• 19 Nico prend les choses en main

    19 Nico prend les choses en main

    (au sens propre comme au sens figuré, avec grand fracas, et ça va faire mal)

     

    Petite recette pour amadouer un mec, y compris un hétéro bisexuel. Lorsque vous aurez accès à son fruit défendu (oui, faut déjà ça, rien que ça, sinon la recette ne marche pas), amenez-le tout près de l'orgasme, à petit feu, sans jamais arriver au bout; entretenez son excitation au bon niveau, juste avant l'explosion, le plus longtemps possible; ralentissez vos caresses, faites retomber un poil sa trique; recommencez, encore et encore, sans pitié. Au bout d'un court moment, le mec sera tout entier à votre merci, sa fierté de mâle rabaissée de plusieurs crans et sa soumission à vous, aussi éphémère que totale. Certes, cet état de grâce ne dure pas très longtemps, mais à cet instant votre pouvoir sur lui est immense, illimité; ça ne dure que le temps que votre sensibilité vous guide dans le brouillard épais qui enveloppe sa route vers l'orgasme, le temps que votre habilité et votre dextérité "manuelle" vous permet de tenir sa jouissance comme en suspension, toute près mais sans cesse reportée...

    C'est un fin jeu d'équilibriste, dans lequel il faut savoir prendre assez de risque pour ne jamais faire tomber son excitation en dessous du niveau de sa frustration grandissante. Car, si c'est bien cette frustration qui fait monter son désir et prépare une jouissance que le mec devine aller être hors normes, à ce stade d'excitation chaque fibre de son corps, chaque parcelle de son esprit est emportée par les flots annonciateurs de cette jouissance montante : le mec est comme hypnotisé par l'excitation extrême, il est pris par des spasmes, son cœur bat à tout rompre, sa respiration est ponctuée d’halètements irréguliers et agités; à ce stade, le risque de faire basculer le plaisir vers la douleur (pain is so close to pleasure...Freddie avait tout compris) est grand, comme le risque de lui faire rater son orgasme.

    Dans l'un comme dans l'autre cas, après cette attente que doit déjà lui paraître interminable, après la promesse de plaisir suprême qui, seules, ont légitimé cette expectative, si le plaisir n'est pas à la hauteur, si l'orgasme rate, le mec vous en voudra à mort : c'est bon pour se faire jeter ou se faire taper dessus. Certes, le risque est grand, mais il n'y a pas de gloire sans risque: en cas de réussite, vous aurez entre vos mains un mec qui va jouir comme jamais il a encore joui et vous graverez dans sa tête le fait que vous lui avez offert ni plus ni moins que l'orgasme de sa vie. Et ça, ça crée des liens.

    C'est très rare de trouver cette harmonie parfaite, mais ce soir là, le soir de la sortie de classe avant le BAC, un soir qui restera à jamais gravé dans ma mémoire comme le moment où ma relation avec Jérém a commencé à changer, je l'avais bien la situation en main, au sens propre comme au sens figuré. J’avais la main du jeu.

    J’essayerai de nombreuses fois par la suite, voulant faire plaisir à Jérémie, que ce soit de mon propre chef ou accédant à une demande très précise venant de sa part, de répéter cet exploit à la lettre. Hélas, jamais je ne parviendrai à réitérer cette performance sexuelle, cette jouissance donc il me parlerait encore, souvent dans l'action en me demandant de tenter de la répéter, bien des années plus tard.

    Pour comprendre comment je me suis trouvé avec la queue de Jérémie dans ma main, sur le point de lui offrir l’orgasme de sa vie, un petit retour en arrière s’impose.

    Après cet après midi de baise épique avec mon sexy, exaspérant, insupportablement arrogante et beau brun, ce mec « qui baise mais qui ne fait pas de câlins », ce p’tit con que j’avais tour à tour envie de cogner pour le punir d’être aussi CON et de lui faire le plus doux des câlins pour lui montrer à quel point ça peut être bon ; voilà que toutes mes craintes quant aux séquelles de notre partie de jambes en l’air aux excès inédits se révélèrent fondées. Et bien au delà.

    Jamais je n’avais autant gardé en moi le souvenir de Jérém. Non seulement mon ti trou avait été rudement mis à l’épreuve et il gardait des retentissements plutôt douloureux ; pour donner davantage d’envergure à mon souvenir, voilà que tous mes muscles semblaient s’être réveillés. Non seulement, la position lors de la deuxième sodomie, avec mes jambes sur ses épaules et mes fesses en suspension, avait sollicité ma musculature toute entière ; il fallait rajouter à cela les dégâts provoqués par la contraction de mes muscles, par la crispation que je leur avais imposée afin de supporter la douleur de ses coups de reins si violents avant son dernier orgasme… Abdos, pectoraux, bras, épaules, cuisses, fesses, tous mes muscles étaient en état de choc, douloureux, meurtris. J’avais mal partout, même à des muscles dont je ne soupçonnais l’existence jusque là.

    Cependant, la blessure plus profonde n’était pas infligée à mon corps. Bien que douloureuses, toutes mes courbatures allaient un jour ou l’autre disparaître. Mais il y a des courbatures qui ont davantage du mal à s’apaiser que d’autres, des blessures sur lesquelles le Doliprane et le repos n’ont guère d’effet. La plus douloureuse, la plus dure à supporter c’était bel et bien la blessure morale, sentimentale, le fait qu’il m’ait dit de ne jamais recommencer avec un baiser, l’interdiction aux câlins, l’absence d’un tout petit mot ou d’un regard qui rendrait cette douleur presque acceptable… En l’absence du moindre signe d’empathie de sa part, je me sentais vraiment humilié, rabaissé, traité comme sa chose, un bout de chair dont il se servait jusqu’à l’usure pour le jeter après. Une poupée gonflable.

    Comme des lames retournées dans une plaie, des questions me revenaient sans cesse… le joint était bien le seul responsable de cette rage de baiser, de cette bestialité ? Jérém avait l’air de prendre un pied de dingue avec moi, mais plus il prenait de plaisir plus j’avais l’impression qu’il me méprisait, limite qu’il me haïssait… putain de mec ! Peut-t-on haïr quelqu’un qui nous donne du plaisir ? Plus tard dans ma relation avec Jérémie j’aurai la réponse à cette question, mais à ce stade je pensais impossible que l’on puisse y répondre autrement que par un « non ». Mais c’était sans compter avec la complication du rapport que les mecs hétéro entretiennent avec leur sexualité.

    Et encore : Jérém était-t-il vraiment un mec violent, un prédateur qui avait besoin de soumettre et de brutaliser sa proie pour prendre son pied… c’était donc ça, son truc à lui ? Prendre son pied dans l’humiliation de son (ou de sa) partenaire ? Etait-t-il ainsi avec les nanas également ? Putaaaaaiiiinnnn que j’avais mal, et putain que ça me lançait deux fois plus fort quand je pensais que pendant que je me morfondais au lit, c’était bien le week-end, et Jérém sortait en boite et s’enfilait des nanas…

    Tout au long de ce week-end, je me surpris par moments à imaginer que Jérém regretterait de m’avoir baisé si fort et m’avoir fait mal… mais non, Nico, ne soit pas con, Jérém ne s’est rendu compte de rien… mis à part de ses éjaculations… il a joui encore et encore, il ne sait même pas qu’il t’a fait mal… et si bien… que veux-tu que ça puisse bien lui faire ?

    Durant mes longues heures passées à bouquiner, je ne pouvais m’empêcher de rêvasser… je me disais ainsi qu’il devait bien se rendre compte au moins qu’il m’avait blessé avec sa froideur, son hostilité juste avant mon départ, ; il devait se rendre compte de ce que je ressentais dans le rôle de vide couilles dans lequel il me confinait, et qu’il m’aurait envoyé un sms pour me demander au moins si ça allait… je reçus certes quelques messages ce week-end là, mais uniquement de la part de ma cousine… cousine à laquelle j’avais brièvement raconté ce qui s’était passé et qui tentait tant bien que mal de m’être proche se faisant violence pour ne pas me dire ce qu’elle pensait de ce gros-con-de-Jérémie, telle était sa définition. A chaque fois que le portable beepait, je me précipitais pour voir si c’était lui. En vain. Le week-end s’écoula ainsi, dans l’attente, la souffrance, l’envie, le questionnement, le désespoir.

    Le lundi arriva et je le retrouvai en cours. La crainte de le voir et la honte de croiser son regard après ce que je lui avais permis de me faire, si fortes, si fastidieuse et angoissante pendant tout le week-end, céda enfin la place, le lundi matin dès mon réveil, à un désir brûlant et désespérant de revoir ce jeune mec qui me rendait dingue dingue dingue.

    8h00 lundi matin. Un coup au cœur. Seeeexxxxyyyyyy le mec, trop sexy. Un t-shirt rouge feu avait succédé aux t-shirt blancs et autres débardeurs de la semaine précédente, un t-shirt comme d’hab parfaitement ajusté sur ses épaules à en donner le tournis, Et ce t-shirt rouge exhibé, agité devant mes yeux sans même se rendre compte (ou bien en s’en rendant parfaitement compte, ce ptit con !) que chacun de ses mouvements m’excitait comme la cape du toréador un petit taureau dans l’arène.

    Ce t-shirt tombait sur son jean avec une grâce et une simplicité désarmantes, le tout étant porté avec une nonchalance extrême par ce beau physique. Des Nike noires et vertes complétaient sa tenue de jeune loup sexy ; on ajoute une coiffure un brin étudiée et soignée : cheveux très courts autour de la nuque, une épaisse ligne centrale de cheveux un peu plus longs coiffés au gel; le tout agrémenté par sa jeunesse, sa fraîcheur, sa peau mate, une petite barbe brune de trois ou quatre jours, sa petite chaînette à mailles épaisses autour du cou se baladant au gré de ses mouvements rapides et assurés, un putain de sourire de jeune mec certain de son pouvoir de séduction… putain de mec à l’aise sans trop en faire, à l’aise tout naturellement… très mec, quoi… plus nature, plus simplement mec, plus viril, plus intensément sexy, on meurt.

    Un t-shirt noir ultra moulant suivit le t-shirt rouge en milieu de semaine ; et le vendredi, pour fêter la fin de la semaine, comme pour m’achever, il fit péter un t-shirt blanc du meilleur effet. Le vendredi matin quand je le vis arriver je frôlai la crise cardiaque ; à midi j’avais carrément mal aux yeux à force de mater son t-shirt blanc qui baignait dans la lumière du soleil du mois de juin, cette lumière qui le percutait directement, Jérém étant assis juste à coté de la fenêtre. Pour ma part, j’étais assis à quelques bancs de là, un peu en retrait, de sorte que je pouvais mater jusqu’à l’overdose, sans crainte d’être repéré, le contraste entre ses cheveux bruns, sa peau mate et la blancheur immaculée de ce coton doux qui enveloppait cette merveille absolue qui était son torse. C’était un bonheur sans égal et une torture insupportable. Mais comment renoncer à s’enivrer de cette vision presque divine, à cette définition en images de la beauté, de l’absolu masculin qu’aucune description ni photo ne saurait rendre? Car la beauté est insaisissable : pour l’apprécier, il faut la voir, la sentir, la regarder évoluer, la respirer.

    Toutes les fibres de mon corps, bien que meurtries, étaient violemment et irrésistiblement attirées par ce mec… si mon corps criait répit, mon cerveau criait désir… oui, j’avais encore envie de lui… malgré sa brutalité physique, malgré les séquelles, malgré son arrogance et sa dureté, j’avais encore envie de lui… je me sentais humilié et je savais que recommencer avec lui ce serait m’humilier davantage mais j’avais encore et encore envie de lui… j’éprouvais même un étrange sentiment de plaisir à l’idée de m’offrir à lui sans conditions après ce qui s’était passé… j’étais courbaturé à ne pas pouvoir m’asseoir ou m’accroupir sans avoir mal absolument partout, je n’aurais rien pu endurer de sexuel, à part une petite pipe bien juteuse et encore… j’avais la souplesse d’un mec qui a deux cotes cassées… Malgré cela, si seulement il m’avait demandé une petite pipe, rien que l’idée d’avoir son jus dans la bouche, son goût, l’avaler, voir qu’il avait toujours envie de moi, rien que cela m’aurait fait du bien venant de lui.

    Hélas, la semaine passa sans un regard ni un mot de sa part. Dur dur de le retrouver en cours, sexy comme toujours, avec ce putain de deo de mec qui me mettait en vrac à chaque fois que je le sentais, faisant ressurgir en moi les scènes de sexe les plus torrides, son torse, sa transpiration, sa chaînette, ses épaules, sa queue en moi, son goût dans ma bouche, l’orgasme qui passe sur son visage, Jérém qui tombe sur moi comme un arbre scié. Non, cette semaine là Jérém ne m’avait pas sollicité, ce bisou dans le cou avait l’air de l’avoir vraiment contrarié, plus que le premier sur ses lèvres. Par moments j’avais l’impression qu’il me faisait carrément la gueule… peut être qu’il avait senti aussi ma caresse sur son cou et qu’il n’en pouvait plus du fait que je devienne si collant, que je lui demande des trucs au delà du sexe…

    Dans tous ces désagréments, physiques et morales, une seule note positive, ou plutôt deux : au delà de l’aspect extrêmement érotique et plaisant de cette baise, effrénée, intense, sans répit, au delà du bonheur extrême de soulager la puissance sexuelle de Jérém, de lui faire plaisir…le voir presque s’évanouir après le dernier orgasme, s’affaler sur moi, sentir son poids sur moi ; au delà de tout ça, voilà le bonheur de connaître enfin la sensation si douce, si émouvante de passer mes doigts dans ses cheveux, cette sensation de ouf qui peut me procurer ce contact avec un endroit de son corps autre que son sexe. Et avoir envie de recommencer, d’y revenir, une envie à en crever…tout en sachant que cet endroit est interdit, maudit… Pleurer presque à chaque fois que j’y pensais, en rêver la nuit…

     

    La fin de l’année scolaire approchant, il avait été décide de faire une sortie resto boite de toute notre classe ce week-end là, une semaine avant la fin des cours, deux semaines avant les examens ; une initiative au timing judicieux, au cas que tout le monde n’aurait pas le bac, ce qui rendrait plus délicat un dernier repas tous ensemble.

    L’idée avait commencé à germer en début de semaine et le jeudi un papier circula dans la classe pour prendre les noms de ceux qui souhaitaient y prendre partie. Quand la feuille arriva sur mon banc, je cherchai le nom de Jérém. Je le trouvai rapidement car il brillait à mes yeux plus fort que tous les autres, presque gravé en surimpression, dans une calligraphie brouillonne et nonchalante que je connaissais bien. A l’image du mec.

    J’hésitai à m’y inscrire, tant l’idée de retrouver Jérém en soirée me paraissait au dessus de mes forces… je savais bien à quel point ce mec, avec une tenue de soirée un peu plus recherchée, pouvait être craquant à en crever et le voir partir avec une nana ce soir là, après ce qui s’était passé la dernière fois entre nous, m’aurait fait encore plus mal : d’autant plus que les dernières courbatures venaient tout juste de s’éteindre et qu’en contractant mon ti trou je pouvais encore retrouver le souvenir du passage de son gourdin presque une semaine plus tôt.

    Cependant, je ne pouvais pas décemment manquer cela. C’était certainement la dernière fois qu’on serait tous réunis après 5 ans ou plus passés ensemble et ça ne se fait pas de rater cela, je l’aurai regretté toute ma vie. Je me fis donc violence pour marquer mon nom à la suite des autres.

    Le samedi arriva enfin. Le rendez vous était fixé sur le parking du Leclerc à St Orens. J'arrivai parmi les premiers et je n’avais qu'une hâte, une impatience mélangée à une crainte de puissance égale et contraire: le voir débarquer. Les camarades arrivèrent petit à petit et voilà que, dans l’attente, j’essayais de faire de la conversation avec les uns et les autres, de rigoler de tout et de rien dans le but de déstresser : j’étais excité et tendu comme si j’avais un rendez vous en tête à tête avec lui, alors que depuis la dernière baise on ne se disait même plus bonjour.

    On était déjà une petite bande quand Jérém se pointa. Il arriva un peu après l'heure, mais l'attente fut bien récompensée. Sa 205 rouge minable garée juste devant nous, il en sortit un beau et séduisant jeune homme, un véritable apollon : une petite chemise gris métal ajustée très prés du corps qui ne laissait rien ignorer de sa plastique parfaite. Les manches se terminaient sur ses poignées avec une bande blanche, la même qui était reprise sur le col et tout au long de la bande de tissu qui portait les trous pour les boutons. Les deux du haut ouverts, le décolleté laissait entrevoir sa petite chaîne de mec, bijou très sexy, autour de son cou puissant; l'œil était inévitablement attiré vers le fond de ce décolleté, demandant à aller plus loin, beaucoup plus loin ; les cheveux coupés et arrangés au gel, sa barbe de trois jours, la peau déjà bronzée, putain de mec aux origines napolitaines… beauuuuuuuuuuuuuuuuu, putain, beau à craquer ! Le regard fier, un regard de tueur, sur de lui, de son sex-appeal, se sa virilité… putain de mec !

    Jérém fit un tour pour serrer les mains aux mecs et faire la bise aux nanas. Ce fut le premier contact que j’avais avec lui après notre dernière coucherie. Il me serra la main tout en continuant à déconner avec un camarade à qui il avait dit bonjour parmi les premiers : sa poignée était rapide et évasive, son regard fuyant.

    On se déplaça rapidement au restaurant : ce soir là j’aurai découvert une nouvelle facette de la personnalité du beau brun. Les bières et le vin aidant, voilà que se dessinait devant mes yeux le Jérém en mode déconneur. Je le regardais faire son numéro et je découvrais que Jérémie n'était pas que le bogoss, le brun inaccessible, le bon joueur de rugby, la bête de sexe. Jérém était aussi un mec drôle, à la répartie vive, à l'esprit débordant d'humour à qui un brin d'alcool réussissait à merveille, et ça faisait des étincelles. C'était le rigolo de la bande, le déconneur, celui qui met l’ambiance nécessaire à chasser cette atmosphère de dernier repas avant exécution que peut facilement s’installer dans ce genre de soirée.

    Il était tellement drôle et sympathique que les mecs lui passaient même celle qui était une tare majeure à leurs yeux, le fait d'être aussi mignon, aussi charmant et d'avoir baisé la moitié des filles du lycée. Bon vivant, brûlant la vie par les deux bouts, Jérémie suscitait la sympathie autour de lui et on avait franchement envie d'être son copain plutôt que de lui taper sur la gueule.

    La soirée avançait et je n’étais pas encore au bout de mes surprises. Lorsque nous nous déplaçâmes au KL, je vis Jérémie changer d'allure, d'expression et d'attitude : le Jérém déconneur laissa toute la place au Jérém en mode charmeur, séducteur, chasseur. En boite il faisait assez chaud et les manches de sa chemise se retrouvèrent bientôt retroussées découvrant son brassard tatoué. Faut dire que dès qu’un mec de ce genre se pointe, on voit de suite fondre la banquise. Je le regardais, au bord de la piste, une bière à la main, fusillant d’un regard noir et ténébreux, beau et charmant à faire craquer des murs en béton armé.

    En ce qui me concerne, si au resto je m’étais bien amusé de la drôlerie ambiante, voilà qu’en boite je me faisais vraiment chier. La bande unie autour de la table du resto s’était éparpillée en boite en une quantité de petits groupes à l’intérieur desquels la conversation était rendue très compliqué par les décibels, je ne trouvais rien d’intéressant à faire d’autre que de mater Jérém. Activité plaisante, certes, mais extrêmement frustrante. Je n’avais qu’une crainte, c’est qu’il lève une nana devant mes yeux.

    Je buvais à mon tour, je buvais pour tuer l’ennui.

    Avec deux copines on se retrouva à danser sur la piste. Des souvenirs d’une soirée récente se bousculaient dans mon esprit : Jérém qui part se faire sucer dans les toilettes, Thibault assis à coté de moi, moi-même chavirant devant la douceur de son parfum et de ses mots vis-à-vis de son pote ; le débardeur blanc qui m’avait dragué sur la piste avant de me montrer sa bite aux toilettes… souvenir d’une pipe faite dans une voiture au petit matin. Nostalgie, regrets, nostalgie, désir.

    Je ne restai pas danser longtemps. J’étais fatigué, fatigué de guetter les mouvements de Jérém… fatigué d’espérer le voir autrement que froid et distant. Et puis, il avait suffi que je me concentre sur la musique et que je me mette à déconner avec les deux copines, pour que le beau brun disparaisse des écrans radar. Puuuutaaaaiiinnnnnn ! ça y est, il doit être coincé dans la bouche d’une nénette…

    Ca en était trop. J’avais vraiment envie de rentrer. Hélas, comme un con je n’avais pas pris ma bagnole. J’étais donc tributaire du bon vouloir de mon conducteur. Je terminais ma bière seul, appuyé à une petite table, quand je le vis s’approcher de moi. Cette chemise lui allait vraiment comme un gant. A tomber.

    Tu t’amuses mec ? – me lança-t-il à la cantonade.

    Ouais…

    Il me regardait sans parler. Il me regardait droit dans les yeux. Il sentait tellement bon lui aussi… son parfum étourdissait un peu plus mon esprit déjà vaseux à cause de l’alcool et je faillis m’écrouler, mes jambes n’assurant plus aucun support crédible.

    Je baissai le regard. Il avait bu, j’avais bu.

    Cet instant me sembla durer un long moment. Un moment qui prit fin par ses soins, quand, sans autre conversation, me lança :

    On y va ?

    Où ?

    Viens…on rentre…

    Je capitulais devant sa voix ferme et rassurante, chauffée de cette vibration profondément masculine qui me renvoyait à chaque fois à sa virilité. Comme en état d’hypnose, j’allais dire au camarade avec qui j’étais venu en voiture que je rentrais avec Jérém.

    Je le suivis ainsi, à 4 h du mat, éméché, ayant perdu tout contrôle de moi, sous l’effet de l’alcool mélangé à celui de son charme qui avait désormais tout pouvoir sur moi. Je le suivis trouvant cela tout naturel, comme une évidence. Pendant toute la semaine je m’étais dit que jamais je ne lui céderai ainsi, sans conditions, sans une bonne explication… pourtant, un seul mot de sa part, un regard, un parfum… je capitulais… une semaine sans lui, j’en crevais d’envie.

    Me retrouver ainsi dans la 205 rouge pourrie, rouler dans la nuit, en silence, regarder mon bel amant silencieux me ramener dans sa tanière pour m’utiliser pour se soulager. Qu’importe. Mon envie de lui était sans limites. Et quel bonheur, une fois chez lui et la porte claquée derrière nous, défaire un à un les petits boutons de cette magnifique chemise, découvrir petit à petit et par moi même cette plastique de rêve, sentir remonter à mes narines, à fur et à mesure que mes mains écartaient les deux pans de tissu, les effluves tièdes et parfumés de sa peau.

    Sa chemise était à présent complètement ouverte. J'en avais presque la tête qui tournait, tellement ç’en en était étourdissant. Je lui mordillai les tétons, le faisant sursauter d’excitation. Et ce contact avec sa peau douche et tiède était envoûtant au point de me faire trouver le cran d'aller titiller avec ma langue le petit grain de beauté dans son cou, ce petit grain qui me faisait très envie et depuis un moment. Je n'eut l'occasion de m'y attarder bien longtemps, car je sentis aussitôt ses mains appuyer lourdement sur mes épaules; je n'opposai aucune résistance, comprenant que ce type d'effusion n'était pas à son goût; je lui résistai à hauteur de ses tétons, et là il relâcha la pression. J'entrepris de bien lécher autour et sur ses beaux boutons de mec bien saillants… et là il me laissa faire. Faut dire qu'il aimait vraiment ça. Pendant que ma langue s'attardait sur cette partie de son anatomie, voilà que ses doigts, adroits et impatients, allaient à l'aveugle ouvrir sans difficulté sa ceinture et déboutonner sa braguette. Ma langue toujours autour de ses pecs, je sentais désormais sous mes doigts le contact avec le coton doux de son caleçon et à travers celui ci, la raideur et la chaleur de sa queue imposante.

    Ma langue, désormais impatiente d'arriver au but, descendit alors rapidement tout au long de son torse, traversant au passage la magnifique région vallonnée de ses abdos pour emprunter enfin ce magnifique sentier de poils fins qui part du nombril et qui conduit à la lisière de son caleçon. Une fois arrivée, je restai un instant à humer l'odeur qui transpirait du boxer... ça ne faisait que quelques heures qu'il devait le porter, mais putain, il transsudait du coton un léger mais irrésistible odeur de mec...

    Une seconde après, j'avais descendu le coton orange de son short moulant, j'étais à genoux devant lui, sa queue dans la bouche, au comble du bonheur.

    Pendant que je lui administrais une pipe d'anthologie, je le sentis bouger, se contorsionner: petit à petit, il avait laissé glisser sa chemise au long de ses bras et de son dos. Elle tomba à terre venant effleurer mon bras au passage. Alerté par ce contact inattendu, je levai les yeux et je tombai inexorablement sur cette silhouette imposante qui me dominait du haut de son mètre 85, avec ses épaules larges, ses biceps puissants et toujours ce brassard tatoué sur le biceps. Putain de mec beau et sexy. Cette vue avait dû happer mon esprit et perturber ma fellation car je le sentis poser sa main sur ma tête pour la pousser vigoureusement vers de sa queue.

    Devant une telle invitation, quoi faire d'autre à part le sucer? Je m'y mis avec passion, bouffant son sexe avec un désir et une envie brûlantes, avalant son gland comme un fruit frais, mur à point et pulpeux, un fruit que l'on met en bouche goulûment, dans l'attente de impatiente de sentir exposer dans le palais son jus sucré.

    Il se laissa sucer debout pendant un petit moment, ensuite il se dégagea de moi, sortit son gourdin de ma bouche, se débarrassa de son pantalon et de son boxer et alla s’allonger sur le lit, s’installant en position semi allongée, appuyé sur ses coudes. C’était beau à en brûler les yeux. La demande, l’ordre implicite dans sa nouvelle posture était si clairement et irrésistiblement délivré que je ne me fis pas prier pour l’exécuter. Je me précipitai pour le sucer, encore et encore. Encore et encore, sans répit, infatigable, inlassable de donner du plaisir à cette queue dont j’étais désormais dépendant.

    J'y avais mis tant de fougue dans mon fier labeur que je sentis bientôt qu'il ne tarderait pas à venir. Et là j'eus envie de tenter un truc. Un truc risqué, mais qui pouvait rapporter gros. Sans prêter attention à son air mi étonné, mi frustré, j'arrêtai alors de le sucer. Je sentais sur moi son regard interrogatif, installé dans cette position accoudée qui me faisait un effet de dingue... Jérémie, excité pas possible, chauffé à bloc, tout près de jouir, se demandant pourquoi je n'avais pas continué ma fellation pour appeler directement sa jouissance, se demandant où j'allais en venir avec mon manège... J'entrepris alors de le branler avec ma main tout en regardant son corps magnifique, m’octroyant une vision complète de ce paysage exceptionnel, guettant le moindre signe annonciateur de l’explosion de son plaisir.

    Je ne voulais pas le faire jouir tout de suite. Je voulais faire durer son plaisir… et sa frustration. Pour la première fois à ce moment là je me rendis compte que j’avais dans mes mains le pouvoir de lui donner du plaisir ou de lui refuser… le pouvoir de lui faire sentir ce qu’est la frustration, de se sentir dominé… une façon de me venger de son arrogance, de sa violence… Oui, même si la vengeance n’était pas planifiée d’avance, le fait de me trouver confronté à l’occasion propice me donna l’envie de m’en saisir. Comme si mon esprit avait ignoré jusqu’à là cette petite vengeance que chaque fibre de mon corps désirait ardemment et que l’occasion présentait comme une révélation.

    Ma main s’accordait à ma vision pour adapter petit à petit sa vitesse et son rythme et trouver l'accord parfait avec la mélodie de son plaisir. Je ne disais rien, il restait silencieux. J’adorais le voir essoufflé de plaisir sous mes caresses. Son regard en disait cependant long sur ce qui se passait dans sa tête, bien plus que ses mots insultants pendant d'autres copulations. J'adorais ce regard un peu dérouté que je sentais sur moi, ce questionnement dans sa tête, cette envie de m'ordonner de conclure juste au bord de ses lèvres, envie qui était retenue par ce que j'étais en train de lui faire, chose qui captait toute son attention et annihilait sa volonté de jeune mâle impatient.

    Je tenais sa bite fermement dans le creux de ma main et je le branlais tout doucement de haut en bas; je sentais qu'il était à deux doigts de jouir, et lui il le sentait à plus forte raison, cette chaleur qui monte dans le bas ventre, ce frisson qui parcourt la verge, les couilles, jusqu'à l'anus, cette attente intolérable de laisser exploser sa jouissance; il aurait suffi quelques allées venues un peu plus rapides de ma main pour libérer cette tension érotique qui commençait à submerger son corps et à le faire monter en pression seconde après seconde, mais je faisais traîner, encor et encore, avec une idée surprenante en tête.

    Pour une fois c’était moi qui était maître du jeu; au point où il en était, il ne pouvait plus qu'attendre mon bon vouloir; le moindre geste, le moindre mot aurait pu casser l'instant et il n'aurait jamais connu la perfection et l'ampleur de la jouissance qu'il devinait être toute proche... Oui, je le tenais, non pas par les couilles, mais par la bite... c'était grisant. Mes mouvements amples, lents, de plus en plus lents, auxquels j'associai bientôt de tout petits coups de langue dans le creux de son gland, pile à cet endroit délicieux, ce petit passage par lequel le jus de mec est expulsé, se faisaient de plus en plus précis.

    Je continuai ainsi, à le torturer plaisamment, en frustrant son envie de jouissance immédiate, son désir de plus en plus grand, repoussant à chaque seconde non seulement l'instant de son orgasme mais aussi les limites du plaisir que son explosion lui aurait donné... je sentais qu'il était à la limite de me supplier de le faire jouir : sa respiration, ses gémissements en étaient la preuve; certes le mec était bien trop fier pour me supplier, mais son attitude corporelle en disait longue sur son état d'excitation extrême et sur l'effet que ma manœuvre était en train de faire sur son corps et dans sa tête.

    Je crois bien que cette nuit là Jérém avait commencé à avoir l'orgasme avant que l’éjaculation ne se manifeste; je sentais que ça venait mais je m’évertuais à repousser de plus en plus cet instant. Ce que je vivais était d'une intensité érotique à me faire tourner la tête, pourtant je restais lucide. Je ne sais comment…

    Son cou, son torse, son pubis, son corps tout entier transpiraient, son anatomie tendue et excitée à l'extrême ; son sexe dégageait une odeur assez forte de mâle, une odeur naturelle qui s'additionnait à celle de la moiteur de sa peau. Je sentais littéralement une odeur d'éjaculation monter de sa queue, se répandre dans l'air; j'aime l'odeur du sexe dans une pièce, c'est excitant quand on peut sentir l'envie de l'autre.

    Je me réjouissais à l'idée de le tenir, comme s'il avait les mains et les pieds liés, à ma merci, tenu non pas par des liens physiques mais par des liens uniquement psychologiques, tenu par la maîtrise totale que j'avais en ce moment là de sa jouissance montante. Oui, je le tenais, ce p'tit con, et c'était jouissif : il faisait moins le fier, moins le malin à ce moment là, alors que je tenais dans le creux de ma main la recette, le geste qui allait – ou pas, suivant son attitude et ma volonté – le rendre fou de plaisir ou alors humilié de frustration.

    Certains aiment se faire attacher, se sentir retenu ou voir l'autre retenu par des lien physiques; être à la merci de l'autre, ou tenir l'autre à sa merci, voilà un truc que certains peuvent trouver très excitant. Attacher les mains à la tête du lit, par des cordes ou par des menottes, les chevilles aussi, dans les cas les plus extrêmes, le corps offert au bon vouloir de l'autre, voguant vers un plaisir inconnu; on ne sait pas ce qui va nous arriver, on est impatient de le savoir et on le redoute au même temps; on livre ainsi notre corps, on aime à se sentir impuissants, on aime offrir à l'autre toute latitude sur nous, lui confiant tout le pouvoir, lui appartenir, être à sa merci... notre plaisir dépend uniquement de lui, on se soumet et on accepte que le notre ne soit qu'une conséquence du sien... Et cela dans le but ultime de perdre le contrôle de la situation. Il est cependant des lien plus efficaces que les liens physiques. Ce sont les liens psychologiques et les liens sensoriels, comme l'attente de la jouissance.

    Le voir gémir de plaisir, le sentir à ma merci me donna l’impression de posséder un pouvoir sur lui tellement immense que ça me monta à la tête… je me surpris ainsi, pendant un instant, à imaginer un truc fou et sans issue, un truc qu'il ne me pardonnerait jamais, un truc, une humiliation à lui infliger qui me vengerait de toutes celles que ce petit con m'avait fait vivre depuis le début de notre relation, jusqu’à sa violence de la dernière fois, une revanche qui le toucherait au plus profond de sa virilité et de sa fierté masculine... Imaginer de l'amener au plus près de la jouissance, faire durer l'attente une éternité et ensuite le laisser en plan, les couilles endolories à cause de l'excitation excessive et de l’attente abusivement prolongée.

    Ou alors, encore pire, lâcher ma main dès que le premier jet arriverait… et couper ainsi sa jouissance… putain, qu’est ce que l’on peut avoir comme idées à la con pour se venger de l’arrogance virile d’un mec…

    Evidemment, jamais je n'aurai osé l’un ou l’autre,il ne me l'aurait jamais pardonné et malgré ce qu'il me faisait subir, baiser profondément avec lui était mieux à mes yeux que de ne pas le voir du tout... non, je n'aurai jamais osé lui faire ça, mais c'était bon, foutrement bon de savoir que je tenais entre mes mains, dans ma main littéralement, le pouvoir de le faire.

    Fort heureusement, la lucidité regagna rapidement mon esprit et l’envie de lui faire plaisir une fois de plus, l’envie de marquer son esprit plutôt par un orgasme hors normes que par un raté hors normes, reprit le dessus. Au même moment je me dis qu’il ne fallait pas que je dépasse un timing maximal… mon expérience d’après mes branlettes solitaires me rendait conscient que lorsqu’on fait trop longtemps monter la sauce sans la servir, et bien l’outil en devient douloureux… et l’éventualité de le faire jouir en le laissant avec les couilles mâchées ne me paraissait pas opportune non plus.

    Je continuai à le branler en augmentant légèrement la cadence, jusqu'à voir sa respiration s’accélérer encore, son souffle se crisper, sa bouche émettre un râle puissant et incontrôlé comme jamais je n'en avais encore entendu lors de nos ébats ; et voir enfin sa semence, blanche et dense, pointer timidement une première goutte dans le creux de son gland.

    Et là, j'eus envie de tenter un truc qui me parut l'expression suprême du pouvoir absolu qui tenait dans ma main à cet instant: j'arrêtai le mouvement de va et vient de ma main et j'ouvris mes doigt coupant tout contact avec sa bite... ça ne dura qu'un instant, je ne pouvais certainement pas lui faire ça, couper l'envol de son orgasme, bien que l'idée m’ait traversé l'esprit... ça ne dura que le temps de voir le corps tout entier du beau brun se crisper autour d'un coït amorcé mais momentanément suspendu, à ma volonté et ma main, frustré, le temps de voir son jus remplir doucement ce petit creux, commencer à en déborder; et poser enfin ma langue pour recueillir cette première éjaculation, tout en reprenant à la branler avec une lenteur et une délicatesse extrêmes.

    Son corps frissonnait à l'unisson, son cerveau emporté par une tempête sensorielle d'une puissance inouïe, une jouissance tellement extrême dans ses parties génitales qui pour peu n'en aurait été de la douleur, l'impression que ce frisson démesuré allait avoir raison de lui, de sa raison et que jamais plus il aurait trouvé le calme...

    Son sperme sortait par petits à coups, on aurait dit qu'il jaillissait presque en flux continu, rien à voir avec la puissance de ses jets habituels. Son goût s'étalant partout dans mon palais, ma langue s'évertuant autour de son gland pour cueillir jusqu'à la dernière goutte de son jus que je commençais à laisser couler au fond de ma gorge, j'étais aux anges. Putain, je me disais, là t'as trouvé le mode d'emploi. Mieux que ça : j'avais trouvé le rythme et la fréquence exacte des caresses qui conduisaient à sa jouissance. Tel un musicien avec son instrument d'usage, je jouais sur sa queue la partition de son plaisir ; tel un musicien de jazz, j'improvisais avec doigté des variations à chaque fois inédites sur le thème de la route vers son orgasme.

    Une fois qu'il eut joui, Jérémie se laissa tomber sur son dos, s'abattant de tout son poids sur le matelas, la respiration très rapide, les yeux clos, dégoulinant de transpiration, les battements de son cœur redoublés, déglutissant bruyamment sa salive, sa pomme d'Adam se baladant frénétiquement sous la peau de son cou, faisant bouger ce petit grain de beauté que je trouvais si sexy, et encore plus à cet instant, noyé dans sa sueur…

    A ce moment là, Jérém était complètement à ma merci, et même si je savais que cet instant ne durerait que le temps nécessaire à qu'il retrouve ses esprit, je jubilais du fait de savoir ce mec repu dans sa sexualité, juste avec une branlette magistrale que j'avais su lui prodiguer; j’avais l’impression que j'étais le seul à lui donner autant de plaisir et je devinais que cette fois là le plaisir avait été tellement intense que tout son être était ressemblé dans cette pièce, autour de mon action et du plaisir extrême qu'il y associait... ça me plaisait bien l'idée que dans sa tête, des relations et des liens se créaient à ce moment là... Nico = le pied total...

    Voilà que je détenais désormais le plus fort des pouvoirs que l’on puisse posséder sur un homme, le pouvoir de le faire jouir au delà de ses espoirs... en ce moment là, il n'avait pas envie de baiser des nanas, son cousin ou qui sais-je, il n'avait besoin que d'être là, à coté de moi...pendant un instant il m'appartenait tout entier, j'étais le seul gardien de ses secrets les plus intimes... je me félicitai de détenir ce secret, ce trésor autour de la sexualité du plus beau garçon du lycée, objet de tous les fantasmes et de toutes les convoitises... je me sentais l'élu (tu es la vague, et moi, l’élu) le seul être sur Terre à l'avoir amené si loin dans la galaxie de la jouissance.

    Il resta ainsi, immobile, en silence, allongé sur le lit, en ayant apparemment oublié son inévitable cigarette. Je continuais à le regarder, il était beau comme un Dieu, il n'y avait pas d'autres mots pour rendre justice à sa présence. Et, à en juger de sa réaction, je lui avais fait un truc qui sortait vraiment de l'ordinaire… autant dire que, si je ne l'avais pas planifié cela et que c'était venu d'instinct, sur le moment, sans savoir que ça prendrait des telles proportions, je n'étais pas peu fier de ma trouvaille…

    Au bout d'un moment il finit par pousser un premier souffle qui venait du plus profond de ses poumons, un souffle propulsé par son diaphragme, presque un souffle libérateur.

    Putain… je le sentit proférer du bout des lèvres à l'issue d'un deuxième souffle, aussi profond et bruyant que le précédent. Il gardait les yeux fermés et sa respiration tardait à retrouver le calme. Ses yeux mi fermés laissaient échapper un léger filet humide de chaque coté de son visage... Décidément, l'émotion avait été intense.

    Ça va, mec ? – je finis par lui demander.

    Il ne répondit pas tout de suite, trop occupé à récupérer ses esprits.

    Fatigué moi aussi, enivré par cet odeur de sexe et de mâle que je sentais partout autour de moi et qui envoûtait mes narines et mon cerveau, je m'allongeai sur le lit à coté de lui.

    C'était dingue – il lâcha un instant après – vraiment dingue… c'était puissant et… long, tellement long… je n'ai jamais joui aussi longtemps… c’était tellement bon que ça faisait presque mal… putain, j'ai cru que j'allais y rester...

    Quel bonheur, quel bonheur sans pareil d’entendre ça de sa bouche… quel bonheur que de trouver le moyen de dévergonder ainsi et encore ce beau jeune mâle. Lui faire découvrir des nouveaux trucs, le faire tressaillir sous des caresses inconnues malgré sa déjà grande expérience en matière de sexe.

    J'avais l'impression que ce mec découvrait parfois encore son propre corps, avec moi, qu'il prenait conscience des sensibilités au plaisir qu'il avait jusqu'à là négligées, trop pris dans la frénésie de sa vie sexuelle qui avait depuis toujours privilégié la quantité à la qualité. Je commençais à avoir couché avec lui un certain nombre de fois et j'aurai su plus tard que j'étais déjà, à ce moment là, la personne avec qui il l'avait fait le plus de fois – et de loin – et qu'il avait pris avec moi le plus son pied au lit.

    Au fil de nos révisions, j'avais l'impression que Jérémie se lâchait, que ses barrières et ses interdits sexuels tombaient l'un après l'autre; certes, le mec couchait depuis l'âge de 16 ans, il avait beaucoup d'expérience dans le domaine, côté cul il en connaissait un rayon; mais là, devant ma soumission complète et certainement excessive à son propre plaisir, sentant que tout lui était autorisé, il était vraiment à l'aise avec son corps et avec ses envies et ça laissait la voie libre à l'expression de certains de ses fantasmes, encore refoulés à cause certainement des limites que mettaient les nanas. Je disais oui à tout, et il voyait que plus il m'en demandait, plus il me faisait plaisir... il jouissait de plus en plus fort et son plaisir était mon plaisir...

    J'étais la personne avec qui il avait découvert le plus de trucs et tout osé : avant de se rendre compte un jour peut-être qu’entre la bouche et le cul qu'il baisait à son gré il y avait aussi un garçon sensible et accessoirement amoureux. Je prends trop de plaisir avec toi, et c'est de ta faute – m’avouera-t-il un jour, après une jouissance particulièrement intense.

    Mettre à mal ses certitudes de jeune mec sûr de lui, lui montrer que l’épanouissent de sa sexualité était loin d'être abouti, et ce n'était pas lui qui allait compléter sa découverte, ni une fille mais bien un pd...et ce pd… c'était moi ! J'adorais également penser que devant de telles découvertes, il allait se poser des questions. J'étais en train de mettre à mal ses certitudes au sujet de sa sexualité, un des piliers de sa personnalité toute entière, de le rendre accro à nos jeux : c'est exactement ce qui était en train de se passer, mais à l'époque je ne m'en rendais absolument pas compte.

    Tu as aimé ? – j’eus envie de lui demander, pas qu'un peu fier de moi.

    Putain, mec, tu fais de ces trucs... je ne pensais même pas que c'était possible de prendre autant son pied!

    On m’avait décerné le Nobel de Littérature, je n’aurai pas été plus heureux.

    C'était bon ? – j'insistai, coquin… avide de le réjouir un peu plus de mon triomphe.

    T'es fou… où est ce que tu as appris à faire ça ?

    Sais pas… j'ai pas appris… tu es le premier pour moi… ça m'est venu comme ça, sur le moment.

    Il ne réagit pas à mes mots, il récupérait toujours.

    Allongé sur le lit, vulnérable, ayant du mal à ressembler ses esprits et sa puissance virile, provisoirement dénué de sa fierté de mâle, de son panache, Jérémie était tout simplement d'une beauté à pleurer. Ce corps nu, sans défense, sa volonté et sa force d'esprit comme emportées par une cuite ou par un shoot ; ce beau physique de garçon m'inspirait à ce moment là toute autre chose que le désir brûlant que je ressentais à chaque fois que je posais mes yeux dessus ou que mon souvenir m'en ramenait l'image ; en cet instant je ressentais pour Jérémie une tendresse infinie, un désir immense de délicates caresses, de tendres baisers, de doux câlins et de complicité sentimentale.

    Dans ce moment de fragilité physique et morale, j'avais même l'impression d'arriver à entrevoir quelque chose de plus intime, à travers la barrière impénétrable de sa sensualité et de son charme, comme si ce mur de défense se délitait provisoirement, laissant paraître quelques brèches et un début de sensibilité, un début de livraison de soi. Et ces larmes, vision incroyable… Jérém était donc… humain…

    J'étais si touché, si ému que ma main bougea presque sans le soutien de ma volonté, s’approchant de sa tête et permettant à mes doigts de glisser dans ses cheveux. Malgré l’interdiction de la dernière fois de lui faire des câlins, quelque chose en moi me disait qu’il ne serait pas contre un contact tendre et rassurant. Je me lançais timidement dans ce gendre d'effusion, tout en guettant sa réaction… j'avais peur qu'il le prenne mal, mais j'en avais tellement envie…

    Ses cheveux courts étaient d'une douceur incroyable, il n’avait presque pas mis de gel, tout comme la peau de son visage, et celle de son cou, douce et moite, ou celle de son torse, carrément ruisselante de transpiration, que je caressais lentement, tout en douceur, centimètre après centimètre. Je craignais à chaque caresse, une réaction qui ne vint pas. Au contraire, sous la pression légère de ma main, privé du contact de son regard du fait qu'il gardait toujours ses yeux fermés, je devinais à ses changements de respiration, à ses inspirations et expirations plus intenses ou plus profondes, à certains mouvements de ses traits, à ses déglutitions viriles, qu'il appréciait ce genre de contact. C'était tellement bon de lui prodiguer ces câlins, j'avais qu'un envie, c'était de l'embrasser sur les lèvres… Je le trouvais tellement  touchant dans sa vulnérabilité, désarmé enfin de son machisme si sexy par ailleurs, mais cachant sa sensibilité. Jamais je l'avais vu si affecté par un orgasme : on aurait dit que ce coup de fouet sensoriel avait balayé en lui toutes les tensions qu'il avait à l’intérieur. Avec la violence dévastatrice d’une tornade à qui rien ne résiste sur son passage.

    Je le caressais toujours, je sentais sous mes mains les battement de son cœur, encore rapides, ses respirations, encore haletantes. Cette nuit là je n’osai pas l’embrasser, de peur de briser cet instant de pure grâce. J’arrêtai mes câlins au moment où je sentis qu’il revenait à lui, que sa respiration devenait plus calme. Faut savoir arrêter de jouer tant qu’on gagne.

    Cette nuit là on ne recommença rien de sexuel; il fallut des longues minutes avant que Jérém arrive à récupérer assez la maîtrise de son corps pour avoir envie d'aller fumer sa clope; je le regardais traverser la pièce, nu, presque chancelant, arriver sur la terrasse, disparaître à moitié dans la pénombre, s'appuyer au mur de tout son dos ; allumer sa cigarette avec un geste incertain, tirer la première taffe et se laisser glisser en position assise tellement ses jambes ne le portaient pas.

    Je l'avais épuisé, en une seule éjaculation. Il n'avait besoin de rien de plus, je n'avais besoin de rien de plus.

    Salut Jérém…

    Salut…

    Et je repartis dans la fraîcheur du matin naissant.


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