• Jeudi 02 août 2001

    Le lendemain de ce nouvel après-midi de sexe chaud bouillant, mais aussi d’intense sensualité et de complicité grandissante en compagnie de mon beau mâle brun, je me réveille très excité.
    Car aujourd’hui, c’est sûr, il va revenir. Je ne me pose même pas la question, il me l’a dit. Hier, en partant, il m’a demandé un truc bien précis pour cet après-midi. Et je lui ai dit oui. Alors, c’est sûr, il va revenir chez moi, tout comme il est revenu me voir chaque après-midi de la semaine.
    Son kif, je le partage à fond. J’y ai même déjà pensé, d’une certaine façon. Pas si précisément, pas avec tant de détails ; mais je sais que j’ai déjà imaginé cette situation.
    Alors, le fait de l’entendre annoncer, préciser par ses propres mots ; le fait de découvrir que lui, le mec avec qui j’ai envie de réaliser n’importe quel fantasme, ait dans sa tête celui-là précisément, si proche du mien ; voilà qui me donne d’incroyables frissons.
    Mon imagination travaille, essaie d’échafauder les circonstances, les gestes, les attitudes, les sensations, les détails, l’intensité des plaisirs de ce moment à venir ; elle fait des plans dans le vide, car rien ne se passera comme je l’ai envisagé, c’est une évidence ; qu’importe, je ne peux empêcher mon imagination de divaguer, entraînée par mon excitation débordante.
    Je crois que depuis que Jérém m’a annoncé son envie, je n’ai pas passé plus d’une minute sans y penser, et sans bander comme un âne ; je crois même que j’en ai rêvé cette nuit ; ou, plutôt, ce matin : un rêve moite, se traduisant par une jouissance survenue sur le seuil entre sommeil et veille.
    Pourtant, peu à peu mon excitation semble se mêler à un autre sentiment, de toute autre nature. A force d’y penser, j’en arrive même à me demander si c’est vraiment une bonne chose d’assouvir son kif.
    Dans ma tête, ça cogite dans tous les sens ; plus le moment approche, moins je suis sûr de pouvoir assurer ; tout en étant consumé par l’envie.
    Le problème est que je lui ai quand même promis ; si je me dégonfle, il ne va pas être content ; si je me dégonfle, il va me prendre pour un guignol ; si je me dégonfle, notre « pacte » scellé avec une grande tape complice dans la main ne tiendra plus ; et je pourrai faire une croix sur mon kif à moi.
    Même si je ne sais toujours pas ce que je pourrais bien lui demander en guise de kif « retour ». C’est quand même un comble : j’ai l’opportunité de proposer 1/ au mec qui me fait le plus d’effet au monde, 2/ quelque chose qui me ferait vraiment plaisir, et mon imagination semble partie en RTT.
    Certes, il y a bien de trucs « inédits » qui me feraient vraiment kiffer, mais ils sont toujours placés dans la « liste noire du bobrun » : j’ai essayé de l’embrasser pas plus tard que hier, il n’a pas voulu ; j’imagine que demain il n’aura pas toujours pas changé d’avis sur le sujet.
    Le fait est que, lorsque je pense « kif » avec Jérém, je me dis que j’aimerais surtout pouvoir lui faire de véritables câlins sans peur de me faire jeter ; lui offrir une tendresse qu’il saurait recevoir sans se braquer ; ou même, je peux toujours rêver, qu’il pourrait partager avec moi.
    Pourtant, je sais bien que si je veux pouvoir mener le jeu, je dois rester réaliste ; pour mon kif, il va falloir la jouer fine : il va falloir trouver quelque chose de très sensuel et très sexuel à la fois ; j’aimerais à la fois le faire jouir comme un fou et le câliner sans crainte.
    Ça doit bien pouvoir se faire, il doit bien exister un moyen : mais à chaque fois que j’essaie de me représenter une image, une position, une pratique, mon imagination patine très vite et finit immanquablement par glisser sur son fantasme à lui, celui-ci très bien défini, en revanche. Un kif bandant et déstabilisant. Car, il faut bien l’avouer, il m’oblige à me questionner sur ma relation avec mon bobrun, à me demander ce dont j’ai vraiment envie avec lui, compte tenu des limites qu’il impose à notre relation ; à me demander si ces limites sont vraiment figés dans le marbre ; et à comment je réagirais si un jour ils devaient bouger de façon significative. Je peux toujours rêver…
    Bref, plus la matinée avance, plus ça me prend la tête. Heureusement…
    Oui, heureusement, à 11 heures précises, j’ai cours conduite avec le sexy et fouineur Julien. Je sens que ça me faire du bien, que ça va me changer les idées.
    En marchant vers l’autoécole, je me surprends à compter sur l’indiscrétion déjà légendaire de ce mec qui ne semble pas connaître l’existence même du mot « tabou », pour me laisser questionner au sujet du « bobrun qui fait la gueule », même si la définition ne semble plus vraiment d’actualité à présent.
    Son aisance et son franc parler, associés à une bienveillance que j’ai ressenti à mon égard, font que je me sens étrangement à l’aise avec ce « presque inconnu » ; cours après cours, je commence quasiment à le percevoir comme un pote. Un peu curieux, un peu envahissant parfois, mais un pote quand-même. Drôle et charmant.
    Sauf que, à peine cinquante mètres plus loin, je me dis que je n’ai pas à laisser rentrer cet inconnu, si ouvert d’esprit soit-t-il, dans ma vie intime.
    Non, le mieux c’est de me concentrer sur ma leçon de conduite, d’essayer d’éluder ses immanquables questions.
    Le voilà le sexy Julien, dans sa voiture, sur le petit parking de l’autoécole, garé tout en travers, à cheval sur deux emplacements, dépassant de tout côté. Sa façon de se garer est à l’image de sa personnalité, débordante de toute part, ne passant pas inaperçue pour un sou, prenant beaucoup de place.
    Naaaan, franchement, ce coton noir bien tendu sur ses épaules, soulignant parfaitement le relief de ses pecs, marquant ses tétons, moi j’appelle ça, un scandale absolu ! Ça ne devrait pas être permis d'être aussi sexy ; et, en plus, de porter un débardeur de ce genre !
    Je n’ai même pas encore croisé son regard ; mais dès qu’il rentre dans mon champ de vision, je suis instantanément assiégé, assailli, dépassé par son charme dévastateur, et par toutes les envies que ce corps et cette jolie petite gueule savent inspirer.
    Vraiment, ce mec pue le sexe à plein nez, ça transpire par tous les pores de sa peau ; c’est insoutenable, tellement il est à hurler.
    Et même si je sais que rien n’est possible entre nous, parce que :
    1/ je suis fou amoureux de mon bobrun, d’autant plus amoureux que cette nouvelle complicité entre nous me donne des ailes et me fait rêver à bien de choses ;
    2/ je cite le beau moniteur : il « ne baise que les nanas » ;
    la simple vision de ce mec est une déchirure, une brûlure insoutenable ; l’envie qu’il provoque est violente.
    Pour arranger le tout, le bogoss m’accueille avec son sourire incendiaire.
    Je me dis parfois que je suis trop sensible au charme masculin, trop facilement ému par la vision d’un beau garçon ; mais là, on touche dans ma tête à des sommets de sexytude où seul s’aventure mon bobrun. De plus, le beau moniteur possède un côté souriant et joueur, un aspect de sa personnalité qui fait que tous les soucis s’évaporent dans ma tête dès le premier regard.
    J’ai tout juste le temps de lui serrer la main que Sandrine débarque à son tour. Elle ne pouvait pas rester chez elle pour une fois ? Heureusement, comme d’hab, c’est elle que le bogoss fait conduire en premier (cool, je vais encore me retrouver seul avec lui, situation propice pour un nouveau moment « confessions sur un bobrun qui fait (plus) la gueule ; c’est un hasard ou le bogoss a voulu lui aussi s’assurer d’un moment « entre mecs » ?).
    Me revoilà « condamné » au délicieux supplice de la banquette arrière, ce poste d’observation, de « matage », d’étude de bogoss.
    Plusieurs informations à ce sujet, aujourd’hui.
    La première : depuis la dernière fois, Julien a fait quelque chose à ses cheveux : il a dû passer chez le coiffeur. Autour de la nuque, c’est plus court ; mon regard est immédiatement aimanté par cette lisière où la peau nue du cou se couvre petit à petit de cheveux fins et doux, puis taillés en dégradé ; je suis comme hypnotisé par cet « endroit », je ressens une très forte envie de poser des bisous, ça me donne presque le tournis ; je dois me faire violence pour ne pas avancer mon buste et poser mes lèvres là où elles sont si violemment attirées.
    Sur le haut de la tête, les cheveux sont beaucoup plus longs, et une fixation au gel plaque et maintient la crinière très fournie et presque blonde vers l’arrière ; et là, ce sont mes doigts qui ont envie de se poser dessus, de se faufiler dedans, d’ébouriffer, de défaire, de remettre en place, de caresser doucement, longuement ; soudaine, impérieuse envie de voir ce brushing définitivement défait après une bonne partie de jambes en l’air.
    Deuxième info : le bogoss sent terriblement bon. Deux différentes sollicitations olfactives viennent chatouiller mes narines ; la première, se dégageant justement de son brushing. Le bogoss est bien assis sur le siège passager, la nuque plaquée contre l’appui-tête ; et moi, assis juste derrière lui, je ne me prive pas d’avancer mon buste pour apprivoiser cet effluve qui remonte de sa nuque... shampooing ? produit pour fixer les cheveux ?
    Je ne le saurai jamais. Car une deuxième sollicitation olfactive s’impose à mes narines, autrement plus puissante, me détournant de la première : maintenant j’en suis certain, le bogoss a changé de déo. Les vitres ouvertes à l’avant laissent l’air rentrer et se brasser vers l’arrière, m’apportant cette fragrance par grandes « rafales », comme autant de gifles olfactives ; et plus mes narines sont percutées, plus je me dis que cette fragrance subtile n’est pas un déo ; ça aurait plutôt l’air d’un parfum au bouquet plus riche, charmeur, un parfum que je ne connais pas mais dont le seul nom possible me saute aux yeux, comme une évidence : « Fraîcheur de bogoss ».
    Troisième info : son sourire est à la fois attachant et coquin, son rire enfantin et très sensuel.
    Sa voix un brin « éraillée » se balade en permanence entre vibrations bien masculines et d’autres plus caressantes, plus douces ; son accent du sud plutôt marqué, très chantant, avec cette façon de doublement rouler les « R » bien au fond de la gorge qu’ont certains gars du cru toulousain, le rendant définitivement craquant.
    Quatrième info : après notre discussion de la dernière fois, depuis que je sais qu’il sait que je le kiffe et que ça l’amuse, je n’ai plus trop de scrupules à me livrer au « jeu du retro » ; même, plus du tout. Ainsi, nos échanges de regards et de sourires sont nombreux, marrants, complices, excitants.
    J’adore savoir qu’il sait pour moi et Jérém et que ça crée une sorte de complicité entre nous.
    Cinquième info : depuis la dernière fois, Sandrine semble avoir radicalement changé d’attitude vis-à-vis du boblond ; exit la reine des glaces ; sans transition, place à une midinette sous le charme, limite impressionnée par l’aura du beau moniteur.
    Putain de mec… il a réussi son pari… je me souviens très bien de ses mots, quelques jours plus tôt : « Elle fait la difficile, mais tu vas voir, dans une semaine, elle va me manger dans la main… ».
    Une semaine est passée ; et c’est exactement l’impression qu’elle donne ce matin, lui « manger dans la main ». Elle qui croyait tenir les rênes de jeu de séduction, traitant Julien avec une sorte de condescendance polie, le prenant de haut avec un regard semblant annoncer : « il est gentil, quoi, mais il ne m’aura jamais » ; c’est la même Sandrine qui est désormais tout sourire en regardant le beau moniteur, la voix mielleuse (c’est écœurant) en s’adressant à lui.
    Je me demande bien ce qui a bien pu se passer pour qu’il y ait un tel changement d’attitude. J’ai dû rater un épisode.
    Quand soudainement je réalise… ah, putain, le petit con… il a dû finir par la mettre dans son lit… oui, à tous les coups c’est ça… à mon avis, pouffe Sandrine n’a pas dû lui bouffer que dans sa main.
    L’idée que le beau Julien ait pu tremper son bon biscuit dans le bol de cette nana me paraît très vite plutôt désagréable ; alors, j’essaie de l’effacer de mon esprit en me délectant de cette essence de bogoss qui se distille sous mes yeux sur le fil de cette insolente jeunesse, à la fois effrontée et touchante, qui se dégage de lui en permanence.
    Ce mec est une charmante canaille, un adorable fripon. Mais en même temps, il y a quelque chose de très classe chez lui, une élégance naturelle qui dépasse et transcende son côté queutard invétéré.
    Le cours de Sandrine se termine. Il était temps. Il me tardait vraiment de la benner en bas de chez elle pour rester en tête à tête avec Julien.
    Bye bye la brunasse. Sache que, dans l’absolu, je ne te veux pas de mal ; mais je vais quand même mener mon enquête ; et si jamais j’apprends que tu as posé tes sales pattes sur le bogoss, je te bute. Rien de personnel…
    « Ca va toi ? » m’interroge le bogoss dès que nous retrouvons seuls, tout en m’envoyant son plus beau sourire, lumineux, communicatif et contagieux.
    « Oui… » je lui réponds en lui souriant à mon tour.
    « Vas-y, engage-toi dans l’allée vers le centre-ville… on va éviter Esquirol… ».
    « Pas besoin aujourd’hui… ».
    « Ah, voilà autre chose… tu as donc revu ton brun qui fait la gueule… ».
    « Il fait plus la gueule… » je réponds sur un ton enjoué.
    « Ooohhh !!! Toi… » fait-il sur un ton surjoué, mais tellement drôle « toi t’as l’air d’un mec qui s’est drôlement bien fait baiser… ».
    Ça y est, grillé sur la ligne de départ. Sacré personnage, ce Julien.
    « Je t’en prie… » je tente d’esquiver, très amusé, mais aussi un peu gêné par le caractère très direct de ses mots.
    « C’est pas vrai ? » fait le beau moniteur, sûr de son fait.
    « Arrête, s’il te plaît... ».
    « Vas-y, raconte… ».
    « Tu es mon moniteur, on doit rester professionnels… » je tente.
    « M’en branle… crache le morceau, je te dis… ».
    « Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Il est revenu tous les jours depuis lundi… ».
    « Cool… et il t’a bien baisé… ».
    « Arrête, s’il te plaît… ».
    « C’est un bon coup au lit, au moins ? ».
    « Tu peux pas imaginer… ».
    « T’as bien kiffé, alors… ».
    « On peut dire ça, oui… ».
    « De toute façon, ça se voit… t’as pas du tout la même tête que la semaine dernière… le bonheur c’est simple comme un coup de queue… pas vrai ? ».
    « Je t’en prie… ».
    « Pas vrai ? » il insiste, son irrésistible sourire lubrique montant très vite à ses lèvres.
    « Et en plus il va revenir cet après-midi… » je balance.
    « Il te l’a dit ? ».
    « Oui… ».
    « J’espère qu’il va pas te poser un lapin… ».
    « Je suis sûr qu’il va venir… ».
    « Et pourquoi, ça ? ».
    « Pour rien… » je tente de me reprendre en réalisant soudainement que je viens de faire un petit pas de trop.
    « Maintenant, t’en as trop dit et pas assez dit, allez, balance ! » il insiste
    Je tourne sur le pont St Michel et m’engage sur les allées.
    « J’attends… » il insiste, en me fixant avec un regard à la fois interrogatif, impatient et marrant, les sourcils en chapeau, une étincelle bien coquine dans les yeux.
    « Tu m’emmerdes… » je tente de balayer son insistance d’un revers de main.
    « Et je vais pas arrêter tant que tu m’auras pas dit… ».
    J’adore ce petit jeu du chat et de la souris. Je me sens vraiment à l’aise avec ce mec, même plus à l’aise qu’avec ma cousine Elodie, notamment pour parler de ma relation avec Jérém, surtout quand ça touche au sexe : car ce mec est chaud comme la braise, ce mec est un « Jérém » en presque blond ; et j’ai le sentiment que ses ressentis pourraient me donner un nouvel éclairage sur ceux de son alter ego brun. Certes, Julien ne semble pas du tout intéressé par le plaisir entre mecs, mais son attitude ne montre aucune hostilité vis-à-vis de cela ; au contraire, je ressens en lui une forme de la curiosité « intellectuelle » à ce sujet ; bref, un « pote » avec qui il fait bon de parler de tout.
    Mais pas de choses si intimes ; il faut que je désamorce sa curiosité.
    C’est en m’arrêtant au feu au croisement entre Boulevard Carnot et de la Rue de Metz, le coin de l’œil attiré par la Halle aux Grains au loin à ma droite, que j’arrive à placer :
    « Il m’a demandé un truc bien chaud pour cet après-midi… mais c’est trop intime pour en raconter plus… n’insiste pas, s’il te plaît, vraiment… ».
    « En tout cas… » fait Julien en rigolant « il est chaud du bulbe, ton mec ! ».
    Ah, oui, que, oui, il est chaud du bulbe, oui. Je trouve l’expression très drôle. Mais il y a autre chose qui me touche dans ses mots ; et que je relève presque mécaniquement :
    « Si seulement c’était mon mec… ».
    « C’est pas mon mec en tout cas, je t’assure… ».
    « Je ne sais pas trop quoi en penser… ».
    « C’est pas pour « penser » que vous allez vous revoir, apparemment… » il se marre.
    « Depuis quelques jours on dirait que ça s’arrange entre nous… » je continue sur ma lancée « mais je sais que tout peut changer très vite... ».
    « Arrête un peu de pleurnicher, Nico… tu as la chance de baiser avec un mec que tu kiffes comme pas permis, qu’il te fait kiffer ta race en te baisant… et puis, s’il revient te sauter tous les jours, c’est qu’il aime ça… ».
    Voilà le genre de discussion que j’aime avoir avec Julien.
    « Ca, il aime baiser, c’est sûr… ».
    « Tais-toi, et écoute-moi… s’il revient tous les jours, c’est qu’il ne peut pas s’en passer… ».
    « De tirer son coup… ».
    « Mais la ferme… c’est toi qu’il vient baiser… et s’il ne peut pas s’en passer, c’est qu’il te kiffe… rappelle-moi, depuis combien de temps ça dure, déjà, votre petit ménage ? ».
    « Presque trois mois… ».
    « Et vous avez baisé très souvent ? ».
    « Presque tous les jours depuis… parfois, plusieurs fois par jour… ».
    « Ah, quand même… moi je te dis que s’il continue de venir, ça veut dire quelque chose… quand on baise juste pour baiser, on se lasse vite, et on va tout aussi vite voir ailleurs… c’est pas les occasions qui doivent lui manquer… non, tu n’es pas qu’un coup pour lui… ».
    « Si tu le dis… ».
    « Je l’affirme, même… ».
    « Oui, tu dois avoir raison… ».
    « Et pourquoi ça te pose problème de faire ce qu’il t’a demandé ? ».
    « C’est vrai… il me l’a demandé… » je lâche, tout en admettant et réalisant cela en même temps. Oui, il me l’a demandé en quelque sorte.
    « Ça te branche ? » il m’avait d’ailleurs lancé Jérém après avoir exposé son kif.
    Il m’avait demandé si j’étais d’accord. Et ça, c’est carrément une première.
    « Si c’est son kif, ça va le rendre dingue… alors, tout à l’heure, tu t’accroches, parce que tu vas prendre cher ! ».
    « Facile à dire… ».
    « Je n’ai pas envie d’être encore sa… ».
    « Sa quoi ? ».
    « Sa… sa… ».
    « Sa… salope ? ».
    « Oui… à chaque fois que je cède à ses envies, je redeviens sa salope, et je ne veux plus ça… ».
    « Arrête un peu Nico… il t’a balancé son fantasme, car il veut le vivre avec toi… c’est pas mal, non ? ».
     « C’est sûr… ».
    « Si tu lui dis non, il ira chercher à l’assouvir ailleurs… encore, si ça ne te branchait pas… mais tu en as aussi envie que lui… ».
    « C’est vrai… ».
    « Tu sais, tu peux être la pire des salopes au lit, le tout c’est de ne pas lui laisser toujours le contrôle de la situation ; surprends-le… tu dois trouver le moyen d’équilibrer les rapports de force… il t’a proposé un kif… à toi maintenant de lui en proposer un qui te fait bander… »
    « On a fait un deal… ».
    « Un deal ? ».
    « J’acceptais son kif et lui il acceptait un kif à moi… ».
    « Il a accepté ? ».
    « Oui… ».
    « Bien joué, mec… » fait le beau moniteur en levant la main pour taper dans la mienne, geste qui me donne des frissons en me rappelant le pacte scellé avec mon bobrun ; puis, il continue « et c’est quoi ton kif à toi ? ».
    « Je ne sais pas encore… ».
    « Il a accepté un deal sans connaître la contrepartie ? ».
    « Oui… ».
    « C’est vraiment qu’il te fait confiance… ».
    « C’est vrai… j’y avais pas vraiment pensé… mais en attendant, je ne sais toujours pas quoi lui proposer… ».
    « C’est malin… t’as envie de quoi, toi ? ».
    « J’ai envie de l’embrasser et de lui faire des câlins… ».
    « C’est tout ? ».
    « C’est énorme, c’est tout ce qu’il ne veut pas que je lui fasse… j’ai aussi envie de lui dire à quel point je l’aime… ».
    « Ah, oui, quand même… ».
    « C’est tout ce qu’il ne veut pas entendre… ».
    « Tu dois lui dire ce dont tu as envie ; si tu as des envies, tu existeras à ses yeux et il te respectera ; pour le reste, fais gaffe à choisir le bon moment, et la bonne manière… tu dois sentir quand certains mots s’imposent, alors que d’autres doivent attendre… ».
    « C’est pas simple tout ça… ».
    « Ne lâche jamais le morceau sous prétexte que c’est difficile… ne te dis pas que tu ne vas pas y arriver, sinon tu pars perdant… ne regarde pas le sommet de la montagne, sinon la tache va te paraître insurmontable ; fixe-toi des objectifs intermédiaires, mets toute ta force pour les atteindre et réjouis-toi quand tu y es arrivé… ».
    « Tu as bien raison… j’en ai atteints quelques-uns, de ces objectifs intermédiaires, cette semaine… et il n’y a pas de raison que ça ne continue pas… ».
    « Tiens, un exemple au hasard, moi avec Sandrine… plus elle faisait sa difficile, plus ça me donnait envie de la pécho… résultat des courses, j’ai ramé, mais je n’ai jamais lâché le morceau, et j’ai fini par l’avoir… ».
    « C’est vrai ? »
    « Oui… » fait-il avec un beau sourire coquin et fier « l’autre soir on a eu un petit rapprochement… ».
    « Ah, je me disais bien que toi aussi t’avais l’air bien en forme… et elle aussi, elle a bien changé d’attitude… ».
    « Carrément… je fais cet effet aux filles… surtout après qu’elles ont vu la bête… ».
    Petit con, va…
    « T’as couché avec elle ? ».
    « Pas encore, pas tout à fait… pour l’instant, on a juste fait les préliminaires… ».
    « Elle t’a fait une gâterie ? ».
    « Nico, t’es insupportable… c’est quoi les préliminaires ? Tu veux un dessin ? » fait-il en levant soudainement le ton de la voix sur un ton enjoué et très drôle, le tout « noyé » dans son rire à gorge déployée, éclatant, bondissant, juste magnifique.
    « Non, non, je ne veux pas les détails… ».
    « Disons qu’elle m’a sucé… » il continue une fois son rire dissipé, tout en gardant sur son visage ce son petit sourire de jeune loup aux longs crocs « disons qu’elle a tout pris mais qu’elle a tout recraché… ».
    Soudainement, l’image du boblond en train de prendre son pied avec cette Sandrine s’affiche dans mon esprit. D’une part, j’aime bien l’idée que celle qui jouait les forteresses imprenables ait fini par capituler devant tant de bogossitude ; mais en même temps, elle me devient soudainement tout à fait antipathique ; car, en attendant, elle l’a eu entre ses lèvres, elle a pu découvrir le bonheur de tenir son plaisir de mec dans sa bouche, elle a pu sentir la puissance de son sexe, son attitude pendant la recherche du plaisir ; elle a eu la chance de le sentir vibrer sous la puissance de l'orgasme, sentir la puissance de ses jets, connaître son goût, la chaleur de son jus. Et a tout recraché. Quel gâchis ! Quand je pense qu’en plus elle va bientôt avoir la chance de se faire secouer pas ses coups de reins, ça me rend dingue.
    Nous arrivons au parking de l’auto-école.
    « Tu t’en es plutôt bien tiré aujourd’hui… je pense qu’il ne te faudra pas beaucoup de cours de plus pour être prêt pour l’exam… ».
    « Merci, j’ai pas vu le temps passer… ».
    « A samedi alors… ».
    « A samedi… ».
    Je m’apprête à quitter la voiture, lorsque Julien m’attrape l’avant-bras, geste qui m’oblige par reflexe à me retourner vers lui ; le bogoss plante ses yeux coquins dans les miens et là il me balance une bonne réflexion tirée de celle que je pourrais appeler « L’encyclopédie du bogoss baiseur » :
    « Dis-toi que les mecs c'est comme les poêles, ça se tient par la queue… mais pas que… pas que… ».
    Je lance un dernier regard à ce mec qui croque la vie par les deux bouts, ce bogoss qui drague, charme, baise tout ce qui bouge ; je me dis qu’il a raison ; je me dis qu’il n’y a pas lieu de me soucier pour les conséquences de ce kif ; il faut juste le vivre ; je me sens soudainement libéré de toute angoisse.
    Certes, ce kif pourrait représenter une sorte de retour en arrière : un fantasme terriblement bandant, certes, mais qui impliquerait de me retrouver à nouveau dans une position de « premières révisions » vis-à-vis de mon bobrun, de revenir à ce moment où il n’y avait vraiment que le sexe « entre nous », où j’étais le mec qui obéit à toutes les envies de sa queue.
    Pourtant, j’ai le sentiment que cette fois la situation est quand même bien différente ; car, si ce kif ressemble dans son postulat à une relation de dominant à soumis, il a quand même été validé d’un commun accord entre Jérém et moi, sur un scénario que nous partageons et que nous avons décidé de réaliser tous les deux, explicitement, avec une certaine complicité.
    Certes, son kif nécessite d’un minimum de préparation pour en préserver toutes les promesses de plaisirs et de sensations toutes les unes plus excitantes que les autres.
    Pourtant, au-delà du côté pratique, j’ai voulu également voir dans son « annonce » une nouvelle marque ce cette nouvelle et grandissante complicité entre nous ; le fait qu’il me considère enfin comme un partenaire de jeux sexuels et non pas juste un objet sexuel dont il est le seul maître.
    Depuis qu’il vient chez moi, surtout depuis que je lui ai parlé, j’ai enfin l’impression que les choses évoluent dans le bon sens « entre nous » ; j’espère juste que ce kif ne va pas tout gâcher. J’espère juste que, submergé par la situation excessivement excitante, par la sexualité débordante de mon beau mâle brun, et par les nouveaux, intenses plaisirs qui s’annoncent, je saurai trouver le moyen de ne pas retomber dans la soumission totale.
    De toute façon, je me suis engagé ; et en plus, j’ai grave envie de ça. Et puis, si le « match » d’aujourd’hui se solde par un « résultat » trop déséquilibré, il me reste toujours le « match retour » de demain, avec à la clé l’arme secrète de mon kif pour rééquilibrer les scores.
    Oui, ce petit con de Julien m’a vraiment donné un bon cours de conduite ; enfin, deux : le plus intéressant n’étant pas forcement au sujet du code de la route.

    Lorsque j’arrive à la maison il est 12h30. Je déjeune avec maman. Il est tout juste 13h20 lorsqu’elle part travailler. Je me retrouve seul à la maison, seul avec mon excitation et mon impatience fébriles. Comment tenir jusqu’à l’arrivée de mon bobrun ? Si encore je connaissais l’heure de sa venue, je pourrais essayer d’apprivoiser les minutes ; sans repère précis, je navigue à vue.
    J’essaie de lire ; je n’y arrive pas ; j’essaie la télé, le tour des 5 chaînes est vite fait, d’autant plus en plein après-midi : plus je zappe, plus ça me donne envie de me pendre.
    Même la musique n’arrive pas à me distraire ; internet non plus, je fixe l’écran sans savoir où aller.
    14h00. Je me douche, me rhabille, m’allonge sur le lit. Je vais tenter une petite sieste. Je suis trop fébrile, je n’arrive pas à me détendre, la branlette me guette.
    Quelques minutes plus tard, je me relève, je me remets à l’ordi, foudroyé par une soudaine envie d’écrire quelques mots, par le désir de laisser une trace de tout ce bouleversement qu’a connu ma vie depuis que Jérém s’y est rué dedans.
    J’ouvre une page blanche et j’écris quelques mots :

    Jérémie a 19 ans. Il est brun, des beaux cheveux assez courts, toujours bien coiffés, un torse en V magnifique, des épaules carrées, sculptés par le rugby, un cou puissant.
    Aujourd'hui, en cette fin d'année de lycée, il porte un t-shirt blanc bien moulant, cou en V assez profond d'où dépasse une chaîne dorée. Son t-shirt est comme une deuxième peau qui semble taillée sur mesure tant il met en valeur les lignes magnifiques de son torse.

    Quelques mots bien naïfs, qui resteront tels quels pendant tant d’années, avant que je ne trouve la force de me remettre au clavier et développer ce que j’avais entamé à ce moment-là.
    J’aurais certainement pu aller plus loin dans l’écriture ce même après-midi, si mon élan n’avait pas été coupé en plein vol par le couinement de mon portable annonçant l’arrivée d’un sms tant attendu.
    Il est 14h35. Le message dit :
    « J arrive ».
    Message auquel je m’empresse de répondre :
    « Ok, à de suite ».
    J’estime qu’il va lui falloir à peu près 10 minutes pour être chez moi. Le compte à rebours vient de commencer. Je sauvegarde le fichier sous le nom « Le t-shirt de Jérém » me promettant d’y revenir très vite et j’éteins l’ordinateur.
    Je ferme les volets, je m’allonge sur le lit, le cœur qui tape très fort dans ma poitrine ; dans la pénombre, je fixe le plafond, les murs, les meubles, j’essaie de passer en revue cette chambre où tout désormais me parle de mon bobrun, ce bobrun qui va débarquer d’une minute à l’autre comme un ouragan sexuel.
    Allongé dans la pénombre, les dernières minutes me paraissent interminables ; je bande dur, ma respiration s’accélère, les battements de mon cœur grimpent jusque dans ma gorge, cognent dans ma tête. Sans cesse, je regarde l’heure lumineuse du radio-réveil, je guette le moindre bruit dans l’entrée.
    Soudainement, une idée s’illumine dans ma tête : une image, une position, un ensemble de sensations s’imposent dans mon esprit ; je sais désormais ce que je vais lui proposer demain : c’est un truc tout aussi sensuel que sexuel ; un truc où je pourrais autant le câliner que le faire jouir ; le plaisir sexuel aidant, si besoin, à lui faire accepter une tendresse que je compte bien lui offrir.
    C’est pendant cette excitante réflexion que j’entends la porte d’entrée s’ouvrir.
    Maintenant je ne peux plus reculer : mon bel étalon est là ; j’ai fait tout ce qu’il m’a demandé.
    Hier, en partant, il m’a dit : « J’ai un kif… ».
    Je lui ai dit : « Quel kif ? ».
    Il a dit : « Demain je vais revenir… ».
    Je lui ai dit : « Ça, c’est mon kif aussi… ».
    Il a dit : « Et tu vas m’attendre dans ta chambre… ».
    Et j’y suis.
    Il a dit : « Tu vas m’attendre dans le noir… ».
    Et j’y suis.
    Il a dit : « Tu vas m’attendre à poil, allongé sur le lit, sur le ventre, la tête vers la fenêtre… ».
    Et j’y suis.
    Il a ajouté : « Non, garde plutôt un débardeur… ».
    Et je l’ai gardé.
    Il a dit : « Je t’envoie un message quand je débauche… ».
    Je lui ai dit : « Je laisserai la porte d’entrée ouverte, t’auras qu’à la refermer derrière toi… ».
    Ça a semblé lui convenir.
    J’en ai profité pour lui annoncer que moi aussi j’avais un kif.
    Il a été étonné. Mais il a quand même tapé dans ma main lorsque je lui ai présenté la mienne. Et il est parti.
    Et là, il est revenu.
    J’entends la porte en bas qui se referme.
    J’entends ses pas rapides dans l’escalier.
    Il approche.
    Je l’entends avancer dans le couloir.
    J’entends la porte de la chambre s’ouvrir ; la luminosité du couloir s’infiltre très provisoirement dans la pièce ; puis la porte se referme, replongeant la chambre dans la pénombre.
    Il pénètre dans ma chambre, il vient en silence ; le voilà, l’étalon qui vient pour son kif, pour sa saillie dans le noir, à la rencontre d’un cul bien offert.
    Il a tout calculé ce petit con ; le noir, ainsi que ma position sur le lit, les deux combinés ne me permettant pas de le regarder. J’aime penser qu’il n’a pas imaginé ça sur un coup de tête ; j’aime penser que, au contraire, c’était prémédité, que ça devait le chatouiller depuis un moment.
    Non, je ne le vois pas mon bel étalon, mais je perçois très bien sa présence.
    En condamnant le sens de la vue, celui qui a tendance à vampiriser tous les autres, mes autres sens tentent de prendre le relais pour répondre à l’appel de mon désir d’appréhender la bogossitude de mon beau mâle.
    J’ai le sentiment que cette expérience de frustration et de privation pourrait même m’apporter des sensations nouvelles. L’essentiel est parfois invisible à nos yeux.
    Alors, est-ce que la ligue des « 4 fabuleux », l’Ouïe, l’Odorat, le Toucher et mon Ressenti Profond, réussira-t-elle là où la vue, sens tout puissant mais parfois distrait, car trop sollicité et trop excité, a échoué jusque-là ? A savoir, capter l’essence, la vibration ultime de sa bogossitude ; et, par-dessus tout, est-ce que je vais avoir une autre perception de lui, de ses gestes, de ses attitudes à mon égard ?
    Je tends l’oreille et j’arrive à percevoir le bruit léger de sa respiration ; je n’ai pas besoin d’autant d’effort pour capter son déo, cette fragrance entêtante de bogoss qui me rend dingue ; sa sexytude crépite partout autour de lui, dans la pièce, incandescente, radioactive ; je ressens son excitation ; je ressens sa présence, comme un fluide épais qui vient de saturer la chambre à l’instant même de son arrivée.
    Un instant plus tard, des bruits bien familiers se présentent à mon oreille, la caressent, provoquant en moi une excitation inouïe.
    Premier bruit, le cliquetis de la boucle de sa ceinture, qu’il défait lentement, calmement ; suivant, le zip de sa braguette, ouvert tout aussi lentement ; un bruit un peu plus sourd ensuite, ses pompes enlevées sans se baisser, sans défaire les lacets, en opposant juste un pied à l’autre, nonchalance de jeune mec ; nouveaux cliquetis, c’est la boucle de sa ceinture qui suit et accompagne le bruit de tissu glissant sur ses cuisses musclées, le short qui court le long de ses jambes pour finir abandonné sur le sol ; suivi d’un double bruit très léger, tout juste perceptible, ses socquettes qui quittent ses pieds ; un instant plus tard, un bruit très connu, l’un des deux les plus excitant qui soient : le glissement du coton extensible du boxer qui à son tour descend le long de ses cuisses et de ses jambes ; bruit suivi d’une légère vibration se propageant dans le matelas, dans mon corps ; le boxer atterrit sur le lit, effleurant ma cheville au passage.
    Le bogoss est là, dans ma chambre, dans le noir, nu ou presque, à peut-être un mètre de moi ; la queue en l’air, certainement raide comme un piquet, pointant le zénith, prêt à assouvir son fantasme.
    J’entends le bruit de ses pieds nus sur le sol ; plus il approche, plus son déo de jeune mec m’assomme.
    Le bruit de ses pas cesse net lorsque ses jambes arrivent en contact avec le bord du lit. Je sens qu’il me regarde en silence ; j’adore penser qu’il est peut-être en train de se caresser, tout en imaginant à quel point il va s’amuser, à quel point il va me faire couiner, à quel point il va prendre son pied. Il est peut-être en train de retarder l’instant pour commencer à s’occuper de moi pour faire monter encore son excitation. En tout cas, cette attente insupportable fait monter la mienne.
    Enveloppé par sa présence invisible, c'est la tempête dans ma tête ; toutes mes sensations sont décuplées ; je vibre, transpire, je m'embrase ; mon corps devient hypersensible, ma peau toute entière est électrique ; dans ma nuque, mon dos et mes fesses, les frissons circulent en boucle comme des voitures sur un circuit de Formule 1 ; les cheveux sur ma nuque se dressent, les poils sur mes jambes et sur mes bras dansent la salsa ; même l'air qui passe dans mes narines m'apporte des frissons de plaisir ; mon ventre est en feu, mon entre cuisse frissonne : chacune de mes fibres crie l’effet puissant que la simple présence chargée de testostérone de ce beau mâle est capable de lui provoquer.
    Il ne m’a même pas encore effleuré et je ressens de vagues intenses de plaisir parcourir mon corps.
    Dans la pénombre, dans le silence, les secondes s’éternisent et je me consume de désir ; mais je n’en ai pas fini de me laisser dévorer par le désir.
    Je sens toujours son regard lourd sur moi ; mon ouïe très aiguisée arrive à capter un tout petit bruit sourd et répété ; j’en suis sûr désormais, il est bien en train de se branler ; oui, j’essaie de l’imaginer, en train de me regarder, allongé sur le lit, les pattes bien écartées, les fesses bien offertes, tout en se branlant.
    Puis, ce bruit cesse à son tour. Je sens le poids de son corps écraser le matelas dans l’espace entre mes jambes, le faisant se dérober légèrement sous mes chevilles. Le plaisir approche.
    Nouveau bruit, lui aussi très familier et très attendu, le seul manquant à l’appel, le deuxième bruit le plus érotique dans le processus de « dessapage » de bogoss : le glissement léger du t-shirt sur sa peau, le chuchotement très érotique du coton quittant son torse de ouf ; et dégageant en même temps un intense bouquet supplémentaire d’arômes de jeune mâle, un bouquet où j’arrive à isoler son déo, bien sûr ; ainsi qu’une légère, agréable, délicieuse odeur de transpiration ; et aussi, comme une émanation de sexe, de phéromones mâles, on ne peut plus excitante. Dans la pénombre, je ressens très fort l’odeur de son envie de mec. J’ai l’impression de perdre la raison.
    Le premier contact entre son corps et le mien, se fait par ses mains ; elles se posent sur mes fesses, les empoignent fermement, les malaxent, les écartent ; dès le premier contact, c’est comme si une nouvelle, puissante décharge électrique parcourait mon corps de fond en comble.
    Un frisson qui n’arrive pourtant pas à effacer totalement une petite mais intense déception qui s’empare de moi lorsque je suis saisi par l’impression que le kif de mon beau mâle brun ne se résumerait vraiment qu’au fait de me baiser direct.
    Mais alors que je m’attends à sentir un bon crachat s’abattre entre mes fesses écartées, je perds le contact avec ses mains ; ses mains que je retrouve un instant plus tard sur le bas de mon dos ; elles se posent à plat sur mes reins, remontent un peu ; ses doigts jouent avec mon débardeur, glissent dessous ; le contact est léger, pourtant (ou justement) suffisant à provoquer des étincelles explosives, sous ma peau, des séismes dans ma tête.
    Ses mains remontent mon dos se faufilant entre ma peau et le tissu, elles remontent jusqu’à mes aisselles, tentent de se glisser sous mon torse, mouvement que je seconde en relevant légèrement ma tête et le haut de mon buste ; elles avancent encore, se faufilent sous mes pecs.
    C’est là que j’atteins le point de non-retour sensuel ; lorsque ses doigts atteignent mes tétons, les titillent avec insistance ; lorsqu’au même temps, son gland effleure mon entrejambe.
    C’est là que je me sens perdre pied ; c’est là que je sens l’asile me tendre définitivement les bras.

    La suite, « 54.6 Dans le noir, on voit parfois clair » à paraître dans très peu de temps.



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  • La nuit après ce deuxième après-midi de sexe chez moi, j’ai du mal à trouver le sommeil. Ça commence à devenir une habitude. Et pour cause : plus ça va, plus cette chambre est imprégnée de son odeur, de sa testostérone, de sa présence ; que ma couette, mes oreillers, mes draps sentent le bogoss, son sexe, son plaisir.
    Plus ça va, plus mon corps et mon esprit réclament sa présence, sa puissance de mec ; et, désormais aussi, ce début de douceur que j’ai enfin réussi à lui « voler ».
    « Voler », façon de dire : ça a été facile, au fond, il a suffi d’oser ; choisir le bon moment et oser. Surtout oser.
    Oui, c’est d’abord l’excitation qui m’empêche de m’endormir : mais après d’innombrables branlettes, ce sont ses mots, coupants comme des lames, qui remontent à ma conscience et qui cognent dans ma tête sans répit.
    « Si je te baise c’est parce que tu suces bien et t’as un bon cul… je prends mon pied, tu prends ton pied, il n’y a que ça de vrai… mais moi je ne suis pas pd, fiche-toi ça dans le crâne… ».
    Voilà la douche froide qui me ferait dire que, malgré mon effort de lui parler, de lui livrer mon ressenti, rien n’a vraiment avancé entre nous.
    Je lui ai offert mon cœur, il en a fait des confettis ; il m’a dit qu’il reviendra juste pour me baiser, qu’il reviendra tant que je serai à portée de queue, et qu’après ce sera fini ; et que, en ce qui le concerne, ce sera sans regrets. Ça aussi ça fait mal à entendre. Ça valait bien le coup de lui parler si c’est pour entendre ça en retour.
    Oui, à première vue, rien ne semble vraiment avoir bougé avec mon Jérém. Pourtant, même si sur le moment mes mots n’ont pas semblé avoir plus d’effet que ça, c’était nécessaire que je lui dise ce que je lui ai dit. Et que j’ose ce câlin à la fenêtre qui a tout déclenché.
    Car, titillé par mes gestes et mes mots, et peut-être malgré lui, ce jour-là mon bobrun m’a donné des éléments importants pour comprendre son ressenti vis-à-vis de notre relation. Sans vraiment se dévoiler, il a semé par-ci par-là des petits indices, comme les petits cailloux du Petit Poucet.
    Premièrement, son attitude lors de ce câlin à la fenêtre, avec cette tentative de refus qui n’en est pas vraiment une : car ses mots ne disent pas « je n’ai pas envie », mais juste « attention on va nous voir » ; le choix des mots est important, la nuance très riche de sens.
    Puis, le deuxième câlin, sur le lit ; câlin « contre » lequel il a juste « opposé » un « j’ai chaud » resté plutôt « tiède » face à ma détermination.
    Ensuite, il y a eu les mots, ses mots : d’abord cette première phrase « Tu attends quoi de moi, en fait ? », une « entrée en matière » aussi inattendue qu’explicite, me donnant l’occasion rêvée pour me lancer, pour lui parler, me facilitant grandement la tâche ; à croire que le bobrun avait autant envie que moi d’une petite mise au point.
    Puis, il y avait eu cette autre phrase en apparence anodine, et pourtant bien plus importante qu’il n’y paraît : « tu vas m’oublier quand tu seras à Bordeaux… tu vas rencontrer d’autres mecs, des mecs comme toi… ».
    Qu’est-ce que c’est ça, si ce n’est l’expression de sa peur de s’attacher, et d’être abandonné une fois encore ; sa frustration de ne pas être capable d’aimer, et à fortiori un mec, combiné à la peur que ce mec puisse aller voir ailleurs ; la raison de sa froideur à mon égard depuis pas mal de temps ?
    Des peurs qu’il avait déjà exprimées, à sa façon, à plusieurs reprises : lors de l’« affrontement » avec Martin ; lorsque je lui avais parlé de Stéphane ; lors du plan avec Romain ; et enfin lors de la nuit avec Thibault, en voyant que son pote m’offrait bien plus de considération qu’il ne l’avait imaginé.
    Des peurs qu’il avait exprimées tour à tour par sa jalousie, son malaise, sa virulence. Mais jamais encore avec des mots.
    « Tu vas m’oublier quand tu seras à Bordeaux ». Cette phrase ne dit peut-être pas tout, mais elle dit beaucoup.
    Et pour finir, il y a eu cette dernière « baise » dans l’entrée. Lorsque j’y repense, j’en ai des frissons qui jouent le grand huit sur ma colonne vertébrale. Bon sang… je crois que c’est l’un des moments les plus sensuels que j’ai vécu avec Jérém jusqu’à là ; si ce n’est carrément le plus sensuel. Dieu sait qu’il y en a eu des baises mémorables, épiques, d’anthologie : mais celle-là, celle-là est spéciale : il est venu en moi juste pour me faire plaisir ; et il m’a branlé ; il a tout fait pour me faire jouir. Je croyais qu’il n’y avait que son plaisir qui comptait : et là il m’a montré que non seulement il aime me voir prendre mon plaisir, mais qu’il aime également m’offrir ce plaisir.
    Une seule autre fois il s’était préoccupé de mon plaisir, c’était lors de la nuit magique après le retour de l’Esmé, après s’être battu contre un abruti qui me cherchait des noises. Mais pas à ce point.
    Est-ce vraiment un hasard du calendrier que cela se produise juste après que je lui ai demandé un peu de considération ?
    Toujours en demande d’être rassuré, il avait fallu que je le questionne un peu plus sur l’« avenir » de notre « relation » ; avec un choix de timing, juste après un dernier orgasme, qui n’était vraiment pas très judicieux : pas étonnant que le bobrun ait réagi en balançant ce rappel cinglant, cette affirmation qu’il n’accepte de me voir que pour la baise.
    Pourtant, j’ai le sentiment que ce ne sont que des mots : Jérém reste Jérém et fait du Jérém ; il réagit en Jérém, il tente de garder les apparences en bon Jérém. Je ne pouvais pas m’attendre à ce qu’il change du tout au tout juste parce qu’enfin j’ai osé lui dire ce que je ressens.
    Il faut regarder le bon côté des choses : j’ai trop longtemps tout accepté sans broncher ; et enfin, cet après-midi, j’ai commencé à exister : j’ai existé à mes yeux à moi, en exprimant enfin ce que j’avais sur le cœur ; et j’ai existé aux yeux de Jérém, qui a au moins entendu ce que j’avais à lui dire. Certes, il m’a tendu une bonne perche, si je peux dire ; il n’en reste pas moins que je l’ai saisie. Mieux vaut tard que jamais.
    Le matin suivant, en me réveillant, je me dis qu’après un bon sommeil, les idées paraissent souvent plus claires que la veille ; à moins que, une fois de plus, la mémoire ne me joue des tours et qu’elle ne place à ce moment précis des prises de conscience que je me ferai que bien plus tard, avec l’éclairage des évènements successifs de cette histoire.
    Ce dont en revanche je ne me doute pas, en me réveillant ce matin-là, c’est que dans une poignée de jours, « tout ça » ce sera bel et bien fini.

    Mercredi 01 août 2001.

    Le sexe avec mon bobrun est le genre de gourmandise dont je ne me lasse pas. C’est comme du Coca, sucré et pétillant, comme des Haribo qui piquent en bouche : ça fait grave envie ; et lorsqu’on cède à la tentation, non seulement elle ne se calme pas, mais elle se fait de plus en plus forte et impérieuse.
    Je me réveille en pensant à lui, à sa puissance de mec, je me réveille en me branlant ; soudaine envie d’une boisson chaude et bien corsée pour bien commencer la journée, une boisson qui n’est ni du café ni du thé.
    Deux fois qu’il vient chez moi et mon corps, mon esprit ne cessent de réclamer son retour. Sa présence ; son corps ; son sexe ; sa puissance de mec.
    « Time goes by so slowly for those who wait/Le temps passe si lentement pour celui qui attend » chantera Madonna quelques années plus tard, dans l’un de ses tubes les plus mémorables des années 2000.
    Oui, le temps semble ralentir à l’approche d’un rendez-vous très attendu ; et à fortiori, lorsqu’il s’agît de celui avec le garçon capable de faire battre fort votre cœur et d’embraser vos sens d’un simple regard ; et lorsque ce rendez-vous est incertain, lorsque ni l’heure ni la certitude même de ce rendez-vous ne sont acquises, le temps semble carrément se figer.
    Occuper mes heures, fuir la branlette, alors que dès que je pense à lui, l’érection me guette : voilà le plus dur à supporter dans l’attente.
    15h35. Je suis au rez-de-chaussée, affalé dans le canapé du séjour ; je suis en train de lire, dé dévorer un bouquin plutôt prenant, « Les Thanatonautes » ; l’histoire est aussi farfelue que captivante, le sujet aussi surréaliste que le récit vraisemblablement construit ; voilà de quoi m’occuper l’esprit et me changer les idées. J’adore cet auteur toulousain depuis la trilogie des fourmis. Et je suis toujours autant conquis par son écriture. Même encore aujourd’hui, lorsque j’écris.
    C’est le bruit de la sonnette, tel un réflexe pavlovien, qui m’arrache à ces histoires d’entonnoir, de murs de toutes les couleurs, de fil qui se tend dangereusement et de point de non-retour.
    Le bouquin tombe lourdement sur la table basse sans même que j’aie pris le temps de marquer la page. Je dois me faire violence pour ne pas me précipiter sur la poignée de la porte d’entrée ; difficile, lorsqu’un simple coup de sonnette suffit pour que mon cœur se mette à battre la chamade, pour que mes mains deviennent moites, pour que ma respiration s’accélère, pour que la tête commence à tourner comme un tambour de machine à laver en mode essorage, pour que tout on corps crie à l’accouplement avec ce putain de bogoss suintant la testostérone.
    Oui, je me fais violence pour me contrôler : je ne dois pas lui montrer qu’il me met dans un tel état ; déjà qu’il en est bien assez conscient, autant ne pas me ridiculiser ; et du moins pas tout de suite, pas avant de voir dans quelle attitude il est aujourd’hui.
    Le problème est que, avant de découvrir son attitude, je vais découvrir sa tenue… et ça, ça ne joue pas vraiment en ma faveur.
    J’ouvre la porte et mon bobrun se tient là, pile devant moi, sur la dernière marche du petit escalier qui sépare le niveau de la rue et le rez-de-chaussée chez moi. Je me trouve nez à nez avec lui ; et la vision est tellement puissante et proche, que j’en suis surpris. Une claque en pleine gueule. Je crois que j’ai même un réflexe de recul.
    On a beau tenter de s’y préparer, la vision d’un bogoss est toujours une nouvelle expérience proche du traumatisme et on ne sait jamais si on sera capable d’en sortir indemne.
    Oui, sa tenue, la première chose qui me percute, m’assomme, me terrasse : après les « attaques » précédentes, après la tenue rouge de lundi, la tenue blanche de mardi, voici la tenue… noire !
    Après le blanc aveuglant, voilà le noir éclatant d’un t-shirt « stretch » ; un t-shirt au tissu si fin, si élastique et si moulant qu’on devine non seulement ses pecs, ses tétons, mais le moindre muscle de son torse ; et je ne parlerai même pas des biceps enveloppés par des manchettes tendues à la perfection ; je ne parlerai pas non plus des tatouages qui jouent à cache-cache avec mon regard, qui s’amusent avec ma santé mentale, qui jonglent avec mes derniers neurones ; se montrant ici, disparaissant sous le coton, réapparaissant plus loin. Ce garçon est un bonheur visuel sans commune mesure. Et il est là pour baiser avec moi. C’est à en perdre la raison.
    « Tu me laisses rentrer ? » je l’entends me balancer alors que j’ai dû me figer en tentant l’impossible, alors que le logiciel « Nico » a méchamment crashé en s’essayant à une tâche qui dépasse toutes ses ressources système, une tâche qui se lance pourtant toute seule « au démarrage », lorsque le bogoss rentre dans son champ visuel.
    Non, on ne captera jamais entièrement toute la bogossitude d’un aussi absolu bogoss, mais c’est peut-être là une « fatalité » à laquelle il faut se résoudre ; et ce, pour pouvoir justement continuer à être bouleversé par chaque nouvelle vision.
    Je le sais, je n’y arriverai jamais, pourtant je ne peux pas m’en empêcher : tenter de capturer toute sa bogossitude d’un seul regard. J’ai beau prolonger le temps d’exposition ; le cliché parfait n’est pas à portée de mes yeux, de mon cerveau ; peut-être de mon cœur : mais le cœur n’est jamais rassasié, lorsqu’il aime.
    Le bogoss me regarde, il sourit. Son regard est juste une promesse de baise purement sauvage et torride. Il sait à quel point j’ai envie de lui, et je sens que non seulement ça lui plaît bien, mais que ça lui fait de plus en plus d’effet. C’est grisant.
    « Oui, rentre… » je finis par lui répondre en me décalant pour le laisser passer.
    Le bogoss pénètre une fois de plus chez moi. La gifle olfactive de son déo de mec vient faire vibrer mes narines et embrumer un peu plus mon cerveau.
    « Tu veux boire quelque chose ? » je lui demande, alors que je n’ai qu’une envie, ou plutôt deux, celle de le voir à poil et celle de l’avoir dans ma bouche.
     « Non… c’est toi qui va boire un truc… » fait-il en se retournant vers moi et en me lançant un regard chaud comme la lave qui sort du volcan. C’est un petit sourire coquin, amusé, c’est quelque chose qui ressemble à de la complicité. Sensuelle, certes, mais de la complicité. La domination est toujours là. Et j’adore. Mais c’est sans brutalité. Et ça, j’adore deux fois plus. Jérém a l’air à la fois excité et détendu : excité de la queue et détendu dans sa tête. Et ça, c’est le Paradis.
    « Ah, tu crois ? » je m’amuse à mon tour.
    « J’en suis même certain… » fait il en appuyant le dos contre le mur, tout en ouvrant lentement sa braguette et en dévoilant un joli boxer rouge feu avec élastique blanc ; très bien rempli, qui plus est.
    Petit con, va… mais petit con sexy et bandant. A gifler, mais bandant à souhait.
    L’effronterie, le culot le plus insolent, et même l’assurance la plus désinvolte se font séduction pure lorsque les arguments sur lesquels ils reposent sont aussi puissants.
    Je chauffe, je brûle, je flambe, je ne tiens plus en place ; je suis comme un petit taureau déjà bien chaud devant lequel on agite une muleta. Un boxer rouge feu avec élastique blanc… si ce n’est pas de la pure provoc’ !
    Je ne vois que son boxer, je vois rouge, rouge feu : je me précipite sur lui, non, je me jette sur lui ; j’ai envie de le voir torse nu, j’ai envie de lui arracher le t-shirt, même si une petite voix en moi me retient en criant que ce serait sacrilège de déchirer un pareil emballage ; fou de désir, j’attrape ce bout de coton scandaleusement sexy, je l’attrape par le bas, je le retourne sur son torse ; le bogoss lève les bras, le mouvement est parfaitement coordonné et tout aussi pressé et précipité que le mien ; je le fais glisser, je libère son torse magique, je libère l’odeur de sa peau, je libère cette peau que j’ai envie de lécher jusqu’à en perdre la raison.
    Non, décidemment, je me trompais : je croyais qu’il n’y avait rien d’aussi beau et excitant que de mater ce beau garçon, objet de tous mes désirs, ôter son t-shirt pour se mettre à l’aise pour prendre son pied ; il y a mieux : comme le fait de l’ôter moi-même, ce t-shirt, et de me laisser emporter, renverser par la vision rapprochée de cette plastique démente, par l’intense rafale d’arômes dégagés par la peau fraîchement dénudée.
    Emporté par la tempête des sens, je me penche, je lèche ses pecs : c’est un désir brûlant, une envie irrépressible, un besoin presque vital. Je lèche, je suce, je mordille doucement ses tétons, l’un après l’autre ; mes mains se précipitent vers sa braguette, rencontrent les siennes ; mes mains sont déterminées, elles dégagent les siennes d’un geste presque brusque.
    Ses mains n’opposent pas de résistance, la voie est libre. Mes doigts ouvrent le short à fond, le font glisser sur ses cuisses ; ils reviennent sur le boxer rouge feu, s’y glissent dedans avec impatience, presque tremblantes, elles plongent dans l’enveloppe de coton et saisissent le manche raide et chaud qui n’attend que ça, être saisi ; sensation magique, ma main remplie de cette queue dont je reconnais chaque relief, chaque veine, ce sexe qui est mélange magique de douceur et de puissance.
    Je saisis, j’empoigne, je branle. Je me redresse un peu, je l’embrasse dans le creux de l’épaule, je remonte le long de son cou, suivant le développement de son nouveau tatouage, sexy à mort ; j’arrive à son oreille, je la titille du bout de la langue, je la mordille ; nos torses se rencontrent, se frôlent, se caressent, s’excitent.
    Mon t-shirt est une entrave qui n’a pas de raison d’être ; d’autant plus que c’est le bogoss à « affirmer » cela : il le fait sans un mot, mais en attrapant mon t-shirt par le bas avec un geste rapide et très assuré ; c’est sans mots, mais avec ce geste d’une extrême clarté, qu’il m’invite à m’en débarrasser ; et la raison c’est qu’il veut sentir ma peau contre la sienne… j’ai envie de pleurer tellement je me sens bien, tellement sa fougue met du baume à mon cœur ; alors je m’en débarrasse, et très vite, même si cela signifie couper le contact avec son torse, son cou, sa queue, pendant quelques fractions de seconde.
    Mon t-shirt a volé, je ne sais pas où… je reviens contre lui, torse contre torse, ma bouche se perd dans ce Paradis fait de courbes parfaites entre son épaule et son oreille, elle s’égare quelque part le long de ce tatouage de fou ; mes mains, en revanche, ne sont pas perdues pour un sou, elles savent très bien revenir dans son boxer pour trouver leur bonheur parfait.
    Je crève d’envie de me mettre à genoux et de le prendre en bouche ; pourtant, ce corps à corps est d’une sensualité et d’un érotisme qui dépasse l’entendement ; mes lèvres son insatiables, infatigables, mes mains impatientes ; entre les caresses de mes mains et celles de mes lèvres, le bogoss semble vraiment prendre son plaisir.
    De plus en plus excité, le bobrun lève le visage vers le ciel, m’offrant encore plus de latitude pour faire des bisous bien chauds dans son cou, m’offrant la possibilité de titiller et de léchouiller ce petit grain de beauté qui me rend dingue depuis toujours.
    J’embrasse, je lèche, je branle, je le sens monter en pression ; j’ai l’impression, étourdissante, qu’il est tout aussi excité que je le suis ; ma bouche, ravie, ne sait plus où donner des lèvres et de la langue ; une fois de plus, je remonte le cou, m’attarde sur sa mâchoire de mec bien dessinée, j’apprécie le contact avec cette barbe brune de quelques jours ; je remonte vers la joue ; et là, dans un coup de folie, ms lèvres finissent par s’approcher dangereusement de ses lèvres, jusqu’à en effleurer la commissure. Jusqu’à flirter avec l’interdit.
    La sanction ne se fait pas attendre.
    « Vas-y, suce maintenant ! » me balance le bogoss tout en posant lourdement ses mains sur mes deux épaules pour me montrer la seule marche à suivre.
    Je résiste à la pression de ses mains, de ses bras ; je mets un bon coup de collier et j’arrive à poser mes lèvres sur les siennes : une fois, deux fois, trois fois. Qu’est-ce qu’elles sont bonnes, ses lèvres, même lors de ces contacts furtifs.
    Nos visages sont à tout juste dix centimètres, nos bouches à moins que ça ; ses mains sont toujours fermement agrippées à mes épaules, mon corps maintenu à distance du sien par sa puissance musculaire ; son regard brun se plonge fixement dans le mien ; son regard brun ne fulmine pas comme ça a été le cas à d’autres occasions lorsque je me suis rendu coupable du même délit, « tentative de vol de baisers » ; je me trompe peut-être mais son regard brun semble troublé, interpellé ; pendant un court instant, j’ai l’impression, ou du moins le rêve, qu’il va avancer son torse et venir me rendre mes baisers ; j’ai vraiment l’impression qu’il hésite… je me fais des idées… je ne peux pas laisser passer ça… alors je donne un dernier puissant coup de collier, dans l’espoir qu’il me laisse faire, qu’il se laisse faire, qu’il me laisse aller un peu plus loin.
    Mais il n’en est rien.
    « Vas-y, suce ! » ce sera son dernier mot. Pas de joker possible. Pendant que les bras du bogoss redoublent de puissance et se transforment en vérins hydrauliques m’obligeant à me mettre à genoux
    Je suis un peu déçu de ne pas pouvoir aller plus loin dans mes baisers, car ses lèvres me font envie, terriblement envie ; si joliment dessinées, si viriles, si interdites ; oui, je suis déçu et frustré, mais le bonheur sensuel m’emporte. Je le prends en bouche et je me sens bien.
    Je viens tout juste de commencer à lui faire plaisir, que le bogoss me surprend une fois de plus : il m’attrape par l’avant-bras, m’obligeant à me relever, m’invitant à le suivre ; à l’aise comme chez lui, il rentre dans le séjour et s’assied, s’affale sur le canapé ou j’étais en train de lire peu avant.
    En un instant, en un instinct, il s’installe dans une position qui me rend dingue : le dos incliné sur le dossier, le bassin bien vers l’avant, les genoux écartés, la queue tendue.
    Je m’approche de lui, je m’apprête à le prendre en bouche ; j’ai besoin de place et je bouge la table basse avec un mouvement tellement précipité que le bouquin tombe par terre.
    Je suis à genoux entre ses cuisses. Je le branle pendant que ma bouche s’octroie un dernier tour sur ses pecs, autour de ses tétons ; puis, elle redescend le long de son torse pour se conformer à ses envies de jeune mâle si clairement exprimées… ah, putain, s’il savait exprimer aussi clairement ses ressentis profonds que ses envies sexuelles… ; ma langue arrive à ses abdos, se délecte de son nombril ; et lorsque j’arrive à la ligne de petits poils qui se déroule juste en dessous, je ne peux résister à la tentation d’y plonger mon nez, en quête des odeurs masculines de sa peau, dans cette région si proche de son sexe ; bonheur olfactif, tactile, sensuel : petites odeurs de jeune mâle, peau tiède, petits poils tout doux, délicieux avant-goût de sa puissance de mec.
    Le sucer est juste le bonheur suprême. Lui faire plaisir, le plus exquis des plaisirs. Mais sentir, en plus, ses doigts sur mes tétons, c’est juste inouï. Ils caressent, pincent légèrement ; petit à petit, ils varient les mouvements, la pression ; d’infinies nuances d’excitation, d’innombrables frissons parcourent mon corps ; jusqu’à ce qu’un feu d’artifice dément n’explose dans ma tête ; lorsque, à force de tâter et de tâtonner, le bogoss finit par trouver LE toucher et la cadence qui m’offrent LE frisson absolu.
    Position des doigts, pression, toucher, coordination, cadence, tout est parfait. Il faut absolument que je marque le coup, il faut qu’il sache, il faut qu’il mémorise que cette façon précise de titiller mes tétons est la façon qui me rend dingue.
    « Ah, putain, Jérém, ce que tu me fais là, avec tes doigts, c’est trop trop trop bon… ».
    « J’ai vu ça, oui… vas-y, suce bien… ».
    Et je le suce ; et il continue à branler mes tétons de cette façon délirante ; je suis en extase.
    « T’as envie que je te baise, hein ? » il me lance peu après, pendant que ma langue s’attarde et s’applique autour de son gland.
    « J’ai envie de toi, très envie… ».
    « On verra… vas-y, fais-moi jouir comme ça déjà… ».
    Ses mots, son attitude, son assurance me mettent en orbite. Rien de tel pour décupler encore, si besoin, une envie qui est déjà insoutenable.
    Alors je m’applique, ma main saisit son manche, accompagne et amplifie les va-et-vient de ma bouche ; quelques instants à peine, et je sens son corps se raidir, sa queue se contracter, son jus monter en pression ; le bogoss laisse échapper un cri rauque et sauvage de plaisir, et je sens exploser dans ma bouche de bonnes giclées brûlantes.
    Fou d’excitation et de bonheur, je m’attarde quelques instants sur son gland, avide de récolter jusqu’à la dernière trace de son goût de mec.
    « Elle te plaît, hein ? » fait-il en saisissant sa queue et en la retirant de ma bouche.
    Elle est là, à tout juste 20 cm de mon visage ; elle a à peine perdu de sa raideur et demeure bien imposante ; le bogoss se lève, avance le bassin, sa main imprime un mouvement de balancier à son bel engin qui vient percuter mes lèvres et ma joue ; un geste qui n’est pas vraiment « violent » ; tout comme le ton de ses mots et son attitude, plutôt amusés que dominants.
    « Bien sûr qu’elle me plaît… ».
    Et, ce disant, je la reprends une fois de plus en bouche et je recommence à l’astiquer.
    « Arrête, ça chatouille… » fait il sur un ton presque enfantin, tout en reculant le bassin d’un mouvement rapide et se dégageant définitivement de ma bouche.
    Dans la foulée, il passe son short et son boxer.
    « Que de la gueule, le mec » je me marre tout en admirant la beauté simple et aveuglante de ce bogoss si merveilleusement dessiné, sublimé dans cette tenue « short et torse nu » ; il ne manquerait plus que la casquette à l’envers pour me faire fondre.
    « On va voir ça… » il me balance sur un ton de défi, avec un beau sourire coquin au coin des lèvres « t’as pas fini de la sentir passer cet aprèm… ».
    « T’es en forme, toi… ».
    « Je te l’avais dit que t’allais boire un truc… ».
    « T’es qu’un petit con » je lui balance en rigolant.
    « Mais moi j’ai rien bu et là je prendrais bien une bière… » il enchaîne en sortant son paquet de cigarettes.
    « Je vais t’en chercher une… ».
    Je le regarde sortir une clope tout en se dirigeant vers le couloir.
    « Je vais fumer en haut » je l’entends me lancer.
    J’ai tout juste le temps de lui balancer un « Ok » à ce qui était moins une demande qu’une affirmation, que déjà j’entends ses pas dans l’escalier. Le bogoss est à l’aise, comme s’il était chez lui ; il se dirige vers ma chambre, vers « sa » fenêtre. J’adore son aisance, j’adore le voir prendre ses marques, des petites « habitudes » chez moi.
    Le savoir dans ma chambre alors que je suis en bas en train de lui ouvrir une bière me file des frissons intenses, me remplit le ventre de papillons.
    Soudainement, une image se présente dans ma tête, puissante, aveuglante, étourdissante : Jérém et moi, notre appart, quelque part dans Toulouse, notre vie ensemble. J’en ai le vertige tellement cette image ressemble au bonheur avec un grand B. De la science-fiction…
    J’ai soudainement le visage en feu, la respiration presque coupée… je pose les deux bières chacune sur une joue pour m’arracher à ma rêverie. Je monte les escaliers à mon tour, je vais rejoindre mon bel étalon.
    Je rentre dans la chambre, il est en train de fumer sa cigarette à la fenêtre, caché derrière le rideau. Ah, putain, qu’est-ce qu’il est beau !
    Je pose les bières sur mon bureau et je m’approche de lui, comme la veille ; je passe ses bras autour de ses hanches, je caresse ses abdos, je remonte vers pecs : bonheur du toucher. Je pose mon nez et mes lèvres sur sa peau, je pose des bisous tout au long de son nouveau tatouage : bonheur de l’odorat et du goût.
    « Il te plaît, alors, mon nouveau tatouage… ».
    « Ah, oui, il est sexy à mort… ».
    « Content que tu trouves sexy… mon tatouage… » fait-il avec une note de déception dans la voix, qu’elle soit jouée ou réelle.
    « Si je le trouve si sexy, c’est parce que toi t’es sexy à mort… » je précise, dans le doute.
    « J’étais sûr que tu kifferais… » il fait déjà diversion.
    « Bien sûr que je le kiffe… et toi je te kiffe grave ! ».
    Et déjà mes mains n’en font qu’à leur envie, l’une caresse ses tétons, l’autre tâte sa queue par-dessus le short.
    « T’en as jamais assez, toi… » il me balance.
    « J’adore ces épaules de mec » je détaille, tout en tâtant et en embrassant au même temps que je les nomme « ce cou, ce torse, tu es juste beau comme un Dieu… ».
    Sous mes caresses, mes baisers, je sens l’excitation monter à nouveau dans son corps de jeune mâle.
    « Rien qu’au contact de ta peau, je ressens des décharges électriques dans tout le corps… » je continue, ivre de cette accolade qu’il semble apprécier « alors oui, j’ai envie de te faire jouir comme un malade… mas j’ai aussi envie de te câliner, de te serrer contre moi, d’être juste avec toi… ».
    Mes doigts habiles ont fini par trouver le moyen d’ouvrir sa braguette, de se glisser dans le boxer rouge feu.
    Je m’emploie à faire monter son excitation en administrant à sa queue des caresses légères, en titillant ses tétons, en effleurent des pecs ; je l’enveloppe de mon corps, je sens sa respiration s’accélérer, sa queue se raidir.
    Je provoque la bête, je la chauffe à bloc, impatient de découvrir sa réaction, réaction que je souhaite pleine de fougue et très virile.
    Elle ne se fait pas attendre. Soudainement, il se retourne ; il est là, devant moi, torse nu, quelque chose d’animal et de conquérant dans le regard, la queue pointant le zénith, sa main déjà en train de la branler avec des va-et-vient lents et amples.
    « T’as envie de quelque chose ? » je trouve sympa de le provoquer un peu plus.
    « Je vais te défoncer… » fait-il, sans détour, le regard très brun et comme incandescent, réponse que je trouve tout aussi sympa.
    « Je ne demande pas mieux… » je trouve le moyen de lui répondre, complètement ensorcelé par son envie exacerbée.
    Je sais qu’il va me prendre, prendre son plaisir, prendre ce qui lui appartient, et qu’il va le faire sur le champ. J’ai tout juste le temps de défaire ma ceinture et ma braguette que déjà le mâle brun m’attrape impitoyablement ; ses mains me saisissent, me plaquent ventre contre le mur ; son torse, ses épaules, sa puissance me dominent, m’immobilisent ; ses mains attrapent, descendent ; non, elles « arrachent » mon short et mon boxer ; elles écartent mes jambes. Puis, elles attrapent mes avant-bras, avec un mouvement puissant les entraînent vers le haut, au-dessus de ma tête ; ses bras épousent les miens, les plaquent, les « contraignent ».
    Je sens son bassin avancer, sa queue raide glisser lentement entre mes cuisses, frôler mon entrée de bonheur, mais sans s’y attarder, son gland se presse contre mes couilles ; il se retire, il revient, toujours lentement.
    Il me fait frémir, il me fait languir. Je sens qu’il est chaud bouillant ; et moi je chauffe, je chauffe, je chauffe. J’ai l’impression que ma peau est hypersensible, mes tétons, mon entrecuisse, ma queue sont dans un état d’excitation indescriptible.
    « Tu la sens bien là ? ».
    « Oh, oui… ».
    « C’est ça que tu veux ? ».
    « J’en ai besoin… ».
    « Elle est bien raide… ».
    « Ouiiii, elle est trop bonne… ».
    « T’as envie de te faire défoncer, toi... ».
    Et alors qu’une de ses mains maintient toujours mes poignets, l’autre redescend pour accomplir quelques préparatifs hâtifs, pour aiguiller l’assaut de sa queue.
    Et alors que sa main retourne conforter la domination de l’autre sur mes avant-bras, son bassin exerce une pression lente mais impitoyable ; il vise juste, il avance avec assurance, il tape à une porte qui ne demande qu’à s’ouvrir ; il lui suffit d’insister à peine, le mot magique est tout trouvé, c’est sa simple présence ; il lui suffit de s’y presser, pour que le Sésame cède presque instantanément à ses envies.
    Ainsi le bogoss vient en moi, il me prend, il prend ce qui lui appartient. Ses couilles se pressent désormais contre mes fesses. Et il reste là, immobile, bien au fond de moi, m’envahissant, me remplissant de sa puissante érection.
    Je sens son souffle sur mon cou, son désir sur moi, son désir en moi ; son désir de moi ?
    Je suis à lui ; j’adore me sentir à sa merci, complètement à lui ; j’adore sentir sa fougue d’étalon affamé, j’adore cette nouvelle fougue qui semble l’animer depuis que je lui ai parlé.
    Le bogoss me pénètre, me possède ; puis il commence à me défoncer. Je frissonne, mon souffle excité témoigne de mon émoustillement.
    « C’est de ça, que t’as envie, hein ? ».
    « Tu peux pas savoir à quel point j’ai envie de ça… avec toi… ».
    Et alors que le bogoss semblait bien lancé pour prendre son pied, il sort de moi et, une fois de plus, m’entraine par l’avant-bras : à moitié en état de transe sensuelle, sans vraiment comprendre ce qui m’arrive, un instant plus tard je me retrouve allongé sur le lit, sur le dos.
    Ses mains puissantes attrapent mes mollets ; ses bras vigoureux, ses biceps tendus soulèvent mon bassin, posent mes chevilles sur mes épaules ; son bassin avance, son gland glisse entre mes cuisses ;
    Il me pénètre, il me possède, il me défonce. Bonheur intense, bonheur double. Il est en moi et j’ai sous les yeux ce torse spectaculaire, ce mâle magnifique en train de prendre son pied : c’est la première fois depuis un moment qu’il me prend par devant, en tout cas la première depuis l’apparition de ce nouveau tatouage qui m’ensorcèle ; alors que deux jours plus tôt il n’avait rien voulu entendre lorsque je lui avais suggéré cette position.
    Je me perds dans la contemplation de ce beau corps, de cette chaînette qui ondule sur son torse au gré de ses coups de reins ; j’ose à peine chercher son regard, et lorsque j’y arrive enfin, je me rends compte que le bogoss me fixe, le regard pourtant absent. Il ne cherche pas mon regard, il semble fixer mon torse, tout perdu qu’il est dans la quête de son plaisir de mec.
    Je réalise à cet instant à quel point ça m’a manqué de pouvoir le regarder en train de prendre son pied en moi, alors j’en profite. Sa queue dure comme du béton coulisse en moi sans répit, elle me chauffe, martèle, pilonne, cogne. Je ressens en moi toute la puissance de ses coups de reins, toute sa puissance de mec.
    Il n’a pas menti. Le mâle Jérém tient toujours ses promesses. Je suis heureux et comblé. Je ne peux m’empêcher de laisse échapper un gémissement de bonheur.
    « Tu la sens bien là ? » fait alors le bogoss.
    « Putain que oui, elle me chauffe bien… ».
    « T’aime bien que je te démonte… » fait-il, tout en augmentant la cadence et l’ampleur de ses coups de reins.
    « Vas-y, fais toi plaisir… c’est trop bon… » je lui concède, fou de plaisir.
    « T’aime que je te défonce le cul… dis le… » fait il en pinçant mes tétons. Son toucher est légèrement plus approximatif que tout à l’heure, trop perturbé par les mouvements de son bassin et distrait par son plaisir, mais l’effet est toujours aussi magique. Comme tout à l’heure, je ressens des décharges électriques puissantes circuler dans tout le corps.
    J’ai presque l’impression que cette avalanche de mots crus est une manière pour Jérém de dissimuler un trouble, pour effacer les petites « faiblesses » qu’il est en train de laisser échapper, comme pour faire diversion ; l’impression que ces mots n’ont pas le même sens qu’ils auraient eu il y a quelques mois.
    Ou bien c’est une manière à nouveau de me provoquer et de jouer avec moi pour voir de quelle manière je vais réagir.
    « Oh, oui, Jérém, j’adore ça… tu fais ça trop bien… ».
    Je sais que ces mots flattent son ego de jeune mâle et j’ai envie de lui faire plaisir.
    Chargé à bloc, le jeune mâle me tringle pendant un bon petit moment ; puis, ses mains quittent mes tétons, elles saisissent mes mollets, les soulèvent de ses épaules, son buste se redresse ; un instant plus tard, son visage se lève vers le plafond, ses paupières tombent lourdement, ses lèvres entrouvertes laissent échapper une puissante expiration, comme une délivrance ; et tout son corps se raidit sous la déferlante de l’orgasme.
    « Putain qu’est-ce que c’est bon… Nico… ».
    Une première grimace s’affiche sur son visage, accompagnée d’un rugissement de jeune lion, et je sais qu’une première giclée s’est répandue en moi, bonheur absolu.
    Mais alors que je crois qu’il va me remplir de toute la puissance de sa nouvelle décharge, le bogoss sort de moi ; le mouvement est aussi rapide qu’inattendu : sa main se pose précipitamment sur sa queue, elle branle vigoureusement ; de bonnes giclées puissantes et chaudes atterrissent sur mes couilles, sur ma queue, sur les poils pubiens, sur mon torse, jusqu’à mon menton.
    Et alors que je m’attends à le voir se relever et partir fumer sa cigarette, le bogoss avance à nouveau entre mes cuisses ; il revient en moi, m’envahit à nouveau.
    J’ai toujours pensé qu’il n’y a pas sensation plus puissante et excitante que de me sentir à lui, que se sentir qu’il puisse disposer de mon corps pour son propre plaisir. Mais là aussi je me trompais. Il y a une autre sensation, très différente, mais tout aussi puissante : celle de le voir, le sentir participer à mon propre plaisir, au point de mettre la main à la pâte. Enfin, la main à la queue.
    Comme hier, il vient de jouir ; comme hier, il revient en moi, sans l’intention de jouir à nouveau, mais juste pour me faire plaisir ; comme hier, je suis en train de me branler ; comme hier, sa main vient dégager la mienne ; comme hier, il me branle ; comme hier, je suis dingue.
    J’ai tout juste le temps de goûter à ce bonheur qui dépasse l’entendement, qu’un frisson puissant se déchaîne dans mon corps ; je sens tous mes muscles se contracter ; mon plaisir échappe carrément à mon contrôle : je suis débordé, dépassé, je m’envole. Je viens.
    Je jouis, copieusement. De nombreux jets bombardent mon torse, et mon jus se mélange à la semence de mon bomâle.
    Je me sens épuisé, vidé. Une sensation qui se fait encore plus forte un instant plus tard lorsque bogoss saisit mes mollets pour les décrocher de ses épaules et les poser sur le matelas, geste qui prépare sa sortie définitive de moi. C’est comme un sentiment d’abandon que l’on ressent lorsque le garçon qui nous a offert tant de plaisir se retire.
    Oui, Jérém se dégage et il s’allonge sur le dos, juste à côté de moi, l’air bien épuisé. Tellement épuisé que j’ai l’impression qu’il en tremble. Il est en nage et il respire très fort.
    J’attrape mon t-shirt, je m’essuie le torse.
    Les secondes s’égrènent et le silence s’installe, ponctué par sa respiration qui ne semble vouloir s’apaiser.
    « Ça va, Jérém ? » je fins par lui demander.
    « Putain qu’est-ce qu’il fait chaud… » fait-il en s’essuyant le front avec le revers de la main et en passant les doigts dans les cheveux pour les relever vers l’arrière. Geste d’un érotisme saisissant.
    « Putain qu’est-ce que c’était bon… » je lui balance, fou de plaisir.
    « Je te baise bien, hein ? ».
    « Grave, tu me rends dingue… tu es une bête au pieu… ».
    J’ai envie de flatter son ego de mâle, j’ai envie d’aller plus loin dans notre complicité. J’espère qu’il va rebondir ; mais il se tait, le seul bruit venant de lui, c’est sa respiration profonde. Alors j’enchaîne :
    « Mais moi aussi je suis un bon coup, avoue… ».
    « Qu’est-ce que tu veux que je te dise… ».
    « T’as dit que c’était bon… ».
    « J’ai rien dit… ».
    « Si, pendant que tu venais… tu as dit… ».
    « Je n’ai rien dit, je te dis ! ».
    « Avoue que tu n’as jamais pris autant ton pied… ».
    « Je n’ai jamais trouvé une bouche et un cul aussi dispo et aussi endurants, ça c’est clair… ».
    Le bogoss rigole « sous la moustache ». Même s’il ne l’admettra pas, je sais, je sais, je vois qu’il est fou de plaisir.
    « Petit con ! » je lui balance.
    « Salope ! ».
    Il rigole à présent. C’est beau cette complicité qui s’installe entre nous.
    « Je te fais quand-même de l’effet… ».
    « C’est parce que t’as toujours envie de te faire défoncer… ».
    « Mais ça c’est de ta faute… ».
    « De ma faute… bien sûr… ».
    « Mais t’as vu comme t’es sexy ? Si tu veux pas que je sois dingue de toi, t’as qu’à pas être aussi mignon… ».
    Le bogoss rigole, il est de bon poil. J’adore. Pourvu que ça dure.
    Son épaule musclée, biceps tatoué attire les bisous. Je me blottis contre lui. Je reste là, en silence, à écouter sa respiration, sa présence.
    « On n’est pas bien là ? » je ne peux empêcher de lancer.
    Quelques instants plus tard, le bogoss se lève. Le voilà à nouveau appuyé au rebord de la fenêtre, en train de fumer et de boire de bonnes gorgées de bière. Il est indiciblement beau dans sa nudité parfaite.
    « J’ai besoin de prendre une douche… » il me lance assez froidement après avoir écrasé son mégot.
    Je l’accompagne dans la salle de bain, je lui sors une serviette propre. J’aimerais tant prendre la douche avec lui, ou même juste le regarder en train de prendre sa douche, mais je ne sais pas si c’est une bonne idée. Dans le doute, je m’éclipse, à contrecœur.
    Depuis la chambre, j’écoute le bogoss se doucher, chez moi. Je reconnais le bruit caractéristique du bogoss qui se savonne, des mains qui parcourent sa peau.
    Cette douche me fait repenser à une autre douche, écoutée quelques jours plus tôt, dans un autre appartement, avec un autre garçon, le meilleur pote de Jérém.
    L’« observer » pendant la douche, avec mes seules oreilles d’abord ; puis, dans un deuxième temps, l’« observer » avec mon odorat, lorsque le parfum  frais et humide du gel douche vient à moi et me parle d’une peau mate à croquer.
    L’eau cesse te tomber, j’entends les portes vitrées s’ouvrir ; j’entends le bruit à peine perceptible du tissu qui passe sur la peau pour la sécher ; et j’imagine cette peau mate encore humide ; je ressens une envie furieuse de bondir hors de la chambre et d’aller le rejoindre.
    Mais déjà j’entends les pas du bogoss pied nus dans le couloir ; c’est grisant de penser qu’il a pris une douche chez moi, après l’amour ; une fois de plus, l’image d’un petit chez nous quelque part dans Toulouse, ou bien n’importe où, me donne la chair de poule.
    Le bogoss réapparait dans la chambre dans son plus simple appareil, les cheveux encore humides, quelques gouttelettes sur sa peau, glissant le long de son cou, sur les épaules, sur le nouveau tatouage : c’est à pleurer.
    Sans un mot, il entreprend de se rhabiller. Je voudrais lui parler, casser le silence, mais je suis à court d’idées. Ça va très vite, en quelques secondes, le bogoss est prêt à partir.
    « Tu reviens demain ? » je trouve quand même le moyen de lui demander.
    « Je ne sais pas… » fait-il distraitement.
    Et alors que je crois qu’il va directement passer la porte de la chambre et se tirer, le bogoss se retourne, me fixe avec son regard brun et lubrique et me balance :
    « Si je reviens, j’ai envie de me taper un kif… ».
    « De quoi ? » je l’interroge, à la fois surpris et curieux.
    Le bogoss me regarde avec un regard lubrique, pénétrant à souhait ; il plisse les yeux de cette façon si sexy qu’il maîtrise avec une perfection redoutable ; et il commence à me détailler son kif.
    Une poignée de phrases, énoncées avec assurance, sans fioritures. Je l’écoute avec une excitation grandissante. J’adore son kif, je l’adore de plus en plus au fil de ses mots qui le font vivre dans ma tête.
    « Ça te branche ? » fait-il devant mon silence.
    « Je crois bien, oui… ».
    « Je t’envoie un message quand je débauche… » fait il en quittant la chambre.
    Je le suis dans le couloir, dans l’escalier, dans l’entrée. Et alors qu’il s’apprête à quitter la maison, je l’attrape par l’avant-bras, je le retiens et je bluffe :
    « Moi aussi j’ai un kif… ».
    « Tu m’en diras tant… ».
    Je le regarde droit dans les yeux. J’ai envie de tellement de choses avec lui, mais je ne sais pas du tout laquelle je vais oser. Pour l’instant, j’ai juste envie de profiter de cette petite position de force pour me réserver le droit de lui demander quelque chose qu’il ne pourra pas refuser s’il s’y est engagé.
    « C’est quoi ? » il finit par s’impatienter.
    « On va déjà s’occuper de ton kif et je te dirai ça après… » je fais en levant la main pour taper dans la sienne.
    Le bogoss est joueur, il lève sa main et il tape très fort dans la mienne, sourire lubrique à la clef.
    J’adore cette complicité qui s’installe entre nous.
    Le soir venu, je me branle dans cette chambre, dans ce lit qui sent désormais la cigarette, le deo de bogoss, le mâle baiseur.
    Pour la première fois depuis longtemps, je sens une lueur d’espoir réchauffer mon cœur, dissiper mes inquiétudes, mes angoisses. Pour la première fois, je ne me demande pas si demain il reviendra : car demain il reviendra, c’est sûr ; il reviendra pour assouvir son kif.
    Un après-midi après l’autre, le bogoss revient chez moi ; ça aurait presque l’air d’une nouvelle série de révisions torrides. Mais avec en prime une nouvelle complicité entre nous, une nouvelle attitude de la part de Jérém.
    Les faits sont là : le fait qu’il me laisse l’embrasser sur le torse, être collé à lui, l’embrasser dans le cou, voire oser le sacrilège suprême, l’embrasser sur les lèvres ; et ce, sans qu’il ne réagisse trop violemment ; le fait qu’une fois de plus il s’intéresse et prenne en compte mon propre plaisir.
    Depuis que j’ai osé lui parler et que je le sens quelque part réceptif à mes mots, le « mâle Jérém » a l’air plus humain, et ça me touche profondément.
    Il y a un vrai jeu de séduction qui se met en place, et je pense que c’est en grande partie en raison de mon « affirmation ». Je pense que c’est aussi ça que Jérém attend, un Nico assumé et affirmé ; un Nico qui taquine, nargue, joue avec lui.
    Bien sûr, Jérém veut rester le dominant, mais il ne veut pas d’un Nico « faible ». Il veut un Nico ensorcelé par sa puissance de mâle, certes, mais pas un Nico complètement passif ; « passif » au lit, certes, mais uniquement dans la position, et non pas dans l’attitude ; et certainement pas « passif » dans notre relation.
    Je sens que Jérém aime ça, ce « répondant » de la part du nouveau Nico. Mais en même temps, je sens que ça le perturbe. Je l’ai lu dans ce regard, son regard, juste après mes baisers volés : un regard moins hostile que… troublé.
    Par moments, certains de ses gestes, de ses mots crus, m’ont semblé moins l’expressions naturelle de son côté macho que des tentatives de reprendre le contrôle et à continuer d’être le Jérém dominant ; comme s’il regrettait de se laisser un peu aller et de montrer quelques petites brèches. Je sais que ça le tracasse ; car il ne sait pas encore jusqu’où il peut aller ; et il a certainement peur d’où il peut aller.
    C’est délicat comme passage, comme moment dans sa vie, dans notre histoire : je sens mon bobrun plus que jamais déchiré entre le besoin de se laisser aller et la violente réaction de ses barrières mentales.
    Le brusquer, ce serait catastrophique ; mais en même temps, je sens qu’il faut quand même continuer sur cette bonne lancée, pour ne pas me retrouver à tout reprendre à zéro une fois encore.
    Ce soir-là, je m’endors en repensant à ces mots si doux à mes oreilles, ces mots que le bogoss a laissé échapper pendant qu’il sentait son orgasme le happer :
    « Putain qu’est-ce que c’est bon… Nico… ».
    Oui, c’est sûr, il me kiffe, un peu. Il ne l’admettra jamais, mais il me kiffe.
    Ce soir-là, je m’endors heureux et serein, confiant dans l’avenir de ma relation avec Jérém ; je m’endors en me disant que, grâce à cette complicité naissante et que je vois déjà s’étoffer dans les jours à venir, Jérém va finir par faire tomber son armure de p’tit macho, avouer ses sentiments.
    Ce soir-là, je m’endors avec un sourire de bébé.
    Je m’endors si optimiste, ce soir-là.
    Trop, optimiste.


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