• 42.5 Soirée au KL. Jérém fait son show.

     

     

    Jérém se sens bien dans cette étreinte… il ressent une profonde sensation de bien-être… ce dernier orgasme, un orgasme qu’il n’a par ailleurs pas senti venir, mais dont les endorphines dégagées régalent son corps à posteriori, lui amène une sensation d’apaisement total… il est bien au chaud dans cette étreinte… le radio réveil indique cinq heures… l’heure de se lever n’es pas du tout d’actualité…

    Jérém décide de ne pas se poser de questions pour l’instant, de profiter du bien-être présent, de se laisser glisser dans le sommeil qui le guette à nouveau… il se dit que pour se poser des questions existentielles, pour se tourmenter il y a assez de la journée… la nuit, quant à elle, c’est le temps du rêve, de la passion, du plaisir… il voudrait qu’elle ne se termine jamais… car c’est si agréable ce contact… pourvu qu’il ne bouge pas de si tôt…

     

    Plus tôt ce soir là…

     

    « Vas donc te branler dans les chiottes, ce soir je n’ai pas envie de te baiser… »

    Quand je dis qu’il y a des gros paquets de baffes et de fessées qui se perdent… à ce moment là je suis partagé entre deux envies impérieuses, celle de lui attraper le bras, de l’arracher de son tabouret, de tenter de le traîner aux chiottes pour le faire jouir (ce qui est peut-être ce qu’il attendait de moi à ce moment précis) et celle de lui mettre un grand pain dans la figure et de le faire tomber à la renverse… je pense que l’une autant que l’autre auraient pu me soulager… au lieu de quoi, déçu, humilié, je me contente de me lever et de lui balancer un :

    « Espèce de… espèce de con ! »

    Avant de me tirer pour aller chercher ma cousine, j’ai droit à son sourire arrogant et provocateur… putain de tête à claques…

    Quelques minutes plus tard…

    Je ne sais pas encore ce qui va se passer, mais je devine que la scène qui ne va pas tarder à se dérouler sous mes yeux va être une scène épique…

    Jérém est posté sur la petite estrade au bord de la piste de danse, installé devant la rambarde, surplombant la piste, son attitude d’insupportable petit coq… le regard balayant avec indifférence, limite mépris une foule qui le couvre en revanche de regards envieux, charmés… oui, plein de regards convergent sur lui, alors que le sien ne semble se poser nulle part…

    J’ai repense à cette attitude de Jérém en cette année 2015 à l’occasion d’une grippe carabinée qui m’a donné le temps de me pencher sur le « cas »… Justin Bieber…

    Oui, lorsque je vois Mr « Boyfriend » tenir un stade entier sous son charme, lorsque je l’entends balancer, comme un cadeau à un public conquis, la question « who wants to be my baby ? », je repense à Jérém sur l’estrade de la piste de danse du KL… certes, Justin n’est pas Jérém, et ce dernier n’était pas ce soir là torse nu, du moins pas encore à cette heure, comme l’est le beau canadien à la fin de ses concerts de 2013 juste avant d’entamer « Baby »… mais la question, celle que Justin verbalise avec un adorable et insupportable culot, sûr du pouvoir de son charme, est la même que Jérém posait ce soir là sans le moindre mot, rien qu’avec son regard…

    Le regard de Jérém fait plusieurs fois le tour d’horizon et finit par se focaliser quelque part à l’intérieur de la piste de danse… sans plus accorder la moindre attention à Dimitri, je me décale pour chercher à comprendre où le regard de mon beau brun est en train de se poser… hélas, j’ai beau me déplacer, prendre le risque de me faire repérer, ce dont je me fous désormais, je n’arrive toujours pas à capter ce qu’il est en train de mater…

    Je cherche, je cherche, sans succès. Et puis la réponse à mes questions arrive soudainement. Elle est aussi percutante qu’humiliante. Une claque en pleine figure. Suivant la direction de son regard, je remarque enfin une petite brune qui danse seule au milieu de la piste… Jérém la mate sans répit, et à son tour elle lui lance un regard de temps à autre, de façon discrète mais de plus en plus insistant... Jérémie ne bouge pas d’un poil, les mains dans les poches, sa seule arme étant son regard de braise posé, braqué sur elle….

    Putain de regard… c’est un regard que je connais bien… un regard de petit con impuni… ce regard qui dit « Je sais que tu as envie de moi, je sais que tu as envie de ma queue, alors viens la chercher »...  un regard qui dit « je vais te baiser »… c’est à tomber... hélas, ce charme de fou est gaspillé avec une fille… oui, Jérém est tout connement en train de draguer une nana qu’il va mettre dans son lit à ma place… c’est tout simplement dégoûtant… je crois que je vais gerber sur place…

    La musique sort de plus en plus puissante des enceintes de la salle et je sens les basses monotones d’une musique répétitive s’infiltrer dans mon corps et se superposer aux battements de mon cœur… ce cœur qui s’est accéléré depuis que je mate un documentaire en direct live sur « mon beau mâle dans sa chasse à la femelle »…

    Je suis à la fois écoeuré et intrigué par ce que je vois… je suis toujours jaloux, énervé mais j’ai très envie de voir comment cela va se finir… la bière a sur moi un effet excitant et apaisant à la fois… j’ai l’impression que mon cerveau est embrouillé, je ressens une douce fatigue et je sens ma contrariété se calmer un peu… voir mon beau brun en train de draguer, l’imaginer s’envoyer en l’air… bien qu’avec une nana… c’est dingue ça, je ressens à la fois de la jalousie et de l’excitation…

    C’est l’effet de l’alcool sans doute… ce sont peut être des relents de cigarette magique que je capte par moments ici et là, mais à un moment j’ai l’impression de rentrer comme en résonance avec la salle… j’ai la tête qui tourne, je sens que je ne suis plus complètement maître de moi-même… je commence à perdre le contrôle… un peu…

    C’est un ensemble de choses qui, en se combinant, finissent par m’installer dans un état second…

    La musique d’abord… les basses, de plus en plus puissants, ont sur mon esprit embrumé, comme l’effet d’un mantra… je me sens comme au seuil de l’hypnose ; ensuite, les jeux de lumière… colorés, intenses, excitants pour la vue, un sens bien sollicité par ailleurs par l’effet de masse provoqué par les nombreux bogoss circulant avec un naturel désarmant et une nonchalance à peine croyable dans l’espace autour de la piste de danse ; et puis il y a les sensations olfactives… omniprésentes, parfois agressives pour mes narines, lorsqu’il s’agit du parfum trop fort d’une nana, tout simplement envoûtantes lorsqu’il s’agit du déo qui traîne derrière la plaisante silhouette d’un beau garçon qui défile devant moi et qui m’offre, sans le savoir, une sensation esthétique puissante tout en m’inspirant un désir brûlant… au final, mon odorat est comme ravi, perdu, conquis par ce mélange d’odeurs de cigarette, du parfum de cette fumée blanche que le DJ balance copieusement pour faire diversion de la pauvreté de sa musique, de transpiration, de fragrances s’évaporant de la peau douce de charmants garçons…

    Mon regard embrasse la salle toute entière… je regarde, j’entends, je respire cette sensation de jeunesse insouciante, ce désir de s’amuser, d’oublier le quotidien, de se laisser aller à toute sorte de plaisir capables d’offrir des bonheurs passagers mais très prisés…

    Oui, cette sensation de jeunesse en rut qui flotte dans la salle est comme une ivresse qui s’empare de tous mes sens et qui me met dans un état de bonheur et de contemplation qui me ferait presque oublier mon Jérém et ses conneries, le fait que je viens de me faire jeter comme une merde par le mec avec qui j’ai envie de coucher et que ce dernier va lever une nana devant mes yeux pour se la taper à ma place…

    Oui, Jérém… j’ai beau être dans un état presque second, je finis par revenir à lui… de toute façon, je finis toujours par revenir à lui… c’est mon grand défaut, le drame de ma vie…

    Il est toujours en train de draguer sa pétasse… oui, la brune… mais pas que… il me faudra un petit moment pour remarquer l’intégralité de son petit manège… en y prêtant un peu plus d’attention, je finis par me rendre compte que, de temps à autre, le regard de Jérém se déplace légèrement sur la droite... c’est en suivant à nouveau la direction de ses « yeux kalachnikov » que je repère une autre nana, une blonde, moins discrète que la première, qui n’arrête pas de le mater et de lui lancer de grands sourires, aguicheuse comme... bah, oui, comme une blonde…

    Je le regarde draguer méthodiquement, froidement… j’ai l’impression, que pas plus que vis-à-vis de moi, Jérémie ne semble éprouver pour les nanas d’autre sentiment que le seul désir de soulager ses besoins sexuels, le désir de conforter sa virilité par des conquêtes multiples… comme il me l’a clairement signifié un peu plus tôt ce soir là, c’est la baise, c'est-à-dire les envies de sa queue, voilà le seul cap qui semble guider sa vie de garçon de 19 ans…

    Que ce soit avec Claire ou Sarah que je l’avais vu éviter au lycée après les avoir croisées venant de se faire baiser ou carrément en train de se faire baiser dans sa chambre, que ce soit avec la brune avec qui je l’avais vu débouler à la piscine Nakache, j’ai l’impression qu’au delà de sa fougue sexuelle, Jérémie est un garçon froid et distant, incapable de la moindre tendresse avec la gent féminine… encore moins qu’avec moi… et ce n’est pas peu dire…

    Sa beauté et son charme lui permettant de baiser plus qu’à son tour, il me semble qu’il ne fait que les utiliser; il y a dans son attitude un je-ne-sais-pas-quoi de méprisant, de prédateur… c’est dans sa façon de se faire désirer, d’« octroyer » fugacement l’accès à ses faveurs tant convoités avant d’enchaîner froidement sans jamais prêter la moindre attention à la déception, à la souffrance qu’il peut laisser derrière lui…

    Ah, ce petit con de Jérém, ce sacré petit con… il fallait le regarder, en train de passer de l'une à l'autre, sans ciller, sur de lui, avec cette puissance du regard qui est comme un aimant… pendant un moment je me demande à quoi il joue ce petit con, laquelle des deux il a l'intention de sauter ce soir là…

    Ça doit toujours être l’effet de la bière, mais à un instant je me dis que j’ai envie de m’approcher de lui et de l’embrasser… si je n’avais pas peur de me faire casser la tronche, j’aimerais bien me venger de sa méchanceté de tout à l’heure en lui cassant son coup et en le mettant dans l’embarras devant quelques milliers de personnes… j’aimerais bien voir sa fierté de mâle bien ratatinée… oui, j’ai envie de le faire… ce qui m’empêche de donner suite c’est que je n’ai pas envie de me ridiculiser devant autant de monde… et surtout que j’ai encore moins envie de me faire casser la tronche devant tant de monde…

    A un moment son regard s'ouvre sur un sourire au charme ravageur, dégageant une assurance et une virilité à faire chavirer n'importe qui, n’importe quoi… il regarde la brune et en penchant légèrement la tête, lui faisant signe de le rejoindre... vu de l’extérieur, ça me parait tellement gros que je me dis que ça ne va jamais marcher… que ça ne peut pas marcher… que ça ne doit pas marcher… que même son charme de fou n’a pas le pouvoir, ni le droit d’emballer de cette façon…

    Crois-tu, mon Nico… t’es loin d’avoir tout vu… une seconde plus tard, devant mon regard incrédule, je vois la nana amorcer lentement mais assurément une manœuvre d’approche du beau brun… elle prend son temps, elle ne se précipite pas, elle semble dériver tout en continuant à danser et à lui lancer des regards de plus en plus coquins… ce mec est juste pas possible… je ressens de la jalousie mélangée à de la fierté de me dire que j’ai eu la chance et les atouts pour que ce beau brun si convoité ait eu envie de coucher avec moi pendant tout ce temps…

    La manœuvre de la brune se poursuit… Jérém balance un nouveau sourire, encore plus coquin que le premier, un sourire qui dégage cette étincelle lubrique que je connais également très bien… un petit je-ne-sais-quoi dans le regard de la nana, suivi d’un mouvement sensuel des lèvres entre lesquelles un bout de langue m’a semblé se faufiler de manière presque imperceptible, semble confirmer que le charme du beau mâle a encore tout emporté… oui, elle est complètement sous son charme… elle ne peut plus le quitter des yeux… elle le dévore littéralement des yeux… ce sont des yeux remplis d’un désir brûlant… un désir qui semble jaillir de ses yeux, un désir qui fait que la perspective de se faire sauter par le beau brun devient inévitable…

    En fin de compte, Jérém semble se concentrer sur la brune… je pense qu’il préfère les brunes, je l’ai presque toujours vu avec des brunes… c’est elle que ce soir aura la chance de goûter à sa queue et de faire défoncer par le plus beau mâle de Toulouse…

    Mais je n’avais pas encore tout vu… loin de là… pendant que la brune approche, aimantée par son charme juste pas possible, voilà le beau brun poser son regard en direction de la blonde… et là, même geste en penchant légèrement sa tête, même signe pour l’inviter à le rejoindre, même sourire coquin et lubrique…

    Non, Jérém n’est pas en train d’essayer d’emballer une nana… il est en train d’en emballer deux ! Il est parti pour un plan à trois, ce petit con ? Il a donc besoin de ça pour se rassurer de sa virilité, de son hétérosexualité ?

    Je me dis que ce coup-ci ça ne va pas marcher, ça serait vraiment trop… et pourtant… pourtant, voilà la blonde balancer un sourire aussi coquin… la qui sort carrément de la piste, contourner la foule; et, sans quitter le beau brun des yeux, s’approcher de lui…

    Tel Magneto jouant avec ses bibelots en métal, Jérémie semble avoir pris le contrôle total et inconditionnel de leur esprit par la porte du désir, cette porte enfoncée par son charme; il n’y a pas à tortiller, Jérém est le maître… le maître charmeur… un vrai charmeur de serpents… et de nanas…

    Quelques années plus tard, lorsque ma vie et celle de Jérém auront pris des chemins différents, je me retrouverai un soir chez mes parents… le sommeil s’entêtant à ne pas venir, je me poserai devant la télé… en zappant machinalement à travers les chaînes trop nombreuses du bouquet satellite, je tomberai sur le premier épisode d’une série dont on parlait beaucoup depuis pas mal de temps déjà… une série nommée Queer as folk…

    L’épisode est déjà bien avancé, mais j’arrive pile au moment où l’on voit l’entrée en scène de Brian, le véritable protagoniste de la série… l’alpha-mâle, l’homo actif et viril, le fantasme sur pattes de l’imaginaire gay est là, planté sur le bord de la piste de danse du Babylon… il se tient débout, un peu en hauteur, toisant tous ces pd qui se battraient pour sa queue…

    Certes, Jérém n’est pas Brian, et le KL n’est pas le Babylon… pourtant, chacune des deux boites est un harem pour son propre alpha-mâle… dans cette scène, rien qu’en se servant d’un jeu de regards magnétiques, Brian est en train d’emballer deux gars pour son plan du soir… le contact établi, le charme opère et les deux gars s’approchent de lui comme aimantés, subjugués… un instant plus tard on voit un enchevêtrement de corps onduler sous les vagues d’un plaisir intense partagé dans le lit au beau milieu du loft de Brian…

    Ce soir là, assis sur le canapé de mes parents, devant la télé de mes parents, en regardant cette scène, je me sentirai happé par une incroyable sensation de déjà vu... j’aurai l’impression de revivre ce moment, cette nuit au KL où Jérém avait réussi cet exploit si incroyable à mes yeux… les deux images étaient à mes yeux si proches que, jusqu’à que je ne découvre que cette série avait été tournée un an auparavant cette soirée au KL, je me demanderais si le mec qui a écrit cette scène n’aurait pas été présent au KL en cette nuit du 1er juillet 2001 pour assister à l’incroyable performance de mon beau brun, pour la retranscrire et exciter les esprits de millions de téléspectateurs all around the world…

    Sans encore connaître l’existence du personnage de Brian et de la série Queer as folk, en voyant Jérém emballer deux nanas avec une facilité déconcertante, je me surprend à imaginer avec effroi, Jérém faisant le même numéro dans une boite comme le On-Off ou le Shangai… là aussi ça marcherait à tous les coups… mais ça me ferait encore plus chier… qu’il couche avec des nanas, soit… de toute façon elles ne lui donneront jamais autant de plaisir que je sais lui en donner, aucune d’entre elles ne lui fera jamais ces trucs que je suis le seul à lui faire… aucune d’entre elle acceptera de lui tout ce que moi j’accepte… et puis, de toute façon, s’il a envie d’une chatte, sur ce plan là je ne peux pas surenchérir…

    En revanche, je serais vraiment contrarié qu’il se tape d’autres mecs… je me souviens de comme j’ai été frustré de le voir baiser son cousin devant mon nez… le fait de l’imaginer dans la bouche ou dans le cul d’un autre mec qui saurait peut-être lui donner un plaisir semblable au mien (mais jamais égal, car je suis le seul à l’aimer au point de me donner si entièrement et si passionnément à lui), je trouve cela tout simplement insupportable…

    Alors, s’il doit aller voir ailleurs, je préfère encore le voir draguer des nanas au KL… imaginer sa queue magnifique se faire sucer timidement ou s’enfoncer dans une chatte, ça me donne envie de gerber, j’ai envie de crier à l’effroyable gâchis, mais ça ne me détruit pas…

    La brune avançant à travers la foule dans la piste de danse ayant commencé sa manœuvre d’approche plus tôt que la blonde mais cette dernière y allant franco, voilà que les deux nénettes grimpent les marches, l’une celles de droite et l’autre celles de gauche, les conduisant en haut de l’estrade… elle arrivent à proximité de l’objet de leur désir (dans la personne de mon beau brun, dont je leur fais cadeau malgré moi ce soir là) à une demie seconde d’écart à peine…

    Jusqu’à là je me suis dit… ce n’est pas possible, ça ne peut pas marcher comme ça… les deux nanas ne se sont pas aperçues du manége de Jérém, mais lorsque ça va être le cas, lorsqu’elles vont s’apercevoir que les beau brun est gourmand, il va y avoir comme un blème… je crains fort, j’espère même qu’il va y avoir un bon gros clash… ce n’est pas possible qu’un comportement aussi macho puisse rester impuni… je n’arrive pas à croire que même les nanas acceptent de lui ce que je n’ai pas les couilles de refuser… à savoir… être traitées comme un objet et aimer cela…

    Mais non, je suis en train de rêver… je veux bien qu’il s’agisse de Jérém, mais là il va trop loin… ça va pas le faire, cette histoire va mal finir, elle DOIT mal se finir, ce ne serait pas normal autrement... il va se casser les dents… son arrogance et son assurance son trop… c’est gênant même simplement à regarder… quelque part en moi j’ai envie qu’il se plante, qu’il se prenne un râteau magistral… qu’on lui donne enfin une bonne leçon, qu’on brise son assurance macho dans son pouvoir de séduction…

    Oui, je suis mauvais, je suis mauvais car je suis amer, de plus je suis jaloux, voire très jaloux, je me sens complètement impuissant face à ce que je viens de voir… je sais que mon beau brun va s’envoyer en l’air comme un malade jusqu’au petit matin, et il va le faire sans moi…

    Non, je ne suis pas mauvais… je suis TRES mauvais, tellement mauvais que j’ai envie de me venger par procuration… allez les nanas, s’il vous plait, qu’au moins l’une de vos deux se réveille, rebiffez vous, bon sang ! un siècle de lutte féministe pour s’arracher de la domination, de la toute puissance de la sexualité masculine… pour voir, à l’aube du nouveau millénaire, deux nanas capituler juste au contact du regard brun d’un bel apollon ? Encore, que ce soit un pd qui lui cède tout… mais vous, les nanas, vous n’avez pas le droit de tomber si bas…

    Alleeeeez… merde à la fin… réveillez vous… il y en a bien une de vous deux qui va trouver son attitude vraiment énervante… alleeeeez ! il faut que l’une ou l’autre l’envoyiez chier… les deux ce serait encore mieux… mais déjà une ce ne serait pas mal…

    La réputation des blondes vis-à-vis de leur capacité à résister à l’attrait d’un charme masculin n’étant plus à faire, surtout celle des blondes à forte poitrine et à fort maquillage comme celle-ci, je sais qu’à priori je ne pourrai pas compter sur elle pour ce genre de mutinerie… d’ailleurs, son regard lascif, débordant de désir, en dit long… elle a envie de se taper mon beau brun, et elle se le tapera quoi qu’il arrive…

    Tous mes espoirs sont donc placés dans la brune… hélas, contre toute attente, son regard concupiscent fixé sur mon beau brun présage clairement de sa capitulation à venir, une capitulation sans conditions…

    Mais putain… bas les pattes les nanas… touchez pas à ça, vous n’allez même pas savoir vous en servir… vous ne saurez même pas quoi en faire… on ne donne pas une Ferrari à conduire à un aveugle… hélas, malgré mes protestations silencieuses, voilà que leur nuit de baise, abstraite jusqu’à là, se précise soudainement dans mon esprit…

    On a beau se croire des êtres civilisés, éduqués, programmés à ne pas subir l’influence des autres… elles ont beau être des nanas dites libérées, bien décidées à ne pas se soumettre au pouvoir masculin… hélas, la raison n’est rien face aux ravages du désir brûlant lorsqu’il se déclare au fond de nous.

    Et il faut voir comment ce ti con de Jérém sait l’allumer, l’attiser, carrément l’embraser ce désir… avec quel acharnement, avec quel succès insolent il s’y emploie… et une fois le feu mis aux poudres, rien ne peut arrêter les dégâts… lorsque le désir s’installe dans la personne qu’il convoite, elle est prise au piège… il ne lui reste qu’à s’incliner devant le pouvoir absolu du charme du beau brun…

    Et si la brune a droit en retour à un regard sensuel de la part de Jérém, la blonde a droit, elle, à un sourire tellement incendiaire qu’on frôle de près l’embrasement de la boite de nuit... le beau serveur se penche ensuite à l’oreille de l’une… juste avant d’en faire de même avec l’autre… je ne sais pas ce que ce petit con vient de leur balancer, mais à en juger de leurs expressions d’excitation et de surprise, du sourire que les deux nanas échangent entre elle avant de se livrer quelques mots sous le regard amusé et fier du beau brun, il semblerait que mon Jérém ait touché une corde sensible… tu parles, la perspective de s’envoyer en l’air avec un mec pareil est une aubaine incroyable et inattendue…

    Voilà ce que je pensais, voilà le tableau que je me fais désormais à propos de la suite des événements. Je ne vais pas tarder à découvrir que mon tableau est incomplet… il manque un élément de taille… un instant plus tard je vois Jérém tourner la tête vers un coin de la piste… les nanas suivent son regard et elles finissent par voir ce que le beau brun semble leur indiquer…

    Un peu dissimulé dans la pénombre du bord de piste à peine un peu plus loin, j’arrive à voir ce qui m’était passé inaperçu jusqu’à là, trop pris à suivre le moindre développement de l’incroyable performance de mon beau brun… bière à la main, t-shirt gris Diesel, paré de sa virilité tranquille et naturelle, le beau Thibault est là… je le vois lever un regard amusé vers son pote et balancer un beau sourire dans leur direction...

    Jérém descend de l’estrade suivi par ses deux proies d’un soir… la chasse a été bonne, il a ramené une quantité du gibier… il en a même ramené pour son pote… Thibault n’a pas bougé de sa position… lorsque les deux potes se retrouvent face à face, ils échangent quelques mots à l’oreille, des mots que j’aurais donné cher pour pouvoir les entendre… pendant ce temps, je remarque que les deux nanas toisent le beau serveur ainsi que le beau mécano avec gourmandise… [salopes !!! – oui, je sais, elles sont parfaitement dans leur droit, si elles ne l’avaient pas fait je me serai dit qu’elles ne sont pas normales… mais je suis énervé, il fallait que ça sorte]… un instant plus tard, l’échange de bises avec le nouvel arrivant est l’occasion pour la blonde de poser quelques mots, sûrement bien coquins, à son oreille… Thibault sourit, son visage est illuminé d’une lumière sensuelle que je lui découvre pour la première fois… c’est beau un mec qui commence à s’exciter…

    Ça y est, le tableau est complet… effroyablement complet… ce n’est pas un plan à trois que le beau brun envisageait… mais plutôt un plan à quatre avec on pote Thibault… ça, vraiment, je ne m’y attendais pas… la mâchoire m’en tombe… une fois de plus je me sens pris de court… être pris de court, voir les choses se passer tout autrement que toutes les éventualités que j’avais pu imaginer dans ma tête… voilà une chose à laquelle je serai confronté très très souvent avec Jérém…

    Devant le tableau de ces jeunes gens impatients de s’envoyer en l’air, je ressens un puissant sentiment de malaise envahir mon cœur… Jérém va baiser des nanas avec Thibault… ils vont se retrouver tous les deux nus, dans le même lit, il vont se regarder en train de baiser… je réalise à cet instant que, si j’ai pu penser à un moment que ça ne me ferait pas chier d’imaginer les deux coéquipiers en train de partager une galipette entre potes, à contrario, là je suis vraiment gêné de comprendre qu’ils vont baiser cote à cote et, s’il se trouve, faire un plan échangiste… enfoncer leur queue là où celle du pote vient tout juste de passer… mais, oui, tant qu’à faire, ils vont bien avoir envie de goûter à tout le gibier…

    Je me sens soudainement déçu, comme trahi… non pas par Jérém, je sais que c’est un petit con qui baise tout ce qui lui arrive à portée de queue, surtout lorsqu’il est un peu « fait » comme ce soir…

    Oui, celui qui me déçoit le plus c’est Thibault… lui, qui depuis quelques temps, à la faveur de rencontres fortuites, n’a cesse de me montrer de la gentillesse, du soutien, de la compréhension, un début de que je commence à nommer de l’amitié ; lui, qui vient me parler, et qui m’apprend plein de trucs sur Jérém… lui, qui semble tout faire pour me mettre à l’aise… qui semble vouloir me montrer qu’il sait pour Jérém et moi, qui semble même s’employer à nous rapprocher… lui, le bon Thibault qui commence à gagner mon admiration et ma confiance…

    Je commence à croire d’avoir trouvé un ami et un allié pour connaître un peu mieux mon beau brun… un ami sur qui compter… et paf… il se tape un plan à 4 avec son pote…

    Je me demande si tout ça c’était prévu… je me demande si Thibault savait déjà la soirée se terminerait ainsi lorsqu’il est venu me tirer les larmes en me racontant les projets professionnels futurs de mon beau brun… je me demande s’il pensait à ça lorsqu’il a serré mes avant-bras dans ses mains pour me consoler lorsqu’il m’a vu ému…

    La musique tape à fond dans la salle, tout comme mon cœur dans ma poitrine, déchiré comme je le suis entre l’incroyable puissance de cette scène et l’ampleur de ma déception… oui, je suis abasourdi par la force presque surnaturelle de cette image, par l’incroyable sex appe(a)l de mon beau brun capable de lever non pas une mais deux nanas d’un seul coup, de réussir un tel exploit rien qu’en jouant de son regard, et de faire cela en vue d’un plan à quatre avec son pote Thibault... putain de fantasme...

    Mais au même temps, depuis que je réalise ce qui se passe, je suis vraiment dégoûté… Thibault finit sa bière et un instant plus tard je les vois partir, tous les quatre, vers une magnifique partie de jambes en l’air avec des inconnu(e)s…

    Je suis tellement frappé par la scène que mes pieds ont du avancer tous seuls… lorsque je réalise que Dimitri a disparu sans que je ne m’en rende compte, je réalise également que je suis carrément sur le bord de la piste, complètement à découvert, à la porté du regard de mon Jérém… et lorsque je réalise que, à force de le mater, je vais bien finir par croiser son regard, voilà, c’est trop tard, le mal est fait… son regard se pose dans le mien…

    C’est un instant… on se fixe sans ciller… mon regard doit exprimer tout mon amertume, ma jalousie, alors que le sien affiche une mine fière et triomphante… j’ai même l’impression qu’il se moque de moi… et là il a un petit mouvement du sourcils gauche, que je trouve terriblement sexy par ailleurs, qui à cette occasion semble exprimer un truc du genre « ah, t'es encore la, toi... tu me pistes, n’est pas ?… t'as rien perdu pour attendre… tu vas voir ce que tu vas voir... »…

    Oui, j’ai l’impression qu’il se moque de moi… c’est une impression qui va devenir carrément une conviction lorsque, tout en se penchant pour rouler une pelle à la brune, son regard ne cesse de me chercher, de me provoquer… oui, pendant qu’il embrasse sa pouffe, il me balance un regard malicieux et provocateur… un regard qui semble m’annoncer… « mate un peu ça le petit pd, ce soir je vais prendre mon pied comme un mec, ce soir je n’ai pas besoin de toi… va donc te branler… »…

    Ainsi donc, le fait de se taper un plan à quatre c’est pour me faire chier… et de ce point de vue là, c’est encore une sacrée réussite pour Jérém… je suis super mal, et tout mon être doit afficher mon malaise en lettres capitales clignotantes… Jérém doit se régaler… désormais tout ce que je ressens en moi c’est un mélange de jalousie, d’amertume par rapport à son coté provocateur, à son intention affichée de me faire mal… le tous saupoudré d’un sentiment de trahison et de ressentiment vis-à-vis de Thibault…

    Oui, je suis amer, triste, énervé au plus haut point… mais je suis également frustré, car après la fin du feu d’artifice « Jérém fait péter son charme », je réalise que je vais terminer la soirée tout seul... depuis quelques sorties en boite, j’avais désormais pris l’habitude que ça en soit autrement… personne ne m’a prévenu que ce soir là ça se finirait comme ça... fait chier! Il ne me reste qu’à rentrer et me taper une branlette au lit en imaginant Jérém et Thibault en train de baiser côte à côte…

    Je les regarde, tout les quatre, les mecs devant, les filles derrière, en train de se diriger vers la sortie de la boite… et surtout je me surprend à mater tristement le t-shirt orange et le t-shirt gris en train de s’éloigner de moi… je les regarde jusqu’à qu’ils disparaissent, comme engloutis par la foule, la pénombre de la salle, la musique entêtante, la nuit…

    Et lorsqu’on regardait cette image de le toute puissance de Jérémie capable d’aimanter deux nanas pour un plan à quatre avec son meilleur pote Thibault, on ne se serait pas douté un seul instant que mon beau brun était un garçon qui commençait sérieusement à douter de son identité sexuelle… que toutes ses certitudes étaient en train de voler en éclat, que son petit monde s’effondrait… et pour un mec qui détestait perdre pied c'était insupportable…

    Il essayait donc de s’accrocher à ce qu’il pouvait, à ce que lui restait… le besoin de se prouver qu’il pouvait revenir aux nanas dès qu’il le déciderait… qu’il pouvait emballer à tour de bras, comme ce soir là… qu’il pouvait se passer de son pd, sexuellement avant tout… surtout que ce pd allait partir loin à la rentrée…

    Les deux coéquipiers et leurs pouffes désormais disparus de ma vue, mon esprit humilié, frustré, anéanti, je me prépare à quitter la salle techno pour aller retrouver ma cousine dans la salle disco juste à coté, lorsque quelque chose retient mon attention…

    Il est pile à l’opposée de la salle, appuyé avec son épaule à un pilier, un verre à la main… un beau reubeu, bien foutu, t-shirt blanc moulant jouant un joli contraste avec sa peau basanée et retombant comme il se doit sur un joli jeans… une tenue toute simple mais carrément craquante de bogoss qui n’est pas sans me rappeler la tenue d’un certain Jérémie lors de la première révision quelque semaines plus tôt... oui, une beau reubeu genre 25 ans avec le regard rempli de ce charme, habillé de cette prestance indiciblement virile qui n’appartient qu’à ce genre de mec...  tout pour me taper dans l'œil, quoi...

    Dès que je l’ai vu, en un instant, tous mes sentiments négatifs se sont comme envolés, la colère, l’humiliation, la déception, la haine, l’amour propre blessé, tout oublié… rien de tel que la vision d’un beau garçon pour chasser les soucis et mettre de bonne humeur… je ressens en moi un seul sentiment, une seule envie… l’avoir en bouche avant toute autre chose… l’avoir en bouche parce qu’il me fait un effet de dingue, l’avoir en bouche pour prendre une sorte de petite revanche sur ce petit gros con de Jérém… l’avoir en bouche pour ne pas finir ma soirée avec une branlette de plus…

    Mon esprit est désormais envahi par l’urgence du désir que ce mec suscite en moi… j’ai une de ces envies de lui... dès que je l’ai vu, la trique est montée en moi presque instantanément… et lorsque la trique s’empare d’un garçon, ce dernier n’est plus complètement maître de ses actions… oui, j’ai envie de l’avoir en bouche, de l’avoir en moi, sans attendre… ce soir là j’ai juste envie de me faire baiser par un beau reubeu pour prendre du bon temps… en fin de compte, je n’ai de compte à rendre à personne… et puis, putain, un reubeu… fantasme absolu…

    Je le mate sans trop de ménagement et plus je le mate plus je le trouve… juste à craquer… mon regard, affranchi de l'image de Jérémie par laquelle il aurait été totalement monopolisé s'il était encore là, était attire par ce mec comme une aiguille par un aimant...

    Oui, j’ai foutrement envie de lui… mais comment l’approcher ? Comment lui exprimer mon désir ? Comment savoir s’il va y être sensible ? Je suis partagé entre le désir d’attirer son attention, d’essayer de le draguer et fait d’essayer de me maîtriser, de rester quand même un peu discret, et ceci pour ne pas m'attirer des ennuis au cas où qu'il ne serait pas réceptif à ma drague, au cas où il soit carrément incommodé par mes regards, les quelques verres qu’il doit avoir dans le nez augmentant proportionnellement le risque d'incidents en cas d'imprudence de ma part…

    Le souvenir encore vif du mec dans les chiottes de l’Esmé me mettant sur le qui vive par rapport à ce genre de situation… d’autant plus que cette fois ci, si je me mets en danger, Jérém ne va pas voler à mon secours… il a mieux à faire en ce moment…

    Bref, je fais mine de regarder à droite et à gauche, j’essaie de faire diversion en laissant dériver mes yeux en direction du bar et du DJ, afin de prendre le temps de le mater par petites touches et un peu discrètement...

    Malgré mes précautions, je finis par croiser son regard une, deux, trois fois… à chaque fois c’est furtif, car dès que le contact s’établit, je suis intimidé par l’intensité et la fixité de ce regard, un regard dont je ne prends pas le temps de lire la polarité, car mes yeux se baissent instantanément...

    C’est lors du quatrième contact, je crois, que je remarque que le mec est carrément en train de me fixer, de me dévisager... et c’est à ce moment là que je décide de soutenir son regard pour essayer de voir s'il y a une ouverture... hélas, ce que je vois n’est guère encourageant… son visage est figé dans une expression dure, sans sourire... très vite j’interprète son attitude comme une déclaration d’hostilité à mon égard… j’ai l’impression que le gars est vexé de mon attention excessive et plus que suspecte et que son regard m’intime d’arrêter de le mater sur le champ…

    Je me suis trompé de gars… c’est pas parce qu’il est canon et que t’as envie de te faire sauter par lui, que le mec mange de ce pain là… j’ai encore pris mes rêves pour des réalités… une fois de plus j’ai le visage en feu, je ressens une sensation de panique s’emparer de moi… avec une manœuvre d’urgence je balance mon regard ailleurs pendant un bon petit moment… j’essaie de me laisser calmer par la musique de plus en plus assourdissante en évitant soigneusement de le regarder… j’ai envie de disparaître dans la seconde, mais je n’ai pas envie de partir comme un voleur, je n’ai pas envie de capituler sous la pression de l’intimidation de ce type… j’ai besoin de retrouver un peu de contenance avant de quitter la salle pour aller retrouver ma cousine…

    Je regarde ailleurs, dans la tentative désespérée de faire comprendre au gars ce qui est clairement un mensonge, c'est-à-dire que nos contacts visuels ne sont que le fruit du hasard… hélas, ma tache est compliquée par le fait que si j’arrive à contraindre mon regard à mater ailleurs, j’ai la nette impression que celui du beau reubeu est toujours fixé sur moi, qu’il me cherche, qu’il me provoque comme en duel…

    Et lorsque un gars me regarde aussi intensément, que ce soit avec désir ou avec haine, je le ressens sur moi, sur ma peau comme s’il y posait sa main… j’ai beau chercher à maintenir mon regard ailleurs… la puissance presque télépathique de ses yeux bruns, typés, finit par attirer mon attention… une fois de plus, nos regards se croisent, une fois de plus mon désir est attisé par cette silhouette virile à craquer…

    La musique cogne dans la salle à tout rompre… pourtant je me sens glisser comme dans une bulle, comme si je plongeais au fond d’un bassin d’eau… les basses impitoyables de la techno semblent s’éloigner, s’estomper, arriver de plus en plus plats à mes tympans… ce sont désormais mes pieds qui captent la vibration du sol… mon ouïr est comme brouillé, atténué… je commence à sentir les battement de mon cœur, il s’accélèrent petit à petit sous l’effet de l’excitation que la vision de ce beau mâle provoque en moi… je me sens vraiment comme dans un cocon, toute mon esprit est happé par ce jeu de regards qui se cherchent, qui se fuient… dans ma bulle de plus en plus ouatée, j’entends ma déglutition nerveuse, ma respiration qui se hâte sous l’effet de l’adrénaline… et au fur et à mesure que la musique s’éloigne de moi, j’entends de plus en plus nettement les battements de mon cœur, ils cognent à tout rompre dans ma poitrine… jusqu’à que…

    Jusqu’à que, à un moment, mon cœur finit par s’emballer brusquement, cette fois ci sous l’effet de la peur…

    Et là c’est la panique… en un instant, j’ai l’impression que mon cœur va exploser… le mec a plié son avant bras, et sa main, rendue à hauteur de se pectoraux saillants sous le coton du t-shirt, me fait signe d'approcher… aaahhhhh… c’est tout ce que je désire, m’approcher de lui… Hélas, il y a comme un problème… son geste et son regard ne sont pas du tout raccord… dans ses yeux il y a toujours ce regard de tueur qui semble montrer hostilité et vexation... certes, je le trouve sexy à en crever, mais son visage a vraiment l’air énervé, heurté et j’ai peur que si j’approche je vais aux mieux me faire jeter, au pire m’en prendre une dans la gueule... la salle est bondée autour de nous... mais j’ai peur...

    On doit être à 15-20 mètres de distance l’un de l’autre et j’ai peur que si je n’obéis pas à son invitation, il vienne me voir là où je suis… pris de panique, je commence à trouver que la fuite est la seule solution envisageable pour me dépêtrer de cette situation qui risque de dégénérer… il ne manquerait plus que ça ce soir là… me faire cogner…

    En y repensant à tête froide, on pourrait aussi imaginer que l’attitude du reubeu n’était pas hostile, va savoir… le fait est que ce genre de mecs sont imprégnés d’une virilité tellement marquée que leur attitude peut paraître souvent un dissuasif à chatouiller cette virilité, surtout avec ce genre de drague… mais au fond, qui sait… certes, il est clair que draguer ce genre de reubeu sexy dans une boite hétéro, c’est diablement excitant mais c’est super hyper mega risqué… mais à posteriori je me dis que ma fuite fait définitivement planer le doute sur ses intentions…

    Me voilà en train de dételer comme un lapin, fuyant cette salle de tous les dangers et allant chercher Elodie  presque en courant. Pendant que les enceintes balancent les basses entêtantes chevauchées par les cœurs puissants de Gimme ! Gimme ! Gimme ! (a man after midnight), [cette chanson est-elle écrite pour moi ?] je la trouve et je l’arrache de la piste de danse…

    « Faut qu’on y aille, vite, stp, ne pose pas de questions, je vais tout t’expliquer dans la voiture »

    « Mais tu fais quoi? Je suis a deux doigts d'emballer ce type qui danse là bas… »
    « Arrête Elodie, un mec qui se danse tout seul sur Gimme Gimme, à tous les coups il est pd comme un sac à dos… »

    Je ne sais pas comment j’arrive à faire de l’humour dans l’état de confusion et de peur dans lequel je me trouve. Surprise, ne trouvant rien à opposer à ma considération hâtive, Elodie me suit. C’est ainsi qu’un instant plus tard j’hâte le pas pour rejoindre la sortie direction le parking et la voiture, tout en regardant derrière moi presque à chaque seconde si le beau reubeu ne me suit pas pour me mettre une rouste…

    J’avance tellement dans la précipitation, sous l’effet de la panique que je ne regarde pas où je vais, je finis par rentrer dans un mec qui marche en direction contraire, je me retrouve déséquilibré, je manque de peu de le faire tomber… par chance le mec se rattrape, par chance le mec est un gentil, qui s’excuse… de mon étourderie…

    « Pardon » je lui lance sans un regard, tout en continuant ma marche forcée.

    Elodie a pigé qu’il y a un truc qui ne tourne pas rond… elle ne me demande rien, à part :

    « Ça va ? »

    « On y va ? » je lui réponds sèchement en accélérant encore le pas.

    « Oui, on y va » elle me répond avec une voix douce. 

    Une fois dehors, je presse toujours mon pas, me disant que je ne me sentirai en sécurité que lorsqu’on sera dans la voiture et que celle-ci sera sortie du parking du KL… je trace comme un malade pendant que ma cousine me harcèle de questions sur ce qui est en train de se passer, sur la raison pour laquelle on part si précipitamment de la boite…

    « Je te dirai tout en voiture » je tente en vain de la faire taire.

    On galope vers la voiture, garée assez loin dans le parking… mille émotions contrastantes agitent mon cœur, je suis complètement à l’ouest, mes sens sont comme mis entre parenthèse pas le sentiment de peur qui me pousse à la fuite… pourtant, je ne peux pas m’empêcher se ressentir sur ma peau, sur mon visage, dans mes cheveux, la caresse appuyée et continue du vent d’autan… oui, il souffle toujours, malgré l’heure tardive… saloperie de vent… je repense à pressentiment que j’avais eu cet après midi là en me baladant dans les rues de Toulouse, l’intuition comme quoi quelque chose allait se passer ce soir là avec Jérém, quelque chose de déplaisant… et putain, je n’aurai jamais pensé que le vent d’autan aurait aussi bien tenu sa promesse, jamais j’aurais imaginé que ce soir là j’aurais eu si mal et que je serais parti de cette façon précipitée du KL…

    Nous voilà en voiture. Nous voilà sur la rocade. Me voilà en sécurité. Exposé de plein fouet à une rafale de questions et qui ne font que me secouer encore un peu plus, je demande carrément à Elodie un instant de silence pour retrouver mes esprits, mon souffle, mon calme.

    On est bien engagés sur la rocade lorsque je me sens enfin prêt à commencer par le plus pressé, c’est-à-dire lui livrer le récit des derniers événements de la soirée, cette rencontre visuelle avec le beau reubeu qui a provoqué notre départ plus que précipité du KL…

    « Putain, Nico, un jour ou l’autre tu vas te faire péter la gueule pour de bon… »

    Elle a raison. Je note une fois de plus dans ma tête l’absolue nécessité d’être plus discret avec mes regards vis-à-vis des mecs. Puis elle continue :

    « Mais qu’est-ce qui s’est passé ? Je t’ai laissé avec Thibault, j’ai vu le beau brun en t-shirt orange roder autour de la piste… ils sont passé où ces mecs là ? ».

    Maintenant qu’on a quitté le quartier de la Sesquière, loin de tout danger, maintenant que l’image du beau reubeu en colère prêt à venir me cogner est évacuée de mon esprit, je retrouve en moi toute la colère, la jalousie, la déception, l’humiliation, la haine que j’ai ressenties sur le bord de la piste de la salle techno du KL en regardant Jérém, Thibault et leurs deux pétasses d’un soir disparaître vers la sortie…

    C’est avec le cœur lourd, la voix étouffée par l’émotion et hachée par la colère, le débit de parole atteignant des records de vitesse, devenant presque inintelligible, au point que j’en bégaie, la syntaxe de mes mots approximative et décousue, que je tente de raconter à ma cousine le déroulement de ma soirée à partir de son exil volontaire dans la salle disco… ma conversation avec Thibault, le fait d’apprendre que Jérém va partir travailler super loin, peut-être même à l’étranger (ce soir là, je déteste l’Italie)… j’enchaîne avec le moment passé avec Jérém, en omettant bien sur de lui préciser que j’ai consenti à lui tailler une sacrée pipe rien qu’avec des mots cochons… je lui dis juste que je lui ai fait comprendre que j’avais envie de finir la soirée avec lui… et que je me suis fait jeter comme une merde…

    J’ai fait ma longue tirade sans ponctuation, sans respirer, je suis presque en apnée… j’ai besoin d’un instant pour reprendre mon souffle…

    En plus j’ai du balancer tout un tas d’infos en vrac, passant du coq à l’âne, de façon confuse et décousue… pourtant ma cousine ne pose pas de questions, elle voit, reconnaît et respecte ma colère et ne dit rien, ce qui est un exploit extraordinaire pour une nana aussi bavarde qu’elle… je sais qu’elle a envie de me faire parler, je sais qu’elle le fera assurément un peu plus tard… mais là elle se contente de passer une main dans mes cheveux et de me lâcher un regard attendri et plein de compréhension… je l’adore…

    On passe à coté du Stadium du TFC lorsque je trouve la force d’enchaîner sur l’incroyable scène de drague dont Jérém s’est rendu protagoniste… ses regards aimantant deux nanas venant à lui comme deux toutous dociles…

    « Tu me fais marcher… » elle s’étonne.

    « Ah, non, je peux t’assurer que c’était juste incroyable de voir ce petit con réussir ça haut la main »

    « Et les nanas ont toutes les deux cautionné ça ? »

    « Bah, apparemment oui… »

    « Putain… j’aurais voulu voir ça… ça devait être carrément bandant de voir ce petit con en action… t’aurais du m’appeler… » s’égare ma cousine.

    « C’était pas bandant, c’était juste horrible… » je crie presque.

    « Je comprends, excuse… » se morfond-elle.

    « Et le pire… »

    « Car il y a encore un pire à venir… » s’inquiète Elodie.

    « Le pire » j’enchaîne « c’est que Thibault était de la partie »

    « Ils se font un plan à quatre, les salauds ? »

    « C’est ça… »

    « C’est redoutable un mec de vingt ans… il n’accorde d’importance qu’à sa queue… c’est pour ça qu’il n’a pas voulu finir la soirée avec toi… »

    « Il se fout de moi ce mec… »

    « Ca fait longtemps que je te le dis… » elle sévit impitoyablement.

    « Pendant qu’il roulait un patin à la brune, il m’a vu et il m’a balancé un de ce putain de regards de malade… il se foutait de moi… vraiment, il se foutait de moi… il s’est payé le plaisir de me montrer qu’il n’a pas besoin de moi pour tirer son coup et qu’il me laisse sur le carreau quand il veut… je lui en veux horriblement… »

    On arrive à St Michel et Elodie trouve une place pour la voiture à une centaine de mètres de chez moi. Elle coupe le contact et elle m’écoute parler, crier, pleurer… au fur et à mesure que je raconte ce qui vient de se passer, je sens la colère m’envahir de plus en plus… je me sens  énervé comme rarement de ma vie… maintenant que l’effet des deux bières s’estompe, maintenant que l’adrénaline de l’excitation et de la peur liées au beau beur cesse son effet, tout remonte en moi… je parle fort, je postillonne, je bégaie de plus en plus, je suis hors de moi, je n’arrive pas à me contrôler… les sanglots finissent par entrecouper mes mots… je souffre, je souffre horriblement…

    Je gesticule, je me débats, je m’insurge contre un « ennemi »absent et abstrait… je peste, je proteste… sans arriver à me dire que je me sens victime, si je me sens lésé, c’est juste que je ne veux pas regarder la réalité en face… Jérém me prend et me laisse tomber à sa guise, Jérém n’est pas le mec d’une seule nana et encore moins le mec d’un (seul) mec… Jérém est un petit con qui, coté baise notamment, veut tout diriger et qui n’admet même pas que je puisse lui proposer de faire des galipettes… c’est idiot, mais ça le met en pétard… là encore c’est à prendre ou à laisser, comme tout avec lui… il n’y a qu’une fois qu’il ne m’a pas jeté… la fois que j’y ai été franco à la piscine… est-ce qu’il préfère une « démarche » franche et culottée, plutôt que de me voir quémander sa queue ? Est-ce qu’il préfère me voir sur de moi pour pouvoir me soumettre lui-même, plutôt que de me voir déjà à ses pieds, ce qui le dégoûte peut-être… est-ce qu’il veut avoir devant lui un mec plutôt qu’une poule mouillée ? 

     « Calme toi, mon cousin » elle finit par me chuchoter en me prenant dans ses bras… c’est là que je me laisse aller… mes sanglots ont raison de mes mots et se transforment en larmes… je pleure un bon coup… quand je sens que ça va mieux, Elodie le sens aussi… notre accolade se relâche tout naturellement…

    « Comment veux-tu que je me calme… » je reprends, quelques octaves émotives plus bas « … quand je pense à ce petit con… »

    « A ce stade là, tu peux convenir qu’il a changé de catégorie, le Jérém est passé de petit con à bon  gros con, voire à connard confirmé… »

    En temps normal j’aurais plaisanté de la blague de ma cousine. Mais là, bien que sa réflexion me fasse un bien certain, je n’ai pas le cœur à la plaisanterie. Je continue sur ma lancée…

    « … il me chauffe à blanc avec ses regards, avec son parfum, et puis il me jette et il se tire avec deux pétasses… et ce Thibault aussi… je croyais qu’il était mon pote… tous ces mots gentils, ses gestes pour me mettre en confiance… du pipeau, oui… lui il me déçoit horriblement… je croyais que c’était un bon gars, mais au fait c’est juste un autre pauvre type comme Jérém pour qui tout ce qui compte est tirer son coup… quand je pense qu’il devait déjà savoir comment la soirée allait se terminer pour eux quand il est venu me parler, je me sens vraiment con d’avoir cru qu’on pourrait être amis… quand je pense que, à l’heure qu’il est, ils sont en train de baiser avec ces deux pétasses sorties de nulle part… alors que Jérém serait tellement mieux en… [je me rattrape de justesse] avec moi… ».

    Mon discours est confus et incohérent, je m’en rends compte… il y a des choses que je n’ai pas racontées à ma cousine, comme les mots cochons que j’ai dit à Jérém et qui nous ont terriblement excités tous les deux… de plus, je me rends compte que j’ai un raisonnement qui manque de logique et de réalisme… heureusement Elodie est là pour remettre les point sur les « i »…

    « Je suis sur que cette fin de soirée n’était pas prévue… c’est Jérém qui a fait le coup… et je pense qu’il l’a fait pour te faire chier toi… »

    « C’est trop méchant, il est trop con ! »

    « Tu ne sais pas encore ça, depuis le temps qu’il te traite comme un punching ball… tu ne sais pas encore que ce mec est capable de tout lorsque tu le chatouilles un peu trop ? »

    « J’ai rein fait, moi… » j’essaie de me défendre.

    « Si, t’as du être rélou en lui proposant de coucher avec lui… »

    Non, je n’ai pas été rélou. J’ai été trop con de céder à sa demande de jouer la pute à son oreille.

    « Il aime ça… » je me défends.

    « Oui, il aime ça, mais à l’évidence, il n’aime pas quand c’est toi qui propose… »

    « C’est trop con… »

    « Oui, mais avec lui c’est non négociable… il y a des mecs comme ça… quand on tombe sur ce genre de mec, faut savoir composer avec… »

    « Il n’avait pas le droit de draguer ces deux nanas… »

    « Une loi l’interdit ? »

    « Elle devrait exister, oui… » je me défoule. Je suis ridicule. En effet ma cousine rigole.

    « Nico… » me lance, sur un ton affectueux.

    « Thibault aurait dû refuser… » j’enchaîne sans écouter sa réplique, mes paroles suivant les mouvements de ma souffrance et échappant à une quelconque logique…

    « Ne soit pas bête Nico… c’est un truc de leur âge, tout ce qu’il y a de plus naturel… les mecs de vingt ans vont en boite le samedi soir pour draguer et tirer leur coup… ça répond à une loi naturelle comme la migration des oiseaux, les phases lunaires et la rotation de la terre… et en général, vois-tu, ce qui vont au KL, c’est plutôt pour tirer leur coup avec des nanas… »…

    « Ok, mais alors ça ne sert à rien que Thibault se la joue ami-ami, je n’ai rien à foutre de son amitié si c’est pour voir ça… » je m’énerve.

    « Ca n’empêche pas que Thibault soit un très bon gars… » enchaîne calmement Elodie sans se démonter, sans réagir à mes mots « et je pense vraiment qu’il a envie de devenir ton pote… »

    « Mais… » je suis coupé dans mon élan.

    « Tais-toi et laisse moi finir… » finit-elle par me balancer calmement mais fermement devant ma tentative de repousser son raisonnement très logique avec des objections complètement surréalistes ; et elle continue « et à ta place, moi j’accepterais son amitié sans réserves… bien sur, mon avis est toujours le même… Jérém t’apporte autant de mal que de bien, et peut-être même plus de mal que de bien… le mieux ce serait que tu lâches l’affaire et que tu passes à autre chose… surtout que tu as une touche ailleurs, quartier de la Halle aux Grains, vois-tu ?… mais je sais aussi que tu en es bien incapable, car tu l’as trop dans la peau ton Jérém… alors, si tu veux avoir une chance de garder un peu plus longtemps ton con de brun, t’as tout intérêt à saisir la main que Thibault est en train de te tendre…

    Thibault est peut-être la personne qui connaît le mieux Jérém au monde, et apparemment il ne se fait pas prier pour te faire profiter de son savoir… pour peu que tu sois un peu futé pour ne pas montrer à ton brun que tu sais des choses sur lui que tu n’es pas censé savoir… ce qui mettrait Thibault dans l’embarras par rapport à son pote, là tu tiens un allié de taille pour mieux cerner ton serveur… de plus, je suis sure qu’il sait tout de vous deux et que tu peux dès maintenant lui parler franco…

    A contrario, si tu te fâches avec lui à cause de ce genre de conneries, je suis sur que tu vas passer à coté de quelque chose et tu vas le regretter…

    Et puis, au delà de tout, je suis sur que d’avoir un pote comme Thibault, loyal, solide, gentil et attentionné, va te faire un bien de fou… il va t’apporter de la stabilité, de la confiance… et peut-être – elle rigole - se charger d’une partie de mon boulot d’assistante sociale… dis-moi, cousin, ça ne te plairait pas de pleurer dans les bras musclés de Thibault plutôt que dans les bras frêles de ta cousine ?»

    Certes, vu comme ça, ça donne envie de faire confiance au beau Thibault. Blagues à part, je sais que une fois de plus ma cousine a vu juste sur tous les tableaux. J’ai de la chance de l’avoir.

    « Tu as raison, ma cousine… » je finis par admettre « j’ai l’esprit embrouillé et je n’arrive pas à y voir clair… »

    « Trop d’émotions, mon cousin… » elle plaisante.

    « C’est ça ».

    Elle a réussi à me calmer. C’est une véritable sorcière. Je vais l’appeler cousine Halliwell.

    « Il y a juste un truc qui pourrait clocher… » elle reprend.

    « A savoir… » je m’inquiète.

    « Thibault va être ton allié, à moins que… » elle réfléchit au même temps qu’elle parle.

    « A moins que… quoi ? Balance ! » je m’impatiente.

    « Thibault sera ton allié, à moins qu’il en pince lui aussi pour son pote… » finit-elle par asséner. 

    « Tu crois que c’est possible ? » je feins de m’étonner, alors que ce genre d’idée traverse mon esprit depuis le début de la semaine. 

    « Je ne sais pas, tout est possible… ces deux là me semblent très proches, après c’est peut-être qu’une simple amitié… » considère-t-elle. 

    « Si Thibault en pince pour Jérém il ne me sera d’aucun secours » je réfléchis à haute voix. 

    « C’est le risque à prendre, mon cousin… » 

    « Naaaaaan… ce ne sont que des potes… » j’essaie de me rassurer, là aussi à haute voix. 

    « Tu sais, un plan à quatre, c’est symptomatique… » avance-t-elle. 

    « Symptomatique de quoi ? » je demande bêtement. 

    « Mon dieu, mon dieu, il faut vraiment tout te dire à toi… on se demande comment tu peux être mon cousin, comment on peut avoir des gènes en commun… » plaisante-t-elle ; et elle continue « au delà du fantasme de se taper deux nanas au même temps, un plan à quatre peut être révélateur de deux potes qui se kiffent sans oser franchir le tabou de coucher ensemble… un plan à quatre c’est plus intense que de se voir à poil dans un vestiaire, mais moins grave que de franchir le pas de se toucher, de coucher ensemble… » 

    « Je n’ai jamais envisagé ça comme ça… » je réponds, interloqué. 

    Elodie continue dans sa lancée : 

    « Voir quelqu’un qu’on kiffe en train de prendre son pied, même tout seul, je trouve ça très excitant… pas toi ? » 

    « Ça, c’est vrai… » je finis par admettre tout en repensant à Jérém en train de se branler brièvement, parfois, avant que mes lèvres ne se posent sur sa queue… c’est vrai que j’ai toujours trouvé ça terriblement bandant… tout comme j’ai été certes jaloux, mais excité quand même, de le voir baiser une nana un jour où j’avais débarqué chez lui un peu en avance… tout comme j’ai été très très jaloux et très très excité et bien plus encore la nuit où je l’avais regardé baiser son cousin… mais ce sont des épisodes que je n’ai toujours pas racontés à ma cousine, alors je freine ma langue avant de gaffer… 

    « Merci d’avoir éclairé ma lanterne, ma cousine… » 

    « De rien, cousin, quand tu ne sais pas tu demandes… et même si tu sais, dans le doute tu demandes quand même… » 

    « Tu es adorable Elodie… »

    « Tu es touchant, mon cousin… »

    « Je suis trop con, tu veux dire »

    « On n’est jamais con quand on aime, on est juste vulnérables… »

    « Merci Elodie… »

    « Tu sais ce qui te reste à faire… » elle enchaîne.

    « Quoi donc ? » je m’étonne.

    « Putain qu’est-ce que tu es bouché comme mec, c’est pas possible… » plaisante-t-elle, se forçant à avoir un air agacé ; puis elle balance « t’aurais pas par hasard un 06 en attente de rendez-vous ? Je sais pas… genre un mec à qui t’as posé un lapin en début de semaine et avec qui tu aurais envie de passer un bon moment pour te consoler ? ».

     

    Pendant ce temps, rue de la Colombette…

     

    [Attention : ce texte contient des passages et des « images » pouvant heurter la sensibilité de certains esprits « gay only »… esprits sensibles, s’abstenir…] 

     

    Dimanche 1er juillet 2001, 3h36.

     

    A quatre sur le lit dans le studio de rue de la Colombette, les filles allongées sur le dos, les corps musclés des garçons prenant appui sur les genoux et sur les mains plantées sur le matelas, les deux potes et leurs partenaires d’un soir, emboîtés par couples, sont bien engagés sur le chemin qui conduit au plaisir.

    Plutôt flattés dans leurs fierté de mâles par le fait de voir sur le visage de leurs partenaires les signes d’une jouissance si différente de la leur, mais à l’apparence très intense, les mecs sont en train d’approcher tout doucement de l’orgasme… les ondulations des bassins sont amples, puissantes, comme cadencées sur un seul et unique mouvement…

     

    [Une semaine déjà... une semaine de deuil et d’incrédulité, une semaine de questions et de tristesse pour ceux qui sont parti avant l’heure et pour leurs familles, leurs amis…

    Je me suis demandé pendant un temps s'il ne fallait pas marquer une pause dans ce récit pour la mémoire de celles et de ceux qui ont perdu la vie dans les horribles événements du 13 novembre. Tout ceci est bien peu de chose face à ce drame immense.

    Et puis je me suis dit qu'il ne faut pas céder à la peur. Oui, on peut avoir peur, on doit avoir peur, mais il ne faut pas y céder. Je me suis dit qu'il faut continuer à avancer la tête haute. Qu'il faut que la vie continue.

    Pour montrer que ce n'est pas avec la menace, l'intimidation et la violence que les problèmes de ce monde trouveront une solution.]


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