• 3 septembre 1998... c'est d'un pas timide, avec une allure craintive que je rentre dans la cour du lycée... et lorsque le laisse mon regard balayer ce grand espace encore inconnu pour essayer de m'y familiariser, je le remarque instantanément... brun, peau mate, un t-shirt noir qui lui va comme un gant sur un torse déjà prometteur à son jeune âge, une chaînette négligemment posée sur le coton noir, un jeans bien coupé, des baskets Nike... et une casquette, noire elle aussi, posée à l'envers sur ses cheveux bruns... il est là, au beau milieu de cet espace ouvert, à l'aise, en train de discuter et de déconner avec d'autres garçons... et ce sourire, ce sourire de dingue qui semble illuminer non seulement toute la cour du lycée, mais la vie toute entière... ma vie toute entière...

    Presque trois ans plus tard...

    Le lendemain de la rencontre avec Thibault, je me réveille avec des sentiments partagés.
    Pendant la nuit, j'ai rêvé du beau pompier... oui, j'ai rêvé du beau et adorable Thibault dans sa belle tenue de soldat du feu... cette uniforme qui souligne la beauté des corps, tout en leur donnant cette « aura », cette dimension de force et de soumission à l’autorité... et, dans le cas des pompiers, du courage, du don de soi… cette putain de tenue qui ajoute du charme au charme...
    Oui, cette nuit j'ai à la fois rêvé de Thibault et cauchemardé sur sa mission... dans mon délire onirique, Thibault secourait Jérém après sa blessure lors du match (oui, c'est un faux raccord... dans un plan Thibault était en maillot, et dans le plan suivant il était en uniforme, cherchez l'erreur... ça a du foirer au montage...) et l'amenait aux urgences... dans... sa propre bagnole... oui, c'est toujours un rêve... un rêve qui se transforme en véritable cauchemar lorsque le beau médecin qui prend en charge mon Jérém déclare, après radio, que la blessure est plus grave que ce qu'elle n'y paraît... le beau médecin est formel... Jérém ne pourra plus jamais jouer au rugby... le médecin est aussi très séduisant... il ressemble trait par trait au charmant Martin...
    A l'annonce du diagnostic, Jérém s'énerve, bondit comme un fauve, il veut cogner le médecin, d'autant plus que je sais qu'il a reconnu en lui le mec qui m'a dragué au KL... ça ne tient qu'à Thibault que ça ne parte pas en vrille, Thibault qui retient son pote, le fait asseoir, le serre dans ses bras... Jérém est très énervé, terrassé par cette nouvelle... plus jamais pouvoir jouer au rugby... toute sa vie qui vole en éclat... des sanglots secouent son torse sculpté... Thibault le prend dans ses bras, il pose ses lèvres sur son front, sur sa joue, jusque dans son cou...
    Leur étreinte est si tendre, si forte, si belle à voir... front contre front, Thibault essaie de calmer son pote le serrant très fort contre lui, pleurant avec lui... c'est si touchant que je me réveille en larmes...
    Et je me réveille avec un profond sentiment de malaise... bien sur, ce n'est qu'un rêve... mais c'est le genre de rêve capable d'éveiller l'angoisse et de la laisser retentir un moment après le réveil...
    Mince alors... c'est le jour J... je devrais être tout guilleret de partir  trois jours à Londres avec ma cousine, avec pour point d'orgue mon premier concert de Madonna... pourtant, je me sens tellement mal vis à vis de Jérém, que si je pouvais décaler notre départ d'un jour ou deux, je le ferais sans réfléchir... tiens, je vais appeler Madonna pour voir si elle peut reporter… ce qui serait par ailleurs très con... je sais bien que ça ne servirait à rien... ça n'arrangerait rien... bien au contraire... essayer de le voir, ce serait même sûrement un très mauvais choix... pourtant, j'ai très envie de savoir comment il va... j'ai le sentiment qu'il m'en veut... le silence avec lequel il a répliqué à mon sms m'inquiète... et aussi... j'ai très envie de lui faire une dernière pipe avant de partir... ma contribution pour soigner sa blessure... j'ai lu quelque part que l'orgasme libère des endorphines qui ont un effet antidouleur et relaxant, avec une effet positive sur l'humeur...
    Mais je n'en aurai pas l'occasion... le temps presse, l'avion décolle dans moins de 4 heures... de toute façon, je sais que je le laisse dans de bonnes mains... celles de Thibault... ce garçon si touchant, si droit, si adorable... je sais qu'il est le plus à même de s'occuper de Jérém... bien plus que moi...
    Thibault saura aller le voir quand ce sera le moment et trouver les mots pour l'apaiser... si moi j'y allais, ça n'aurait probablement d'autre effet que de le mettre encore plus en pétard... Jérém a besoin de temps pour guérir sa blessure à l'épaule, et surtout la blessure à son ego de mâle et de joueur... il a juste besoin de son pote...
    Et si tout rentre dans l'ordre avant dimanche... si j'évite de le remettre un peu plus en pétard avec une visite qu'il n'apprécierait pas... peut-être que j'ai encore quelques chances de  le revoir... il faut qu'il puisse jouer et qu'il gagne dimanche... ça le mettra de bonne humeur et peut-être il aura envie de fêter ça avec moi sous la couette...
    En attendant, merci Thibault pour m'avoir rassuré...
    « Là il est un peu abattu…mais je suis sûr qu'il va vite se remettre en état de marche et que dimanche prochain il va tout déchirer... on va tout déchirer... Jéjé est comme ça... quand le vent tourne, il démarre vite... mais il est aussi capable d'incroyables sursauts pour obtenir ce qui lui tient à cœur... ».
    Merci aussi pour ces mots qui me font un bien fou lorsque je les repasse dans ma tête...
    « Il tient à toi, c’est sûr… il peut se comporter comme un con, mais il tient à toi… je pense qu’il aurait été très malheureux si tu étais parti avec l’autre mec… ».
    Merci d'être là Thibault, je sais que tu sauras le remettre debout. Pour lui, pour toi, pour moi.
    Petit à petit j'arrive à positiver. Il est 8 heures passées, j'ai rendez vous dans une heure et demie avec Elodie à Jean Jaurès pour prendre la navette direction Blagnac. Je me félicite tout seul d'avoir pensé à préparer ma valise hier soir, pas besoin de courir ce matin...
    Je me lève, j'ouvre le rideau... il fait super beau dehors... j'attrape mon portable... une enveloppe clignote... un sms d'Elodie...
    « Ready to meet Madonna ? »
    Je l'adore. J'émerge petit à petit de mon sommeil. Je m'étire... j'ai bien dormi, je me sens bien... c'est vrai, dans deux jours, le jeudi 12 juillet 2001, ce sera le jour J. Mieux. Le Jour M... Soudainement, autour de moi, tout est calme, luxe et volupté... je suis heureux...
    Je me douche, je m'habille, je descends prendre le petit déjeuner.
    « Alors, prêt pour le grand jour ? » me demande maman avec un grand sourire.
    « Oui, très impatient... ».
    « Ca fait longtemps que tu attends ce moment, tu vas t'amuser comme un petit fou... je me souviens du concert de Michael Jackson, ici à Toulouse en 1992... un truc de malade... tu vas t'amuser, c'est certain... ».
    « J'en suis sur... » je rétorque, m'installant définitivement sur un petit nuage se levant de plus en plus haut dans le ciel.
    « Si j'avais le temps et si je n'avais pas peur de te mettre la honte, je serais venue moi aussi... » me lance maman.
    Elle est géniale maman. Je souris. Elle aussi. On rigole. Ca fait du bien.
    « Ca me fait plaisir de te voir si heureux... en plus avec Elodie, vous allez rigoler comme des bossus... ».
    Maman a raison. Si je suis heureux d'aller voir ce concert, je le suis deux fois plus du fait de la présence d'Elodie... la perspective de pouvoir partager ce moment avec elle, ainsi que pleins d'autres pendant ces trois jours, mes premières vacances à l'étranger sans mes parents... me rend tout guilleret...
    Je regarde l'heure... elle tourne vite ce matin... il faut que je me dépêche, le rendez-vous avec Elodie approche. Je monte chercher ma valise. Je descends.
    « Envoie un sms pour dire que vous étés bien arrivés... » fait maman.
    Ooops... je remonte chercher mon portable, je redescends.
    « T'as pris le chargeur? ».
    Re-ooops... je remonte chercher le chargeur, je redescends. Je me dirige vers l'entrée.
    « Nico » j'entends appeler, alors que je me prépare à prendre congé avec un simple « Bisous ».
    Je me retourne. Maman approche et me fait un vrai bisou. Ca me touche, car ça arrive de moins en moins souvent. Je lui rends et je lui promets de l'appeler dès que l'avion se sera posé.
    « Amuse toi bien, Nico !» je l'entends à nouveau lancer pendant que je ferme la porte derrière moi.
    Me voilà dans la rue, dans la lumière pure et claire du matin d'été toulousain.
    Le fond de l'air est encore frais... une légère brise caresse mon visage, mes bras, s'insinue à travers le coton de mon t-shirt... je me sens bien... je vais prendre l'avion... dans quelques minutes je serai avec Elodie...
    Jean Jaurès, c'est la même direction que pour la rue de la Colombette...  c'est la même direction que mon Jérém... Jérém qui est encore avec moi, dans les courbatures de mes membres, dans de petites brûlures à des endroits qui ont été un peu trop sollicités... petit retour de bâton pour un bonheur si intense... un bonheur réciproque... coucher avec mon beau brun... on s'en souvient un petit moment...
    Me voilà boulevard Carnot... et bien que jusqu'à là je me sois promis de tracer direct jusqu'aux allées... lorsque je vois la plaque de la rue de la Colombette, je suis irrésistiblement attiré... ça me fait un petit détour, mais je suis happé... c'est la rue la plus importante de Toulouse à mes yeux... et lorsque j'approche du numéro impair de son immeuble, mon cœur s'accélère comme s'il voulait bondir de ma poitrine...
    Très mal à l'aise, me sentant presque coupable et honteux de passer par là, je lève les yeux discrètement vers la terrasse... envie de le voir, crainte de le voir, peur de croiser son regard noir... le store de la porte fenêtre est baissé... il doit être encore couché...
    Je presse mon pas vers le canal et je le longe jusqu'à l'intersection avec Jean Jaurès... je continue en  direction de l'arrêt de bus...
    Je la repère de loin, avec ses grandes lunettes noires de star...
    Lorsqu'elle me voit arriver, elle s'anime... elle crie, elle s'agite, elle court vers moi, se jette dans mes bras, me fait 10 fois la bise... je suis heureux de voir autant d'enthousiasme, même si elle me fout un peu la honte, car il y a du monde autour de nous... elle a l'air presque plus excité que moi, du moins elle est davantage démonstrative... et malgré la honte, ça fait plaisir à voir...
    « T'as pris ton ticket ? » elle me lance.
    « T'as pris ton billet d'avion ? » je la questionne à mon tour.
    « Petit con ! » sera sa réponse.
    La navette arrive, nous nous installons ; les portes se ferment, nous roulons vers l'aéroport.
    « Je n'arrive pas à réaliser que nous y sommes... » fait-elle derrière ses lunettes noires.
    « C'est clair, moi non plus » je réponds.
    « H-59... » elle relance.
    « Si elle n'est pas en retard... » je commente.
    « Elle ne va pas faire sa pétasse... » elle balance.
    Nous sommes complètement excités, nous avons du mal à tenir en place… nous vérifions toutes les deux minutes que oui… nous avons bien les précieux sésames, ticket de concert et billet d'avion, les clefs du Paradis qui feront que, dans deux soirs, nous serons avec elle.., à chanter, à danser, à hurler… j’en ai la boule au ventre….
    10 heures pétantes nous sommes dans le Hall départs de l'aéroport. Le vol est à 12h06. Direction l'enregistrement… ensuite, trouver le gate qui nous amènera à l'avion qui nous guidera auprès de Madonna… Nico et Elodie en mode euphorique...
    Presque deux heures à attendre... Elodie a amené un bouquin, qu'elle semble dévorer page après page... moi aussi j'ai apporté un bouquin, mais je n'ai pas l'esprit à me concentrer sur la lecture... non pas que l'histoire ne soit pas intéressante, non...
    Le fait est que l'aéroport est un va et vient ininterrompu... et que dans la masse, le bogoss est souvent au rendez-vous...
    Comment me concentrer sur mon bouquin quand un brun incendiaire genre 25 ans, est assis à tout juste trois mètres de moi, presque en face de moi, et que son t-shirt orange et gris ajusté à son torse en V et à ses épaules parfaites est la promesse d'une beauté plastique à couper le souffle ? Seule ombre au tableau... sa copine est assise juste à coté de lui et elle pose sa main sur sa cuisse, comme pour montrer que le bogoss est à elle... et pas touche...
    Ou vas-tu beau brun ? Es tu heureux d'y aller avec elle ? Tu fais quoi dans la vie ? Qui sont tes potes ? Tu fais quel sport pour être aussi bien gaulé ? Comment te savonnes-tu sous la douche ? Il a quelle odeur ton boxer à la fin de la journée ?
    Ta copine st mignonne, certes... elle a l'air sympa et douce comme nana... pas petite mais fine... une jolie brune... quand je la regarde à côté de toi, beau mâle... le contraste est saisissant... la puissance que tu dégages, sa fragilité apparente... je l'imagine dans tes bras... peau contre peau... enlacée par toi, beau mâle... se faisant s...uter par toi, beau mâle... comment tu te comportes au lit ? T'es davantage du genre câlin ou plutôt bestial et passionnel ? A quoi ressemble ta jolie petite gueule lorsque ton cerveau est submergé par l'orgasme ? T'imaginer au lit avec elle, nu, avec la trique du matin... ta nudité caressée par les draps chauds... la chaleur de ta peau... imaginer la puissance de ton étreinte... imaginer te réveiller avec plein de bisous doux... caresser et embrasser ton torse puissant... te donner envie... envie de te faire sucer et de jouir...
    J'ai envie de me lever et de dire à la jolie brune qu'elle a une chance inouïe d'être avec un mec comme toi... bien sur, toi aussi tu dois être heureux de l'avoir... vous êtes mignons tous les deux... pourtant, j'ai envie de lui dire... OK, t'es une chouette fille... mais j'espère vraiment que tu le suces comme un mec aussi beau et charmant et adorable mérite, hein ?... j'espère que tu lui fais tout ce qu'il a envie... sinon je me propose de te remplacer... je suis un garçon toujours prêt à rendre service...
    Oui, quand un mec aussi beau et charmant s'installe presque en face de moi... comment me concentrer sur la lecture... j'essaie de faire gaffe de ne pas trop croiser son regard pour ne pas le mettre en pétard, mais je ne peux pas le lâcher des yeux... car j'ai envie de le regarder encore et encore, comme pour m'imprégner de sa beauté, de sa jeunesse, comme pour m'en « approprier » une partie, comme pour la voler, l’absorber, et conserver à jamais en moi l'emotion provoquée par cette puissante sensualité qu'il dégage...
    La seule façon d'arrêter de le mater, c'est qu'un autre mec, au moins aussi attirant, rentre dans votre champs de vision... j'avais déjà du mal à avancer dans la lecture avec ce brun assis en face de moi... j'oublie carrément mon bouquin lorsque un p'tit mec s'installe à peine un peu plus loin... un petit gabarit, mais au physique de rugbyman, pas forcement très beau, mais avec cette bonne petite gueule de ptit mec un peu bourrin... brun lui aussi, cheveux un peu bouclés, oreilles un peu décollées mais juste ce qu'il faut pour que ce soit sexy... veste à capuche bordeaux, et un de ce pantalons de jogging si magiques car molletonnés... car qui dit molletonné... dit souvent jolie bosse sur le devant... et là, elle était bien visible, bien prometteuse, bien tentante... surtout lorsqu'il se met à l'aise sur le siège, les bassin bien avancé, les jambes légèrement écartées, en mode détente cool en écoutant de la musique dans son casque... putain de bosse... furieuse envie de me retrouver a genoux devant lui, le voir baisser son jogging sans hésiter, descendre son boxer, me présenter sa queue avec autorité, m'attraper la tête...
    Dans un monde parfait... "Suce" aurait été son seul mot, avant des gémissements et un grognement de plaisir... dans un monde parfait il croiserait mon regard et il comprendrait à quel point j'ai envie de lui... il saurait que je veux juste lui faire plaisir et il l'accepterait avec bonheur et reconnaissance... dans un monde parfait, il n'y aurait pas la peur des mst... dans un monde parfait l'idée de baiser avec un autre mec ne me ferait pas culpabiliser vis-à-vis de Jérém... oui, dans un monde parfait je n'aurais qu'à baisser ce jogging, découvrir sa queue, le faire jouir très fort, et l'avaler...
    Je le regarde encore et encore, étalé sur le siège, nonchalamment, comme s'il était installé dans son canapé, la bosse bien en vue, les yeux fermés, comme une invitation à aller entre ses cuisses, sans se douter un seul instant de l'envie furieuse que son attitude provoque dans un garçon assis à tout juste quelques mètres de lui...
    J'imagine ce ptit mec en soirée avec ses potes, une bière a la main... je l'imagine déconner, parler cul... et puis je l'imagine aussi le soir dans son lit, en train de se branler ou, hélas, avec une pouffe... ou peut être, pourquoi pas, avec un pote... on a le droit de rêver d'un monde meilleur... ou le matin sous la douche, en train de se savonner, de toucher son corps musclé...
    Putain de mecs... le beau brun avec sa copine... le brun bouclé avec son jogging et sa jolie bosse... autant de piqûres d'aiguille dans le ventre... des mecs que je ne pourrai jamais avoir...
    Alors, me faire violence pour essayer de fuir cette beauté masculine débordante, délicieuse, cette brûlante frustration... essayer de me replonger dans la lecture... facile à dire, lorsque le cerveau est embrouillé par tant d'images, tant de désirs, tant de fantasmes, tant d'envies... oui, essayer de replonger dans la lecture...
    Essayer encore et encore, mais abandonner définitivement lorsqu'un parfum de mec nous oblige a lever les yeux une fois de plus... un choupinou passe et laisse derrière lui une traînée de déo à embrouiller les neurones... il passe pour aller s'asseoir sur un siège à proximité de la copine du premier brun...
    Sorte de ptit dieu vivant, à croquer, avec dans son attitude un coté à la fois adorable mais si mec... 19 ou 20 ans maxi, cheveux très courts style mili (je ne serais pas étonné qu'il en soit vraiment), t-shirt bleu marine, avec un pantalon gris, vraiment une jolie ptite gueule... lui aussi ses écouteurs sur les oreilles, le nez colle dans son portable, en train de textoter à toute vitesse avec je ne sais pas qui... il lève la tête de temps en temps, parfois dans ma direction... une fois j'ose soutenir son regard, ça dure tout juste 2 secondes, je ne saurais dire ce qu'il a pu en penser, s'il a compris tout ce que mon regard pouvait dire... mais je n'ose recommencer, insister, lui faire comprendre... lui faire comprendre juste que je le trouve mignon a pleurer, qu'il est beau a hurler... petit mec, qui es-tu, comment t'appelles-tu ? Ou vas tu ? Que fais-tu dans ta vie, qui inspire tes branlettes, qui te fait jouir ????  Oui, petit mec... qui a la chance de te voir quand tu baisses ton pantalon et le slip ou le boxer que tu portes dessous, ne serait-ce que tes potes dans les vestiaires, peut-être en caserne si tu es vraiment mili... soupirs... soupiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiirs... putaaaaaaaain...
    « Il est bien ton bouquin ? » j'entends vaguement ma cousine demander.
    « Oui... je crois... » je lui répond en mode automatique alors que mon regard bondit de mâle en mâle.
    Il faut qu'on m'explique comment, avec cette brochette de bomecs devant les yeux, pourrais-je me concentrer sur la lecture...
    Mon regard varie toujours et encore les plaisir en passant de l'un à l'autre de ces trois beaux spécimens, lorsque un événement inattendu se produit... le mec au jogging se lève, il entreprends de marcher et sans que j'aie eu le temps de réaliser, il passe devant moi, à moins d'un mètre de mon nez, m'offrant une vue involontaire mais imprenable sur la jolie petite bosse sur le devant de son pantalon, cette bosse pas impressionnante, mais si attirante, si prometteuse, si synonyme de bonheur... cette bosse « magique », à la fois si proche, et si inaccessible…..
    Et lorsque, en suivant sa trajectoire, je devine la raison pour laquelle il s'est levé, j'ai soudainement envie de le suivre... c'est idiot, bien sur, mais j'ai senti un besoin irrépréhensible d'aller aux toilettes au même temps que lui... non pas que j'espère quoi que ce soit de ce moment... mais l'idée de me retrouver proche de lui pendant qu'il se soulage me fait kiffer... même pas l'intention de me poster à coté de lui pour mater par dessus la cloison... ça, je n'oserais jamais... juste faire semblant de ma laver les mains, de me débarbouiller... juste envie de le lorgner se poster devant un urinoir, l'entendre défaire sa braguette, entendre le jet dru sur le grés émaillé... c'est animal comme réaction à la testostérone...
    Je le rattrape juste à temps pour voir que, contre toute attente, le bogoss choisit une cabine fermée... changement de stratégie... je m'engouffre dans la cabine juste à coté...
    Je tends l'oreille... l'entendre juste a coté, déboucler sa ceinture et déboutonner le jeans, l'imaginer en train de sortir sa queue, l'imaginer en train de la tenir, imaginer ses poils pubiens, imaginer l'odeur de sa teub... puis entendre le bruit du jet, tendre l'oreille pendant toute la durée, et entendre a nouveau le bruit de la ceinture qu'il rattache... putain, l'effet que ca me fait... le bruit de la chasse, la porte qui se rouvre... je peux enfin faire pipi à mon tour... et dans la foulée me taper une branlette pour me calmer... lorsque je ressors de ma cabine, le bogoss a évidemment disparu... lorsque je reviens auprès de ma cousine, je constate qu'il n'est pas revenu à la place ou il était assis... qu'il a définitivement disparu, a jamais inconnu, filant a travers sa vie, loin….
    « Alors, c'était comment ? » fait Elodie sans lever le nez de son bouquin. Putain, ça doit etre prenant ce qu'elle lit.
    « De quoi ? » je tente de divaguer, alors que je me remets à peine de mon plaisir solitaire.
    « Tu l'as coincé dans les chiottes ? » elle revient à la charge, impitoyable.
    Elle m'énerve, elle a beau être plongée dans sa lecture, elle voit tout.
    « Même pas... » je fais, dépité.
    « Tu me déçois, cousin... » elle plaisante.
    « Je n'oserais jamais... et si même... j'aurais du mal à me laisser aller... ».
    « C'est vrai que t'es marié, mon cousin... »
    « C'est ça »... oui, je suis marié... pas à la Mairie, mais dans le cœur je le suis. Surtout après ce week-end...
    Les deux mecs, le brun avec sa copine et le petit « militaire » sont toujours là... grâce à la branlette recente , j'arrive à me calmer un peu... je ferme les yeux et j'arrive presque à m'assoupir malgré le brouhaha du hall d'attente.
    C'est ma cousine qui me secoue de ma torpeur, m'annonçant que les portes d'embarquement viennent d'ouvrir.
    Nous nous engouffrons dans le petit couloir qui donne accès à l'avion. Nous venons juste de prendre place que déjà Elodie trouve le moyen de discuter avec les deux mecs assis devant nous... ils vont aussi au concert... je les regarde un peu mieux et je finis par me demander s'ils ne seraient pas du bâtiment, eux aussi... un couple, peut-être ?
    Ca m'intrigue un brin, mais pas longtemps... dans ma tête je suis heureux... nous nous envolons pour Londres, nous partons loin de Toulouse, de mes petits tracas sentimentaux... je me sens bien, j’ai la banane et je souris bêtement…
    Encore quelques minutes d'attente, le temps que tout le monde prenne place, que le personnel de bord nous indique comment mettre des masques à oxygène en cas que l'avion pique du nez... c'est toujours la partir la plus rassurante...
    L'avion démarre, se met face à la piste. Il s'élance, vite, vite, il accélère. Et on sent cette propulsion dans le ventre, tellement puissante, ça fait toujours son impression. Et puis il y a cet instant où on ne touche plus le sol. Une fille de l'autre coté du couloir plante ses griffes dans le fauteuil comme un chat face au danger imminent. C’est rassurant aussi.
    Ca y est, on est en l'air! La piste disparaît, et Toulouse se fait de plus en plus petite, jusqu'à s'éclipser elle aussi... on survole la France, et tout parait si petit vu d'en haut. On se sent aussi tout petits là haut. Et vulnérables... c'est une grande leçon d'humilité que de prendre un avion, lorsqu'on y réfléchit...
    Elodie est toujours plongée dans sa lecture. Je ne suis pas encore arrivé à voir ce qu'elle dévore si avidement.
    Ce n'est que lorsque Toulouse et ses personnages masculins sont à quelques centaines de bornes derrière nous, que je me sens prêt à m'ouvrir à ma cousine.
    « Elodie... » je m'annonce après bonne hésitation.
    « Oui, mon cousin... » fait-elle, toujours dans son bouquin.
    « Tu sais que Jérém s'est blessé dimanche dernier au rugby ? » j'entre en matière.
    « Ah, non... je ne sais pas... mais qu'est ce qu'il s'est passé ? » fait-elle en levant enfin son nez de la page imprimée.
    « Il s'est fait plaquer et il est mal tombé... » je précise.
    « Rien de grave ? ».
    « Apparemment non, mais il n'a pas pu finir le match... ».
    « Et comment ça s'est terminé ? ».
    « Aux urgences à Purpan... »
    « Le match... ».
    « Ah, oui... ils ont  perdu... ».
    « Ah merde... ».
    « Le fait est que je me sens fautif... ».
    « Pourquoi fautif ? ».
    « Apparemment l'accident s'est produit parce que Jérém n'était pas en forme... ».
    « A cause des galipettes de la nuit d'avant ? ».
    « Certainement... c'est pour ça que je me sens fautif... et non seulement il était fatigué, mais de très mauvais poil... »
    « A cause des galipettes de la nuit d'avant ? ».
    « C'est bien possible aussi... ».
    « Franchement, Nico, je ne vois pas pourquoi tu te sentirais fautif... s'il a eu envie de baiser comme un lapin, il doit en assumer les conséquences... tu ne l'as pas obligé que je sache... d'accord tu le rends si fou de toi qu'il en devient accro... mais il l'a bien voulu... ».
    « C'est ce que m'a dit Thibault aussi... ».
    « Tu l'as revu ? » elle s'étonne.
    « Oui, hier soir on a pris un verre ensemble... ».
    « Encore ? ».
    « Je venais de passer à la brasserie pour faire un petit coucou et c'est là que j'ai appris ce qui s'était passé dimanche... alors j'ai voulu en en savoir un peu plus... et comme je n'ai pas osé passer le voir... j'ai été chercher Thibault... ».
    « Joker... coup de fil à un ami... » fait-elle.
    « C'est ça... ».
    « Je pense que t'as bien fait de pas aller voir Jérémie... ».
    « Je pense aussi... ».
    « En tout cas, t'as pas à t'en faire de ce qui s'est passé... ».
    « Je sais bien, mais je n'y arrive pas... ».
    « Ta gueule, Nico... tu vas pas me bassiner avec ça pendant trois jours... il a raté son match, il a raté son match... il aurait tout aussi bien pu le rater en prenant une cuite... c'est pas le premier mec de son âge qui a une nuit très agitée avant un match et qui n'arrive pas à assumer... ce sont des choses qui arrivent... ».
    « Oui, oui, je sais... mais ce qui me fait peur c'est qu'il puisse quand même m'en vouloir... ».
    « S'il t'en veut, c'est qu'il est vraiment con... il a bien aimé te sauter toute la nuit... et si jamais il te tient pour responsable de son petit accident, franchement, ce mec n'en vaut pas le peine... tu ne vas pas vivre toute ta vie en te réglant par rapport à ses caprices... laisse le mijoter... si tu l'as bien fait jouir, une fois son caca nerveux de mâle-blessé-dans-son-orgueil passé, il reviendra vers toi... essaie de profiter de ces trois jours de vacances et essaye de ne pas trop casser les couilles à ta cousine... veux-tu, mon Nico adoré ? ».
    « Oui, chef... ».
    « Sans déconner... te sentir coupable de lui avoir fait tomber la queue comme jamais de sa vie... il vaut mieux entendre ça que d'être sourde ! » fait-elle en se replongeant dans son bouquin.
    Je regarde par le hublot. La France défile toujours sous nos pieds à 800 km/heure... une hôtesse passe dans le petit couloir avec son chariot... nous nous laissons tenter par un « « café » ». Je mets ce mot entre doubles guillemets car, à mon sens, un truc servi dans un gobelet format coca moyen de chez Mcdo, dans lequel flotte un sachet brunâtre qui est censé donner à de l'eau chaude un goût caféiné... on ne peut pas décemment appeler ça un café... quand on pense qu'on vient de payer plus de 20 balles chacun pour... ça... mais alors que l'aspect est peu engageant, le goût est carrément dégueulasse... nous tentons d'avaler cette affreuse bouillie en grimaçant et en rigolant à chaque gorgée...
    Je note : ne plus jamais me laisser tenter par une boisson chaude dans un avion.
    Elodie fait pour se replonger dans sa lecture. Avant qu'elle s'isole à nouveau, j'ai envie de discuter un peu plus avec elle.
    « Tu savais que Thibault était pompier ? ».
    « Oui, mon cousin... ».
    « Tu le sais d'ou ? ».
    « Nous les nanas, on a nos reseaux... » elle se pavane en forçant le trait « tu ne savais pas ça, mon ti cousin ? ».
    « Je viens de l'apprendre... ».
    « Thibault n'a pas l'air d'un frimeur » fait-elle.
    « Bien au contraire, c'est un garçon très discret... » je confirme.
    « C'est lui qui t'en a parlé ? ».
    « Indirectement... il a été appelé pour un feu route de Muret ».
    « Ce mec a l'air d'un type formidable... » fait Elodie, admirative.
    « Je confirme... j'ai encore passé un de ces moments fabuleux en face de lui... ».
    « J'étais sure qu'il finirait par te plaire, lui aussi... ».
    « Comment pourrait-on ne pas être attiré par un mec comme Thibault ? » je reconnais.
    « C'est vrai, j'admets... » finit par concéder Elodie « ton Jérém est d'une sexytude bouillante, mais Thibault... quand on pense qu'il n'a même pas vingt ans... il fait déjà si mur… il fait si... si... si homme, quoi… comme quoi... la maturité a moins à voir avec l'âge qu'avec le naturel… ».
    Je réfléchis à ce qu'Elodie vient de dire et je le trouve très juste.
    « J'ai côtoyé un mec dans le style de Thibault il y a quelques années » elle continue, après une petite pause « même gabarit, puissant et musclé, même attitude, même gentillesse, même bienveillance... il s'appelle Julien... à l'époque... on est sortis ensemble pendant presque un an... il était adorable sous tout point de vue... un mec prévenant, attentionné, droit, rassurant... et en plus, au lit c'était le feu d'artifice... ».
    « Et pourquoi ça c'est fini alors ? » je demande, intrigué.
    « On ne cherchait pas les mêmes choses... du moins pas à ce moment là... ».
    « A savoir ? ».
    « Il n'avait que 20 ans mais il voulait qu'on s'installe ensemble, il parlait même d'avoir rapidement des enfants... mais moi je n'étais pas prête... je ne me voyais pas maman à vingt ans... ».
    « Je n'arrive pas à comprendre comment on peut avoir envie d'avoir des enfants à tout juste 20 ans... on a tout à découvrir, encore, à cette âge là... » je m'étonne.
    « Julien bossait, il avait un salaire convenable, il était bien dans son boulot... tu sais, ce genre de mec très carré, très équilibré cherche souvent de bonheurs très simples, une nana à aimer, des enfants à chouchouter, un nid douillet, quoi... ».
    « Mais 20 ans c'est jeune... ».
    « Ce genre de mec a les idées claires... il sait ce qu'il veut... ».
    « Tu l'aimais ? ».
    « Oui, je pense... oui... j'en suis sure... je l'ai quitté à contrecoeur, je pense que j'ai eu autant de peine que lui... mais j'ai été honnête... je ne me sentais pas prête.. et je ne voulais pas le faire attendre ou me forcer la main... ».
    « Qu'est ce qu'il est devenu ce garçon ? » je me renseigne.
    « Deux ans après notre rupture, j'ai appris qu'il allait être papa... un garçon si adorable ne reste pas longtemps célibataire... et un jour je l'ai croisé au supermarché avec sa copine et le bébé... et j'ai quand même un peu regretté d'avoir passé mon tour avec lui... aujourd'hui, cinq ans plus tard, il est toujours avec la même nana et avec deux enfants... je l'ai croisé à nouveau il y a quelques semaines avec le plus grand, Nathan... Julien  est un jeune papa poule, aimant et adorable avec son gosse... et ça le rend sexy en diable... ».
    « J'imagine... » fais-je en repensant soudainement à un mec, un bobrun croisé au Jardin des Plantes le dimanche de la promenade avec Stéphane... menant une poussette, sa copine à coté... on entend le gosse chialer... le mec se penche, il tend ses bras, il sort son rejeton et le colle contre son torse... au contact rassurant de ses bras et de la chaleur dégagée de son t-shirt, le bébé se calme rapidement... qui ne se calmerait pas dans ce genre de contact avec un bobrun... soudainement je retrouve dans ma tête le souvenir de ces photos de jeunes papas qu'on voit parfois chez des photographes ou sur certaines revues pour nanas, le mec torse nu, bien gaulé évidemment, avec son bébé dans les bras, peau contre peau... ça donne franchement envie de suggérer au mec de confier le poupon à sa maman et de venir se serrer contre nous, torse contre torse, peau contre peau...
    « Quand tu me parles de Thibault » continue Elodie «  j'ai l'impression de retrouver Julien... un garçon droit, loyal, excessivement fidèle en amitié, prêt à tout pour son meilleur pote... ».
    « C'est sur que Thibault ferait n'importe quoi pour son Jéjé... » je commente.
    « Le sien s'appelait Bastien... ils faisaient du foot ensemble... ils étaient comme deux frères... ».
    «  Ce qui est très touchant chez ce genre de mec, c'est le contraste entre leur puissance physique et leur profonde gentillesse... cette putain de gentillesse dans sa voix profonde, chaude... ça me fait fondre... » je continue en allant un peu plus loin dans mon ressenti.
    « Le ton calme, posé... la parole est mesurée mais juste, elle met en confiance, elle témoigne du respect à tout un chacun... c'est ça, n'est-ce pas, ton Thibault ? » fait Elodie.
    « C'est exactement ça... en plus, ce mec n'a jamais un mot plus haut que l’autre… » je continue.
    « Ce sont des mecs qui ne s'emballent pas à la première difficulté qui savent garder la tête froide et réfléchir pour trouver la bonne solution... » fait-elle.
    « Avec ce genre de mec, t'as l'impression qu'il n'y a pas de problèmes, que de solutions... » je m'avance.
    « C’est le genre de gars sur qui on sent de pouvoir compter à chaque instant, avec qui on se sent en sécurité… » fait Elodie.
    « Ces garçons inspirent la confiance et forcent le respect... » je résume « ils dégagent à la fois un calme, une force et une solidité qui donnent envie de s'appuyer sur leurs épaules et de se perdre dans leurs bras… ».
    « Ce genre de mec sait apaiser, rassurer, donner confiance… il sait repérer ce qu'il y a de meilleur dans toute circonstances et dans tout un chacun... et donner envie de faire ressortir le meilleur de soi-même… » fait Elodie, rêveuse.
    « C'est vrai que je me sens bien quand je suis avec lui, je me sens à l'aise et j'ai envie d'être aussi droit que lui... ».
    Je me fais la réflexion que les considérations de ma cousine sont comme d'habitude d'une justesse extrême.
    C'est vrai que Thibault possède une sensibilité qui lui permet de cerner quelqu'un au quart de tour… dans la foulée, il sait trouver la clef pour mettre à l’aise… car il a le bon mot pour toute circonstance... ce mec sait reconnaître tes qualités et t'amener à les apprécier... à t'apprécier toi même…
    Thibault sait faire confiance, mettre en confiance, apprendre à se faire confiance… dans son regard, qui n’est pas flatterie, mais juste bienveillance, on se sent bien, on se sent meilleurs… par sa droiture, et sans que rien ne soit dit directement, il sait montrer la voie…
    Thibault est un mec tout simplement adorable... puisque on le tient en grande estime, on a besoin de son estime… j'en ai besoin... et Jérém aussi en a besoin, plus encore que moi...
    La Manche arrive, avec ses petits bateaux et leurs traînées dans l'eau. Londres approche, l'atterrissage n'est plus qu'une question de minutes.
    Je me rends compte que dans mon ressenti vis-à-vis de Thibault il y pas mal de choses qui se mélangent… une estime profonde, le sentiment d’une belle amitié naissante… et au milieu de tout ça, une attraction sensuelle de plus en plus vive… c’est dur, en tant qu’homo, de se cantonner à rester ami d’un garçon que la nature a à ce point gâté en charme, en beauté masculine… et en beauté intérieure...
    Soudainement, Jérém et Thibault s'affichent dans ma tête en confrontation directe... et je réalise à quel point les deux potes sont différents... et complémentaires...
    Jérém est un meneur naturel, le mec qui en met plein la vue avec ses exploits à la fois frimés et assurés. Jérém est un mec qui a besoin de capter l'attention et de susciter la fascination...
    Thibault, au contraire, est un garçon discret, réfléchi, avec les pieds bien sur terre. Il ne cherche pas le devant de la scène, mais il assure grave, il se tient le plus souvent en coulisses, prêt à se rendre utile au besoin.
    Jérém est le gars à qui tout réussit, le rugby, les filles, le gars sur de lui qui a l'air bien dans ses baskets...
    Thibault est un garçon qui écoute davantage qu'il ne parle... on sait que son point de vue est sensé et pertinent. Et quand on finit par lui demander son avis, on l'écoute.
    Oui, Jérém est le gars qui fait rêver les potes... on a du mal à imaginer que son assurance n'est au fond qu'apparence... que bien de démons s'agitent dans sa petite tête... car les apparences suffisent pour faire rêver autour de soi, surtout lorsqu'on emploie autant d'énergie pour les garder... oui, l'apparence suffit à faire rêver, à susciter l'admiration, la jalousie, à charmer, à faire désirer son amitié... et, qui sait... à faire naître autour de lui des désirs inavouables...
    Et si Thibault, malgré sa solidité, s'était pris les pieds dans ce genre de désirs vis-à-vis de son pote ?
    Dans cet avion qui m'amène loin des deux potes, je me sens soudainement impuissant à empêcher l'inévitable... et si ça se produisait en mon absence ? C'est bizarre... autant dans le rêve de dimanche je n'étais même pas jaloux qu'ils couchent ensemble, limite je trouvais ça beau et naturel... autant là, à cet instant précis, l'idée que Jérém couche avec Thibault m'est insupportable...
    « Et si Thibault avait envie d'essayer un truc avec son pote, surtout maintenant qu'il sait pour nous, maintenant qu'il sait que Jérém est open au sexe entre mecs... ? » je finis pas échapper à haute voix.
    Elodie lève lentement le regard de son bouquin. Son regard est agacé.
    « J'ai adoré l'autre jour quand tu m'as balancé que Jérém et Thibault, c'est un lot... » je lui sors pour la faire sourire.
    Et ça marche. Elle se décrispe, elle referme son bouquin et elle embraye.
    « Ca m'est venu comme ça, sur le moment... ».
    « C'était bien trouvé... ».
    « J’y ai repensé, dimanche, après qu’on se soit quittés... ».
    « Pendant ton rancard ? » je me moque.
    « T’es con, mon cousin… je ne te l’ai jamais dit ? ».
    « Oui, tu me le dis tout le temps... ».
    « C'est qu'il doit y avoir du vrai, alors... ».
    « Je n'en doute pas » je plaisante.
    « Ces deux là ont tout partagé depuis l'enfance... ils sont indispensables l'un pour l'autre... mais le fait d'avoir tout partagé n'implique pas forcement qu'ils ont également envie de partager un lit... j'ai une vision un peu différente de la tienne du « dilemme de Thibault »... ».
    « Je veux bien entendre ça... » je la met au défi.
    « A mon sens, Thibault n'est pas véritablement amoureux de son pote, ni vraiment jaloux de toi, au sens sentimental et charnel. Seulement, depuis que tu es rentré dans la vie de Jérémie, il sent qu'une partie de la complicité avec son pote lui échappe... et je ne parle pas de la complicité sous la couette... je veux juste parler du fait que ton beau brun ne doit pas lui parler de ce qu'il y a entre toi et lui... de ce qui se passe dans sa tête en ce moment... de ce petit grand bouleversement qu'il est en train de vivre... d’ailleurs… bref… le fait d'être tenu à l'écart, alors qu'il a toujours été là pour son pote, le cœur sur la main... Thibault doit le vivre plutôt mal... ça doit être dur pour lui... ».
    « J'avais pas pensé à ça... » j'admets. Que je peux être bête parfois.
    « Si j'ai bien suivi » elle poursuit « c’est toi que Thibault a branché pour en savoir un peu plus sur cette histoire… c’est à la fois malin et touchant de sa part, je trouve… ».
    Je ne trouve rien à répondre, mais je sais qu'elle a raison.
    « Sa frustration » elle continue « traduit peut être juste un sentiment désagréable qu'un non-dit sans précédent, voire une insupportable incompréhension, s'installe entre eux. Il a vite deviné ce qui se passait entre vous deux parce qu'il connaît son pote par coeur. Il est dérouté parce que d'un côté il se rend compte que ta présence a des effets bénéfiques sur son pote, mais de l'autre il ne peut s'empêcher de se demander si, à terme, cela ne va pas le changer en profondeur, et l'éloigner définitivement de lui... ».
    « On a du mal à imaginer qu'un gars solide comme Thibault puisse lui aussi avoir de la peine... » je réfléchis à haute voix.
    « Un corps tout en muscles, une attitude rassurante... c’est trompeur parfois… » continue Elodie « ça peut cacher un cœur et une sensibilité à fleur de peu… et pour peu que le mec soit pudique, on a tendance à ne pas le voir… sous sa carrure de rugbyman, Thibault n'en est pas moins un jeune garçon qui a des besoins affectifs, et pour qui l'amitié avec son pote de toujours est indispensable... je pense que quand il regarde Jérém, il voit « un petit frère », un petit frère en train d’essayer de voler de ses propres ailes... je pense que ça doit lui faire plaisir, mais l’inquiéter aussi… je pense qu'en ce moment, Thibault a surtout besoin d'être rassuré... ».
    « C’est bien vu ce que tu viens de dire… » je commente, presque ému.
    Le commandant de bord annonce l'atterrissage imminent... c'est à ce moment là que j'arrive enfin à voir la couverture du bouquin d'Elodie.
    « Le Prisonnier d'Azkaban... » je lis à haute voix « connais pas... si... enfin... mais jamais lu... ».
    « Tu vois, cousin, elle est là la différence entre ta cousine et toi... ».
    « Quoi donc ? » je fais, ne voyant pas où elle veut en venir.
    « Moi je lis les aventures d'Harry Potter et de sa baguette magique, alors que toi... ».
    « Alors que moi ? »
    « Bah, toi t'es plutôt branché sur les aventures de Jérémie T. et sa braguette magique... ».
    « Tu m'énerves... ».
    « Toi aussi, crois moi, cousin... ».
    « Pareil, après ce qui s'est passé, je ne vais jamais la revoir sa braguette magique... ».
    L'avion se pose sur la piste avec un léger sursaut et l'ensemble des passagers se lance dans des applaudissements à l'attention du pilote qui nous a conduit à bon port. Va savoir pourquoi cette coutume... comme si c'était un exploit que de nous amener à destination sains et saufs...
    Nous récupérons nos bagages et nous cherchons sur les tableaux d'affichage des indications pour les trains vers Londres. Pas réalisé que l'aéroport de Stansted est à une heure de train de Londres. Ok, c'est parti. Nous rejoignons le quai pour monter sur le train direction Liverpool Street.
    « Allez, nous embarquons sur le Poudlard Express, sur le quai 9 et 3/4 » lance ma cousine, fière de sa boutade.
    Je suis dans le train vers Londres, vers Madonna... et c'est là que tout remonte...
    1993, j'ai tout juste 10 ans... ma première « rencontre » avec elle... la première fois que je la vois à la télé... un reportage sur le Girlie Show dans le journal de 20 heures... un extrait de Fever... les cheveux très courts, couleur platine, un rouge à lèvres d'un rouge très vif, un sourire immense, un visage et un corps dégageant une jeunesse et une énergie insolentes... toute de cuir vêtue, entourée de deux danseurs noirs, je la trouve belle, sexy, lascive... juste sublime...
    Ma mère prépare le dîner et me dit : c’est Madonna. C'est la première fois que j'entends ce nom. Episode sans suite immédiate. Pourtant, je crois bien que c'est ce soir là que le mythe prend racine en moi.
    1996, j'ai 13 ans... « You must love me » passe à la radio... le texte me parle, me parle de moi :
    Dans mon coeur tout est caché/Il y a des choses que je meurs d'envie de dire/Effrayée de confesser mes sentiments
    Au lycée, je me sens seul, pas vraiment de potes, et au fond de moi ce truc de plus en plus insistant que je ressens pour les beaux garçons... seul avec mes questionnements... suis je pd ? Comment le vivre ? Comment le cacher ?
    Je vais voir Evita au cinéma. La musique, les images, Madonna… tout est magnifique et rayonnant dans ce film.
    Un dimanche après midi, sur M6, rétrospective vidéo sur Madonna... Like a Prayer... j’adore son image, la force, la fraîcheur et l’insoumission qu’elle dégage... le rythme puissant d’Express Yourself et son clip magnifique me charment à blanc.... Material Girl en rouge Marylin... Like a Virgin à Venise, True Blue en décor années 50... Vogue : la chanson est du plaisir à l’état pur, le clip une perle d'un esthetisme parfait en noir et blanc... autre délire en noir et blanc... le clip sulfureux de Justify my Love... et encore... le clip sm soft d'Erotica... le clip plein de couleurs de Deeper and Deeper... le clip vidéo dans les quartiers pauvres de Secret... le monde de la corrida pour Take a bow...
    Cet après midi là, je suis conquis par un charme qui ne me quittera plus jamais... dans les mois suivants, je casse ma tire lire pour récupérer l'un après l'autre tous ses cd.
    1998, j'ai 15 ans, je suis un jeune garçon introverti de plus en plus attiré par les bomecs... un garçon solitaire, pas doué en sport, un garçon dont on se moque... un garçon qui n'a pas envie d'aller au collège... le collège, son fardeau...
    Et puis au mois de février, une bombe explose à la radio... Frozen... encore une chanson qui me parle...
    Tu vois seulement ce que tes yeux veulent bien voir/Comment la vie peut-elle être ce que tu désires ?/Tu es frigorifié lorsque ton coeur n'est pas ouvert...
    Quelques semaines plus tard sort l'album... une débauche de musique électronique, un son si frais, si avant-gardiste, un régal pour les oreilles. Chaque chanson est d’une puissance, d’une intensité unique…. tel Phénix renaissant de ses propres cendres, Madonna renaît des notes électroniques de Ray of light, elle rayonne à nouveau et plus que jamais.... et elle s’installe définitivement sur son trône de Star.
    Internet commence à être un instrument d’information et de diffusion très important, il me renseigne sur toute l’actualité de ma star favorite, ainsi je n’en rate pas une miette.
    Deux mois plus tard, le single de la chanson Ray of light est lancé et s'installera définitivement comme ma colonne sonore de l'été 1998... que dire de Ray of light… la chanson de tous les superlatifs... peut être le morceau le plus puissant de l'album... accompagné d'une vidéo d’un esthétisme absolu… vivre la vie à mille à l’heure… tout l'inverse de ma vie, une vie ou rien ne se produit... du moins... jusqu'à là...
    L'été passe sans véritables vacances... la rentrée au lycée approche... le lycée... nouvelle aventure qui me fait peur, nouveau camarades, nouveaux et vieux questionnements... comment vais-je m'intégrer dans ce nouveau monde ? Vais je me sentir à nouveau isolé comme au collège, vilain petit canard dont personne s'intéresse, sauf à se moquer de lui, de sa timidité, de son coté « à part » ?
    Comme pour me mettre du baume au cœur, le vendredi juste avant la rentrée, un troisième single est lancé... Drowned world... mélancolique... la chanson passe à la radio, le clip dans Hit Machine...

    3 septembre 1998... en allant à reculons à l'encontre de ma première rentrée du lycée, je ne savais pas encore que ce jour là, à l'approche de mes 15 ans, une rencontre allait complètement bouleverser ma vie.
    C'est d'un pas timide, avec une allure craintive que je rentre dans la cour du lycée... et lorsque le laisse mon regard balayer ce grand espace encore inconnu pour essayer de m'y familiariser, je le remarque instantanément... brun, peau mate, un t-shirt noir qui lui va comme un gant sur un torse déjà prometteur à son jeune âge, une chaînette négligemment posée sur le coton noir, un jeans bien coupé, des baskets Nike... et une casquette, noire elle aussi, posée à l'envers sur ses cheveux bruns... il est là, au beau milieu de cet espace ouvert, à l'aise, en train de discuter et de déconner avec d'autres garçons... et ce sourire, ce sourire de dingue qui semble illuminer non seulement toute la cour du lycée, mais la vie toute entière... ma vie toute entière...
    Je suis tétanisé... jamais de ma vie je n'ai vu un garçon aussi beau... dans la cour du lycée, on ne voyait que lui... dans ma tête, je ne voyais que lui... tout disparaît autour de lui... la cour du lycée se vide d'un coup, le bruit est remplacé par un silence total sur lequel je n'entends plus que les battements de mon cœur et ma respiration saccadée... tout semble se derouler au ralenti...juste une seconde, infinie….
    Dans mon for intérieur, un déclic s'est produit ce jour là...
    Oui, je ne voyais que lui... car ce mec était déjà à ce moment là, si jeune, un coup de poing dans le ventre, une agression visuelle, un truc de fou qui te fait dire que ça devrait être interdit d'être aussi canon...
    J'ai du rester planté un long moment à le mater... la gorge nouée, la respiration bloquée, mes jambes inaptes à faire le moindre pas, mon cerveau incapable de m'apporter d'autres pensées mis à part l'attraction débordante que je ressentais pour ce garçon... comme si chaque fibre de mon corps s'était réveillée à cet instant et elle criait l'envie de m'unir à lui... comme si ma peau réclamait sa peau, mes lèvres les siennes... j'ai eu envie de lui des le premier instant, une envie si furieuse à en avoir mal au ventre... me demander qui il était, dans quelle classe pouvait-il bien être, imaginer la chance de ses camarades de le côtoyer tous les jours, de discuter avec lui... me demander comment il s'appelait, ou il habitait, qui il côtoyait en dehors du lycée, qui étaient ses potes, s'il avait une copine...
    Je l'ai tellement maté qu'à un certain moment nos regards se sont croisés... et son regard a soutenu le mien... et j'ai ressenti en moi la peur qu'il laisse ses potes pour venir me mettre un pain dans la gueule...
    J'ai baissé mon regard, je me suis accroupi et j'ai ouvert mon sac à la hâte, les mains tremblantes, juste pour créer une diversion, style je cherche un truc...
    Un instant plus tard, on nous appelait pour qu'on rejoigne nos classes respectives... lorsque j'ai enfin osé relever les yeux, il discutait toujours avec ses potes... je me dirige vers ma classe d'un pas pressé... je suis obligé de le quitter des yeux... je me demande quand est-ce que je le reverrai... sans doute à la recréé... putain que ça va être long...
    Je m'installe dans la classe parmi les premiers... je regarde les autres camarades prendre place petit à petit, en essayant de définir lesquels pourraient devenir mes potes... c'est un tri silencieux qui ne donne pas de grandes indications pour l'instant... autre tri, d'un autre genre... sur des critères physiques... là non plus, ça ne donne pas de masses... à 15 ans, c'est encore rare de trouver des garçons vraiment attirants... la puberté n'est pas terminée, il faut attendre encore quelques années pour que la musculature s'installe et le garçonnet laisse entrevoir le jeune mâle...
    Ca c'est ce que je me disais juste avant... juste avant que le beau brun au t-shirt noir passe la porte en rigolant avec deux potes... il faut imaginer ma surprise et mon excitation lorsque je l'ai vu débouler, alors que cette possibilité ne m'avait même pas effleuré l'esprit... le voir tracer avec son sac à dos rouge et blanc, avec son air de parfait branleur, de lycéen en mode touriste... avec sa putain de casquette à l'envers...
    Il passe à coté de moi, sa hanche percute mon coude... premier contact... j'entends un « Excuse » lancé à la hâte... premier contact avec sa voix... j'aime sa voix... je me retourne... je le regarde aller bien au fond de la classe et s'y installer avec ses deux potes... ce mec n'est pas seulement beau... ce mec va me brûler les rétines... je n'ai pas osé espérer qu'il soit dans la même classe que moi... j'ai jalousé d'avance les camarades qui le côtoieraient... mais maintenant que je sais que je vais être en classe avec lui, j'entrevois la torture que je vais endurer pendant les trois prochaines années... comment côtoyer un mec aussi attirant sans péter un plomb... comment sentir cette déchirure dans les tripes entre l'envie qu'on ressent pour lui et le fait de devoir y renoncer chaque jour, chaque heure, chaque instant ? Et je n'ose même pas l'imaginer pendant le cours de sport, dans les vestiaires...
    Le prof arrive juste après nous, s'installe. L'appel commence. Prénom, nom, options choisies et...  date de naissance... que de bonnes nouvelles en perspective...
    J'écoute attentivement la succession de noms sans la volonté de les associer aux garçons et aux filles qui lèvent la main ou qui s'annoncent « présent »... tout ce qui m'intéresse c'est de retenir le dernier prénom (si masculin), le nom de famille avec la date de naissance... tout ce qui m'intéresse c'est de capter le moment où le beau brun répondra présent... une bonne partie des camarades a déjà levé la main... c'est mon tour... Nico S., né le 15 septembre 1983... présent... deux prénoms féminins suivent le mien...
    Et puis... un prénom masculin sort des lèvres du prof... Jérémie... suivi d'un nom qui ne sonne pas d'ici... Tommasi... et d'une date qui résonne en moi avec l'importance des codes pour contrôler l'arme nucléaire... le 16 octobre 1982...
    « Me voilà, monsieur... » j'entends répondre, en se marrant, sur un ton insolent. Je reconnais sa voix. Déjà je reconnais sa voix... je me retourne, faisant comme d'autres élèves pour voir qui c'est ce petit con qui se fait remarques dès le premier jour.
    Et c'est ainsi que j'ai su qu'il s'appelait Jérémie... joli prénom qui lui va à merveille, je trouve... Tommasi... ça sonne d'ailleurs... et ça en rajoute au charme... 1982... ainsi le bogoss a un an de plus que moi... et ça en rajoute encore au charme... je me dis qu'il doit redoubler... ce qui va avec le coté branleur qu'il dégage naturellement ainsi qu'avec le coté insolent qu'il vient de montrer en répondant à l'appel...
    Pendant que le prof donne l'emploi du temps, j'entends rigoler au le fond de la classe... je me retourne un peu, juste ce qu'il faut pour le voir du coin de l'oeil, le voir se marrer avec ses potes.
    « On se calme, on se calme... » fait le prof à un moment « Monsieur Tommasi, s'il vous plait... dois-je vous rappeler que vous êtes ici parce que un autre lycée ne veut plus de vous... faisons en sorte que l'expérience ne se renouvelle pas... ».
    « D'accord monsieur... » fait-il sur un ton moqueur.
    « Commencez déjà par ôter votre casquette pendant les cours... » fait le prof en suivant.
    « D'accord monsieur... » répète le bogoss sur le même ton, le regard taquin et malicieux pendant qu'il s'exécute en dévoilant sa belle crinière brune. Ce qui le rend, évidemment, sexy en diable... les nanas le regardent... Nico le regarde, conquis par un charme qui ne le quittera plus jamais...
    Premier jour du lycée, première branlette en rentrant à la maison en pensant à ce mec si beau qui a provoqué ce truc si violent en moi, balayé d'un seul sourire tous mes doutes et toutes mes tergiversations au sujet de mon attirance vis-à-vis des garçons...
    Car lorsqu'on éprouvé une attirance si violente pour un garçon... quand le regarder donne à la fois le plus exquis des plaisirs et la plus brûlante des frustrations... lorsqu'en le regardant on a envie de pleurer et d'hurler... à m'arracher les tripes, à m’arracher le cœur... lorsqu'on ne peut plus détacher les yeux de lui... lorsqu'on est à ce point persuadé que son propre bonheur serait dans ses bras et dans ses draps... ce jour là on comprend qu'on est assurément gay... et qu'on ne pourra jamais rien y faire... et que surtout on a pas à y faire quoi que ce soit... car être gay ça n'a rien de sale, c'es au contraire très beau... et c'est tout simplement ce que je suis...
    Et quand le désir physique déchirant se mélange a l'envie de tout savoir de lui, de le câliner...de mélanger nos souffles, de me perdre en lui, c'est qu'on est amoureux... tu as raison Elodie... depuis la première milliseconde où son image a traversé ma rétine...
    Oui, il y a eu un avant et un après ce lundi 3 septembre 1998... et dans ma chaîne hi-fi, toujours et encore les chansons de Madonna en bande son de ma vie...
    Pas de regrets, pas de regrets, it's Human nature... tu me donnes la Fever... Erotic, j'ai besoin de tes mains partout sur mon corps... je veux t'embrasser à Paris, je veux tenir ta main à Rome, je veux courir tout nu sous une tempête de pluie, faire l'amour dans un train traversant le pays, tu as provoqué cela en moi... et maintenant quoi, et maintenant quoi ? Je te veux, j'ai besoin de toi, j'attends que tu soit digne de mon amour, espérant, priant, pour que tu soit digne de mon amour... for you to Justify my love... exprime-toi... tu dois le faire... t'exprimer... hey, hey, hey, hey... Express yourself... je suis fou de toi... Crazy for you...
    Oui, fou de toi, mon Jérém... quand le lendemain, en classe, tu viendras me serrer la main, chose que tu ne fera pas souvent par la suite, en me balançant... « Nico, c'est ça ? ».
    Putain... il a retenu mon prénom... ce n'est qu'à ce moment prècis, trois ans après, que je réalise enfin à quel point ce détail pouvait avoir son importance... il avait retenu mon prénom dès le premier jour...
    Oui, crazy for you, mon Jérém...

     


    2 commentaires
  •    
    C’est inexprimable… une image vague mais insistante… ça donne des frissons bizarres, mais intenses… ça éveille les sens… ça fait se poser la main autour de la queue… ça s’annonce comme un fantasme qui va bien accompagner cette branlette dans le noir, sous les draps, pour appeler le sommeil…
    C’est juste une image qui fait surface, venue d’on ne sait pas trop où… enfin, qui refait surface… car elle s’est déjà présentée à son esprit, parfois… mais elle est aussitôt repartie… et jamais elle n'est venue en même temps que l’envie d’une branlette… jamais elle n’est venue inspirer une branlette… pas avant ce soir…
    Deux potes… c’est peut-être juste cette bière de trop… cette heure tardive qui appelle aux confidences, à la proximité, à un besoin de tendresse qu’on n’a pas vu venir… ou alors juste la curiosité… oui, la curiosité… mais peut-être aussi à cause de cette envie longtemps refoulée…
     
    Suite de la rencontre avec le beau mécano.
     
    « Qu'est-ce qui est arrivé à Jérém ? Il s'est blessé? » je demande direct.
    « Tu l’as eu ? » je l’entends demander pour toute réponse.
    « Non… mais comme il ne répond pas à mes messages, je suis passé à la brasserie... j’ai entendu un serveur en parler... ».
    « C’est l'épaule qui est touchée... » m’explique-t-il.
    « C'est grave ? » je me renseigne.
    « Apparemment il n'y a rien de cassé, c’est douloureux car il a pris un sacré pet’... ».
    « Qu'est-ce qui s’est passé ? ».
    « Le rugby est un sport dangereux… » il plaisante.
    « J’imagine… ».
    « Le match a été très dur... » il reprend sur un ton plus sérieux  « au milieu de la deuxième mi-temps, un joueur de Cugnaux l’a plaqué et Jéjé est mal tombé... ».
    « Toi non plus tu n’as pas l'air en forme... » je relance.
    « Le match a été dur... » il répète.
    « Et comment ça s'est fini, vous avez gagné ? » je m'inquiète.
    « Malheureusement... non… » soupire le beau mécano « malheureusement, non… ».
    « Ah... merde... je croyais que c'était dans la poche... ».
    « Oui, c'était tout à fait dans nos cordes... si Jéjé avait été en forme... ».
    Voilà ce que je craignais... Jérém pas en forme, le match raté… le pire scénario possible… avec en malus, cette blessure…
    Soudainement je repense aux mots que Thibault m’avait glissé à l’oreille juste avant le départ du KL avec Jérém… de ne pas abuser des bonnes choses car le lendemain il avait besoin de son capitaine en pleine forme… sur le coup, cette sympathique complicité m’avait fait sourire… mais là, ça me met terriblement mal à l’aise…
    Heureusement que la fatigue m’a empêché d'aller au match, j'aurais vraiment été super mal à l'aise de le voir mal dans ses baskets… de le voir se blesser… mon pauvre Jérém…
    Pourtant…un instant plus tard je me dis que j’aurais dû être là… bien sûr, ça n’aurait rien empêché… mais je me sens coupable d’avoir passé mon après midi à roupiller et à rêvasser alors que mon beau brun souffrait…
    « Viens, Nico, on va prendre un verre... » me propose le beau mécano.
    Le soleil tape fort en cette fin d’après-midi… Thibault vient de sortir de ce garage où il devait faire très chaud… de grosses gouttes de transpiration perlent sur son front… depuis qu’on discute, le bogoss passe régulièrement les doigts ou bien le revers de la main sur les tempes pour s’essuyer… mais là, débout à discuter en plein soleil, en dépit de ses efforts, la transpiration ne lui donne pas de répit…
    Et c’est là que le beau mécano a ce geste, un geste d’une inconscience qui n’appartient qu’à ce style de mec, le style « nature », qui ne cherche pas à s’exhiber, qui n’a pas d’arrière-pensées… et qui ne mesure pas la portée de certains de ses actes dont il ne se rend d’ailleurs même pas compte…
    Le bogoss a chaud, son front dégouline de sueur… alors, dans l’absolu, le geste est naturel, évident, pratique, instinctif… pourtant… tellement chargé d’images et de fantasmes à mes yeux…
    Tout se passe en un éclair… les doigts se portent sur le bord inférieur du t-shirt… le coude se plie, au même temps que le buste… le coton se soulève, le cou s’incline, le front se pose sur le tissu pour y être épongé… geste naturel, anodin, presque enfantin…
    Ça ne dure qu’un instant, avant que les doigts ne relâchent le tissu, que ce dernier retombe sur le jeans et que le buste se relève, que tout revienne à la normale… mais pendant ce court instant, le temps s’est arrêté pour moi… à partir du moment où je me suis rendu compte des conséquences et des possibilités offertes par son geste, tout s’est passé comme au ralenti…
    Mes yeux ont filmé la courte scène en HD et chaque image est imprimée dans mon disque dur…
    Voilà la scène… le tissu commence à monter, dévoilant dans l’ordre, la partie haute de sa braguette, un joli rebondi derrière la toile, le bouton haut du jeans, presque totalement caché par une belle ceinture noire de mec… les millisecondes s’égrainent et le rideau de coton continue de monter… le spectacle vient juste de commencer… on passe du noir de la bande de cuir à une couleur plus claire… sa peau… et, comme une piqûre dans le ventre, l’apparition d’un alignement de poils régulier, assez large, fourni, des poils qui ont l’air par ailleurs très doux… et ça continue de monter… l’horizon s’ouvre sur le bas du torse du beau mâle… le territoire vallonné de ses abdos commence à se profiler… mon regard rencontre bientôt la dépression de son nombril, moins marquée que celle de mon beau brun, mais non moins érotique à mes yeux… ça remonte encore, et ses abdos se dévoilent presque dans leur intégralité… et là…
    Et là… BAM ! le rideau tombe brusquement… circulez, rien à voir…
    Mais, putain… comment s’arrêter en si bon chemin ? Putain, mec… t’as chaud… ne te gêne pas… ôte carrément ton t-shirt… on est entre potes, oui ou quoi ? Envie de voir en entier ce torse de fou… ces épaules larges, ce cou puissant de petit taureau complètement dénudé… ses tétons diaboliques que j’ai vu pointer derrière le tissu tendu… ALLEZ !!! laisse-moi te voir torse nu intégral… laisse-moi te regarder en train de passer ton t-shirt partout ou la transpiration te gêne… front… aisselles, cou, dos… et je n’ose même pas imaginer ce qui se passe en-dessous de ta ceinture… vas y, éponge partout… et à la fin, on échange nos t-shirts…
    Je deviens dingue… le fait est que ce geste, soulever le t-shirt pour s’essuyer le front, avec cette nonchalance que j’appellerais délictuelle, me fait un effet de fou… de tous les gestes érotiques qu’un garçon peut accomplir sans s’en rendre compte… celui-là, il est dans mon top 3…
    Image à la fois indelebile et si furtive, si fragile… image dont ne reste qu’une delicieuse impression, un souvenir flou mais tellement vif… provocant le bonheur en se le rememorant, et aussi la frustration, une forme de regret de ne pas en avoir profiter plus longtemps sur l’instant, ne pas se l’etre d’avantage « approprieé», s’en etre impregné, abreuvé… ne realiser qu’une fois le geste terminé, la scene terminée combien elle avait ete magique…..soupiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiirs…
    Et merci le soleil… un rayon de trop et voilà les détails anatomiques qui me manquaient pour rendre mon rêve de la veille parfait… pas tous, évidemment… mais c’est déjà pas mal… putain, que c’est déjà pas mal… putain le rugby… quel sport, quel artiste, quel façonneur de physiques de petits dieux vivants, sculpteur d’abdos à s’en rendre dingue…
    « T’as le temps ? » je l’entends de me demander, chose qui me fait penser qu’avant que je parte dans mes délires, le bogoss venait de m’inviter prendre un verre… combien de temps, après que le t-shirt soit retombé, suis-je resté à mater ses joues et son menton légèrement brunis par un duvet qu’on devine bien fourni, même rasés de près… combien de temps me suis-je attardé sur ces deux biceps qui remplissent les manchettes, au point qu'on dirait qu'elles vont exploser dès qu'il plie le bras et que les muscles bandent un peu... et il n'y a pas que ses biceps qui bandent, c'est moi qui te le dis... mec…
    « Ok, je te suis… » je réponds devant le ton empreint de gentillesse et de chaleur de sa voix, même si je suis un peu inquiet pour la conversation qui s'annonce.
    « Il fait trop chaud, ici… » commente-t-il pendant qu’on traverse la rue.
    Si tu savais à quel point, mon Thib, si tu savais à quel point…
    Une fois installés en terrasse et les deux bières commandées, Thibault démarre en trombe.
    « Je ne sais pas ce qui s'est passé, hier après-midi... Jéjé était complètement ailleurs... déjà il est arrivé en retard… ».
    « Ah bon ??? »
    « Oui… tout juste pour le début du match, et ça ne lui ressemble pas... ».
    « C’était à quelle heure, le match ? » je demande.
    « 14 heures… ».
    « Ah, bon... » je laisse à nouveau échapper bêtement, alors que je suis en train de me demander où est-ce qu'il était entre le moment où il est parti avant mon réveil et le début du match… en gros, pendant environ trois heures...
    « D'entrée il était de mauvais poil... » continue le beau mécano « il a tout juste dit bonjour... ensuite, pendant le match, on aurait dit qu’il tournait au ralenti… il a multiplié les erreurs de débutant... très vite l'autre équipe a commencé à marquer… et très vite Jéjé a commencé à s’énerver... au bout de quelques minutes, il était tendu au possible, il était hors de lui... il a été limite insultant avec certains joueurs... on a frôlé la bagarre… je ne l’ai jamais vu jouer aussi mal, et surtout je ne l'ai jamais vu s’énerver de cette façon dans un match... surtout si près de la finale… de tout le championnat il n'a pas fait un écart... et hier on s'est tapé deux mêlées et on a perdu deux fois le ballon à cause de lui... il a même eu droit à un rappel à l’ordre par l’entraîneur… ».
    Pendant que Thibault me raconte tout ça, j’essaie de déchiffrer le comportement de mon bobrun avec les cartes que j’ai en main et qui manquent au beau mécano... si Jérém était si fatigué... c'est que la nuit a été particulièrement intense, certes... je repense à Elodie comptant jusqu'à cinq sur les doigts de sa main... mais si cela explique la fatigue, ça ne dit rien au sujet du fait que, selon Thibault, « d'entrée Jérém était de mauvais poil »…
    Voilà qui est déjà plus inquiétant… Que s'est-il donc passé dans sa tête depuis notre conversation sur l’oreiller, depuis notre câlin au petit matin ? Regrette-t-il ce plan à trois qu'il a pourtant voulu ? Regrette-t-il la tendresse de cette nuit, qu'il a pourtant voulue ? Est-il encore tracassé par le fait d'avoir joué avec sa jalousie tout au long de la soirée ? Est-ce que ce sont les mots de Romain qui ont remué quelque chose de sensible ? Notamment sa dernière bonne provoc’ avant son départ un brin précipité ?
    Quoi qu’il en soit… Jérém était à l’ouest… ça lui a valu une blessure et une défaite… merde, alors...
    « Je ne l'ai jamais vu dans cet état... » continue Thibault « il était maladroit... et surtout… absent… une équipe a besoin de son capitaine… ça n’y paraît pas, mais ça compte… Jérém n’avait pas le moral… l’équipe non plus… on est partis perdants… c’était presque couru d’avance… sans Jéjé aux manettes, on s’est fait laminer...  je ne l'ai jamais vu aussi à côté de ses pompes... même physiquement... on aurait dit qu'il avait perdu tous ses moyens... au bout de quelques minutes il était complètement essoufflé... son maillot était trempé... même s’il n’avait pas été blessé, je doute fort qu’il aurait tenu jusqu’à la fin du match… ».
    « Complètement essoufflé... son maillot était trempé... »… les mots de Thibault me font soudainement penser à sa douleur dans la poitrine après notre dernière galipette… mais qu’est-ce qu’il a mon Jérém ? Juste une grosse fatigue, un gros stress… ou alors quelque chose de plus grave ? Est-ce que je vais oser parler de ça à Thibault ? Lui parler de la-douleur-à-la-poitrine-accusée-par-Jérém-juste-après-notre-dernière-galipette ?
    « Nico... » j'entends le beau mécano s’adresser à moi avec sa voix chaude, m'obligeant à lever mon regard de ses mains puissantes et à le regarder dans les yeux « est-ce qu'il s'est passé quelque chose l'autre nuit ? Vous vous êtes disputés ? ».
    Ça, pour être direct… voilà le genre de question que je redoutais…
    « Non... non... il ne s'est rien passé... » j'arrive à proférer, alors qu'évidemment mon esprit ressasse à vitesse grand V tous les événements de cette soirée, en essayant de trier ce qui a pu troubler Jérém à ce point... évidemment je ne peux pas lui dire que nous n’avons pas assez dormi car il a voulu aller au On Off, qu'il a levé/qu'il s'est fait lever par un beau barbu, qu'on a fini tous les trois à l'appart pour un plan de dingues et qu'on a baisé comme des malades jusqu'au petit matin... je choisis de répondre sans trop en dire :
    « Non, on ne s'est pas disputés... il m'a même demandé de passer la nuit chez lui... mais quand je me suis réveillé hier matin, il était déjà parti... ».
    « Et tu t’es réveillé à quelle heure ? »
    « Un peu avant midi, mais je pense qu’il était parti depuis un moment… ».
    « Qu’est-ce qu’il a foutu entre midi et deux ? Quand l’entraîneur lui a passé un savon parce qu’il était en retard, il a prétexté un problème de voiture… ».
    « Je n’en sais rien… c’est la question que je me pose moi aussi… » je lui réponds.
    « T’es sûr qu’il ne s’est rien passé qui aurait pu le mettre en rogne ? » il revient à la charge, le ton de voix toujours apaisé, pas un mot plus haut que l’autre.
    « Tu sais, Thibault… c’est pas facile avec lui… » je me lâche « entre ce qu’il voudrait être, ce dont il a envie, ce qu’il pense, ce qu’il dit, ce qu’il fait… ses sautes d’humeur… un jour blanc, un jour noir sans que lui-même sache pourquoi… c’est la pagaille… j’essaie de prendre les choses telles qu’elles viennent… parfois il se laisse aller, un peu… et il regrette ensuite… tiens… la nuit dernière il m’a un peu parlé de lui… de sa famille… évidemment je ne lui ai pas dit que certaines choses n’étaient pas nouvelles pour moi… (c’est là que je marque une pause complice en regardant tout droit le beau mécano dans les yeux et en lui montrant un petit sourire, pause pendant laquelle il me balance un clin d’œil tout aussi complice)… il m’a parlé de l’importance du rugby dans sa vie… ».
    « Jéjé s’est construit autour du rugby… » m’explique-t-il « il a besoin de ça… c’est sa façon d’exister, de se sentir vivre… de faire taire ses angoisses… ».
    « Oui, mais il y a plus important que le rugby à ses yeux… » je pense pouvoir affirmer sans me tromper.
    « Je ne suis pas sûr… » fait Thibault « si tu lui enlèves ça, Jéjé est une bombe à retardement… ».
    « Moi je te dis que si… » j’insiste.
    « Je ne vois pas… enfin… c’est vrai que j’ai l’impression que tu prends de plus en plus de place dans sa vie… » je l’entends lâcher, phrase qui arrive à mon cerveau en provoquant un bonheur certain.
    « Je parle de ton amitié, Thibault… » je continue sur ma lancée, en essayant de ne pas me laisser émoustiller par les mots du beau mécano « quand je l’entends parler de toi, j’ai l’impression, la certitude même, que Jérém n’a rien de plus cher au monde… et l’autre soir il m’a fait comprendre à quel point tu es important pour lui… depuis longtemps… à quel point il a besoin de toi… Jérém a une telle estime pour toi, un truc de fou… bien sûr… je le comprends… tu es un mec tellement chouette… il a de la chance de t’avoir… ».
    Voir un garçon comme Thibault m’écouter attentivement et apprendre de mes propres lèvres une info plaisante à ses oreilles est une expérience grisante… mais voir un garçon comme Thibault, si solide, si bien dans ses baskets, se laisser rattraper par l’émotion est une expérience touchante, émouvante. Ainsi, lorsque le regard du beau mécano s’emplit de tendresse et qu’un sourire pudique vient essayer de contenir un trouble pourtant manifeste, je le trouve attendrissant… cette belle bête toute en muscles rattrapée par l’émotion… si c’est pas une image d’une beauté surnaturelle…
    Je me trouve là devant un Thibault mis à nu sur ce qu’il a de plus intime. Son amitié avec mon bobrun. Avec son Jéjé. C’est là que je me dis qu’au fond, derrière son image de mec solide, derrière son caractère apaisé, inébranlable… Thibault n’en demeure pas moi un adorable choupinou de 19 ans, un garçon excessivement sensible et avec des besoins affectifs, comme tout le monde…
    Et pendant que je le regarde lutter contre l’émotion, je vois apparaître en filigrane dans son regard, cet enfant qui pleure et qui est quelque part en chacun de nous, sans exception, et à tout âge… je sais qu’il pleure parce que son pote lui manque… parce qu’il s’inquiète pour lui… pour l’avenir, pour son départ…
    J’ai soudainement très envie de le serrer très fort contre moi… envie de le câliner, le prendre dans les bras, lui donner de la tendresse, le rassurer… une envie qui va même au-delà de la sensualité furieuse qu’il m’inspire… oui, Thibault… toi, de tout temps si protecteur, rassurant… toi aussi tu mériterait de connaître cela, pouvoir t’abandonner, te laisser aller, te sentir protégé, réconforté… tu es tout le temps en train de veiller sur ton pote, tout le temps en train de faire attention aux personnes autour de toi…  dans l’intimité, tu dois être un garçon à qui il fait bon s’abandonner… rassurer… c’est le rôle du mec, ça… bien sûr, on ne peut jamais présager des équilibres dans l’intimité d’un couple… parfois l’élément « fort » n’est pas celui qu’on croit… en tout cas, rassurer c’est très souvent le rôle d’un mec comme toi, Thibault… un mec qui prend tout le monde dans tes bras, que ce soit au sens propre, ou au sens figuré…
    Mais toi, beau Thibault… qui te prend, toi, dans les siens ? Qui te fait un vrai câlin, celui que tu mérites, quand vraiment tu en as besoin ? »… tu es tellement touchant… si j’osais, je passerais mes mains autour des tiennes comme tu l’as fait la dernière fois, pour me réconforter… mais je n’ose pas…
    « On aurait dit que quelque chose le tracassait... » relance le beau mécano comme pour se secouer de cette émotion et reprendre le dessus.
    « On a parlé aussi de mes études à Bordeaux… » je lance, la voix encore marquée par l’émotion.
    « Tu sais, Nico… toi aussi tu es important pour lui… il ne veut pas l’admettre, mais c’est bien le cas… et moi je le sais, je le sens… ».
    « Je ne sais pas… je ne sais pas… » je bégaie, ému à mon tour. Je n’ai pas envie de chialer une fois de plus devant cet adorable Thibault qui s’est lui aussi retenu de justesse, alors je tente de changer de sujet.
    « Et le championnat ? » je lance, tout en attendant la réponse à ma question avec une certaine inquiétude.
    « Si on avait gagné hier, on serait arrivés peinards dimanche prochain face à Colomiers... maintenant, il nous faut impérativement gagner dimanche prochain, sinon c'est foutu… ».
    « Il pourra jouer ? » je m’inquiète.
    « On en sait rien, il faut voir comment son épaule évolue dans la semaine... ».
    « Et s’il ne peut pas ? »
    « Pas cool… sans lui, ça va être plus compliqué... ».
    « Merde… ».
    « C’est la vie, c’est le sport… c’est comme dans Forrest Gump… » fait le beau mécano.
    « La vie est comme une boite de chocolats… »
    « Et le rugby c’est pas mieux… »
    « Oui mais ce serait dommage… ».
    « Ça c’est sûr… tous ces efforts pour rater le dernier coche... surtout que déjà l’an dernier on est passés si près du but… Jéjé était tellement déçu il y a un an… on y avait cru jusqu’à la dernière minute… perdre en finale pour une poignée de points… ça fait mal… alors, depuis la rentrée, il s'est donné comme jamais... tout le monde s’est donné à fond… mais Jéjé a mouillé le maillot plus que son dû... il était tellement heureux d'y arriver enfin... qu'on y arrive tous ensemble... si ça foire... il va péter un câble... je le sens... ».
    « J’espère vraiment qu’il va être en forme pour dimanche prochain… ».
    « J'ai passé la soirée avec lui aux Urgences à Purpan... apparemment ce n'est rien qui ne se soigne pas avec un anti-inflammatoire, un analgésique et une bonne dose de repos... ».
    « Il n’a pas eu des douleurs à la poitrine ? » je demande à brûle-pourpoint. Il fallait que ça sorte à un moment ou à un autre.
    « Si… si… mais comment tu sais ça ? ».
    « La nuit dernière il a eu mal aussi… après la dernière… je veux dire… le dernier… enfin… » voilà comment je me lance dans un pétrin sans nom.
    « Le dernier câlin ? Ce qui laisse imaginer qu’il y en a eu plusieurs… et voilà qui explique pas mal de choses… » fait-il avec un beau sourire dans lequel il me semble déceler une petite étincelle coquine.
    « Oui… » je réponds, gêné, limite honteux.
    « Nico, il ne faut pas avoir peur des mots… t’as pas à avoir honte… vous vous faites du bien, et il n’y a aucun mal à ça… ».
    « Je sais… » je fais, à la fois rassuré sur le fond mais gêné à cause de ma bêtise.
    « Quel petit con, quand même ! » s’exclame Thibault sans transition « il m’a juré que c’était la première fois que ça lui arrivait ! ».
    « Il en a parlé aux urgences ? » je demande.
    « T’imagine bien qu’il ne voulait rien dire… j’ai dû commencer à en parler à sa place pour qu’il se décide à se mettre à table… à force, il lui ont fait passer un électrocardiogramme… résultat des courses… le médecin  a décrété qu’il a rarement vu un cœur en aussi bonne forme, aussi musclé et bien rythmé… on a perdu une heure de plus, mais il fallait en avoir le cœur net… ».
    « Ah… c’est clair… je suis rassuré… la nuit dernière je me suis inquiété aussi… je voulais l’amener aux urgences, car il avait l’air d’avoir vraiment mal… mais moi… moi il ne m’écoute pas… ».
    « C’est pas un mec facile, le Jéjé… il a un sacré caractère… » plaisante le beau mécano.
    « Ça, je ne te le fais pas dire… » je lui confirme du tac au tac, avant de lui lancer « mais toi au moins tu arrives à le raisonner… ».
    « C’est que je ne lui laisse pas le choix ! » plaisante-t-il, adorable, et il continue, sur le même ton « si tu savais, Nico… le dresser a été un travail de longue haleine… et encore… il n’en fait souvent qu’à sa tête… je me bats tout le temps avec… ».
    « J’imagine.. j’imagine… » je lui fais en écho, amusé.
    « Le médecin lui a juste dit de se ménager… » explique-t-il « car il a quand même fini par remarquer que si Jéjé avait une petite forme, c’était probablement à cause d’un manque de sommeil… il lui a carrément balancé qu’il ne fallait pas faire la nouba jusqu’à pas d’heures une veille de match… parce que c’est ça qui est arrivé, n’est-ce pas Nico ? ».
    « Un peu… » je tente de rigoler, démasqué.
    « Enfin, moi aussi je suis rassuré… » fait-il « si sa petite forme n’était due qu’à un excès de bonnes choses… ce n’est pas bien grave… ».
    « J’aurais dû rentrer chez moi… ». Sans transition, le Nico passe en mode auto-flagellation.
    « Je suis sûr qu’il avait besoin de toi hier soir… » réagit Thibault, rassurant « je pense qu’il a été très surpris de te voir prendre la direction de la sortie au KL avec ce mec… ».
    « Il ne me calculait pas… je me suis dit qu’il allait encore se taper… un… » je tente de m’expliquer en remplaçant de justesse ‘plan à 4’ par « …une nana… j’avais pas envie de le regarder partir de son côté… et puis c’est ce mec qui est venu me voir… je ne m’y attendais pas… et… ».
    « T’as pas à te justifier, Nico… » il me coupe, rassurant « t’as fait ce qui te semblait juste… et en plus… t’as vu comment il a rappliqué ? ».
    « Oui… ».
    « Il tient à toi, c’est sûr… il peut se comporter comme un con, mais il tient à toi… je pense qu’il aurait été très malheureux si tu étais parti avec l’autre mec… ».
    « Ouais… mais je pense vraiment que, une fois en ville, j’aurais dû repartir chez moi… » j’insiste.
    « Tu plaisantes, j’espère… quoiqu’il se soit passé cette nuit, il l’a voulu, autant que tu l’as voulu… et tu n’y es pour rien… un accident est un accident… et puis ça lui est déjà arrivé de foirer un match parce qu’il a trop donné de sa personne la nuit d’avant… si tu vois ce que je veux dire… » rigole le beau mécano qui n’a pas son pareil pour rassurer, dédramatiser, relativiser, soigner l’angoisse, pardonner chez l’autre, donner envie de faire la paix avec soi-même et faire mieux la prochaine fois.
    « Il a dû être très déçu de ne pas pouvoir finir le match… » je relance.
    « Oui... il était très déçu... c'est le moral qui a pris le plus gros coup, plus que l'épaule... surtout quand l’entraîneur l’a obligé à sortir… Jéjé ne voulait pas… là encore il s’est énervé grave… j’ai eu peur qu’ils en viennent aux mains… mais l’entraîneur a bien fait d’insister… ça aurait pu être plus grave… ».
    Ça me rend triste de savoir Jérém et Thibault dans la merde vis à vis du championnat... après tous leurs efforts... je tente d’imaginer l’ampleur des séquelles laissées par le passage de cette nuit sur mon beau brun… j’imagine qu’elle a dû avoir l’effet d’un rouleau compresseur... sur son corps, dans sa tête... ce n’est vraiment pas le genre de nuit qu'il faut la veille d’un match décisif... si seulement j'avais su me tenir à carreau... ne pas flirter avec Martin... ne pas le provoquer… on serait rentré ensemble... ou pas... mais la nuit aurait été bien plus calme pour lui... physiquement autant que mentalement… son corps se serait reposé et son esprit n'aurait pas connu tant de sollicitations troublantes... et le match se serait mieux passé…
    Je ressens un malaise grandissant devant cet adorable Thibault... un Thibault qui ne me demande pas de comptes, un Thibault qui se veut rassurant comme à son habitude, mais un Thibault qui dégage quand même une certaine inquiétude au sujet de son pote, une inquiétude qui résonne en moi...
    Je n'ose à nouveau plus le regarder dans les yeux, je fuis son regard... j’ai l’impression que je ne lui ai pas tout dit… l’impression de lui mentir… même si ce n’est que par omission, et que mes omissions relèvent d’une intimité avec mon beau brun qu’il serait certainement malvenu de partager, même avec lui…
    Oui, je ne lui mens que par omission et déjà je me sens très mal à l’aise… je me fais la réflexion que c'est dur de mentir à un garçon aussi exceptionnel que Thibault... car dès qu’on le connaît un peu, on a envie de mériter sa confiance… mieux que ça, on en a réellement besoin… Thibault est le genre de mec qui, rien qu’avec un regard, rien qu’avec sa présence, donne envie de marcher droit, dans son sillage…
    C’est dur de lui cacher des choses, mais je devine que ce serait encore plus dur de voir la déception dans son regard… car c’est sans doute de la déception qu’il ressentirait si jamais il savait pourquoi son pote n’était pas en forme… s’il pouvait apprécier le rôle de mon comportement dans la séquence d’événements de la nuit dernière qui ont amené à un Jérém HS sur le terrain de jeu…
    J’ai l’impression que décevoir un gars comme Thibault, serait dur, dur c'est comme se décevoir soi-même...
    Soudainement, je me mets à la place de Jérém pendant le match, lorsqu’il s’est rendu compte qu’il n’était pas en état de mener le jeu… Jérém croisant le regard de Thibault pendant les adversités du match, à cause de son insuffisance physique... lui aussi, et plus encore que moi, a dû craindre de lire la déception dans le regard de son meilleur pote... je n'ose imaginer le bordel dans sa tête… le malaise vis-à-vis de son équipe qui compte sur lui et qu’il va décevoir… mais surtout le malaise vis-à-vis de Thibault, l'ami le plus proche, dont l'estime lui est indispensable…
    Oui, décevoir un gars comme Thibault, doit être dur, comme se décevoir soi-même... mais décevoir un pote comme Thibault, ça doit être carrément insupportable...
    « T'en fais pas… » tente de me rassurer le beau mécano, en laissant un sourire charmant illuminer son visage et faire vibrer nombre de cordes sensibles en moi « Jéjé est comme ça... quand le vent tourne, il démarre vite... mais il est aussi capable d'incroyables sursauts pour obtenir ce qui lui tient à cœur... ».
    Pendant qu’il parle, je le regarde, hypnotisé par son sourire… qu’est-ce qu’il est sexy, ce mec… sexy, rayonnant de sensualité… une sensualité bien à lui, une sensualité frappante, puissante, mais si différente de celle de mon Jérém…
    Jérém est un magnifique animal sauvage, au physique d’une beauté aveuglante, brûlante évoquant une sexualité torride, débridée... Thibault possède un autre genre de physique, un physique dont le charme résulte d’un mélange subtil entre puissance, assurance et douceur… un style si différent de celui "je suis bogoss, je le sais, je me la pète" de mon bobrun… Thibault fait très naturel, gentil, doux, « calinable » et « baisable »… on se dit que l’amour avec lui ce serait doux, tendre mais sensuellement puissant, sûrement très intense… Thibault fait garçon sage… mais on aime imaginer, tapi derrière sa sagesse, un potentiel de sensualité peut-être encore inexploré… bref, on est conquis par son côté gentil garçon… mais en même temps on a envie de déclencher chez lui toute la fougue qu'il semble retenir derrière son air de genre parfait… on voudrait le voir se lâcher... assister au spectacle sans prix de la découverte de plaisirs inconnus…
    Putain, je m’égare… me voilà hors-sujet…
    Thibault, Jérém, deux potes, si proches, si différents…Thibault attachant, Jérém plus distant… Thibault réfléchi, Jérém impulsif… Thibault doux, Jérém cassant… Thibault posé, rassurant, Jérém constamment en mouvement, imprévisible… Jérém meneur fougueux, Thibault tout en équilibre, en retenue et sagesse.
    Tant d’années plus tard, me promenant dans une fête d’été en ville, je me trouve si souvent confronté à des gifles visuelles et olfactives de bogoss croisés ici et là, à en avoir le tournis… dans nombre d’entre eux, je retrouve un côté petit con à la Jérém… mais il est beaucoup plus rare de croiser un charme viril à la Thibault… car le « Thibault » est un animal plus rare, plus discret que le petit con à la Jérém… surtout à l’âge de 19 ans…
    « Là il est un peu abattu… » j’entends le beau mécano continuer « mais je suis sûr qu'il va vite se remettre en état de marche et que dimanche prochain il va tout déchirer... on va tout déchirer... ».
    Pendant que je jongle entre mes réflexions, le son doux et chaud de sa voix, ses mots que je bois comme du petit lait, j’ai tout juste remarqué que la sonnerie de son portable a commencé à retentir.
    Tout en terminant sa phrase, le beau mécano extrait l’appareil de la poche de son jeans et, après avoir consulté l’écran, il me lance :
    « Désolé, il faut que je réponde… c’est important… ».
    J’essaie de le mettre à l’aise en lui adressant un petit sourire.
    « Allo ? » fait-il en décrochant. Le ton est ferme, chaud, assuré, gentil, adorable. Ça donne envie de l’appeler.
    Un « âllo » suivi de près d’un certain nombre de réponses et d’interrogations, de courts échanges dont je n’entends pas les répliques, une conversation dont je ne comprendrai les tenants et aboutissants qu’une fois la communication terminée, tout en découvrant quelque chose de fondamental au sujet du beau mécano.
    « Je viens de sortir du taf… ».
    « Je suis à proximité de la Gare Matabiau… ».
    « Avec les bus, je peux y être dans dix minutes ».
    « Qu’est-ce qui se passe ? ».
    « Où ça? ».
    « Dans un immeuble ? ».
    « Ok, ok, j'arrive… à tout… ».
    « Désolé, Nico » fait-il en raccrochant et en se levant au même temps ; il n’a pas terminé sa bière, mais il n’a pas oublié de glisser deux pièces de dix francs sur la table ; il a l’air soudainement très pressé « il me faut y aller… ».
    « Rien de grave ? » je l’interroge, sans encore comprendre ce qui se passe.
    « Non… enfin… je ne sais pas trop… il y a un feu dans un immeuble vers chez toi... avenue de Muret… je dois me rendre à la caserne au plus vite… ».
    Soudainement ça fait tilt dans ma petite tête engourdie.
    « Mais tu es pompier... ? » je finis par laisser échapper bêtement.
    « Je suis juste volontaire, depuis deux ans… ».
    « Ah, oui… je ne savais pas… »… de plus en plus bête, Nico…
    « Je dois y aller, Nico… » il coupe court « on se recapte un de ces quatre si tu veux, je te tiens au courant pour Jéjé… et t’en fais pas, ça va aller… ».
    « Ok, bon courage… ».
    Venir à la rencontre de celui qui était jusque là le meilleur pote de mon Jérém, un beau mécano… échanger la bise, comme des potes… sentir sa main qui se pose sur mon bras pour empêcher de me vautrer sur le goudron… voilà une expérience magique…
    Mais me séparer de celui qui sera désormais et avant tout à mes yeux un jeune pompier volontaire… nous quitter en me laissant serrer brièvement dans ses bras et en nous claquant la bise à nouveau mais de façon plus pressée, en sachant qu’il part en mission… voilà que ça me donne carrément des frissons indicibles…
    Thibault jeune pompier volontaire… et voilà un truc qui m'avait échappé… un truc dont je suis étonné de ne pas en avoir entendu parler plus tôt… bien sûr, je ne le connais pas depuis longtemps… mais je trouve bizarre que ni lui ni Jérém ne m’en aient jamais parlé… en même temps… entre la discrétion de Thibault qui n’est pas du tout le genre de mec à se faire mousser pour quelque chose qu’il fait en plein esprit civique… et un Jérém avec qui, après des mois de baise pure, je commence tout juste à avoir des conversations… pas étonnant que ce genre d’info ne me soit pas parvenue plus tôt…
    Putain… Thibault… pompier… ça en jette grave… en même temps… ça ne m’étonne pas de lui… ça lui ressemble tellement… pompier… c’est tellement Thibault, ça…
    Je regarde ce physique de bogoss s’éloigner, soudainement animé par un empressement qui est pur dévouement à une noble cause… mon regard se pose une fois encore sur ces putains de biceps qui non seulement remplissent bien ces manchettes bicolores… mais qui semblent carrément en forcer le coton au moindre mouvement musculaire…
    Oui, je mate ce beau physique en me disant que désormais je le regarderai autrement… car à chaque fois que je verrai apparaître ses bras, son torse… je ne verrai plus seulement le bogoss, charmant, gentil et bienveillant au possible… le meilleur pote de mon Jérém… ou encore… un rugbyman scandaleusement sexy... ni seulement un mécano consciencieux passant sa journée les mains dans le cambouis...
    Désormais, lorsque je croiserai son regard, je me dirai que parfois ce même regard a dû voir des choses difficiles à affronter… qu’il a vu la souffrance… et que ses bras, ses jambes, et certainement ses mots, sa voix rassurante, ont contribué à la soigner…
    Oui, « pompier » éveille en moi une estime et une admiration sans limites… pompier est un mec qui peut être appelé à devenir un héros... pompier est un mec qui peut sauver des vies... parfois au péril de la sienne…
    Bien sûr, l’estime avant tout… et si en plus on parle du côté charme… il faut admettre que « pompier » ça en rajoute grave… je n’ose même pas l'imaginer dans son uniforme de service… cet élément si spécial, part intégrante du fantasme : l’uniforme, symbole de l’autorité, de la soumission à l’autorité… et de vestiaires communs…
    Oui, c'est à partir de ce moment-là que Thibault à été propulsé à mes yeux dans une nouvelle dimension... une dimension où il m’apparaît désormais comme étant un être supérieur… soudainement, son amitié me devient indispensable… on a forcément envie d’être pote avec un mec pareil… même si devant tant de noblesse d’esprit… on se dit que cette amitié, il faudra la mériter… et c’est peut-être là qu’est la plus grande valeur d’un garçon comme Thibault… un mec comme ça, aussi pur, aussi droit, ça donne envie d’être meilleurs.
    Je le regarde partir d’un pas soutenu… et à un moment, partir carrément au pas de course… je le regarde jusqu’à ce qu’il disparaisse de mon champ de vision… je le regarde en me disant que ce mec est un ange tombé du ciel, par erreur…
    Quand je pense que je n’ai même pas pensé à le féliciter…
    Soudainement mes petits tracas sentimentaux prennent une autre proportion, je relativise. Mais ça ne dure qu’un temps… hélas, lorsque sa présence rassurante s'éloigne... lorsque je regarde l’écran de mon portable immuablement vide… mes petits soucis reviennent au galop… l'angoisse me happe à nouveau... je sais que l’accident de Jérém… ça va me tomber sur le coin de la gueule...
    Après ce que je viens d’apprendre, je sais que je n’oserais pas aller le voir. Je n’ai pas demandé l’avis de Thibault à ce sujet, je n’ai pas eu le temps, je n’ai pas osé.
    De toute manière, son silence après mon sms semble assez explicite… « fiche-moi la paix ! »… j’ai l’impression de l’entendre d’ici…
    Demain je m'envole pour Londres et cette angoisse risque fort de gâcher le plaisir de ce concert tant attendu... comment je vais retrouver Jérém à mon retour ? Est ce que je vais seulement le revoir ? Quand ?
    Tout part en vrille… je pense que Jérém doit m’en vouloir pour cette défaite, pour sa blessure... et si jamais dimanche prochain il n'est pas en état d'assurer le jeu... que son équipe gagne sans lui ou, pire, qu'elle perde sans lui, il va me détester…
    Mais quoi faire ? Ce qui est fait, est fait… et, comme le dit le jeune pompier, « ce qui s’est passé la nuit dernière, Jérém l’a voulu autant que moi »… je repense au concert… mon esprit est déjà dans l’avion… heureusement qu’Elodie sera du voyage… on va bien se marrer ensemble… sa présence me rassure… c’est la première fois que je prends l’avion, que je pars dans une très grande ville à l’étranger…on va passer trois jours ensemble, trois jours de dingue… et les soucis de Toulouse, je vais essayer de les laisser à Toulouse…
     
    Allongé seul dans son lit, les draps propres sur sa peau fraîche tout juste douchée, il attend le sommeil.
    Son corps est fatigué, il sent qu’il ne va pas tarder à venir. Il repense à sa journée. Au boulot ça s’est bien passé… une journée bien remplie mais ça a bien avancé… ça se passe bien tout le temps… il faut dire que son métier, il l’aime, il ne se verrait pas faire autre chose. Il y a bonne ambiance au taf, les gars sont sympa. Il repense à la déconnade avec ses collègues à la pause de midi et il en rigole tout seul, dans le noir.
    Oui, au taf l’ambiance est bonne.. et lui, pour sa part, il fait tout ce qu’il peut pour qu’elle le reste. Il fait tout ce qu’il peut pour rendre service. Pour désamorcer les tensions. Pour que tout se passe bien. Toujours prêt à donner un coup de main, ou juste un conseil quand on lui demande, et avec le sourire en prime.
    Depuis un an qu’il est embauché, il sait qu’il a beaucoup appris… il sait que le patron l’apprécie beaucoup, et il lui a déjà parlé à mi-mots d’un poste de responsable d’atelier à pourvoir sous peu dans le deuxième garage qui va bientôt ouvrir à Balma. Une belle promotion. Il sait que c’est un gros challenge, qu’il a encore des choses à apprendre, et il se donne à fond.
    L’intervention route de Muret aussi s’est bien passée. Plus de peur que de mal. Juste un feu de poubelles. Encore des mômes désœuvrés. Leurs parents n’ont pas dû avoir l’idée ou les moyens de les initier au rugby ou au foot, c’est dommage… taper dans un ballon avec ses potes évite souvent de faire des conneries avec ses potes… c’est dommage que tout le monde n’ait pas la même chance dans la vie…
    Oui, plus de peur que de mal, mais il vaut mieux ça… bien sûr, c’est con et coupable de faire déplacer des pompiers pour des bêtises de mômes… mais il vaut encore mieux ça que de devoir se rendre sur un accident de la route et passer des heures en essayant de désincarcérer un corps inanimé dont on ne connaît pas la gravité des blessures… car cela lui est arrivé, lors de l’une de ses toutes premières missions… il n’a pas oublié cette sensation d’impuissance, cette leçon d’humilité qu’on se prend en pleine gueule, cette angoisse qui guette face à une vie en danger… surtout lorsqu’on a tout juste 18 ans.
    Il a toujours voulu être pompier. Rendre service est dans ses gènes. Aider et soulager, sa devise. Et ce soir il est fatigué, mais il se sent bien.
    Entre le taf et l’intervention, il y a eu une rencontre intéressante, qu’il regrette d’avoir dû interrompre un peu brusquement. La conversation avec Nico a été enrichissante. Car, depuis, il a désormais en main un début d’explication pour la mauvaise performance et l’état physique de son pote lors du match de la veille… il est rassuré, du moins de ce côté-là…
    Et puis il y a eu ces mots de Nico qui l’ont touché, vraiment touché… comme quoi Jérém ressentirait pour lui une estime et une amitié sans limites… il ne sait pas pourquoi les mots de Nico l’ont autant touché… il le sait depuis longtemps que l’amitié qui le lie à son pote de toujours est profonde, sincère, irremplaçable, et il sait aussi qu’elle l’est dans les deux sens… car, même si Jérém n’a jamais été trop bavard à ce sujet, préférant se retrancher pudiquement derrière des non-dits typiques des mecs de leur âge, il l’avait bien ressenti, à bien des occasions… dans leur complicité, leur entente, leur confiance réciproque…
    Oui, ça fait longtemps qu’il sait qu’il a une place importante dans la vie de son Jéjé… mais entre ressentir les choses et les entendre, même si elles sont rapportées… il y a juste un surplus d’émotion qu’il a failli ne pas arriver à contenir… il sait que le petit Nico a été sincère… lui, si proche de la source de l’info, il sait qu’il peut lui faire confiance…
    Ce sacré Nico… envie de le connaître un peu mieux, envie de comprendre qui est ce garçon qui a chamboulé la vie de son pote, ce sacré bonhomme qui a l’air sincèrement amoureux de son Jéjé... envie de se rapprocher de Nico… et non pas pour avoir de lui les réponses qu’il n’a pas de son pote, mais juste pour garder un œil bienveillant sur lui…
    Car s’il est rassuré sur la forme physique de Jérém, à ses yeux d’autres inquiétudes demeurent, notamment dans le fait qu’un malaise, des non-dits, des malentendus s’installent entre eux justement à cause de la relation avec Nico…
    Il repense à l’état de Jérém en arrivant dans les vestiaires tout juste avant le match… son regard fuyant… gêné, honteux… est-ce que Nico lui a vraiment tout dit ? Par ailleurs… est-ce que vraiment il aurait pu lui en dire plus ? Bien sûr, il le sait… les histoires sur l’oreiller, ça ne le regarde pas…
    Pourtant… très dur de se sentir tenu à l’écart… et encore plus dur de sentir les non-dits, de plus en plus nombreux, de plus en plus encombrants, comme un mur invisible mais de plus en plus épais, se cumuler entre son pote et lui, les éloigner…
    Les non-dits… il a eu l’impression de s’y cogner de plein fouet justement pendant ce maudit match… dans cette chronique d’une défaite, une image le hante plus que toute autre… un regard… le regard de son Jéjé à bout de forces… un Jéjé qui se sent impuissant face à l’ampleur de la tâche et à son manque de ressources pour y parvenir… Jéjé perdu, désemparé… un regard qu’il n’arrive pas à oublier… c'est triste le regard d’un mec sur le point de voir son rêve de toujours lui échapper des mains… son visage défait… la honte de ne pas y arriver… voir sa déception… et, dur par-dessus tout, arriver à capter dans ce regard quelque chose qui ressemblerait à une autre peur, la peur de le décevoir, lui, l’ami de toujours…
    Cet échange de regards avec Jéjé l’a vraiment marqué et attristé... jamais encore il n’avait vu ce regard dans les yeux de son pote… il l’avait déjà vu déçu, mais jamais dépité à ce point… il l’avait déjà vu déçu, mais encore il y a quelques semaines ils en auraient parlé juste après le match, dans les vestiaires, la serviette à la main, sous la douche, sans faute. Jéjé lui aurait dit ce qui se passait, quels soucis le tracassaient… et lui il aurait joué son rôle de grand frère, il l’aurait rassuré…
    Mais pas cette fois-ci. Dès la fin du match, il était parti le rejoindre aux urgences à Purpan. Ils avaient attendu un long moment. Il avait tout tenté pour essayer de le détendre, de le déculpabiliser, de relativiser l’échec… l’humour, les mots apaisants dont il avait le secret, le rappel d’autres moment difficiles qu’ils avaient fini par surmonter… pourtant, malgré les nombreuses perches, Jérém n’avait pas voulu en parler… il avait quand même continué à lui faire la conversation, pour tenter de l’extirper de son broyage intensif de noir… chose qui avait fini par agacer Jérém qui avait fini par balancer, sur un ton très agacé : « J’ai été minable !, je n’ai pas d’excuse, rien à dire de plus ! », et il s’était refermé comme une huître…
    Thibault avait été surpris et s’était tu. Il avait attrapé une vieille revue auto sur la table basse juste à côté et il s’était plongé dedans. Et le malaise s’était encore un peu plus installé entre eux…
    Et ce soir, dans son lit, les yeux ouverts dans le noir, il revoit encore le regard dépité de son pote en plein match… à force de ressasser cette image, il finit par se demander si dans le malaise de Jérém il y avait aussi le fait de se sentir comme sali, honteux par rapport à ce qui s’était passé la nuit précédente avec Nico… ces excès inavouables qui étaient à la base de son forfait physique…
    Trop de non-dits, depuis trop longtemps déjà… se dit Thibault, dans son lit… il faudrait évacuer ça… au plus vite… car une amitié sans partage… une amitié où l’on n’ose plus se dire les choses… où les différences s’ignorent, c’est une amitié qui a les jours comptés… à force d’ignorer nos différences nous ne marcherons plus ensemble… ce couplet de Mylène entendu à la radio ce jour-là, résonne soudainement dans sa tête comme une sonnette d’alarme…
    Et parce qu’il ne veut pas perdre son pote, pour rien au monde, surtout si dans quelques temps il part travailler loin… pour que la distance de cœur ne s’ajoute pas à la distance physique, Thibault se sent motivé pour faire le premier pas vers son pote… pour lui parler… évacuer le malaise, affronter le « dossier Nico », ce si beau dossier au fond, ce dossier qui n’a rien à se reprocher…
    Oui, l’affronter, mais sans forcement affronter le sujet « Sexualité » plus en général… si Jéjé a besoin de Nico, ce n’est pas pour autant qu’il a changé du tout au tout… que ce soit une passade ou quelque chose destiné à durer, Jéjé a besoin d’être rassuré, de se sentir compris, accepté…
    Mais comment arriver à lui montrer tout ça, la force de son amitié, s’il ne lui parle pas, s’il ne lui en offre pas la possibilité ?
    C’est bien la  première fois qu’il ne cherche pas à se rassurer auprès de lui… et c’est dur à vivre pour le jeune pompier…
    Mais il faut à tout prix que Jéjé sache que lui, Thibault, il sait et que ça ne pose aucun problème, que ça ne change rien, absolument rien dans leur amitié… il faut qu’il sache, sans pour autant que son pote pense qu’il est passé par Nico pour avoir des infos qu’il ne voulait pas encore partager avec lui… bien sûr, il a aimé échanger avec Nico… mais de toute façon… même avant de parler avec Nico, le beau pompier avait tout compris… c’est juste que… parler avec Nico au sujet de son pote… le rassure…
    Il lui faut à tout prix parler à Jérém… crever l’abcès avant qu’il ne tue leur amitié… mais comment s’y prendre pour parler à Jéjé sans blesser son amour propre, sans qu’il se sente jugé, regardé différemment, démasqué, sans qu’il ait honte, sans le braquer… comment s’y prendre pour lui faire comprendre qu’il n’a pas à se cacher de lui, et à se cacher tout court, au sujet de ce qui se passe avec Nico… qu’il n’a pas à craindre son jugement…
     
    C’est inexprimable… … une image vague mais insistante… ça donne des frissons bizarres, mais intenses… ça éveille les sens… ça fait se poser la main autour de la queue… ça s’annonce comme un fantasme qui va bien accompagner cette branlette dans le noir, sous les draps, pour appeler le sommeil…
    C’est juste une image qui fait surface, venue d’on ne sait pas trop où… enfin, qui refait surface… car elle s’est déjà présentée à son esprit, parfois… mais elle est aussitôt repartie… et jamais elle n’est venue en même temps que l’envie d’une branlette… jamais elle n’est venue inspirer une branlette… pas avant ce soir…
    Deux potes… c’est peut-être juste cette bière de trop… cette heure tardive qui appelle aux confidences, à la proximité, à un besoin de tendresse qu’on n’a pas vu venir… ou alors juste la curiosité… oui, la curiosité… mais peut-être aussi à cause de cette envie longtemps refoulée…
    Deux potes qui décident de se laisser aller… qui se disent que si l’autre est partant, pourquoi pas… que, ma foi, il n’y a pas de mal à se faire du bien… d’autant plus que l’envie est là, bien là…
    Deux potes qui vont goûter aux plaisirs entre mecs… leurs premières caresses timides, encore freinées par les interdits… et puis, les barrières tombent les unes après les autres… désormais guidés par  l’instinct, les voilà s’autorisant le premier baiser, timide, hésitant… un premier baiser qu’ils auront trouvé rudement bon, excitant, suivi par d’autres, de plus en plus passionnés, de plus en plus sensuels…
    Deux corps qui cèdent à l’envie de se mélanger, de partager un plaisir inconnu… un plaisir qu’on a envie de partager avec lui, et avec lui uniquement… le pote de toujours… celui qui nous connaît plus que quiconque, par qui on se sent compris plus que par quiconque… avec qui on se sent en confiance, plus qu’avec quiconque… à qui on a envie de faire du bien… plus qu’à quiconque… ce pote qui nous intrigue, dont la sexualité, dernière facette inconnue dans une complicité presque parfaite, nous intrigue…
    Le mains qui s’affolent, l’urgence du plaisir qui s’empare des corps, qui embrase les esprits… rencontre d’envies, chacun déshabillant l’autre à la découverte de ce corps anatomiquement identique au sien, mais si inconnu encore…
    Enfin… presque inconnu… car, bien sûr, il y a eu les vestiaires, les douches… mais ce n’est rien par rapport à cette découverte visuelle rapprochée… bien sûr, il y a eu des gestes de potes, une main sur l’épaule, un bras autour du cou, les contacts pendant le jeu… mais ce n’est rien par rapport à cette découverte tactile libérée, passionnée… et aussi… on connaît depuis longtemps l’« odeur » de l’autre, ce ressenti olfactif si unique, si familier, si rassurant… ce mélange de déo, de gel douche, de transpi… mais ce n’est rien par rapport à cette découverte olfactive pendant que les peaux se frôlent, une proximité où les narines se chargent de l’odeur légère et tiède de l’autre… où les petites odeurs de mec se mélangent, au même titre que les corps…
    Connaître la douceur et le goût de la peau de l’autre, de ses lèvres… goûter au plaisir indescriptible d’une langue qui court et glisse dans le cou, sur le torse, les tétons, une langue qui provoque à la fois des frissons chez soi et chez l’autre… ressentir un frisson inouï lorsque les braguettes s’ouvrent… lorsque les sous-vêtements se baissent petit à petit… lorsque les mains, enfin débridées, libèrent, dévoilent…
    Le premier contact avec une queue autre que la sienne… expérience inédite, qu’ils pensaient interdite, impossible, quelle expérience pour ces deux mecs, eux si hétéros, si portés sur les nanas… expérience qui sera leur truc à eux, rien qu’à eux…
     
    … et sur cette image de découverte de bonheur entre garçons, la jouissance arrive… elle vient mouiller des abdos musclés, ainsi qu’un chemin de bonheur large, brun et fourni… les jets se succèdent, dans le noir, lourds, chauds, denses… lorsqu’ils cessent, la main arrête aussitôt ses va-et-vient…
    La jouissance a été puissante… elle vient de s’abattre comme un éclair, comme une décharge électrique dans le cerveau et dans le corps du beau mécano…
    Le beau pompier vient tout juste de jouir… et déjà le fantasme s’évapore, comme une petite fumée balayée par un vent puissant, laissant derrière lui un petit mais insistant arrière-goût de culpabilité…

     


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