• 0308 C’est là que l’imprévisible se produit.

     
    Dimanche 16 juin 2002, 2 h 02.

    C’est là que l’imprévisible se produit. Un scooter déboule à toute vitesse de la gauche en grillant une priorité. Lorsque Jérém le voit, lorsqu’il appuie comme un malade sur la pédale de frein, c’est déjà trop tard. La collision est inévitable. La roue du scooter se plante dans l’aile de la voiture de Jérém qui vient de s’immobiliser. Le conducteur est éjecté de son siège, le choc fait trembler tout l’habitacle, et je le ressens jusque dans mon ventre. Sa tête casquée vient percuter le pare-brise, qui se déforme, se fragmente en mille éclats mais ne se brise pas. Le bruit sourd du coup me glace le sang dans les veines, tout comme le cri désespéré de Jérém :

    « NON !!! »

    Une fraction de seconde plus tard, je vois le corps atterrir sur le goudron, de l’autre côté de la voiture.
    Je suis sidéré. Jérém est sous le choc, il a clairement perdu pied.

    « Je ne l’ai pas vu, je ne l’ai pas vu ! » il répète en boucle.

    Tu t’appelles Jérémie Tommasi et depuis que tu as été rejeté par le monde du rugby professionnel, tu bois et tu fumes trop. Soudain tu repenses à ce qui t’est arrivé quelques jours plus tôt. Une nuit tu te fais arrêter par la Police en état d’ivresse manifeste, en marge d’une bagarre. Tu n’arrives pas à te calmer, tu insultes les agents qui essaient de te maîtriser. On te menotte, on t’amène au poste. Tu passes la nuit en cellule de dégrisement. Tu décuves, tu ne dors pas beaucoup. Et ça te laisse le temps de réfléchir. Tu te dis que tu dois te tenir à carreau, car tu ne veux plus jamais avoir affaire à ce genre de contrainte, à cette angoisse de privation de la liberté.

    Je regarde par la vitre et je vois le conducteur bouger, se mettre assis et se tenir le genou. Il n’a pas perdu connaissance, et cela est une chance immense. Il nous tourne le dos. Je sors de la voiture comme un fou, ma première pensée est celle d’éviter le suraccident. Par chance, il n’y a pas de voitures en vue. Je regarde Jérém, il est vraiment tétanisé.
    En une fraction de seconde, le tableau se dessine dans ma tête. Le type est vivant, ce qui est capital. L’accident s’est produit parce qu’il a grillé une priorité. Mais Jérém a bu et fumé du shit. Et son attention a certainement dû être détournée par le fait que nous étions en train de nous disputer. Soudain, je pense à quelque chose. Mais il faut faire vite, très vite.

    « Sors de la voiture Jérém !
    —    Quoi ? il fait, abasourdi, le regard paniqué. Nico, je suis dans une merde noire !
    —    Sors de la voiture, sors vite ! Et surtout ne dis plus rien, rien du tout ! »

    Jérém obéit machinalement. Et moi je vais voir le motard.

    « Bonjour. Vous allez bien ?
    —    J’étais bien mieux avant !
    —    Vous avez mal ?
    —    J’ai mal, j’ai mal, oui.
    —    Au genou ?
    —    Oui !!!!
    —    Et pas ailleurs ?
    —    L’épaule.
    —    Et la tête ?
    —    Non… »

    Dans cette étrange lucidité qu’est la mienne à cet instant, je me souviens du cours de secourisme que j’avais suivi au lycée.

    « La vue, ça va ? Tu vois clair ou brouillé ?
    —    Oui, ça va.
    —    Comment tu t’appelles ?
    —    Ouissem.
    —    Et tu sais quel jour on est, Ouissem ?
    —    Samedi ???
    —    Oui, on est bien samedi.
    —    Et quel mois et année ?
    —    Euh… juin… 2002…
    —    C’est ça !
    —    Aide-moi à enlever le casque…
    —    Attends un peu… laisse-moi appeler les urgences avant et voir ce qu’ils disent. »

    Je sors mon téléphone de la poche et je compose le 15.
    Je suis étonné d’arriver à garder le contrôle, alors que Jérém est hors de lui. Les mots sortent tout seuls, je mets mon plan à exécution avec un aplomb dont je me serais cru incapable.

    « Je m’appelle Nicolas Sabathé et je viens d’avoir un accident. Un scooter a surgi de la gauche et il s’est encastré dans ma voiture… oui, le conducteur du scooter est conscient… le nom de la rue… je ne le connais pas… »

    Ouissem me donne lui-même le nom de la rue, ce qui est plutôt rassurant.

    « Mais qu’est-ce que tu leur as raconté ? me lance discrètement Jérém dès que j’ai raccroché.
    —    Viens, je lui lance, tout en le prenant par le bras pour l’éloigner de Ouissem.
    —    C’est moi qui ai eu l’accident, pas toi ! il me crie tout bas.
    —    On s’en fiche, du moment que personne d’autre ne le sait à part toi et moi.
    —    Nico, j’aurais pu le tuer !
    —    Tais-toi, putain, Jérém ! Il n’est pas mort, il est juste blessé. Toi t’as bu et t’as fumé. Si on dit que c’était toi qui conduisais, tu vas vraiment être dans la merde. Moi je suis clean, le mojito remonte à longtemps…
    —    Mais c’est ma voiture !
    —    On s’en fout de ça ! J’ai mon permis, et tu as le droit de me la prêter !
    —    Tu peux pas faire ça !
    —    Si je peux, et je vais le faire. Je ne vais pas te laisser dans la merde, Jérém, c’est hors de question ! Il faut juste que tu me promettes de maintenir cette version quand la police te posera des questions. »

    Son regard terrorisé me touche et me rend tellement triste.

    « De toute façon, désormais j’ai dit que c’était moi, je lui lance. Si tu dis autre chose, c’est moi qui suis dans la merde ! Alors, t’as intérêt à pas déconner ! »

    Les secours arrivent quelques minutes plus tard, accompagnés par les forces de l’ordre. Ouissem est pris en charge. Un policier, la trentaine, très imposant et plutôt pas mal gaulé dans son uniforme, nous demande qui était le conducteur. Je déclare que c’était moi.
    Alors, on s’occupe de moi en premier. On me fait rentrer dans le fourgon, on me demande mes papiers, on me fait souffler dans une machine, saliver sur une bandelette. On constate que je suis clean. On me pose des questions sur l’accident, on me fait remarquer que la voiture est au nom de Mr Tommasi, on me fait redire que c’était moi qui conduisais. Je confirme, encore et encore, avec un aplomb dont je me serais cru incapable dans une telle situation. On me rend mes papiers et on me dit que je peux partir. Pourvu que Jérém ne me contredise pas !
    Je sors du fourgon comme sonné. Jérém y rentre en suivant. Les minutes s’étirent et je sens de plus en plus monter l’angoisse que mon bobrun mette à mal ma version. J’ai l’impression que c’est vachement long, et je commence à penser que quelque chose est en train de clocher. Ils ont vu que Jérém a bu et fumé, et ils doivent se poser, et lui poser, des tas de questions. Ils vont finir par le faire craquer. Merde !
    Soudain, un visage familier apparaît devant moi comme surgi de nulle part.

    « Salut, Nico.
    —    Mais comment… »

    T-shirt noir bien tendu sur son torse massif, les manchettes très près des biceps, short découvrant des beaux mollets solides, une fragrance de mec qui s’insinue dans mes narines et vrille illico mes neurones, beaux cheveux blonds et barbe bien fournie, le co-équipier de Jérém est là.

    « Jérém vient de m’appeler, coupe court Ulysse. Qu’est-ce qui s’est passé ?
    —    On a percuté un scooter…
    —    Ah merde. Et le type du scooter ?
    —    Il s’en sort pas trop mal, il est vivant.
    —    C’est déjà ça, et c’est le principal. »

    Je lui explique rapidement ma petite ruse pour couvrir Jérém.

    « C’est de ma faute cet accident.
    —    C’est toi qui conduisais ?
    —    Non…
    —    Alors, pourquoi tu dis que c’est de ta faute ?
    —    On était en train de nous disputer quand c’est arrivé…
    —    Il était en tort ?
    —    Non, je ne crois pas… le mec du scooter a grillé un STOP…
    —    Alors c’est lui qui est responsable…
    —    Mais s’il n’avait pas été énervé par notre dispute, il aurait pu l’éviter…
    —    Ou pas ! Tu sais, avec les si… »

    Jérém sort enfin du fourgon de Police. Il a l’air abasourdi.

    « Ça va ? je le questionne.
    —    Je suis KO.
    —    Comment ça s’est passé ?
    —    Je ne sais pas…
    —    Tu as maintenu ma version ?
    —    Oui, oui !
    —    Ça a pris beaucoup de temps…
    —    Ils m’ont posé beaucoup de questions.
    —    Eh, les gars, allez, on va chez moi, on sera mieux qu’ici, fait Ulysse.
    —    Mais j’ai pris une chambre à l’hôtel, je fais remarquer.
    —    Allez, venez à l’appart, on sera plus tranquilles. On va boire un verre ensemble. Enfin, sauf si vraiment vous préférez l’hôtel… je veux dire… faites comme vous le sentez, les gars. »

    Jérém a l’air sonné, perdu, Ulysse lui passe un bras autour du cou, le serre contre son épaule.

    « Allez, Jérém, fais pas cette tête, tout va bien. Tu t’es trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, c’est tout. Le type est juste blessé, et ça lui apprendra à faire davantage gaffe. »

    Ulysse est vraiment un gars rassurant, et quand il est là on a l’impression que tout va s’arranger. La perspective de profiter de sa présence me plaît. Je sens que ça va faire du bien à Jérém aussi. Alors, nous acceptons la proposition du beau blond.
    Après avoir attendu l’auto-dépanneuse avec nous (la voiture de Jérém n’est plus en état de rouler) et être passés chercher mes affaires à l’hôtel, Ulysse nous conduit chez lui. Il est 3h30 du matin.

    Son appart est plus grand que celui de Jérém. Dans le séjour, le clic clac laissé en mode lit me montre le quotidien de Jérém.
    Ulysse nous propose un verre, puis un autre. Nous discutons de l’accident. Parler fait du bien, Ulysse nous aide à dédramatiser. Un bon pote, c’est vraiment un trésor, en particulier dans les moments difficiles.
    Il est près de 5 heures lorsque le beau blond nous propose de dormir un peu.

    « Désolé de squatter chez toi, fait Jérém, l’air assommé par la fatigue et par le choc de l’accident.
    —    Ta gueule, mec. Vous êtes mes invités et ça me fait plaisir de vous rendre service. »

    Jérém s’assoit sur le bord du clic clac et en commençant à défaire son gilet.

    « Mais vous allez dormir dans la chambre cette nuit, fait Ulysse.
    —    Non, pas moyen.
    —    Je te dis que si. Sur le clic clac, vous n’allez pas bien dormir à deux. »

    Et sur ce, il ôte son t-shirt et se débarrasse de son short. Il se retrouve ainsi tout juste habillé d’un beau boxer noir. Avec toute la meilleure volonté du monde, je ne peux m’empêcher de regarder discrètement. Le tissu de son boxer moule parfaitement ses cuisses musclées et ses fesses rebondies, l’élastique est tendu de façon plutôt spectaculaire sur les plis de l’aine bien saillants, et la poche sur le devant est plutôt prometteuse. Son torse musclé et presque imberbe est magnifique. Ah, putain, le rugby, il n’y a que ça de vrai ! Puis, dans la foulée, cette somptueuse plastique masculine disparaît sous la couette.

    « Bonne nuit les gars ! il nous lance, alors que ses pecs et ses tétons sensuels dépassent toujours du drap.
    —    Je n’ai jamais le dernier mot avec toi, lâche Jérém sur un ton dépité.
    —    Non, et c’est pas cette nuit que ça va commencer, se marre Ulysse.
    —    Merci Uly… finit par lâcher Jérém, après un instant de flottement.
    —    Merci Ulysse, je fais à mon tour.
    —    Allez, filez, les gars, laissez-moi dormir, c’est assez tard ! »

    Il ne nous reste alors qu’à gagner la chambre, et à nous glisser dans le lit de l’adorable Ulysse.
    Ses draps portent la marque olfactive de leur propriétaire, un parfum bien mec, le même qui a percuté mes narines dès son arrivée sur les lieux de l’accident.
    Dans le noir, Jérém demeure silencieux et immobile. Je sens qu’il est toujours sous le choc, et je veux lu faire sentir que je suis là. Je m’approche de lui, je tente de le prendre dans mes bras et de l’embrasser.

    « Pas ici ! il lâche sèchement, tout en se dégageant brusquement.
    —    Et pourquoi pas ici ?
    —    Je suis pas à l’aise.
    —    Parce que c’est le lit de ton pote ?
    —    Fiche-moi la paix !
    —    Allez, même pas pour un bisou ?
    —    Arrête Nico !
    —    Tu fais chier, Jérém ! » je lui lance, en me tournant sur le côté, triste et déçu par sa réaction.

    Dans le noir, j’attends, sans vraiment l’attendre, mais sans pour autant me résigner à arrêter de l’attendre, bien au contraire, une réaction de sa part, un geste de tendresse. Mais les secondes s’enchaînent, et deviennent minutes, et rien ne vient. J’entends sa respiration, je ressens son angoisse. J’ai l’impression d’entendre ses pensées s’entrechoquer dans sa tête. Il doit être bien secoué, n’empêche. Alors je prends sur moi, et je sens ma contrariété s’évaporer. Je commence à connaître mon Jérém, et j’apprends à faire avec. Lorsqu’il ne va pas bien, il se referme sur lui-même comme un hérisson. Et dès que j’essaie de l’approcher, je me pique. Alors, autant attendre qu’il se détende tout seul.
    Apparemment, la stratégie est payante.

    « Désolé » je l’entends chuchoter au bout d’un long moment, après un long soupir, alors que ses bras se glissent enfin autour de mon torse et qu’ils me serrent contre le sien.

    « Je n’arrête pas d’entendre ce bruit, il m’explique. Et de voir le casque exploser la vitre de la voiture. Je sais qu’il est juste blessé, mais j’ai l’impression de l’avoir tué. Et ce bruit, et cette image… ça tourne en boucle là-dedans. C’est comme s’ils étaient dans mon ventre et dans ma tête, et j’ai l’impression qu’ils ne vont jamais me quitter…
    —    Je me sens autant coupable que toi… si je ne t’avais pas cherché, on ne se serait pas disputés, et…
    —    Merci, mille merci, Nico, il me coupe. Tu m’as sacrement sorti de la merde, ce soir…
    —    Je n’allais pas rester sans rien faire…
    —    Tu m’as épaté, mec ! Moi j’ai complètement perdu les pédales, alors que toi, t’étais si calme. Putain, je n’aurais pas cru que tu aurais autant de sang-froid !
    —    Sur le coup, j’ai été sonné. Mais une fois que j’ai vu que le gars était conscient, j’ai pensé à toi de suite. Je ne pouvais pas te laisser tomber. »

    Jérém me serre très fort dans ses bras et il pose quelques bisous dans mon cou.

    « Toi t’es un mec bien, t’es mon Ourson ! » il me glisse à l’oreille.

    Je fonds dans ses bras et sous ses bisous, je fonds en entendant ces mots. Je m’endors en pleurant de joie.

    Je me réveille un peu plus tard dans la nuit. Jérém dort à poings fermés, et en étoile de mer. Je me lève pour aller aux toilettes. En passant dans le couloir devant la pièce à vivre, je vois qu’Ulysse non plus ne dort pas. Il est assis sur le clic clac, torse nu, et il regarde la télé.

    « Ah, c’est toi. Tu ne dors pas non plus ? il me lance, lorsqu’il capte ma présence.
    —    Non, je viens de me réveiller en sursaut.
    —    C’est à cause de l’accident ?
    —    Je pense, oui.
    —    Et Jérém ?
    —    Il a l’air de dormir. Mais toi non plus tu ne dors pas.
    —    J’ai fait une sieste trop longue cet après-midi. Moi, je suis en vacances. »

    Ses beaux biceps, ses pecs, ses abdos saillants, ainsi que son regard clair et perçant aimantent mon regard. Je me fais violence pour ne pas laisser l’attirance happer mon attention. Je ne veux pas qu’il capte cette attirance.

    « Tu es arrivé quand ? il enchaîne.
    —    Cet après-midi.
    —    Jérém ne m’avait pas dit que tu devais venir.
    —    Il ne le savait pas. Il ne voulait pas que je vienne le voir. Mais moi, je n’en pouvais plus de ne pas le voir. Je sentais qu’il n’allait pas bien, et je ne pouvais pas rester les bras croisés, à 500 bornes, à me prendre la tête à longueur de journée.
    —    Tu l’aimes, hein ?
    —    Oui, énormément.
    —    Alors, tu as bien fait de venir le voir. Et tu l’as bien senti, il ne va pas très bien en ce moment.
    —    J’imagine que c’est à cause de son départ du Racing…
    —    Oui, c’est très dur pour lui.
    —    Mais qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi ça n’a pas marché ? Il a toujours été un très bon joueur à Toulouse. Pourquoi il n’y arrive pas à Paris ?
    —    Parce qu’ici, il a eu trop de pression. Il a dû faire ses preuves très vite, et en plus on ne peut pas dire qu’on lui a facilité la tâche. Si Léo ne l’avait pas fait chier tout au long de la saison, tout se serait passé autrement.
    —    C’est quoi encore cette histoire avec Léo ? Qu’est-ce qui s’est passé ?
    —    Rien de particulier. Mais il lui a mis une pression qui a fini par le déstabiliser. Et un sportif sans un mental d’acier n’est pas un bon sportif. J’ai essayé de l’aider, de le soutenir, mais j’ai échoué, et je m’en veux énormément. Et je m’en veux aussi de ne pas avoir pu éviter la bagarre….
    —    Quelle bagarre ?
    —    Jérém venait d’apprendre qu’il ne serait pas renouvelé. Ce con de Léo a encore voulu se payer sa tête. Et ton mec lui en a collé une en pleine figure…
    —    Mais il l’avait bien cherché !
    —    Évidemment qu’il l’avait cherché. Mais le coach a assisté à la scène et il a pensé que sa réaction était dictée par la jalousie, alors que ce n’était pas ça du tout. Et il lui a promis qu’il ferait tout pour qu’il ne joue plus dans aucune équipe pro de sa vie.
    —    Ah merde !
    —    Évidemment, ils lui ont retiré son appart. Alors, je lui ai proposé de le loger.
    —    Mais c’est vraiment si dur pour un sportif d’être gay ?
    —    T’as pas idée, Nico ! Gay, c'est malheureusement la dernière chose qu'il faut être dans cet environnement. On peut être macho, violent avec les nanas, le pire des salauds, bagarreur, alcoolique, junkie, mais jamais homo. Il a suffi qu’un seul connard fasse courir des bruits pour que ça mette à mal tous ses efforts. »

    Ulysse me paraît profondément bienveillant. Je me sens rassuré, et je m’en veux d’avoir imaginé des choses entre Jérém et lui.

    « J’aime bien Jérémie, c’est un gars sympa, un bosseur. Il ne méritait pas que ça se passe de cette façon pour lui. C’est un bon joueur, un sacré bon joueur, il aurait suffi qu’on lui foute la paix pour qu’il montre ce qu’il a dans le ventre. C’est un beau gâchis ! »

    Le lendemain, dimanche, Jérém dort jusqu’à tard, puis il part travailler dans la foulée. Evidemment, en présence d’Ulysse, pas d’effusions, même pas un bisou. La copine d’Ulysse débarque à l’appart un peu avant midi. Avant de partir à Dunkerque, dans sa famille, le beau blond me serre fort dans ses bras puissants et me glisse :

    « Tu peux rester autant que tu veux, je ne reviens pas avant plusieurs semaines. Sens-toi chez toi. Prends soin de Jérém, mais prends soin de toi aussi.
    —    Merci Ulysse, merci beaucoup, merci pour tout. Au fait, félicitations. Il parait que tu as signé avec le Stade.
    —    Je n’arrive toujours pas à y croire !
    —    C’est génial.
    —    Oui, je suis super content. Mais je n’ose pas trop le montrer devant Jérém, tu comprends…
    —    Je comprends, oui. »

    A midi, je me retrouve seul dans l’appart. Je ne sais pas quoi faire, je n’ai rien prévu. Je sors, je me balade dans Paris. Il y a mille choses à voir dans la capitale, mais je n’ai pas la tête à ça.
    Guidé par la nostalgie, je retourne à Montmartre, théâtre de notre première soirée parisienne. J’y vais comme en pèlerinage, sur les traces d’un moment de joie et d’amour parfait. J’étais si heureux à ce moment-là, car Jérém était si heureux, si plein de confiance en l’avenir, si bien dans sa peau. Et moi aussi j’avais confiance en l’avenir, celui de notre relation. Tandis qu’aujourd’hui, je ne sais plus trop quoi penser.
    Sa vie a été chamboulée pour cette aventure rugbystique avortée, et maintenant par cet accident. Je sens qu’il a apprécié que je sois là pour lui, et ce moment de tendresse au lit a été génial. Mais je sens qu’il est vraiment mal. Je voudrais pouvoir l’aider, mais je sais qu’il ne va pas m’en laisser la possibilité.
    Je déjeune au même petit restaurant où j’avais dîné avec lui, je repasse devant la maison de Dalida où il s’était moqué de moi, je revois son beau sourire, la joie et l’amour dans son regard. Et la solitude me pèse.
    Je passe voir Jérém à la brasserie en fin d’après-midi, il est très occupé. Il est sexy à mort avec sa chemise blanche rapprochée de son torse par un gilet noir, les deux boutons du haut ouverts.

    « Ça va ? je lui lance, dès qu’il passe suffisamment près de moi
    —    Oui, ça va, tu prends quoi ? il me lance, très speed.
    —    Un jus d’abricot.
    —    J’arrive.
    —    Jérém…
    —    Quoi ?
    —    Tu sais à quelle heure tu vas finir ?
    —    J’en sais rien, c’est le week-end, pas avant 2-3 heures.
    —    Tu me manques P’tit Loup !
    —    Tais-toi ! »

    Je le sens distant, de mauvais poil, la tête ailleurs. Je pars aux toilettes, et pendant que je me lave les mains j’entends un bruit de verre cassé, ainsi qu’une voix s’élever et gronder :

    « Mais c’est pas vrai, ça ! Qu’est-ce qu’il t’arrive Jérém ? T’as l’air complètement à l’ouest aujourd’hui. Ressaisis-toi et vite ! Et souris un peu, putain ! C’est pas la peine d’être aussi beau si c’est pour faire la gueule ! »

    Je reviens à ma table, je bois mon jus de fruit en regardant mon Jérém aller de table en table. Il a l’air fatigué, sur les nerfs, contrarié. Il transpire, et il souffle. J’ai de la peine pour lui. Visiblement, aujourd’hui il avait besoin d’une pause. C’est dommage que ce ne soit pas le cas.
    Ce soir-là, je dîne seul, et je passe la soirée encore plus seul. Je fais un tour en bateau mouche et je rentre à l’appart à 23 heures. Je suis fatigué, je n’ai pas trop dormi la nuit d’avant.
    Je me réveille à 3 heures du mat, toujours seul dans le lit. Je me lève, inquiet. Je m’apprête à l’appeler, lorsque je m’aperçois qu’il a de la lumière dans la pièce à vivre. Jérém est allongé sur le clic clac, il regarde la télé, tout en fumant un joint.

    « Salut Jérém.
    —    Salut.
    —    T’aurais pu venir dans le lit.
    —    Je ne voulais pas te réveiller.
    —    Tu peux venir maintenant, si tu veux, je suis réveillé.
    —    Je suis bien ici. De toute façon, je n’arrive pas à dormir, et je t’empêcherais de dormir aussi.
    —    Mais moi j’ai envie de te prendre dans mes bras…
    —    Je ne suis pas d’humeur…
    —    Je peux avoir un bisou, au moins ?
    —    Ouais… »

    Je me penche sur lui, je pose un bisou sur ses lèvres. Il le reçoit sans pratiquement de réaction, sans même quitter la télé des yeux. Je capte une haleine fortement alcoolisée.

    « J’ai envie de toi, Jérém.
    —    Pas ce soir.
    —    Même pas pour une gâterie ?
    —    Non, je suis trop naze.
    —    Tu penses toujours à l’accident ?
    —    Je n’ai pas envie de parler de ça.
    —    Mais tu n’y es pour rien et…
    —    Laisse-moi tranquille, tu veux ?
    —    Je t’aime, Jérém.
    —    Ok.
    —    C’est tout ? Ok ?
    —    Va au lit, s’il te plaît, j’ai besoin d’être seul. »

    C’est avec la mort dans le cœur que j’accepte de me plier à sa demande. Je ne veux pas me disputer avec lui. Mais je sens que le fossé qui nous sépare est encore en train de se creuser et que tous les ponts que j’essaie de bâtir pour relier nos deux rivages s’effondrent aussitôt. Pour bâtir un pont, il faut à minima deux appuis sur un sol stable. Et le « sol » de son côté, s’effrite à vue d’œil.

    Le lendemain, Jérém repart travailler. Il quitte l’appart sans pratiquement cracher un mot, il me quitte sans un seul geste de tendresse, ni même de complicité. J’arrive tout juste à lui arracher un bisou à la dernière seconde, alors qu’il a déjà la main sur la poignée de la porte. Si beau dans sa tenue de serveur, et si distant. J’ai terriblement envie de lui, mais j’ai surtout envie de le prendre dans mes bras et de parler de ce qui s’est passé. A moi aussi cette histoire pèse, je voudrais qu’on se soutienne mutuellement.
    Une nouvelle fois, je me retrouve seul dans l’appart d’Ulysse. Une fois de plus je sors, mais cette fois-ci, avec une destination précise. Je pars en banlieue, je passe une bonne partie de la journée à Versailles. Ça faisait longtemps que j’avais envie de visiter ce haut-lieu de l’Histoire de France et je me dis que cela occupera mon esprit pendant quelques heures.
    Pendant la visite guidée, je reçois un coup de fil de la police m’annonçant que Ouissem va bien, qu’il n’a pas de blessures graves, mis à part une lésion du ménisque qui nécessitera une opération pour récupérer la pleine fonctionnalité du genou. Je termine la visite du château, j’écourte celle du parc, je suis impatient d’annoncer tout ça à Jérém.
    En fin d’après-midi, je me pointe à la brasserie et je lui répète ce que le policier m’a dit au téléphone. Au fil de mes mots, je le vois se détendre, comme pousser un long soupir de soulagement. Je vois son émotion monter sur son visage, dans son regard, dans ses yeux émus, humides. Je sens qu’il a envie de pleurer et qu’il se fait violence pour se retenir.
    Je me fais violence à mon tour pour ne pas me lever de ma chaise et le prendre dans mes bras.

    « Ça va aller, P’tit Loup, ça va aller. »

    Je suis profondément touché par son émotion, et je m’autorise à espérer que le soulagement que cette nouvelle a semblé provoquer en lui l’aide à sortir de sa morosité. Le soir, la nuit suivante, j’attends son retour avec impatience. Je suis fatigué, mais je ne peux pas m’endormir. Je l’attends sur le clic clac, devant la télé. Je m’autorise à espérer que lorsqu’il rentrera de son service, je retrouverai le Ptit Loup que j’aime, celui de ma première visite à Paris, celui des séjours à Campan, celui des visites surprises à Bordeaux.

    Il n’en est rien. Jérém rentre encore plus soûl que la veille, encore plus stone.

    « Ça va, ptit Loup ?
    —    Arrête de m’appeler comme ça !
    —    Et tu veux que je t’appelle comment ?
    —    Jérém, c’est bien.
    —    T’es chiant ! Je comprends que tu sois affecté par ce qui s’est passé…
    —    Ecoute, Nico. Tu devrais rentrer…
    —    Mais Jérém !
    —    Nico, rentre chez toi. Je n’ai pas envie qu’on s’engueule et je n’ai pas envie de te dire des choses que je regretterais après. Pour l’instant j’ai besoin d’être seul.
    —    On se revoit quand, alors ?
    —    Je n’en sais rien, on verra.
    —    Encore "on verra" ? On en est à nouveau là ? Dès que quelque chose se passe mal pour toi, tu me jettes ?
    —    Ne me prends pas la tête à cette heure-ci, tu veux ?
    —    Mais Jérém ! Je t’aime et je veux être là pour toi !
    —    Je n’ai pas besoin de toi, je n’ai besoin de personne, j’ai besoin d’être seul, tu comprends ça ?
    —    Et moi il faut que je t’attende encore.
    —    Tu fais ce que tu veux.
    —    Je voudrais pouvoir faire quelque chose pour toi…
    —    Tu peux me faire une pipe si tu veux.
    —    J’avais très envie quand tu es rentré, mais là j’ai vraiment plus envie.
    —    Tant pis, je me débrouille… »

    Je n’arrive pas à croire que nous en soyons à nouveau là. Je pars dans la chambre, je passe une nuit horrible, je ne dors presque pas. Le lendemain matin, je suis réveillé par le bruit de la douche. Je suis vaseux, j’ai l’impression que tout mon corps est engourdi, et un mal de crâne épouvantable m’empêche de réfléchir. Mais pas de souffrir.
    Je me lève, je m’habille, j’ai besoin de voir Jérém avant qu’il parte travailler.

    « Bonjour, je lui lance en essayant de ne pas laisser transparaître ma souffrance.
    —    Salut » il lâche sèchement.

    Nous nous regardons pendant quelques instants. Dans ses yeux, sa tristesse me touche.

    « Demain, je ne bosse pas… »

    Pendant un instant, j’espère qu’un miracle va se produire.

    « Alors, ce soir je vais sortir avec des potes… »

    Non, pas de miracle. J’ai envie de pleureur.

    « Tu veux vraiment que je parte ?

    —    Je pense que ce serait mieux que tu rentres, oui » il finit par lâcher, après un instant de silence qui me paraît interminable, insupportable. Son regard est fuyant, et j’ai comme l’impression que ses yeux sont embués.

    « Mais Jérém…
    —    N’insiste pas. Tu ne vas pas rester ici à squatter avec moi l’appart de mon pote, alors que je n’ai pas le temps ni la tête pour être avec toi ? Je serais insupportable, et tu serais malheureux. On finirait par s’engueuler, et je ne veux pas qu’on s’engueule.
    —    Mais pourquoi c’est toujours si difficile entre nous ? Pourquoi il faut que j’apprenne ce qui se passe dans ta vie par ton ancien voisin, par ton colocataire, par Charlène ? Pourquoi tu ne me parles pas ? Pourquoi tu ne me fais pas confiance ?
    —    Je suis désolé, Nico. Je voudrais être différent, mais je n’y arrive pas. Je vois tout ce que tu fais pour moi, et ça me touche, vraiment. Mais c’est moi qui cloche, et je ne veux pas te faire du mal.
    —    Ce qui me fait le plus mal c’est de ne pas être avec toi alors que je sais que tu n’es pas bien ! »

    Ses mots me touchent. Je me retrouve dans une situation horrible, ne rien pouvoir faire pour aider le gars que j’aime, à part respecter son besoin d’être seul.

    « Tu veux vraiment que je parte ? » j’enchaîne après un autre silence lourd comme du plomb.

    Et là, pour toute réponse, Jérém se retourne. Ses yeux sont vraiment humides. Il me prend dans ses bras, il me serre très fort contre lui. Je ne peux retenir mes larmes, et j’éclate en sanglots.

    « Je suis désolé. Tu es un gars exceptionnel, tu mérites mieux que moi !
    —    Mais c’est toi que je veux !
    —    Laisse-moi un peu de temps, le temps que je me sorte de cette merde, le temps que je me retrouve. Et encore merci, vraiment merci, pour ce que tu as fait pour moi l’autre soir. »

    Je pleure dans ses bras, je l’embrasse fébrilement, je caresse ses cheveux, je respire le parfum de sa peau.

    « Je dois y aller » il enchaîne tristement.

    Il me semble inconcevable de devoir partir, alors que nous pouvons enfin être ensemble, alors que je suis libéré de mes contraintes de cours, et qu’il est libéré de ses contraintes « de milieu sportif ». Mais c’est ainsi, et je ne peux rien y faire.

    « Je vais rentrer aujourd’hui, je concède, comme dans un état second. J’ai l’impression de ne pas reconnaître ma voix, que mes mots sont ceux de quelqu’un d’autre.
    —    Tu rentres à Toulouse ?
    —    Oui.
    —    Si tu vois Thib, passe-lui le bonjour de ma part.
    —    Jérém… à propos de Thib… il ne faut vraiment pas que tu croies des choses. Je suis avec toi, et Thib c’est juste un bon pote.
    —    Et pourtant, tu serais tellement mieux avec lui qu’avec moi… »

    Ses mots me font mal comme un coup de poing dans le ventre. J’ai l’impression que Jérém baisse les bras, qu’il ne croit plus en notre histoire.

    « Dis pas ça !
    —    Lui il saurait t’aimer comme tu le mérites. Il ne te ferait pas autant de mal.
    —    Je n’en sais rien, et je n’ai pas envie de le savoir. C’est toi que j’aime, Jérémie Tommasi !
    —    Ourson…
    —    P’tit Loup… »

    Un instant plus tard, je sens son étreinte se délier. Jérém se retourne. Je sais qu’il pleure, et je sais qu’il ne veut pas que je voie ça. Je le prends dans mes bras, j’attire son dos contre mon torse, je couvre son cou de mille bisous. Mon cœur sanglote avec le sien.
    Je voudrais trouver les mots, les arguments pour le faire changer d’avis, pour qu’il accepte mon amour, ma main tendue. Mais je sais que tout mot serait le mot de trop et risquerait de gâcher ce moment. Je préfère qu’on se quitte de cette façon, en nous avouant que nous nous aimons même si nous n’arrivons pas à vivre cet amour. Je préfère quitter Jérém en larmes plutôt qu’en pétard.
    Je me sens étrangement en paix avec moi-même. Pour la première fois je me dis que j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir, et que désormais la balle n’est plus dans mon camp. Je me dis que tout ce que je pourrais faire de plus, ce serait de trop. Je repense à une chanson qu’écoutait Maman quand j’étais petit et que je trouvais très belle et triste à la fois. When all is said and done…





    Jérém quitte l’appart dans la foulée, sans me regarder. Je voudrais le retenir, mais je sais que ça ne servirait à rien. Je le regarde passer la porte et le battant se refermer derrière lui. Son image impressionne encore ma rétine, son parfum fait encore frémir mes narines, sa présence hante encore mon esprit. Et mes sanglots éclatent à nouveau, incontrôlables.

    Jérém vient de partir et je me retrouve seul comme s’il venait de me quitter. Ce n’est pas le cas, car je sais qu’il sait que mon amour est là. Je sais que le sien est là aussi. Mais, visiblement, l’amour ne suffit pas au bonheur, ni au mien, ni au sien. Le constat de mon impuissance face à son malheur me rend infiniment triste. Nous nous retrouverons peut-être un jour. Peut-être. Cette « date » indéfinie et hypothétique est un abysse devant lequel ma raison échoue, laissant une sensation d’immense désolation m’envahir. Les yeux embués de larmes, je rassemble mes affaires. Je quitte l’appart, je prends le métro et je prends le premier train au départ pour Toulouse, la mort dans le cœur.

    Tu t’appelles Jérémie Tommasi et ce matin, en partant à la brasserie après avoir demandé à Nico de partir, tu as envie de pleurer. Non, tu pleures. Tu t’en veux de l’avoir fait souffrir encore. Surtout après ce qu’il a fait pour toi après l’accident. Une fois dans la rue, tu aurais voulu trouver le courage de lui expliquer pourquoi tu te sens si mal vis-à-vis de lui. Tu as été tenté de faire demi-tour, d’aller le retrouver, de lui dire à quel point tu tiens à lui. Mais tu n’as pas pu. Comment arriver à exprimer clairement tes sentiments, alors que tu es si mal à l’aise dans ta tête ? Comment lui expliquer que ta déception et de ton amertume vis-à-vis de ta carrière avortée ce ne sont pas les seules raisons qui te mettent mal à l’aise dans votre relation ?

    La cohabitation avec ton co-équipier s’est révélée plus difficile que prévu. Le côtoyer au quotidien dans la proximité et promiscuité d’un petit appart, être confronté à sa présence, parfois à sa nudité décomplexée, à ses sous-vêtements traînant dans la salle de bain, tout cela exacerbe en toi des désirs que tu essaies de réprimer.
    Mais ce qui te bouleverse le plus, c’est d’être confronté à son intimité. Certes, ça fait des mois que tu es confronté à sa nudité presque quotidiennement, dans les vestiaires au rugby. Mais c’est une chose de le voir prendre une douche dans un vestiaire, entouré des autres gars, et c’en est une autre de le savoir en train de prendre une douche, seul, à quelques mètres de toi. Sa proximité attise ton désir. Comme la nuit, quand tu rentres du taf et que tu t’allonges sur le clic clac. Tu sais qu’il est là, dans la chambre, et qu’une simple cloison te sépare de lui. Après le taf, tu es crevé, et tu n’as pas envie de sortir. Mais dans le clic clac, tu as envie de te branler. Tu te branles en pensant à ton pote dans son lit. Tu te branles en t’imaginant aller le rejoindre. Une nuit, en te branlant, tu t’es même dit que tu allais le faire. Tu as bondi du clic clac. Tu as posé ta main sur la poignée de la porte du couloir. Mais tu n’as pas pu aller plus loin.
    Depuis que tu habites chez lui, tu es aussi confronté à sa vie sexuelle. Parfois, sa copine vient passer la nuit à l’appart, et elle ne vient pas que pour dormir. A travers la cloison fine, tu entends les soupirs, les frémissements du plaisir, le cri silencieux de l’orgasme. Tu te branles, en rêvant de le(s) rejoindre dans sa chambre, dans le lit. Tu accepterais même un plan à trois, pour pouvoir regarder Ulysse prendre son pied. Tu te contenterais même de le regarder baiser sa copine, tu te contenterais même de frôler sa peau, son corps « par accident », comme lors du plan à quatre avec Thib , et celui à trois, avec Nico.
    Ça, c’est ce que tu te dis pendant que tu te branles. Et pourtant, à l’instant où tu perds pied, où l’explosion de ton plaisir balaie toute raison laissant la vérité du désir éclater dans ta tête avec une évidence incontestable, tu sais que ce n’est pas d’un plan à trois dont tu as envie, mais de coucher avec Ulysse. Tu as envie de lui. Tu as envie de prendre ton pied avec lui, tu as envie de mélanger ton plaisir au sien. Tu as envie de te retrouver dans ses bras. Tu as l’impression que tu serais si bien dans ses bras forts et rassurants.
    Après l’amour, Ulysse vient parfois boire un truc. Il traverse le séjour discrètement, il fait gaffe à ne pas te réveiller. Il semble ignorer que tu ne dors pas. Tu le regardes discrètement, dans la pénombre. Et lorsque la lumière du frigo illumine le corps d’athlète de ce beau garçon qui vient tout juste de jouir, et alors que tu viens tout juste d’essuyer tes émois, tu ressens une frustration immense.

    « Tu ne dors pas ? il te questionne une nuit, alors que ta discrétion n’a pas fait le poids face à ton envie de le mater.
    —    J’ai pas sommeil.
    —    On t’a pas réveillé, au moins…
    —    T’inquiète… »

    Vos regards se croisent, se suspendent l’un l’autre pendant une fraction de seconde. Tu voudrais voir dans le sien le même désir qui te ravage. Tu crèves d’envie de lui. Mais son regard se détourne et tu l’entends lâcher un simple :

    « Bonne nuit mec. ».

    Et là, tu te sens à la fois rassuré et terriblement frustré. Et dès que tu entends la porte de sa chambre se refermer, tu te branles une nouvelle fois.

    Pendant les deux semaines suivantes, je n’ai presque pas de nouvelles de mon Jérém. Dans la maison de mes parents, j’étouffe. Mon père me fait toujours la gueule, et le fait d’avoir eu mes partiels haut la main n’a eu aucun impact sur son attitude à mon égard. Alors que je suis certain que si je m’étais loupé, il aurait su m’enfoncer encore davantage. Je passe de bons moments avec Maman, mais je me sens souvent seul.
    Je partirais bien à Gruissan ou ailleurs, n’importe où, avec ma cousine Elodie. Mais ce n’est pas possible. Entre son taf, sa vie de couple et sa grossesse, sa nouvelle vie l’accapare à 200%. J’ai envie de partir pour me changer les idées, mais je n’ai pas envie de partir seul.
    J’appelle Julien et je lui propose de nous voir. Il me demande de passer chez lui. Je ne le trouve vraiment pas en forme.

    « Ça va, mon pote ?
    —    J’ai connu mieux.
    —    Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu t’es fait plaquer par une nana que tu as trompée ? je plaisante.
    —    Je viens de perdre ma marraine.
    —    Ah, pardon, je suis désolé. Je te présente mes condoléances.
    —    C’était quelqu’un qui comptait beaucoup pour moi, vraiment beaucoup, il m’explique.
    —    Je suis certain que c’était quelqu’un de bien.
    —    C’était comme une deuxième mère pour moi. J’étais même davantage en confiance avec elle qu’avec ma propre mère. Avec Jeanne, je pouvais parler de tout, vraiment de tout. C’était quelqu’un de très intelligent et de très généreux. Elle avait l’intelligence du cœur. C’était un pilier dans la famille. Et ce pilier, il va sacrément manquer. Elle me manque énormément. Et en même temps, je n’arrive encore à réaliser que je ne la verrai plus.
    —    Je suis presque sûr que depuis là-haut elle doit veiller sur son filleul et être fière de lui.
    —    Je l’espère. En tout cas, encore plus qu’avant, je vais m’employer à être à la hauteur de l’exemple qu’elle m’a donné. J’aimerais tellement lui ressembler ! »

    Je sens que Julien est vraiment affecté par ce deuil. J’essaie de le réconforter, mais au final c’est lui, comme toujours, qui joue les clowns et qui me fait rire.

    Le lendemain, j’essaie de contacter Thibault. Hélas, il n’est pas sur Toulouse. Au téléphone, il m’explique qu’il est en Corse avec Nathalie, le petit Lucas, et un couple d’amis.
    Comme je lis la presse sportive, je sais que début juin, le Stade Toulousain est arrivé en demi-finale du Top 16 et qu’il a été arrêté dans son élan par Agen. J’ai vu pas mal de fois le nom de Thibault mentionné dans la presse, et à chaque fois dans des termes très élogieux. Je le félicite pour sa saison, je lui donne des nouvelles de Jérém, je lui apprends qu’il n’a pas été renouvelé dans son équipe. Je lui parle également de l’accident, et notre nouveau passage à vide. Du moins, j’essaie.
    En effet, plus je tente de lui expliquer pourquoi nous n'arrivons pas à nous retrouver, plus mes propos sont incohérents et contradictoires. Au fur et à mesure de mes explications, j’ai tour à tour l’impression de ne pas en faire assez, de ne pas être assez patient avec Jérém, ou bien de l’être trop, de trop accepter de Jérém, tous ses états d’âme et ses sautes d’humeur.
    Le fait est que l’amour ne s’explique pas, et que chaque situation est unique. Il faut vivre une relation de l’intérieur pour en connaître les tenants et les aboutissants. Et encore, là aussi, on ne sait pas tout, on ne maîtrise pas tout. Et surtout pas les pensées les plus enfouies de l’autre.
    Ainsi, il m’est impossible de lui rendre compte de cette situation dans laquelle nous nous aimons, et pourtant nous n’arrivons pas à être ensemble.

    « Tu as bien agi, je suis sûr qu’il a été très touché par ton geste, il finit par considérer. Laisse-le mijoter, il reviendra vers toi. Je vais essayer de l’appeler quand je rentre. »

    Au bout de deux semaines, Jérém me manque horriblement. Plus le temps passe, plus je le laisse « mijoter », plus la peur de le perdre à nouveau m’envahit.
    Le 12 juillet je me fais la réflexion qu’un an plus tôt, Elodie et moi étions à Londres pour le concert de Madonna. C’était magique. Ça me paraît à la fois si proche et si loin. Tant de choses ont changé en si peu de temps.
    Mi-juillet, après presque un mois de « mijotage », j’appelle Charlène.

    « J’imagine que tu m’appelles pour avoir des nouvelles de Jérémie…
    —    Tu lis dans mes pensées !
    —    Je l’ai eu il y a deux semaines environ.
    —    T’en as de la chance, toi ! Et il va comment ?
    —    Pas terrible. L’accident l’a beaucoup affecté. Il a été vraiment touché que tu le sortes du pétrin, il a même été impressionné, je dirais. Il m’a dit qu’il ne s’attendait pas à ce que tu prennes les choses en main comme tu l’as fait. Et surtout il ne s’attendait pas à ce que tu prennes autant de risques pour lui.
    —    Si seulement il pouvait mettre ça dans la balance de notre relation !
    —    Il te fait à nouveau la misère ?
    —    Ça fait pratiquement un mois que je n’ai pas de ses nouvelles, mis à part quelques messages.
    —    Tu sais, même avec moi il est distant. C’est toujours moi qui l’appelle.
    —    Mais au moins à toi il te répond !
    —    Il sait qu’il va prendre une volée de bois vert s’il ne me répond pas ! Et puis, je détiens un argument majeur pour le faire réagir. Il me suffit de prononcer le mot "Unico" pour qu’il rapplique illico !
    —    Tu crois que si je gardais ses chevaux je marquerais des points ?
    —    Il est possible…
    —    Je ne sais plus sur quel pied danser avec lui.
    —    Et moi je ne sais plus quel conseil te donner, Nico…
    —    Je dois te saouler…
    —    Non, tu ne me saoules pas. Le fait est que je ne veux pas te donner de faux espoirs. Je ne sais pas comment Jérém va évoluer dans les semaines, les mois qui arrivent. Au fond de moi, j’ai envie de te dire de t’accrocher, de ne pas lâcher l’affaire. Mais d’un autre côté, j’ai envie de te dire de te protéger, parce que tu risques d’en baver. Je n’aurais jamais imaginé dire ça un jour, mais je pense que le mieux pour toi dans l’immédiat ce serait de vivre ta vie sans Jérém, quitte à le retrouver plus tard, lorsqu’il aura vaincu ses démons.
    —    Je croyais que la meilleure façon d’aimer quelqu’un, c’était de l’aider à révéler la meilleure facette de lui-même…
    —    C’est une belle définition de l’amour en effet. Mais elle a ses limites lorsque la personne aimée refuse obstinément de se laisser apprivoiser. C’est une chose de faire des efforts pour comprendre l’autre, et je reconnais que tu en as fait beaucoup. Mais le mutisme de Jérém, son renfermement sur soi, son arc-boutement sur son amour-propre, son refus obstiné de partager ses doutes et angoisses avec toi, de te laisser le soutenir, tout ça rend aujourd’hui votre relation impossible. On peut "éventuellement" comprendre les raisons qui le font agir ainsi. Mais tu ne peux pas accepter ce genre de relation. Il est très difficile d’aimer quelqu’un qui ne s’aime pas lui-même. »

    Je soupire, je souffle, pendant que la peur de le perdre me prend à la gorge.

    « Alors, entre le conseil de t’accrocher et celui de prendre du recul et de la distance, je ne peux vraiment pas trancher, elle enchaîne.
    —    Si je décide de prendre de la distance, comment savoir que ça ne va pas nous éloigner à tout jamais ?
    —    Tu ne peux pas le savoir. Mais je pense qu’au fond de toi, tu sais ce qui est bon pour toi, suivant ta solidité émotionnelle et ta réserve de patience déjà rudement mise à contribution… »

    Charlène a raison, ma patience a été rudement mise à contribution. Trois mois déjà, trois mois sans coucher avec Jérém, sans tendresse, sans complicité. Jamais depuis notre première révision nous sommes restés si longtemps sans faire l’amour.
    Un peu après la mi-juillet, je crois qu’entre les deux solutions proposées par Charlène, j’ai enfin fait mon choix. Un vendredi soir, je décide de me secouer de ma morosité. Je me douche, je me sape. Je sors au B-Machine. Je cherche à m’amuser, à faire la fête, à danser, je cherche la compagnie de ceux qui me ressemblent et avec qui je me sens bien. Je cherche le contact avec le Masculin.
    Le lendemain, je sors à nouveau, au On Off. Je fais exprès d’arriver côté Canal pour ne pas trop approcher la rue de la Colombette. Je ne veux pas être assailli par les souvenirs, je ne veux pas affronter mes démons. Je ne veux pas arriver en boîte les larmes aux yeux. Jusqu’à tard dans la nuit, je mate des mecs, je goûte au frisson provoqué par l’exposition à la beauté masculine.
    A partir de ce moment, je sors pratiquement chaque soir dans le milieu. Je bois, je mate. Parfois, plus rarement, je me fais mater. Un soir, il m’arrive de concrétiser. Mais une fois le frisson de me sentir désiré envolé, une fois l’excitation passée, une fois l’orgasme consommé, je me sens mal, Jérém me manque encore plus.
    Un autre soir je décide d’affronter mes démons. Je décide de rentrer à la Ciguë. En lisant la plaque « Rue de la Colombette » depuis le boulevard Carnot, je suis percuté par un faisceau de souvenirs. Et je repense à nos adieux déchirants, c’est dur de penser à quel point je l’aime, de savoir qu’il m’aime aussi, et de rien pouvoir faire pour l’aider, pour faire avancer notre relation. J’ai choisi de suivre le conseil de Charlène de prendre du recul, de prendre de la distance. Est-ce que je le retrouverai un jour ? Où es-tu, mon Jérém ?

    Début août 2002.

    Mes sorties à répétition et mes grasses matinées n’arrangent pas la relation avec mon père, et finissent même par inquiéter Maman. Elle me demande pourquoi je sors autant, je ne sais pas quoi lui répondre. Elle me demande si tout va bien avec Jérémie, je lui réponds qu’il a pas mal de choses à régler en ce moment et que pour l’instant il n’a pas de temps pour moi. J’ai envie de pleurer et Maman le sait. Elle me prend dans ses bras et ça me réconforte.
    Je finis par en avoir marre des sorties, et de l’ambiance à la maison. Je décide de changer d’air, de partir quand-même quelques jours à Gruissan.
    A la plage, haut lieu d’étude de la bogossitude, j’arrive à plusieurs conclusions capitales au sujet du masculin.
    Première conclusion : la combinaison chromatique bogoss brun à la peau mate et bronzée/t-shirt blanc/short de bain rouge, c’est juste sublime. Ce bogoss inconnu à la plage qui happe mon regard avec ce physique et cette tenue hyper sexy à mes yeux, me fait penser à Jérém. Mon beau brun arborait quasiment la même tenue lorsque je l’avais croisé à la piscine Nakache l’an dernier à mon retour de Gruissan. J’étais en compagnie de ma cousine, il était accompagné d’une pouffe. Et on avait baisé dans une cabine des vestiaires. Ah putain, qu’est-ce que c’était ça avait été chaud !
    Première conclusion/bis : la combinaison bogoss brun à la peau mate et bronzée/torse nu, pecs et abdos dessinés et biceps saillants/short de bain rouge, c’est juste somptueux.
    Première conclusion/ter : la combinaison chromatique bogoss brun à la peau mate et bronzée/torse nu dessiné/short de bain rouge, le tout ruisselant à la sortie de l’eau, c’est juste à divin.
    Deuxième conclusion, tentative de réponse à une question « existentielle » : pourquoi le geste plus ou moins conscient d’un beau garçon qui passe nonchalamment sa main sous son t-shirt pour caresser ses abdos est chargé d’un érotisme à ce point insoutenable ?
    Peut-être parce que ce petit geste ressemble de très près à un acte d’autoérotisme. La main qui caresse et s’attarde sur cette région bien sensible, bien érogène, car située juste au-dessus du pubis, si proche de la zone du plaisir masculin, cache-t-elle d’autres envies ? Les doigts qui frôlent l’élastique du boxer ou du short de bain, ne manifestent-ils pas le désir d’aller plus loin dans la recherche du plaisir ?
    A quoi pense ce beau garçon en accomplissant ce geste ? A la dernière fois où il a joui ? A la dernière fois où il a baisé ? A la dernière fois où il s’est fait sucer ? A sa prochaine coucherie ? A sa dernière branlette ? A celle qu’il aurait envie de se taper là, tout de suite, si seulement il avait le pouvoir de se cacher des regards ? A celle qu’il va se taper dès qu’il le pourra ?
    Troisième conclusion, ou plutôt une observation : un jeune gars sexy passe et laisse sur son passage une traînée de parfum entêtante qui vrille mes neurones. Une traînée, une fragrance, une fraîcheur de jeune mec, une gifle olfactive insolente et insoutenable.

    Malgré la présence de beaux spécimens sur la plage et dans la ville, je finis par m’ennuyer. Je n’ai plus envie de sortir, je n’ai plus envie d’aventures qui ne m’apportent rien à part un frisson passager et une solitude encore plus épaisse après. Alors, au bout de quelques jours, je rentre à Toulouse.
    A Toulouse je m’ennuie tout autant, j’étouffe toujours autant. Je recommence à sortir pour tromper l’ennui, et je finis par m’engueuler avec mon père, le 15 août.

    16 août 2002

    Le lendemain, le jour du 44ème anniversaire de Madonna, je pars à Bordeaux. J’ai besoin de me retrouver seul, mais dans un environnement familier. Mon petit chez moi fera l’affaire. Mes propriétaires m’aideront à ne pas me sentir trop seul en attendant la reprise des cours. Les balades le long de la Garonne et les livres feront le reste.
    Le jour même, je me rends à la bibliothèque municipale pour trouver de quoi varier mes lectures. J’arpente longuement les immenses rayonnages. Et c’est au détour de l’un d’entre eux que l’imprévisible se produit à nouveau.

    « Salut Nico ! » il me lance avec un grand sourire, l’air vraiment content de me revoir. Je suis presque étonné qu’il se souvienne de mon prénom. Au fond, nous ne nous sommes vus qu’une seule et unique fois, et c’était il y a des mois. Je le regarde attentivement et je le trouve encore plus charmant que lors de notre première rencontre.
    Oui, le garçon se souvient de mon prénom. Et moi aussi je me souviens du sien.

    « Salut Ruben… »




  • Commentaires

    1
    Yann
    Vendredi 8 Octobre à 08:42

    Il s'agit bien là de l'imprévisible. Qui aurait pu penser, alors que leur complicité était si grande, que ce soit Jérém qui décide de leur séparation. Ses déboires au rugby y sont pour beaucoup. Son renvoi de l'équipe, il le vit comme une humiliation et il pense avoir démérité de tous ceux qui l'aiment et croient en lui. C'est dur à digérer d'autant que s'y ajoute l'échec de son année d'études. Comme à son habitude, il se sent minable, a perdu confiance en lui et fait le vide autour de lui. Sa défense c'est la "fermeture émotionnelle". Mais l'imprévisible dans tout ça, c'est qu'au-delà de sa déception, qui est grande, il devrait se raccrocher à ce qui est positif, se dire que c'est un mal pour un bien puisqu'il n'aura plus à cacher, à des coéquipiers homophobes, sa relation avec Nico.  Quelque part ça devrait être un soulagement tout comme de savoir qu'il peut compter sur son soutien. Or c'est tout le contraire qu'il a choisi.

    Ce qui m'interroge, c'est son attirance pour Ulysse. J&N sont jeunes et ne sont pas prêts à tout partager au sens de former un couple.  Tous ces bouleversements ne sont-ils pas, pour Jérém, l'occasion d'une remise en cause totale et ne réalise-t-il pas, à la différence de Nico, à quel point il a besoin de vivre et peut être de tester la solidité de son amour pour Nico ?

    2
    Romain
    Jeudi 14 Octobre à 11:50

    Je ne comprends pas l'attitude de Jerem qui dit à Nico qu'il l'aime et qui lui demande de ne plus le voir.

    3
    Un lecteur
    Dimanche 17 Octobre à 12:26

    j'aime beaucoup cette histoire que je suis depuis longtemps. Avec cet épisode, elle prend un tournant particulier qui va être particulièrement difficile à vivre pour Jerem et Nico.

    4
    Florentdenon
    Jeudi 21 Octobre à 13:00
    Je ne peux que renouveler mes compliments sur la qualité de ton récit. J'aime beaucoup la maniére dont tu depeins les sentiments de manque et d'incomprehension et l'evolution des personnages reste très réaliste. J'avoue que je ne comprends pas l'attirance de Jerem pour Ulysse qui ne semble pas que physique. Une ironie de l'histoire peut etre par rapport à ce qu'a pu vivre Nico. Hâte de lire ! Merci encore.
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