• 0312 Campan, là où tout s’apaise.

     
    Ce récit, bien qu’il se veuille réaliste, n’en demeure pas moins une fiction. En aucun cas les agissements des personnages ne doivent constituer un exemple de conduite. Tout rapport sexuel entre garçons doit être protégé, à moins d’avoir pleine confiance en l’autre. En aucun cas, on ne peut se contenter de déclarations de l’autre pour coucher sans protection. Y compris lorsqu’il s’agit de quelqu’un qu’on connaît, qu’on apprécie, qu’on aime.

    Dans la petite maison au pied de la montagne, le crépitement du feu se mélange aux doux claquements de nos baisers incessants.
    Je suis conscient que sommes tous les trois en train de nous engager dans une voie dangereuse. Car cet instant où tout est en train de basculer entre nous, me rappelle une autre nuit où tout a basculé. Et je me souviens des conséquences de cette fameuse nuit, de la gueule de bois qui nous attendait le matin suivant. Je ne veux surtout pas commettre les mêmes erreurs, notamment vis-à-vis de Thibault.
    Et pourtant, je continue d’embrasser les deux potes, sans pouvoir m’arrêter. Je sens que nous allons très bientôt passer le point de non-retour. A moins que nous l’ayons déjà passé…

    Jérém est le premier à se retirer de ce jeu délicieux. Thibault arrête à son tour de dispenser des bisous. Est-ce qu’ils regrettent déjà d’être allé trop loin ? Est-ce qu’ils se sont arrêtés juste à temps, avant que ce ne soit trop tard ? Est-ce que nos retrouvailles sensuelles vont s’arrêter là ?
    Je me retrouve dans les bras de mon bobrun, et je me sens un peu con. Mais, très vite, il recommence à poser des bisous dans mon cou, et son souffle sur ma peau m’apporte de nouveaux frissons. Des frissons qui montent en puissance, et de façon exponentielle, lorsque je sens un autre souffle sur ma peau, d’autres lèvres, d’autres bisous, dans mon cou, sur ma joue, sur mon oreille.
    Mon cœur s’emballe, et mon excitation avec.
    Evidemment, je pense à Ruben, évidemment je culpabilise. Evidemment, je pense à Thibault, et je ne sais pas si c’est une bonne idée de remettre ça.
    Et pourtant, je me laisse transporter par l’appel du bonheur qui semble s’annoncer.

    Les bras de Jérém enlacent mon torse, ses mains défont lentement ma braguette. Je suis dans un état d’excitation extrême. Le bobrun sort ma queue raide de mon boxer et commence à la branler. La douce pluie de baisers dans mon cou vient de cesser. J’entends dans mon dos les clapotis de lèvres qui se rencontrent, qui se séparent, et qui se cherchent encore.
    Je suis emporté par le plaisir que m’offre sa main, mais aussi par l’excitation de savoir les deux potes en train de s’embrasser. Je me laisse dériver dans ce bonheur.
    Dans ma tête, mille envies – et mille et un scenarii pour les assouvir – se bousculent. Et lorsque je réalise que l’autre main de Jérém est en train de branler la queue de Thibault, je sens émerger en moi un fantasme fou qui fait grimper mon ivresse à des sommets vertigineux. Tout cela m’approche dangereusement de l’orgasme.
    « Doucement, Jérém, je lâche, la voix cassée par l’émotion, en essayant de me retenir.
    —    Allons sur le lit » fait le bobrun, la voix basse.
    Puis, il se lève lentement, il traverse la petite pièce et se débarrasse de son t-shirt blanc. Dans la foulée, Thibault se libère de son débardeur. Les deux bas-reliefs sculptés que sont leurs torses respectifs, l’un comme l’autre délicieusement poilus, ne sont que deux variantes d’un bonheur viril divin. Jérém ouvre sa braguette, il envoie son jeans et son boxer dans le décor. Sa belle érection est une tentation gourmande. Thibault dévoile à son tour sa virilité au garde à vous, nouveau et irrésistible délice viril. Les deux potes s’installent côte à côte, s’embrassent fougueusement, se branlent mutuellement. C’est beau, et c’est furieusement excitant.
    Je m’approche d’eux et je caresse, j’embrasse leurs plastiques incroyables – épaules, biceps, pecs – débordé de désirs, sans savoir où donner de la tête en premier. Je m’attarde sur leurs tétons saillants, je les fais frissonner. Jérém prend ma bouche et m’embrasse, tout en me branlant avec son autre main. La main de Thibault me caresse, m’attire vers lui. Le jeune pompier m’embrasse à son tour, alors que Jérém me branle toujours.
    Je lance mes mains à la rencontre de leurs queues, à l’aveugle. Je les trouve sans effort. Je branle, les deux potes tout en les embrassant à tour de rôle. C’est terriblement bon.
    Mes lèvres se dérobent aux baisers pour s’occuper de leurs queues. Ma bouche s’affaire, ma main joue les jokers, mes lèvres et ma langue ne pouvant hélas se prévaloir du bonheur de l’ubiquité.
    Très vite, le fantasme qui m’a traversé l’esprit lorsque nous nous câlinions à côté de la cheminée revient me hanter. Il est fort, il est beau, il est extrêmement excitant. Et il est terriblement dangereux. Alors, bien que toutes mes fibres tirent sur mon esprit pour le pousser à lâcher prise, un dernier verrou en moi m’empêche de me lancer. Je n’ose pas. J’ai peur de remuer d’anciens malaises entre les deux potes fraîchement retrouvés, j’ai peur de tout gâcher. Je ne veux surtout pas ça.
    Alors, je tente de le chasser, en me plongeant dans le plaisir présent. Dans la petite maison au pied de la montagne, je pompe longuement les deux potes à tour de rôle, je les fais frissonner à l’unisson, comme la première fois dans l’appart de la rue de la Colombette. Les deux rugbymen, quant à eux, s’évertuent à me caresser là où ma peau est la plus sensible, en particulier au niveau de ma nuque et de mes tétons.
    Mais la montée d’excitation que cela provoque ne fait que me ramener Le fantasme sans cesse. Et alors que les deux potes ahanent de plaisir, pendant que chacune de mes mains les branle en parfaite synchronisation, je finis par leur lancer, le regard fixé sur leurs queues frémissantes :

    « Montrez-moi ce qui s’est passé entre vous la dernière fois… »

    Voilà, c’est sorti, d’un coup. Comme le jet de vapeur sort de la valve d’une cocotte-minute qui laisse s’échapper un trop plein de pression pour éviter l’explosion. Mais à l’instant même où ces mots sont sortis de ma bouche, je les ai regrettés. Le silence qui suit est lourd comme le plomb. Je sens mon cœur taper dans ma poitrine, dans ma gorge, dans ma tête. Je n’ose même pas les regarder.

    « Enfin… si ça vous dit… » je tente de rattraper le coup.

    Le silence se poursuit et mon malaise grandit encore. De toute façon, je ne peux plus faire marche arrière. Les, mots, comme autant de dés jetés à leur destin, ont été jetés. Inutile de cacher la main qui les a lancés. Alors, autant découvrir les faces qui sont sorties et en avoir le cœur net. Je décide d’affronter les regards des deux jeunes rugbymen. Je lève la tête, et je rencontre d’abord celui de Jérém. Il est un tantinet alcoolisé, fumé au tarpé, rempli de volupté et de lubricité, illuminé par un petit sourire canaille. Sa langue qui se glisse furtivement entre ses lèvres est d’un érotisme insoutenable.
    Quant au regard de Thibault, il est moins fier, moins exubérant, moins assuré que celui de son pote. Malgré l’alcool et le joint, il a l’air un brin désorienté, déstabilisé par ma sortie. Il ne semble pas vraiment à l’aise. Visiblement, ce qui s’est passé entre Jérém et lui est toujours quelque chose de sensible dans son esprit. Je le savais, j’ai tout gâché. J’ai encore perdu une magnifique occasion de la fermer.
    Jérém semble se rendre compté lui aussi du malaise de son pote. Il lui passe un bras sur l’épaule, lui caresse le cou avec sa main, doucement. Avec l’autre, il le branle à nouveau. Il lui fait des bisous dans le cou, et Thibault frissonne. Je croise le regard du jeune pompier. C’est un regard rempli à la fois d’ivresse sensuelle et d’incrédulité. Un regard dans lequel une petite étincelle aux nuances voluptueuses vient de s’allumer. Et de commencer à pétiller intensément.

    Mais avant, en ce dernier instant où je peux encore réfléchir, je tiens à mettre une nouvelle fois les choses au point. C’est dur à faire, mais c’est nécessaire.
    « Cet été j’ai eu quelques aventures, mais n’ai pas pris de gros risques, je commence.
    —    Moi j’ai passé tout un tas d’analyses il y a un mois avant d’entrer au Stade et j’étais clean explique Jérém.
    —    Moi j’ai pas eu d’aventure, alors j’imagine que je suis clean ! »
    Voilà ce qu’inconsciemment je m’attends à entendre Thibault dire. Au lieu de quoi, je l’entends nous glisser :
    « Moi aussi je me suis toujours protégé. Et puis on nous fait faire des analyses tout le temps dans l’équipe.
    —    Avec des nanas ? le questionne Jérém sans détours, en ignorant sa dernière phrase.
    —    Non, pas de nanas… »

    Ah, ça c’est une nouvelle ! Thibault que j’avais laissé il y a six mois en plein doute, aurait finalement osé franchir le pas vers les garçons. Mais avec qui ? Dans quelles circonstances ? Je ne vois pas Thibault avoir des aventures. J’avoue que j’aimerais bien savoir…

    C’est idiot, mais le fait de découvrir que ton pote Thib a eu des aventures te laisse interloqué, Jérémie. Tu te dis que c’est bien qu’il ait réussi à tourner la page des sentiments qui l’attiraient vers toi. Et pourtant, tu ressens au fond de toi un étrange mélange de sentiments, entre le soulagement et une déception qui ressemble bien à une nuance de jalousie.

    Puis, tout s’emballe.
    Thibault se penche sur la queue de Jérém et entreprend de la sucer. Je ne perds pas une miette de ce délicieux spectacle, mon beau brun en train de se faire tailler une pipe par son meilleur pote. Je ne peux décoller mon regard de ce corps qui exprime son plaisir, de ce torse qui se bombe, qui vibre sous les frissons incessants, de sa tête qui se lève, le visage qui vise le plafond, les paupières qui tombent, la bouche qui s’entrouvre, la respiration qui s’accélère, l’excitation qui grimpe, le souffle qui devient bruyant et chargé de plaisir.
    Je ne perds pas une miette non plus du magnifique tableau offert par cet autre torse, cet autre cou, cet autre garçon, encore plus solide, encore plus bâti, qui s’affaire à prodiguer à son pote les caresses qui font du bien.
    Le jeune papa pompe son meilleur pote avec une fougue, un entrain dans lequel j’ai l’impression de voir se libérer, s’évaporer enfin des années de frustration, des années passées à refouler ses sentiments et ses désirs, ainsi que de longs mois de remords, après cette nuit qui a failli avoir raison de leur amitié.
    Je regarde l’adorable Thibault en train de se faire plaisir en donnant du plaisir à son Jéjé. C’est beau d’assister à ces retrouvailles sensuelles qui viennent sceller les retrouvailles amicales entre les deux potes. Thibault se sent en confiance, et se laisse aller pleinement à ce bonheur, sans craintes, sans peurs, l’esprit libre. C’est magnifique.
    Je m’installe à côté de Jérém et ce dernier m’embrasse illico, avec une animalité inédite. Et le fait de savoir d’où vient l’excitation qui provoque cette ardeur ne fait que décupler la mienne. J’ai envie de contribuer à leur plaisir. Alors, je lèche, je suce les tétons, je tâte, je caresse les épaules, les cous, les pecs, ceux de Jérém, ceux de Thibault. J’ai très envie de faire l’amour avec Jérém. Mais j’ai également très envie de toucher la nudité du jeune pompier, de goûter à sa virilité. Depuis le temps que nos désirs se frôlent sans oser se déclarer !

    Si c’est déjà fabuleusement beau de voir Thibault sucer Jérém, c’est encore plus incroyable de voir le beau demi de mêlée s’allonger sur le ventre et écarter ses cuisses musclées pour s’offrir au bel ailier brun.
    Jérém se glisse alors sur lui. Ses mouvements sont lents, doux. Il passe ses bras sous le torse de son pote et le serre très fort contre lui. Il pose des bisous dans son cou, intenses, fébriles. Son bassin produit de légères ondulations, sa queue raide caresse lentement la raie de son pote. Ce dernier frémit d’excitation.
    Jérém se relève, crache sur ses doigts, les envoie entre les fesses de Thibault préparer ce nouveau câlin que ce dernier lui réclame et qu’il est heureux de pouvoir lui offrir. Puis, il essaie de se laisser glisser entre les fesses de Thibault, mais ce dernier semble accuser une certaine souffrance. Il se retire, sans attendre.
    « Désolé, ça fait longtemps…
    —    T’inquiète…
    —    Je n’ai pas recommencé ça depuis… » finit par lâcher Thibault.

    Jérém crache une nouvelle fois sur ses doigts et revient caresser, détendre, plus longuement, plus doucement. Quelques instants plus tard, il réussit enfin à se glisser dans l’intimité du jeune pompier et le pilonne sous mon regard aimanté.

    J’ai maintenant la réponse aux questionnements demeurés sans réponse depuis plus d’un an, depuis que Thibault m’avait parlé de ce qui s’était passé entre Jérém et lui, dans la cafétéria de l’hôpital de Purpan, alors que mon bobrun était dans un état grave suite à une bagarre. Je me doutais que ça s’était passé de cette façon, entre eux, lors de cette fameuse nuit.
    Et si sur le coup la jalousie m’avait poignardé dans le dos sans pitié, voilà que très vite, l’idée que Jérém ait pu faire l’amour à Thibault m’avait parue non seulement très probable, mais aussi et surtout très excitante. Mais entre le fait d’imaginer la scène, et celui de savoir qu’elle s’est réellement produite, et encore plus la voir se répliquer sous mes propres yeux, le bonheur sensuel n’est pas du tout le même.
    Jérém coulisse entre les fesses du jeune papa prenant appui tour à tour sur ses épaules, sur ses hanches, sur ses cuisses. C’est beau à se damner.
    Je croise son regard, assommé de plaisir. Dans la fixité de ce regard, je vois qu’il kiffe que je le mate en train de prendre son pied avec un autre gars. Ça a toujours été le cas dans chacun de nos plans à trois, mais ça ne l’a jamais été aussi intensément qu’aujourd’hui. Parce que Thibault, c’est Thibault. Il l’est pour Jérém, et il l’est pour moi aussi. Thibault n’est pas un amant d’une nuit. Thibault est quelqu’un de spécial, pour lui, et pour moi. Je sais que Jérém ressent plus que de l’attirance pour Thibault et il sait qu’il en est de même pour moi. Ce n’est pas vraiment de l’amour, mais ce n’est pas que de l’amitié. C’est un sentiment complexe où se mêlent l’attirance, le désir, la bienveillance, la complicité, l’affection, l’intimité. Bromance.
    C’est tellement beau de voir deux si beaux garçons se faire du bien ! Et ce qui est sublime par-dessus tout, c’est cette harmonie des corps et des envies, ce plaisir partagé, sans domination, sans réticences, en parfaite bienveillance. Les deux potes sont en train de faire l’amour, il n’y a pas d’autre mot.
    Je pourrais être jaloux, mais je ne le suis pas. Je me sens à l’aise. Je sais que ce bon moment que nous sommes en train de nous offrir est une expérience qui fera du bien à chacun, sans qu’il y ait de conséquences fâcheuses comme ça a été le cas la première fois.
    Parce qu’il n’y a plus de non-dits entre nous, plus de faux semblants, plus d’inquiétudes. Parce que Thibault a pu exprimer ce qu’il ressent, et aller de l’avant. Parce que Jérém assume enfin sa sexualité. Parce que j’ai confiance en Jérém et Thibault. Et parce que je sais que si j’aime énormément Thibault, et qu’accessoirement il me fait sacrément envie, la place que Jérém occupe dans mon cœur, personne d’autre n’est près de la prendre. Même pas Ruben.
    D’ailleurs, c’est à lui que je pense, pendant un instant, alors que je caresse sans discontinuer les deux rugbymen emboîtés pour le plaisir, tout en regardant Jérém glisser inexorablement dans la pente qui va l’amener à celui qui promet d’être un très bel orgasme.

    Puis, tout s’arrête d’un coup. Mon bobrun s’immobilise, il gonfle ses pecs et prend une longue inspiration. Il se déboîte lentement de son pote. Ses mains saisissent ses hanches, l’invitent à changer de position. Thibault se retourne, et cherche son regard. Il le rencontre, et ne le quitte plus.
    Jérém saisit les cuisses de son pote, les soulève, et se laisse une nouvelle fois glisser en lui. Thibault accuse cette nouvelle pénétration avec un frémissement de bonheur. Jérém, le beau mâle à la plastique toute en muscles, à la toison brune et aux tatouages bien virils, à la peau mate et moite de transpiration, envoie à nouveau de bons coups de reins entre les superbes cuisses de son pote, tout en prenant appui tour à tour sur ses hanches aux plis fabuleusement saillants, sur ses biceps puissants, sur ses pecs sculptés et délicatement velus.
    Je suis aimanté par cette chaînette qui oscille lentement au gré de ses va-et-vient, miroir des foulées du dernier galop vers l’orgasme. Je suis assommé par la façon dont leurs regards sont verrouillés l’un sur l’autre, par les étincelles qui se dégagent de ce contact.
    J’ai envie d’apporter une dernière touche à ce tableau de maître. Je me glisse derrière Jérém, je passe mes bras de part et d’autre de son torse, je caresse ses tétons. Je le sens frissonner intensément.
    Mais cela ne dure pas longtemps. Jérém arrête à nouveau ses coups de reins, et me lance sèchement :
    « Arrête, Nico !...S’il te plaît… » il se corrige, sur un ton plus doux.
    Je retire mes mains et je le regarde. Je le vois fermer ses yeux, expirer lentement et bruyamment. Je sais ce que cela signifie, je sais ce que cela annonce.
    « Ça va ? le questionne Thibault à voix basse.
    —    Oh, oui ! fait le beau brun, en s’essuyant le front avec le revers de la main. Mais si je continue…Je vais jouir… » il lâche, après un court instant d’hésitation, tout en nous regardant, à tour de rôle, Thibault et moi.
    Jérém me regarde, et Thibaut aussi, comme si l’un et l’autre cherchaient la même chose dans mon regard, mon aval à l’accomplissement de ce bon câlin entre potes. Je suis touché par leur attitude. Mais bien évidemment, je ne pourrais jamais les priver de cela, je ne pourrais jamais empêcher ce fabuleux feu d’artifice de se produire. J’amorce un léger sourire et je leur fais un signe de la tête pour leur montrer que tout va bien pour moi. Et pour préciser encore ma pensée, je finis par lâcher :
    « Faites-vous plaisir, les gars !
    —    Fais toi plaisir, Jé… » j’entends l’ancien mécano glisser à son pote.

    Les mains à plat sur les pecs de Thibault pour donner plus d’amplitude à ses va-et-vient, mon beau brun augmente progressivement la cadence et la puissance de ses assauts virils. Très vite, son corps superbement musclé se tend vers le point de non-retour.
    Voir sa belle petite gueule traversée par le frisson ultime, voir tout son être secoué par l’onde de choc de l’orgasme, voilà qui est toujours un spectacle magnifique, même lorsque sa jouissance ne vient pas de moi, ni en moi. Et savoir qu’il est en train de jouir entre les fesses de son meilleur pote, ce pote qui en même temps caresse fébrilement ses tétons pour décupler son plaisir, c’est une expérience incroyable et magique.

    Jérém s’affale sur son pote, le visage enfoui dans le creux de son épaule. Thibault glisse ses bras puissants autour de son torse et le serre très fort contre lui. Il enfonce ses doigts dans ses cheveux bruns, l’embrasse dans le cou, fébrilement.
    Les deux potes demeurent ainsi, emboîtés et enlacés, pendant un petit moment. Lorsque Jérém se relève, il embrasse le jeune stadiste toulousain. Puis, sans se retirer de lui, il se met à le branler.
    Je trouve cela à la fois beau et frustrant. Terriblement frustrant. Intolérablement frustrant. Mille envies se bousculent dans ma tête, mille façons de prendre et de dispenser le plaisir dont cette main va se charger et, de ce fait, me priver. Même si ça part d’un bon sentiment de la part de Jérém, celui de renvoyer l’ascenseur à celui qui lui a tant offert de plaisir, je ne peux pas laisser faire ça.
    « Attends ! » je m’entends lui lancer.
    Jérém stoppe ses caresses, et me regarde.
    « Attends, je répète. Laisse-moi faire » je précise.

    Jérém se retire de son pote. Il m’embrasse, il passe une main sur mon épaule, et me sourit. Je sais qu’il a compris ce dont j’ai envie. Et je sais que l’idée lui plaît bien. Ah, putain, qu’est-ce que beau de sentir cette parfaite complicité entre nous trois, cette nuit !
    Un instant plus tard, je me glisse entre les cuisses musclées du beau demi de mêlée, et je retrouve avec bonheur le beau gabarit et la douceur de son bel engin. Je le pompe lentement, très lentement. Mais, assez vite, ma bouche dérive. Ma main prend le relais, l’enserre bien au chaud, la caresse très doucement. J’ai envie de faire retomber son envie pressante de jouir à son tour. Je descends lécher ses boules bien rebondies, bien pleines. Et je descends encore, encore, encore. L’excitation a raison de mes réticences les unes après les autres. Ma bouche est irrépressiblement attirée par sa rondelle, par ce trou dans lequel mon Jérém vient de jouir longuement. En glissant ma langue entre les fesses de Thibault, je rencontre le ravissement de faire vibrer le jeune stadiste toulousain d’une façon inattendue, de sentir toutes les fibres de son corps se tendre, et ses poumons lâcher de longs et sonores souffles de bonheur. Mais aussi celui de retrouver l’odeur prégnante et le goût intense du jus de Jérém. Je me plonge avec délectation dans ce bonheur olfactif et gustatif, comme assommé par une drogue puissante.
    Je bande comme un âne, j’ai envie de faire l’amour. Le premier garçon avec qui je vais faire l’amour cette nuit, ce sera Thibault. Oui, depuis le temps que nos désirs se frôlent sans oser se concrétiser, ça fait un bien fou de pouvoir se laisser aller enfin. C’est ce à quoi je pense en me mettant à cheval sur Thibault, en me laissant glisser sur son manche raide, lorsque je me laisse envahir par sa virilité.
    Je monte et je descends lentement, tout en prenant appui avec mes mains à l’arrière pour seconder mon effort. Thibault semble bien apprécier. Et, en même temps, il a toujours autant envie de me faire plaisir. Il ne cesse de caresser mes tétons, et son doigté est toujours si magistral. Je regarde Jérém en train de fumer à côté de la cheminée. Il nous mate fixement, tout en se caressant. Il n’a pas débandé d’un iota depuis qu’il s’est retiré de son pote.
    Puis, à un moment, mon bel amant veut changer de position. Je me laisse faire, et je me retrouve sur le dos, divinement tringlé par ce jeune mâle puissant. Sa beauté est aveuglante, sa virilité débordante. Thibault est un merveilleux amant, à la fois puissant, doux et inventif. Sa façon de chercher sans cesse le contact avec mon corps, que ce soit avec ses mains, ou bien en s’allongeant sur moi et en me couvrant de bisous, sa façon de me caresser tout en me faisant sentir bien à lui, ses attitudes à la fois bien viriles et extrêmement douces donnent une intensité particulière à ces instants de partage de plaisir.
    Ça me brûle de rendre hommage à cette beauté, à cette virilité. Ça me brûle de lui montrer à quel point le plaisir qu’il m’offre est intense. Je caresse, j’agace ses tétons, je seconde les va-et-vient de ses coups de reins, je veux le rendre fou. Mais ce sont ses biceps qui aimantent mes doigts. Ils sont tellement puissants, ces biceps. Je ne peux me résoudre à les quitter.

    Thibault prend son pied, j’en tiens pour preuve la montée en puissance de ses ahanements. Quant à Jérém, toujours assis à côté de la cheminée en train de fumer et de se branler, tous pecs, abdos, tatouages, peau mate dehors, sa chaînette de mec brillant au reflet des flammes, il est vraiment bandant.
    J’ai envie de faire l’amour avec Thibault, mais j’ai tout autant envie de faire jouir mon beau brun. Quand je le vois en train d’astiquer son manche, je me dis qu’il va peut-être se faire jouir tout seul. Il en serait capable, le coquin, comme cet après-midi en voiture au retour du Pont d’Espagne ! Et ce serait vraiment un beau gâchis !
    Je voudrais tellement lui offrir du plaisir en même temps que j’en offre à son pote ! J’ai envie de lui dire de nous rejoindre, mais je ne le fais pas. Au fond de moi je me dis que je suis déjà en train de lui offrir du plaisir, en réalisant son fantasme de me regarder en train de faire l’amour avec son pote. Et mon bonheur sensuel se trouve décuplé par son regard insistant et concupiscent.

    Mais le bobrun a une autre idée en tête. Après avoir jeté sa cigarette dans le feu, et alors que son pote continue de me pilonner, il vient présenter sa queue devant mon nez. C’est exactement à ça que je pensais. L’odeur intense de sa jouissance récente me rend dingue.
    Je laisse son manche raide se glisser entre mes lèvres et coulisser lentement entre celles-ci. Et je laisse les deux potes aller au bout de cette envie qu’ils avaient ressentie la première fois que nous avions couché ensemble, la première fois où je m’étais retrouvé dans cette position, dans cette configuration, envahi par leurs deux virilités bouillonnantes. Je les regarde se pencher l’un vers l’autre, je vois leurs visages s’approcher, leurs lèvres se rencontrer. Je les regarde s’embrasser. Je regarde Jérém agacer les tétons de Thibault. C’est terriblement excitant. D’autant plus que ce dernier s’étant pas mal penché vers son pote, ses abdos frôlent régulièrement et dangereusement mon frein.
    Puis, une nouvelle fois, cette mécanique du plaisir s’arrête d’un coup. Thibault, en nage, la respiration bruyante, finit par lâcher :
    « Je vais pas tarder à venir… il nous prévient, il nous regarde, Jérém et moi. Je peux encore sortir, si tu veux » il enchaîne.
    Pour toute réponse, Jérém recommence à caresser ses tétons. Thibault accuse ce nouveau contact par d’intenses frissons. J’interprète ce nouveau contact comme un aval, un encouragement tacite.
    « Fais-toi plaisir » je lui glisse alors.
    Le jeune pompier y va avec une nouvelle fougue, celle qui n’a plus d’entraves, lancé à toute vitesse vers une jouissance désormais très proche. Et, très vite, il perd pied.
    Je me délecte de sa façon d’appréhender l’onde de choc de l’orgasme, avec de longs soupirs, le corps traversé par des spasmes répétés. Ah, putain, qu’est-ce que c'est beau de voir le jeune papa vibrer de plaisir en jouissant en moi !

    Thibault me branle pour me finir. Je sais que je ne vais pas tarder à venir. Et pile au moment où je sens mon excitation s’envoler vers des sommets extrêmes, j’entends Jérém souffler, tout en posant sa main sur l’épaule moite de Thibault :
    « Attends ! »
    Je suis terriblement frustré, car j’étais vraiment à deux doigts de jouir. Mais en même temps, je crois savoir ce que Jérém a en tête, et rien ne pourrait me rendre plus heureux à cet instant que la manifestation de cette envie soudaine. Ainsi, je me réjouis d’être encore en pleine excitation pour pouvoir l’apprécier pleinement.

    Jérém vient en moi, il glisse en moi comme dans du beurre, il trempe sa queue dans le jus que son pote vient de lâcher en moi. Il me remue avec ses gros bras, et il me pilonne avec une ardeur intense. Ses va-et-vient ont quelque chose de sauvage, d’animal. Quant aux ondulations de son torse, ça me donne le tournis tellement c’est beau et sensuel. Je suis happé par les ondulations de sa chaînette, les mêmes que j’avais observées un peu plus tôt, alors qu’il était en train de limer son pote. Ça me rend dingue. Je caresse et j’agace ses tétons, je veux le rendre dingue, lui aussi. Mais, là aussi, ce sont ses biceps qui aimantent mes doigts, tout comme ceux de Thibault. Ils sont tellement puissants, ces biceps. Comme ceux de Thibault.
    Et c’est une magnifique perspective de biceps, de pecs, d’épaules solides, de proximité sensuelle entre potes qui se présente à mon regard lorsque Thibault vient se placer derrière mon beau brun, lorsqu’il glisse ses mains sous ses aisselles pour atteindre ses tétons. Jérém sursaute de plaisir. Quelques coups de reins encore, et il mélange son jus à celui de son pote, en moi.
    Ah, putain, qu’est-ce que ça m’a manqué, en dépit de ce que j’ai affirmé à Ruben pendant des semaines, de me sentit bien possédé par un mec viril ! Avec deux tels mâles je redeviens complètement passif et heureux.

    La tempête des sens passée, le bobrun s’allonge sur moi. Il m’embrasse, tout en continuant d’envoyer de petits coups de reins, qui ont pour effet de provoquer des petits frottements de ses abdos contre mon frein. Un contact bien suffisant, dans l’état d’excitation qui est le mien à cet instant précis, pour me faire lâcher de nombreuses giclées sur nos abdos.

    Le jus de deux magnifiques rugbymen en moi, l’écho de leurs assauts virils, de la vibration de leurs orgasmes – et du mien, particulièrement intense – retentissant toujours dans ma chair, je récupère pendant quelques instants.
    Les deux potes se rejoignent au pied de la cheminée. Jérém fume une clope, Thibault avale quelques gorgées de bière. Je les rejoins, je me glisse entre eux. Installé entre les deux superbes jeunes mâles, entouré par leurs muscles, par leurs virilités, je suis très vite enivré par les parfums de déo et de gel douche qui se dégagent de leurs corps. Mais également par d’autres petites odeurs plus naturelles, plus masculines, et tout aussi délicieuses. Celles de leurs transpirations, et celles de leur jouissance.
    Entouré par tant de mâlitude, je ne peux résister au besoin profond de chercher un contact encore plus étroit. Je passe mes bras autour de leurs épaules puissantes, je pose mes mains sur leurs biceps. Ils sont tellement rebondis que je ne peux les enserrer, je peux juste les tâter. Et ça me rend dingue. Vraiment, les biceps, c’est probablement le détail de l’anatomie masculine qui me fait le plus d’effet.
    Nous échangeons des bisous, des caresses, nous laissons nos mains et nos lèvres se promener au gré de leurs envies. Nous les laissons nous faire du bien. Nous nous autorisons à nous faire du bien, à volonté, sans nous prendre la tête.

    Tous les trois nus devant la cheminée, nous partageons des discussions diverses, des rires complices. Je suis tellement heureux que notre belle entente demeure intacte après ce qui vient de se passer. Je pense qu’elle le demeure justement parce que ce n’était pas que du sexe. C’était de l’amour, de l’amour que nous avons partagé à trois, sans peurs, sans craintes, en toute confiance.
    Bien évidemment, je ne peux m’empêcher de comparer cette nuit avec celle que nous avions passée ensemble l’an dernier dans l’appart de la rue de la Colombette. Cette nuit, plus de jalousie, plus d’égo mal placé de la part de Jérém, plus de brutalité. Plus de besoin de montrer à Thibault que je n’étais qu’un plan cul parmi d’autres. Cette nuit, Jérém ne cache plus ses sentiments pour moi.
    Cette nuit me fait aussi penser à celle que nous avons partagée avec Jonas il y a quelques mois. Elle lui ressemble, mais elle a quelque chose en plus. Et ce plus, c’est le fait que cet adorable Thib, nous l’aimons vraiment beaucoup, Jérém et moi. Jérém n’a pas caché son désir et ses sentiments à son égard, tout comme il ne m’a pas empêché de montrer les miens, sans pour autant se montrer jaloux.
    Nous vivons une nuit de plaisir et de tendresse, une nuit de désirs assumés et de confiance. Et c’est ça qui en a fait, jusqu’à cet instant, toute la beauté. Mais ce que j’ignore encore, c’est que cette nuit va être également une nuit de confidences.

    « Alors, t’a couché avec des gars ? » j’entends Jérém demander à Thibault.
    De toute évidence, cette « bombe » lâchée par Thibault juste avant notre câlin l’intrigue autant qu’elle m’intrigue. Mais à la différence de moi, Jérém ose demander, et sans y aller par quatre chemins.
    « Oui… deux gars, en fait.
    —    Et tu les as levés dans les bars ?
    —    La première fois c’était dans ta rue…
    —    A la Ciguë ?
    —    Oui, c’est ça.
    —    Un plan cul ?
    —    On va dire…
    —    Et l’autre ?
    —    Tu vas rire… c’est un gars que j’ai croisé en pédiatrie. C’est un médecin.
    —    Plan cul aussi ?
    —    Non, c’était autre chose. Ce gars est très sympa…
    —    Vous vous êtes revus ?
    —    Quelques fois…
    —    Il s’appelle comment ?
    —    Paul.
    —    Et il a quel âge ?
    —    29.
    —    C’est sérieux entre vous ?
    —    D’une certaine façon, oui.
    —    Vous allez vous revoir ?
    —    C’est pas simple, parce qu’il travaille beaucoup. Et moi, entre le rugby et Lucas, je n’ai pas vraiment le temps non plus. Mais on essaie. On ne s’est rien promis, on profite à fond du temps que nous passons ensemble.
    —    Fais gaffe quand même…
    —    Faire gaffe à quoi ?
    —    Si on vous voit ensemble, les rumeurs peuvent vite circuler…
    —    On n’a pas écrit "pédé" sur le front ! se marre le demi de mêlée.
    —    Oui, mais les gens bavent, et ça peut vite foutre le bordel. Je le dis pour toi, Thib, je ne veux pas que tu aies des emmerdes.
    —    Oui, Papa !
    —    Tu as su quand que tu aimais les mecs ? enchaîne Jérém, le regard dans le vide, après avoir posée sa bouteille de bière désormais vide sur le plan de la cheminée.
    —    Je pense que je l’ai su en même temps que toi. Je ne sais pas si tu t’en souviens de cette nuit. On avait 13 ans, on était dans une tente, en camping…
    —    Avec tes parents, à Gruissan, complète Jérém.
    —    Je croyais que tu avais oublié tout ça.
    —    Comment veux-tu que j’aie oublié ?
    —    Nous n’en avons jamais reparlé.
    —    Je sais…
    —    Cette nuit-là, j’ai su que j’avais envie de toi. Mais aussi que j’étais amoureux de toi.
    —    C’est pour ça que j’ai fait comme s’il ne s’était rien passé. Déjà, je n’assumais pas d’avoir pris mon pied avec un autre mec. Et en plus, c’était avec toi. Et en plus tu avais des sentiments. Ça m’a fait peur. Je ne voulais pas être "pédé". Je ne voulais pas gâcher notre amitié.
    —    Moi non plus je ne voulais pas mettre notre amitié en danger. Et comme tu n’en as jamais reparlé, j’ai fait comme toi, j’ai fait comme si ça ne s’était jamais passé. J’ai mis ça sur le compte des bières de cette nuit-là. Mais en vrai, je n’ai jamais arrêté d’y penser.
    —    Même quand nous avons commencé à coucher avec les nanas ?
    —    C’est surtout toi qui couchais avec des nanas. Et pendant un temps, je me suis dit que ce qui s’était passé entre nous ce n’était qu’une bêtise, et que tu étais vraiment hétéro. J’ai essayé de me convaincre que je l’étais aussi.
    —    Si j’ai couché avec autant de nanas, c’était pour essayer d’oublier que certains gars me faisaient de l’effet, et toi en premier. J’avais honte d’être comme ça.
    —    Cette nuit n’a jamais cessé de me hanter. Et encore plus, quand j’ai su pour toi…
    —    Et tu as su quand, au juste ?
    —    Tu te souviens, il y a deux ans, quand nous sommes partis à Gruissan pour fêter ton permis ?
    —    Oui, très bien…
    —    Une nuit, je t’ai vu avec ce gars dans le chalet…
    —    Ah ! Mais tu ne m’en as jamais parlé !
    —    Et ça aurait servi à quoi ? A part à te mettre en rogne et à foutre le bordel entre nous ? Nos potes n’auraient pas compris qu’on se fâche pendant les vacances.
    —    Alors t’as gardé ça pour toi, mon Thib…
    —    Oui…
    —    C’était ma première fois, admet Jérém.
    —    Je m’en doutais.
    —    Ça a dû être dur pour toi d’assister à ça, alors que tu étais à fond sur moi.
    —    Ça l’a été, oui.
    —    J’aurais dû être plus discret.
    —    Tu as fait ce que tu as pu, considère Thibault, tout en passant doucement les doigts dans les cheveux de son pote.
    —    Et puis Nico est arrivé, poursuit l’adorable pompier.
    —    Et puis Nico est arrivé, oui, confirme Jérém.
    —    Il a bien foutu le bordel, ce petit Nico, il enchaîne, tout en posant un bisou sur ma joue et passant sa main dans mon dos.
    —    Plains-toi ! je le cherche.
    —    J’étais vraiment content pour vous, fait Thibault. Mais pour moi, ça a été encore plus dur. Parce qu’avec Nico, c’était diffèrent, hein ?
    —    Oui, c’est vrai, finit par admettre mon bobrun. Très différent.
    —    Je l’ai su dès la première fois où je vous ai vus ensemble » conclut le jeune pompier.

    En réalité, je n’apprends par grand-chose au sujet de la vie sexuelle et sentimentale de Jérém avant que nous devenions « Jérém et Nico », car je suis au courant de la plupart de ces évènements par la bouche de Jérém lui-même. Il n’empêche que cette évocation pique un peu dans mes oreilles et dans ma tête. C’est idiot d’être jaloux du passé, mais je ne peux pas m’en empêcher. Mais dans ces souvenirs-confessions entre potes, je découvre également le vécu de Thibault, et c’est beau et émouvant. Et je redécouvre également la place particulière que j’ai dans le cœur et la vie de Jérém.
    « Parce qu’avec Nico, c’était diffèrent ». Thibault l’avait remarqué. Jérém l’a confirmé. Et ça me touche immensément. Et ma jalousie s’évapore au soleil rayonnant de ce moment de bonheur.

    « Pourtant, j’ai tout fait pour te faire penser le contraire, fait Jérém, jusqu’à t’entraîner à coucher avec nous pour te montrer que ce n’était qu’un plan cul !
    —    Je pense que c’est surtout à toi que tu voulais montrer ça.
    —    Certainement…
    —    Cette nuit-là j’ai vu avec mes propres yeux que Nico avait pris la place que je n’aurais jamais dans ta vie. Il me fallait cet électrochoc pour m’aider à tourner la page.
    —    Après mon expulsion, je n’aurais pas dû venir m’installer chez toi.
    —    Et pourquoi pas ?
    —    Si je n’étais pas venu, ça aurait été plus simple pour toi.
    —    T’étais en galère, je n’allais pas rester les bras croisés sans rien faire !
    —    T’es un véritable pote, Thib ! Je suis vraiment désolé pour ce qui s’est passé. Et je m’en veux surtout d’être parti comme un voleur, comme un con.
    —    Tu n’as pas à être désolé pour ce qui s’est passé, j’en avais autant envie que toi. Je savais que c’était probablement la seule fois que ça arriverait. Je savais que tu étais amoureux de Nico et que vous vous retrouveriez. Ce qui m’a fait le plus mal, c’est que tu te barres après, comme si tu étais dégouté par ce qui venait de se passer entre nous.
    —    Mais non, mais non, je n’étais pas dégouté. C’est juste que je n’ai pas assumé. Je savais que tu étais toujours à fond sur moi, et j’avais tellement peur que tu penses que j’avais profité de toi. J’avais peur de t’avoir fait du mal et que tu ne me le pardonnes jamais.
    —    Je crois que ce qui s’est passé était une façon de nous dire au revoir, considère Thibault. Après cette nuit, j’ai su que j’avais vraiment besoin de prendre de la distance pendant un certain temps.
    —    Mais après ton départ de mon appart, il continue, j’étais inquiet de te savoir seul avec ton mal-être, et de ne plus rien pouvoir faire pour t’aider. J’ai demandé à Nico de veiller sur toi. Quand j’ai su pour ton accident, j’ai cru que j’allais crever, tellement j’avais mal.
    —    Tu es vraiment incroyable, Thib.
    —    Et maintenant, je crois que je suis prêt à renouer avec notre amitié et à te voir aimer Nico, explique le jeune pompier. J’ai avancé dans ma vie, et la vie m’a même devancé. Je ne m’attendais pas à être papa, et surtout pas si tôt. Ça a changé pas mal de choses dans ma tête.
    —    Tu n’es plus amoureux de moi ? fait Jérém, avec un sourire béat.
    —    Je t’aimerais toujours, Mr Tommasi, toujours. Mais je sais que ce ne sera pas toi mon prince charmant. Tu seras toujours quelqu’un de très spécial pour moi. Parce que tu es mon meilleur pote. Et tu le resteras toujours, quoi qu’il arrive. Et aussi parce que tu as été le premier gars dont je suis tombé amoureux.
    —    Moi aussi, je t’aimerai toujours, Thib ! »

    Les deux potes se prennent dans les bras et se serrent très fort l’un contre l’autre.

    « Si on m’avait dit, il y a encore un an, que nous aurions ce genre de conversation, considère Jérém, et que nous finirions tous les deux pédés, je me serais énervé. Trèèèèèèèèèèès énervé, même !
    —    Il faut un temps pour tout. Un temps pour savoir qui on est. Un temps pour assumer qui on est. Un temps pour apprivoiser les obstacles et la pression. Un autre encore pour nous pardonner du fait de ne pas être ceux que nous voudrions être. Et un dernier, le plus important de tous, pour nous dire que nous sommes très bien tels que nous sommes.
    —    Ta sagesse m’a toujours sonné » fait Jérém, visiblement admiratif.

    Ce que vient de dire Thibault est vraiment beau. Mais une note dissonante vient aussitôt se glisser dans la parfaite symphonie de ces mots.

    « T’imagine ce qui se passerait si nos coéquipiers, nos staffs ou nos supporters nous entendaient discuter en ce moment ? lâche Jérém, le regard perdu quelque part dans le feu de la cheminée. Ou pire, s’ils savaient ce qu'on vient de faire ? Ce serait fini pour nous. On serait morts !
    —    Il ne faut pas penser à ça ! réagit Thibault.
    —    On se fait du bien et on ne fait de mal à personne, j’abonde dans son sens.
    —    Exactement ! s’exclame le jeune stadiste toulousain, et ça ne regarde que nous.
    —    Mais si ça se savait… insiste Jérém. Je n’arrête pas d’y penser et ça me mine.
    —    Je pense que tu te fais du mal pour rien, Jérém.
    —    Ne me dis pas que ça ne te fait rien quand tu entends "pédé" quand quelqu’un rate un passage, une réception, un essai, un point, ou je ne sais quoi d’autre ! Dans les vestiaires, les gars n’ont que ce mot à la bouche !
    —    Si, et ça me casse les couilles ! Parce que ce mot assimile les gars comme nous à une idée négative, à la faiblesse, à l’incapacité. Comme si être gay c’était être nul. Ça s’appelle de l’homophobie. Et cette homophobie banalisée est une violence infligée à tous les gars comme nous.
    —    Pour avoir la paix, il m’arrive de participer aux blagues de pédé et d’en rajouter…
    —    Moi je ne peux pas. Je n’ai pas encore le cran de recadrer ceux qui en font trop, parce que je suis encore trop nouveau dans l’équipe. Mais je ne peux pas seconder des insultes qui me visent, même indirectement.
    —    S’il n’y avait que les insultes ! lâche Jérém, sans vraiment prêter attention aux mots de son pote. J’ai entendu dire qu’il y a des mecs en ville qui montent des expéditions pour aller casser du pédé sur les lieux de drague ou à la sortie des boîtes gay ! »

    [En fait, tu as vu ça de tes propres yeux, un soir, où tu te promenais dans un bois parisien pour voir comment se passent les rencontres entre garçons dans ces endroits. Quatre gars avec des battes de baseball, des enculés de première, des minables, des lâches qui s’en sont pris à deux gars comme toi qui s’étaient rencontrés dans la pénombre. Et ça t’a bien refroidi d’y retourner].

    « C’est ahurissant qu’il y ait de tels cons. Ces gars ont été bercés trop près du mur, mais pas assez ! fait Thibault. C’est profondément injuste qu’on soit obligé de vivre cachés pour qu’on nous fiche la paix.
    —    C’est ce qui m’a détruit l’an dernier, explique Jérém. La peur et la honte. J’avais peur de me mettre tout le monde à dos. Je me suis senti seul. Je pensais tout le temps à ça. Ça me stressait. Ça me bouffait. C’est devenu une obsession. Je ne dormais plus. J’ai décroché, je jouais de plus en plus mal. Plus ça allait, plus je perdais confiance en moi. J’ai fini la saison fatigué, complètement démotivé. J’étais fracassé. J’ai failli me ramasser plus d’une fois. Dieu sait comment j’ai échappé à une blessure grave. »

    Ça me touche beaucoup que Jérém s’ouvre de cette façon, car cela me permet de mesurer toute l’ampleur de son malaise.

    « Quand l’esprit n’est pas en paix, le corps finit toujours par trinquer, lâche le sage Thibault.
    —    Avec les gars, fait Jérém, on est ensemble du matin au soir, aux entraînements et aux matches. On gagne ensemble, on perd ensemble. Bien sûr, il y a des jalousies, parce qu’on nous met tout le temps en compétition les uns avec les autres. Mais on se respecte, et on devient des potes. Et ce secret me donne l’impression de leur mentir en permanence.
    —    On ne peut avoir des rapports authentiques qu’en connaissant les autres et en les laissant nous connaître, considère Thibault.
    —    C’est exactement ça, fait Jérém. Le plus dur, c’est de mentir sur qui je suis. Parce que ça empêche de se faire de vrais potes. J’ai eu la chance de m’en faire un, qui m’a beaucoup soutenu. Mais ça n’a pas empêché de me sentir toujours comme une pièce rapportée.
    —    Nos préférences sexuelles ne concernent personne d’autre que nous. Le vrai problème ce n’est pas nous, le vrai problème c’est l’homophobie, j’avance.
    —    Dans le sport, personne ne parle de l’homophobie, fait Jérém, ni des gars comme nous, sauf pour s’en moquer. Alors on reste cachés.
    —    Et pourquoi en parler, il continue, si c’est pour risquer de tout perdre ? Les clubs n’aiment pas les gars qui foutent le bordel, et le fait d’avoir un pédé dans l’équipe passerait mal. Sortir du placard ce serait signer notre propre arrêt de mort. On nous pousserait direct vers la sortie.
    —    Ils renonceraient à des bons joueurs parce qu’ils sont gays ? je demande, naïf.
    —    Ils se gênerait, tiens ! Les entraîneurs ont des piles entières de CV de bons joueurs qui n’attendent qu’à être appelés.
    —    Tout ça est vrai, confirme Thibault. Mais moi je n’en peux plus de faire semblant. Ça demande trop d’énergie. Avoir des secrets est une source de peur constante. Je ne veux plus vivre ça.
    —    Pour toi c'est plus simple. Tu as une nana et un gosse, personne ne peut te traiter de pédé.
    —    Pour l’instant, oui. Mais qu’est-ce qui va se passer si j’ai envie de faire ma vie avec quelqu’un ?
    —    Avec ton médecin ?
    —    Avec lui, ou avec quelqu’un d’autre. Je ne veux pas avoir à me cacher toute ma vie. Personne n’a le droit de juger quelque chose qui ne le concerne pas. Les gars comme nous existent depuis toujours, et la haine n’y changera rien, elle ne fait que provoquer de grandes souffrances vraiment inutiles.
    —    Mais en pratique, nous ne pouvons pas changer les mentalités. Je viens de changer d’équipe, je suis en train de retrouver un bon niveau de jeu, et je gagne jour après jour la confiance de l’entraîneur et le respect de mes coéquipiers. Mais je sais pertinemment que s’ils savaient ce qui vient de se passer entre nous cette nuit, plus rien de tout cela ne compterait, je ne serais plus qu’un sale pédé et je serais mis à l’écart.
    —    Alors, non, je n’ai pas le choix, il continue, si je veux être respecté, je dois rester hétéro aux yeux de tout le monde. Il faut qu’ils me voient de temps en temps avec une nana canon. Peu importe que je la baise ou pas, l’important c’est qu’ils le croient.
    —    Moi j’ai décidé d’arrêter de me cacher, considère Thibault. Je me concentre sur le rugby, j’essaie d’être à la hauteur de la chance qui m’a été donnée. J’essaie d’être un bon joueur, un bon coéquipier, un bon pote. Je ne vais pas avoir des regards déplacés, ni des mots, et encore moins des gestes. Mais si un jour j’ai envie de me balader en ville avec un gars, je le ferai. Et si on me rejette à cause de ça, je m’en irai avant qu’ils ne me virent. De toute façon, je ne pourrai pas côtoyer des gars par qui je me sentirais trahi. Je reprendrai mon taf de mécano, j’aurai plus de temps pour le SDIS. Si ma place n’est pas dans le rugby, elle sera ailleurs.
    —    Tu es un gars solide, Thib, beaucoup plus que moi.
    —    Tu te trompes, Jé. Tu es bien plus solide là-dedans que tu ne le penses, fait-il, en pointant son index sur la tempe de son pote. C’est vrai que nous ne pouvons pas faire tout ce que nous voulons et comme nous le voulons. Mais je pense aussi que l’important c'est ce que nous faisons nous-même avec les contraintes qu'on nous impose. Et puis, tu sais, même si nous sommes loin, ça ne change rien pour moi. Je serai toujours là pour toi. Et je sais que tu seras toujours là pour moi. Si on a un coup de blues, on s’appelle et on essaie d’arranger ça ensemble, comme au bon vieux temps.
    —    Maintenant que nous nous sommes retrouvés, on ne se quitte plus, ok ? fait Jérém, en passant le bras autour du cou de son pote.
    —    Évidemment, fait Thibault, en se penchant vers le bobrun pour le prendre dans ses bras.
    —    Ne nous quittons plus, je ne peux me retenir de répéter.
    —    Plus jamais, font Jérém et Thibault, tout en ouvrant chacun un bras et en m’attirant dans leur étreinte entre garçons.
    —    Nous ne nous quittons plus jamais et soyons toujours là les uns pour les autres, lance Jérém.
    —    Ça me va, fait Thibault.
    —    Ça me va aussi » je fais à mon tour, ému.

    Nous scellons notre promesse dans une longue et tendre accolade à trois.

    Les deux jeunes rugbymen, drapés dans leurs nudités sculpturales, me font encore envie. Les voir s’enlacer, m’enlacer avec eux, sentir leurs corps musclés contre le mien, tout cela provoque en moi un émoustillement intense. J'ai envie de refaire l'amour avec chacun d’entre eux, et de les voir faire l’amour.
    Et pourtant, il y a un autre sentiment encore plus fort qui m’envahit à cet instant. Ce sentiment est une immense tendresse, si immense qu’elle prend même le pas sur le désir irrépressible que ces deux magnifiques apollons m’inspirent.
    Ce soir, ils ont ouvert leurs cœurs, ils ont parlé de leurs doutes, leurs blessures, leurs souffrances. Alors, plus que de recommencer à faire l’amour avec l’un et l’autre, je ressens une immense envie faire durer cette accolade le plus longtemps possible, de m’abandonner dans cette chaude douceur virile.

    Cette nuit, le sac de couchage de Thibault ne servira pas. Nous nous installons dans le petit lit, moi dans les bras de Jérém, Thibault dans les miens. Nos trois souffles se mélangent, tout comme nos chaleurs corporelles, et les petites odeurs de nos corps. Il est déjà tard. Les deux potes sont fatigués par leurs matches, et moi par la route. Nous nous endormons enlacés, repus, reconciliés, heureux. En paix l’un avec l’autre et avec nous-même.

    Lorsque je me réveille, les deux potes dorment toujours. J’entends leurs respirations légères, je trouve leur présence rassurante. Je ne sais pas quelle heure il est, mais il fait toujours nuit dehors. Je ne sais pas combien de temps j’ai dormi, certainement pas longtemps, mais je me sens reposé. Dans la cheminée, le feu est en train de s’éteindre. Je me glisse discrètement hors du lit, en faisant attention à ne pas réveiller les deux rugbymen qui roupillent à poing fermés. Je rajoute du bois dans le foyer, je remue un peu les braises, je fais repartir les flammes.
    Le crépitement du bois apaise mon esprit tout autant que le feu réchauffe ma peau nue. Je m’assois sur le bord de la cheminée et je regarde les deux fringants garçons en train de dormir. Dans cette petite maison, devant ce feu, je me sens rudement bien. Je voudrais que cette nuit ne se termine pas. Je voudrais rester ici, avec Jérém et Thibault, je voudrais que nous soyons tous les trois heureux comme cette nuit, et pour toujours. Car je sais que dès l’instant où nous quitterons cette maison, ce bonheur ne sera plus si parfait. Chacun reprendra sa route. De centaines de bornes nous sépareront physiquement, et nos quotidiens respectifs nous éloigneront.
    Nous nous sommes promis que nous ne quitterons plus jamais et que nous serons là l’un pour l’autre, quoi qu’il arrive. Ça me rassure, un peu. Mais au fond de moi, je sais que même avec la meilleure volonté de chacun, ce bonheur, cette plénitude amicale agrémentée de sensualité nous ne la ressentirons pas à travers de simples coups de fil.
    Je ne peux m’empêcher de penser à ce qui m’attend dans quelques heures. D’abord, quitter Thibault, le garçon le plus gentil et le plus profondément bon que je connaisse. Puis, une nouvelle séparation avec Jérém, sans savoir quand je le reverrai. Après ces nouvelles retrouvailles, de quoi va être fait notre avenir ? Est ce qu’il veut qu’on se revoie, est ce qu’il veut vraiment que je sois à nouveau son Ourson ?
    Nous n’avons pas vraiment eu le temps de parler de tout ça, mais il va bien falloir qu’on affronte le sujet avant de nous quitter. J’ai peur de savoir. Quelles que ce soient ses attentes et ses dispositions, d’ailleurs.
    S’il envisage une relation plus suivie, comment vais-je me comporter avec Ruben ?
    Ruben, que je viens de tromper non pas seulement avec Jérém, mais avec Thibault aussi. Je m’en veux de l’avoir trompé. Mais en même temps, je sais que si c’était à refaire, je n’hésiterais pas plus que je l’ai fait quelques heures plus tôt.
    Mais maintenant que c’est arrivé, est-ce que je devrais tout lui avouer, et le quitter, pour qu’il puisse rencontrer un gars qui tomberait vraiment amoureux de lui comme il le mérite ? Ce serait l’option la plus honnête. Et pourtant, ce n’est pas celle que mon cœur a envie de choisir à cet instant précis.
    Maintenant que Jérém est revenu dans ma vie, je sais que je vais tout faire pour qu’il n’en sorte plus. Est-ce que je vais réussir ?
    Et si jamais ça déconne à nouveau avec lui, si je quitte Ruben de façon précipitée, j’aurais tout perdu. C’est égoïste comme attitude, mais je sais que ce que je veux éviter à tout prix, plus encore que de prendre le risque de blesser les gens que j’aime, c’est de me retrouver seul à nouveau.
    Mais comment vais-je gérer cette éventuelle période de « mise à l’épreuve » de ma relation avec Jérém ? Comment vais-je faire cohabiter Jérém et Ruben dans ma vie ? Je sais que je vais devoir mentir, à Ruben autant qu’à Jérém, et vivre dans le risque permanent que ma « double vie » soit découverte par l’un ou par l’autre et que tout cela me pète à la figure. Ça me fait peur, mais je ne vois pas d’autre choix.

    Reste à savoir comment je vais retrouver Ruben. Ces retrouvailles me font peur. Je crains qu’il finisse par se douter de quelque chose, et j’ai peur de sa réaction. J’appréhende ses soupçons, j’appréhende de devoir me justifier, car je ne sais pas comment je vais pouvoir m’en sortir.

    Je décide d’arrêter de penser à demain et de profiter au maximum de ces derniers instants de bonheur parfait dans la petite maison. Je retourne au lit, je me faufile entre les deux potes et je m’installe allongé sur le dos. Je frôle au passage le bras de Thibault. Ce dernier se retourne, ouvre les yeux. Son regard est complètement dans les vapes.
    « Il est quelle heure ? il me demande, la voix pâteuse.
    —    Je ne sais pas, il fait encore nuit. »
    Ma réponse pourtant vague semble lui suffire, car il n’insiste pas et il se contente de se tourner sur le flanc, vers moi, et de poser l’un de ses bras musclés en travers de mon torse. Ce simple contact provoque en moi une intense montée d’ivresse sensuelle. Je bande au quart de tour. J’ai envie de me branler, j’ai envie de jouir à nouveau. J’ai envie de faire l’amour.
    Entravé par le bras de Thibault et par la crainte de réveiller les deux rugbymen, je n’ose pourtant bouger une oreille. C’est une situation particulièrement inconfortable que d’être entouré de beaux garçons qui nous font un effet de dingue et de devoir se retenir.

    Mais le « salut » arrive par la main de Thibault. Au gré de mouvements plus ou moins involontaires dans son sommeil, son revers effleure mon érection. Je l’entends prendre une profonde inspiration. Puis, sa main vient volontairement caresser mes tétons. Je frissonne. Mais je ne suis pas au bout de mes surprises. Thibault se laisse glisser vers le fond du lit et vient me sucer. Il me pompe avec une délicatesse extrême, avec une douceur exquise.
    Jérém dort toujours. J’aimerais bien qu’il se réveille et qu’il nous regarde faire. Je pense que je trouverais ça plutôt excitant de sentir son regard lubrique sur moi, sur nous. A contrario, le fait de faire ça pendant qu’il dort, ça me donne presque l’impression de faire ça « dans son dos ».
    Mais le plaisir finit par m’accaparer totalement, et à m’ancrer dans l’instant présent. Mais aussi par m’amener assez vite en vue du précipice de l’orgasme.
    Mais avant que cela n’arrive, j’invite Thibault à s’allonger sur le dos. Je me faufile entre ses cuisses musclées et je m’applique à pomper sa belle queue bien raide à la lumière mouvante des flammes. Le beau pompier apprécie mes caresses. Il prend de profondes inspirations, intercalées par des ahanements de plus en plus rapprochés.
    Du coin de l’œil, je vois Jérém remuer de son côté. Sans cesser de pomper le jeune papa, je glisse aussitôt ma main sur sa queue. Elle n’est pas au garde à vous, pas encore. Mais elle est prometteuse. Je sens son regard engourdi braqué sur moi. Mon bobrun est dans les vapes. Mais elles se dissipent rapidement, au fur et à mesure qu’il réalise ce qui est en train de se passer dans le lit, à quelques centimètres de lui. Très vite, l’émoustillement réveille ses sens. Ses doigts rencontrent les miens, sa main prend rapidement la place de la mienne sur sa queue et il commence à se branler.
    « Vas-y, pompe-le bien, comme ça, oui » j’entends Jérém me glisser, avec une voix basse, marquée par sa respiration saccadée, alors que sa main libre atterrit sur mes tétons et provoque en moi un séisme de frissons.
    Ses mots, ses caresses, son attitude me rendent fou. Alors, je mets encore plus d’entrain à faire vibrer le jeune pompier.
    « Vas-y, fais plaisir à Thibault… suce-le bien, regarde comment il kiffe ce que tu lui fais… »
    Jérém caresse désormais le torse, les pecs, les tétons de son pote. Ce dernier frissonne intensément.
    Quant à moi, je suis chauffé à bloc par ses mots, par ses encouragements coquins. Et mon seul but à cet instant, c’est de faire jouir le beau Thibault. Avant de faire jouir Jérém, bien évidemment.
    « Elle est bonne sa queue, hein ? » il me glisse, alors que je reprends mon souffle.
    Mon bobrun profite de cette pause pour saisir la queue de son pote, pour l’enserrer dans sa main. Il la branle doucement, sans la quitter du regard, comme s’il voulait la sucer. Pendant un instant, j’ai l’impression qu’il va le faire. Et puis, non.
    « Vas-y, pompe-le, ne le fais pas attendre, il a très envie de jouir » il me lance, tout en se branlant vigoureusement.
    Je ne me fais pas prier pour reprendre le beau pompier dans ma bouche et pour le pomper à nouveau, pour le finir. Ce qui ne tarde pas à arriver.
    « Je vais jouir… lâche Thibault, la voix coupée par l’approche de sa jouissance.
    —    Fais lui plaisir, j’entends Jérém me glisser, tout en caressant les tétons de son pote.
    —    Fais toi plaisir » je l’entends enchaîner, tout en caressant désormais les miens.
    Un ahanement plus long et plus profond est le signal que le jeune pompier vient de perdre pied.
    « Vas-y, avale bien » soupire Jérém, happé par l’excitation, tout en posant sa main chaude à la limite de mon cou et de ma nuque.
    Il n’y a pas de contrainte dans son geste, mais un dernier délicieux encouragement. C’est bouleversant, enivrant. La main de Thibault atterrit sur mon épaule, son contact est à la fois doux et viril. Chacun de ses muscles se tend comme un arc de violon jouant une sonate de plaisir intense.
    Et pendant que les doigts de Jérém se faufilent dans mes cheveux, comme une caresse douce et excitante, de bonnes giclées de son pote percutent mon palais, glissent lentement sur ma langue, puis au plus profond de moi.

    Je viens tout juste d’émerger du bonheur de retrouver le goût intense du beau rugbyman toulousain, lorsque je réalise que Jérém, visiblement très excité, est toujours en train de se branler de façon plutôt musclée. Comme s’il voulait se faire jouir seul. Non, je ne peux pas le laisser faire ça, non plus. Je le prends en bouche à son tour et je me mets à le pomper. J’y vais tout en douceur, je tente de ralentir l’arrivée de son orgasme. Mais c’est déjà trop tard.
    « Je vais jouir, j’entends le magnifique bobrun m’annoncer.
    —    Vas-y, avale ! » il ajoute, sur un ton monocorde et péremptoire, alors que l’orgasme l’envahit.
    D’autres giclées de jeune mâle envahissent ma bouche, un autre goût ravit mes papilles et fait pétiller mon palais de bonheur. Je savoure chaque giclée, avant de l’avaler lentement.
    Lorsque je me relève, le « spectacle » qui se présente à moi est renversant. Deux magnifiques garçons, tous pecs et abdos et queues toujours raides dehors, assommés par le plaisir que je viens de leur offrir. C’est un « spectacle » insoutenablement beau.
    Mais la vision de ce paysage masculin renversant ne dure pas longtemps. Jérém vient se coller à moi, et se laisse glisser en moi, sa queue me remplit. Il caresse mes tétons d’une main, alors que l’autre saisit ma queue et me branle. Puis, c’est Thibault qui vient me branler, alors que Jérém envoie ses deux mains mettre le feu à mes tétons. Je jouis très fort, et mes giclées atterrissent en partie sur les abdos du jeune stadiste toulousain.

    Lorsque j’émerge à nouveau, il fait jour et je suis seul dans le petit lit. Le bruit de l’eau qui coule dans la douche m’informe quant à la position de l’un des garçons. La porte qui s’ouvre et qui laisse rentrer une brouette pleine de bois, m’informe de la position de l’autre.
    « Eh, t’es réveillé ? me demande mon bobrun avec un sourire magnifique.
    —    Je ne vous ai pas entendus vous lever…
    —    Tu dormais comme un loir. »
    Jérém referme la porte sur la fraîcheur matinale et vient me faire un bisou.
    « Bonjour les gars » fait Thibault, en sortant de la douche, les cheveux encore humides, dégageant un délicieux bouquet de frais, de bon, de propre. Il est juste habillé de ce débardeur blanc que je trouve sexy à mourir et d’un boxer bleu dont la poche avant est bien remplie par son équipement viril au repos.
    « Salut Thib, fait Jérém, en s’avançant vers son pote pour lui claquer la bise.
    —    Tu sens vraiment bon ! » s’exclame le bobrun.
    Thibault sourit, et son sourire est magnifique.
    « Salut, Thibault » je fais, tout en claquant à mon tour la bise au beau pompier.
    C’est vrai que le parfum qui se dégage de sa peau, mélange de gel douche et d’un parfum capiteux est intense et délicieux.
    « Je passe vite à la douche, et après on va passer chez Charlène. Thib, tu peux faire le café ?
    —    D’accord !
    —    Si le sol est portant, j’aimerais faire faire un petit tour à cheval. Ça vous dit de monter, les gars ?
    —    Pourquoi pas, je me lance.
    —    Si j’ai un cheval, oui ! fait le beau pompier.
    —    Charlène t’en prêtera un.
    —    D’accord, alors. »

    Pendant que Jérém est sous la douche, je discute un peu avec Thibault. Le demi de mêlée me questionne sur ma vie à Bordeaux. Je lui parle de la fac, de ma nouvelle « passion » pour le vélo. Je lui réponds en cachant pas mal de choses. Puis, je le questionne sur la sienne à Toulouse. Il me parle de son nouveau quotidien de papa comblé, de ses matches à venir, de son engagement au SDIS. Mais pas de son médecin, de ce gars qui a quand même dix ans de plus que lui, ni de quel genre de relation est en train de naître entre eux. J’ai envie de lui poser plein de questions, mais je ne veux pas l’embêter. S’il veut m’en parler, il y aura d’autres occasions.
    En discutant avec Thibault, je me sens heureux. Je le suis, car ce matin, tout est comme la veille. Ce matin, il n’y a pas de gueule de bois. Thibault n’est pas parti au petit matin, comme après la nuit que nous avions passée ensemble dans l’appart de la rue de la Colombette. Certes, il n’aurait pas pu. Ou plus difficilement. Nous sommes loin de tout et il fait un froid de canard.
    Mais le fait est que ce matin je trouve un Thibault bien différent de celui que j’avais entrevu dans un bar ce matin-là, un Thibault pensif et hanté par des sentiments douloureux. Ce matin, Thibault a l’air heureux et apaisé. Tout comme Jérém. Même si nous n’en parlons pas directement, je sens que nous assumons tous les trois ce qui s’est passé cette nuit. Ça nous a fait du bien, et ce matin nous sommes bien.

    Jérém revient de la douche alors que le gargouillement de la cafetière nous avertit que nous allons bientôt pouvoir boire notre café. Il se pointe habillé d’un t-shirt noir et d’un boxer blanc, lui aussi bien rempli par son équipement viril au repos.
    Lorsque je regarde les deux potes, lorsque je mate ce débardeur bien tendu sur des épaules et sur un torse solides, ce t-shirt noir moulant des pecs et des biceps de fou, ces deux poches de boxer bien remplies, je ressens à nouveau l’excitation s’emparer de moi. Mais je sais que ce n’est pas de ça que nous avons besoin à cet instant précis. J’ai beaucoup aimé ce qui s’est passé cette nuit. Parce qu’à travers le plaisir, nous nous sommes montrés à quel point nous nous aimons.
    Ce que nous avons vécu cette nuit est fort et nous avons besoin d’atterrir en douceur, en partageant une activité de « potes ». Comme une petite balade à cheval, justement. Il y a un temps pour tout. Un temps pour le plaisir, un temps pour la tendresse, un temps pour l’amitié.

    Nous prenons notre café sans nous presser, comme si nous essayions de retarder au maximum le moment de refermer la petite maison sur le bonheur que nous avons partagé pendant quelques heures. Et c’est avec un bon petit pincement au cœur que je regarde Jérém tourner la clé dans la porte en bois et la glisser dans sa poche. Au revoir, petite maison, j’espère de tout mon cœur de te revoir bientôt.

    Au centre équestre, Thibault appelle son entraîneur pour l’avertir qu’il a eu un empêchement et qu’il ne pourra rentrer à Toulouse qu’en fin de journée.
    Comme prévu, Charlène lui propose de monter l’un de ses chevaux en pension. Jérém monte son Unico, et je retrouve Téquila. Charlène nous accompagne avec son Little Black.
    JP et Carine débarquent alors que nous sommes sur le point de partir et se joignent à nous.
    Nous faisons une petite boucle dans la forêt, et je retrouve la magie de mes premières balades un an plus tôt. Jérém et Thibault sont très sexy sur leurs montures respectives. Leur façon de se tenir en selle, le dos bien droit, le regard vers l’horizon, la position de leurs cuisses, écartées par la selle elle-même, les ondulations du bassin pour accompagner les mouvements des chevaux, ça leur donne une allure folle. Une allure bien virile.
    JP nous enchante avec le récit de son expérience sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Je me sens vraiment bien, je suis heureux comme je l’ai rarement été. En fait, je suis heureux comme je ne peux l’être qu’à Campan.

    Nous prenons un déjeuner rapide chez Charlène et nous partons en début d’après-midi.
    « Bonne chance à tous les trois, les garçons, nous lance JP en nous serrant à tour de rôle dans ses bras affectueux et rassurants.
    —    Thibault, toujours au top comme la dernière saison, direction le Brennus…
    —    Eh, c’est moi qui vais lever le Brennus au mois de juin ! s’insurge Jérém.
    —    Je suis certaine que l’un de vous deux va le soulever dès cette saison », s’avance Charlène.
    Elle ne pouvait bien évidemment pas deviner à ce moment-là que même si l’un des deux Stades allait effectivement gagner le championnat quelques mois plus tard, ni Jérém ni Thibault ne soulèverait le fameux bouclier à cette occasion.
    « Je vous le souhaite à tous les deux, même si vous ne pourrez pas le faire la même année ! plaisante JP.
    —    Mais je sais que vous allez tout donner, il continue. Alors, que le meilleur gagne !
    —    Et pour Nico, bien du courage pour les études ! » il conclut.

    Après ces au revoir pleins de bienveillance, nous prenons la route en direction de Toulouse. Jérém se propose de conduire. Je m’installe à côté de lui, Thibault sur la banquette arrière. Le trajet est ponctué par les conversations entre les deux potes portant principalement sur la saison qui s’ouvre et qui autorise tous les espoirs, toutes les attentes.
    Je ne participe pas vraiment à ces échanges, mais je bois leurs mots, leur enthousiasme, leur bonheur. Et leur complicité, leur amitié retrouvées m’enchantent.
    Mais mon bonheur et mon insouciance sont de courte durée. Dès que nous passons le péage de Saint Gaudens, mon téléphone, se met à vibrer dans ma poche. « Appel Ruben ». Je le glisse à nouveau dans ma poche, tout en espérant que Jérém, occupé à la conduite et à déconner avec Thibault, n’ait pas prêté attention à cela.
    Mais mon téléphone se remet à vibrer alors que nous venons de passer la sortie de Cazères. Puis, lorsque nous arrivons au péage de Muret. Je ne le ressors plus de ma poche, je sais que c’est toujours Ruben. Je ne veux pas inquiéter Jérém. Mais ce faisant, c’est moi qui suis de plus en plus inquiet.

    Aux Minimes, Thibault nous invite prendre un café chez lui. Nathalie nous accueille avec le petit Lucas dans les bras. C’est l’occasion pour moi de constater à quel point il a grandi depuis la dernière fois, et pour Jérém, de faire sa connaissance.
    « Il est costaud comme son papa », il plaisante, en le tenant dans ses bras.
    Au moment de se quitter, les deux potes se serrent fort dans les bras l’un de l’autre.
    « Plus jamais on se quitte, ok ? fait Jérém, la voix étranglée par l’émotion.
    —    Plus jamais, plus jamais, tente de le rassurer l’adorable Thibault.
    —    Je suis vraiment content qu’on se soit retrouvés, lâche Jérém, les yeux humides. Je suis content de voir que tu vas bien !
    —    Moi aussi je suis content de t’avoir retrouvé et de voir que les choses s’arrangent pour toi. Tu as tellement changé, Jé ! Je suis… oui, je suis fier de toi !
    —    Il reste du chemin à faire…
    —    Certainement… mais au moins maintenant tu sais qui tu es. Tu ne veux pas que ça se sache, et je le comprends. Mais tu sais qui tu es. Et c’est le principal. C’est par là qu’il faut commencer si on veut espérer d’être heureux dans la vie. Et puis, tu sais que Nico t’aime et tu l’aimes. N’oublie jamais la chance que tu as. »

    A la gare Matabiau, je me gare en double file en attendant que Jérém se renseigne pour les trains au départ pour Paris.
    « Il y en a un dans 15 minutes, il m’informe, lorsqu’il revient à la voiture. Mince, alors… ça nous ne laisse même pas le temps d’aller prendre un café.
    —    On se revoit quand, Jérém ? je ne peux m’empêcher de le questionner.
    —    Je ne sais pas…
    —    Dans six mois ! je plaisante.
    —    Nico, je voulais te demander un truc… il lâche, à brûle pourpoint.
    —    Quel truc ?
    —    Depuis hier j’ai l’impression que quelque chose te tracasse…
    —    Rien ne me tracasse, je suis heureux d’être avec toi !
    —    Par moments, tu as l’air ailleurs… tous ces mystères…
    —    Mais où tu as vu des mystères ?
    —    Tous ces coups de fil… Dis-moi, Nico… est-ce qu’il y a quelqu’un qui t’attend à Bordeaux ? »
    Touché, coulé.
    « Mais qu’est-ce que tu vas chercher ?
    —    Je t’ai laissé tomber pendant trop longtemps… »
    Je me souviens l’avoir déjà entendu prononcer ces mots, c’était hier, devant la cheminée du relais, avant que les cavaliers ne débarquent.
    « Alors, je me dis que tu aurais pu rencontrer quelqu’un… il conclut, comme un coup de massue.
    —    J’ai eu quelques aventures, je te l’ai dit, mais rien de sérieux… les coups de fil, c’était ma mère !
    —    Moi je pense que c’est un gars qui essaie de te joindre depuis deux jours… »
    Ça me déchire le cœur de lui mentir. Et pourtant, je ne me sens pas le courage de lui raconter la vérité. Je ne peux pas lui parler de Ruben et de ce que nous avons construit ensemble en quelques semaines. Je ne peux pas lui dire que je n’ai pas eu la force de lui faire confiance, de l’attendre.
    Je ne sais plus trop quoi lui répondre, et mon silence « m’accuse » de plus en plus lourdement à chaque instant qu’il dure.
    « C’est un gars, hein ? il revient à la charge, la voix voilée par une certaine tristesse.
    —    Oui, c’est un gars, je finis par admettre. Mais ce n’est rien de sérieux. Du moins, pour moi. On s’est vu deux ou trois fois, et il s’est entiché de moi. Et comme j’ai fait la bêtise de lui filer mon numéro de portable, il continue de m’appeler. Je lui ai dit d’arrêter, mais il continue. Il faut que je regarde dans mon téléphone si je peux le bloquer… »
    Jérém n’a pas l’air convaincu. La tristesse que je lis dans mon regard me fait un mal de chien.
    « Je te dis que ce n’est personne. S’il comptait un tant soit peu pour moi, je ne serais pas venu te rejoindre à Campan. Tu es le seul qui compte pour moi, le seul. Ne nous quittons plus, Jérém. Ne me laisse plus des mois sans de tes nouvelles. Je t’aime comme un fou, Jérémie Tommasi ! »
    Jérém semble enfin se décrisper. Je le prends dans mes bras et je l’embrasse.
    « On se reverra vite, je lui glisse.
    —    Oui, on se reverra vite » il répète, tout en enfonçant sa main dans mes cheveux. Puis, il m’embrasse avec une précipitation dans laquelle je ressens son amour, mais aussi son inquiétude.
    Je le regarde traverser la petite place devant la gare et disparaître dans le grand hall. Et j’ai envie de pleurer. Seul dans ma voiture, je suis triste, infiniment triste. Je m’en veux de mentir à Ruben, et plus encore de mentir à Jérém, si touchant, si adorable, si amoureux.

    Je suis heureux de passer voir Maman, comme un sas de décompression entre le bonheur de ce week-end et les moments délicats qui m’attendent dès mon retour à Bordeaux. Dans ma chambre, j’en profite pour écouter enfin le message de Ruben.
    Je trouve d’abord un sms, au ton laconique et inquiétant.
    « Tu ne donnes pas de nouvelles.»
    Puis le message vocal qu’il m’a laissé lors du dernier coup de fils au péage de Muret.
    « Salut. Je n’ai pas de nouvelles depuis l’autre soir et je ne sais pas quoi penser. Tu m’avais dit que tu m’appellerais quand tu serais à Toulouse, mais tu n’as donné aucun signe de vie. J’ai essayé de t’appeler plein de fois, mais tu ne réponds pas. Tu dois être occupé. Tu me manques, Chaton ».

    Le petit Poitevin semble inquiet, et à plus d’un titre. Pour moi, mais aussi pour « nous ». Je sens au ton de sa voix qu’il a besoin d’être rassuré, de savoir que je vais bien. Mais aussi qu’il peut me faire confiance. Et si je peux facilement le rassurer sur le premier point, je sais qu’il me sera bien plus difficile de le faire sur le second. Je sais que je ne peux plus me dérober à un coup de fil, mais j’ai peur de me lancer.
    Je prends une grande inspiration et je le rappelle. J’essaie de renouer en lui expliquant mes problèmes de communication, tout en lui répétant à quel point il m’a manqué. Je le sens suspicieux. J’essaie de sonder son état d’esprit en essayant de le faire rire. Je le sens distant, sur la réserve. Je tente de le rassurer, mais je sens que je n’y arrive pas.

    « On se voit demain soir ? je lui propose.
    —    Je ne sais pas, on verra. »

    Je sens que ce n’est pas gagné, pas du tout. Je me sens comme un homme politique qui a déçu ses électeurs et qui veut quand même briguer un nouveau mandat. Je sens que je vais devoir déployer des trésors de mensonges, de mauvaise foi et de promesses (sans savoir si je vais pouvoir les tenir) pour rattraper le coup. Je me sens déjà épuisé rien que d’y penser.
    Papa fait toujours mine de ne pas me voir, comme si j’étais transparent. Heureusement, Maman est là, et discuter avec elle me fait du bien, m’apaise, me fait oublier pendant un instant mes tracas.
    Un message de Jérém « Bonne nuit, Ourson », me rassure au moins sur ce « front sentimental ».

    Le lendemain matin, le voyage vers Bordeaux est particulièrement pénible. La solitude est propice aux cogitations, à la culpabilité. Je repense à ce qui s’est passé avec Jérém et Thibault, et l’idée d’avoir trompé Ruben me prend la tête. Le pire, c’est que je ne regrette pas. Si c’était à refaire, je ne changerais rien. En fait, ce qui me prend la tête, ce n’est pas tant le fait d’avoir trompé Ruben. Ce sont plutôt les conséquences que cela peut entraîner. J’ai peur qu’il imagine, qu’il se doute, qu’il comprenne que je l’ai trompé.
    Je pense pouvoir faire confiance à Jérém et Thibault quant au fait qu’ils étaient « clean ». Mais comment en être sûr à 100% ? La moindre MST déclarée sur moi ou, pire, transmise à Ruben, serait très délicate à justifier. Je ne veux pas exposer Ruben au moindre risque. Comment le convaincre de ne plus avaler mon jus jusqu’au test, alors qu’il adore ça, alors que j’adore ça ? Comment justifier le fait qu’il faudrait désormais décaler le dépistage qu’il attend avec impatience de novembre à fin décembre ?
    J’ai peur de le perdre, et de le faire souffrir. J’ai peur aussi de me retrouver seul à Bordeaux si jamais avec Jérém ça devait capoter à nouveau. Je suis confiant, ça n’arrivera pas. Mais, au cas où…
    Je me sens terriblement égoïste, je découvre une facette de ma personnalité dont je ne soupçonnais pas l’existence. Et elle ne me plait vraiment pas.
    Comment vais-je retrouver Ruben après ce week-end, après l’avoir laissé deux jours sans nouvelles, après l’avoir trompé ? Et surtout, après que mon cœur a recommencé à battre très fort pour l’amour, pour l’homme de ma vie ?
    Mais en amont de tout cela, la question qui me taraude l’esprit est une autre. Comment va être la suite de ma relation avec Jérém ?


    Notes de l’auteur :

    1/ Ce récit, bien qu’il se veuille réaliste, n’en demeure pas moins une fiction. En aucun cas les agissements des personnages ne doivent constituer un exemple de conduite. Tout rapport sexuel entre garçons doit être protégé, à moins d’avoir pleine confiance en l’autre. En aucun cas, on ne peut se contenter de déclarations de l’autre pour coucher sans protection. Y compris lorsqu’il s’agit de quelqu’un qu’on connaît, qu’on apprécie, qu’on aime.

    2/ Ce texte est une pure fiction. Les noms des équipes citées ont été choisis uniquement pour illustrer les prestigieuses carrières professionnelles des personnages. Ainsi, les échanges entre ces mêmes personnages, notamment au sujet de leur ressentis vis-à-vis de l’homophobie dans le milieu sportif, ne décrivent en aucun cas des faits avérés dans les équipes citées à l’époque du récit, mais plutôt une réalité diffuse dans les sports professionnels, telle qu’elle a pu être décrite par de nombreux sportifs de tous horizons.


    Je vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d’année. Que la nouvelle année puisse apporter avec elle le meilleur pour vous tous et pour ceux qui comptent pour vous. Et la santé en premier. Puis l’amour. Tout le reste n’est que détail.

     

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  • Commentaires

    1
    Virginie-aux-accents
    Vendredi 31 Décembre 2021 à 05:21

    Cette nuit entre les trois garçons est follement magique. Il y a une parfaite union de sentiments, des sentiments tendres et assumés. Thibault est profondément attaché à nos deux héros mais il leur souhaite tout le bonheur du monde car il sait que pour Jérèm "avec Nico c'est différent". Mais ils assument tous les trois leurs désirs et une incroyable sensualité. Il n'y a pas de tromperie ou de faux semblant...

    Sauf que Nico a Ruben dans sa vie, et ce n'est pas un détail même si Nico a essayé de le mettre de côté le temps de ce week end. Nous connaissons en partie la suite (grâce au premier épisode de la saison), mais j'ai du mal à comprendre comment Nico va y arriver. J'ai vraiment l'impression qu'il se sert de Ruben, juste pour ne pas être seul à Bordeaux. C'est décevant de la part de Nico.

    J'ai hâte de lire la suite en 2022!

    C'est toujours un plaisir de te lire, Fabien. Bonne année à toi et à tous tes lecteurs.

       Virginie

    2
    Fred
    Vendredi 31 Décembre 2021 à 14:09
    Il est topissime cet épisode .quelle complicité entre ces trois jeunes hommes...et toujours ce questionnement sur l homosexualité dans le sport ...et ses conséquences ..néfastes a priori..je déplore juste un petit manque d intimité entre Jerem et nico...mais bon..manque de temps en fait ...bisous mon Fabien...et bonne et douce année à toi
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    3
    FanB
    Vendredi 31 Décembre 2021 à 17:44

    Très belle nouvelle année à tous les lecteurs de J&N, rendez-là joyeuse et douce à tous ceux que vous aimez

    FanB

    4
    Etienne
    Samedi 1er Janvier à 19:18

    Wouah Fabien, quel feu d'artifesses pour finir l'année ! On ne savait pas très bien comment allait se passer la nuit à trois... les esprits de J, N & T semblent en être sorti apaisés.

    Que sera la suit: Jerem s'inquiète, Nico culpabilise et ne sait pas comment gérer tout ça (on se doute que ça ne va pas être simple...), Thibault reste le mieux dans sa tête, apparemment.

    Hâte de lire la suite.

    Bonne année à toi Fabien et à tous les lectrices / lecteurs de aventures de J&N

    5
    Yann
    Lundi 3 Janvier à 15:01

    A la lecture des deux épisodes, qui se déroulent à Campan, j'ai été pris par deux sortes de sentiments contradictoires.

    Ceux heureux, de voir les trois garçons renouer les liens amicaux et affectifs qui s'étaient distendus. Ceux aussi heureux de voir que les tensions qui pouvaient exister s'apaisent. Ils sont tous les trois, mais surtout Jerem, dans cette quête infinie du plaisir des sens, qui n'est plus seulement recherchée pour eux-mêmes comme la dernière fois, mais désormais aussi pour l'autre afin de lui témoigner toute cette tendresse si longtemps retenue parce qu'inavouée et qui peut désormais s'exprimer. Ils donnent libre cours à cette tendresse dans leurs ébats, mais aussi dans les mots lorsque qu'après s'être mis nu, pour assouvir leurs envies, c'est leur cœur qui se met à nu quand, devant la cheminée, ils se disent tout ce qu'ils éprouvent depuis longtemps.

    Mon autre sentiment est celui d'une inquiétude qui se fait jour et qui va grandissante au fur et à mesure que le temps passe à Campan alors que Nico ne se décide pas à parler à Jerem et ignore les appels répétés de Ruben. Je crains que Nico ne s'enfonce dans ce qui pourrait bien être là l'erreur fatale. Vouloir préserver sa relation avec Ruben au cas où celle avec Jerem ne durerait pas, c'est à la fois faire bien peu confiance à Jerem et trahir celle de Ruben.  Il est un fait que Jerem a déjà fait souffrir Nico, mais il a changé et Nico aurait dû saisir la chance que Jerem lui donnait quand il l'a questionné avant de prendre le train pour Paris. Au lieu de ça, il s'est enferré dans son mensonge auquel Jerem n'a pas cru. Lorsqu'il quitte Nico, jerem est triste, car il a compris que Nico lui ment. On mesure là, combien Jerem a changé. Il a compris beaucoup de choses sur sa sexualité et ses sentiments pour Nico. Autant avant il se serait emporté, mis en colère, que là il est blessé et souffre en silence.

    L'épisode s'achève sur cette note de tristesse, froide sans violence où Nico déçoit Jerem ce qui me fait me demander s'ils vont se revoir.

    Meilleurs vœux à toutes et tous. 

    6
    Yann
    Mardi 4 Janvier à 11:43

    Comme tout le monde je me pose plein de questions et j'ai hâte de connaitre la suite. Je n'ai pas pu m'empêcher d'aller relire l'épisode  0301 où Ruben fait sa première apparition. C'est le réveillon du 31 décembre 2002 et je relève ces 2 phrases de Nico :  

    - "J’arrête l’eau, je me sèche, je m’habille. J’arrange mes cheveux et je quitte la salle de bain pour aller rejoindre le gars qui me fait du bien, qui égaie ma vie, qui comprend mon besoin d’être aimé et rassuré, et qui sait pardonner mes erreurs."

    - "La vie est faite de surprises. Je n’aurais jamais pensé qu’on se retrouverait un jour tous les deux."

    Nico parle ici de Ruben

    Qu'en est-il des promesses que Jerem Nico et Thibault se sont faites en septembre de ne plus jamais se quitter ? Qu'est devenu Jerem ?

     

      • Une lectrice
        Mardi 4 Janvier à 15:24
        Nico souligne que l année 2002 se termine par un déraillement innatendu qui l à fait souffrir Quant à Jerem il dit qu'il a encore tout gâché et pour de bon cette fois ci
    7
    Yann
    Mardi 4 Janvier à 16:59

    @ Une lectrice. Bien vu et merci, ce passage m'avait échappé.

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