds, boosté par ma réussite sur les dernières longueurs de la descente.
    Le télésiège est à l’arrêt, et il y a quelques skieurs en train d’attendre. Parmi eux, on ne voit que la combi rouge feu.
    « Tiens, le voilà, lui » j’entends Jérém lâcher « je vais aller lui expliquer un truc ».
    « Non, Jérém, laisse tomber, je ne pense vraiment pas qu’il l’ait fait exprès » je tente de l’en dissuader, en craignant l’approche de Jérém, la réaction du mec, et une bagarre en vue.
    Mais évidemment, Jérém n’en fait qu’à sa tête.
    « Eh mec ! » il lui lance sur un ton agressif.
    Le mec se retourne, il nous toise et il lâche :
    « C’est à moi que tu causes ? ».
    « A toi, oui » fait Jérém, sur un ton bagarreur.
    « Tu me veux quoi, toi ? ».
    « Tu devrais faire plus attention aux autres skieurs ».
    « Mais de quoi je me mêle ? ».
    « Tu as fait tomber mon pote ».
    « S’il ne sait pas skier, il a qu’à faire du fond ».
    « Si tu veux aller vite, t’as qu’à faire des pistes noires ».
    « C’est ton œil qui va être noir si tu n’arrêtes pas de me casser les couilles ».
    « Tu veux voir ? » fait mon bobrun, remonté à bloc.
    « Oui, je veux bien voir » fait le gars, de plus en plus insolent et provocateur.
    « Arrête Jérém, ça ne fait rien ».
    « Tu dois vraiment bien l’aimer ton pote si tu es prêt à te faire casser la tronche pour lui ».
    Soudain, j’ai peur. J’ai peur parce que je sens la bagarre venir. Soudain, je repense à une autre occasion où j’ai vu Jérém monter en pression. C’était dans les chiottes de la boîte de nuit à Toulouse, la nuit où il m’avait débarrassé d’un type saoul qui voulait me cogner. Ça m’avait profondément touché qu’il vienne à mon secours. Mais j’ai tellement peur de la bagarre, et des dangers qu’elle comporte. La violence et l’affrontement me tétanisent. Je ne me suis jamais battu de ma vie, et je m’en passe bien.
    Aujourd’hui comme lors de cette nuit déjà lointaine, je sens cette escalade entre jeunes coqs monter en puissance et atteindre un point de non-retour. Je me sens bloqué, je suis incapable d’intervenir. Et j’ai terriblement peur qu’il puisse arriver malheur à mon bobrun.
    « Tu fermes un peu ta gueule, connard ou c’est moi qui vais te la fermer » j’entends Jérém atteindre le point de non-retour, le regard noir comme le ciel qui annonce un violent orage d’été.
    Et là, je vois le gars s’avancer vers mon bobrun, l’air vraiment belliqueux. Sa carrure est massive, son attitude impressionnante.
    « Oh, les gars, vous arrêtez ça tout de suite ! ».
    C’est une voix familière et ô combien rassurante qui vient à notre secours. Je me retourne et je vois JP et Martine ralentir sur leurs skis et s’arrêter tout près de nous. La voix de cette dernière, ferme, autoritaire, suffit à bloquer l’énergumène dans son élan.
    « T’es sa mère, toi ? ».
    « Non, je ne suis personne, mais si vous vous battez j’appelle le type des remontées et votre journée ski à tous les deux est finie sur le champ. C’est ça que vous voulez, les gars, pour cette journée ensoleillée, parfaite pour skier, vous faire jeter à 15 heures ? ».
    « C’est pas moi qui ai commencé » fait le type.
    Jérém ne dit rien, mais il conserve son regard bien noir et menaçant, et il est sexy à mort.
    « Mais t’as quel âge ? » se moque Martine.
    « Allez, on ne va pas se fâcher pour ça. Désolé pour l’incident. Tu as raison, je ferais mieux d’aller sur des pistes de mon niveau » fait le gars, en changeant d’attitude du tout au tout, visiblement intimidé par la présence et le caractère de Martine.
    Mais avant de partir, il glisse à Jérém :
    « T’as pas intérêt de croiser ma route une deuxième fois ».
    « Toi non plus, je t’assure ».

    « Regarde ce gars, le pauvre. Tu lui as foutu la frousse, Martine » fait JP, moqueur.
    « Grand bien lui fasse ».
    « Tu sais que tu m’as fait peur à moi aussi ? » il continue, taquin.
    « N’importe quoi ».
    « Je t’assure, j’ai les poils des bras qui se sont dressés ».
    « Mais qu’est-ce qui s’est passé ? » elle nous questionne.
    « Le gars descendait vite, et il m’a effleuré. Mais comme je ne suis pas très assuré, ça m’a fait tomber » j’explique.
    « Il n’a pas du tout fait attention, on aurait dit que la piste n’était que pour lui » fait Jérém, sur un ton très irrité.
    « Et ça c’est une raison pour en venir aux mains ? ».
    « Je n’avais pas besoin de ton aide ».
    « Non, c’est sûr, tu n’avais pas besoin de mon aide pour te battre. Mais tu avais besoin de mon aide pour ne pas te battre. Et ne pas se battre est toujours mieux ».
    « Il doit vraiment t’aimer pour aller s’attaquer à un type plus solide que lui » me glisse Martine pendant que nous attendons le télésiège.

    Il faut plusieurs remontées et plusieurs descentes à Jérém pour se calmer.
    « Ca me touche beaucoup ce que tu viens de faire » je trouve le cran de placer, pendant une nouvelle remontée en télésiège « mais je ne veux pas que tu te mettes en danger pour moi. J’ai trop peur qu’il t’arrive quelque chose. Je tiens trop à toi »
    « Je n’aurais pas dû chercher ce type. Mais je ne supporte pas qu’on te fasse du mal » finit par admettre Jérém, avant d’ajouter « Si je m’écoutais, j’irais à Bordeaux chercher ce type qui n’a pas voulu se faire dépister et je lui casserais la tête ».
    « Mais ça ne servirait à rien ».
    « Je sais ».
    Jérém ayant retrouvé le sourire et sa complicité avec Martine, la journée se termine ainsi dans la bonne humeur. Le soir, nous nous retrouvons pour une soirée raclette au relais.
    Une nouvelle fois, l’ambiance bon enfant réchauffe la grande salle au même titre que le feu qui brûle dans la grande cheminée. Une nouvelle fois, la guitare de Denis a le dernier mot pour clore un délicieux moment entre potes.
    Charlène insiste pour que nous restions à nouveau dormir chez elle, « vous n’allez pas rentrer à cette heure dans une maison glaciale, de toute façon, je n’ai pas enlevé les draps dans la chambre d’amis ». Ce soir nous sommes bien fatigués, car le ski est un sport très physique. Ce soir, nous ne faisons pas l’amour. Nous nous contentons de tendresse, de câlins, et du bonheur apaisant de sentir le contact du corps chaud de l’autre contre le sien. Et dans notre étreinte, c’est notre amour réciproque que nous ressentons, sans besoin d’ajouter le moindre mot.

    Pendant ces derniers jours de l’année, le sexe ponctue nos journées, notamment nos pauses entre révisions, et nos nuits. Peu à peu, nous nous habituons à cet « intrus » en latex qui s’invite de force entre nous à chaque fois que nous avons envie de faire l’amour.
    Le fait de se protéger devient un automatisme, et je finis par trouver les gestes de chausser la capote avant l’amour et de la retirer après, bien pleine, à la fois terriblement frustrants mais aussi terriblement érotiques.
    La capote ne fait pas qu’imposer sa présence, elle impose également ses temps. Jérém est bien plus long à jouir avec le préservatif. Mais ce n’est pas plus mal, c’est même très plaisant. Il n’est plus dans la « performance », ni dans le « timing », ni dans l’étalage de sa puissance virile. Désormais, il prend son temps, il prend son pied, avec moi, et c’est délicieux.

    Un soir nous sommes invités avec quelques autres cavaliers à dîner chez Ginette et son mari. La soirée se termine vers 2 heures du mat. Jérém a un peu bu et il me passe les clefs de sa voiture. A vrai dire, je ne me sens pas très à l’aise à l’idée de conduire sa voiture dans le chemin étroit et verglacé qui conduit à la petite maison. Mais mon bobrun a l’air assez éméché, alors je prends sur moi et j’accepte de prendre le volant.
    Oui, mon bobrun a l’air un tantinet saoul, ce qui, le connaissant un peu, laisse présager une fin de soirée très fougueuse.
    Je ne m’y suis pas trompé. A la petite maison, dès la porte refermée derrière nous, le bobrun se jette sur moi, ses lèvres et sa langue comme affamées de mes lèvres, de ma peau, de mes oreilles, ses mains avides de caresser mes cheveux, de se glisser sous mon t-shirt, et dans ma braguette.
    Très vite, nous nous retrouvons nus, sous la couette, nos corps cherchant fébrilement dans celui de l’autre à faire monter l’excitation, à provoquer le frisson qui appelle le plaisir.
    Je me retrouve à faire glisser ma langue dans la ligne médiane de son torse, cette délicate vallée courant au beau milieu du double relief de ses pecs, descendant jusqu’à ses abdos, cette « plaine » creusée par ailleurs par d’autres délicieux sillons transversaux, un bas-relief magnifique, expression d’une musculature parfaite.
    Nos mains et nos doigts caressent et excitent nos tétons respectifs. Je sens son excitation, elle nourrit la mienne, la mienne nourrit la sienne. Nous sommes embarqués dans une spirale qui nous mène tout droit vers une dimension de désir inouï.
    Après l’avoir longuement branlé, tout en agaçant ses tétons avec ma langue, je me retrouve à cheval sur son bassin, sa queue calée entre mes fesses, mes reins ondulant lentement pour provoquer de légers frottements de son gland dans ma raie et décupler encore son excitation. Je sais que je vais devoir mettre une capote. Mais j’ai envie de faire durer cet instant d’excitation.
    Le bobrun me fait basculer avec ses bras puissants, et je me retrouve allongé sur le dos, dominé par son corps musclé. Son haleine alcoolisée et sa fougue rajoutent de l’excitation à cet instant de pur bonheur sensuel.
    Jérém se faufile entre mes cuisses, et je sens son gland glisser dans ma raie et amorcer des petits frottements très excitants. Une excitation qui se teinte d’inquiétude lorsque je réalise qu’il vise précisément mon trou, et qu’il vise à le pénétrer « à cru ».
    Ça m’excite terriblement, car j’en ai sacrement envie aussi. Mais la peur est plus forte que l’envie. Dans ma tête, les mots du médecin lors de la deuxième consultation, résonnent toujours avec la même cinglante intensité : « Surtout, surtout, si vous avez des rapports, que vous soyez actif ou passif, protégez-vous et protégez votre partenaire. N’oubliez pas le préservatif sous aucun prétexte »
    « Non, Jérém, pas comme ça, il faut une capote ».
    « Allez… j’en peux plus des capotes… j’ai envie… de te gicler dans le cul » fait-il avec une voix ralentie par un mélange d’alcool et d’excitation.
    Rien que ses derniers mots ont le pouvoir de provoquer en moi une montée d’excitation qui me ferait presque perdre de vue le fait que je dois continuer à nous protéger. Mais j’arrive quand-même à garder raison.
    « Non, on ne peut pas, on ne peut pas ».
    « Allez, laisse-toi aller, ça va aller » il insiste.
    « On ne peut pas faire ça comme ça ».
    « Allez ! S’il te plaît… juste une fois » il persiste, tout en continuant à forcer son gland sur ma rondelle.
    Je sens que la pression qu’il exerce va vite vaincre la résistance de mes muscles.
    « Non, Jérém ! » je m’entends lâcher brusquement, tout en saisissant ses biceps si développés que mes mains n’arrivent pas à en faire le tour, et en le faisant basculer sur le côté.
    « Tu fais chier ! Bordel ! » il me balance, en quittant le lit comme un ressort qui vient d’être relâché. Il passe un t-shirt et un boxer. Il attrape son paquet de cigarettes et il part en fumer une à côté du feu. Ses gestes sont brusques, ils traduisent son agacement.
    « Moi aussi j’ai envie de toi sans capote » je lui explique en m’installant à côté de lui « si tu savais comment j’ai envie de te sentir jouir en moi ! ».
    « Désolé » je l’entends chuchoter, soudainement ravisé « c’est toi qui as raison ».
    « Je ne veux pas t’exposer au moindre risque. J’ignore comment tout ça va se finir, si je vais être négatif ou bien si… ».
    « Ne dis pas de bêtises, tu seras négatif ! » il me coupe, tout en me serrant fort contre lui.
    « Mais je sais que si jamais je te contaminais » je continue, ému « je ne m’en remettrais pas ».
    « C’est de ma faute tout ça, si tu savais comment je m’en veux ».
    « Je te le répète, ce n’est pas de ta faute. C’est la faute à pas de chance. Ne laissons pas cet accident gâcher ces moments. L’important c’est que nous soyons ensemble, et que nous soyons heureux ensemble. C’est ce qui compte le plus pour moi ».
    « Je ne te mérite pas ».
    « Maintenant c’est toi qui dis des bêtises ».
    Mes mots sont suivis pas un long moment de silence. Pendant de longs instants, j’ai l’impression que Jérém veut me dire quelque chose sans y parvenir, comme si les mots restaient bloqués au fond de sa gorge. C’est une impression qui me vient d’après sa respiration agitée, ponctuée par des inspirations qui ressemblent à celles qu’on prend juste avant de parler.
    Je voudrais lui demander de me parler, je voudrais savoir qu’est-ce qui est si difficile à dire. Mais je n’ose pas, je ne veux pas le forcer, je ne veux pas gâcher la magie de cet instant. Mais ma curiosité travaille à bloc, et pendant ce temps mon cœur tape à mille.
    J’attends un mot, mais ça ne vient pas. Ce qui vient en revanche, c’est une pluie de câlins et de la tendresse.
    De retour au lit, nous recommençons ce que nous avons interrompu un peu plus tôt. Jérém passe une capote, et nous faisons l’amour. Et, en dépit de cette protection, c’est divinement bon. Nous nous aimons, nous nous respectons, nous nous protégeons.
    Tous mes sens sont envoûtés.
    La vue, par la beauté de son corps et sa présence, ses attitudes de mec viril et amoureux.
    L’odorat, par l’empreinte olfactive de sa présence, la fragrance tiède de la peau et de sa virilité.
    L’ouïe, captivée par le crépitement du feu dans la cheminée, par la sensualité de sa respiration, le frottement de nos corps, et par les innombrables claquements de nos bisous.
    Le goût, celui de sa peau, et celui de sa bouche que je ne cesse d’embrasser.
    Et le toucher, mon Dieu comment le toucher est un feu d’artifice pendant l’amour avec Jérém ! Le contact de nos corps, de nos torses, la présence de sa queue en moi, les caresses de ses mains, de ses doigts habiles, de sa langue adroite, la chaleur virile et sensuelle de son corps de mâle.
    Oui, tous mes sens sont concernés par les bonheurs de l’amour. Un plaisir qui ne tarde pas à s’embraser, provoquant mon orgasme. Et ce, sans le moindre contact sur ma queue, juste en regardant, en sentant mon beau mâle brun coulisser lentement et sensuellement en moi.
    Je jouis en premier. Et là, je vois Jérém relever son torse, et me dominer avec toute l’envergure de son torse musclé. Ses coups de reins prennent de l’ampleur. Sentant son orgasme approcher, j’envoie mes doigts caresser et agacer ses tétons pour amplifier encore son plaisir.
    Une poignée de va-et-vient plus tard, il jouit à son tour, lentement, longuement, assommé par le plaisir. Et, à en juger de l’expression se son visage, je dirais qu’il vient de vivre l’un des orgasmes les plus intenses de sa vie. Tout comme ça a été mon cas quelques instants plus tôt.

    Une autre nuit, Jérém veut que je le prenne. Bien sûr, ça commençait à me manquer. Et pourtant, je suis mort de trouille. J’ai trop peur que quelque chose se passe mal, que la capote casse, je suis tétanisé.
    « Tu n’as pas envie ? » il me questionne, face à mon hésitation.
    « Bien sûr que j’ai envie mais j’ai trop peur qu’il y ait un accident ».
    « Tu vas faire doucement et il ne va rien arriver ».
    Je finis par me laisser convaincre. Je rentre en lui, mais la peur me fait débander. Mais Jérém ne s’avoue pas vaincu. Il s’occupe de moi, il excite mes points sensibles, jusqu’à ce que je rebande.
    Un brin rassuré, reboosté par ses caresses, je ressaie, je me laisse à nouveau glisser en lui. Et pendant que je coulisse doucement entre ses cuisses musclées, j’ai l’impression que le plaisir que mon bobrun retire pendant que je lui fais l’amour n’a jamais été aussi intense.
    « Qu’est-ce que tu m’excites, beau mec ! » je l’entends me lancer, rugissant d’excitation, tout en empoignant mes pecs et mes tétons avec ses mains avides de contact sensuel.
    « Tu aimes ça, hein ? » je me surprends à prendre plaisir à jouer au mec sûr de lui.
    « Je kiffe grave ».
    « Je vais jouir… ».
    « Fais-toi plaisir, beau mec ! ».
    Lorsque je jouis, Jérém jouit à son tour, presque en même temps que moi, parsemant son torse puissant de traînées brillantes et odorantes.
    Après l’apothéose du plaisir, je me sens comme lessivé. Je me retire vite, pressé de vérifier la tenue de ma capote. Tout va bien de ce côté.
    Jérém vient de s’essuyer, et je me colle contre son torse, je m’enivre des petites intenses odeurs de mâlitude qui se dégagent de son corps après l’amour. Mon bobrun me prend dans ses bras et je me laisse happer par cet abandon des sens, par cette petite absence qu’est le contrecoup des plus beaux orgasmes.
    « C’était très bon » je l’entends me chuchoter à l’oreille.
    « Faire l’amour avec toi, c’est toujours bon, et plus que ça même ».
    « Tu y prends goût à jouer les petits mecs ».
    « C’est pas faux ».
    « Et tu te débrouilles plutôt pas mal ».
    « J’essaie, je découvre ».
    « Tu prends de l’assurance ».
    « Tu trouves ? Je me trouve toujours maladroit ».
    « Ah, non, tu es même plutôt sexy quand tu fais le « mec »… ».
    « J’ai un bon prof depuis sept mois ! ».
    Le bogoss sourit, avant d’ajouter :
    « Au début, j’étais attiré par toi justement parce que tu n’étais pas très viril. Je te voyais comme un mec passif, soumis, qui adorait mon corps et ma queue et qui ne me refuserait jamais rien. Au début, je croyais que c’était ça qui me faisait de l’effet. Mais en fait, c’est pas ça. En tout cas, ce n’est plus ça ».
    « Et c’est quoi alors ? ».
    « Plus tu gagnes de l’assurance, plus tu deviens « mec », plus je te trouve bandant ».
    « Parce que je te fais l’amour ? ».
    « Aussi. Mais ce sont tes attitudes que je trouve très excitantes. Le fait que tu me tiennes tête. Et cette petite barbe que tu te laisser pousser, putain, je kiffe vraiment ! ».
    « Merci ».
    « Avant de coucher avec toi » il ajoute après s’être allumé une cigarette « je pensais que les types qui se font prendre n’étaient que des pd qui aiment faire plaisir aux mecs ».
    « Ah, tu avais une sacrée image de moi » je plaisante.
    « Mais en couchant avec toi, je me suis rendu compte que tu prenais beaucoup de plaisir à ça » il enchaîne « Et ça a commencé à m’intriguer. Mais c’était pas simple à assumer.
    En étant exclusivement actif, c’était facile de continuer à me dire que je n’étais pas vraiment gay, que je ne faisais que baiser un gars qui kiffait ça.
    Et je me disais qu’au moment où je me laisserais prendre, je ne pourrais plus revenir en arrière, et je devrais accepter le fait que j’étais vraiment gay ».
    « C’est bizarre, parce que tu étais le seul gars avec qui je me voyais tenter cette expérience » il continue, après avoir jeté son mégot dans le feu « mais en même temps, je pensais que si je te montrais que j’avais ce genre d’envie, ton regard sur moi changerait. Et je ne pouvais pas accepter ça ».
    « Et pourtant, c’est exactement l’inverse que je ressens. Je ne t’ai jamais trouvé autant couillu que depuis que tu acceptes tes envies, toutes tes envies ».
    « Je ne voyais pas les choses comme ça. Je me disais que si je cédais à ça, je ne serais plus jamais un vrai mec.
    Je sentais que tu en avais envie depuis un certain temps, mais jamais tu m’as mis la pression. Et quand le moment est venu, tu as été très doux. Tu as su rendre ça beau et sensuel. C’était juste parfait ».
    « Et depuis, tu kiffes… » je considère.
    « Je kiffe, c’est sûr. Quand tu es là avec moi, tout ça me paraît tellement naturel. Mais quand tu es loin, tout se complique dans ma tête ».

    Nous avions prévu de faire le réveillon du nouvel an chez Charlène, avec une partie de la petite bande de cavaliers, et de rester dormir une nouvelle fois au centre équestre.
    Mais la météo vient d’en décider autrement. En fin d’après-midi, alors que nous venons de faire l’amour une nouvelle fois et que nous nous apprêtons à bouger, une puissante tempête de neige vient ajouter plusieurs dizaines de centimètres de poudreuse, rendant la petite route impraticable et provoquant de surcroît une coupure d’électricité.
    Nous voilà isolés du monde, un soir de 31 décembre.
    Nous nous arrangeons avec les quelques provisions restantes pour préparer un semblant de repas de réveillon. En fait, il reste des œufs, du râpé, de la salade. Une omelette en guise de repas du nouvel an, c’est original. C’est pas le luxe, mais c’est mieux que rien. Et puis, tout est délicieux du moment que c’est partagé avec le gars que j’aime.
    Après ce mémorable « banquet », nous nous réchauffons devant la cheminée. Jérém est blotti dans mes bras, sa main caresse doucement mon avant-bras. J’ai l’impression que nos cœurs ont rarement été aussi proches. Et alors que je suis sur le point d’amorcer la discussion concernant notre avenir, une discussion qui, malgré tout, m’angoisse toujours, j’entends le bobrun me lancer :
    « C’est qui ce gars avec qui tu as couché à Bordeaux ? ».
    « Un mec qui m’a abordé dans le train ».
    « Et c’était quoi entre vous ? ».
    « C’était une distraction, rien de plus. Tu me manquais à en crever et ce gars me changeait les idées ».
    « Je t’ai laissé tomber, et je n’aurais pas dû ».
    « J’ai mes torts aussi. Mais le passé est passé, et on ne peut pas le changer. Ce qui est important, maintenant, c’est ce qui va se passer quand tu vas rentrer à Paris et moi à Bordeaux ».
    « Maintenant j’ai une voiture, et je pourrai bouger plus facilement ».
    « Mais tu n’as pas le temps de venir à Bordeaux ».
    « C’est vrai. Mais nous pourrions nous retrouver quelque part à mi-chemin, genre à Tours ou à Poitiers. Je serai loin de Paris et je serai plus serein. Nous pourrions prendre un hôtel, si tu peux te libérer quand j’ai un après-midi off. Tiens, je ne suis jamais allé au Futuroscope. Il paraît que c’est génial, nous pourrions y aller tous les deux ».
    « Ce serait merveilleux ».
    « Et ça le sera. Je ne veux plus qu’on se perde, je ne veux plus rester des mois sans te voir ».
    « Moi non plus je ne veux plus rester des mois sans te voir, plus jamais ça ! ».
    « Mais pour le reste, on va faire comment ? » j’enchaîne, tant que nous sommes dans les perspectives d’avenir « Je veux dire… tu vas continuer à te taper des nanas pour garder les apparences ? ».
    « Je pense que je leur ai suffisamment montré de quoi j’étais capable. Et puis, j’ai désormais un allié de taille ».
    « Un allié ? ».
    « J’ai parlé à Ulysse ».
    « Tu lui as parlé… de quoi ? » je fais, interloqué.
    « De moi. Je lui ai dit qui je suis ».
    « Tu lui as parlé de… ».
    « De toi, de nous ».
    Je suis scié. Jérém a fait un coming out auprès de son co-équipier.
    « Le soir avant mon départ pour Toulouse, il y a deux jours, je n’allais vraiment pas bien » il me raconte « il m’a fait parler. Il a fini par me demander si je voyais toujours ma copine de Bordeaux ».
    « Et tu lui as répondu quoi ? ».
    « Que c’était compliqué. Alors il a voulu savoir pourquoi c’était si compliqué. Et là, je lui ai dit que ça l’était parce que ce n’était pas une copine mais un copain… un petit copain ».
    « Et il l’a pris comment ? ».
    « Bien, très bien ».

    [« Tu sais, Jérém, ça ne change rien pour moi. Tu es mon pote et je prends comme tu es ».
    Les mots d’Ulysse lui avaient ôté un grand poids du cœur, et il s’était senti comme revivre.
    « Je m’en voulais de te mentir ».
    « Tu m’en as parlé quand tu t’es senti prêt à le faire ».
    « Ça me soulage que tu le prennes comme ça ».
    « Vraiment, je veux que ce soit clair, ça ne change rien entre nous. Au contraire, ça me touche que tu me fasses confiance. Et tu peux me faire confiance. Bien entendu, ça restera entre nous, je n’en parlerai à personne, même pas à ma copine. Et tu peux compter sur moi si tu as besoin de quoi que ce soit.
    Mais arrangez-vous pour vous voir en dehors de Paris. Bordeaux c’est loin, mais vous pouvez peut être vous retrouver quelque part à mi-chemin. Vous serez plus tranquilles, vous serez mieux ».
    « Merci beaucoup, je ne sais pas quoi dire… tu es un vrai pote… ».
    « Je ne t’en ai jamais parlé, mais mon petit frère est gay lui aussi. Nous sommes très proches, et je sais à quel point c’est compliqué d’être heureux quand on est différent des autres. Ce que je regrette, c’est de ne pas le voir plus souvent, et de ne pas être là pour le soutenir, pour l’aider.
    Tu sais, si je me suis autant rapproché de toi, c’est parce que d’une certaine façon, tu me fais penser à lui. Tu as à peu près le même âge que Dylan, et tu es un gars génial, tout comme lui. Le fait de pouvoir être là pour toi me donne l’impression de me rattraper, et apaise mon regret de ne pas pouvoir être présent pour lui »].

    « Ulysse est un vrai pote. Ça m’a fait du bien de lui en parler ».
    « C’est une bonne chose qu’il ait bien réagi. Et alors, il se doutait de quelque chose ? ».
    « Il m’a dit qu’il avait eu un doute la première fois qu’il t’avait vu, au Pousse. Surtout quand Léo avait parlé de cette nana avec qui il disait que j’avais couché. Il a eu un doute parce que tu faisais la tête. Après, quand il t’a vu te pointer chez moi par surprise, il a compris ».
    « Je n’aurais peut-être pas du débarquer de cette façon ».
    « Quand tu as débarqué à l’appart, j’étais contrarié parce qu’Ulysse était là. Mais ça m’a fait super plaisir que tu sois venu, même si je t’avais dit de ne pas venir. Ou justement parce que tu es venu malgré mon refus. Dès que je t’ai vu, j’ai eu envie de te serrer dans mes bras, et de te faire l’amour. Ta présence me fait du bien ».
    « C’est la même chose pour moi. Je me sens plus fort quand je suis avec toi ».
    « Je voudrais ne plus te faire souffrir ».
    « Je voudrais que tu me parles davantage quand ça ne va pas ».
    « Je ne suis pas habitué à me sentir aimé et ça me fait peur ».
    « Qu’est-ce qui te fait peur, au juste ? ».
    « Tes sentiments, ton attachement ».
    « Et pourquoi, ça ? ».
    « Au début, tes sentiments me faisaient peur parce que ça rendait nos baises trop… « pd ». Et puis, tu m’as obligé à cesser de me mentir. Mais c’était dur d’admettre la vérité ».
    « Et quelle était cette vérité ? ».
    « La vérité c’est que je m’attachais trop à toi. Et que je n’arrête pas de me dire qu’un jour tu en auras marre de moi et que tu me laisseras tomber. Et je ne peux pas supporter l’idée qu’on me laisse tomber. J’ai trop souffert de l’abandon pendant mon enfance, j’ai trop peur de revivre ça ».
    La peur, encore la peur. Tant de fois j’ai entendu parler Jérém de peur, et je me suis entendu moi-même parler de peur. En fin de compte, c’est la peur avant toute chose qui nous empêche d’être heureux.
    « Tu sais, Jérém, moi aussi j’ai peur de te perdre. Tout le temps, et depuis toujours. J’avais déjà peur de te perdre quand nous n’étions même pas encore ensemble. J’avais peur de te perdre quand on ne faisait que baiser chez toi, et que tu me disais que tu ne voulais rien de plus. A chaque fois que je repartais de chez toi, je me disais que je ne te reverrais probablement plus jamais.
    J’avais peur de te perdre même avant qu’on commence à coucher ensemble. En fait, j’ai eu peur de te perdre dès le premier jour du lycée, dès que je t’ai vu dans la cour avec tes potes, dès que j’ai croisé ton regard ».
    « Et comment tu arrives à gérer cette peur ? ».
    « Je pense qu’aimer quelqu’un, c’est lui donner la clé de son propre cœur, de son propre bonheur. Oui, aimer, c’est s’exposer au risque de souffrir. Mais quand on aime, on est tellement heureux. Je pense qu’on ne connaît le vrai bonheur que lorsqu’on connaît l’amour.
    Alors, est-ce qu’il faut s’empêcher d’aimer pour écarter le risque de souffrir, et ne jamais connaître non plus le vrai bonheur, ou bien faut-il prendre le risque ? ».
    « Je n’en sais rien ».
    « Moi, perso, je prends le risque. Je prends le risque parce que dans tes bras je me sens bien. Dans tes bras, je me sens chez moi. Alors, si toi aussi tu te sens bien dans mes bras, c'est qu’il y a quelque chose de spécial entre nous. Et qu’il vaut le coup de le vivre, malgré les difficultés et les peurs.
    Si tu me laisses une place dans ta vie, même quand tu es à Paris, même quand ça ne va pas fort, si tu me parles, si tu me fais confiance, je te promets que je ne te laisserai pas tomber, Jérém, jamais ».
    « Et toi, tu vas gérer comment avec les gars qui te draguent à Bordeaux ? ».
    « Je ne me fais pas non plus draguer à chaque coin de rue ».
    « Tu es beau mec, Nico, et tu attires des beaux mecs ».
    « Quand ça va bien entre toi et moi, je n’ai aucune envie de coucher avec d’autres gars. Je suis attiré, je ne dis pas le contraire, mais je ne franchirai pas le pas.
    Bien que nous soyons loin, je n’ai pas l’intention de vivre la vie d’un célibataire Je ne vais pas saisir toutes les occasions qui se présentent, et encore moins provoquer les rencontres. Je ne vais pas sortir dans le milieu, ni traîner dans les lieux de drague.
    Après, la vie est imprévisible. Tu peux faire des rencontres, je peux faire des rencontres. Ça peut arriver.
    Mais comme tu l’as dit, rien ni personne ne pourra changer ce qu’il y a entre nous, jamais ».
    Je sens mon Jérém touché. Soudain, son téléphone émet un petit son. Ce qui crée une diversion et casse la magie du moment.
    « C’est Maxou, il nous souhaite la bonne année ».
    « Ah, mince, je n’ai pas fait gaffe. Il est presque minuit » je considère.
    « A l’heure qu’il est on devrait être en train de triquer avec les cavaliers » il ajoute.
    « Tu es déçu de ne pas être avec eux ? ».
    « Non, parce que je suis avec toi ».
    « Je te fais la promesse » il enchaîne « que le prochain réveillon ce sera à Campan, et avec les cavaliers ».
    « J’adore l’effet que Campan a sur toi, Jérém ».
    « Quel effet ? ».
    « Il fait ressortir ta véritable personnalité. Et tu es si adorable ! »
    « Campan n’est qu’à nous ! » il s’exclame, l’air heureux.
    « Oui, c’est notre refuge ».

    Nous refaisons l’amour, et c’est doux, tendre. Ce petit gars viril au regard amoureux est tellement touchant. Lorsqu’il jouit, je jouis avec lui.
    « Bonne année, ourson » je l’entends me glisser, le visage dans le creux de mon épaule.
    « Bonne année, p’tit loup ».
    Et là, tout comme le soir de retour de la soirée chez Ginette, après que je l’ai empêché de me prendre sans capote, je sens que mon bobrun veut me dire quelque chose mais qu’il n’y arrive pas. Je perçois la même respiration agitée, ponctuée par des inspirations qui ressemblent à celles qu’on prend juste avant de parler.
    Mon cœur s’emballe, l’attente est insupportable. Je suis sur le point de lui lancer : « Parle-moi, Jérém, parle-moi », lorsque mon bobrun se lâche enfin.
    « Ourson… ».
    « Oui, p’tit loup ? ».
    Et là, après un court mais interminable instant de silence pendant lequel j’ai l’impression que nos cœurs vont exploser, je l’entends me glisser tout doucement :
    « Je t’aime, ourson ».
    Trois mots sur l’oreiller, trois petits mots, un monde entier.

    0242 Une année peut en cacher une autre.


    Après un petit déj avec Charlène et un nouveau coup de main pour nourrir la troupe d’équidés, nous passons chez Martine pour faire quelques courses, avant de gagner la petite maison.
    Un beau soleil nous accompagne ce matin, et la petite construction est à moitié ensevelie par la neige. Nous commençons par déblayer les fenêtres et la porte d’entrée.
    La maison est froide et humide et elle sent la pièce restée longuement fermée. C’est une ambiance très différente de celle, chaleureuse et réconfortante, avec laquelle elle m’avait accueilli quelques mois plus tôt. Un grand feu brûlait alors dans la cheminée, dans l’âtre maintenant sombre, muet et froid.
    Mais mon Jérém, le maître du feu est là, et je sais que le miracle va bientôt se répéter. Je l’aide à ramener le bois que Charlène nous a donné pour démarrer la flamme. Il nettoie le foyer des cendres qui l’encombrent. Puis, il fait un petit tas de bois fin, et il ajoute du papier. Il sort le briquet de sa poche et il fait démarrer la magie. Je regarde la flamme prendre peu à peu, tandis que mon bobrun approche une cigarette pour l’allumer.
    « Viens là » il me lance, m’invitant à le rejoindre près du feu.

    Les heures, les jours et les nuits qui suivent sont le récit d’un bonheur parfait. Nous sommes un vrai petit couple qui vaque aux corvées du quotidien – repas, ménage, feu – en parfaite harmonie.
    Les gestes du quotidien ont un charme particulier en présence de mon Jérém. Je le regarde en train de cuisiner – il est vraiment doué aux fourneaux, et la cuisine le rend très sexy – et je ne peux résister à l’envie de m’approcher doucement de lui, de glisser mes bras autour de sa taille, de le serrer contre moi, de lui faire plein de bisous dans le cou. Le bobrun se retourne, je croise son regard brun et doux. Un regard plein d’amour, de l’amour à donner, de l’amour à recevoir. Lorsqu’il tombe son armure, ce gars est un véritable puits à câlins.
    Parfois, c’est moi qui essaie de faire à manger. Et c’est Jérém qui se glisse derrière moi, qui me serre contre lui et qui m’enivre de bisous.
    Le temps passé avec Jérém est tellement magique que j’arrive presqu’à oublier l’« accident », l’attente du test, l’angoisse. La prise de mon traitement devient presque un geste mécanique, accompli entre deux moments de bonheur et cesse peu à peu d’être le sombre pivot de mes journées.

    L’un des moments que je préfère, ce sont les instants avant de m’endormir, lorsque je me retrouve blotti bien au chaud sous ses draps et dans ses bras. Pendant ces instants, je me sens tellement bien, tellement en sécurité. Je voudrais ne pas m’endormir, je voudrais passer la nuit à profiter de son étreinte, de la chaleur de son corps, de sa respiration silencieuse et calme.
    Cette petite maison est un nid de bonheur. Je n'ai besoin de rien de plus.
    Un autre moment que je chéris tout particulièrement, c’est le réveil à ses côtés. Ce que j’aime, c’est émerger un peu avant lui et me dire « il est là, avec moi, la vie me fait le cadeau d’une nouvelle journée en compagnie du gars que j’aime ». J’aime me réveiller avant lui pour avoir le temps de nettoyer la cheminée, aller chercher du bois, faire repartir le feu, et préparer le café. Bref, de faire de cette maison ce nid douillet que j’aime tant.
    J’adore voir mon bobrun se laisser doucement réveiller par le bruit de la cafetière italienne et par l’arôme de la boisson chaude qui monte. J’adore lui apporter son café au lit, le voir émerger des draps, le regard encore un peu vaseux, mais touché par mon geste. Et j’adore recevoir des bisous, des caresses, et beaucoup de tendresse.
    J’aime regarder le bogoss boire son café par petites gorgées, le regard dans le vide, se réveiller peu à peu. Et lorsqu’il pose sa tasse vide par terre, et que la mienne atterrit juste à côté, j’adore m’allonger à côté de lui, et poser ma tête sur son épaule, sur ses pecs ou ses abdos.
    Parfois, Jérém me prend dans ses bras, et il pose mille bisous dans mon cou. Nos lèvres se cherchent, nos doigts s’enlacent. Bien entendu, j’aime aussi le réveiller avec une gâterie matinale. Mais c’est tellement bon de prendre un café et de faire des câlins… d’abord.

    La situation me rend inventif. Ne pouvant pas vraiment lui faire plaisir avec ma bouche à cause de la capote, j’innove. Je me glisse derrière lui, je l’enserre dans mes bras, je me blottis contre son torse solide. Être si proche de son cou puissant, de ses tatouages, de ses épaules, de ses cheveux bruns, de ses beaux biceps, des petites odeurs tièdes qui se dégagent de sa peau mate, ça me fait vraiment un effet de dingue.
    Je pose des bisous dans son cou, j’envoie ma langue titiller ses oreilles. Elles m’excitent terriblement et elles sont également, je le sais, un point très érogène chez mon bobrun. J’arrive ainsi à lui arracher un premier frisson.
    Je glisse ma main sous son t-shirt, je conduis mes doigts à l’aveugle mais en sachant parfaitement où les envoyer. Ils suivent les creux de ses abdos, remontent lentement le long de la ligne médiane de son torse, s’énivrent au contact du reliefs saillant de ses pecs, apprécient toutes les nuances du contraste entre la puissance de ses muscles et la douceur de sa peau, de ses poils. Je sens son excitation monter en flèche.
    Et là, et seulement là, je glisse ma main sur sa queue déjà raide, je la saisis délicatement et je commence à la branler doucement.
    J’adore sentir ses ahanements de tout près, ses petits spasmes d’excitation, voir sa tête basculer en arrière sous le frisson du plaisir, et profiter de cette proximité pour mordiller ses oreilles.
    J’adore sentir la vibration de son bonheur sexuel se propager dans mon corps grâce à ce contact si rapproché. J’adore sentir que je tiens mon beau mâle dans mes bras, son plaisir entre mes deux mains, j’adore sentir son orgasme retentir partout en moi.

    Le lendemain de notre arrivée, nous sommes conviés au relais pour une soirée fondue organisée par JP et Carine.
    C’est avec un plaisir intact que je retrouve Arielle, toujours aussi peu douée pour la cuisine – sa tarte salée est un affront aux papilles, Martine – sa bonne humeur est toujours aussi pétaradante et contagieuse, Carine – sa curiosité et sa minauderie jamais démenties, Jean Paul – la bienveillance personnifiée, mais habillée d’un humour fin et poilant, Nadine au rire tonitruant et implacable, Marie Line et Bernard – un couple dont la simple présence dégage une zénitude incroyable, Ginette et son mari – autre couple légendaire, que ce soit pour leur belle complicité après tant d’années de vie commune, ou pour leur infinie gentillesse.
    Je retrouve également Loïc, et cette fois-ci sans Sylvain – Satine m’expliquant en aparté que leur idylle serait bel et bien terminée, Charlène ajoutant que Fabien, l’ex de Loïc, chez qui nous sommes allés prendre un verre au détour d’une balade, aurait depuis quelques temps un nouveau compagnon avec qui il filerait le parfait bonheur.
    Mais aussi Daniel et sa Lola, Daniel et sa grande gueule, Daniel et son humour détonnant, Daniel et ses grimaces à la « De Funes », Daniel et ses blagues de cul. Mais surtout, Daniel, sa guitare et sa voix.
    Une guitare et une voix qui nous font voyager et qui nous portent loin dans la nuit sur des airs populaires, dans une ambiance bon enfant qu’on a envie de faire durer encore, encore et encore. Même au-delà de cette vingtième fois où ce fou chantant nous annonce sans y croire, et sans le souhaiter vraiment, que « mesdames et messieurs, ceci sera mon dernier rappel ».
    La nuit s’étire dans la bonne humeur, dans cette ambiance déjantée qui réchauffe le cœur, dans le partage de l’un de ces moments de convivialité que je n’ai trouvé ailleurs que dans ce village, dans cette salle, avec ces cavaliers. Et des moments comme ça, ça fait tellement de bien.
    D’autant plus que, dans cette ambiance magique, mon Jérém a l’air tellement heureux. Définitivement, c’est ici à Campan que je retrouve le Jérém que j’aime.
    Daniel est en train de tout donner sur « L’amour c’est comme une cigarette », lorsque je vois mon bobrun se lever et se diriger vers la cheminée pour, justement, fumer une cigarette.
    Une autre chanson démarre, et Jérém est seul à côté du feu, l’air pensif. Je ne peux m’empêcher d’aller le rejoindre et de lui demander :
    « Ça va ? ».
    « Je suis heureux » il me lance, sans quitter le feu des yeux.
    « Moi aussi je suis heureux ».
    « C’est ça que j’aime te proposer, pas ce que je peux te proposer à Paris » fait mon Jérém, sa main cherchant la mienne.
    « Je sais, je sais ».
    « OOOOOh les amoureux » j’entends Satine nous charrier.
    Puis, une seconde plus tard, un chœur composé de toutes les nanas et de quelques gars également, et certainement de la somme de tous les verres descendus depuis le début de la soirée, répétant à tue-tête :
    « Le bisou, le bisou, le bisou, le bisou, le bisou ».
    Jérém a l’air surpris, mais très vite je le vois lâcher un magnifique sourire canaille, craquant à souhait.
    « Ok, nous allons nous embrasser » je l’entends annoncer « mais à condition que tous les couples se roulent une pelle en même temps que nous ».
    « Chiche ! » fait JP.
    « Oui, chiche ! » fait Daniel.
    « Et ceux qui sont célibataires ? » s’insurge Satine.
    « Tu cherches un célibataire et tu lui roules une pelle » fait Jérém, joueur.
    « On va se contenter d’une bise ».
    « Allez, au trois, tout le monde s’embrasse » fait mon bobrun, avant de poser ses lèvres sur les miennes .

    Pendant la semaine entre Noël et le jour de l’an nous nous penchons sur nos révisions pour les partiels. Je découvre un Jérém en mode « étudiant », à la fois sexy et touchant. Un Jérém appliqué, motivé, qui me demande parfois de l’aider à comprendre certains passages, avec une attitude de gosse qui interpelle son prof, comme si ça le gênait de me déranger ou de montrer ses faiblesses.
    Je n’avais jamais réalisé que sa dyslexie compliquait à ce point son apprentissage. Il faut dire que je ne l’avais jamais vraiment vu bosser auparavant. Nos « révisions » rue de la Colombette étant plus « récréatives » que studieuses.
    Je suis ému de le voir autant d’énergie pour lire et comprendre un texte, butant parfois longtemps sur un mot, le plus souvent des mots « abstraits ».
    Mais sa motivation, sa persévérance et son courage me touchent, et suis heureux de pouvoir l’aider. J’essaie de l’encourager pour qu’il se sente à l’aise à m’interpeller autant que nécessaire, et ça finit par devenir un jeu, un plaisir partagé.

    Nous retrouvons les cavaliers deux jours avant le réveillon de fin d’année pour une journée ski. Au menu, pistes bleues et noires pour les plus expérimentés, rouges et bleues pour les débutants comme moi. Sur le papier, une belle journée en vue.
    Mais tout ne va pas se passer pour le mieux. Déjà, la première journée de ski de ma vie commence mal. Je réalise trop tard, c'est-à-dire une fois sur la piste, que mes chaussures de ski sont trop petites. Du coup, je ne suis pas à l’aise dedans, ce qui me déconcentre.
    Heureusement, comme ça avait déjà été le cas pour le cheval, Jérém ne me lâche pas d’une semelle – là encore, mention spéciale pour le panache avec lequel il arrive à porter ce bonnet improbable, à pompon et multicolore, qu’il a pu se procurer au magasin de location de skis, le sien étant resté à la petite maison. Alors que moi, avec un bonnet semblable, acheté dans le même rayon, j’ai vraiment une tête de con.
    Le bobrun m’apprend les rudiments de la glisse – évidemment, en plus d’être rugbyman pro, cavalier expérimenté, très bon nageur, il sait aussi bien skier – et il fait preuve d’une patience remarquable. Et comme ça avait été également le cas pour le cheval, Charlène et JP apportent chacun leur contribution à mon apprentissage « sur le tas ».
    Malgré cela, j’enchaîne les maladresses, les chutes, les déchaussements de skis. Une fois, alors que je viens de déchausser à nouveau au beau milieu d’un virage, je n’arrive pas à me relever tout de suite. Et là, je vois mon ski commencer à glisser dans le sens de la pente. Je le regarde, impuissant, en train de se diriger vers la falaise boisée hors-piste.
    Et là, je vois Jérém arriver comme une fusée et rattraper le ski de justesse, juste avant qu’il se perde dans le grand blanc.
    « Mais qu’est-ce que tu fiches ? » il me gronde gentiment, tout en se marrant « tu pouvais pas appeler ? T’as failli perdre ton ski ».
    « Je pensais que j’arriverais à le rattraper ».
    Jérém m’aide à me relever et à rechausser mon ski. Nous reprenons la descente. Le bobrun repart à l’aise. Quant à moi, on dirait un canard dans le désert. Je suis peureux et donc maladroit et empatté.
    Régulièrement, des skieurs chevronnés passent tout près de moi, lancés comme des fusées. Le bruit de leur vitesse, presque un vrombissement, m’impressionne. Leur arrivée et leur passage me surprennent, me font peur. J’ai l’impression que leur vitesse m’aspire, comme lorsqu’on double un semi-remorque sur l’autoroute. Je perds toute concentration, je me raidis, mon équilibre précaire est mis à rude épreuve.
    Mais à force de persister et de prendre sur moi, peu à peu j’arrive presque à trouver un début d’assurance. Je reprends la descente et je commence à avoir l’impression de m’en sortir un peu mieux. Déjà, je ne tombe plus. Et ce, depuis plusieurs… secondes !
    Mais ça ne va pas durer.
    Au milieu de la descente, je finis par tomber à nouveau. Je me sens de plus en plus épuisé, et j’ai vraiment du mal à me relever. Jérém est déjà en bas de la piste et il ne peut plus venir m’aider. Je serre les dents, et c’est au prix d’un grand effort que j’arrive à me remettre debout. Une fois d’aplomb, je tiens péniblement sur mes jambes et sur mes genoux déjà bien fatigués.
    Je regarde en bas, Jérém a disparu. Je pense qu’il a dû repartir au télésiège pour remonter et venir me rejoindre. Je prends une grande inspiration et je m’apprête à reprendre la descente. Et là, un skieur en combi rouge feu passe si près de moi qu’il m’effleure. Le contact est tout léger. Mais rien qu’à cause de la surprise, je tombe à nouveau.
    « Mais quel connard ! » j’entends Jérém pester quelques instants plus tard, tout en m’aidant à me relever.
    « Je ne pense pas qu’il ait fait exprès ».
    « Il n’a pas fait attention non plus ce con ! ».
    Cette fois-ci, Jérém m’accompagne, il descend à mon rythme, c'est-à-dire au ralenti. Ce n’est que vers la fin de la piste, lorsque la pente se fait plus douce, que j’arrive enfin à retrouver confiance et à glisser avec un peu plus d’aisance.
    « Ça te dit de refaire cette piste ? » me questionne le bobrun.
    « Oui, je veux bien » je lui réponds, boosté par ma réussite sur les dernières longueurs de la descente.
    Le télésiège est à l’arrêt, et il y a quelques skieurs en train d’attendre. Parmi eux, on ne voit que la combi rouge feu.
    « Tiens, le voilà, lui » j’entends Jérém lâcher « je vais aller lui expliquer un truc ».
    « Non, Jérém, laisse tomber, je ne pense vraiment pas qu’il l’ait fait exprès » je tente de l’en dissuader, en craignant l’approche de Jérém, la réaction du mec, et une bagarre en vue.
    Mais évidemment, Jérém n’en fait qu’à sa tête.
    « Eh mec ! » il lui lance sur un ton agressif.
    Le mec se retourne, il nous toise et il lâche :
    « C’est à moi que tu causes ? ».
    « A toi, oui » fait Jérém, sur un ton bagarreur.
    « Tu me veux quoi, toi ? ».
    « Tu devrais faire plus attention aux autres skieurs ».
    « Mais de quoi je me mêle ? ».
    « Tu as fait tomber mon pote ».
    « S’il ne sait pas skier, il a qu’à faire du fond ».
    « Si tu veux aller vite, t’as qu’à faire des pistes noires ».
    « C’est ton œil qui va être noir si tu n’arrêtes pas de me casser les couilles ».
    « Tu veux voir ? » fait mon bobrun, remonté à bloc.
    « Oui, je veux bien voir » fait le gars, de plus en plus insolent et provocateur.
    « Arrête Jérém, ça ne fait rien ».
    « Tu dois vraiment bien l’aimer ton pote si tu es prêt à te faire casser la tronche pour lui ».
    Soudain, j’ai peur. J’ai peur parce que je sens la bagarre venir. Soudain, je repense à une autre occasion où j’ai vu Jérém monter en pression. C’était dans les chiottes de la boîte de nuit à Toulouse, la nuit où il m’avait débarrassé d’un type saoul qui voulait me cogner. Ça m’avait profondément touché qu’il vienne à mon secours. Mais j’ai tellement peur de la bagarre, et des dangers qu’elle comporte. La violence et l’affrontement me tétanisent. Je ne me suis jamais battu de ma vie, et je m’en passe bien.
    Aujourd’hui comme lors de cette nuit déjà lointaine, je sens cette escalade entre jeunes coqs monter en puissance et atteindre un point de non-retour. Je me sens bloqué, je suis incapable d’intervenir. Et j’ai terriblement peur qu’il puisse arriver malheur à mon bobrun.
    « Tu fermes un peu ta gueule, connard ou c’est moi qui vais te la fermer » j’entends Jérém atteindre le point de non-retour, le regard noir comme le ciel qui annonce un violent orage d’été.
    Et là, je vois le gars s’avancer vers mon bobrun, l’air vraiment belliqueux. Sa carrure est massive, son attitude impressionnante.
    « Oh, les gars, vous arrêtez ça tout de suite ! ».
    C’est une voix familière et ô combien rassurante qui vient à notre secours. Je me retourne et je vois JP et Martine ralentir sur leurs skis et s’arrêter tout près de nous. La voix de cette dernière, ferme, autoritaire, suffit à bloquer l’énergumène dans son élan.
    « T’es sa mère, toi ? ».
    « Non, je ne suis personne, mais si vous vous battez j’appelle le type des remontées et votre journée ski à tous les deux est finie sur le champ. C’est ça que vous voulez, les gars, pour cette journée ensoleillée, parfaite pour skier, vous faire jeter à 15 heures ? ».
    « C’est pas moi qui ai commencé » fait le type.
    Jérém ne dit rien, mais il conserve son regard bien noir et menaçant, et il est sexy à mort.
    « Mais t’as quel âge ? » se moque Martine.
    « Allez, on ne va pas se fâcher pour ça. Désolé pour l’incident. Tu as raison, je ferais mieux d’aller sur des pistes de mon niveau » fait le gars, en changeant d’attitude du tout au tout, visiblement intimidé par la présence et le caractère de Martine.
    Mais avant de partir, il glisse à Jérém :
    « T’as pas intérêt de croiser ma route une deuxième fois ».
    « Toi non plus, je t’assure ».

    « Regarde ce gars, le pauvre. Tu lui as foutu la frousse, Martine » fait JP, moqueur.
    « Grand bien lui fasse ».
    « Tu sais que tu m’as fait peur à moi aussi ? » il continue, taquin.
    « N’importe quoi ».
    « Je t’assure, j’ai les poils des bras qui se sont dressés ».
    « Mais qu’est-ce qui s’est passé ? » elle nous questionne.
    « Le gars descendait vite, et il m’a effleuré. Mais comme je ne suis pas très assuré, ça m’a fait tomber » j’explique.
    « Il n’a pas du tout fait attention, on aurait dit que la piste n’était que pour lui » fait Jérém, sur un ton très irrité.
    « Et ça c’est une raison pour en venir aux mains ? ».
    « Je n’avais pas besoin de ton aide ».
    « Non, c’est sûr, tu n’avais pas besoin de mon aide pour te battre. Mais tu avais besoin de mon aide pour ne pas te battre. Et ne pas se battre est toujours mieux ».
    « Il doit vraiment t’aimer pour aller s’attaquer à un type plus solide que lui » me glisse Martine pendant que nous attendons le télésiège.

    Il faut plusieurs remontées et plusieurs descentes à Jérém pour se calmer.
    « Ca me touche beaucoup ce que tu viens de faire » je trouve le cran de placer, pendant une nouvelle remontée en télésiège « mais je ne veux pas que tu te mettes en danger pour moi. J’ai trop peur qu’il t’arrive quelque chose. Je tiens trop à toi »
    « Je n’aurais pas dû chercher ce type. Mais je ne supporte pas qu’on te fasse du mal » finit par admettre Jérém, avant d’ajouter « Si je m’écoutais, j’irais à Bordeaux chercher ce type qui n’a pas voulu se faire dépister et je lui casserais la tête ».
    « Mais ça ne servirait à rien ».
    « Je sais ».
    Jérém ayant retrouvé le sourire et sa complicité avec Martine, la journée se termine ainsi dans la bonne humeur. Le soir, nous nous retrouvons pour une soirée raclette au relais.
    Une nouvelle fois, l’ambiance bon enfant réchauffe la grande salle au même titre que le feu qui brûle dans la grande cheminée. Une nouvelle fois, la guitare de Denis a le dernier mot pour clore un délicieux moment entre potes.
    Charlène insiste pour que nous restions à nouveau dormir chez elle, « vous n’allez pas rentrer à cette heure dans une maison glaciale, de toute façon, je n’ai pas enlevé les draps dans la chambre d’amis ». Ce soir nous sommes bien fatigués, car le ski est un sport très physique. Ce soir, nous ne faisons pas l’amour. Nous nous contentons de tendresse, de câlins, et du bonheur apaisant de sentir le contact du corps chaud de l’autre contre le sien. Et dans notre étreinte, c’est notre amour réciproque que nous ressentons, sans besoin d’ajouter le moindre mot.

    Pendant ces derniers jours de l’année, le sexe ponctue nos journées, notamment nos pauses entre révisions, et nos nuits. Peu à peu, nous nous habituons à cet « intrus » en latex qui s’invite de force entre nous à chaque fois que nous avons envie de faire l’amour.
    Le fait de se protéger devient un automatisme, et je finis par trouver les gestes de chausser la capote avant l’amour et de la retirer après, bien pleine, à la fois terriblement frustrants mais aussi terriblement érotiques.
    La capote ne fait pas qu’imposer sa présence, elle impose également ses temps. Jérém est bien plus long à jouir avec le préservatif. Mais ce n’est pas plus mal, c’est même très plaisant. Il n’est plus dans la « performance », ni dans le « timing », ni dans l’étalage de sa puissance virile. Désormais, il prend son temps, il prend son pied, avec moi, et c’est délicieux.

    Un soir nous sommes invités avec quelques autres cavaliers à dîner chez Ginette et son mari. La soirée se termine vers 2 heures du mat. Jérém a un peu bu et il me passe les clefs de sa voiture. A vrai dire, je ne me sens pas très à l’aise à l’idée de conduire sa voiture dans le chemin étroit et verglacé qui conduit à la petite maison. Mais mon bobrun a l’air assez éméché, alors je prends sur moi et j’accepte de prendre le volant.
    Oui, mon bobrun a l’air un tantinet saoul, ce qui, le connaissant un peu, laisse présager une fin de soirée très fougueuse.
    Je ne m’y suis pas trompé. A la petite maison, dès la porte refermée derrière nous, le bobrun se jette sur moi, ses lèvres et sa langue comme affamées de mes lèvres, de ma peau, de mes oreilles, ses mains avides de caresser mes cheveux, de se glisser sous mon t-shirt, et dans ma braguette.
    Très vite, nous nous retrouvons nus, sous la couette, nos corps cherchant fébrilement dans celui de l’autre à faire monter l’excitation, à provoquer le frisson qui appelle le plaisir.
    Je me retrouve à faire glisser ma langue dans la ligne médiane de son torse, cette délicate vallée courant au beau milieu du double relief de ses pecs, descendant jusqu’à ses abdos, cette « plaine » creusée par ailleurs par d’autres délicieux sillons transversaux, un bas-relief magnifique, expression d’une musculature parfaite.
    Nos mains et nos doigts caressent et excitent nos tétons respectifs. Je sens son excitation, elle nourrit la mienne, la mienne nourrit la sienne. Nous sommes embarqués dans une spirale qui nous mène tout droit vers une dimension de désir inouï.
    Après l’avoir longuement branlé, tout en agaçant ses tétons avec ma langue, je me retrouve à cheval sur son bassin, sa queue calée entre mes fesses, mes reins ondulant lentement pour provoquer de légers frottements de son gland dans ma raie et décupler encore son excitation. Je sais que je vais devoir mettre une capote. Mais j’ai envie de faire durer cet instant d’excitation.
    Le bobrun me fait basculer avec ses bras puissants, et je me retrouve allongé sur le dos, dominé par son corps musclé. Son haleine alcoolisée et sa fougue rajoutent de l’excitation à cet instant de pur bonheur sensuel.
    Jérém se faufile entre mes cuisses, et je sens son gland glisser dans ma raie et amorcer des petits frottements très excitants. Une excitation qui se teinte d’inquiétude lorsque je réalise qu’il vise précisément mon trou, et qu’il vise à le pénétrer « à cru ».
    Ça m’excite terriblement, car j’en ai sacrement envie aussi. Mais la peur est plus forte que l’envie. Dans ma tête, les mots du médecin lors de la deuxième consultation, résonnent toujours avec la même cinglante intensité : « Surtout, surtout, si vous avez des rapports, que vous soyez actif ou passif, protégez-vous et protégez votre partenaire. N’oubliez pas le préservatif sous aucun prétexte »
    « Non, Jérém, pas comme ça, il faut une capote ».
    « Allez… j’en peux plus des capotes… j’ai envie… de te gicler dans le cul » fait-il avec une voix ralentie par un mélange d’alcool et d’excitation.
    Rien que ses derniers mots ont le pouvoir de provoquer en moi une montée d’excitation qui me ferait presque perdre de vue le fait que je dois continuer à nous protéger. Mais j’arrive quand-même à garder raison.
    « Non, on ne peut pas, on ne peut pas ».
    « Allez, laisse-toi aller, ça va aller » il insiste.
    « On ne peut pas faire ça comme ça ».
    « Allez ! S’il te plaît… juste une fois » il persiste, tout en continuant à forcer son gland sur ma rondelle.
    Je sens que la pression qu’il exerce va vite vaincre la résistance de mes muscles.
    « Non, Jérém ! » je m’entends lâcher brusquement, tout en saisissant ses biceps si développés que mes mains n’arrivent pas à en faire le tour, et en le faisant basculer sur le côté.
    « Tu fais chier ! Bordel ! » il me balance, en quittant le lit comme un ressort qui vient d’être relâché. Il passe un t-shirt et un boxer. Il attrape son paquet de cigarettes et il part en fumer une à côté du feu. Ses gestes sont brusques, ils traduisent son agacement.
    « Moi aussi j’ai envie de toi sans capote » je lui explique en m’installant à côté de lui « si tu savais comment j’ai envie de te sentir jouir en moi ! ».
    « Désolé » je l’entends chuchoter, soudainement ravisé « c’est toi qui as raison ».
    « Je ne veux pas t’exposer au moindre risque. J’ignore comment tout ça va se finir, si je vais être négatif ou bien si… ».
    « Ne dis pas de bêtises, tu seras négatif ! » il me coupe, tout en me serrant fort contre lui.
    « Mais je sais que si jamais je te contaminais » je continue, ému « je ne m’en remettrais pas ».
    « C’est de ma faute tout ça, si tu savais comment je m’en veux ».
    « Je te le répète, ce n’est pas de ta faute. C’est la faute à pas de chance. Ne laissons pas cet accident gâcher ces moments. L’important c’est que nous soyons ensemble, et que nous soyons heureux ensemble. C’est ce qui compte le plus pour moi ».
    « Je ne te mérite pas ».
    « Maintenant c’est toi qui dis des bêtises ».
    Mes mots sont suivis pas un long moment de silence. Pendant de longs instants, j’ai l’impression que Jérém veut me dire quelque chose sans y parvenir, comme si les mots restaient bloqués au fond de sa gorge. C’est une impression qui me vient d’après sa respiration agitée, ponctuée par des inspirations qui ressemblent à celles qu’on prend juste avant de parler.
    Je voudrais lui demander de me parler, je voudrais savoir qu’est-ce qui est si difficile à dire. Mais je n’ose pas, je ne veux pas le forcer, je ne veux pas gâcher la magie de cet instant. Mais ma curiosité travaille à bloc, et pendant ce temps mon cœur tape à mille.
    J’attends un mot, mais ça ne vient pas. Ce qui vient en revanche, c’est une pluie de câlins et de la tendresse.
    De retour au lit, nous recommençons ce que nous avons interrompu un peu plus tôt. Jérém passe une capote, et nous faisons l’amour. Et, en dépit de cette protection, c’est divinement bon. Nous nous aimons, nous nous respectons, nous nous protégeons.
    Tous mes sens sont envoûtés.
    La vue, par la beauté de son corps et sa présence, ses attitudes de mec viril et amoureux.
    L’odorat, par l’empreinte olfactive de sa présence, la fragrance tiède de la peau et de sa virilité.
    L’ouïe, captivée par le crépitement du feu dans la cheminée, par la sensualité de sa respiration, le frottement de nos corps, et par les innombrables claquements de nos bisous.
    Le goût, celui de sa peau, et celui de sa bouche que je ne cesse d’embrasser.
    Et le toucher, mon Dieu comment le toucher est un feu d’artifice pendant l’amour avec Jérém ! Le contact de nos corps, de nos torses, la présence de sa queue en moi, les caresses de ses mains, de ses doigts habiles, de sa langue adroite, la chaleur virile et sensuelle de son corps de mâle.
    Oui, tous mes sens sont concernés par les bonheurs de l’amour. Un plaisir qui ne tarde pas à s’embraser, provoquant mon orgasme. Et ce, sans le moindre contact sur ma queue, juste en regardant, en sentant mon beau mâle brun coulisser lentement et sensuellement en moi.
    Je jouis en premier. Et là, je vois Jérém relever son torse, et me dominer avec toute l’envergure de son torse musclé. Ses coups de reins prennent de l’ampleur. Sentant son orgasme approcher, j’envoie mes doigts caresser et agacer ses tétons pour amplifier encore son plaisir.
    Une poignée de va-et-vient plus tard, il jouit à son tour, lentement, longuement, assommé par le plaisir. Et, à en juger de l’expression se son visage, je dirais qu’il vient de vivre l’un des orgasmes les plus intenses de sa vie. Tout comme ça a été mon cas quelques instants plus tôt.

    Une autre nuit, Jérém veut que je le prenne. Bien sûr, ça commençait à me manquer. Et pourtant, je suis mort de trouille. J’ai trop peur que quelque chose se passe mal, que la capote casse, je suis tétanisé.
    « Tu n’as pas envie ? » il me questionne, face à mon hésitation.
    « Bien sûr que j’ai envie mais j’ai trop peur qu’il y ait un accident ».
    « Tu vas faire doucement et il ne va rien arriver ».
    Je finis par me laisser convaincre. Je rentre en lui, mais la peur me fait débander. Mais Jérém ne s’avoue pas vaincu. Il s’occupe de moi, il excite mes points sensibles, jusqu’à ce que je rebande.
    Un brin rassuré, reboosté par ses caresses, je ressaie, je me laisse à nouveau glisser en lui. Et pendant que je coulisse doucement entre ses cuisses musclées, j’ai l’impression que le plaisir que mon bobrun retire pendant que je lui fais l’amour n’a jamais été aussi intense.
    « Qu’est-ce que tu m’excites, beau mec ! » je l’entends me lancer, rugissant d’excitation, tout en empoignant mes pecs et mes tétons avec ses mains avides de contact sensuel.
    « Tu aimes ça, hein ? » je me surprends à prendre plaisir à jouer au mec sûr de lui.
    « Je kiffe grave ».
    « Je vais jouir… ».
    « Fais-toi plaisir, beau mec ! ».
    Lorsque je jouis, Jérém jouit à son tour, presque en même temps que moi, parsemant son torse puissant de traînées brillantes et odorantes.
    Après l’apothéose du plaisir, je me sens comme lessivé. Je me retire vite, pressé de vérifier la tenue de ma capote. Tout va bien de ce côté.
    Jérém vient de s’essuyer, et je me colle contre son torse, je m’enivre des petites intenses odeurs de mâlitude qui se dégagent de son corps après l’amour. Mon bobrun me prend dans ses bras et je me laisse happer par cet abandon des sens, par cette petite absence qu’est le contrecoup des plus beaux orgasmes.
    « C’était très bon » je l’entends me chuchoter à l’oreille.
    « Faire l’amour avec toi, c’est toujours bon, et plus que ça même ».
    « Tu y prends goût à jouer les petits mecs ».
    « C’est pas faux ».
    « Et tu te débrouilles plutôt pas mal ».
    « J’essaie, je découvre ».
    « Tu prends de l’assurance ».
    « Tu trouves ? Je me trouve toujours maladroit ».
    « Ah, non, tu es même plutôt sexy quand tu fais le « mec »… ».
    « J’ai un bon prof depuis sept mois ! ».
    Le bogoss sourit, avant d’ajouter :
    « Au début, j’étais attiré par toi justement parce que tu n’étais pas très viril. Je te voyais comme un mec passif, soumis, qui adorait mon corps et ma queue et qui ne me refuserait jamais rien. Au début, je croyais que c’était ça qui me faisait de l’effet. Mais en fait, c’est pas ça. En tout cas, ce n’est plus ça ».
    « Et c’est quoi alors ? ».
    « Plus tu gagnes de l’assurance, plus tu deviens « mec », plus je te trouve bandant ».
    « Parce que je te fais l’amour ? ».
    « Aussi. Mais ce sont tes attitudes que je trouve très excitantes. Le fait que tu me tiennes tête. Et cette petite barbe que tu te laisser pousser, putain, je kiffe vraiment ! ».
    « Merci ».
    « Avant de coucher avec toi » il ajoute après s’être allumé une cigarette « je pensais que les types qui se font prendre n’étaient que des pd qui aiment faire plaisir aux mecs ».
    « Ah, tu avais une sacrée image de moi » je plaisante.
    « Mais en couchant avec toi, je me suis rendu compte que tu prenais beaucoup de plaisir à ça » il enchaîne « Et ça a commencé à m’intriguer. Mais c’était pas simple à assumer.
    En étant exclusivement actif, c’était facile de continuer à me dire que je n’étais pas vraiment gay, que je ne faisais que baiser un gars qui kiffait ça.
    Et je me disais qu’au moment où je me laisserais prendre, je ne pourrais plus revenir en arrière, et je devrais accepter le fait que j’étais vraiment gay ».
    « C’est bizarre, parce que tu étais le seul gars avec qui je me voyais tenter cette expérience » il continue, après avoir jeté son mégot dans le feu « mais en même temps, je pensais que si je te montrais que j’avais ce genre d’envie, ton regard sur moi changerait. Et je ne pouvais pas accepter ça ».
    « Et pourtant, c’est exactement l’inverse que je ressens. Je ne t’ai jamais trouvé autant couillu que depuis que tu acceptes tes envies, toutes tes envies ».
    « Je ne voyais pas les choses comme ça. Je me disais que si je cédais à ça, je ne serais plus jamais un vrai mec.
    Je sentais que tu en avais envie depuis un certain temps, mais jamais tu m’as mis la pression. Et quand le moment est venu, tu as été très doux. Tu as su rendre ça beau et sensuel. C’était juste parfait ».
    « Et depuis, tu kiffes… » je considère.
    « Je kiffe, c’est sûr. Quand tu es là avec moi, tout ça me paraît tellement naturel. Mais quand tu es loin, tout se complique dans ma tête ».

    Nous avions prévu de faire le réveillon du nouvel an chez Charlène, avec une partie de la petite bande de cavaliers, et de rester dormir une nouvelle fois au centre équestre.
    Mais la météo vient d’en décider autrement. En fin d’après-midi, alors que nous venons de faire l’amour une nouvelle fois et que nous nous apprêtons à bouger, une puissante tempête de neige vient ajouter plusieurs dizaines de centimètres de poudreuse, rendant la petite route impraticable et provoquant de surcroît une coupure d’électricité.
    Nous voilà isolés du monde, un soir de 31 décembre.
    Nous nous arrangeons avec les quelques provisions restantes pour préparer un semblant de repas de réveillon. En fait, il reste des œufs, du râpé, de la salade. Une omelette en guise de repas du nouvel an, c’est original. C’est pas le luxe, mais c’est mieux que rien. Et puis, tout est délicieux du moment que c’est partagé avec le gars que j’aime.
    Après ce mémorable « banquet », nous nous réchauffons devant la cheminée. Jérém est blotti dans mes bras, sa main caresse doucement mon avant-bras. J’ai l’impression que nos cœurs ont rarement été aussi proches. Et alors que je suis sur le point d’amorcer la discussion concernant notre avenir, une discussion qui, malgré tout, m’angoisse toujours, j’entends le bobrun me lancer :
    « C’est qui ce gars avec qui tu as couché à Bordeaux ? ».
    « Un mec qui m’a abordé dans le train ».
    « Et c’était quoi entre vous ? ».
    « C’était une distraction, rien de plus. Tu me manquais à en crever et ce gars me changeait les idées ».
    « Je t’ai laissé tomber, et je n’aurais pas dû ».
    « J’ai mes torts aussi. Mais le passé est passé, et on ne peut pas le changer. Ce qui est important, maintenant, c’est ce qui va se passer quand tu vas rentrer à Paris et moi à Bordeaux ».
    « Maintenant j’ai une voiture, et je pourrai bouger plus facilement ».
    « Mais tu n’as pas le temps de venir à Bordeaux ».
    « C’est vrai. Mais nous pourrions nous retrouver quelque part à mi-chemin, genre à Tours ou à Poitiers. Je serai loin de Paris et je serai plus serein. Nous pourrions prendre un hôtel, si tu peux te libérer quand j’ai un après-midi off. Tiens, je ne suis jamais allé au Futuroscope. Il paraît que c’est génial, nous pourrions y aller tous les deux ».
    « Ce serait merveilleux ».
    « Et ça le sera. Je ne veux plus qu’on se perde, je ne veux plus rester des mois sans te voir ».
    « Moi non plus je ne veux plus rester des mois sans te voir, plus jamais ça ! ».
    « Mais pour le reste, on va faire comment ? » j’enchaîne, tant que nous sommes dans les perspectives d’avenir « Je veux dire… tu vas continuer à te taper des nanas pour garder les apparences ? ».
    « Je pense que je leur ai suffisamment montré de quoi j’étais capable. Et puis, j’ai désormais un allié de taille ».
    « Un allié ? ».
    « J’ai parlé à Ulysse ».
    « Tu lui as parlé… de quoi ? » je fais, interloqué.
    « De moi. Je lui ai dit qui je suis ».
    « Tu lui as parlé de… ».
    « De toi, de nous ».
    Je suis scié. Jérém a fait un coming out auprès de son co-équipier.
    « Le soir avant mon départ pour Toulouse, il y a deux jours, je n’allais vraiment pas bien » il me raconte « il m’a fait parler. Il a fini par me demander si je voyais toujours ma copine de Bordeaux ».
    « Et tu lui as répondu quoi ? ».
    « Que c’était compliqué. Alors il a voulu savoir pourquoi c’était si compliqué. Et là, je lui ai dit que ça l’était parce que ce n’était pas une copine mais un copain… un petit copain ».
    « Et il l’a pris comment ? ».
    « Bien, très bien ».

    [« Tu sais, Jérém, ça ne change rien pour moi. Tu es mon pote et je prends comme tu es ».
    Les mots d’Ulysse lui avaient ôté un grand poids du cœur, et il s’était senti comme revivre.
    « Je m’en voulais de te mentir ».
    « Tu m’en as parlé quand tu t’es senti prêt à le faire ».
    « Ça me soulage que tu le prennes comme ça ».
    « Vraiment, je veux que ce soit clair, ça ne change rien entre nous. Au contraire, ça me touche que tu me fasses confiance. Et tu peux me faire confiance. Bien entendu, ça restera entre nous, je n’en parlerai à personne, même pas à ma copine. Et tu peux compter sur moi si tu as besoin de quoi que ce soit.
    Mais arrangez-vous pour vous voir en dehors de Paris. Bordeaux c’est loin, mais vous pouvez peut être vous retrouver quelque part à mi-chemin. Vous serez plus tranquilles, vous serez mieux ».
    « Merci beaucoup, je ne sais pas quoi dire… tu es un vrai pote… ».
    « Je ne t’en ai jamais parlé, mais mon petit frère est gay lui aussi. Nous sommes très proches, et je sais à quel point c’est compliqué d’être heureux quand on est différent des autres. Ce que je regrette, c’est de ne pas le voir plus souvent, et de ne pas être là pour le soutenir, pour l’aider.
    Tu sais, si je me suis autant rapproché de toi, c’est parce que d’une certaine façon, tu me fais penser à lui. Tu as à peu près le même âge que Dylan, et tu es un gars génial, tout comme lui. Le fait de pouvoir être là pour toi me donne l’impression de me rattraper, et apaise mon regret de ne pas pouvoir être présent pour lui »].

    « Ulysse est un vrai pote. Ça m’a fait du bien de lui en parler ».
    « C’est une bonne chose qu’il ait bien réagi. Et alors, il se doutait de quelque chose ? ».
    « Il m’a dit qu’il avait eu un doute la première fois qu’il t’avait vu, au Pousse. Surtout quand Léo avait parlé de cette nana avec qui il disait que j’avais couché. Il a eu un doute parce que tu faisais la tête. Après, quand il t’a vu te pointer chez moi par surprise, il a compris ».
    « Je n’aurais peut-être pas du débarquer de cette façon ».
    « Quand tu as débarqué à l’appart, j’étais contrarié parce qu’Ulysse était là. Mais ça m’a fait super plaisir que tu sois venu, même si je t’avais dit de ne pas venir. Ou justement parce que tu es venu malgré mon refus. Dès que je t’ai vu, j’ai eu envie de te serrer dans mes bras, et de te faire l’amour. Ta présence me fait du bien ».
    « C’est la même chose pour moi. Je me sens plus fort quand je suis avec toi ».
    « Je voudrais ne plus te faire souffrir ».
    « Je voudrais que tu me parles davantage quand ça ne va pas ».
    « Je ne suis pas habitué à me sentir aimé et ça me fait peur ».
    « Qu’est-ce qui te fait peur, au juste ? ».
    « Tes sentiments, ton attachement ».
    « Et pourquoi, ça ? ».
    « Au début, tes sentiments me faisaient peur parce que ça rendait nos baises trop… « pd ». Et puis, tu m’as obligé à cesser de me mentir. Mais c’était dur d’admettre la vérité ».
    « Et quelle était cette vérité ? ».
    « La vérité c’est que je m’attachais trop à toi. Et que je n’arrête pas de me dire qu’un jour tu en auras marre de moi et que tu me laisseras tomber. Et je ne peux pas supporter l’idée qu’on me laisse tomber. J’ai trop souffert de l’abandon pendant mon enfance, j’ai trop peur de revivre ça ».
    La peur, encore la peur. Tant de fois j’ai entendu parler Jérém de peur, et je me suis entendu moi-même parler de peur. En fin de compte, c’est la peur avant toute chose qui nous empêche d’être heureux.
    « Tu sais, Jérém, moi aussi j’ai peur de te perdre. Tout le temps, et depuis toujours. J’avais déjà peur de te perdre quand nous n’étions même pas encore ensemble. J’avais peur de te perdre quand on ne faisait que baiser chez toi, et que tu me disais que tu ne voulais rien de plus. A chaque fois que je repartais de chez toi, je me disais que je ne te reverrais probablement plus jamais.
    J’avais peur de te perdre même avant qu’on commence à coucher ensemble. En fait, j’ai eu peur de te perdre dès le premier jour du lycée, dès que je t’ai vu dans la cour avec tes potes, dès que j’ai croisé ton regard ».
    « Et comment tu arrives à gérer cette peur ? ».
    « Je pense qu’aimer quelqu’un, c’est lui donner la clé de son propre cœur, de son propre bonheur. Oui, aimer, c’est s’exposer au risque de souffrir. Mais quand on aime, on est tellement heureux. Je pense qu’on ne connaît le vrai bonheur que lorsqu’on connaît l’amour.
    Alors, est-ce qu’il faut s’empêcher d’aimer pour écarter le risque de souffrir, et ne jamais connaître non plus le vrai bonheur, ou bien faut-il prendre le risque ? ».
    « Je n’en sais rien ».
    « Moi, perso, je prends le risque. Je prends le risque parce que dans tes bras je me sens bien. Dans tes bras, je me sens chez moi. Alors, si toi aussi tu te sens bien dans mes bras, c'est qu’il y a quelque chose de spécial entre nous. Et qu’il vaut le coup de le vivre, malgré les difficultés et les peurs.
    Si tu me laisses une place dans ta vie, même quand tu es à Paris, même quand ça ne va pas fort, si tu me parles, si tu me fais confiance, je te promets que je ne te laisserai pas tomber, Jérém, jamais ».
    « Et toi, tu vas gérer comment avec les gars qui te draguent à Bordeaux ? ».
    « Je ne me fais pas non plus draguer à chaque coin de rue ».
    « Tu es beau mec, Nico, et tu attires des beaux mecs ».
    « Quand ça va bien entre toi et moi, je n’ai aucune envie de coucher avec d’autres gars. Je suis attiré, je ne dis pas le contraire, mais je ne franchirai pas le pas.
    Bien que nous soyons loin, je n’ai pas l’intention de vivre la vie d’un célibataire Je ne vais pas saisir toutes les occasions qui se présentent, et encore moins provoquer les rencontres. Je ne vais pas sortir dans le milieu, ni traîner dans les lieux de drague.
    Après, la vie est imprévisible. Tu peux faire des rencontres, je peux faire des rencontres. Ça peut arriver.
    Mais comme tu l’as dit, rien ni personne ne pourra changer ce qu’il y a entre nous, jamais ».
    Je sens mon Jérém touché. Soudain, son téléphone émet un petit son. Ce qui crée une diversion et casse la magie du moment.
    « C’est Maxou, il nous souhaite la bonne année ».
    « Ah, mince, je n’ai pas fait gaffe. Il est presque minuit » je considère.
    « A l’heure qu’il est on devrait être en train de triquer avec les cavaliers » il ajoute.
    « Tu es déçu de ne pas être avec eux ? ».
    « Non, parce que je suis avec toi ».
    « Je te fais la promesse » il enchaîne « que le prochain réveillon ce sera à Campan, et avec les cavaliers ».
    « J’adore l’effet que Campan a sur toi, Jérém ».
    « Quel effet ? ».
    « Il fait ressortir ta véritable personnalité. Et tu es si adorable ! »
    « Campan n’est qu’à nous ! » il s’exclame, l’air heureux.
    « Oui, c’est notre refuge ».

    Nous refaisons l’amour, et c’est doux, tendre. Ce petit gars viril au regard amoureux est tellement touchant. Lorsqu’il jouit, je jouis avec lui.
    « Bonne année, ourson » je l’entends me glisser, le visage dans le creux de mon épaule.
    « Bonne année, p’tit loup ».
    Et là, tout comme le soir de retour de la soirée chez Ginette, après que je l’ai empêché de me prendre sans capote, je sens que mon bobrun veut me dire quelque chose mais qu’il n’y arrive pas. Je perçois la même respiration agitée, ponctuée par des inspirations qui ressemblent à celles qu’on prend juste avant de parler.
    Mon cœur s’emballe, l’attente est insupportable. Je suis sur le point de lui lancer : « Parle-moi, Jérém, parle-moi », lorsque mon bobrun se lâche enfin.
    « Ourson… ».
    « Oui, p’tit loup ? ».
    Et là, après un court mais interminable instant de silence pendant lequel j’ai l’impression que nos cœurs vont exploser, je l’entends me glisser tout doucement :
    « Je t’aime, ourson ».
    Trois mots sur l’oreiller, trois petits mots, un monde entier.



    Bonjour à tout le monde, chers lecteurs,


    La saison 2 de Jérém&Nico vient de s’achever. A l’occasion de cette étape importante, je souhaite partager une soirée chat avec vous pour recueillir vos impressions, vos commentaires, vos ressentis, vos critiques sur ces deux dernières années d’écriture, ainsi que pour connaître vos attentes pour la saison 3 à venir.
    La soirée se tiendra le mercredi 25 novembre 2020 à 21h00.
    Pour y participer, rien de plus simple, il suffit de cliquer sur le lien suivant :

    https://discord.gg/QxErkvW

    J’espère vous retrouver nombreux.


    Ps : au cours de la soirée chat, un extrait de la saison 3 sera dévoilé.


    Jérém&Nico ce sont plus de 150 épisodes sur 6 années d'écriture, avec un cumul de vues qui approche désormais les 3 millions.

    Merci à chacun et chacun d'entre vous  pour votre fidélité, pour vos commentaires, pour votre soutien.

    Un merci particulier à FanB pour son engagement et son aide précieuse dans la finalisation des épisodes.

    Fabien


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    Bonjour à toutes et à tous ! Bienvenue sur le site Jérém&Nico


    Oui, le père Noël existe. A Toulouse, loin de Paris, un soir de Noël, j’ai retrouvé le vrai Jérém. Et ce Jérém, je l’aime comme un fou.
    Ce sont les dernières pensées qui ont traversé mon esprit avant de m’endormir quelques heures plus tôt dans cette chambre d’hôtel, à côté du gars que j’aime. Et ce sont les premières qui remontent à ma conscience lorsque je me réveille en ce matin de Noël, dans les bras chauds de mon bobrun.
    Dans la pénombre, la pendule de la chambre affiche 9h50. Je n’ai dormi que 5 heures, mais je suis bien, tellement bien. Alors, je profite de cet instant, je me blottis contre son épaule solide, et je me sens protégé, aimé.
    Mais soudain, une pensée dissonante dans cette symphonie de bonheur vient gâcher mon enchantement. Mon traitement ! J’aurais dû le prendre il y a deux heures ! Evidemment, hier soir, bouleversé par le bonheur de retrouver Jérém, je n’ai pas pensé à en prendre avec moi.
    Eh merde ! Il va falloir que je rentre chez moi en vitesse. Je ne vais pas pouvoir profiter davantage de Jérém. Adieu les câlins, la gâterie du matin, le petit déj ensemble. Je vais devoir partir en vitesse, sans savoir quand je vais le retrouver.
    Je dois me faire violence pour quitter le lit. J’ai l’impression que sa peau retient la mienne, comme un aimant.
    Lorsque je reviens de la salle de bain, mon bobrun dort toujours. Je commence à m’habiller, mais je ne veux pas partir. Je ne veux pas le quitter. Je ne sais pas comment le quitter.
    Je finis de m’habiller, je me chausse, lorsque Jérém commence à remuer sous les draps. Il ouvre les yeux et il me fixe, comme hébété.
    « Tu pars ? » il me questionne, la voix pâteuse.
    « Je dois prendre mon médoc ».
    « Ah d’accord. Et tu allais partir sans me dire au revoir ? ».
    « J’allais te réveiller ».
    Je m’approche de lui, je l’embrasse. Ce matin, mon bobrun est gourmand de bisous.
    « Je dois y aller » je lance, la mort dans le cœur.
    « Attends ».
    Une seconde après, Jérém est debout. Sa tenue t-shirt blanc et boxer noir est excessivement bandante. Le bogoss s’étire, en levant juste un bras. Le coton blanc ajusté à sa plastique se tend autour de l’aisselle et du flanc, s’étire sur ses pecs, moule ses tétons. L’image est sexy à un point que les mots me font défaut pour la décrire.
    « Dommage que tu doives y aller » fait le bobrun en s’approchant tout près de moi, si près que je sens sa présence virile envahir sensuellement mon espace vital et intime.
    Si près, ses pecs collés aux miens, son bassin plaqué contre le mien, sa queue raide pressée contre la mienne. Si près, le blanc de son t-shirt aveuglant mes rétines, la tiédeur de sa peau mate irradiant dans mon corps, la fragrance de son déo de la veille enivrant mes sens, la vision de ses tatouages et de sa chaînette posée sur le coton fin faisant appel à mes fantasmes les plus torrides.
    Si près, sa trique du matin si tentante que l’idée de ne pas en profiter est un véritable supplice.
    Si tentant, écarter un peu le V de son t-shirt blanc et plonger mon nez dedans pour capter le délicieux bouquet de petite odeur tièdes et envoutantes, petites odeurs viriles de jeune mâle qui me mettent presqu’en état d’hypnose.
    « J’ai envie de toi » lâche le bogoss, en chuchotant les mots à mon oreille, ses lèvres et sa barbe virile effleurant mon pavillon et provoquant en moi des frissons inouïs. Définitivement, Jérém sait comment faire vibrer mes cordes les plus sensibles.
    « Moi aussi j’ai envie de toi. Très envie. Mais je dois y aller, j’ai deja plus de deux heures de retard ».
    « Je comprends » fait le bogoss, dont la sensualité m’entoure comme un brouillard épais.
    Je dois y aller, oui, mais je n’en ai vraiment pas envie. Surtout sans savoir quand nous allons nous revoir. Surtout sans avoir eu le temps de parler avec lui, de cette « pause » soudainement devenue « connerie ». Sans avoir eu l’occasion de discuter de l’avenir de notre relation, de comment nous allons affronter les semaines, les mois qui vont venir.
    « Tu vas faire quoi ces jours-ci ? Tu restes à Toulouse ? » je finis par le questionner.
    « Non, je vais partir ».
    « Ah… d’accord… » je lâche, déçu, avant d’ajouter, sur un ton dépité « peut-être que nous nous reverrons en 2002… ».
    Sur ce, je me dirige vers la porte de la chambre, alors qu’une immense solitude et une infinie tristesse envahissent déjà mon esprit. Je le savais. Retrouver Jérém, c’est à chaque fois le perdre à nouveau.
    « Attends, Nico » je l’entends me lancer, alors que sa main puissante saisit mon avant-bras, m’obligeant à m’arrêter net. Un geste qui me rappelle celui par lequel il m’avait retenu sous la halle de Campan le jour où j’étais allé le rejoindre, et que j’avais failli repartir aussitôt.
    Je me retourne vers lui, je croise son regard brun, à la fois doux et sensuel.
    « Et toi, tu as prévu quoi pour les jours à venir ? » il me questionne à son tour.
    « Rien de spécial, je vais rester chez mes parents, réviser pour les partiels ».
    « Et tu vas pas te faire chier ? ».
    « Si, je crois ».
    « Pourquoi tu ne viendrais pas avec moi ? ».
    « Et tu vas où ? ».
    « A Campan ».
    CAMPAN. Six petites lettres qui dégagent pour moi la musique la plus douce, la mélodie la plus émouvante. Je « m’absente » pendant quelques secondes en rêvant au bonheur de Campan, à l’immense joie qui vient de m’envahir en entendant Jérém me faire une telle proposition, tout en me demandant comment je vais encore annoncer ça à mes parents.
    « Alors, tu en dis quoi ? » fait mon bobrun, qui semble s’impatienter.
    « Mais bien sûr que je vais venir ! » je lui lance, en me précipitant pour le serrer dans mes bras et le couvrir de bisous.
    « Tu m’as fait peur » je l’entends lâcher, après avoir poussé un soupir de soulagement.
    « Peur ? » je fais, étonné.
    « Pendant un instant, j’ai cru que tu allais dire non ».
    « Comment veux-tu que je dise non à Campan, avec toi ! » je m’exclame, tout en continuant à le couvrir de bisous.
     « Ourson à moi ! » il me glisse à l’oreille, un petit mot qui me fait vibrer comme peu d’autres.
    « P’tit loup » je lui lance, la voix cassée par les larmes.
    « Allez, il faut y aller, tu dois prendre ton médoc ».
    « Ouais, je vais y aller ».
    « Je vais te ramener ».
    « T’embêtes pas, je vais prendre le bus ».
    « Discute pas » fait le bogoss, en passant sa belle chemise et en faisant disparaître son t-shirt immaculé au fur et à mesure qu’il referme les boutons.
    Une petite minute plus tard, le bogoss est habillé. Il passe à la salle de bain, il enfile son beau blouson en cuir et il est prêt à partir.
    Dans l’ascenseur, je ne peux m’empêcher de l’embrasser à nouveau comme pour le remercier pour tant d’attention et de bonheur. Son sourire à la fois heureux et ému me fait vibrer.
    Lorsque nous sortons de l’hôtel, une surprise nous attend. Une couche de neige s’est posée sur la ville pendant la nuit. Et dans la seconde qui suit, Jérém ne peut renoncer à la tentation d’attraper une poignée de poudreuse sur une voiture et de me la balancer à la tête. Une « déclaration de guerre » à laquelle je riposte avec la même arme.
    Nous nous retrouvons ainsi à nous balancer des boules de neige, comme des gosses, en évitant parfois de justesse les passants que nous croisons. Le rire de Jérém est beau, franc, contagieux. Je crois que je ne l’ai jamais vu si fripouille, si épanoui, si heureux. Au fond de moi, je ressens un bonheur si intense que mes rires deviennent des larmes, des larmes de joie.
    Ce gars je l’aime, je l’aime, je l’aime. Il n’y a qu’avec lui que je suis si heureux. Il n’y a que son bonheur qui me rend si heureux.
    « Tu voudrais partir vers quelle heure ? » je le questionne alors que nous traversons la Garonne par le pont St Michel.
    « Tout de suite ».
    « Quoi ? »
    « Je ne peux rester une minute de plus dans cette ville meurtrie. Ça me fait mal au cœur ».
    « Mais moi je dois en parler à mes parents ».
    « Tu leur annonces, tu prends quelques affaires et tu te casses. Tu es majeur, Nico ».
    « C’est vrai ».
    Jérém a raison. Plus vite je pars, moins j’aurai d’explications à donner. Ça me fait de la peine pour maman qui ne pourra pas profiter de ma présence autant qu’elle l’aurait voulu. Mais vis-à-vis de mon père, je n’ai vraiment pas envie de traîner.
    Jérém trouve une place pour se garer à dix mètres à peine de chez mes parents.
    « Allez, je file. A tout de suite ».
    « Je vais appeler Charlène, et essayer de nous faire inviter à déjeuner » fait-il, avec un petit regard insolent laissant sous-entendre son assurance que sa « maman d’adoption » ne saurait rien lui refuser.
    Nous ne nous embrassons pas, mais le sourire complice que nous nous échangeons a presque le même effet d’un baiser.
    Une minute plus tard, je franchis le seuil de la maison non sans une certaine appréhension.
    La première personne que je croise dans le séjour est papa.
    « A la bonne heure. Tu étais passé où ? T’as dormi où ? » il me questionne sur un ton agressif.
    « J’étais chez un copain ». Ça c’est la première réponse, politiquement correcte, qui m’est venue à l’esprit. Mais ce n’est pas elle que je choisis de livrer à mon paternel.
    « J’étais avec mon copain. Mon petit copain » je lui balance à la figure, comme si j’avais cessé d’avoir peur le lui.
    « C’est encore ce sale gars je parie ».
    « Oui, il s’agit bien de lui ».
    « Tu me fais honte Nicolas ».
    « C’est toi qui me fais honte » je me surprends à lui balancer.
    « Ecoute moi, tu devrais vraiment te faire soigner. Je me suis renseigné, il y a des bons médecins qui peuvent t’aider ».
    « Mais m’aider à quoi, bon sang ? ».
    « A redevenir normal ».
    « Mais je suis normal, et je n’ai jamais été différent de celui que je suis aujourd’hui. A 10 ans, même à 8 ans, je savais déjà que j’étais intéressé par les garçons ».
    « Tais-toi, tais-toi ! ».
    « Tu as une mentalité tellement étriquée. Quand je pense qu’ado, je voulais te ressembler. Mais ça c’est fini, fini ».
    « Tu vas trop loin, Nicolas. Fais attention ! ».
    « Je m’en fiche ! De toute façon, tu ne m’as jamais soutenu. Tu as toujours pensé que je suis nul. Le champion de la famille, c’est Cédric. Moi c’est le looser. Tu me l’as bien fait sentir, depuis toujours, et encore hier soir. Alors, que tu penses que je suis nul, ou que je suis une merde parce que je suis pd, tu vois, je n’en ai plus rien à faire. Je m’en tape, complet. De toute façon, quoique je fasse, tu trouverais toujours le moyen de me rabaisser. Alors, je vis ma vie. Et je renonce à chercher ton approbation ».
    C’est là que je capte du coin de l’œil la présence de maman sur le seuil de la cuisine. Je ne sais pas depuis combien de temps elle là et si elle a tout entendu.
    « Je vais partir quelques jours à Campan, maman » je lui lance, en essayant de me calmer, les larmes aux yeux.
    « Oui, mon chéri, tu seras mieux à Campan ».
    « Je repasserai avant de repartir à Bordeaux ».
    « Ne te sens pas obligé de repasser » fait papa en s’éloignant, en direction de son garage adoré.
    « Je viens voir maman, j’ai le droit ? ».
    « Mais oui tu as le droit. Tout comme moi j’ai le droit de ne plus payer tes études foireuses ».
    « Un seul mot de plus et je pars dormir chez ma sœur, même si c’est Noël, compris ? ».
    « De toute façon, dans cette maison je n’ai que le droit de bosser et de fermer ma gueule ».
    « Tant que t’auras que des mots débiles à proférer, ce sera le cas ».
    « Ça s’est bien passé cette nuit ? » me demande maman lorsque nous sommes seuls.
    « Très bien »
    « Alors ça s’est arrangé avec Jérémie ? ».
    « Et comment ! ».
    « Je suis heureuse pour toi ».
    « Merci maman ».
    « Mais dis-moi, les routes sont praticables pour aller Campan ? Tu devrais appeler la sécurité routière pour savoir si le plateau de Lannemezan est dégagé ».
    « Tu as raison, je vais le faire ».
    « Donne-moi des nouvelles, mon lapin ».

    Une minute plus tard, je retrouve Jérém dans sa voiture. Le bobrun est tout guilleret et ça fait plaisir à voir.
    « Charlène nous attend pour midi, avec Martine, JP et Carine » il me lance, en quittant la place de stationnement.
    « Cool ! » je m’exclame. L’idée de retrouver une partie des cavaliers, et a fortiori ceux avec qui j’ai le plus sympathisé, me réjouit.
    « Alors, ils ont dit quoi tes parents ? ».
    « Maman est heureuse pour moi ».
    « Et ton père me déteste, c’est ça ? ».
    « Je crois que mon père n’aime personne. Je ne sais même pas s’il s’aime lui-même ».
    « Il doit penser que c’est moi qui t’ai abordé et qui t’ai rendu pd ».
    « Il y a un peu de ça. Mais je m’en fiche. Je n’ai même pas envie de le lui expliquer. On ne peut pas parler avec lui ».

    La voiture quitte la ville, puis la rocade. Sur l’autoroute vers Campan, vers le bonheur avec mon Jérém, j’ai l’impression de recommencer à respirer. L’idée de partager les jours à venir avec mon adorable bobrun, de nous retrouver, de faire l’amour avec lui, de discuter m’enchante. Et la perspective de passer des moments en compagnie de gens tolérant et bienveillants, de fêter peut-être le passage à la nouvelle année avec eux, ce sont autant de sources de bonheur.
    Un bonheur parfait ou presque, car entaché par l’accrochage avec mon père. Je n’aurais jamais pensé qu’un jour mon père me lancerait des mots si durs. Tout comme je n’aurais jamais pensé que je me permettrais un jour de lui balancer des mots si blessants.
    Au fond de moi, et même si sur le coup j’ai ressenti un sentiment de soulagement, je regrette déjà certains de mes mots. Parce qu’au fond de moi, je sais que cette dispute est un nouveau grand coup de pelle donné au fossé qui nous sépare depuis longtemps, un fossé désormais transformé en canal infranchissable.
    Je me dis que j’ai été trop loin. Je me dis que maman doit souffrir de ce conflit entre papa et moi. Je voudrais avoir le pouvoir d’apaiser tout ça. Mais je ne vois vraiment pas comment m’y prendre.
    Je n’ai aucune crainte en ce qui concerne le financement de mes études, maman ne lui permettra jamais de me couper les vivres. Ma crainte, c’est plutôt au niveau de leur couple. Jusqu’ici, maman a l’air de tenir tête à papa sans trop lui en vouloir. J’ignore quelles sont leurs relations en mon absence. J’espère juste que maman ne va pas en avoir marre, un jour.
    Cette menace : « Un seul mot de plus et je pars dormir chez ma sœur, même si c’est Noël » m’a surpris, et m’a fait peur. Et si mes parents se séparaient ? Un certain nombre de mes copains de lycée ont vécu cela. Souvent mal. Jérém aussi a vécu cela. Très mal. Il était plus jeune, certes, et ça s’est passé de façon brutale. Mais est ce qu’on est préparé un jour au divorce de ses propres parents ?
    Bien sûr, ça fait un certain temps que je me suis rendu compte que mes parents ne sont plus vraiment amoureux. Il y a de l’affection entre eux et une volonté d’assistance mutuelle, comme énoncé dans le mariage. Et il y avait également de l’estime réciproque. Bref, une « charpente » qui fait tenir pas mal de mariages.
    Mais cette charpente en équilibre précaire c’est moi qui l’ai faite vaciller. Il a fallu que je fasse mon coming out. Oui, je suis amoureux, et c’est souvent quand on est amoureux qu’on est enfin prêts à s’assumer. Mais ai-je été trop imprudent, trop naïf, trop égoïste ?
    En me dévoilant, j’ai fait exploser chez mon père toutes les frustrations accumulées depuis des années à mon égard, et elles se sont cristallisées autour de ma sexualité, un sujet facile à démoniser.
    Au fond de moi, je savais qu’il ne l’aurait pas bien pris. Mais je ne m’attendais pas non plus à qu’il le prenne si mal. J’espère seulement que maman va tenir bon. J’en serais malade si mes parents se séparaient à cause de mon coming out.
    Après cette dispute, je me sens très mal à l’aise avec l’idée de vivre grâce à l’argent de papa, alors qu’il n’approuve ni ma vie ni mes études.
    Soudain, je me souviens avoir vu à Bordeaux qu’une célèbre chaîne de restauration rapide recherche du personnel pour faire chauffer du surgelé et pour transformer des poudres en boissons. Je devrais peut être répondre à cette annonce. Une annonce qui m’a fait rire, car elle parlait de cet endroit en utilisant le mot « restaurant ». Terme qui techniquement n’est pas inexact, faute d’être approprié à ce genre d’endroit.

    « A quoi tu penses ? » me questionne Jérém alors que nous passons le péage de Muret.
    « A la dispute avec mon père ».
    « Il a été mauvais ? ».
    « En gros, il m’a dit que je lui fais honte et qu’il ne veut plus me voir. Je n’aurais jamais dû lui dire ».
    « Tu l’as fait parce que tu en avais besoin. Maintenant c’est fait, tu ne peux plus revenir en arrière. Mais tu n’as plus besoin de sa bénédiction ».
    « Je sais, mais je dépends encore de son argent pour mes études. Je pense que je devrais prendre un job pour ne plus devoir complètement dépendre de lui ».
    « Mais si tu prends un job à côté, tu vas arriver à réussir tes études ? ».
    « Tu y arrives bien avec le rugby et tes études ».
    « J’essaie. Mais nous les sportifs nous avons des cursus aménagés ».
    « Tu ne laisses pas tomber, alors ? ».
    « Non, pas pour l’instant. J’ai des partiels en janvier, je vais voir comment je m’en sors ».
    « Et tu les sens comment ? ».
    « J’ai du retard à rattraper. Je vais devoir travailler un peu cette semaine. J’ai mes cours dans la malle ».
    « Ça tombe bien parce que moi aussi j’ai mes cours avec moi et beaucoup de retard à rattraper. Nous nous motiverons l’un l’autre ».
    « Je veux bien », il fait en me souriant. Et son sourire est beau, lumineux et rassurant comme le soleil qui illumine la route vers le bonheur de Campan.
    « Ah, tant que j’y pense, je vais appeler la sécurité routière pour savoir si l’autoroute est praticable à Lannemezan ».
    « Tu as le numéro ? ».
    « Je l’ai pris avant de partir ».
    « Eh beh » fait le bobrun, l’air impressionné que j’y aie pensé. Merci maman.

    « Alors ? » me questionne Jérém dès que je raccroche.
    « Ils disent que pour l’instant le plateau est dégagé mais qu’il y a un risque neige à tout moment ».
    « Il faut qu’on se dépêche, alors » fait le bogoss en se penchant vers moi pour me faire un bisou.
    « C’est marrant » je l’entends lâcher, après un petit moment de silence.
    « Qu’est ce qui est marrant ? ».
    « En fait, hier soir, quand j’ai reçu ton sms, j’étais moi aussi en train de t’en écrire un, au même moment ».
    « C’est vrai ? ».
    « Enfin, j’essayais depuis un petit moment. Mais je ne savais pas par où commencer. Je crois que je n’osais pas ».
    « Pourquoi tu n’osais pas ? ».
    « Parce que je t’ai fait trop de mal. Et que je ne veux plus t’en faire. Et parce que j’ai l’impression que je finis toujours par te faire du mal ».
    « Mais aussi beaucoup de bien » je lui lance, en glissant mes doigts dans ses beaux cheveux bruns.
    « Je crois que si tu ne m’avais pas envoyé ton message en premier, tu ne serais pas dans cette voiture. Et tu me manquerais à en crever ».
    « Mais tu m’avais dit qu’on se verrait à Noël ».
    « Oui, mais c’était avant que je te demande de faire une pause, et avant tous mes derniers soucis. Je ne sais pas si j’aurais osé revenir vers toi. Je ne veux pas que tu penses que je viens te chercher quand ça va mieux et que je te laisse tomber quand ça va mal. Tu ne peux pas savoir à quel point je suis heureux que tu m’aies envoyé ce message ».
    « Et moi je suis heureux de te l’avoir envoyé ».
    « Je commençais à penser que tu étais passé à autre chose… ».
    « Comment as-tu pu penser une chose pareille ? ».
    « Je t’en ai fait pas mal baver ».
    « C’est vrai, tes silences et la distance que tu as mis entre nous m’ont rendu dingue. Et quand j’ai su que tu couchais avec des nanas, ça m’a rendu fou de jalousie ».
    « Moi aussi été jaloux de toi, tu sais… ».
    « T’as été jaloux de qui ? ».
    « Des mecs que tu aurais pu rencontrer à Bordeaux. Comme je l’ai été de ce fameux Stéphane, ou du mec avec qui tu as failli partir une fois de la boîte de nuit, et avec qui tu étais le soir de mon accident. Ou du mec du On Off avec qui on a fait un plan. Ou de Thib. J’ai toujours pensé qu’ils pourraient finir par te plaire plus que moi ».
    « Pourquoi me plaire plus que toi ? ».
    « Parce que n’importe quel gars aurait davantage à t’offrir que moi ».
    « Plus… de quoi ? ».
    « Plus qu’une vie à se cacher. Plus que des silences, de la distance, des questions ».
    « Personne ne m’offre plus que ce que toi tu m’offres. Le bonheur que je ressens avec toi, aucun autre gars ne me l’a jamais apporté ».
    « Et il est sorti d’où ce mec de la piscine ? ».
    « Un jour d’épreuve du bac, je faisais la sieste sur la pelouse autour de la cathédrale de St Etienne, et son chien m’a réveillé. Le mec est venu s’excuser, on a sympathisé. Il m’a invité prendre un verre chez lui, et on s’est revus. Mais Stéphane a été surtout un vrai pote pour moi ».
    « Tu as gardé contact avec lui ? ».
    « Pas vraiment, il est parti vivre en Suisse ».
    « Mais s’il n’était pas parti, tu le verrais toujours ? Je veux dire, tu serais peut-être avec lui… ».
    « Je ne sais pas, Jérém. Quand j’ai rencontré Stéphane, je ne croyais pas qu’un jour notre relation serait autre chose qu’une succession de baises comme elle l’était au départ. A l’époque, tu ne me laissais aucun espoir. Stéphane est un gars qui assume son homosexualité, il a déjà été en couple, et il correspondait mieux à ce dont j’avais besoin. Mais il était sur le point de partir. De toute façon, rien ne peut prouver que ça aurait marché entre nous.
    Et puis, c’est de toi dont je suis fou, Jérém. Tu sais, le soir où je suis venu te voir à la salle de sport du terrain de rugby, j’avais rendez-vous avec lui. Quand j’ai reçu ton sms, j’ai annulé à la dernière minute, et c’est toi que je suis allé rejoindre ».
    « Et il y a eu d’autres gars ? ».
    « Il y a eu un type que j’ai rencontré au On Off, un soir où on s’était pris la tête. C’était le soir où ta voisine a failli nous gauler dans l’entrée de ton immeuble ».
    « T’as été au On Off ce soir-là ? ».
    « Je ne suis pas rentré, je suis juste passé devant. Ce mec était dehors, il m’a dragué, je l’ai suivi chez lui. Mais c’était une grosse erreur ».
    « Pourquoi ça ? ».
    « Parce que j’étais mal et j’avais besoin de réconfort. Alors que le mec voulait juste tirer son coup. Il m’a foutu à la porte dès qu’il a eu ce qu’il voulait. J’étais pas bien avant, et j’étais encore plus mal après ».
    « Je suis désolé pour ce soir-là, j’ai été vraiment con avec toi. Heureusement que tu as oublié ton portable. Ça m’a donné l’occasion de venir te voir. Je voulais savoir comment tu allais ».
    « Cette semaine-là, quand tu es venu tous les jours me voir à la pause, c’était tellement génial. Pendant cette semaine, j’ai vraiment senti que tu tenais à moi ».
    « Je tenais à toi bien avant, mais c’était dur à admettre. Pendant cette semaine, j’ai voulu rattraper le coup avec toi. Parce que j’avais eu peur de te perdre ».
    « Mais après tu as encore changé radicalement d’attitude, et du jour au lendemain ».
    « Tu sais, je ressentais des trucs pour toi que je n’avais jamais ressentis pour personne. Et ça remuait pas mal des choses en moi. J’ai senti qu’on s’attachait trop l’un à l’autre et j’ai eu peur de souffrir, et de te faire souffrir ».
    « C’est pour ça que tu as arrêté de venir me voir ? ».
    « Oui, à cause de tout ça. Et aussi à cause du coup de fil de Paris. Quand ma nouvelle vie s’est dessinée, je me suis dit que de toute façon, une fois là-bas, tout se terminerait entre nous. Je n’ai jamais cru aux relations à distance ».
    « Et tu m’aurais quitté comme ça, après cette semaine magique, sans un mot ? ».
    « Te revoir aurait été un déchirement, je n’aurais pas supporté de te voir souffrir ou pleurer à cause de moi. Je me suis dit que si je me comportais comme un connard, tu te dégoûterais de moi et tu m’oublierais plus vite ».

    Cette conversation à « cœur ouvert » avec Jérém, sa façon de s’ouvrir à moi « sans filtres » me touche beaucoup. J’ai adoré recevoir enfin la réponse à des questions restées de longs mois en suspens. Ses mots me font du bien, me rassurent quant à ses sentiments pour moi et me montrent sa réelle difficulté à les assumer. Je me rends compte des pas de géant que Jérém a accomplis en si peu de temps. Aujourd’hui, il assume le fait d’être gay. Il assume le fait de m’aimer. Et il assume le fait de me le montrer.
    Ce qu’il n’assume pas, parce que son entourage ne l’y encourage pas du tout, c’est de vivre notre histoire au grand jour.
    Et ce qu’il redoute par-dessus tout, c’est de me faire souffrir.

    L’autoroute défile sous mes yeux, avec ses paysages couverts par une couche de neige que le soleil fait étinceler comme une immense boule à facettes. Chaque pont dépassé, chaque sortie laissée derrière nous m’éloigne un peu plus de Toulouse et de mes soucis familiaux, tout en m’approchant un peu plus du bonheur de Campan, ce bonheur qui m’attend en compagnie de mon Jérém.
    Un bonheur qui sera, hélas, à durée déterminée. Pendant quelques jours, la magie de Noël va nous entourer et nous donner une parfaite illusion du bonheur. Mais qu’adviendra-t-il de nous à la rentrée ? Est-ce que tout va recommencer comme avant ? Le rugby, la distance, les silences, l’attente, les doutes, les sorties de Jérém avec ses potes, ses coucheries avec les nanas, les miennes avec d’autres mecs, les capotes, les MST ?
    Est-ce que ces retrouvailles de Noël vont être une belle parenthèse enchantée comme les premières retrouvailles à Campan ou vont-elles devenir le point de départ d’une nouvelle phase de notre relation ? Dans ce cas, sur quelles bases allons-nous faire repartir notre relation ? Comment allons-nous composer avec l’attente de mon test jusqu’en mars ?
    Nous devons impérativement parler de notre avenir. Tant de questions se bousculent dans ma tête, mais je sais que ce n’est pas le moment de les affronter. Nous aurons le temps et l’occasion pour cela.
    Pour l’instant, je profite du beau soleil de ce matin qui ressemble à une renaissance. Je me laisse transporter par le défilement incessant du paysage sous mes yeux, comme une invitation à aller de l’avant. Et cette main ferme et tiède que mon Jérém pose sur ma cuisse me rassure, me donne tant d’espoir.

    Plus nous avançons vers les Pyrénées, plus le ciel se couvre. Kilomètre après kilomètre, la couche de neige qui recouvre le paysage se fait de plus en plus conséquente. Nous traversons le plateau de Lannemezan de justesse, alors que la neige tombe et commence à prendre sur la chaussée fraîchement dégagée. Je suis touché par la féérie hivernale des bois, avec leurs arbres saupoudrés de neige fraîche qui longent l’autoroute.
    Nous nous apprêtons à quitter l’autoroute, lorsque mon portable émet un son de notification. C’est un message de maman.
    « Profite bien de tes vacances. Oublie ce qui se passe à la maison, ne t’en fais pas, ça va s’arranger ».
    Elle est adorable.
    « Merci maman, je t’adore ».
    « C’est qui ? » me questionne mon bobrun, un brin possessif.
    « C’est maman ».
    Me voilà suffisamment loin de Toulouse et rassuré pour vivre mon bonheur à fond. Nous voilà partis pour un nouveau beau voyage dont la destination est l’endroit exact où j’ai été le plus heureux de ma vie, avec mon Jérém. Je regarde mon bobrun, il me regarde. Il me sourit. Qu’est-ce qu’il est beau et adorable. Je lui fais un bisou rapide.
    Les jours à venir s’annoncent heureux.

    Après avoir quitté l’autoroute à Tournay, l’ambiance de la montagne se fait plus marquée. Nous traversons des villages solitaires, comme endormis, enrobés par la neige. On a l’impression d’être au beau milieu de nulle part, et loin de tout. C’est à la fois beau et mélancolique. Et pourtant, dans ce « milieu de nulle part » je suis bien comme nulle part ailleurs. Parce que j’y suis en compagnie du gars que j’aime.
    La neige ne cesse de tomber, et plus nous avançons vers notre destination, plus la route est encombrée. Les quelques bornes restantes s’étirent, car Jérém est obligé de rouler au pas.
    Malgré ses précautions, je sens la voiture patiner par moments, déraper à l’arrière. Ça nous fait des petites frayeurs, mais aussi beaucoup de rires. Notre complicité retrouvée me met du baume au cœur.
    Malgré la neige insistante, Jérém insiste pour faire une halte à Bagnères et faire quelques courses. Pendant qu’il part au bureau de tabac pour s’acheter des cigarettes, je vais à la pharmacie acheter des capotes et du gel.
    Nous reprenons la route alors que la visibilité est de plus en plus mauvaise et la viabilité de plus en plus difficile à cause de la neige qui s’accumule sur la chaussée. Jérém est obligé de s’arrêter et de monter à la hâte des chaînes neige tirées de la malle de sa voiture. Le bogoss a tout prévu.
    Les chaînes me rassurent, mais il me tarde d’arriver. Il me tarde d’être en sécurité et au chaud dans une maison, et non pas dans une voiture qui pourrait être bloquée par la neige.
    A la vision du premier panneau indiquant la direction de Campan, je suis envahi de souvenirs. Soudain, je sens un frisson géant monter de mon bas ventre et se propager dans tout mon corps, jusqu’à mon esprit.
    Je repense au coup de fil de Jérém après son accident, inespéré. A son invitation à aller le rejoindre à Campan, « je t’attendrai sur la halle ».
    Je repense au jour de mon départ, à ma fébrilité, à ma voiture qui ne veut pas démarrer, à mon pote Julien qui vient à ma rescousse avec sa propre voiture et des câbles. A la route, sous la pluie battante. A mes espoirs, à mes angoisses, à mes questions.
    Je me souviens de l’intense mélancolie que j’avais ressentie en découvrant ce paysage de montagne, les villages aux bâtisses en pierre. De mon excitation à l’approche de Campan. Je me souviens que j’en tremblais.
    Je me souviens d’à quel point j’appréhendais les retrouvailles avec Jérém, autant que je les appelais de tous mes vœux. Et je me souviens que j’étais en retard, et que je me disais, de plus en plus inquiet : « pourvu qu’il soit encore là ».

    « CAMPAN ».

    Lorsque le panneau d’entrée d’agglomération rentre dans mon champ de vision, les six lettres me percutent comme une gifle puissante. Je me souviens que lorsque ce panneau s’était présenté à mes yeux pour la première fois, quatre mois plus tôt, mon cœur avait eu des ratés.
    Et voilà la fameuse halle, avec son toit recouvert d’ardoise et ses piliers en pierre. Je me souviens de mon émotion lorsque je l’ai vue pour la première fois, mon lieu de rendez-vous pour les retrouvailles avec Jérém.
    Et voilà le petit boulevard où je me suis garé ce jour-là. Jérém s’y engouffre pour se garer, « on va faire un coucou à Martine ».
    Je me revois en train de le remonter, ce petit boulevard, de me hâter en direction de la halle en pierre. De me « hâter » comme je le pouvais, alors que j’avais les jambes en coton, le souffle coupé, le cœur dans la gorge, les mains moites, la tête qui tournait.

    La neige continue de tomber, mais à un rythme moins soutenu. Il y en a facilement quinze centimètres partout, et ça a un côté vraiment apaisant.
    Le claquement des portes de la voiture, nos voix, nos rires, le crissement sourd de chacun de nos pas, chaque son est comme atténué par la présence de la poudreuse. Le temps lui-même semble comme ralenti et apaisé par la présence de la neige.
    A l’instant même où nous passons la porte de la superette, Martine nous accueille avec un sourire aussi solaire que bruyant.
    « Ahhhhh, les voilààààààààààà les garçoooooooooooooooooons !!!!!!!!!!!!! ».
    Elle est, à elle toute seule, un comité d’accueil.
    « Salut Martine. Tu vas bien ? » fait Jérém.
    « Ah, on se tutoie encore, monsieur le joueur pro de rugby ? ».
    « Tais-toi et viens faire la bise ».
    Et là, l’adorable cavalière fait le tour de son comptoir et vient nous prendre dans ses bras et nous faire des bises on ne peut plus démonstratives.
    « Ça fait plaisir de vous voir ».
    « Moi aussi je suis content de te voir » je lui réponds.
    « Alors comment tu vas Nico ? Les études, la vie à Bordeaux… ».
    « Eh doucement » fait Jérém, taquin « on vient d’arriver. Laisse-nous souffler un peu. De toute façon tu viens manger chez Charlène, non ? ».
    « Oui, il semblerait que je sois invitée ».
    « Alors on te dira tout à table ».
    « D’accord, je range ma curiosité, mais je la ressortirai tout à l’heure. Je veux tout savoir ».
    « T’as un dessert et une bouteille de vin ? ».
    « Oui, j’ai ça, pourquoi ? ».
    « Pour ce midi ».
    « T’inquiètes, champion, je m’en occupe ».
    « Non, j’insiste » fait Jérém.
    « Allez, du vent. Allez prendre l’apéro chez Charlène. Moi j’arrive, le temps de me débarrasser des derniers clients et de fermer la boutique ».

    « Cette nana est vraiment super » fait Jérém alors que nous regagnons la voiture les mains vides. La neige fait une pause. Mais le village ressemble désormais à un immense gâteau recouvert de crème fouettée.
    Avant de repartir, Jérém appelle Maxime pour annoncer que nous sommes bien arrivés à destination. Je fais la même chose avec maman.
    Nous remontons la petite allée. Le temps que Jérém donne la priorité à une voiture qui roule à trois à l’heure, la halle se dresse fière et massive devant nous.
    Je me souviens de l’instant où j’ai aperçu sa présence dans la pénombre, sa carrure, son attitude de mec. Il était de dos, l’épaule appuyée contre le pilier d’angle du bâtiment, habillé d’un pull gris avec la capuche rabattue sur sa tête. J’ai ressenti le vertige, ma vue s’est brouillée. Je me souviens d’avoir eu envie de faire demi-tour. Et je me souviens avoir entendu de cette voix au fond de moi se lever pour crier :
    « VAS-Y ! ».
    Je me souviens du moment où il s’était brusquement retourné vers moi, alors que j’étais encore à plus de cinq mètres et que le bruit de la pluie couvrait toujours le bruit de mes pas. Comme si je l’avais appelé. Comme s’il avait senti ma présence.
    Je me souviens de sa barbe de quelques jours, de ses cheveux en bataille, des traces des coups de sa bagarre sur son visage, de son beau et doux sourire qui m’a fait craquer.
    Je me souviens du silence entre nous.
    Je me souviens de ses mots : « Tu es très beau ».
    Je me souviens qu’il portait sous son pull le maillot de rugby que je lui avais offert.
    Je me souviens de ses excuses : « Je me suis vraiment comporté comme un con avec toi… ». « Je suis vraiment, vraiment désolé… ».
    Je me souviens avoir pleuré et je me souviens que Jérém m’avait pris dans ses bras.
    Je me souviens de ses aveux : « C’est trop dur de vivre « ce truc » qu’il y a entre nous… toi t’as envie de le vivre à fond, moi ça me fait peur ».
    Je me souviens de ma déception. De mon envie de repartir sur le champ. Je me souviens de sa main qui avait saisi fermement mon avant-bras pour me retenir.
    Et je me souviens d’avoir eu l’éclair mental de lui demander : « Ça veut dire quoi MonNico ? ». « MonNico », un mot que j’avais entendu prononcer pour la première fois par une nana qui avait décroché son portable. C’était mon dernier appel, c’était quelques jours avant son accident.
    Je me souviens que dans un coin de la halle de Campan, pendant que la pluie tombait à seau dehors, Jérém m’avait donné un vrai baiser pour la toute première fois, un baiser à la fois fougueux et presque désespéré.
    « Ça te convient comme réponse ? ». « Tu voulais savoir ce que ça veut dire MonNico… ». « Tu m’as manqué… ».
    Et je me souviens que ce baiser et ces mots m’avaient décidé à rester.
    Je me souviens aussi de la dame qui traversait la halle à ce moment-là et qui nous avait regardés de travers parce qu’elle venait de voir deux gars en train de s’embrasser.
    Et je me souviens que Jérém m’avait donné son pull pour sortir de la halle sous la pluie battante.

    En quittant Campan pour rejoindre le centre équestre de Charlène, nous passons devant l’embranchement pour la petite maison.
    Je me souviens de la route étroite et sinueuse. De l’impression d’être enveloppé par la montagne, une présence qui force le respect.
    Je me souviens de la petite maison au toit en ardoise, posée dans un décor de nuages, de pluie et de brouillard. Du feu dans la cheminée, de l’odeur du feu de bois, de la chaleur accueillante de cette petite maison.
    Je me souviens que dès le seuil de la maison franchi, Jérém m’avait plaqué contre le mur et m’avait embrassé à nouveau, comme affamé, insatiable. Et je me souviens avoir vu dans ses yeux le regard d’un petit gars plein de tendresse et de bonheur.

    « Tu penses à quoi, Nico ? » j’entends à nouveau mon Jérém me questionner, me tirant soudainement de mes souvenirs.
    « A tout le bonheur que tu m’apportes. Et au fait que cet endroit c’est un Paradis sur terre ».
    Le bobrun me sourit et c’est beau à en pleurer.
    A l’approche du centre équestre de Charlène, je ressens une nouvelle vague de souvenirs me submerger.
    La rencontre avec cette grande dame qui a été et qui est toujours une sorte de maman de substitution pour mon Jérém. Charlène qui nous surprend en train de s’embrasser dans un box de chevaux. Jérém qui essaie de nier ce qui vient de se passer. Charlène qui le met à l’aise, lui disant que cela ne changera rien pour elle.
    Et puis ma première balade à cheval, Jérém préoccupé par ma sécurité, au petit soin lors de ma chute ; à la soirée fondue organisée par Martine, à la guitare de Denis, à cette ambiance bon enfant et bonne humeur qui a m’a tant touché. Et je me souviens du coming out de Jérém, un soir, devant ses potes. Certainement, l’une des plus grosses surprises que mon Jérém ne m’aie jamais fait.

    Après avoir garé la voiture devant la réserve de fourrage, et avant même d’aller voir la maîtresse des lieux, Jérém passe direct la porte e l’écurie. Un instant plus tard, il est en train de faire des papouilles à son bobrun de cheval Unico.
    Qu’est-ce que j’aime ce Jérém attachant qui va direct au contact de ces équidés qui sont comme un lien direct avec son enfance, et avec ses grands-parents. J’aime ce côté « terrien » qui ressort lorsqu’il retrouve ses racines.
    En ville, Jérém est un garçon qui aime soigner son apparence, se mettre en valeur. A Campan, il est tout autre. A Campan, il se fiche que son cheval mette du bazar dans son brushing ou que, dans l’élan des câlins, il laisse de la mousse blanche sur son beau blouson en cuir. A Campan, Jérém devient « nature », et ça, je kiffe à mort. A Campan, Jérém sourit souvent, beaucoup plus souvent qu’ailleurs. A Campan, il est heureux. Et ça, ça me rend heureux comme un fou.
    Dans le box d’à côté, « ma » Tequila s’impatiente pour recevoir sa part de câlins. Une tâche à laquelle je m’attèle avec plaisir. Un cheval c’est tout aussi affectueux et démonstratif qu’un chien. Et le contact avec l’animal, d’un naturel sans filtres, qui montre tout ce qu’il ressent, et notamment l’amour, ça fait du bien, et ça apaise.
    « Eh beh, ils ont l’air contents de nous voir » je lance.
    « Ça doit faire au moins deux mois qu’ils n’ont pas été montés. Ils ont envie de sortir. Mais vu la couche qu’il y a dehors, c’est pas d’actu ».
    « Viens » fait Jérém en m’attrapant par la main, en m’attirant contre lui et en m’embrassant doucement « on a encore une visite à faire ».
    Le bobrun se dirige vers le secteur des poneys, il inspecte les box jusqu’à retrouver Bille, la ponette qu’il montait lorsqu’il était enfant. Le petit équidé est contre le mur du fond et, contrairement à Unico et Tequila, ne fait pas le moindre pas vers nous en nous voyant arriver. Jérém l’appelle plusieurs fois, mais Bille n’est pas très coopérative. Un dirait même qu’elle fait la tête.
    « Elle est caractérielle » fait Jérém « elle me fait le coup à chaque fois. Elle fait la gueule parce qu’elle ne me voit pas assez souvent. Elle a peur que je l’abandonne ».
    Je me fais la réflexion que définitivement les animaux ne savent pas faire semblant. Mais aussi que nous avons tous les mêmes peurs, qu’on s’appelle Nico, Jérém, ou Bille.
    Jérém rentre alors dans le box et s’approche d’elle. La vieille ponette se laisse caresser, mais sans être démonstrative. Et le regard doux, enfantin, ému de mon bobrun pendant ces papouilles me touche au plus haut point.
    « Allez, on va voir Charlène » il me lance, en quittant le box.
    Je suis tellement ému que je ne peux m’empêcher de le serrer dans mes bras et de le couvrir de bisous et de tendresse.
    « Allez, on est attendus ».
    En nous dirigeant vers la sortie, nous passons devant le box dans lequel Charlène nous a surpris en train de nous embrasser.
    « Tu te souviens de la tête de Charlène ? » me lance Jérém.
    « Je me souviens surtout de TA tête ».
    « Je n’en menais pas large ».
    « Mais ça s’est bien passé ».
    « Charlène est une nana formidable ».
    Quelques pas plus tard, nous passons devant le box des équipements.
    « Tu te souviens ? » je le questionne à mon tour.
    « Putain, qu’est-ce que c’était bon de s’envoyer là-dedans ! ».
    « Truc de fou, oui… » je confirme.
    « Heureusement qu’on avait fermé à clé ! ».
    « C’est clair… JP et Carine ont débarqué pile au mauvais moment ».

    Charlène nous accueille à son tour avec un élan d’affection qui fait le plus grand bien. Et elle n’est pas seule. JP et Carine sont là, ainsi que Ginette et son mari. Et eux aussi nous gratifient d’un accueil digne du retour du fils prodig(u)e. Je ne me lasserai jamais du côté démonstratif et exubérant des gens d’ici.
    « Il a suffi que je dise à Martine que vous alliez venir, pour que tout le village soit au courant » se marre Charlène « et pour que le gang des retraités débarque illico ».
    « Le gang des retraités t’a bien aidée à préparer la soupe » fait Carine.
    « Et puis le gang des retraités… t’emmerde » fait JP, déconneur. C’est marrant d’entendre ce genre de mot dans la bouche de quelqu’un aussi classe que JP, mais le deuxième degré qu’il met dans cette formule rend sa sortie hilarante.
    « Il y en a d’autres qui veulent vous voir » fait Charlène « j’espère que vous n’avez rien prévu pour demain soir. Parce que c’est soirée fondue au relais ».
    « Le cavalier est un animal qui ne sort pas en balade l’hiver » fait JP, taquin « mais il n’hiberne pas pour autant. Et il n’est jamais le dernier pour un bon gueuleton en compagnie de bons amis ».
    La table est dressée avec le soin des grandes occasions. Le feu est dans la cheminée, accueillant, rassurant. Très vite, il me fait penser à un autre feu, à une autre cheminée que j’ai hâte de retrouver. Je ne suis pas pressé de partir de là, je me sens on ne peut mieux en compagnie de ces êtres adorables. Mais la petite maison est la destination ultime, être dans les bras de Jérém est le bonheur ultime.
    Les apéros sont servis par la main généreuse de JP, et nous nous installons à table en attendant l’arrivée de Martine.
    « Alors, racontez-nous tous les gars » fait Charlène, impatiente de savoir « Comment se passe la vie parisienne ? Et la vie bordelaise ? ».
    Jérém raconte ses débuts parisiens, sans omettre ses difficultés des premières semaines à s’intégrer dans une équipe existante. Il parle du soutien d’Ulysse, son nouveau grand pote, et de sa blessure pendant un match d’entraînement.
    « Rien de sérieux ? » le questionne JP.
    « Non, ça va, mais le médecin m’a mis un arrêt de trois semaines. Et en plus je me suis fait suspendre par le coach ».
    « Mais qu’est-ce que tu as foutu ? ».
    « Je me suis battu avec le con qui m’a blessé pendant le jeu. Je suis sûr qu’il l’a fait exprès ».
    « Et c’est pour cette raison que tu t’es battu ? » le questionne Charlène.
    « Non, je l’ai cogné c’est parce qu’en plus il se foutait de ma gueule. Je ne sais pas ce que je lui ai fait, mais ce type ne peut pas me blairer ».
    « Tu dois être meilleur que lui, ça suffit largement à le rendre mauvais » fait JP, perspicace comme toujours.
    C’est là que Martine débarque, dans un tourbillon de bonne humeur et de rires qui semble flotter en permanence autour d’elle.
    « T’es à l’avance » fait JP, railleur.
    « Mais j’ai un métier, MOI ! » elle se marre « tiens, au lieu de dire des bêtises, sers-moi plutôt un Martini blanc. J’espère que vous m’avez attendue pour commencer l’interrogatoire des deux citadins ».
    « Charlène n’a pas pu attendre ».
    « Rhoooo. Alors, j’ai raté quoi ? Allez, faites-moi un résumé comme au début des épisodes des séries. Précédemment, dans Jérém et Nico… ».
    Jérém résume ce qu’il vient de raconter, puis je me lance dans le récit de ma vie bordelaise, de mes études, de mes partiels à venir. Bien évidemment, il y a des choses que je passe sous silence.
    « Et dans tout ça, vous arrivez à vous voir un peu ? » demande Carine, en touchant un point sensible sans le savoir.
    « Pas autant qu’on aimerait » fait Jérém.
    « Entre les entraînements et les match, tu dois avoir un emploi du temps de fou » fait Ginette.
    « Oui. Et je fais des études aussi ».
    « Des études de quoi ? ».
    « Dans le commerce et le marketing ».
    « Ah, le marketing, ou l’art de faire croire au consommateur qu’il a besoin du produit qu’on veut lui vendre, alors qu’il pourrait parfaitement s’en passer » fait JP, philosophe comme toujours.
    « C’est assez bien résumé » fait Jérém, mort de rire.
    « Avec une gueule comme la tienne et un peu de technique, tu pourrais vendre du sable à des Touaregs » fait Martine.
    « Blagues à part » elle continue « je trouve bien que tu prépares ton avenir pour plus tard. Le rugby c’est bien, et je te souhaite de faire une immense carrière. Mais ça peut aussi s’arrêter brutalement, et c’est bien d’avoir un plan B pour se retourner, au cas où. Alors, même si mener études et carrière sportive en parallèle est difficile, il ne faut rien lâcher. L’important c’est de valider tes partiels, à ton rythme, et de ne pas se décourager, même en cas d’échec ».
    « Du coup vous ne vous voyez pas trop » revient à la charge Carine.
    « Une fois par mois… à peu près » fait Jérém.
    « C’est pas beaucoup » fait Carine.
    « Le week-end, j’ai match, je ne peux pas bouger ».
    « Mais Nico peut venir ».
    « On doit rester prudents » je me lance.
    Je surprends sur moi un regard attendri de Jérém qui semble dire « merci de comprendre », et cela me fait un bien fou.
    « Tu crains que ça si se savait… » fait Ginette en s’adressant à mon bobrun.
    « Ce serait une cata » la coupe JP.
    « Pourquoi ? ».
    « Parce que sur ce sujet il y a encore trop de gens qui sont cons, notamment dans le sport, et surtout « entre mecs »… » fait JP.
    « Mais si tu ne vois pas de nanas, ils vont quand même finir par se poser des questions » considère Carine.
    « Je gère » fait le bogoss « officiellement, j’ai une copine à Bordeaux ».
    « J’adore » fait Martine.
    Je suis content que Jérém ne parle pas de ses coucheries, et je me garde bien de dire le moindre mot sur le fonctionnement compliqué de notre relation, un sujet qui ne concerne que nous deux et à propos duquel nous allons certainement être amenés à discuter dans les jours à venir.
    « Ça doit être difficile d’avoir une vie sentimentale épanouie si on doit faire attention à chaque instant » commente Charlène.
    « C’est un casse-tête, en effet » admet Jérém.
    « Mais votre amour est plus fort que ça, la preuve est que vous êtes à nouveau là, tous les deux ensemble, même après quatre mois de vie parisienne » fait JP, visiblement heureux pour nous « je trinque à ces deux beaux garçons, je leur souhaite que la vie leur apporte le meilleur dans tous les domaines ».

    Le repas de Noël se termine tard dans l’après-midi. Charlène, toujours égale à elle-même, nous propose de rester dîner le soir et de dormir au chaud.
    « Vous irez à la maison demain matin, avec le jour, vous prendrez du bois sec ici pour vous chauffer et vous aurez le temps de faire des courses ».
    Je n’arrive pas à m’habituer à tant de bienveillance et de générosité. A chaque fois, je suis touché au plus haut point.
    Bien évidemment, nous l’aidons à ranger la table et la cuisine, ainsi qu’à nourrir les chevaux. Je retrouve avec plaisir cette douce odeur, mélange de fourrage, de crottin et de cuir qui caractérise l’ambiance d’une écurie. Je retrouve le bruit des sabots, les hennissements, les ébrouements, le glissement du grain dans un seau, le bruit de la fourche qui racle le sol bétonné, celui du foin qui glisse sur lui-même.
    Sans compter le fait que mon Jérém en cotte, même mal coupée, même élimée, est sexy à un point inimaginable. Un côté de la double fermeture zip étant laissé ouvert sur une bonne vingtaine de centimètres, cela laisse mon regard buter sur une belle portion de coton blanc de son t-shirt, ainsi que sur sa chaînette de mec et sur la partie de son tatouage qui remonte le long de son cou. Quant à ce bonnet informe qu’il a sorti de son sac de sport, inutile de préciser qu’il le porte avec un panache remarquable.
    Le voir travailler de bonne haleine, se donner à fond, sans rechigner devant aucune tâche, y compris les plus lourdes, comme dégager du fumier, pour aider Charlène, cela me touche beaucoup. Ça me donne envie de l’aider et de partager ce moment avec lui. Dans un box vide, alors que nous attendons pour remplir des seaux d’eau, nous nous embrassons. Une nouvelle fois, Charlène nous surprend.
    « Oh qu’ils sont beaux mes petits amoureux ! ».
    Jérém s’éloigne immédiatement de mes lèvres.
    « Mais ne faites pas attention à moi, vous pouvez continuer ».
    Jérém sourit et vient poser un dernier bisou rapide sur mes lèvres, avant de récupérer deux seaux et d’aller les poser dans d’autres box.
    « Je suis vraiment heureuse de voir que vous êtes toujours ensemble. Vraiment, vous êtes si beaux, et si heureux, tous les deux. Ça fait plaisir à voir ».
    « Ce n’est pas facile tous les jours ».
    « J’imagine, mais ici vous êtes bien, vous allez pouvoir vous ressourcer, et vous retrouver ».
    « Ici, c’est juste le Paradis ».
    Nous terminons les soins aux animaux alors que la nuit s’installe et que la neige recommence à tomber de plus belle. Nous dînons tous les trois, et je me laisse transporter par la conversation de Jérém et Charlène, un échange évoquant des moments du passé, des balades, les grands parents de Jérém, les derniers potins au sujet de la petite bande.
    Il est tout juste 21h30 lorsque Charlène nous annonce qu’elle va se mettre au chaud dans son lit en compagnie d’un bon livre. Mais avant cela, elle nous installe dans une chambre à l’étage qui avait été jadis la chambre de sa fille.
    La chambre est petite, le lit n’est pas grand, le plafond est bas et mansardé, le placo est très fatigué, la porte à moitié destroy, le papier peint gagnerait à être euthanasié, le ménage mériterait de passer dans une émission télé.
    Mais les draps son propres, et la chambre est chaude. Voilà un nid douillet dans lequel je m’installe avec bonheur en compagnie de mon bobrun.
    Cette nuit, nous faisons l’amour, alors que la neige tombe toujours dehors. Et nous nous faisons une infinité de câlins, de promesses silencieuses.



    Bonjour à toutes et à tous,

     

    voici quelques infos au sujet de Jérém&Nico.

    Prochain épisode "0242 Une année peut en cacher une autre" : sortie 20 novembre. Cet épisode est le dernier de la saison 2.

    Soirée chat le 26 novembre à 21 heures pour échanger avec vous au sujet des développements de la saison 2 et pour évoquer la saison 3 qui démarrera le premier jour du printemps 2021. Détails pour le chat dans le dernier épisode.

    Fabien

     

     

     


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