• 0303 Sur les chapeaux de roues.

    Dimanche 6 janvier 2002, au soir.

    Oui, quitter Jérém après ces jours magiques à Campan est un véritable déchirement. Les derniers instants avant de sortir de sa voiture, garée non loin de la maison de mes parents, sont les plus difficiles, les plus tristes. Les mots nous font défaut. Mais pas les regards, et l’émotion qu’ils savent véhiculer, pas le contact fébrile de nos mains, pas le bisou furtif que nous nous échangeons avant de nous quitter.
    « Fais attention sur la route ! Appelle-moi quand tu arrives à Paris.
     — Toi aussi fais attention ! Appelle-moi quand tu es à Bordeaux.
     — Tu vas me manquer !
     — Toi aussi, Ourson ! »
    Nos derniers mots sont des mots simples, les mots de ceux qui s’aiment.

    A la maison, l’accueil de Maman est tout aussi chaleureux que celui de Papa  est glacial. Le repas de midi ne s’éternise pas. Mon  père demeure silencieux et ne lève pas les yeux de son immanquable « Dépêche », le bouclier derrière lequel il essaie de cacher son mépris. Comme d’habitude, il cherche à fuir la conversation à table, tout en guettant les détails des exploits de son club de cœur, le Stade Français. Maintenant que j’y pense, cette préférence sportive est plutôt originale de la part d’un Toulousain  pure souche. Et pourtant, aussi loin que je m’en souvienne, je l’ai toujours entendu parler de ce club « fabuleux » qu’il allait voir jouer à chaque fois qu’il passait par Toulouse. Il m’y avait même amené une ou deux fois dans mon adolescence. Mais vu le désintérêt que je témoignais au rugby, il n’avait pas réitéré l’expérience. Bientôt le match Stade Toulousain vs Stade Français va avoir lieu. Et ce n’est pas maintenant qu’il sait que je m’intéresse aux rugbymen qu’il va me proposer de l’accompagner.
    Oui, Papa est un grand supporter de l’équipe désormais dirigée par un personnage haut en couleurs, l’équipe à l’origine d’un calendrier plutôt sympathique, l’équipe qui quelques années plus tard choquera le monde du rugby en exhibant fièrement des maillots roses. L’équipe qui quelques mois plus tard risquera fort de perdre le soutien de son supporter toulousain.  Mais cela est une autre histoire .
    Maman se charge de dissiper la mauvaise ambiance en me questionnant sur mon séjour à la montagne, en se limitant exclusivement à des sujets « politiquement corrects », comme le ski, mes révisions pour les exams, la neige, les amis du cheval.
    Mais dès la fin du repas, dès que papa monte faire la sieste, elle veut tout savoir sur comment se sont passées ces retrouvailles avec le gars que j’aime. Je lui raconte mon bonheur retrouvé, et mes espoirs en l’avenir.
    « Je suis heureuse de savoir que tout s’arrange pour toi. Je n’aimais vraiment pas te voir abattu comme avant Noël. J’avais peur que tu sois malade. Mais je suis contente de savoir que ce n’était que la maladie d’amour !
     — Tu penses que papa va arrêter un jour de me faire la tête ? » je change vite de sujet.

    Je ne dirai rien à maman au sujet de cette autre chose qui me préoccupe, de cette autre maladie potentielle suspendue comme une épée de Damoclès au-dessus de moi, je ne peux pas.

    « Laisse-lui le temps, il finira par se fatiguer d’attendre que tu sois autre chose que celui que tu es. »
    Il est 15 heures lorsque mon portable se met à sonner.
    « C’est lui…
     — Vas-y, réponds ! »

    « Ourson !
     — Hey… ça fait plaisir de t’entendre ! Tu es où ?
     — Je viens de passer Brives… Je me suis arrêté pour prendre un sandwich. J’avais envie d’entendre ta voix. Tu me manques !
     — Toi aussi !
     — J’aimerais tellement que tu sois avec moi !
     — Moi aussi, si tu savais !
     — Tu fais quoi ?
     — Je discute avec Maman.
     — Ne lui raconte pas tout ! il se marre.
     — T’inquiète …
     — Allez, je vais continuer.
     — Tu m’appelles quand tu arrives, ok ?
     — A tout’, Ourson !
     — A tout’, bisous ! »

    « C’est beau d’être amoureux, n’est-ce pas, mon Lapin ? »
    De Ourson à Lapin, j’ai l’impression d’être un drôle d’animal.
    « Oui, c’est génial !
     — On n’est jamais aussi heureux que quand on aime et qu’on se sent aimé en retour.
     — C’est tellement vrai.
     — Alors, profitez bien de ce bonheur. C’est dommage que ton père ne soit pas un peu plus ouvert d’esprit, ton copain aurait pu rester déjeuner.
     — C’est gentil, Maman.
     — Ça viendra un jour, je suis persuadée que ça viendra. »

    Je profite de cet après- midi sur Toulouse pour rendre visite à ma cousine Elodie et à mon pote Julien. Mais au lieu de sauter dans un bus tout de suite, je prends le temps de marcher, de retrouver ma ville toujours défigurée par l’explosion d’AZF. Bientôt cinq mois que la catastrophe s’est produite. Toulouse, toujours Rose mais en vrac, se relève peu à peu et soigne ses blessures les unes après les autres. Il faudra du temps pour que ses cicatrices matérielles disparaissent, beaucoup de temps. Quant à celles humaines, de nombreux Toulousains les porteront dans leur chair et dans leur tête toute leur vie.

    « Maintenant, quand je mets un casque, je suis obligée de régler la balance droite et gauche pour avoir un son à peu près équilibré ! » plaisante Elodie.
    Elle a retrouvé une partie de son audition à l’oreille touchée par l’onde de choc de l’explosion, mais les médecins sont formels, elle ne récupèrera jamais totalement. Mais elle n’a pas perdu son humour et sa joie de vivre. Sa capacité à affronter les aléas de la vie et de dédramatiser me bluffe toujours.
    « Alors, on a beaucoup de choses à se raconter, elle enchaîne. Depuis que tu es à Bordeaux, c’est plus compliqué…
     — Depuis que tu es une femme mariée, aussi ! je la taquine.
     — Pas encore, pas encore, mais bientôt ! C’est vrai que nos vies changent. Mais une chose ne changera jamais. C’est l’amour que ta cousine te porte. Même si on se voit moins, rien ne change pour moi, je te retrouverai toujours comme si on s’était quittés la veille. Je peux tout entendre et je sais que je peux tout te raconter. »
    Si seulement c’était vrai, si seulement. Il y a des choses que je voudrais lui raconter mais que je garde pour moi de peur de la faire souffrir.

    « Alors ces retrouvailles à la montagne ? » elle questionne.

    « Vous avez dû niquer comme des hamsters ! » me taquine Julien, que je retrouve en fin d’après-midi dans un bar du centre-ville.

    A l’un et à l’autre, je raconte les jours que je viens de vivre avec Jérém, son « je t’aime » juste avant l’arrivée de la nouvelle année.

    ELODIE. —  Je suis tellement heureuse pour toi, mon cousin ?

    JULIEN. — C’est qu’il devient sentimental le rugbyman !

    Et je leur raconte aussi les derniers mois avant Noël, les difficultés de notre relation à distance, notre couple « ouvert » pour mieux nous retrouver quand nous le pouvons.

    ELODIE. — Un couple libre ? Pas facile à gérer, ça, quand on aime…

    MOI. — Je ne te le fais pas dire…

    JULIEN. — Un couple libre ? Il est malin ton Jérémie. Il pourrait vendre du sable aux Touaregs et de la glace aux Esquimaux ! Avoir un PQR et des extras, c’est le rêve de tout mec normalement conformé ! Moi je dis que quand un mec arrive à faire gober à sa copine ou à son copain que c’est dans l’intérêt du couple qu’il aille voir ailleurs, il mérite mon respect !

    MOI. — Les choses ne se posent pas vraiment dans ces termes… il couche avec des nanas pour faire comme ses potes et pour qu’ils lui foutent la paix…

    ELODIE. — Et toi, tu es censé faire quoi ?

    JULIEN. — Et toi tu attends sagement qu’il revienne au bercail ?

    MOI. — Il ne m’interdit pas de voir d’autres gars, mais je sais que ça le fait chier… tout comme ça me fait chier de le savoir avec une nana, ou avec un autre mec…

    ELODIE. — Ah, parce qu’en plus…

    JULIEN. — … il se tape des mecs, aussi ? Vraiment, le gars est mon héros !

    MOI. — On s’est promis de n’avoir que des aventures, de nous protéger et d’être toujours spécial l’un pour l’autre quand nous nous retrouvons.

    ELODIE. — J’imagine qu’en étant gay et joueur pro il doit avoir une pression de dingue.

    JULIEN. — Blagues à part, une relation à distance c’est compliqué, il faut agrémenter ça avec un peu de fun. Être joueur pro c’est prise de tête, et le sexe est une façon d’évacuer le stress. Il vaut mieux qu’il tire son coup de temps en temps plutôt qu’il se mette minable avec l’alcool ou la drogue, non ?

    MOI. — C’est clair.

    ELODIE. — Les mecs te font davantage peur que les nanas ?

    MOI. — Oui, je crois que oui. Jérém n’a jamais eu de sentiments pour une nana. Mais il en a pour moi. Alors, je me dis qu’il pourrait en avoir un jour pour un autre gars.
    Ce qui me rassure c’est le fait que nous nous sommes promis de nous voir plus régulièrement, à mi-chemin entre Paris et Bordeaux. De toute façon, j’ai décidé d’arrêter de me prendre la tête, et de lui lâcher les baskets.

    ELODIE. — Tu as raison de lui lâcher les baskets. Lâche-lui du leste, il reviendra vers toi tout seul.

    JULIEN. — Tu as raison de lui lâcher les baskets. Mais dis-moi, le petit veinard, t’as niqué avec d’autres gars depuis que tu es à Bordeaux ?
     — Oui…
     — Le petit coquin ! Tu m’as rien dit la dernière fois !
     — Je n’en suis pas fier, tu sais ! »
    Et là, soudain, j’ai envie de parler à Julien de ce qui me préoccupe.
    « Il faut que je te dise un truc, Julien.
     — Quoi donc ?
     — J’ai eu un souci…
     — Quel souci ?
     — J’ai baisé avec un gars et… la capote a cassé…
     — Ah… ça m’est déjà arrivé…
     — Et comment ça s’est passé, après ?
     — On a fait le test direct, et on a été vite rassurés.
     — Toi t’es un bon gars, Julien… mais le type n’a pas voulu faire le test…
     — Et pourquoi ?
     — Des raisons fumeuses… il est prof et il avait peur que des parents de ses élèves le reconnaissent à l’hôpital…
     — N’importe quoi !
     — Oui, c’est n’importe quoi. Mais en attendant, je ne sais pas à quoi m’en tenir. Et dans le doute, je prends des médocs pendant un mois.
     — Ah, le fameux traitement…
     — Eh oui…
     — Et tu vas devoir attendre de faire le test à 3 mois pour en avoir le cœur net…
     — C’est ça.
     — Ça s’est passé quand ?
     — Il y a trois semaines…
     — Ah, tu as encore un bon moment à attendre !
     — Ouais…
     — Et tu lui as dit à ton rugbyman ?
     — Bien sûr ! On s’est protégés à chaque fois qu’on a fait l’amour.
     — Vous aviez un bon stock de capotes, alors !
     — C’est pas faux…
     — Ça n’a pas dû être simple de le lui dire.
     — Non, mais il l’a bien pris. Il a même culpabilisé…
     — Ce sont les risques du " métier " …
     — Je sais, mais quand j’y pense, je flippe.
     — Ça va aller, Nico, je suis sûr que ça va bien se passer ! »

    Je suis soulagé d’avoir parlé à Julien. Ça m’a fait du bien de me confier. Je ne sais pas pourquoi Julien plutôt qu’Elodie, mais c’est avec lui que je me suis senti à l’aise pour le faire.
    Si je n’ai pas le cœur à raconter cela à Elodie, c’est parce que je ne veux pas l’inquiéter, alors qu’elle est toute projetée dans la préparation de son mariage.

    « La date est fixée, c’est le samedi 20 avril à la mairie de Blagnac. Tu n’oublies pas mon cousin !
     — Je ne pourrais jamais oublier !
     — De toute façon je vais t’envoyer un faire- part de mariage. Je suis tellement heureuse que tu sois mon témoin !
     — Moi aussi je suis content que tu m’aies demandé d’être ton témoin.
     — J’ai toujours su que ce serait toi !
     — Je t’aime ma cousine.
     — Je sais. Moi aussi je t’aime. Alors, tu viens avec ton chéri ?
     — Ça me paraît compliqué. Jérém s’assume maintenant, mais je pense qu’il n’en est pas encore là…
     — Mais je ne te parle pas de venir en tant que couple, ou de le présenter comme ton petit copain. Je l’invite en tant que pote…
     — C’est super gentil de ta part. Mais ça me paraît impossible. Surtout après ce que je lui ai raconté de la réaction de Papa quand je lui ai parlé de nous…
     — Quoi ? J’ai raté un épisode de Nico & Jérém ? Tu as fait ton coming out paternel  ?
     — Oui, j’ai fait ça le week-end où je suis venu à Toulouse après AZF… Jérém est venu à Toulouse pour voir son frère qui avait été blessé lui aussi. Je lui ai proposé de dormir à la maison. Il a vachement sympathisé avec Papa, surtout à cause du rugby… quand Jérém est reparti, j’ai eu envie de lui dire que ce n’était pas qu’un pote…
     — Et ça s’est mal passé…
     — Oui, il m’a mis plus bas que terre, il m’a dit de me faire soigner. Je l’ai envoyé chier. Depuis, il ne me parle plus, il me regarde de travers.
     — Mais quel idiot, Tonton !
     — Mais je m’en fiche. Je ne le vois presque pas. Heureusement, Maman me soutient…
     — Tata est géniale !
     — Bref, je préfère éloigner le risque de clash à ton mariage !
     — Ah, non, pas ça, vous vous débrouillez comme vous voulez, mais vous n’allez pas me voler la vedette de cette journée avec un psychodrame familial ! elle plaisante.
     — Je préfère éviter… Et Jérém aussi, j’en suis sûr. En plus je ne sais pas si les mariages c’est vraiment son truc.
     — Oui, oui, je comprends tout ça, bien évidemment. Mais même s’il ne vient pas, parle-lui quand même de mon invitation, ça lui montrera que tu as envie de lui faire partager ta vie, et aussi que tout le monde n’est pas borné dans ta famille. »

    Il est environ 20h30 lorsque mon téléphone retentit. Manque de bol, je suis encore à table. Mon père sursaute au déclenchement intempestif de la sonnerie.
    « Mets ça en sourdine ! » il me lance sèchement.
    Je ne prends même pas la peine de lui répondre. Après un échange de regards avec Maman, je pars répondre dans ma chambre.
    « Ourson !
     — Tu es arrivé, P’tit loup ?
     — A l’instant…
     — Tu as fait bonne route ?
     — Oui, mais je suis naze.
     — Tu vas pouvoir te reposer…
     — Oh, oui, demain j’ai une journée chargée !
     — Tu me manques P’tit loup !
     — Toi aussi, putain, toi aussi ! »

    Ce soir-là, dans mon lit, Jérém me manque terriblement. Malgré nos promesses, je ne sais pas quand je vais le revoir. La double distance, géographique et temporelle, m’angoisse. Je tourne et retourne dans mon lit. J’écoute de la musique, je lis un livre, je me branle. Le sommeil ne vient pas.
    Je repense aux mots de Charlène, à la difficulté rencontrée par Jérém à Paris pour trouver sa place. A la solitude qui a été la sienne pendant les premiers mois, au choc qu’il a encaissé en passant du jour au lendemain du statut de joueurs admiré et populaire de Toulouse à celui du dernier arrivé qui a tout à prouver. Je n’arrive même pas à imaginer l’effort et l’énergie qu’a dû lui demander le fait de tout recommencer à zéro.
    Charlène a raison, Jérém est quelqu’un qui aime briller, être remarqué, admiré. Et ça a dû sacrement lui manquer à Paris. Je suis triste de ne savoir que maintenant qu’il a failli tout quitter à cause de la pression. Pour les études, je savais, mais le rugby, carrément… J’aurais voulu savoir ce qui se passait dans sa tête, j’aurais voulu l’aider. Mais est-ce que j’aurais su le faire ? Est-ce qu’il aurait voulu de mon aide ?
    Je ne m’étais pas douté non plus que mon premier voyage à Paris l’avait mis mal à l’aise vis-à-vis de ses potes. Et je comprends qu’en étant déjà bien sous pression, il ne voulait pas en ajouter en prenant le risque qu’ils se doutent pour nous.
    Ça me fait mal qu’il ne se sente toujours pas assez à l’aise avec moi pour me parler quand ça ne va pas. Je lui ai dit, nous en avons parlé. Mais comme le dit Charlène, Jérém ne changera pas du jour au lendemain. Jérém c’est Jérém, et il a sa façon d’appréhender les choses. Lui mettre la pression pour que cela change, ça ne servirait à rien. J’en ai fait l’expérience. Jérém a besoin de se sentir aimé, pas jugé. Le stress, il l’a chaque jour autour de lui, il remplit sa vie. Je veux lui apporter le calme dont il a besoin. Je ne veux pas lui prendre de l’énergie, mais lui en donner, avec mon soutien.
    On ne peut pas aider l’autre jusque parce qu’on aime. Mais on peut écouter, et montrer qu’on est là.
    Je dois me montrer fort. Je ne veux plus que Jérém se sente en dessous de mes attentes, je ne veux plus qu’il pense qu’il me déçoit. Je ne veux plus lui demander davantage que ce qu’il peut me donner, parce que je sais désormais qu’il me donne tout ce qu’il peut me donner.
    Là aussi, Charlène a raison : quand on aime, on n’essaie pas de changer l’autre. Essayer de changer celui qu’on aime, c’est ne pas l’aimer tel qu’il est. C’est une contradiction.
    Jérém et moi nous sommes dit l’essentiel, à savoir qu’Ourson et P’tit Loup font bande à part. Alors, tout le reste, tous les autres, ça n’a pas vraiment d’importance. Tant qu’un autre Campan est à l’horizon.
    « Jérém est heureux quand il est avec toi. Je pense qu’il se sent plus fort quand vous êtes ensemble. Grâce à toi, il sait désormais qui il est et il l’a accepté. Mais il n’est pas habitué à se sentir aimé et ça lui fait toujours peur . »
    Ces mots de Charlène tournent en boucle dans ma tête. Je l’aime tellement, ce petit gars !

    Lundi 7 janvier 2002.

    « Ah toi, ça a l’air d’aller mieux. Moi je pense que tu as retrouvé ton Jérémie pendant les vacances ! me lance Albert, en me voyant débarquer dans la cour au sol rouge en fin de matinée tout en fredonnant l’air de " Memory ".
     — Tu connais les classiques… » me taquine Denis.
    Ça me fait plaisir de retrouver mes sympathiques propriétaires, voisins et amis. Définitivement, je ne peux rien leur cacher.

    Mes examens démarrent dans deux jours et j’en profite pour faire un dernier tour de révisions. Je suis rassuré de voir que je n’ai pas de grosses lacunes. Pendant les jours à Campan, j’ai bien révisé et j’ai l’impression que j’ai rattrapé le retard accumulé pendant les dernières semaines avant Noël.
    Il faut dire que la méthode de révision « Jérém&Nico », l’association des connaissances au plaisir physique et sensuel, a déjà fait ses preuves pendant la préparation du bac. Mais cette première recette a été considérablement enrichie avec l’ajout de nouveaux ingrédients tels que les câlins, la complicité et la tendresse. Il en résulte une méthode d’apprentissage à l’efficacité redoutable.
    En reparcourant ces notes que j’ai bûchées pour la première fois en faisant l’amour et les câlins avec Jérém, j’ai à nouveau envie de faire l’amour avec lui, et très envie de câlins. Je révise, je me branle, je révise, je me branle, je révise, encore et encore.
    Chaque soir mon téléphone sonne et lorsque je décroche, lorsque je m’entends m’appeler « Ourson », c’est comme une caresse à mon esprit. Chaque soir nous parlons de nos révisions et de nos exams et nous nous encourageons l’un l’autre. De centaines de bornes nous séparent et pourtant je ressens toujours la vibration de notre complicité, l’écho du bonheur de Campan. Je suis heureux. La distance me rend toujours triste, me fait toujours peur. Mais j’ai envie d’y croire.

    Mercredi 9 janvier 2002

    C’est à partir de cette date que Jérém et moi passons nos examens. Chaque soir nous faisons un point, nous nous encourageons, nous nous félicitons, nous sommes là l’un pour l’autre. Les miens se passent plutôt bien. Pour Jérém, c’est un peu plus en dent de scie, mais ça reste satisfaisant. Il y a un loupé, mais il m’explique que ce n’est pas grave, car pour les sportif aux cursus aménagés il y a toujours un rattrapage possible.
    « Je voudrais avoir une tête comme la tienne.
     — Ne dis pas de bêtises, ta tête est très bien.
     — Dehors, oui… mais dedans, moins…
     — Tu dis n’importe quoi, espèce de petit con ! » je réagis à sa réplique à la fois culottée et touchante. Une réplique de petit con, mais de petit con adorable.
    « Je te voyais en cours, au lycée, tu captais au vol et moi j’avais du mal, ça me demandait beaucoup plus d’effort que toi.
     — Tu es un gars intelligent. Et puis c’est un exploit de mener à la fois une carrière de sportif pro et un cursus d’étudiant. »

    Mon dernier examen a lieu le vendredi, et je ne suis pas mécontent de cette session. Le soir, au téléphone, Jérém me félicite. Il me manque tellement !
    Le week-end sans lui est long, très long, chaque jour sans le voir me pèse.
    Je retourne en cours dès le lundi suivant, et le rythme retrouvé de la vie universitaire m’aide à penser à autre chose. Le mardi, Jérém passe son dernier exam. Le beau brun m’appelle entre midi et deux pour m’annoncer que ça s’est plutôt bien passé. Je suis content pour lui.

    Le mercredi, après notre dernier cours, et alors que les filles s’empressent de rentrer chez elles, Raph m’invite prendre un verre. Une fois installés à une table d’un bar près de la fac, il m’entraîne dans une drôle de discussion.
    « J’ai repensé à ton speech de l’autre jour…
     — Lequel ?
     — Quand tu m’as dit que tu étais gay…
     — Je pense que j’ai été un peu vif, c’était une mauvaise période, j’étais sur les nerfs. Désolé que ce soit tombé sur toi. Tu es un bon gars et je te considère comme un pote.
     — Tu as eu raison de me recadrer, le respect de l’autre passe avant tout par le langage. On ne peut pas utiliser les mots à tort et à travers. Chaque mot a son importance et son sens.
     — Je pense que tu as compris désormais, je plaisante.
     — Ouais ! Je te remercie de m’avoir fait réaliser à quel point le langage peut être homophobe sans même qu’on s’en rende compte.
     — Je n’avais aucun doute sur le fait que tu es un garçon intelligent. Hétéro, mais intelligent, je plaisante.
     — Je suis un mec de gauche, alors je me dois de défendre toutes les minorités et toutes les différences. Mais je veux juste savoir un truc, ok ? il enchaîne après une petite hésitation.
     — Quel truc ?
     — Je voudrais savoir si… tu…
     — Quoi donc ?
     — Est-ce que tu es attiré par moi ? » il accouche enfin.
    Me voilà pris au dépourvu. Je ne m’attendais pas à une question aussi directe. Je ne sais pas vraiment quoi lui répondre et à quoi il s’attend comme réponse.
    Comment lui expliquer que je le trouve très séduisant mais que je ne lui sauterai jamais dessus ? Car le « risque » de ce genre d’explication est double. Qu’il prenne mal le fait que je le trouve séduisant, ou qu’il prenne mal le fait que je le trouve séduisant… mais pas assez pour lui sauter dessus !
    « Raph, tu es un gars très charmant, mais je te considère comme un pote, je finis par jongler.
     — Tant mieux, parce que je suis 100% hétéro !
     — Ça, j’avais cru comprendre, oui ! je le taquine.
     — C’est juste pour que les choses soient claires, je ne veux pas qu’il y ait d’ambiguïté et des non-dits entre nous.
     — T’inquiète, il n’y en a pas. De toute façon, je ne suis pas célibataire.
     — T’as un mec ? il semble s’étonner.
     — Oui !
     — Ici à Bordeaux ?
     — Non, il est à Paris.
     — C’est cool… enfin, c’est cool que tu aies un mec, mais pas cool qu’il soit aussi loin…
     — C’est vrai, la distance complique les choses. Mais nous avons passé toutes les vacances de fin d’année ensemble dans les Pyrénées.
     — Il s’appelle comment ?
     — Jérémie.
     — Et il fait quoi dans la vie ?
     — Il est rugbyman pro dans un club à Paris.
     — Le Stade ?
     — Non, son petit frère, le Racing. Il débute.
     — C’est déjà pas mal pour débuter. Mais dis-moi, tu n’as jamais essayé avec une nana ? il enchaîne sans transition.
     — Non, jamais.
     — Et ça ne t’a jamais chatouillé l’esprit ?
     — Non, parce qu’aussi loin que je me souvienne, j’ai été attiré par les mecs. Coucher avec une nana, ça ne m’a jamais rien dit.
     — Comme moi de coucher avec un mec…
     — Chacun ses préférences. On ne choisit pas ses goûts…
     — Ceci étant dit, je ne sais vraiment pas ce que vous pouvez vous trouver entre mecs… un mec n’a pas de seins, de jolies fesses, de jolies jambes, de chatte…
     — Je ne sais pas ce que vous trouvez aux nanas, vous les hétéros, je le prends à contrepied, une nana ça n’a pas de pecs, pas d’abdos, pas de poils, pas de bi…
     — Ça va, ça va, j’ai compris ! »
    Son malaise vis-à-vis de mes mots aussi explicites que les siens me fait sourire.
    Je lui raconte rapidement ma rencontre avec Jérém le premier jour du lycée, mes années passées à le désirer sans pouvoir l’approcher, les révisions pour le bac, les hauts et les bas de notre relation, les difficultés de sa nouvelle vie à Paris.
    « Je préfère être hétéro, c’est moins compliqué pour baiser ! » il conclut, pragmatique.

    Dans le bus qui me ramène dans mon quartier, je repense à cette conversation avec Raph. Je me demande pourquoi il a eu besoin de cette mise au point. Est-ce qu’il a eu besoin de savoir si Monica ou Cécile étaient attirées par lui pour que leur amitié se fonde sur des bonnes bases ? Non, je ne crois pas. L'acceptation de l'homosexualité ressemble trop souvent à un effort de l’esprit, au mieux à une posture de « grand seigneur ». Alors qu’elle devrait être un réflexe inconscient, comme le fait de respirer.

    En arrivant chez moi, je n’ai qu’une envie, celle de m’allonger sur mon clic clac et de me taper une bonne branlette en pensant à l’amour avec Jérém. Mais dès l’instant où je passe le lourd portail en bois, je sais que mes plans vont être « contrariés ». Car, dans la petite cour, Denis et Albert sont en train de discuter avec… Jérém !
    Ah putain, si je m’étais attendu à ça ! Blouson en cuir, pull à capuche, simplement mec, le bobrun est là !
    « Ah, beh, le voilà ! s’exclame l’aîné de mes propriétaires en me voyant débarquer.
     — Salut ! me lance le jeune rugbyman, avec son plus beau sourire.
     — Tu fais quoi là ? je ne trouve pas mieux à dire pour exprimer ma joie mêlée d’incrédulité.
     — Je crois qu’il est venu pour moi, plaisante Albert. A croire que je peux encore faire de l’effet à 80 ans ! »
    Jérém se marre et il est tellement beau ! Son geste de venir me voir une nouvelle fois par surprise me touche beaucoup. Je m’approche de lui, je le prends dans mes bras. Le contact avec son corps me fait beaucoup de bien, ses bras qui m’enserrent me font du bien, le double contact de nos mains qui se glissent dans les cheveux de l’autre m’émeut. Je plonge mon visage dans le creux de son épaule et son parfum m’enivre. Je ne peux m’empêcher de poser quelques bisous fébriles dans son cou.
    « Ah, qu’est-ce qu’ils sont beaux ! s’exclame Albert.
     — Nous aussi nous avons été beaux… fait Denis.
     — Je me demande ce que ça fait que d’être aussi jeune … je crois que j’ai oublié ce qu’on ressent quand on a vingt ans », fait Albert, rêveur et nostalgique.
    Je relève mon cou, je prends son visage entre mes deux mains, je le regarde, fou de lui. J’ai besoin de le regarder droit dans les yeux pour réaliser pleinement qu’il est bien là. J’ai tellement envie de l’embrasser, il a tellement envie de m’embrasser. Si nos lèvres se retiennent de se jeter les unes sur les autres, c’est par pudeur. Et pourtant, l’envie d’unir nos lèvres nous consume, nos regards brûlent d’impatience.
    « Et maintenant, le marié peut embrasser le marié ! » se marre Albert.
    Et là, dissipées par l’humour du vieil homme, nos dernières réticences s’évaporent d’un coup. Nous nous embrassons à pleine bouche, et ça me donne mille frissons, ça me fait un bien fou.
    « Eh ben, voilà ! fait Denis, c’était pas si compliqué ! Les jeunes sont si pudiques de nos jours !
     — Tu es là jusqu’à quand ? je questionne le beau brun.
     — Je dois repartir demain matin, de bonne heure.
     — Je suis tellement content que tu sois là !
     — Moi aussi !
     — Allez, vous n’avez pas beaucoup de temps, les gars. Nous allons vous laisser. Profitez bien l’un de l’autre tant que vous êtes jeunes ! »

    Une poignée de secondes plus tard, nous sommes dans mon petit studio. Son blouson en cuir a volé, son pull à capuche aussi, son t-shirt pareil. Nos torses nus s’aimantent, nos bras sont avides d’enlacer, de serrer, nos mains insatiables de chercher l’autre, nos baisers intarissables. J’ai terriblement envie de lui, et lui de moi, mais le besoin de nous câliner est plus fort encore que le désir sexuel. Je bande comme un âne, j’ai envie de le pomper à en crever, mais je n’arrive pas à me résoudre à casser le flux ininterrompu de nos baisers et de nos caresses.

    A genoux devant lui, je le pompe avec entrain. J’ai envie de lui faire plaisir, de le rendre dingue. Le beau brun est très excité. Nous oublions la capote. Comme la dernière fois. J’empoigne ses fesses, je les malaxe vigoureusement. Un mec qui rabat sa tête vers l’arrière, qui dirige le visage vers le ciel, qui bombe ses pecs, qui prend une profonde inspiration et qui avance son bassin, est un mec qui prend sacrement son pied. Je kiffe comme un fou et je me donne corps et âme  pour me surpasser. Ses mains prennent appui sur mes épaules, les serrent fermement, son bassin envoie de bons petits coups de reins.
    Son orgasme arrive au grand galop. Je sens le beau brun frissonner et pousser un long souffle de plaisir. Ses mains se crispent sur mes épaules. Des bonnes giclées lourdes et chaudes percutent mon palais et s’étalent sur ma langue, son goût de jeune mâle se répand dans ma bouche.
    Sans attendre, il retire sa queue d’entre mes lèvres, il glisse ses mains sous mes aisselles, il me fait me relever. Il se met à genoux devant moi, défait ma braguette, descend mon jeans et mon boxer à mi-cuisse. Sa main saisit ma queue, la branle. Quelques instants plus tard, je jouis comme un fou sur son torse musclé et poilu.

    Jérém s’allonge sur le lit, sans même passer par la case cigarette. Je m’allonge près de lui, je le prends dans mes bras, je le serre très fort contre moi.
    « Qu’est-ce que je suis content que tu sois venu !
     — Dès que j’ai su que j’avais un moment de libre, j’ai foncé.
     — Qu’est-ce que je t’aime, Mr Tommasi ! »
    Pour toute réponse, le beau brun se blottit un peu plus dans mes bras. Il saisit ma main, la porte à hauteur de sa bouche et pose un chapelet de bisous doux sur le revers, puis remonte le long de mon avant-bras.
    Nous nous assoupissons amoureux et heureux.

    C’est la nouvelle érection de mon beau brun qui vient me tirer du sommeil. Je sens son gland frotter dans ma raie, lentement, langoureusement, et ça m’excite à mort. Je bande quasi instantanément. J’ai envie de lui à en crever. J’ai envie de l’avoir en moi, de le sentir coulisser en moi. J’ai envie de me faire prendre et défoncer par mon beau Jérém. Son gland s’attarde sur ma rondelle, de façon de plus en plus insistante. Je n’ai qu’une envie, celle de le laisser faire, de sentir mes chairs céder à l’assaut de sa virilité, de le laisser me défoncer, de le laisser gicler au plus profond de moi. Mais je ne peux pas. Toujours pas. C’est dur de ne pas pouvoir faire l’amour comme on le voudrait, mais je ne peux baisser la garde.
    Le beau brun me fait pivoter sur le flanc et je me retrouve sur le ventre, sa queue bien calée entre mes fesses, son gland mettant dangereusement en joue ma rondelle. Ses mains empoignent fermement mes fesses, autrefois le signal de l’imminence de sa venue en moi. J’ai tellement envie de lui que l’idée folle d’ignorer le risque me traverse l’esprit pendant une fraction de seconde. Mais je me ravise aussitôt, pris de panique :
    « Attend, Jérém, mets une capote, s’il te plaît !
     — Shuuuut ! T’inquiète, fais-moi confiance ! »
    Et là, je sens ses mains empoigner mes fesses et les rapprocher l’une de l’autre, les resserrer autour de sa queue bien chaude. Ses va-et-vient commencent, et je suis fou d’excitation.
    Je sais désormais qu’il n’a pas l’intention de prendre le risque de venir en moi sans capote, et je réalise avec bonheur qu’il trouve quand même le moyen de me faire l’amour. Le sentir coulisser entre mes fesses, sentir son gland frotter sur mon trou, le sentir prendre son pied de mec, tout en réalisant qu’il ne viendra pas en moi, voilà qui est à la fois terriblement excitant et horriblement frustrant. Je réalise que la frustration ajoute de l’excitation et de l’inventivité.
    « Ah putain, c’est bon ! je l’entends ahaner, ivre de plaisir.
     — Oh que oui, c’est bon ! »
    Puis, le beau mâle brun s’arrête net, ma rondelle délicieusement harcelée par sa queue dure comme l’acier.
    « T’as envie que je t’éclate le cul, hein ?
     — Putain qu’est-ce que j’en ai envie ! »
    Rien que le fait de l’entendre énoncer cette promesse de bonheur me rend dingue. Pendant une fraction de seconde, je me dis que finalement, pour une fois on pourrait…
    Mais non, non, non. Ma raison reprend le dessus sur ma libido et la peur et la précaution recouvrent le contrôle de mes actes.
    « J’en ai trop envie, mais…
     — Tais-toi ! Montre-moi comment tu as envie de ma queue ! »
    Je m’exécute, fou de plaisir. Je serre bien mes fesses, je fais coulisser ma raie le long de sa bite.
    Je le sens frissonner.
    « Tu as envie que je te gicle dans ton beau petit cul… »
    Je comprends que tout cela n’est qu’un jeu, un jeu bien excitant auquel se prête Jérém, qui exorcise notre frustration et nous offre des frissons sexuels inédits. Je décide de me donner à fond dans ce jeu.
    « J’ai trop envie que tu me remplisses !
     — Vas-y, redis-moi de quoi tu as envie !
     — Prends-moi, défonce-moi, gicle bien au fond de mon cul ! Montre-moi qui est le mec dans ce pieu ! »
    Et là, il s’allonge sur moi, la queue bien calée dans ma raie. Je sens le poids de son corps, la chaleur de sa peau, je me sens dominé par sa présence virile.
    « Pourquoi, tu ne sais pas qui est le mec dans ce pieu ? il me glisse si près de mon oreille que ses lèvres, sa barbe et son souffle frôlent ma peau et provoquent en moi des frissons géants.
     — C’est toi le mec, putain, c’est toi ! je lui balance, fou de lui.
     — Tu veux me vider les couilles, hein ? »
    Ah putain, si en plus il me prend par les « sentiments » !
    « Oh que oui, je ne demande que ça, beau mec ! »
    Et là, je sens le beau brun se relever. Une grosse goutte de salive tombe dans ma raie. Je sens ses mains resserrer un peu plus mes fesses autour de sa queue. Ses va-et-vient sont lents mais implacables. Tout ce que j’aime. Il ne faut pas vraiment longtemps pour entendre mon Jérém pousser un grand soupir de bonheur, pour sentir ses jets chauds taper sur ma rondelle, glisser dans ma raie, voler sur mes reins. Un instant plus tard, ses doigts s’insinuent dans mon trou et poussent son jus en moi.

    Faire l’amour avec le gars que j’aime est un bonheur inouï. Mais il y a des choses que j’aime tout autant partager avec lui. Des choses simples, comme un repas au restaurant, ce que nous faisons ce soir-là, ou une nuit dans ses bras, ce que nous faisons cette nuit-là. Ou le café du matin, ce que nous faisons avant de nous quitter alors que le jour n’est pas encore levé.

    Les semaines suivant  la venue de Jérém à Bordeaux, sont le récit d’un bonheur ininterrompu. Je suis comme sur un petit nuage. Mes journées sont ponctuées par les cours, par les discussions avec mes camarades, par les dîners partagés avec mes proprios, et par les coups de fil de Jérém. Je sens qu’il est heureux de me retrouver chaque soir – d’ailleurs c’est lui désormais qui m’appelle le plus souvent – qu’il a envie de me raconter ses journées, mais aussi de savoir ce que je fais des miennes. Je le trouve détendu, bien dans ses baskets. Et ça me fait un plaisir fou d’entendre que ses progrès sportifs sont appréciés, qu’il est de mieux en mieux intégré dans l’équipe. Ses efforts paient, et son amitié avec Ulysse aussi.
    Je suis porté par le sentiment que ma relation avec le beau brun est définitivement en bonne voie, par la sensation que plus rien ne pourra nous séparer. Je suis heureux.

    20 janvier 2002

    J’ai terminé mon traitement trois jours plus tôt et je me suis empressé de refaire le test. Aujourd’hui, je viens chercher les résultats au centre de dépistage. J’ai le cœur qui tape de plus en plus fort au fur et à mesure que je m’approche du guichet. L’attente est assommante. Lorsque je tiens l’enveloppe dans ma main, je n’ose pas l’ouvrir pendant de longs instants. Et si ? Qu’est-ce que je vais faire… si ?
    Contrairement à ce qui se passe dans presque tous les autres domaines, un résultat négatif pour un dépistage est en général une bonne nouvelle. Et je suis négatif partout, le HIV et toutes les MST possibles et imaginables. C’est une petite victoire qui me permet de reprendre mon souffle. Du moins une partie. Car ce n’est qu’une petite bataille que je viens de gagner, et il reste encore à gagner la guerre. Et ça ne se jouera que dans deux mois.
    J’ai hâte de revoir Jérém, hâte de le serrer contre moi. Les jours s’accumulent, les semaines aussi. Il me manque de plus en plus, j’ai envie de monter à Paris. Mais il n’a jamais envisagé cette possibilité. J’attends qu’il me dise quand il est disponible pour nous voir quelque part entre Paris et Bordeaux. Il me tarde ! Mais je dois être patient et confiant, je dois rester positif.

    La première fois où Jérém m’a proposé de le rejoindre pour passer la nuit ensemble dans un hôtel à mi-chemin entre Paris et Bordeaux, ça m’a rendu heureux comme un gosse à Noël. Son coup de fil est tombé le dimanche soir, à 22 heures.
    Le bobrun m’annonce qu’il pourra se libérer assez tôt le mardi après-midi, et que le mercredi ses entraînements ne commenceront qu’en milieu de matinée. C’est l’occasion rêvée.
    En raccrochant, je réalise que la Saint-Valentin approche et que nous allons la rater de très peu. Mon côté romantique dit : quel dommage ! Mon manque d’assurance dit : est-ce que je devrais marquer le coup ? Mon côté réaliste semble trancher : ça ferait peut- être trop pour Jérém, il n’est pas du genre à donner une quelconque importance à ce genre de truc. Je finis par me dire que nous n’avons pas besoin de ça pour nous montrer notre amour.
    En attendant, le lundi après mes cours je ne peux m’empêcher d’acheter un petit cadeau pour marquer le coup. Je passe ma soirée à le « personnaliser ». Je ne sais pas si je vais oser le lui donner, mais lorsque je le glisse dans mon sac de voyage, je suis heureux.

    Mardi 12 février 2002.

    Ces retrouvailles tombent en plein milieu de la semaine. Evidemment, je sèche mes cours de l’après-midi pour aller le rejoindre. Ce n’est pas sérieux, mais c’est inévitable. La route qui m’amène vers le garçon que j’aime me paraît être un escalier vers le Paradis.
    Jérém a réservé un hôtel à Poitiers, à proximité du Futuroscope. Lorsque je rentre dans le parking de l’établissement, le beau brun est là, l’épaule nonchalamment appuyée au mur à côté de l’entrée, une main dans la poche du pantalon, l'autre tenant sa cigarette, le blouson de cuir ouvert, une belle chemise bleue entrouverte sur un t-shirt blanc sexy à mort. Et par-dessus le coton immaculé, sa chaînette de mec négligemment posée.
    Lorsqu’il me voit, un grand sourire ravageur illumine instantanément son visage. Qu’est-ce que je suis content de le retrouver, putain ! Et qu’est-ce que c’est beau de ressentir cette impression, ou plutôt une certitude, qu’il est tout aussi heureux de me voir ! Là encore, je suis sur un nuage. Le retrouver dans ce nouveau décor me réjouit. Car c’est une nouvelle terre vierge, un territoire hors de tout, comme Campan, un endroit où nous ne connaissons personne et où nous pouvons vivre discrètement et un peu plus librement notre amour.
    Je lui souris à mon tour, et je m’empresse de le rejoindre.
    « Salut mec ! il me lance sur un ton enjoué.
     — Salut p’tit Loup ! Tu as fait bon voyage ?
     — Pas mal, pas mal… je te raconterai ça… »
    Je pressens au ton de sa voix, à son regard, à son attitude que ce n’est pas de bavarder dont il a envie là, tout de suite. Je sais qu’il a envie de moi. Et moi j’ai envie de lui. L’attente a assez duré.

    Nous traversons le parking et la traînée de parfum de bogoss que Jérém laisse derrière lui m’assomme. Nous franchissons la porte de l’hôtel et nous nous dirigeons vers la réception. La première chose qui capte mon attention est le regard du réceptionniste. Un regard qui se révèle à chaque pas davantage pétillant, pénétrant, charmeur, sexy.
    Le mec, dans les 25 ans je dirais, arbore de beaux cheveux bruns sculptés dans un bon brushing de bogoss, ainsi qu’une barbe de quelques jours, bien taillée, aux bords bien nets. Ses yeux, qui de loin m’avaient semblé plutôt sombres, sont en réalité d’un beau gris éclatant, mais entourés de cils bruns, ce qui donne une profondeur et un charme terribles à son regard.
    Jonas, comme l’indique le badge collé à sa chemise blanche qu’il porte avec un style certain, nous salue de façon sonore et accueillante.
    « Bonsoir, Messieurs !
     — J’ai réservé une chambre au nom de Tommasi », lance Jérém.
    Le gars consulte son registre, puis il regarde Jérém droit dans les yeux et lui balance :
    « Je crois qu’il y a un problème… Je ne trouve pas votre réservation…
     — Mais j’ai réservé !
     — Je ne trouve pas de chambre à votre nom… il persiste.
     — Vous n’avez qu’à nous en donner une autre !
     — Le fait est que nous sommes complets ce soir…
     — Quoi ? fait Jérém, regardez mieux !
     — Je ne fais que ça, regarder, mais je ne vois pas de Mr Tommasi…
     — C’est vrai, ça ? commence à chauffer le beau brun.
     — Non, en vrai, je vous fais marcher, fait Jonas en lâchant un sourire fripon.
     — Je préfère, fait Jérém en se décrispant.
     — Ça, ça marche à tous les coups ! » se moque le réceptionniste .
    Je le trouve sympa. Jonas a un visage très expressif, avec une mimique très variée, ponctuée de petits sourires, de plissement des yeux, de regards franchement charmeurs. Il dégage une bonne humeur solaire et communicative. Son sourire léger, sa voix sonore, son aisance sont pleins de charme.
    Pendant qu’il remplit les papiers de séjour, j’ai l’impression qu’il mate mon Jérém du coin de l’œil. Et je suis presque certain qu’il me mate moi aussi. Ce qui provoque un moi un certain malaise.
    « Blagues à part, je crois qu’il y a une erreur, il ajoute tout en nous rendant les pièces d’identité.
     — Quoi encore ? Une autre bêtise ?
     — Non, ça c’est vrai, pour le coup. On vous a attribué un grand lit à la place de deux lits individuels…
     — On s’en bat les… on s’en fout de ça, fait Jérém.
     — Alors au temps  pour moi, fait Jonas en plissant les yeux d’une façon très malicieuse, je vous souhaite un agréable séjour Messieurs.
     — Merci ! fait Jérém machinalement.
     — Vous prendrez le dîner dans notre restaurant ou bien vous allez sortir ?
     — Je ne sais pas, on verra.
     — D’accord. A plus tard peut-être… » fait le beau réceptionniste en nous tendant les clés et les pièces d’identité.

    Une minute plus tard, nous sommes dans notre chambre au premier étage. Le beau brun me colle contre le mur, m’embrasse fougueusement. Puis il attrape mon visage, il me fixe à quelques centimètres à peine de mon visage. Et dans son regard je retrouve une étincelle sensuelle, coquine, mélangée à une tendresse infinie. La fougue et la douceur. Voilà une alchimie virile qui me fait fondre.
    Je soutiens son regard pendant un court instant, un instant chargé d'un érotisme et d’une sensualité insoutenables. Car son regard brun me déshabille et me caresse, tout à la fois. Sa façon de passer le bout de sa langue entre les dents, c’est sexy à crever. Happé par ses yeux qui brillent, qui brûlent de désir, j’ai comme l'impression, excitante et grisante, de l'avoir déjà dans la bouche. Putain de mec !
    Son blouson vole, sa chemise tombe. Seule  reste devant mes yeux la beauté simple et étourdissante de ce t-shirt blanc tendu sur sa plastique, épousant ses pecs, redessinant le V de son torse, moulant ses biceps, offrant un délicieux contraste avec la couleur mate de sa peau, avec ses tatouages, le brassard juste en dessous de la manchette, et celui qui part du biceps, glisse sur son épaule, disparaît sous le coton blanc, réapparaît à la base de son cou, remonte jusqu’à son oreille.
    Je m'approche de lui, je le serre contre moi, je l’embrasse, je passe et repasse fébrilement mes doigts dans ses cheveux courts, je m’attarde à caresser cette petite zone très érogène entre le haut de son cou et la base de sa nuque.
    Je recouvre son cou, et notamment la petite région autour de son grain de beauté, de bisous tendres et sensuels, tout en inspirant avidement l'odeur de sa peau, en enivrant mes mains du contact avec son visage et sa barbe de trois jours.
    Par-dessus le tissu fin et doux, je tâte ses biceps, je caresse ses pecs qui semblent se bomber au fil des entraînements, j’agace ses tétons qui pointent délicieusement, je les mordille. Je sens sa respiration s’accélérer.
    Je glisse mes mains sous le t-shirt, je lis les lignes de ses abdos, je le sens frissonner à chaque caresse. Mes doigts fébriles s’attaquent à sa ceinture, la dégrafent, puis à sa braguette, la défont bouton par bouton, lentement, le dos de mes doigts effleurant le coton doux et chaud de son boxer, détectant au passage la puissance de son érection.
    Jérém attrape mon pull, puis mon t-shirt, m’oblige à les quitter. Ses lèvres et sa langue avides s’attaquent à mes tétons. Ses doigts défont ma braguette à leur tour. Sa main se glisse dans mon boxer, attrape ma queue, me branle. C’est indiciblement bon.
    Une minute plus tard, je suis à genoux, en train de le pomper. Et le beau brun surexcité finit par remplir ma bouche de bonnes giclées chaudes, denses, et de ce goût délicieux de jeune mâle que je connais si bien.
    Jérém me fait m’allonger sur le lit, puis se glisse contre moi. Et là, tout en bouffant à pleine bouche mon téton le plus à sa portée, il me branle. Mon orgasme ne tarde pas à venir, et il s’exprime avec de longues traînées atterrissant sur mon torse.
    Et là, à ma grande surprise, le beau brun vient se glisser sur moi.
    « Fais gaffe ! Tu vas en avoir partout !
     — M’en branle… »

    Jérém est fatigué de ses entraînements du matin. Ainsi, nous descendons dîner au resto de l’hôtel. Pour rejoindre la salle, nous sommes obligés de repasser devant la réception.
    « Bon appétit Messieurs ! » nous lance promptement le charmant Jonas. Je me tourne vers lui pour le remercier et je capte son regard, un regard discret mais presque caressant.
    Il en est de même lorsque nous faisons le parcours inverse, de la salle de resto à la chambre. Nouveau passage devant la réception, devant Jonas, et devant son regard souriant, charmeur, pénétrant.
    « Bonne soirée Messieurs ! il nous lance sur un ton cordial et pourtant presque taquin.
    J’ai l’impression qu’il nous drague. Et, pour étonnant que cela puisse me paraître, j’ai surtout l’impression qu’il me drague. Je ne peux pas ne pas me sentir flatté par le fait d’attirer l’attention d’un si beau garçon. Affirmer le contraire, ce serait mentir. Mais en même temps, je suis gêné que cela se produise là et maintenant, alors que je suis si heureux avec Jérém. En mon for intérieur, depuis le « je t’aime » de Jérém, je suis le garçon le plus comblé qui soit. Je n’ai aucune envie d’aller voir ailleurs.  Certes, je sais que nous nous sommes promis la fidélité des cœurs, mais pas celle des corps. Et pourtant je sais que l’un comme l’autre préférons « ne pas savoir » ce qui se passe « à côté » quand nous sommes loin.
    Mais là, c’est différent. Ça m’a toujours fait chier que Jérém se fasse mater sous mes yeux. Ça m’a excité, certes, mais ça m’a bien fait chier. Et ça n’a pas changé, ça me ferait toujours autant chier. Et je sais qu’il en est de même pour lui. Je connais bien sa jalousie. Je le regarde tracer vers l’escalier et je suis étonné par son calme. N’a-t-il donc rien capté ?
    La réponse à ma question ne tarde pas à venir. Je viens tout juste de fermer la porte de la chambre derrière nous, lorsque le bobrun se lâche :
    « Il est rélou ce type !
    —  Quoi ? je tente de temporiser pour chercher comment le rassurer.
     — Le type à la réception… il n’arrête pas de mater !
     — Tu es bogoss…
     — Mais c’est toi qu’il mate !
     — Je crois qu’il nous mate tous les deux…
     — Non, c’est toi qu’il mate, je te dis ! »
    Visiblement Jérém est jaloux. Mais de quoi est-il jaloux ? Du fait que je me fasse mater, ou du fait que j’aie une touche… à sa place ?
    « Mais il peut mater autant qu’il veut, tu es beaucoup plus beau que lui. Et puis, tu es mon Jérém à moi. Et ça, c’est unique ! » je tente de le rassurer sur tous les tableaux.
    Ça semble marcher, car le beau brun me claque un long bisou en guise de réponse.
    « Et puis, c’est de toi dont j’ai envie. Tu peux pas savoir à quel point…
     — Ah oui ??? il fait, le coquin.
     — Si tu savais…
     — Je ne sais pas, il me cherche.
     — Tu veux que je te montre ?
     — Oui, ce serait bien d’être plus clair à ce sujet… » il lâche, la voix basse, sensuelle, tout en commençant de déboutonner lentement les boutons de sa chemise.
    Les deux pans de tissu bleu nuit se rouvrent peu à peu sur le paysage de coton immaculé. Il défait sa ceinture, sa braguette, dévoile un triangle de tissu du boxer, tendu par l’érection. Je suis fou de lui.
    Pendant que nos langues s’affrontent dans un duel des plus excitants, je laisse ma main droite glisser vers son entrejambe. Son érection est puissante, conquérante.
    Je soulève son t-shirt, j’embrasse langoureusement ses abdos, je suis happé par le bouquet olfactif tiède, viril et délicieux qui se dégage de sa peau mate et d’où j’arrive à distinguer la fragrance de son gel douche, de son parfum. Mais aussi et surtout, les petites odeurs naturelles de sa peau.
    Sa queue n’a pas encore été libérée de sa prison de coton, mais j’ai l’impression de sentir l’odeur de son érection s’échapper de son boxer. J'adore l'odeur entêtante de sa queue en pleine érection. J'adore le goût quand je la pompe. Et ce qui me fait carrément chavirer, c’est d’arriver parfois à l’exciter au point de faire suinter ce petit jus de mâle qui accompagne son excitation violente et ravit mes papilles.
    Et son souffle de pleine satisfaction à l’explosion de son orgasme, lorsque ses giclées puissantes et chaudes fusent dans ma bouche, ravit mon être tout entier. Qu’est-ce que j’aime lui faire plaisir !

    Nous allumons la télé, nous la regardons distraitement, en nous faisant des papouilles. Mon beau Jérém finit par tomber très vite dans les bras de Morphée. J’éteins la lumière et la télé, je me colle contre lui, et je m’assoupis aussi.

    Je me réveille dans la nuit, seul dans le lit. Mais où est donc passé Jérém ? Je le retrouve aussitôt, dans la pénombre, à proximité de la fenêtre, en train de fumer. Le t-shirt blanc tendu sur son torse capte et renvoie la faible luminosité de la pièce venant de la fenêtre entrebâillée. Une odeur intense de tarpé envahit la pièce.
    « Tu dors pas ? je le questionne
     — J’avais envie de fumer. Je t’ai réveillé ?
     — Oui, mais c’est pas grave.
     — J’ai fait du bruit ?
     — Je crois que c’est le fait de ne plus te sentir à côté de moi qui m’a réveillé… je dors tellement bien quand je suis avec toi ! »
    Le bobrun écrase son mégot, expire une dernière volute de fumée et referme la fenêtre. Puis, il ôte son t-shirt et vient me rejoindre au lit. Il se glisse sur moi, il m’embrasse sensuellement. Sa douceur me fait fondre. Le contact avec son corps me fait bander sur le champ. J’ai à nouveau envie de lui et je sais qu’il a encore envie de moi. Je sens son érection contre la mienne. L’intense bouquet olfactif qui se dégage de sa peau mate fraîchement dénudée me rend dingue.
    Ses doigts relèvent mon t-shirt, puis défont ma braguette, font glisser mon boxer le long de mes cuisses. Ses lèvres bouffent fébrilement mes tétons, puis descendent vers mon nombril, caressent mes boules, remontent le long de ma queue, et… l’avalent. Ça se passe comme dans un éclair, mon excitation et ma surprise montent si vite que je n’ai pas la présence d’esprit de m’opposer à sa fougue. Jérém entreprend de me pomper. Je bande à bloc, et c’est terriblement bon. Mais je ne suis pas à l’aise, pas du tout.
    « Jérém ! Jérém ! Jérém ! Passe une capote ! »
    Mais le bobrun ignore mes sollicitations et continue de me pomper. C’est bon, terriblement bon, terriblement excitant, malgré l’interdit, ou justement à cause de l’interdit. Le plaisir vrille peu à peu ma volonté, l’étouffe jusqu’à la faire disparaître. Le plaisir prend très vite le contrôle de mon corps et de mon esprit. Plus il me pompe, plus j’ai envie de jouir dans sa bouche. Jérém y va avec une telle ardeur que je me sens très vite happé par le précipice de l’orgasme.
    Dans un dernier sursaut de volonté, je fais tout mon possible pour me retenir. Mais je sens que je ne vais pas pouvoir tenir longtemps.
    « Jérém, arrête, s’il te plaît arrête ! je le somme, la queue en feu, tout en posant mes mains sur ses épaules musclées et en essayant de l’éloigner de ma queue de toutes mes forces.
     — Ne fais pas ça, fais-moi l’amour ! »
    Et là, le bogoss se relève, il attrape une capote dans son sac de voyage. Je me relève aussi, je lui prends le petit emballage des mains, je le déchire, je pose le préservatif sur son gland et je le déroule lentement sur son manche bien raide. Je le branle un peu, je l’excite. Jérém m’embrasse.
    Quelques instants plus tard, il vient en moi, lentement, sans me lâcher du regard, m’offrant tout le bonheur d’assister au spectacle magnifique de son désir pour moi. La pénombre qui enveloppe nos corps et nos gestes apporte quelque chose de magique à cet acte d’amour. La communion de nos esprits, la connexion de nos êtres est parfaite.
    Les ondulations de son corps sont douces et sensuelles, ses va-et-vient lents et langoureux. Le bogoss s’allonge sur moi, le visage enfoui dans le creux de mon épaule. J’écoute sa respiration, ses ahanements de bonheur, sa déglutition, les battements de son cœur. Je m’enivre de l’odeur douce et tiède de sa peau. Je vibre au rythme des frottements de nos corps excités à bloc, mais encore plus amoureux qu’excités. Je dérive dans ce bonheur de la donation réciproque du plaisir qui est le pendant de l’amour .
    Jérém me fait l’amour, en silence. Cette nuit il n’a pas besoin de savoir quel effet me fait sa queue, si je prends mon pied, si je jouis, si je kiffe ses assauts virils, si je sais qui est le mec dans ce lit. Cette nuit, notre complicité est plus forte et intense que tous les jeux de domination et soumission auxquels nous avons pu, et nous pouvons nous livrer à d’autres moments.
    Puis, soudain, je sens son corps se crisper, ses va-et-vient s’espacer, se faire plus appuyés, ses lèvres se resserrer sur ma peau, sa bouche pousser un grand souffle de délivrance.
    Le bonheur de sentir jouir le gars que j’aime, combiné aux frottements de ses abdos sur mon gland me fait très vite perdre pied à mon tour.
    Jérém s’abandonne sur moi, assommé de plaisir. Nous échangeons quelques bisous et nous pivotons sur un flanc. Et nous rendormons dans les bras l’un de l’autre.

    Le lendemain matin, une surprise de taille nous attend au réveil. Une épaisse couche neigeuse s’est déposée dans la nuit, et ça continue de tomber dru.
    « Putain ! Comment je vais faire ? j’entends Jérém pester.
     — Tu vas pas prendre la route avec ce temps !
     — Mais j’ai promis au coach que je serai à l’entraînement ce matin !
     — Mais il neige à bloc ! Il peut bien entendre ça !
     — Je n’étais pas censé quitter Paris !
     — Tu fais ce que tu veux dans tes jours de repos, non ?
     — Il va me défoncer…
     — Allez, il n’y a pas mort d’homme. Appelle-le et explique-lui.
     — De toute façon, je n’ai pas le choix ! »
    Le bobrun s’assoit sur le bord du lit et passe donc un coup de fil pour prévenir qu’il ne peut prendre la route dans l’immédiat et qu’il ne pourra dont pas être présent à l’entraînement. Je regarde son dos solide, ses cheveux bruns. Je l’écoute parler, se justifier. Je capte vite qu’il n’en mène pas large, car à l’autre bout du fil on lui met la pression. Je le sens mal à l’aise, contrarié, frustré.
    Après avoir raccroché, Jérém demeure un long moment sans bouger, assis sur le bord du lit, le téléphone entre les mains, le regard dans le vide, muet, comme un gosse qui vient de se faire gronder. Et je le trouve terriblement touchant.
    « Alors ? je finis par l’interroger.
     — Ça me casse les couilles !
     — Qui, l’entraîneur ?
     — L’entraîneur, la neige… »
    Je m’approche de lui, je le serre dans mes bras, je pose des bisous dans son cou, sur sa joue. Le bobrun est toujours crispé, mais ses lèvres finissent par se laisser aimanter par les miennes.
    « Allez, je vais prendre une douche ! » il me lance.

    Une poignée de minutes plus tard, il revient de la salle de bain, complètement à poil, tout pecs, abdos et queue dehors, promenant sa virilité et sa jeunesse avec un naturel désarmant. C’est tellement beau la nudité masculine et l’aisance avec laquelle mon beau brun sait la porter !
    J'adore capter la fraîcheur du bouquet olfactif qui se dégage de sa peau à la sortie de la douche. Qu’elle soit portée par les notes enivrantes d’un gel douche de petit con, ou bien par la douce sensualité d’un savon neutre qui laisse s’exprimer l’odeur naturelle de sa peau, son odeur naturelle, cette fraîcheur du matin me rend complètement dingue.

    Je le regarde passer un t-shirt gris, un boxer et des chaussettes propres, son jeans, ses baskets. A chacun des mouvements de ses avant-bras ses biceps se gonflent et sollicitent les manchettes, mettent en valeur ses beaux tatouages. Je le regarde se mettre debout, boucler sa braguette, puis sa ceinture, laisser retomber le t-shirt par-dessus. Regarder un beau mec se rhabiller après une nuit d’amour, repu de plaisir, est presque aussi excitant que de le voir se dessaper en pleine excitation. Le bogoss complète sa tenue en passant sa belle chemise bleue par-dessus le t-shirt, et en la laissant complètement et nonchalamment ouverte. Sexy à mort. Et adorable.
    « Qu’est-ce qu’il y a ? il me demande, en captant mon regard subjugué.
     — Qu’est-ce que je t’aime ! je lui lance simplement, comme une évidence.
     — Allez, file te doucher ! » il me lance du tac au tac, le ton railleur, mais l’air flatté.

    A la réception, la place du très charmant Jonas est désormais prise par Solène, une nana blonde et un peu enrobée, mais très souriante. Elle nous explique que nous pouvons garder notre chambre jusqu’à 17 heures, mais qu’il faudra régler une nuit supplémentaire si nous ne pouvons pas repartir d’ici-là. Je sens Jérém un tantinet tendu.
    A travers les grande baies vitrées de la salle du petit déj, je regarde la neige tomber sans discontinuer.
    « Jamais on va pouvoir partir d’ici ! » il lance, son regard inquiet faisant des allers-retours incessants entre les voitures couvertes de poudreuse sur le parking de l’hôtel et le reportage sur l’épisode neigeux qui s’est abattu sur une partie du pays qui est en train de défiler à la télé en face de nous.
    Je n’ose pas lui dire que cette neige me met vraiment de bonne humeur, car elle m’offre un bonus de temps en sa compagnie. Aussi, elle me rappelle celle de Campan, le jour de l’an lorsque nous étions bloqués à la petite maison dans la montagne, le premier « Je t’aime » de Jérém après avoir fait l’amour. La neige me rappelle ce bonheur.
    « Mais si, ça va bien s’arrêter à un moment… » je tente de le rassurer.
    Mais mes mots ne semblent pas apaiser ses soucis. Je le trouve tellement touchant quand il est contrarié. J’ai tellement envie de le prendre dans mes bras, et de le couvrir de bisous. Lorsque nous serons à nouveau seuls dans la chambre, je vais le prendre dans mes bras et le couvrir de bisous.
    En attendant, je profite du petit déjeuner . Un bon petit déjeuner à l’hôtel est une bonne façon de commencer la journée. Car un petit déjeuner à l’hôtel est d’abord un petit déjeuner qu’on n’a pas besoin de préparer et qui, de ce simple fait, ouvre l’appétit. Et a fortiori quand il s’offre à moi étalé sur une longue table de buffet, copieux, à volonté, plein de promesses gustatives - viennoiserie, jus de fruit, café, cappuccino, pain grillé, confiture, salade de fruits – comme une rafale de caresses. D’une certaine façon, et toutes proportions gardées, ce petit déjeuner me rappelle ceux que me préparait Maman quand j’allais au lycée. Tout était prêt, je n’avais qu’à me servir. Ça a bien changé depuis que je suis à Bordeaux.
    Le lycée, tiens, c’était mon quotidien encore il y a quelques mois, et pourtant ça me paraît déjà si loin. La rue de la Colombette aussi, ça me paraît très loin. Je repense à toutes ces années de lycée où Jérém me semblait complètement hors de ma portée, à cette peur qui m’a habité pendant des mois en terminale, et même encore pendant nos révisions, celle de ne plus jamais le revoir après le bac. Lorsque je repense à ces angoisses, tout en regardant mon beau brun là, devant moi, en train d’avaler son petit déjeuner après une nuit d’amour dans une chambre d’hôtel, je ressens une sorte de délicieux vertige.
    Oui, un bon petit déjeuner est une excellente façon de commencer la journée. Quant à un bon petit déjeuner à l’hôtel, en compagnie de la personne qu’on aime, sans avoir à se presser de repartir chacun de son côté parce que les éléments en ont décidé ainsi, c’est juste le bonheur absolu.
     
    Pendant que Jérém fume une cigarette sous l’avancée de toit devant l’entrée de l’hôtel, je retourne dans notre chambre. J’allume la télé et je tombe sur une rediffusion d’une série qui a marqué mon adolescence. Voilà une autre bonne façon de bien commencer cette journée.
    Jérém revient quelques minutes plus tard, alors que je rigole comme un bossu devant le sketch de Niles se faisant passer par Maxwell et demandant à C.C. de caqueter comme une poule pour l’exciter .
    « On t’entend rigoler depuis le fond du couloir ! il me lance, le regard sombre.
     — Viens regarder avec moi, tu vas rigoler aussi ! »
    L’épisode se termine et un autre démarre dans la foulée. J’adore ce type d’humour, je ne peux retenir mes fous rires. Quant à Jérém, d’abord plutôt crispé, il finit lui aussi par éclater de rire devant un gag particulièrement hilarant centré sur Miss Fine, Sylvia et grand-mère Yetta. Je crois que c’est la première fois que je l’entends rire aussi franchement, la première fois que j’entends son rire éclater, sans retenue. Et c’est tellement beau, ça me touche tellement.
    « C’est drôle, hein ?
     — C’est très con !
     — Mais très drôle quand même !
     — Ouais, j’avoue ! »
    Je ne peux résister à l’envie de lui claquer un bisou. Nous continuons de regarder, et de rigoler ensemble. Rigoler ensemble, c’est rigoler beaucoup plus. Qu’est-ce que j’aime partager ce moment avec Jérém. C’est tellement bon de passer du temps avec lui. Chaque heure, chaque minute, chaque instant est un cadeau arraché au temps.
    A 10 heures, à la faveur d’une page de pub, je pars nous chercher des cafés. A 11 heures, à la faveur d’une érection soudaine, nous repartons sous la couette et nous refaisons l’amour.

    Lorsque nous redescendons au resto pour prendre notre déjeuner, la neige s’est arrêtée de tomber. La nana à la réception nous prévient que l’autoroute est désormais dégagée et que le parking de l’hôtel va l’être incessamment sous peu. La petite parenthèse enchantée va prendre fin. Quel dommage, j’aurais tellement aimé passer encore une nuit dans les bras de mon Jérém.
    Pendant le déjeuner, je lui demande de me parler de la façon dont ça se passe dans l’équipe. Le beau rugbyman m’explique que côté sportif ça se passe plutôt bien pour lui, que sa mise à niveau est bien avancée et il qu’il a trouvé ses marques dans le schéma de jeu de l’équipe. Ce qui le tracasse, ce sont les difficultés de l’équipe à gagner des matchs et des points.
    « Si ça continue comme ça, on risque la relégation en Fédérale la saison prochaine ! Il faut vraiment mettre les bouchées doubles pour les derniers matchs ! »

    Après le café, nous remontons dans la chambre. Il est 14 heures, Jérém m’annonce qu’il va prendre la route pour rentrer à Paris.
    « Déjà ? je ne peux me retenir de lui lancer, alors que je m’étais imaginé que nous passerions au moins une partie de l’après-midi ensemble.
     — Je ne veux pas me laisser rattraper par la nuit, surtout si ça se remet à neiger…
     — Je comprends… Et on se revoit quand, petit Loup ?
     — Je ne sais pas… Je risque d’être moins dispo d’ici la fin de la saison…
     — Moins dispo comment ?
     — Je ne sais pas encore, mais je risque de ne pas avoir trop de jours de repos, et quand j’en aurai, il faudra vraiment que je me repose… si je ne suis pas au top, l’entraîneur ne me rate pas. Et puis il y a les cours aussi…
     — C’est vrai que tu es bien chargé. Mais alors, ça veut dire qu’on va pas se voir au mieux jusqu’à la fin du championnat ?
     — Je ne sais pas, je ne peux rien te promettre.
     — Et ça se finit quand le championnat ?
     — Mi-mai…
     — Mais c’est dans trois mois ! Je pourrais venir te voir à Paris, non ?
     — Peut-être, mais pas à l’appart…
    — Et où alors ?
    — On essaiera l’hôtel…
    — Pourquoi l’hôtel ?
    — Parce qu’à l’appart, ça va être galère…
     — Tu as peur que tes potes débarquent à l’appart ?
     — Ça peut arriver. Je préfère ne pas prendre le risque. S’ils débarquent et qu’ils te voient, ils vont forcément se poser des questions. Il suffit qu’ils s’imaginent des trucs pour qu’ils me fassent la misère. Et s’ils commencent à lancer des ragots, c’est fichu pour moi. Je peux rentrer à Toulouse direct.
     — Tu crois qu’ils te feraient chier, un bon joueur comme toi, juste parce que tu es…
     — Oh que oui. Tu peux pas imaginer ce que j’entends dans les vestiaires, Nico. Il y a tant de haine pour les gars comme nous, tu ne peux pas savoir. Si ça se sait, ma carrière est foutue. Il vaudrait encore mieux que je me casse une jambe… Il vaudrait encore mieux que je tue mon père et ma mère…
     — Mais tu n’exagères pas un peu ? Ulysse te soutient et…
     — Ulysse m’aide à garder les apparences… mais si la vérité se sait, il ne pourra rien pour moi… D’autant plus que l’année prochaine il ne sera certainement plus au Racing…
     — Il veut partir ?
     — Oui, il a eu une proposition au Stade. Pour l’instant ce n’est pas signé, mais ça ne va pas tarder.
     — Le Stade Toulousain ?
     — Non, le Stade Français !
     — Il va rester à Paris, alors…
     — Oui, mais on ne va plus se voir  comme maintenant. »
    Les mots de Jérém m’ont un peu secoué. La perspective de ne pas nous revoir pendant des mois me replonge dans mes angoisses de l’automne. Je sais que je dois être fort, j’ai pris cette résolution et je veux m’y tenir. Mais c’est dur. Jérém n’est pas encore parti et il me manque déjà.
    « Mais on s’appellera, ok ? Tu ne vas pas recommencer à me laisser des semaines sans nouvelles, hein ?
     — Nico…
     — Promets-moi !
     — Mais oui, on s’appellera ! »
    Jérém me prend dans ses bras et m’embrasse.
    « Ne t’inquiète pas, Ourson ! »
    Je l’embrasse à mon tour, je caresse ses cheveux, son visage, j’inspire son parfum, comme pour m’imprégner de sa présence, comme pour me « charger » de sa présence, comme pour essayer de repousser le moment où son absence sera insupportable.
    « Je vais y aller, Nico.
     — Fais bonne route, petit Loup…
     — Je t’appelle ! » fait le beau brun en quittant notre étreinte. Puis, il attrape le sac avec le logo de son club et s’apprête à quitter la chambre. Ainsi, c’est là que nous nous quittons. C’était si court. Tout va si vite. Encore il y a quelques minutes je pensais qu’on passerait une partie de l’après-midi ensemble, et qu’on se reverrait à son prochain jour de repos, dans une semaine, deux au max, et là Jérém est en train de partir, sans transition, et pour une durée indéfinie. Il n’y a rien de plus angoissant que les délais indéfinis.
    Soudain, en voyant sa main se poser sur la poignée de la porte, je repense à ce petit cadeau que j’avais prévu de lui donner.
    « Attends ! J’ai un truc pour toi !
     — Quel truc ?
     — Tiens, je lui lance, tout en lui tendant le petit paquet que je viens de sortir de mon sac de voyage.
     — C’est quoi ?
     — Ouvre ! »
    Le bogoss repose son sac à terre, il saisit le cadeau et déchire le papier.
    « Un baladeur ! Ça fait un moment que je veux m’en acheter un pour m’en servir pendant la muscu et quand je vais courir…
     — Je sais, tu m’en avais parlé la dernière fois…
     — Merci Ourson, merci ! Il fallait pas ! fait-il, visiblement touché, avant de m’embrasser.
     — J’y ai mis quelques-unes des chansons que nous avons chantées avec les cavaliers…
     — Tu es trop mignon… mais il ne fallait pas !
     — Demain c’est un jour pas comme les autres, et je voulais marquer le coup…
     — Demain c’est jeudi et… fait Jérém, interrogatif, en cherchant visiblement en quoi le lendemain serait un jour spécial.
     — Et c’est le 14 février… je l’aide.
     — Ah… zut… j’ai l’air con… moi j’ai rien prévu…
     — Si, tu as prévu ce moment, l’hôtel, le resto…
     — Mais j’avais pas percuté… je ne pense pas à ces trucs…
     — Mais tu as pensé à moi, on s’en fout que ce soit le 14 ou le 12 ou le 37 du mois ! »
    Et là, après un instant de silence, après avoir aimanté mon regard avec ses yeux bruns remplis de douceur, il me serre une nouvelle fois dans ses bras. Puis, il approche ses lèvres de mon oreille si près que son souffle et sa barbe chatouillent ma peau et me glisse :
    « Tu sais, je suis vraiment content d’avoir redoublé ma seconde…
     — Quoi ?
     — Si je n’avais pas redoublé, je ne t’aurais jamais rencontré… »

    La voiture de Jérém vient de quitter le parking de l’hôtel et je remonte chercher mes affaires. Dans la salle de bain, je repère quelque chose qui n’est pas à moi. Jérém a oublié son t-shirt blanc de la veille. Sans réfléchir, je l’attrape, je ferme les yeux, le porte contre mon nez. L’empreinte olfactive dont sont imprégnées ses fibres me vrille les neurones, fait battre très fort mon cœur. Pendant un instant, Jérém est à nouveau là, avec moi. En un instant, je bande. Un instant après, je me branle. L’excitation est un très bon moyen de chasser les angoisses. Ça ne dure qu’un temps, le temps de l’arrivée de l’orgasme, mais c’est radical.

    Je traverse le parking et je m’apprête à mon tour à prendre la route qui m’éloignera du gars que j’aime. Je regarde la neige qui brille au soleil et redessine le paysage autour de moi et je me dis que c’est grâce à elle que j’ai eu quelques heures de sursis avec mon Jérém. Si seulement ça avait pu durer encore un peu, j’aurai eu une autre nuit avec lui. Dommage !
    Devant le volant de ma voiture, je n’arrive pas à me décider à repartir. Je suis sur le point de laisser couler les larmes qui alourdissent mon cœur, lorsqu’un petit utilitaire se gare à l’opposé du parking. La porte s’ouvre et un gars en descend aussitôt. Je reconnais la silhouette dégagée et la gestuelle franche de Jonas, le réceptionniste de l’après-midi. Le mec me capte et me fait un grand signe de la main accompagné d’un grand sourire. Je retiens mes larmes et je lui réponds avec un petit coucou. Pendant un instant, j’ai l’impression qu’il va venir me parler. Je n’ai vraiment pas envie de me faire brancher. Je démarre le moteur comme pour l’en dissuader. Jonas trace son chemin et continue vers l’entrée de l’hôtel.

    Je viens tout juste de quitter le parking lorsque l’envie de pleurer qui monte en moi depuis plusieurs minutes éclate dans un chapelet de sanglots incontrôlables.


    https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=que+se+siente+al+ser+tan+joven+la+casa+azul





     

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    Merci à vous tous.
    Fabien


  • Commentaires

    1
    Fred
    Samedi 5 Juin à 03:32
    Ça fait plaisir de les voir heureux nos amours .une belle tranche de vie ..j'avais hâte de te lire tu le sais ...
    2
    Yann
    Samedi 5 Juin à 14:51

    J'ai littéralement dévoré cet épisode sensuel qui m'a ravi. Je m'attendais à rentrer dans ce qui allait être la rupture annoncée et puis, peut être parce que j'avais demandé en plagiant Edit Piaf que tu nous laisses encore un peu nos amoureux, ce magnifique épisode s'est révélé être un peu comme un sursis dans le prolongement de la parenthèse Campan. Alors je n'ai pas boudé mon plaisir, j'ai adoré la capacité de nos deux amoureux à sublimer leur relation mais aussi et surtout la façon dont tu traduits par tes mots leurs moments intimes.

    J'ai peur que la suite ne soit pas si heureuse mais comme on dit profitons de l'instant présent et c'est ce que j'ai fait en te lisant.

    Merci pour ce bel épisode

     

    3
    Virginie-aux-accents
    Dimanche 6 Juin à 08:39

    Quel bel épisode! Personnellement, je l'ai fait durer en le lisant en trois temps pour le savourer plus longtemps. Quelle belle complicité entre nos deux amoureux. C'est toujours un plaisir de les retrouver et de te lire. Bravo!

    4
    Jeudi 10 Juin à 13:39

    cet épisode nous rapproche du clash que j'attends avec impatience. Dommage pour Jonas même si il était un peu relou, à sa façon Nico l'est tout autant LOL

    5
    Florentdenon
    Samedi 12 Juin à 10:42
    Je vais manquer d'originalité mais il est toujours aussi plaisant de retrouver les deux amoureux. J'ai apprecié aussi l'humour décalé de Julien sur Jerem. Plus le temps passe et plus je regrette que cet amour soit impossible...Continue de nous transporter, Fabien !
      • Yann
        Vendredi 18 Juin à 10:02

        Hello, tu es un fidèle lecteur de l'histoire J&N écrite par Fabien. Ce serait bien de t'avoir sur le chat avec les autres lecteurs de l'histoire pour discuter des personnages et de tous les sujets qu'ils évoquent.

        Yann

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      Commentaire :


    6
    John1
    Vendredi 18 Juin à 15:42
    Épisode reposant.
    les bonnes résolutions de Nico, du genre, je n’avais pas compris les problèmes de Jerem mais maintenant qu’on m’en a parlé je vais respecter sa discrétion dans le monde du rugby… mais patatras, la première neige qui met Jerem en difficulté vis à vis de son entraîneur réjouit Nico. Petit égoïste immature dont les bonnes résolutions fondent si rapidement
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