• 47.3 (Sous) Le t-shirt de Thibault.

       
    C’est inexprimable… une image vague mais insistante… ça donne des frissons bizarres, mais intenses… ça éveille les sens… ça fait se poser la main autour de la queue… ça s’annonce comme un fantasme qui va bien accompagner cette branlette dans le noir, sous les draps, pour appeler le sommeil…
    C’est juste une image qui fait surface, venue d’on ne sait pas trop où… enfin, qui refait surface… car elle s’est déjà présentée à son esprit, parfois… mais elle est aussitôt repartie… et jamais elle n'est venue en même temps que l’envie d’une branlette… jamais elle n’est venue inspirer une branlette… pas avant ce soir…
    Deux potes… c’est peut-être juste cette bière de trop… cette heure tardive qui appelle aux confidences, à la proximité, à un besoin de tendresse qu’on n’a pas vu venir… ou alors juste la curiosité… oui, la curiosité… mais peut-être aussi à cause de cette envie longtemps refoulée…
     
    Suite de la rencontre avec le beau mécano.
     
    « Qu'est-ce qui est arrivé à Jérém ? Il s'est blessé? » je demande direct.
    « Tu l’as eu ? » je l’entends demander pour toute réponse.
    « Non… mais comme il ne répond pas à mes messages, je suis passé à la brasserie... j’ai entendu un serveur en parler... ».
    « C’est l'épaule qui est touchée... » m’explique-t-il.
    « C'est grave ? » je me renseigne.
    « Apparemment il n'y a rien de cassé, c’est douloureux car il a pris un sacré pet’... ».
    « Qu'est-ce qui s’est passé ? ».
    « Le rugby est un sport dangereux… » il plaisante.
    « J’imagine… ».
    « Le match a été très dur... » il reprend sur un ton plus sérieux  « au milieu de la deuxième mi-temps, un joueur de Cugnaux l’a plaqué et Jéjé est mal tombé... ».
    « Toi non plus tu n’as pas l'air en forme... » je relance.
    « Le match a été dur... » il répète.
    « Et comment ça s'est fini, vous avez gagné ? » je m'inquiète.
    « Malheureusement... non… » soupire le beau mécano « malheureusement, non… ».
    « Ah... merde... je croyais que c'était dans la poche... ».
    « Oui, c'était tout à fait dans nos cordes... si Jéjé avait été en forme... ».
    Voilà ce que je craignais... Jérém pas en forme, le match raté… le pire scénario possible… avec en malus, cette blessure…
    Soudainement je repense aux mots que Thibault m’avait glissé à l’oreille juste avant le départ du KL avec Jérém… de ne pas abuser des bonnes choses car le lendemain il avait besoin de son capitaine en pleine forme… sur le coup, cette sympathique complicité m’avait fait sourire… mais là, ça me met terriblement mal à l’aise…
    Heureusement que la fatigue m’a empêché d'aller au match, j'aurais vraiment été super mal à l'aise de le voir mal dans ses baskets… de le voir se blesser… mon pauvre Jérém…
    Pourtant…un instant plus tard je me dis que j’aurais dû être là… bien sûr, ça n’aurait rien empêché… mais je me sens coupable d’avoir passé mon après midi à roupiller et à rêvasser alors que mon beau brun souffrait…
    « Viens, Nico, on va prendre un verre... » me propose le beau mécano.
    Le soleil tape fort en cette fin d’après-midi… Thibault vient de sortir de ce garage où il devait faire très chaud… de grosses gouttes de transpiration perlent sur son front… depuis qu’on discute, le bogoss passe régulièrement les doigts ou bien le revers de la main sur les tempes pour s’essuyer… mais là, débout à discuter en plein soleil, en dépit de ses efforts, la transpiration ne lui donne pas de répit…
    Et c’est là que le beau mécano a ce geste, un geste d’une inconscience qui n’appartient qu’à ce style de mec, le style « nature », qui ne cherche pas à s’exhiber, qui n’a pas d’arrière-pensées… et qui ne mesure pas la portée de certains de ses actes dont il ne se rend d’ailleurs même pas compte…
    Le bogoss a chaud, son front dégouline de sueur… alors, dans l’absolu, le geste est naturel, évident, pratique, instinctif… pourtant… tellement chargé d’images et de fantasmes à mes yeux…
    Tout se passe en un éclair… les doigts se portent sur le bord inférieur du t-shirt… le coude se plie, au même temps que le buste… le coton se soulève, le cou s’incline, le front se pose sur le tissu pour y être épongé… geste naturel, anodin, presque enfantin…
    Ça ne dure qu’un instant, avant que les doigts ne relâchent le tissu, que ce dernier retombe sur le jeans et que le buste se relève, que tout revienne à la normale… mais pendant ce court instant, le temps s’est arrêté pour moi… à partir du moment où je me suis rendu compte des conséquences et des possibilités offertes par son geste, tout s’est passé comme au ralenti…
    Mes yeux ont filmé la courte scène en HD et chaque image est imprimée dans mon disque dur…
    Voilà la scène… le tissu commence à monter, dévoilant dans l’ordre, la partie haute de sa braguette, un joli rebondi derrière la toile, le bouton haut du jeans, presque totalement caché par une belle ceinture noire de mec… les millisecondes s’égrainent et le rideau de coton continue de monter… le spectacle vient juste de commencer… on passe du noir de la bande de cuir à une couleur plus claire… sa peau… et, comme une piqûre dans le ventre, l’apparition d’un alignement de poils régulier, assez large, fourni, des poils qui ont l’air par ailleurs très doux… et ça continue de monter… l’horizon s’ouvre sur le bas du torse du beau mâle… le territoire vallonné de ses abdos commence à se profiler… mon regard rencontre bientôt la dépression de son nombril, moins marquée que celle de mon beau brun, mais non moins érotique à mes yeux… ça remonte encore, et ses abdos se dévoilent presque dans leur intégralité… et là…
    Et là… BAM ! le rideau tombe brusquement… circulez, rien à voir…
    Mais, putain… comment s’arrêter en si bon chemin ? Putain, mec… t’as chaud… ne te gêne pas… ôte carrément ton t-shirt… on est entre potes, oui ou quoi ? Envie de voir en entier ce torse de fou… ces épaules larges, ce cou puissant de petit taureau complètement dénudé… ses tétons diaboliques que j’ai vu pointer derrière le tissu tendu… ALLEZ !!! laisse-moi te voir torse nu intégral… laisse-moi te regarder en train de passer ton t-shirt partout ou la transpiration te gêne… front… aisselles, cou, dos… et je n’ose même pas imaginer ce qui se passe en-dessous de ta ceinture… vas y, éponge partout… et à la fin, on échange nos t-shirts…
    Je deviens dingue… le fait est que ce geste, soulever le t-shirt pour s’essuyer le front, avec cette nonchalance que j’appellerais délictuelle, me fait un effet de fou… de tous les gestes érotiques qu’un garçon peut accomplir sans s’en rendre compte… celui-là, il est dans mon top 3…
    Image à la fois indelebile et si furtive, si fragile… image dont ne reste qu’une delicieuse impression, un souvenir flou mais tellement vif… provocant le bonheur en se le rememorant, et aussi la frustration, une forme de regret de ne pas en avoir profiter plus longtemps sur l’instant, ne pas se l’etre d’avantage « approprieé», s’en etre impregné, abreuvé… ne realiser qu’une fois le geste terminé, la scene terminée combien elle avait ete magique…..soupiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiirs…
    Et merci le soleil… un rayon de trop et voilà les détails anatomiques qui me manquaient pour rendre mon rêve de la veille parfait… pas tous, évidemment… mais c’est déjà pas mal… putain, que c’est déjà pas mal… putain le rugby… quel sport, quel artiste, quel façonneur de physiques de petits dieux vivants, sculpteur d’abdos à s’en rendre dingue…
    « T’as le temps ? » je l’entends de me demander, chose qui me fait penser qu’avant que je parte dans mes délires, le bogoss venait de m’inviter prendre un verre… combien de temps, après que le t-shirt soit retombé, suis-je resté à mater ses joues et son menton légèrement brunis par un duvet qu’on devine bien fourni, même rasés de près… combien de temps me suis-je attardé sur ces deux biceps qui remplissent les manchettes, au point qu'on dirait qu'elles vont exploser dès qu'il plie le bras et que les muscles bandent un peu... et il n'y a pas que ses biceps qui bandent, c'est moi qui te le dis... mec…
    « Ok, je te suis… » je réponds devant le ton empreint de gentillesse et de chaleur de sa voix, même si je suis un peu inquiet pour la conversation qui s'annonce.
    « Il fait trop chaud, ici… » commente-t-il pendant qu’on traverse la rue.
    Si tu savais à quel point, mon Thib, si tu savais à quel point…
    Une fois installés en terrasse et les deux bières commandées, Thibault démarre en trombe.
    « Je ne sais pas ce qui s'est passé, hier après-midi... Jéjé était complètement ailleurs... déjà il est arrivé en retard… ».
    « Ah bon ??? »
    « Oui… tout juste pour le début du match, et ça ne lui ressemble pas... ».
    « C’était à quelle heure, le match ? » je demande.
    « 14 heures… ».
    « Ah, bon... » je laisse à nouveau échapper bêtement, alors que je suis en train de me demander où est-ce qu'il était entre le moment où il est parti avant mon réveil et le début du match… en gros, pendant environ trois heures...
    « D'entrée il était de mauvais poil... » continue le beau mécano « il a tout juste dit bonjour... ensuite, pendant le match, on aurait dit qu’il tournait au ralenti… il a multiplié les erreurs de débutant... très vite l'autre équipe a commencé à marquer… et très vite Jéjé a commencé à s’énerver... au bout de quelques minutes, il était tendu au possible, il était hors de lui... il a été limite insultant avec certains joueurs... on a frôlé la bagarre… je ne l’ai jamais vu jouer aussi mal, et surtout je ne l'ai jamais vu s’énerver de cette façon dans un match... surtout si près de la finale… de tout le championnat il n'a pas fait un écart... et hier on s'est tapé deux mêlées et on a perdu deux fois le ballon à cause de lui... il a même eu droit à un rappel à l’ordre par l’entraîneur… ».
    Pendant que Thibault me raconte tout ça, j’essaie de déchiffrer le comportement de mon bobrun avec les cartes que j’ai en main et qui manquent au beau mécano... si Jérém était si fatigué... c'est que la nuit a été particulièrement intense, certes... je repense à Elodie comptant jusqu'à cinq sur les doigts de sa main... mais si cela explique la fatigue, ça ne dit rien au sujet du fait que, selon Thibault, « d'entrée Jérém était de mauvais poil »…
    Voilà qui est déjà plus inquiétant… Que s'est-il donc passé dans sa tête depuis notre conversation sur l’oreiller, depuis notre câlin au petit matin ? Regrette-t-il ce plan à trois qu'il a pourtant voulu ? Regrette-t-il la tendresse de cette nuit, qu'il a pourtant voulue ? Est-il encore tracassé par le fait d'avoir joué avec sa jalousie tout au long de la soirée ? Est-ce que ce sont les mots de Romain qui ont remué quelque chose de sensible ? Notamment sa dernière bonne provoc’ avant son départ un brin précipité ?
    Quoi qu’il en soit… Jérém était à l’ouest… ça lui a valu une blessure et une défaite… merde, alors...
    « Je ne l'ai jamais vu dans cet état... » continue Thibault « il était maladroit... et surtout… absent… une équipe a besoin de son capitaine… ça n’y paraît pas, mais ça compte… Jérém n’avait pas le moral… l’équipe non plus… on est partis perdants… c’était presque couru d’avance… sans Jéjé aux manettes, on s’est fait laminer...  je ne l'ai jamais vu aussi à côté de ses pompes... même physiquement... on aurait dit qu'il avait perdu tous ses moyens... au bout de quelques minutes il était complètement essoufflé... son maillot était trempé... même s’il n’avait pas été blessé, je doute fort qu’il aurait tenu jusqu’à la fin du match… ».
    « Complètement essoufflé... son maillot était trempé... »… les mots de Thibault me font soudainement penser à sa douleur dans la poitrine après notre dernière galipette… mais qu’est-ce qu’il a mon Jérém ? Juste une grosse fatigue, un gros stress… ou alors quelque chose de plus grave ? Est-ce que je vais oser parler de ça à Thibault ? Lui parler de la-douleur-à-la-poitrine-accusée-par-Jérém-juste-après-notre-dernière-galipette ?
    « Nico... » j'entends le beau mécano s’adresser à moi avec sa voix chaude, m'obligeant à lever mon regard de ses mains puissantes et à le regarder dans les yeux « est-ce qu'il s'est passé quelque chose l'autre nuit ? Vous vous êtes disputés ? ».
    Ça, pour être direct… voilà le genre de question que je redoutais…
    « Non... non... il ne s'est rien passé... » j'arrive à proférer, alors qu'évidemment mon esprit ressasse à vitesse grand V tous les événements de cette soirée, en essayant de trier ce qui a pu troubler Jérém à ce point... évidemment je ne peux pas lui dire que nous n’avons pas assez dormi car il a voulu aller au On Off, qu'il a levé/qu'il s'est fait lever par un beau barbu, qu'on a fini tous les trois à l'appart pour un plan de dingues et qu'on a baisé comme des malades jusqu'au petit matin... je choisis de répondre sans trop en dire :
    « Non, on ne s'est pas disputés... il m'a même demandé de passer la nuit chez lui... mais quand je me suis réveillé hier matin, il était déjà parti... ».
    « Et tu t’es réveillé à quelle heure ? »
    « Un peu avant midi, mais je pense qu’il était parti depuis un moment… ».
    « Qu’est-ce qu’il a foutu entre midi et deux ? Quand l’entraîneur lui a passé un savon parce qu’il était en retard, il a prétexté un problème de voiture… ».
    « Je n’en sais rien… c’est la question que je me pose moi aussi… » je lui réponds.
    « T’es sûr qu’il ne s’est rien passé qui aurait pu le mettre en rogne ? » il revient à la charge, le ton de voix toujours apaisé, pas un mot plus haut que l’autre.
    « Tu sais, Thibault… c’est pas facile avec lui… » je me lâche « entre ce qu’il voudrait être, ce dont il a envie, ce qu’il pense, ce qu’il dit, ce qu’il fait… ses sautes d’humeur… un jour blanc, un jour noir sans que lui-même sache pourquoi… c’est la pagaille… j’essaie de prendre les choses telles qu’elles viennent… parfois il se laisse aller, un peu… et il regrette ensuite… tiens… la nuit dernière il m’a un peu parlé de lui… de sa famille… évidemment je ne lui ai pas dit que certaines choses n’étaient pas nouvelles pour moi… (c’est là que je marque une pause complice en regardant tout droit le beau mécano dans les yeux et en lui montrant un petit sourire, pause pendant laquelle il me balance un clin d’œil tout aussi complice)… il m’a parlé de l’importance du rugby dans sa vie… ».
    « Jéjé s’est construit autour du rugby… » m’explique-t-il « il a besoin de ça… c’est sa façon d’exister, de se sentir vivre… de faire taire ses angoisses… ».
    « Oui, mais il y a plus important que le rugby à ses yeux… » je pense pouvoir affirmer sans me tromper.
    « Je ne suis pas sûr… » fait Thibault « si tu lui enlèves ça, Jéjé est une bombe à retardement… ».
    « Moi je te dis que si… » j’insiste.
    « Je ne vois pas… enfin… c’est vrai que j’ai l’impression que tu prends de plus en plus de place dans sa vie… » je l’entends lâcher, phrase qui arrive à mon cerveau en provoquant un bonheur certain.
    « Je parle de ton amitié, Thibault… » je continue sur ma lancée, en essayant de ne pas me laisser émoustiller par les mots du beau mécano « quand je l’entends parler de toi, j’ai l’impression, la certitude même, que Jérém n’a rien de plus cher au monde… et l’autre soir il m’a fait comprendre à quel point tu es important pour lui… depuis longtemps… à quel point il a besoin de toi… Jérém a une telle estime pour toi, un truc de fou… bien sûr… je le comprends… tu es un mec tellement chouette… il a de la chance de t’avoir… ».
    Voir un garçon comme Thibault m’écouter attentivement et apprendre de mes propres lèvres une info plaisante à ses oreilles est une expérience grisante… mais voir un garçon comme Thibault, si solide, si bien dans ses baskets, se laisser rattraper par l’émotion est une expérience touchante, émouvante. Ainsi, lorsque le regard du beau mécano s’emplit de tendresse et qu’un sourire pudique vient essayer de contenir un trouble pourtant manifeste, je le trouve attendrissant… cette belle bête toute en muscles rattrapée par l’émotion… si c’est pas une image d’une beauté surnaturelle…
    Je me trouve là devant un Thibault mis à nu sur ce qu’il a de plus intime. Son amitié avec mon bobrun. Avec son Jéjé. C’est là que je me dis qu’au fond, derrière son image de mec solide, derrière son caractère apaisé, inébranlable… Thibault n’en demeure pas moi un adorable choupinou de 19 ans, un garçon excessivement sensible et avec des besoins affectifs, comme tout le monde…
    Et pendant que je le regarde lutter contre l’émotion, je vois apparaître en filigrane dans son regard, cet enfant qui pleure et qui est quelque part en chacun de nous, sans exception, et à tout âge… je sais qu’il pleure parce que son pote lui manque… parce qu’il s’inquiète pour lui… pour l’avenir, pour son départ…
    J’ai soudainement très envie de le serrer très fort contre moi… envie de le câliner, le prendre dans les bras, lui donner de la tendresse, le rassurer… une envie qui va même au-delà de la sensualité furieuse qu’il m’inspire… oui, Thibault… toi, de tout temps si protecteur, rassurant… toi aussi tu mériterait de connaître cela, pouvoir t’abandonner, te laisser aller, te sentir protégé, réconforté… tu es tout le temps en train de veiller sur ton pote, tout le temps en train de faire attention aux personnes autour de toi…  dans l’intimité, tu dois être un garçon à qui il fait bon s’abandonner… rassurer… c’est le rôle du mec, ça… bien sûr, on ne peut jamais présager des équilibres dans l’intimité d’un couple… parfois l’élément « fort » n’est pas celui qu’on croit… en tout cas, rassurer c’est très souvent le rôle d’un mec comme toi, Thibault… un mec qui prend tout le monde dans tes bras, que ce soit au sens propre, ou au sens figuré…
    Mais toi, beau Thibault… qui te prend, toi, dans les siens ? Qui te fait un vrai câlin, celui que tu mérites, quand vraiment tu en as besoin ? »… tu es tellement touchant… si j’osais, je passerais mes mains autour des tiennes comme tu l’as fait la dernière fois, pour me réconforter… mais je n’ose pas…
    « On aurait dit que quelque chose le tracassait... » relance le beau mécano comme pour se secouer de cette émotion et reprendre le dessus.
    « On a parlé aussi de mes études à Bordeaux… » je lance, la voix encore marquée par l’émotion.
    « Tu sais, Nico… toi aussi tu es important pour lui… il ne veut pas l’admettre, mais c’est bien le cas… et moi je le sais, je le sens… ».
    « Je ne sais pas… je ne sais pas… » je bégaie, ému à mon tour. Je n’ai pas envie de chialer une fois de plus devant cet adorable Thibault qui s’est lui aussi retenu de justesse, alors je tente de changer de sujet.
    « Et le championnat ? » je lance, tout en attendant la réponse à ma question avec une certaine inquiétude.
    « Si on avait gagné hier, on serait arrivés peinards dimanche prochain face à Colomiers... maintenant, il nous faut impérativement gagner dimanche prochain, sinon c'est foutu… ».
    « Il pourra jouer ? » je m’inquiète.
    « On en sait rien, il faut voir comment son épaule évolue dans la semaine... ».
    « Et s’il ne peut pas ? »
    « Pas cool… sans lui, ça va être plus compliqué... ».
    « Merde… ».
    « C’est la vie, c’est le sport… c’est comme dans Forrest Gump… » fait le beau mécano.
    « La vie est comme une boite de chocolats… »
    « Et le rugby c’est pas mieux… »
    « Oui mais ce serait dommage… ».
    « Ça c’est sûr… tous ces efforts pour rater le dernier coche... surtout que déjà l’an dernier on est passés si près du but… Jéjé était tellement déçu il y a un an… on y avait cru jusqu’à la dernière minute… perdre en finale pour une poignée de points… ça fait mal… alors, depuis la rentrée, il s'est donné comme jamais... tout le monde s’est donné à fond… mais Jéjé a mouillé le maillot plus que son dû... il était tellement heureux d'y arriver enfin... qu'on y arrive tous ensemble... si ça foire... il va péter un câble... je le sens... ».
    « J’espère vraiment qu’il va être en forme pour dimanche prochain… ».
    « J'ai passé la soirée avec lui aux Urgences à Purpan... apparemment ce n'est rien qui ne se soigne pas avec un anti-inflammatoire, un analgésique et une bonne dose de repos... ».
    « Il n’a pas eu des douleurs à la poitrine ? » je demande à brûle-pourpoint. Il fallait que ça sorte à un moment ou à un autre.
    « Si… si… mais comment tu sais ça ? ».
    « La nuit dernière il a eu mal aussi… après la dernière… je veux dire… le dernier… enfin… » voilà comment je me lance dans un pétrin sans nom.
    « Le dernier câlin ? Ce qui laisse imaginer qu’il y en a eu plusieurs… et voilà qui explique pas mal de choses… » fait-il avec un beau sourire dans lequel il me semble déceler une petite étincelle coquine.
    « Oui… » je réponds, gêné, limite honteux.
    « Nico, il ne faut pas avoir peur des mots… t’as pas à avoir honte… vous vous faites du bien, et il n’y a aucun mal à ça… ».
    « Je sais… » je fais, à la fois rassuré sur le fond mais gêné à cause de ma bêtise.
    « Quel petit con, quand même ! » s’exclame Thibault sans transition « il m’a juré que c’était la première fois que ça lui arrivait ! ».
    « Il en a parlé aux urgences ? » je demande.
    « T’imagine bien qu’il ne voulait rien dire… j’ai dû commencer à en parler à sa place pour qu’il se décide à se mettre à table… à force, il lui ont fait passer un électrocardiogramme… résultat des courses… le médecin  a décrété qu’il a rarement vu un cœur en aussi bonne forme, aussi musclé et bien rythmé… on a perdu une heure de plus, mais il fallait en avoir le cœur net… ».
    « Ah… c’est clair… je suis rassuré… la nuit dernière je me suis inquiété aussi… je voulais l’amener aux urgences, car il avait l’air d’avoir vraiment mal… mais moi… moi il ne m’écoute pas… ».
    « C’est pas un mec facile, le Jéjé… il a un sacré caractère… » plaisante le beau mécano.
    « Ça, je ne te le fais pas dire… » je lui confirme du tac au tac, avant de lui lancer « mais toi au moins tu arrives à le raisonner… ».
    « C’est que je ne lui laisse pas le choix ! » plaisante-t-il, adorable, et il continue, sur le même ton « si tu savais, Nico… le dresser a été un travail de longue haleine… et encore… il n’en fait souvent qu’à sa tête… je me bats tout le temps avec… ».
    « J’imagine.. j’imagine… » je lui fais en écho, amusé.
    « Le médecin lui a juste dit de se ménager… » explique-t-il « car il a quand même fini par remarquer que si Jéjé avait une petite forme, c’était probablement à cause d’un manque de sommeil… il lui a carrément balancé qu’il ne fallait pas faire la nouba jusqu’à pas d’heures une veille de match… parce que c’est ça qui est arrivé, n’est-ce pas Nico ? ».
    « Un peu… » je tente de rigoler, démasqué.
    « Enfin, moi aussi je suis rassuré… » fait-il « si sa petite forme n’était due qu’à un excès de bonnes choses… ce n’est pas bien grave… ».
    « J’aurais dû rentrer chez moi… ». Sans transition, le Nico passe en mode auto-flagellation.
    « Je suis sûr qu’il avait besoin de toi hier soir… » réagit Thibault, rassurant « je pense qu’il a été très surpris de te voir prendre la direction de la sortie au KL avec ce mec… ».
    « Il ne me calculait pas… je me suis dit qu’il allait encore se taper… un… » je tente de m’expliquer en remplaçant de justesse ‘plan à 4’ par « …une nana… j’avais pas envie de le regarder partir de son côté… et puis c’est ce mec qui est venu me voir… je ne m’y attendais pas… et… ».
    « T’as pas à te justifier, Nico… » il me coupe, rassurant « t’as fait ce qui te semblait juste… et en plus… t’as vu comment il a rappliqué ? ».
    « Oui… ».
    « Il tient à toi, c’est sûr… il peut se comporter comme un con, mais il tient à toi… je pense qu’il aurait été très malheureux si tu étais parti avec l’autre mec… ».
    « Ouais… mais je pense vraiment que, une fois en ville, j’aurais dû repartir chez moi… » j’insiste.
    « Tu plaisantes, j’espère… quoiqu’il se soit passé cette nuit, il l’a voulu, autant que tu l’as voulu… et tu n’y es pour rien… un accident est un accident… et puis ça lui est déjà arrivé de foirer un match parce qu’il a trop donné de sa personne la nuit d’avant… si tu vois ce que je veux dire… » rigole le beau mécano qui n’a pas son pareil pour rassurer, dédramatiser, relativiser, soigner l’angoisse, pardonner chez l’autre, donner envie de faire la paix avec soi-même et faire mieux la prochaine fois.
    « Il a dû être très déçu de ne pas pouvoir finir le match… » je relance.
    « Oui... il était très déçu... c'est le moral qui a pris le plus gros coup, plus que l'épaule... surtout quand l’entraîneur l’a obligé à sortir… Jéjé ne voulait pas… là encore il s’est énervé grave… j’ai eu peur qu’ils en viennent aux mains… mais l’entraîneur a bien fait d’insister… ça aurait pu être plus grave… ».
    Ça me rend triste de savoir Jérém et Thibault dans la merde vis à vis du championnat... après tous leurs efforts... je tente d’imaginer l’ampleur des séquelles laissées par le passage de cette nuit sur mon beau brun… j’imagine qu’elle a dû avoir l’effet d’un rouleau compresseur... sur son corps, dans sa tête... ce n’est vraiment pas le genre de nuit qu'il faut la veille d’un match décisif... si seulement j'avais su me tenir à carreau... ne pas flirter avec Martin... ne pas le provoquer… on serait rentré ensemble... ou pas... mais la nuit aurait été bien plus calme pour lui... physiquement autant que mentalement… son corps se serait reposé et son esprit n'aurait pas connu tant de sollicitations troublantes... et le match se serait mieux passé…
    Je ressens un malaise grandissant devant cet adorable Thibault... un Thibault qui ne me demande pas de comptes, un Thibault qui se veut rassurant comme à son habitude, mais un Thibault qui dégage quand même une certaine inquiétude au sujet de son pote, une inquiétude qui résonne en moi...
    Je n'ose à nouveau plus le regarder dans les yeux, je fuis son regard... j’ai l’impression que je ne lui ai pas tout dit… l’impression de lui mentir… même si ce n’est que par omission, et que mes omissions relèvent d’une intimité avec mon beau brun qu’il serait certainement malvenu de partager, même avec lui…
    Oui, je ne lui mens que par omission et déjà je me sens très mal à l’aise… je me fais la réflexion que c'est dur de mentir à un garçon aussi exceptionnel que Thibault... car dès qu’on le connaît un peu, on a envie de mériter sa confiance… mieux que ça, on en a réellement besoin… Thibault est le genre de mec qui, rien qu’avec un regard, rien qu’avec sa présence, donne envie de marcher droit, dans son sillage…
    C’est dur de lui cacher des choses, mais je devine que ce serait encore plus dur de voir la déception dans son regard… car c’est sans doute de la déception qu’il ressentirait si jamais il savait pourquoi son pote n’était pas en forme… s’il pouvait apprécier le rôle de mon comportement dans la séquence d’événements de la nuit dernière qui ont amené à un Jérém HS sur le terrain de jeu…
    J’ai l’impression que décevoir un gars comme Thibault, serait dur, dur c'est comme se décevoir soi-même...
    Soudainement, je me mets à la place de Jérém pendant le match, lorsqu’il s’est rendu compte qu’il n’était pas en état de mener le jeu… Jérém croisant le regard de Thibault pendant les adversités du match, à cause de son insuffisance physique... lui aussi, et plus encore que moi, a dû craindre de lire la déception dans le regard de son meilleur pote... je n'ose imaginer le bordel dans sa tête… le malaise vis-à-vis de son équipe qui compte sur lui et qu’il va décevoir… mais surtout le malaise vis-à-vis de Thibault, l'ami le plus proche, dont l'estime lui est indispensable…
    Oui, décevoir un gars comme Thibault, doit être dur, comme se décevoir soi-même... mais décevoir un pote comme Thibault, ça doit être carrément insupportable...
    « T'en fais pas… » tente de me rassurer le beau mécano, en laissant un sourire charmant illuminer son visage et faire vibrer nombre de cordes sensibles en moi « Jéjé est comme ça... quand le vent tourne, il démarre vite... mais il est aussi capable d'incroyables sursauts pour obtenir ce qui lui tient à cœur... ».
    Pendant qu’il parle, je le regarde, hypnotisé par son sourire… qu’est-ce qu’il est sexy, ce mec… sexy, rayonnant de sensualité… une sensualité bien à lui, une sensualité frappante, puissante, mais si différente de celle de mon Jérém…
    Jérém est un magnifique animal sauvage, au physique d’une beauté aveuglante, brûlante évoquant une sexualité torride, débridée... Thibault possède un autre genre de physique, un physique dont le charme résulte d’un mélange subtil entre puissance, assurance et douceur… un style si différent de celui "je suis bogoss, je le sais, je me la pète" de mon bobrun… Thibault fait très naturel, gentil, doux, « calinable » et « baisable »… on se dit que l’amour avec lui ce serait doux, tendre mais sensuellement puissant, sûrement très intense… Thibault fait garçon sage… mais on aime imaginer, tapi derrière sa sagesse, un potentiel de sensualité peut-être encore inexploré… bref, on est conquis par son côté gentil garçon… mais en même temps on a envie de déclencher chez lui toute la fougue qu'il semble retenir derrière son air de genre parfait… on voudrait le voir se lâcher... assister au spectacle sans prix de la découverte de plaisirs inconnus…
    Putain, je m’égare… me voilà hors-sujet…
    Thibault, Jérém, deux potes, si proches, si différents…Thibault attachant, Jérém plus distant… Thibault réfléchi, Jérém impulsif… Thibault doux, Jérém cassant… Thibault posé, rassurant, Jérém constamment en mouvement, imprévisible… Jérém meneur fougueux, Thibault tout en équilibre, en retenue et sagesse.
    Tant d’années plus tard, me promenant dans une fête d’été en ville, je me trouve si souvent confronté à des gifles visuelles et olfactives de bogoss croisés ici et là, à en avoir le tournis… dans nombre d’entre eux, je retrouve un côté petit con à la Jérém… mais il est beaucoup plus rare de croiser un charme viril à la Thibault… car le « Thibault » est un animal plus rare, plus discret que le petit con à la Jérém… surtout à l’âge de 19 ans…
    « Là il est un peu abattu… » j’entends le beau mécano continuer « mais je suis sûr qu'il va vite se remettre en état de marche et que dimanche prochain il va tout déchirer... on va tout déchirer... ».
    Pendant que je jongle entre mes réflexions, le son doux et chaud de sa voix, ses mots que je bois comme du petit lait, j’ai tout juste remarqué que la sonnerie de son portable a commencé à retentir.
    Tout en terminant sa phrase, le beau mécano extrait l’appareil de la poche de son jeans et, après avoir consulté l’écran, il me lance :
    « Désolé, il faut que je réponde… c’est important… ».
    J’essaie de le mettre à l’aise en lui adressant un petit sourire.
    « Allo ? » fait-il en décrochant. Le ton est ferme, chaud, assuré, gentil, adorable. Ça donne envie de l’appeler.
    Un « âllo » suivi de près d’un certain nombre de réponses et d’interrogations, de courts échanges dont je n’entends pas les répliques, une conversation dont je ne comprendrai les tenants et aboutissants qu’une fois la communication terminée, tout en découvrant quelque chose de fondamental au sujet du beau mécano.
    « Je viens de sortir du taf… ».
    « Je suis à proximité de la Gare Matabiau… ».
    « Avec les bus, je peux y être dans dix minutes ».
    « Qu’est-ce qui se passe ? ».
    « Où ça? ».
    « Dans un immeuble ? ».
    « Ok, ok, j'arrive… à tout… ».
    « Désolé, Nico » fait-il en raccrochant et en se levant au même temps ; il n’a pas terminé sa bière, mais il n’a pas oublié de glisser deux pièces de dix francs sur la table ; il a l’air soudainement très pressé « il me faut y aller… ».
    « Rien de grave ? » je l’interroge, sans encore comprendre ce qui se passe.
    « Non… enfin… je ne sais pas trop… il y a un feu dans un immeuble vers chez toi... avenue de Muret… je dois me rendre à la caserne au plus vite… ».
    Soudainement ça fait tilt dans ma petite tête engourdie.
    « Mais tu es pompier... ? » je finis par laisser échapper bêtement.
    « Je suis juste volontaire, depuis deux ans… ».
    « Ah, oui… je ne savais pas… »… de plus en plus bête, Nico…
    « Je dois y aller, Nico… » il coupe court « on se recapte un de ces quatre si tu veux, je te tiens au courant pour Jéjé… et t’en fais pas, ça va aller… ».
    « Ok, bon courage… ».
    Venir à la rencontre de celui qui était jusque là le meilleur pote de mon Jérém, un beau mécano… échanger la bise, comme des potes… sentir sa main qui se pose sur mon bras pour empêcher de me vautrer sur le goudron… voilà une expérience magique…
    Mais me séparer de celui qui sera désormais et avant tout à mes yeux un jeune pompier volontaire… nous quitter en me laissant serrer brièvement dans ses bras et en nous claquant la bise à nouveau mais de façon plus pressée, en sachant qu’il part en mission… voilà que ça me donne carrément des frissons indicibles…
    Thibault jeune pompier volontaire… et voilà un truc qui m'avait échappé… un truc dont je suis étonné de ne pas en avoir entendu parler plus tôt… bien sûr, je ne le connais pas depuis longtemps… mais je trouve bizarre que ni lui ni Jérém ne m’en aient jamais parlé… en même temps… entre la discrétion de Thibault qui n’est pas du tout le genre de mec à se faire mousser pour quelque chose qu’il fait en plein esprit civique… et un Jérém avec qui, après des mois de baise pure, je commence tout juste à avoir des conversations… pas étonnant que ce genre d’info ne me soit pas parvenue plus tôt…
    Putain… Thibault… pompier… ça en jette grave… en même temps… ça ne m’étonne pas de lui… ça lui ressemble tellement… pompier… c’est tellement Thibault, ça…
    Je regarde ce physique de bogoss s’éloigner, soudainement animé par un empressement qui est pur dévouement à une noble cause… mon regard se pose une fois encore sur ces putains de biceps qui non seulement remplissent bien ces manchettes bicolores… mais qui semblent carrément en forcer le coton au moindre mouvement musculaire…
    Oui, je mate ce beau physique en me disant que désormais je le regarderai autrement… car à chaque fois que je verrai apparaître ses bras, son torse… je ne verrai plus seulement le bogoss, charmant, gentil et bienveillant au possible… le meilleur pote de mon Jérém… ou encore… un rugbyman scandaleusement sexy... ni seulement un mécano consciencieux passant sa journée les mains dans le cambouis...
    Désormais, lorsque je croiserai son regard, je me dirai que parfois ce même regard a dû voir des choses difficiles à affronter… qu’il a vu la souffrance… et que ses bras, ses jambes, et certainement ses mots, sa voix rassurante, ont contribué à la soigner…
    Oui, « pompier » éveille en moi une estime et une admiration sans limites… pompier est un mec qui peut être appelé à devenir un héros... pompier est un mec qui peut sauver des vies... parfois au péril de la sienne…
    Bien sûr, l’estime avant tout… et si en plus on parle du côté charme… il faut admettre que « pompier » ça en rajoute grave… je n’ose même pas l'imaginer dans son uniforme de service… cet élément si spécial, part intégrante du fantasme : l’uniforme, symbole de l’autorité, de la soumission à l’autorité… et de vestiaires communs…
    Oui, c'est à partir de ce moment-là que Thibault à été propulsé à mes yeux dans une nouvelle dimension... une dimension où il m’apparaît désormais comme étant un être supérieur… soudainement, son amitié me devient indispensable… on a forcément envie d’être pote avec un mec pareil… même si devant tant de noblesse d’esprit… on se dit que cette amitié, il faudra la mériter… et c’est peut-être là qu’est la plus grande valeur d’un garçon comme Thibault… un mec comme ça, aussi pur, aussi droit, ça donne envie d’être meilleurs.
    Je le regarde partir d’un pas soutenu… et à un moment, partir carrément au pas de course… je le regarde jusqu’à ce qu’il disparaisse de mon champ de vision… je le regarde en me disant que ce mec est un ange tombé du ciel, par erreur…
    Quand je pense que je n’ai même pas pensé à le féliciter…
    Soudainement mes petits tracas sentimentaux prennent une autre proportion, je relativise. Mais ça ne dure qu’un temps… hélas, lorsque sa présence rassurante s'éloigne... lorsque je regarde l’écran de mon portable immuablement vide… mes petits soucis reviennent au galop… l'angoisse me happe à nouveau... je sais que l’accident de Jérém… ça va me tomber sur le coin de la gueule...
    Après ce que je viens d’apprendre, je sais que je n’oserais pas aller le voir. Je n’ai pas demandé l’avis de Thibault à ce sujet, je n’ai pas eu le temps, je n’ai pas osé.
    De toute manière, son silence après mon sms semble assez explicite… « fiche-moi la paix ! »… j’ai l’impression de l’entendre d’ici…
    Demain je m'envole pour Londres et cette angoisse risque fort de gâcher le plaisir de ce concert tant attendu... comment je vais retrouver Jérém à mon retour ? Est ce que je vais seulement le revoir ? Quand ?
    Tout part en vrille… je pense que Jérém doit m’en vouloir pour cette défaite, pour sa blessure... et si jamais dimanche prochain il n'est pas en état d'assurer le jeu... que son équipe gagne sans lui ou, pire, qu'elle perde sans lui, il va me détester…
    Mais quoi faire ? Ce qui est fait, est fait… et, comme le dit le jeune pompier, « ce qui s’est passé la nuit dernière, Jérém l’a voulu autant que moi »… je repense au concert… mon esprit est déjà dans l’avion… heureusement qu’Elodie sera du voyage… on va bien se marrer ensemble… sa présence me rassure… c’est la première fois que je prends l’avion, que je pars dans une très grande ville à l’étranger…on va passer trois jours ensemble, trois jours de dingue… et les soucis de Toulouse, je vais essayer de les laisser à Toulouse…
     
    Allongé seul dans son lit, les draps propres sur sa peau fraîche tout juste douchée, il attend le sommeil.
    Son corps est fatigué, il sent qu’il ne va pas tarder à venir. Il repense à sa journée. Au boulot ça s’est bien passé… une journée bien remplie mais ça a bien avancé… ça se passe bien tout le temps… il faut dire que son métier, il l’aime, il ne se verrait pas faire autre chose. Il y a bonne ambiance au taf, les gars sont sympa. Il repense à la déconnade avec ses collègues à la pause de midi et il en rigole tout seul, dans le noir.
    Oui, au taf l’ambiance est bonne.. et lui, pour sa part, il fait tout ce qu’il peut pour qu’elle le reste. Il fait tout ce qu’il peut pour rendre service. Pour désamorcer les tensions. Pour que tout se passe bien. Toujours prêt à donner un coup de main, ou juste un conseil quand on lui demande, et avec le sourire en prime.
    Depuis un an qu’il est embauché, il sait qu’il a beaucoup appris… il sait que le patron l’apprécie beaucoup, et il lui a déjà parlé à mi-mots d’un poste de responsable d’atelier à pourvoir sous peu dans le deuxième garage qui va bientôt ouvrir à Balma. Une belle promotion. Il sait que c’est un gros challenge, qu’il a encore des choses à apprendre, et il se donne à fond.
    L’intervention route de Muret aussi s’est bien passée. Plus de peur que de mal. Juste un feu de poubelles. Encore des mômes désœuvrés. Leurs parents n’ont pas dû avoir l’idée ou les moyens de les initier au rugby ou au foot, c’est dommage… taper dans un ballon avec ses potes évite souvent de faire des conneries avec ses potes… c’est dommage que tout le monde n’ait pas la même chance dans la vie…
    Oui, plus de peur que de mal, mais il vaut mieux ça… bien sûr, c’est con et coupable de faire déplacer des pompiers pour des bêtises de mômes… mais il vaut encore mieux ça que de devoir se rendre sur un accident de la route et passer des heures en essayant de désincarcérer un corps inanimé dont on ne connaît pas la gravité des blessures… car cela lui est arrivé, lors de l’une de ses toutes premières missions… il n’a pas oublié cette sensation d’impuissance, cette leçon d’humilité qu’on se prend en pleine gueule, cette angoisse qui guette face à une vie en danger… surtout lorsqu’on a tout juste 18 ans.
    Il a toujours voulu être pompier. Rendre service est dans ses gènes. Aider et soulager, sa devise. Et ce soir il est fatigué, mais il se sent bien.
    Entre le taf et l’intervention, il y a eu une rencontre intéressante, qu’il regrette d’avoir dû interrompre un peu brusquement. La conversation avec Nico a été enrichissante. Car, depuis, il a désormais en main un début d’explication pour la mauvaise performance et l’état physique de son pote lors du match de la veille… il est rassuré, du moins de ce côté-là…
    Et puis il y a eu ces mots de Nico qui l’ont touché, vraiment touché… comme quoi Jérém ressentirait pour lui une estime et une amitié sans limites… il ne sait pas pourquoi les mots de Nico l’ont autant touché… il le sait depuis longtemps que l’amitié qui le lie à son pote de toujours est profonde, sincère, irremplaçable, et il sait aussi qu’elle l’est dans les deux sens… car, même si Jérém n’a jamais été trop bavard à ce sujet, préférant se retrancher pudiquement derrière des non-dits typiques des mecs de leur âge, il l’avait bien ressenti, à bien des occasions… dans leur complicité, leur entente, leur confiance réciproque…
    Oui, ça fait longtemps qu’il sait qu’il a une place importante dans la vie de son Jéjé… mais entre ressentir les choses et les entendre, même si elles sont rapportées… il y a juste un surplus d’émotion qu’il a failli ne pas arriver à contenir… il sait que le petit Nico a été sincère… lui, si proche de la source de l’info, il sait qu’il peut lui faire confiance…
    Ce sacré Nico… envie de le connaître un peu mieux, envie de comprendre qui est ce garçon qui a chamboulé la vie de son pote, ce sacré bonhomme qui a l’air sincèrement amoureux de son Jéjé... envie de se rapprocher de Nico… et non pas pour avoir de lui les réponses qu’il n’a pas de son pote, mais juste pour garder un œil bienveillant sur lui…
    Car s’il est rassuré sur la forme physique de Jérém, à ses yeux d’autres inquiétudes demeurent, notamment dans le fait qu’un malaise, des non-dits, des malentendus s’installent entre eux justement à cause de la relation avec Nico…
    Il repense à l’état de Jérém en arrivant dans les vestiaires tout juste avant le match… son regard fuyant… gêné, honteux… est-ce que Nico lui a vraiment tout dit ? Par ailleurs… est-ce que vraiment il aurait pu lui en dire plus ? Bien sûr, il le sait… les histoires sur l’oreiller, ça ne le regarde pas…
    Pourtant… très dur de se sentir tenu à l’écart… et encore plus dur de sentir les non-dits, de plus en plus nombreux, de plus en plus encombrants, comme un mur invisible mais de plus en plus épais, se cumuler entre son pote et lui, les éloigner…
    Les non-dits… il a eu l’impression de s’y cogner de plein fouet justement pendant ce maudit match… dans cette chronique d’une défaite, une image le hante plus que toute autre… un regard… le regard de son Jéjé à bout de forces… un Jéjé qui se sent impuissant face à l’ampleur de la tâche et à son manque de ressources pour y parvenir… Jéjé perdu, désemparé… un regard qu’il n’arrive pas à oublier… c'est triste le regard d’un mec sur le point de voir son rêve de toujours lui échapper des mains… son visage défait… la honte de ne pas y arriver… voir sa déception… et, dur par-dessus tout, arriver à capter dans ce regard quelque chose qui ressemblerait à une autre peur, la peur de le décevoir, lui, l’ami de toujours…
    Cet échange de regards avec Jéjé l’a vraiment marqué et attristé... jamais encore il n’avait vu ce regard dans les yeux de son pote… il l’avait déjà vu déçu, mais jamais dépité à ce point… il l’avait déjà vu déçu, mais encore il y a quelques semaines ils en auraient parlé juste après le match, dans les vestiaires, la serviette à la main, sous la douche, sans faute. Jéjé lui aurait dit ce qui se passait, quels soucis le tracassaient… et lui il aurait joué son rôle de grand frère, il l’aurait rassuré…
    Mais pas cette fois-ci. Dès la fin du match, il était parti le rejoindre aux urgences à Purpan. Ils avaient attendu un long moment. Il avait tout tenté pour essayer de le détendre, de le déculpabiliser, de relativiser l’échec… l’humour, les mots apaisants dont il avait le secret, le rappel d’autres moment difficiles qu’ils avaient fini par surmonter… pourtant, malgré les nombreuses perches, Jérém n’avait pas voulu en parler… il avait quand même continué à lui faire la conversation, pour tenter de l’extirper de son broyage intensif de noir… chose qui avait fini par agacer Jérém qui avait fini par balancer, sur un ton très agacé : « J’ai été minable !, je n’ai pas d’excuse, rien à dire de plus ! », et il s’était refermé comme une huître…
    Thibault avait été surpris et s’était tu. Il avait attrapé une vieille revue auto sur la table basse juste à côté et il s’était plongé dedans. Et le malaise s’était encore un peu plus installé entre eux…
    Et ce soir, dans son lit, les yeux ouverts dans le noir, il revoit encore le regard dépité de son pote en plein match… à force de ressasser cette image, il finit par se demander si dans le malaise de Jérém il y avait aussi le fait de se sentir comme sali, honteux par rapport à ce qui s’était passé la nuit précédente avec Nico… ces excès inavouables qui étaient à la base de son forfait physique…
    Trop de non-dits, depuis trop longtemps déjà… se dit Thibault, dans son lit… il faudrait évacuer ça… au plus vite… car une amitié sans partage… une amitié où l’on n’ose plus se dire les choses… où les différences s’ignorent, c’est une amitié qui a les jours comptés… à force d’ignorer nos différences nous ne marcherons plus ensemble… ce couplet de Mylène entendu à la radio ce jour-là, résonne soudainement dans sa tête comme une sonnette d’alarme…
    Et parce qu’il ne veut pas perdre son pote, pour rien au monde, surtout si dans quelques temps il part travailler loin… pour que la distance de cœur ne s’ajoute pas à la distance physique, Thibault se sent motivé pour faire le premier pas vers son pote… pour lui parler… évacuer le malaise, affronter le « dossier Nico », ce si beau dossier au fond, ce dossier qui n’a rien à se reprocher…
    Oui, l’affronter, mais sans forcement affronter le sujet « Sexualité » plus en général… si Jéjé a besoin de Nico, ce n’est pas pour autant qu’il a changé du tout au tout… que ce soit une passade ou quelque chose destiné à durer, Jéjé a besoin d’être rassuré, de se sentir compris, accepté…
    Mais comment arriver à lui montrer tout ça, la force de son amitié, s’il ne lui parle pas, s’il ne lui en offre pas la possibilité ?
    C’est bien la  première fois qu’il ne cherche pas à se rassurer auprès de lui… et c’est dur à vivre pour le jeune pompier…
    Mais il faut à tout prix que Jéjé sache que lui, Thibault, il sait et que ça ne pose aucun problème, que ça ne change rien, absolument rien dans leur amitié… il faut qu’il sache, sans pour autant que son pote pense qu’il est passé par Nico pour avoir des infos qu’il ne voulait pas encore partager avec lui… bien sûr, il a aimé échanger avec Nico… mais de toute façon… même avant de parler avec Nico, le beau pompier avait tout compris… c’est juste que… parler avec Nico au sujet de son pote… le rassure…
    Il lui faut à tout prix parler à Jérém… crever l’abcès avant qu’il ne tue leur amitié… mais comment s’y prendre pour parler à Jéjé sans blesser son amour propre, sans qu’il se sente jugé, regardé différemment, démasqué, sans qu’il ait honte, sans le braquer… comment s’y prendre pour lui faire comprendre qu’il n’a pas à se cacher de lui, et à se cacher tout court, au sujet de ce qui se passe avec Nico… qu’il n’a pas à craindre son jugement…
     
    C’est inexprimable… … une image vague mais insistante… ça donne des frissons bizarres, mais intenses… ça éveille les sens… ça fait se poser la main autour de la queue… ça s’annonce comme un fantasme qui va bien accompagner cette branlette dans le noir, sous les draps, pour appeler le sommeil…
    C’est juste une image qui fait surface, venue d’on ne sait pas trop où… enfin, qui refait surface… car elle s’est déjà présentée à son esprit, parfois… mais elle est aussitôt repartie… et jamais elle n’est venue en même temps que l’envie d’une branlette… jamais elle n’est venue inspirer une branlette… pas avant ce soir…
    Deux potes… c’est peut-être juste cette bière de trop… cette heure tardive qui appelle aux confidences, à la proximité, à un besoin de tendresse qu’on n’a pas vu venir… ou alors juste la curiosité… oui, la curiosité… mais peut-être aussi à cause de cette envie longtemps refoulée…
    Deux potes qui décident de se laisser aller… qui se disent que si l’autre est partant, pourquoi pas… que, ma foi, il n’y a pas de mal à se faire du bien… d’autant plus que l’envie est là, bien là…
    Deux potes qui vont goûter aux plaisirs entre mecs… leurs premières caresses timides, encore freinées par les interdits… et puis, les barrières tombent les unes après les autres… désormais guidés par  l’instinct, les voilà s’autorisant le premier baiser, timide, hésitant… un premier baiser qu’ils auront trouvé rudement bon, excitant, suivi par d’autres, de plus en plus passionnés, de plus en plus sensuels…
    Deux corps qui cèdent à l’envie de se mélanger, de partager un plaisir inconnu… un plaisir qu’on a envie de partager avec lui, et avec lui uniquement… le pote de toujours… celui qui nous connaît plus que quiconque, par qui on se sent compris plus que par quiconque… avec qui on se sent en confiance, plus qu’avec quiconque… à qui on a envie de faire du bien… plus qu’à quiconque… ce pote qui nous intrigue, dont la sexualité, dernière facette inconnue dans une complicité presque parfaite, nous intrigue…
    Le mains qui s’affolent, l’urgence du plaisir qui s’empare des corps, qui embrase les esprits… rencontre d’envies, chacun déshabillant l’autre à la découverte de ce corps anatomiquement identique au sien, mais si inconnu encore…
    Enfin… presque inconnu… car, bien sûr, il y a eu les vestiaires, les douches… mais ce n’est rien par rapport à cette découverte visuelle rapprochée… bien sûr, il y a eu des gestes de potes, une main sur l’épaule, un bras autour du cou, les contacts pendant le jeu… mais ce n’est rien par rapport à cette découverte tactile libérée, passionnée… et aussi… on connaît depuis longtemps l’« odeur » de l’autre, ce ressenti olfactif si unique, si familier, si rassurant… ce mélange de déo, de gel douche, de transpi… mais ce n’est rien par rapport à cette découverte olfactive pendant que les peaux se frôlent, une proximité où les narines se chargent de l’odeur légère et tiède de l’autre… où les petites odeurs de mec se mélangent, au même titre que les corps…
    Connaître la douceur et le goût de la peau de l’autre, de ses lèvres… goûter au plaisir indescriptible d’une langue qui court et glisse dans le cou, sur le torse, les tétons, une langue qui provoque à la fois des frissons chez soi et chez l’autre… ressentir un frisson inouï lorsque les braguettes s’ouvrent… lorsque les sous-vêtements se baissent petit à petit… lorsque les mains, enfin débridées, libèrent, dévoilent…
    Le premier contact avec une queue autre que la sienne… expérience inédite, qu’ils pensaient interdite, impossible, quelle expérience pour ces deux mecs, eux si hétéros, si portés sur les nanas… expérience qui sera leur truc à eux, rien qu’à eux…
     
    … et sur cette image de découverte de bonheur entre garçons, la jouissance arrive… elle vient mouiller des abdos musclés, ainsi qu’un chemin de bonheur large, brun et fourni… les jets se succèdent, dans le noir, lourds, chauds, denses… lorsqu’ils cessent, la main arrête aussitôt ses va-et-vient…
    La jouissance a été puissante… elle vient de s’abattre comme un éclair, comme une décharge électrique dans le cerveau et dans le corps du beau mécano…
    Le beau pompier vient tout juste de jouir… et déjà le fantasme s’évapore, comme une petite fumée balayée par un vent puissant, laissant derrière lui un petit mais insistant arrière-goût de culpabilité…

     


  • Commentaires

    1
    RomainT
    Vendredi 7 Octobre 2016 à 01:19

    Euh la suite svp! :) parce que là je veux des réponses mon bon monsieur alors la suite svp!

    Sinon génial comme d'hab... C'est sympa d'en savoir plus sur Thibault. Il faut effectivement qu'il crève l’abcès avec notre Jeje national. ( D'ailleurs ce serai pas mal si ça permettait de mettre des mots sur les sentiments de jeje envers Nico... :D)

    Au plaisir de te lire

    RomainT

    2
    Yann
    Vendredi 7 Octobre 2016 à 17:08

    Bel épisode surtout quand, pour la première fois de cette longue histoire, Thibault se raconte. Depuis le début on avait essentiellement le regard de Nico. On découvre désormais Thibault qui fantasme sur son pote Jerem et qui se pose plein de questions sur lui, sur Jerem mais aussi sur Nico. On se doutait bien qu'il y avait chez Thibault un sentiment à l'égard de Jerem qui dépassait celui qui lie deux potes mais là, pour la première fois, c'est lui qui l'évoque et ça prend une autre importance. Peut être que Thibault, qui est moins fermé que Jerem, va prendre l'initiative de lui parler, lui dire qu'entre deux meilleurs potes il ne peut pas y avoir de secret. Peut être ira-t-il plus loin si Jerem se montre réceptif ? Il ne semble pas jaloux de Nico bien que, malgré tout, il fantasme sur Jerem... Lui serait prêt à franchir le pas tout du moins c'était son fantasme. Il semble que la réflexion de Romain avait ébranlée Jerem ; fantasme t-il lui aussi sur son pote Thibault ? Et si le rêve de Nico voyant Jerem et Thibault se donnant l'un à l'autre était prémonitoire ?

    Cet épisode marque un tournant dans le récit de cette histoire qui, je l'espère, devrait plaire aux lecteurs. Après avoir donné la parole à Thibault et nous avoir fait partager sa psychologie, tu te doutes Fabien de ma question maintenant : quand fais-tu aussi parler Jerem ? A ce moment là on sera vraiment au cœur de l'histoire.

    Merci Fabien pour tout le plaisir que tu nous donnes à te lire.

    Yann

      • Vendredi 7 Octobre 2016 à 17:15
        Merci à toi pour la beauté et la profondeur de tes commentaires. Tu vis cette histoire comme si elle était réelle. Et c'est un bonheur de savoir que l'écriture peut susciter de l'émotion.
    • Nom / Pseudo :

      E-mail (facultatif) :

      Site Web (facultatif) :

      Commentaire :


    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :