• 32 Thibault

     

    Jérémie allongé sur le lit, nu. Son corps musclé, sa peau mate, abandonnée au plaisir qu’il reçoit par des lèvres qui semblent conçues sur mesure pour lui délivrer le plus grand bonheur. Ses abdos ondulant sous l’effet d’une respiration accélérée, excitée. Son visage parcouru par les vagues de plaisir qu’une langue, elle aussi « sur mesure », lui envoie par petites touches, comme de petites décharges électriques qui chatouillent ses sens et qui font monter son excitation vers des sommets. C’est beau de regarder un beau garçon en train de prendre son pied.

    Penché sur son entrejambe, Nico est en train de coulisser ses lèvres sur le manche du beau brun. Nico adore sucer ce bogoss de Jérém. Et il a vraiment l’air de savoir comment s’y prendre. Ses mains se baladent sur ses pectoraux, titillant ses tétons. Un corps d’apollon frissonnant de plaisir. Peut-t-on imaginer tableau plus magnifique ?

    Et Jérém, mec de chez mec, adore se faire faire ce genre de gâterie. Nico est tellement bon dans son affaire, que le beau brun ne tarde pas à voir l’orgasme approcher. Il pose une main sur la tête de Nico, il exerce une pression alternée et rapide pour lui montrer qu’il faut désormais accélérer le mouvement. Un instant plus tard il se soulage les couilles en lâchant plusieurs jets bien chauds et denses dans la bouche de Nico, alors que le tout dernier se posera sur ses lèvres… c’est beau ce qui se passe sur le visage d’un garçon qui jouit…

    Jérémie est toujours allongé sur le lit, la respiration haletante, en train de récupérer de l’effort. Nico est en train de lécher sa queue toujours tendue, de goûter à la moindre trace de ce jus qu’il adore. Jérém prend une grande inspiration en fermant les yeux ; quand il les rouvre, Nico a terminé son affaire, il a relevé le buste, il est à genoux entre ses jambes, le regardant comme son Dieu. Jérém tourne la tête légèrement vers moi, allongé sur le lit juste à coté de lui ; et voilà qu’il me lance, un petit sourire coquin:

    Il va te faire la même chose, tu vas voir comment il suce bien…

    L’idée que ses lèvres, sa langue et sa bouche toute entière vont s’occuper de mon engin alors qu’elles viennent de se faire rincer par le jus de Jérém, cette idée me rend fou d’excitation… le jus de Jérém autour de ma queue… mélanger nos jus dans la bouche de Nico… je ne sais plus où j’habite tellement ça me rend marteau…

    Nico se déplace de coté, vers moi, il commence à branler ma queue qui est déjà bien raide du fait de l’avoir copieusement caressée pendant que je matais avidement sa performance sur le sexe de mon meilleur pote; il penche sa tête vers mon bassin et il commence à avaler mon gland, à le titiller avec la langue, à le masser entre ses lèvres… quand ma queue se trouve au fond de sa bouche et que ses aller retours se font bien amples et rapides, là je me dis que décidemment Jérém n’avait pas menti… et je comprends mieux pourquoi il aime coucher avec lui… oui, ce petit Nico fait ça comme un chef !

    Nico est en train de me sucer et je suis de plus en plus excité ; malgré le ravissement de mes sens et l’envie de regarder ce petit mec se soumettre à mon plaisir, je ne peux m’empêcher de regarder ce qui se passe à coté de moi… Jérém, à son tour excité par l’enthousiasme avec lequel Nico s’affaire sur ma queue, est en train de jouer avec la sienne, de se branler tout doucement…

    Cette queue… la voilà enfin… après l’avoir tenue dans ma main et de l’avoir branlée jusqu’à la faire jouir par une nuit lointaine, l’été de nos 13 ans, sous une tente en camping… après l’avoir si souvent matée dans les vestiaires, sous les douches, au gré des mouvements d’une serviette, désormais elle est là, complètement exposée à ma vue, à quelques centimètres de moi, à portée de ma main…

    L’excitation provoquée par celle qui ressemble déjà à la pipe de ma vie, une excitation des sens qui ressemble à une ébriété alcoolisée, me fait lentement glisser vers un état de bonheur et de bien être total… je suis tellement bien que je vois mes barrières tomber les unes après les autres… une fois dans ma vie, je sens que je perds contrôle…

    La queue de Jérém est là, elle vient de cracher dans la bouche de Nico et elle est à nouveau raide, chaude, dressée devant mes yeux, excitée… j’en a envie, j’en ai envie depuis trop longtemps pour ne pas profiter de l’occasion… ce soir, dans l’ivresse des sens, tout est possible… ce soir et rien que ce soir… alors il faut y aller… j’allonge la main et je l’approche de sa queue… j’ai un peu peur de sa réaction, mais je suis surpris et heureux de voir que dès que mes doigts effleurent les siens, jusque là serrés autour de son manche, sa main se dérobe, laissant place à la mienne… ce geste a pour moi la signification d’un feu vert inespéré mais tant attendu… je m’enhardis et je la saisis… quel bonheur de tenir un engin de ces proportions dans la main, longue, épaisse, douce, chaude, puissante… il est mieux monté que moi, ce petit con de Jé-Jé… c’est une queue magnifique, à l’image de son propriétaire… et puis c’est la queue de Jérém… un pur fantasme depuis si longtemps… alors je vais encore plus loin et j’entreprends de la branler…

    Je sens Jérém sursauter de plaisir… j’essaie de capter son regard, mais ses yeux semblent rivés sur ma main en train de secouer son manche. La pipe de Nico est mémorable, un feu d’artifice… mais le bonheur de tenir dans ma main la queue de Jérém dépasse tout autre plaisir des sens, du rêve à l’état pur…

    Je relève le buste, je me penche un peu vers Jérém pour être davantage à l’aise avec les mouvements de mon coude… je me penche encore un peu plus, comme aimanté par ce gland qui apparaît et disparaît au gré des mouvements de ma main… je suis de plus en plus proche du bassin du beau brun… je sens l’odeur de son sexe et du sperme qu’il vient de balancer dans la bouche de Nico… j’ai trop envie de le prendre en bouche…

    Mais j’hésite et j’hésite encore… tout ça est trop beau, tout ça est tellement inespéré… je lève le regard à la recherche du sien… je croise son sourire coquin, accompagné d’un petit clin d’œil à craquer, agrémenté par un léger signe de la tête, comme une invitation claire et nette à y aller sans plus attendre… oui, son regard est une invitation à me laisser aller… il a envie de ça ce petit con… une envie plutôt pressante qu’il saura me communiquer un instant plus tard, à sa façon…

    C’est d’abord la surprise quand je sens sa main se poser sur ma tête, approchant ainsi mes lèvres vers son gland pulpeux… je suis presque choqué par son geste si clair, si direct, ça me fait bizarre comme sensation que Jérém me pousse aussi ouvertement et violemment à faire ce truc dont j’ai par ailleurs très envie depuis toujours… j’ai comme un mouvement de recul, j’oppose une petite résistance… c’est mon pote… et ça ce n’est pas ce qu’on fait d’habitude entre potes… comment je le regarderai en face après ça ?

    Je me dis qu’il ne faut pas réfléchir, il faut que je me laisser aller, je suis excité à un point que j’en deviens dingue… je me dis que demain au pire on mettra ça sur l’excitation du moment, sur le fait d’avoir un homo à notre disposition pour nous soulager, c’est soirée sans limites, soirée jouissance sans tabous, soirée on se vide les couilles et on fait tout ce qu’on a envie… je sens alors la dernière barrière tomber, comme s’évaporer…

    « Allez, c’est bon » je l’entends chuchoter à mon oreille pendant que mes lèvres sont si proches d’approcher son gland… j’y suis presque, ses odeurs de mâle sont si intenses, si fortes… mes lèvres vont se poser sur son gland… mais c’est à ce moment précis que Nico décide d’augmenter la vitesse de sa fellation, me procurant un sursaut de plaisir et m’approchant dangereusement de l’orgasme… j’essaie de rassembler mes esprits pour me contrôler, pour ne pas me répandre de suite dans sa bouche, j’ai besoin de mon excitation pour faire plaisir à mon Jé-Jé… non Nico, pas encore… ne me prive pas de ça… j’ai envie de lui crier d’arrêter de me sucer mais je suis concentré à fond sur la maîtrise de mon corps et à un point envoûté par la proximité extrême du sexe de mon meilleur pote que je n’arrive pas à m’exprimer… mon cerveau est en panne, ma gorge est bloquée, mes lèvres, déjà entrouvertes pour accueillir le gourdin de Jérém, ne peuvent plus bouger…

    Non, Nico, ne me fait pas jouir, pas encore… j’ai envie de lui faire une pipe d’abord, car après avoir joui, pas sur que j’en aurai encore envie… Nico, Nico, Nico, attends, stp… ah non, je viens, ah non… je viens, c’est bon, je viens c’est triste… Nico… Pourquoi, Nico ?…

     

    Précédemment, dans 50 nuances de Jérémie : un regard un peu trop intéressé et Nico s’était trouvé dans une situation délicate face à un abruti imbibé d’alcool dans les chiottes d’une boite de nuit toulousaine; un t-shirt taché, une soirée écourtée pour Jérémie; Thibault l’accompagne à la voiture pour récupérer son portefeuille ; Thibault qui regarde Jérémie s’installer au volant et Nico prendre place coté passager, cette place qui avait tant de fois été la sienne, et ce soir là encore, pendant le trajet entre la Bodega et l’Esmé ; Thibault qui songera, l’esprit troublé, à la fin de soirée de son meilleur pote en compagnie de Nico…

     

    Dimanche soir, juin 2001, 23h58

     

    Quartier des Minimes, un beau garçon musclé, seul sous sa couette, vient de se réveiller d’un rêve plutôt bizarre qui l’a laissé retourné comme peu de fois dans sa vie… un rêve qui vient d’avoir un prolongement dans le réel, car la jouissance dont il a rêvé, est bien celle qui fait que ses draps sont moites…

    Il vient de rêver qu’il était dans la chambre rue de la Colombette, avec Jérémie et Nico ; ce dernier venait de faire jouir son pote dans sa bouche, juste avant de le sucer lui… pendant que lui, non seulement était en train de branler la queue de Jérém, mais à (moins) de deux doigts de l’avaler… rêve de fou… rêve duquel il a été éjecté en jouissant… et maintenant qu’il est réveillé, voilà que ce rêve de dingue tourne en boucle dans sa tête…

    Du rêve à la réalité, Thibault se retrouve à repenser à son meilleur pote avec qui il était parti en boite le soir d’avant : il le revoit venir lui parler de retour des chiottes avec son t-shirt blanc taché de sang, il le revoit partir plus tôt que prévu, suite à une bagarre qu’il avait affrontée tout seul et à son insu. Il le revoit partir accompagné d’un autre garçon, un garçon qu’il connaît à peine, mais qu’il sait être plus qu’un simple ami pour lui.

    Oui, ça fait un moment que Thibault s’imagine ce qui se passe entre Nico et son meilleur pote. Quand on connaît quelqu’un aussi bien que Thibault peut se prévaloir de connaître Jérémie, il y a des signes qui ne trompent pas. Et le malaise évident de Jérémie lorsqu’il lui avait posé la question sur son retour de boite cet après-midi là, n’avait fait que conforter son ressenti.

    Une question d’apparence anodine, qui pourtant en cachait une autre bien plus difficile à poser. Thibault se surprend à réaliser que c’est bien la première fois qu’il hésite à poser une question à son meilleur pote… c’est nouveau ça… avec son Jé-Jé ils s’étaient toujours tout dit, ils étaient tout l’un pour l’autre… mais depuis quelque temps l’intimité fusionnelle de leur amitié était en train de se brouiller du coté de Jé-Jé… Jérémie avait mis de la distance, avait érigé une barrière protégeant un coin reculé de son jardin secret… et à ce coin, même lui, Thibault, le confident de toujours, n’y avait pas accès… c’était dur d’admettre qu’une partie de la vie de son meilleur pote lui était désormais interdite… dur de voir que Jérémie lui cachait des choses…

    Oui, une toute autre question lui taraudait l’esprit, elle lui avait gâché toute la nuit d’avant, une nuit qu’il n’avait pas passée seul par ailleurs ; elle lui avait empêché de prendre vraiment son pied au lit, empêché de dormir, lui réservant par ailleurs un réveil d’humeur plutôt maussade ; elle était devenue carrément insupportable lorsqu’il avait vu Jérémie arriver cet après midi là, avec la mine des mauvais jours, un regard accablé et fuyant, un malaise qui avait l’air de s’être peu à peu dissipé : dans les vestiaires avant le match, à la faveur des retrouvailles entre potes ; pendant le match, à la faveur des résultats sportifs que ce petit con ne ratait jamais ; après le match, à la faveur de la bière coulant à flots…

    Cependant, Thibault connaissait trop bien son pote pour ne pas voir que même si son comportement essayait de sauver les apparences, même s’il faisait son possible pour faire « comme si », Jérémie n’était pas vraiment dans ses baskets ce jour là. Un truc le tracassait.

    Qu’est ce qui s’était passé avec Nico ?

    Ou, en clair :

    Qu’est-ce qui se passe au juste avec Nico ?

    Voilà la véritable question qui tournait en boucle dans la tête de Thibault. La réponse, ou une partie de la réponse, il la devinait. Pourtant, il avait besoin de l’entendre de la bouche de son meilleur ami. Il avait besoin de savoir comment il allait, son Jé-Jé.

    Thibault n’étant pas dupe, il sait que ce genre de question ça ne se pose pas à brûle-pourpoint, elle demande une approche progressive, en douceur. Alors, quand on n’ose pas poser la véritable question, on commence par en poser une autre assez éloignée du but, histoire d’établir le contact et de gagner la confiance avant d’orienter la conversation.

    Profitant d’une pause cigarette, Thibault avait entraîné Jérémie sur le terrain de jeu. Il s’était mis à marcher en parlant du match et Jérémie l’avait suivi. Après quelques banalités, en se faisant un peu violence, il avait fini par lui demander :

    Ça s’est bien passé le retour de l’Esmeralda… avec Nico… ?

    Jérémie ne répondra pas de suite à la question, se cachant derrière deux longues taffes tirées sur sa cigarette. Son regard partira loin, entre deux inspirations de fumée de tabac il s’éclaircira la gorge de façon inconsciente, ses dents mordilleront nerveusement sa lèvre inférieure : Thibault reconnaîtra ainsi les signes de la tension et de l’embarras chez son meilleur pote. Pendant un instant, il imaginera que Jérémie se mettra à table, comme toujours dans le passé, et qu’il lui confierait tout ce qu’il avait sur le cœur. Son espoir en sera vite déçu, lorsque son pote, après une troisième taffe et une main passée nerveusement sur le visage comme pour se débarbouiller, finira par lui lancer :

    « Ca a été… j’étais fatigué… il faut que j’arrête de boire autant… (il jettera sa cigarette, pourtant fumée qu’à moitié, il l’écrasera d’un geste rapide et approximatif, il fera demi tour de façon presque précipitée, se dédouanant ainsi d’autres questionnements, le regard toujours fuyant)… viens, on va retrouver les autres… »…

    Si ça ce n’est pas de la réponse évasive… Définitivement, cet après midi là, en posant une simple question sans vraiment obtenir de réponse, Thibault avait compris bien des choses : que ses soupçons sur ce qui se passait entre son meilleur pote et Nico étaient bien fondés ; que même si Jé-Jé devait bien trouver son compte dans cette relation, cette histoire le perturbait; que cette fois-ci son Jé-Jé ne lui laisserait pas jouer le rôle de confident auquel il était habitué ; que Jérémie était en train de changer et que certainement leur amitié allait être profondément bousculée. Et que, pire que tout, elle allait l’être à jamais. Et une profonde tristesse avait envahi le cœur de Thibault en regardant Jérémie se précipiter vers les vestiaires, comme en le fuyant, lui, Thibault, l’ami de toujours.

     

    Retour en arrière de quelques heures. Le matin du même dimanche, 4h18.

     

    Dans un appartement du Quartier des Minimes, Thibault, couché sous sa couette avec une présence féminine endormie à ses cotés, n’arrive pas à trouver le sommeil. Il revoit la 205 sortant du parking de l’Esmé et disparaissant dans la nuit… se surprenant à ressentir un étrange mélange de sentiments de déception et de frustration vis-à-vis de son Jé-Jé de toujours, rentrant seul avec ce petit Nico…

    Il n’a jamais posé de questions, personne ne s’est ouvert à lui à ce sujet… pourtant il sait… c’est une intuition, presque une certitude qu’il a eue un jour quelques semaines plus tôt, lorsqu’il a croisé ce garçon devant la porte de la chambre de son meilleur ami. Lui, Thibault, en sortait après une bière entre mecs à la fin de sa journée de travail: le garçon arrivait pour des révisions de maths. C’était un garçon qui avait l’air de quelqu’un de très gentil et de très timide. Son regard était mal à l’aise lorsqu’ils s’étaient serré la main.

    L’image de Nico arrivant à la chambre de Jérém, d’abord surpris de le voir en sortir, ensuite gêné de le croiser, s’accompagne d’une autre image, une image de quelques minutes plus tôt, celle d’un Jérémie lui non plus pas très à l’aise de le voir débarquer à l’improviste, lui, son meilleur pote Thibault, un Jérémie semblant pressé de finir cette bière pour se consacrer aux révisions avec ce pote qui allait débarquer d’un moment à l’autre.

    Quelques temps plus tard, il y avait eu cette soirée au KL, une soirée pendant laquelle il avait eu l’occasion, ou plutôt il avait eu la curiosité et pris le temps de regarder évoluer ce Nico : il avait ainsi pu remarquer cette façon qu’il avait de regarder les garçons… oui, Nico regardait les beaux garçons au KL ; mais il y avait un garçon qu’il ne quittait jamais des yeux pendant plus de dix secondes… et ce garçon était son Jé-Jé.

    A un moment de la soirée, à la faveur d’une occasion qu’il avait un peu provoquée en allant s’asseoir juste à coté de lui au bar, il y avait eu cette petite conversation… dès les premiers échanges, et malgré la musique assourdissante autour d’eux, il avait ressenti dans les mots, dans les regards, dans les yeux de Nico quelque chose qui ressemblait bien à de la tendresse vis-à-vis de Jé-Jé. « Je l’aime bien aussi » avait dit Nico; alors qu’une étincelle, à la fois émue, rêveuse et pleine de douceur, passait sur ses yeux… ses sentiments à l’égard de Jérémie lui avaient paru si évidents que dans cette simple phrase « Je l’aime bien aussi », les mots « bien » et « aussi » s’en trouvaient complètement inutiles…

    Très vite, Thibault avait compris non seulement que Nico était homo mais que par-dessus tout, il était  amoureux, très amoureux, de son meilleur pote.

    Quant à l’attitude de ce dernier, même si elle restait plutôt discrète, voilà qu’elle ne semblait pas complètement insensible à celle de Nico. Il l’avait remarqué ce soir là, parfois le regard de son Jé-Jé semblait de poser sur ce garçon d’une façon qui confirmait son intuition. Comme s’il avait besoin de se sentir désiré par ce garçon comme avant il avait eu besoin de se sentir désiré par les nanas.

    Décidemment cette fameuse soirée au KL avait été bien révélatrice pour Thibault. Et lorsque Jérémie était venu lui annoncer qu’il rentrait à 1h35, 1h35, bon sang !, et qu’il ramenait Nico, ses doutes avaient soudainement pris la consistance d’une certitude.

    Ainsi, réalisait Thibault en ce dimanche matin, depuis plusieurs semaines il se passait un truc entre eux… oui, force était de constater que Jérémie avait bien changé depuis quelques temps. Et ce « depuis quelques temps », correspondait bien au début des révisions avec Nico… sacrées révisions… jamais Thibault n’avait vu Jérémie réviser autant… au point de manquer des entraînements, au point de renoncer à une soirée entre potes… certes, le bac approchait, mais il savait son Jé-Jé bien plus nonchalant que ça… ça a bon dos les révisions…

    Non seulement, « depuis quelque temps », Thibault avait remarqué que son incorrigible queutard de pote chassait moins la gonzesse, beaucoup moins… que, « depuis quelque temps » les nanas se faisaient rares dans le lit de Jé-Jé… en plus de ça, « depuis quelque temps », plusieurs fois Jé-Jé lui avait parlé de ce Nico… ce petit pd qui le kiffait… ce petit pd qui l’aidait à réviser car il devait espérer des trucs que jamais de la vie… et vas y que « ce petit pd n’arrête pas de me mater », ce « petit pd avait dit cela » et « ce petit pd avait dit ceci»…

    Au final, en dépit de sa façon de faire mine d’être agacé par les attentions du petit Nico ; en dépit de son attitude, qui semblait se moquer ouvertement des ses penchants, une attitude de mépris et de dédain, le sujet « Nico » revenait de plus en plus souvent sur le tapis… et, à bien regarder, au-delà des railleries et des boutades, Thibault avait vraiment l’impression que son pote avait l’air flatté que ce « petit pd » s’intéresse à lui…

    D’ailleurs, Nico semblait être de plus en plus présent dans sa vie. De plus en plus souvent, alors qu’avant ils ne le voyaient jamais, ils le croisaient presque à chaque fois qu’ils sortaient en boite; ce samedi là, début de soirée à la Bodega, il est là ; ensuite, sur proposition de Jérém et sans une véritable raison, exit l’éternel KL, les voilà partis pour l’Esmé, une boite où ils avaient du mettre les pieds qu’une seule autre fois de leur vie ; ils arrivent là bas, Nico est là encore ; Jérém part aux chiottes et il en revient quelques minutes plus tard avec lui, le t-shirt éclaboussé de sang… en racontant qu’il s’est battu avec un type à cause d’un mot de travers…

    Et pour finir, une fois de plus ils repartent de boite que tous les deux. C’est déjà arrivé plus d’une fois, Jérém qui repart tout seul avec lui… Jérém qui part de boite avec des prétextes bidons… Jé-Jé naze un dimanche matin à 1h35 ? deux fois dans un mois ? Lui qui « avant » faisait la fermeture des boites après s’être tapé une ou plusieurs nanas dans les chiottes du KL ? Non, ça ne tient pas debout…

    Jérém ne lui avait pas parlé de cet aspect de sa vie, c’était certainement quelque chose de difficile à assumer pour lui. Peut-être c’était tous simplement trop tôt, ou alors cette chose était brouillée dans sa tête, enveloppée dans un brouillard épais… une simple passade, peut-être ? L’envie d’essayer un truc nouveau ? De la curiosité ? Est-ce que son pote avait besoin de savoir où il en était, où il allait, avant de lui en parler… ?

    Non, Jérém ne lui avait pas parlé de ce qui se passait réellement avec ce petit Nico ; cependant, si les mots n’étaient pas au rendez-vous, il y avait un truc assez troublant dans l’attitude de Jérém vis-à-vis de tout ça… parfois, lorsqu’il faisait des allusions à Nico, quand il lui parlait des révisions, quand il venait lui annoncer qu’il le raccompagnait, Thibault avait l’impression que Jé-Jé savait : il savait que, lui, Thibault, savait… comme une complicité au delà des mots, comme un truc de plus qu’ils partageaient, un secret entre potes… oui, un truc dont on ne parlera jamais, comme cette petite branlette partagée sous une tente il y a bien longtemps…

     

    [Août 1995. C’est l’été de leurs treize ans et Jérémie est parti en camping avec Thibault et sa famille... les deux copains dorment dans la même tente... quelques branlettes côte à côte... imaginant que le copain n’a rien remarqué... et puis un soir, une main glisse sur le sexe du pote qui est en train de se caresser dans le noir… c’est agréable la sensation d’une autre main que la sienne sur sa zigounette… alors, après une première surprise, on laisse faire, ce touche pipi est si délicieux qu’on ne se pose plus de questions; d’ailleurs, après une petite bière achetée en cachette à la buvette du camping, tout semble permis... on sent ce truc monter, ce truc si plaisant dans son bas ventre... ça vient, qu’est ce que c’est bon, on jouit si fort qu’on a du mal à ne pas crier... c’est tellement bon qu’on arrive pas à s’endormir...

    On reste en silence à coté du copain qui nous a fait ce plaisir... on sent qu’il est en train de se branler à son tour et alors on ne peut pas se priver de lui rendre la pareille... on allonge la main, on rencontre la sienne, elle laisse la place et on continue de branler le sexe de ce pote qui nous a fait ce cadeau en premier... on le sent jouir dans notre main et on est contents de l’entendre haleter de plaisir…].

     

    Oui, c’est ça être potes… savoir des choses sur l’autre et savoir parfois les passer sous silence, lorsqu’on comprend que les mots ne seraient d’aucun secours… savoir comprendre, accepter sans juger… comprendre sans que la parole ne vienne gâcher ce que l’on sait déjà sans se le dire… ça s’appelle l’amitié…

    Pourtant, il avait vraiment besoin de savoir, besoin que Jérém s’ouvre à lui plutôt qu’il ne se sente obligé de le brancher sur une jolie fille pour le ménager, une jolie fille dont le plus grand attrait était à ses yeux celui d’avoir couché quelques temps plus tôt avec son meilleur ami. Une jolie fille à qui Jérém avait peut-être promis de remettre ça si ce soir là elle s’était occupé de son pote…

    Ça c’était bien un coup à la Jérémie… un coup qu’il lui avait fait par deux fois déjà, un coup que la nana avait toujours fini par lui avouer après l’amour… voilà une attitude de Jérém capable de le toucher et de le vexer à la fois… oui, c’est touchant un pote qui s’inquiète que vous ne finissiez pas la soirée tout seul… mais au même temps c’est humiliant de penser qu’il ait pu imaginer que vous aviez besoin de cela pour lever un coup du samedi soir…

    Quelle drôle de sensation pour Thibault que d’accompagner son Jé-Jé à la voiture… il y a un truc qui le dérange, un truc qu’il n’arrive pas encore bien à s’expliquer, ou tout simplement à admettre, un truc qui lui prend bien la tête comme il faut… sur le parking, Thibault essaye de retrouver, et de montrer à « l’intrus », un peu de cette complicité qu’il y a depuis toujours entre lui et son pote… il lui lance des piques et son Jé-Jé réagit à ses petites bousculades. Pourtant, imagination ou réalité, Thibault a l’impression que Jérém n’est pas comme d’habitude… Nico est là et Jé-Jé est comme différent… alors que d’habitude il n’a aucune gêne à déconner avec lui et à être très tactile, même devant plein de monde, Thibault le trouve moins libre dans ses mouvements… il a l’impression que Jérém est pressé d’arriver à la voiture et de rentrer… alors les questions envahissent son esprit…

    Qu’est ce qui se passe au juste avec Nico ? Qu’est-ce qui se passe dans la tête de Jé-Jé ? Que s’est-t-il passé dans ces putains de chiottes avec le type avec qui il s’était battu ?

    Thibault regarde Jérémie et Nico prendre place dans la 205, une sensation bizarre dans le ventre. Pourtant, depuis bien longtemps déjà, Thibault est habitué aux escapades de son Jé-Jé… combien de fois il l’a vu s’éclipser avec une gonzesse à une fête de village ou dans les chiottes d’une boite de nuit, ou repartir direction rue de la Colombette en charmante compagnie… à chaque fois ça l’a rendu un peu jaloux, jaloux du succès de son meilleur pote avec la gent féminine…

    Mais au final, les aventures de son pote l’avaient toujours fait sourire… d’autant plus que le lendemain, ou plus tard le soir même, il serait venu lui en parler, lui raconter, faire des blagues de mec… ils auraient rigolé ensemble, retrouvé à l’instant cette entente de potes qui avait toujours été la leur depuis l’enfance…

    Oui, Thibault est habitué aux escapades de son Jé-Jé… en quoi le fait que ce soit un mec et non pas une nana devrait le perturber ? Il n’y a pas de raison… pourtant c’en est ainsi…

    En revenant vers l’entrée de l’Esmeralda, Thibault ne peut pas quitter la 205 des yeux; il reste là, planté sur le parking, à fixer la lumière rouge des feux arrière s’éloignant dans la nuit jusqu’à qu’elle soit définitivement hors de sa vue ; le vent souffle sur sa peau et il se surprend à penser à son pote seul avec Nico… en vrac, au fond de lui, de la tristesse, un peu de déception et, il faut bien l’admettre, un autre truc qu’il ressemble bien à de la jalousie… comme si on le privait de quelque chose… comme si on lui arrachait quelque chose… comme s’il était laissé… sur le carreau…

    Est-ce qu’il est jaloux que Jé-Jé ait un autre pote ? Ou bien jaloux du fait qu’il se passe un truc, ce truc, avec ce pote ? Est-ce qu’il est jaloux de savoir son pote en train de s’envoyer en l’air ?... Ou alors, est-ce qu’il est jaloux de savoir son pote en train de s’envoyer en l’air… avec Nico ? Jaloux de savoir son pote en train de s’envoyer en l’air loin de lui ? Pourquoi donc ? Est-ce qu’il a envie de voir Jérémie s’envoyer en l’air ? Envie de le voir nu, en train de prendre son pied ? Est-ce que ce soir là, à pouvoir choisir, il aurait eu envie de monter dans la voiture avec eux ? Est-ce que, à pouvoir choisir, il serait bien monté dans la voiture à la place de Nico et… pour la même fin de soirée que Nico… Est-ce qu’il est tout simplement jaloux qu’ils couchent ensemble, que Jérém partage avec ce Nico quelque chose qu’il n’a jamais partagé avec lui ?

    L’idée est tellement énorme et difficile à assumer que Thibault ressent le besoin de rester seul pour accuser le coup de toutes ces nouvelles questions qui se bousculent dans sa tête et secouent son esprit au point de lui brouiller la raison. Il s’arrête un instant appuyé à la rambarde à coté de l’entrée de la boite. Il ne se sent pas le courage de retourner dans le boucan de la salle, dans la chaleur étouffante, au milieu de tout ce monde, de retrouver les potes, de devoir déconner alors que le cœur n’y est pas… il prend une inspiration profonde, il essaie de faire le vide dans sa tête, de repousser cette image, cette idée complètement délirante… avoir envie de rentrer avec Jérém… d’être à la place de Nico pour tout…

    Il avait fallu qu’un petit Nico surgisse dans la vie de son pote pour que les désirs de Thibault, des envies que sans cela seraient certainement restés tapies au fond de son cœur, remontent à la surface de sa conscience avec une violence inouïe. Une violence nourrie par la jalousie.

    Celle là, alors, Thibault se disait qu’il ne l’avait pas vue venir… que jamais il n’aurait cru que Jérém chercherait un jour la compagnie d’un garçon… « Et moi qui croyais le connaître… – se dit-t-il, le regard perdu dans le vide, sentant une étrange fatigue le gagner, le malaise se dissipant petit à petit laissant apparaître une sorte de tristesse empreinte de résignation  – mais comment ça se fait qu’un mec comme Jé-Jé ait eu envie de se taper un garçon alors qu’il peut avoir toutes les nanas qu’il veut ? Bien sûr… beau comme il est, il doit se faire brancher par des mecs… et dans le quartier où il habite, c’est pas ça qui manque, les mecs à mecs »…

    Tu le sais, Thibault, il a des gars qui ont un truc, une façon de regarder qui fait qu’on a envie de les regarder aussi… ça t’est arrivé à toi aussi de te faire mater… au taf, en boite… une fois t’as même du refuser du rentre dedans plutôt cash… t’avais même trouvé que le mec n’était pas mal et en plus il savait s’y prendre… il était charmant… ça avait été dur pour toi de lui dire que tu n’étais pas intéressé… alors, si ces trucs là t’arrivent à toi, ils doivent arriver dix fois plus à Jé-Jé… toutes les nanas sont folles de lui… alors les homos…

    Eh oui, Thibault, il faut bien admettre que de mater les mecs… parfois ça réveille des trucs… est-ce bien que de la curiosité ce truc qui se passe dans ta tête quand tu ressens cette sensation de bien être et de douceur en regardant les potes rigoler entre eux, se dessaper dans les vestiaires, faire les cons, nus sous les douches… ce sont des potes, tu es bien avec eux… ce sont des potes marrants, ils sont cool… mais tu te surprends bien souvent à être admiratif devant leur nudité, devant leur aisance, devant leur beauté…

    C’est vrai, c’est beau le corps d’un garçon… on ne peut pas dire le contraire… tu aimes les regarder, respirer, t’imprégner de cette ambiance chargée de testostérone propre aux vestiaires, mais jamais tu ne pourrais passer à l’acte, n’est-ce pas Thibault ? Jamais tu ne pourrais faire des trucs avec un mec… jamais… jamais ou bien… sauf si c’était avec lui… juste un ti truc, histoire de se souvenir de ce bon moment sous la tente il y a six ans déjà, ce moment que tu n’as jamais pu oublier…

     

    [Août 1995. On reste en silence à coté du copain qui nous a fait ce plaisir... on sent qu’il est en train de se branler à son tour et alors on ne peut pas se priver de lui rendre la pareille... on allonge la main, on rencontre la sienne, elle laisse la place et on continue de branler le sexe de ce pote qui nous a fait ce cadeau en premier... on le sent jouir dans notre main et on est contents de l’entendre haleter de plaisir.

    A treize ans, l’excitation est si forte, la sensation de découvrir son propre corps si prenante que l’on recommence une, deux fois dans la même nuit... le sommeil est entrecoupé de plaisirs inattendus...

    Ensuite le matin arrive, trop tôt, le soleil est haut dans le ciel quand on décide enfin de se lever. On ne reparlera plus jamais de ce qui s’est passé cette nuit là et on ne recommencera plus jamais ce même manège. On est un peu gênés au début, on n’ose pas trop se regarder dans les yeux, mais on retournera rapidement à la vie de tous les jours et on reprendra l’amitié là où on l’avait laissée avant cette parenthèse fermée, avant cette folle nuit hors du temps…].

     

    Eh oui, Thibault, il faut bien avouer que Jérémie te fait bien plus d’effet que quiconque… depuis toujours… c’est le seul mec qui te fait cet effet là… combien de souvenirs de ton Jé-Jé, de ces instants d’éternité ou tout semble possible…

     

    [Septembre 2000. Souvenir d’un soir d’entraînement de rugby, d’être resté pour faire de la muscu dans la salle à côté des vestiaires… souvenir d’avoir traîné assez longtemps pour que l’on soit que tous les deux… souvenir d’avoir passé de longues minutes à regarder Jé-Jé faire des haltères et puis des exercices pour muscler le dos, les abdos…

    Et puis avoir attendu avec impatience le moment de prendre une douche rien que tous les deux… avoir eu envie de le voir poser son t-shirt, son short, envie de le voir nu… sentir l’effet que ça fait de le voir tout près, à poil, sous la douche, les peaux si proches, s’effleurant par moments, essayer de penser à autre chose, sans pouvoir, sentir la trique venir toute seule; se retourner en catastrophe, gêné, fermer l’eau chaude et laisser le jet glacial fouetter la peau pour essayer de se calmer… alors qu’on ressent une envie de dingue de serrer son corps contre le sien, l’envie de toucher à nouveau, après tant de temps, cette queue jamais oubliée et qui hante bien des rêves… envie de lui faire plaisir… envie à en crever, envie impossible… envie tellement pressante, tellement obsédante qu’on se dit à un instant : j’y vais, je vais y aller, je vais le caresser, il ne peut pas refuser, juste une branlette... le cœur qui cogne dans la poitrine, la tête qui semble devoir exploser…

    Envie impérieuse, grandissante à l’extrême, envie qui semble pouvoir tout rendre possible, comme si en raison de sa puissance elle pouvait devenir contagieuse et se transmettre à lui à l’instant… envie déchirante, et si vite rattrapée par la déception soudaine, lorsque on entend le robinet qui se ferme, quand on voit son corps ruisselant d’eau s’éloigner avec cette démarche assurée qui est la sienne depuis bien longtemps déjà… tristesse et désillusion quand on réalise que l’instant est passé… quand on se rend compte qu’un instant plus tôt, alors que tout était encore possible, on avait estimé que ce n’était pas le moment, alors qu’un instant plus tard, maintenant, sans crier gare, ce n’est déjà plus le moment…

    … rester alors sous la douche, hagard, dépité, et le regarder en train de s’essuyer, reluquer sa queue apparaître et disparaître au gré des passages de la serviette sur son anatomie parfaite…

    ... respirer un bon coup avant de fermer l’eau à son tour, avant de sortir de la douche, grelottant, la queue toujours raide… avoir honte de s’approcher pour chercher la serviette, honte de lui montrer cette putain de trique qui ne tombe pas, alors qu’il a déjà passé son jean et que, torse nu, son t-shirt dans les mains, beau comme un Dieu, il pose son regard exactement là où on ne voudrait pas qu’il le pose… se sentir gêné comme jamais, embarrassé devant son petit sourire narquois, troublé d’entendre sa réflexion pas gênée du tout, elle : « Dis donc, c’est l’effet de la douche, ça ? »...

    ... avoir envie de lui balancer à la figure… putain, Jé-Jé, non ça c’est juste l’ « effet douche avec toi » !!! Mais sentir la honte plus forte que le courage d’assumer ses envies… faire semblant de sourire de sa blague, mais se sentir frustré, déçu, s’en vouloir à mort, sentir en soi un sentiment lancinant de défaite qui fait mal au ventre…

    « Souvenir de m’être branlé une fois rentré chez moi en pensant à Jé-Jé me matant sortir de la douche, la queue tendue, avec son petit sourire en coin, avec cette étincelle canaille »… ].

     

    [Janvier 2001. Une autre soir, tard dans la nuit, se retrouver tous les deux chez moi après une virée en boite, parler rugby, boire une bière, rigoler, boire une autre bière, refaire le monde, boire une troisième bière… parler nana, parler cul… espérer trouver le moyen, envisager quelque chose, ne pas oser l’exprimer… avoir honte rien que d’y avoir pensé… espérer qu’il me tende une perche… qu’il m’offre une occasion… parler pendant des heures en espérant que le bon moment se présente… chercher les yeux de Jé-Jé, chercher à y lire un ressenti semblable au mien… et puis fuir son regard quand il semble accrocher mon désir et lui laisser une ouverture…

    Oui, il y a des moments où il me semble de lire un truc dans son regard, comme une invitation… au fond de moi, je me dis que je n’ai qu’a sourire à mon tour et à me laisser aller… mais à chaque fois qu’une occasion du genre s’est présentée, voilà, je n’ai pas eu le cran… à chaque fois j’ai baissé mon regard, j’ai sorti une connerie, j’ai lancé un sujet sans importance, j’ai fait le clown, j’ai volontairement raté le coche, ignoré l’instant, fui mon désir, son désir ? Notre désir ?…

    Je connais Jé-Jé, je sais qu’il est bien trop fier pour faire ce genre de pas… pourtant il a bien du voir ce truc dans mon regard… s’il a vu, il fait mine de rien… il est ainsi fait ainsi mon Jé-Jé… alors, il n’y a que moi qui puisse débloquer la situation, prendre le courage à deux mains et faire arriver ce dont on a peut-être envie tous les deux…

    En plus il y a entre nous un putain de feeling… il est de ces moments où il y a une espèce de tension, une telle complicité, une telle perfection de l’instant, une entente, une magie… je sens nos jeunesses se frôler, nos amitiés se frotter l’un à l’autre en faisant des étincelles… il n’y a pas de mots pour ça, c’est un ressenti épidermique, je suis bien avec lui, je me sens vivre avec lui, je sens qu’il est bien avec moi, qu’il m’apprécie, qu’il y a un truc qui se passe… c’est vrai, on se comprend, on s’entend pour tout… pour tout sauf que pour ça… pourtant je crois vraiment qu’on en a envie tous les deux, mais c’est comme si tous les deux on avait peur de gâcher la perfection de notre amitié en passant à l’acte… comme si en passant à l’acte plus rien après ne pouvait plus être comme avant…

    Pourtant le désir est toujours là, dans ma tête : j’essaie alors de l’évacuer autrement, en vain, en restant avec lui pendant des heures, en rigolant… au fil de la nuit, se retrouver à vivre un de ces moments que je ne connais que trop bien, ces moments où l’on sent venir une bonne dynamique de franche rigolade, d’intimité, comme de promiscuité… une conversation cul qui arrive de nulle part et semble aller dans le bon sens… des instants qui se prolongent, durent et donnent l’impression que oui, tout est possible, que c’est possible, qu’il SE passe un truc, qu’il VA se passer un truc… Et puis, un détail, un mot et patatras, tout s’écroule…

    Faut que je rentre…

    Quatre mots et toute la magie a disparu d’un coup, un seul. Je lui souris et je lui souhaite la bonne nuit. Rentre bien…

    Et patatras…

    Tu sais Thibault que tu es le seul à pouvoir faire le premier pas, mais tu as laissé passer tellement d’occasions… si connement… toujours fui l’instant présent t’en remettant aux espoirs encore intacts de celui qui viendra dans une meilleure occasion, demain sûrement. C’est con d’attendre de demain ce que aujourd’hui pourrait nous amener. C’est con mais c’est ce qu’on fait souvent, lorsque on n’ose pas assumer nos envies. Par peur, par crainte. C’est con… surtout qu’il n’y aura peut-être pas toujours un demain… la vie change si vite et au gré des rencontres, les envies peuvent changer et les occasions de les assouvir aussi…

    Tristesse et désillusion quand on réalise que l’instant est passé…].

     

    [Août 2000. Dans la tête de Thibault, voilà l’image d’un soir de l’été d’avant, bien avant le début de ces putains de révisions avec Nico, quand Jérém était encore le Jé-Jé qu’il connaissait, « son Jé-Jé à lui », un soir où l’alcool était joyeux, à point pour faire tomber quelques barrières et suffisant pour adoucir les mœurs.

    Ce soir là ils s’étaient retrouvés tous les deux sur ce même lit dans lequel il lui était si difficile à présent de trouver le sommeil : il faisait tellement chaud qu’ils s’étaient mis torse nu en arrivant, avant d’ouvrir des bières bien fraîches qu’ils étaient en train de boire, allongés l’un à cote de l’autre…

    Ca tapait la discute autour de tout et de rien, la conversation n’étant que prétexte pour faire durer cet instant entre potes…

    La nuit d’été était chaude, et il n’y avait pas que la nuit qui l’était… des images torrides se bousculaient dans la tête de Thibault… envie de lui, envie de sentir son torse sur le sien, sa peau contre la sienne… son parfum de mec aux effets ravageurs… alors, une fois la bière avalée, trouver un prétexte quelconque pour faire le con, pour se jeter sur lui, pour le chatouiller, pour passer sa main sur son dos, sur ses épaules, frôler sa braguette et sentir son paquet à travers le jean… un pur fantasme que de sentir son corps musclé contre le sien…

    Thibault se retrouve allongé sur Jérémie, torse contre torse, la tête penchée sur la sienne… les yeux dans les siens… il lui sourit et il continue à parler et à déconner pour que cette situation ambiguë ne tape pas trop dans l’œil de son pote et que ça ne lui donne pas l’envie de s’y soustraire ; parler pour ne pas se laisser gagner par ses fantasmes… parler encore et encore pour ne pas céder à la tentation insupportable de l’embrasser… lui sortir une connerie, tenter de sonder le terrain en le flattant…

    J’aimerais avoir la moitié de la cote que t’as toi avec les filles…

    T’en as autant que moi, mais tu as peur d’aller les voir…

    Je n’ai pas l’impression qu’elles s’intéressent à moi plus que ça…

    Je te dis que si…

    Pas sûr…

    Ne sois pas bête, tu sais que tu es beau garçon, tu plais…

    C’est toi qui plais, Jé-Jé… t’as vu comme tu es foutu… comme t’es beau… toutes les nanas ont envie de toi…

    De toi aussi, faut juste que tu aies un peu plus de confiance en toi…

    Se sentant pousser des ailes, le joint qu’ils avaient partagé en arrivant à la chambre faisant son effet, Thibault avait au cette phrase qu’il avait regrettée presque instantanément :

    Moi si j’étais une nana, je préférerais coucher avec un mec comme toi qu’avec un mec comme moi…

    Un silence gêné s’en était suivi. Thibault avait croisé un regard troublé sur le visage de Jérémie, juste avant qu’il ne détourne les yeux, alors qu’un seul petit sourire de la part de Jé-Jé ça aurait été pour lui le feu vert pour aller plus loin… Jérémie n’avait pas saisi son désir et s’il l’avait deviné il n’avait pas souhaité faire un pas vers lui…

    Thibault se sentait désormais super gêné de se trouver toujours sur lui, torse contre torse, bassin contre bassin, braguette contre braguette… plus tard, il repassera mille fois cette scène dans sa tête, en se disant à chaque fois qu’il avait laissé passer le bon moment, comme un con… il aurait voulu revenir en arrière pour avoir le cran de porter une main sur la braguette de son pote qu’il avait senti bander sous son jean, contre son propre jean… au lieu de quoi, par crainte, il avait reculé, il avait reculé alors que c’était gagné… il avait rigolé comme un idiot, il avait chatouillé son pote pour détendre l’ambiance et il s’était laissé glisser sur le flanc, se retrouvant à nouveau allongé sur le lit, à côté de Jérémie…

    Il aurait suffit qu’il ose lui ouvrir la braguette, saisir sa queue comme cette nuit sous la tente, rien de plus, ils auraient certainement passé tout les deux un super moment… et le faire jouir n’aurait été qu’un pas de plus pour lui montrer à quel point… à quel point… à quel point… quoi ? A quel point son amitié était… forte ?].

     

    Dimanche matin, juin 2001, 4h52. Thibault n’arrive pas à trouver le sommeil et il n’a cesse de penser à Jé-Jé en train de s’envoyer en l’air, de l’imaginer en train de prendre son pied avec Nico. La chance, ce petit Nico… la chance et le bonheur de sentir son corps musclé contre le sien... le contact de sa peau mate et chaude… la chance de voir ce beau garçon en train de jouir… il est jaloux, il est frustré mais au même temps il trouve ça extrêmement excitant... il l’imagine bien son Jé-Jé en train de se faire sucer ou en train de coulisser entre les fesses de Nico, ce petit Nico qui, faut bien l’admettre, possède quand même un charme bien à lui…

    Ils doivent être bien ensemble… Nico est homo, un vrai mec qui aime les mecs et qui s’assume… il doit lui faire des trucs que je n’oserais pas lui faire ou qu’il ne saurait pas accepter de moi, qui a été son meilleur pote… est-ce que Jé-Jé fait toujours… le mec ? A priori, on pourrait penser qu’un garçon aussi viril ne peut que faire le mec… à moins que… chercherait-t-il peut-être à assouvir un fantasme que seul un mec peut lui faire vivre ?

    Au final, en étant vraiment honnête, est-ce bien vrai que le coup de Jérém cherchant la compagnie d’un garçon dans son lit, il ne l’avait pas vu venir ? Est-ce que plutôt il n’avait juste pas voulu le voir venir ?

    Il avait fallu qu’un petit Nico surgisse dans la vie de son pote pour que certains signes avant coureurs lui sautent aux yeux, alors que sur le moment il était passé à coté de tout cela… dès lors, voilà que les regards de Jérém posés sur certaines nudités dans les vestiaires, à l’origine passés inaperçus par le fait de sa conviction que Jérém était un mec 100% à nana, prenaient aux yeux de Thibault une nouvelle dimension.

    Creuser un peu et retrouver dans la mémoire certains de ses regards dans les vestiaires ou sous la douche… et encore plus flagrant, des regards de certains potes sur son Jé-Jé… avoir parfois capté des échanges fuyants, flottants, des regards qui décrochent à l’instant même où ils se rencontrent, des regards qui ne s’avouent pas, qui sont là, qui disparaissent, qui reviennent, des regards gênés, regards appuyés, regards gênants quand ils se font un peu insistants, regards qui manquent quand ils cessent, regards sur Julien et sur d’autres gars, regards troublés par les nudités qui apparaissent et disparaissent au gré du passage d’une serviette… regards sur lui, parfois… souvenir de s’être branlé une fois dans les chiottes des vestiaires en pensant à Jé-Jé le matant sous la douche avec son petit sourire en coin, avec cette étincelle canaille… sacré fripon de pote ! ».

    « Mais oui, oui, oui… oui, il matait… mais comment je ne me suis pas rendu compte avant que Jé-Jé était sensible à tout ça… les corps nus, les muscles chauds, les odeurs de douche mélangées aux odeurs de peaux masculines… l’excitation des corps qui se frôlent… qui se caressent du regard, alors que l’imagination est vive… le corps est faible… alors qu’un garçon de notre âge a toujours envie… alors que l’excitation toujours présente et que la promiscuité adoucit les mœurs dans l’ambiance moite d’un vestiaire de rugby après le match »…

    Tant qu’il avait été persuadé que Jérém n’était qu’un mec à filles, ses désirs étaient restés enfouis dans le domaine de l’irréalisable : Jérém 100% hétéro avait de quoi décourager toutes des envies de rapprochement au delà de la plus stricte amitié virile… mais maintenant qu’il savait que son meilleur pote était ouvert à d’autres horizons sexuels, il ne pouvait pas s’empêcher de se demander pourquoi Jérém n’avait pas pensé à lui pour essayer un truc entre mecs, alors qu’il pouvait bien se douter que s’il s’était fait laisser faire une fois, il y avait de fortes chances pour qu’il soit d’accord pour recommencer…

     

    [Août 1995. A treize ans, l’excitation est si forte, la sensation de découvrir son propre corps si prenante que l’on recommence une, deux fois dans la même nuit... le sommeil est entrecoupé de plaisirs inattendus...

    Thibault ne pourra jamais oublier ce soir là quand, au delà de ses espoirs les plus fous, Jérémie avait allongé en premier sa main dans le noir pour la poser sur sa queue et commencer à le branler délicatement en l’amenant tout doucement vers sa première jouissance à deux]…

     

    Est-ce qu’il repense parfois à cette nuit lointaine quand il couche avec Nico ? Comment Jérém a vécu cela ? On n’en a jamais reparlé… jamais, pas un mot, pas une allusion… j’ai cru que Jérém en avait honte ou pire que ça ne signifiait rien pour lui, alors j’ai essayé de faire comme si elle n’avait jamais existée… je n’en ai jamais parlé à personne, mais j’y ai repensé mille et mille fois… en me disant que je n’ai jamais pris autant mon pied que lors de cette branlette sous la tente… et ce n’était qu’une simple branlette…

    Est-ce que il s’en souvient seulement ? Avec toutes les coucheries qu’il a connues, il a du certainement oublier tout ça, alors que moi je n’ai jamais pu oublier cette nuit… cette nuit qui a bel et bien existée malgré mes efforts pour l’oublier, pour faire comme s’il ne s’était rien passé…

    Décidemment, ce petit Nico avait bousculé sur son passage pas mal de choses autour de lui… alors, comment faire face au changement de son pote ? Comment ne pas en être affecté ? Déjà que c’était pour lui une torture de voir toutes ces nanas qui lui tournaient autour… déjà que, en étant enfin honnête avec lui-même, il fallait bien reconnaître qu’il avait été souvent si jaloux des aventures de Jérém… jaloux au point de se poser la question s’il l’était davantage de son succès inouï avec les nanas ou s’il n’était pas plutôt jaloux de la nana elle-même qui avait la chance de partager l’intimité de son beau Jérém, une nana pour qui son pote n’aurait été qu’un coup parmi d’autres alors que pour lui il représentait le seul mec avec qui il avait envie de cajoler et de faire jouir?

    Oui, déjà que c’était pour lui une torture de voir toutes ces nanas qui lui tournent autour… depuis quelques semaines, depuis qu’il sait que Jérém couche avec Nico, Thibault a remarqué qu’il n’y a pas que les nanas qui matent Jérém en boite de nuit… il y a bien de garçons qui pourraient tenter leur chance si un jour il devait se montrer à peine un peu réceptif à leurs charmes…

    Ainsi, voilà que la jalousie résignée qu’il éprouvait à l’égard de ses aventures avec des nanas, se transformait en une véritable jalousie maladive en imaginant Jérém avec Nico ou un autre garçon… avec combien de garçons a-t-il couché ? Quand ? Où ? Comment ? Est-ce qu’il a pris son pied ?

    Comment a-t-il pu ne pas remarquer toutes ces fins de soirée où j’ai été à deux doigts de lui montrer ce que je ressentais… toutes ces fois où j’ai renoncé de justesse, meurtri par cette terrible frustration endurée au nom de cette putain d’amitié… c’est quoi donc cette foutue amitié qui empêche deux garçons qui s’aiment d’un amour pur de s’unir dans un lit dans un plaisir sexuel intense ?

    On se connaît si bien, on est si complices… je saurais comment lui faire plaisir, c’est sur, je l’aime trop, on s’aime trop, il n’y a pas de doute qu’on saurait être bien ensemble sans besoin de jouer le rôle de mâle rassurant comme avec une nana. Il me semble que la tendresse entre mecs doit être si reposante… qu’elle doit arriver quand on en a besoin, qu’elle est là sans demander de grandes promesses… qu’elle doit avoir ce petit goût défendu qui rend la vie excitante… qu’elle doit ressembler à la beauté de la liberté… oui, ça doit être beau et troublant que de caresser un garçon… J’aurais eu mille occasions pour faire arriver des choses… et maintenant… maintenant ça en est peut-être fini de ces moments de complicité, ces moments d’ambiguïté où l’espace d’un instant tout parait possible… depuis quelques mois, depuis qu’il voit Nico, Jé-Jé n’est plus tout à fait le même… parfois il part vite après les entraînements pour le rejoindre… putain de révisions… depuis qu’il voit Nico, finis ses regards qui traînent dans les vestiaires, sous la douche, sur la nudité des potes, sur ma nudité… dans les vestiaires, il a l’air comme mal à l’aise… ses douches sont bien plus courtes qu’auparavant, son regard perdu dans le vide, sa nudité vite rangée sous une serviette, fini le mec capable de commencer un débriefe de match en sortant de la douche pendant qu’il s’essuyait longuement… désormais l’attirail est vite rangé… comme s’il était moins à l’aise avec sa nudité, avec la promiscuité avec d’autres garçons…

    Est-ce à cause du malaise qu’il doit ressentir vis-à-vis de sa nouvelle vie, une vie qui ne doit pas être facile à assumer ? Ca doit être difficile pour lui désormais de regarder un garçon nu, comme s’il se sentait coupable et qu’il avait peur de se trahir, peur qu’on devine ce truc qui est en train de se révéler en lui… quand on se sent coupable, on a l’impression que tous les regards nous accusent… alors on essaie de tenir une conduite exemplaire, une conduite qu’on croit capable d’éloigner tout soupçon de nous, une conduite qui ne nous ressemble pas, une conduite qui, en essayant de ne pas se faire remarquer, finit par obtenir l’effet exactement inverse…

    Ça te rend dingue, Thibault, que ton pote Jérémie se tape un mec… et puis… si ce n’était qu’un coup d’un soir, sur un malentendu, après une cuite… non… ça fait des semaines, des mois que ça dure… pourquoi lui ? Pourquoi il n’a pas vu à quel point tu avais envie de ça ?

    De toute façon, il faut être réaliste Thibault, comment imaginer un seul instant de coucher avec lui alors que vous êtres potes, les meilleurs potes du monde ? Comment l’amour physique et l’amitié pourraient se combiner sans s’affronter, sans se détruire l’un l’autre? Est-ce que l’amour physique entraînerait d’autres sentiments que l’amitié?

    Jérémie est ton pote depuis toujours, et depuis toujours il a été ton petit Jé-Jé. Depuis que tu le connais, tu as eu envie de le protéger, de le prendre sous ton aile… c’est ce que tu as fait et lui il s’y est bien installé… oui, depuis que tu le connais, depuis que tu l’as vu se faire bousculer par la vie, tu as toujours eu envie de protéger Jé-Jé… de l’apaiser, de l’aider à trouver le calme au delà de ses aventures qu’au fond ne lui apportent rien au-delà d’un plaisir immédiat suivi d’une tristesse indélébile…

    Qu’est ce qu’il est beau ce jeune homme en devenir, fort, puissant, avec cette allure affichée de conquérant, froid et déterminé, droit dans ses baskets… mais toi, Thibault, toi et toi seul, tu sais que sous la carapace il y a un gentil garçon avec qui la vie n’a pas toujours été tendre…

    Tu te souviens de Jérémie à l’age de 11-12 ans, malmené par les plus grands dans la cour de recré ; tu te souviens quand sa mère lui manquait à en crever et sa belle mère le harcelait pour le pousser à quitter la maison; tu te souviens de l’avoir vu pleurer, plus jeune, et de l’avoir pris dans tes bras pour le réconforter.

    Tu te souviens avoir vu le petit bonhomme mal dans sa peau se transformer en un jeune homme magnifique pour qui les nanas se battent et dont les mecs se jalousent l’amitié. Tu te souviens d’avoir vu ce même Jérém construire jour après jour cette armure à double face, cette double défense qui le rend cool et marrant, admiré par les potes ; qui le rend charmeur, froid et intransigeant, limite goujat avec les nanas…

    Tu es le seul à savoir que Jérém, faute de faire confiance à l’amour, cherche à charmer, à 360 degrés : en amitié, avec de ses potes de rugby, par l’excellence du jeu, ce qui lui donne l’impression (et donne l’impression autour de lui, cette impression qui lui est renvoyée régulièrement par l’estime de ses potes et qui est si précieuse pour son ego) d’être incontournable ; le fait de se sentir admiré, jalousé, ça le galvanise, ça lui donne l’impression d’exister, sans pour autant combler le vide qui est depuis toujours en lui…

    Ç’en est de même avec les nanas, le besoin d’avoir un pouvoir de séduction quasiment absolu… Jérémie aime plaire, se sentir désiré, profiter de la position de force qui lui offre son charme pour collectionner les aventures, parce que ça le rassure… il ne l’a jamais vu rester avec une nana plus de quelques semaines… et en aucun cas leur être fidèle… il lui semble même que son pote prendrait un malin plaisir à se faire désirer, à chaparder rageusement ce que son charme lui offrirait sur un plateau… ce que Jé-Jé aime, c’est le défi que représente une nana à séduire…

    Oui, Thibault sait beaucoup de choses au sujet de la sexualité de Jé-Jé… tout comme Jé-Jé en sait pas mal sur la sienne… entre potes ils se sont souvent confiés ce genre de trucs… il sait que Jé-Jé aime tout dominer pendant la baise, et il sait que Jé-Jé aime par-dessus tout faire craquer les nanas qui font mine de lui résister au premier abord, ce qui est quand même chose plutôt rare ; c’est le désir, la soif jamais étanchée de jauger la puissance de son pouvoir de séduction qui le fait courir vers ce genre de nanas ; une fois dans son lit, une fois dingues de son physique et de sa queue, soumises à sa virilité, il aime tout particulièrement obtenir d’elles tous ces trucs devant lesquels elles rechigneraient avec d’autres… il sait que Jé-Jé aime qu’on se laisse baiser la bouche, qu’on avale son jus, qu’on se laisse prendre par derrière…

    Ce qu’il aime par-dessus tout, ce sont les territoires vierges, ou du moins vierges de son passage… ensuite, du moment qu’il a posé son empreinte, ces territoires ne l’intéressent plus le moindre du monde…

    Thibault a parfois essayé de lui faire remarquer que son attitude, en plus de ne rien lui apporter à part quelques orgasmes, était machiste, presque méchante, mais il s’est toujours heurté à la position bien arrêtée de son pote sur le sujet: Jérémie veut juste sauter (sur) tout ce qui bouge… c’est sa façon d’exister, de se sentir vivant…

    Thibault connaît tout ça de son pote, car c’est avec lui que jusqu’à il y a pas si longtemps Jérém avait terminé toutes ses soirées après les sorties en boite ; c’est avec lui que Jérémie avait partagé ces moments tard dans la nuit ou la fatigue et l’alcool amènent souvent le plus fermé des gars à s’ouvrir à son meilleur pote… dans ces moments là, l’étalon assuré et un brin imbu de lui-même vis-à-vis de son succès avec les nanas, laissait ressortir devant lui tous ses doutes, ses faiblesses, ses craintes, ses angoisses. Et Thibault était là pour le réconforter, à attendre que les fumées de l’alcool se dissipent, que les angoisses se calment, à le serrer dans ses bras, à lui empêcher, parfois en se disputant, de prendre la voiture pour rentrer avant qu’il ne soit à peu près en état de le faire…

    C’est l’un des plus beaux souvenirs pour Thibault, se rappeler de certains soirs l’alcool aidant avoir entendu son Jé-Jé lui dire « Thibault, tu es un frère pour moi, je t’aime plus que tout ». Et s’être serré l’un contre l’autre pour s’apaiser mutuellement…

    Tu le connais si bien, Thibault, ton Jé-Jé… tu l’aimes si fort… tu sais qu’il a besoin de quelqu’un pour veiller sur lui, pour lui empêcher de se perdre dans ses anciens démons, dans sa souffrance profonde.

    Dans un monde idéal, tu voudrais être l’ami qui partage tout avec lui, son amitié, ses confidences, sa tendresse, des câlins, du plaisir… tu as envie de tout lui offrir, tout ce qui pourrait lui faire du bien au corps et à l’esprit…

    Et une fois repus de tendresse et de jouissance, le prendre dans tes bras et lui montrer à quel point tu l’aimes, comme un ami, comme un frère, lui montrer que l’intimité de vos corps n’est qu’un moyen de pour rapprocher vos esprits et renforcer encore votre amitié… tu le sais que vous ne pourrez jamais être plus que copains, amis…

    Alors, tu voudrais juste lui montrer que dans vos vies à venir, ces vies qui vous éloigneront peut être, il y aura toujours un ami, un lit, un refuge prêt à l’accueillir quoiqu’il arrive, d’où qu’il arrive, de n’importe quelle situation ou nana ou mec qu’il soit en train de fuir, dans n’importe que état d’âme ou d’esprit… tu voudrais qu’il sache que si la vie lui met des coups, il pourra toujours trouver dans tes bras un peu de chaleur, un peu de cette sensualité qui est pour un mec le préalable à sa détente, la détente qui lui permet de s’ouvrir et faire ressortir ses angoisses… lui faire comprendre qu’il pourra venir taper à ta porte à n’importe quelle heure pour parler de tout et de rien, pour rigoler, pour se cajoler, pour passer une nuit ensemble, jouir ensemble…

    Tu sais que les blessures de ton meilleur ami sont profondes, tu sais à quel point ses démons sont puissants… comme Nico, tu redoutes l’échéance du bac, car tu crains qu’après le diplôme Jérém ne soit amené à partir travailler ailleurs… tu redoutes le moment où tu ne pourras plus être assez présent dans sa vie pour lui empêcher de boire le dernier verre ou pour le ramener quand il aura trop bu, pour lui empêcher de toucher à autre chose que le shit… pour lui rabâcher que la capote n’est pas qu’un contraceptif… pour lui demander de ralentir en voiture, pour le rassurer, parfois par ta simple présence, quand tu sens que ça ne va pas fort, que ses angoisses refont surface et que Jé-Jé semble retrouver des attitudes autodestructrices…

    Au fil du temps, tu as gagné la confiance de Jérémie et tu es devenu pour lui quelqu’un dont la parole compte vraiment. De par ta conduite droite et simple, tu as inspiré du respect à ton égard dans l’esprit de Jérém. Ton opinion a de l’importance pour lui. Ta simple présence a de l’importance pour lui. Le fait de savoir que quelqu’un d’aussi droit que toi est son pote, un pote qui tient à lui, a fait que Jérém se tient à peu près à carreau pour ne pas te décevoir à toi, son meilleur pote… il craint de te déplaire, et cette crainte lui a empêché à plus d’une occasion de faire de trop grosses bêtises… le respect et l’estime pour toi, Thibault, il n’y a que ça qui peut le dissuader de se foutre en l’air…

    Et ça Thibault tu le sais bien… Jérém te l’as bien montré, il te l’a même dit parfois, un soir tard dans la nuit… « Merci d’être là et de m’empêcher de faire des bêtises »…

    Ainsi, tu as fini par endosser et assumer ce rôle de tuteur, de figure paternelle qui manque dans sa vie… quand Jérémie te lance à la cantonade un « oui, papa ! », comme sur le parking de l’Esmé ce samedi là, tu as à la fois envie de le gifler et de le serrer dans tes bras… de le gifler car, en t’attribuant un rôle de rabat-joie, ce mot semble l’éloigner quelque part de toi, d’une intimité que tu désires établir avec lui… et de le serrer dans ses bras car tu as tout simplement envie de lui montrer que tu es là… Jérém a besoin de quelqu’un qui le protége de ses excès d’instabilité, qui le protége de lui-même…

    Tu es sa famille, le grand frère qu’il n’a pas eu… tu le connais par cœur… au fil du temps tu as appris à être proche de lui sans l’étouffer, à être présent sans t’imposer, à parler quand il le faut, à te taire parfois, à partager une déconnade, une conversation joyeuse ou plus intime, parfois rien qu’une cigarette, d’autres fois encore rien qu’un silence… tu as appris à deviner ses états d’esprit, à t’y adapter au quart de tour… tu as appris à connaître ses faiblesse, ses point sensibles, tu sais comment le faire rire, comment l’apaiser, comment le rassurer… tu le connais tellement par cœur que tu as l’impression de percevoir son ressenti dans les moindres détails… comme après sa bagarre à l’Esmé… tu le sais qu’il a été bien plus remué de ce qu’il veut bien l’admettre…

    Tu sais que depuis quelque temps Nico est rentré dans la vie et dans le lit de ton Jé-Jé. Tu te demandes aussi si tout ça ce n’est qu’une passade pour Jérém ou si au final c’est ça, sa véritable vie… quoi qu’il en soit, tout ce qui compte c’est qu’il soit heureux et que quelqu’un veille sur lui... et au fond de toi tu es content que ce soit ce petit Nico qui va s’occuper de lui… il a l’air très amoureux, ce petit Nico… il suffit de voir comment il le mate… et l’idée qu’il soit amoureux de Jé-Jé et que ton Jé-Jé puisse en pincer à son tour pour lui, ça te fait chaud au cœur… oui, même si ça te rend aussi un peu jaloux, l’idée que ce soit Nico l’élu du cœur de Jérém ça te rassure… car tu en es sûr... Jé-Jé sera bien avec lui...

    Et, en tout cas, tu trouves rassurant que ton Jé-Jé soit dans un lit avec Nico plutôt qu’en train de picoler à en être malade et puis chercher la bagarre ou prendre la voiture et rouler jusqu’à avoir un accident… tu trouves apaisant de le savoir en train de jouir plutôt qu’il se fourre dans des mauvaises passes, comme cette fois qu’il s’était fait tabasser pour avoir trop fait le malin à cause de l’alcool et d’une coucherie de trop, plutôt qu’il cherche de la compagnie dans des endroits plus dangereux… plutôt qu’il prenne des risques pour sa santé, qu’il se livre à une sexualité du chiffre, qu’il se laisse aller à des rencontres qui ne lui apporteront rien qu’un plaisir passager et une solitude encore plus grande une fois la jouissance passée…

    Nico est amoureux, très amoureux … pour lui ce n’est pas qu’une passade… pour lui Jérém est tout et encore plus… oui, Nico est amoureux et en plus il est homo… alors, il doit certainement oser lui faire des trucs dont tu serais incapable… Nico devait faire jouir Jé-Jé comme pas permis pour que ce dernier en soit devenu si accroc, accroc comme jamais il ne l’avait vu l’être avec aucune nana… et savoir que Jé-Jé est en train de jouir comme un dingue le rendait heureux, car il savait que le sexe l’apaisait, certes momentanément, mais assez longtemps pour lui faire terminer une soirée au chaud dans un lit…

    Peut-être qu’avec Nico il trouvera enfin le vrai plaisir, celui qu’on éprouve avec la personne qu’on aime, ton Jé-Jé a besoin de tendresse, de douceur… il a besoin de trouver la force d’accepter qu’on puisse enfin lui en apporter, la force de faire confiance… peut-être qu’avec Nico il redécouvrira son corps, sa sexualité, qu’il arrivera à mettre un peu d’ordre dans sa petite tête si embrouillée… qu’il trouvera sa place et qu’il arrivera enfin à s’apaiser…

    Parce que le bonheur de Jé-Jé est très important pour toi, Thibault… parce que Jé-Jé compte beaucoup pour toi, vraiment beaucoup, tu es content qu’il soit bien avec Nico, ce petit Nico qui peut lui apporter une forme de bonheur que ton rôle de meilleur ami ne te permet pas de lui apporter, bien que l’envie soit bel et bien là… et maintenant que ton amitié semble ne plus lui suffire, c’est à Nico de prendre le relais… il a besoin de ça, ton Jé-Jé, de se sentir aimé… alors tu le lui confies en quelque sorte, tu lui demandes de garder un oeil sur lui…

    En même temps qu’il se rendait compte de charger le dos du pauvre Nico de lourdes responsabilités, Thibault sentait une question lui marteler l’esprit, le rendant inquiet : pour l’instant Jérém a l’air de trouver son compte dans la compagnie de Nico… cette situation le rend peut-être un peu nerveux car c’est tout nouveau pour lui, mais j’en mettrai la main à couper qu’il était content de rentrer avec Nico… mais qu’adviendra donc de tout ça, de cette amitié, de cet amour si un jour Jé-Jé part travailler loin, loin d’ici, loin de Nico ? Ca va se terminer entre eux, comme ça va se terminer entre nous…

    Sacré Jé-Jé… au fond de lui il devait culpabiliser de te planter là et de partir seul avec Nico ; oui, il est fort probable qu’il avait deviné ta frustration… son tour de passe-passe pour te pousser dans les bras d’une nana comme pour tenter de ménager ta jalousie qu’il avait perçue… tu t’es même senti un peu con, comme s’il te lançait : « vas y mon pote, va baiser toi aussi pendant que je baise loin de toi »…

    Sa bienveillance intéressée te fait mal aux tripes… c’est charmant de sa part de se préoccuper de ta fin de soirée… mais tu as envie de lui, pas de la brune…

    Ce soir là, une demi heure à peine après avoir vu son Jé-Jé partir avec Nico, Thibault rentrera avec Julie; il couchera avec, l’esprit ailleurs… pendant qu’elle le sucera, il pensera à son pote Jé-Jé dans les bras de Nico, pendant qu’il la baisera il s’imaginera le pied que Jé-Jé est en train de prendre loin de lui, il se demandera dans quelle position, combien de fois, à quoi ressemble l’expression de son visage pendant qu’il prend son plaisir de mec… son esprit divaguera loin, vers des images de son pote nu, dans les vestiaires du rugby, sous la douche, ou alors son torse moulé par un t-shirt blanc OxBow hyper sexy… pendant qu’il jouira, il verra remonter à son esprit l’image de son meilleur pote sortant de la douche, sa peau mate et trempée sur laquelle ses lèvres rêvaient de se poser, comme aimantées…

    Et quand il aura fini sa besogne, lorsqu’il sera allongé sur le noir dans le lit a côté de cette fille qu’il vient de baiser pour se soulager le corps et l’esprit, il repensera une fois encore à cette nuit de l’été de ses 13 ans en camping sous la tente avec Jé-Jé cette branlette réciproque… ce putain de truc qu’il aurait bien remis à la nuit suivante sans jamais oser le faire, sans que son Jé-Jé ne lui propose non plus… dans un moment de nostalgie et de tristesse, il se demandera encore et toujours pourquoi Nico est dans le lit de Jérémie à sa place...

    Une heure après avoir joui, Thibault n’aura toujours pas trouvé le sommeil ; en pensant à tout ça, il sentira à nouveau la trique monter… Julie dors déjà… Thibault se lèvera lentement, il ne veut pas la réveiller… il se dirigera vers la salle de bain ; il se postera devant le lavabo et commencera à se branler en pensant au corps et à la queue de Jé-Jé, il jouira une dernière fois cette nuit là en imaginant son Jé-Jé en train de coucher avec Nico…

    Pendant qu’il jouit, dans l’illusion de toute puissance qu’on éprouve pendant la courte durée de l’orgasme, Thibault se retrouvera à imaginer un monde idéal où l’amour et l’amitié s’arrangent dans un bonheur qui se mélange… un monde impossible, un bonheur inaccessible… un monde à inventer pour le bonheur des mecs, un monde où il n’y aurait pas de jalousie, pas de désir frustré, peut-être pas de désir tout court, rien que de l’amour et des esprits qui s’assemblent, en grappes…

     

    Retour à Dimanche soir, juin 2001, 23h59.

     

    Avis de mauvais temps persistant sur la vielle de Toulouse : Quartier St Michel c’est les giboulées ; rue de la Colombette c’est la tempête; aux Minimes c’est carrément l’ouragan… trois garçons seuls dans leur lit, seuls dans le noir de leur chambre, trois plaisirs solitaires pour tenter de trouver un sommeil réparateur.

    Thibault, seul dans son lit en ce dimanche soir, n’arrive toujours pas à trouver le sommeil. Le sentiment d’être en train de perdre son meilleur pote… le sentiment d’avoir gaspillé tellement de temps, d’avoir laissé passer tellement d’occasions… non, il faut bien se rendre à l’évidence : quand on ne sait pas saisir la chance, il n’y aura pas toujours un demain pour rattraper le coup… la vie change si vite et au gré des rencontres, les envies peuvent muer et les occasions de les assouvir passer et ne plus jamais se représenter… il faut savoir profiter de chaque instant de bonheur. Le temps ne nous appartient pas, notre vie n’est qu’un grain de sable emprunté à l’éternité.

    The time is only borrowed…

    En se branlant ce soir là encore, Thibault ne pourra pas s’empêcher de revenir une fois de plus à cette nuit d’été six ans plus tôt… l’été de ses treize ans…

     

    [Août 1995. Allongé sur son duvet, nu, profitant de la fraîcheur de la nuit d’été, le corps heureux  après deux bonnes jouissances amenées par la main de son pote, les sens toujours en éveil par ce truc de dingue qui vient de se passer, excités par la proximité de son Jé-Jé, par l’odeur de mec et de sperme qui imprègne les t-shirts avec lesquels ils se sont essuyés et qui persiste dans le petit espace de la tente, Thibault sent la trique monter à nouveau ; il a envie de se toucher, il a surtout envie de sentir à nouveau l’autre main le faire à sa place… est-ce que son pote aurait envie de recommencer ?

    Comme s’il l’avait senti, c’est précisément à ce moment là que, au delà des espoirs de Thibault les plus fous, la main de Jérémie se posera une troisième fois sur sa queue, qu’elle recommencera à la branler doucement… pour arrêter un instant plus tard…

    Thibault s’imaginera alors que son pote allait renoncer, terrassé par la fatigue qu’il sentait le gagner lui aussi… mais quelle sera alors sa surprise, comment imaginer son enchantement lorsque, après un court moment de pause, peut-être d’hésitation, il entendra un bruit dans la tente, son pote qui s’approche de lui, ses lèvres qui se posent sur son sexe tendu, le bout de sa langue qui joue avec le bout de son gland… dans le noir, la bouche de son pote autour de sa queue lui procurera un tel panel de sensations agréables, une découverte si intense et si plaisante qu’il sentira vite son plaisir monter…]…

     


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