• 24 Drôle de soirée pour Nico – Bagarre dans les chiottes

     

    Je viens de rentrer aux chiottes. Un mec sort d’une cabine : un mec genre pas moche du tout, châtain clair, les yeux gris, pas très grand mais un joli physique quand même… un regard pas commode, genre caillera, puant l’alcool à plein nez… sa chemise blanche déboutonnée jusqu’au nombril ou presque offrant une large vue sur un beau torse imberbe, un des pans sorti du pantalon, les manches approximativement retroussées… le mec débraillé à souhait, sexy tout plein… putain que c’est beau aussi une simple chemise blanche sur un beau mec…

    Oui, il est vraiment pas mal, alors je le mate une peu. Problème, le mec se rebiffe.

    Qu’est ce que t’as à regarder ?

    Je … je… je… croyais que vous étiez quelqu’un d’autre…

    C’est pas plutôt que t’aurais envie de sucer ma queue, par hasard??

    Vous vous trompez…

    Tu viens me sucer maintenant ou ça va faire mal…

    Et ce disant, le mec attrape la porte d’une cabine et il la fait pivoter sur les gonds, un coup en avant et un coup en arrière, le regard fixe sur moi, poussant des respirations profondes, les yeux lançant des flammes. On dirait un taureau prêt à charger.

    Le fait est que ce mélange d’excès d’alcool et d’irritation ne m’inspire rien qui vaille et me fait dire : « Nico, n’y vas pas… ce mec est capable de te cogner pendant que t’es à genoux devant lui ». Non, je me sens pas du tout en sécurité… ni en disant oui à sa proposition, et encore moins en disant non…

    Viens… insiste le mec.

    Non - je lui réponds.

    Tu l’auras cherché, le pd…

    Il lâche la porte qui se referme en claquant légèrement et il avance lentement vers moi. Il n’est plus qu’à cinq, trois, deux mètres de moi, je me prépare à me protéger des coups qu’il va dégainer…

    …quand la porte des chiottes s’ouvre… laissant affluer la puissance des décibels de la piste… mais pas que… oui, quand la porte battante s’immobilise en annulant en quelques mouvements l’inertie sur ses gonds à ressorts, les décibels ce ne sont pas la seule puissance qu’elle ait laissée rentrer, ni la plus impressionnante…

    Cette charpente, cette silhouette… putain de putain de putain… je n’arrive pas à en croire à mes yeux… ce regard de braise en train de noircir à vue d’oeil… ce t-shirt blanc de l’Airness… putain… j’ai envie de pleurer… pleurer de bonheur, pleurer de tendresse, pleurer non seulement parce que je commence à espérer de m’en sortir sans trop de dégâts, mais parce que je vais m’en sortir grâce à la présence de Jérém…

    Jérém est là… putain… mais il sort d’où celui là ? Ils ne devaient pas aller au KL ? Oui Jérém est là… planté devant la porte d’entrée des chiottes, quelques mètres derrière le mec qui n’a pas encore réalisé à ce moment là qu’un autre mâle est arrivé et que peut être ses projets vont de ce fait être légèrement bousculés… le fait que Jérém soit là me rassure… à cet instant, l’esprit monopolisé par mon instinct de survie, je me dis seulement qu’avec la présence d’un tiers, le type n’osera pas me cogner… déjà faudrait-t-il qu’il se rende compte qu’on n’est plus seuls et que le mec qui est rentré est plutôt un beau gabarit et qui en plus a l’air de s’intéresser à l’affaire de près…

    Non, le type n’a pas encore eue l’image que j’ai en arrière plan, le beau Jérém planté là, les jambes légèrement écartées, les deux pieds fermement vissés au sol… fallait voir ce putain de regard de tueur… ses sens en alerte… ses yeux noirs et vifs n’arrêtent pas de faire des allers retours hyper rapides entre moi et le type… en une fraction de seconde il a pigé l’affaire, le danger… je le vois à son regard, qui est en train de noircir à vue d’œil… non, c’est pire que ça, je dirais même qu’il est en train de fulminer…je vois ses yeux se plisser, sa poitrine gonfler à travers le t-shirt… ses épaules et son buste complètement redressés, sa carrure en résulte encore plus impressionnante… putain… on dirait un taureau dans l’arène en train de taper son sabot au sol avec grand soulèvement de poussière… son attitude est carrément effrayante… je me dis que je ne voudrais pas qu’un jour un mec me regarde comme ça…

    Eh du con… ! - il lance sur un ton plutôt virulent.

    Le mec se retourne, interloqué.

    C’est à moi que tu causes…

    Oui, à toi… qu’est ce que tu trafiques ?

    On se connaît ?

    Qu’est ce qui se passe ?

    Occupe un peu de tes oignons, tu veux, mec…

    Il se trouve que lui c'est mon pote, alors c’est mes oignons…

    T’occupe pas de ça, il vaudra mieux…

    Devant l’insolence du type, je vois Jérém monter en pression de plusieurs crans supplémentaires… il inspire encore, ses pecs sont imposants… sa chaînette posée sur son t-shirt lui donne un de ce putain de coté viril… et là je le vois faire un geste mécanique, probablement un réflexe déclanché par le stress de la situation, un geste certainement inconscient mais d’une virilité exacerbée, sauvage, le geste de soulever la manchette de son t-shirt, le coté droit qui plus est, dégageant encore plus ce magnifique tatouage qui me rend dingue… putain, ça chauffe… oui, vraiment Jérém a l’air lui aussi d’un taureau prêt à charger…

    A travers le coton fin du t-shirt, je vois tous les muscles de son torse et de ses épaules se préparer à la bagarre… c’est le cerveau reptilien qui prend les commandes de ce beau corps, c’est l’instinct du mâle prêt à se battre pour défendre son territoire et tous ceux qui se trouvent à l’intérieur… je vois ses trapèzes, ces muscles si virils de part et d’autre de son cou puissant dessinant cette chute d’épaules si parfaite, je les vois se gonfler, tous les muscles de son torse magnifique en action, pectoraux, abdos, et les muscles des flancs, grand oblique, grand dentelé, grand dorsal dessinant le V époustouflant de son beau thorax… saillants comme jamais…

    Les deux mâles se jaugent, les torses se gonflent, les respirations se font bruyantes… les deux gabarits sont presque équivalents, le type inconnu est à peine plus grand que Jérém et un peu plus costaud… mais il y en faut plus pour démonter un petit coq du genre de Jérém… je comprends vite qu’il va à la casse…

    Putain qu’est ce que j’ai fait… rien qu’avec un regard… je vais entraîner mon beau Jérém dans une bagarre où il n’a rien à voir… comment faire cesser cela maintenant ? c’est bien trop tard… faudrait que quelqu’un arrive dans les toilettes, mais la porte reste désespéramment immobile… je me dis que je devrais intervenir, tenter de calmer le jeu… et puis je me dis que j’ai peur de faire encore pire… de toute façon je suis paralysé devant la tension de la situation, la violence, qu’elle soit devant mes yeux ou rien qu’imaginée, le danger tout prêt, voilà de quoi m’effrayer au plus profond de moi… je suis tellement désemparé face à ce genre de situation que, même si je voulais intervenir, je ne saurais pas par où commencer… et puis, de toute façon, les forces qui s’opposent devant moi me dépassent tellement que je me ferais broyer au moindre contact…

    Alors je regarde, impuissant et lâche… faut dire que la situation me parait particulièrement dangereuse, il me semble que la bagarre approche à grand pas et qu’elle est désormais inévitable… je n’ai pas assisté à une bagarre et encore moins à une bagarre où je serais en quelque sorte impliqué… voilà une situation dans laquelle jamais je n’aurais imaginé me trouver un jour…

    Je suis vraiment inquiet pour ce qui va se passer, et tout particulièrement pour Jérém, je m’en voudrais à mort si le type avait le dessus sur lui… je ne sais même pas si je serais capable de lui venir en secours avant que ce soit trop tard… putain, Jérém tu es tout seul devant ce type, alors que tu n’as rien à voir dans cette affaire… je suis carrément effrayé, je me rend compte que la vie ne tient à un fil et que le danger nous guette, qu’on peut perdre tout ce qu’on a en une fraction de seconde… je prie que les deux mecs aient le bon sens de se aviser avant de cogner… autant prier pour que les poules aient des dents…

    Le mec a l’air bien décidé à cogner et Jérém à l’affronter… putain, ça peut vraiment devenir dangereux… Jérém peut se faire mal, il peut faire mal au type… on a déjà vu des simples bagarres se terminer en drames inexpliqués…

    J’étais sacrement inquiet, j’en avais mal aux tripes… mais putain… à côté de ça jamais on n’aurait pu me retirer le bonheur intense de voir Jérém courir à mon secours, de façon si inattendue qui plus est, prêt à se battre pour me défendre…

    C’est quoi ton problème ? – lance le mec en haussant le ton.

    C’est toi mon problème… - répond Jérém sur un ton ferme mais plein de défi.

    C’est un truc entre moi et lui…

    Tu lui fous la paix…

    Et ce disant Jérém s’avance d’un pas : je le vois serrer ses poings, tout son corps est tendu, on dirait un fauve prêt à bondir. L’autre ne se démonte pas… j’ai même l’impression qu’il cherche délibérément la bagarre… il a l’air d’avoir l’alcool mauvais, l’air de ne pas se rendre compte des actes qu’il peut commettre, l’air de ne pas avoir peur de recevoir de coups, d’avoir juste envie d’en donner, que ce soit avec sa bite ou avec ses poings… et là, puisque sa gâterie dans les chiottes est définitivement compromise, il semble rabattre son envie de se défouler vers le cible de choix que représente ce mâle viril sorti de nulle part qui le défie en lui rentrant dans les plumes… un duel de males se profile et il compte bien se payer l’exaltation d’humilier un rival potentiel, (se) montrant ainsi qu’il est le mâle le plus fort…

    Tu me parles pas comme ça ou ça va faire mal…

    Je te dis que tu lui fous la paix, un point c’est tout…

    Jérém est très ferme, son ton est calme mais puissant, la vibration de sa voix est basse et virile à me faire mouiller, à me faire peur à la fois… le mec ne parait pas sensible à ce genre d’argument qui me feraient baisser toute garde face à lui, au contraire, il lève encore le ton et il provoque…

    C’est quoi ton truc, tu t’enfiles cette putain de tafiole ?

    Putain, là il a dit le mot de trop… je vois Jérém inspirer profondément et expirer nerveusement pendant qu’il se met à avancer à grand pas vers lui : le mec s’avance aussi… les deux mâles, les deux jeunes taureaux partent à la charge… deux cerfs qui vont s’affronter dans un puissant duel de bois…. J'ai l'impression que l'air est saturée de testostérone j'ai l'impression de sentir l'odeur de leur couilles se dégager de leurs boxer, traverser le jean, se superposer, se mélanger, s'affronter avant même le contact physique entre les deux masses musculaires…

    C’est le mec qui frappe en premier, il avance ses mains et il stoppe net Jérém en cognant violemment ses paumes contre ses pectoraux saillants qui me sont si familiers… putain… ils vont se cogner à cause de moi ! mais quel con je suis ! putain, Jérém… je suis paralysé devant la violence et je n’arrive pas à faire un pas pour venir en secours de Jérém… je ne sais même pas si je dois le faire… la fierté masculine est un terrain sur lequel je ne suis pas du tout à l’aise et je pourrai commettre un impair en rentrant dans la bagarre…

    Depuis que le mec m’a traité de tafiole, tout en insinuant que Jérém n’était pas un vrai mec non plus, je ne sais plus trop pour quoi ou pour qui se bat Jérém en premier… si c’est d’abord pour éloigner le danger de moi ou pour lui faire payer son affront à son égard… dans tous les cas, j’ai l’intuition que Jérém doit se battre et gagner à la loyale, avec ses seules forces…

    Sous la puissance de l’impact, Jérém a reculé d’un pas et s’est rattrapé de justesse… il a vite retrouvé son équilibre et l’assurance de ses appuis… je sens que le prochain assaut va faire mal… les deux étalons se font face… le visage empourpré et la respiration bruyante… j’ai l’impression de voir de la fumée, comme des flammes sortir de leurs narines… ils se jaugent, ils s’étudient, ils évaluent leur masse musculaire, la puissance du corps de l’adversaire, son mental, sa motivation, ses intentions… ils se défient du regard… toujours et encore… ils ont envie d’en découdre…

    Qu’est ce que c’est troublant de voir deux mecs si canons se faire face prêt à se taper dessus alors que dans l’absolu, j’ai bien dit dans l’absolu…je n’aurai qu’une envie, c’est de les voir s’envoyer en l’air  ensemble… deux beautés masculines pareil… ça ne devrait être programmés que pour faire l’amour, pour rendre réciproquement hommage à leur charme, pour s’unir dans un lit, dans un plaisir sexuel intense… en aucun cas pour se battre en risquant de gâcher cette générosité que Mère Nature a mis en œuvre pour eux… hélas c’est ça des mecs… préférer régler un différend en se tapant sur la gueule qu’en s’astiquant le manche… comme quoi il existe des singes plus évoluées et aux mœurs bien plus avisés que l’homme…

    La tension est palpable et cet instant semble se dilater à l’infini. C’est Jérém qui fait tout basculer… son regard noir s’ouvre soudainement pour laisser apparaître autre chose… voilà un petit sourire se glisser au coin de ses yeux, traverser comme un éclair son beau visage jusqu’à ses lèvres… c’est un petit sourire que je trouve on ne peut plus charmant mais que dans l’intention de Jérém et tel que le perçoit le mec, doit être insolent, provocateur, railleur… je vois le type se raidir encore, sa bouche et son visage parcouru d’une vibration de rage… putain, Jérém, pourquoi t’as fait ça ? Là, l’affrontement est désormais inévitable…

    T’aurais pas du me chercher… lance le type, sur un ton apocalyptique.

    Il s’avance vers Jérém, il lève ses poings pour cogner… ils sont l’un sur l’autre, le mec se jette sur Jérém avec toute sa puissance… Jérém esquive, plus rapide que lui… peut-être moins beurré aussi… il le chope par l’épaule, il pince violemment son trapèze tout en le poussant violemment contre la cloison des chiottes alignés sur sa droite…

    Le bruit est assourdissant, j’ai cru que les cloisons en plastique allaient casser sous l’impact… Jérém n’y va pas de main morte, il le poussé comme un bulldozer, le visage du mec cogne en plein contre la cloison, si violemment que son nez en prend un sacré coup… voilà que des taches de sang sont en train d’éclabousser la cloison et de tâcher sa chemise blanche… avec l’autre main, Jérém a chopé le bras du type… putain de Jérém… en un geste rapide comme l’éclair, le type est immobilisé… une épaule meurtrie par la prise puissante de ses doigts, l’autre bras replié dans son dos…

    Vas y… tu fais moins le malin là

    Lâche-moi, putain…

    Je te lâcherai quand tu te seras excusé…

    Il veut qu’il s’excuse auprès de qui ? de moi ? de lui ?)

    Le mec tente de se dégager, mais Jérém le coince de tout son corps, avec son bassin, avec son torse, avec ses deux mains, il serre un peu plus encore sa prise sur son trapèze… ça doit vraiment lui faire mal, car il pousse un cri de douleur suffoqué et, tout en tournant violemment la tête, il essaye désespéramment de se dégager… ce type est dangereux… il a essayé de me cogner, il a essayé de cogner mon beau Jérém… mais ce sera bien celui là son pire agissement de la soirée… son geste de la tête est tellement brusque que le t-shirt blanc immaculé de Jérém reçoit plusieurs éclaboussures rouges… putain de gâchis de violer la perfection de ce bout de coton si sexy…

    Le gars s’agite, gigote, tente de se dégager, mais Jérém est inflexible, tous ses muscles sont en tension, sous la pression qu’il exerce dans le dos du type, la cloison en plastique semble se déformer devant sa poitrine écrasée…

    Lâche-moi… lâche-moi je te dis…

    Tu t’excuses…

    Ça va… ça va… lâche moi… je déconnais
    Je préfère... 

    Lâche-moi maintenant…

    Tu lui fous la paix ?

    Oui, oui, je lui fous la paix…
    Jérém est tellement emporté, comme shooté par l’adrénaline que tous ses muscles semblent tendus comme des cordes de violon, son esprit est emballé au point que j’ai l’impression qu’il n’arrive pas à se résoudre à relâcher sa pression tout de suite… sa rage n’est pas évacuée… la pression est monté trop vite et trop haut pour qu’elle puisse retomber d’un coup… je le sens ronger son frein, je crois bien qu’il a encore envie de faire parler ses poings… hélas le type a été vite maîtrisé… je le vois souffler, chercher une bonne raison de lâcher l’affaire…

    Je le vois lâcher un grand soupir d’agacement… il semble enfin se résoudre à se retirer enfin… j’ai l’impression que ça commence à retomber, au prix d’une maîtrise de soi lui demandant un effort titanesque… mais voilà qu’une fraction de seconde plus tard, dans un dernier sursaut de colère, Jérém revient à la charge pour mettre encore un bon coup de bassin dans les reins du type… lui arrachant un cri de douleur… comme un rappel pour la route, comme pour s’assurer que la leçon était bien rentrée…

    Il lâche enfin le bras du type replié dans le dos ; sa main ainsi libérée s’envole comme un éclair pour attraper la deuxième épaule du type lui offrant une prise suffisante pour tirer le mec de la cloison et le repousser violemment en direction de la porte de sortie…

    Le mec a failli se casser la figure tellement l’élan envoyé  par Jérém est puissant, sortant de ses tripes, on aurait dit que le type l’avait chatouillé au plus profond de sa sensibilité… le mec se ramasse de justesse en se retenant au mur pour ne pas tomber…

    Jérém est venu se poster devant moi, m’offrant à la fois la protection et la vue magnifique de son torse puissant… putain de Jérém… putain de chevalier (au t-shirt) blanc (et sacrement moulant !)…

    L’inconnu se redresse chancelant … il semble se diriger vers la porte… une fois arrivé presque au seuil, il fait demi tour et revient à la charge… il est tellement secoué qu’il tient tout juste sur ses jambes… il se jette sur Jérém comme un fou, il s’élance de toute sa puissance, aveuglé par sa rage et sa soif de revanche… Jérém le voit arriver, il esquive son assaut une nouvelle fois et ce coup ci il y va franco, il lui décroche un putain de gauche en pleine mâchoire… le type est percuté si violemment qu’il en est carrément désarçonné… il tombe à la renverse comme un poids mort…

    Tu te casses ou merde ? – lui lance Jérém lorsque le type fait mine de se relever.

    Il se redresse avec un air complètement abasourdi, il n’avait vraiment pas vu venir le coup…

    On se recroisera mec… tu peux être sur… - il lance en partant, les yeux fulminant, sa chemise blanche tachée de sang désormais dans ses mains, épongeant le flot de sang qui continue à couler de ses narines… putain qu’il était bien foutu ce petit con aussi…

    Putain de Jérémie… putain de mec… je regarde son t-shirt blanc taché de sang et je n’arrive pas encore à croire qu’il se soit battu pour moi… pour me tirer de ce pétrin où je m’étais mis tout seul…

    Je n'avais encore jamais vu Jérém dans cet état là, en mode bagarre, prêt à devenir violent et à passer au langage des coups pour de vrai...

    J'ai toujours détesté la violence et eu une très basse estime pour les mecs qui ne savaient pas s’exprimer autrement que de la sorte… j'étais un jeune homme très sensible et pétri de principes de respect de l'intégrité de l'autre et convaincu que la confrontation devait se faire uniquement par les mots...

    Hélas, on a beau être pacifiste et idéaliste, il est des occasions comme celle là où vous vous trouvez bien content qu'un gars avec de gros bras et une bonne paire entre les jambes vole à votre secours...

    Oui, il est parfois des situations où la rhétorique des muscles, où la dialectique des coups est bien plus efficace que celle des mots. Faut savoir combattre l'adversaire avec ses propres armes... encore faut-il être équipé de ce genre d'armes et posséder le mental pour savoir s'en servir...

    Avec mon mètre 70 et ma musculature pas vraiment sculptée, avec mon mental démissionnaire devant la moindre manifestation de violence, je n'étais pas vraiment équipé pour ce genre de confrontation... bien heureux donc que Jérém soit venu prendre ma défense en parlant un langage qui m'était jusqu'à la inconnu... un langage que je n’aurais toujours pas pu manier de façon autonome  mais dont depuis ce soir là je comprenais désormais le sens et les arguments parfois imparables…

    Le mec a enfin disparu dans la salle et Jérém est toujours planté là, son torse, ses épaules, toute sa carrure puissante secoués par une respiration profonde : j’ai l’impression que l’adrénaline a du mal à retomber, qu’il cherche à se calmer, à retrouver ses esprits… putain qu’est ce que je suis soulagé qu’il ait vite maîtrisé le mec, soulagé qu’il n’ait rien, qu’il se tienne là devant moi, vainqueur, puissant…

    Je sens enfin la tension retomber… j’avais eu peur pour moi avant son arrivée, j’avais eu envie pour lui, encore plus peur, après que la bagarre s’était profilée… j'avais vraiment eu peur que l'un des deux, surtout Jérém évidemment, ait pu se blesser gravement…

    Oui, j’avais eu peur, oui, j’étais tout secoué par ce qui venait de se passer, oui, je m’en voulais pour avoir provoqué tout cela… mais… mais ô combien j’étais fier de la prestation de Jérém… de son attitude macho et virile… de sa façon de remettre à sa place ce petit con… de la puissance de son corps, de son esprit, de son courage, de sa bravoure, de… de ses bras, oui !… putain de Jérém, faut pas lui chauffer les oreilles… putain d’attitude de virilité ancestrale, esprit de défense instinctif de mâle, de guerrier primitif prêt à attaquer pour défendre son territoire et… et sa meute…

    Oui, sa meute… en fais-je donc partie? Est-ce que je représente quelque chose à ses yeux, donc ?

    Même si je suis enclin à penser que Jérém serait intervenu dans tous les cas, en voyant un balèze s’en prendre à plus faible que lui, j’ai quand même envie de penser que le fait que c’était moi à être en mauvais position a du jouer dans son esprit… on se connaît… on a partagé pas mal de choses, bien qu’elles ne le soient qu’autour de sa sexualité, de la baise… faut bien admettre que l’amour physique, même lorsqu’il est dénué de tout sentiment, comme semblait être le cas de Jérém à mon égard, finit malgré tout par créer des liens…

    Et puis, une petite idée qui surgit de mon esprit, est-ce que Jérém n’a pas tous simplement protégé sa « réserve, son territoire de chasse » en prenant ma défense ? Est ce qu’il n’a pas protégé sa meute ? Et, plus encore que sa meute, son « harem » ? J’ai l’impression que dans sa vexation vis-à-vis du type tenait non seulement au fait d’avoir compris qu’il voulait m’obliger à quelque chose dont je n’avais pas envie… mais également au fait de trouver insupportable de m’imaginer goûter à la virilité d’un autre mâle appartenant à sa même caste… l’idée de devoir me partager devait lui être insoutenable… Jérém est un jeune mâle bien dominant et on ne vient pas détourner son vide-couilles comme ça…

    Je le regarde allumer sa cigarette, tirer deux taffes dessus, son adrénaline semblant retomber enfin… et moi je reprends enfin ma respiration interrompue à je ne sais plus bien quel moment…

    Pendant un instant je le regarde en train de fumer… putain qu’il est beeeaaaaauuuu ce petit con, beau et sexyyyyyy… et en plus il a été si mignon… il m'a carrément sauvé le cul, il m’a sauvé la vie… et moi je ne sais même pas quoi lui dire pour le remercier… à ce moment précis je ne sais pas si j’ai davantage envie de l'embrasser ou de le sucer…  

    J’ai juste envie de lui… j’ai envie de tout avec lui… envie de me retrouver seul avec lui, de le toucher, de sentir le parfum de sa nudité… envie de l’embrasser comme jamais, là, tout de suite… mais je m’ose pas, la peur de me faire jeter est trop forte… et à quoi bon tenter ça à la fin… prendre le risque de lui déplaire… cet instant est juste parfait et si je tentais un baiser ça gâcherait tout…

    Oui, sacrée paire de couilles ce putain de Jérém… et cette paire, cette sacrée paire, ce soir j'ai envie de les lui vider comme jamais… je crois que s’il me demandait là tout de suite de le suivre dans une chiotte et de me mettre à genoux devant sa braguette… je crois bien que je n’hésiterais pas un seul instant, j’avalerais sa queue d’un trait et je le ferais jouir comme un dingue… 

    Merci… - je finis par lui lancer…

    C’est un gros con ce mec… - me répond, froidement, le regard dans le vide, se dirigeant vers la sortie.

    Tu le connais ?

    Pas besoin de le connaître pour voir que c’est un con… il le porte sur lui… c’est le genre de gars bagarreur, faut pas s’en approcher… ça va ?
    Oui… mais comment ça se fait que tu es là ? Tu ne devais pas aller au KL ?

    Sortons d’ici en cas qu’il ait l’idée de revenir avec ses potes… je t’expliquerai…

    Nous passons la porte battante et nous voilà dans la salle : la musique est assourdissante, j’ai encore les jambes en coton, mais je me dois de remercier l’homme qui m’a sauvé. Saisir l’occasion bénie d’instaurer une nouvelle complicité entre nous…

    Je peux t’offrir un truc à boire… ?

    Naaan… t’as vu mon t-shirt ?... va falloir que je rentre… ça va faire mauvais genre si je me balade dans la boite dans cet état là, surtout que ce connard a déjà du attirer l’attention…

    Putain – s’exclame-t-il en attrapant entre deux doigts un bout du coton élastique de son t-shirt juste au dessus de ses pectoraux et en regardant les taches rouges qui gâchent la perfection de sa blancheur – c’était vraiment pas le bon soir pour foutre une t-shirt blanc…

    (j’ai envie de pleurer et de rire au même temps… putain de Jérém… tu rigoles là, j’espère… gaulé comme tu es, pour toi c’est toujours le bon soir pour mettre un t-shirt blanc moulant…)

    T’as ta bagnole… ?

    Oui…

    Tu rentres avec tes potes…

    Naaan…

    Il y a une place dans ta voiture ?

    Faut voir pour qui…

    Il sourit le coquin.

    Je vais prévenir mes potes…

    Je vais prévenir ma cousine…

    On se retrouve au parking dans 10 minutes…

    Entendu…

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :