• 0242 Une année peut en cacher une autre.


    Après un petit déj avec Charlène et un nouveau coup de main pour nourrir la troupe d’équidés, nous passons chez Martine pour faire quelques courses, avant de gagner la petite maison.
    Un beau soleil nous accompagne ce matin, et la petite construction est à moitié ensevelie par la neige. Nous commençons par déblayer les fenêtres et la porte d’entrée.
    La maison est froide et humide et elle sent la pièce restée longuement fermée. C’est une ambiance très différente de celle, chaleureuse et réconfortante, avec laquelle elle m’avait accueilli quelques mois plus tôt. Un grand feu brûlait alors dans la cheminée, dans l’âtre maintenant sombre, muet et froid.
    Mais mon Jérém, le maître du feu est là, et je sais que le miracle va bientôt se répéter. Je l’aide à ramener le bois que Charlène nous a donné pour démarrer la flamme. Il nettoie le foyer des cendres qui l’encombrent. Puis, il fait un petit tas de bois fin, et il ajoute du papier. Il sort le briquet de sa poche et il fait démarrer la magie. Je regarde la flamme prendre peu à peu, tandis que mon bobrun approche une cigarette pour l’allumer.
    « Viens là » il me lance, m’invitant à le rejoindre près du feu.

    Les heures, les jours et les nuits qui suivent sont le récit d’un bonheur parfait. Nous sommes un vrai petit couple qui vaque aux corvées du quotidien – repas, ménage, feu – en parfaite harmonie.
    Les gestes du quotidien ont un charme particulier en présence de mon Jérém. Je le regarde en train de cuisiner – il est vraiment doué aux fourneaux, et la cuisine le rend très sexy – et je ne peux résister à l’envie de m’approcher doucement de lui, de glisser mes bras autour de sa taille, de le serrer contre moi, de lui faire plein de bisous dans le cou. Le bobrun se retourne, je croise son regard brun et doux. Un regard plein d’amour, de l’amour à donner, de l’amour à recevoir. Lorsqu’il tombe son armure, ce gars est un véritable puits à câlins.
    Parfois, c’est moi qui essaie de faire à manger. Et c’est Jérém qui se glisse derrière moi, qui me serre contre lui et qui m’enivre de bisous.
    Le temps passé avec Jérém est tellement magique que j’arrive presqu’à oublier l’« accident », l’attente du test, l’angoisse. La prise de mon traitement devient presque un geste mécanique, accompli entre deux moments de bonheur et cesse peu à peu d’être le sombre pivot de mes journées.

    L’un des moments que je préfère, ce sont les instants avant de m’endormir, lorsque je me retrouve blotti bien au chaud sous ses draps et dans ses bras. Pendant ces instants, je me sens tellement bien, tellement en sécurité. Je voudrais ne pas m’endormir, je voudrais passer la nuit à profiter de son étreinte, de la chaleur de son corps, de sa respiration silencieuse et calme.
    Cette petite maison est un nid de bonheur. Je n'ai besoin de rien de plus.
    Un autre moment que je chéris tout particulièrement, c’est le réveil à ses côtés. Ce que j’aime, c’est émerger un peu avant lui et me dire « il est là, avec moi, la vie me fait le cadeau d’une nouvelle journée en compagnie du gars que j’aime ». J’aime me réveiller avant lui pour avoir le temps de nettoyer la cheminée, aller chercher du bois, faire repartir le feu, et préparer le café. Bref, de faire de cette maison ce nid douillet que j’aime tant.
    J’adore voir mon bobrun se laisser doucement réveiller par le bruit de la cafetière italienne et par l’arôme de la boisson chaude qui monte. J’adore lui apporter son café au lit, le voir émerger des draps, le regard encore un peu vaseux, mais touché par mon geste. Et j’adore recevoir des bisous, des caresses, et beaucoup de tendresse.
    J’aime regarder le bogoss boire son café par petites gorgées, le regard dans le vide, se réveiller peu à peu. Et lorsqu’il pose sa tasse vide par terre, et que la mienne atterrit juste à côté, j’adore m’allonger à côté de lui, et poser ma tête sur son épaule, sur ses pecs ou ses abdos.
    Parfois, Jérém me prend dans ses bras, et il pose mille bisous dans mon cou. Nos lèvres se cherchent, nos doigts s’enlacent. Bien entendu, j’aime aussi le réveiller avec une gâterie matinale. Mais c’est tellement bon de prendre un café et de faire des câlins… d’abord.

    La situation me rend inventif. Ne pouvant pas vraiment lui faire plaisir avec ma bouche à cause de la capote, j’innove. Je me glisse derrière lui, je l’enserre dans mes bras, je me blottis contre son torse solide. Être si proche de son cou puissant, de ses tatouages, de ses épaules, de ses cheveux bruns, de ses beaux biceps, des petites odeurs tièdes qui se dégagent de sa peau mate, ça me fait vraiment un effet de dingue.
    Je pose des bisous dans son cou, j’envoie ma langue titiller ses oreilles. Elles m’excitent terriblement et elles sont également, je le sais, un point très érogène chez mon bobrun. J’arrive ainsi à lui arracher un premier frisson.
    Je glisse ma main sous son t-shirt, je conduis mes doigts à l’aveugle mais en sachant parfaitement où les envoyer. Ils suivent les creux de ses abdos, remontent lentement le long de la ligne médiane de son torse, s’énivrent au contact du reliefs saillant de ses pecs, apprécient toutes les nuances du contraste entre la puissance de ses muscles et la douceur de sa peau, de ses poils. Je sens son excitation monter en flèche.
    Et là, et seulement là, je glisse ma main sur sa queue déjà raide, je la saisis délicatement et je commence à la branler doucement.
    J’adore sentir ses ahanements de tout près, ses petits spasmes d’excitation, voir sa tête basculer en arrière sous le frisson du plaisir, et profiter de cette proximité pour mordiller ses oreilles.
    J’adore sentir la vibration de son bonheur sexuel se propager dans mon corps grâce à ce contact si rapproché. J’adore sentir que je tiens mon beau mâle dans mes bras, son plaisir entre mes deux mains, j’adore sentir son orgasme retentir partout en moi.

    Le lendemain de notre arrivée, nous sommes conviés au relais pour une soirée fondue organisée par JP et Carine.
    C’est avec un plaisir intact que je retrouve Arielle, toujours aussi peu douée pour la cuisine – sa tarte salée est un affront aux papilles, Martine – sa bonne humeur est toujours aussi pétaradante et contagieuse, Carine – sa curiosité et sa minauderie jamais démenties, Jean Paul – la bienveillance personnifiée, mais habillée d’un humour fin et poilant, Nadine au rire tonitruant et implacable, Marie Line et Bernard – un couple dont la simple présence dégage une zénitude incroyable, Ginette et son mari – autre couple légendaire, que ce soit pour leur belle complicité après tant d’années de vie commune, ou pour leur infinie gentillesse.
    Je retrouve également Loïc, et cette fois-ci sans Sylvain – Satine m’expliquant en aparté que leur idylle serait bel et bien terminée, Charlène ajoutant que Fabien, l’ex de Loïc, chez qui nous sommes allés prendre un verre au détour d’une balade, aurait depuis quelques temps un nouveau compagnon avec qui il filerait le parfait bonheur.
    Mais aussi Daniel et sa Lola, Daniel et sa grande gueule, Daniel et son humour détonnant, Daniel et ses grimaces à la « De Funes », Daniel et ses blagues de cul. Mais surtout, Daniel, sa guitare et sa voix.
    Une guitare et une voix qui nous font voyager et qui nous portent loin dans la nuit sur des airs populaires, dans une ambiance bon enfant qu’on a envie de faire durer encore, encore et encore. Même au-delà de cette vingtième fois où ce fou chantant nous annonce sans y croire, et sans le souhaiter vraiment, que « mesdames et messieurs, ceci sera mon dernier rappel ».
    La nuit s’étire dans la bonne humeur, dans cette ambiance déjantée qui réchauffe le cœur, dans le partage de l’un de ces moments de convivialité que je n’ai trouvé ailleurs que dans ce village, dans cette salle, avec ces cavaliers. Et des moments comme ça, ça fait tellement de bien.
    D’autant plus que, dans cette ambiance magique, mon Jérém a l’air tellement heureux. Définitivement, c’est ici à Campan que je retrouve le Jérém que j’aime.
    Daniel est en train de tout donner sur « L’amour c’est comme une cigarette », lorsque je vois mon bobrun se lever et se diriger vers la cheminée pour, justement, fumer une cigarette.
    Une autre chanson démarre, et Jérém est seul à côté du feu, l’air pensif. Je ne peux m’empêcher d’aller le rejoindre et de lui demander :
    « Ça va ? ».
    « Je suis heureux » il me lance, sans quitter le feu des yeux.
    « Moi aussi je suis heureux ».
    « C’est ça que j’aime te proposer, pas ce que je peux te proposer à Paris » fait mon Jérém, sa main cherchant la mienne.
    « Je sais, je sais ».
    « OOOOOh les amoureux » j’entends Satine nous charrier.
    Puis, une seconde plus tard, un chœur composé de toutes les nanas et de quelques gars également, et certainement de la somme de tous les verres descendus depuis le début de la soirée, répétant à tue-tête :
    « Le bisou, le bisou, le bisou, le bisou, le bisou ».
    Jérém a l’air surpris, mais très vite je le vois lâcher un magnifique sourire canaille, craquant à souhait.
    « Ok, nous allons nous embrasser » je l’entends annoncer « mais à condition que tous les couples se roulent une pelle en même temps que nous ».
    « Chiche ! » fait JP.
    « Oui, chiche ! » fait Daniel.
    « Et ceux qui sont célibataires ? » s’insurge Satine.
    « Tu cherches un célibataire et tu lui roules une pelle » fait Jérém, joueur.
    « On va se contenter d’une bise ».
    « Allez, au trois, tout le monde s’embrasse » fait mon bobrun, avant de poser ses lèvres sur les miennes .

    Pendant la semaine entre Noël et le jour de l’an nous nous penchons sur nos révisions pour les partiels. Je découvre un Jérém en mode « étudiant », à la fois sexy et touchant. Un Jérém appliqué, motivé, qui me demande parfois de l’aider à comprendre certains passages, avec une attitude de gosse qui interpelle son prof, comme si ça le gênait de me déranger ou de montrer ses faiblesses.
    Je n’avais jamais réalisé que sa dyslexie compliquait à ce point son apprentissage. Il faut dire que je ne l’avais jamais vraiment vu bosser auparavant. Nos « révisions » rue de la Colombette étant plus « récréatives » que studieuses.
    Je suis ému de le voir autant d’énergie pour lire et comprendre un texte, butant parfois longtemps sur un mot, le plus souvent des mots « abstraits ».
    Mais sa motivation, sa persévérance et son courage me touchent, et suis heureux de pouvoir l’aider. J’essaie de l’encourager pour qu’il se sente à l’aise à m’interpeller autant que nécessaire, et ça finit par devenir un jeu, un plaisir partagé.

    Nous retrouvons les cavaliers deux jours avant le réveillon de fin d’année pour une journée ski. Au menu, pistes bleues et noires pour les plus expérimentés, rouges et bleues pour les débutants comme moi. Sur le papier, une belle journée en vue.
    Mais tout ne va pas se passer pour le mieux. Déjà, la première journée de ski de ma vie commence mal. Je réalise trop tard, c'est-à-dire une fois sur la piste, que mes chaussures de ski sont trop petites. Du coup, je ne suis pas à l’aise dedans, ce qui me déconcentre.
    Heureusement, comme ça avait déjà été le cas pour le cheval, Jérém ne me lâche pas d’une semelle – là encore, mention spéciale pour le panache avec lequel il arrive à porter ce bonnet improbable, à pompon et multicolore, qu’il a pu se procurer au magasin de location de skis, le sien étant resté à la petite maison. Alors que moi, avec un bonnet semblable, acheté dans le même rayon, j’ai vraiment une tête de con.
    Le bobrun m’apprend les rudiments de la glisse – évidemment, en plus d’être rugbyman pro, cavalier expérimenté, très bon nageur, il sait aussi bien skier – et il fait preuve d’une patience remarquable. Et comme ça avait été également le cas pour le cheval, Charlène et JP apportent chacun leur contribution à mon apprentissage « sur le tas ».
    Malgré cela, j’enchaîne les maladresses, les chutes, les déchaussements de skis. Une fois, alors que je viens de déchausser à nouveau au beau milieu d’un virage, je n’arrive pas à me relever tout de suite. Et là, je vois mon ski commencer à glisser dans le sens de la pente. Je le regarde, impuissant, en train de se diriger vers la falaise boisée hors-piste.
    Et là, je vois Jérém arriver comme une fusée et rattraper le ski de justesse, juste avant qu’il se perde dans le grand blanc.
    « Mais qu’est-ce que tu fiches ? » il me gronde gentiment, tout en se marrant « tu pouvais pas appeler ? T’as failli perdre ton ski ».
    « Je pensais que j’arriverais à le rattraper ».
    Jérém m’aide à me relever et à rechausser mon ski. Nous reprenons la descente. Le bobrun repart à l’aise. Quant à moi, on dirait un canard dans le désert. Je suis peureux et donc maladroit et empatté.
    Régulièrement, des skieurs chevronnés passent tout près de moi, lancés comme des fusées. Le bruit de leur vitesse, presque un vrombissement, m’impressionne. Leur arrivée et leur passage me surprennent, me font peur. J’ai l’impression que leur vitesse m’aspire, comme lorsqu’on double un semi-remorque sur l’autoroute. Je perds toute concentration, je me raidis, mon équilibre précaire est mis à rude épreuve.
    Mais à force de persister et de prendre sur moi, peu à peu j’arrive presque à trouver un début d’assurance. Je reprends la descente et je commence à avoir l’impression de m’en sortir un peu mieux. Déjà, je ne tombe plus. Et ce, depuis plusieurs… secondes !
    Mais ça ne va pas durer.
    Au milieu de la descente, je finis par tomber à nouveau. Je me sens de plus en plus épuisé, et j’ai vraiment du mal à me relever. Jérém est déjà en bas de la piste et il ne peut plus venir m’aider. Je serre les dents, et c’est au prix d’un grand effort que j’arrive à me remettre debout. Une fois d’aplomb, je tiens péniblement sur mes jambes et sur mes genoux déjà bien fatigués.
    Je regarde en bas, Jérém a disparu. Je pense qu’il a dû repartir au télésiège pour remonter et venir me rejoindre. Je prends une grande inspiration et je m’apprête à reprendre la descente. Et là, un skieur en combi rouge feu passe si près de moi qu’il m’effleure. Le contact est tout léger. Mais rien qu’à cause de la surprise, je tombe à nouveau.
    « Mais quel connard ! » j’entends Jérém pester quelques instants plus tard, tout en m’aidant à me relever.
    « Je ne pense pas qu’il ait fait exprès ».
    « Il n’a pas fait attention non plus ce con ! ».
    Cette fois-ci, Jérém m’accompagne, il descend à mon rythme, c'est-à-dire au ralenti. Ce n’est que vers la fin de la piste, lorsque la pente se fait plus douce, que j’arrive enfin à retrouver confiance et à glisser avec un peu plus d’aisance.
    « Ça te dit de refaire cette piste ? » me questionne le bobrun.
    « Oui, je veux bien » je lui réponds, boosté par ma réussite sur les dernières longueurs de la descente.
    Le télésiège est à l’arrêt, et il y a quelques skieurs en train d’attendre. Parmi eux, on ne voit que la combi rouge feu.
    « Tiens, le voilà, lui » j’entends Jérém lâcher « je vais aller lui expliquer un truc ».
    « Non, Jérém, laisse tomber, je ne pense vraiment pas qu’il l’ait fait exprès » je tente de l’en dissuader, en craignant l’approche de Jérém, la réaction du mec, et une bagarre en vue.
    Mais évidemment, Jérém n’en fait qu’à sa tête.
    « Eh mec ! » il lui lance sur un ton agressif.
    Le mec se retourne, il nous toise et il lâche :
    « C’est à moi que tu causes ? ».
    « A toi, oui » fait Jérém, sur un ton bagarreur.
    « Tu me veux quoi, toi ? ».
    « Tu devrais faire plus attention aux autres skieurs ».
    « Mais de quoi je me mêle ? ».
    « Tu as fait tomber mon pote ».
    « S’il ne sait pas skier, il a qu’à faire du fond ».
    « Si tu veux aller vite, t’as qu’à faire des pistes noires ».
    « C’est ton œil qui va être noir si tu n’arrêtes pas de me casser les couilles ».
    « Tu veux voir ? » fait mon bobrun, remonté à bloc.
    « Oui, je veux bien voir » fait le gars, de plus en plus insolent et provocateur.
    « Arrête Jérém, ça ne fait rien ».
    « Tu dois vraiment bien l’aimer ton pote si tu es prêt à te faire casser la tronche pour lui ».
    Soudain, j’ai peur. J’ai peur parce que je sens la bagarre venir. Soudain, je repense à une autre occasion où j’ai vu Jérém monter en pression. C’était dans les chiottes de la boîte de nuit à Toulouse, la nuit où il m’avait débarrassé d’un type saoul qui voulait me cogner. Ça m’avait profondément touché qu’il vienne à mon secours. Mais j’ai tellement peur de la bagarre, et des dangers qu’elle comporte. La violence et l’affrontement me tétanisent. Je ne me suis jamais battu de ma vie, et je m’en passe bien.
    Aujourd’hui comme lors de cette nuit déjà lointaine, je sens cette escalade entre jeunes coqs monter en puissance et atteindre un point de non-retour. Je me sens bloqué, je suis incapable d’intervenir. Et j’ai terriblement peur qu’il puisse arriver malheur à mon bobrun.
    « Tu fermes un peu ta gueule, connard ou c’est moi qui vais te la fermer » j’entends Jérém atteindre le point de non-retour, le regard noir comme le ciel qui annonce un violent orage d’été.
    Et là, je vois le gars s’avancer vers mon bobrun, l’air vraiment belliqueux. Sa carrure est massive, son attitude impressionnante.
    « Oh, les gars, vous arrêtez ça tout de suite ! ».
    C’est une voix familière et ô combien rassurante qui vient à notre secours. Je me retourne et je vois JP et Martine ralentir sur leurs skis et s’arrêter tout près de nous. La voix de cette dernière, ferme, autoritaire, suffit à bloquer l’énergumène dans son élan.
    « T’es sa mère, toi ? ».
    « Non, je ne suis personne, mais si vous vous battez j’appelle le type des remontées et votre journée ski à tous les deux est finie sur le champ. C’est ça que vous voulez, les gars, pour cette journée ensoleillée, parfaite pour skier, vous faire jeter à 15 heures ? ».
    « C’est pas moi qui ai commencé » fait le type.
    Jérém ne dit rien, mais il conserve son regard bien noir et menaçant, et il est sexy à mort.
    « Mais t’as quel âge ? » se moque Martine.
    « Allez, on ne va pas se fâcher pour ça. Désolé pour l’incident. Tu as raison, je ferais mieux d’aller sur des pistes de mon niveau » fait le gars, en changeant d’attitude du tout au tout, visiblement intimidé par la présence et le caractère de Martine.
    Mais avant de partir, il glisse à Jérém :
    « T’as pas intérêt de croiser ma route une deuxième fois ».
    « Toi non plus, je t’assure ».

    « Regarde ce gars, le pauvre. Tu lui as foutu la frousse, Martine » fait JP, moqueur.
    « Grand bien lui fasse ».
    « Tu sais que tu m’as fait peur à moi aussi ? » il continue, taquin.
    « N’importe quoi ».
    « Je t’assure, j’ai les poils des bras qui se sont dressés ».
    « Mais qu’est-ce qui s’est passé ? » elle nous questionne.
    « Le gars descendait vite, et il m’a effleuré. Mais comme je ne suis pas très assuré, ça m’a fait tomber » j’explique.
    « Il n’a pas du tout fait attention, on aurait dit que la piste n’était que pour lui » fait Jérém, sur un ton très irrité.
    « Et ça c’est une raison pour en venir aux mains ? ».
    « Je n’avais pas besoin de ton aide ».
    « Non, c’est sûr, tu n’avais pas besoin de mon aide pour te battre. Mais tu avais besoin de mon aide pour ne pas te battre. Et ne pas se battre est toujours mieux ».
    « Il doit vraiment t’aimer pour aller s’attaquer à un type plus solide que lui » me glisse Martine pendant que nous attendons le télésiège.

    Il faut plusieurs remontées et plusieurs descentes à Jérém pour se calmer.
    « Ca me touche beaucoup ce que tu viens de faire » je trouve le cran de placer, pendant une nouvelle remontée en télésiège « mais je ne veux pas que tu te mettes en danger pour moi. J’ai trop peur qu’il t’arrive quelque chose. Je tiens trop à toi »
    « Je n’aurais pas dû chercher ce type. Mais je ne supporte pas qu’on te fasse du mal » finit par admettre Jérém, avant d’ajouter « Si je m’écoutais, j’irais à Bordeaux chercher ce type qui n’a pas voulu se faire dépister et je lui casserais la tête ».
    « Mais ça ne servirait à rien ».
    « Je sais ».
    Jérém ayant retrouvé le sourire et sa complicité avec Martine, la journée se termine ainsi dans la bonne humeur. Le soir, nous nous retrouvons pour une soirée raclette au relais.
    Une nouvelle fois, l’ambiance bon enfant réchauffe la grande salle au même titre que le feu qui brûle dans la grande cheminée. Une nouvelle fois, la guitare de Denis a le dernier mot pour clore un délicieux moment entre potes.
    Charlène insiste pour que nous restions à nouveau dormir chez elle, « vous n’allez pas rentrer à cette heure dans une maison glaciale, de toute façon, je n’ai pas enlevé les draps dans la chambre d’amis ». Ce soir nous sommes bien fatigués, car le ski est un sport très physique. Ce soir, nous ne faisons pas l’amour. Nous nous contentons de tendresse, de câlins, et du bonheur apaisant de sentir le contact du corps chaud de l’autre contre le sien. Et dans notre étreinte, c’est notre amour réciproque que nous ressentons, sans besoin d’ajouter le moindre mot.

    Pendant ces derniers jours de l’année, le sexe ponctue nos journées, notamment nos pauses entre révisions, et nos nuits. Peu à peu, nous nous habituons à cet « intrus » en latex qui s’invite de force entre nous à chaque fois que nous avons envie de faire l’amour.
    Le fait de se protéger devient un automatisme, et je finis par trouver les gestes de chausser la capote avant l’amour et de la retirer après, bien pleine, à la fois terriblement frustrants mais aussi terriblement érotiques.
    La capote ne fait pas qu’imposer sa présence, elle impose également ses temps. Jérém est bien plus long à jouir avec le préservatif. Mais ce n’est pas plus mal, c’est même très plaisant. Il n’est plus dans la « performance », ni dans le « timing », ni dans l’étalage de sa puissance virile. Désormais, il prend son temps, il prend son pied, avec moi, et c’est délicieux.

    Un soir nous sommes invités avec quelques autres cavaliers à dîner chez Ginette et son mari. La soirée se termine vers 2 heures du mat. Jérém a un peu bu et il me passe les clefs de sa voiture. A vrai dire, je ne me sens pas très à l’aise à l’idée de conduire sa voiture dans le chemin étroit et verglacé qui conduit à la petite maison. Mais mon bobrun a l’air assez éméché, alors je prends sur moi et j’accepte de prendre le volant.
    Oui, mon bobrun a l’air un tantinet saoul, ce qui, le connaissant un peu, laisse présager une fin de soirée très fougueuse.
    Je ne m’y suis pas trompé. A la petite maison, dès la porte refermée derrière nous, le bobrun se jette sur moi, ses lèvres et sa langue comme affamées de mes lèvres, de ma peau, de mes oreilles, ses mains avides de caresser mes cheveux, de se glisser sous mon t-shirt, et dans ma braguette.
    Très vite, nous nous retrouvons nus, sous la couette, nos corps cherchant fébrilement dans celui de l’autre à faire monter l’excitation, à provoquer le frisson qui appelle le plaisir.
    Je me retrouve à faire glisser ma langue dans la ligne médiane de son torse, cette délicate vallée courant au beau milieu du double relief de ses pecs, descendant jusqu’à ses abdos, cette « plaine » creusée par ailleurs par d’autres délicieux sillons transversaux, un bas-relief magnifique, expression d’une musculature parfaite.
    Nos mains et nos doigts caressent et excitent nos tétons respectifs. Je sens son excitation, elle nourrit la mienne, la mienne nourrit la sienne. Nous sommes embarqués dans une spirale qui nous mène tout droit vers une dimension de désir inouï.
    Après l’avoir longuement branlé, tout en agaçant ses tétons avec ma langue, je me retrouve à cheval sur son bassin, sa queue calée entre mes fesses, mes reins ondulant lentement pour provoquer de légers frottements de son gland dans ma raie et décupler encore son excitation. Je sais que je vais devoir mettre une capote. Mais j’ai envie de faire durer cet instant d’excitation.
    Le bobrun me fait basculer avec ses bras puissants, et je me retrouve allongé sur le dos, dominé par son corps musclé. Son haleine alcoolisée et sa fougue rajoutent de l’excitation à cet instant de pur bonheur sensuel.
    Jérém se faufile entre mes cuisses, et je sens son gland glisser dans ma raie et amorcer des petits frottements très excitants. Une excitation qui se teinte d’inquiétude lorsque je réalise qu’il vise précisément mon trou, et qu’il vise à le pénétrer « à cru ».
    Ça m’excite terriblement, car j’en ai sacrement envie aussi. Mais la peur est plus forte que l’envie. Dans ma tête, les mots du médecin lors de la deuxième consultation, résonnent toujours avec la même cinglante intensité : « Surtout, surtout, si vous avez des rapports, que vous soyez actif ou passif, protégez-vous et protégez votre partenaire. N’oubliez pas le préservatif sous aucun prétexte »
    « Non, Jérém, pas comme ça, il faut une capote ».
    « Allez… j’en peux plus des capotes… j’ai envie… de te gicler dans le cul » fait-il avec une voix ralentie par un mélange d’alcool et d’excitation.
    Rien que ses derniers mots ont le pouvoir de provoquer en moi une montée d’excitation qui me ferait presque perdre de vue le fait que je dois continuer à nous protéger. Mais j’arrive quand-même à garder raison.
    « Non, on ne peut pas, on ne peut pas ».
    « Allez, laisse-toi aller, ça va aller » il insiste.
    « On ne peut pas faire ça comme ça ».
    « Allez ! S’il te plaît… juste une fois » il persiste, tout en continuant à forcer son gland sur ma rondelle.
    Je sens que la pression qu’il exerce va vite vaincre la résistance de mes muscles.
    « Non, Jérém ! » je m’entends lâcher brusquement, tout en saisissant ses biceps si développés que mes mains n’arrivent pas à en faire le tour, et en le faisant basculer sur le côté.
    « Tu fais chier ! Bordel ! » il me balance, en quittant le lit comme un ressort qui vient d’être relâché. Il passe un t-shirt et un boxer. Il attrape son paquet de cigarettes et il part en fumer une à côté du feu. Ses gestes sont brusques, ils traduisent son agacement.
    « Moi aussi j’ai envie de toi sans capote » je lui explique en m’installant à côté de lui « si tu savais comment j’ai envie de te sentir jouir en moi ! ».
    « Désolé » je l’entends chuchoter, soudainement ravisé « c’est toi qui as raison ».
    « Je ne veux pas t’exposer au moindre risque. J’ignore comment tout ça va se finir, si je vais être négatif ou bien si… ».
    « Ne dis pas de bêtises, tu seras négatif ! » il me coupe, tout en me serrant fort contre lui.
    « Mais je sais que si jamais je te contaminais » je continue, ému « je ne m’en remettrais pas ».
    « C’est de ma faute tout ça, si tu savais comment je m’en veux ».
    « Je te le répète, ce n’est pas de ta faute. C’est la faute à pas de chance. Ne laissons pas cet accident gâcher ces moments. L’important c’est que nous soyons ensemble, et que nous soyons heureux ensemble. C’est ce qui compte le plus pour moi ».
    « Je ne te mérite pas ».
    « Maintenant c’est toi qui dis des bêtises ».
    Mes mots sont suivis pas un long moment de silence. Pendant de longs instants, j’ai l’impression que Jérém veut me dire quelque chose sans y parvenir, comme si les mots restaient bloqués au fond de sa gorge. C’est une impression qui me vient d’après sa respiration agitée, ponctuée par des inspirations qui ressemblent à celles qu’on prend juste avant de parler.
    Je voudrais lui demander de me parler, je voudrais savoir qu’est-ce qui est si difficile à dire. Mais je n’ose pas, je ne veux pas le forcer, je ne veux pas gâcher la magie de cet instant. Mais ma curiosité travaille à bloc, et pendant ce temps mon cœur tape à mille.
    J’attends un mot, mais ça ne vient pas. Ce qui vient en revanche, c’est une pluie de câlins et de la tendresse.
    De retour au lit, nous recommençons ce que nous avons interrompu un peu plus tôt. Jérém passe une capote, et nous faisons l’amour. Et, en dépit de cette protection, c’est divinement bon. Nous nous aimons, nous nous respectons, nous nous protégeons.
    Tous mes sens sont envoûtés.
    La vue, par la beauté de son corps et sa présence, ses attitudes de mec viril et amoureux.
    L’odorat, par l’empreinte olfactive de sa présence, la fragrance tiède de la peau et de sa virilité.
    L’ouïe, captivée par le crépitement du feu dans la cheminée, par la sensualité de sa respiration, le frottement de nos corps, et par les innombrables claquements de nos bisous.
    Le goût, celui de sa peau, et celui de sa bouche que je ne cesse d’embrasser.
    Et le toucher, mon Dieu comment le toucher est un feu d’artifice pendant l’amour avec Jérém ! Le contact de nos corps, de nos torses, la présence de sa queue en moi, les caresses de ses mains, de ses doigts habiles, de sa langue adroite, la chaleur virile et sensuelle de son corps de mâle.
    Oui, tous mes sens sont concernés par les bonheurs de l’amour. Un plaisir qui ne tarde pas à s’embraser, provoquant mon orgasme. Et ce, sans le moindre contact sur ma queue, juste en regardant, en sentant mon beau mâle brun coulisser lentement et sensuellement en moi.
    Je jouis en premier. Et là, je vois Jérém relever son torse, et me dominer avec toute l’envergure de son torse musclé. Ses coups de reins prennent de l’ampleur. Sentant son orgasme approcher, j’envoie mes doigts caresser et agacer ses tétons pour amplifier encore son plaisir.
    Une poignée de va-et-vient plus tard, il jouit à son tour, lentement, longuement, assommé par le plaisir. Et, à en juger de l’expression se son visage, je dirais qu’il vient de vivre l’un des orgasmes les plus intenses de sa vie. Tout comme ça a été mon cas quelques instants plus tôt.

    Une autre nuit, Jérém veut que je le prenne. Bien sûr, ça commençait à me manquer. Et pourtant, je suis mort de trouille. J’ai trop peur que quelque chose se passe mal, que la capote casse, je suis tétanisé.
    « Tu n’as pas envie ? » il me questionne, face à mon hésitation.
    « Bien sûr que j’ai envie mais j’ai trop peur qu’il y ait un accident ».
    « Tu vas faire doucement et il ne va rien arriver ».
    Je finis par me laisser convaincre. Je rentre en lui, mais la peur me fait débander. Mais Jérém ne s’avoue pas vaincu. Il s’occupe de moi, il excite mes points sensibles, jusqu’à ce que je rebande.
    Un brin rassuré, reboosté par ses caresses, je ressaie, je me laisse à nouveau glisser en lui. Et pendant que je coulisse doucement entre ses cuisses musclées, j’ai l’impression que le plaisir que mon bobrun retire pendant que je lui fais l’amour n’a jamais été aussi intense.
    « Qu’est-ce que tu m’excites, beau mec ! » je l’entends me lancer, rugissant d’excitation, tout en empoignant mes pecs et mes tétons avec ses mains avides de contact sensuel.
    « Tu aimes ça, hein ? » je me surprends à prendre plaisir à jouer au mec sûr de lui.
    « Je kiffe grave ».
    « Je vais jouir… ».
    « Fais-toi plaisir, beau mec ! ».
    Lorsque je jouis, Jérém jouit à son tour, presque en même temps que moi, parsemant son torse puissant de traînées brillantes et odorantes.
    Après l’apothéose du plaisir, je me sens comme lessivé. Je me retire vite, pressé de vérifier la tenue de ma capote. Tout va bien de ce côté.
    Jérém vient de s’essuyer, et je me colle contre son torse, je m’enivre des petites intenses odeurs de mâlitude qui se dégagent de son corps après l’amour. Mon bobrun me prend dans ses bras et je me laisse happer par cet abandon des sens, par cette petite absence qu’est le contrecoup des plus beaux orgasmes.
    « C’était très bon » je l’entends me chuchoter à l’oreille.
    « Faire l’amour avec toi, c’est toujours bon, et plus que ça même ».
    « Tu y prends goût à jouer les petits mecs ».
    « C’est pas faux ».
    « Et tu te débrouilles plutôt pas mal ».
    « J’essaie, je découvre ».
    « Tu prends de l’assurance ».
    « Tu trouves ? Je me trouve toujours maladroit ».
    « Ah, non, tu es même plutôt sexy quand tu fais le « mec »… ».
    « J’ai un bon prof depuis sept mois ! ».
    Le bogoss sourit, avant d’ajouter :
    « Au début, j’étais attiré par toi justement parce que tu n’étais pas très viril. Je te voyais comme un mec passif, soumis, qui adorait mon corps et ma queue et qui ne me refuserait jamais rien. Au début, je croyais que c’était ça qui me faisait de l’effet. Mais en fait, c’est pas ça. En tout cas, ce n’est plus ça ».
    « Et c’est quoi alors ? ».
    « Plus tu gagnes de l’assurance, plus tu deviens « mec », plus je te trouve bandant ».
    « Parce que je te fais l’amour ? ».
    « Aussi. Mais ce sont tes attitudes que je trouve très excitantes. Le fait que tu me tiennes tête. Et cette petite barbe que tu te laisser pousser, putain, je kiffe vraiment ! ».
    « Merci ».
    « Avant de coucher avec toi » il ajoute après s’être allumé une cigarette « je pensais que les types qui se font prendre n’étaient que des pd qui aiment faire plaisir aux mecs ».
    « Ah, tu avais une sacrée image de moi » je plaisante.
    « Mais en couchant avec toi, je me suis rendu compte que tu prenais beaucoup de plaisir à ça » il enchaîne « Et ça a commencé à m’intriguer. Mais c’était pas simple à assumer.
    En étant exclusivement actif, c’était facile de continuer à me dire que je n’étais pas vraiment gay, que je ne faisais que baiser un gars qui kiffait ça.
    Et je me disais qu’au moment où je me laisserais prendre, je ne pourrais plus revenir en arrière, et je devrais accepter le fait que j’étais vraiment gay ».
    « C’est bizarre, parce que tu étais le seul gars avec qui je me voyais tenter cette expérience » il continue, après avoir jeté son mégot dans le feu « mais en même temps, je pensais que si je te montrais que j’avais ce genre d’envie, ton regard sur moi changerait. Et je ne pouvais pas accepter ça ».
    « Et pourtant, c’est exactement l’inverse que je ressens. Je ne t’ai jamais trouvé autant couillu que depuis que tu acceptes tes envies, toutes tes envies ».
    « Je ne voyais pas les choses comme ça. Je me disais que si je cédais à ça, je ne serais plus jamais un vrai mec.
    Je sentais que tu en avais envie depuis un certain temps, mais jamais tu m’as mis la pression. Et quand le moment est venu, tu as été très doux. Tu as su rendre ça beau et sensuel. C’était juste parfait ».
    « Et depuis, tu kiffes… » je considère.
    « Je kiffe, c’est sûr. Quand tu es là avec moi, tout ça me paraît tellement naturel. Mais quand tu es loin, tout se complique dans ma tête ».

    Nous avions prévu de faire le réveillon du nouvel an chez Charlène, avec une partie de la petite bande de cavaliers, et de rester dormir une nouvelle fois au centre équestre.
    Mais la météo vient d’en décider autrement. En fin d’après-midi, alors que nous venons de faire l’amour une nouvelle fois et que nous nous apprêtons à bouger, une puissante tempête de neige vient ajouter plusieurs dizaines de centimètres de poudreuse, rendant la petite route impraticable et provoquant de surcroît une coupure d’électricité.
    Nous voilà isolés du monde, un soir de 31 décembre.
    Nous nous arrangeons avec les quelques provisions restantes pour préparer un semblant de repas de réveillon. En fait, il reste des œufs, du râpé, de la salade. Une omelette en guise de repas du nouvel an, c’est original. C’est pas le luxe, mais c’est mieux que rien. Et puis, tout est délicieux du moment que c’est partagé avec le gars que j’aime.
    Après ce mémorable « banquet », nous nous réchauffons devant la cheminée. Jérém est blotti dans mes bras, sa main caresse doucement mon avant-bras. J’ai l’impression que nos cœurs ont rarement été aussi proches. Et alors que je suis sur le point d’amorcer la discussion concernant notre avenir, une discussion qui, malgré tout, m’angoisse toujours, j’entends le bobrun me lancer :
    « C’est qui ce gars avec qui tu as couché à Bordeaux ? ».
    « Un mec qui m’a abordé dans le train ».
    « Et c’était quoi entre vous ? ».
    « C’était une distraction, rien de plus. Tu me manquais à en crever et ce gars me changeait les idées ».
    « Je t’ai laissé tomber, et je n’aurais pas dû ».
    « J’ai mes torts aussi. Mais le passé est passé, et on ne peut pas le changer. Ce qui est important, maintenant, c’est ce qui va se passer quand tu vas rentrer à Paris et moi à Bordeaux ».
    « Maintenant j’ai une voiture, et je pourrai bouger plus facilement ».
    « Mais tu n’as pas le temps de venir à Bordeaux ».
    « C’est vrai. Mais nous pourrions nous retrouver quelque part à mi-chemin, genre à Tours ou à Poitiers. Je serai loin de Paris et je serai plus serein. Nous pourrions prendre un hôtel, si tu peux te libérer quand j’ai un après-midi off. Tiens, je ne suis jamais allé au Futuroscope. Il paraît que c’est génial, nous pourrions y aller tous les deux ».
    « Ce serait merveilleux ».
    « Et ça le sera. Je ne veux plus qu’on se perde, je ne veux plus rester des mois sans te voir ».
    « Moi non plus je ne veux plus rester des mois sans te voir, plus jamais ça ! ».
    « Mais pour le reste, on va faire comment ? » j’enchaîne, tant que nous sommes dans les perspectives d’avenir « Je veux dire… tu vas continuer à te taper des nanas pour garder les apparences ? ».
    « Je pense que je leur ai suffisamment montré de quoi j’étais capable. Et puis, j’ai désormais un allié de taille ».
    « Un allié ? ».
    « J’ai parlé à Ulysse ».
    « Tu lui as parlé… de quoi ? » je fais, interloqué.
    « De moi. Je lui ai dit qui je suis ».
    « Tu lui as parlé de… ».
    « De toi, de nous ».
    Je suis scié. Jérém a fait un coming out auprès de son co-équipier.
    « Le soir avant mon départ pour Toulouse, il y a deux jours, je n’allais vraiment pas bien » il me raconte « il m’a fait parler. Il a fini par me demander si je voyais toujours ma copine de Bordeaux ».
    « Et tu lui as répondu quoi ? ».
    « Que c’était compliqué. Alors il a voulu savoir pourquoi c’était si compliqué. Et là, je lui ai dit que ça l’était parce que ce n’était pas une copine mais un copain… un petit copain ».
    « Et il l’a pris comment ? ».
    « Bien, très bien ».

    [« Tu sais, Jérém, ça ne change rien pour moi. Tu es mon pote et je prends comme tu es ».
    Les mots d’Ulysse lui avaient ôté un grand poids du cœur, et il s’était senti comme revivre.
    « Je m’en voulais de te mentir ».
    « Tu m’en as parlé quand tu t’es senti prêt à le faire ».
    « Ça me soulage que tu le prennes comme ça ».
    « Vraiment, je veux que ce soit clair, ça ne change rien entre nous. Au contraire, ça me touche que tu me fasses confiance. Et tu peux me faire confiance. Bien entendu, ça restera entre nous, je n’en parlerai à personne, même pas à ma copine. Et tu peux compter sur moi si tu as besoin de quoi que ce soit.
    Mais arrangez-vous pour vous voir en dehors de Paris. Bordeaux c’est loin, mais vous pouvez peut être vous retrouver quelque part à mi-chemin. Vous serez plus tranquilles, vous serez mieux ».
    « Merci beaucoup, je ne sais pas quoi dire… tu es un vrai pote… ».
    « Je ne t’en ai jamais parlé, mais mon petit frère est gay lui aussi. Nous sommes très proches, et je sais à quel point c’est compliqué d’être heureux quand on est différent des autres. Ce que je regrette, c’est de ne pas le voir plus souvent, et de ne pas être là pour le soutenir, pour l’aider.
    Tu sais, si je me suis autant rapproché de toi, c’est parce que d’une certaine façon, tu me fais penser à lui. Tu as à peu près le même âge que Dylan, et tu es un gars génial, tout comme lui. Le fait de pouvoir être là pour toi me donne l’impression de me rattraper, et apaise mon regret de ne pas pouvoir être présent pour lui »].

    « Ulysse est un vrai pote. Ça m’a fait du bien de lui en parler ».
    « C’est une bonne chose qu’il ait bien réagi. Et alors, il se doutait de quelque chose ? ».
    « Il m’a dit qu’il avait eu un doute la première fois qu’il t’avait vu, au Pousse. Surtout quand Léo avait parlé de cette nana avec qui il disait que j’avais couché. Il a eu un doute parce que tu faisais la tête. Après, quand il t’a vu te pointer chez moi par surprise, il a compris ».
    « Je n’aurais peut-être pas du débarquer de cette façon ».
    « Quand tu as débarqué à l’appart, j’étais contrarié parce qu’Ulysse était là. Mais ça m’a fait super plaisir que tu sois venu, même si je t’avais dit de ne pas venir. Ou justement parce que tu es venu malgré mon refus. Dès que je t’ai vu, j’ai eu envie de te serrer dans mes bras, et de te faire l’amour. Ta présence me fait du bien ».
    « C’est la même chose pour moi. Je me sens plus fort quand je suis avec toi ».
    « Je voudrais ne plus te faire souffrir ».
    « Je voudrais que tu me parles davantage quand ça ne va pas ».
    « Je ne suis pas habitué à me sentir aimé et ça me fait peur ».
    « Qu’est-ce qui te fait peur, au juste ? ».
    « Tes sentiments, ton attachement ».
    « Et pourquoi, ça ? ».
    « Au début, tes sentiments me faisaient peur parce que ça rendait nos baises trop… « pd ». Et puis, tu m’as obligé à cesser de me mentir. Mais c’était dur d’admettre la vérité ».
    « Et quelle était cette vérité ? ».
    « La vérité c’est que je m’attachais trop à toi. Et que je n’arrête pas de me dire qu’un jour tu en auras marre de moi et que tu me laisseras tomber. Et je ne peux pas supporter l’idée qu’on me laisse tomber. J’ai trop souffert de l’abandon pendant mon enfance, j’ai trop peur de revivre ça ».
    La peur, encore la peur. Tant de fois j’ai entendu parler Jérém de peur, et je me suis entendu moi-même parler de peur. En fin de compte, c’est la peur avant toute chose qui nous empêche d’être heureux.
    « Tu sais, Jérém, moi aussi j’ai peur de te perdre. Tout le temps, et depuis toujours. J’avais déjà peur de te perdre quand nous n’étions même pas encore ensemble. J’avais peur de te perdre quand on ne faisait que baiser chez toi, et que tu me disais que tu ne voulais rien de plus. A chaque fois que je repartais de chez toi, je me disais que je ne te reverrais probablement plus jamais.
    J’avais peur de te perdre même avant qu’on commence à coucher ensemble. En fait, j’ai eu peur de te perdre dès le premier jour du lycée, dès que je t’ai vu dans la cour avec tes potes, dès que j’ai croisé ton regard ».
    « Et comment tu arrives à gérer cette peur ? ».
    « Je pense qu’aimer quelqu’un, c’est lui donner la clé de son propre cœur, de son propre bonheur. Oui, aimer, c’est s’exposer au risque de souffrir. Mais quand on aime, on est tellement heureux. Je pense qu’on ne connaît le vrai bonheur que lorsqu’on connaît l’amour.
    Alors, est-ce qu’il faut s’empêcher d’aimer pour écarter le risque de souffrir, et ne jamais connaître non plus le vrai bonheur, ou bien faut-il prendre le risque ? ».
    « Je n’en sais rien ».
    « Moi, perso, je prends le risque. Je prends le risque parce que dans tes bras je me sens bien. Dans tes bras, je me sens chez moi. Alors, si toi aussi tu te sens bien dans mes bras, c'est qu’il y a quelque chose de spécial entre nous. Et qu’il vaut le coup de le vivre, malgré les difficultés et les peurs.
    Si tu me laisses une place dans ta vie, même quand tu es à Paris, même quand ça ne va pas fort, si tu me parles, si tu me fais confiance, je te promets que je ne te laisserai pas tomber, Jérém, jamais ».
    « Et toi, tu vas gérer comment avec les gars qui te draguent à Bordeaux ? ».
    « Je ne me fais pas non plus draguer à chaque coin de rue ».
    « Tu es beau mec, Nico, et tu attires des beaux mecs ».
    « Quand ça va bien entre toi et moi, je n’ai aucune envie de coucher avec d’autres gars. Je suis attiré, je ne dis pas le contraire, mais je ne franchirai pas le pas.
    Bien que nous soyons loin, je n’ai pas l’intention de vivre la vie d’un célibataire Je ne vais pas saisir toutes les occasions qui se présentent, et encore moins provoquer les rencontres. Je ne vais pas sortir dans le milieu, ni traîner dans les lieux de drague.
    Après, la vie est imprévisible. Tu peux faire des rencontres, je peux faire des rencontres. Ça peut arriver.
    Mais comme tu l’as dit, rien ni personne ne pourra changer ce qu’il y a entre nous, jamais ».
    Je sens mon Jérém touché. Soudain, son téléphone émet un petit son. Ce qui crée une diversion et casse la magie du moment.
    « C’est Maxou, il nous souhaite la bonne année ».
    « Ah, mince, je n’ai pas fait gaffe. Il est presque minuit » je considère.
    « A l’heure qu’il est on devrait être en train de triquer avec les cavaliers » il ajoute.
    « Tu es déçu de ne pas être avec eux ? ».
    « Non, parce que je suis avec toi ».
    « Je te fais la promesse » il enchaîne « que le prochain réveillon ce sera à Campan, et avec les cavaliers ».
    « J’adore l’effet que Campan a sur toi, Jérém ».
    « Quel effet ? ».
    « Il fait ressortir ta véritable personnalité. Et tu es si adorable ! »
    « Campan n’est qu’à nous ! » il s’exclame, l’air heureux.
    « Oui, c’est notre refuge ».

    Nous refaisons l’amour, et c’est doux, tendre. Ce petit gars viril au regard amoureux est tellement touchant. Lorsqu’il jouit, je jouis avec lui.
    « Bonne année, ourson » je l’entends me glisser, le visage dans le creux de mon épaule.
    « Bonne année, p’tit loup ».
    Et là, tout comme le soir de retour de la soirée chez Ginette, après que je l’ai empêché de me prendre sans capote, je sens que mon bobrun veut me dire quelque chose mais qu’il n’y arrive pas. Je perçois la même respiration agitée, ponctuée par des inspirations qui ressemblent à celles qu’on prend juste avant de parler.
    Mon cœur s’emballe, l’attente est insupportable. Je suis sur le point de lui lancer : « Parle-moi, Jérém, parle-moi », lorsque mon bobrun se lâche enfin.
    « Ourson… ».
    « Oui, p’tit loup ? ».
    Et là, après un court mais interminable instant de silence pendant lequel j’ai l’impression que nos cœurs vont exploser, je l’entends me glisser tout doucement :
    « Je t’aime, ourson ».
    Trois mots sur l’oreiller, trois petits mots, un monde entier.

    0242 Une année peut en cacher une autre.


    Après un petit déj avec Charlène et un nouveau coup de main pour nourrir la troupe d’équidés, nous passons chez Martine pour faire quelques courses, avant de gagner la petite maison.
    Un beau soleil nous accompagne ce matin, et la petite construction est à moitié ensevelie par la neige. Nous commençons par déblayer les fenêtres et la porte d’entrée.
    La maison est froide et humide et elle sent la pièce restée longuement fermée. C’est une ambiance très différente de celle, chaleureuse et réconfortante, avec laquelle elle m’avait accueilli quelques mois plus tôt. Un grand feu brûlait alors dans la cheminée, dans l’âtre maintenant sombre, muet et froid.
    Mais mon Jérém, le maître du feu est là, et je sais que le miracle va bientôt se répéter. Je l’aide à ramener le bois que Charlène nous a donné pour démarrer la flamme. Il nettoie le foyer des cendres qui l’encombrent. Puis, il fait un petit tas de bois fin, et il ajoute du papier. Il sort le briquet de sa poche et il fait démarrer la magie. Je regarde la flamme prendre peu à peu, tandis que mon bobrun approche une cigarette pour l’allumer.
    « Viens là » il me lance, m’invitant à le rejoindre près du feu.

    Les heures, les jours et les nuits qui suivent sont le récit d’un bonheur parfait. Nous sommes un vrai petit couple qui vaque aux corvées du quotidien – repas, ménage, feu – en parfaite harmonie.
    Les gestes du quotidien ont un charme particulier en présence de mon Jérém. Je le regarde en train de cuisiner – il est vraiment doué aux fourneaux, et la cuisine le rend très sexy – et je ne peux résister à l’envie de m’approcher doucement de lui, de glisser mes bras autour de sa taille, de le serrer contre moi, de lui faire plein de bisous dans le cou. Le bobrun se retourne, je croise son regard brun et doux. Un regard plein d’amour, de l’amour à donner, de l’amour à recevoir. Lorsqu’il tombe son armure, ce gars est un véritable puits à câlins.
    Parfois, c’est moi qui essaie de faire à manger. Et c’est Jérém qui se glisse derrière moi, qui me serre contre lui et qui m’enivre de bisous.
    Le temps passé avec Jérém est tellement magique que j’arrive presqu’à oublier l’« accident », l’attente du test, l’angoisse. La prise de mon traitement devient presque un geste mécanique, accompli entre deux moments de bonheur et cesse peu à peu d’être le sombre pivot de mes journées.

    L’un des moments que je préfère, ce sont les instants avant de m’endormir, lorsque je me retrouve blotti bien au chaud sous ses draps et dans ses bras. Pendant ces instants, je me sens tellement bien, tellement en sécurité. Je voudrais ne pas m’endormir, je voudrais passer la nuit à profiter de son étreinte, de la chaleur de son corps, de sa respiration silencieuse et calme.
    Cette petite maison est un nid de bonheur. Je n'ai besoin de rien de plus.
    Un autre moment que je chéris tout particulièrement, c’est le réveil à ses côtés. Ce que j’aime, c’est émerger un peu avant lui et me dire « il est là, avec moi, la vie me fait le cadeau d’une nouvelle journée en compagnie du gars que j’aime ». J’aime me réveiller avant lui pour avoir le temps de nettoyer la cheminée, aller chercher du bois, faire repartir le feu, et préparer le café. Bref, de faire de cette maison ce nid douillet que j’aime tant.
    J’adore voir mon bobrun se laisser doucement réveiller par le bruit de la cafetière italienne et par l’arôme de la boisson chaude qui monte. J’adore lui apporter son café au lit, le voir émerger des draps, le regard encore un peu vaseux, mais touché par mon geste. Et j’adore recevoir des bisous, des caresses, et beaucoup de tendresse.
    J’aime regarder le bogoss boire son café par petites gorgées, le regard dans le vide, se réveiller peu à peu. Et lorsqu’il pose sa tasse vide par terre, et que la mienne atterrit juste à côté, j’adore m’allonger à côté de lui, et poser ma tête sur son épaule, sur ses pecs ou ses abdos.
    Parfois, Jérém me prend dans ses bras, et il pose mille bisous dans mon cou. Nos lèvres se cherchent, nos doigts s’enlacent. Bien entendu, j’aime aussi le réveiller avec une gâterie matinale. Mais c’est tellement bon de prendre un café et de faire des câlins… d’abord.

    La situation me rend inventif. Ne pouvant pas vraiment lui faire plaisir avec ma bouche à cause de la capote, j’innove. Je me glisse derrière lui, je l’enserre dans mes bras, je me blottis contre son torse solide. Être si proche de son cou puissant, de ses tatouages, de ses épaules, de ses cheveux bruns, de ses beaux biceps, des petites odeurs tièdes qui se dégagent de sa peau mate, ça me fait vraiment un effet de dingue.
    Je pose des bisous dans son cou, j’envoie ma langue titiller ses oreilles. Elles m’excitent terriblement et elles sont également, je le sais, un point très érogène chez mon bobrun. J’arrive ainsi à lui arracher un premier frisson.
    Je glisse ma main sous son t-shirt, je conduis mes doigts à l’aveugle mais en sachant parfaitement où les envoyer. Ils suivent les creux de ses abdos, remontent lentement le long de la ligne médiane de son torse, s’énivrent au contact du reliefs saillant de ses pecs, apprécient toutes les nuances du contraste entre la puissance de ses muscles et la douceur de sa peau, de ses poils. Je sens son excitation monter en flèche.
    Et là, et seulement là, je glisse ma main sur sa queue déjà raide, je la saisis délicatement et je commence à la branler doucement.
    J’adore sentir ses ahanements de tout près, ses petits spasmes d’excitation, voir sa tête basculer en arrière sous le frisson du plaisir, et profiter de cette proximité pour mordiller ses oreilles.
    J’adore sentir la vibration de son bonheur sexuel se propager dans mon corps grâce à ce contact si rapproché. J’adore sentir que je tiens mon beau mâle dans mes bras, son plaisir entre mes deux mains, j’adore sentir son orgasme retentir partout en moi.

    Le lendemain de notre arrivée, nous sommes conviés au relais pour une soirée fondue organisée par JP et Carine.
    C’est avec un plaisir intact que je retrouve Arielle, toujours aussi peu douée pour la cuisine – sa tarte salée est un affront aux papilles, Martine – sa bonne humeur est toujours aussi pétaradante et contagieuse, Carine – sa curiosité et sa minauderie jamais démenties, Jean Paul – la bienveillance personnifiée, mais habillée d’un humour fin et poilant, Nadine au rire tonitruant et implacable, Marie Line et Bernard – un couple dont la simple présence dégage une zénitude incroyable, Ginette et son mari – autre couple légendaire, que ce soit pour leur belle complicité après tant d’années de vie commune, ou pour leur infinie gentillesse.
    Je retrouve également Loïc, et cette fois-ci sans Sylvain – Satine m’expliquant en aparté que leur idylle serait bel et bien terminée, Charlène ajoutant que Fabien, l’ex de Loïc, chez qui nous sommes allés prendre un verre au détour d’une balade, aurait depuis quelques temps un nouveau compagnon avec qui il filerait le parfait bonheur.
    Mais aussi Daniel et sa Lola, Daniel et sa grande gueule, Daniel et son humour détonnant, Daniel et ses grimaces à la « De Funes », Daniel et ses blagues de cul. Mais surtout, Daniel, sa guitare et sa voix.
    Une guitare et une voix qui nous font voyager et qui nous portent loin dans la nuit sur des airs populaires, dans une ambiance bon enfant qu’on a envie de faire durer encore, encore et encore. Même au-delà de cette vingtième fois où ce fou chantant nous annonce sans y croire, et sans le souhaiter vraiment, que « mesdames et messieurs, ceci sera mon dernier rappel ».
    La nuit s’étire dans la bonne humeur, dans cette ambiance déjantée qui réchauffe le cœur, dans le partage de l’un de ces moments de convivialité que je n’ai trouvé ailleurs que dans ce village, dans cette salle, avec ces cavaliers. Et des moments comme ça, ça fait tellement de bien.
    D’autant plus que, dans cette ambiance magique, mon Jérém a l’air tellement heureux. Définitivement, c’est ici à Campan que je retrouve le Jérém que j’aime.
    Daniel est en train de tout donner sur « L’amour c’est comme une cigarette », lorsque je vois mon bobrun se lever et se diriger vers la cheminée pour, justement, fumer une cigarette.
    Une autre chanson démarre, et Jérém est seul à côté du feu, l’air pensif. Je ne peux m’empêcher d’aller le rejoindre et de lui demander :
    « Ça va ? ».
    « Je suis heureux » il me lance, sans quitter le feu des yeux.
    « Moi aussi je suis heureux ».
    « C’est ça que j’aime te proposer, pas ce que je peux te proposer à Paris » fait mon Jérém, sa main cherchant la mienne.
    « Je sais, je sais ».
    « OOOOOh les amoureux » j’entends Satine nous charrier.
    Puis, une seconde plus tard, un chœur composé de toutes les nanas et de quelques gars également, et certainement de la somme de tous les verres descendus depuis le début de la soirée, répétant à tue-tête :
    « Le bisou, le bisou, le bisou, le bisou, le bisou ».
    Jérém a l’air surpris, mais très vite je le vois lâcher un magnifique sourire canaille, craquant à souhait.
    « Ok, nous allons nous embrasser » je l’entends annoncer « mais à condition que tous les couples se roulent une pelle en même temps que nous ».
    « Chiche ! » fait JP.
    « Oui, chiche ! » fait Daniel.
    « Et ceux qui sont célibataires ? » s’insurge Satine.
    « Tu cherches un célibataire et tu lui roules une pelle » fait Jérém, joueur.
    « On va se contenter d’une bise ».
    « Allez, au trois, tout le monde s’embrasse » fait mon bobrun, avant de poser ses lèvres sur les miennes .

    Pendant la semaine entre Noël et le jour de l’an nous nous penchons sur nos révisions pour les partiels. Je découvre un Jérém en mode « étudiant », à la fois sexy et touchant. Un Jérém appliqué, motivé, qui me demande parfois de l’aider à comprendre certains passages, avec une attitude de gosse qui interpelle son prof, comme si ça le gênait de me déranger ou de montrer ses faiblesses.
    Je n’avais jamais réalisé que sa dyslexie compliquait à ce point son apprentissage. Il faut dire que je ne l’avais jamais vraiment vu bosser auparavant. Nos « révisions » rue de la Colombette étant plus « récréatives » que studieuses.
    Je suis ému de le voir autant d’énergie pour lire et comprendre un texte, butant parfois longtemps sur un mot, le plus souvent des mots « abstraits ».
    Mais sa motivation, sa persévérance et son courage me touchent, et suis heureux de pouvoir l’aider. J’essaie de l’encourager pour qu’il se sente à l’aise à m’interpeller autant que nécessaire, et ça finit par devenir un jeu, un plaisir partagé.

    Nous retrouvons les cavaliers deux jours avant le réveillon de fin d’année pour une journée ski. Au menu, pistes bleues et noires pour les plus expérimentés, rouges et bleues pour les débutants comme moi. Sur le papier, une belle journée en vue.
    Mais tout ne va pas se passer pour le mieux. Déjà, la première journée de ski de ma vie commence mal. Je réalise trop tard, c'est-à-dire une fois sur la piste, que mes chaussures de ski sont trop petites. Du coup, je ne suis pas à l’aise dedans, ce qui me déconcentre.
    Heureusement, comme ça avait déjà été le cas pour le cheval, Jérém ne me lâche pas d’une semelle – là encore, mention spéciale pour le panache avec lequel il arrive à porter ce bonnet improbable, à pompon et multicolore, qu’il a pu se procurer au magasin de location de skis, le sien étant resté à la petite maison. Alors que moi, avec un bonnet semblable, acheté dans le même rayon, j’ai vraiment une tête de con.
    Le bobrun m’apprend les rudiments de la glisse – évidemment, en plus d’être rugbyman pro, cavalier expérimenté, très bon nageur, il sait aussi bien skier – et il fait preuve d’une patience remarquable. Et comme ça avait été également le cas pour le cheval, Charlène et JP apportent chacun leur contribution à mon apprentissage « sur le tas ».
    Malgré cela, j’enchaîne les maladresses, les chutes, les déchaussements de skis. Une fois, alors que je viens de déchausser à nouveau au beau milieu d’un virage, je n’arrive pas à me relever tout de suite. Et là, je vois mon ski commencer à glisser dans le sens de la pente. Je le regarde, impuissant, en train de se diriger vers la falaise boisée hors-piste.
    Et là, je vois Jérém arriver comme une fusée et rattraper le ski de justesse, juste avant qu’il se perde dans le grand blanc.
    « Mais qu’est-ce que tu fiches ? » il me gronde gentiment, tout en se marrant « tu pouvais pas appeler ? T’as failli perdre ton ski ».
    « Je pensais que j’arriverais à le rattraper ».
    Jérém m’aide à me relever et à rechausser mon ski. Nous reprenons la descente. Le bobrun repart à l’aise. Quant à moi, on dirait un canard dans le désert. Je suis peureux et donc maladroit et empatté.
    Régulièrement, des skieurs chevronnés passent tout près de moi, lancés comme des fusées. Le bruit de leur vitesse, presque un vrombissement, m’impressionne. Leur arrivée et leur passage me surprennent, me font peur. J’ai l’impression que leur vitesse m’aspire, comme lorsqu’on double un semi-remorque sur l’autoroute. Je perds toute concentration, je me raidis, mon équilibre précaire est mis à rude épreuve.
    Mais à force de persister et de prendre sur moi, peu à peu j’arrive presque à trouver un début d’assurance. Je reprends la descente et je commence à avoir l’impression de m’en sortir un peu mieux. Déjà, je ne tombe plus. Et ce, depuis plusieurs… secondes !
    Mais ça ne va pas durer.
    Au milieu de la descente, je finis par tomber à nouveau. Je me sens de plus en plus épuisé, et j’ai vraiment du mal à me relever. Jérém est déjà en bas de la piste et il ne peut plus venir m’aider. Je serre les dents, et c’est au prix d’un grand effort que j’arrive à me remettre debout. Une fois d’aplomb, je tiens péniblement sur mes jambes et sur mes genoux déjà bien fatigués.
    Je regarde en bas, Jérém a disparu. Je pense qu’il a dû repartir au télésiège pour remonter et venir me rejoindre. Je prends une grande inspiration et je m’apprête à reprendre la descente. Et là, un skieur en combi rouge feu passe si près de moi qu’il m’effleure. Le contact est tout léger. Mais rien qu’à cause de la surprise, je tombe à nouveau.
    « Mais quel connard ! » j’entends Jérém pester quelques instants plus tard, tout en m’aidant à me relever.
    « Je ne pense pas qu’il ait fait exprès ».
    « Il n’a pas fait attention non plus ce con ! ».
    Cette fois-ci, Jérém m’accompagne, il descend à mon rythme, c'est-à-dire au ralenti. Ce n’est que vers la fin de la piste, lorsque la pente se fait plus douce, que j’arrive enfin à retrouver confiance et à glisser avec un peu plus d’aisance.
    « Ça te dit de refaire cette piste ? » me questionne le bobrun.
    « Oui, je veux bien » je lui réponds, boosté par ma réussite sur les dernières longueurs de la descente.
    Le télésiège est à l’arrêt, et il y a quelques skieurs en train d’attendre. Parmi eux, on ne voit que la combi rouge feu.
    « Tiens, le voilà, lui » j’entends Jérém lâcher « je vais aller lui expliquer un truc ».
    « Non, Jérém, laisse tomber, je ne pense vraiment pas qu’il l’ait fait exprès » je tente de l’en dissuader, en craignant l’approche de Jérém, la réaction du mec, et une bagarre en vue.
    Mais évidemment, Jérém n’en fait qu’à sa tête.
    « Eh mec ! » il lui lance sur un ton agressif.
    Le mec se retourne, il nous toise et il lâche :
    « C’est à moi que tu causes ? ».
    « A toi, oui » fait Jérém, sur un ton bagarreur.
    « Tu me veux quoi, toi ? ».
    « Tu devrais faire plus attention aux autres skieurs ».
    « Mais de quoi je me mêle ? ».
    « Tu as fait tomber mon pote ».
    « S’il ne sait pas skier, il a qu’à faire du fond ».
    « Si tu veux aller vite, t’as qu’à faire des pistes noires ».
    « C’est ton œil qui va être noir si tu n’arrêtes pas de me casser les couilles ».
    « Tu veux voir ? » fait mon bobrun, remonté à bloc.
    « Oui, je veux bien voir » fait le gars, de plus en plus insolent et provocateur.
    « Arrête Jérém, ça ne fait rien ».
    « Tu dois vraiment bien l’aimer ton pote si tu es prêt à te faire casser la tronche pour lui ».
    Soudain, j’ai peur. J’ai peur parce que je sens la bagarre venir. Soudain, je repense à une autre occasion où j’ai vu Jérém monter en pression. C’était dans les chiottes de la boîte de nuit à Toulouse, la nuit où il m’avait débarrassé d’un type saoul qui voulait me cogner. Ça m’avait profondément touché qu’il vienne à mon secours. Mais j’ai tellement peur de la bagarre, et des dangers qu’elle comporte. La violence et l’affrontement me tétanisent. Je ne me suis jamais battu de ma vie, et je m’en passe bien.
    Aujourd’hui comme lors de cette nuit déjà lointaine, je sens cette escalade entre jeunes coqs monter en puissance et atteindre un point de non-retour. Je me sens bloqué, je suis incapable d’intervenir. Et j’ai terriblement peur qu’il puisse arriver malheur à mon bobrun.
    « Tu fermes un peu ta gueule, connard ou c’est moi qui vais te la fermer » j’entends Jérém atteindre le point de non-retour, le regard noir comme le ciel qui annonce un violent orage d’été.
    Et là, je vois le gars s’avancer vers mon bobrun, l’air vraiment belliqueux. Sa carrure est massive, son attitude impressionnante.
    « Oh, les gars, vous arrêtez ça tout de suite ! ».
    C’est une voix familière et ô combien rassurante qui vient à notre secours. Je me retourne et je vois JP et Martine ralentir sur leurs skis et s’arrêter tout près de nous. La voix de cette dernière, ferme, autoritaire, suffit à bloquer l’énergumène dans son élan.
    « T’es sa mère, toi ? ».
    « Non, je ne suis personne, mais si vous vous battez j’appelle le type des remontées et votre journée ski à tous les deux est finie sur le champ. C’est ça que vous voulez, les gars, pour cette journée ensoleillée, parfaite pour skier, vous faire jeter à 15 heures ? ».
    « C’est pas moi qui ai commencé » fait le type.
    Jérém ne dit rien, mais il conserve son regard bien noir et menaçant, et il est sexy à mort.
    « Mais t’as quel âge ? » se moque Martine.
    « Allez, on ne va pas se fâcher pour ça. Désolé pour l’incident. Tu as raison, je ferais mieux d’aller sur des pistes de mon niveau » fait le gars, en changeant d’attitude du tout au tout, visiblement intimidé par la présence et le caractère de Martine.
    Mais avant de partir, il glisse à Jérém :
    « T’as pas intérêt de croiser ma route une deuxième fois ».
    « Toi non plus, je t’assure ».

    « Regarde ce gars, le pauvre. Tu lui as foutu la frousse, Martine » fait JP, moqueur.
    « Grand bien lui fasse ».
    « Tu sais que tu m’as fait peur à moi aussi ? » il continue, taquin.
    « N’importe quoi ».
    « Je t’assure, j’ai les poils des bras qui se sont dressés ».
    « Mais qu’est-ce qui s’est passé ? » elle nous questionne.
    « Le gars descendait vite, et il m’a effleuré. Mais comme je ne suis pas très assuré, ça m’a fait tomber » j’explique.
    « Il n’a pas du tout fait attention, on aurait dit que la piste n’était que pour lui » fait Jérém, sur un ton très irrité.
    « Et ça c’est une raison pour en venir aux mains ? ».
    « Je n’avais pas besoin de ton aide ».
    « Non, c’est sûr, tu n’avais pas besoin de mon aide pour te battre. Mais tu avais besoin de mon aide pour ne pas te battre. Et ne pas se battre est toujours mieux ».
    « Il doit vraiment t’aimer pour aller s’attaquer à un type plus solide que lui » me glisse Martine pendant que nous attendons le télésiège.

    Il faut plusieurs remontées et plusieurs descentes à Jérém pour se calmer.
    « Ca me touche beaucoup ce que tu viens de faire » je trouve le cran de placer, pendant une nouvelle remontée en télésiège « mais je ne veux pas que tu te mettes en danger pour moi. J’ai trop peur qu’il t’arrive quelque chose. Je tiens trop à toi »
    « Je n’aurais pas dû chercher ce type. Mais je ne supporte pas qu’on te fasse du mal » finit par admettre Jérém, avant d’ajouter « Si je m’écoutais, j’irais à Bordeaux chercher ce type qui n’a pas voulu se faire dépister et je lui casserais la tête ».
    « Mais ça ne servirait à rien ».
    « Je sais ».
    Jérém ayant retrouvé le sourire et sa complicité avec Martine, la journée se termine ainsi dans la bonne humeur. Le soir, nous nous retrouvons pour une soirée raclette au relais.
    Une nouvelle fois, l’ambiance bon enfant réchauffe la grande salle au même titre que le feu qui brûle dans la grande cheminée. Une nouvelle fois, la guitare de Denis a le dernier mot pour clore un délicieux moment entre potes.
    Charlène insiste pour que nous restions à nouveau dormir chez elle, « vous n’allez pas rentrer à cette heure dans une maison glaciale, de toute façon, je n’ai pas enlevé les draps dans la chambre d’amis ». Ce soir nous sommes bien fatigués, car le ski est un sport très physique. Ce soir, nous ne faisons pas l’amour. Nous nous contentons de tendresse, de câlins, et du bonheur apaisant de sentir le contact du corps chaud de l’autre contre le sien. Et dans notre étreinte, c’est notre amour réciproque que nous ressentons, sans besoin d’ajouter le moindre mot.

    Pendant ces derniers jours de l’année, le sexe ponctue nos journées, notamment nos pauses entre révisions, et nos nuits. Peu à peu, nous nous habituons à cet « intrus » en latex qui s’invite de force entre nous à chaque fois que nous avons envie de faire l’amour.
    Le fait de se protéger devient un automatisme, et je finis par trouver les gestes de chausser la capote avant l’amour et de la retirer après, bien pleine, à la fois terriblement frustrants mais aussi terriblement érotiques.
    La capote ne fait pas qu’imposer sa présence, elle impose également ses temps. Jérém est bien plus long à jouir avec le préservatif. Mais ce n’est pas plus mal, c’est même très plaisant. Il n’est plus dans la « performance », ni dans le « timing », ni dans l’étalage de sa puissance virile. Désormais, il prend son temps, il prend son pied, avec moi, et c’est délicieux.

    Un soir nous sommes invités avec quelques autres cavaliers à dîner chez Ginette et son mari. La soirée se termine vers 2 heures du mat. Jérém a un peu bu et il me passe les clefs de sa voiture. A vrai dire, je ne me sens pas très à l’aise à l’idée de conduire sa voiture dans le chemin étroit et verglacé qui conduit à la petite maison. Mais mon bobrun a l’air assez éméché, alors je prends sur moi et j’accepte de prendre le volant.
    Oui, mon bobrun a l’air un tantinet saoul, ce qui, le connaissant un peu, laisse présager une fin de soirée très fougueuse.
    Je ne m’y suis pas trompé. A la petite maison, dès la porte refermée derrière nous, le bobrun se jette sur moi, ses lèvres et sa langue comme affamées de mes lèvres, de ma peau, de mes oreilles, ses mains avides de caresser mes cheveux, de se glisser sous mon t-shirt, et dans ma braguette.
    Très vite, nous nous retrouvons nus, sous la couette, nos corps cherchant fébrilement dans celui de l’autre à faire monter l’excitation, à provoquer le frisson qui appelle le plaisir.
    Je me retrouve à faire glisser ma langue dans la ligne médiane de son torse, cette délicate vallée courant au beau milieu du double relief de ses pecs, descendant jusqu’à ses abdos, cette « plaine » creusée par ailleurs par d’autres délicieux sillons transversaux, un bas-relief magnifique, expression d’une musculature parfaite.
    Nos mains et nos doigts caressent et excitent nos tétons respectifs. Je sens son excitation, elle nourrit la mienne, la mienne nourrit la sienne. Nous sommes embarqués dans une spirale qui nous mène tout droit vers une dimension de désir inouï.
    Après l’avoir longuement branlé, tout en agaçant ses tétons avec ma langue, je me retrouve à cheval sur son bassin, sa queue calée entre mes fesses, mes reins ondulant lentement pour provoquer de légers frottements de son gland dans ma raie et décupler encore son excitation. Je sais que je vais devoir mettre une capote. Mais j’ai envie de faire durer cet instant d’excitation.
    Le bobrun me fait basculer avec ses bras puissants, et je me retrouve allongé sur le dos, dominé par son corps musclé. Son haleine alcoolisée et sa fougue rajoutent de l’excitation à cet instant de pur bonheur sensuel.
    Jérém se faufile entre mes cuisses, et je sens son gland glisser dans ma raie et amorcer des petits frottements très excitants. Une excitation qui se teinte d’inquiétude lorsque je réalise qu’il vise précisément mon trou, et qu’il vise à le pénétrer « à cru ».
    Ça m’excite terriblement, car j’en ai sacrement envie aussi. Mais la peur est plus forte que l’envie. Dans ma tête, les mots du médecin lors de la deuxième consultation, résonnent toujours avec la même cinglante intensité : « Surtout, surtout, si vous avez des rapports, que vous soyez actif ou passif, protégez-vous et protégez votre partenaire. N’oubliez pas le préservatif sous aucun prétexte »
    « Non, Jérém, pas comme ça, il faut une capote ».
    « Allez… j’en peux plus des capotes… j’ai envie… de te gicler dans le cul » fait-il avec une voix ralentie par un mélange d’alcool et d’excitation.
    Rien que ses derniers mots ont le pouvoir de provoquer en moi une montée d’excitation qui me ferait presque perdre de vue le fait que je dois continuer à nous protéger. Mais j’arrive quand-même à garder raison.
    « Non, on ne peut pas, on ne peut pas ».
    « Allez, laisse-toi aller, ça va aller » il insiste.
    « On ne peut pas faire ça comme ça ».
    « Allez ! S’il te plaît… juste une fois » il persiste, tout en continuant à forcer son gland sur ma rondelle.
    Je sens que la pression qu’il exerce va vite vaincre la résistance de mes muscles.
    « Non, Jérém ! » je m’entends lâcher brusquement, tout en saisissant ses biceps si développés que mes mains n’arrivent pas à en faire le tour, et en le faisant basculer sur le côté.
    « Tu fais chier ! Bordel ! » il me balance, en quittant le lit comme un ressort qui vient d’être relâché. Il passe un t-shirt et un boxer. Il attrape son paquet de cigarettes et il part en fumer une à côté du feu. Ses gestes sont brusques, ils traduisent son agacement.
    « Moi aussi j’ai envie de toi sans capote » je lui explique en m’installant à côté de lui « si tu savais comment j’ai envie de te sentir jouir en moi ! ».
    « Désolé » je l’entends chuchoter, soudainement ravisé « c’est toi qui as raison ».
    « Je ne veux pas t’exposer au moindre risque. J’ignore comment tout ça va se finir, si je vais être négatif ou bien si… ».
    « Ne dis pas de bêtises, tu seras négatif ! » il me coupe, tout en me serrant fort contre lui.
    « Mais je sais que si jamais je te contaminais » je continue, ému « je ne m’en remettrais pas ».
    « C’est de ma faute tout ça, si tu savais comment je m’en veux ».
    « Je te le répète, ce n’est pas de ta faute. C’est la faute à pas de chance. Ne laissons pas cet accident gâcher ces moments. L’important c’est que nous soyons ensemble, et que nous soyons heureux ensemble. C’est ce qui compte le plus pour moi ».
    « Je ne te mérite pas ».
    « Maintenant c’est toi qui dis des bêtises ».
    Mes mots sont suivis pas un long moment de silence. Pendant de longs instants, j’ai l’impression que Jérém veut me dire quelque chose sans y parvenir, comme si les mots restaient bloqués au fond de sa gorge. C’est une impression qui me vient d’après sa respiration agitée, ponctuée par des inspirations qui ressemblent à celles qu’on prend juste avant de parler.
    Je voudrais lui demander de me parler, je voudrais savoir qu’est-ce qui est si difficile à dire. Mais je n’ose pas, je ne veux pas le forcer, je ne veux pas gâcher la magie de cet instant. Mais ma curiosité travaille à bloc, et pendant ce temps mon cœur tape à mille.
    J’attends un mot, mais ça ne vient pas. Ce qui vient en revanche, c’est une pluie de câlins et de la tendresse.
    De retour au lit, nous recommençons ce que nous avons interrompu un peu plus tôt. Jérém passe une capote, et nous faisons l’amour. Et, en dépit de cette protection, c’est divinement bon. Nous nous aimons, nous nous respectons, nous nous protégeons.
    Tous mes sens sont envoûtés.
    La vue, par la beauté de son corps et sa présence, ses attitudes de mec viril et amoureux.
    L’odorat, par l’empreinte olfactive de sa présence, la fragrance tiède de la peau et de sa virilité.
    L’ouïe, captivée par le crépitement du feu dans la cheminée, par la sensualité de sa respiration, le frottement de nos corps, et par les innombrables claquements de nos bisous.
    Le goût, celui de sa peau, et celui de sa bouche que je ne cesse d’embrasser.
    Et le toucher, mon Dieu comment le toucher est un feu d’artifice pendant l’amour avec Jérém ! Le contact de nos corps, de nos torses, la présence de sa queue en moi, les caresses de ses mains, de ses doigts habiles, de sa langue adroite, la chaleur virile et sensuelle de son corps de mâle.
    Oui, tous mes sens sont concernés par les bonheurs de l’amour. Un plaisir qui ne tarde pas à s’embraser, provoquant mon orgasme. Et ce, sans le moindre contact sur ma queue, juste en regardant, en sentant mon beau mâle brun coulisser lentement et sensuellement en moi.
    Je jouis en premier. Et là, je vois Jérém relever son torse, et me dominer avec toute l’envergure de son torse musclé. Ses coups de reins prennent de l’ampleur. Sentant son orgasme approcher, j’envoie mes doigts caresser et agacer ses tétons pour amplifier encore son plaisir.
    Une poignée de va-et-vient plus tard, il jouit à son tour, lentement, longuement, assommé par le plaisir. Et, à en juger de l’expression se son visage, je dirais qu’il vient de vivre l’un des orgasmes les plus intenses de sa vie. Tout comme ça a été mon cas quelques instants plus tôt.

    Une autre nuit, Jérém veut que je le prenne. Bien sûr, ça commençait à me manquer. Et pourtant, je suis mort de trouille. J’ai trop peur que quelque chose se passe mal, que la capote casse, je suis tétanisé.
    « Tu n’as pas envie ? » il me questionne, face à mon hésitation.
    « Bien sûr que j’ai envie mais j’ai trop peur qu’il y ait un accident ».
    « Tu vas faire doucement et il ne va rien arriver ».
    Je finis par me laisser convaincre. Je rentre en lui, mais la peur me fait débander. Mais Jérém ne s’avoue pas vaincu. Il s’occupe de moi, il excite mes points sensibles, jusqu’à ce que je rebande.
    Un brin rassuré, reboosté par ses caresses, je ressaie, je me laisse à nouveau glisser en lui. Et pendant que je coulisse doucement entre ses cuisses musclées, j’ai l’impression que le plaisir que mon bobrun retire pendant que je lui fais l’amour n’a jamais été aussi intense.
    « Qu’est-ce que tu m’excites, beau mec ! » je l’entends me lancer, rugissant d’excitation, tout en empoignant mes pecs et mes tétons avec ses mains avides de contact sensuel.
    « Tu aimes ça, hein ? » je me surprends à prendre plaisir à jouer au mec sûr de lui.
    « Je kiffe grave ».
    « Je vais jouir… ».
    « Fais-toi plaisir, beau mec ! ».
    Lorsque je jouis, Jérém jouit à son tour, presque en même temps que moi, parsemant son torse puissant de traînées brillantes et odorantes.
    Après l’apothéose du plaisir, je me sens comme lessivé. Je me retire vite, pressé de vérifier la tenue de ma capote. Tout va bien de ce côté.
    Jérém vient de s’essuyer, et je me colle contre son torse, je m’enivre des petites intenses odeurs de mâlitude qui se dégagent de son corps après l’amour. Mon bobrun me prend dans ses bras et je me laisse happer par cet abandon des sens, par cette petite absence qu’est le contrecoup des plus beaux orgasmes.
    « C’était très bon » je l’entends me chuchoter à l’oreille.
    « Faire l’amour avec toi, c’est toujours bon, et plus que ça même ».
    « Tu y prends goût à jouer les petits mecs ».
    « C’est pas faux ».
    « Et tu te débrouilles plutôt pas mal ».
    « J’essaie, je découvre ».
    « Tu prends de l’assurance ».
    « Tu trouves ? Je me trouve toujours maladroit ».
    « Ah, non, tu es même plutôt sexy quand tu fais le « mec »… ».
    « J’ai un bon prof depuis sept mois ! ».
    Le bogoss sourit, avant d’ajouter :
    « Au début, j’étais attiré par toi justement parce que tu n’étais pas très viril. Je te voyais comme un mec passif, soumis, qui adorait mon corps et ma queue et qui ne me refuserait jamais rien. Au début, je croyais que c’était ça qui me faisait de l’effet. Mais en fait, c’est pas ça. En tout cas, ce n’est plus ça ».
    « Et c’est quoi alors ? ».
    « Plus tu gagnes de l’assurance, plus tu deviens « mec », plus je te trouve bandant ».
    « Parce que je te fais l’amour ? ».
    « Aussi. Mais ce sont tes attitudes que je trouve très excitantes. Le fait que tu me tiennes tête. Et cette petite barbe que tu te laisser pousser, putain, je kiffe vraiment ! ».
    « Merci ».
    « Avant de coucher avec toi » il ajoute après s’être allumé une cigarette « je pensais que les types qui se font prendre n’étaient que des pd qui aiment faire plaisir aux mecs ».
    « Ah, tu avais une sacrée image de moi » je plaisante.
    « Mais en couchant avec toi, je me suis rendu compte que tu prenais beaucoup de plaisir à ça » il enchaîne « Et ça a commencé à m’intriguer. Mais c’était pas simple à assumer.
    En étant exclusivement actif, c’était facile de continuer à me dire que je n’étais pas vraiment gay, que je ne faisais que baiser un gars qui kiffait ça.
    Et je me disais qu’au moment où je me laisserais prendre, je ne pourrais plus revenir en arrière, et je devrais accepter le fait que j’étais vraiment gay ».
    « C’est bizarre, parce que tu étais le seul gars avec qui je me voyais tenter cette expérience » il continue, après avoir jeté son mégot dans le feu « mais en même temps, je pensais que si je te montrais que j’avais ce genre d’envie, ton regard sur moi changerait. Et je ne pouvais pas accepter ça ».
    « Et pourtant, c’est exactement l’inverse que je ressens. Je ne t’ai jamais trouvé autant couillu que depuis que tu acceptes tes envies, toutes tes envies ».
    « Je ne voyais pas les choses comme ça. Je me disais que si je cédais à ça, je ne serais plus jamais un vrai mec.
    Je sentais que tu en avais envie depuis un certain temps, mais jamais tu m’as mis la pression. Et quand le moment est venu, tu as été très doux. Tu as su rendre ça beau et sensuel. C’était juste parfait ».
    « Et depuis, tu kiffes… » je considère.
    « Je kiffe, c’est sûr. Quand tu es là avec moi, tout ça me paraît tellement naturel. Mais quand tu es loin, tout se complique dans ma tête ».

    Nous avions prévu de faire le réveillon du nouvel an chez Charlène, avec une partie de la petite bande de cavaliers, et de rester dormir une nouvelle fois au centre équestre.
    Mais la météo vient d’en décider autrement. En fin d’après-midi, alors que nous venons de faire l’amour une nouvelle fois et que nous nous apprêtons à bouger, une puissante tempête de neige vient ajouter plusieurs dizaines de centimètres de poudreuse, rendant la petite route impraticable et provoquant de surcroît une coupure d’électricité.
    Nous voilà isolés du monde, un soir de 31 décembre.
    Nous nous arrangeons avec les quelques provisions restantes pour préparer un semblant de repas de réveillon. En fait, il reste des œufs, du râpé, de la salade. Une omelette en guise de repas du nouvel an, c’est original. C’est pas le luxe, mais c’est mieux que rien. Et puis, tout est délicieux du moment que c’est partagé avec le gars que j’aime.
    Après ce mémorable « banquet », nous nous réchauffons devant la cheminée. Jérém est blotti dans mes bras, sa main caresse doucement mon avant-bras. J’ai l’impression que nos cœurs ont rarement été aussi proches. Et alors que je suis sur le point d’amorcer la discussion concernant notre avenir, une discussion qui, malgré tout, m’angoisse toujours, j’entends le bobrun me lancer :
    « C’est qui ce gars avec qui tu as couché à Bordeaux ? ».
    « Un mec qui m’a abordé dans le train ».
    « Et c’était quoi entre vous ? ».
    « C’était une distraction, rien de plus. Tu me manquais à en crever et ce gars me changeait les idées ».
    « Je t’ai laissé tomber, et je n’aurais pas dû ».
    « J’ai mes torts aussi. Mais le passé est passé, et on ne peut pas le changer. Ce qui est important, maintenant, c’est ce qui va se passer quand tu vas rentrer à Paris et moi à Bordeaux ».
    « Maintenant j’ai une voiture, et je pourrai bouger plus facilement ».
    « Mais tu n’as pas le temps de venir à Bordeaux ».
    « C’est vrai. Mais nous pourrions nous retrouver quelque part à mi-chemin, genre à Tours ou à Poitiers. Je serai loin de Paris et je serai plus serein. Nous pourrions prendre un hôtel, si tu peux te libérer quand j’ai un après-midi off. Tiens, je ne suis jamais allé au Futuroscope. Il paraît que c’est génial, nous pourrions y aller tous les deux ».
    « Ce serait merveilleux ».
    « Et ça le sera. Je ne veux plus qu’on se perde, je ne veux plus rester des mois sans te voir ».
    « Moi non plus je ne veux plus rester des mois sans te voir, plus jamais ça ! ».
    « Mais pour le reste, on va faire comment ? » j’enchaîne, tant que nous sommes dans les perspectives d’avenir « Je veux dire… tu vas continuer à te taper des nanas pour garder les apparences ? ».
    « Je pense que je leur ai suffisamment montré de quoi j’étais capable. Et puis, j’ai désormais un allié de taille ».
    « Un allié ? ».
    « J’ai parlé à Ulysse ».
    « Tu lui as parlé… de quoi ? » je fais, interloqué.
    « De moi. Je lui ai dit qui je suis ».
    « Tu lui as parlé de… ».
    « De toi, de nous ».
    Je suis scié. Jérém a fait un coming out auprès de son co-équipier.
    « Le soir avant mon départ pour Toulouse, il y a deux jours, je n’allais vraiment pas bien » il me raconte « il m’a fait parler. Il a fini par me demander si je voyais toujours ma copine de Bordeaux ».
    « Et tu lui as répondu quoi ? ».
    « Que c’était compliqué. Alors il a voulu savoir pourquoi c’était si compliqué. Et là, je lui ai dit que ça l’était parce que ce n’était pas une copine mais un copain… un petit copain ».
    « Et il l’a pris comment ? ».
    « Bien, très bien ».

    [« Tu sais, Jérém, ça ne change rien pour moi. Tu es mon pote et je prends comme tu es ».
    Les mots d’Ulysse lui avaient ôté un grand poids du cœur, et il s’était senti comme revivre.
    « Je m’en voulais de te mentir ».
    « Tu m’en as parlé quand tu t’es senti prêt à le faire ».
    « Ça me soulage que tu le prennes comme ça ».
    « Vraiment, je veux que ce soit clair, ça ne change rien entre nous. Au contraire, ça me touche que tu me fasses confiance. Et tu peux me faire confiance. Bien entendu, ça restera entre nous, je n’en parlerai à personne, même pas à ma copine. Et tu peux compter sur moi si tu as besoin de quoi que ce soit.
    Mais arrangez-vous pour vous voir en dehors de Paris. Bordeaux c’est loin, mais vous pouvez peut être vous retrouver quelque part à mi-chemin. Vous serez plus tranquilles, vous serez mieux ».
    « Merci beaucoup, je ne sais pas quoi dire… tu es un vrai pote… ».
    « Je ne t’en ai jamais parlé, mais mon petit frère est gay lui aussi. Nous sommes très proches, et je sais à quel point c’est compliqué d’être heureux quand on est différent des autres. Ce que je regrette, c’est de ne pas le voir plus souvent, et de ne pas être là pour le soutenir, pour l’aider.
    Tu sais, si je me suis autant rapproché de toi, c’est parce que d’une certaine façon, tu me fais penser à lui. Tu as à peu près le même âge que Dylan, et tu es un gars génial, tout comme lui. Le fait de pouvoir être là pour toi me donne l’impression de me rattraper, et apaise mon regret de ne pas pouvoir être présent pour lui »].

    « Ulysse est un vrai pote. Ça m’a fait du bien de lui en parler ».
    « C’est une bonne chose qu’il ait bien réagi. Et alors, il se doutait de quelque chose ? ».
    « Il m’a dit qu’il avait eu un doute la première fois qu’il t’avait vu, au Pousse. Surtout quand Léo avait parlé de cette nana avec qui il disait que j’avais couché. Il a eu un doute parce que tu faisais la tête. Après, quand il t’a vu te pointer chez moi par surprise, il a compris ».
    « Je n’aurais peut-être pas du débarquer de cette façon ».
    « Quand tu as débarqué à l’appart, j’étais contrarié parce qu’Ulysse était là. Mais ça m’a fait super plaisir que tu sois venu, même si je t’avais dit de ne pas venir. Ou justement parce que tu es venu malgré mon refus. Dès que je t’ai vu, j’ai eu envie de te serrer dans mes bras, et de te faire l’amour. Ta présence me fait du bien ».
    « C’est la même chose pour moi. Je me sens plus fort quand je suis avec toi ».
    « Je voudrais ne plus te faire souffrir ».
    « Je voudrais que tu me parles davantage quand ça ne va pas ».
    « Je ne suis pas habitué à me sentir aimé et ça me fait peur ».
    « Qu’est-ce qui te fait peur, au juste ? ».
    « Tes sentiments, ton attachement ».
    « Et pourquoi, ça ? ».
    « Au début, tes sentiments me faisaient peur parce que ça rendait nos baises trop… « pd ». Et puis, tu m’as obligé à cesser de me mentir. Mais c’était dur d’admettre la vérité ».
    « Et quelle était cette vérité ? ».
    « La vérité c’est que je m’attachais trop à toi. Et que je n’arrête pas de me dire qu’un jour tu en auras marre de moi et que tu me laisseras tomber. Et je ne peux pas supporter l’idée qu’on me laisse tomber. J’ai trop souffert de l’abandon pendant mon enfance, j’ai trop peur de revivre ça ».
    La peur, encore la peur. Tant de fois j’ai entendu parler Jérém de peur, et je me suis entendu moi-même parler de peur. En fin de compte, c’est la peur avant toute chose qui nous empêche d’être heureux.
    « Tu sais, Jérém, moi aussi j’ai peur de te perdre. Tout le temps, et depuis toujours. J’avais déjà peur de te perdre quand nous n’étions même pas encore ensemble. J’avais peur de te perdre quand on ne faisait que baiser chez toi, et que tu me disais que tu ne voulais rien de plus. A chaque fois que je repartais de chez toi, je me disais que je ne te reverrais probablement plus jamais.
    J’avais peur de te perdre même avant qu’on commence à coucher ensemble. En fait, j’ai eu peur de te perdre dès le premier jour du lycée, dès que je t’ai vu dans la cour avec tes potes, dès que j’ai croisé ton regard ».
    « Et comment tu arrives à gérer cette peur ? ».
    « Je pense qu’aimer quelqu’un, c’est lui donner la clé de son propre cœur, de son propre bonheur. Oui, aimer, c’est s’exposer au risque de souffrir. Mais quand on aime, on est tellement heureux. Je pense qu’on ne connaît le vrai bonheur que lorsqu’on connaît l’amour.
    Alors, est-ce qu’il faut s’empêcher d’aimer pour écarter le risque de souffrir, et ne jamais connaître non plus le vrai bonheur, ou bien faut-il prendre le risque ? ».
    « Je n’en sais rien ».
    « Moi, perso, je prends le risque. Je prends le risque parce que dans tes bras je me sens bien. Dans tes bras, je me sens chez moi. Alors, si toi aussi tu te sens bien dans mes bras, c'est qu’il y a quelque chose de spécial entre nous. Et qu’il vaut le coup de le vivre, malgré les difficultés et les peurs.
    Si tu me laisses une place dans ta vie, même quand tu es à Paris, même quand ça ne va pas fort, si tu me parles, si tu me fais confiance, je te promets que je ne te laisserai pas tomber, Jérém, jamais ».
    « Et toi, tu vas gérer comment avec les gars qui te draguent à Bordeaux ? ».
    « Je ne me fais pas non plus draguer à chaque coin de rue ».
    « Tu es beau mec, Nico, et tu attires des beaux mecs ».
    « Quand ça va bien entre toi et moi, je n’ai aucune envie de coucher avec d’autres gars. Je suis attiré, je ne dis pas le contraire, mais je ne franchirai pas le pas.
    Bien que nous soyons loin, je n’ai pas l’intention de vivre la vie d’un célibataire Je ne vais pas saisir toutes les occasions qui se présentent, et encore moins provoquer les rencontres. Je ne vais pas sortir dans le milieu, ni traîner dans les lieux de drague.
    Après, la vie est imprévisible. Tu peux faire des rencontres, je peux faire des rencontres. Ça peut arriver.
    Mais comme tu l’as dit, rien ni personne ne pourra changer ce qu’il y a entre nous, jamais ».
    Je sens mon Jérém touché. Soudain, son téléphone émet un petit son. Ce qui crée une diversion et casse la magie du moment.
    « C’est Maxou, il nous souhaite la bonne année ».
    « Ah, mince, je n’ai pas fait gaffe. Il est presque minuit » je considère.
    « A l’heure qu’il est on devrait être en train de triquer avec les cavaliers » il ajoute.
    « Tu es déçu de ne pas être avec eux ? ».
    « Non, parce que je suis avec toi ».
    « Je te fais la promesse » il enchaîne « que le prochain réveillon ce sera à Campan, et avec les cavaliers ».
    « J’adore l’effet que Campan a sur toi, Jérém ».
    « Quel effet ? ».
    « Il fait ressortir ta véritable personnalité. Et tu es si adorable ! »
    « Campan n’est qu’à nous ! » il s’exclame, l’air heureux.
    « Oui, c’est notre refuge ».

    Nous refaisons l’amour, et c’est doux, tendre. Ce petit gars viril au regard amoureux est tellement touchant. Lorsqu’il jouit, je jouis avec lui.
    « Bonne année, ourson » je l’entends me glisser, le visage dans le creux de mon épaule.
    « Bonne année, p’tit loup ».
    Et là, tout comme le soir de retour de la soirée chez Ginette, après que je l’ai empêché de me prendre sans capote, je sens que mon bobrun veut me dire quelque chose mais qu’il n’y arrive pas. Je perçois la même respiration agitée, ponctuée par des inspirations qui ressemblent à celles qu’on prend juste avant de parler.
    Mon cœur s’emballe, l’attente est insupportable. Je suis sur le point de lui lancer : « Parle-moi, Jérém, parle-moi », lorsque mon bobrun se lâche enfin.
    « Ourson… ».
    « Oui, p’tit loup ? ».
    Et là, après un court mais interminable instant de silence pendant lequel j’ai l’impression que nos cœurs vont exploser, je l’entends me glisser tout doucement :
    « Je t’aime, ourson ».
    Trois mots sur l’oreiller, trois petits mots, un monde entier.

    0242 Une année peut en cacher une autre.


    Après un petit déj avec Charlène et un nouveau coup de main pour nourrir la troupe d’équidés, nous passons chez Martine pour faire quelques courses, avant de gagner la petite maison.
    Un beau soleil nous accompagne ce matin, et la petite construction est à moitié ensevelie par la neige. Nous commençons par déblayer les fenêtres et la porte d’entrée.
    La maison est froide et humide et elle sent la pièce restée longuement fermée. C’est une ambiance très différente de celle, chaleureuse et réconfortante, avec laquelle elle m’avait accueilli quelques mois plus tôt. Un grand feu brûlait alors dans la cheminée, dans l’âtre maintenant sombre, muet et froid.
    Mais mon Jérém, le maître du feu est là, et je sais que le miracle va bientôt se répéter. Je l’aide à ramener le bois que Charlène nous a donné pour démarrer la flamme. Il nettoie le foyer des cendres qui l’encombrent. Puis, il fait un petit tas de bois fin, et il ajoute du papier. Il sort le briquet de sa poche et il fait démarrer la magie. Je regarde la flamme prendre peu à peu, tandis que mon bobrun approche une cigarette pour l’allumer.
    « Viens là » il me lance, m’invitant à le rejoindre près du feu.

    Les heures, les jours et les nuits qui suivent sont le récit d’un bonheur parfait. Nous sommes un vrai petit couple qui vaque aux corvées du quotidien – repas, ménage, feu – en parfaite harmonie.
    Les gestes du quotidien ont un charme particulier en présence de mon Jérém. Je le regarde en train de cuisiner – il est vraiment doué aux fourneaux, et la cuisine le rend très sexy – et je ne peux résister à l’envie de m’approcher doucement de lui, de glisser mes bras autour de sa taille, de le serrer contre moi, de lui faire plein de bisous dans le cou. Le bobrun se retourne, je croise son regard brun et doux. Un regard plein d’amour, de l’amour à donner, de l’amour à recevoir. Lorsqu’il tombe son armure, ce gars est un véritable puits à câlins.
    Parfois, c’est moi qui essaie de faire à manger. Et c’est Jérém qui se glisse derrière moi, qui me serre contre lui et qui m’enivre de bisous.
    Le temps passé avec Jérém est tellement magique que j’arrive presqu’à oublier l’« accident », l’attente du test, l’angoisse. La prise de mon traitement devient presque un geste mécanique, accompli entre deux moments de bonheur et cesse peu à peu d’être le sombre pivot de mes journées.

    L’un des moments que je préfère, ce sont les instants avant de m’endormir, lorsque je me retrouve blotti bien au chaud sous ses draps et dans ses bras. Pendant ces instants, je me sens tellement bien, tellement en sécurité. Je voudrais ne pas m’endormir, je voudrais passer la nuit à profiter de son étreinte, de la chaleur de son corps, de sa respiration silencieuse et calme.
    Cette petite maison est un nid de bonheur. Je n'ai besoin de rien de plus.
    Un autre moment que je chéris tout particulièrement, c’est le réveil à ses côtés. Ce que j’aime, c’est émerger un peu avant lui et me dire « il est là, avec moi, la vie me fait le cadeau d’une nouvelle journée en compagnie du gars que j’aime ». J’aime me réveiller avant lui pour avoir le temps de nettoyer la cheminée, aller chercher du bois, faire repartir le feu, et préparer le café. Bref, de faire de cette maison ce nid douillet que j’aime tant.
    J’adore voir mon bobrun se laisser doucement réveiller par le bruit de la cafetière italienne et par l’arôme de la boisson chaude qui monte. J’adore lui apporter son café au lit, le voir émerger des draps, le regard encore un peu vaseux, mais touché par mon geste. Et j’adore recevoir des bisous, des caresses, et beaucoup de tendresse.
    J’aime regarder le bogoss boire son café par petites gorgées, le regard dans le vide, se réveiller peu à peu. Et lorsqu’il pose sa tasse vide par terre, et que la mienne atterrit juste à côté, j’adore m’allonger à côté de lui, et poser ma tête sur son épaule, sur ses pecs ou ses abdos.
    Parfois, Jérém me prend dans ses bras, et il pose mille bisous dans mon cou. Nos lèvres se cherchent, nos doigts s’enlacent. Bien entendu, j’aime aussi le réveiller avec une gâterie matinale. Mais c’est tellement bon de prendre un café et de faire des câlins… d’abord.

    La situation me rend inventif. Ne pouvant pas vraiment lui faire plaisir avec ma bouche à cause de la capote, j’innove. Je me glisse derrière lui, je l’enserre dans mes bras, je me blottis contre son torse solide. Être si proche de son cou puissant, de ses tatouages, de ses épaules, de ses cheveux bruns, de ses beaux biceps, des petites odeurs tièdes qui se dégagent de sa peau mate, ça me fait vraiment un effet de dingue.
    Je pose des bisous dans son cou, j’envoie ma langue titiller ses oreilles. Elles m’excitent terriblement et elles sont également, je le sais, un point très érogène chez mon bobrun. J’arrive ainsi à lui arracher un premier frisson.
    Je glisse ma main sous son t-shirt, je conduis mes doigts à l’aveugle mais en sachant parfaitement où les envoyer. Ils suivent les creux de ses abdos, remontent lentement le long de la ligne médiane de son torse, s’énivrent au contact du reliefs saillant de ses pecs, apprécient toutes les nuances du contraste entre la puissance de ses muscles et la douceur de sa peau, de ses poils. Je sens son excitation monter en flèche.
    Et là, et seulement là, je glisse ma main sur sa queue déjà raide, je la saisis délicatement et je commence à la branler doucement.
    J’adore sentir ses ahanements de tout près, ses petits spasmes d’excitation, voir sa tête basculer en arrière sous le frisson du plaisir, et profiter de cette proximité pour mordiller ses oreilles.
    J’adore sentir la vibration de son bonheur sexuel se propager dans mon corps grâce à ce contact si rapproché. J’adore sentir que je tiens mon beau mâle dans mes bras, son plaisir entre mes deux mains, j’adore sentir son orgasme retentir partout en moi.

    Le lendemain de notre arrivée, nous sommes conviés au relais pour une soirée fondue organisée par JP et Carine.
    C’est avec un plaisir intact que je retrouve Arielle, toujours aussi peu douée pour la cuisine – sa tarte salée est un affront aux papilles, Martine – sa bonne humeur est toujours aussi pétaradante et contagieuse, Carine – sa curiosité et sa minauderie jamais démenties, Jean Paul – la bienveillance personnifiée, mais habillée d’un humour fin et poilant, Nadine au rire tonitruant et implacable, Marie Line et Bernard – un couple dont la simple présence dégage une zénitude incroyable, Ginette et son mari – autre couple légendaire, que ce soit pour leur belle complicité après tant d’années de vie commune, ou pour leur infinie gentillesse.
    Je retrouve également Loïc, et cette fois-ci sans Sylvain – Satine m’expliquant en aparté que leur idylle serait bel et bien terminée, Charlène ajoutant que Fabien, l’ex de Loïc, chez qui nous sommes allés prendre un verre au détour d’une balade, aurait depuis quelques temps un nouveau compagnon avec qui il filerait le parfait bonheur.
    Mais aussi Daniel et sa Lola, Daniel et sa grande gueule, Daniel et son humour détonnant, Daniel et ses grimaces à la « De Funes », Daniel et ses blagues de cul. Mais surtout, Daniel, sa guitare et sa voix.
    Une guitare et une voix qui nous font voyager et qui nous portent loin dans la nuit sur des airs populaires, dans une ambiance bon enfant qu’on a envie de faire durer encore, encore et encore. Même au-delà de cette vingtième fois où ce fou chantant nous annonce sans y croire, et sans le souhaiter vraiment, que « mesdames et messieurs, ceci sera mon dernier rappel ».
    La nuit s’étire dans la bonne humeur, dans cette ambiance déjantée qui réchauffe le cœur, dans le partage de l’un de ces moments de convivialité que je n’ai trouvé ailleurs que dans ce village, dans cette salle, avec ces cavaliers. Et des moments comme ça, ça fait tellement de bien.
    D’autant plus que, dans cette ambiance magique, mon Jérém a l’air tellement heureux. Définitivement, c’est ici à Campan que je retrouve le Jérém que j’aime.
    Daniel est en train de tout donner sur « L’amour c’est comme une cigarette », lorsque je vois mon bobrun se lever et se diriger vers la cheminée pour, justement, fumer une cigarette.
    Une autre chanson démarre, et Jérém est seul à côté du feu, l’air pensif. Je ne peux m’empêcher d’aller le rejoindre et de lui demander :
    « Ça va ? ».
    « Je suis heureux » il me lance, sans quitter le feu des yeux.
    « Moi aussi je suis heureux ».
    « C’est ça que j’aime te proposer, pas ce que je peux te proposer à Paris » fait mon Jérém, sa main cherchant la mienne.
    « Je sais, je sais ».
    « OOOOOh les amoureux » j’entends Satine nous charrier.
    Puis, une seconde plus tard, un chœur composé de toutes les nanas et de quelques gars également, et certainement de la somme de tous les verres descendus depuis le début de la soirée, répétant à tue-tête :
    « Le bisou, le bisou, le bisou, le bisou, le bisou ».
    Jérém a l’air surpris, mais très vite je le vois lâcher un magnifique sourire canaille, craquant à souhait.
    « Ok, nous allons nous embrasser » je l’entends annoncer « mais à condition que tous les couples se roulent une pelle en même temps que nous ».
    « Chiche ! » fait JP.
    « Oui, chiche ! » fait Daniel.
    « Et ceux qui sont célibataires ? » s’insurge Satine.
    « Tu cherches un célibataire et tu lui roules une pelle » fait Jérém, joueur.
    « On va se contenter d’une bise ».
    « Allez, au trois, tout le monde s’embrasse » fait mon bobrun, avant de poser ses lèvres sur les miennes .

    Pendant la semaine entre Noël et le jour de l’an nous nous penchons sur nos révisions pour les partiels. Je découvre un Jérém en mode « étudiant », à la fois sexy et touchant. Un Jérém appliqué, motivé, qui me demande parfois de l’aider à comprendre certains passages, avec une attitude de gosse qui interpelle son prof, comme si ça le gênait de me déranger ou de montrer ses faiblesses.
    Je n’avais jamais réalisé que sa dyslexie compliquait à ce point son apprentissage. Il faut dire que je ne l’avais jamais vraiment vu bosser auparavant. Nos « révisions » rue de la Colombette étant plus « récréatives » que studieuses.
    Je suis ému de le voir autant d’énergie pour lire et comprendre un texte, butant parfois longtemps sur un mot, le plus souvent des mots « abstraits ».
    Mais sa motivation, sa persévérance et son courage me touchent, et suis heureux de pouvoir l’aider. J’essaie de l’encourager pour qu’il se sente à l’aise à m’interpeller autant que nécessaire, et ça finit par devenir un jeu, un plaisir partagé.

    Nous retrouvons les cavaliers deux jours avant le réveillon de fin d’année pour une journée ski. Au menu, pistes bleues et noires pour les plus expérimentés, rouges et bleues pour les débutants comme moi. Sur le papier, une belle journée en vue.
    Mais tout ne va pas se passer pour le mieux. Déjà, la première journée de ski de ma vie commence mal. Je réalise trop tard, c'est-à-dire une fois sur la piste, que mes chaussures de ski sont trop petites. Du coup, je ne suis pas à l’aise dedans, ce qui me déconcentre.
    Heureusement, comme ça avait déjà été le cas pour le cheval, Jérém ne me lâche pas d’une semelle – là encore, mention spéciale pour le panache avec lequel il arrive à porter ce bonnet improbable, à pompon et multicolore, qu’il a pu se procurer au magasin de location de skis, le sien étant resté à la petite maison. Alors que moi, avec un bonnet semblable, acheté dans le même rayon, j’ai vraiment une tête de con.
    Le bobrun m’apprend les rudiments de la glisse – évidemment, en plus d’être rugbyman pro, cavalier expérimenté, très bon nageur, il sait aussi bien skier – et il fait preuve d’une patience remarquable. Et comme ça avait été également le cas pour le cheval, Charlène et JP apportent chacun leur contribution à mon apprentissage « sur le tas ».
    Malgré cela, j’enchaîne les maladresses, les chutes, les déchaussements de skis. Une fois, alors que je viens de déchausser à nouveau au beau milieu d’un virage, je n’arrive pas à me relever tout de suite. Et là, je vois mon ski commencer à glisser dans le sens de la pente. Je le regarde, impuissant, en train de se diriger vers la falaise boisée hors-piste.
    Et là, je vois Jérém arriver comme une fusée et rattraper le ski de justesse, juste avant qu’il se perde dans le grand blanc.
    « Mais qu’est-ce que tu fiches ? » il me gronde gentiment, tout en se marrant « tu pouvais pas appeler ? T’as failli perdre ton ski ».
    « Je pensais que j’arriverais à le rattraper ».
    Jérém m’aide à me relever et à rechausser mon ski. Nous reprenons la descente. Le bobrun repart à l’aise. Quant à moi, on dirait un canard dans le désert. Je suis peureux et donc maladroit et empatté.
    Régulièrement, des skieurs chevronnés passent tout près de moi, lancés comme des fusées. Le bruit de leur vitesse, presque un vrombissement, m’impressionne. Leur arrivée et leur passage me surprennent, me font peur. J’ai l’impression que leur vitesse m’aspire, comme lorsqu’on double un semi-remorque sur l’autoroute. Je perds toute concentration, je me raidis, mon équilibre précaire est mis à rude épreuve.
    Mais à force de persister et de prendre sur moi, peu à peu j’arrive presque à trouver un début d’assurance. Je reprends la descente et je commence à avoir l’impression de m’en sortir un peu mieux. Déjà, je ne tombe plus. Et ce, depuis plusieurs… secondes !
    Mais ça ne va pas durer.
    Au milieu de la descente, je finis par tomber à nouveau. Je me sens de plus en plus épuisé, et j’ai vraiment du mal à me relever. Jérém est déjà en bas de la piste et il ne peut plus venir m’aider. Je serre les dents, et c’est au prix d’un grand effort que j’arrive à me remettre debout. Une fois d’aplomb, je tiens péniblement sur mes jambes et sur mes genoux déjà bien fatigués.
    Je regarde en bas, Jérém a disparu. Je pense qu’il a dû repartir au télésiège pour remonter et venir me rejoindre. Je prends une grande inspiration et je m’apprête à reprendre la descente. Et là, un skieur en combi rouge feu passe si près de moi qu’il m’effleure. Le contact est tout léger. Mais rien qu’à cause de la surprise, je tombe à nouveau.
    « Mais quel connard ! » j’entends Jérém pester quelques instants plus tard, tout en m’aidant à me relever.
    « Je ne pense pas qu’il ait fait exprès ».
    « Il n’a pas fait attention non plus ce con ! ».
    Cette fois-ci, Jérém m’accompagne, il descend à mon rythme, c'est-à-dire au ralenti. Ce n’est que vers la fin de la piste, lorsque la pente se fait plus douce, que j’arrive enfin à retrouver confiance et à glisser avec un peu plus d’aisance.
    « Ça te dit de refaire cette piste ? » me questionne le bobrun.
    « Oui, je veux bien » je lui réponds, boosté par ma réussite sur les dernières longueurs de la descente.
    Le télésiège est à l’arrêt, et il y a quelques skieurs en train d’attendre. Parmi eux, on ne voit que la combi rouge feu.
    « Tiens, le voilà, lui » j’entends Jérém lâcher « je vais aller lui expliquer un truc ».
    « Non, Jérém, laisse tomber, je ne pense vraiment pas qu’il l’ait fait exprès » je tente de l’en dissuader, en craignant l’approche de Jérém, la réaction du mec, et une bagarre en vue.
    Mais évidemment, Jérém n’en fait qu’à sa tête.
    « Eh mec ! » il lui lance sur un ton agressif.
    Le mec se retourne, il nous toise et il lâche :
    « C’est à moi que tu causes ? ».
    « A toi, oui » fait Jérém, sur un ton bagarreur.
    « Tu me veux quoi, toi ? ».
    « Tu devrais faire plus attention aux autres skieurs ».
    « Mais de quoi je me mêle ? ».
    « Tu as fait tomber mon pote ».
    « S’il ne sait pas skier, il a qu’à faire du fond ».
    « Si tu veux aller vite, t’as qu’à faire des pistes noires ».
    « C’est ton œil qui va être noir si tu n’arrêtes pas de me casser les couilles ».
    « Tu veux voir ? » fait mon bobrun, remonté à bloc.
    « Oui, je veux bien voir » fait le gars, de plus en plus insolent et provocateur.
    « Arrête Jérém, ça ne fait rien ».
    « Tu dois vraiment bien l’aimer ton pote si tu es prêt à te faire casser la tronche pour lui ».
    Soudain, j’ai peur. J’ai peur parce que je sens la bagarre venir. Soudain, je repense à une autre occasion où j’ai vu Jérém monter en pression. C’était dans les chiottes de la boîte de nuit à Toulouse, la nuit où il m’avait débarrassé d’un type saoul qui voulait me cogner. Ça m’avait profondément touché qu’il vienne à mon secours. Mais j’ai tellement peur de la bagarre, et des dangers qu’elle comporte. La violence et l’affrontement me tétanisent. Je ne me suis jamais battu de ma vie, et je m’en passe bien.
    Aujourd’hui comme lors de cette nuit déjà lointaine, je sens cette escalade entre jeunes coqs monter en puissance et atteindre un point de non-retour. Je me sens bloqué, je suis incapable d’intervenir. Et j’ai terriblement peur qu’il puisse arriver malheur à mon bobrun.
    « Tu fermes un peu ta gueule, connard ou c’est moi qui vais te la fermer » j’entends Jérém atteindre le point de non-retour, le regard noir comme le ciel qui annonce un violent orage d’été.
    Et là, je vois le gars s’avancer vers mon bobrun, l’air vraiment belliqueux. Sa carrure est massive, son attitude impressionnante.
    « Oh, les gars, vous arrêtez ça tout de suite ! ».
    C’est une voix familière et ô combien rassurante qui vient à notre secours. Je me retourne et je vois JP et Martine ralentir sur leurs skis et s’arrêter tout près de nous. La voix de cette dernière, ferme, autoritaire, suffit à bloquer l’énergumène dans son élan.
    « T’es sa mère, toi ? ».
    « Non, je ne suis personne, mais si vous vous battez j’appelle le type des remontées et votre journée ski à tous les deux est finie sur le champ. C’est ça que vous voulez, les gars, pour cette journée ensoleillée, parfaite pour skier, vous faire jeter à 15 heures ? ».
    « C’est pas moi qui ai commencé » fait le type.
    Jérém ne dit rien, mais il conserve son regard bien noir et menaçant, et il est sexy à mort.
    « Mais t’as quel âge ? » se moque Martine.
    « Allez, on ne va pas se fâcher pour ça. Désolé pour l’incident. Tu as raison, je ferais mieux d’aller sur des pistes de mon niveau » fait le gars, en changeant d’attitude du tout au tout, visiblement intimidé par la présence et le caractère de Martine.
    Mais avant de partir, il glisse à Jérém :
    « T’as pas intérêt de croiser ma route une deuxième fois ».
    « Toi non plus, je t’assure ».

    « Regarde ce gars, le pauvre. Tu lui as foutu la frousse, Martine » fait JP, moqueur.
    « Grand bien lui fasse ».
    « Tu sais que tu m’as fait peur à moi aussi ? » il continue, taquin.
    « N’importe quoi ».
    « Je t’assure, j’ai les poils des bras qui se sont dressés ».
    « Mais qu’est-ce qui s’est passé ? » elle nous questionne.
    « Le gars descendait vite, et il m’a effleuré. Mais comme je ne suis pas très assuré, ça m’a fait tomber » j’explique.
    « Il n’a pas du tout fait attention, on aurait dit que la piste n’était que pour lui » fait Jérém, sur un ton très irrité.
    « Et ça c’est une raison pour en venir aux mains ? ».
    « Je n’avais pas besoin de ton aide ».
    « Non, c’est sûr, tu n’avais pas besoin de mon aide pour te battre. Mais tu avais besoin de mon aide pour ne pas te battre. Et ne pas se battre est toujours mieux ».
    « Il doit vraiment t’aimer pour aller s’attaquer à un type plus solide que lui » me glisse Martine pendant que nous attendons le télésiège.

    Il faut plusieurs remontées et plusieurs descentes à Jérém pour se calmer.
    « Ca me touche beaucoup ce que tu viens de faire » je trouve le cran de placer, pendant une nouvelle remontée en télésiège « mais je ne veux pas que tu te mettes en danger pour moi. J’ai trop peur qu’il t’arrive quelque chose. Je tiens trop à toi »
    « Je n’aurais pas dû chercher ce type. Mais je ne supporte pas qu’on te fasse du mal » finit par admettre Jérém, avant d’ajouter « Si je m’écoutais, j’irais à Bordeaux chercher ce type qui n’a pas voulu se faire dépister et je lui casserais la tête ».
    « Mais ça ne servirait à rien ».
    « Je sais ».
    Jérém ayant retrouvé le sourire et sa complicité avec Martine, la journée se termine ainsi dans la bonne humeur. Le soir, nous nous retrouvons pour une soirée raclette au relais.
    Une nouvelle fois, l’ambiance bon enfant réchauffe la grande salle au même titre que le feu qui brûle dans la grande cheminée. Une nouvelle fois, la guitare de Denis a le dernier mot pour clore un délicieux moment entre potes.
    Charlène insiste pour que nous restions à nouveau dormir chez elle, « vous n’allez pas rentrer à cette heure dans une maison glaciale, de toute façon, je n’ai pas enlevé les draps dans la chambre d’amis ». Ce soir nous sommes bien fatigués, car le ski est un sport très physique. Ce soir, nous ne faisons pas l’amour. Nous nous contentons de tendresse, de câlins, et du bonheur apaisant de sentir le contact du corps chaud de l’autre contre le sien. Et dans notre étreinte, c’est notre amour réciproque que nous ressentons, sans besoin d’ajouter le moindre mot.

    Pendant ces derniers jours de l’année, le sexe ponctue nos journées, notamment nos pauses entre révisions, et nos nuits. Peu à peu, nous nous habituons à cet « intrus » en latex qui s’invite de force entre nous à chaque fois que nous avons envie de faire l’amour.
    Le fait de se protéger devient un automatisme, et je finis par trouver les gestes de chausser la capote avant l’amour et de la retirer après, bien pleine, à la fois terriblement frustrants mais aussi terriblement érotiques.
    La capote ne fait pas qu’imposer sa présence, elle impose également ses temps. Jérém est bien plus long à jouir avec le préservatif. Mais ce n’est pas plus mal, c’est même très plaisant. Il n’est plus dans la « performance », ni dans le « timing », ni dans l’étalage de sa puissance virile. Désormais, il prend son temps, il prend son pied, avec moi, et c’est délicieux.

    Un soir nous sommes invités avec quelques autres cavaliers à dîner chez Ginette et son mari. La soirée se termine vers 2 heures du mat. Jérém a un peu bu et il me passe les clefs de sa voiture. A vrai dire, je ne me sens pas très à l’aise à l’idée de conduire sa voiture dans le chemin étroit et verglacé qui conduit à la petite maison. Mais mon bobrun a l’air assez éméché, alors je prends sur moi et j’accepte de prendre le volant.
    Oui, mon bobrun a l’air un tantinet saoul, ce qui, le connaissant un peu, laisse présager une fin de soirée très fougueuse.
    Je ne m’y suis pas trompé. A la petite maison, dès la porte refermée derrière nous, le bobrun se jette sur moi, ses lèvres et sa langue comme affamées de mes lèvres, de ma peau, de mes oreilles, ses mains avides de caresser mes cheveux, de se glisser sous mon t-shirt, et dans ma braguette.
    Très vite, nous nous retrouvons nus, sous la couette, nos corps cherchant fébrilement dans celui de l’autre à faire monter l’excitation, à provoquer le frisson qui appelle le plaisir.
    Je me retrouve à faire glisser ma langue dans la ligne médiane de son torse, cette délicate vallée courant au beau milieu du double relief de ses pecs, descendant jusqu’à ses abdos, cette « plaine » creusée par ailleurs par d’autres délicieux sillons transversaux, un bas-relief magnifique, expression d’une musculature parfaite.
    Nos mains et nos doigts caressent et excitent nos tétons respectifs. Je sens son excitation, elle nourrit la mienne, la mienne nourrit la sienne. Nous sommes embarqués dans une spirale qui nous mène tout droit vers une dimension de désir inouï.
    Après l’avoir longuement branlé, tout en agaçant ses tétons avec ma langue, je me retrouve à cheval sur son bassin, sa queue calée entre mes fesses, mes reins ondulant lentement pour provoquer de légers frottements de son gland dans ma raie et décupler encore son excitation. Je sais que je vais devoir mettre une capote. Mais j’ai envie de faire durer cet instant d’excitation.
    Le bobrun me fait basculer avec ses bras puissants, et je me retrouve allongé sur le dos, dominé par son corps musclé. Son haleine alcoolisée et sa fougue rajoutent de l’excitation à cet instant de pur bonheur sensuel.
    Jérém se faufile entre mes cuisses, et je sens son gland glisser dans ma raie et amorcer des petits frottements très excitants. Une excitation qui se teinte d’inquiétude lorsque je réalise qu’il vise précisément mon trou, et qu’il vise à le pénétrer « à cru ».
    Ça m’excite terriblement, car j’en ai sacrement envie aussi. Mais la peur est plus forte que l’envie. Dans ma tête, les mots du médecin lors de la deuxième consultation, résonnent toujours avec la même cinglante intensité : « Surtout, surtout, si vous avez des rapports, que vous soyez actif ou passif, protégez-vous et protégez votre partenaire. N’oubliez pas le préservatif sous aucun prétexte »
    « Non, Jérém, pas comme ça, il faut une capote ».
    « Allez… j’en peux plus des capotes… j’ai envie… de te gicler dans le cul » fait-il avec une voix ralentie par un mélange d’alcool et d’excitation.
    Rien que ses derniers mots ont le pouvoir de provoquer en moi une montée d’excitation qui me ferait presque perdre de vue le fait que je dois continuer à nous protéger. Mais j’arrive quand-même à garder raison.
    « Non, on ne peut pas, on ne peut pas ».
    « Allez, laisse-toi aller, ça va aller » il insiste.
    « On ne peut pas faire ça comme ça ».
    « Allez ! S’il te plaît… juste une fois » il persiste, tout en continuant à forcer son gland sur ma rondelle.
    Je sens que la pression qu’il exerce va vite vaincre la résistance de mes muscles.
    « Non, Jérém ! » je m’entends lâcher brusquement, tout en saisissant ses biceps si développés que mes mains n’arrivent pas à en faire le tour, et en le faisant basculer sur le côté.
    « Tu fais chier ! Bordel ! » il me balance, en quittant le lit comme un ressort qui vient d’être relâché. Il passe un t-shirt et un boxer. Il attrape son paquet de cigarettes et il part en fumer une à côté du feu. Ses gestes sont brusques, ils traduisent son agacement.
    « Moi aussi j’ai envie de toi sans capote » je lui explique en m’installant à côté de lui « si tu savais comment j’ai envie de te sentir jouir en moi ! ».
    « Désolé » je l’entends chuchoter, soudainement ravisé « c’est toi qui as raison ».
    « Je ne veux pas t’exposer au moindre risque. J’ignore comment tout ça va se finir, si je vais être négatif ou bien si… ».
    « Ne dis pas de bêtises, tu seras négatif ! » il me coupe, tout en me serrant fort contre lui.
    « Mais je sais que si jamais je te contaminais » je continue, ému « je ne m’en remettrais pas ».
    « C’est de ma faute tout ça, si tu savais comment je m’en veux ».
    « Je te le répète, ce n’est pas de ta faute. C’est la faute à pas de chance. Ne laissons pas cet accident gâcher ces moments. L’important c’est que nous soyons ensemble, et que nous soyons heureux ensemble. C’est ce qui compte le plus pour moi ».
    « Je ne te mérite pas ».
    « Maintenant c’est toi qui dis des bêtises ».
    Mes mots sont suivis pas un long moment de silence. Pendant de longs instants, j’ai l’impression que Jérém veut me dire quelque chose sans y parvenir, comme si les mots restaient bloqués au fond de sa gorge. C’est une impression qui me vient d’après sa respiration agitée, ponctuée par des inspirations qui ressemblent à celles qu’on prend juste avant de parler.
    Je voudrais lui demander de me parler, je voudrais savoir qu’est-ce qui est si difficile à dire. Mais je n’ose pas, je ne veux pas le forcer, je ne veux pas gâcher la magie de cet instant. Mais ma curiosité travaille à bloc, et pendant ce temps mon cœur tape à mille.
    J’attends un mot, mais ça ne vient pas. Ce qui vient en revanche, c’est une pluie de câlins et de la tendresse.
    De retour au lit, nous recommençons ce que nous avons interrompu un peu plus tôt. Jérém passe une capote, et nous faisons l’amour. Et, en dépit de cette protection, c’est divinement bon. Nous nous aimons, nous nous respectons, nous nous protégeons.
    Tous mes sens sont envoûtés.
    La vue, par la beauté de son corps et sa présence, ses attitudes de mec viril et amoureux.
    L’odorat, par l’empreinte olfactive de sa présence, la fragrance tiède de la peau et de sa virilité.
    L’ouïe, captivée par le crépitement du feu dans la cheminée, par la sensualité de sa respiration, le frottement de nos corps, et par les innombrables claquements de nos bisous.
    Le goût, celui de sa peau, et celui de sa bouche que je ne cesse d’embrasser.
    Et le toucher, mon Dieu comment le toucher est un feu d’artifice pendant l’amour avec Jérém ! Le contact de nos corps, de nos torses, la présence de sa queue en moi, les caresses de ses mains, de ses doigts habiles, de sa langue adroite, la chaleur virile et sensuelle de son corps de mâle.
    Oui, tous mes sens sont concernés par les bonheurs de l’amour. Un plaisir qui ne tarde pas à s’embraser, provoquant mon orgasme. Et ce, sans le moindre contact sur ma queue, juste en regardant, en sentant mon beau mâle brun coulisser lentement et sensuellement en moi.
    Je jouis en premier. Et là, je vois Jérém relever son torse, et me dominer avec toute l’envergure de son torse musclé. Ses coups de reins prennent de l’ampleur. Sentant son orgasme approcher, j’envoie mes doigts caresser et agacer ses tétons pour amplifier encore son plaisir.
    Une poignée de va-et-vient plus tard, il jouit à son tour, lentement, longuement, assommé par le plaisir. Et, à en juger de l’expression se son visage, je dirais qu’il vient de vivre l’un des orgasmes les plus intenses de sa vie. Tout comme ça a été mon cas quelques instants plus tôt.

    Une autre nuit, Jérém veut que je le prenne. Bien sûr, ça commençait à me manquer. Et pourtant, je suis mort de trouille. J’ai trop peur que quelque chose se passe mal, que la capote casse, je suis tétanisé.
    « Tu n’as pas envie ? » il me questionne, face à mon hésitation.
    « Bien sûr que j’ai envie mais j’ai trop peur qu’il y ait un accident ».
    « Tu vas faire doucement et il ne va rien arriver ».
    Je finis par me laisser convaincre. Je rentre en lui, mais la peur me fait débander. Mais Jérém ne s’avoue pas vaincu. Il s’occupe de moi, il excite mes points sensibles, jusqu’à ce que je rebande.
    Un brin rassuré, reboosté par ses caresses, je ressaie, je me laisse à nouveau glisser en lui. Et pendant que je coulisse doucement entre ses cuisses musclées, j’ai l’impression que le plaisir que mon bobrun retire pendant que je lui fais l’amour n’a jamais été aussi intense.
    « Qu’est-ce que tu m’excites, beau mec ! » je l’entends me lancer, rugissant d’excitation, tout en empoignant mes pecs et mes tétons avec ses mains avides de contact sensuel.
    « Tu aimes ça, hein ? » je me surprends à prendre plaisir à jouer au mec sûr de lui.
    « Je kiffe grave ».
    « Je vais jouir… ».
    « Fais-toi plaisir, beau mec ! ».
    Lorsque je jouis, Jérém jouit à son tour, presque en même temps que moi, parsemant son torse puissant de traînées brillantes et odorantes.
    Après l’apothéose du plaisir, je me sens comme lessivé. Je me retire vite, pressé de vérifier la tenue de ma capote. Tout va bien de ce côté.
    Jérém vient de s’essuyer, et je me colle contre son torse, je m’enivre des petites intenses odeurs de mâlitude qui se dégagent de son corps après l’amour. Mon bobrun me prend dans ses bras et je me laisse happer par cet abandon des sens, par cette petite absence qu’est le contrecoup des plus beaux orgasmes.
    « C’était très bon » je l’entends me chuchoter à l’oreille.
    « Faire l’amour avec toi, c’est toujours bon, et plus que ça même ».
    « Tu y prends goût à jouer les petits mecs ».
    « C’est pas faux ».
    « Et tu te débrouilles plutôt pas mal ».
    « J’essaie, je découvre ».
    « Tu prends de l’assurance ».
    « Tu trouves ? Je me trouve toujours maladroit ».
    « Ah, non, tu es même plutôt sexy quand tu fais le « mec »… ».
    « J’ai un bon prof depuis sept mois ! ».
    Le bogoss sourit, avant d’ajouter :
    « Au début, j’étais attiré par toi justement parce que tu n’étais pas très viril. Je te voyais comme un mec passif, soumis, qui adorait mon corps et ma queue et qui ne me refuserait jamais rien. Au début, je croyais que c’était ça qui me faisait de l’effet. Mais en fait, c’est pas ça. En tout cas, ce n’est plus ça ».
    « Et c’est quoi alors ? ».
    « Plus tu gagnes de l’assurance, plus tu deviens « mec », plus je te trouve bandant ».
    « Parce que je te fais l’amour ? ».
    « Aussi. Mais ce sont tes attitudes que je trouve très excitantes. Le fait que tu me tiennes tête. Et cette petite barbe que tu te laisser pousser, putain, je kiffe vraiment ! ».
    « Merci ».
    « Avant de coucher avec toi » il ajoute après s’être allumé une cigarette « je pensais que les types qui se font prendre n’étaient que des pd qui aiment faire plaisir aux mecs ».
    « Ah, tu avais une sacrée image de moi » je plaisante.
    « Mais en couchant avec toi, je me suis rendu compte que tu prenais beaucoup de plaisir à ça » il enchaîne « Et ça a commencé à m’intriguer. Mais c’était pas simple à assumer.
    En étant exclusivement actif, c’était facile de continuer à me dire que je n’étais pas vraiment gay, que je ne faisais que baiser un gars qui kiffait ça.
    Et je me disais qu’au moment où je me laisserais prendre, je ne pourrais plus revenir en arrière, et je devrais accepter le fait que j’étais vraiment gay ».
    « C’est bizarre, parce que tu étais le seul gars avec qui je me voyais tenter cette expérience » il continue, après avoir jeté son mégot dans le feu « mais en même temps, je pensais que si je te montrais que j’avais ce genre d’envie, ton regard sur moi changerait. Et je ne pouvais pas accepter ça ».
    « Et pourtant, c’est exactement l’inverse que je ressens. Je ne t’ai jamais trouvé autant couillu que depuis que tu acceptes tes envies, toutes tes envies ».
    « Je ne voyais pas les choses comme ça. Je me disais que si je cédais à ça, je ne serais plus jamais un vrai mec.
    Je sentais que tu en avais envie depuis un certain temps, mais jamais tu m’as mis la pression. Et quand le moment est venu, tu as été très doux. Tu as su rendre ça beau et sensuel. C’était juste parfait ».
    « Et depuis, tu kiffes… » je considère.
    « Je kiffe, c’est sûr. Quand tu es là avec moi, tout ça me paraît tellement naturel. Mais quand tu es loin, tout se complique dans ma tête ».

    Nous avions prévu de faire le réveillon du nouvel an chez Charlène, avec une partie de la petite bande de cavaliers, et de rester dormir une nouvelle fois au centre équestre.
    Mais la météo vient d’en décider autrement. En fin d’après-midi, alors que nous venons de faire l’amour une nouvelle fois et que nous nous apprêtons à bouger, une puissante tempête de neige vient ajouter plusieurs dizaines de centimètres de poudreuse, rendant la petite route impraticable et provoquant de surcroît une coupure d’électricité.
    Nous voilà isolés du monde, un soir de 31 décembre.
    Nous nous arrangeons avec les quelques provisions restantes pour préparer un semblant de repas de réveillon. En fait, il reste des œufs, du râpé, de la salade. Une omelette en guise de repas du nouvel an, c’est original. C’est pas le luxe, mais c’est mieux que rien. Et puis, tout est délicieux du moment que c’est partagé avec le gars que j’aime.
    Après ce mémorable « banquet », nous nous réchauffons devant la cheminée. Jérém est blotti dans mes bras, sa main caresse doucement mon avant-bras. J’ai l’impression que nos cœurs ont rarement été aussi proches. Et alors que je suis sur le point d’amorcer la discussion concernant notre avenir, une discussion qui, malgré tout, m’angoisse toujours, j’entends le bobrun me lancer :
    « C’est qui ce gars avec qui tu as couché à Bordeaux ? ».
    « Un mec qui m’a abordé dans le train ».
    « Et c’était quoi entre vous ? ».
    « C’était une distraction, rien de plus. Tu me manquais à en crever et ce gars me changeait les idées ».
    « Je t’ai laissé tomber, et je n’aurais pas dû ».
    « J’ai mes torts aussi. Mais le passé est passé, et on ne peut pas le changer. Ce qui est important, maintenant, c’est ce qui va se passer quand tu vas rentrer à Paris et moi à Bordeaux ».
    « Maintenant j’ai une voiture, et je pourrai bouger plus facilement ».
    « Mais tu n’as pas le temps de venir à Bordeaux ».
    « C’est vrai. Mais nous pourrions nous retrouver quelque part à mi-chemin, genre à Tours ou à Poitiers. Je serai loin de Paris et je serai plus serein. Nous pourrions prendre un hôtel, si tu peux te libérer quand j’ai un après-midi off. Tiens, je ne suis jamais allé au Futuroscope. Il paraît que c’est génial, nous pourrions y aller tous les deux ».
    « Ce serait merveilleux ».
    « Et ça le sera. Je ne veux plus qu’on se perde, je ne veux plus rester des mois sans te voir ».
    « Moi non plus je ne veux plus rester des mois sans te voir, plus jamais ça ! ».
    « Mais pour le reste, on va faire comment ? » j’enchaîne, tant que nous sommes dans les perspectives d’avenir « Je veux dire… tu vas continuer à te taper des nanas pour garder les apparences ? ».
    « Je pense que je leur ai suffisamment montré de quoi j’étais capable. Et puis, j’ai désormais un allié de taille ».
    « Un allié ? ».
    « J’ai parlé à Ulysse ».
    « Tu lui as parlé… de quoi ? » je fais, interloqué.
    « De moi. Je lui ai dit qui je suis ».
    « Tu lui as parlé de… ».
    « De toi, de nous ».
    Je suis scié. Jérém a fait un coming out auprès de son co-équipier.
    « Le soir avant mon départ pour Toulouse, il y a deux jours, je n’allais vraiment pas bien » il me raconte « il m’a fait parler. Il a fini par me demander si je voyais toujours ma copine de Bordeaux ».
    « Et tu lui as répondu quoi ? ».
    « Que c’était compliqué. Alors il a voulu savoir pourquoi c’était si compliqué. Et là, je lui ai dit que ça l’était parce que ce n’était pas une copine mais un copain… un petit copain ».
    « Et il l’a pris comment ? ».
    « Bien, très bien ».

    [« Tu sais, Jérém, ça ne change rien pour moi. Tu es mon pote et je prends comme tu es ».
    Les mots d’Ulysse lui avaient ôté un grand poids du cœur, et il s’était senti comme revivre.
    « Je m’en voulais de te mentir ».
    « Tu m’en as parlé quand tu t’es senti prêt à le faire ».
    « Ça me soulage que tu le prennes comme ça ».
    « Vraiment, je veux que ce soit clair, ça ne change rien entre nous. Au contraire, ça me touche que tu me fasses confiance. Et tu peux me faire confiance. Bien entendu, ça restera entre nous, je n’en parlerai à personne, même pas à ma copine. Et tu peux compter sur moi si tu as besoin de quoi que ce soit.
    Mais arrangez-vous pour vous voir en dehors de Paris. Bordeaux c’est loin, mais vous pouvez peut être vous retrouver quelque part à mi-chemin. Vous serez plus tranquilles, vous serez mieux ».
    « Merci beaucoup, je ne sais pas quoi dire… tu es un vrai pote… ».
    « Je ne t’en ai jamais parlé, mais mon petit frère est gay lui aussi. Nous sommes très proches, et je sais à quel point c’est compliqué d’être heureux quand on est différent des autres. Ce que je regrette, c’est de ne pas le voir plus souvent, et de ne pas être là pour le soutenir, pour l’aider.
    Tu sais, si je me suis autant rapproché de toi, c’est parce que d’une certaine façon, tu me fais penser à lui. Tu as à peu près le même âge que Dylan, et tu es un gars génial, tout comme lui. Le fait de pouvoir être là pour toi me donne l’impression de me rattraper, et apaise mon regret de ne pas pouvoir être présent pour lui »].

    « Ulysse est un vrai pote. Ça m’a fait du bien de lui en parler ».
    « C’est une bonne chose qu’il ait bien réagi. Et alors, il se doutait de quelque chose ? ».
    « Il m’a dit qu’il avait eu un doute la première fois qu’il t’avait vu, au Pousse. Surtout quand Léo avait parlé de cette nana avec qui il disait que j’avais couché. Il a eu un doute parce que tu faisais la tête. Après, quand il t’a vu te pointer chez moi par surprise, il a compris ».
    « Je n’aurais peut-être pas du débarquer de cette façon ».
    « Quand tu as débarqué à l’appart, j’étais contrarié parce qu’Ulysse était là. Mais ça m’a fait super plaisir que tu sois venu, même si je t’avais dit de ne pas venir. Ou justement parce que tu es venu malgré mon refus. Dès que je t’ai vu, j’ai eu envie de te serrer dans mes bras, et de te faire l’amour. Ta présence me fait du bien ».
    « C’est la même chose pour moi. Je me sens plus fort quand je suis avec toi ».
    « Je voudrais ne plus te faire souffrir ».
    « Je voudrais que tu me parles davantage quand ça ne va pas ».
    « Je ne suis pas habitué à me sentir aimé et ça me fait peur ».
    « Qu’est-ce qui te fait peur, au juste ? ».
    « Tes sentiments, ton attachement ».
    « Et pourquoi, ça ? ».
    « Au début, tes sentiments me faisaient peur parce que ça rendait nos baises trop… « pd ». Et puis, tu m’as obligé à cesser de me mentir. Mais c’était dur d’admettre la vérité ».
    « Et quelle était cette vérité ? ».
    « La vérité c’est que je m’attachais trop à toi. Et que je n’arrête pas de me dire qu’un jour tu en auras marre de moi et que tu me laisseras tomber. Et je ne peux pas supporter l’idée qu’on me laisse tomber. J’ai trop souffert de l’abandon pendant mon enfance, j’ai trop peur de revivre ça ».
    La peur, encore la peur. Tant de fois j’ai entendu parler Jérém de peur, et je me suis entendu moi-même parler de peur. En fin de compte, c’est la peur avant toute chose qui nous empêche d’être heureux.
    « Tu sais, Jérém, moi aussi j’ai peur de te perdre. Tout le temps, et depuis toujours. J’avais déjà peur de te perdre quand nous n’étions même pas encore ensemble. J’avais peur de te perdre quand on ne faisait que baiser chez toi, et que tu me disais que tu ne voulais rien de plus. A chaque fois que je repartais de chez toi, je me disais que je ne te reverrais probablement plus jamais.
    J’avais peur de te perdre même avant qu’on commence à coucher ensemble. En fait, j’ai eu peur de te perdre dès le premier jour du lycée, dès que je t’ai vu dans la cour avec tes potes, dès que j’ai croisé ton regard ».
    « Et comment tu arrives à gérer cette peur ? ».
    « Je pense qu’aimer quelqu’un, c’est lui donner la clé de son propre cœur, de son propre bonheur. Oui, aimer, c’est s’exposer au risque de souffrir. Mais quand on aime, on est tellement heureux. Je pense qu’on ne connaît le vrai bonheur que lorsqu’on connaît l’amour.
    Alors, est-ce qu’il faut s’empêcher d’aimer pour écarter le risque de souffrir, et ne jamais connaître non plus le vrai bonheur, ou bien faut-il prendre le risque ? ».
    « Je n’en sais rien ».
    « Moi, perso, je prends le risque. Je prends le risque parce que dans tes bras je me sens bien. Dans tes bras, je me sens chez moi. Alors, si toi aussi tu te sens bien dans mes bras, c'est qu’il y a quelque chose de spécial entre nous. Et qu’il vaut le coup de le vivre, malgré les difficultés et les peurs.
    Si tu me laisses une place dans ta vie, même quand tu es à Paris, même quand ça ne va pas fort, si tu me parles, si tu me fais confiance, je te promets que je ne te laisserai pas tomber, Jérém, jamais ».
    « Et toi, tu vas gérer comment avec les gars qui te draguent à Bordeaux ? ».
    « Je ne me fais pas non plus draguer à chaque coin de rue ».
    « Tu es beau mec, Nico, et tu attires des beaux mecs ».
    « Quand ça va bien entre toi et moi, je n’ai aucune envie de coucher avec d’autres gars. Je suis attiré, je ne dis pas le contraire, mais je ne franchirai pas le pas.
    Bien que nous soyons loin, je n’ai pas l’intention de vivre la vie d’un célibataire Je ne vais pas saisir toutes les occasions qui se présentent, et encore moins provoquer les rencontres. Je ne vais pas sortir dans le milieu, ni traîner dans les lieux de drague.
    Après, la vie est imprévisible. Tu peux faire des rencontres, je peux faire des rencontres. Ça peut arriver.
    Mais comme tu l’as dit, rien ni personne ne pourra changer ce qu’il y a entre nous, jamais ».
    Je sens mon Jérém touché. Soudain, son téléphone émet un petit son. Ce qui crée une diversion et casse la magie du moment.
    « C’est Maxou, il nous souhaite la bonne année ».
    « Ah, mince, je n’ai pas fait gaffe. Il est presque minuit » je considère.
    « A l’heure qu’il est on devrait être en train de triquer avec les cavaliers » il ajoute.
    « Tu es déçu de ne pas être avec eux ? ».
    « Non, parce que je suis avec toi ».
    « Je te fais la promesse » il enchaîne « que le prochain réveillon ce sera à Campan, et avec les cavaliers ».
    « J’adore l’effet que Campan a sur toi, Jérém ».
    « Quel effet ? ».
    « Il fait ressortir ta véritable personnalité. Et tu es si adorable ! »
    « Campan n’est qu’à nous ! » il s’exclame, l’air heureux.
    « Oui, c’est notre refuge ».

    Nous refaisons l’amour, et c’est doux, tendre. Ce petit gars viril au regard amoureux est tellement touchant. Lorsqu’il jouit, je jouis avec lui.
    « Bonne année, ourson » je l’entends me glisser, le visage dans le creux de mon épaule.
    « Bonne année, p’tit loup ».
    Et là, tout comme le soir de retour de la soirée chez Ginette, après que je l’ai empêché de me prendre sans capote, je sens que mon bobrun veut me dire quelque chose mais qu’il n’y arrive pas. Je perçois la même respiration agitée, ponctuée par des inspirations qui ressemblent à celles qu’on prend juste avant de parler.
    Mon cœur s’emballe, l’attente est insupportable. Je suis sur le point de lui lancer : « Parle-moi, Jérém, parle-moi », lorsque mon bobrun se lâche enfin.
    « Ourson… ».
    « Oui, p’tit loup ? ».
    Et là, après un court mais interminable instant de silence pendant lequel j’ai l’impression que nos cœurs vont exploser, je l’entends me glisser tout doucement :
    « Je t’aime, ourson ».
    Trois mots sur l’oreiller, trois petits mots, un monde entier.



    Bonjour à tout le monde, chers lecteurs,


    La saison 2 de Jérém&Nico vient de s’achever. A l’occasion de cette étape importante, je souhaite partager une soirée chat avec vous pour recueillir vos impressions, vos commentaires, vos ressentis, vos critiques sur ces deux dernières années d’écriture, ainsi que pour connaître vos attentes pour la saison 3 à venir.
    La soirée se tiendra le mercredi 25 novembre 2020 à 21h00.
    Pour y participer, rien de plus simple, il suffit de cliquer sur le lien suivant :

    https://discord.gg/QxErkvW

    J’espère vous retrouver nombreux.


    Ps : au cours de la soirée chat, un extrait de la saison 3 sera dévoilé.


    Jérém&Nico ce sont plus de 150 épisodes sur 6 années d'écriture, avec un cumul de vues qui approche désormais les 3 millions.

    Merci à chacun et chacun d'entre vous  pour votre fidélité, pour vos commentaires, pour votre soutien.

    Un merci particulier à FanB pour son engagement et son aide précieuse dans la finalisation des épisodes.

    Fabien


  • Commentaires

    1
    Samedi 21 Novembre à 01:56

    « L'amour c'est comme une cigarette
    Ca flambe comme une allumette
    Ca pique les yeux, ça fait pleurer et ça s'envole en fumée »

    J’ai essayé d’attendre jusqu'à demain, j’ai tout fait pour faire durer la lecture, mais voilà, c’est fini. C'est fini avec élégance, mais c’est un peu triste quand même, de devoir attendre si longtemps avant de les retrouver. 

    Après 6 années d'écriture, et 7 mois vraiment éprouvant pour Nico, et même pour le lecteur, il a mérité amplement, sa semaine. 

    Merci de nous avoir rajouté des épisodes, pour mieux installer le climat. 

    2
    GEBL
    Samedi 21 Novembre à 16:11

    J'aime cette fin de saison sans récit sexuel, hard, tout en douceur . 
    Cette histoire, romance,  est belle de la sincérité, de la vérité qui tiraille les hommes. 

    Quand un  homme accepte ses relations , sa sexitude est effectivement d'autant plus belle. 

    Ce récit  aborde aussi ces hommes qui ne se disent pas bisesuel,  aiment ce taper un "pd" , parce qu'ils ne sont pas prêts à admettre que l'amour entre les hommes est tout aussi plaisant qu'avec les femmes.

    Et qu'au delà de l'amour physique , on peut aussi aimer l'âme . 

    Merci pour ton oeuvre  

    3
    Etienne
    Samedi 21 Novembre à 19:02

    Enfin, il l'a dit...

    Merci Fabien pour cette très belle histoire !

    A bientôt.

    4
    Alex
    Dimanche 22 Novembre à 11:56
    Superbe fin de saison, merci
    5
    Celio
    Dimanche 22 Novembre à 17:04
    Enfin heureux ! Merci pour ton travail
    6
    Virginie-aux-accents
    Lundi 23 Novembre à 10:18

    Quel soulagement de voir Jérèm enfin si ouvert, si assumé. Il n'hésite pas à accepter d'embrasser Nico devant la bande des cavaliers car ils sont "comme les autres couples" du groupe, il s'est ouvert à Ulysse, il se qualifie enfin de "gay" et l'accepte. 

    Et il dit enfin à Nico ces mots qu'il retenait depuis si longtemps...

    C'est une fin de saison touchante, vibrante, émouvante et heureuse.

    7
    Yann
    Lundi 23 Novembre à 14:27

    "L'amour est plus fort que toutes les raisons" (Mme de Sévigné).

    "L'amour n'est jamais si fort que quand on le croit prêt à finir" (Ninon de Lenclos).

    C'est un peu ce que cette saison vient de démontrer. Encore une fois Campan est le lieu des dénouements où chacun (surtout Jerem) retrouve ses marques, un certain équilibre et relativise les choses. 

    Lorsqu'il est sincère, partagé à deux avec force et conviction, je pense que l'amour peut vaincre bien des obstacles.

    Jerem a fait un pas de plus en révélant à Ulysse qu'il aime les garçons. Il a désormais un "allié" que cette question ne choque pas car son frère est lui aussi gay. Progressivement il s'assume de plus en plus comme gay. Il a eu raison de se confier, cela permet de regarder les choses avec une autre perspective, de ne pas grossir les problèmes plus qu'ils ne le sont réellement. 

    C'est une très belle fin de saison, dommage de devoir attendre plusieurs mois pour la saison 3 mais je gage qu'elle sera de qualité…pour notre joie à tous de les retrouver.

     

    Merci Fabien

     

    8
    Lundi 23 Novembre à 20:11


    Bien qu’en tous points semblables aux autres chapitres de la saga Campan, cet ultime épisode ne dégage pas la même atmosphère. Je pense que cela vient de Nico, qui s’exprime avec une absence d’insécurité qui donne une couleur neuve, résolument optimiste. Nico est enfin heureux et il n’y a plus de nuages, lui et Jérémie forme un couple. A ses propres yeux, mais aussi à ceux de Jérémie. 


    Débarrassé de ses craintes quant à l’affection que Jérém lui porte, il est beaucoup plus serein. Sa vision de Jérémie est plus large, et il en est même à ne plus avoir besoin d’explications. Au moment ou Jérém tente d’exprimer ses difficultés, il le rassure d’un « je sais ». Sa patience, son amour sans limite ont sorti peu à peu Jérém de l’impasse où il s’était réfugié. Même son impulsivité ne lui fait plus peur et il trouve l’espace et le bon moment pour mettre des mots sur la colère de Jérém et la désamorcer.
    En plusieurs petites touches, on voit que Nico a pris de l’ascendant, et peut être l’ascendant sur Jérém, du moins à ce moment précis. Que ce soit pour des révisions réelles, mais aussi, tout au long de l’épisode. Jerem « s’inquiète» sans trop le montrer, de l’attitude de Nico vis à vis d’autres mecs. Quand il lui demande comment il gère sa peur, c’est comme si il était entré dans un monde ou il n’a pas de repaires. Il faut que Nico, le rassure, l’encourage et le guide. Vue sa réponse, Nico à d’ailleurs compris les craintes de Jérém.

    Je suis souvent épaté et enchanté de voir que Fabien retombe sur ses pieds, quelques soient les chemins pris. Cela a permis à cette saison 2 de ne pas être artificielle. Dans le dernier tiers de la saison 2, Jérém est comme aspiré par un tourbillon qui le ramène à ce qu’il était en saison 1, jusqu’à paraitre incohérent ou inconséquent. J’ai même trouvé que c’était un peu inquiétant pour la suite. De cela, il n’est plus question puisque l’épisode apporte les réponses.


    Maintenant, on sait que Jérém n’a pas été indifférent à ce qu’il faisait subir Nico. Si il finit par se confier à Ulysse, c’est qu’il était à bout et qu’il ne savait plus comment s’en sortir sans aide extérieure. La solution d’Ulysse, est tellement simple et efficace que je suis vexé de ne pas l’avoir envisagée. On pourra rire aussi, au passage, des craintes de Nico, qui voit des rivaux partout.
    On voit précisément, ce qui dans la tête de Jérém, relève des contingences sociales, sa vie à Paris, le rugby… Et ce qui relève de son inconscient.
    La raison principale qui bloque Jérém, est bien la peur panique de revivre une rupture qui ressemblera à un abandon. Comment pourrait on lui en vouloir, puisqu’il est le mieux placé pour savoir de quoi il s’agit. C’est très connu que l’on s’arrange pour vivre les situations auxquelles on tente d’échapper. Sans l'avoir voulu, depuis qu’il était à Paris, Jérém à mis Nico à l’épreuve. Peut être qu’il voulait se convaincre qu’il n’était pas fiable, qu’il finirait par l’oublier, ou par le remplacer. Il est convaincu de ne pas mériter l’attention que Nico lui porte, puisqu’il est habité par le sentiment d’être responsable du départ de sa mère. Thibaut disait de lui « il ne s’aime pas », donc il ne peut pas croire que Nico l’aime pour ce qu’il est. Il croyait que Nico était là pour le physique, pour l’image virile, pas pour lui. Alors, il fait beaucoup d’efforts pour ne pas se dévoiler, ne pas parler, ne pas montrer ce qu’il ne sait pas faire.

    Derrière son apparence « aveuglante de réussite », Jérémie est un mélancolique, qui ne demande qu’à être heureux et qui ne sait pas comment faire.
    On peut presque voir dans la tirade finale de Nico, une sagesse en forme de conclusion. Je ne m’attendais pas du tout à ce que Jérém allait dire. j’ai adoré cette simplicité.

    Maintenant, la Saison 3, est comme une page blanche et si le meilleur est possible, on sait bien qu’il ne suffit pas d’un « je t’aime » pour que l’avenir devienne radieux.

    9
    Mardi 24 Novembre à 19:16

    D’autres choses me viennent à l’esprit. Je me suis demandé quel était l’intérêt d’introduire dans le récit l’histoire de la contamination, et surtout d’en prolonger les conséquences. 

    Cela fait perdre aux scènes de sexe, leur saveur, surtout le matin. L’avantage c’est que l’intérêt fait plus que se déplacer sur le reste de l’histoire. En ce qui me concerne, c’est le cas depuis longtemps, mais j’ai ainsi pu vérifier le pouvoir évocateur hors du commun de l’écriture. Au moment ou Jérém dit « j’ai envie de te gicler dans le cul », il fait de l’effet à Nico, mais aussi au lecteur, donc moi. Interessant! 

     

    l’épilogue est formidable, et quand Nico dit à J : « Si tu me laisses une place dans ta vie, même quand tu es à Paris, même quand ça ne va pas fort, si tu me parles, si tu me fais confiance, je te promets que je ne te laisserai pas tomber, Jérém, jamais », il fait entendre ce que j’ai pensé en lisant leur histoire. 

    Par contre, comme j’ai un peu plus de recul que Nico, ce genre de promesses me font peur. Qu’est ce qu’on sait de ce qui se passera après. 

     

    Pour ce que Jérém n’arrive pas à dire, je m’attendais à un truc, dramatique, qui créer une tension avant la fin. Genre, « je vais me marier », « j’ai une copine qui attend un enfant », « je pars à l’étranger », mais pas du tout à un « je t’aime ». C’est désarmant, et ça fait pleurer de joie ou d’émotion. 

     

     

    10
    Hier à 15:51

    "je n’arrête pas de me dire qu’un jour tu en auras marre de moi et que tu me laisseras tomber. Et je ne peux pas supporter l’idée qu’on me laisse tomber. J’ai trop souffert de l’abandon pendant mon enfance, j’ai trop peur de revivre ça ». 

    Le petit Nico prend une sacrée responsabilité sur ses épaules! je ne sais pas si l'auteur en est bien conscient  cool

    11
    Yann
    Hier à 17:28

    Je ne pourrais pas participer au tchat de ce soir et je le regrette beaucoup. Je souhaite à tous ceux qui vont y prendre part une très bonne soirée.

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