• Dimanche 5 août 2001

    Pendant de longs instants, sa langue se balade nerveusement entre mes pecs, autour de mes tétons. Puis, elle descend, approche de mon nombril. Les va-et-vient de sa main sur ma queue augmentent encore en intensité. Débordé par le plaisir, je ferme les yeux. Un nouveau frisson géant s’empare de mon corps ; sa langue atterrit sur mon nombril ; elle s’y attarde, comme si elle hésitait à descendre encore.
    Je rouvre les yeux, je regarde le bogoss à moitié accroupi, sa bouche à quelques centimètres de sa main et de ma queue ; je regarde son beau brushing brun et dense et j’ai l’impression qu’il descend toujours, tout doucement.
    Dans ma tête, se joue une bataille à l’issue incertaine : mon excitation physique se démène pour que le bogoss aille au bout de ses envies nouvelles, tout en espérant que ces envies soient exactement celles que je crois deviner ; mais en même temps, une autre sorte d’excitation voudrait que mon Jérém n’ait pas ce genre d’envies ; c’est le désir que mon mâle reste Le Mâle, le seul véritable « mec » de nous deux, au pieu. Une excitation, cette dernière, qui s’accompagne de la crainte que mon bobrun regrette par la suite ce moment de curiosité sensuelle, qu’il ne l’assume pas, qu’il s’en veuille, qu’il m’en veuille, que cela nous éloigne à nouveau.
    Sa main sur ma queue, sa prise est ferme, douce, chaude, ses va-et-vient délicieux ; le contact de sa langue sur ma peau est fébrile : le bogoss se donne à fond, et cela semble l’exciter autant que ça m’excite.
    Je ne sais pas jusqu’où il a envie d’aller, jusqu’où il a envie d’approfondir la connaissance de mon anatomie : tout ce que je sais, c’est que je viens de franchir le seuil au-delà duquel l’appel du plaisir prend le pas sur la raison.
    Sa main ralentit ses va-et-vient, son souffle chatouille la peau hypersensible de mon gland : je me dis que s’il a envie de ça, je ne peux pas l’en empêcher ; je me dis que, oui, il a envie de ça, et que je m’apprête à découvrir un nouvel univers sensuel avec mon bobrun.
    Est-ce qu’il va le regretter ensuite, ça, je ne le sais pas ; et puis je m’en fiche : le bogoss y va de son plein gré, il est en train de me chauffer à blanc, mon corps réclame son plaisir et il n’y a rien de mal à découvrir et à laisser découvrir l’autre côté du plaisir masculin. Alors, je décide de le laisser faire, de me laisser faire. Ni l’en empêcher, ni l’encourager, juste le laisser faire.
    Mon Jérém est désormais à genoux devant moi, comme je l’ai tant de fois été devant sa virilité conquérante. Le temps est suspendu à l’hésitation du bogoss à assumer une envie qui me semble de plus en plus claire.
    Lorsque ses lèvres hésitantes se posent sur mon gland, lorsque sa langue humide commence à caresser doucement le frein, j’ai l’impression de décoller pour une autre dimension. Plaisir nouveau, jusque-là interdit, impossible, plaisir délirant. Jamais je ne l’aurais cru capable de ça, mon bobrun.
    Lentement, ses lèvres et sa langue glissent sur ma queue, jusqu’à ce qu’elle disparaisse complètement dans sa bouche. Ses va-et-vient s’amorcent : d’abord lents, hésitants, peu à peu ils se font plus musclés.
    Je me laisse faire, incapable de réagir, complètement dérouté. J’ai besoin de me remettre de l’immense surprise, de m’« habituer » au plaisir intense qui secoue mon corps ; et ce, avant de retrouver l’instinct de faire plaisir à mon bobrun.
    Quand mes mains se réveillent enfin, elles se précipitent sur son anatomie, impatientes, affamées : je caresse son cou, ses cheveux, ses épaules, ses pecs, ses tétons ; je le caresse pour lui faire plaisir, je sais qu’il aime ça ; je le caresse pour le « remercier » de ce qu’il est en train de faire.
    Sa main enserre la base de ma queue, ses lèvres et sa langue se concentrent sur mon gland ; son autre main s’en va caresser mes bourses, son doigt humide s’enfonce lentement dans mon petit trou.
    Très vite, je réalise que, tout comme chez moi, à rôles inversés, le contact avec ses tétons semble démultiplier chez mon bobrun l’envie de me faire plaisir. Plus je l’excite, plus il me suce avec entrain. Et j’adore ça, vraiment.
    J’ai beau avoir été jusque-là passif, passif à fond, heureux de l’être ; j’ai beau avoir pris des plaisirs délirants, j’ai beau avoir joui avec ma bouche, avec mon puit de bonheur et avec mon cerveau bien plus intensément qu’avec ma queue, au point d’oublier souvent de jouir de cette façon lors de nos ébats ; j’ai beau avoir cru que c’était la seule façon de jouir que je ne connaitrai à tout jamais avec mon bobrun.
    Quand mon Jérém s’affaire à éveiller ma virilité, je me découvre prêt à goûter à l’autre face du plaisir masculin. Mon bobrun me suce et ça réveille le petit mec qui est en moi : je redécouvre très vite que je peux jouir avec ma queue aussi.
    Mon bobrun me pompe vigoureusement ; je ne sais pas jusqu’où il veut aller mais je sais que je n’irai pas jusqu’à lui gicler dans la bouche.
    Pourtant, lorsque mon orgasme approche dangereusement, je sens ma raison flancher, mon instinct reptilien prendre le dessus : soudainement, j’ai tellement envie de jouir, de jouir dans sa bouche, envie qu’il m’avale comme je l’ai tant de fois avalé avec bonheur.
    Heureusement, ma raison connait un dernier sursaut de lucidité.
    « Jérém… je vais jouir… » je le préviens : dans ma voix, à la fois une supplication de me laisser aller au bout et la peur panique qu’il le fasse.
    Le bogoss continue à me pomper, comme s’il n’avait rien entendu.
    C’est au prix d’un effort presque inhumain que j’arrive à lui chuchoter, la voix écrasée par le plaisir qui me happe déjà :
    « Jérém arrête, je vais jouir… arrête… ».
    Instinctivement, je pose une main sur son épaule et je tente de le repousser, si faiblement.
    Non seulement Jérém n’arrête pas ; ses mains atterrissent sur mes tétons, ses doigts caressent, pincent : il veut vraiment me faire jouir : du moins, à cet instant précis. Je suis sûr qu’il le regrettera, mais tant pis, ma volonté n’est plus.
    Je perds pied. Et je gicle. Dans sa bouche. Je gicle en enfonçant fébrilement mes doigts dans sa crinière brune, en enserrant son biceps à hauteur de son nouveau tatouage en forme de dragon.
    Lorsque la jouissance vient, un mec perd toute morale, oublie toute bonne résolution. Je sais que je suis en train de foutre en l’air notre histoire d’amour naissante pour un instant de plaisir, mais tant pis. Tant pis !
    Sa bouche accueille mon jus tout en continuant ses va-et-vient ; le bogoss a l’air d’aimer ça, de prendre du plaisir… quand je pense que j’ai toujours cru que mon bobrun n’aurait jamais joui que par sa queue… je trouve bizarre ce tatouage en forme de dragon… je croyais que c’était un motif végétal de style tribal…

    Un instant plus tard, je me réveille, seul dans mon lit. Le radio réveil indique 8h02. Il est dimanche et je viens de faire un putain de rêve de fou. Je me réveille avec sa présence qui me hante, malgré son absence insupportable ; je me réveille, une main enserrée autour de ma queue trempée, les doigts de l’autre sur mon téton ; je me réveille, le torse et les draps humides de transpiration et de jouissance, le corps et l’esprit encore vibrants de plaisir.
    Putain de rêve… rêve qui me ramène à cette question qui me taraude depuis la veille : est-ce qu’il voulait vraiment me sucer, hier, dans l’entrée ? Je ne le saurai jamais. Pourtant, pourtant…
    Quand je pense qu’au début de nos « révisions » le bogoss s’en fichait de me voir jouir, ou même il préférait carrément ne pas me voir jouir, comme pour oublier que je n’étais pas une nana : la seule jouissance qu’il tolérait chez moi, c’était justement une jouissance « de nana », en me faisant secouer par sa queue ; quand je pense qu’il me traitait de « sale pute », de « trou à bite », de « vide couilles », semblant me considérer vraiment comme un pur instrument pour son plaisir.
    Que de chemin parcouru depuis !
    Ça a commencé par la découverte et l’« utilisation » de mes points sensibles. D’abord mes tétons : c’était sa façon d’augmenter mon excitation, pour augmenter la puissance et l’entrain de ma fellation ; puis, ma rondelle : c’était sa façon de mieux préparer ma soumission à sa pénétration ; puis, ma queue : d’abord l’effleurer, puis à l’empoigner de façon plus franche, la branler ; et, à la fin, à la branler jusqu’à la faire jouir : un jour, alors qu’il était en moi, le bogoss s’est rendu compte que les contractions de ma rondelle pendant ma jouissance lui offraient des sensations de fou, entrainant sa propre jouissance.
    Bref, au fil du temps, le bogoss a découvert l’astuce de me faire un peu plaisir pour se faire vraiment plaisir. Un investissement sensuel, en somme, comme une mise.
    Mais depuis quelques temps, le bogoss semble prendre de plus en plus de plaisir à me faire jouir : comme si, désormais, ma jouissance comptait pour lui, au-delà de son propre plaisir sexuel.
    Petit à petit, suivant une progression qui s’est quand-même bien accélérée depuis une semaine, le bobrun est passé du refus de ma jouissance, en passant par l’utilisation de ma jouissance pour démultiplier la sienne, jusqu’à la participation active à ma jouissance.
    Il me semble si loin le Jérém dominateur et macho des premiers jours ; le même Jérém qui a voulu un plan avec un bel inconnu levé au On Off, juste pour me montrer qu’il n’en avait rien à faire de moi, tout comme il n’en avait rien à faire qu’on soit fidèles l’un pour l’autre ; le même Jérém qui, deux semaines plus tôt, a voulu me « partager » avec son pote pour se prouver, me montrer, et en faire son pote le témoin, que je n’étais pour lui qu’un jouet sexuel.
    Au fait, nous n’avons jamais reparlé de Thibault après cette fameuse nuit. On dirait que nous avons quand-même réussi à l’apprivoiser, Jérém et moi, ou du moins réussi à la laisser derrière nous.
    Pourtant, Thibault semble demeurer un sujet tabou ; une seule fois j’ai tenté de lui en parler, et Jérém m’a clairement montré qu’il n’y tenait pas.
    En même temps, la seule fois où j’ai voulu lui en parler, Jérém n’était pas encore le Jérém qu’il l’est depuis une semaine : je n’ai pas tenté de demander des nouvelles de la cohabitation depuis. C’est peut-être con, mais quelque part, j’ai peur que le fait d’aborder le sujet « Thibault » puisse enrayer cette belle progression entre nous.
    Alors, j’évite d’en parler. Je ne sais rien de leur cohabitation. Ça fait une semaine que j’ai envie de passer voir le bomécano : alors, cette semaine je vais y aller, c’est décidé.
    Le corps engourdi par une douce torpeur, je me réveille en douceur, en humant son odeur qui flotte dans ma chambre, sur ma couette, sur moi.
    Après une coucherie avec mon bobrun, j’ai toujours l’impression, en dépit des douches, que mon corps tout entier est imprégné de sa présence de mâle ; pendant des heures, des jours entiers, j’ai l’impression que l’odeur et le goût de cette semence de bogoss qu’il dépose dans tous mes trous, persistent dans ma bouche, dans mon nez, sur ma peau ; l’impression d’être marqué durablement par sa virilité. À moins que tout ça ne soit que dans ma tête, que le simple souvenir suffise à raviver en moi toutes ces sensations de bonheur.
    Mon téléphone se met à vibrer : c’est ma cousine qui vient aux nouvelles. Nous échangeons quelques messages, et elle finit par m’inviter prendre un verre en ville l’après-midi même. Elle me précise qu’elle sera accompagnée par le très charmant Phil. Je trouve ça cool et dommage à la fois.
    Rien de personnel, j’adore ce gars ; et je suis heureux pour ma cousine, car c’est une histoire qui a l’air de bien rouler. Le revers de la médaille c’est que, du coup, Elodie est beaucoup moins disponible pour moi. J’ai très envie de lui parler de mon nouveau, immense bonheur avec Jérém, envie d’entendre son point de vue sur les derniers développements.
    Mais pour cela, il faudrait que je puisse la voir seul à seul : je sais pertinemment que, devant son mec, aussi sympa soit-il, je ne pourrai pas m’ouvrir de la même façon.
    De toute façon, même si je sais qu’elle pense toujours très fort à moi, je sais aussi qu’elle ne passera pas l’après-midi à me cuisiner ; par respect de Phil, et parce que d’autres choses, de bonnes choses, occupent son esprit, et c’est très bien comme ça.
    J’accepte quand-même l’invitation, j’ai envie de la revoir, de les revoir tous les deux, ensemble, heureux.
    Lorsque je redescends au petit dej, il est 9h30 passé.
    Maman est en train de préparer un bourguignon pour midi ; je me charge du ménage et de quelques repas pendant la semaine, mais le week-end elle tient quand même à faire de bons petits plats.
    Je bois mon café au lait pendant que maman découpe, fait saisir, remue, la viande, les légumes, les oignons. Les bonnes odeurs de cuisine maison et celui de mon café au lait se mélangent, ce qui n’est pas forcément très agréable.
    Maman se déplace pour aller chercher les carottes sur le meuble juste derrière moi.
    « C’est quoi ces marques dans ton cou ? » je l’entends alors me balancer à brûle-pourpoint, tout en sentant son doigt effleurer un endroit de ma peau assez sensible.
    Je sais exactement d’où viennent ces marques ; ce sont les traces laissées par les passages répétés des lèvres, de la barbe, des mordillements d’un beau brun en rut ; ce que je ne savais pas, c’est qu’elles soient si visibles, comme si Jérém avait inscrit sa marque sur ma peau.
    « De quoi ? » je tente de gagner du temps pour trouver une explication qui tienne un minimum la route. Putain, j’aurais dû y penser avant, préparer une connerie plausible, au cas où.
    « Des traces rouges… » fait elle, tout en revenant s’installer devant moi, sur sa planche à découper, les carottes à la main.
    « Ah bon ? » je feins de m’étonner pendant qu’elle a déjà commencer à débiter des rondelles.
    « Oui, j’ai déjà remarqué ça depuis deux ou trois jours, mais ça a l’air d’empirer… ».
    Quoi lui répondre ? Je cherche, il faut que je trouve un truc, vite fait ; je ne peux quand-même pas lui avouer que ces marques sont la trace laissé par le désir, le rut du mâle qui vient à la fois me saillir et me faire l’amour, chaque après-midi depuis une semaine !
    « Ca doit être les moustiques sur le canal… je me fais piquer souvent… ».
    « C’est bien rouge… ».
    « Ça gratte et je gratte… ».
    Maman a l’air de gober mes explications.
    « Mets-toi de la crème… et achète un répulsif ! ».
    « Ok maman… ».
    Il faut que je fasse gaffe : aucun moustique laisse des traces aussi visibles et aucune crème ne saurait soigner des blessures qui sont attaquées sans discontinuer ; tout comme il n’existe aucun répulsif pour des moustiques aussi musclés, aussi sexy, aussi sensuels, aussi chargés de testostérone ; et même s’il en existait, ce n’est pas moi qui m’en servirait : mon bobrun est le genre de moustique par lequel je veux être piqué encore et encore et encore.
    Lorsque je sors, en début d’après-midi, le ciel est bien gris au-dessus de la ville Rose. Les températures se sont drôlement rafraichies, la météo est maussade : je ne serai pas étonné de voir des gouttes tomber avant le soir.
    « Je suis contente de te voir, mon cousin, comment vas-tu ? » m’accueille Elodie, en me faisant la bise, toute guillerette.
    Son bobrun à elle est là, je lui serre la main : Phil est toujours aussi sexy avec sa belle chevelure souple et ondulée, ses lunettes de petit intello à bouffer, sa barbe d’une semaine, plus marquée que celle de mon bobrun à moi. Phil a la petite trentaine ; et le duvet de barbe à 20 ans et à 30, ça n’a souvent rien à voir.
    « Ma foi, ça va plutôt pas mal… » je réponds à ma cousine « j’ai presque fini les cours de conduite… normalement, je vais passer l’exam début septembre… ».
    « Cool, il va falloir fêter ça… ».
    « Attends un peu quand même… » je rigole « attends que je l’aie dans la poche… ».
    « Tu vas l’avoir haut la main… ».
    « J’espère… j’avais un très bon instructeur… ».
    « Hum, il devait être sexy aussi, non ? ».
    « Pas mal, non, pas mal… » je n’ai pas difficulté à admettre.
    « Tu m’as manqué mon cousin… » enchaîne Elodie.
    « Toi aussi… ».
    « C’est vrai qu’on se voit moins en ce moment… ».
    « A qui la faute ? » je la taquine.
    « J’ai un taf monstre… » fait-elle.
    « Oui, c’est ça… » je plaisante « t’as un mec, surtout ! ».
    Phil rigole dans son coin, tout en faisant des papouilles à Elodie ; définitivement, ce gars a l’air vraiment adorable.
    Je les regarde, si complices ; comme j’adorerais pouvoir un jour vivre ça un jour avec mon bobrun ; le vivre parce que nous en avons tous les deux envie, et sans avoir peur du regard des autres ; ou même le vivre déjà rien qu’en privé, se faire des papouilles, s’aimer sans réticences.
    Phil a l’air vraiment accro. Je me dis qu’elle a de la chance ma cousine, une chance presque inespérée. Elodie est très rigolote, et aussi un brin fofolle, c’est une pile électrique ; elle est aussi très indépendante, d’un naturel cash et déterminé, un peu trop même parfois ; elle peut être aussi du genre « j’agis et je réfléchis après ».
    C’est génial de se taper des délires avec elle. Mais, à côté de ça, je me suis parfois dit que ça ne doit pas être facile pour un mec de la suivre dans ses délires, et de lui tenir tête. Même moi, elle me fatigue parfois ! Ma cousine a un sacré petit caractère, avec des côtés qui, me semble-t-il, pourraient bien effaroucher un certain nombre de garçons. D’où, peut-être, la précarité de ses relations.
    Certes, elle a toujours aimé s’amuser avec les garçons, chose que je peux très bien comprendre ; elle est belle, et les garçons ne se font pas prier pour l’approcher : pour une nuit, du moins. Mais quand les garçons ne font que défiler et qu’aucun ne reste, surtout lorsqu’il arrive de le vouloir, au bout d’un moment, ce ne doit plus être si drôle. J’ai parfois senti que, en dépit de son moral toujours à la déconnade, ma cousine souffrait de ne pas avoir une épaule sur laquelle se poser.
    Je n’ai jamais osé lui faire la morale quant à la conduite de ses relations ; elles étaient d’ailleurs parfois si courtes que très souvent je ne connaissais même pas les garçons dont elle me disait un jour, toute guillerette : « Ce gars est génial ! » ; puis, le lendemain, l’air dépitée : « Je me suis encore fait avoir par un connard ! ». 
    De toute manière, je ne pouvais pas avoir la prétention de lui faire la morale, alors que je suis plus jeune qu’elle de plusieurs années, et que j’étais puceau jusqu’à encore il n’y pas si longtemps.
    Pourtant, ce coup-ci je l’ai fait, car j’ai trouvé d’entrée ce Phil vraiment adorable, fait sur mesure pour elle. Je lui ai dit d’y mettre du sien, et elle a l’air de suivre ma suggestion : ils ont l’air heureux tous les deux, et c’est beau à voir.
    « Mon pauvre cousin, je te délaisse… » elle se moque.
    « Ça me fait des vacances… » je la cherche.
    « Mais ta gueule… » elle me pique, avant d’enchaîner « sinon, raconte, t’en es ou avec ton Jérém ? ».
    « Ça va ça va… ça va mieux… » je résume, un tantinet gêné de parler de ce sujet devant son Phil.
    Ma cousine continue pourtant le plus naturellement du monde.
    « Il faut que je te raconte… jeudi dernier on a pris un verre dans la brasserie où il travaille… ».
    « C’est vrai ? ».
    « On passait par là et j’ai voulu monter à Phil le copain de mon cousin… ».
    « C’est pas mon copain… ».
    « Comment ça ? ».
    « Il n’est toujours pas prêt à assumer tout ça… ».
    « Vous êtes compliqués, les mecs… en tout cas, l’autre soir j’ai entendu un truc qui devrait te faire plaisir ! ».
    « C'est-à-dire ? »
    « Nous étions donc installés en terrasse… c’est pas lui qui nous a servi, c’est son collègue… mais à un moment Jérém est venu servir une grande table à côté de la notre… il n’y avait que des nanas… je apparemment c’était un anniversaire… peux te dire qu’il y avait de la sacré pétasse… elles avaient bien picolé… au début, c’était assez drôle, ça rigolait bien, mais à un moment il y en a une qui lui a carrément demandé à quelle heure il terminait son service… ».
    « Salope ! » je ne peux m’empêcher de lâcher, comme par réflexe pavlovien.
    « Et c’est pas fini… elle lui a carrément dit qu’il pourrait faire un autre genre de service chez elle… ».
    « Double salope… ».
    « C’était balancé sur le ton de la rigolade, mais très vite ses copines ont commencé à en rajouter ; ton mec répondait du tac-au-tac, il se foutait de leur gueule, plutôt taquin, mais sans jamais rentrer dans leur drague à deux balles ; mais elles n’arrêtaient pas, c’était la surenchère, et au bout d’un moment, on ne savait plus trop si c’était du lard ou du cochon… ».
    « De la cochonne, oui… » je commence à m’indigner, très heureux par ailleurs du professionnalisme de mon bobrun.
    « Mais le meilleur est à venir… » fait Elodie « au bout d’un moment, ton mec dégaine son plus beau sourire et leur balance : Désolé, les filles, je ne suis pas libre ! … Et là, celle qui lui faisait du rentre dedans, et que j’appellerai pudiquement « Peggy », lui balance :  T’as une copine ? … Et là, je te jure que c’est vrai, et Phil peut en témoigner, ton bobrun la regarde droit dans les yeux et lui envoie en pleine gueule : J’ai un copain… ».
    « Il a dit ça ? » je m’étonne, comme abasourdi après avoir reçu une claque en pleine figure.
    « Oui, oui, mot pour mot… ».
    « Je ne te crois pas… ».
    « Je te jure… je te jure… je te jure sur la tête de Madonna… hein, Phil, que c’est vrai ? » fait Elodie en cherchant le regard de son homme, alors que ce dernier hoche déjà de la tête.
    « Bah, ça alors… ».
    « Peggy avait l’air sciée… une de ses copines lui balance : Mais qu’est-ce que tu peux être cruche, tu ne vois pas qu’il se moque de toi ? … Pendant ce temps Jérémie se marrait en dandinant la tête, il se foutait vraiment de leur gueule ; l’autre cruche de Peggy n’arrivait pas à savoir à quoi elle devait croire, et elle balance : Tu aimes vraiment les mecs ? … La copine revient à la charge : Mais vraiment on te ferait gober n’importe quoi… mais tu l’as regardé ? Si lui il est PD, moi je veux bien être lesbienne !
    Moi j’étais morte de rire… je crevais d’envie de me lever et de lui dire que, déjà, de 1 : le mot « homo » c'est mieux que PD ; et, de 2, qu’elle pouvait se préparer à bouffer du minou ! A la fin, tout le monde a fini par comprendre que le beau serveur se foutait de leur gueule… ce qui était vrai d’une certaine façon… mais pas du tout dans le sens qu’elles l’ont compris… si elles savaient, les pauvres cruches ! ».
    « Il a dit ça juste pour s’en débarrasser… » je reviens les pieds sur terre.
    « C’est ce que je me suis dit aussi… mais enfin… reste le fait qu’il l’a dit, et qu’il a bien un mec dans sa vie, pour de vrai… ».
    « C’est vrai qu’on se voit souvent en ce moment, mais c’est pas pour ça que nous sommes ensemble… enfin… pas comme vous deux… ».
    « Va savoir si sa petite blague n’est pas le signe que quelque chose commence à mûrir dans son esprit… ».
    « J’aimerais tellement… mais c’est pas encore demain qu’on nous verra assis à une table en terrasse en train de faire des papouilles… ».
    « T’as envie de ça ? ».
    « Oui, mais c’est pas une obligation… ce que j’aimerais, c’est faire des choses avec lui, qu’il me laisse rentrer un peu plus dans sa vie… j’aimerais pouvoir l’inviter prendre un verre avec nous, papouilles ou pas, mais passer des moments ensemble… sans forcément crier sur tous les toits qu’on est ensemble, mais sans non plus avoir besoin de se cacher… ».
    N’empêche que ça me fait plaisir d’entendre cette petite anecdote au sujet de mon bobrun. Je suis vraiment touché. Je ne veux pas me faire des illusions, je m’oblige à me dire que cela n’est rien de plus qu’une moquerie ; pourtant je suis heureux.
    « Je vais avoir deux semaines de congés, du 13 au 26 août… » enchaîne Elodie « si tu es dispo, mon cousin, on pourrait partir quelques jours à Gruissan tous les deux… ».
    « Ce serait coooool… ».
    « Phil nous rejoindra certainement le week-end, ou plus, s’il peut se libérer… ».
    « Super plan ! » j’essaie de me montrer enthousiaste, même si j’ai un peu de mal avec l’idée de m’éloigner de mon bobrun ; je n’ai pas envie de casser cette belle progression, je veux profiter de lui un max.
    Il n’est que 16 heures lorsque nous nous séparons. J’ai envie de marcher, sans but ; j’ai envie de marcher seul, en repensant à mon bonheur. Pourtant, je sais que ça ne va pas être possible. Je le sais pertinemment : je peux essayer de m’imposer tous les détours possibles ; à un moment ou à un autre, mes pieds et mes jambes profiteront d’un instant d’inattention de mon esprit pour me conduire tout droit à Esquirol.
    Mon bobrun me manque, et aujourd’hui je ne peux même pas le recevoir pendant sa pause : ça va être dur. D’autant plus que la petite conversation avec ma cousine m’a donné encore plus envie de le revoir.
    En attendant, je flâne dans la rue d’Alsace-Lorraine, le regard aimanté par les bogoss traversant mon champ de vision : des bogoss trop souvent « encombrés » de leurs copines, en cette balade du dimanche après-midi.
    Croiser un bogoss dans la rue, émotion intense, bonheur immense, émouvant, bouleversant ; croiser un bogoss, et s’attarder inévitablement sur ses traits masculins, attirants, rassurants parce que masculins ; chercher son regard, puis le fuir : non seulement pour éviter de me faire remarquer, mais parce que, dès le premier contact, ce regard fait vibrer en moi des cordes sensibles.
    Croiser un bogoss et me laisser impressionner par son allure de mec, allure qui exprime la force, l’assurance ; allure parfois un peu brute, mais nature, sans sophistications, le genre qui m’attire le plus ; croiser un bogoss et me délecter parfois d’un parfum, d’une odeur qui me fait tourner la tête, comme la promesse d’un univers sensuel inconnu ; ou bien capter une voix, une vibration d’homme, une palette de sons qui est comme une caresse pour mon oreille et mon esprit.
    Croiser un beau garçon, et être touché à chaque fois par un ensemble de caractéristiques mâles suscitant le désir. Un désir violent, fait d’envies aussi intenses que fugaces : l’envie de me laisser envahir par sa puissance mâle, le besoin de lui offrir mon corps pour sa jouissance ; l’envie de le serrer dans mes bras, de lui faire des câlins ; l’envie d’en recevoir, des câlins, de me sentir en sécurité dans ses bras puissants ; l’envie de connaître son existence, tout simplement.
    Chaque « rencontre » avec un beau garçon m’inspire un mélange de toutes ces émotions, un mélange différemment dosé : chaque garçon, c’est une formule masculine unique ; chaque rencontre, un bonheur sans cesse renouvelé.
    Bonheur tellement puissant, débordant, capable de me faire croire souvent à la rencontre avec la perfection masculine absolue ; illusion passagère, aveuglement d’un instant pendant lequel le charme particulier d’un bogoss fait de lui l’exemplaire unique de l’une des infinies facettes de cette perfection masculine, mais avec son petit « truc » en plus : ce qui fait qu’à chaque fois, la rencontre avec un bogoss est une nouvelle découverte, un nouveau choc, une nouvelle révélation.
    La séquence est toujours la même : rencontre, bonheur des yeux, la respiration qui s’accélère, le cœur qui s’emballe, le désir impérieux, déchirant, la frustration assommante de ne pas pouvoir aspirer et emporter avec moi l’émotion d’un instant qui semble renfermer en elle la beauté de l’Univers tout entier ; frustration de ne pas pouvoir lui offrir le plaisir inouï que chacune de mes fibres voudrait lui apporter ; frustration de le voir disparaître aussitôt de mon horizon qu’il y est apparu, frustration qui me ronge, qui me déchire.
    Puis, si la chance m’offre la possibilité de contempler un beau mâle un peu plus longuement, l’émotion qu’il m’inspire commence à évoluer peu à peu, elle passe par d’infinies nuances, aussi nombreuses et aussi changeantes que les couleurs d’un coucher du soleil.
    Les minutes avancent, le désir est toujours là, intense, brûlant ; pourtant, peu à peu ma respiration se calme, mon cœur ralentit, la tempête passe ; je ressens une intense sensation de bien-être se répandre dans mon corps, dans mon esprit. Plus je regarde ce garçon, plus je me sens bien, en phase avec moi-même ; tout mon être est envahi par un bonheur et une douceur infinie, par un doux apaisement. Comme après un orgasme. C’est le bonheur de capter, sentir, respirer l’esprit masculin, expérience bouleversante à chaque fois.
    Une expérience qui ne survit pas longtemps, un désir qui commence à s’évaporer dès que son objet disparaît de ma vue et de ma vie, laissant derrière eux comme une trainée de bonheur indéfini, générique, mais intense, laissant dans mes yeux et dans mon esprit comme un petit arrière-goût de reviens-y.
    Jamais le fait de regarder une nana m’a provoqué la moindre question, la moindre émotion, la moindre excitation, le moindre désir sensuel, le moindre apaisement : non, rien de rien. Ça doit ça être la définition de pd (oui, quand on l’est, on a le droit de dire pd).
    Regarder un bogoss, ressentir le désir, intense, déchirant, et me sentir tellement vivant. Pourtant, le désir que je ressens pour mon bobrun éclipse tous les autres.
    Soudainement, je réalise que pendant que mon esprit était happé par mes réflexions, mes jambes en ont profité pour m’approcher dangereusement d’Esquirol. J’emprunte alors une traverse, j’amorce un détour par les petites rues pour retarder le bonheur ultime, l’instant où l’image de mon bobrun va pénétrer ma rétine.
    Un peu plus loin, je tombe sur une petite bande de mecs installés à une terrasse de bar. Ils doivent être une petite dizaine, ils ont l’air de petits rugbymen ; hypothèse qui semble se confirmer lorsque je réalise qu’ils sont en train de regarder (et de refaire en même temps, de façon plutôt musclée et bruyante) un match de ballon ovale.
    Dans le lot, il y a des bruns, des châtains, un blond très clair ; il y a des t-shirts ajustés, d’autres plus amples, des cols ronds, d’autres échancrés ; il y a des shorts, des survêts ; il y a des beaux mecs, des moins beaux, des charmants, des quelconque ; mais comme toujours, dans le bilan riche est complexe de la bogossitude globale d’une bande de mâles, l’ensemble vaut davantage que la somme des simples éléments ; certains spécimen ont, certes, tiré sévèrement de leur côté la couverture de la sexytude : l’ensemble de la meute profite de cette proximité masculine, de cette complicité, de cette passion commune, de cette bonne ambiance, de cette camaraderie, de ce mélange de différentes essences de testostérone.
    Je les regarde en me demandant si, sur les dix, il y en a au moins deux qui ont déjà partagé plus qu’un match de rugby et une bière. Pourtant, ce qui saute petit à petit aux yeux en les regardant, au-delà du côté bruyant de leurs échanges, ce que je ressens, au plus profond de moi, c’est surtout une profonde sensation de calme, de sérénité, de bien-être. Ce que je ressens, c’est l’envie d’être avec eux. Lorsque l’esprit masculin se révèle en meute, c’est le plus beau des spectacles.
    Et là, soudainement, je suis frappé par une idée qui s’affiche dans ma tête avec la clarté et la violence d’une révélation. Soudainement, la nudité de mon bobrun s’affiche dans mon esprit ; je ferme les yeux, je revois le lignes sobres et fermes dessinant le V de son torse, ses épaules, son cou ; je revois les lignes arrondies dessinant ses biceps, ses bras, le rebond de ses fesses.
    Oui, c’est comme une petite révélation qui vient de s’afficher dans ma tête, une révélation au sujet de l’absolue beauté du corps masculin.
    Le corps masculin, anatomie qui me parle, qui m’attire, qui m’est familière, agréable à regarder, à toucher ; le corps masculin, ce bonheur plastique composé de reliefs, de creux, de rebonds, de proportions, d’harmonie des formes ; le corps masculin, délicieux mélange de puissance et de douceur : de lignes fermes, droites, nettes, comme tracées à l’équerre, inspirant la solidité, la mâlitude, l’érotisme, la puissance sexuelle ; mais aussi de lignes, plus douces, courbes, arrondies, comme un rappel de sensualité, comme l’annonce de la douceur de sa peau, de la douceur de l’esprit tapie sous la carapace de mâle.
    Tout pris dans mes réflexions, je ne me suis même pas rendu compte que j’ai repris à marcher ; et que mon pilote automatique m’a amené direct devant la brasserie.
    J’ai atterri de l’autre côté de la route et très vite, je réalise que je n’ai plus le temps de me préparer, je ne peux plus rien faire pour l’éviter : un choc visuel inouï, inattendu, insupportable, m’attend.
    J’ai beau être préparé à la bogossitude de mon bobrun, elle semble se renouveler, devenir chaque jour plus aveuglante : et comme s’il ne suffisait pas sa prestance naturelle pour en mettre plein la vue, il faut que ses tenues choisies de bogoss soient mises à contribution.
    Oui, ce dimanche le temps s’est bien rafraichi ; ce qui autorise à abandonner provisoirement le t-shirt pour des tenues un peu plus habillées. Mais là, dans ce CAS précis, ce n’est pas juste habillé : sa tenue est une claque puissante à me faire tomber à la renverse. Je suis figé, comme assommé par l’image qui vient de traverser, bruler, violer ma rétine. Pendant un instant, je me dis que mon cœur va s’arrêter.
    Car mon regard est attiré, aimanté, happé, aveuglé, cramé par la vision de son torse, de ses épaules, de ses biceps, de son cou gainés, mis en valeur, sublimés dans une putain de chemise blanche tellement bien coupée qu’on la croirait taillée sur mesure ; elle tombe sur ses épaules, elle épouse sa plastique avec une précision redoutable.
    Le col rigide, cassant juste à la bonne hauteur, ni trop plié, ni pas assez, est rassemblé par une cravate noire au nœud assez lâche, tombant juste en dessous du dernier bouton ouvert : c’est une cravate plutôt longue, pas trop large sans être trop fine ; une cravate dont la pointe arrive jusqu’à sa belle et épaisse ceinture de mec en cuir noir, indiquant ni plus ni moins la direction de sa braguette, l’emplacement de sa virilité ; comme une invitation vers l’insupportable tentation, tentation cachée dans ce sublime pantalon noir, moulant son cul divin.
    Ses avant-bras sont dégagés, les manches retroussées juste au-dessus des coudes ; une jolie montre de mec habille son poignet. Ses baskets noires à l’épaisse semelle blanche semblent comme léviter au-dessus du sol pendant qu’il voltige entre les tables.
    Dans sa tenue habillée, le bogoss dégage une classe qui me déstabilise, me désarçonne ; il révèle une nouvelle et inattendue facette de sa pure et insaisissable bogossitude, une facette qui contraste tellement avec le petit con « t-shirt /casquette à l’envers » dans lequel j’ai l’habitude de le voir s’illustrer. C’est un contraste qui me rend dingue et qui enflamme mon désir.
    Le bogoss vient de servir des boissons à une table, il vole à une deuxième pour un encaissement ; il disparait ensuite à l’intérieur de la brasserie.
    Il réapparait quelques instants plus tard. Il s’arrête sur le seuil, les coudes pliés, les mains sur les flancs, le regard en mode radar, parcourant minutieusement l’espace de la terrasse. Puis, voyant que personne ne semble réclamer son intervention, il déplie les bras, il appuie son épaule contre le montant de l’embrasure de la porte, le bassin un peu en avant, l’attitude nonchalante et très très virile, position qui me rappelle certaines pauses cigarettes entre deux séquences de coups de reins. Le bogoss passe les doigts dans ses cheveux bruns pour les ramener en arrière ; puis, il finit par glisser les deux mains dans les poches.
    Une seule envie à cet instant, celle de lui arracher sa chemise et de me jeter sur sa braguette offerte, affamé de lui ; ou bien son parfait opposé, celle de défaire les boutons un à un, de découvrir petit à petit sa peau, ses petits poils qui repoussent, les délicieuses odeurs retenues par le coton boutonné ; de titiller sa puissance virile par-dessus le pantalon, de la sentir monter en puissance, de faire enrager la bête avant de la libérer et de la laisser exprimer toute sa fureur.
    C’est bien dommage que Jérém ne prenne jamais sa pause avec ses tenues du taf… qu’est-ce que j’aimerais le pomper dans cette tenue !
    Je le fixe tellement que le bogoss finit par remarquer ma présence. Je le vois plier le cou, plisser les yeux, jouer l’étonnement avec ses sourcils ; mais ce que je vois surtout, c’est son putain de sourire brun incendiaire, ce sourire qui réchauffe cette journée maussade à bloc, ce sourire qui ferait ressembler un mois de janvier au pôle Nord à un mois de juillet au Sahara.
    Le bogoss sourit et me fait signe d’approcher. Alors, je n’ai plus le choix, mes jambes m’amènent toutes seules, je m’engage pour traverser la route.
    Au fur et à mesure que j’approche, sa chemise dévoile d’autres détails de sa perfection. Les pans avant mettent en valeur ses pecs bombés, juste ce qu’il faut, pas trop moulés, mais bien suggérés, donnant à la fois une impression de coupe ajustée et agréable à porter. Voilà la magie provoquée par la rencontre divine d’une coupe parfaite et d’un corps divin.
    La tenue ne fait peut-être pas le moine, mais elle contribue sérieusement à mettre en valeur un bogoss. A moins que ce ne soit le bogoss qui met en valeur la chemise.
    Si elles savaient, ces pouffes (Pouffe = nana dont le seul et impardonnable défaut à mes yeux est son envie de se taper mon Jérém) qui le dévorent des yeux, qui lui tapent la discute ; si elles savaient le torse de fou, les merveilles plastiques et sexuelles qui se cachent sous cette belle chemise, si elles savaient à quel point je les connais par cœur ; si elles savaient à quel point cette bombasse de serveur me fait l’amour comme un dieu, et à quel point il prend son pied avec moi : ça les calmerait, et pas qu’un peu !
    J’approche et je suis de plus en plus ébloui par la couleur immaculée du tissu ; ébloui par le contraste saisissant avec sa peau mate et bronzée, avec sa crinière brune au brushing impeccable, avec son regard ténébreux mais souriant ; ébloui par la couleur noire de la cravate, du pantalon, des chaussures, comme un rappel du côté très brun de toute sa personne.
    Je suis désormais devant lui, nos regards se rencontrent, s’aimantent. Son sourire ne quitte pas son beau visage. Ça a l’air de lui faire plaisir que je sois là.
    « Salut ! » il lance en premier.
    « Salut… » je lui réponds « tu vas bien ? ».
    « Ouaissss… je cours… tu veux boire un truc ? ».
    « Euhhhh… je… si tu veux… ».
    « Allez, je t’invite… t’as qu’à t’installer à la petite table dans le coin là-bas… ».
    « Ok… merci… ».
    « Tu prends quoi ? ».
    « Une bière blanche… s’il te plaît… ».
    « Je reviens… ».
    Je le regarde repartir et je n’arrive pas à détacher les yeux de lui, de cet ensemble chemise-cravate, code masculin par excellence.
    Sa chemise est impeccablement repassée : qui l’a repassée ? Est-ce mon bobrun sait repasser ?
    Je l’imagine, torse nu et boxer, ou bien torse nu et pantalon noir, le matin, la peau fraîchement douchée, en train de repasser, avant de la passer, sa chemise ; j’imagine ses gestes amples de bogoss, son bras qui enfile la première manche, l’autre qui part vers l’arrière chercher la deuxième, le col qui atterrit sur son cou puissant, le haut qui se cale sur ses épaules, les pans encore ouverts qui retombent sur son torse musclé, caressant ses pecs, son dos, ses flancs, ses reins, le plis de son bassin.
    J’imagine ses doigts en train de boutonner les manchettes ou bien de les retrousser directement ; je l’imagine en train de fermer un à un les boutons sur le devant, tout en laissant sciemment le dernier ouvert ; je l’imagine relever le col rigide, faire glisser la cravate encore défaite ; s’attaquer au nœud : il sait aussi faire un nœud de cravate ? J’en suis incapable !
    Je l’imagine en train de passer la chemise dans le pantalon, ajuster sa ceinture, passer ses chaussures ; un dernier passage devant le miroir pour une dernière touche au brushing de bogoss et le voilà parti pour sa nouvelle journée. Je donnerais cher pour pouvoir assister à cela ne serait-ce qu’une fois.
    Lorsque je reviens de mes délires, je réalise que le plus irrésistible dans cette tenue est la façon qu’à mon bobrun de la porter ; sur mon Jérém, cette tenue fait à la fois élégante et décontractée, habillée et cool, traditionnelle et très jeune, soignée et impertinente, classique mais tellement vivante ; sur mon Jérém, cette tenue est relevée par sa prestance, sa présence, par une puissante touche de fraîcheur, de jeunesse, d’impertinence, d’effronterie et de sexytude : ce qui donne un mix explosif, tout ce qu’il y a de plus sexy.
    Dans sa tenue habillée, on dirait un jeune premier, un acteur, un mannequin, tous aussi à l’aise que s’il portait un t-shirt et un short. Il y a dans ses gestes, dans son allure, une aisance, une assurance, un naturel presque déconcertants. Il faut le voir marcher avec de grandes enjambées, le dos bien droit, les pecs bombés, le regard magnifique, la cravate qui part à gauche, à droite, qui se colle à son torse ou se penche dans le vide au gré et en réaction contraire de ses mouvements rapides et incessants.
    Tout dans sa tenue et dans son attitude semble vouloir exprimer : « Ok, je porte une chemise et une cravate ; tout le monde peut être élégant avec une tenue pareille ; mais moi, je vais être non seulement hyper classe avec, mais en plus je vais être ultra sexy, et même réussir l’exploit de faire ressortir mon côté « p’tit con » ; un « p’tit con » avec une chemise élégante et une cravate (délicieux oxymore) ; déjà, mon dernier tatouage va quand même dépasser ; ensuite, il suffit de desserrer un peu le nœud, de laisser le dernier bouton ouvert ; je laisse ma bonne petite gueule à hurler armée en permanence de mon regard charmeur et de mon sourire incendiaire… et hop ! Le tour est joué… ».
    Oui, le tour est joué : voilà Docteur P’tit con et Mister Classe dans une seule et unique bombasse.
    Le bogoss disparaît une minute à l’intérieur et réapparait avec un plateau chargé à bloc qu’il décharge presque entièrement à une grande table ; à l’exception d’un verre et d’une petite bouteille qu’il vient déposer devant moi.
    Pendant qu’il se penche vers moi, mon regard tombe tout naturellement dans ce petit triangle de peau mate au-dessus du nœud de cravate un peu desserré ; c’est délicieux d’observer les mouvements de sa pomme d’Adam sous la peau couverte de quelques poils de barbe ; j’arrive même à entrevoir son petit grain de beauté si mignon, si adorable, si sexy ; tout comme il l’est, sexy au plus haut degré, le haut de son tatouage sortant du col de la chemise et remontant à la verticale vers l’oreille.
    Mon bobrun est super classe dans sa tenue habillée, mais il dégage en même temps un truc vraiment animal, comme une odeur de mâle baiseur : un baiseur classe, brûlant. Putain, qu’est-ce que j’ai envie de lui !
     « Voilà, monsieur est servi ! ».
    « Merci, monsieur… ».
    J’aimerais tant qu’il puisse rester un peu avec moi. Prendre un verre avec moi. Je rêve. D’autant plus que la terrasse est bondée et que le bogoss semble seul à cette heure de la journée.
    « Eh merde, il me faut encore courir… je reviens… » fait le bobrun sur un ton agacé, alors qu’une main vient de se lever à une table à l’opposé de la terrasse.
    Dommage. Je me console en appréciant à sa juste valeur l’incroyable l’évolution de mon bobrun, dans ses attitudes, ses gestes, sa façon d’être, son comportement vis-à-vis de moi : il n’y a encore pas très longtemps, s’il m’avait surpris en train de « roder » autour de la brasserie, il m’aurait regardé en travers, ou même carrément jeté ! Et là, il me fait installer en terrasse, il m’offre à boire, il a l’air content de me voir.
    Je le regarde repartir et j’en profite pour me pencher sur l’« envers du décor ». Côté dos, la chemise redessine tout aussi divinement sa plastique : le col immaculé frôle par moments la naissance de ses cheveux bruns, souligne le V de son torse, la ligne de ses épaules. Parfois, lors de certains mouvements, lorsqu’il se penche sur une table pour récupérer des verres, par exemple, le tissu se tend sur ses omoplates, envoyant de très belles images de son dos puissant, laissant parfois furtivement entrevoir les mailles brillantes de sa sexy chaînette de mec. Et ce pantalon, putain, c’est juste à hurler tellement il épouse le profil délicieux de son magnifique cul musclé et rebondi de rugbyman.
    Puis, quelque chose attire mon regard. Mon bobrun s’est arrêté à une table ; les secondes passent, et il semble s’y attarder, longtemps ; s’y attarder, non pas pour prendre une commande ou pour encaisser mais plutôt pour taper la discute, l’air de bien rigoler.
    Autour de la table, deux petits mecs, 18-20 ans je dirais ; le premier, un châtain clair à l’air sympa est plutôt mignon ; l’autre, une pure bombasse atomique.
    Très brun, la peau mate, les cheveux souples, ondulés, un peu en bataille, retombant en mèches rebelles sur son front, sauvage crinière de jeune loup ; les yeux naturellement plissés, perçants, donnant à son regard une intensité troublante, des yeux "sabre laser", dégageant un érotisme permanent, comme des flammes de sexytude bouillante.
    Le jeune wolf est habillé avec un t-shirt blanc col en V avec échancrure affolante ; t-shirt soulignant un torse élancé et très bien bâti, échancrure laissant dépasser une chaînette fine et assez courte, tombant à hauteur de sa clavicule : bref, très beau mec, très beau et très mec.
    Jérém a l’air tout particulièrement complice avec ce dernier ; je les vois rigoler, je le vois lui mettre une tape sur l’épaule, passer sa main dans ses cheveux comme pour les ébouriffer : je me dis que ça doit être un de ses potes du rugby que je ne connais pas ; pourtant, je ressens une pointe de jalousie remonter de mon bas ventre. Mais c’est qui ce mec ?
    Quelques instants plus tard, les deux gars se lèvent ; debout, les deux dévoilent définitivement une plastique plutôt avantageuse qui semble témoigner d’une activité sportive ou physique indéterminée mais capable de sculpter un beau physique de mec. Jérém leur fait la bise, tout en posant une main sur l’épaule du beau brun, en lui parlant face à face, très très proche de lui. Les trois rigolent une dernière fois, et se séparent.
    Les deux potes quittent la terrasse et traversent la route pour aller rejoindre deux filles qui les attendent à côté de l’entrée du métro. Le mec châtain fait la bise à la première, tandis que le petit brun embrasse l’autre sur la bouche. Les quatre commencent à discuter sur place.
    Jérém vient dans ma direction, sans pour autant quitter des yeux la scène qui se déroule de l’autre côté de la route ; son regard est comme doux, attendri.
    Soudainement, ça fait tilt dans ma tête, je crois que je viens de comprendre le topo. Putain, Nico, t’es long à la détente…
    Je ne peux quitter mon Jérém des yeux, je le trouve tellement adorable à cet instant, émouvant. Je le fixe et il finit par s’en rendre compte ; et là, en accompagnant ses mots par un petit sourire touchant, il me lance :
    « C’est mon petit frère Maxime… ».
    « Le brun, j’imagine… ».
    « C’est lui… ».
    « Je m’en doutais un peu, il y a bien un air de famille… ».
    « Il est beau… » fait Jérém, le regard toujours fixé sur ce qui se passe de l’autre côté de la route.
    « Tout comme son frère… ».
    « Ils sont venus sur Toulouse fêter le permis de son pote Gildas… » il enchaîne comme s’il n’avait pas entendu mes mots « il vient tout juste de l’avoir… Maxime va le passer dans pas longtemps… ».
    Je me trouve ridicule à avoir ressenti de la jalousie en assistant à cette complicité et à cette déconnade qui n’étaient en fait que des retrouvailles de frérots.
    « Vous êtes très proches ? ».
    « Mon petit frère est toute ma famille… il est tellement adorable mon Maxou à moi… ».
    « Il est beaucoup plus jeune ? ».
    « Tout juste deux ans… ».
    Les quatre jeunes finissent par prendre la direction du centre-ville ; en marchant, le beau Maxime tient sa copine par la taille et lui pose un bisou dans le cou.
    « Regarde-le s’il n’est pas mignon… un vrai petit mec… » fait Jérém, attendri et touchant au possible.
    « Il a l’air adorable, oui… il fait quoi dans la vie ? ».
    « Il va aller à Paul Sabatier à la rentrée, il va être ingénieur, c’est une tronche lui… ».
    Un client l’appelle.
    « Je reviens… » fait-il en détalant aussi sec.
    Je suis vraiment touché par la petite scène qui vient de se dérouler : je suis ému par les regards, les mots, les intonations de la voix trahissant l’affection et la tendresse infinies que mon bobrun éprouve pour son petit frère. C’est beau quand la tendresse s’exprime dans le regard d’un mec tel que Jérém.
    Une tendresse qui ne fait qu’amplifier encore l’infinie sexytude que dégage mon bobrun dans sa putain de chemise blanche.
    La chemise blanche, tout comme le t-shirt blanc, autre grand basique, ou classique, du vestiaire masculin.
    D’ailleurs, les deux vont souvent ensemble, et si bien ensemble ; j’adore deviner, sous une chemise blanche, ou d’autre couleur d’ailleurs, la marque des manchettes d’un t-shirt blanc ; ou bien, dans le creux de un, deux, trois, boutons ouverts, découvrir le col arrondi, le coton immaculé qui s’arrête juste en dessous de la clavicule, détail si sexy à mes yeux ; tout comme je trouve furieusement sexy de voir les deux pans de la chemise ouverts, en dehors du pantalon, dévoilant tout le t-shirt blanc, lui aussi en dehors du pantalon, tenue débraillée de fin de soirée où la pipe est dans l’air.
    Mais nous sommes en été, et nous sommes à Toulouse. Et même si le temps est un peu maussade, cela ne justifie pas la superposition de deux couches de coton sur son beau torse.
    Mais quand-même… qu’est-ce que j’adorerais voir le col rond d’un t-shirt blanc dépasser du col de la chemise, deviner la ligne des manchettes du t-shirt sous le tissu de la chemise ; ou, encore, voir sa tenue complétée par une putain de veste, une veste de jeunz, avec une coupe à la fois élégante et sportive. J’imagine tout cela, sans même savoir si je serais capable d’encaisser le choc supplémentaire.
    Je me sens bander. Mais putain, même sans t-shirt et sans veste, qu’est-ce que j’ai envie de le pomper dans cette tenue !
    Le bogoss revient me voir. Je viens tout juste de finir ma bière.
    « C’est chaud le dimanche après-midi… » je lui lance.
    « Ce soir ça va être encore pire… ».
    « T’es tout seul à servir ? ».
    « Mon collègue rembauche à 18 heures… ».
    « T’as pas eu de pause ? ».
    « J’ai commencé à 13 heures… ».
    « Qu’est-ce que tu es sexy avec ta chemise et ta cravate ! » je laisse échapper, comme un cri du cœur.
    « Tu veux boire autre chose ? » il trace, ignorant une fois de plus mon compliment. Pourtant, un petit frémissement dans son regard fait office à mes yeux de notification de bonne réception du message.
    C’est en prononçant ces mots, que le bobrun se rend compte du double sens que je pourrais y voir, et que j’ai vu : il sourit, il est beau.
    « Laisse-moi réfléchir… » je me marre, tout en regardant instamment sa braguette ; je remonte ensuite mon regard le long de la cravate noire, jusqu’à accrocher le sien ; dans ses yeux, une bonne étincelle lubrique a fait son apparition.
    « Oui, j’ai envie d’un… » je le cherche.
    « Jus… » il me suit.
    « De… ».
    « Je ne suis pas certain qu’on ait ce parfum en stock… » il me taquine.
    « Quel dommage, je croyais que l’établissement mettait un point d’honneur à satisfaire le client… ».
    « Pour en avoir le cœur net, il faudrait aller voir dans la remise de l’arrière-boutique… » il me lance en joignant un sourire de malade, une moue de défi, chaude comme la b(r)aise ; son regard est comme transperçant, et ce semblant de petit hochement de tête qui semble dire « t’as envie de moi, hein, t’as envie ? » est juste insupportable. Putaaaaaaaain de mec !
    Son regard est perçant comme une flèche, sauvage et puissant comme ses coups de reins. Un seul regard brun et sexy et tout de suite il est Le Mâle ; un seul regard et, tout de suite, je suis à lui ; un seul regard et, dans ma tête, je suis déjà à genoux devant lui.
    La perspective de le sucer dans l’arrière-boutique et dans cette tenue, me plait grave. Est-ce qu’il est juste en train de me chauffer ou bien il a une idée derrière la tête ?
    « Je ne connais pas les lieux… » je le teste.
    « La remise c’est la porte juste après les toilettes… ».
    « Je ne pense pas être autorisé à y aller… ».
    « Je t’y autorise… ».
    « C’est peut-être dangereux… ».
    « Il n’y a que moi qui y ai accès… ».
    Putain, il ne rigole pas.
    « T’es sérieux, là ? » je m’assure.
    « A ton avis… » fait-il alors que l’étincelle lubrique dans son regard s’est transformée en incendie polisson.
    « Vas-y d’abord, commence à chercher, je vais venir t’aider dans une minute… » fait le bogoss, l’air complètement sûr de lui.
    Apparemment, il me reste qu’à suivre ses instructions pour trouver mon bonheur. Putain de mec !
    Je rentre dans la brasserie, je suis l’indication toilettes.
    « J’encaisse la 8 et la 12 et je vais m’en cramer une… » j’entends le bogoss lancer à son patron.
    « Ok, tu en profiteras pour ramener du café de la réserve, s’il te plait… » lui retorque ce dernier.
    « Ok… ».
    Je me retrouve dans un couloir, je passe les toilettes, je trouve la porte indiquée ; je l’ouvre, elle donne sur une petite cour intérieure ; un peu plus loin, sur la droite, je vois une autre porte, je la pousse : c’est la remise, un petit local assez sombre, encombré de futs de bière, de packs de sodas, de café, de friandises. J’hésite à m’y engouffrer, préférant attendre l’arrivée de mon bobrun.
    Mon attente ne sera pas longue : le bogoss déboule au pas de course, la cigarette au bec.
    « Viens ! » il me balance, en me précédant dans le petit local ; il avance jusqu’à une nouvelle porte, il l’ouvre, il allume la lumière et nous nous retrouvons dans une cave remplie de bouteilles. Le bogoss referme la porte derrière nous, la cigarette coincée entre les lèvres, en train de se consumer à vide. Ses gestes sont rapides, empressés : je trouve très excitante cette précipitation.
    Le bogoss saisit sa cigarette, fait tomber la cendre déjà en équilibre instable.
    « J’ai pas trouvé le jus qui me convenait… » je le titille.
    « On n’a pas ça en bouteille… seulement à pression… ».
    « Comme la bière ? ».
    « C’est ça ! ».
    Sur ce, le bogoss pose la cigarette au coin des lèvres ; ses mains s’empressent de défaire la braguette ; pas la ceinture, juste la braguette : et là, en-dessous de la pointe de sa cravate qui semble indiquer précisément le bon endroit pour trouver le meilleur des jus, sa queue bondit, pas encore complètement tendue, mais déjà frétillante. Le bogoss récupère sa cigarette, il expire, fait tomber les cendres ; il se branle à peine et très vite la bête s’éveille.
    Je me peux résister à la tentation de me jeter sur lui et de l’embrasser sur le cou, tout en portant mes mains sur ses biceps, et en appréciant le contact avec le tissu de sa belle chemise.
    « Dépêche-toi, je n’ai que 5 minutes ! ».
    « Ça va être court… » je commente.
    « Grouille ! » fait-il, moitié en rigolant, moitié sérieux, directif, pressé de repartir et impatient de jouir, une main à sa cigarette, une autre sur mon épaule, comme une sommation à me mettre à genoux.
    C’est entre une rangée de bouteilles de Côtes du Rhône et une autre de Jurançon que j’entreprends de sucer mon bobrun.
    Je le pompe en frottant mon nez contre le tissu de son pantalon à chaque va-et-vient, je le pompe en caressant ses couilles que je vais aller titiller en passant les doigts dans la braguette ouverte ; je le pompe les yeux rivés sur sa tenue d’homme que je trouve hyper sexy ; je le pompe en me disant à quel point ce serait cool d’avoir le temps de défaire sa cravate, d’ouvrir un à un les boutons de sa chemise, de sentir une à une les petites odeurs de mec se dégager de sa peau, de son cou jusqu’à sa queue.
    Mais il n’y a pas le temps pour tout cela. Alors, je le pompe vigoureusement, décidé à le faire jouir au plus vite, décidé à obtenir la plus douce des boissons.
    Pendant ce temps, les mains du bogoss ont trouvé chacune leur rôle ; pour l’une, celui de gérer la cigarette ; pour l’autre, celui de caresser mon cou, mes épaules, ma nuque, d’enfoncer les doigts dans mes cheveux, de pourchasser mes tétons.
    Je commence à m’habituer à ce genre de caresses, elles m’excitent terriblement ; mais il est d’autres « caresses », des « caresses » que nous avons un peu laissé de côté ces derniers temps, des « caresses » d’un tout autre genre mais furieusement excitantes ; des « caresses » que mon bobrun ne semble pas avoir oublié pour autant.
    Ainsi, lorsque sa main se pose sur ma nuque et commence à imprimer le rythme et l’amplitude qui lui conviennent le mieux ; puis, lorsque sa main maintient fermement ma tête, alors que ses coups de reins envoient son gland loin dans mon palais : là, je suis fou d’excitation, mais aussi rassuré de voir que l’instinct de mon beau mâle brun ne disparaît pas malgré ses changements par ailleurs.
    Je suis au comble du bonheur sensuel : il me semble que la douceur et une certaine animalité peuvent tout à fait coexister, s’alterner, se compléter dans les relations sexuelles.
    Ses doigts écartés maintiennent ma nuque, alors que ses coups de reins, puissants mais contrôlés, se succèdent, rapides, entre mes lèvres.
    Un instant plus tard, je sens son corps se crisper ; j’entends un râle étouffé résonner dans ses poumons, je sens ses doigts se contracter nerveusement et s’enfoncer dans mes cheveux, presser mon cuir chevelu.
    C’est en toussotant, en balançant violemment ce qui reste de sa cigarette, certainement pour cause d’avoir avalé la fumée de travers dans la précipitation de l’orgasme ; c’est en tenant bien fermement ma nuque que le bogoss envoie de longs traits chauds et épais dans ma bouche.
    Voilà le meilleur des jus, du bon jus de mâle brun.
    J’ai envie de lécher son gland à la recherche de la moindre trace de cette boisson divine, mais déjà le bogoss range le matos, il boutonne la braguette.
    Je me relève, je regarde son visage au front moite, les joues un brin rougies, la respiration rapide : c’est beau un mec qui vient de jouir, le physique et esprit encore secoués par l’écho de l’orgasme.
    C’est là que je réalise que regarder un bogoss, c’est un bonheur absolu qui se décline pourtant à plusieurs niveaux.
    Regarder un bogoss inconnu, et ressentir la sensation d’un tambour de machine à laver en phase d’essorage dans le ventre. Puis, petit à petit, l’apaisement.
    Regarder une bande de potes, ça fait un bien fou.
    Mais regarder le garçon que j’aime, à fortiori lorsqu’il vient de jouir, ça fait comme des popcorns qui explosent en rafale dans mon cœur. Et je ne connais pas bonheur plus intense.
    « Alors, le client est satisfait ? » se moque le p’tit con.
    « C’est le meilleur jus que je n’ai jamais goûté ! ».
    Je tente de lui faire un bisou dans le cou.
    « J’ai pas le temps ! » il se dégage, tout en prenant la peine de poser une caresse rapide sur mes cheveux.
    Le bogoss rouvre la porte de la cave, la referme derrière nous ; il traverse la remise, sort dans la petite cour et s’apprête à emprunter le couloir et à disparaître dans la brasserie.
    « Jérém, le café ! » je lui lance.
    « Ah oui ! » fait-il en faisant demi-tour.
    Pendant qu’il va chercher le café, je me planque dans l’entrebâillement de la porte des toilettes ; le bogoss arrive comme un fou, je bondis sur lui par surprise et je pose un bisou dans son cou.
    « Tu peux pas t’en empêcher, hein ? » fait-il, tout en traçant son chemin.
    « Non, vraiment pas… » je lui réponds du tac-au-tac, juste avant qu’il disparaisse dans la salle.
    J’attends quelques secondes et je sors à mon tour dans la salle ; mon bobrun est en terrasse ; je m’avance pour sortir dans la rue et je me retrouve face à face avec au sexy serveur.
    « A demain ! » je lui lance discrètement en me faisant violence pour ne pas lui sauter dessus et le couvrir de bisous devant tout le monde.
    « On verra… » fait-il avec sa réplique habituelle, pourtant accompagnée par ce sourire brun, incendiaire qui pour moi, comme toujours, vaut promesse de retrouvailles sensuelles pour le lendemain.
    Je quitte la brasserie sans pouvoir le quitter des yeux. Je n’ai jamais vu quelqu’un porter une chemise et une cravate de cette façon, avec cette aisance, cette sexytude, cette bogossitude.

    Le soir même, dans mon lit, sous ma couette, je repense à la distance parcourue depuis le premier jour du lycée. Ce jour-là, le premier regard échangé avec ce magnifique félin mâle, un regard animal et indomptable, sauvage et insaisissable, m’avait donné la définition exacte de ce que pour moi l’idée de « bobrun ténébreux » veut dire : un regard dégageant un côté « sombre », comme un mystère qui l’entoure, qui semble vouloir instaurer une distance ; une intention qui, paradoxalement, au lieu d’éloigner, m’avait attiré et fasciné.
    Par la suite, j’allais vite découvrir que, de la distance, le bogoss en gardait dans toutes ses relations, masculines et féminines, à une exception près : son pote Thibault, celui qui, je le découvrirai bien plus tard, semblait être le seul détenir une bonne partie du mode d’emploi du beau Jérémie.
    Dès le premier jour, j’avais été percuté par cet érotisme incandescent, palpable, qui semblait comme l’envelopper en permanence ; un érotisme conforté par sa réputation de sérial-baiseur, chaud de la queue mais froid et sans états d’âme dans ses relations avec les filles : des relations tout aussi nombreuses qu’éphémères, des pures relations de Q.
    Oui, Jérém semblait vouloir garder de la distance : une distance qu’il semblait imposer à fortiori à ceux qui n’étaient pas admis dans son périmètre de potes et de groupies.
    Pendant longtemps, ce périmètre m’a semblé totalement inaccessible : comment imaginer de rentrer ne serait-ce que dans le cercle fermé de ses amitiés, alors que nous n’avions à priori absolument rien en commun ? J’avais de bonnes notes, il avait des blâmes ; il aimait boire, je ne supportais pas l’alcool ; il aimait le rugby, j’aimais les rugbymen. Il aimait toutes les filles du lycée, je n’aimais que lui.
    Puis, juste avant le bac, il y a eu nos « révisions ». J’ai découvert alors un petit macho impulsif et un tantinet égoïste, habitué à toujours obtenir ce qu’il voulait, ni plus ni moins, au pieu comme dans la vie ; un petit con dont les envies sont à prendre ou à laisser, ne s’intéressant qu’à son propre plaisir : des attitudes que j’avais trouvés furieusement excitantes.
    Oui, Jérém était avec moi comme il avait toujours été : bon baiseur, mais froid et distant ; il l’avait été avec chacune des filles qu’il avait mis dans son lit, et il l’était à fortiori avec moi, un pd qui lui offrait un plaisir inattendu, l’obligeant à se regarder en face, le forçant à admettre des envies inavouables ; lui demandant sans cesse, directement ou indirectement, une tendresse pour laquelle il n’était pas prêt, à laquelle il ne voulait pas céder, par crainte de se perdre.
    Mon Jérém, le « feu » au lit, la « glace » dans la vie. Très bandant de se laisser dominer par ce p’tit mâle et par ses envies si claires, si puissantes : le plaisir est là, le corps jouit, et même bien au-delà de ce qu’il avait osé rêver ; cependant, dur dur de se contenter de ça quand le cœur bat très fort et réclame chaque jour avec un peu plus d’insistance sa part de bonheur.
    Pendant longtemps, j’ai été confronté à un p’tit con prêt à me mettre à la porte dès qu’il avait pris son pied. Cependant, j’ai toujours senti que sous son côté froid, fermé et insondable, derrière cette sexualité animale et implacable, semblait frémir une sensualité bouillonnante : comme de la lave en fusion dans les entrailles de la terre, prête à jaillir dès qu’elle en aurait l’occasion.
    Oui, j’ai toujours pensé que, dans la définition de ténébreux, il y a la notion de feu qui se cache sous la glace, un côté sensuel volcanique prêt à sauter à la gorge, comme un loup.
    De même, je savais que sous la glace de sa carapace, un cœur battait. Je savais que sous la glace de son armure il y avait un être sensible, un garçon à qui la vie n’a pas toujours fait de cadeau, un être blessé.
    Une sensibilité, la sienne, qui s’est manifestée parfois, brièvement, dans certaines occasions, comme ces rigoles de lave qui coulent parfois en Islande, terre de feu et de glace elle aussi, et qui disparaissent dans la mer, ou se font arrêter par la glace.
    Oui, par le passé, le volcan « Jérém » a grondé par moments, et il en est violemment jailli des caresses, des attitudes qui ont tout aussi vite disparu.
    Et elles ont refait surface cette semaine, plus intenses, plus puissantes que jamais : le feu tapi en lui a jailli à nouveau au travers des glaces épaisses de ses barrière mentales ; et le phénomène semble d’une envergure capable de transformer en profondeur et durablement le paysage « Jérém », ses attitudes, notre relation.
    J’ai l’impression de ressentir comme une sorte d’impérieux besoin de tendresse chez Jérém, comme l’expression d’une puissante nécessité, comme un besoin trop longtemps inassouvi, une envie trop souvent refoulée, un trop plein qui ne peut plus être contenu et qui doit s’exprimer.
    Tout n’est pas encore gagné, mais ça semble vraiment bien avancer. Je me dis que le jour où mon Jérém laissera sa sensualité exploser complément, sans bride, sans entraves, sans retenue, ce sera un véritable feu d’artifice, un truc insoutenable.
    En attendant, que de chemin parcouru, en si peu de temps, après que les choses aient autant patiné entre nous. Peut-être que finalement tout devait se passer ainsi.
    Mais désormais, sn me montrant enfin un peu de sa sensibilité, c’est un bonheur intense qu’il m’apporte ; quand je suis avec lui, je suis tellement heureux que j’ai envie de crier, de pleurer ; mon être tout entier connaît en sa présence le sens précis du mot « bonheur ».
    J’ai de plus en plus envie de lui dire à quel point je l’aime. Lui dire « Jérém, je t’aime » : couplet parfait, ça rime, ça sonne si bien, comme la plus douce des mélodies, comme une évidence.
    Lui dire « Jérém, je t’aime » : oui, mais à quel moment ? Dans le feu de l’excitation, avant nos ébats ? Sur l’oreiller, après cette jouissance des corps et des esprits qui sait rendre ces derniers plus réceptifs ou bien plus réfractaires ?
    Lui dire « Jérém, je t’aime » et après ? Attendre à qu’il me dise « je t’aime » en retour ? Je ne suis pas sûr qu’il en soit là dans sa tête, et surtout pas qu’il soit prêt à le formuler avec des mots si précis.
    Lui dire « je t’aime », et avoir son silence pour toute réponse : c’est ce qui me pend au nez, un grand moment de solitude que je n’ai pas envie d’affronter.
    Ou alors, le lui dire pile au moment de se quitter, juste avant qu’il passe la porte, comme une espèce de bouteille lancée à la mer, lui donnant le temps de « digérer » le message avant de se retrouver. Mais comment se retrouver, que vais-je ressentir s’il ne va pas aborder le sujet par lui-même par la suite ?
    Je ne veux surtout pas l’effaroucher en parlant sentiments. Pourtant, un jour, il va bien falloir apprivoiser le sujet : je m’attache de plus en plus à ce bel animal et j’ai besoin de savoir où nous allons, si nous allons pouvoir un jour nous demander d’être fidèles l’un envers l’autre. Le fait de l’avoir vu en terrasse de sa brasserie se faire mater par des filles, rigoler avec des filles, voilà qui réveille ma jalousie, qui me pousse à m’interroger sur cela.
    Non, tout n’est pas encore gagné, mais je suis confiant. Je pense que nous sommes en bon chemin. Je sais qu’il faut laisser le temps. Je me dis que quand la lave coule, même si elle refroidit, elle crée des avant-gardes, elle fait avancer les terres, petit à petit.
    En attendant, demain, lundi, mon bobrun va revenir me voir ; malgré son énième : « On verra… », je suis persuadé que le résultat sera le même que les autres fois. Son sourire était là, témoin du fait que, tout comme pour moi, lui aussi a été marqué par le bonheur sensuel hors normes des derniers jours.
    Est-ce qu’il aura coupé ses beaux poils ? Ou est-ce qu’il les aura gardés pour me faire plaisir ?
    Est-ce qu’il voulait vraiment me sucer, samedi, dans l’entrée ? Je ne le saurai jamais. Si seulement j’avais fermé la porte, j’en aurais le cœur net…
    Oui, je suis confiant. La glace va partir. Le feu va prendre le dessus. L’hiver est fini. Le printemps avance.
    L’été va venir.


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  • Précédemment, dans Jérém&Nico :
    « Jérém… ».
    « Quoiiiiiiiiiiiii ??? Je suis à la bourre !!! » il me balance, sur un ton qui commence à se faire sérieusement agacé.
    « Demain c’est samedi, mais je suis seul aussi, tout l’après-midi… tu peux passer si tu veux… » je lui balance.
    « T’en as jamais assez, toi… » fait-il en se passant la main dans les cheveux bruns toujours aussi en bataille, encore humides après la douche, pour les ramener vers l’arrière.
    Geste simple, mais geste chargé d’un érotisme infini. Tout comme l’est, chargé à la fois d’érotisme et d’une complicité touchante, le petit sourire ravageur qu’il me lance avant de quitter la pièce et qui semble valoir gage de retrouvailles très sensuelles pour le lendemain.
    Comment pourrais-je en avoir assez ?

    Cet après-midi, l’envie de retrouver mon beau mâle brun est si ravageuse qu’elle m’empêche de penser à autre chose ; j’essaie de lire, mais mon esprit est ailleurs ; je perds le fil, je suis obligé de m’arrêter et de relire, de reprendre des paragraphes, des pages entières.
    Je chauffe, j’ai envie de lui.
    L’après-midi avance, mon bobrun n’est toujours pas là ; c’est ça le pire, attendre sans savoir quand et si.
    A 16 heures, je commence à me dire qu’il ne viendra plus. J’ai envie de lui envoyer un sms, je me tâte. Je commence à tapoter sur le petit clavier, j’efface, j’écris à nouveau.
    « Tu viens cet aprèm ? » je finis par envoyer.
    Sa réponse ne tarde pas à arriver, mais pas sous la forme d’un sms ; la sonnette de la porte d’entrée retentit dans la maison.
    Il est 16 h 09, mon bobrun est là. Je me lève du canapé, je traverse le couloir, le cœur qui tape très fort, prêt à exploser.
    J’ouvre la porte et mon Jérém, beau et sexy comme un Dieu, se tient juste devant moi, avec cette assurance de mec que je lui connais et qui me fait à chaque fois le même effet de dingue.
    Aujourd’hui, il porte un t-shirt d’un bleu intense et brillant, une couleur chargée et racée qui se combine parfaitement au teint mate de sa peau, avec le « brun » de ses cheveux, de son regard, de ses tatouages, leur donnant encore plus d’éclat, de profondeur. Le bleu intense, une couleur qui renforce et sublime le côté mâle brun de mon Jérém.
    Inutile de le préciser, il s’agit d’un t-shirt très bien coupé, le coton doux moule son torse de malade et restitue sa plastique dans les moindres détails. Le bogoss porte également une casquette bleue avec grandes inscriptions blanches, la visière légèrement tournée sur le côté : c’est à craquer. Un short noir met en valeur son bassin, ses cuisses musclées, ainsi que son petit cul ferme et rebondi de rugbyman.
    Alors, la question, toujours la même, reste entière : quoi dire à propos de cette tenue aveuglante, de ce look bogoss à mourir ? La réponse est, elle aussi, toujours la même et pourtant surprenante à chaque fois : rien à dire, à part que je suis en train de perdre quelques milliers de neurones, grillant comme des ampoules à filament, à chaque seconde que mon regard reste aimanté sur lui.
    PUTAAAIN !!!!!!!! Mais pourquoi ce mec est si parfait, pourquoi c’est en même temps si bon et si douloureux de le regarder ? Pourquoi dès que je pose mes yeux sur lui, dans mon ventre se déchaîne une réaction qui ressemble à celle d’un tambour de lave-linge en mode essorage ?
    La réponse est là aussi bien connue, pourtant bouleversante à chaque fois que je me la donne : ce mec est juste la perfection. Et c’est finalement là, l’essence même du bogoss, le pouvoir de provoquer tout ça à la fois, et même davantage, à chaque fois, à chaque nouvelle vision, comme si chacune d’elles était encore plus intense que la précédente.
    Et le sourire qu’il me balance, chaud, charmant, lumineux, est le coup de grâce pour me faire disjoncter.
    Le bogoss me regarde et se marre ; dans sa main, il tient son téléphone.
    « Alors, tu t’impatientais ? » je l’entends se moquer de mon sms ; pendant que, sans attendre que je l’y invite, de plus en plus à l’aise chez moi, il monte la dernière marche, il passe devant moi et il franchit le seuil de la maison.
    Putain, qu’est-ce qu’il sent bon ; et putain, qu’est-ce que j’ai envie de lui. Si je m’impatientais ? Ma réponse non plus viendra pas avec des mots, mais avec des actes.
    Je pousse la porte, je l’attrape par les biceps, ces biceps tatoués et musclés qui me remplissent les mains de sa puissance de mec ; je l’attrape et je le colle au mur ; je m’élance vers lui ; dans la précipitation, je cogne le front contre la visière de sa casquette ; je recule d’un bond ; il rigole, je rigole.
    J’ai un peu mal mais je reviens illico à la charge, je tourne un peu plus sa casquette sur le côté, je l’embrasse ; j’y vais direct, je pose mes lèvres sur les siennes, je l’embrasse fougueusement, instamment, longuement ; mes mains se faufilent de part et d’autre de son cou puissant, s’enfoncent dans ses cheveux bruns, caressent sa nuque, ses oreilles ; ma précipitation est telle que la casquette finit par voler par terre. Tant pis pour la casquette de petit con, car en son absence mes mains ont plus de latitude pour caresser la crinière brune et douce de mon bomâle.
    Oui, je l’embrasse, comme un fou, affamé, insatiable ; et même si au départ ses lèvres restent immobiles, le bogoss se laisse faire quand-même, et c’est un bonheur total ; un bonheur qui est encore décuplé lorsque ses lèvres s’ouvrent enfin et que sa langue vient engager un nouvel duel musclé, mais pas moins sensuel, avec la mienne ; lorsque ses mains se posent à leur tour sur mes épaules, et que ses doigts caressent le bas de ma nuque.
    C’est intense, puissant, incroyable ; je ne pourrais pas dire combien de temps cela a duré : un baiser de mon bobrun m’arrache du présent pour m’emporter dans une dimension où plus rien n’existe, et surtout pas le temps ; je ferme les yeux et plus rien n’a de sens, à part sa proximité, tactile, olfactive, cette douceur, cette tendresse, le bonheur d’être enfin si bien avec lui. Sa présence, la seule chose dont j’ai besoin.
    Lorsque nos langues se séparent, c’est sur son initiative ; déjà ses mains enserrent mon visage, son front se presse contre le mien ; je sens son souffle brûlant d’excitation sur mon nez, sur ma bouche.
    J’ai envie de lui, j’ai envie de lui sauter dessus, là, tout de suite ; et le plus déroutant dans l’histoire, c’est que j’ai vraiment l’impression de ressentir chez lui un désir de même intensité que le mien ; mon désir me ravage, le sien me trouble.
    Ses mains saisissent mes épaules, m’éloignent de lui ; pendant un instant, le bogoss me fixe ; je connais bien ce regard, un regard qui dégage quelque chose de sauvage, animal, dominateur, presque agressif, ce  regard qui m’inspire tout simplement l’envie furieuse de me faire secouer, déchirer, défoncer, démonter la bouche et l'entrejambe, de me donner totalement à lui sans conditions, de n'être au service que de sa queue, de son orgasme, de son plaisir ; c’est une envie violente, irrépressible qui me tord les tripes.
    Oui, je connais bien ce regard qui parle de ses envies de mec. Le regard qui dit « je vais te baiser ».
    Pourtant, depuis quelques après-midis, il me semble que dans ce regard brun de mâle en rut s’est peu à peu glissé autre chose : je sens que, désormais, la fougue du bel animal est animée non seulement par ses besoins de mec, mais également par un désir que je lui inspire, moi, Nico ; un désir auquel il laisse libre cours, sans plus essayer de le brider, ni de le cacher.
    Le beau mâle ne se contente plus de rechercher son plaisir, un plaisir qu’il pourrait trouver n’importe où ; il vient le chercher auprès de moi, encore et encore ; et il aime de plus en plus le mélanger au mien, provoquer et sentir le mien ; il vient chercher non pas un plaisir parmi tant d’autres, mais celui qui semble être le seul dont il a besoin. Avec moi.
    Un instant plus tard, le bobrun dévoile toute sa maitrise de l’art de l’enlèvement du t-shirt : exercice de haute-voltige, mais dont l’exécution est parfaite lorsqu’elle se fait par un bogoss. Jérém ôte le bout de coton bleu d’un geste rapide, très mec, un geste animé par une précipitation pleine de promesses.
    Je suis happé par la vision de son torse nu, assommé par tant de bogossitude. Puis, très vite, je suis frappé par un petit détail magique : des petits poils qui commencent à repousser un peu partout sur ses pecs, sur ses abdos, des petits poils qui me captivent, m’intriguent, me touchent, m’émeuvent, tels une végétation enfin bourgeonnante dans un magnifique paysage trop bien et trop longtemps entretenu ; des petits poils qui pointent timidement le bout du nez, comme si le bogoss avait oublié de les raser ; ou, encore mieux, comme s’il n’y faisait plus cas, comme s’il avait enfin décidé d’assumer sa pilosité naturelle. Tout comme ses envies.
    J’ai toujours trouvé beau et sensuel un torse couvert d’une bonne petite pilosité ; sans excès, juste ce qu’il faut. Aimer les mecs, c’est aussi aimer leurs poils. Ces poils sur le torse qui, comme la barbe sur le visage, contribuent à rendre un mec encore plus mec.
    Je trouve même que j’aurais tendance à pardonner plus facilement certaines imperfections à un torse un peu velu qu’à un torse imberbe : un torse pas très musclé, ou même un peu en surpoids, sera plus agréable à mon regard avec quelques poils à caresser.
    Bien sûr, le torse de mon bobrun est parfait : avec ou sans poil, sa perfection ne change guère ; un torse musclé, c’est toujours un bonheur à regarder. Mais quand même, ça me plairait grave de voir mon Jérém « au naturel ».
    Je sais que mon bobrun n’est pas naturellement imberbe du torse, je sais qu’il entretient sa peau, qu’il rase. Alors, en sachant pertinemment que cette absence de poils n’est pas « d’origine », ma curiosité sensuelle m’a depuis toujours poussé à me demander quel effet ferait sa pilosité naturelle si elle avait la chance de se développer jusqu’au bout. D’autant plus que, au gré de rasages plus ou moins espacés, j’ai pu parfois guetter les débuts de repousse, voir s’esquisser la géographie de sa toison de jeune mâle : hélas, à chaque fois ses poils ont poussé juste assez pour attiser ma curiosité, mais jamais suffisamment longtemps pour assister à un développement complet ; le rasoir du bogoss, mon ennemi, m’en a toujours empêché. Est-ce que ce coup-ci j’aurai enfin la chance de contempler la pousse complète des poils de mon bobrun ?
    Je me suis quand même toujours demandé ce qui poussait les mecs, les bogoss possédant cet atout incroyable d’un torse délicatement poilu, à se le raser, comme si le poil était un défaut. Autant, dans le cas d’une pilosité excessive, je comprends, mais lorsqu’elle est équilibrée, délicate, qu’elle souligne et met en valeur les lignes parfaites (ou même moins parfaites) d’un torse, pourquoi alors la faire disparaître ?
    Bref : il y en a qui scrutent le ciel pour guetter des étoiles filantes, des éclipses, des aurores boréales ; mois je scrute le torse de mon beau mâle pour voir repousser ses poils bruns. Chacun son bonheur.
    C’est tellement beau tout ça ; j’ai envie de lécher partout, de bouffer chaque centimètre carré de la peau de ce torse, de sentir sous ma langue le frisson de ces petits poils bruns naissants, tout mignons. J’en ai très envie, mais je ne vais pas en avoir le loisir.
    Le bogoss, très excité, impatient, s’approche de moi, et c’est au tour de mon t-shirt d’être arraché ; et quand je dis « arraché », c’est sans doute ce qui serait arrivé si mes bras ne s’étaient pas levés au bon moment pour seconder la précipitation de son geste, la fougue de son élan ; putain de petit mâle qui assume ses envies brûlantes !
    Le petit mâle passe ses bras sous mes épaules, glisse ses mains dans mon dos ; ses biceps se gonflent, m’attirent contre lui avec un geste rapide, chargé d’urgence sensuelle ; ses pecs rebondis et chauds se pressent contre mon torse, ses épaules rencontrent les miennes, son bassin se colle à mon bassin, me communiquant son érection au travers des multiples couches de tissu de nos shorts et de nos boxers ; son visage se pose dans le creux de mon épaule, sa langue glisse sur ma peau : c’est un bonheur indicible.
    Je passe à mon tour mes mains dans son dos, je le serre très fort contre moi.
    Ses petits poils qui repoussent piquent ma peau, comme de petites aiguilles, une petite douleur que j’accepte avec un plaisir intense.
    Le contact avec son corps, avec sa peau chaude qui sent le gel douche et le déo de bogoss, la puissance de son étreinte, de son désir : mon cœur tape comme s’il devait bondir de ma poitrine, j’ai envie de pleurer tellement c’est bon. J’ai envie que cette étreinte ne cesse jamais.
    J’ai envie de lui à m’en rendre dingue, envie de l’avoir en bouche, envie de l’avoir en moi, envie de le faire jouir encore et encore. Mais je suis tellement bien dans ses bras, contre son torse, tellement « là où j’ai besoin d’être », il ne me faut rien de plus.
    Alors, tant que sa barbe continue à frotter la peau dans le creux de mon épaule, tant que ses lèvres et son nez continuent à se balader sur ma peau, je le vais le laisser faire ; tout en profitant de cet instant pour couvrir son cou de ces bisous que, désormais, je peux lui offrir sans peur de me faire jeter.
    J’adore ces instants avant le début de nos ébats, ces instants où nos désirs s’enflamment, où nos excitations se mélangent, s’embrasent, réaction explosive de désirs vibrants, instants de bonheur intense suspendu au-dessus du temps lui-même.
    Non, ce n’est pas moi qui va mettre fin à cet instant magique : hier, le bobrun m’a laissé aller au bout de mon kif, diriger nos plaisirs ; aujourd’hui, c’est avec un immense plaisir que je lui laisse reprendre les rênes de nos jeux sensuels ; je suis très impatient de découvrir jusqu’où son désir brûlant va pousser ses gestes, ses attitudes ; très impatient de savoir où le nouveau Jérém va nous amener.
    Lorsque les bras du bogoss desserrent leur étreinte, je seconde ses mouvements. Nos corps se séparent. Je le regarde enlever son short, son boxer, ses baskets ; de gestes précipités de mec habité par l’urgence de son plaisir.
    Sa nudité est l’image d’une perfection masculine ultime ; sa queue droite comme un « I » s’offre à ma bouche, à mon entrejambe ; l’une et l’autre me donnent envie d’être à lui, de me jeter sur son anatomie pour lui offrir un plaisir géant ; pourtant, c’est son sourire qui a le dernier mot pour m’avoir, là, non pas sur le plongeoir, mais dans l’entrée. Car ce putain de sourire me donne lui aussi envie de me jeter sur lui, mais pour le couvrir de bisous et de caresses.
    Alors je me jette sur lui, mais d’abord et avant tout pour « dévorer » sa peau, son cou, ses pecs, son menton à grands coups de langue et de bisous.
    Intense et furieux dilemme entre l’urgence et la nécessité de m’emparer sans frein et sans attendre de sa virilité conquérante, puissante et palpitante, et le plaisir de retarder l’instant de la toucher et de la faire vibrer, en continuant de la regarder, de la sentir, de ne faire que l’effleurer.
    Très vite, sa main se porte sur ma braguette, empoigne ma queue par-dessus le short, amorce le mouvement de la branler ; je ne peux résister plus longtemps à la tentation de saisir sa queue à mon tour, de goûter au plaisir simple et bouleversant de l’enserrer dans les doigts, de la sentir remplir ma main, si raide, si chaude.
    Je suis tellement secoué par tant de sensations que j’ai du mal à faire la part entre l’excitation pure, celle provoquée par le contact de nos corps, de nos sexes ; et l’émotion, la réaction, l’étincelle, l’incendie sensuel provoqué par la rencontre de nos envies brûlantes, explosives, par le bonheur de cette complicité qui semble gravir de nouveaux sommets, jour après jour, et nous entraîner dans un tourbillon de sensualité magique.
    Mais déjà ses mains saisissent mes bras, prise puissante de mec, elles manipulent mon corps comme une brindille ; je me laisse faire, je seconde ses envies ; je me retrouve face au mur, plaqué par son torse chaud ; sa langue brûlante et humide glisse entre mes omoplates, remonte le long de mon cou, s’attarde à la base de ma nuque.
    Ses mains attrapent l’élastique de mon short, tentent de l’arracher vers le bas ; la ficelle est trop serrée, ça coince au niveau de mes hanches.
    « Attends Jérém… ça fait mal… » je tente de calmer sa fougue.
    Ses doigts fébriles se glissent à hauteur de ma braguette, effleurent ma queue raide dans sa prison de tissu, ses mains s’agitent dans la tentative de défaire la ficelle récalcitrante ; le bogoss est trop pressé, je sens qu’il galère.
    « Eh, merde ! » je l’entends souffler dans mon oreille ; c’est excitant, mignon, touchant. Je tente de reculer un peu, je tente de desserrer ce plaquage très mec ; j’essaie de dégager un peu de place devant moi pour accéder à la ficelle et tenter de la défaire par moi-même. Je suis pressé de libérer mon bassin, trop impatient de découvrir son envie du jour.
    Mes mains rencontrent les siennes qui, après une première résistance, leur cèdent la place. Mes doigts fébriles tentent de défaire le nœud qui est désormais très serré ; j’essaie de me concentrer, d’y aller méthodiquement.
    Mais comment me concentrer, alors que le bogoss habille mon dos de son torse puissant ; alors que ses doigts, libérés de leur corvée, ont illico atterri sur mes tétons, les caressent avec ce doigté qu’il maîtrise désormais avec une redoutable perfection ; alors que sa queue, raide comme un bâton, se cale entre mes fesses, par-dessus le tissu du short et du boxer, son gland tellement gonflé que j’ai l’impression de reconnaître sa forme entre mes fesses ; oui, comment me concentrer, alors que sa langue se promène dans le creux de mon épaule, sur mon cou ; alors que ses dents mordillent ma peau, mon oreille ; alors que, débordé par ces attentats sensuels, ma volonté s’efface, ma vue se brouille, mes yeux ses ferment, mes gestes faiblissent ; alors que mon érection déforme le short, que ma mouille trempe le tissu, rendant mes doigts glissants, et l’opération d’autant plus difficile ?
    « Ah, putain, Jérém, je ne vais pas y arriver… » je rigole, entre amusement et excitation extrême ; j’ai l’impression qu’il suffirait qu’il pose une main sur ma queue, même par-dessus le double tissu, qu’il me branle approximativement, pour me faire venir dans mon boxer. L’effet que ce jeune mâle a sur moi est impressionnant.
    Puis, d’un coup, le bogoss se décolle de moi. Je prends une profonde respiration et je tente de revenir à moi ; je recule un peu plus, je tente de me pencher sérieusement sur le problème « ficelle » ; avec la rage d’un besoin vital, celle qui décuple nos forces, je plante mes ongles dans les fibres, et je sens enfin le nœud céder.
    Je glisse mes pouces de part et d’autre de mon bassin, entre ma peau et les élastiques du short et du boxer, impatient de me débarrasser de ce double tissu qui m’a bien assez fait galérer.
    Je n’aurai pas le loisir d’aller au bout de mon geste ; je sens les doigts de mon bobrun se faufiler le long de mes reins, arracher tout ce qui couvre mes fesses ; mes jambes n’ont plus qu’à se coordonner pour me débarrasser de toute entrave à la rencontre de nos plaisirs urgents.
    Le bogoss me plaque à nouveau contre le mur, se colle contre moi, cale sa queue dans mon entrejambe, juste en dessous de mes couilles ; j’adore me sentir en son pouvoir, dominé par sa puissance musculaire, par sa puissance masculine, par sa puissance sexuelle. Il fait glisser sa queue entre mes fesses, il me fait languir, il m’excite ; il recommence à lécher ma peau, à mordiller mes oreilles, de plus en plus fort ; je n’en ai rien à faire des traces que ça va laisser, au contraire, j’adore me sentir marqué par la folie de son rut.
    J’ai envie de l’avoir en bouche, mais j’ai aussi envie de le laisser me dominer sexuellement. Je surenchéris sur son attitude de mâle dominant ; j’ai envie de l’exciter encore et encore ; je crache dans ma main, j’enduis mon entrejambe, juste en dessus de mes bourses, pour que son manche glisse mieux ; je serre bien mes cuisses pour décupler ses sensations ; j’empoigne ses fesses musclées avec toute la puissance de mes doigts, j’attire encore plus fort son bassin contre le mien.
    Bonheur extrême que de le sentir pousser un profond soupir de bien-être et de plaisir lorsque j’entreprends de seconder ses va-et-vient, lorsqu’il sent « la douceur de mes reins qui oscillent ».
    Je suis dans un tel état d’excitation, je me sens comme une allumette proche d’une source de chaleur, je sais qu’il suffirait de très peu pour que tout s’embrase : et en effet, il suffit que sa main se pose sur ma queue, qu’elle commence à la branler : très vite, je sens la chaleur ultime monter dans mon bas ventre.
    « Doucement, Jérém, tu vas me faire jouir… » je le préviens, voyant approcher le point de non retour.
    Pour toute réponse, le bogoss se décolle de mon dos, sa main lâche ma queue juste avant que je jouisse ; ses mains empoignent mes fesses, les écartent avec fermeté ; il crache sur mon petit trou, une fois, deux fois ; ses pouces s’immiscent dans mon intimité, écartent mes chairs.
    Toute ma peau est parcourue de décharges électriques, dans mon bas ventre et mon entrejambe, ça chauffe à blanc ; rien que le fait d’imaginer qu’il va me prendre, qu’il va venir en moi, qu’il veut gicler en moi, et qu’il va gicler en moi : dans ma tête c’est le black-out.
    Mais avant de s’offrir mon ti trou, le bogoss prend le temps d’envoyer sa langue préparer le passage de son manche ; ses pouces écartent de plus en plus, sa langue s’insinue, je sens son souffle chaud et excité dans mon entrejambe ; mon intimité qui s’offre à lui sans pudeur, sans tabou, sans conditions, mais le beau mâle brun en prend quand même possession à sa façon.
    Son entrain, sa fougue, ont encore monté d’un cran par rapport à la dernière fois ; le bogoss envoie sa langue sans tabou, il y va avec toute la puissance de son désir, de son envie.
    Le bogoss se relève, il colle son bassin au mien, ses doigts guident son gland à coup sûr entre mes fesses ; le bogoss m’enfile, il vient en moi : il y va doucement, il y va comme un mâle qui sait sa proie conquise, complètement à lui, mais qu’il n’oublie pas de la respecter, tout en lui faisant sentir toute sa puissance. Sa virilité n’a plus besoin de brutalité pour s’exprimer, elle est tellement brûlante que ça en devient une évidence. Chacun de ses gestes, est incandescent de puissance virile. Son respect de moi l’est aussi.
    Alors, à cet instant, plus rien n’existe, à part nos deux corps qui se font du bien, nos désirs qui se rencontrent, des plaisirs qui se partagent. Je ne sais plus où j’habite, je perds la notion du temps, de l’espace ; les seules sensations qui atteignent ma conscience sont celles qui touchent mes sens, sensations captées les yeux fermés : ses halètements de plaisir, le contact avec son corps chaud et sa langue insatiable, les coups de bélier de son bassin contre le mien, les frottements de sa queue en moi, l’odeur de sa peau, l’odeur de sa présence, délicieux mélange de déo, de transpiration, de sexe, de puissance virile, de plaisir masculin.
    Un véhicule klaxonne dans la rue, à proximité, le son retentit dans l’entrée, très fort, très vif ; instinctivement, je rouvre les yeux, je tourne la tête et je me rends compte que, dans la précipitation, je n’ai pas complètement fermé la porte d’entrée ; le battant est resté juste appuyé au cadre ; le vent d’Autan le fait osciller, ce qui fait légèrement ouvrir et refermer l’entrebâillement par moments.
    D’abord surpris, puis inquiet, je finis très rapidement par me dire que ce petit détail n’a aucune importance : aucune chance d’être vus depuis la rue ; au contraire, le fait d’entendre nos gémissements étouffés se mélanger aux bruits de la rue, aux voix des passants, me paraît même plutôt excitant.
    Le bogoss, tout pris dans le tourbillon de son plaisir de mec, ne semble s’être rendu compte de rien ; ou alors, cela ne le dérange pas du tout. Peut-être même que, tout comme moi, ça l'excite.
    En tout cas, cela ne semble le perturber le moindre du monde. Ses coups de reins sont amples, réguliers, profonds, déterminés. Sa queue coulisse, chauffe, martèle, ses couilles frappent mon entrejambe. Le bogoss prend son pied, je ressens en moi la succession des notes, sa symphonie, son crescendo de plaisir de mec. Le bogoss a envie de jouir et il s’élance dans ce but avec la détermination d’une pulsion animale. Ses mains, ses bras, ses biceps saisissent mes épaules, mes bras, mes hanches, me secouent de fond en comble ; ses mains passent sous mes aisselles, ses doigts retrouvent mes tétons, avec leur toucher magique ; sa main se pose sur ma queue, la branle lentement, m’offrant un supplément de plaisir « en pointillé » ; le meilleur des plaisirs, celui qui court après l’orgasme sans l’intention de le rattraper trop vite, celui qui retarde sans cesse la jouissance, celui qui excite et qui frustre, celui qui fait perdre tout contrôle de soi.
    Nos corps, nos sens se rencontrent autour de ce partage, de cette parfaite complémentarité de nos plaisirs ; il est actif, je suis passif ; je cherche à lui faire du bien ; il cherche à me faire du bien ; je me sens à lui, je le sens à moi ; il me baise et il me fait l’amour. C’est puissant.
    J’ai plus que jamais envie de le sentir se décharger en moi dans un grand râle sauvage, envie d’avoir son petit jus brûlant en moi, j’ai envie de me savoir fécondé, marqué par sa semence de bogoss.
    Mais il y a une autre envie qui contraste avec cette première, une envie tout aussi intense et déchirante, une envie qui n’est autre que le deuxième pilier du plaisir des garçons comme moi, ceux pour qui, plus que leur propre jouissance, compte celle de l’Autre, puisque de cette dernière découle la leur : c’est l’envie de le sentir répandre sa semence dans ma bouche, de sentir la puissance de ses jets s’abattre dans le palais, couler sur la langue, se perdre dans ma gorge, son goût de mec s’installer et persister dans mon palais.
    Un beau mec nous fait le cadeau de nous laisser accéder à son plaisir, de nous permettre d’être le maître et/ou l’objet de sa jouissance ; parfois même, la situation, la chance nous sourit au point de nous donner l’occasion de partager son plaisir sans se soucier des précautions qui, en nous privant du contact avec sa semence, nous ôtent tout un pan de notre plaisir ; des précautions pourtant obligatoires, j’ai nommé la capote, lorsque on ne connaît pas assez le garçon en question pour pouvoir lui faire confiance.
    Mais quand on est en confiance comme je le suis avec mon bobrun, comment choisir entre l’envie de recevoir sa semence dans mes entrailles et celle de la sentir venir dans ma bouche ? Ainsi, à chaque rencontre sexuelle avec mon bobrun, une intense jouissance et une frustration tout aussi extrême m’attendent.
    Bien sûr, il y a aura d’autres jouissances, cet après-midi même, je l’espère, j’en suis même certain ; bien sûr, je pourrai rattraper cette frustration ; mais chacune des attentes de son plaisir est unique, elle m’accapare totalement, comme si c’était à la fois la première et la dernière.
    Pourtant, aujourd’hui, et malgré le bonheur de le sentir coulisser en moi, je me sens assailli par une envie irrépressible de l’avoir en bouche ; d’autant plus que, de kif en kif, ça fait deux jours que je n’ai pas eu ce bonheur ; c'est-à-dire, bien trop longtemps. Putain… j’ai envie de le sucer, de goûter à son jus de mâle !
    Mais comment me soustraire aux coups de reins de ce jeune mâle vibrant de désir et visant tout droit son orgasme ? Comment m’arracher au contact avec ces mains qui saisissent mes épaules, cherchent appui, dominent, caressent ? Comment mettre fin au contact avec son front humide et chaud qui se frotte contre la base de ma nuque, à la caresse de son souffle chaud sur mon cou ?
    Non, je ne peux pas me soustraire à la saillie de mon bobrun ; et encore moins à une telle saillie, à la fois si virile et si douce. Je ne peux pas interrompre son plaisir ; car je n’ai pas la force non plus d’interrompre le mien. Il ne me reste qu’à prendre mon plaisir (et ma frustration) en patience. Problèmes de riche.
    À moins que ce ne soit lui-même qui vient à proposer un changement de cap.
    « Tu veux que je te gicle où ? » je l’entends me demander.
    J’ai envie de pleurer tant cette petite phrase résonne en moi comme la plus belle preuve du changement profond de mon beau mâle.
    « J’ai trop envie de t’avoir en bouche… » je saisis l’occasion.
    A l’instant où sa queue quitte mon entrejambe, je me sens délaissé, frustré. Mais une belle « consolation » m’attend. Le beau mâle brun me retourne, ses gestes me font mettre à genoux, des gestes faits de détermination et de douceur. Je capte au passage son beau regard brun excité : c’est magique de voir cet emportement, cette fougue dans son regard.
    Me voilà à genoux devant son sexe tendu ; je le saisis par les hanches, je le colle au mur ; je le prends en bouche, je l’avale jusqu’à la garde ; je commence à le pomper vigoureusement, j’ai envie de le faire jouir vite.
    Sa main se pose sur mon cou ; d’abord lourde, imprimant un mouvement de va-et-vient, faisant opposition à quelques coups de bassin destinés à envoyer son gland chatouiller l’entrée de ma gorge ; puis, très rapidement, son attitude change radicalement, se transforme en caresse ; caresse sensuelle, caresse à deux mains, caresse insistante, complice, fébrile ; caresse qui se propage à ma nuque, à mes épaules, mes tétons, mon dos.
    Mais alors que j’attends impatiemment la venue de ses giclées puissantes, ses mains se glissent sous mes aisselles, imprimant un mouvement vers le haut, m’invitant à me relever. Me voilà à nouveau face à mon bobrun, face à son beau regard de plus en plus excité, son souffle de plus en plus chaud et haletant sur ma peau.
    À nouveau le bogoss colle son torse au mien, son bassin au mien, sa queue à la mienne, enfonce son visage dans le creux de mon épaule ; ivre de bonheur, j’entreprends de pincer ses deux beaux boutons de mecs doux et saillants.
    Un instant plus tard, le bogoss recommence à me branler ; puis, il penche son buste ; pendant de longs instants, sa langue se balade nerveusement entre mes pecs, autour de mes tétons. Puis, elle descend, approche de mon nombril. Je frissonne, je gémis.
    Le bogoss se relève, le bout de sa langue pincé entre ses lèvres, le regard en équilibre instable et brûlant entre excitation et hésitation, comme possédé et troublé par son propre désir ; comme s’il cherchait dans mes yeux le courage, le sens et la raison pour faire tomber l’une de ses dernières barrières.
    Je me demande si…
    Les va-et-vient de sa main sur ma queue augmentent encore en intensité. Débordé par le plaisir, je ferme les yeux. Un nouveau frisson géant s’empare alors de mon corps ; sa langue est de retour autour de mes tétons ; très vite, elle redescend vers mon nombril ; elle s’y attarde, comme si elle hésitait à descendre encore.
    Je me demande si… mais non…
    Je rouvre les yeux, je regarde le bogoss à moitié accroupi, le visage à hauteur de mon nombril, sa bouche à quelques centimètres à peine de sa main et de ma queue ; je regarde son beau brushing brun et dense et j’ai l’impression qu’il est en train de descendre encore, tout doucement.
    Je n’arrive pas à réaliser ce qui est en train de se passer. Mais… est-ce qu’il a vraiment envie de me… non, ce n’est pas possible, je n’arrive même pas à formuler la question dans mon esprit.
    Sa main sur ma queue, sa prise ferme, douce, chaude ; ses va-et-vient délicieux ; le contact de sa langue fébrile sur ma peau ; le bogoss semble se donner à fond pour provoquer en moi une excitation proportionnelle à la sienne ; je ne sais pas jusqu’où il a envie d’aller, jusqu’où il a envie d’approfondir la connaissance de mon anatomie ; mais au point d’excitation où je me trouve, je décide de le laisser faire, de me laisser faire ; de toute façon, je n’ai plus le choix ; je viens de franchir le seuil au delà duquel le plaisir prend le pas sur la raison.
    Le moment est magique, le temps suspendu à l’envie du bogoss qui semble se révéler assez clairement, suspendu à sa capacité à l’assumer ou pas.
    Sa main ralentit ses va-et-vient sur ma queue, son souffle chatouille la peau hypersensible de mon gland : je me dis qu’il a envie de ça, et que je m’apprête à découvrir un nouvel univers sensuel avec mon bobrun ; est-ce qu’il va le regretter ensuite, je ne le sais pas ; et puis je m’en fiche : le bogoss y va de son plein gré, mon corps réclame son plaisir et il n’y a rien de mal à découvrir et à laisser découvrir l’autre côté du plaisir masculin.
    Hélas, un moment magique est un moment fragile ; le moindre grain de sable dans les rouages suffit à bloquer cette mécanique complexe, encore en phase « d’expérimentation » qui plus est.
    Une voix dans la rue, puis une autre, les deux très proches de la porte d’entrée ; deux personnes viennent de se croiser, elles ont l’air de se connaître, elles entament une conversation. Elles ont dû s’arrêter vraiment à proximité, à deux mètres à peine, leur conversation est bien perceptible, on dirait qu’elles sont dans l’entrée avec nous. Soudainement, dans ma tête, souvenir de la voisine de Jérém débarquant dans l’entrée de la rue de la Colombette pendant que je suçais mon bobrun ; j’imagine que dans sa tête le même souvenir doit faire surface.
    Cela suffit à couper net son élan. Le bogoss se relève soudainement, il claque la porte, me retourne et il enfonce sa queue entre mes fesses. Il recommence à me pilonner avec des coups de reins amples et lents ; excitation extrême, la mienne ; excitation, la sienne qui amène ses lèvres et sa langue à flâner sur ma peau, sa bouche à titiller, à mordiller mes oreilles de façon insistante.
    Très vite, la base de ma nuque, mes cheveux à proximité, mes oreilles sont humides, puis chauds, mouillés de son écume de mâle en rut ; la peau de mon cou et mes oreilles demandent et redemandent de ce contact, de ces pincements, de cette humeur de mec qui me fait sentir tellement à lui. Je mouille de plus en plus, je mouille à en faire couler ma queue.
    « C’est trop bon, Jérém ! » je ne peux m’empêcher de lui annoncer, au sommet de l’excitation.
    « Putain ce petit cul… » je l’entends lâcher à son tour.
    « Tu l’aimes mon petit cul ? ».
    « Ah, putain, qu’est ce qu’on y est bien dedans… ».
    « Il est tout à toi, il n’y a que toi qui a le droit d’y être bien dedans… ».
    Je suis au sommet de mon excitation, et mes mots visent avant tout à flatter son ego de mâle. Mais c’est aussi une façon de lui dire que je n’ai envie que de lui, que je n’ai jamais eu envie que de lui ; que même les quelques fois où j’ai couché avec d’autres gars, parce que lui-même m’y a entrainé ou bien parce qu’il m’avait blessé et j’avais eu besoin de réconfort, je n’ai jamais eu vraiment envie que de lui ; c’est aussi ma façon de lui dire que désormais, le nouvel Jérém peut compter sur ma fidélité la plus totale ; une façon de mettre le sujet fidélité, fidélité réciproque, sur la table.
    « Ah, putain que c’est bon… » souffle le bogoss.
    « Qu’est-ce qu’elle est bonne ta queue… tu prends ton pied là ? ».
    « Grave… ton petit cul est fait pour se faire tringler… ».
    Je trouve extrêmement excitant que mon bobrun, le bel étalon à poil très brun utilise ce mot que j’ai entendu quelques heures plus tôt de la bouche du jeune loup à poil doré ; décidemment, bomâle baiseur est un destin, avec des codes expressifs universels.
    D’autant plus que l’expression « tringler » contient juste ce qu’il faut de vulgarité et de « crudité » pour être furieusement excitant, d’autant plus quand c’est dit par un bomâle en plein acte qui plus est.
     « T’as envie de gicler dans mon ti cul ? ».
    « Ah, putain, que oui… ».
    Débordé par le plaisir de me faire défoncer par mon beau mâle brun, je ne trouve plus rien à opposer à sa jouissance si proche, quelle qu’elle soit ; tout ce qui compte à mes yeux, à mes sens, c’est de le sentir jouir. Dans ma bouche, dans mon ti cul, ça n’a plus d’importance.
    « T’as envie de je te remplisse ? » il revient à la charge un instant plus tard.
    Le fait d’entendre sa question, de me voir offrir le choix, réveille violemment cette envie qui me ravage depuis le début. C’est une envie complètement déraisonnable, irrépressible.
    « J’en ai trop envie… mais j’ai aussi envie de… » j’essaie de lui répondre. Oui, celle de l’avoir en bouche est une envie déchirante ; une envie que, pourtant, je ne suis plus à temps pour exprimer. J’essaie de me retenir mais je n’ai plus le pouvoir de décider quoi que ce soit, mon bas ventre s’embrase définitivement.
    « Tu prends ton pied ? » fait Jérém, alors que je me sens perdre pied.
    Et là, je m’entends lui annoncer, la voix complètement éteinte, écrasée par la puissance de l’orgasme qui me secoue déjà :
    « Tu vas me faire jouir, Jérém… ».
    Pour toute réponse, le bogoss continue à me pilonner, à me branler, à caresser d’un téton à l’autre ; un instant plus tard, je jouis dans un grand râle, tout mon corps secoué par l’immense vague de plaisir causée et offerte par la puissance sexuelle de mon bobrun.
    Mon plaisir vient tout juste de s’éteindre, les coups de reins du bogoss ralentissent, s’arrêtent ; ses mains se posent mes hanches, je sens sa queue reculer, comme pour sortir de moi. Je viens tout juste de jouir, pourtant je suis toujours aussi excité, je veux sentir mon bobrun jouir.
    « Vas-y ne t’arrête pas… vas-y, jouis… ».
    Mais le bogoss a d’autres projets : il sort de moi, il me retourne, me fait mettre à genoux en douceur ; il fait glisser sa queue entre mes lèvres une fois, deux fois, quelques fois, en profondeur mais toujours en douceur ; un instant plus tard, il remplit ma bouche de sa semence.
    Ses traits sont puissants, copieux, nombreux, bien chauds, épais, plutôt corsés, un peu salés ; c’est un goût très mâle qui accapare toute la palette gustative de mon palais et de ma langue, un goût qui se répand dans ma bouche comme une épice, qui remonte jusqu’à mon nez ; boisson divine qui chauffe ma gorge et tout mon corps ; suprême délice qui me fait du bien, qui excite et réconforte, qui parle de la jouissance de mon homme et de son apaisement sensuel à venir. Il n’y a pas meilleure boisson, pas saveur plus délicieuse, que celle de la semence du garçon qu’on aime. Même après avoir déjà joui. Le jus du garçon qu’on aime se boit sans soif.
    Ses giclées viennent de se tarir mais je ne me lasse pas de me trouver à genoux devant sa puissance de mec, d’astiquer sa queue pour rechercher la moindre trace de cette saveur intense de liqueur d’homme, de ce cadeau de mâle qui me rend heureux ; et, surtout, je ne me lasse pas de ces caresses que ses mains continuent de poser sur ma nuque, même après son orgasme : ces caresses que déjà le bogoss posait tendrement sur ma nuque pendant qu’il giclait dans ma bouche.
    Définitivement, mon Jérém ce n'est plus seulement mon beau mâle brun, c'est désormais un sacré bonhomme. Et dans le mot « bonhomme », il y a « homme ».
    Un instant plus tard, il m’attrape par les épaules, me fait relever, me retourne à nouveau ; ses mouvements sont rapides, déterminés, sans hésitation ; il enfonce son pieu de chair brûlant de sa jouissance entre mes fesses, il colle ses pecs contre mon dos et il recommence à me branler.
    Je viens de gicler mais je gicle à nouveau, ivre de son jus de petit mec pétillant partout dans ma bouche, ma gorge, mon nez ; je gicle encore plus fort : la deuxième secousse de plaisir, lorsqu’elle arrive si rapprochée de la première, est toujours d’une intensité décuplée ; d’autant plus lorsqu’elle arrive alors que je suis envahi par sa queue, sa présence en moi m’offrant des sensations incroyables au gré des contractions de ma rondelle.
    Le bonheur sensuel qui enflamme mon corps est délirant ; je me sens chaud, incandescent, ivre, fou de plaisir ; mes muscles sont parcourus par une sorte de bien-être d’une douceur infinie. Le bogoss se déboîte de moi ; je me retourne instantanément, je le prends dans mes bras, je le couvre de bisous, je suis fou.
    Nos corps sont brûlants, trempés de sueur, vibrants de plaisir, nos respirations haletantes. Je viens de jouir deux fois en l’espace de quelques minutes ; et alors que mon ventre et mon entrejambe sont toujours parcourus par la vibration et par la chaleur incandescente de la jouissance, sorte de puissance ravageuse, je sens peu à peu une douce fatigue s’emparer de mon corps, engourdir mes membres, vriller mes neurones.
    « J’ai envie de m’allonger un peu… » j’entends mon beau mâle brun me chuchoter à l’oreille, exprimant ainsi celle qui est également mon envie. Et si nos envies sont si semblables à cet instant précis, j’aime penser que c’est parce que nos corps nous apportent les mêmes sensations ; j’aime penser que, tout comme moi, mon bobrun ressent la boule chaude au fond de son ventre, que ses poumons lui demandent des respirations profondes, chaque inspiration et expiration lui rappelant sa jouissance, alors qu’une douce torpeur est en train de s’emparer de son corps sculpté, que toute sa puissance musculaire est momentanément terrassée par une jouissance qui l’a mis KO, comme elle m’a mis KO.
    Câlin sur le lit en vue, je pleure de bonheur à l’intérieur. J’arrive à trouver le courage de décoller mon torse du sien, d’arracher mes lèvres de sa peau. Je croise son regard brun ; ce mec est tellement beau ; et il l’est encore plus depuis que son regard et son attitude après le sexe ne sont plus celles d’un mec qui, au fond de lui, derrière sa fierté de macho, regrette déjà le plaisir qu’il vient de prendre.
    Oui, mon Jérém est encore plus beau depuis que son regard après l’amour est celui d’un mec qui assume ce qui vient de se passer ; un garçon heureux, qui ressent enfin le bonheur d’être en accord avec lui-même.
    Le bonheur c’est quand ce qu’on dit, ce qu’on pense et ce qu’on fait, c’est la même chose, quand nos actes sont en accord avec le plus profond de nous même ; Jérém assume de plus en plus ses envies ; et même si nous n’en sommes toujours pas au stade de mettre des mots sur ce qui se passe entre nous depuis une semaine, je me dis que nous sommes bien engagés sur la route du bonheur. Tant de verrous semblent avoir sauté dans sa tête, en si peu de temps !
    « Vas-y monte… » je suis heureux de lui répondre ; tout comme je le suis d’enchaîner « tu veux boire quelque chose ? ».
    Ou de l’entendre me répondre :
    « Un truc frais… s’il te plaît… ».
    Le bogoss ramasse ses affaires et monte les escaliers, à poil. C’est beau.
    Seul dans ma cuisine, je prends quelques secondes pour savourer le bonheur qui est le mien à cet instant précis. Notre complicité grandit et elle déborde au-delà du domaine sexuel et même sensuel ; nous sommes amants, et nous devenons potes ; nous sommes de plus en plus à l’aise, l’un envers l’autre, dans les gestes, les mots, les regards, les sourires.
    Je suis tellement content d’avoir résisté aux « avances », plutôt des provocations en réalité, de Julien. Il ne se serait rien passé, car le jeune loup à poil doré voulait juste s’amuser, me chauffer : ce n’était qu’un jeu pour lui… enfin, je pense… comment être sûr après tout, de que voulait vraiment Julien ? Quoi qu’il en soit, je m’en voudrais de ne pas avoir dit non, de m’être laissé entraîner, d’avoir été faible face au charme ravageur d’un autre bogoss que mon Jérém, l’homme de ma vie, celui qui m’apporte le seul bonheur dont j’ai vraiment besoin.
    Je savoure le geste d’ouvrir le frigo, sensation de fraîcheur sur ma peau qui fait du bien, frissons des sens qui me fait sentir tellement vivant ; je savoure le geste d’attraper une bière, de prendre le chemin de ma chambre pour la lui apporter. Mon beau mâle brun s’est dépensé pour nous faire plaisir et il mérite du réconfort, avant de reprendre son taf : il est bien normal que je m’occupe de lui.
    Je monte les escaliers quatre à quatre, impatient de le retrouver, de le regarder boire sa bière au goulot, fumer sa cigarette à la fenêtre, de gestes bien virils. La porte de ma chambre est entrouverte. Je n’arrive pas à croire que Jérém soit là, sur mon lit.
    J’entre dans la chambre, plongée dans la pénombre : mon bobrun est bien là, la cigarette à la main, le briquet dans l’autre ; mais il n’est pas à la fenêtre, il n’est pas en train de fumer tout court : le bogoss est allongé sur mon lit, déjà assoupi. Il était tellement fatigué qu’il n’a pas pu atteindre la fenêtre, que l’appel du matelas a été plus fort que celui de la cigarette. C’est trop mignon.
    Avec sa chaînette abandonnée à l’entrée de la vallée de ses pecs, cette vallée enfin peuplée par une pilosité (re)naissante ; avec son torse puissant, bercé par sa respiration apaisée ; avec ses tatouages, notamment le dernier, ce motif tribal qui part de son oreille, descend le long de son cou, glisse sur son épaule et descend le long de son biceps : sa nudité est d’une beauté aveuglante, à donner envie de pleurer.
    J’ai envie de tout avec lui, de recommencer à faire l’amour, de partager une bière, de parler ; mais je décide de le laisser dormir, il en a besoin, et il est si beau quand il fait dodo.
    Je sens la fatigue et le bonheur de mon corps et de mon esprit s’unir et se présenter à moi dans une seule et unique envie ; celle de le prendre doucement dans mes bras.
    Je pose nos bières sur mon bureau et je m’allonge sur le lit à côté de lui ; je me tourne sur le flanc, calé contre son biceps, je pose mon visage sur son épaule. J’ai envie de m’abandonner contre lui, de tenir mon bobrun dans les bras, mais j’ai peur de m’assoupir à nouveau. Si seulement je savais à quelle heure il reprend son taf… j’ai tellement envie de m’assoupir en le serrant dans les bras.
    Mais je dois veiller sur son sommeil : je vais le laisser dormir pendant une demi-heure, puis je vais le réveiller ; je ne peux pas le mettre encore en retard, il serait véner : je programme le réveil pour 17h30.
    J’ai tout juste le temps de me caler contre lui que le bogoss émerge en sursaut, comme s’il se sentait entravé et qu’il voulait se dégager. Très vite, il se rend compte qu’il est en sécurité, qu’il est bien, dans mes bras ; il s’inquiète pour autre chose, il balance, la voix lente, pâteuse :
    « Je ne dois pas dormir, je vais encore être en retard… ».
    « Tu reprends à quelle heure ? » je lui chuchote doucement.
    « 18 heures, je crois… » je l’entends marmonner.
    « Dors tranquille, Jérém… j’ai mis un réveil ce coup-ci… » je le rassure.
    « Ok » fait le bogoss, en replongeant aussitôt dans ce sommeil que son corps lui demande avec insistance ;  en s’endormant, mon bobrun se tourne sur le flanc, comme une invitation à le serrer contre moi. Je ne me fais pas prier, mes bras l’enlacent, je cale mon corps contre le sien. À cet instant précis, je suis le gars le plus heureux de l’univers.
    Le vent d’Autan fait bouger le rideau, mouvement régulier qui fait varier la luminosité dans la chambre, passant du plein jour à la pénombre ; les rafales soulagent la chaleur de la pièce, caressent nos corps enlacés.
    Je ferme les yeux et j’écoute la symphonie de mon bonheur : le bruit du rideau caressé par le vent ; le bruit de la respiration apaisée de mon bobrun ; les battements de son cœur ; les bruits de la circulation dans la rue qui remontent comme amortis, lointains ; j’écoute la mélodie de l’après-midi d’été, je l’écoute en train d’avancer, tout comme mon bonheur avec mon bobrun. Ça avance, et ça avance bien.
    Mon Jérém dans les bras, je m’enivre de la douceur tiède, parfumée et rassurante de sa peau : ainsi, plongé dans cet univers de bonheur masculin, je m’assoupis à mon tour.
    J’émerge bien avant le réveil ; il n’est que 17h10, je me réveille sur le dos ; tout comme le bogoss, à nouveau allongé sur le dos, magnifique dans sa nudité parfaite ; nos épaules, nos bras se touchent, le dos de nos mains aussi ; nos doigts, comme entrelacés.
    Ce contact est si doux, si agréable, si émouvant : je me demande comment cela est arrivé, pendant le sommeil ; les doigts de qui ont cherché ceux de l’autre, qui s’est laissé faire ? J’ai envie de profiter encore et encore de ce contact que je voudrais pouvoir partager avec lui plus souvent, et surtout pas qu’à cause d’un « accident de sommeil ».
    Je le regarde dormir, apaisé, repu, sa respiration calme, ses poils qui repoussent sur son torse finement ciselé, si mignons, si sexy, si tentants, si prometteurs d’un nouveau Jérém qui assume, ses poils et ses envies avec moi.
    Le bogoss émerge à son tour de son sommeil, toujours en sursaut : il est inquiet, il me demande l’heure ; je lui donne, il replonge aussitôt ; et c’est lui, geste volontaire ou pas, qui retire ses doigts de l’étreinte avec les miens.
    Le contact rompu, mon excitation prend le dessus : la bouche toujours habitée par ce délicieux arrière goût de semence de bogoss, je bande à nouveau, mon corps vibre d’envie de nouvelles délices sensuelles.
    Je regarde sa queue, cette queue qui m’apporte tant de plaisir : qu’est-ce qu’elle est belle, même au repos ; et ses couilles, bien rebondies, toujours bien pleines, ces couilles que je sais douces, odorantes, bien chaudes ; je les regarde et je suis saisi par l’envie de passer ma langue dessus.
    Et si… et si, au lieu d’attendre la sonnerie du radio réveil, je me lançais à le réveiller tout en douceur ? En lui léchant les couilles par exemple, en assouvissant cette envie qui ravage mes entrailles, juste avant de remonter le long de sa queue et de lui offrir la plus douce des pipes ? Je suis sûr que mon bobrun apprécierait mieux ce genre de réveil que celui d’une sonnerie pétaradante. Pipe au réveil, et chaque jour trouve son soleil.
    Je glisse vers le fond du lit, tout doucement, je me faufile entre ses cuisses musclées. J’approche mon visage de ses couilles et je suis frappé par l’intense bouquet d’odeurs qui s’en dégagent ; odeur de jouissance, de puissance sexuelle masculine, odeur chaude, intense, odeur qui est promesse de nouveaux bonheurs sensuels, odeur de bonheur. Délicieuse odeur de queue. Le plus puissant des stimulants sexuels. Odeur qui réveille mon désir, mon plaisir. Odeur aux effets euphorisants, odeur envoutante, entêtante, capiteuse, addictive. Odeur familière, celle de l’entrejambe de mon bobrun. Odeur qui me rassure, odeur qui me fait sentir bien.
    Je pose ma langue sur ses bourses, le bogoss frémit illico ; je goute à la saveur douce de cette peau fine, je suis tout doucement le rebondi de ses œufs de mec, je laisse glisser ma langue entre, j’arrive jusqu’au creux à la naissance de sa queue ; mes doigts s’enivrent de la douceur à la fois apaisante et excitante des petits poils au dessus et autour le la base de sa queue.
    Qu’est-ce que c’est bien fait, agréable à regarder, à toucher, à lécher, l’anatomie, le sexe d’un garçon ; et quand en plus il s’agit du garçon qu’on aime, une magie insaisissable s’ajoute à la beauté pure, au désir, rendant la vision et le contact presque insoutenables.
    J’ai à nouveau envie de le prendre en bouche, mais je résiste, j’ai envie de lui lécher les couilles encore et encore. Alors je lèche, encore et encore, insatiable. Au gré de mes caresses humides, je sens mon bobrun émerger petit à petit, je sens sa respiration changer, ses membres se désengourdir dans des petits mouvements lents provoqués par les petites décharges de plaisir que le contact de ma langue lui procure.
    Je remonte le long de sa queue encore mi-molle, j’avale son gland, je le caresse avec ma langue, avec douceur, tout en tripotant son manche avec mes doigts.
    Soudainement, le bogoss contracte ses abdos et relève le dos.
    « Tu fais quoi ? ».
    « Tu veux pas ? ».
    « Il est quelle heure ? ».
    Il est vraiment inquiet d’être à nouveau en retard. Je ne lui ai même pas demandé s’il s’était fait engueuler la veille à cause de la sieste de laquelle je ne l’ai pas réveillé à temps. Il faudra que je pense à lui demander. En tout cas, aujourd’hui ça ne va pas être le cas. J’ai décidé de le réveiller en lui offrant une dernière gâterie, avant qu’il ne reparte pour son taf en temps et en heure.
    « Tout juste cinq heures… » je m’arrange à peine avec la réalité « t’as le temps… ».
    Rassuré, le bogoss s’allonge à nouveau, ou plutôt, il laisse tomber lourdement le dos sur le matelas.
    Je reprends mes caresses sur sa queue et je me lance dans une pipe toute douce. Petit à petit sa queue retrouve des couleurs, de la raideur. Petit à petit, sa respiration à s’emballe, signe que le bogoss passe de la torpeur au plaisir, un plaisir auquel il ne dit pas non.
    Je le pompe tout doucement, je ne veux pas le faire jouir trop vite ; j’ai envie de le faire languir, retardant sa jouissance, tout en lui faisant apprécier l’attente, la frustration ; j’ai envie de l’amener sur une falaise plongeante un océan de plaisir intense, un plaisir qui l’appelle, qui le happe, mais duquel je le retiens, envie de les sentir déchiré entre l’envie de jouir au plus vite et cette attente prometteuse d’un plaisir d’autant plus intense que l’attente est longue.
    Ses doigts frôlent la base de ma nuque ; est-ce que sa main va s’y poser pour diriger, maintenir contraindre, exciter, baiser ? Ou bien, est-ce qu’elle va caresser, encourager, rassurer, émouvoir, bouleverser ?
    Elle s’y pose doucement, à plat, immobile ; très vite, la chaleur de sa paume irradie sur ma peau, sensation de bonheur. Je pense que le bogoss est toujours en train d’émerger et qu’il a besoin d’un petit moment pour recouvrir ses esprits et ses gestes sensuels. En attendant les intentions de sa main, comme pour les appeler et les encourager, je continue à le sucer avec entrain.
    Sa queue est désormais bien droite, elle me remplit la bouche, elle me remplit de bonheur ; bientôt elle me remplira à nouveau la bouche de bonnes giclées chaudes. Tout doucement, ses doigts commencent à s’animer, à remuer sur ma peau, à m’apporter la réponse à ma question au sujet de leurs intentions.
    Très vite, sa main est rejointe par la deuxième ; ensemble, de concert, elles voyagent, caressent, câlinent : ma nuque, mes cheveux, mes épaules, mes bras, mes tétons. Ce contact changeant, multiple, m’apporte de l’excitation et de la complicité sensuelle avec mon bobrun ; il encourage, amplifie, fait exploser mon envie de lui faire plaisir.
    Et tant pis pour mon envie de l’amener au bord de la jouissance et de l’y maintenir longtemps, de le faire languir, de jouer avec son plaisir de mec : lorsque ses doigts caressent mes tétons avec ce toucher magique, la seule envie qui envahit mon cerveau défoncé par le plaisir des sens, c’est de le faire jouir au plus vite, de sentir à nouveau ma bouche remplie par son petit jus chaud et épais de bogoss, de sentir les giclées de son plaisir.
    C’est à ce moment que le radio réveil se met en route ; une chanson chatouille mes oreilles avec son rythme entraînant et ses mots si justes :
    … n’a jamais été seul/Au moins une fois dans sa vie
    Peut-il seulement aimer/Peut-il aimer jamais
    (…)
    Tant de fois j'ai été/Jusqu'au bout de mes rêves
    Que je continuerai/Jusqu'à ce que j'en crève
    Que je continu…
    J’adore cette chanson, ses notes s’insinuent dans ma tête, caressent mon esprit pendant que je continue à faire du bien à mon bobrun. Alors, quand Jérém se contorsionne pour éteindre le radio réveil, c’est un peu une jouissance orgasme sonore ratée pour mes oreilles.
    Privé du plaisir de la musique, il ne me reste que celui de faire du bien à mon bobrun. Je le pompe de plus en plus vite, je veux le faire jouir, j’ai envie de le sentir jouir, j’en ai besoin.
    Mais le bogoss a d’autres projets, et c’est un pur bonheur de me laisser faire ; j’adore quand il prend l’initiative, quand ses plans de jouissance sont différents des miens et que des surprises sensuelles s’offrent à moi au gré de ses envies qu’il sait imposer.
    Ainsi, alors que je me crois lancé dans celle que je pense être la dernière ligne droite vers son orgasme, ses mains m’attrapent, me font remonter le long de son torse ; je me retrouve complètement allongé sur lui, de tout mon poids, torse contre torse, queue contre queue, couilles contre couilles, désir contre désir, mon visage enfoncé dans le creux de son épaule.
    Ses bras m’enserrent, m’attirent, me collent contre lui, à nouveau ses petits poils naissants piquent ma peau, comme de petites aiguilles, une petite douleur que je recherche désormais avec un désir intense, qui se transforme en plaisir intense.
    Ses mains glissent le long de mon dos, descendent jusqu’à mes reins, caressent, pelotent, pétrissent mes fesses : de quoi a-t-il envie le bogoss ? Est-ce qu’il attend que je m’empale sur sa queue raide et que, à la force de mes cuisses, j’appelle son jus prêt à m’envahir les entrailles ?
    Une fois encore, le bobrun va me surprendre : sa main se faufile entre nos torses, ses doigts effleurent ma queue ; instinctivement, je cambre légèrement les reins, offrant un peu de place pour faciliter le mouvement de sa main.
    Et là, sa main saisit ma queue, mais pas que ma queue ; dans sa prise, il tient nos deux bites raides. Sensation inédite, délirante. Le contact avec sa puissance mâle, gland contre gland, couilles contre couilles ; la prise ferme et chaude de ses doigts, enserrant nos deux plaisirs en une seule étreinte.
    Sa main commence à branler lentement nos deux queues réunies, très vite je savoure les mille nuances d’un plaisir inconnu qui s’offre à moi, qui me déborde. Très vite, je réalise à quel point tout ce plaisir est explosif ; je réalise que si je ne fais pas attention, je vais très rapidement perdre pied, mon plaisir va décoller, exploser une nouvelle fois.
    J’essaie de faire attention, j’essaie de me retenir ; cela ne sert à rien, le plaisir est si intense que sans même s’en rendre compte, je perds le contrôle de mon corps ; la puissance de la montée de mon plaisir dépasse et déborde l’énergie que je suis capable de mobiliser pour lui résister.
    Je ne sais pas où en est mon bobrun, mais moi je sens que je vais encore jouir, là, tout de suite. Je n’ai jamais autant joui, en si peu de temps. Putain de bobrun !
    « Je vais encore jouir… » je m’entends lui annoncer sur un ton monocorde, presque résigné, l’attitude de celui qui va déposer des armes, lever de drapeau blanc, comme en admettant ma défaite, la défaite de la maîtrise de mon corps face au plaisir qu’il m’offre, m’impose, qui me déborde.
    Sans faire cas de mes mots, ou bien encouragé par les mêmes, le bogoss continue dans sa lancée ; sa main accélère même le mouvement de va-et-vient, sa prise se fait encore plus puissante : il veut me faire jouir.
    Alors je vais jouir, car j’en ai très envie ; jouir avec ma queue, plaisir que je redécouvre ; jouir de la plus belle des jouissances, celle qui vient grâce aux gestes de mon bobrun, à son envie manifeste de me faire jouir : je ne peux pas imaginer bonheur plus immense.
    Ma jouissance dégage une énergie encore plus intense que la précédente : c’est une jouissance qui monte, monte, monte, m’envahit, semble devoir terrasser mon corps tout entier ; une jouissance qui s’amorce, reste suspendue, comme si elle cherchait à rassembler les dernières énergies de mon corps pour exploser ; une jouissance qui prend naissance dans mon ventre en feu, qui se propage à mon anus, remonte à la base de mes couilles, comme une explosion souterraine, un séisme musculaire tellement intense que j’ai l’impression que quelque chose va se déchirer dans mes chairs ; une jouissance si intense qui, pour un peu, en deviendrait réellement douloureuse ; jouissance qui dure anormalement longtemps, intensément longtemps, mon esprit entièrement happé dans une déflagration de plaisir insoutenable, suspendu à la délivrance du premier jet.
    Réelle délivrance, lorsque je sens enfin mes giclées décoller, tremper nos glands enlacés, effleurer mon torse, avant de retomber sur le sien ; un peu de ma jouissance atterrit entre ses pecs, effleurant sa chaînette ; le bogoss relève le menton pour protéger son visage.
    Le passage de ma jouissance me laisse carrément assommé, les sens bouleversés, le ventre en feu, le cerveau vrillé. Sa main n’a pas cessé pour autant ses va-et-vient sur nos deux queues : un instant plus tard, je sens le manche de mon beau mâle vibrer sous le passage de son jus qui se presse pour gicler ; ses giclées sont puissantes, copieuses, la plupart effleurent à leur tour ma peau avant de retomber sur son torse. Ainsi, sa jouissance s’enchaîne à la mienne, son sperme se mélange au mien, sur nos queues, sur la peau de son torse sculpté.
    Ses jets viennent tout juste de se terminer et une nouvelle surprise m’attend : alors que je tente de trouver les forces pour me relever et lui passer de quoi s’essuyer, ses mains me retiennent, m’attirent carrément contre lui, comme s’il s’en foutait que son torse soit trempé de nos jus mélangés ; sensation chaude et humide, qui me ferait presque oublier le contact avec ses poils qui repoussent ; ses mains m’enlacent, m’enserrent, me câlinent le dos, les épaules, la nuque ; elles caressent ; et surtout, elles me caressent après l’amour.
    Je passe à mon tour mes mains derrière son dos, je le serre contre moi ; je couvre son cou de bisous, avant de m’abandonner de tout mon poids sur son corps, avant de me perdre dans ce bonheur masculin parfait.
    Nous restons ainsi, l’un contre l’autre, nos corps enlacés, vidés, vibrants de l’écho de nos plaisirs respectifs qui ne semblent faire qu’un ; nos respirations, nos pulsations cardiaques se mélangent, fusionnent.
    Mais ce qui me fait carrément délirer, c’est que non seulement nos pulsations cardiaques semblent taper à l’unisson ; mais qu’aussi les Battements de nos Cœurs semblent enfin vibrer sur une fréquence de plus en plus proche. Bonheur infini, indicible.
    Je reste ainsi, abandonné sur lui, pendant un bon moment, jusqu’à ce que son étreinte se desserre. Je pose quelques bisous sur son cou, sa mâchoire, un dernier bisou sur ses lèvres, et je me relève. Son torse magnifique est complètement trempé, brillant de nos jus. C’est beau, et c’est incroyable : qu’il accepte ça, et que ça ne lui pose aucun problème. Encore il n’y a pas longtemps, cela aurait été inconcevable.
    Je le regarde et lui souris, tout en lui tendant un t-shirt qui traîne pour s’essuyer.
    Je le regarde effacer rapidement de son torse la trace liquide de nos jouissances, tout en me disant que l’intensité de nos plaisirs n’est pas prête de s’effacer aussi rapidement de mon esprit.
    Mais qu’est-ce que c’est bon de coucher avec mon bobrun !
    Je le regarde se lever, la peau encore humide, de sa transpiration, de quelques traces de jus essuyées à la va vite : envie de passer ma langue sur ce torse où les petits poils repoussent, délicieuse pilosité si masculine, si apaisante. Si délicieusement odorante, à présent.
    Le bogoss s’en va fumer à la fenêtre ; ma peau brûle encore de la chaleur de la sienne, mes narines bouillonnent encore de son odeur, mon corps vibre encore de l’écho du plaisir intense qu’il vient de m’offrir. Je le regarde, de dos, appuyé au montant de l’embrasure, sa nudité partiellement dissimulée par les rideaux chatouillés par les caprices du vent d’Autan ; je le regarde et je le trouve tout simplement beau à m’en donner les larmes.
    Plus je le regarde, plus je me sens envahi par l’envie de le câliner, de le couvrir de bisous. Envie brûlante, irrépressible. Alors, je me lève à mon tour, je m’approche de lui et, caché par le rideau, j’entreprends de lui caresser les épaules et de poser quelques bisous légers.
    « Tu fais quoi ? » je l’entends me lancer entre deux taffes, le regard perdu dans la rue.
    « Rien… j’ai juste envie de sentir ta peau, tes cheveux, de te caresser, de te faire des bisous… » je me lâche.
    « Alors, t’es content ? » il se moque.
    « Grave ! ».
    « Je ne suis pas un labrador… ».
    « T’es mon Jérém… tu comptes tellement pour moi… » je lui chuchote à l’oreille tout en continuant à lui faire des bisous légers derrière le cou.
    « Arrête Nico, arrête… ça chatouille… » tente de se dégager le bogoss.
    Pourtant, même s’il dit d’arrêter, même s’il se démène, au final mon Jérém se laisse faire, tout en rigolant.
    Dans la précipitation de ses gestes, sa cigarette finit par lui échapper des doigts, elle tombe dans le vide.
    « Merde… » s’inquiète le bogoss tout en se penchant par-dessus le rebord, instantanément saisi par un sursaut de surprise ; et là, l’air amusé, canaille, adorable fripon, les yeux toujours rivés dans la rue, je l’entends annoncer « elle a failli tomber sur la tête d’une mémé ! ».
    « Désolé… » je tente de m’excuser, tout en rigolant.
    Le bogoss se relève aussitôt ; et lorsqu’il se retourne, Jérém est déjà passé du mode « fripouille » au mode « mâle baiseur ».
    J’ai tout juste le temps de capter son regard empli d’un sourire et d’une étincelle ô combien lubriques ; déjà ses mains m’attrapent, me saisissent, me retournent ; sans presque m’en rendre compte, je me retrouve allongé sur le lit, sur le ventre, maîtrisé par le poids et la présence musclée du bogoss complètement étalé sur moi, sa queue insistante et pressée cherchant à nouveau à s’enfoncer entre mes fesses. Mon bobrun bande dur à nouveau, sacré jeune étalon.
    Je regarde les grands chiffres rouges de mon radio-réveil sur la table de nuit, elles affichent 18 h 02 ; mon bobrun doit le voir comme moi, nous regardons dans la même direction ; ses gestes ont d’ailleurs un je-ne-sais-quoi d’hâtif et d’impératif que, pour le coup, je ne sais pas si je dois l’attribuer à sa fougue ou à l’heure qui presse pour lui.
    Quoi qu’il en soit, sacré polisson, mon beau mâle brun ne peut se soustraire à l’envie irrépressible de me défoncer une dernière fois, avant de reprendre son service. Il a envie de moi, il a sans cesse envie de moi. Alors je m’offre à lui, ma bouche, mes mains, mon ti cul : tout mon corps est à lui, offert à sa jouissance.
    Le beau mâle brun me prend, s’enfonce en moi, m’envahit ; il me fait sentir à lui, et rien qu’à lui ; sentir le poids de son corps écrasant le mien, la chaleur de sa peau irradiant sur la mienne, la prise de ses mains imposant la domination de sa masse musculaire ; me sentir empalé, dominé, enivré par sa puissance sexuelle : c’est un plaisir insoutenable.
    Le bogoss fait glisser ses mains et ses avant-bras sous mes aisselles, entravant mon corps, ne lui laissant d’autre choix que de s’offrir d’accepter, de seconder, de participer à sa jouissance ; par cette prise, nos corps brûlants, nos excitations vibrantes, nos jouissances à venir, ne font plus qu’un.
    Ses coups de reins sont puissants, réguliers, sans fioritures, de ceux qui vont tout droit au but, et par le chemin le plus court. Car le bogoss est pressé ; pourtant, il prend quand même le temps d’envoyer ses mains fébriles tenter de se faufiler entre la couette et le haut de mon torse ; une tentative que je facilite en prenant appui sur mes coudes, en relevant mes épaules ; le temps d’un éclair, les bouts de ses doigts atterrissent sur mes tétons, commencent à les pincer doucement, à les caresser, à les exciter ; je pars en orbite ; le radio-réveil vient de passer de 18h07 à 18h08 et l’allure de ses coups de reins passe à la vitesse supérieure ; sa recherche du dernier orgasme est une délicieuse course contre la montre mais le bogoss ne se prive pas pour autant du bonheur que je sais être le sien de mordiller ma peau, mon oreille.
    « T’as envie que je te gicle bien profond ce coup-ci ? ».
    « Je n’attends que ça… ».
    « Je vais te remplir… » fait-il, la voix cassée par la déferlante de son orgasme.
    « Fais-toi plaisir, beau mâle, remplis-moi de ton jus… »
    Mon ti cul envahi par sa puissance de mec, chauffé par ses va-et-vient ; les tétons enflammés par les caresses chaudes de ses doigts : il suffit que l’une de ses mains glisse sur ma queue ; rien que le contact avec ses doigts suffit à mettre le feu aux poudres d’une nouvelle jouissance, à embraser mon bas ventre.
    « Putain… Jérém… tu vas encore m’avoir… » je lâche, la voix soufflée par le plaisir qui me happe déjà, le ventre en feu, la rondelle se contractant autour de sa queue, me renvoyant de nouveaux frissons par ricochet.
    « Je viens… » fait le bogoss à son tour.
    « Vas-y, remplis-moi… » je lui chuchote, à bout de souffle, pendant que je perds pied, que ma raison s’évapore, que ma vue s’embrouille, que mon cerveau se vrille.
    Le précipice de ce nouvel orgasme en si peu de temps parait à mon corps encore plus vertigineux que les précédents ; la force de cette nouvelle jouissance me secoue à un point que j’ai l’impression de m’ouvrir en deux, de faire un malaise, l’impression d’avoir atteint l’orgasme ultime, celui dont mon corps ne se remettra pas, l’impression de partir à tout jamais en jouissant pendant un seul instant. L’orgasme masculin, délicieuse puissance d’un instant divin où le corps et l’esprit se transforment en big bang de jouissance.
    Je jouis, envahi par sa queue ; il jouit, enserré par les contractions de ma rondelle ; on se procure l’un l’autre un plaisir délirant ; mon beau mâle brun rugit son plaisir, je pleure le mien ; nos corps communiquent leurs plaisirs au-delà de nos intentions, c’est une osmose parfaite, osmose qui nous permet de ressentir la vibration de la jouissance de l’autre, j’ai presque l’impression de sentir ses giclées inonder mes entrailles, féconder mon corps de sa bogossitude.
    J’adore le fait de penser que mon Jérém ait compris que le fait d’amorcer ma jouissance lors de la pénétration est une délicieuse astuce pour décupler la sienne ; qu’il veut me faire jouir pour jouir lui-même comme un malade ; mais qu’il tient quand même à me voir jouir parce qu’il aime ça.
    Nos corps épuisés, trempés, abandonnés sur le lit, superposés l’un l’autre ; fous de plaisir, c’est en silence que nous tentons de récupérer nos corps et nos esprits après les tornades qui les ont secoués.
    Lorsque mon bobrun amorce le mouvement de se relever et de se déboîter de mon entrejambe, je me retourne aussi prestement que je peux, je l’attrape par les biceps et je l’attire contre moi. Pris par surprise, le bogoss n’est pas en position d’opposer de résistance à mon geste, il n’a d’autre choix que de se laisser faire.
    Fou de plaisir, je l’enserre dans mes bras ; là encore, il se laisse faire ; je suis si bien, je le sens si proche, jamais je ne me suis senti si proche de son cœur.
    « Tu es vraiment un sacré mec… tu me fais tellement de bien… je suis tellement bien avec toi… Jérém… je t’… ».
    « Je dois y aller… » coupe court le bogoss tout en se dégageant de mon étreinte. Le temps presse, les mots aussi. Surtout ceux qui ne sont pas encore dits, mais qui déjà frémissent entre les lèvres de celui qui n’ose pas les prononcer et bourdonnent dans les oreilles de celui qui n’est pas prêt à les entendre.
    Je regarde ses pecs saillants, ses abdos sculptés, alors que sa présence virile est toujours bien vive et brûlant entre mes fesses, au plus profond de moi : je n'arrive toujours pas à réaliser que ce petit Dieu vivant vient de jouir une nouvelle fois en moi ; que, depuis des mois, il m’offre chaque jour sa jeunesse, sa virilité, sa bogossitude.
    Le bonheur d’avoir, de savoir sa semence dans mon ventre, c’est quelque chose qui dépasse presque mon entendement, comme si c’était un bonheur trop grand pour moi, et que je ne le méritais pas ; pourtant, c’est un bonheur qui me fait sentir vraiment à lui, qui me fait sentir bien : mon corps réagit au sien, à son plaisir, à cette énergie de mâle qu’il injecte en moi, à ce cadeau chaud et parfumé qu’il m’offre à chaque fois. Je voudrais garder en moi à tout jamais ce bonheur, sa jouissance.
    Encore fou d’excitation, je me dis que, dans l’alchimie de nos plaisirs, c’est lui, le mâle, qui détient tous les éléments, la puissance, l’énergie qui la rendent possible ; alors que moi je n’ai que mon petit cul et ma bouche à lui offrir, c’est sa puissance sexuelle qui nous embrase, c’est sa semence brûlante qui nous fait jouir tous les deux.
    Mais à tête froide, j’arrive quand même à me dire que c’est bien l'envie de moi met le feu à ses sens : en fait, j'ai autant besoin de lui pour jouir, que lui il besoin de moi pour jouir.
    En deux temps et trois mouvements, le bogoss a passé son boxer, son short et ses baskets, et il s’apprête à quitter ma chambre avec son t-shirt et sa casquette à la main, certainement avec l’intention de les passer chemin faisant, avant d’arriver à la porte d’entrée.
    J’enfile mon boxer et mon t-shirt à la va vite, je le suis dans le couloir, dans l’escalier, dans l’entrée ; le bogoss est pressé, il avance vite, le t-shirt et la casquette toujours à la main.
    Dans l’entrée, il se retourne, tente de passer le t-shirt, il fait tomber sa casquette, il la ramasse, il se rend compte que ça entrave ses mouvements ; geste inattendu et trop mignon, profitant de ma proximité, il l’encastre sur ma tête avec un geste un peu brusque, certes, mais tellement adorable, geste accompagné par un sourire ravageur au possible.
    Je suis touché, heureux, ému, j’ai envie de l’empêcher de partir, de le serrer dans mes bras, de le couvrir de bisous ; j’ai presque envie de pleurer face à ce petit geste ; sa casquette qui comprime mes cheveux, qui enserre mon front, comme une caresse de mon Jérém qui ne s’avouerait pas.
    Je tourne la tête vers le miroir juste à coté, je me trouve beau avec sa casquette ; mais ce que je trouve encore plus beau, beau et déchirant à la fois, c’est le reflet de mon Jérém qui attrape le t-shirt bleu intense par le fond, apprêtant à le passer sur son torse, à dissimuler sa plastique de ouf, se préparant à partir.
    Je me retourne vers lui, préférant l’original au reflet, et je suis une nouvelle fois happé par l’envie délirante de bouffer cette plastique parfaite avec ces petits poils bruns naissant qui repoussent, tout mignons ; je mate son torse si intensément que le bogoss en vient même à le remarquer et à me demander :
    « Qu’est ce que tu regardes ? ».
    « J’adore ces petits poils qui poussent, c’est beau, c’est sexy… » je trouve bien de lui répondre. Rien de plus que mon ressenti profond, sans filtres.
    « J’ai pas eu le temps de m’en occuper ce matin, je vais couper ça demain… ».
    « Mais pourquoi ?!?! » je m’insurge.
    « J’aime pas… ».
    « Mais surtout pas, surtout pas… s’il te plaît… tu es grave sexy avec, tu fais tellement mec… ».
    « Je vais couper… ».
    « Allez, s’il te plaît, laisse-les pousser un peu… pour voir ce que ça fait… ».
    « Tu vas pas me dire ce que j’ai à faire… » il rigole.
    « Non, c’est sur… je te dis juste ce que j’aimerais… après, tu fais ce que tu veux… » je le mets à l’aise, tout en me dédouanant de l’impression de vouloir lui donner des ordres.
    « On est d’accord… ».
    « N’empêche que je pense que tu serais encore plus sexy avec quelques poils… encore plus viril… encore plus mec… » je le titille cependant.
    « Pourquoi, je ne suis pas assez mec pour toi ? ».
    « Ah, si, grave !!! ».
    Le bogoss sourit et passe son t-shirt ; puis, il arrache la caquette de ma tête pour la visser sur la sienne. Sur l’instant, je me ressens un brin frustré qu’il la reprenne : pendant une fraction de seconde, j’avais rêvé qu’il me la laisserait.
    Je le regarde, ébloui par tant de bogossitude, par ce t-shirt moulant bleu intense, par ces biceps prêts à craquer les manchettes, par ces tatouages apparaissant et disparaissant sous le tissu, par cette chaînette posée sur le coton brillant : bref, par cette panoplie complète du bogoss sexy à se damner.
    Et lorsque je me focalise sur sa casquette vissée à l’envers sur sa tête, je me dis qu’il n’y a pas de regret à avoir du fait qu’il ait reprise ; il faut se rendre à l’évidence, cette casquette lui va mille fois mieux qu’à moi : définitivement, il faut laisser l’art du port de casquette aux pros de la discipline, à ceux qui savent si bien la porter, à l’envers qui plus est : car une casquette est faite avant tout pour sublimer le côté petit con à bouffer d’un bogoss absolu.
    Je sais que le temps presse : je ne peux cependant me résigner à le laisser partir sans le serrer une dernière fois contre moi, sans le charger de bisous.
    « Lâche-moi, je dois y aller… » fait-il, tout en enfonçant une dernière fois ses doigts dans mes cheveux. C’est beau un bobrun qui se laisse aimer.
    « Tu vas les appeler et dire que tu es malade, je vais te garder chez moi… » je délire tout en tentant de le retenir, vaine tentative, face à ses biceps qui se gonflent pour desserrer mon étreinte.
    « Tu es pénible… » fait le bogoss en se libérant de mon accolade.
    « Tu es beau… » je lui lance.
    Le bogoss me regarde fixement, comme s’il voulait me dire quelque chose. Pendant un instant, j’ai l’impression qu’il hésite à me lancer « Toi aussi, tu es beau ».
    Mais il en est rien. Déjà il se retourne, attrape la poignée de la porte d’entrée.
    « Bye » il glisse au passage.
    « Tu viens lundi ? ».
    « On verra… » fait le bogoss juste avant de quitter la maison. Il me sourit. Son beau sourire lumineux est le dernier souvenir que je garde de lui cet après-midi-là.
    Je le regarde s’éloigner, jusqu’à qu’il disparaisse au détour d’un coin de rue. Je suis fou de bonheur. Je fixe la rue désormais vide de sa présence.
    J’ai envie de pleurer de bonheur tellement le changement de Jérém me rend heureux. Oui, mon bobrun est désormais si sensuel, plus humain, touchant. Pourtant, ce changement n’affecte absolument en rien son côté tellement mec, tellement « mâle » ; mon Jérém, est un vrai petit mec, et rien ne peut changer ça ; bien au contraire, le fait qu’il commence à assumer ses envies, qu’il se rende compte que j’existe et que j’ai des besoins aussi, projette à mes yeux sa côte de virilité à des sommets jamais atteints, la rendant presque palpable.
    Viril, mais doux et touchant ; voilà la formule masculine la plus explosive qui soit.
    Au terme de cette semaine magique, incroyable, bouleversante, après ce nouvel après-midi de bonheur parfait avec mon bobrun, j’ai plus que jamais le sentiment que le bonheur avec mon Jérém est à portée de main, qu’il est là à quelques centimètres, que je peux presque le toucher.
    J’ai comme l’impression d’être arrivé à une sorte de ligne de partage du temps : ce moment où, comme pour une ligne de partage des eaux, les évènements sont sur le point de basculer dans un sens ou dans un autre ; j’ai l’impression d’être comme sur un fil, et que à tout instant un seul élément, un seul acte, un seul détail peut faire que les évènements vont suivre une direction plutôt qu’une autre.
    L’impression que, comme lors de son envie manquée à cause d’un battant de porte mal fermé, un petit grain de sable pourrait stopper net la progression magique de notre relation.
    Hélas, par malchance, les grains de sable seront nombreux, et concentrés dans l’espace d’une seule et unique journée, celle du lundi à venir.
    Bien évidemment, à cet instant précis, seul dans mon lit, cherchant dans les draps l’odeur de celui que je considère être mon homme, l’homme de ma vie, j’ignore encore tout cela. En m’endormant, je me dis que j’ai encore oublié de lui donner le maillot que j’ai ramené de Londres. Je me dis que je vais le faire lundi, sans faute.


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