• 37 Bac : suite et fin.

     

    Un instant plus tard je suis à genoux en train de le sucer, les pans de sa chemisette ouverte jusqu’au dernier bouton dévoilant son torse magnifique et caressant par moments mes joues. J’adore l’avoir dans ma bouche. Toucher son manche, ses couilles. Dès que je l’ai en bouche, c’est tellement bon que je lui pardonne tout. Je ne devrais pas me laisser faire, le laisser faire de moi sa chose une fois de plus pour se soulager les couilles… mais j’en ai trop envie et je me dis que tout ce qui est pris n’est plus à prendre et que si j’en profite pas à cet instant là, qui sait quand et si même un jour je vais la revoir cette queue de ouf…

    Il me laissera faire pendant un court moment, la situation est excitante mais le risque est fort de se faire gauler… l’heure approche et dans pas longtemps les bacheliers vont rappliquer et certain d’entre eux vont passer par la case chiottes avant d’attaquer l’épreuve d’anglais.

    Au bout d’un moment, il saisit ma tête, il la maintient fermement avec sa main et il commence à mettre de bons coups de reins. Il ne tardera pas à jouir, à m’inonder la bouche avec plusieurs jets chauds et denses. Son goût de mec s’étalera dans mon palais pour mon plus grand bonheur. Putain qu’est-ce que j’aime le voir, l’entendre, le sentir jouir. Putain que j’aime le goût de son jus. Pendant qu’il vient, la voix étranglée par la vague de plaisir, il m’intimera en chuchotant d’avaler. Ce qui me donnera une envie irrésistible de m’exécuter.

     

    Précédemment dans 50 nuances de (cet insupportable pignouf de) Jérém : Bac philo, le lundi matin. Echanges de regards coquins pendant l’épreuve, chaud dans la salle et bouillant dans les boxers. Après-midi de baise intense, sans répit. Mardi de désir, sans révisions. Mercredi de désir insupportable, au point que Nico n’y tient plus et s’abaisse à quémander une gâterie au beau brun. Ce dernier qui le repousse comme un malpropre… Nico déçu et humilié se pose sur la pelouse devant la Cathédrale de St Etienne ; un labranoir suivi d’un charmant Stéphane fait irruption dans sa sieste et… dans sa vie.

     

    Jeudi, 13h45

     

    Après l’épreuve de maths du matin, je m’allonge sur la pelouse à coté de la Cathédrale de St Etienne et je dors pendant une heure. J’émerge juste avant le réveil. Je prends quelques minutes de plus pour retrouver mes esprits et je me lève pour rejoindre le lycée… je crois que j’ai rêvé de Stéphane ou de Jérém ou des deux, je n’en sais rien… j’ai peut-être un peu trop dormi, je me sens vaseux, j’ai du mal à mettre un pied devant l’autre… j’arrive au lycée comme un automate… je suis plus fatigué qu’avant la sieste, je n’ai vraiment pas envie de passer l’après-midi enfermé dans une salle chaude devant une autre copie… bac d’anglais… je n’ai pas les yeux en face des trous, je n’ai pas envie de revoir Jérém… de supporter a vision de sa beauté désormais hors de ma portée pendant trois heures de plus…

    Faut croire que c’est le destin… je quitte la place de la Daurade et je me retrouve devant la façade du lycée… et la première chose que je vois, c’est lui… oui, le voilà ce petit con avec sa chemisette qui lui va comme un gant, assis sur le rebord d’un bac à fleurs, seul, en train de fumer sa cigarette.

    Je le vois, il me voit, je le regarde, il me regarde, il me sourit, je lui fais la gueule, il me lance un geste de la tête qui semble vouloir dire « approche »… je suis fatigué, je suis énervé… je passe mon chemin… il m’appelle en sifflant, comme son chien… ça m’énerve, j’ai envie de le frapper… en ce moment j’ai tout le temps envie de le frapper… sans m’arrêter de marcher, je me retourne vers lui et… et je ne sais pas ce qui m’a pris… et je lui fais un doigt d’honneur, le même que je n’ai pas osé lui faire tout à l’heure en présence de ses potes… je suis vraiment en colère contre lui, je n’en peux plus de son arrogance, je suis sur les nerfs, je continue mon chemin et du coin de l’œil je capte son expression mi étonnée et mi vexée…

    Je regrette déjà mon geste, mais sa désinvolture à me prendre, à me jeter et à me reprendre quand il le veut bien, comme si de rien n’était a désormais le pouvoir de me faire sortir de mes gonds… c’est quoi ce geste de la tête, c’est quoi ce sifflement ? Il veut quoi ? J’ai besoin d’air, j’étouffe… C’est encore tôt et par chance il n’y a pas grand monde devant le lycée, ainsi je ne crois pas que quelqu’un ait été témoin de mon geste… je trace mon chemin, je m’engouffre dans le lycée, je bifurque vers les chiottes…

    C’est en passant la porte battante que j’entends un bruit derrière moi, suivi d’une manœuvre d’approche plutôt brutale : ses mains saisissent mes épaules, et c’est avec élan que je me trouve catapulté à l’intérieur de l’espace entre l’alignement de cabines et celui des lavabos… j’avance jusqu’à presque atteindre le mur du fond, je me retourne vers lui, je lui fais face… cette scène m’en rappelle une autre, dans un autre endroit, une nuit quelques jours plus tôt… des chiottes, un brun en colère… sauf que là c’est moi qui est la cible de sa colère…c’est beau mon brun en colère… je suis presque content de l’avoir mis dans cet état, je n’ai pas le pouvoir de le faire tomber amoureux de moi mais j’ai quand même le pouvoir de l’énerver… c’est un début…

    Il se tient devant moi… mon dieu qu’il est craquant… j’ai presque envie de lui balancer un truc du genre « si tu n’as pas envie de me baiser, frappe-moi au moins…»… je préfère encore sa brutalité que son indifférence…

    Ses yeux fulminent… au bout d’un moment il finit quand même par me balancer, la voix très énervée :

    « Qu’est-ce qui t’as pris ? »

    « Rien, t’inquiète…

    « Tu m’as fait quoi, là, tout à l’heure ? »

    « Fous moi la paix… »

    Je n’arrive pas à croire que ma colère me pousse à lui parler sur ce ton désinvolte. J’ai l’impression de ne pas être moi-même, de vivre la scène de l’extérieur.

    « Qu’est ce qui te prends ? »

    « Va te faire foutre… »

    C’est à ce moment là que ça dégénère. Il me met une baffle. Je me rebiffe. Je m’élance contre lui et je le bouscule, mes mains percutant ses pectoraux comme je l’ai vu faire au mec dans les chiottes de l’Esmeralda. Je n’aurai pas meilleur succès que lui… Jérém revient aussitôt à la charge, il m’attrape par les épaules, je me sens pivoter, il me colle nez au mur, pile comme il l’avait fait avec l’autre con…

    Je suis secoué, je le sens très en colère, j’ai l’impression qu’il serait encore plus violent si on n’était pas dans les chiottes du lycée…

    « T’as dit quoi ? »

    « J’ai dit de me foutre la paix… – je lui balance tout en profitant d’un relâchement de sa prise pour me dégager et lui faire face à nouveau – … arrête de me prendre pour un con, de me balancer tes sourires et de me jeter à chaque fois que tu t’es soulagé la queue… ».

    « T’as quoi aujourd’hui, mec ? Ca t’a bien plu de te faire baiser depuis des mois… »

    « T’as vu comment tu m’as jeté hier ? »

    « C’est donc ça le problème, ma bite te manque ? »

    Je suis à deux doigts de lui balancer à la figure que la veille j’en ai vue une autre de queue et que j’ai plu à un charmant garçon prénommé Stéphane… mais je n’ose pas, j’ai trop peur de sa réaction, surtout de celle qui consisterait à me planter là comme une merde…

    « Arrête un peu de te la péter… ».

    Il sait très bien que ce n’est pas (uniquement) une question de queue. Il ne veut pas l’admettre. Il préfère imaginer que notre relation ça doit être pour moi la même chose que pour lui, à savoir, un plan baise plus ou moins régulier. Mais dans ma colère il est question de sentiments piétinés, de tendresse refoulée, de frustration, de peur de la fin de notre relation… Mais comment lui parler de cela, alors qu’il fait la sourde oreille, comment lui parler de cela dans cette situation, dans ce contexte, comment lui expliquer ma colère et ses raisons alors que pour lui tout est normal, que notre relation lui convient parfaitement en l’état ?

    Deux mecs face à face, deux colères qui s’affrontent. Décidemment, il s’en passait des choses dans les chiottes à ce moment de ma vie. Et j’étais loin d’avoir tout vu.

    « Tu veux la voir ma bite ? » me lance-t-il à brûle-pourpoint.

    « Arrête ça je te dit, je n’en peux plus que tu me traites comme ça »

    Je bluffe. J’en ai une envie complètement déraisonnable. Mon amour propre est en conflit ouvert avec mon instinct et pour une fois il semble avoir le dessus. Mais c’est sans compter avec les ressources du beau brun.

    « Alors c’est ça… comme ça tu n’aimes pas que je te traite comme ça… c’est ce qu’on va voir… »

    Et ce disant, il m’attrape par le tissu du t-shirt au dessus de mon épaule et m’entraîne dans une cabine. J’oppose une résistance tout à fait chancelante. Je suis toujours très en colère, mais je me laisse faire. Il me balance vers le fond du petit espace. Il rentre à son tour, il referme la porte derrière son dos.

    Un instant plus tard je suis à genoux en train de le sucer, les pans de sa chemisette ouverte jusqu’au dernier bouton dévoilant son torse magnifique et caressant par moments mes joues. J’adore l’avoir dans ma bouche. Toucher son manche, ses couilles. Dès que je l’ai en bouche, c’est tellement bon que je lui pardonne tout. Je ne devrais pas me laisser faire, le laisser faire de moi sa chose une fois de plus pour se soulager les couilles… mais j’en ai trop envie et je me dis que tout ce qui est pris n’est plus à prendre et que si j’en profite pas à cet instant là, qui sait quand et si même un jour je vais la revoir cette queue de ouf…

    Il me laissera faire pendant un court moment, la situation est excitante mais le risque est fort de se faire gauler… l’heure approche et dans pas longtemps les bacheliers vont rappliquer et certain d’entre eux vont passer par la case chiottes avant d’attaquer l’épreuve d’anglais.

    Au bout d’un moment, il saisit ma tête, il la maintient fermement avec sa main et il commence à mettre de grands coups de reins. Il ne tardera pas à jouir, à m’inonder la bouche avec plusieurs jets chauds et denses. Son goût de mec s’étalera dans mon palais pour mon plus grand bonheur. Putain qu’est-ce que j’aime le voir, l’entendre, le sentir jouir. Putain que j’aime le goût de son jus. Pendant qu’il vient, la voix étranglée par la vague de plaisir, il m’intimera en chuchotant d’avaler. Ce qui me donnera une envie irrésistible de m’exécuter.

    Son dernier jet vient tout juste de se poser sur ma langue, que déjà il recule son bassin tout en repoussant mes épaules de ses deux mains. Sa queue toujours raide ne restera pas longtemps devant mes yeux, juste le temps d’essuyer son gland sur mon t-shirt à hauteur de mon épaule et il remontera vite son boxer et son short.

    C’est pendant qu’il refermera quelque boutons de sa chemisette, qu’il me lancera froidement, arrogant, effronté, odieusement sûr de lui :

    « Ca va mieux, là… ?»

    Petit con… je t’en foutrais… évidemment que ça ne va pas mieux... bien sûr, j’adore le sexe avec toi, mais une fois terminé je ressens toujours ce goût amer dont il est question dans cette fameuse chanson de Mylène… tu sais, Jérém, il me manque juste ce je ne sais pas quoi, ce brin de tendresse, ce sourire, un geste, un mot qui ferait que je ne me sentirais pas à chaque fois humilié, que je n’aurais pas honte de moi… car avec ta froideur, j’ai à chaque fois l’impression de m’être donné à un garçon qui s’en fout de moi… et l’après baise devient triste, terriblement, insupportablement triste… quand tu es si distant, quand tu t’éloignes physiquement de moi, quand tu me laisses partir (ou quand tu pars) sans un mot, sans un regard…

    Non, petit con, ça ne va pas mieux… j’ai adoré te prendre en bouche, sentir tes coups de reins, ton gland taper au fond de gorge, ta bite glisser sur ma langue, tes jets se répandre en moi… mais là, en te regardant refermer quelques boutons de ta chemisette avant de me planter là, non, ça ne va pas mieux… dans un instant je me retrouverai seul dans ces chiottes puants et mon humiliation et ma tristesse seront infinies… j’aurais encore plus envie de pleurer que j’en avais avant que tu te serves de ma bouche pour te soulager… vraiment tu n’es qu’un petit con odieux…

    C’est dur à vivre comme sensation, ne pas savoir si demain, après demain, dans une semaine ou dans un mois, on recommencera. Si je ne représente pour toi vraiment qu’un vide-couilles dont tu peux te passer sans état d’âme, alors que toi, Jérém, tu es tout pour moi…

    J’ai envie de lui dire tout cela, mais je sais que je n’y arriverai pas ou que si j’essayais il me rirait au nez. Alors je fais semblant de ne pas avoir entendu. Je ne réponds pas… J’espère qu’il va laisser tomber. T’as qu’à croire…

    « Un bon coup de queue ça remet vite les idées en place… ».

    Je ne le supporte plus, s’il dit encore un mot je vais le cogner… je suis tellement énervé que j’ai envie de lui sauter à la gorge, j’hésite un instant cherchant à me contenir, puis la colère est trop forte en moi, je lève le regard juste à temps pour capter le sien qui déjà est en train de partir ailleurs… j’ai juste le temps de capter une étincelle mauvaise, narquoise, humiliante… pendant une fraction de seconde j’ai cru que je lui mettrai mon poing en plein dans les couilles… mais tout va heureusement très vite, je le regarde se retourner sans un regard, ouvrir la porte, la balancer derrière lui et quitter rapidement les chiottes.

    Je referme vite la porte avant de me ressaisir. Je me relève, je nettoie mes lèvres sur lesquelles son gland a laissé des traces de sperme. Je prends une profonde inspiration, je tends l’oreille pour m’assurer que personne n’est rentré aux chiottes et j’ouvre la porte. J’avance vers un lavabo, je fais couler l’eau… j’ai chaud, je me sens toujours fatigué, je me rince copieusement le visage pour retrouver mes esprits… je me regarde dans le miroir, mon visage est tout rouge, mes yeux sont si tristes… on dirait que je viens de pleurer ou que je vais pleurer…

    Je passe un nouveau coup d’eau sur mes yeux et sur mes joues, j’inspire profondément, et pendant que je bois un coup, voilà deux camarades pousser la porte et se diriger en rigolant vers le mur des pissottieres. Ouf, heureusement qu’ils ne sont pas arrivés quelques instants plus tôt…

     

    Quelques minutes plus tard, me voilà assis dans la salle pour l’anglais. Pour comprendre mon état d’âme de cet après-midi là, il faut essayer de se mettre à ma place. Ca avait déjà été difficile de me concentrer le matin à tête reposée… imaginez donc l’après-midi, après cette baise impromptue et brutale… dans ma bouche son goût persistant, mon palais endolori par ses coups assénés sans ménagement, ma joue et mon nez se souvenant très nettement du coup qu’il m’avait mis et que je n’avais pas vu venir… je revoyais son regard vexé, si noir, et sa virulence… je n’arrive pas à croire qu’il m’ait cogné et que je lui ai fait une gâterie juste après… que je l’ai laissé baiser ma bouche et que j’ai avalé son jus en obéissant à un ordre bien précis… je ne sais juste plus où j’habite…

    Pourquoi je n’ai pas écouté le conseil de Stéphane quand il m’a dit de ne pas lui permettre de me faire du mal ? Si seulement Jérém pouvait trouver en lui une fraction de la tendresse de ce charmant Stéphane…

     

    Mercredi, 18h35

     

    Stéphane vient de me faire jouir, je viens de le faire jouir à mon tour. On est allongés sur le canapé, il me serre dans ses bras. J’écoute la musique :

    Mets-toi tout nu, si t'es un homme/Histoire de voir où nous en sommes/Qu'on me donne un primate sans cravate/Un Zorro sans rien sur le dos...

    T'es bien plus beau comme ça/Un point c'est tout/Un point c'est toi

    La chanson se termine, et c’est lui qui reprend à me causer :

    « Et ce mec avec qui tu fais des galipettes, il a une nana ? »

    « Ouf, il n’en a pas une, il en a 100… »

    « Un coureur… »

    « Un petit con… »

    « Un beau mec qui se croit tout permis… »

    « C’est exactement ça… »

    « Il t’a mis dessus dessous et tu n’arrives plus à t’en passer ? »

    « Tout pareil… »

    « Tu es amoureux de ce mec ? »

    « Je ne sais pas… c’est juste que… »

    J’ai la gorge nouée. Ca me fait bizarre de parler de Jérém avec un inconnu. Surtout avec ce qu’il vient de se passer. Après avoir couché avec lui. Je n’ai pas envie de le saouler avec mes histoires. Je trouve que ça ne se fait pas de prendre la tête avec mes problèmes à un inconnu avec qui je viens de coucher. De parler d’un autre. Pourtant le mec semble décidé à me faire causer, et il sait me mettre à l’aise. Il me serre un peu plus dans ses bras, il appuie sa joue sur ma tête.

    Vas-y, vide ton sac, ça va te faire du bien…

    Un instant plus tard, je suis en train de lui raconter que depuis des années j’avais flashé sur ce putain de bogoss dans ma classe, que jamais il ne m’avait accordé le moindre regard, un mec avec qui jamais la conversation n’avait été au delà de quelques « salut » si vraiment on se croisait de près… de comment un jour je lui avais proposé des révisions en vue du bac, avec les mains tremblantes et les jambes en coton, de comment, contre toute attente, il avait dit oui… comment je m’étais retrouvé dans sa chambre d’étudiant par un beau après midi d’avril… et que à un moment donné il m’avait demandé de le sucer parce que « je-sais-que-tu-en-as-envie »… et comment depuis des mois nos révisions nous avaient conduit à des baises torrides, doublées de tristesses aussi intenses, quand après avoir passé la porte à chaque fois sans un brin de tendresse de sa part, je me sentais sali, humilié mais cependant prêt à recommencer dès qu’il me sifflerait à nouveau, gentil toutou, tellement je l’avais dans la peau… je lui raconterai aussi de cette soirée à l’Esmeralda une semaine plus tôt, comment Jérém s’était battu pour moi, de la nuit incroyable qui s’en était suivie, de la déception du dimanche matin… de la baise du lundi suivant, des épreuves du bac, de mes inquiétudes pour l’après bac, la peur, la certitude de le perdre…

    En quelques minutes ma vie entière se déballait devant un inconnu. J’étais au bord des larmes… j’en tremblais et Stéphane me serrait de plus en plus fort, il me caressait… j’avais un peu honte de lui raconter tout cela, car j’étais en train de lui montrer que j’étais dingue de Jérém et j’avais peur de le dégoûter… j’étais comme d’habitude combattu entre deux feux… d’une part l’envie de « vider mon sac » comme il m’avait invité à le faire, car il avait raison, ça me faisait un bien fou… d’autre part je me disais que en lui montrant mes faiblesses et mon béguin pour Jérém, Stéphane n’aurait plus envie de me revoir si jamais l’envie m’en prenait… j’avais envie de continuer à lui plaire, ça me faisait trop plaisir de voir qu’il était attiré par moi et quelque part je commençais à imaginer de le revoir… 

    « Tu es amoureux fou de ce gars » je l’entends me lancer dès que je lui en laisse l’occasion.

    Il avait raison. Mais ça me faisait bizarre de l’entendre de sa bouche.

    On reste un long moment en silence, un moment pendant lequel je sens toute sorte de pensées traverser mon esprit… j’ai l’impression que je viens de miner toute chance de revoir ce charmant Stéphane. Mais ce qu’il vient de dire, ce n’est que la réalité. Je sens une larme couler sur ma joue. Ce Stéphane m’a fait craquer. J’ai envie de l’embrasser, mais je ne veux pas lui montrer que je suis en train de pleurer. Ce gars m’a compris, et il m’a vraiment touché. Il ressent ma tristesse, je suis dans ses bras, ma tête dans le creux de ses pectoraux, il me caresse encore et encore, c’est doux, c’est tendre, j’adore, c’est ce dont j’ai besoin…

    La voix de Zazie parvient toujours à mes oreilles, cette fois-ci chevauchant de puissants riffles de guitare :

    Sourd, on devient sourd/toutes ces sirènes dans nos cours/ça nous gêne/on a beau changer de chaîne/lourd, le cœur est lourd/toutes ces alarmes à l'amour/ça larsen/il faut qu'on reprenne forme humaine…

    « Tu es très tendu, Nico, j’ai l’impression que cette histoire est en train de te faire plus de mal que de bien »

    « Je sais, mais quoi faire, vraiment je l’ai dans la peau… un coup on couche ensemble tout un après-midi, puis il ne veut plus de moi, comme tout à l’heure… un coup il est bestial, une autre fois il est tendre, ensuite il me jette comme une merde… je ne sais jamais quoi m’attendre avec lui… j’ai envie de plus que de la baise… »

    « Tu savais dans quoi tu t’embarquais avec ce mec… »

    « Oui, mais c’est dur… »

    « Je te comprends… »

    La fin d’après-midi arrive, la lumière du soleil perd en puissance et gagne en couleur orange. Dans le séjour dont la seule source de lumière provient de la petite cour intérieure, on commence à être dans la pénombre. J’ai joui et je suis en train de me faire câliner par un beau garçon. J’ai parlé de Jérém, je me sens soulagé d’un poids. Je sens une intense sensation de bien-être et de fatigue s’emparer de mon corps. Je suis bien. Ça fait du bien de jouir et de parler. Et de recevoir des câlins. Même par un inconnu. Oui, j’ai envie de pleurer tellement ça fait du bien ces câlins, tellement je voudrais en recevoir de la part de l’homme que j’aime. Stéphane doit sentir ma tristesse, alors il me parle à nouveau. Il est génial ce mec.

    « Ca va ? »

    « Oui, ça va… et toi… »

    « T’as aimé… »

    « Oh que oui… c’était la première fois… »

    « La première fois ? » il s’étonne.

    « Oui, la première fois qu’un mec s’occupe de moi… »

    « Il ne t’as jamais rien fait ton mec? Même pas ça ?»

    « Même pas, non… ce n’est pas mon mec… c’est un mec à nana… alors, tu vois… »

    « Même pas du touche pipi ? »

    « Même pas »…

    Il continue de me caresser en silence. C’est moi qui parle cette fois-ci. Souvent je gagnerais à me taire. Mais je suis ainsi câblé, je ressens toujours le besoin de m’excuser pour quelque chose.

    « Excuse-moi, j’ai pas l’habitude… »

    « L’habitude de quoi ? »

    « De suivre un mec chez lui… je suis timide »

    « Et alors »

    « Je suis désolé qu’on ait fait que… que… »

    « Que du SSSSDDDDQue du touche pipi ? » me balance-t-il en souriant.

    « Oui, c’est ça… » 

    « Tu sais, la plupart du temps je ne vais pas plus loin… souvent les mecs ne cherchent pas plus et moi non plus… en fait, j’aime bien faire jouir les mecs car après avoir joui ils parlent… la plupart d’entre eux ont surtout envie de parler, de décompresser d’une vie lourde à porter comme toute vie… il y en a pour qui les parents sont trop encombrants, d’autres c’est des soucis avec le travail, d’autres encore me racontent que leurs copine ou leur copain leur coupent les couilles… toi c’est un mec qui te fait souffrir… »…
    J’aime vraiment bien ce mec… son attitude… c’est vrai que le fait de partager une jouissance, ça m’a mis en confiance et je me suis ouvert à lui… mais c’est aussi l’effet de sa profonde gentillesse… je me sens super bien, je me suis senti désiré et je me suis senti… « mec »… pour la première fois de ma vie…

    Est-ce que j’ai envie de revoir ce charmant Stéphane ? Est-ce que ce que je viens de vivre va changer ma façon de penser à Jérém ? Est-ce que ce mec pourrait être le mec qui me ferait oublier Jérém ? J’en suis persuadé, du moins à cet instant là, tant que je suis dans ses bras, tant que je suis loin de mon beau Jérém… oui, je crois que j’ai envie de le revoir… ne serait-ce que pour aller plus loin dans la découverte de son plaisir et dans la découverte du mien… je ne sais pas comment affronter le sujet, je cherche les mots pour sonder le terrain, pour savoir s’il a envie qu’on se revoit… j’hésite, tout ce qui me vient à l’esprit me semble surfait, déplacé, je n’ai pas envie de lui donner l’impression de m’accrocher à lui si vite, de trop être en demande d’affection…

    Sa voix se chargera de me tirer de mes rêveries.

    « Je te donnerai volontiers mon numéro si je ne devais pas déménager dans quelques jours… »

    « Tu pars ? »

    « Oui, je pars à Bâle en Suisse, j’ai eu une proposition de travail que je n’ai pas pu refuser… ».

    Putaaaaaaiiiiiiiin ! Quel dommage !!! Dommage ? Je ne sais pas... est-ce que c’est dommage qu’il parte ? Est-ce que c’est un bien, au contraire ? Est-ce que c’est bien de pouvoir choisir ou c’est bien que le destin choisisse pour nous ? Tout ça, ça me ramène au bac philo de lundi dernier…

    Je sens une étrange mélancolie m’envahir, de tristesse pour le fait que cette rencontre n’aboutisse à rien de plus qu’à ce bon moment qui n’aura pas de suite… soudainement je me sens seul, soudainement je pense à Jérém, je pense à combien je l’aime mais que ce serait tellement plus facile de l’aimer si seulement son attitude pouvait ressembler un peu à celle simple et détendue de ce Stéphane…

    Je suis bien dans ses bras, mais je me rends compte que l’heure tourne, que ma tête accuse un trop plein de choses, de sensations contradictoires… j’ai besoin de prendre l’air, de me retrouver seul, je vis son départ annoncé comme un petit abandon… je finis par lâcher une phrase bidon pour masquer mon malaise croissant et ma petite déception, pour amorcer mon dégagement de cette situation qui commence à me peser…

     « Il se fait tard, il faut que j’y aille… »

    « Je comprends… ».

    Pendant qu’on se rhabille, voilà Gabin approcher. Il s’assoit, en position chien porte-journal et il me regarde. Il a de gros yeux tout doux, on dirait un gros bébé. Dès qu’il a enfilé ses vêtements, Stéphane lui passe une main sur la tête ; heureux, le labra allonge alors les pattes avant et se retrouve couché sur le ventre, la tête en l’air, toujours en contact avec la main de son maître qui a suivi le mouvement. Je le regarde faire, attendri. Ce mec doit vraiment être un mec bien. Il est touchant, et j’ai l’impression qu’il est sincère quand il dit que le fait de chercher la compagnie d’un garçon est pour lui davantage la recherche d’un contact humain que l’envie d’une baise effrénée.

    Je viens de finir de m’habiller, il me regarde, il me sourit à nouveau. Ça dure un petit instant au bout duquel je l’entends m’annoncer :

    « Je te raccompagne… » 

    Je me dirige vers l’entrée et Gabin me suit en devançant son maître.

    « Au revoir Gabin… » je lui lance pendant que je me baisse pour le caresser une dernière fois.

    Stéphane est passé devant moi pour ouvrir la porte. Il se retourne, je croise son regard.

    « Vraiment, si je ne devais pas partir, je voudrais te revoir… »

    Il est adorable le gars. Et il a l’air sincère. Il m’attrape par le bras, il m’attire à lui et il me serre dans ses bras. Je lui rends le câlin. Ça fait du bien de croiser un gars qui aime les câlins.

    « Merci… » je lui murmure à l’oreille.

    « Merci de quoi ? »

    « Ça m’a fait du bien… j’avais besoin de ça… »

    « A moi aussi ça m’a fait du bien… Nico, je te l’ai déjà dit, tu es un gentil garçon… essaie de bien vivre ta vie et d’être heureux… ne permets pas aux garçons de te faire du mal, même pas à celui là, même s’il ressemble à un Dieu du Stade… »

    « J’essaierai… » je lui réponds en relâchant l’étreinte et en affichant un sourire imprégné de tristesse. Je suis ému. Lui aussi il a l’air ému. Peut-être que je suis en train de rater quelque chose, peut-être que l’on est en train de se rater…

    « Ça m’a vraiment fait plaisir de te rencontrer, Nico… »

    « Quelle bonne idée qu’il a eue ce Gabin, de venir me lécher les oreilles à St Etienne… »

    Il sourit. On est dans la petite cour intérieure. On arrive dans le hall. Je suis dans l’embrasure de la porte de l’immeuble. Les bruits de la rue arrivent à mes oreilles.

    « Bon courage, Nico… »

    « A toi aussi, Stéphane… »

    Je n’ai pas fait cinq pas que j’entends à nouveau sa voix.

    « Nico… »

    Je stoppe net. Je me retourne. Il approche.

    « Tiens » me dit-t-il en attrapant ma main et en sortant un stylo de sa poche « je vais quand même te donner mon tel, envoie moi un sms si t’as envie qu’on garde contact… »…

    Je suis surpris et touché.

    « Mais tu vas partir en suisse et changer de numéro… » je lui rétorque.

    « Je t’enverrai mon nouveau portable dès que je serai installé… et si un jour ça ne va pas et t’as envie de parler à quelqu’un, tu m’appelles… tu pourras venir me voir si ça te dit… » répond-t-il en traçant les 10 chiffres dans le creux de ma main.

    Je suis plus que touché, je suis ému. Qu’est-ce qui fait que cet adorable inconnu a envie de garder contact avec un type aussi peu intéressant que moi ? J’ai envie de lui faire un câlin tellement je suis remué. On est en pleine rue, ça ne se fait pas. Alors je lui souris, au bord des larmes.

    « Merci » j’arrive à lui lancer en chouchoutant, en tentant de masquer ma voix tremblante.

    « Envoie moi un sms » me répond-t-il en lâchant ma main, ses doigts s’attardant au contact des miens, son regard charmant se posant dans le mien avec une douceur inattendue. Un clin d’œil sera son dernier mot pour ce jour là.

    « Salut » je lui lance avant de me retourner et reprendre mon chemin.

    En marchant je sens encore plus vive dans mon corps cette douce chaleur qui irradie du ventre et qui nous envahit après une bonne jouissance, après un bon câlin, après un bon moment partagé. Je me sens bien, mon corps est détendu et mon esprit apaisé…

    J’ai joui très fort et c’est comme si j’avais joui pour la première fois… c’était comme un autre dépucelage, une entrée dans la vie sexuelle en tant que mec et non plus uniquement en tant que soumis… après avoir écouté du Zazie pendant toute la durée de cette belle rencontre, à cet instant précis, en quittant Stéphane, c’est une chanson qui n'appartient pas vraiment à son répertoire qui résonne dans mes oreilles et dans ma tête...

    I was beat, incomplete/I'd been had, I was sad and blue/But you made me feel/Yeah, you made me feel/Shiny and new...

    Oui, je me sens comme « touched for the very first time »… Vraiment adorable ce Stéphane. Je me sens un peu dérouté en marchant dans la rue. Dans un premier temps, j’aurais l’impression que cette rencontre aura apporté dans ma tête encore plus de bazar qu’il y en avait déjà… comme si les questions au sujet de Jérémie n’étaient pas suffisantes, je me retrouve à m’en poser au sujet de Stéphane… est-ce que je ressens quelque chose pour lui, même si je ne le connais que depuis une heure, même si je sais que je ne vais pas le revoir de si tôt…

    Oui, j’allais un peu vite avec l’imagination… mais il faut admettre que à cet âge là, et d’ailleurs pas que à cet âge là en ce qui me concerne, tout va très vite coté sentiments… on rencontre quelqu’un, on passe un bon moment, on s’emballe illico… surtout moi, depuis toujours en grande demande de tendresse et d’amour, et encore plus depuis que je cherchais cela chez un certain beau brun qui se faisait un point d’honneur à me le refuser…

    Est-ce que je vais repenser à Stéphane ce soir, demain, dans une semaine ?… je n’en sais rien… est-ce que je vais oser lui envoyer un sms… mais au fond, à quoi bon ? Il part, je n’irai pas le voir à Bale… et puis… est-ce que la beauté de cette rencontre n’est pas justement dans le fait qu’elle soit éphémère, un instant de bonheur volé au temps ?

    En revenant vers la maison, je passerai au travers du Grand Rond, ce magnifique espace vert au cœur de la ville… toujours très agréable à traverser, et tout particulièrement au printemps. Je traverserai une des passerelles et ferai un détour par le Jardin des Plantes, magnifique à cette saison.

    Pas après pas, je réalise qu’une seule chose est arrêtée dans ma tête… c’est la certitude que même pendant que Stéphane me caressait, même pendant qu’il m’offrait ma première véritable expérience de jouissance masculine, et même pendant qu’il me câlinait après, à aucun moment Jérém n’aura quitté mes pensées… que la comparaison soit à son avantage ou en sa défaveur, ce sera toujours à lui que je comparerai mon bonheur… c’était le cas ce jour là, et ce sera toujours le cas, aujourd’hui encore, après tant de temps.

    En empruntant les allées entre le Jardin des Plantes et le Pont St Michel, j’ai l’impression que je me sens mieux, et que mon humiliation à la sortie du lycée ne fait plus si mal. Mon corps apaisé par les endorphines dégagées par la jouissance, le sentiment d’avoir plu à un si charmant garçon que Stéphane… la fatigue montante ralentissant mes mouvements et mes pensées, j’ai l’impression d’aller mieux… je retrouve en moi une rassurante sensation de bien-être et de détachement par rapport à ma relation agonisante avec Jérémie…

    Décidemment, ça m’a fait du bien cette petite galipette avec Stéphane… je pense que jamais je n’aurais osé faire des galipettes avec lui s’il ne m’avait pas montré autant de tendresse, de cette chaleur humaine dont j’avais tout particulièrement besoin a ce moment là, après le comportement de Jérém ce soir là… oui, ça m’a fait du bien, même si ce n’est resté que du touche pipi… ou alors justement car ce n’a été que du touche pipi… c’est très con, je l’admet, mais maintenant que je m’éloigne de la Halle aux Grains, je culpabilise un peu par rapport à Jérém, alors je suis content que ça ne soit pas allé plus loin avec Stéphane… je me dis que la pipe et la sodomie ce sont des privilèges que je réserve à lui, le seul et l’unique… alors je n’ai pas vraiment l’impression de l’avoir trompé…

    Inutile de blâmer ma profonde connerie, j’ai 18 ans et je suis fait ainsi. Je suis amoureux. Jérém est un véritable petit gros con, il mériterait que je lui mette un grand coup dans les couilles pour calmer son arrogance, il mériterait que je me barre sans me retourner… hélas, je l’ai trop dans la peau…

    Et maintenant que je passe la porte de la maison et que je me retrouve chez moi avec mes repérés, avec des odeurs si familiers, maintenant que je monte dans ma chambre et que je retrouve sa chemise abandonnée sur le lit, je me rends compte qu’au final, cette rencontre avec Stéphane m’a fait toucher du doigt qu’en réalité, je n’ai pas vraiment envie de coucher avec un autre mec… je voudrais juste vivre avec Jérém la tendresse, la complicité que j’ai vécues l’espace d’une heure avec un inconnu… me retrouver dans ses bras, sentir ses caresses, pouvoir lui faire un baiser, pouvoir le caresser, m’ouvrir à lui, me laisser aller et non pas devoir rester sur mes gardes de peur de sa réaction…

    Oui, ce que j’ai vécu sur le canapé avec Stéphane après avoir joui, je voudrais pouvoir le vivre avec mon beau brun, et rien qu’avec lui…

     

    Jeudi après-midi, bac d’anglais.

     

    Ce sera une fois de plus la voix du surveillant qui me tirera de mes rêveries, de mon souvenir de la rencontre de la veille, pour me faire redescendre à la réalité du bac. Je crois que l’anglais ce fut l’épreuve que je bâclai de la façon la plus désinvolte : impossible de me concentrer, impossible de décoller mes yeux de cette chemisette, de ce col si sexy qui allait caresser la naissance de ses cheveux, cet endroit si doux que je rêvais de toucher avec mes doigts, d’embrasser, de câliner… impossible de ne pas revoir encore et encore les deux pans de sa chemisette ouverts et ondulant au rythme de ses coups de reins pendant qu’il me baisait la bouche quelques minutes plus tôt…

    Je bouclai ma copie tant bien que mal et dès qu’on nous libera, je franchis la porte de la salle et je me précipitai hors du lycée, loin de Jérém, loin de la torture de le voir craquant à se damner et de savoir que je n’y aurai plus droit… c’est ça qu’on appelle être déchiré…

    Je prends vers la droite, « Du côté de chez moi », je fais au plus court… j’aurais tellement voulu partir vers la droite, « Du côté de chez Jérémie », mais je n’en pouvais plus, j’avais trop mal, et ce qui m’aurait fait plus mal encore, ça aurait été de le voir partir sans rien me dire, ou encore me faire jeter, après ce qui s’était passé dans les chiottes… je me sentais assez humilié, assez sali… je sais pas où j’ai trouvé ce rebond de fierté qui n’en était pas un  par ailleurs, mais plutôt une volonté de ne pas souffrir davantage, de ne pas lui permettre de me faire mal plus longtemps…

    Je marche très vite dans les rues, en quelques minutes je suis à St Michel. Je quitte la rue pour me retrouver dans la rassurante familiarité de ma maison. J’annonce ma présence.

    « Je suis là… »

    « Ça s’est bien passé ? »

    « Oui, maman, très bien… (j’ai les yeux qui brûlent et le cœur qui fait un mal de chien, j’ai juste envie de pleurer toutes les larmes de mon corps, tellement je suis en colère contre lui, tellement il me manque dejà, tellement il fait bon dehors alors que dans mon cœur c’est la tempête… si tu savais, maman, comment je suis amoureux en ce printemps et comment j’en bave… si tu savais comment je viens de me faire humilier une fois de plus dans les chiottes du lycée par un putain de bogoss… ou encore si tu savais que hier j’ai rencontré un garçon nommé Stéphane que je ne reverrai jamais mais qui m’a fait comprendre que je peux espérer mieux d’un garçon que le rapport de soumission que j’ai avec ce petit con de Jérém… oui, maman, ça va, ça va tellement que je vais prendre sur moi pour ne pas te montrer mes larmes, je ne veux pas que tu t’inquiètes, je ne veux pas non plus que tu saches que ton fils est pd… mais à part ces détails insignifiants, tout se passe à merveille, maman) »…

    Je grignote un bout, vite fait de chez vite fait, je cours dans ma chambre prétextant que je dois réviser pour l’épreuve de bio du lendemain… j’ai juste envie de me retrouver seul et de pleurer, envie de me retrouver seul et de me branler, de me faire jouir d’abord pour vider ma tête, de me doucher ensuite pour retrouver un semblant de calme…

    Il est 19h30, me voilà à mon petit bureau devant les ficher de bio… je les survole… enfin… je les regarde sans les lire vraiment… je n’arrive pas à arrêter de penser à lui… je le reverrai demain pour la dernière fois et puis ? Le lycée sera vraiment fini et on n’aura plus aucune raison de se voir… dans quelques jours il va devoir rendre les clefs de sa chambre et on sera ainsi privé du lieu qui nous a vu si souvent emboîtés l’un dans l’autre… comment le revoir après, au hasard des sorties ? Est-ce qu’il aurait seulement envie de me revoir et de baiser avec moi? Loin des yeux, loin de la bite? Et puis, se voir où pour baiser ? Je n’ai pas de chez moi, je ne sais même pas où est-ce qu’il va crécher quand il aura déménagé de sa chambre d’étudiant…

    Avec toutes les possibilités de coucheries qu’il a ce petit con, est-ce qu’il aura encore seulement envie de moi ? Déjà il me manque, il me maque horriblement, je n’arrive pas à croire qu’on ne couchera plus ensemble, qu’il ne jouira plus en moi…

    Jamais je n’avais réalisé si brutalement que la fin de nos rencontres était là, elle était irréversible… cet après-midi ça avait été la fois de trop, l’humiliation de trop… je n’aurais pas du le chercher hier, je ne me serais pas fait jeter, je n’aurais pas été autant en colère aujourd’hui, je ne lui aurais pas fait un doigt d’honneur et il ne serait pas venu me cogner et m’humilier dans les chiottes du lycée… j’aurais du rester sur la bonne note de la baise de lundi dernier… un après-midi au final si triste, comme un début de deuil pour une histoire terminée… pourquoi ai-je pris l’initiative d’essayer de ramener à la vie une relation qui n’était plus ?

    Je réalisais à cet instant qu’il y aurait un avant et un après bac et que cette nouvelle époque j’allais devoir l’écrire sans Jérémie… j’en avais tellement mal que j’en avais la respiration coupée… la tête qui tourne, la vue qui se brouille, le cœur emballé, prêt à bondir de ma poitrine, les joues en feu, la transpiration mouillant mon t-shirt… je ne me sens vraiment pas bien, au point que je suis obligé quitter ma chaise et mon bureau pour m’allonger sur le lit.

    Non, la philo, et le bac en général, ce n’était pas l’épreuve qui me chiffonnait le plus. Au fil des dernières semaines je m’étais bien rendu compte que l’épreuve la plus difficile qui m’attendait ce n’était pas le bac mais celle qui m’attendait juste après. Car tout ce que comptait dans ma vie à ce moment là, c’était d’être avec ce mec.

    Deux heures plus tard, je suis toujours allongé sur mon lit, immobile, cherchant ma respiration et à me secouer de l’engourdissement dans lequel la sieste décalée de l’après-midi m’a plongé et duquel je ne me suis toujours pas débarrassé… je suis toujours vaseux et je regarde jusqu’au bout le jour mourir et la nuit rentrer dans ma chambre à travers les vitres de la porte fenêtre. Je finirai par m’endormir en pleurant et en serrant à moi sa chemise.

     

    Le vendredi arrive. Matin libre, la bio c’est pour l’après-midi. Je me réveille à 7 heures. Je suis fatigué, d’humeur plutôt maussade, mais excité. Je repense à Jérém en train de me limer la bouche dans les chiottes du lycée la veille… je repense à son goût fort de mec… je bande, je me branle, je me rendors. Le radio-réveil marquera 11h08 lorsque je rouvrirai les yeux. Ça va mieux, je me sens vraiment reposé. Je m’étire longuement et j’ai l’impression de me sentir vivre à nouveau. Comme si j’avais touché le fond de mon désespoir, j’ai soudainement l’impression de remonter tout doucement, de retrouver un peu de calme… un peu comme après la violence de certains orages, quand un rayon de lumière transperce les nuages et annonce le retour du soleil…

    Je me lève, je regarde mes téléchargements… pendant la nuit, les trois parties restantes du Drowned World Tour sont arrivées… je lance la lecture… la qualité est toujours aussi mauvaise, mais découvrir l’intégralité du nouveau concert de Madonna des mois avant que ça ne sorte en DVD, ça a de la gueule… je me laisse porter par les images et par le son et je ne vois par l’heure tourner… c’est midi trente quand j’entends la voix de ma mère m’annonçant que le repas est prêt. Merde, je ne me suis même pas douché… je m’habille vite fait, je descends manger. Maman me pose des questions sur le bac. J’ai davantage envie de parler que la veille. Le repas passe vite. L’heure avance. Je remonte me doucher. A une heure trente je suis prêt à partir.

    A une heure quarante je suis devant le lycée. Il faut chaud dehors, je rentre. Jérém est là, assis sur les marches de l’escalier conduisant au premier étage, en train de discuter avec des potes. Je le regarde, je me rends compte qu’il est clairement hors-la-loi. Débardeur chocolat à bretelles épaisses collé sur sa plastique harmonieuse tombant sur un short noir… Je suis indécis si j’ai envie de pleurer ou de hurler comme le loup de Tex Avery… dans l’incertitude, je passe mon chemin sans chercher à croiser son regard… je me dirige vers la salle d’examen… j’y retrouve certains camarades, je leur tape la discute pour me distraire et essayer d’oublier le trouble qu’est la vision de Jérém… l’heure approche et on nous fait prendre place.

    Jérém s’installe à son banc, voilà, je sens son parfum. J’ai envie de me lever et de lui sauter dessus. Il m’attire. Il m’énerve. Allez, prends sur toi un bon coup encore, c’est la dernière fois… ce soir ce sera fini pour de bon… fini cette torture de l’avoir en permanence sous les yeux, fini ce désir qui me prend au fond des tripes et qui me déchire…

    Le chrono démarre. Je me penche sur la copie. 14h30, je gratte encore du papier. 15h00, je gratte toujours du papier. Je lève les yeux un instant, Jérém aussi semble être dans sa copie. Je reste un moment à le regarder, essayant de le détester le plus que je peux… la haine à son regard est la seule chose que j’ai trouvé pour ne pas me laisser aller à la profonde tristesse qui me guette à ce moment là…

    En réalité son regard me manque trop, je sens que cette fois c’est vraiment fini, que dans moins de trois heures Jérém sera mon passé… je sens les larmes monter aux yeux… je retourne à ma copie, essayant de les contenir… il y en a quand même une qui arrive à tomber sur la feuille… je l’étale avec mon doigt, essayant de limiter les dégâts… voilà donc une copie rédigée avec un vrai ressenti personnel…

    16h00, j’en ai marre mais je me force toujours à gratter du papier… plus qu’une heure… allez Nico, tiens bon… je relis ma copie, je fais quelques correction… 16h20… 16h30… j’ai toujours les yeux à ma copie… c’est à 16h40 que j’entends du remue ménage sur la seule chaise susceptible d’attirer mon attention… le beau brun est en train de ranger ses affaires, il va rendre la copie… ainsi se termine notre histoire… il ne reste même pas jusqu’à la fin de la dernière épreuve… autant je redoutais les trois heures et demies qui restaient à le côtoyer, autant maintenant qu’il ne reste qu’une poigné de minutes pour admirer son incroyable sexytude, je regrette de ne pas pouvoir ralentir le temps, ou l’arrêter… Facebook n’existait pas encore à ce moment là, époque bénie, et je me rends compte que je n’ai même pas une photo de lui pour me souvenir de son visage, de son corps… juste une chemise avec son odeur…

    Il se lève, il avance vers le bureau des surveillants, il pose sa copie et fait demi tour pour sortir de la salle. Il revient dans ma direction, j’entend le bruit léger de ses pas approcher, je me fais violence pour ne pas lever les yeux… c’est bizarre, j’ai l’impression que au fur et à mesure qu’il approche, ce n’est pas seulement l’empreinte olfactive de son nouveau déo qui me trouble… j’ai la presque certitude qu’au passage il pose un regard très insistant sur moi… rêve ou réalité, je n’en sais rien, tout ce que je sais c’est que, dès que j’entends la porte de la salle se refermer derrière lui, je suis saisi par une envie furieuse de lui courir après…

    Je range vite fait mes affaires, je dépose ma copie auprès des surveillants et je me dirige vers la sortie de la classe. Et tant pis si ça peut paraître louche. Tant pis si je peux donner exactement l’impression de lui courir après… après tout c’est tout à fait le cas, après tout le lycée c’est fini, alors, je n’en ai rien à foutre… je referme la porte derrière moi et je balaie du regard l’espace de l’entrée du lycée… je ne sais pas ce que j’espère exactement… si j’espère de le trouver là, si j’espère au contraire qu’il soit parti pour pouvoir reprendre le deuil pour la fin de notre relation une fois pour toute… ce qui est sur c’est que je le cherche des yeux… il est parti depuis moins de cinq minutes et il me manque, c’est horrible comment il me manque… je me sens comme un petit animal enfermé dans une cage privé à tout jamais de sa liberté… Jérém, où es-tu ? Je me sens tellement déchiré que j’ai presque envie de crier son nom pour essayer de le retrouver… j’avance d’un pas rapide, tournant la tête dans toutes les directions, ma respiration s’accélère au fur et à mesure que mon inquiétude de ne plus le revoir me gagne…

    Je suis presque à la sortie quand, en tournant la tête vers l’escalier qui mène au premier étage, je le vois là, assis sur les marches à mi hauteur en train de tripoter son portable. Oh, oui, il est là !!! Mais avec qui est-il en train de textoter ?

    Nos regards se croisent. Il me balance son petit sourire coquin qui me fait craquer. Il range son tel, il ramasse son sac, il se lève, il monte quelques marches tout en me regardant. J’ai ralenti mon allure, j’hésite… il marque une pause, il balance la tête sur le coté de façon lente et presque imperceptible… je craque… je sais ce qu’il veut… il est tard, ça va être un truc vite fait, une pipe comme hier… j’oublie illico l’humiliation de la veille… j’en ai trop envie et je suis étonné qu’il me le propose de façon si ouverte, si effrontée… je m’avance vers les escaliers, je m’appuie à la rambarde faisant mine de consulter mon portable à mon tour… avec la queue de l’œil je le vois disparaître à l’étage… je laisse passer quelques secondes et je monte les escaliers à mon tour…

    J’arrive devant la porte des toilettes au premier étage, je la pousse, il est là devant le miroir en train de faire couler l’eau, il s’est rafraîchi le visage, il a un peu mouillé les cheveux, ça lui donne un coté sexy à crever…

    Une des portes des cabines est ouverte, je croise son regard, on se comprend. Je m’y dirige illico. L’eau du lavabo s’arrête, il m’emboîte le pas. Je rentre dans la cabine, je le sens juste derrière moi, ses baskets touchent les miennes, il est pressé, il me bouscule pour rentrer dans le petit espace et refermer la porte derrière lui. Il fait chaud, très chaud.

    Je n’ai pas le temps de me retourner, j’entends le bruit du tissu qui tombe derrière moi, j’ai juste le temps de voir avec le coin de l’œil qu’il a tombé son short et que sa queue ainsi découverte pointe le zénith… de voir qu’il a fait passer l’avant de son débardeur derrière la tête… le rêve de la veille devient réalité, c’est sexy, terriblement sexy… il me saisit par les épaules, il plaque sa queue contre mon short, il la cale dans ma raie, avec une main il appuie fermement entre mes omoplates pour me faire plier le buste… il soulève mon t-shirt, il plie son buste, la peau de ses abdos est collée contre la peu de mon dos, c’est doux et chaud et extrêmement excitant… il se penche sur moi, sa bouche est à quelque centimètres de mon oreille… je sens son souffle sur mon cou, dans mon oreille :

    « Descends ton froc, je vais te sauter comme une chienne ».

    Ça me rend dingue tout ça… j’ai chaud, très chaud, j’ai trop envie de lui… je me défais très vite de tous les tissus qui couvrent mes fesses et je me retrouve avec sa queue en contact direct avec ma raie. Son gland la parcourt à plusieurs reprises, et un instant plus tard je reçois deux bons crachats juste en haut de la raie… avec son gland il étale sa salive dans ma raie et sur mon ti trou… sa queue ainsi enduite trouvera bien vite l’entrée de mon anus…

    Dix minutes plus tard, je rentre chez moi en chancelant. Je sens sa semence suinter de mon ti trou et imprégner mon boxer… Je trouverai le trajet très long, à chaque pas ma douleur physique se combinant avec ma douleur morale lui donnant une ampleur insoutenable… je suis obligé de me poser deux fois pour reprendre mon souffle et pour chialer. J’essaie de le cacher mais certains passants me dévisagent, interloqués.

    Je reprends mon chemin et une fois à la maison, j’apprécie le fait que personne ne soit pas encore rentré… ça me laisse le loisir de chialer autant que je veux, de prendre la plus longue douche brûlante que je n’ai jamais prise et de nettoyer mon boxer de toutes les traces de ce dernier passage en force du gourdin de mon beau brun dans mon intimité…

    Je m’allonge sur le lit, nu et j’essaie de me détendre. La douche chaude a eu le pouvoir de détendre mes muscles, je sens la douleur s’apaiser petit à petit. Mon ti trou est meurtri mais les courbatures dans mon ventre semblent perdre en intensité.

    Je prends plusieurs inspirations profondes… le plus d’air monte vite à mon cerveau et je sens la tête tourner… quand je reviens à moi, je réalise qu’il n’y a qu’une personne au monde que j’ai envie de voir ce soir là. Je passe un coup de fil. Une demie heure plus tard Elodie était là.

     


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